10 réalités d’être né avec une densité osseuse anormalement élevée.

Voyez ces photos comparatives.  
La première date d’avril 2016. J’y pèse 226 lbs / 102.5 kg.
La seconde date de ce matin, avril 2017, et j’y pèse 190 lbs / 86 kg.

… et selon la table de poids pour les adultes de 18 ans et plus, je suis actuellement en excès de poids (embonpoint).  En fait, je suis à 1 lbs près d’être en obésité de grade 1 (obésité modérée).

Eh oui!

Parfois, la nature donne aux gens certaines particularités physiques qui les distinguent du reste de la population.  Je songe à Alexis Lapointe, dit Le Trotteur, à qui la nature a donné un système cardiaque et des jambes exceptionnellement fortes.  Non seulement pouvait-il courir comme le cheval, il pouvait maintenir ce rythme pendant des heures sans fatiguer. 

Mais parfois, la nature donne à notre physique un détail particulier qui, sans être vraiment un handicap, n’en est pas une bénédiction pour autant.  Dans mon cas personnel, il s’agit de ma densité osseuse.  J’ai, en effet, une densité osseuse anormalement élevée.

Qu’est-ce que ça change à ma vie, à comparer au reste de la population?  Eh bien…

1- Je ne me suis jamais brisé un seul os de ma vie.
Et pourtant, comme tous les enfants, j’ai eu plus que ma part de chûtes : Accidents de vélos, chutes en bas d’arbres, plantage solide dans les terrains de jeux, et même renversé par une auto une fois.  J’ai subi des impacts qui m’ont disloqué un pied, déplacé une côté, brisé une dent.  Mais jamais ne me suis-je brisé ni fêlé le moindre nonosse.  Mon squelette est, pour ainsi dire, incassable.  Ou du moins, ça prendrait un impact considérable pour en rompre un os.

Mais cela est le seul et unique point positif que cette particularité a apportée dans ma vie.  Pour le reste…

2- Être l’équivalent de Wolverine,  Kick-Ass, Bruce Willis dans Unbreakable? Eh non, ça ne marche pas comme ça.
Avoir des os super solides, ça ne donne pas de super-force.  Ça ne rend pas plus insensible aux coups.  Ça ne diminue en rien la douleur.  Le seul point en commun que j’ai avec Wolverine, (Bon, le 3e, si on compte que je suis canadien et assez poilu), c’est que…

3- Mon poids est plus élevé que la moyenne. 
À l’école primaire, où on nous pesait à chaque début d’année scolaire, j’ai toujours pesé plus que 90% des autres élèves, malgré le fait que j’étais toujours l’un des trois plus petits de la classe. Depuis que je suis adulte, je pèse de 25 à 35 lbs de plus que quiconque ayant une grandeur et taille similaire à la mienne.  Par conséquent…

4- Ça cause certaines déformations physiques.
Enfant, mon physique était disproportionné.  Petits bras, corps maigre, grosses cuisses, gros mollets.  Normal, puisque mes jambes devaient supporter tout ce poids. Aussi…

5- Ça peut créer des malformations.
Les os des jambes ont beau être super-solides, lorsque l’on est enfant, ils grandissent.  C’est comme un arbre, quoi.  Or, même l’arbre au bois le plus dur va pousser de travers si un obstacle l’empêche de grandir tout droit.  C’est ainsi que mon poids anormalement élevé pour mon âge fit que j’ai maintenant les deux jambes et un pied croche, ce qui m’a causé quelques problèmes en 2011, me faisant développer une fasciite plantaire alors que je m’entraînais pour le marathon.

6- Ton poids devient un obstacle social.
Vous êtes-vous déjà inscrits sur un site de rencontres, dans lequel ils demandent des détails tels la taille et le poids?  Écris ton poids réel, et tu te feras accuser d’avoir mis une fausse photo dans ton profil, ou du moins une vieille photo.

7- Ton poids devient un obstacle dans tes loisirs.
Adolescent, j’ai essayé le breakdance. Alors que les autres tournaient comme des toupies sur le dos, je n’ai jamais réussi à faire un tour complet.  Dans les glissades d’eau, à moins que la pente soit particulièrement à pic, mon poids m’immobilise dans la glissade, et je risque de prendre le glisseur suivant en pleine tronche.  J’ai essayé une fois la chute libre intérieure, dans un tube de verre avec un ventilo géant au plancher.  Avec ma maigreur, je n’accrochais pas dans le vent.  Avec mon poids, je n’ai pas dépassé 10 centimètres d’altitude.  On m’a remboursé, c’est déjà ça.

8- Ton poids devient un obstacle sportif.
Lorsque tu as des os à densité supérieure, tu peux oublier la moindre carrière athlétique.  Par exemple :

  • Les arts martiaux : On pourrait s’attendre à ce que mon poids me rende plus difficile à projeter en l’air, donc soit un avantage pour moi.  Hélas, il n’y a que dans les films et la bande dessinés que l’on voit des gens faire ça.  Dans la réalité, dans les tournois d’arts martiaux, le vainqueur est celui qui arrive à plaquer son adversaire au sol.  Dans de telles conditions, mon poids, loin de m’avantager, avantage plutôt mon adversaire, en l’aidant à me descendre.
  • La course :  Un surplus de poids sabote tous les genres de courses qui existent.  En sprint, ça me ralentit, et en marathon, ça bousille les genoux et les pieds.
  • La natation : Je sais nager et je me maintiens à la surface de l’eau, mais croyez-moi qu’il faut que je me donne à fond non-stop pour ne pas couler.  Je suis incapable de faire la planche.  Alors pour ce qui est de faire compétition…
  • La boxe : Surtout pas!  Savez-vous que les boxeurs sont classés selon leurs poids, et n’affrontent que des adversaires de leur propre catégorie?  En décembre dernier, à 215 lbs, Malgré un physique de catégorie moyen, j’entrais dans la catégorie poids lourd.  Et aux olympiades?  Je suis un super-lourd.  Vous savez quel autre boxeur entre dans cette catégorie? Mike Tyson.  Alors moi, boxeur? Je me ferais massacrer dès le premier jab. 

9- Ton poids devient un obstacle au boulot.
Bon, ça dépend du boulot.  Par exemple, j’ai des amies qui gagnent de 2000$ à 4000$ par mois, juste à tester des médicaments dans des laboratoires pharmaceutiques.  Premier problème : Tu dois avoir un poids santé.  Il y en a qui vont me dire « Ben là, quand le docteur va te rencontrer, il va bien voir que tu as un physique moyen normal. »  En théorie, oui, en effet.  Mais dans la réalité, l’inscription se fait en ligne.  Dès que tu inscrits ton poids, tu es automatiquement éliminé, et ce sans jamais avoir eu le loisir d’expliquer à qui que ce soit pourquoi ton poids fait de toi une exception.

Et même si je mentais sur mon poids à l’inscription, le médecin qui me rencontrerait par le suite constaterait mon vrai poids, serait obligé de l’inscrire dans mon dossier, et serait obligé de m’éliminer. Parce que je doute qu’il soit autorisé à mentir sur le poids des candidats.

10- Ton poids devient un obstacle à… Ta perte de poids.
En 2011, à force d’exercice, de régime et de travail physique intense, j’ai réussi le tour de force de descendre mon poids à 179 lbs.  J’étais maigre comme je ne l’avais pas été depuis mon adolescence.  Et comme à cette époque, je rentrais de nouveau dans des pantalons de taille 32.  Or, selon l’indice corporel de masse, un homme de mon âge et de ma grandeur devait peser entre 145 et 160 lbs J’avais les joues creuses, un cou de poulet, presque plus de gras sur le corps… Et on me demandait de perdre encore 19 lbs pour avoir « un poids santé »?  euh… Non!

Mais bon, il y a des avantages à tout.  Si un jour je retourne aux États Unis, j’essaierai de trouver une de ces foires foraines, dans lequel il y a un kiosque où on essaie de deviner ton poids, avant de te peser pour vérifier.  Plus ils se trompent, plus grand est le prix que tu te mérites.  Par conséquent, je devrais revenir avec une Cadillac.

Réponses à vos questions: Pourquoi est-ce que je reviens toujours sur le passé?

Il y a vingt ans cette année, au début de 1996, j’avais 27 ans et j’étais de retour aux études, au cégep André-Laurendeau.  En cette ère pré-tout-l’monde-a-un-cell et pré-tout-l’monde-photographie-et-filme, je possédais une caméra vidéo avec laquelle je filmais souvent le quotidien du journal étudiant dont je faisais partie, ainsi que les membres des autres comités.  En fait, je filmais souvent, avec ou sans raison, et chaque personne que je croquais sur le vif se prêtait au jeu avec amusement.

À l’été de 1999, soit deux ans après la fin du cégep, l’un de ces ex-étudiants décide de faire un party-réunion chez lui.  J’y vais, en compagnie de mon amie, la future photographe Isabelle Stephen que j’avais également rencontré à ce cégep.  Il y avait une bonne vingtaine de personnes réunies.  Dans le courant de la soirée, je propose que l’on passe au salon car j’ai une surprise pour eux:

« J’ai apporté une cassette VHS sur laquelle j’ai copié quelques bons moments de notre vie de cégepiens. »

  Je me tourne vers la télé.  Je m’agenouille et l’allume, ainsi que le magnétoscope.

« J’ai fait un montage chronologique, et c’est classé par thèmes: Le quotidien, les manifs, les activités, les partys au cégep, les sorties de groupe… »

Je mets la cassette vidéo dans le lecteur.  Le temps de régler le tout et de voir les premières images apparaître, je me retourne en anticipant d’avance le plaisir que nous aurons tous à nous revoir deux ou trois ans plus jeunes, et… Il ne restait plus qu’Isabelle dans la pièce.  Tous les autres avaient quitté le salon.  

Et c’est là que, pour la première fois, j’ai constaté qu’il y a des gens pour qui l’évocation du passé ne leur apporte que du malaise.  Ça m’a d’autant plus surpris, du fait que si nous étions tous réunis, c’était justement en tant qu’anciens du cégep de 1995-1997.  Donc, techniquement, nous étions ici pour nous rappeler de ce passé.  Et pourtant, sur les vingt personnes présentes, dix-huit avaient trop honte de leur passé pour être capable d’y faire face.  Si au moins le passé en question avait été honteux.  Mais non, aucun de nous n’avions posé le moindre geste incorrect à l’époque.  Et si oui, je ne les avais certainement pas filmés.  Et puisqu’il ne s’agissait que de deux ou trois ans dans le passé, personne n’avait vraiment changé de physique ni de look depuis notre graduation. 

Donc, peu importe sous quel angle je retournais la chose, jamais je n’ai compris une telle réaction.  Et j’en étais d’autant plus flabergasté de constater que c’est un sentiment que partageait la majorité de la population.  Durant ces vingt dernières années, il m’est arrivé à plusieurs reprises de constater que cette tendance se maintenait.  Je ne saurais compter le nombre de gens avec qui Facebook m’a permis de reprendre contact après des années, voire des décennies.  Nous avions des conversations, ils étaient ravis d’apprendre ce que j’étais devenu.  Mais dès que j’évoquais nos souvenirs communs, alors là, non, gros malaise de leur part.  Et ce scénario se répétait presque à chaque fois.  Je n’ai jamais insisté.  N’empêche que j’ai beau respecter les limites de tout un chacun, il reste que cette limite-là en particulier, je ne la comprends tout simplement pas.  

Puisque la majorité de la population démontre avoir horreur de son propre passé, je suppose que c’est la raison pourquoi il y a tant de gens qui me demandent pourquoi est-ce que je parle aussi souvent du mien sur mon blog.   Surtout si la majorité de ces histoires sont loin de me montrer sous mon meilleur jour.  

La réponse est simple: J’ai toujours regardé la chose avec logique.  Avant même de connaitre l’adage qui dit que ceux qui oublient les erreurs du passé sont condamnés à les répéter, j’en étais déjà arrivé d’instinct à une conclusion similaire.  Voilà pourquoi j’ai toujours cru que la pire chose que l’on puisse faire avec son passé, c’est d’essayer de l’oublier et de faire comme s’il n’avait jamais existé.  Surtout si ce passé est imparfait. Me souvenir de mes gestes passés, mes paroles passées, mes décisions passées, mes situations passées, c’est l’instrument de base dont j’ai besoin afin de m’améliorer, guérir, évoluer, grandir, devenir toujours mieux que ce que j’étais. Et en m’améliorant sans cesse, j’améliore mes conditions de vie présente, et ainsi mon avenir.

Et si je partage mon parcours personnel, c’est parce que je ne suis sûrement pas la seule personne sur terre à avoir vécu telle ou telle situation. Aussi, en racontant comment j’ai fait pour m’en tirer, ça peut toujours servir à ceux qui vivent des situations semblables.  Il me fait toujours plaisir de voir que c’est le cas lorsque je reçois certains témoignages comme celui-ci:

En fait, je crois que la raison principale pourquoi je suis aussi à l’aise avec mon passé, c’est que mon orgueil fonctionne à l’opposé de celui de la majorité.  Alors qu’eux regardent en arrière avec dégoût en ayant l’air de se dire « Fuck! Qu’est-ce que j’étais idiot / qu’est-ce que j’avais l’air con dans ce temps-là! », c’est avec émerveillement que moi je me dis « Wow! Qu’est-ce que je me suis amélioré physiquement et mentalement depuis ce temps-là! ».  

Alors voilà pourquoi je n’ai aucun problème à en parler:  Parce qu’au lieu de  ressentir de la honte pour mon passé, je ressens de la fierté pour mon présent.

 

La Conflictuodépendance: Provoquer la haine comme excuse préventive.

AVERTISSEMENT : Ce billet fait référence à beaucoup de trucs que j’ai déjà écrit.  Alors si vous me lisez depuis peu, ou si vous ne vous souvenez plus de quoi je parle, j’ai mis plein de liens.

Je ne sais pas si vous êtes familiers avec l’émission Un Souper Presque Parfait.  Sinon, je vous en explique le concept: Pendant cinq jours, nous suivons un groupe de cinq personnes.  À chaque jour, l’un d’eux reçoit les quatre autres chez lui et leur prépare un repas: L’entrée, le plat principal, un vin, le dessert et un digestif.  À la fin de chaque repas, les quatre invités lui donnent une note de 1 à 10, ce qui détermine le grand gagnant à la fin de la semaine.

Lors d’une ce ces semaines, il y avait un homme, appelons-le Pierre, qui s’est montré particulièrement odieux avec les quatre autres participants.  Gras, mal rasé, les cheveux en bataille, juste au niveau visuel il dégage un message que l’on capte dans notre inconscient comme quoi ce n’est pas le genre de personne qui devrait se permettre de descendre les autres.  Pourtant, il le faisait.  Presque à chaque fois qu’il ouvrait la bouche, il avait toujours une remarque acide et une critique à faire.  Sur la nourriture, sur la boisson, sur le look et la personnalité de l’hôte du jour, sur comment était décoré son logis, et il le faisait avec snobisme et condescendance. À la fin du souper de mardi, il était déjà détesté de tous.  Rendu à jeudi soir, alors qu’il annonçait que le lendemain ce serait son tour, l’un des autres participants lui a répondu: « Bien!  Ça va faire changement, de voir la merde entrer dans ta bouche plutôt que d’en sortir. »

Car oui, le hasard avait voulu que Pierre passe vendredi, donc que ce soit lui qui soit le dernier à cuisiner pour les quatre autres.  Aussi, lors des interviews individuelles qui clôturent l’émission du jeudi, Pierre nous révèle son métier: Grand Chef Cuisinier à l’Institut de Tourisme et d’Hôtellerie du Québec.

« Fa que », conclut-il, « Si c’est pas moi l’gagnant cette semaine, ce sera certainement pas à cause de mon repas.  Ça va être à cause de ma grande gueule, comme la dernière fois que j’ai participé à l’émission. »

En entendant ça, j’ai tout de suite compris la raison de son comportement de troll tout le long de la semaine: En tant que chef cuisinier de carrière pour le plus prestigieux employeur dans le domaine de la restauration au Québec, il se trouve dans une situation délicate.  Imaginez s’il perd contre l’un de ces quatre amateurs, en pleine télévision.  C’est improbable, mais ça demeure possible.  Aussi, il a trouvé le moyen parfait pour sauver la face: Provoquer la haine comme excuse préventive.  Comme ça, s’il perd, alors sa nourriture ne sera pas à blâmer, ce sera juste à cause que les autres participants sont frustrés et mesquins.  Et s’il gagne, encore mieux: Ça prouve qu’il est tellement un excellent cuisinier qu’il a réussi à se faire élire par quatre personnes malgré le fait qu’ils le haïssent.  Bref, ou bien il gagne, ou bien il créé un doute raisonnable comme quoi il aurait dû gagner.

Et puisque le bien-être de Pierre dépend du conflit, ça fait de lui un conflictuodépendant.

Je dois avouer que tout le long de ma vie, j’ai trop souvent agi ainsi.  Sauf que dans mon cas, non seulement était-ce inconscient, c’était beaucoup plus subtil.  Malgré tout, le concept restait le même: M’arranger pour que les gens autour de moi aient des sentiments négatifs à mon sujet, tout en restant le plus irréprochable possible.  Je m’y prenais de deux façons:

FAÇON 1: En pointant les côtés négatifs de leur travail, de leurs décisions, de leur personnalités.  Et toujours, prenais-je la peine de m’attaquer à un fait véridique et vérifiable, de façon à ce que personne ne puisse affirmer que mon commentaire n’était qu’une opinion sans fondement.  Quiconque l’affirmait se dépeignait automatiquement lui-même comme une personne de mauvaise foi.  Et puisque personne n’est parfait, je trouvais toujours un sujet à attaquer.

Une des choses qui m’appuyait, c’était que parallèlement à cela, je me faisais un point d’honneur à toujours répondre à la critique avec grâce, les remerciant de ces commentaires constructifs.  Ceci me permettait, si jamais ma cible frustrait, de me donner en exemple afin de me comparer favorablement à eux : « À chaque fois qu’on m’a fait une critique, je l’ai toujours prise comme étant constructive. Pourquoi t’es pas capable d’en faire autant? » 

FAÇON 2: L’attaque miroir.  Alors que les humoristes, les chroniqueurs, les bédéistes, les auteurs, se moquent des travers de la société, moi je me moquais des travers des humoristes, des chroniqueurs, des bédéistes et des auteurs. Et dans chaque cas, si jamais ils iraient me manifester du mécontentement, je pouvais éviter le débat en servant la seule et unique réplique dont j’avais besoin pour prouver leur mauvaise foi : « Ben quoi? Je te fais exactement ce que tu fais subir aux autres.  Ce n’est pas ma faute à moi si tu n’es pas capable d’en prendre aussi facilement que t’en donnes. »  Et le plus beau, c’est qu’en attaquant les méchants, ça me mettait en position de bon, de courageux, de héros.  Et quiconque aurait osé m’en critiquer se serait automatiquement étiqueté d’hypocrite à deux faces (« Ah bon? Quand lui se permet de critiquer les autres c’est acceptable, mais quand les autres le critiquent lui ça ne l’est pas? »), de mauvaise foi (« Toutes les preuves sont là, regarde toi-même, c’est pas moi qui l’invente! ») ou de méchant lui-même. (« Sérieux, là? Tu préfères défendre celui qui attaque, et attaquer celui qui défend?  C’est vraiment ce genre de personne-là que tu es? »)

D’une façon comme de l’autre, si ces gens s’objectaient à moi de quelque façon que ce soit, je pouvais toujours dire que c’était seulement parce qu’ils m’en voulaient personnellement, à cause que c’était des frustrés, à cause que leur ego est trop démesuré pour être capable de prendre la critique, et surtout la vérité. 

Quelques exemples:

  • Lorsque je publiais MensuHell, j’y ai parodié d’autres bédéistes en faisant ressortir les pires côtés de leurs séries.
  • Toujours dans MensuHell, en 2000, ma parodie du film X-Men se moque, le temps d’une image, des parodies du film X-Men parues plus tôt dans Cracked et Safarir.
  • Avec Picouille, je me moque du style de dessin de certaines femmes bédéistes, de ceux qui les publient, de ceux qui les aiment.
  • Il y a eu ma série Les Plagiats de la BD où je dénonce des gens que pourtant j’admire et avec qui j’aimerais bien travailler un jour.
  • À l’époque où je voulais devenir humoriste, ma cible première était les autres humoristes.
  • En passant une audition devant la directrice de l’École Nationale de l’Humour, le choix de mon sujet de monologue était une attaque contre la directrice de l’École Nationale de l’Humour.
  • La seule fois où j’ai pu faire un monologue en public, c’était lors d’un spectacle de Noël donné par un organisme catholique charitable, dans un sous-sol d’église. Personne ne riait, et on m’a même coupé le micro avant la fin. La raison? Le public, tout comme l’organisme, n’était constitué que de vieux catholiques pour qui Noël et les valeurs de famille sont très importantes. Et devinez de quels sujets mon monologue se moquait du début à la fin? Je pense que ça a dû être la dernière fois qu’ils acceptaient une contribution sans d’abord faire passer une audition.
  • L’un de mes premiers projets de blogs s’appelait Et ça se permet de critiquer!  L’Idée était d’y reproduire quotidiennement une ou plusieurs chroniques de critiques professionnels publiés dans les journaux du Québec (De Pierre Foglia, Franco Nuovo, Nathalie Petrovski, Jean Barbe, etc) et de les critiquer eux sur leur travail de critique. Le projet n’a pas pu démarrer puisque je ne pouvais pas me permettre de m’abonner à tous les journaux qu’il m’eut fallu lire.
  • Lorsque je fréquentais les forums, ma logique et ma discipline m’ont parfois rapporté un poste de modérateur. Poste que je ne gardais pas longtemps, puisque j’utilisais ma logique et ma discipline pour critiquer le travail des autres modos et des administrateurs.
  • Lorsque j’étais étudiant au Cégep André Laurendeau, de qui est-ce que je me moquais dans ma chronique publiée dans le journal étudiant? Des profs? De la société? Non: Des autres étudiants.
  • J’ai même déjà écrit une parodie de When I Was your Age de Weird Al Yankovic, qui est une de ses chanson originale et non l’une de ses nombreuses parodies.  Ma version qui s’appelait I Will Exploit Them racontait comment un gars, réalisant qu’il n’avait ni la voix ni le look pour devenir chanteur populaire, a décidé de se faire une carrière en parodiant les plus grands succès musicaux de l’heure, ce qui lui assure une carrière et un succès éternel puisqu’il ne fait que surfer sur le travail, le talent et la popularité des vrais artistes qui se succèdent au top des palmarès.  Oui, vous avez bien lu, j’ai parodié Weird Al Yankovic en attaquant son physique, sa voix, son look, son art et sa carrière.  Et pourtant, c’était mon idole.

Mais peu importe le sujet, il reste que pour faire une parodie de bande dessinée, il fallait que je sois moi-même bédéiste.  Pour critiquer les critiques, il fallait que je devienne moi-même critique.  Pour parodier un chanteur parodique, il fallait que je devienne moi-même chanteur parodique.  Pour rire des humoriste, il fallait que je deviennes moi-même humoriste.  Or, à partir du moment où on choisit de travailler dans un milieu, on ne peux plus se permettre de s’en moquer et/ou de le critiquer.  Du moins, pas si on veut réussir dans le métier.

Mais ce comportement, au fond, n’est rien d’autre que la manifestation subconsciente d’un complexe d’infériorité.  Car en agissant ainsi, je m’assure de me fournir une excuse en cas d’échec: Si je ne réussis pas à me tailler une place dans le milieu où j’évolue, ce n’est pas parce que je suis incompétent.  Non; c’est à cause que les autres me bloquent, me sabotent, m’empêchent d’avancer, pour des raisons personnelles.  Comme ça, je n’ai pas à me remettre en question, ni dans ce que je suis ni dans la qualité de mon travail. 

Mais pour ça, je dois d’abord les provoquer à avoir du ressentiment envers moi, de façon à les rendre susceptibles, frustrés, mesquins.  Exactement comme Pierre qui, après s’être mis à dos les quatre autres candidats, ne pouvait plus qu’offrir un souper presque parfait car si la nourriture était irréprochable, en revanche l’ambiance était pourrie.

L’exemple le plus flagrant dans lequel j’ai eu ce comportement est dans ce billet, lorsque je raconte dans le paragraphe Le troisième zéro comment j’ai été expulsé du cours de maths.  J’étais un cancre en mathématique, la preuve est que j’étais deux ans en retard dans ce cours.  Au lieu de reconnaitre ma faiblesse et mettre l’effort à étudier et à comprendre cette matière, j’ai préféré passer l’été à m’attaquer à une règle de mathématique qui dit qu’il est impossible de diviser par zéro. À la rentrée, j’ai attendu qu’un prof me provoque en posant lui-même la question sur le sujet (chose qui arrive au moins une fois par année) afin de lui mettre sur le dos la responsabilité de ce qui allait suivre. En prouvant en classe que j’avais trouvé non pas une mais bien trois méthodes montrant que la division par zéro était possible, je me plaçais au-dessus de la communauté scientifique internationale des mathématiciens qui affirmaient le contraire.  Par conséquent, je prouvais trois choses:

  1. J’étais un génie des maths, du moins j’étais le supérieur logique et intellectuel de mes profs.
  2. Les profs avaient mauvaise foi de refuser de l’admettre, malgré les preuves que j’étalais  devant leurs yeux.
  3. Sans raison pertinente pour me faire échouer, ils utilisaient mesquinement leur position d’autorité pour le faire, juste parce qu’ils étaient frustrés que je me prouve supérieur.

Et tout ça avec toute la classe comme témoin.  Avec quelques variantes, cette méthode s’adapte très bien à toutes les relations et à tous les milieux.  C’est ce comportement qui m’a amené à faire subir à un de mes anciens employeurs les dommage collatéraux de l’auto-importance démesurée.

D’accord, ça fonctionne, en ce sens que ça permet de toujours pouvoir accuser avec raisons la mauvaise foi des autres en cas d’échec.  Hélas, puisque ce comportement fait pourrir toutes les relations avec autrui, autant interpersonnelles que professionnelles. elle assure surtout que peu importe la qualité de ce que l’on fait, ça se terminera toujours par ça: Un échec!  Un échec qui, ironiquement, empêche un succès qui aurait peut-être été vraiment mérité.  Mais quand on souffre de complexe d’infériorité, ce n’est pas au succès que l’on s’attend.  C’est à l’échec!  Alors si en plus on a un ego démesuré, au lieu de remettre en question la qualité de son travail, on met ses efforts à justifier d’avance ces futurs échecs.  On provoque la haine comme excuse préventive.  On se comporte de manière à ce que notre sentiment d’infériorité fasse de notre crainte une prophétie autoréalisatrice.  En fait, rendu là, ce n’est même plus une crainte pour nous, c’est une fatalité, une conclusion évidente.  On ne se pose même pas la question si ce sera une réussite ou un échec, on sait que ce sera un échec.  Voilà pourquoi notre premier réflexe est de préparer le terrain de façon à pouvoir expliquer et/ou l’excuser, cet échec. Or, en se comportant ainsi, on provoque nous-même l’échec. 

Bref, se comporter ainsi, c’est une très mauvaise habitude qu’il faut perdre au plus vite, autant pour notre propre bien que pour celui des gens qui nous entourent. Encore faut-il commencer par se rendre compte qu’on l’a, ce comportement.

 

« Ægidius », un extrait.

Les lettres AE, lorsque reliées en Æ, se prononcent É, comme dans curiculum vitæ. Je précise car on me demande parfois comment se prononce le prénom de mon plus illustre ancêtre, Ægidius Fauteux, de qui je planifie écrire une biographie.

Enfin, quand je dis ancêtre, je ne suis pas son descendant direct.  Il s’agit en fait de mon arrière-grand-oncle.


En 1899 à l’âge de 22 ans, Ægidius Fauteux reçoit sa licence en théologie. Il n’aura cependant pas la vocation. Il poursuivra ses études en Droit et sera reçu au Barreau en 1903, mais il ne pratiquera jamais. En 1902, il fonde le journal Le rappel.  Il joint le journal La Patrie en 1905, puis La Presse en 1912.  Il consacrera sa vie à ses deux passions, le journalisme et l’histoire du Québec.

Au début des années 90, mon grand-père René Lussier a commencé à écrire la biographie de son oncle, combinant souvenirs personnels et familiaux avec les faits historiques.  Son décès en 1995 a interrompu son travail.  J’ai décidé de continuer et d’achever celui-ci dans mes temps libres, Et de nommer la chose Ægidius Fauteux, la petite histoire d’un grand historien.  En voici un extrait:

Montréal, le quartier Côte des Neiges, en début d’après-midi.

La cloche du tramway annonce l’arrivée du véhicule de transport en commun urbain. Il y a peu de voyageurs, et Ægidius est surpris de constater que ceux-ci sont constitués de vieillards malades et d’éclopés. Le wagon rouge s’immobilise devant l’arrêt situé en face du Collège Notre-Dame. Ægidius en descend en premier. Il est accueilli par un petit homme aux cheveux blancs qui ne doit pas faire plus de cinq pieds de haut et qui porte un manteau brun foncé trop grand pour lui. D’une petite voix enrouée, il dit :

« Bonjour monsieur. Est-ce que je peux vous aider ? »

À peine a t-il posé sa question que le petit homme d’apparence fragile se met à tousser. Ægidius a pitié de lui.  Histoire de lui éviter tout effort superflu, il lui répond :

« Je viens voir mon oncle, l’abbé Pierre-Louis Fauteux. Vous n’avez pas besoin de vous déplacer, je saurai bien le trouver tout seul. Merci! »

Ægidius part à pas rapides vers la bâtisse du collège. Le vieil homme le salue de la main et se retourne vers le tramway où il aide une vieille dame en béquilles à débarquer.

Debout dans son bureau, devant la fenêtre qui donne sur la cour arrière du Collège Notre-Dame, L’abbé Pierre-Louis Fauteux, regarde une trentaine d’enfants de cinq à douze ans s’amuser dehors, profitant de la récréation qui vient avec l’heure du dîner. L’homme qui fêta récemment ses cinquante ans est costaud, bien en forme, malgré cette calvitie qui trahit son âge, et cette panse bien ronde sous sa chemise noire qui témoigne de son penchant pour les plaisirs de la table. Comme quoi même le plus assidu des hommes de Dieu peut parfois être soumis à certains péchés, furent-ils capitaux, comme celui de la gourmandise.

Dans les couloirs du collège, Ægidius tourne le coin et avance tout en parcourant des yeux les plaques sur les portes de bureaux qu’il croise. Il s’arrête devant une porte grande ouverte et y voit la mention Pierre-Louis Fauteux, directeur adjoint. Il reconnaît aussitôt la silhouette de son oncle devant la fenêtre. Il cogne à la porte afin de signaler sa présence.

« Monsieur l’abbé… euh… Monsieur le directeur… Directeur adjoint, Fauteux ?»

Le visage de l’abbé reste impassible. Sans se retourner, il l’invite, du geste de la main, à entrer. Ægidius fait quelques pas et s’immobilise à un mètre des chaises placées devant le bureau de travail en bois verni. Dehors, le frère Anselme, armé d’une cloche, sonne la fin de la récréation.

« Quelle date sommes-nous aujourd’hui? » demande le directeur adjoint.
« Le 16 juin. » répond Ægidius.
« Exact ! Vendredi, le 16 juin 1899. Et qu’est-ce qu’il s’est passé, aujourd’hui-même, il y a exactement deux cent quarante ans ? »
« Le 16 juin 1659 ? »
L’homme murmure « Hm ! » en acquiesçant d’un geste de la tête. Ægidius répond.
« Bien… C’est la date où Monseigneur François de Montmorency-Laval est arrivé de France. Quatre ans plus tard, le 26 mars 1663, il fondera le Grand Séminaire de Québec. En 1668, il mettra sur pied le Petit Séminaire de Québec en tant que résidence pour les futurs prêtres. Et en 1674, il devient le premier évêque du diocèse de Québec nouvellement fondé. »

L’abbé lève un sourcil. Visiblement l’éducation de son neveu, autant que sa mémoire, sont remarquables. Il se retourne et marche en direction de la porte de son bureau. Il adresse de bons mots au jeune homme lorsqu’il le croise.

« Très bien, cher neveu. Très, très bien! »

Il tend la main vers la porte et la pousse. Celle-ci se referme dans un bruit de loquet. Aussitôt, l’homme se retourne et son visage austère s’illumine de joie. Sans plus de retenue dans ses gestes que dans son débit de voix, il tend les bras en direction de son neveu.

« Eh ben ? Enwèye mon p’tit Gigi, viens voir ton mononc’ Pi-Wi. »

D’abord surpris, Ægidius prend lui aussi un air joyeux et ravi. En riant, ils se jettent dans les bras l’un de l’autre et se donnent une chaleureuse accolade. Il n’y a plus d’étudiant, plus d’abbé, plus de directeur. Il n’y a que deux membres proches d’une même famille enchantés de se revoir. En le serrant contre lui, Pierre-Louis donne de grandes tapes fraternelles dans le dos de son neveu.

« Non mais regarde-toi rien qu’un peu. C’est que t’es devenu un vrai homme. Quel âge que t’es rendu, là ? »
« Vingt-deux ans. J’en aurai vingt-trois le 27 septembre. »
« Ca fait que t’as terminé tes études là ? »
« Oui ! »
« Et puis ? »
« J’ai obtenu ma licence de théologie. »
« Merveilleux ! Faut fêter ça ! Un petit verre ? »
« Ce ne serait pas de refus. »

L’homme marche à grands pas vers une armoire qu’il ouvre.

« Tu vas voir, ton mononc’ Pi-Wi n’a pas rien que du vin de messe pis de l’eau bénite dans ses bouteilles. »

Ægidius a un petit sourire amusé.

« Tu ne me laissera jamais oublier ça, hm ? »
« Quoi donc ? »
« Mononc Pi-Wi. Sais-tu combien c’est difficile pour un enfant qui sait à peine parler de dire mon oncle Pierre-Louis ? Ça fait vingt ans, faudrait que t’en revienne. »

L’homme revient avec deux verres remplis de liquide ambré. Il en donne un à Ægidius.

« Ah, je l’sais bien, mais c’était tellement mignon. Santé ! »

L’homme salue son neveu et avale son verre d’un trait. L’imitant, Ægidius fait également cul sec. Aussitôt il grimace, ouvre la bouche et expire bruyamment, surpris par la morsure du liquide.

« HHHH…. C’était quoi ça ? »
«  Du whisky ! Mais attention, c’est du bon vieux scotch importé directement d’Écosse. Rien à voir avec la pisse de cheval à base de seigle qu’ils distillent en Alberta. Je remets ça ? »

Déclinant poliment du geste, Ægidius dépose son verre sur le bureau. Ça n’arrête pas Pierre-Louis qui s’en sert un second. Cette fois-ci, il n’en prend qu’une gorgée. Puis, il tapote fièrement l’épaule de son neveu.

« Tu peux pas savoir à quel point je suis fier de pouvoir bientôt te compter parmi nous. »

Pierre-Louis avance à pas lent vers le mur où est encadrée sous verre une grande carte du Québec.

« Tu vois, ici au Québec, chaque petit village a son église. Et dans les grandes villes comme Montréal où la population est gigantesque, chaque quartier en a une, deux, trois, voire même dix, pour servir toute cette population. Nous administrons les hôpitaux, les organismes de charité, les orphelinats. Sans oublier l’éducation. Chacune des petites écoles, chaque collège comme celui-ci, chaque université, est sous administration catholique. De plus, chaque entreprise possède sa chapelle et son prêtre entre leurs murs. Chaque mairie a son curé qui récite aux politiciens la prière du matin. Chaque caserne militaire a son aumônier. L’Assemblée Nationale ne peut pas commencer son travail avant la prière matinale. Nous sommes partout. Depuis les deux cent quarante dernières années, soit depuis le débarquement de François de Montmorency-Laval, comme tu l’as si bien cité tantôt, c’est nous qui administrons le territoire. Même Sir Wilfrid Laurier, le premier Canadien français à occuper le siège de premier ministre du Canada, a moins de pouvoir que nous dans le pays. C’est sous notre influence qu’il a créé les écoles catholiques au Manitoba lorsqu’il est monté au pouvoir il y a trois ans. Et grâce à lui, dans les écoles anglaises, les élèves Canadiens français ont maintenant droit à une demi-heure d’enseignement religieux à la fin des classes. Mais la politique étant ce qu’elle est, il a à faire face à beaucoup d’opposition, contrairement à l’église. Puisque le Canada fait partie de l’Empire Britannique, le Royaume-Uni s’attend à ce que l’on envoie l’armée pour les aider dans la Seconde Guerre des Boers qui fait rage ne ce moment. Laurier est pris entre les Canadiens anglais impérialistes fidèles à la couronne britannique, qui veulent que l’on envoie nos troupes, et les Canadiens français qui s’y opposent fortement. Avec lui trop occupé pour nous aider, c’est vraiment pas la job qui manque. C’est pourquoi l’église a vraiment besoin d’un garçon éduqué et intelligent dans ton genre. Dis-moi quand t’es prêt à commencer, je te donne le titre que tu veux, la fonction que tu veux, dans la région que tu veux. »

Ægidius qui, jusque-là, regardait son oncle, baisse les yeux, embarrassé. Il pousse un léger soupir. Sa réaction laisse l’homme d’église quelque peu perplexe.

« Eh bien ! J’avoue que je m’attendais à un peu plus d’enthousiasme. »
« Je suis désolé mon oncle, c’est que… J’ai bien peur que je vais vous décevoir. »

Même s’il ne sait pas encore pas ce qui trouble son neveu, Pierre-Louis voit bien le malaise dans ses gestes. Aussi, il dépose son verre de scotch et s’approche du jeune homme. Une main sur l’épaule, il l’entraine vers les chaises en l’invitant à s’asseoir. Lui-même prend l’autre chaise et s’assoit face lui.

« Qu’est-ce qui ne va pas, Ægidius ? »

Le jeune homme reste d’abord silencieux, mais le ton de voix rassurant de son oncle le met en confiance. Après un nouveau soupir qui exprime bien le fardeau moral qui pèse sur lui, il dit :

« J’ai essayé. J’ai vraiment essayé. Je ne peux pas être un homme d’église. Je n’ai juste pas la vocation. »
« Je vois ! Et… Quand est-ce que tu t’en es rendu compte ? »
« Je sais pas… Je… »
« Dis-moi la vérité. »
« Je… Écoutez, il ne faudrait pas croire que… Je veux dire, j’ai énormément de respect pour… Je ne voudrais pas… »

Pierre-Louis pose une main rassurante sur l’épaule de son neveu.

« Ægidius, oublie que je suis un homme d’église, d’accord ? C’est ton oncle qui te parle. Ton ami ! Si ce que tu me dis est la stricte vérité, alors rien de ce que tu puisse me dire ne sera un manque de respect. Alors parle-moi s’il te plaît. »

Rassuré, quoique toujours un peu mal à l’aise, Ægidius accepte de de confier.

« Je ne crois pas en Dieu ! »

Comme si cette révélation avait demandé un effort nécessitant un temps pour récupérer, Ægidius reste silencieux quelques secondes. Puis, après un profond soupir, il reprend la parole.

« Enfin, si, mais… Ah, je ne sais pas trop. Quand j’étais petit et que les religieuses nous apprenaient le petit catéchisme à l’école, je ne pouvais jamais m’empêcher de voir certaines incongruités dans ce que l’on nous disait. Par exemple, Adam et Eve, qui n’ont eu que deux fils. Comment est-ce que la race humaine a pu exister dans de telles conditions ? Et après avoir tué Abel, Cain ne voulait pas quitter le territoire de peur que les autres le mettent à mort. Quels autres, puisque la race humaine n’était supposément constituée que de trois personnes ? »
« Je vois ! Les questions classiques. »
« Quand on m’a envoyé au séminaire dans le but de faire de moi un homme d’église, je me disais que j’allais enfin apprendre les réponses à mes questions. Que l’on allait me donner des faits. Mais non ! Tout ce que l’on reçoit de nos éducateurs, c’est ce que l’on est destiné à donner au peuple : Des textes flous et aucune preuve tangible pour en appuyer les dires. Toute question directe sur un sujet nébuleux nous mérite une réponse en paraboles aussi claire que du jus de boudin. Tout ce que je puis dire après ces douze années d’études, c’est que non seulement je ressors de là avec mille fois plus de questions que quand j’y suis entré, pas une seule personne, pas un seul fait, pas le moindre artéfact n’a pu me prouver l’existence de Dieu. Et on me demande de croire, croire, croire. Mais comment est-ce que je puis croire quelque chose qui est impossible à prouver ? »

Ægidius se tait. Tel un enfant honteux qui aurait posé un geste qu’il sait inacceptable, il ose à peine lever les yeux vers son oncle. Il conclut son témoignage :

« Dans de telles condition, je ne peux pas, en toute bonne foi, joindre l’église. Je ne serais rien d’autre qu’un hypocrite. »

La main de l’abbé se resserre doucement sur l’épaule du jeune homme qui comprend que ce geste se veut réconfortant. Il rajoute :

« Je suis désolé mon oncle, je ne voulais pas vous manquer de respect, ni à vous ni à vos croyances. »

L’homme fait un sourire triste. Soupirant lui aussi, il répond ;

« Non Ægidius. En te confiant à moi, en me disant une vérité qui va en sens contraire de mes convictions, tu me témoigne d’une grande confiance. Tu me démontres que tu me sais capable de comprendre malgré nos différents points de vue. Ce n’est pas me manquer de respect, ça. Bien au contraire. Et t’as pas à cesser de me tutoyer non plus. »

Ces paroles rassurent le jeune homme. Celui-ci lève enfin les yeux pour regarder en face son oncle qui poursuit :

« Tu sais Ægidius, tu es peut-être juste trop intelligent pour joindre l’église. Toute ta vie, je te voyais aller. Tu as toujours été curieux, fasciné par les détails, toujours à chercher le comment du pourquoi. Tu es né avec un esprit qui a une grande soif de connaissances. Tu as un cerveau logique, mathématique. Pour toi, chaque réaction doit correspondre à une action antérieure. Tu as l’esprit d’un savant, mon petit. Et dans de telles conditions, en effet, ce serait du gaspillage de le perdre dans un environnement dans lequel ni toi ni ton intelligence ne pourrait s’épanouir. Tout comme l’église n’a pas vraiment besoin dans ses rangs de quelqu’un qui va répondre Euh, ben, on n’a pas de preuves scientifique là, là, mais…à quelqu’un qui va lui demander si Dieu existe. »

Bien que le jeune homme soit un peu embarrassé, l’amusante image mentale qu’il se fait de cette scène met sur son visage un petit sourire amusé.

« Tu me demandes si Dieu existe, mon cher neveu ? Je ne te donnerai pas de paraboles ni de réponses floues. Je vais te donner la réponse la plus logique qui soit pour cette question : Si on le savait, on serait des savants. Mais nous, nous croyons. Nous sommes donc des croyants. La science et la foi sont deux choses qui n’ont aucun rapport entre elles. Essayer d’utiliser le premier pour expliquer le second, c’est comme essayer d’utiliser une règle de grammaire pour résoudre une équation mathématique. Ça ne se fait juste pas. Tu comprends ? »

Pendant quelques secondes, Ægidius semble réfléchir. Puis, il redresse la tête. Tout en regardant son oncle, il acquiesce d’un signe de tête.

« Ce que je comprends… C’est que je ne peux pas comprendre, finalement. »
« T’as tout compris ! »

Ægidius pose sa main sur celle de son oncle. Les deux hommes se regardent. Bien qu’ils comprennent qu’ils ne verront jamais les choses du même œil, ça ne les empêche pas de ressentir ce soutient et ce respect qui les unis. Pierre-Louis conclut avec ces paroles rassurantes :

« Allez, ne t’en fais pas. T’as pas la vocation ? T’as pas la vocation, voilà tout. De toutes façons, avec moi, mon cousin Joseph-Anselme, et mon autre neveu Adélard, il y a déjà bien assez de Fauteux comme ça dans les ordres. L’honneur de la famille est plus que sauf. »

L’homme se lève et invite son neveu à faire de même.

« Remarque, si comme Saint-Thomas tu as besoin de voir pour croire, j’ai justement l’homme qu’il te faut ici. Tu connais notre portier, Alfred Béssette ? »
« Le petit monsieur au cheveux blancs qui m’a accueilli à la descente du tramway ? »
« C’est ça ! Si je te dis le frère André ? »
« Le guérisseur ? Celui dont on parle dans les journaux ? »
« Celui-là même. Eh bien c’est lui ! »

Ægidius se montre fort incrédule.

« Voyons donc ? Le petit monsieur malade, là ? C’est lui le frère André ? C’est votre guérisseur, ça ? Soyons sérieux, il est tellement mal en point qu’il ne passera pas l’hiver. Il a un rhume carabiné en plein mois de juin. Si jamais il éternue, il va se dévier la colonne. »
« Et pourtant, depuis 1877, soit depuis vingt-deux ans, ses dons de thaumaturge sont des faits reconnus et archivés dans nos… »

L’abbé est interrompu alors que l’on cogne à la porte de son bureau.

« Entrez ! »

La porte s’ouvre, Frère Anselme entre, visiblement ennuyé.

« Je suis désolé de vous déranger Monsieur le Directeur, mais on vient de recevoir des inspecteurs des autorités sanitaires de la ville, à cause du vieux graisseux, encore. Ils vous attendent en bas. »
« Merci Frère Anselme, j’arrive tout de suite. »

Le Frère Anselme se retire promptement, toujours avec cet air en rogne au visage. Ægidius est perplexe.

« Le vieux graisseux? » S’interroge-t-il.
« Le frère André, justement. Sa manie de brûler de l’huile d’olive devant sa statue de St-Joseph lui a valu ce triste sobriquet de la part de certains autres frères. Il faut dire qu’il est un peu simple d’esprit. Ses frasques ont le don d’irriter la confrérie qui ne l’apprécient pas tellement. »

Ægidius, perplexe, se gratte la tête.

« Eh bien ! Un guérisseur malade que même sa propre congrégation ne respecte pas. Si c’est ça qui est supposé me donner la foi, c’est qu’on croit vraiment aux miracles. »

Et maintenant que j’ai rendu la chose publique, me voilà bien obligé de continuer, et éventuellement d’achever.  😉

Comment le fait d’être un Bon Gars a ruiné ma vie sociale, amoureuse et sexuelle (Conclusion)

Comme on a pu le voir si on a passé à travers le long chapitre précédent, c’est à l’âge de 28 ans que je me suis rendu compte que je faisais fausse route avec toutes mes règles et tous mes beaux principes moraux.  Car dans un monde où personne n’est parfait et irréprochable, je croyais que m’efforcer à l’être allait faire de moi un exemple à suivre.  Hélas, j’étais plutôt celui qui faisait sans cesse prendre conscience aux autres de leurs défauts.  Au lieu de les aider à grandir, je les rabaissais. Dans de telles conditions, pas étonnant que je me retrouvais toujours à l’écart de la société, rejeté par mes pairs.

Et le pire, c’est que mes comportements parfaits et irréprochables, je ne les avais pas parce que c’était naturel chez moi d’agir ainsi, mais bien parce que c’était la bonne façon d’agir.  Par conséquent, me voilà, à 28 ans, sans la moindre idée de ce que je suis vraiment. Je me suis menti à moi-même sur mon propre compte.  Je me suis emprisonné.  En m’en rendant compte, j’ai décidé qu’il était plus que temps que je découvre qui était Steve Requin. Et la seule façon d’y parvenir, c’est de laisser libre cours à mes envies, de me laisser aller à expérimenter.  Bien sûr, ce ne fut pas instantané.  Je me gardais tout de même une petite retenue afin de ne pas tomber dans le piège des extrêmes si bien décrit dans le proverbe trop, c’est comme pas assez. Ça a pris au moins deux ans avant que je puisse dire qu’il y a vraiment eu apprentissage, tout en me permettant de constater des changements que ça m’a apporté dans ma vie.

L’alcool
J’ai commencé à en prendre dans les occasions sociales, les sorties en groupe, les soupers entre amis, et je me suis même saoulé la gueule à quelques reprises. Sur ce dernier point, je dois dire que le fait d’être resté sobre toute ma vie m’a apporté quelques avantages. D’abord, sans jamais avoir bâti de résistance à l’alcool, je saoule vite, alors ça ne coûte pas cher. Une demie bière et je commence à chanter du Elvis. Plus d’une, et tout me rend hilare et joyeux.  Apparemment, comme on dit en Europe, j’ai le vin gai, dans le sens non-sexuel du terme.  Et puisque l’alcool fait perdre les inhibitions et fait ressortir la vraie personnalité, alors ça m’a démontré que je suis une personne positive et heureuse de nature. C’est toujours bon à savoir.

En buvant, j’ai appris que je n’était pas tellement amateur de bière ou de vin.  Trop amer pour mes papilles.  Par contre, le fort, le mousseux, les liqueurs et les cocktails ont majoritairement des goûts qui me sont fort plaisants.  À une époque, j’ai même acheté des bouteilles de rhum pour me faire quelques rhum & coke maison.  Au bout d’un mois je me suis rendu compte que je ne suis pas confortable avec le concept de boire seul.  J’ai donc cessé.  Aujourd’hui, je sais ce que je suis: Un buveur social, modéré, rapide à saouler mais également vite à dégriser.

La drogue
Je n’ai jamais recherché activement à en consommer, mais j’ai accepté de l’expérimenter les trois fois où j’en ai eu l’occasion:

  • La première fois fut lorsque l’on m’a offert de partager un joint de mari à 29 ans. Je n’aime pas fumer la cigarette, j’ai vu que j’aimais encore moins fumer du pot. Il n’y a donc pas eu de suite.
  • Lors d’une soirée entre amis, à 29 ans également, ma coloc de l’époque m’a offert du mush.  Je n’ai pas aimé la façon dont cette drogue faussait ma perception visuelle des distances.  Il n’y a pas eu de suite.
  • Enfin, à 43 ans, l’an dernier, j’ai essayé la cocaïne.  Bien que ce fut une expérience positive à 100%, tout le monde sait très bien que son usage régulier, même à court terme, a des conséquences néfastes sur la santé, les finances et la Justice. Il n’y aura donc jamais de suite, ni pour celle-ci, ni pour quelque autre drogue. Consommer, ce n’est tout simplement pas moi.

Mon comportement avec les autres
Lorsque je vois les gens faire des erreurs ou avoir un mauvais comportement, je ne leur en parle pas, et surtout je ne leur fais plus la morale.  Je comprends qu’il y a mille raisons, allant de leur personnalité naturelle jusqu’à leurs expériences de vie, en passant par leur environnement familial, qui les fait agir ainsi. Si on me demande conseils et commentaires, à ce moment-là je le fais, pour peu que j’ai quelque chose de pertinent à dire sur le sujet.  Sinon, je me tais et j’écoute.  Au pire, je me permet de donner mon avis non-sollicité, mais seulement si je vois que la personne se dirige droit vers une catastrophe grave, ce qui ferait de moi un complice de son malheur d’avoir gardé le silence.

Cependant, ne pouvant pas nier mon naturel à prêcher le « Selon mon expérience de vie, il vaudrait mieux dans telle situation que bla bla bla »  j’ai créé un blog nommé Mes Prétentions de Sagesse. 😉

Mes relations avec les autres
Un truc que je n’avais pas constaté à prime abord, c’est que contrairement à ce que je pensais, je n’étais pas une personne que tout le monde fuit.  Oui, d’accord, que ce soit Daniella, Isabelle, Océane ou d’innombrables autres, on m’a fuit un nombre incalculable de fois.  N’empêche qu’avant de me fuir à cause de mon comportement merdique et ma personnalité jugementale, elles m’avaient d’abord trouvé assez intéressant pour m’approcher.  Maintenant que j’ai cessé d’être chiant, on m’approche toujours, et non seulement je me fais des amis qui ne me fuient pas, on me voit comme un gars cool et je reçois régulièrement des invitations à sortir et/ou faire le party.  C’est d’ailleurs à l’âge de 29 ans que j’ai eu droit à mon tout premier surprise-party d’anniversaire, avec plus d’une trentaine d’amis et connaissances. De toute ma vie jusque-là, jamais je n’avais été apprécié à ce point.

Ma naïveté
Disons que maintenant, je ne prends plus au pied de la lettre tout ce qu’on me dit.  Je comprends que les gens peuvent changer d’idée, tout comme je comprends qu’ils peuvent mentir dans le but de se protéger, tout comme je comprends que parfois ils peuvent donner une fausse raison de (ne pas) vouloir quelque chose, afin de ne pas faire d’histoires.  La preuve de ce dernier cas: en 1998, soit deux ans après mon aventure avec Océane, j’ai fait ce petit dessin qui représente un moment vécu à la fin de la fameuse soirée où elle était venue chez moi.

Ça montre que j’ai fini par comprendre que quand une fille te dit « T’es pas obligé de », ça signifie souvent « Je préférerais que tu t’abstiennes de ».

Parlant de filles:

Mes relations avec les filles
Fini d’être le passif qui espère dans la lâcheté. Maintenant, je suis fonceur.  Lorsqu’une fille me plait, je le lui fait savoir, en gestes et/ou en paroles. Mais attention: Être fonceur ne signifie pas s’imposer de force à l’autre.  Ma mentalité sur le sujet est:  N’attends jamais après son OUI, mais respecte toujours son NON.  Quant à celles qui me draguent, mon acceptation ou mon refus ne se base plus que sur deux choses:

  1. Le niveau de mon désir pour elle.
  2. Ma capacité morale d’assumer ou non les conséquences d’avoir une relation avec elle.

Tout le reste, son âge, sa race, sa religion, son statut de couple, n’entre plus du tout en ligne de compte. Parce que lorsqu’il y a attirance et amour entre deux personnes, elle sauront toutes les deux faire en sorte de modifier leurs situations, histoire d’enlever tout obstacle les empêchant de s’aimer.

Exemple concret: Moi! Vous savez que je suis célibataire depuis décembre 2011, soit depuis la fin de ma relation avec Karine qui a duré 12½ ans.   Eh bien je vous annonce que depuis le 28 juin 2013, je suis en couple avec celle que je considère comme étant mon match parfait. Lorsque je l’ai rencontrée, elle avait déjà un homme en vue depuis quelques temps. Son coeur était donc pris, ou du moins réservé. Mais voilà, nous sommes tellement semblables là où ça compte, tellement compatibles,  qu’il a bien fallu se rendre à l’évidence que nous étions faits l’un pour l’autre, et ce malgré qu’elle a 25 ans et moi 44.  Contrairement à mon aventure avec Océane où nos 9 ans de différence me dérangeait, cette fois je n’ai pas pris ce détail en considération:  Je lui ai fait savoir qu’elle m’intéressait, que je la désirais. Car  contrairement à mon aventure avec Isabelle, le fait qu’elle avait déjà quelqu’un dans son coeur et/ou dans son lit n’avait aucune importance pour moi.

Hélas, devant mes avances, elle a reculé.  J’ai accepté son refus.  Je suis entré dans la friendzone et nous sommes restés bons amis, continuant de nous voir et de passer de bons moments ensemble. Et vous savez quoi? J’aimais tellement l’avoir dans ma vie que je me foutais que ce soit juste en amie, pourvu qu’elle y soit.

Puis, avec le temps, elle a constaté avoir elle-même des sentiments pour moi.  Elle est revenue sur sa décision, a renoncé à l’autre gars, et m’a déclaré son amour.  Eh oui, comme dans mon aventure avec Daniella, j’ai été dé-friendzoné!  ÇA ARRIVE! 😀  Sauf que cette fois-ci, j’ai compris et j’en ai profité.

En tout cas, une chose est sure: Elle n’aurait pas développé ces sentiments de son côté si j’avais agi avec elle comme un loser, un soi-disant bon gars, après qu’elle ait refusé mes avances.  Car en effet, je ne lui avais exprimé aucune peine, aucune déception, aucune rancoeur, aucun ressentiment face à notre statut d’amis seulement.  Normal: Je n’en ressentais pas. C’est là que j’ai compris que quand on aime sincèrement une personne, on n’a pas de sentiments négatifs à son sujet lorsque cet amour n’est pas réciproque.  Si on en a, c’est parce qu’il s’agit de possessivité, de jalousie, de dépendance affective, bref, n’importe quoi sauf de l’amour.  Mais là, c’en était!

Depuis, nous vivons tous les deux dans le bonheur parfait, un bonheur dont je nous aurais privé si, comme dans ma période pré-Océane, j’avais pris à sa place la décision comme quoi elle ne peut pas vraiment vouloir de moi, parce que ça aurait été injuste pour l’autre gars, et à cause de notre différence d’âge. J’ai écouté mon coeur.  J’ai écouté mes envies.  Je me suis écouté moi.  Et surtout, je savais qui était le véritable moi:  Quelqu’un qui ne voulait pas passer à côté de l’opportunité unique de partager sa vie avec la personne  qui est (par)faite pour lui.

Maintenant, je ne suis peut-être pas un Bon Gars au comportement parfait et irréprochable.  Mais au moins, j’ai le mérite d’être moi Et vous savez quoi?  Ça me réussit beaucoup plus que d’essayer d’être quelque chose que je ne serai jamais et que, dans le fond, personne ne m’a jamais demandé d’être.

Se faire connaitre pour les bonnes raisons

Sans pour autant le crier sur tous les toits, je n’ai jamais caché le fait que depuis ma plus tendre enfance, j’ai l’ambition de devenir une personnalité publique.  Je vais laisser les psychologues débattre au sujet de ma supposée enfance malheureuse et des carences psychologiques qui ont fait de moi un pauvre malheureux dépendant affectif en quête d’attention et d’approbation afin de compenser les complexes causés par la taille de son pénis, et passer au sujet principal de cet article.

Il y a plusieurs façons d’attirer l’attention:

  • La façon accidentelle, qui est due au hasard. Genre, tu as été mêlé(e) à quelque chose de gros hors de ton contrôle.
  • La façon légitime, par ton talent, ton intelligence, ton humour.
  • Et puis, pour ceux qui veulent à tout prix se faire remarquer, il y a la façon facile: Dire et faire n’importe quoi, pourvu que ça choque le plus grand nombre de personne possible.  Et la raison pourquoi c’est la façon facile, c’est tout simplement parce que déplaire a toujours été plus facile que plaire.

11 décembre 2009, St-Lin Laurentides, 9 :00 am.  En compagnie d’une douzaine d’autres, je suis dans le bus aux couleurs des XXIes Jeux olympiques d’hiver, sponsorisé par la RBC et Coca-Cola. Nous faisons partie des douze mille coureurs qui vont se relayer la flamme à travers le Canada, avant que celle-ci arrive à Vancouver le 12 février suivant pour marquer le début des jeux olympiques d’hiver de 2010.

Quelques mois plus tôt, j’avais répondu à une publicité de la RBC dans laquelle ils recherchaient des volontaires pour faire partie du relai de la flamme.  Le questionnaire demandait la raison pour laquelle nous tenions à participer, et en quoi nous pouvions être un exemple pour la communauté.  J’ai répondu que, jusqu’à l’âge de 39 ans deux ans plus tôt, j’avais toujours été un sédentaire qui se souciait peu de sa santé, et que je me suis finalement pris en main à l’âge de 40 ans.  Courir en portant le flambeau olympique deux ans plus tard démontrerait qu’il n’est jamais trop tard pour commencer à prendre soin de soi et de s’améliorer.

Puisque l’on pouvait choisir notre date de participation, j’ai demandé le 11 décembre. À ce moment-là, la flamme passera à St-Lin Laurentides.  C’est loin de Montréal mais tout de même accessible.  J’ai choisi cette date en l’honneur de Karine, alors ma conjointe.  D’abord parce que c’est sa date d’anniversaire, mais aussi parce que cette année-là ça faisait 10 ans que nous étions ensemble.  C’était ma façon de célébrer cet événement, tout en lui montrant que j’étais toujours aussi amoureux d’elle.  Ou, comme disent les anglos, that I was still carrying the torch for her.

Ma candidature a été approuvée.  J’ai passé les semaines suivantes à m’entrainer. Un mois avant la course, je prends des pics de moi, histoire de me vanter sur Facebook de mon nouveau physique d’athlète.

Et deux semaines avant la course je recevais par la poste le colis tant attendu: Mon kit de coureur:

Maintenant, dans le bus avec les autres candidats qui se relayeront la flamme à travers St-Lin, je me fais accoster par le coureur qui va me précéder. Il me suggère que, au moment où il va me passer le flambeau, nous fassions une petite danse synchronisée avant de mettre nos torches en contact.  Je refuse!  D’abord, je ne vaux rien en danse, encore moins synchronisée. Mais surtout, cet événement signifie beaucoup pour moi et pour mon couple, alors je prends cette cérémonie au sérieux.  J’ai beau vouloir me faire remarquer, ce n’est pas une raison pour le faire de façon ridicule.

Le bus me débarque au coin où je dois attendre mon prédécesseur.  Mes parents viennent me rejoindre.  Karine est quelque part, hors de vue, à prendre des photos et à filmer.  Une… euh… Sainte-Linotte (comment appelle-t-on les résidents de St-Lin?) vient me voir et demande si elle peut se faire prendre en photo avec moi. J’accepte avec joie.  Malgré le venteux -20°C qu’il fait en ce moment, c’est je genre de chose qui fait chaud au coeur.

Peu après, un officiel vient ouvrir la réserve de gaz dans le manche de ma torche.  Le coureur arrive.  Il me demande une dernière fois si j’ai pensé à une chorégraphie.  Je réponds que non.  Nos torches se touchent, la mienne s’enflamme,  je me retourne, je salue au hasard puisque je ne sais pas où est Karine, et c’est parti pour mon segment de trois-cent mètres de course en portant fièrement le flambeau olympique. Deux hommes courent avec moi.  Ce sont des agents de la GRC, et des marathoniens d’expérience.  Ces dernières années, trop souvent des passants en mal de publicité ont tenté d’éteindre la flamme. Leur travail est de la protéger.

Tandis que je cours, je constate que mon segment passe par dessus un pont qui enjambe une petite rivière.  Tout marathoniens qu’ils sont, il suffirait que je bifurque brusquement et lance ma torche dans l’eau, jamais ils n’auraient le temps de m’en empêcher. En quelques minutes, une partie de la vingtaine de gens qui me filment mettraient leurs vidéos sur Facebook et YouTube. En une heure, les images de mon geste auraient fait plusieurs fois le tour de la planète. Le lendemain, les journaux de presque tous les pays du monde en parleraient, certaine d’entre eux en couverture.  Tout le monde connaitrait mon nom.  Tout le monde saurait qui je suis.  Mon visage cesserait d’être anonyme.  Enfin, le rêve de ma vie serait réalisé.  Je deviendrais une personnalité publique, et ce à l’échelle planétaire.

Mais voilà; je suis un auteur, un illustrateur, un blogueur, un scénariste, un bédéiste. C’est dans ces domaines-là que je veux me faire connaître.  Et si j’ai à me faire connaître, je veux que ce soit pour des raisons positives. Pour mon talent.  Pour mon humour. Pour mon imagination. Si je balance la torche à la flotte, aux yeux du monde, je ne serai rien de tout ça.  Je ne serai rien rien d’autre que celui qui a balancé la torche à la flotte.  

C’est sûr, ce geste pourrait me valoir un bon million de fans à travers le monde.  Mais quel genre de fans, au juste? Des anarchistes?  Des haters de tout ce qui est événement populaire? Des maigres/gros/faibles qui ont toujours été nuls en sports à l’école et qui regardent avec haine tout ce qui est compétition physique?  Est-ce que je veux vraiment devenir une icône pour ces gens-là?  Est-ce que je suis d’accord pour représenter tout ce que je ne suis pas, juste parce que, en ce moment, pour la seule et unique fois de ma vie, je tiens littéralement dans ma main le moyen le plus rapide et le plus efficace de me faire connaître partout à travers le monde?

La réponse est non!  Je préfère bien faire et rester anonyme que d’être connu pour avoir mal fait.

Voilà pourquoi, même si l’idée m’est venue en tête tandis que je courais sur le pont, jamais la tentation de le faire ne m’a le moindrement effleuré. J’ai poursuivi ma course et, au bout de mes trois cent mètres, j’ai utilisé ma torche pour allumer celle de mon successeur, et j’ai fièrement assisté à la poursuite de son chemin.

Le destin m’a offert une opportunité unique de sortir de l’anonymat, et c’est sans regret que je l’ai déclinée.  Je n’aurai jamais un million de gens qui m’admirent pour avoir ruiné le relai du flambeau olympique.  Par contre, ce que j’ai eu, c’est une dizaine de personnes qui ont été fières de moi pour avoir contribué à sa bonne marche.  Non la moindre était Karine, celle pour qui je l’ai fait.

Et ça, avoir la reconnaissance et l’approbation de gens proches, des gens qui comptent vraiment pour nous, ça vaut toutes les gloires publiques qui ne sont toujours, de toutes façons, que bien éphémères.

Se rendre hommage à soi-même

Le texte qui suit a été écrit l’été dernier alors que je venais de quitter mon emploi dans un garage de bus en raison de douleurs aux articulations des coudes causées par la manipulation constante de la pompe à diesel:

Une bonne partie de ma vie, de la mi-vingtaine à la fin de la trentaine, je me suis souvent considéré comme étant un loser. Même si je n’avais plus depuis longtemps l’attitude qui fait de quelqu’un un loser, on aurait pu croire que la vie et le destin s’acharnait sur ma pauvre petite personne pour me faire échouer la majorité de ce que j’entreprenais.  J’avais même une page web intitulée La Zone Requin (2003-2009) dans laquelle je partageais sous forme de textes une quarantaine d’anecdotes négatives, toutes vécues. Et bien qu’un tiers de celles-ci démontraient clairement que certains de mes malheurs étaient causés par ma maladresse, mes mauvaises décisions ou ma stupidité, il reste que les autres échecs étaient dus à des circonstances indépendantes de ma volonté. Donc que oui, c’était le hasard et la vie qui semblait vouloir s’acharner contre moi. Même si j’ai toujours été trop terre-à-terre pour y croire vraiment,  je ne pouvais pas nier l’évidence lorsque ça arrivait.  Et à chaque échec, toujours je récitais une variation de la phrase suivante: « Quand n’importe qui fait ____(insérer geste quelconque)____, ça fonctionne.  Mais quand c’est moi, ___(insérer preuve de fail)___ ».  Exemple récent : Quand n’importe qui fait du jogging, il améliore sa condition physique.  Mais quand c’est moi, je développe une fasciite plantaire qui me handicape dans mon quotidien, pour la vie. Ou encore plus actuel: Tout le monde est capable de manipuler une pompe à essence, mais quand c’est moi je me fais des problèmes aux coudes.

Pourtant, je réalise que depuis que j’ai découvert les trois raisons possibles de l’échec, je ne suis plus du tout porté à avoir cette mentalité.  Mieux encore; quand je repense à mon passé de loser, je constate un truc important: Ce que je n’avais pas considéré à l’époque, c’est qu’il y avait une raison logique pourquoi j’essuyais beaucoup plus d’échecs que la moyenne des gens. Et cette raison, la voici:

Les autres, dans leur jeunesse, pendant leurs études, découvrent la voie qui leur convient le mieux.  Ils vont tout naturellement vers la branche dans laquelle ils ont le plus d’aptitudes, ne mettant des efforts que dans les aires où ils ont déjà du talent ou des prédispositions.  Ils restent donc dans leurs zones de confort. Dans ces conditions, on peut quasiment dire qu’ils vont pour la voie facile. Et lorsque l’on ne se consacre qu’à un seul domaine, il est normal de s’y améliorer, de développer une expertise, ce qui fait d’eux des succès, des gens talentueux, des gens pour qui la réussite dans leur domaine vient tout naturellement.

Moi, de mon côté, je n’ai rien d’exceptionnel.  Je suis un gars ben ordinaire, avec mes forces et mes faiblesses.  La différence, c’est que j’ai toujours refusé de n’être cloitré que dans ma petite palette de possibilités.  C’est pourquoi je suis toujours en train d’essayer de nouvelles choses, d’explorer d’autres facettes. En fait, ce n’est pas un refus, ni une décision volontaire. C’est dans ma personnalité, ma nature profonde.

Et voilà ce qui est la source de ce qui est perçu comme étant du loserisme à mon sujet: Les autres gens essayent peu de choses, et ce qu’ils essayent est rarement situé au-delà de leur zone de confort.  Par conséquent, ils subissent peu d’échecs et récoltent beaucoup de victoires. Tandis que moi, je fais beaucoup d’essai dans beaucoup de domaines variés, et je n’arrête jamais, ayant toujours une nouvelle voie à explorer.

Donc, en faisant dix fois plus de trucs que la moyenne des gens, il est tout à fait normal que mon ratio de fail soit dix fois plus élevé que celui des autres.

Surtout que je me donne toujours le genre de buts que la majorité des gens, dans le même domaine, n’atteignent pas.  Par exemple, la majorité des joggers de longue expérience sont contents de juste jogger deux, cinq, dix kilomètres et  de rentrer chez eux ensuite pour une douche, satisfaits de ne se livrer à cette activité que pour garder la forme. Moi, débutant dans la course à 42 ans, je me donne immédiatement le but ultime de la course à pieds: Faire un marathon. Je confond aller jusqu’au bout avec pousser les choses à bout.  C’est sûr que ça m’a fait passer de pouvoir courir 200 mètres à 5 Km en quatre mois. Mais si je m’étais contenté de ne courir que trois jours par semaine, comme le font les coureurs sérieux, j’aurais obtenu les mêmes bénéfices et fait les mêmes progrès dans le même laps de temps. Mais moi, je courrais sept jours semaine, sans laisser le temps à mes jambes de récupérer. Pas étonnant que dans ces conditions-là, je me suis cassé la gueule.

À quelque chose malheur est bon, que dit le proverbe.  Et c’est vrai! D’accord, je suis maintenant handicapé, probablement à vie. Mais en même temps, ça m’a permis d’être en paix avec tellement de choses que je ne comprenais pas à mon propre sujet.  Par exemple, je sais maintenant que  mes pieds sont arqués et une de mes jambes est croche.  Ça m’explique enfin pourquoi je ne valais rien en course à l’école, pourquoi courir trop vite me fait perdre l’équilibre, pourquoi je suis incapable d’avancer correctement en patin, en rollerblades, en ski. Maintenant, à l’âge de 44 ans, je peux enfin comprendre que ce n’était pas du loserisme ni de l’acharnement de la vie à me faire échouer sans raisons. Ce n’était qu’un handicap physique naturel et non-apparent. Il y avait vraiment une raison logique derrière ceci.

En réalité, je ne suis pas un gars plus malchanceux que les autres.  En fait, selon la loi des moyennes, je suis même plus winner que la majorité. Il n’y a qu’à faire une liste partielle de mes accomplissements pour le constater :

  • Je fais parfois de l’embonpoint, mais qui comme moi a réussi si bien à perdre du poids à se mettre en forme?  Non pas une, non pas deux mais bien trois fois?
  • Je ne peux plus courir, mais qui à 42 ans est passé de sédentaire pouvant ne faire que 200 mètres, à athlétique pouvant courir 5 km non-stop ?
  • J’ai rarement réussi à vivre de l’écriture, mais combien de gens parmi ceux qui le font ont réussi à écrire un texte viral, comme ma liste des noms de familles qui est sans cesse citée dans les journaux, les magazines, à la radio, à la télé et partout sur le net depuis 1997?
  • Qui peut se vanter d’avoir sa propre page sur Wikipedia?
  • Je ne peux plus travailler, mais qui comme moi a réussi à se mettre de côté 1/3 de sa paye pendant 8 mois, ce qui me permettrait de vivre 2-3 mois de vacances si je le voulais, sans vivre au crochets du chômage, du BS ou d’une tierce personne ?

Sans oublier ce que la nature m’a donné :

  • Combien d’hommes de 5 pieds 7 pouces sont nés d’une union entre une mère de 5 pieds 2 et d’un père de 5 pieds 1?
  • Qui peut se vanter d’avoir un ancêtre aussi important dans l’Histoire du Québec (au sujet de l’Histoire du Québec, justement) que Aegidius Fauteux ?
  • Rien de ce qui rend les gens accros n’a de prise sur moi : Alcool, drogue, cigarette, jeu.  Et maintenant, je peux même rajouter : Sexe et dépendance affective.

D’accord, ma liste d’échec est peut-être dix fois plus grande que celle de n’importe qui.  N’empêche que le nombre de mes réussites bat également à plate couture la liste de réussite de n’importe qui.  J’ai beau être un gars bien ordinaire, ça prendrait quelqu’un d’assez exceptionnel pour réussir à me surpasser dans tout ce que j’ai accompli.

Je me souviens qu’après l’avoir écrit, j’ai finalement décidé de ne pas mettre ce texte sur mon blog.  Un peu par modestie, mais surtout par orgueil, ne voulant pas être accusé d’avoir la tête enflée, de me prendre pour un autre. Et puis, j’ai vu la chose sous un angle réaliste.  Celui-ci tient en deux points:

  1. Si ça se trouve, ceux qui vont m’accuser de me prendre pour un autre en me vantant d’être un winner, ce sont les mêmes gens qui m’accusaient de faire dans la victimisation avec mes textes de La Zone Requin démontrant que j’étais un loser.  Pourquoi est-ce que je me laisserais influencer sur ce que je fais ou non par des imbéciles qui cherchent tellement à dénigrer les autres qu’ils sont prêt à se contredire de manière aussi flagrante?
  2. Mon blog sert à partager les réflexions et les expériences qui m’ont aidé à avancer dans la vie. Des réflexions et expériences propres à inspirer positivement ceux qui traversent les mêmes moments difficiles que j’ai eu moi-même à passer. Ce billet montre que même quand tout va mal, ça ne change rien au positif que l’on vit, et ça n’affecte nullement ce que l’on a réussi à accomplir. Dans ce sens, ce billet est nullement différent des autres que j’ai écrit ici.

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