La galanterie excessive

Sans pour autant me coller l’étiquette de galant, lorsque je suis avec une fille, il y a quelques trucs que je fais tout naturellement : Je lui ouvre la porte quand je suis devant elle, ou bien je lui porte de ses sacs quand elle en a plus que moi, ou quand elle en a trop lourd pour sa petite taille. Ou bien tiens, mon ex au printemps dernier, on s’est retrouvé dehors au froid et à la pluie, je lui ai refilé mon manteau car elle avait oublié le sien. Mais bon, elle a quand même été ma conjointe pendant 12 ans ½. Je n’appelle pas ça de la galanterie. C’est juste de la décence de base.

Et puis, il y a ceux qui poussent la galanterie un peu trop loin. Je parle des bons gars, donc célibataires, qui jouent à fond la carte de la galanterie afin de se démarquer et de séduire. Hélas, il n’y a rien de mieux pour se donner l’air d’un loser désespéré pour plaire. C’est parce qu’en posant ces gestes, ils lancent aux femmes le message suivant : « Constate quel bon esclave je suis. Aime moi et je te servirai ainsi 24/7. »

Un exemple au hasard : un ami que j’ai perdu de vue il y a quelques années, mais qui faisait exactement ça dès le premier rendez-vous: Baise-main à la rencontre, passe devant pour lui ouvrir toutes les portes y compris celles du taxi, lui tire la chaise au resto, se lève lorsqu’elle quitte la table pour aller aux toilettes et l’y accompagne jusque devant la porte, qu’il lui ouvre également. Évidemment, il paye pour les deux. Et la soirée terminée, avant de la quitter, il lui offre un cadeau préparé d’avance: Une rose blanche et un poème à son intention, écrit sur parchemin. Poème qui décrit combien il a été heureux de passer cette soirée avec elle…  Ce qui fait pas mal fake, puisqu’il l’a forcément écrit avant la dite soirée.

Il fait ça à tous ses premiers rendez-vous. Et il n’y a jamais de 2e.

Si ce premier exemple poussait la chose un peu trop loin, il avait au moins le mérite de poser ses gestes en contexte. Parce que j’ai connu un autre gars dont le problème était qu’il essayait trop de s’imposer en tant que galant, n’importe quand, n’importe comment et avec n’importe qui. Il nous avait d’ailleurs partagé, sur un forum, l’anecdote qui suit:

C’est l’hiver. Une fille vient pour entrer au centre d’achats. Il se presse pour passer devant elle pour lui ouvrir la porte. Elle entre sans le regarder. Il entre ensuite derrière elle et la contourne promptement pour la dépasser, histoire d’arriver à la seconde porte pour la lui ouvrir également. Mais trop pressé, il glisse dans une grosse flaque de sloshe gris-brun foncé, tombe à la renverse et s’étale de tout son long dedans.

La fille continue son chemin sans le regarder et entre dans le centre d’achats. Honteux et confus, il n’avait plus qu’à rentrer chez lui se changer.

En racontant cette histoire, il conclut en se plaignant comme quoi la fille aurait pu au moins démontrer de la compassion, un sourire, n’importe quoi, en échange de sa galanterie et des problèmes qu’il s’est donné pour elle. Mais non, aucune reconnaissance, aucun signe, rien.

Les gars de ce genre là sont portés à se plaindre comme quoi c’est injuste, surtout après tout ce qu’il a fait pour elle, et ce par pure bonté de coeur. Mais voilà, par sa réaction, et surtout son commentaire, il prouve qu’au contraire, sa galanterie extrême était loin d’être désintéressée. Lorsqu’il pose ces gestes, le gars espère avoir quelque chose en retour. D’où le fait que je dis que si tu mets tous tes espoirs de séduction non pas dans ta personnalité ou dans vos compatibilités mais bien dans le simple fait d’être galant, surtout avec n’importe qui dans n’importe quel contexte, en y mettant autant d’efforts, alors ça fait loser désespéré.

Surtout que, en agissant ainsi, il divise les filles de son entourage en deux catégories: Celles qui vont se tenir loin de cet énergumène qui essaye très fort à faire accroire qu’il possède encore des vertus qui le poussent à avoir des agissements dépassés depuis quelques siècles. Et les bitchs profiteuses. Normal: Qui d’autres que celles-là pourraient être intéressées à avoir un esclave volontaire qui leur donnera tout?

Une rupture harmonieuse, c’est possible.

Au début de la relation en 1999, nous avions presque tout en commun. Nous finissions tous les deux le cégep, nous commencions à travailler pour deux grandes compagnies (Air Canada et Météomedia), nous n’avions encore jamais rencontrés un membre de l’autre sexe avec qui nous nous entendions aussi bien, elle sortait de chez ses parents, je sortais de chez mon ex, et surtout nous avions tous les deux des aspirations artistiques (Je commençais à Safarir, elle commençait à illustrer des livres pour enfants.) Bref, nous étions faits l’un pour l’autre.

Puis, peu à peu, avec les années, nous avons, chacun de notre côté, accumulés des goûts, des projets, des passe-temps, et des passions qui ne plaisaient qu’à l’un mais pas à l’autre. Nous étions fiers de dire que la réussite de notre vie de couple se basait sur le respect de l’individualité:

  • Elle avait son univers, avec ses amis, ses activités, les trucs qu’elle aime.
  • J’avais mon univers, avec mes amis, mes activités, les choses que j’aime.
  • Et nous avions notre univers commun avec nos amis commun, nos activités communes, les choses que nous aimons en commun.

Sauf que, avec les années, notre univers commun a de plus en plus diminué, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus grand chose. Sans que l’on s’en aperçoive, ça a influencé notre vie de couple. De deux personnes sincèrement amoureuses, nous sommes peu à peu devenus, depuis les deux ou trois dernières années, rien de plus que grands amis proches et colocs. Inévitablement, nous nous sommes rendus compte du changement. Après quelques jours de réflexion, nous avons décidé qu’il ne servait à rien de continuer de vivre en tant que couple. Nous y avons donc mis officiellement fin.

Nous avons décidé de garder la chose secrète pendant quelques mois. C’est parce qu’après 12 ans et demi ensemble, notre vie commune ne peut pas cesser d’être commune du jour au lendemain. Les réécritures de testaments, les assurances-vies, la séparation des biens, tout ça demande temps, réflexion et travail. Et sans vouloir rabaisser personne, les gens qui entourent les deux ex ont trop souvent le réflexe de les monter l’un contre l’autre, juste au moment où ce genre de chose pourrait leur être le plus nuisible. Aussi, nous tenions à ce que la transition se fasse en douceur et en harmonie. Donc, entre personne d’autre que nous.

Le hasard a fait en sorte que nous perdions au même moment une importante partie de notre vie de couple des huit années précédentes: Notre logement. Notre nouveau propriétaire a reçu une subvention pour rénover le bloc en entier, il aurait donc fallu quitter la place pendant trois mois. Cependant, il nous a demandé de lui faire une faveur, soit de ne pas revenir, car il souhaiterait y loger de sa famille immédiate. Nous sommes donc partis chacun de notre côté, chacun dans son nouveau logement.

Même si l’amour que nous ressentions l’un pour l’autre n’existe plus, il n’a jamais été remplacé par de la haine, du ressentiment, de la frustration ou des regrets. Il a juste disparu, c’est tout. Nous sommes encore amis très proche, et nous nous considérons toujours comme étant membres d’une même famille. Nous avons chacun les clés de chez l’autre, ce qui fait que je me suis occupé de ses poubelles et son courrier pendant ses vacances, et qu’elle s’est occupée de mon chat (anciennement notre chat) pendant les miennes.

Aujourd’hui, huit mois plus tard, chacun habitués à sa nouvelle routine de vie individuelle, nous continuons de communiquer et nous sommes toujours autant en harmonie. Elle a été ma meilleure relation. Elle est devenue ma meilleure séparation. Je pense que, selon les circonstances, je ne peux rien demander de plus.

On considère que le couple, c’est un travail d’équipe. On l’a construit avec patience, une étape à la fois, et c’est de cette même façon que nous l’avons déconstruit. Parce que le contraire de « Construire », ce n’est pas obligé d’être « Détruire ».

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