« Alors si je comprends bien, vous avez eu un problème avec la Caisse Desjardins ? » « Oui ! Il y a deux semaines, on devait ouvrir un compte de succession. Mais ils refusent, tant que ma notaire ne produira pas un mandat d’inaptitudepour ma mère, afin que je puisse lui succéder en tant qu’exécuteur testamentaire. »
Afin d’alléger la discussion, j’omet volontairement de lui dire que Desjardins a consenti à verser la moitié des $10 000 de mon père dans le compte de ma mère, en attendant que la succession se règle. Or, ça ne change rien, car ma notaire me dit que…
« Je ne peux pas vous en signer un sans d’abord recevoir le constat du médecin de famille de votre mère. » « J’ai amené ma mère à son médecin de familleil y a un mois et demi, pour apprendre qu’il a décidé il y a deux ans qu’il ne s’occuperait plus de ma mère. » « Malheureusement, avant de signer quoi que ce soit, il me faut quand même un constat de l’état cognitif de votre mère signé par un médecin. Donc, votre seule option, c’est de lui trouver un nouveau médecin de famille. »
Est-ce qu’elle pense que ça se fait en claquant des doigts ?
« Ça fait des années que j’essaye de trouver un médecin de famille pour moi-même, et je n’y arrive pas. Alors je ne crois pas que je vais réussir à en trouver un pour ma mère. » « Dans ce cas-là, vous devriez vous adresser au privé. » « Au privé ? Avec les frais que ça implique ? »
Et c’est à ce moment-là que j’en suis arrivé à la seule conclusion envisageable. Conclusion que j’explique à ma notaire.
« Écoutez ! Mes parents n’ont aucune propriété, aucun véhicule, aucun placement, ils n’ont même pas de meubles puisque ma mère a tout vendu lorsqu’elle s’est retrouvée en résidence. La succession, ce sont les $10 000 du compte de mon père, que j’essayede faire transférer dans le compte de ma mère. À ce jour, après trois mois et demi de bureaucraties diverses, j’en suis à plus de $8 500 de frais. Je suis en train de dilapider la succession juste pour mettre la main sur la succession. C’est ridicule ! Surtout que je ne suis pas plus avancé. » « Je comprends ! » « Alors je suis bien désolé, mais là, j’abandonne. Je renonce à ma succession. »
Cette annonce semble donner un choc à la notaire.
« Mais là !? Monsieur !? Il faut songer au bien-être de votre mère. » « Ma mère paie $2 700 de loyer. Elle ne reçoit que $1 200 de pension. En trois ans, ces $1 500 de déficit mensuel ont brûlé toutes ses économies. En septembre, il ne lui restera plus un sou pour payer son hébergement. Alors même si j’arrivais à transférer dans son compte l’argent de mon père, ces $10 000 vont juste retarder l’échéance de trois mois. » « Vous n’avez pas songé à faire transférer votre mère au public, dans un CHSLD ? » « Oui ! Je me suis renseigné ! On m’a dit que la liste d’attente était de 9 à 18 mois. Or, c’est dans 4 mois que ma mère arrivera au bout de son argent. À ce moment-là, elle va tomber à la curatelle publique. Et eux, ils vont la placer dans un CHSLD. Et eux, ça ne leur prendra pas entre 9 et 18 mois pour le faire. Alors en conclusion, que je continue de me démener ou non pour ma mère, le résultat sera exactement le même. Avant que l’année se soit écoulée, elle va se retrouver au public, dans un CHSLD, et sans plus un sou. »
J’ai moi-même dilapidé toutes mes économies pour survivre, puisque je n’ai pas travaillé depuis le décès de mon père le 9 janvier dernier. Je n’aurais pas pu travailler, de toute façon. Au nombre de fois où j’ai eu à me déplacer pour régler une facette ou une autre des funérailles et de la succession, mon absentéisme m’aurait coûté mon emploi. Et puisque je croyais que ça allait se régler rapidement, je n’ai pas songé à demander du chômage. En tout, avec ma survie, les frais de déplacements et les dépenses des funérailles et de succession, j’en suis à environ $34 000 de frais. Et je n’ose même pas calculer ces trois mois et demi de salaire que j’ai perdu, à ne pas travailler. Encore heureux que mon crédit est excellent. Mais les dettes, tôt ou tard, faut les rembourser.
Et il n’y a pas que Desjardins qui demande une procuration pour daigner donner à ma mère l’argent qui lui revient. Retraite Québec aussi, refuse de verser à ma mère sa pension de veuve, tant que je n’aurai pas l’autorité légale de la demander à sa place.
Mais au fait…
Ça représente combien, cette pension de veuve, dont on me parle depuis le décès de mon père ? Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai pensé à le demander.
Tu me fucking niaises ?
Avec ses 80 ans, ma mère aurait seulement droit à $881 par mois ? Aditionné aux $1 200 de sa pension, ça donne $2 081. Avec son loyer de $2 700, ça continue d’être insuffisant. Là encore, ça ne ferait que retarder de quelques mois son renvoi de la résidence.
Mais là encore, voyez ce que dit le dernier paragraphe : Ce montant lui serait accordé seulement si elle ne reçoit pas déjà une rente de retraite. Or, le $1 200 qu’elle reçoit par mois, C’EST sa rente de retraite.
On me fait courir à gauche et à droite pour ça depuis trois mois et demi. … ET ELLE N’Y A JAMAIS EU DROIT !
Incroyable !
Donc, oui, J‘abandonne. Mais ce n’est pas par choix. Le constat est aussi triste que réaliste : Peu importe ce que je fais, je ne pourrai jamais sauver ma mère de l’indigence. C’était un combat qui était perdu d’avance. À ce point-ci, la seule personne que je puisse encore sauver, c’est moi-même, en laissant tout tomber et en retournant travailler pour ne pas finir indigent moi-même.
En théorie, lors du décès de ma mère, ça va être beaucoup plus simple. En tant que seul héritier, je n’aurai besoin de procuration pour personne. Or, ma mère sera à ce moment-là sans le sou et sans le moindre avoir. Mon héritage sera constitué de ses vêtements, ses lunettes, son dentier, et la modique somme de zéro dollar et zéro sou.
Quant aux $5 000 qui restent dans le compte de mon père, je peux oublier ça. Car si ma mère n’a plus toute sa tête, elle a en revanche une forte constitution. Son décès pourrait ne survenir que dans 5, 10, 15, ou 20 ans. Croyez-vous qu’il me restera encore quelque chose de ces $5 000, alors que Desjardins pigera là-dedans mensuellement pour lesfrais de tenue de compte, pendant 5, 10, 15 ou 20 ans ?
Et c’est ainsi que se termine la saga des pompes funestes. J’avoue que lorsque j’ai commencé à l’écrire, non seulement ne m’attendais-je qu’à une série de trois billets, je ne me doutais pas avec quelle exactitude ce jeu de mots allait décrire la procédure entière, incluant sa conclusion.
Mon Dieu, donne-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaître la différence.
S’il y a un cas dans lequel cette prière s’applique, c’est bien celui-ci.
Cet après-midi, je reçois ce message de la part de l’infirmière de la résidence où habite ma mère.
Pour l’honnêteté : 10/10. Pour le service, par contre…
Mais bon, ce n’est pas la première fois que le système qui prend en charge nos ainés en général, et cette résidence en particulier, commet un mauvais service. Juste dans ces trois derniers mois, depuis que j’ai repris contact avec ma mère suite au décès de mon père, ça s’accumule. Comptons-les depuis le début.
Mauvais service no.1. Il y a trois ans, ma mère habitait à Beloeil, en Montérégie. J’habitais à 750 km de là, à Carleton-sur-Mer, en Gaspésie. Une travailleuse sociale m’a appelé pour me dire que l’état cognitif de ma mère avait dégénéré, au point où elle n’était plus autonome. Elle m’a dit qu’ils allaient trouver un endroit où la placer, et qu’elle m’appellerait ensuite pour me dire où elle loge. Je n’ai jamais reçu cet appel de retour.
Mauvais service no.2. Il y a trois mois, lors du décès de mon père, j’ai tenté de retracer ma mère. J’ai commencé par m’adresser à son CLSC. Mais ceux-ci, évoquant la Loi 25 sur la confidentialité des renseignements personnels, ne peuvent pas me dire où elle est placée. Même si je suis son fils.
Mauvais service no.3. Me doutant qu’il doit bien exister un répertoire des résidences pour ainés au Québec, je cherche sur Google et je trouve Residences Québec.
Ils m’ont répondu que le nom de ma mère n’était pas dans leur base de données, donc que ma mère n’habitait dans aucune de leurs résidences privées.
Plus tard, Marcel, un ami de mes parents, m’apprend que ma mère habite aux Habitats Lafayette… Qui fait partie de Résidence Québec.
Mauvais service no.4. Avant que Marcel m’appelle, je continuais mes recherches pour retrouver ma mère. Je me suis adressé à la Curatèlle Publique et dans les CHSLD. Ces derniers m’assurent qu’ils vont communiquer avec moi dans les 48h. Aujourd’hui, trois mois plus tard, ils ne m’ont toujours ni écrit ni appelé. N’eut été de ce Marcel dont j’ignorais l’existence, je chercherais encore.
Mauvais service no.5. Ma mère habite au rez-de-chaussée de sa résidence. Ils savent que son état cognitif est déficient. Il n’y a pas de surveillance la nuit. À 03h00, ma mère se lève et quitte la résidence, en plein hiver, par -23°C, sans bottes, ni manteau. Elle tombe en glissant sur une plaque de glace. Une patrouillle de nuit passant par là l’ont trouvée.
Mauvais service no.6. Les infirmiers-infirmières de la résidence savent que la carte d’assurance maladie de ma mère est expirée depuis le 16 janvier dernier. Ils n’ont fait aucune démarche auprès de la RAMQ pour la remplacer. Ils n’ont pas non plus communiqué avec moi pour que je m’en charge.
Mauvais service no.7. Trois semaines après avoir déplacé ma mère du rez-de-chaussée jusqu’au 3e étage, là où tout est surveillé 24/7, elle avait toujours la clé de son ex-chambre du rez-de-chaussée, et toujours pas celle de sa nouvelle chambre. Je l’ai signalé à l’infirmier-chef.
Mauvais service no.8. La résidence m’appelle pour me dire que ma mère est à l’Hôpital Pierre-Boucher. Trois jours plus tard, j’ai un appel de l’Hôpital Pierre-Boucher pour me dire que ma mère était retournée à la résidence. Le lendemain, je vais à la résidence, qui me disent que ma mère est toujours à l’Hôpital Pierre-Boucher. Je me rend à l’Hôpital Pierre-Boucher, qui me disent que ma mère est à la résidence.
Mauvais service no.9. Il y a deux jours, je constate que ma mère n’a toujours pas la clé de sa nouvelle chambre, alors que ça fait maintenant six semaines qu’elle y est, et trois semaines que j’ai demandé sa nouvelle clé.
Mauvais service no.10. On en revient au début de ce billet avec ses médicaments qui ne lui ont pas été donnés. Malheureusement, on ne peut pas enrayer l’incompétence. On peut seulement travailler avec. Il se trouve que, de par mon métier, je suis légalement autorisé à administrer de la médication. Aussi, j’opte de proposer une solution.
Dans la majorité des résidences, les médicaments des résidents sont enfermés sous clés dans une pièce hors d’accès, sous la garde du personnel. Ici, chaque résident a ses médicaments dans sa chambre, dans un coffre à outils en plastique acheté chez Dollarama, verrouillé par un petit cadenas à combinaison. Je ne suis pas certain si ça répond bien au normes de sécurité du CISSS, tout ça. Mais bon, si ça peut simplifier les choses, je ne m’en plaindrai pas.
Je suis reconnaissant que ce problème puisse se régler aussi facilement. Malheureusement, au sens de la Loi, ceci constitue le …
Mauvais service no.11. Ils ne me connaissent pas, et ils prennent ma parole, sans me demander de prouver que je suis vraiment qualifié à administrer des médicaments. De mon point de vue, d’accord, je n’ai pas à me plaindre puisque ça facilite ma tâche et règle le problème. Mais en sachant que n’importe qui peut se prétendre qualifié et qu’on les croit sur parole, alors du point de vue de la sécurité de nos ainés, on repassera
Au bout du compte, voilà onze mauvais services en trois mois. Et ça, ce sont seulement ceux que j’ai observés, vécus, ou dont on m’a mis au courant. Alors les questions que je me pose sont : À combien d’incidents de la sorte ma mère a-t-elle eu droit ? Et surtout, est-ce seulement avec ma mère, ou bien est-ce que ce sont tous les résidents qui y ont droit ?
Devant les énormes difficultés pour obtenir une procuration pour m’occuper des affaires de ma mère, j’ai décidé d’y renoncer. En autant que ma mère puisse recevoir l’argent de mon père, afin de payer son loyer pour les années à venir, le reste n’a pas d’importance.
Aujourd’hui à 14h, j’amène ma mère à son rendez-vous à la Caisse Desjardins de Beloeil. Maintenant que l’on a tous les documents pour ouvrir un compte de succession, l’argent de mon père pourra être transféré dans le compte de ma mère, et tout sera enfin réglé. Ma mère sera à l’abri du besoin, et moi je pourrai retourner travailler. Et il est temps, car la succession, ainsi que mon propre coût de vie, ont totalement décimé mes économies. Je commence à vivre à crédit.
Après quelques minutes dans la salle d’attente, une conseillère vient nous voir. Son nom est Maya. Ma mère et moi nous levons pour lui emboiter le pas. Mais en se tournant vers moi, la conseillère me dit :
« Non, pas vous ! Je dois voir Madame seulement. Je reviendrai vous chercher au besoin. »
J’ai immédiatement compris que rien n’allait se passer comme prévu.
Au but de quinze minutes, la conseillère vient me chercher. Elle m’amène à son bureau. Je m’assois à côté de ma mère.
« Alors oui, Monsieur Johnson, j’ai bien discuté avec votre mère. Malheureusement, il semble que Madame ne comprend pas la majorité de ce que je dis. »
Je me retiens de dire que même si elle avait eu toute sa tête, elle n’aurait pas plus compris. Ma mère a toujours eu en horreur les responsabilités testamentaires, c’est pourquoi elle a toujours remis cette fonction à ses proches, lors du décès de ses deux parents et de ses tantes. Voilà d’ailleurs au moins dix ans qu’elle me dit que si mon père meurt avent elle, elle veut que ce soit moi qui s’en occupe.
« Votre mère n’est donc pas apte à pouvoir remplir son rôle d’exécuteur testamentaire ni de liquidateur des biens de votre père. » « Je comprend ! » « Je ne peux donc pas ouvrir de compte de succession. »
Ces mots me frappent comme une gifle. Deux mois et trois semaines de démarches pour obtenir tous les documents requis, pour pouvoir ouvrir un compte de succession. Pour nous le faire refuser quand même.
« Puisque vous êtes le suivant sur la liste des exécuteurs désignés par votre père, vous devez vous procurer un mandat d’inaptitude pour votre mère signé par votre notaire, vous permettant d’avoir une procuration. »
Décidément, je n’y échappe pas, à la procuration. J’essaye de plaider ma cause.
« J’ai déjà eu cette conversation avec la notaire il y a deux semaines. Elle m’a dit que pour avoir un mandat d’inaptitude, je dois d’abord faire examiner ma mère par son médecin de famille. Mais quand on y est allé, la réceptionniste nous a dit que ce médecin ne s’occupait plus de ma mère depuis deux ans. À cause de ça, je suis pris dans un cul-de-sac. » « Je comprends. Mais sans procuration, je ne peux rien faire. » « Mais enfin ! Je ne comprends pas ! Le testament le dit clairement, que si ma mère refuse la charge d’exécutrice testamentaire, c’est moi le prochain en charge. Et peu importe qu’elle soit inapte ou non, ça ne change rien au fait qu’elle a toujours refusé de s’en occuper. Pourquoi est-ce qu’il faut qu’une tierce personne nous donne la permission d’exécuter les volontés de mon père ? » « C’est nécéssaire, lorsqu’il s’agit de liquidation de biens d’une personne décédée. » « Mais QUELS biens à liquider ? Mes parents n’ont pas de maison, pas de véhicules, pas de placements. Ils n’ont même pas de meubles puisque ma mère les a vendus quand elle s’est retrouvée en résidence. il n’y a RIEN à liquider. C’est juste un mari qui transfère son argent dans le compte de sa femme. Je n’ai aucun rapport là-dedans, moi. » « Écoutez ! Tout ce que je peux vous conseiller, c’est d’aller en parler à votre notaire. » « Ma notaire demande un rapport de santé d’un médecin de famille qui a décidé de ne plus s’occuper de ma mère. Regardez votre écran d’ordi. Vous avez le compte de ma mère sous vos yeux. Regardez ses opérations du mois. Elle ne reçoit que $1 200 de pension par mois, alors que son loyer est de $2 700. À ce rythme là, elle n’aura plus un sou au mois d’août. Je n’invente rien, tout est là, devant vous. Je ne vous demande pas de me donner l’argent de mon père. Je vous demande de le donner à ELLE. Pour qu’elle ne se retrouve pas à la rue au mois d’août, quand elle n’aura plus rien pour payer son loyer. » « Je suis vraiment désolé. » « Ça fait trois mois que je ne travaille plus à cause que je dois m’occuper de tout ça en personne parce que c’est impossible à faire par téléphone. Tout le processus m’a couté près de $8 000 jusqu’à maintenant. J’ai vidé mon propre compte de banque puisque je ne travaille pas. Quand mon père est mort, j’ai appelé la notaire. Ça a pris douze jours avant d’avoir un retour d’appel. Ensuite, ça a été dix jours pour me fixer un rendez-vous téléphonique. Pour me fixer un rendez-vous en personne un mois et demi plus tard. Deux mois d’attente pour voir la notaire. Et là vous me demandez de repasser à travers tout ça. Rendu là, on va être en juin. Et pourquoi ? Pour me faire redire par la notaire qu’elle ne peut rien faire, sans avoir un papier du médecin de famille qui a décidé de ne plus s’occuper de ma mère. » « Je comprends et je sympathise. Mais je n’y peux rien. »
C’est sous un ton découragé, et non amer, que je répond.
« Voius n’y pouvez rien… Alors que c’est vous-même qui venez de décider que ma mère était inapte à recevoir son héritage pour survivre. »
On se lève. La conseillère nous escorte vers la sortie. Ma mère, confuse, me demande.
« Et là, on fait quoi ? Qu’est-ce qui arrive avec l’argent de Pierre ? »
En sachant très bien que la conseillère pouvait tout entendre, aussi bien en profiter pour bien lui faire comprendre les conséquences de sa décision.
« Tu ne pourras jamais l’avoir, parce que je ne pourrai jamais avoir de procuration, parce que ton médecin de famille a décidé de ne plus jamais te traiter. » « Hein ? Qu’est-ce qu’on va faire ? » « J’ai pris des renseignements pour te faire transférer de ta résidence privée à une chambre au public. La liste d’attente des CHSLD est de neuf à dix-huit mois. Le problème, c’est que puisque la banque refuse de te remettre ton héritage, alors dans quatre mois, tu n’auras plus un sou pour payer ton loyer. »
La conseillère nous souhaite bonne chance. Ma mère lui dit merci. Je ne dis rien. On va dans le parking. Nous montons dans l’auto. Il ne me reste plus qu’à aller au bureau de la notaire, lui expliquer la situation, pour voir ce qu’elle peut faire.
Alors que j’allais prendre le pont pour passer de Beloeil à St-Hilaire, téléphone.
« Oui allo ? » « Monsieur Johnson. Ici Maya, la conseillère de Desjardins. On vient de se voir. Écoutez, j’ai peut-être une solution temporaire, qu’on peut faire dans des cas extrèmes. »
Bon ! Il semblerait que ma stratégie de victimisation a fonctionné. Enfin, si on peut parler de victimisation per se, étant donné que tout ce que j’ai dit était vrai.
« En attendant que les choses débloquent pour votre mère, ce qu’on peut faire, c’est transférer la moitié de l’argent de la succession dans le compte de votre mère. Puis, l’autre moitié une fois que tout sera réglé. Ça va vous permettre de gagner du temps. » « Si ça peut se faire, alors d’accord. » « Alors si vous pouvez revenir avec votre mère. Passez à un comptoir-caisse et demandez-le à la caissière. »
Demi-tour ! On retourne à Desjardins. On entre. Ma mère s’assoit. Je prend un numéro. On attend. Je passe au comptoir. J’explique à la caissière. Elle ne comprend rien.
« Si vous voulez ouvrir un compte de succession, il vous faut d’abord recevoir le certificat de décès de votre père. C’est un document bleu qui… » « Je l’ai déjà ! J’ai déjà tous les documents requis pour ouvrir le compte. C’est pour ça qu’on avait rendez-vous avec une conseillère à 14h. Mais lorsqu’elle a parlé à ma mère, elle l’a déclarée inapte à gerer ses affaires. Alors moi, je viens ici pour faire transférer la moitié des avoirs de mon père dans le compte de ma mère. » « Avez-vous une procuration ? »
Rendu là, j’ai juste envie de me cogner la tête sur le comptoir. Or, s’il y a un endroit où il ne faut surtout pas perdre le contrôle de ses émotions, même si on se fait couillonner non-stop par le système, c’est bien à la banque. J’ai déjà bien assez d’emmerdes comme ça. inutile d’y ajouter des problèmes avec la Loi. Aussi …
« Écoutez ! J’ai vu Mme Maya. Allez lui en parler, elle va vous expliquer ça mieux que moi. »
Ce qu’elle fait ! Vingt minutes plus tard, la caissière revient avec une collègue qui lui explique le processus. La collègue me demande.
« J’aurais besoin du numéro de compte de votre père. » « Aucune idée. Je n’ai jamais eu accès à ses documents. Seulement ceux de ma mère. » « Alors comment voulez-vous que l’on puisse trouver son compte ? » « De la même façon que vous l’avez trouvé lorsque je suis venu signaler son décès il y a trois mois : Avec son nom et sa date de naissance. »
C’est elle qui doit apprendre à sa collègue comment transferer l’argent d’un compte à l’autre. Mais c’est moi qui doit lui apprendre comment trouver un compte.
Incroyable !
Avec les noms et les dates de naissances, elles trouvent le compte de mon père, le compte de ma mère, et leur compte conjoint.
« Alors dans le compte de Monsieur, il y a $10 840. Je vais donc transférer 5 420. »
Que–!? TU ME FUCKING NIAISES ? Je me démène comme un cave depuis trois mois et demi. J’ai liquidé mes $24 000 d’économies, dont $8 000 en frais divers en rapport à mes deux parents, TOUT ÇA POUR QUE MA MÈRE REÇOIVE SEULEMENT DE QUOI SE PAYER TROIS MOIS DE LOYER ?
Oh well ! Voyons les choses du bon côté. Elle se retrouvera à la rue en novembre plutôt qu’au mois d’août. C’est déjà ça.
On connaît tous la loi de Murphy. Tout ce qui peut aller mal va aller mal. Et bien pire que celle de Murphy, il y a la loi de Steve Requin : Tout ce qui n’a aucune raison d’aller mal va aller mal quand même. C’est exactement le cas ici alors que la caissière doit imprimer un document de trois pages. Ma mère doit apposer sa signature sur la page 3. Or, l’imprimante n’imprime que les deux premières pages. La caissière réessaye une 2e fois. Une 3e. Une 4e. Une 5e. Rien à faire. La machine refuse catégoriquement de produire la page que ma mère doit signer. Il a fallu transférer le document au bureau d’un employé qui a sa propre imprimante pour enfin y parvenir.
Un détail me revient en tête. La procuration est également nécessaire pour que je puisse demander que Retraite Québec (anciennement Régie des Rentes du Québec) verse à ma mère sa pension de veuve. Avec ça, peut-être pourra-t-elle payer son loyer maintenant et jusqu’à l’heure de sa mort, Amen ! Raison de plus pour obtenir ce rendez-vous avec la notaire.
On quitte Desjardins. On se rend au bureau de la notaire. Il est vrai que j’aurais pu appeler. Mais j’ose espérer qu’en y allant en personne, je puisse en tirer certains avantages. Quels avantages ? Aucune idée. On verra bien.
J’entre et me dirige vers le comptoir de la réceptionniste. Je dis vouloir prendre rendez-vous avec ma notaire. Elle me demande à quel sujet. Je dis que c’est pour obtenir un mandat d’inaptitude. Elle me demande si j’ai un dossier. Je lui montre mon testament. Après une recherche sur son écran, elle me dit :
« Oui, Monsieur Johnson. Je ne peux malheureusement pas vous donner de rendez-vous dans l’immédiat car votre notaire est en vacances. »
Qu–!? Tu me fucking niaises ? Mais QUI prend ses vacances au début du mois d’avril ?
À ce moment, surgit une élégante femme dans la trentaine.
« Vous êtes Monsieur Johnson ? » « Oui ! » « Bonjour. Je suis Franka Giguère. On s’est parlés au téléphone. »
Effectivement, cette femme est l’assistante de ma notaire. C’est avec elle que j’ai parlé et échangé des courriels. Je suppose qu’en m’entendant dire le nom de sa patronne, ça a piqué sa curiosité. Chose qui ne serait pas arrivé si j’avais simplement appelé et laissé un message dans le système téléphonique.
« En quoi est-ce que l’on pourrait vous aider ? » « Il y a deux semaines, dans le bureau ici, ma mère a dit qu’elle voulait que je prenne en charge le rôle d’exécuteur testamentaire. Mais voilà, votre patronne a trouvé que ma mère semblait confuse. » « Oui, effectivement, elle me l’a dit. »
Ah ! Enfin une personne qui sait de quoi je parle. C’est rafraichissant.
« Elle m’a donc dit d’amener ma mère se faire examiner par son médecin de famille. On y est allé. Pour se faire dire que son médecin ne la prend plus en charge depuis deux ans. » « Est-ce que son dossier a été transféré à un autre médecin ? » « Non ! »
Enfin, techniquement, oui, son dossier a été tranféré à un médecin sur la rue De l’Église à Montréal. Mais comme on a pu le voir dans le billet précédent, la carte d’assurance maladie ma mère est échue. Et ceci m’a empêché de prendre rendez-vous avec lui. J’ai fait la demande pour recevoir la paperasse permettant de demander une nouvelle carte à la RAMQ. Il faut attendre que ma mère la reçoive avant de pouvoir prendre rendez-vous avec lui.
Pourquoi ne l’ai-je pas dit à l’assistante de ma notaire ? Simple : Parce qu’à ce point-ci…
Rien ne prouve que ce médecin pratique encore.
Et même s’il pratique encore, rien ne prouve qu’il a bien reçu le dossier de ma mère.
Et même s’il l’a reçu, depuis le temps, rien ne garantit qu’il l’a encore.
Et même s’il l’a encore, rien ne garantit qu’il va accepter de s’en occuper.
Paranoïa ? Non, prudence ! Avec tous les obstacles imprévus qui se sont mis en travers de ma route depuis trois mois, je suis dans mon droit de me méfier des promesses vides. Surtout si ça signifie un mois d’attente pour la carte, ensuite de trois à six semaines d’attente pour un rendez-vous. On s’enligne pour deux mois et demi à patienter, pour potentiellement me retrouver dansun aurtre cul-de-sac. Je ni ne veux ni ne peux me permettre de prendre ce risque.
« Donc, votre mère n’a personne pour remplir un constat d’inaptitude. » « Voilà ! On revient de la Caisse Desjardins de Beloeil. On devait ouvrir un compte de succession. Mais ils refusent, tant que ma notaire ne produira pas un mandat d’inaptitude. Mandat d’inaptitude que je ne peux pas recevoir sans le constat du médecin de famille. Médecin de famille qui ne s’occupe plus de ma mère. » « Ah, ok ! Vous êtes encore en train de tourner en rond tandis que tout le monde se renvoie la balle. » « Oui, exactement, depuis maintenant trois mois. »
Quelques chapitres plus tôt, je vous ai raconté comment j’avais écrit un courriel à la fois à ma notaire et à l’infirmière de la résidence où habite ma mère, car chacune me renvoyait à l’autre pout obtenir un document. Puisque c’est l’assistante qui s’occupe de sa correspondance, elle est forcément au courant de la situation. Je conclus par ces questions que je me pose depuis maintenant deux mois.
« La succession, est-ce que ça se passe vraiment comme ça pour tout le monde ? Ou bien est-ce que c’est seulement moi ? Sinon, comment font-ils, les autres ? » « Bon ben écoutez, Monsieur Johnson. Je vais vous dire qu’effectivement, ce genre de difficultés ne fait pas partie de la norme. »
BON ! ENFIN ! Après trois mois de niaisage non-stop, il était temps qu’une personne impliquée professionnellement reconnaisse que c’est anormal.
« Alors voilà ce que je vais faire. Ma patronne revient de vacances lundi dans cinq jours. Je vais lui écrire une note tout de suite. Et à son retour, je vais lui demander de vous passer en priorité. Elle va pouvoir produire le mandat d’inaptitude, basé sur ses propres observations au sujet de votre mère. » « Les notaires peuvent faire ça ? » « On préfère que ça soit fait officiellement, avec le médecin de famille. Mais dans les cas exceptionnels comme le vôtre, oui, ça peut se faire. Donc, je vais écrire la note tout de suite, et je recommunique avec vous pour fixer rendez-vous. »
C’est tout juste si je ne me suis pas jeté à ses pieds pour les lui embrasser. Non pas par perversion, mais bien de reconnaissance. Parce qu’après tout ce que j’ai traversé, recevoir enfin un peu de considération humaine, ça m’enlève un poids.
Au final, j’avais raison d’y aller en personne plutôt que de laisser un message par téléphone. Ceci m’a permis de transformer deux ou trois mois d’attente en deux ou trois semaines d’attente.
Sur ce, je ramène ma mère à sa résidence. Du courrier l’y attend. C’est le formulaire pour le renouvellement de sa carte d’assurance maladie de la RAMQ, que j’ai commandé il y a deux semaines. Je remplis la chose, je la fais signer, et direction le plus proche comptoir de Poste Canada
La situation est encore plus timbrée que l’enveloppe.
Il ne me reste plus qu’à attendre l’appel pour le rendez-vous de la notaire. Bon, c’est sûr qu’il y aura encore des frais. Mais qu’importe, pourvu que la chose se règle, afin que je puisse obtenir la procuration.
__________ À SUIVRE, car je n’ose plus dire À CONCLURE.
Puisque c’est le temps des impôts, j’ai fait appel à la firme de comptable associée à mon agence d’emploi en santé. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas à m’en plaindre. Ils m’ont toujours apporté des retours intéressants. La chose se fait en ligne. J’ouvre le lien vers le formulaire à remplir.
Cette firme me charge 90$ pour faire mes impôts. Voilà pourquoi je suis aussi surpris de voir cette partie du formulaire.
Euh… Tu me fucking niaises ? En quel honneur est-ce que les impôts de mon père coûteraient près de huit fois le prix normal ? Sûrement, il doit y avoir une erreur. Une faute de frappe qui aurait changé le 70$ en 700$. Je sais bien que nous sommes le premier avril, mais ça m’étonnerait qu’il s’agisse d’un poisson d’avril. Aussi, je leur écris.
La réponse n’a pas tardé.
Bon ! Alors ce que j’en comprends, c’est que, puisque mon père était vivant durant toute l’année 2025, faire ses impôts coûtera le tarif habituel, soit 90$. Mais l’année prochaine, puisqu’il est décédé en 2026, alors là, ce sera 700$.
À 81 ans, le seul revenu de mon père était sa pension. Il est décédé le 9 janvier à six heures du matin. Ce qui signifie qu’en guise de revenu total pour l’année 2026, il va déclarer huit jours et quart. Et on s’attend à ce que je paie 700$ pour ça ?
Décidément, c’est auprès du cadavre que l’on voit les vautours.
__________ À CONCLURE DANS UNE SEMAINE ? J’amènerai ma mère à la Caisse Desjardins mercredi le 8 avril à 14h pour son rendez-vous pour finaliser le transfert des actifs de mon père dans son compte à elle. Normalement et logiquement, rien de négatif ne peut encore arriver pour faire obstacle au bon déroulement de la chose.
SUJET 1 : La facture finale. Alors voilà ! Lundi le 30 mars, la notaire m’a remis les certificats de recherches testamentaires effectuées auprès du Barreau du Québec, ainsi qu’à l’Ordre des Notaires. Et elle m’a même fourni une copie toute neuve du testament de mon père, puisque l’exemplaire produit en 2001 par le fondateur du bureau Handfield avait été tellement mal photocopié qu’il était invalide. Tout est donc terminé de ce côté là. Je n’ai plus besoin de leurs services. D’où ce courriel qui m’a été expédié le lendemain de notre rencontre finale.
Quand on a besoin de leur services, il faut appeler, puis attendre douze jours pour un retour d’appel, ensuite c’est dix jours pour un rendez-vous téléphonique, puis un mois et demi avant rencontre en personne. Donc, deux mois entre le moment où tu appelles pour un rendez-vous, et le jours où tu l’obtiens. Par contre, quand il s’agit de les payer, tu reçois la facture en 24h, avec notification de la régler sans délais.
Alors voilà la facture finale, qui inclut le montant avant taxes, les taxes, le montant après taxes, et les avertissements et menaces légales auquelles ils faut s’attendre de la part de ce genre d’entreprise.
Pourquoi est-ce que le montant avant taxes est de 925 $ plutôt que le 901 $ initial, tel que montré ici à quelques reprises dans les chapitres précédents ? Parce que, comme je disais, il a fallu que la notaire me produise une copie neuve du testament, puisque la version fournie par ce même bureau il y a 25 ans était invalide. Ce sont eux qui ont commis cette erreur. Mais c’est moi qui dois la leur payer.
Eh ouais !
SUJET 2 : Retraite Québec (Anciennement la Régie des Rentes du Québec.) Tel que mentionné dans les chapitres précédents, la procédure pour souscrire à la pension de veuve aurait été déjà trop compliqué pour ma mère, même si elle avait toute sa tête. Ça l’est encore plus maintenant que son état cognitif est diminué. C’est donc moi qui doit s’en occuper. Or, je ne possède pas la procuration qui me permettrait de faire cette demande pour elle. Ils m’ont donné jusqu’au 8 avril pour l’obtenir.
Et puisque la carte de RAMQ (assurance maladie) de ma mère est expirée, ça va prendre un mois avant de recevoir la nouvelle. Ajoutons à ça le temps de prendre rendez-vous avec son médecin de famille, d’y aller et d’obtenir l’évaluation requise, je ne dois pas m’attendre à l’avoir avant juin ou juillet. Et à partir de là, allez savoir combien de temps ça va prendre pour recevoir la procuration. À l’Halloween, peut-être !?
Voici donc un résumé de la situation, incluant ma tentative de régler le problème, ainsi que le résultat.
Retraite Québec me demande une procuration si je veux m’occuper des affaires de ma mère.
Je ne pourrai pas l’obtenir pour la date limite.
J’appelle Retraite Québec pour demander de reculer la date limite.
Puisqu’il s’agit du dossier de ma mère, et que je n’ai pas la procuration qui me permettrait de leur faire cette demande, ils ne peuvent donc pas y répondre. Même si la demande est dans le but d’obtenir la dite procuration.
Eh ouais !
SUJET 3 : Le destin essaie-t-il de me passer un message ? Je suis revenu chez moi à Québec, après huit jours à me démener en Montérégie pour la succession de mon père et les affaires de ma mère. Ayant quelques bagages à sortir de l’auto, j’ai posé l’un de mes sacs sur le toit du véhicule. Aussitôt, une bourrasque se manifeste. Le sac tombe par terre. Sous l’impact, le sac s’ouvre. La chemise à dossier contenant les documents de succession et des affaires de ma mère en tombe. La chemise s’ouvre. Les documents partent aux quatres vents et se dispersent dans un rayon d’une trentaine de mètres. Et voilà l’acte de décès de mon père, le testament fraichement imprimé, le registre de recherche testamentaire, celui du mariage, qui atterissent dans la neige, sur l’asphalte humide et poussiereuse, dans une flaque, dans la boue… Tous ces documents que je devrai présenter à la Caisse Desjardins dans huit jours alors que ma mère signera l’acte final pour le transfert de l’argent de mon père dans son compte à elle, sont ruinés.
Un document imprimé le jour-même.
Eh ouais !
Il y a quelques années, j’ai écrit ici une série de billets intitulésUn câble d’acier ombilical. Dans ceux-ci, j’explique que mes parents entrent dans la catégorie des parents hélicoptères. À une terrible variante près : alors que les parents hélicoptères « normaux » sont surprotecteurs afin d’assurer la réussite de leur enfant, les miens ont toujours tout mis en oeuvre pour saboter ma vie, me faisant perdre amis, conjointes, vie sociale, logis, santé, réputation, argent et carrières. Le but étant de me rendre éternellement dépendant d’eux. C’est la raison pour laquelle, le 5 mai 2021, j’ai renié mes parents et je me suis enfui en Gaspésie, à 700 km de chez eux. Ce qui m’a permis, à l’âge de 52 ans, d’atteindre enfin la prospérité après toute une vie d’efforts et de travail acharné. Et, incidemment, de pouvoir enfin me procurer mon premier véhicule, à l’âge où, en général, on en est à notre 5e ou 6e.
En apprenant il y a trois mois que mon père vivait ses derniers jours, ainsi que l’état cognitif de ma mère, j’ai décidé de m’en occuper. Et depuis, comme on le constate en lisant cette série de billets, voilà trois mois que je ne travaille plus, que je me démène pour ne faire que rencontrer obstacles par-dessus contrariétés par-dessus problèmes. J’ai vidé mon compte de banque, et je ne fais que payer encore et encore. Bref, je suis en train de revivre le même sabotage de vie que m’ont fait subir mes parents pendant cinquante ans.
Dans de telles conditions, vous pouvez certainement comprendre pourquoi je commence à penser que le destin a essayé de me passer un message, en tentant de faire disparaitre tous les documents de la succession et des affaires de ma mère. Je veux dire, un gars a beau être raisonnable, réaliste et cartésien… Il vient un moment où il est en droit de se poser de sérieuses questions, lorsque tout autour de lui se met en oeuvre pour l’empêcher d’avancer dans la tâche qu’il tente d’accomplir.
Surtout quand la dite tâche ne se bute jamais à un tel nombre d’obstacles lorsque c’est n’importe qui d’autre qui s’y met.
________________________ Je dirais bien À CONCLURE, mais je suis rendu un peu pessimiste sur le sujet.