Harceler le harcèlement.

Lorsque je manque d’inspiration, il arrive que je pige dans de vieux textes qui, de toute façon, se seraient retrouvés sur ce blog, s’il avait existé.  Celui-ci date d’ailleurs de mars 2009, soit d’un mois avant la création de Mes Prétentions de Sagesse.
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Ce qui suit est un courriel que j’ai envoyé à l’administrateur d’une mailing liste créée pour l’équipe de soccer de la prestigieuse University of Cambridge, England. Je l’ai traduite en français pour votre convenance.

Bonsoir.

Depuis les six dernières années, je reçois régulièrement les courriels de la mailing list de l’équipe de soccer de l’Université de Cambridge.  Le problème, c’est que je suis de Montréal.  Je ne suis jamais allé à Cambridge, ni n’y ai-je joué au soccer.

Depuis les six dernières années, j’ai essayé de m’y désabonner en vous écrivant.  Et à chaque fois, j’ai reçu ce qui, apparemment, passe chez vous comme étant du service à la clientèle, soit une note disant: « Pour vous désabonner, veuillez aller sur (adresse) et annulez votre abonnement. »

Depuis les six dernières années, j’ai essayé de m’y désabonner de la façon dont vous me suggérez, et j’ai échoué.  Normal; je ne connais pas le mot de passe utilisé par celui qui m’y a abonné. 

Depuis les six dernières années, j’ai essayé de récupérer le mot de passe, en suivant précautionneusement les instructions données sur votre page dans ce but.  Là aussi j’ai échoué, je ne l’ai jamais reçu.

Depuis les six dernières années, j’ai essayé la solution alternative qui est de cliquer sur « Marquer comme courriel indésirable » lorsque je recevais vos messages.   Ça a filtré peut-être le 1/3 des envois.  Je continue de recevoir les autres.   

Et oui, par la suite, à chaque fois que j’ai demandé en vain de recevoir le mot de passe pour me désabonner, j’ai aussi vérifié mon dossier « Courriel indésirable ».  Je ne suis pas idiot, malgré le fait que je ne suis jamais allé à Cambridge.

Depuis les six dernières années, j’ai été patient.  Mais puisque je vous ai demandé une bonne dizaine de fois de me désabonner et que vous ne l’avez toujours pas fait, ça commence sérieusement à devenir du harcèlement

Aussi, je vous demande encore une fois, s’il vous plaît, veuillez trouver le temps d’enlever mon nom de votre liste d’envoi.  Je suis sûr que ça vous prendra beaucoup moins d’efforts que j’ai eu à y mettre, en vain, depuis les six dernières années.

Bien à vous.

Steve R.

Exactement quatre minutes plus tard, j’ai reçu cette réponse:
Bonjour Steve,

Je n’ai aucune idée comment votre adresse a pu se retrouver sur notre liste d’envoi.  Je ne comprends pas plus comment le procédé pour vous désabonner n’a pas fonctionné pour vous, puisque ça a bien marché pour les autres depuis le temps où j’occupe ce poste.  Je vais immédiatement vous en retirer moi-même.

Robin Brown,
Cambridge University

Quelques minutes plus tard, j’ai reçu un second courriel disant « Vous avez été désabonné de la mailing liste de l’équipe de soccer de l’University of Cambridge ».  J’ai émis un soupir de soulagement.  Enfin, après six ans, c’était terminé.  Et aujourd’hui, sept ans après ce désabonnement, je n’en ai plus jamais reçu un seul.

Il y en a qui vont dire que de nos jours, avec l’amélioration des systèmes de filtres de pourriels, le problème eut été réglé.  Possible, mais d’abord ce n’est pas garanti, et ensuite là n’est pas le sujet.  C’est plutôt ceci:

Lorsque confronté à des expériences négatives, les gens peuvent réagir de quatre façons:

  • Il y a ceux qui souffrent en silence.  ceux-là s’assurent que les abus n’arrêteront jamais
  • Il y a ceux qui vont se contenter de se plaindre, sans jamais rien faire d’autre pour que ça arrête.
  • Il y a ceux qui vont se contenter d’essayer UNE fois, de manière à pouvoir chialer avec conscience tranquille comme quoi ils ont essayé et ça n’a rien donné.
  • Et il y a ceux qui vont faire ce qu’il faut faire, qui vont prendre le temps que ça prend, pour s’assurer que la situation prenne fin.

Je suis fier de pouvoir affirmer que je fais partie de cette dernière catégorie.  Il ne s’agit pas d’acharnement aveugle dans lequel je me bats pour le plaisir de me battre.  J’ai la force de caractère d’accepter ce que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaitre la différence.  Lorsque l’on vit une situation inacceptable, dès que l’on reconnaît qu’elle peut être changée, alors il ne faut jamais lâcher prise.  Travaille dessus!  Parles-en!  Dénonce-là! Bats-toi!  Parce que, comme le prouve mes échanges avec Cambridge, même si tu ne rencontres qu’indifférence au début, tu finiras bien à les avoir par l’usure.  Ironiquement, ça peut être vu comme du harcèlement.  Mais lorsque c’est toi qui a raison, lorsque c’est toi qui subit une situation inacceptable, ça ne pourra jamais être vu légalement comme tel. 

Ainsi, non seulement réussiras-tu à mettre fin à la situation, tu deviendras un exemple pour ceux qui ont maille à partir avec leurs propres situations inacceptables personnelles, que ce soit au niveau financier, légal, sexuel, ou même quelque chose d’aussi anodin que de se retrouver abonné contre son gré à une liste de courriel non-sollicitée.  Parce que peu importe sous quel angle on retourne la situation, il reste que si elle a cessée, c’est parce que je l’ai dénoncée.  

Parce que le plus grand complice de ce qui abuse de toi, c’est ton propre silence.

Grands-Pères

Ce matin, j’ai vu ceci dans mon fil de nouvelles.

Ça m’a inspiré pour parler de mes propres grands-pères.

Mon grand-père maternel est né en 1910.  Il est devenu orphelin de mère à l’âge de dix ans.  Son père s’est remarié.  La marâtre ne voulait rien savoir de cet enfant issu d’un mariage précédent.  Son père l’a donc jeté à la rue par un beau jour de fin de printemps.  Il avait onze ans.  Il est allé travailler aux champs contre une maigre pitance, et dormait dehors sous des perrons.  L’usine Good Year installée dans la ville recrutait sans préjugés quiconque se prouvait travaillant.  Il n’était pas rare que des enfants soient embauchés.  Il fut l’un de ceux-là.  Travaillant toute la journée, il s’installait ensuite clandestinement dans une des baraques, bien au chaud, pour dormir pendant l’hiver.

Il avait beau être honnête et vaillant, il était peu éduqué, peu curieux, presque illettré, timide, naïf.  Par conséquent, même rendu à trente-cinq ans, ses collègues abusaient de lui.  Mauvais tours, harcèlement, violence…  Dans le quartier, on le considérait comme un attardé, et il se faisait insulter dans la rue et cracher dessus, même par des enfants.  Il était le genre de personne qui endure, sans faire de remous, pardonnant et oubliant.  Par conséquent, victime facile, il attirait tout naturellement les gens abusifs.  Incluant une femme qui, à trente ans, n’avait pas encore trouvé mari, à cause de sa personnalité à la limite de la sociopathie.  Pour faire taire les mauvaises langues qui médisaient sur son statut de vieille-fille, elle l’épousa.  Ils eurent deux enfants.  Ma mère se souvient très bien comment, même à la maison, il était abusé et violenté.  Engueulades, insultes, gifles, coups avec objets, attaque à la lame de rasoir.  Et lui, résigné au sort qui était le sien, il endurait.

Quelques années après que les enfants soient devenus adultes, aient quittés la maison et fondés leurs propres familles, sa femme le quitta pour un cousin gigolo.

Le seul plaisir que mon grand-père s’est accordé en ce bas monde, ce fut le tabagisme.  Il en mourut à soixante-six ans, alors qu’il commençait à peine sa retraite, coupant court à ce qui aurait dû être les plus belles années de sa vie, dans lesquelles il aurait enfin pu vivre dans la paix et la tranquillité.  À ses funérailles, personne n’a eu la moindre parole positive à dire à son sujet.  Ou bien on l’a pris en pitié, ou bien on le jugeait négativement sur la vie pathétique qu’il a eue, le blâmant pour ne pas avoir eu les couilles de dire non aux abus.  En fait, la seule parole décente que j’ai entendu à son sujet ce jour-là venait de son fils, mon oncle, qui a dit : «Si ce gars-là ne va pas au Paradis, alors personne sur terre ne mérite d’y aller. »

Mon grand-père paternel est né en 1917.  Il était un bel homme doté d’un physique naturellement costaud. Il possédait une grande culture, une intelligence remarquable, une logique implacable et un charisme fou.  Il était aimable, affable, gentleman.  C’était aussi un obsédé sexuel.  Lors de la seconde guerre mondiale, il s’est enrôlé dans l’armée.  Profitant de son charme naturel, nombreuses furent ses conquêtes.  Dès qu’il perdait intérêt, il refilait tout simplement ses ex-amantes à ses supérieurs.  Lui était débarrassé, les officiers étaient ravis, et ces femmes étaient consolées.  Tout le monde y trouvait son compte.

À l’époque, trouver une femme qui acceptait de coucher hors des liens du mariage n’était pas une mince affaire.  Il y en avait certainement autant qu’aujourd’hui, mais les bonnes mœurs les empêchaient de s’afficher comme telles.  Mon grand-père, lui, juste à leur parler, savait les dénicher.  Ainsi, au lieu de prendre les femmes par la force ou d’avoir recours aux services de prostituées, ce qui aurait entaché la réputation des soldats et officiers, ils pouvaient satisfaire leur libido avec les femmes volontaires qu’il leur fournissait.  Ça faisait de lui un atout fort apprécié.

Bon stratège, il y a vu moyen d’en tirer profit.  À demi-mot, Il a passé le message à ses supérieurs comme quoi le prestige que lui apporterait l’uniforme d’un haut-gradé lui permettrait de multiplier aisément ses conquêtes, et ainsi pouvoir en refiler plus aisément aux gradés.  Son physique et son intelligence lui ont permis de passer et réussir aisément tous les tests des officiers.  Ainsi, officiellement, il a pris du galon par mérite.  Il s’est hissé au rang de Capitaine en un temps record.

Afin qu’il puisse continuer ses bons et loyaux services, on l’a envoyé sur une base militaire de Terre-Neuve.  Officiellement, il était en première ligne si Hitler ou Hirohito traversait l’atlantique.  En réalité, son poste lui donnait l’autorité d’organiser des bals, des soirées dansantes, ce qui lui permettait d’user de ses charmes.  C’est ainsi qu’il a rencontré et séduit l’épouse d’un de ses soldats.  Il envoya donc le bataillon du dit soldat faire des manœuvres quelques kilomètres plus loin, ce qui lui laissa le champ libre avec la femme.  Femme qui tomba enceinte de lui.  À l’époque, on n’avortait pas.  Elle a accouché, donnant naissance à celui qui deviendra deux décennies plus tard mon propre père.  Une épouse ne pouvant garder un enfant conçu par un autre que son mari, mon grand-père savait que les responsabilités allaient lui retomber dessus.

L’histoire est nébuleuse sur comment il s’y est pris, mais mon grand-père a réussi à enlever le bébé à la pouponnière, bien déterminé à faire disparaitre cette erreur qui pouvait gâcher sa vie.  Il a été surpris en pleine nuit sur un terrain militaire, alors qu’il s’apprêtait à lancer l’enfant dans un trou et y verser une brouette de chaux.  Tout capitaine qu’il était, dans ce genre de situation, il n’y a pas un grade qui tienne. C’est au bout des fusils de ces deux simples soldats, d’habitude sous ses ordres, qu’il est rentré à la base.  Il passa la nuit au cachot.

L’enfant se retrouva à l’orphelinat, et mon grand-père se fit offrir deux choix.  Ou bien il fait la chose honorable en donnant sa démission.  Ou bien il sera dégradé, passera en cour, sera mis en prison, ce qui entachera pour toujours sa réputation et celle de la base.  Il s’est donc retiré avec honneur, si on peut encore utiliser ce mot.  Pour sa collaboration à étouffer l’affaire, et aussi pour ses bons services de pimp, on lui octroya une généreuse pension.  À vingt-sept ans, grâce à cette rente mensuelle, il n’avait plus besoin de travailler pour le restant de ses jours.

Le père de mon grand-père fut mis au courant de la situation.  Il est intervenu en adoptant lui-même son petit-fils.  Ce n’est que lorsque mon père eut vingt ans que mon grand-père le reconnut officiellement.  Ils ont fait la paix et ont formé une famille.

L’argent de l’armée subvenant à ses besoins, mon grand-père put consacrer ses jours à ses passions : La culture, la philatélie, les voyages, et le sexe.  Surtout le sexe.  Le sexe avec femmes célibataires, femmes mariées, veuves, cousines, adolescentes et adolescents.  Car oui, il était également bisexuel, éphébophile et pédophile.  Ayant tiré leçon de ses déboires avec l’armée, il opta pour ne plus jamais laisser libre cours à toute pulsion pouvant lui causer préjudice.  Ainsi, pour autant que l’on sache, jamais il n’a eu de contacts sexuels avec des enfants.  Mais d’après ce que m’a rapporté ma mère, ça ne l’empêchait pas de me mater attentivement les parties lorsqu’elle me changeait de couche.  Bref, il se contrôlait, mais n’empêche que l’intérêt était là..

Éventuellement, il trouva son âme sœur en une auteure qui partageait les mêmes goûts, les mêmes perversions, et qui était aussi intellectuelle que lui.  Déjà épouse d’un autre, elle en divorça pour aller vivre avec lui.  Ils s’installèrent dans une jolie petite maison à deux étages sur un terrain modeste dans un quartier tranquille.  Ils s’impliquèrent activement dans la communauté.  Mon grand-père y trouva une association d’anciens combattants qu’il joignit.  Il en devint rapidement secrétaire et trésorier.

C’est avec l’approbation de tous que mon grand-père et sa femme devinrent foyer d’accueil pour jeunes filles âgées de dix ans et plus, en provenance de milieux où elles étaient abusées sexuellement.  Mon grand-père les a beaucoup aidées à assumer leur passé, s’en remettre et vivre avec.  Hélas, il ne le faisait pas toujours de la façon la plus acceptable socialement et légalement.

Observateur, intelligent et fin psychologue de nature, il savait faire la différence entre les traumatisées et les confuses parmi ses protégées.  Celles qui avaient été traumatisées par ces abus purent vivre chez lui dans la douceur d’un foyer dans lequel les dits abus ne se reproduisirent jamais.  Envers elles, son comportement fut irréprochable sur toute la ligne.  Aujourd’hui adultes, elles n’ont que du bien à dire de lui.

Quant à celles qui se sentaient confuses, il savait exactement quoi leur dire.  Il leur racontait que lui aussi provenait d’un milieu dans lequel l’amour et la sexualité ne faisait qu’un.  Que lui aussi avait été choqué lorsque la société l’a enlevé à sa famille qui n’avait, à ses yeux à lui, rien fait de mal.  Qu’il a été traumatisé de se faire dire que non, ces activités sexuelles qu’il aimait tant, il n’avait pas le droit d’aimer ça, parce que c’était des agressions contre lui.  Que l’amour qu’il recevait, ce n’était pas de l’amour, c’était de l’abus.  Ces histoires ne sont probablement jamais arrivées en réalité.  N’empêche que de les raconter à ses protégées confuses, ça mettait ces jeunes filles en confiance.  Elles développaient d’elles-même un sens de complicité avec ce couple qui semblait provenir d’un même milieu qu’elles, qui savait comprendre ce qu’elles ressentaient, qui partageaient les mêmes sentiments, donc qui ne les condamnaient nullement pour ça.  Et c’est ainsi qu’il leur fit comprendre que le problème ce n’était pas elles, d’apprécier et de désirer ces signes d’affection. Le problème, c’était la société qui essayait de les rendre honteuses d’aimer ça.  Bref, dans leurs cas, le seul abus qu’elles subissaient, c’était de se faire convaincre par les travailleurs sociaux qu’elles vivaient des abus.  La preuve, c’est qu’avant leur intervention, tout allait bien.  

Ensuite, il leur expliquait qu’il ne fallait pas en vouloir à la société de se comporter ainsi avec elles.  C’est juste que, faire la différence entre les abusées et les volontaires, c’est presque impossible.  C’est parce que les jeunes filles abusées sont souvent trop intimidées par leur agresseur pour oser s’en plaindre. Voilà pourquoi, histoire de s’assurer que cessent les abus cachés, la Justice préférait mettre tous les cas dans le même panier, et tous les étiqueter d’abus.  Oui, c’était injuste pour celles qui, comme elles, n’avaient aucun problème avec cette situation.  Mais si ça permet de sauver plein de jeunes filles qui, elles, sont abusées, au moins elles peuvent tirer du bien-être moral de savoir que grâce à leur sacrifice, des milliers d’autres filles sont épargnées des abus.

Mon grand-père leur disait ce qu’elles avaient besoin d’entendre: Qu’elles n’étaient pas du tout immorales, qu’elles n’étaient pas les seules dans leurs cas, et que la société n’avait pas le choix d’agir ainsi pour le bien de la majorité, donc qu’il ne fallait pas le prendre personnel.  Maintenant qu’elles comprenaient tout, ou du moins qu’il leur faisait croire qu’elles avaient compris, alors elles n’étaient plus du tout confuses.  Elles ne ressentaient plus de sentiments négatifs de leurs situations.  Et surtout, elles ressentaient admiration pour cet homme qui a su leur en débarrasser.  Ainsi, c’est tout naturellement que quelques-unes de celles-ci retombaient dans leur habitude de confondre amour et sexualité, en développant des sentiments pour lui, et qu’ils finissaient, de la propre initiative de ces adolescentes, à partager le lit conjugal, avec approbation et complicité de son épouse.  Il n’avait même pas besoin de leur dire de garder le secret.  Avec tout ce qu’il leurs avaient expliqué, elles savaient très bien à quoi s’attendre: Ou bien elles gardaient le secret et ils vivraient en harmonie et en complicité.  Ou bien la société allait faire un enfer de leurs vies.  Elles se taisaient donc de leur propre chef.  Aujourd’hui adultes, elles aussi n’ont que du bien à dire de lui.

Il est mort à l’âge de soixante-dix-huit ans.  Toutes ses protégées, sans exception, ont pleuré cet homme qu’elles ont aimé comme jamais elles ont aimé un autre adulte pendant leur adolescence.  Il fut couvert de gloire et d’honneurs par la légion des anciens combattants.   Il fut cité par un représentant municipal comme étant un homme qui fut de son vivant un modèle pour la société.  

Eh oui!

Tandis que Mitsou vante ses grands-pères qui furent pour elle des modèles, moi je ne peux vous offrir que des histoires glauques à vous en faire perdre foi envers l’humanité.  C’est que nous n’avons  pas tous des grands-pères qui ont eu une vie aussi honorables que celle de Gratien Gélinas.  Dans mon cas, l’un était pratiquement un saint martyr qui est mort comme il a toujours vécu; pauvre, abusé et méprisé.   Tandis que l’autre, pour avoir été immoral, manipulateur, abuseur, pour avoir commis une tentative de meurtre contre son propre fils, eh bien lui a passé sa vie à en être récompensé.  Et lui aussi est mort comme il a toujours vécu, soit riche, abuseur et honoré.  L’un fut un loser, l’autre fut un winner, mais ni l’un ni l’autre n’a mérité ce que leurs faits et gestes leur ont rapportés. 

Je ne peux peut-être pas prendre mes grands-pères comme modèle.  Par contre, ce que je peux faire, c’est de mener ma vie de façon à en être un pour mes propres petits-enfants.  Parce que si le fait d’avoir une parenté honorable est un hasard, le devenir soi-même un est un choix personnel.

Les vieilles habitudes ont la vie dure, surtout lorsqu’elles sont mauvaises.

Ce qui suit est au sujet de l’entrainement, mais peut aussi s’appliquer à différents aspects de la vie quotidienne dans lesquels certaines gens ont plus de succès que d’autres.

Ça a commencé ce matin, lorsque j’ai vu cette BD sur la page Facebook des fans de John Burk, un ex-soldat devenu entraîneur et motivateur.

Étant moi-même en entrainement de façon plus ou moins régulière depuis 2008, j’ai vu tout de suite quatre choses qui démolissent la crédibilité de cette BD.  

  1. Alors comme ça, l’entrainement physique donne un nez plus petit, des yeux plus sensuels, un corps plus grand, de plus gros seins et des cheveux plus longs?  Bullshit!  Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.
  2. Nutritionnistes et entraîneurs m’ont toujours dit qu’il faut manger dans l’heure qui suit le lever, et qu’il ne faut jamais s’entraîner avec un estomac vide.  La fille athlétique, que l’on voit courir ici à 5:30 du matin n’est pas apparue spontanément sur la piste de course.  Elle est levée depuis au moins une demi-heure, à 5:00.  Alors lorsqu’elle a pris son petit (dans tous les sens du terme) déjeuner à 8:00, ça signifie qu’elle a eu son premier repas trois heures après s’être levée.  Et elle s’est entraînée à fond pendant au moins deux de ces trois heures.  Or, affamer le corps tout en brûlant des calories, ça pousse le corps à se croire en période de famine, ce qui lui fait stocker sous forme de graisse tout ce qu’il avale par la suite.  Voilà pourquoi les lutteurs sumo s’entraînent à-jeun dès le lever, et ne mangent que cinq heures plus tard.  
  3. Mieux encore: Elle fait des redressements-assis?  Non seulement ça ne fait rien du tout pour améliorer la forme, c’est même néfaste.
  4. Cette BD tente de nous manipuler en remplissant ses images de symboles subtils dans le but de lancer des messages à notre subconscient.  

« En conclusion, » me suis-je dit, « cette BD manipulatrice qui nous prend pour des imbéciles est une pure merde qui se base sur des arguments fallacieux et illogiques afin de nous faire croire à des résultats irréalistes et mensongers. »

… Mais voilà, je suis bien placé pour savoir que oui, avoir la discipline de se lever tôt, bien manger et s’exercer, ça rend en forme et donne un physique agréable.  Alors peu importe ce que j’ai à dire contre cette BD, il reste qu’elle dit vrai.

Et c’est là que je me suis souvenu d’un truc, en tant que moi-même bédéiste.  Tout d’abord, dans les bandes dessinées, nous ne disposons que d’un espace limité.  Il faut donc y passer notre message de la façon la plus directe, afin qu’elle soit la plus efficace possible.  Voilà pourquoi il faut utiliser des symboles.  Ce qui symbolise le mieux l’exercice extérieur, que tout le monde peut faire, sans matériel d’entrainement?  La course à pieds.  Et ce qui symbolise le mieux l’exercice intérieur, que tout le monde peut faire, sans matériel d’entrainement?  L’exercice qui travaille au niveau du ventre, donc qui symbolise la minceur?  Les redressements-assis.  

Dans le même ordre d’idées, au sujet de la nutrition, le but était de comparer la qualité et la quantité de leurs déjeuners respectifs.  Ceci s’obtient par effet de symétrie, en les mettant l’un à la suite de l’autre.  C’est sûr que la BD aurait pu montrer l’athlète déjeuner à 5:00 tandis que l’épicurienne dort, et ensuite montrer l’épicurienne qui déjeune tandis que l’athlète s’entraîne encore.  Hélas, montrer leurs deux routines dans l’ordre chronologique aurait saboté l’effet comparatif recherché.

Quant à ma réflexion au sujet des points de l’apparence physique qui ne peuvent pas être embellis par l’entrainement, tels les gros seins (qui, au contraire, rapetissent à l’entrainement), le nez, les yeux les cheveux et la grandeur, j’avais juste oublié une leçon que j’ai moi-même donné dans un billet précédent: À partir du moment où tu as un corps athlétique, les gens te trouvent attrayant.  Le jeune Arnold Schwarzenegger des années 70, 80 et 90 en était le parfait exemple.  Même avec sa tronche de gorille, des millions de femmes le trouvaient beau, le croiriez vous?  

Mais ici, il ne s’agit pas de photos.  Ce sont des dessins.  Et comme je le dis plus haut, dans un dessin, pour éviter la surcharge graphique, il faut rester clair, donc passer une idée en quelques lignes.  Utiliser des symboles. Ainsi, la meilleure façon de démontrer la perception de beauté d’un corps en forme, c’était effectivement de donner à son visage des symboles de traits considérés comme étant attrayants.

Et même si cette BD est pleine de messages subtils qui nous donnent l’impression que le style de vie de l’athlète est de meilleurs qualité que l’épicurienne… N’est-ce pas un fait reconnu, que se lever tôt, bien manger et s’exercer donne un physique agréable ?  Alors pourquoi condamner une BD qui nous dit la vérité?  

La réponse à cette question est simple: Parce que lorsqu’une personne voudrait avoir un tel physique mais ne s’exerce pas, par manque de discipline, de volonté et de débrouillardise, ça lui remet ses propres travers en face.  Alors s’il est le moindrement orgueilleux, au lieu d’écouter le message, il va s’attaquer à la façon dont passe ce message, point par point, afin d’en démolir la crédibilité.  Bref, démontrer de façon théorique qu’il est impossible que ces gens puissent réussir, alors que leurs résultats concrets prouvent le contraire.

Et ça, c’est exactement la première chose que j’ai eu le réflexe de faire ce matin en lisant cette BD.  Réaliser ceci m’a fait comprendre quelque chose à mon propre sujet.  À part la fois ou je me suis improvisé un régime à base de privations en 2002-2003 (et dont les résultats n’ont pas tenus) je ne m’entraîne sérieusement que depuis les huit dernières années, soit depuis que j’ai trente-neuf ans.  Avant ça, moi aussi je méprisais les gens qui avaient un physique fort, attrayant et travaillé.  Je blâmais la génétique ou la nature, comme dans la dernière image de cette BD.  Ou alors je méprisais ceux qui faisaient l’effort s’entraîner, en les accusant instantanément de passer tout leur temps au gym, d’être obsédé par leurs corps, de n’avoir qu’un intellect de primate. En plus, j’adhérais à la pensée comme quoi tout gars musclé n’y arrive que par consommation de stéroïdes, avec les fâcheuses conséquences que l’on sait au sujet de la dysfonction érectile.  Exactement comme le fit jadis l’humoriste François Morency dans un de ses spectacles.

Je parlais d’Arnold tout à l’heure…  Il fut jadis l’homme au physique le plus développé de l’univers, et probablement de toute l’Histoire de l’humanité.  Il parle anglais et allemand.  En partant de rien, il est devenu un homme d’affaire prospère, devenant millionnaire avant même de commencer sa carrière cinématographique. Il a assez d’éducation pour gouverner l’état de Californie.  Seul le fait qu’il soit né en dehors des USA l’empêche d’accéder à la présidence.  Et maintenant, on connait sa forte libido qui lui a donné un fils hors-mariage.  Est-il idiot?  Non!  Est-il impuissant? Non! N’empêche que l’on se plaît à le penser.  Ça nous aide à se sentir moins inférieur.

Le problème ne réside pas dans le fait d’être devenu aujourd’hui ce que je méprisais hier.  C’est plutôt le fait que j’ai passé trente ans de ma vie, soit de mes neuf à trente-neuf ans, à mépriser les athlètes, les gens attrayant, et à prendre l’habitude de me trouver toutes sortes d’excuses afin de justifier le faible physique qui fut le mien avant ma quarantaine.  C’est le fait que je n’avais aucune raison pertinente de ressentir ce mépris.  J’étais juste lâche, ce qui m’a rendu envieux, ce qui m’a rendu jaloux, ce qui m’a rendu méprisant.  C’est la raison pourquoi, au lieu de mettre de l’effort pour m’élever au niveau des gens qui m’étaient supérieur, je trouvais plus facile de mettre de l’effort afin de les rabaisser plus bas que moi.  Et après trois décennies à me ranger du côté des losers frustrés, c’est devenu un réflexe acquis, qui se manifeste encore une fois de temps en temps.  

Et voilà pourquoi il est vrai de dire que les vieilles habitudes ont la vie dure, surtout lorsqu’elles sont mauvaises.   Huit ans de bonnes habitudes ne peuvent pas en faire disparaître trente de mauvaises.  C’est sûr que de faire un constat aussi négatif au sujet de ma personnalité profonde, ça me frappe dans mon orgueil.  N’empêche que c’est une bonne chose que j’ai pris conscience que cette mauvaise habitude était toujours en moi.  Ça va me permettre de me tenir sur mes gardes, et ainsi m’assurer de ne plus jamais y retomber.

Ajout de nouveaux liens.

Sous ma bannière, l’ancien lien Requinesqueries Online a disparu, remplacé par deux liens plus spécifiques, qui sont Mes romans et Mes BD. Voici la chose:


Mes romans:

Récits autobiographiques

Sept Semaines en Appartement.

En 1987, un bien naïf jeune homme de 19 ans qui habite au sous-sol de chez ses parents à Mont Saint-Hilaire part vivre pour la première fois à Montréal, en colocation avec une femme qu’il connait à peine.  Une superbe jamaïcaine de 27 ans qui travaille comme danseuse du Club Super Sexy.

Surveiller Nathalie.

En 1989, deux ans après Sept Semaines en Appartement. À l’aube de ses 21 ans, un bien naïf jeune homme qui habite encore dans le sous-sol de la maisonnette de ses parents commence une relation avec une fille de 20 ans. Lorsqu’elle tentera de mettre fin à la relation en mettant plein d’obstacles à celle-ci, il ne comprendra pas le message. Et lorsqu’elle y mettra fin clairement, il refusera de la laisser aller.


Fiction

RiverStock:

Roman pour jeunes adultes.
À l’aube du 21e siècle, un jeune homme apprend que son père est une ex-vedette New Wave des années 80 et qu’il a encore tout plein de connections dans le monde du show business pour faire de son fils une vedette instantanée.

Miki contre les Forces Occultes.
Roman ado.
Miki, 15 ans, a toujours été la petite faible pas trop belle mise de côté. Se retrouvant involontairement mêlée à un rituel occulte où elle devait servir de sacrifice, elle devient au contraire la seule personne qui puisse arrêter les forces du mal de surgir de l’Enfer et d’envahir notre monde.


Interrompu mais toujours en ligne.

Un Été à Saint-Ignace-de-Montrouge.

Roman en épisodes à suivre.
Vous connaissez le thème classique de l’homme qui en a assez de son quotidien, alors il décide un jour de tout abandonner afin d’aller recommencer sa vie ailleurs? Eh bien, Un été à St-Ignace-de-Montrouge pourrait être classé dans cette catégorie, car c’est plus ou moins ce qui arrive à Simon Hotte, montréalais d’origine qui se retrouve coincé par hasard dans une petite municipalité à plus de 500 kilomètres au Nord de Montréal. Ce qui rend son histoire différente, c’est que dans son cas à lui, partir et se retrouver ailleurs n’était ni planifié ni décidé. Il est sans transport, sans argent, sans cartes ni cellulaire ni rien ne pouvant l’identifier ni permettre à son entourage de le retracer. Il est coincé dans cet endroit si différent de l’univers dans lequel il a passé sa vie. C’est bien contre son gré qu’il devra se mêler à la communauté afin de survivre, en attendant de pouvoir être capable de décider de ce qu’il fera de sa vie à partir de là.


Blog officiel

Mes Prétentions de Sagesse


Mes BD

Requin Roll, toutes mes BD, en ligne.
Toutes les BD que j’ai pu faire, passées et présentes. Publie trois fois par semaine.

Les Colocopines
 Courte série au sujet de trois copines colocataires.

1 Gay 1 Hetero
Deux colocataires, l’un est gay, l’autre est hétéro.

ComicOrama, chroniques sur la BD en général.

Deviant Art, ma galerie en ligne.

Et voilà!  C’est que j’en ai produit, du stock, en 19 ans sur le net.

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