La Conflictuodépendance: Barcelone, 1964.

Tout d’abord, voici une image de profil de l’acteur français Alain Delon, tirée de l’un des films qui en fit l’idole des foules en Europe  dans les années 60.

Le rapport?  Cette BD que je vous ai promis il y a quelques temps.   Elle est tirée de l’album autobiographique Les Professionnels de Carlos Gimenez, dans lequel il décrit un ex-collègue de travail qui a exactement le profil-type d’un conflictuodépendant.  Ça se passe à Barcelone, vers 1964, dans les bureaux d’un magazine de bandes dessinées.















Dans cette histoire, Cervantés passe à travers les 10 étapes, déjà décrites dans ce billet, qui démontrent sa conflictuodépendance: 

ÉTAPE 1: Cherche querelle à une personne calme et sans histoire.  Pablito cherche juste à travailler en paix.  Le fait que Cervantés le provoque dans la joie et non la haine, comme c’est souvent le cas avec les conflictuodépendants, ne change rien au fait qu’à la base, son but est d’écraser l’autre, de prouver être son supérieur.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant. Ici, c’est la beauté, les fléchettes…

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.  Il est en effet très insistant: Beauté, grandeur, fléchettes, flipper et bras de fer.

ÉTAPE  4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre. Comme quand il lui dit: « T’as peur, hein?  Tu sais que je suis bien plus fort que toi. », au lieu de simplement reconnaître que Pablito veut juste travailler en paix.

ÉTAPE  5: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.  Dans ce cas-ci, son professionnalisme.

ÉTAPE  6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.  En effet, Pablito force Cervantés à reconnaître qu’il n’est pas si professionnel qu’il le prétend.

ÉTAPE  7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.  Ici, il ne se plaint pas verbalement.  Mais son air de chien battu passe le message très bien à leurs collègues dans le studio.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé. Cervantés quitte la pièce.

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre. Deux fois.  Au début, lorsqu’il demande à leur collègue Adolfo de trancher sur qui est le plus beau.  Adolpho refuse de s’en mêler.  Alors il le fait une seconde fois, passivement, avec son air triste.  Là ça réussit, ce qui pousse Adolfo à dire à Pablito qu’il n’aurait pas dû.  Mieux encore, cette fois, Adolfo convainc Pablito à être d’accord comme quoi Cervantés est le plus beau, sujet sur lequel il avait d’abord refusé de trancher.

ÉTAPE  10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.  Pablito se sent coupable, en effet.  Et alors qu’il vient faire la paix en lui offrant une cigarette, Cervantés le punit en recommençant à le rabaisser, cette fois-ci sur leurs choix de tabacs.

Les seuls moments où Cervantés n’a pas l’air déprimé,  c’est lorsqu’il tente de rabaisser Pablito.  Ce qui démontre non seulement qu’il s’agit d’une personne qui souffre d’une basse estime de soi, son bien-être dépend des conflits, ce qui en fait un conflictuodépendant.  Puisque l’histoire se passe en Espagne dans les années 60, ça prouve que ce genre de comportement, et la personnalité qui vient avec, est universel et intemporel.  

Je dois admettre que d’essayer de lui faire accroire qu’il ressemblait à Alain Delon de profil était un coup de génie.  D’abord, parce qu’il lui serait difficile de se voir de profil dans le miroir.  Ainsi, il est obligé de croire les autres sur parole. Ensuite, parce que grâce à cette prétendue ressemblance, son Ego est gonflé en permanence.  Il n’a donc plus besoin d’emmerder ses collègues en essayant de les  rabaisser plus bas que lui.  Ce qui en revient à dire que si vous avez un conflictuodépendant dans votre entourage, le seul moyen de vous éviter ses tentatives de vous rabaisser, c’est de le complimenter faussement sur un sujet qui lui tient à coeur. 

Ironiquement, il est fort possible que Cervantés était vraiment supérieur à Pablito en beauté, grandeur, fléchettes, flipper et bras de fer. C’est juste que son insistance à aller chercher l’autre pour le rabaisser sur ces points, ça fait de lui une personne désagréable.  Personnellement, avoir été à la place de Pablito, non seulement je n’aurais jamais essayé de faire la paix avec un tel enfoiré, je n’aurais eu aucun remord à le laisser misérable, en le forçant à regarder ses travers en face.  Mais bon, quand il s’agit de quelqu’un que l’on est obligé de revoir sur une base presque quotidienne (collègue de travail, voisin, famille, colocataire), je peux comprendre que laisser ses illusions à un tel déficient social, c’est un faible prix à payer pour ne pas pourrir l’ambiance.

Ah, en passant…

C’est lui, Fernandel.

Faut avouer qu’il y avait ressemblance, en effet.  Plus qu’avec Delon en tout cas.

Comment j’ai appris à fermer ma gueule. Épisode 1 : L’Étoffe des Zéros.

« L’étoffe des zéros. »   Si j’utilise ce jeu de mot classique qui n’est pas de moi, c’est parce que je trouvais que c’était très à-propos avec une une série d’anecdotes que j’ai vécu à l’école secondaire, en secondaire IV en particulier, lorsque j’avais 15 ans. Cette année-là, j’ai eu le don de me ramasser trois fois la note de zéro à cause de ma grande gueule.

Je n’étais ni un délinquant ni un contestataire.  Par contre, j’essayais d’imposer ma logique aux profs afin de leur faire comprendre pourquoi je ne comprenais pas toujours le travail demandé.  Je croyais bien faire.  Hélas, il semblerait que j’avais le don de poser mes questions d’une façon qui démontre que ce n’est pas moi qui n’est pas capable de comprendre, c’est juste l’autre qui est trop con pour expliquer clairement.  Ils le prenaient mal, étrangement.

Le premier zéro.
Premier cours de français de l’année.  Le prof nous dit de prendre une feuille lignée, y inscrire notre nom et la date, et d’écrire une dissertation de deux pages, à double interligne.  Le sujet est : Qu’est-ce que vous venez apprendre dans ce cours de Français? Je lève la main.

« Euh… S’cusez, mais comment est-ce qu’on est supposé savoir ça? »

Pour toute réponse, il me regarde en silence.  Je suppose qu’il ne comprends pas ma question.  J’élabore:

« Ben oui, quoi, si je le savais déjà, j’aurais pas besoin de venir ici pour l’apprendre. Donc si je viens l’apprendre, c’est parce que je ne le sais pas. »

Après quelques autres secondes de silence, il dit:

« Donc, tu ne sais pas quoi écrire? »
« Ben… Non! »
« D’accord! »

Il s’approche de mon pupitre, il prend ma feuille, la froisse et dit:

« Zéro! » 

Il se retourne, envoie ma feuille dans la corbeille et dit au reste de la classe:

« Les autres, vous pouvez commencer. »

Je ne sais pas ce qui m’a le plus estomaqué entre le fait que le prof m’a mis zéro sans m’expliquer davantage ce qu’il voulait de nous, ou le fait que tous les autres élèves semblaient n’avoir aucun problème à écrire le contenu d’un cour qu’on ne nous avait pas encore donné.  En tout cas, on n’a qu’une seule chance de faire une première impression.  Et j’avais foirée celle-là de façon spectaculaire.

Le second zéro.
Science Religieuse, cours qui ne parlait à l’époque que de catholicisme, puisque nous avions tous été élevés là-dedans.  Je ne me souviens plus du tout du travail.  Ce que je me souviens, par contre, c’est qu’avant de le remettre à notre prof, il nous a demandé d’évaluer nous-mêmes ce que vaut notre travail. Il fallait écrire notre note, un nombre X sur 100, en haut à droite.  Je le fais et lui remet ma feuille en même temps que les autres.  Puis, il feuillette le tas.

« Ok, alors on va commencer par discuter de vos évaluations, ce qui va nous  … »

Il s’arrête sec devant ma feuille.  Après l’avoir observée quelques secondes, pour être certain qu’il a bien vu je suppose, il prend un ton sarcastique.

« Bon, bon, bon, bon, bon! Ça a l’air qu’on a quelqu’un qui se prend pour un génie, ici. Monsieur Johnson s’est donné lui-même la note de 100%. »

Sans être un cancre, mes notes avaient toujours été très moyennes, d’où l’hilarité générale de la classe à cette annonce.  Il rajoute:

« Bon eh bien, allez-y, Monsieur Johnson. Veuillez nous expliquer pour quelles raisons est-ce que vous pensez que votre travail mérite une note parfaite. »
« Ben, c’est simple : Si j’ai écrit ce que j’ai écrit, c’est parce que je crois que ce sont les bonnes réponses. Et si j’pense que toutes mes réponses sont bonnes, il est logique que je penses avoir 100%. »

La classe répond par un murmure admiratif et amusé, deux sentiments que ne partage pas le prof qui réplique:

« Ah oui? C’est logique? »
« Ben là! Pensez-vous que j’aurais délibérément saboté mon travail, en donnant des réponses que je savais fausses, juste pour me donner une note plus basse, juste pour que vous la trouviez réaliste? Voyons donc! »

Il garde le silence quelques secondes, le temps de considérer ma réponse, et peut-être travailler la sienne.  Il dit:

« Je vois! …  Ce que tu viens de faire, ce n’est pas une évaluation de ton devoir. C’est une critique négative de l’exercice dans le but de le tourner au ridicule. »
« Hein? Mais non, je… »
« C’est correct! Quand on choisit de devenir prof, on le sait qu’on va être la cible de tentative pathétiques de se faire moquer de nous-autres et des travaux que l’on demande. Ça fait partie d’la game, alors je n’en ferai pas de cas! »

… *gulp*

« N’empêche qu’au final, tu n’as pas fait ce que j’ai demandé. Par conséquent, ce n’est pas 100% que ton travail se mérite, mais bien zéro. »
« Mais voyons donc! Le fait que je dise que je pense que mes réponses sont bonnes, C’EST une évaluation de mon devoir! »
« Eh bien le fait que moi, le prof, j’affirme que C’EST le contraire, alors C’EST ça qui est ça, et C’EST final! »

C’est ça le problème avec les analyses : Ce ne sont que des opinions.  Ce n’est pas comme les mathématiques.  Ça au moins, c’est une science exacte.  Ou bien tu as raison, ou bien tu as tort.  C’est ou bien blanc, ou bien noir.  Pas d’ambiguïté.  D’ailleurs, parlant de maths…

Mon troisième zéro.
Cours de maths, matière dans laquelle je suis cancre.  La preuve, c’est que je suis en retard de deux ans.  La prof nous pose la question classique dont la réponse me dérange depuis la première fois où je l’ai entendue à l’école primaire:

« Maintenant, est-ce qu’il est possible, selon vous, de diviser par zéro? »

Tout le monde répond non.  Enfin, presque tout le monde.  Parce que moi, je m’aventure à dire:

« Je crois que c’est possible. »

La prof me regarde d’un air voulant dire Bon, de quoi j’me mêle!  Elle dit:

« Bon! On a un petit comique ici! »
« Non, je suis sérieux! Cet été j’ai trouvé le moyen de le faire, d’abord en… »

Elle réplique alors un truc sur un ton défiant et sarcastique.

« Attend! Si t’as vraiment trouvé le moyen de diviser par zéro, aussi bien en faire profiter l’humanité toute entière, en commençant par la classe. Va nous expliquer ça au tableau, si t’es capable. »

Je suis peut-être atteint de dyslexie numéraire, ça ne change rien au fait que mon raisonnement logique fonctionne à la perfection. Aussi, si j’affirme que l’on peut diviser par zéro, c’est parce qu’on peut diviser par zéro.  Et puisqu’elle m’invite à le faire, je me rend au tableau.  Elle se met en retrait.  Je commence:

« Tout d’abord, entendons-nous sur le fait que, contrairement à ce qu’affirment certain, le nombre zéro ne représente pas l’infiniment petit. L’infiniment petit, ce serait, par exemple, d’avoir dix milliard de zéros suivi d’un virgule un. Tandis que zéro, lui, c’est juste zéro. Pas la moindre virgule suivie d’un chiffre à la fin. À moins qu’on s’amuse inutilement à écrire zéro virgule zéro. Mais là encore, ça ne change rien au fait que zéro, c’est juste rien du tout.  Par conséquent, diviser par zéro, ça ne donne pas « infini », comme certains le prétendent.  Cette précision étant faite, passons à la démonstration. Pour l’exemple, on va prendre le nombre mille. »

J’écris 1000 au tableau.

« Il y a trois façons de diviser par zéro et d’obtenir un résultat : La méthode mathématique, la méthode logique et la méthode graphique.  Voyons d’abord, la méthode mathématique : Admettons, pour l’exemple, que l’on divise par 2. Ce que l’on fait ici, c’est poser la question « Combien de fois est-ce que le chiffre 2 se retrouve dans le nombre 1000. » Dans ce cas-ci, la réponse est évidemment 500 fois.  Alors quand on divise par zéro, ce que l’on demande, c’est « Combien de rien est-ce qu’il y a dans 1000? » En partant du fait que 1 c’est un tout, et qu’un tout c’est le contraire de rien, alors la question que l’on pose vraiment ici, c’est « Combien de rien y a-t-il dans mille tout? »  Puisque dans un tout il ne peut pas avoir de rien, la réponse est donc zéro. »

La prof réplique aussitôt:

« Sophisme! »
« Vraiment? Pourtant, même la langue française est d’accord avec ce que je dis. »
« Et comment cela, je vous prie, Professeur Johnson? »
« Ben, comme synonyme de zéro, ne dit-on pas « Rien du tout »? »

Un murmure amusé parcours la classe.  La prof rajoute:

« Fa que finalement, ton raisonnement est simplet. Ce que tu dis, c’est que peu importe le chiffre, quand on le divise par zéro, la réponse va toujours être zéro. »
« Oui, mais seulement pour les nombres positifs. »
« Hein? »

Avec la craie, je trace un « – » devant le 1000.

« Admettons qu’au lieu de mille, notre chiffre est moins mille. On s’entend que d’avoir un chiffre dans le négatif, c’est comme avoir une dette. Donc, qu’avoir -1, c’est avoir une fois rien.  Donc, avoir -1000, c’est avoir mille fois rien. Par conséquent, moins mille divisé par zéro, ça égale mille. »

La prof reste impassible.  Je prend son manque de réaction comme une invitation à continuer.

« La 2e méthode, la méthode logique, est beaucoup plus simple. Elle va comme suit : Puisque zéro égale rien, alors diviser par zéro, c’est diviser par rien.  Si tu divises par rien, alors tu ne divises pas. Si tu ne divises pas, ton nombre reste entier. Donc, dans ce cas-ci, mille divisé par zéro égale mille. »

Là encore, Madame réplique:

« C’est complètement illogique ton affaire, tes deux méthodes se contredisent. »
« Si une seule méthode se contredisait elle-même, alors là, oui, ce serait illogique. Mais que deux méthodes différentes se contredisent, c’est tout à fait normal. »
« Les mathématiques, c’est de la logique. Quand quelque chose est logique, il ne peut pas se contredire. »
« Les proverbes aussi sont logiques, non? Pourtant, d’un côté, on dit «Tel père, tel fils.», et d’un autre, on dit « Père avare, fils prodigue. » (« Dépensier », en vieux français).  D’un côté on dit « Qui se ressemblent s’assemblent », et d’un autre on dit « Les contraires s’attirent » C’est pas moi qui l’invente. C’est dans tous les dictionnaires. Donc, vous voyez bien que oui, deux aspects d’un même sujet peuvent à la fois être logique et se contredire. »

Devant son silence, je décide de poursuivre.

« Enfin, pour terminer, la 3e méthode, la plus simple de toute : La méthode graphique. »

J’efface le « – » de devant le 1000, et montre le nombre du doigt.

« Ce que l’on a ici, c’est une image tracée à la craie blanche sur un tableau vert.  C’est donc une représentation graphique du chiffre mille. Et un graphique, c’est un dessin, une image. Et combien y a-t-il de zéro dans cette image? Il y en a trois. Voyez vous-mêmes: un-zéro-zéro-zéro. Donc, graphiquement parlant, mille divisé par zéro égale trois. »

La prof se rapproche du tableau, l’air vraiment pas contente, et ça parait dans sa voix.

« Bon, ça suffit! Les graphiques, ça n’a aucun rapport avec les mathématiques. Fa que retourne donc t’assoir pis arrête de nous faire perdre notre temps avec tes niai… »
« Aucun rapport avec les maths? Pis les graphiques cartésiens, c’est quoi? »
« HEILLE, LÀ! J’AI DIT ÇA SUFFIT! »

Surpris, j’ai un mouvement de recul.  Je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’elle perde son calme et se mette à crier.  La classe non plus, d’ailleurs, car tout le monde est soudainement coi. Elle poursuit sa harangue.

« Non mais pour qui tu t’prends, chose!? Quand on est deux ans en retard en mathématiques, on n’a pas d’affaire à se permettre de donner des leçons de calcul aux autres. « 0 = Rien du tout! » … « Graphique! » … Des proverbes! … Heille, tu penses-tu vraiment qu’en jouant sur les mots, ça fait de toi un génie des maths? Hein, Einstein? »

Je ne sais vraiment pas quoi répondre à ça.  Elle poursuit.

« Regarde : Le jour où tu publieras un papier sur tes théories de marde dans un journal scientifique reconnu, et que ça amènera la communauté scientifique internationale à réécrire les livres de maths, alors là t’auras raison d’affirmer que mille divisé par zéro ça donne à la fois, zéro, mille et trois. Mais en attendant, s’ils sont tous d’accord pour dire que c’est impossible de diviser par zéro, c’est parce que, officiellement, c’est impossible de diviser par zéro. Ok là!? »

Toujours sous le choc, je reste muet. Elle continue.

« Peu importe comment tu twiste les chiffres pour essayer de te donner l’air d’avoir raison, ça change rien au fait qu’à l’école, que ce soit les mathématique, le français, l’anglais ou le crossage avec une poignée de braquettes… »

Est-ce qu’elle vient vraiment de dire ça devant toute la classe!?

« … l’important, c’est pas de posséder la vérité absolue. L’important c’est d’être d’accord avec la version officielle écrite dans les livres du cours.  Fa que si tu veux pas couler tes maths encore une fois, tu… t… Ah pis d’la marde! Tu sais quoi? T’aimes ça, les zéros? Ben tu vas être content : C’est la note que j’te donne pour cette année! »
« Quoi? »
« Fa que, puisque t’as coulé mon cours, t’as pu rien à faire icite. Décrisse! »

Bon!  Une prof capable d’user de telles vulgarités en classe, mieux vaut ne pas la contrarier.  En silence, je vais jusqu’à mon pupitre et je prends mes affaires.  Puis, je sors.  Alors que je referme la porte derrière moi, je l’entends dire au reste de la classe:

« Pis? Y’en as-tu d’autres icite qui pensent connaître les maths mieux qu’un prof de maths? Non? Bon ben on va peut-être pouvoir le commencer, c’te cours-là! »

Je suis complètement abasourdi par ce qui vient de se passer.  Puisqu’on ne peut pas déambuler dans les corridors de l’école pendant les heures de classes Il a fallu que j’aille expliquer auprès de la direction ce qui s’était passé.  Je leur ai dit que j’ai pourtant fait exactement ce qu’elle m’a demandé de faire:  Elle a demandé si, selon nous, il était possible de diviser par zéro, et je lui ai répondu que selon moi, oui ça l’était.  Elle m’a demandé d’aller au tableau expliquer mes théories devant toute la classe, et c’est exactement ce que j’ai fait.  Par conséquent, je ne comprends pas du tout pourquoi elle a réagi de cette façon.  À la demande du directeur adjoint, j’ai reproduit devant eux mes trois théories de la division par zéro.  Il s’est contenté, à la fin, de répondre « Je vois! »  Je suppose qu’ils ne pouvaient pas, par solidarité entre profs et Direction, dire que j’avais raison.  Mais si j’avais eu tort, ils ne se seraient pas gênés pour me le dire, alors c’est déjà ça.

Ils ont convoqué la prof pour que l’on s’explique tous des deux devant le directeur, mais elle a catégoriquement refusé ma présence. Du coup, je ne sais pas ce qu’elle lui a dit.  Mais au bout du compte je n’ai pas été réprimandé. On m’a juste placé dans une autre classe, dans laquelle je me suis contenté, pour le reste de l’année, de simplement écouter, de fermer ma gueule, et d’être d’accord avec les enseignants.  Surtout lorsqu’ils affirmaient qu’il était impossible de diviser par zéro.

Quelques exemples flagrants des 10 étapes de la conflictuodépendance

D’abord, offrons-nous un moment de détente et tapons-nous la version française de la page du dimanche de la série Peanuts, du 8 aout 1965.


Qu’est-ce qu’on rigole!

Bon! Passons maintenant aux choses sérieuses.  La raison pour laquelle j’ai remis sur le net, après cinq ans d’absence, une version retravaillée de Geneviève la coloc de l’enfer, c’est parce que je me suis rendu compte que cette dernière avait posé exactement les mêmes gestes que d’autres personnes conflictuodépendantes dont j’ai déjà parlé ici dans plusieurs de mes textes.  

Dans le second billet de cette série, je reproduis une scène tirée de ma série Fantasme -VS- réalité: Le ménage à trois dans laquelle une fille nommée Tamara a un tel comportement.  Dans un autre billet intitulé Un rendez-vous traumatisant, ma blind date me joue cette scène:

Et ça continue comme ça, jusqu’au moment où elle décide de donner un virage sexuel à la conversation. Elle le fait avec cette question:

ELLE: T’as-tu déjà mis un pénis dans ta bouche?

Et voilà! LA conversation classique que j’ai eu à subir des dizaines de fois par le passé. Je la connais tellement par coeur que je peux prévoir exactement ce qui va se passer, à quelques variantes près.  Et c’est parti pour un autre tour:

MOI: Non, je ne suis pas gai.
ELLE: Comment tu le sais?
MOI: J’ai couché avec 20 filles, zéro gars, et j’ai 4 enfants
ELLE: Avoir des enfants, c’est pas une preuve. Tu peux être bisexuel.
MOI: Non, chu hétéro.
ELLE: Tu peux pas en être sûr à 100%.
MOI: Ben oui j’peux. Je sais que j’aime les femmes, et je sais ce que je n’aime pas les hommes. Par conséquent, je sais que chu hétéro.
ELLE: Comment tu peux savoir que t’aimes pas ça si tu l’a jamais fait?
MOI: Je le sais parce que les hommes ne m’attirent pas.
ELLE: Ça veut pas dire que t’aimerais pas ça.
MOI: J’aimerais pas ça parce que l’idée de me faire toucher par un homme dans un but sexuel, c’est suffisant pour me faire perdre ma libido. Je me souviens de la première fois où je me suis retrouvé dans une soirée orgiaque. Pour la première fois de ma vie, ce soir là, j’ai eu des problèmes d’érection. La présence d’autres gars tout nus me dérangeait.
ELLE: Je trouve que tu te défend beaucoup. Qui c’est que t’essayes de convaincre ici? Moi, ou bien toi?

Vous voyez le genre de mentalité? Si tu ne te défends pas, c’est parce que tu l’es. Si tu te défends, ça veut dire que tu l’es, mais essaye de le cacher. Peu importe ce que tu leur dis, à ces filles-là, rien ne leur fera changer d’idée à ton sujet.

L’expérience m’a appris une chose importante dans ce genre de situation: Quand une fille insiste à mort comme quoi tu es bi, si tu ne veux pas gâcher la soirée, alors dis-lui ce qu’elle veut entendre. La soirée ayant déjà assez mal commencé comme ça à mon goût, ça ne me tente pas d’en rajouter en la contrariant. Je suis bon improvisateur et conteur d’histoires, je m’invente donc une expérience bi drette-là pour la satisfaire:

MOI: Oui, une fois. J’habit…

Elle fait immédiatement une moue de dégoût et m’interrompt en disant:

ELLE: OH, OUAAACHE!

WTF??? O-kaaay! De toutes les réactions qu’elle pouvait avoir, je ne m’attendais pas à celle-là. Ça a ben l’air que dans son cas à elle, son insistance à me faire avouer une relation fifosexuelles que je n’ai jamais eu, ce n’était pas pour tester mon ouverture d’esprit. C’était juste dans le but de pouvoir me descendre verbalement encore une fois.

Et dans cet autre billet de la série Harceler Nathalie, mon père me joue sa version de la chose:

Comme d’habitude, dès qu’il me voit, il me tombe dessus en gueulant.  Et moi, tout en marchant vers la porte de l’escalier qui mène à ma chambre, je réponds avec calme :

PÈRE : Veux-tu ben m’dire où c’est que t’étais allé trainer, encore?
MOI : À Montréal!
PÈRE : T’as pas une crisse de cenne pis tu t’en va dépenser à Montréal?
MOI : Non, je suis allé porter mes dessins à Échec et Maths, et recevoir ma paye.
PÈRE : Tu vas jamais rien faire de bon dans’ vie avec tes p’tits crisses de dessins.
MOI : Je fais de l’argent, c’est déjà ça.
PÈRE : « J’fais d’l’argent, j’fais d’l’argent! » Han han! Toutte pour pas travailler.
MOI : Si tu le dis!
PÈRE : Je l’sais moé c’est quoi qu’tu veux faire.
MOI : Bon ben dis-moi le, comme ça moi aussi je vais le savoir.
PÈRE : TU VEUX PAS TRAVAILLER, CALICE! TU VEUX JUSTE TE FAIRE VIVRE PAR LES AUTRES EN TE POGNANT L’ CUL!

La perche qu’il me tend est beaucoup trop belle pour ne pas être attrapée à 2 mains. Je m’arrête, je me retourne et le regarde.  Puis, de façon calme, hautaine et méprisante, je lui réponds :

MOI : J’en connais un autre, moi, qui ne travaille pas, pis qui se fait vivre par les autres en étant su’l’BS.

Sur ce, je me retourne et descends l’escalier tranquillement, sans me presser.  Après quelque secondes de silence dans lequel il n’a pas l’air de croire que j’ai pu oser lui répondre de cette façon, il se met à m’engueuler d’une tirade composée majoritairement de mots d’église. Ça me passe 10 pieds par-dessus la tête.

Le soir venu, ma mère vient me rejoindre dans ma chambre alors que je travaille sur d’autres illustrations. Elle me parle doucement, timidement, voire même un peu inquiète.

MÈRE : Ton père m’a dit que tu l’avais niaisé aujourd’hui parce qu’y’é su’l’BS…
MOI : Pardon? C’est lui qui m’accuse faussement de ne pas travailler.  Tu le vois bien, je dessine, là, et je suis payé pour ça.  Si c’est pas du travail, c’est quoi?
MÈRE : Je l’sais ben! Mais tu devrais pas faire exprès pour le provoquer.

L’injustice de cette nouvelle accusation me pique au vif.

MOI : Le provoquer? Moi, le provoquer? C’est lui qui vient me chercher, qui me tombe dessus en m’accusant de pas travailler alors que c’est même pas vrai… Pis c’est moi qui le provoque LUI?
MÈRE : Tu lui as répondu!
MOI : J’ai juste dit la vérité.
MÈRE : T’aurais pu rester poli!

« Être poli! »  Une façon polie (justement) pour les parents de dire « Farme ta yeule! » quand ils sont trop orgueilleux pour être capable de reconnaître que tu as raison et qu’ils ont tort.

MOI : Pis lui, il l’est-tu, poli, avec moi? Toujours à me traiter de p’tit crisse de paresseux qui fera rien de bon dans’ vie pis qui va passer sa vie su’l’BS alors que lui-même y’a passé le trois quart de sa vie su’l’BS ou sur le chômage.
MÈRE : Je l’sais ben, mais r’garde… Tu l’sais que c’est un chialeux. Y’é d’même, y va pas l’changer à l’âge qu’y’ést rendu. C’t’à toi d’être le plus intelligent des deux pis de le laisser parler sans t’en occuper, pis y va arrêter.

Non mais c’est quoi ce raisonnement de merde? Elle est déconnectée de la réalité ou bien quoi?

MOI : Non! Toute ma vie, je me suis écrasé pis je t’ai vu t’écraser devant lui. Pis y’as-tu arrêté? Jamais! Si personne ne lui répond, si personne ne lui dit jamais « Heille, ça suffit! », il va jamais arrêter.
MÈRE : Tu vas juste empirer la situation.  Regarde, t’es pas si pire que ça.  Ça fait 21 ans que tu l’endures, alors que moi ça en fait 23.
MOI : Non : Toi tu l’as juste enduré la moitié de ta vie. Alors que moi c’est ma vie complète.  Y’a des limites, il faut que ça arrête!
MÈRE : Écoute, sois plus intelligent.  Fais-le pour moi, ok? Tu l’sais que chus pas capable de vivre dans’ chicane.

Geneviève la coloc de l’enfer contient deux exemples.  Le premier, dans la scène où nous traversons la ville en auto:

Une journée en particulier, je me suis vite rendu compte qu’elle essayait juste de me faire frustrer. Histoire de voir à quel point, j’ai décidé de faire exprès pour répondre à chacune de ses attaques par une phrase dite avec calme, zen et sans contradiction.

 « Qu’est-ce que tu fais, là? Tasse-toé, j’viens de te dire de tourner icite. »
« Je ne peux pas, c’est un sens unique, tu vois la pancarte!? »
« Ben t’es donc cave. Pourquoi t’es pas arrivé deux rues plus à gauche d’abord? »
« C’est fermé pour travaux. »
« Franchement, si tu le savais que c’était fermé, pourquoi t’allais par-là tantôt? »
« J’ai seulement appris que c’était bloqué quand j’ai vu les panneaux de détour. »
« Ben oui, pis tu nous as pognés dans le trafic. »
« Désolé, la prochaine fois je me renseignerai. »
« Hostie qu’c’est con d’passer icite. »
« Possible! Mais c’est le seul chemin que je connais pour me rendre. »

« Tu connais pas grand chose. »
« Eh non. Hélas, je n’ai pas la connaissance des rues de Montréal d’un chauffeur de taxi. »
« Pas besoin d’être chauffeur de taxi. Lucien, lui, il sait par où passer pour se rendre partout rapidement. »
« Ah ça c’est normal, Lucien conduit dans Montréal depuis des années, soit bien plus longtemps que moi. »
« Pas rapport! J’conduis pas pis moi aussi j’le sais. »
« Excellent! Comme ça, grâce à toi, on ne pourra pas se perdre. »
« Bon! Bon! Bon! Ga’ lé là si y’é frustré! »

À celle-là, bien que je continue de parler calmement avec un petit sourire, je ne peux m’empêcher de lui lancer un petit sarcasme.

« Frustré ? Hum… Oui, je suppose qu’entre toi qui ne cesse de me lancer des insultes et moi qui te réponds calmement, j’imagine qu’en effet c’est moi, le frustré, ici. Oui, tu as parfaitement raison. »

Elle hausse le ton.

« Tu l’sais-tu c’est quoi ton vrai problème, toé? C’est que ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! »

Ok, wow!  Je sais qu’il y a des gens qui ont une haute estime de leurs propres opinions.  Et moi le premier.  Par contre, qu’une personne se croit tellement dans son droit de rabaisser un autre qu’elle considère que la seule raison pourquoi il se défend, c’est parce qu’il a des préjugés contre le sexe opposé?  Je n’avais encore jamais vu ça.  Ou bien j’accepte ses insultes, ou bien je suis misogyne…

Et la seconde, dans ce qui sera notre dernière confrontation.   En résumé: Elle voit que j’ai écrit une lettre.  Elle passe douze minutes à m’empoigner et me frapper et essayer de me l’arracher des mains.  Je me réfugie dans la salle de bain.  Elle passe huit autres minutes à tenter de forcer la serrure et à défoncer la porte.  Je n’ai d’autre choix, pour faire cesser ce cirque, de déchirer la lettre et l’expédier dans la toilette. Nous avons ensuite cet échange, qui commence lorsqu’elle me dit:

« Ayoye! Préférer déchirer pis flusher la lettre plutôt que de me laisser la voir. Hostie que t’es bébé, man. C’est vraiment pas la maturité qui t’étouffe. »
« Me faire sermonner sur la maturité par quelqu’un qui a passé vingt minutes à  essayer de voir du courrier qui ne la concerne pas.  Tu peux ben parler! »
« T’es malade, man! »
« Moi, chus un malade? »
« Pour préférer déchirer pis flusher une lettre plutôt que de laisser une autre personne la voir, faut être malade mental en tabarnak. »
« S’cuse, mais
aux dernières nouvelles, c’est pas moi qu’on a été obligé d’enfermer pendant trois mois à Douglas. »

Mes paroles lui font l’effet d’une gifle. Elle ouvre la bouche en écarquillant les yeux.  Après deux où trois secondes dans lesquelles elle n’a pas l’air de croire que je viens de lui dire ça, elle se met à gueuler.

« Hostie de chien! Hostie de calice de tabarnak de chien sale!  T’as pas d’affaire à me dire des écoeuranteries de c’te genre-là.  Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  Hein?  Tu penses-tu que chus fière d’avoir perdu l’été de mes dix-huit ans, enfermée dans un hôpital psychiatrique parce que j’étais trop décrissée moralement pour être même capable de manger?  J’AI FAITE UNE DÉPRESSION, CALICE!  C’est drôle, hein? C’est drôle de niaiser une fille sur la période où elle n’a jamais été aussi bas de toute sa vie? Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? »

Elle éclate en sanglots.

« TIENS, T’ES CONTENT, LÀ?  TU M’FAIS BRAILLER, TABARNAK! »

Sur ce, elle tourne les talons et entre dans sa chambre, fermant la porte dans un vacarme, et se met à pousser des hurlements qui ne sont entrecoupés que par des sanglots qu’elle pousse avec force.  Je n’arrive pas à croire la scène surréaliste qu’elle vient de me jouer.  Pour être certain que j’ai bien saisi la situation, je me la résume à voix basse.

« Elle vient dans ma chambre, me chercher querelle, et elle réagit comme si c’était moi l’agresseur.  Elle m’a attaqué physiquement, je me suis défendu verbalement, et elle agit comme si je l’avais frappée.  Elle me traite de malade mental alors que c’est elle qui a été suivie en psychiatrie.  Elle ne se gêne pas pour me lancer un nombre incalculable d’insultes et des fausses accusations, mais quand je lui dit une seule vérité objective, ça fait de moi un écoeurant de chien sale.  Où bien j’accepte ses abus et elle me traite en loser, ou bien je ne les accepte pas et elle me traite en agresseur.  Elle vient toujours me chercher pour déclancher la confrontation, et quoi que je fasse, elle s’arrange pour me donner le mauvais rôle. »

Quels sont les points communs de ces six exemples?  Le fait qu’ils passent par les dix étapes suivantes:

ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.

Tamara: Je voyage dans l’auto, calme et silencieux.
Mon père: Je rentre chez moi du travail.
La fille du rendez-vous: On jase de choses et d’autres.

Geneviève (en auto): Je conduit une auto.
Geneviève (la lettre): J’ai écrit une lettre qui ne la concerne pas.
Lucy:  Charlie Brown fait juste se tenir là en regardant ailleurs.

Bah ouais, pourquoi croyez-vous que j’ai mis cette BD en haut de cette page? Ça a beau être un exemple fictif, il représente très bien le sujet.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant. 

Tamara: Elle me demande si je suis bi.
Mon père: Je reviens de Montréal.
La fille du rendez-vous: Elle me demande si j’ai eu une expérience homosexuelle.
Geneviève (en auto): Il y a des rues fermées pour travaux
Geneviève (la lettre): Elle veut savoir ce que j’écris et à qui.
Lucy: Charlie Brown est peut-être d’accord avec elle.

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste. 

Je pense qu’il est inutile de reproduire de nouveau les dialogues, je suis sûr que vous vous souvenez de comment ils insistaient.  Verbalement pour la plupart, mais aussi physiquement dans le cas de Geneviève avec la lettre.  Et Lucy aussi, dans l’image 4.

ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.

Tamara: « Ah, moi, le monde qui ont des préjugés! »
Mon père: « Je l’sais moé c’est quoi qu’tu veux faire.  TU VEUX PAS TRAVAILLER, CALICE! TU VEUX JUSTE TE FAIRE VIVRE PAR LES AUTRES EN TE POGNANT L’ CUL! »
La fille du rendez-vous: « Qui c’est que t’essayes de convaincre ici? Moi, ou bien toi?« 
Geneviève (en auto): « Ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! »
Geneviève (la lettre): Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles? »   « Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? »
Lucy: Prétend que Charlie Brown l’insulte.

ÉTAPE 5, et celui-ci est non seulement le plus illogique de tous, c’est à partir de ce point que l’on voit qu’il s’agit de conflictuodépendance et non d’une simple querelle banale: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.

Tamara: Elle m’accuse d’avoir l’esprit fermé aux préférences sexuelles des autres, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et elle le sait.
Mon père: Il m’accuse de ne pas travailler et d’être un BS en puissance, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et il le sait.
La fille du rendez-vous: (Dans le billet et non dans l’exemple donné ici) Elle m’accuse de vouloir la baiser, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien. 
Geneviève (en auto): Elle m’accuse de frustrer, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et elle le sait.
Geneviève (la lettre): Elle m’accuse d’avoir des troubles psychiatriques, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et elle le sait.
Lucy: Accuse Charlie Brown de provoquer les hostilités, ce qui est faux dans le cas de Charlie et vrai dans le sien. et elle le sait.

ÉTAPE 6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.

Tamara: Lorsque je lui répond: « En fait, il me semble que la première chose qu’on est supposée démontrer quand on a un esprit ouvert, c’est avoir du respect pour les gens qui sont différents de nous. Par exemple: Toi t’es bi.  Donc t’es différente de moi qui suis straight.  Moi, je respecte ton orientation sexuelle et je ne la questionne pas, même si elle est différente de la mienne.  Pourquoi est-ce que faire pareil avec les autres, c’est si difficile pour toi?  « 
Mon père: Lorsque je lui répond: « J’en connais un autre, moi, qui ne travaille pas, pis qui se fait vivre par les autres en étant su’l’BS. »
La fille du rendez-vous: Inapplicable car je ne l’ai pas confrontée sur le sujet.  par contre, dans le billet, elle commence par me dire qu’elle ne me dévoilera pas où elle reste puisque je pourrais être un violeur.  Alors quand elle m’invite à aller chez elle, je décline.
Geneviève (en auto): « Frustré ? Hum… Oui, je suppose qu’entre toi qui ne cesse de me lancer des insultes et moi qui te réponds calmement, j’imagine qu’en effet c’est moi, le frustré, ici. Oui, tu as parfaitement raison. »
Geneviève (la lettre): « S’cuse, mais aux dernières nouvelles, c’est pas moi qu’on a été obligé d’enfermer pendant trois mois à Douglas. »
Lucy: Charlie Brown la frappe.

ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux..

Tamara: Mon amante m’a dit à ce sujet: « C’est parce que pour elle, le fait que tu lui ais dit que t’étais straight, sans vouloir essayer autre chose, c’est comme si tu lui disais que c’t’une salope d’être bi. »
Mon père: Ma mère m’a dit à ce sujet: « Ton père m’a dit que tu l’avais niaisé aujourd’hui parce qu’y’é su’l’BS… »
La fille du rendez-vous: Inapplicable puisque je ne l’ai pas confrontée, ni l’ais-je revu par la suite.
Geneviève (en auto): Inapplicable ici, mais elle se rattrape au centuple dans:
Geneviève (la lettre): « T’as pas d’affaire à me dire des écoeuranteries de c’te genre-là.  Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  Hein?  Tu penses-tu que chus fière d’avoir perdu l’été de mes dix-huit ans, enfermée dans un hôpital psychiatrique parce que j’étais trop décrissée moralement pour être même capable de manger?  J’AI FAITE UNE DÉPRESSION, CALICE! »
Lucy: « Ça suffit, Charlie Brown, j’en ai assez de tes insultes! » alors que c’est elle qui a amené le sujet.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il/elle a lui/elle-même créé.

Tamara: Fuit la discussion en mettant de la musique à tue-tête.
Mon père: Pas dans cette confrontation-là puisque c’est moi qui a quitté la pièce.  Mais dans la précédente, lors de l’incident de la TV, il est parti dehors au lieu de répondre à ma réplique.
La fille du rendez-vous: Inapplicable puisque je ne l’ai pas confrontée, ni l’ais-je revu par la suite.
Geneviève (en auto): Inapplicable ici, mais elle se rattrape au dans:
Geneviève (la lettre): … en allant s’enfermer dans sa chambre.
Lucy: S’enfuit en courant.

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.

Tamara: S’en est plaint à mon amante.
Mon père: S’en est plaint à ma mère.
La fille du rendez-vous: Inapplicable car nous n’avions pas de contacts en commun.
Geneviève (en auto et au sujet de la lettre): S’était plaint à Cassandra, notre coloc.
Lucy: Peut être applicable, si on prend le fait qu’elle a l’air de se plaindre à quiconque pouvant l’entendre lorsqu’elle hurle « IL m’a frappé! », au lieu de s’adresser directement à Charlie Brown en disant « TU m’as frappé! »

ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Tamara: Ça a abouti à ma rupture avec mon amante.
Mon père: Ma mère m’a sermonné, me traitant d’indélicat, d’impoli, et me sommant de continuer à endurer les abus de mon père sans rien dire, sinon ce sera de ma faute s’il lui fait vivre de la chicane.
La fille du rendez-vous: Inapplicable puisque j’ai coupé tout contact avec elle.
Geneviève (en auto): M’accuse d’être misogyne.
Geneviève (la lettre): « TIENS, T’ES CONTENT, LÀ?  TU M’FAIS BRAILLER, TABARNAK! »
Lucy: Lui fait faire une crise de culpabilité, et lui casse la gueule en beauté.

Mais pourquoi est-ce que tous ces gens qui ne se connaissant pas et qui viennent tous de milieu différents agissent de la même façon?  C’est qu’à la base, ils ont tous Le même point commun:

POINT COMMUN DE BASE:  Toutes ces personnes semblent souffrir de basse estime de soi-même, soit de façon naturelle, soit provoquée par leur entourage. 

Tamara: Est une ex-abusée sexuelle et domestique, qui a quatre enfants de quatre pères différents.
Mon père: Était un bâtard, à une époque où ça dérangeait le village, qui l’ont donc méprisé durant toute sa jeunesse. (Les années 1940-50.)
La fille du rendez-vous: Je ne l’ai pas connu assez pour le savoir.  Cependant, il est possible qu’elle souffrait de complexes en rapport à son physique, que je décris dans le billet: « (elle avait un surplus de poids et ) était une géante de plus de six pieds avec des épaules comme un joueur de football. Je ne fais que 5’7″ et j’étais loin d’être un athlète. Et bien qu’elle était quand même trop petite pour souffrir de gigantisme, elle en avait quand même quelques caractéristiques physiques, comme le front large, le menton surdéveloppé et un sourire qui montre deux fois plus de gencives que de dents. « 
Geneviève:  Abusée et rabaissée par son entourage, a fait un séjour en hôpital psychiatrique.
Lucy: Inapplicable puisque c’est un personnage fictif.

Voilà pourquoi on dirait que leur bien-être dépend de leur capacité à rabaisser les autres plus bas qu’eux, ce qui expliquerait pourquoi ils réagissent aussi mal lorsqu’on leur en empêche.  Ils sont dépendants de ces conflits, donc conflictuodépendants.

Il y a des situations conflictuelles qui nous permettent d’en apprendre plus sur soi-même, ainsi que dans nos rapports avec les autres.  Je l’ai déjà démontré au début du second billet lorsque je liste les trois raisons qui poussent les gens à initier un conflit.  Ainsi, si l’on prétend que tous ceux qui viennent nous chercher conflit, sans exception, sont conflictuodépendants, c’est croire qu’il est impossible que l’on soit dans le tort, et c’est démontrer que l’on souffre de narcissisme.

Par contre, quand quelqu’un cherche à descendre un autre plus bas que lui-même, et qu’il le fait en passant à travers les 9 premières étapes décrites ici, alors là, il est pertinent d’affirmer que nous avons affaire à une personne qui souffre de conflictuodépendance.


PS: Pour conclure cette étude, j’aurais aimé publier une BD tirée de l’album autobiographique Les Professionnels de Carlos Gimenez, dans lequel il décrit un ex-collègue de travail qui a exactement le profil-type d’un conflictuodépendant.  Puisque l’histoire se passe en Espagne dans les années 60, ça montre que ce genre de personnalité est universel et intemporel.  Hélas, suite à mon déménagement récent, je ne ai pas encore retrouvé l’album.  Mais ça ne saurait tarder.

Geneviève la coloc de l’enfer, 9e partie: La conclusion.

De juin 1998 à juillet 2004, dans ce nouvel appartement, j’y ai vécu dans la paix et l’harmonie, aussi bien lorsque j’y ai vécu seul, que quand Karine, ma blonde suivante, est venu m’y rejoindre. Et même aujourd’hui, seize ans après la fin de ma colocation avec Geneviève, pas une seule fois n’ai-je ressenti une telle colère ni n’ai-je eu envie de vengeance ou de vandalisme. Oui, je prends la responsabilité pour avoir commis ces gestes. N’empêche que si ça ne m’est qu’arrivé qu’une seule fois dans ma vie, et ce après deux ans et demi d’abus, ça prouve qu’agir de la sorte n’est pas quelque chose de naturel en moi. Il a vraiment fallu qu’on me provoque et que l’on me pousse à bout. En tout cas, si elle traitait son entourage de cette façon, je comprends mieux pourquoi elle a été abusée en retour. En fait, si ça se trouve, elle n’a peut-être jamais vraiment été abusée. Elle a probablement fait comme à la fin de notre dernière confrontation, celle au sujet de l’enveloppe, soit de piquer une crise en faisant comme si c’était elle la victime, et ce juste parce qu’on l’empêchait d’abuser les autres.

Si on s’donnait rendez-vous dans dix ans!? En juin 1997, toute la bande du journal Vox Populi avait décidé de s’inspirer de la chanson de Bruel en suggérant que l’on se donne rendez-vous dans dix ans. C’est ma suggestion de l’endroit et de la date qui a été choisie. D’abord, puisqu’il était impossible de savoir si tel bar ou tel resto allait encore exister une décennie plus tard, j’ai choisi la porte d’entrée principale du cégep comme point de rencontre. Et de là, on décidera où aller. Quant à la date, c’est tout simple : Le 20 juillet 2007 à huit heures et sept minutes du soir. Ou plus simplement : 20-07, 2007, 20:07. Impossible à oublier, même si on perd notre carton d’invitation.

Les années passent.  La date arrive. À ma grande déception, nous ne sommes que cinq : Deux amis du journal, Lucien, Geneviève, et moi. Et cette chère ex-coloc était accompagné d’un bébé, sa plus récente fille. Bien que Geneviève est jasante et amicale, je vois tout de suite qu’elle garde une certaine distance avec moi. Lucien et moi sommes piétons. Aussi, lorsque l’on choisit l’endroit pour notre souper, il reste à savoir qui va embarquer dans quel véhicule. Il m’est évident que Geneviève ne voudra pas que j’embarque avec elle. Mais en même temps, pour autant que les trois autres le sachent, Geneviève et moi sommes ex colocs et ex tout court. Ils nous croient bons amis.  Ils vont donc trouver étrange que je choisisse l’autre véhicule. Aussi, pour éviter les tensions si je voyage avec Geneviève et les questions si je ne le fais pas, je ruse en jouant la chose à pile ou face, en faisant semblant que ça me fait prendre l’autre véhicule. J’embarque avec mes deux autres amis, et Lucien n’est que trop heureux de se retrouver à voyager seul avec celle qui l’a déviergé dans ma chambre une décennie plus tôt.

Mes deux amis de cégep et moi arrivons les premiers. On se trouve une table à six. Histoire de voir si je m’imagine des choses au sujet de Geneviève qui me semble vouloir se tenir loin de moi, je décide d’utiliser nos places à table comme test. Voici comment je procède : Je m’assois en premier à la chaise au coin. Ceci oblige mes deux amis à s’assoir en face de moi. Ça laisse donc les deux chaises à côté de moi libres.

Geneviève étant mère, elle va logiquement vouloir installer son bébé à côté d’elle. Elle n’aura donc pas le choix de s’assoir de mon côté de la table. Si elle s’assoit directement à côté de moi sur la chaise libre 1, ça veut dire que je me trompais et qu’elle ne m’en veut pas. Par contre, si elle place sa fille entre nous deux et s’assoit sur la chaise libre 2, alors ça signifiera que j’avais raison. Lorsqu’ils viennent enfin nous rejoindre, Geneviève dépose sa fille de mon côté, sur la chaise libre 2.

« Eh bien! » me dis-je. « Ça a l’air que je me trompais, après tout. Elle ne cherche pas à m’éviter. »

En fait, elle cherchait à m’éviter encore plus que je ne le croyais.  Je le constate avec  surprise alors que je la vois aller s’assoir non pas à côté de sa fille, mais bien en face d’elle, sur la chaise libre 3, soit à l’autre extrémité de la table.  Plus de doute possible, cette fille tient à rester éloignée de moi.

Le souper se déroule de façon cordiale, amusante et positive.  Puis, au bout de deux heures, Geneviève nous annonce qu’elle doit repartir car la route est longue jusqu’à Québec, où elle habite maintenant.  On la salue et elle part.  Dès que l’on voit sa minivan disparaitre, Lucien se tourne vers moi et me dit à voix basse:

« Ça paraissait pas, là, mais Geneviève était vraiment en tabarnak après toi. »
« Ah oui?  Comment ça? »
« Tantôt dans sa van, quand qu’on s’en v’nait icite, elle m’a dit qu’une fois elle te cherchait sur Google, pis ‘est tombée sur une page web que t’as fait, pis que t’avais écrit un texte sur elle, pis elle avait vraiment pas aimé ça. »

En effet, la première version de Geneviève la coloc de l’enfer fut l’un des nombreux textes disponibles sur La Zone Requin tout le long où cette page a existé, de 2003 à 2009.  Voilà qui explique son attitude distante.  Je croyais que dix ans de plus lui auraient rapporté un peu de maturité.  Je me trompais.  Et je ne dis pas ça seulement parce qu’elle m’a tenu rigueur pour mon texte.  C’est que, une heure plus tôt, pendant le repas, en discussion avec le gars à côté d’elle, elle a dit quelque chose que j’ai trouvé plutôt aberrant:

« Oui, mon bébé, c’est mon 3e enfant.  Ce qui me fait chier, c’est que j’ai toujours voulu avoir un garçon, pis que j’ai eu rien que des filles. Mais là, mon chum, y trouve que trois, c’est ben suffisant, y’en veut pu d’autres. »
« Fa que tu va y renoncer. »

« Ben là, j’va pas me sacrifier pour lui.  Non, je vais m’essayer une dernière fois. »
« Pis ton chum? Comment tu vas le convaincre d’en avoir un autre? »
« Y’é pas obligé de l’savoir.  J’va juste lâcher la pilule sans lui dire. »

Comme quoi les gens qui ont ce genre de personnalité ne changent pas et ne changeront jamais. Toxique un jour, toxique toujours.

Geneviève la coloc de l’enfer, 8e partie: Atteindre son +15

Si la nuit porte conseil, celle-là m’a conseillé de rester sur mes positions car ma décision ce matin-là était la même que la veille.  Je ne vois que Cassandra dans la cuisine.  Je lui annonce donc ma décision.

« Hein?  Mais pourquoi? »
« Je pense que tu as vu assez souvent comment Geneviève me traite.  J’ai atteint ma limite, chus juste pu capable d’en endurer! »
« Mais… Mais j’veux pas rester ici avec juste une fille!  C’est pas sécuritaire. »
« Allons donc! »
« Sérieux! Une fois, le frère à Geneviève, quand qu’y restait encore ici, y’a oublié sa clé.  Y’a escaladé le mur de la façade pis y’a peté la fenêtre de la salle de bain pour entrer.  On est situé au coin de deux boulevards très passants, pis personne n’a rien dit ni rien fait.  Ça veut dire que n’importe qui pourrait rentrer icite pour nous violer pis personne ne ferait rien.  Deux filles seules ne sont pas en sécurité dans ce quartier. »
« Hum!  C’est bien dommage, mais va falloir que vous vous trouviez un autre coloc.  ma décision est prise, je pars dans deux semaines, soit le 1er mars. »

Une semaine et demie plus tard, c’était le lancement de mon Requin Roll numéro 7.  Parmi les invités se trouvaient Cassandra et son chum.  Ils m’ont fait part de leurs inquiétudes.

« Écoutez, je comprends ce que vous me dites, et je suis bien désolé pour vous autres.  Mais en même temps, chus juste pu capable d’en endurer davantage. »
« Y’a vraiment rien qui peut te faire revenir sur ta décision? »

De voir ce gars avoir l’air aussi inquiet pour sa douce, j’avoue que ça m’a quelque peu attendri.  Aussi, réponds-je:

« Bon, voilà ce que je vais faire: Le premier mars, c’est dans trois jours.  Si je n’ai rien trouvé d’ici-là, je veux bien rester.  Mais je vous préviens: À la première vacherie de Geneviève, à la moindre petite attaque contre moi de sa part, physique ou verbale, directe ou détournée, je décrisse.  Non pas deux semaines plus tard, mais bien le jour-même.  Ça fait deux ans que je la connais, ça fait deux ans qu’elle abuse de moi, c’est fini! »

Premier mars.  Je n’ai rien trouvé. Je suis donc resté, au grand soulagement de Cassandra et de son homme.  Je suppose qu’ils ont mis de la pression sur Geneviève, lui sommant de me foutre la paix, car à partir de là elle m’a donné le traitement de silence pendant un bon deux semaines.  Ça ne pouvait hélas pas durer éternellement. Peu à peu, elle a commencé à me reparler pour me poser des questions sur des banalités, genre si le facteur était passé. Puis le dialogue est revenu. Elle ne faisait plus sa bitch, mais au bout d’un mois elle a trouvé une nouvelle manière de me tourner au ridicule. Par exemple, alors que je lui faisais remarquer que le broil du four ne semblait plus fonctionner, elle m’a répondu en prenant une voix exagérée de mauvaise actrice:

« Ah nooooooooooon. Mon Dieu, c’est un draaaaaaaaaame. Qu’est-ce que je vais faire, je suis toute bouleverséééééée, ma vie est ruinée. »

 Un jour, alors qu’elle me demande où je m’en vais, je réponds:

 « J’va au dépanneur, il me manque quelques tomates pour ma recette. »
« Oh WOOOOOOOW ! Tu vas acheter des tomates? TOI? Woah! Mais c’est tout un exploit, ça. Bravo, champion. »

 Rendu à ce point là, je n’avais même plus envie de comprendre.

Fin avril. Mon ex me trouve un beau petit 3½ en très bon état à $293.00 par mois, une aubaine, même à l’époque.  Il est situé tout près de chez elle, ce qui va faciliter les choses au sujet des enfants. Il est parfait pour mes besoins. Je signe le bail et je peux en prendre possession dès le premier mai. Je ne me presse pas trop de déménager car je tiens d’abord à bien laver partout, plâtrer les trous dans les murs fait par d’anciens locataires, peinturer et laisser sécher, avant d’y amener mon stock et l’installer à mesure.   Geneviève et Cassandra étant sur la fin de leur cégep, elles planifient également leur déménagement dans le courant du mois de mai. Cassandra s’en va j’sais pas trop où, et Geneviève s’en va étudier et habiter à l’Université Laval à Québec. Tandis qu’elle n’apportera là-bas que le strict minimum, son père va venir ici chercher ses gros meubles pour les amener chez lui en Abitibi. C’est justement lors du premier voyage de meubles que Geneviève posera envers moi son dernier geste abusif, celui qui me fera atteindre mon +15.  Ça va comme suit:

Un jour, je reviens à l’appartement chercher mes derniers trucs qui trainent encore ici et là.  Je suis seul. J’emballe et empaquette de mes affaires.  Je constate alors que mon cadenas à combinaison que je laissais sur le bord de ma fenêtre a disparu.  Le téléphone sonne. C’est Geneviève qui a passé la nuit chez une amie au centre-ville de Montréal.  Elle me demande si elle a reçu du courrier à l’appartement.

« Non, pas encore.  Dis-donc, aurais-tu vu mon cadenas?  Celui que je laisse toujours sur le bord de la fenêtre. »

Elle me dit que quand son père est venu chercher son premier voyage de gros meubles, les portes arrière de sa camionnette ne fermaient pas. Il a donc eu à les faire tenir ensemble, mais comme il avait juste une chaîne, il a fallu qu’elle lui prête mon cadenas pour garder le tout bien fermé. Je lui demande:

« OK, ben j’espère qu’il va me le ramener quand il va revenir. »
« Non, y’a fallu qu’il pète le cadenas. »
« QUOI? Mais tu connais la combinaison, pourtant. »
« Oui, et je lui ai dit par téléphone.  Mais lui, il ne comprend pas ça, les affaires de « fais deux tours à droite, puis un tour à gauche, puis encore à droite ». Y’arrivait pas à l’ouvrir, fa que j’y ai dit « T’as juste à le péter ! »

 Quelque chose explose dans ma tête.

 Ce cadenas n’était pas pour moi qu’un simple objet. Il m’a été donné par mon ex à cause qu’il présentait une coïncidence extraordinaire avec moi. C’est que, voyez-vous, toute ma vie, j’ai eu de la misère à retenir les chiffres à cause que je souffre d’une forme de dyslexie numéraire. Je ne peux plus compter le nombre de cadenas que j’ai eu et qu’il a fallu que je jette parce que j’en ai oublié la combinaison. Or, celui-là, je ne pouvais pas l’oublier même si je passais dix ans sans l’utiliser. Et vous savez pourquoi? Parce que le hasard a voulu que ses trois chiffres soient ma date de naissance, dans l’ordre. Le seul cadenas au monde dont je ne pourrai jamais oublier la combinaison. C’est déjà assez incroyable qu’un cadenas ait cette combinaison, ça l’est encore plus que ce soit moi qui le possède.  Une chance sur je ne sais trop combien de milliards pour que ça arrive. Et non seulement elle me l’a volé, elle l’a fait détruire.

C’en était trop.

C’était la goutte d’eau.

J’ai pété un plomb.  Sauté une coche.

Tout ce que cette fille m’avait subir me revenait en tête, m’envahissait, m’empoisonnait, m’étouffait dans une haine féroce qui n’avait d’égale que la rage que je ressentais. J’ai complètement perdu les pédales. Je n’avais qu’une seule chose en tête, un seul désir, un seul but, une seule obsession: VENGEANCE!   Durant l’heure qui a suivi, j’ai parcouru l’appartement, fouillant dans les items qu’elle avait encore laissés ici.  Et c’est ainsi que j’ai… :

  • Passé un aimant sur toutes ses cassettes audio. (Le ruban étant magnétique, ça en efface en partie le contenu.)
  • Passé un aimant sur une grande partie de ses cassettes vidéos. (Même principe.)
  • Déchiré et mis au poubelles bon nombre de ses papiers importants
  • Déchiré et mis au poubelles une tonne de photos qui avaient une grande valeur sentimentale pour elle.
  • Pissé dans sa bouteille de vin.
  • Utilisé sa brosse à dents afin de faire une mise en pli à mes poils de cul.
  • Volé la cassette vidéo où elle s’était filmée en train de se masturber, un soir où elle était saoule et en manque.
  • Et après m’être branlé dessus en la visionnant, j’ai essuyé le dégât avec sa poupée Bout d’Chou qu’elle m’avait un jour présenté comme étant le symbole de l’innocence de sa jeunesse perdue.

 Bref, un vrai fou furieux. J’avais complètement perdu le contrôle.

D’habitude, je suis pas du genre à me venger contre les gens qui m’ont fait du tort car très souvent le tort en question est causé par accident, par un hasard, par les circonstances, par un simple désir mal guidé de se protéger, ou de tirer profit d’une situation. Dans la plupart des cas, ce n’est même pas personnel. Dans ce temps là, je me contente d’ériger les barrières nécessaires pour me protéger, et j’en reste là.  Mais là, non, toute cette frustration accumulée depuis deux ans et demi demandaient réparation, compte à régler, vendetta.

 80% des gens qui vont lire ceci vont dire que la vengeance est une chose stupide et immature. Je veux bien comprendre votre façon de penser. Cependant, répondez à ceci:  Qui est la personne la plus stupide?

  •  A qui se venge du tort que B lui fait?
  • B qui a d’abord fait du tort à A, et ce sans avoir eu la moindre raison de lui en faire?
  • C qui dit à A de ne pas se venger de B, ce qui permet à B de s’en tirer impunément, ce qui ne peut que l’encourager à faire du tort à D, E, F, G, H, I, J, etc. Sans compter que la rancune non assouvie va empoisonner l’existence de A, en plus de gâcher sa relation avec C qui non seulement se mêle de ce qui ne le regarde pas, mais qui en plus préfère prendre la défense du fautif que de comprendre son ami.

 Je vous vois venir avec votre réponse préfabriquée: Ce n’est pas une question de qui a commencé, c’est une question de ne pas s’abaisser au niveau de l’autre sinon on n’est pas mieux que cette personne.  Je ne suis pas d’accord, et voici pourquoi: Ne pas descendre à son niveau, ça signifie que tant et aussi longtemps que la personne fautive restera impunie, bien à l’abri dans son niveau, elle pourra recommencer à abuser des gens n’importe quand. Normal! Si personne ne l’empêche de faire du tort, si elle ne récolte jamais les conséquences de ses gestes, pourquoi arrêterait-t-elle?   Voilà pourquoi j’ai fait ce que j’ai fait.  Est-ce que c’est mal? Oui! Est-ce que  c’est immoral? Oui! est-ce que c’est illégal? Oui! Est-ce que je suis fier d’avoir agi ainsi? Non!  Pourquoi l’ais-je fait, alors? Parce que non seulement elle m’avait poussé à bout, l’honneur et l’orgueil réclamaient réparation.  Une réparation que la loi ne pouvait pas me donner. J’étais donc obligé de me faire justice par la seule loi qui me le permettait: La Loi du Talion.

 La plupart des gens disent au sujet d’une personne qui lui a fait du tort que « La vie va s’en charger ».  Si vous y croyez, grand bien vous fasse. Moi j’appelle ça de la lâcheté.  Voilà pourquoi j’ai décidé que là où je serai personnellement concerné, La Vie, ce serait moi. Comme le dit le cliché: C’est un sale boulot, mais faut bien que quelqu’un le fasse.

Ah, et au sujet du +15:   Quelques mois plus tôt, mes collègues et moi du service à la clientèle d’Air Canada ont eu à passer une séance de test de personnalité. Selon les scores obtenus, le psy/animateur m’a décrit en ces termes:

 « Au niveau de la patience, sur une échelle de zéro à +10, ces gens là ont +14. Ils vont laisser des chances, encore, et encore, et encore. Ils ont un une patience, un sens de la compréhension et du pardon bien au-dessus de la moyenne des gens. Mais si tu as le malheur de continuer d’en abuser et de lui faire atteindre +15, penses-z-y pu, C’EST FINI! »

De toute ma vie, seule deux personnes m’ont fait atteindre mon +15: Mon père en 1990, et Geneviève huit ans plus tard.  En tout cas, on dirait que le fait d’avoir réagi avec violence en volant, détruisant et vandalisant les possessions de mon ex-coloc une heure avant de quitter cet appartement pour de bon, ça a eu un effet thérapeutique. En effet, alors que je continue d’avoir de la rancune contre plusieurs personne qui ne m’ont même pas fait le 1/10e de ce qu’elle m’a fait endurer, je ne ressens plus aucune forme de rancœur envers Geneviève.

 

Suite: La conclusion.

Geneviève, la coloc de l’enfer, 7e partie: Histoires de cul.

Le retour de Geneviève après les vacances du temps des fêtes et de la crise du verglas m’a replongé dans la routine habituelle des abus de toutes sortes de sa part.  Par exemple, des fois, au matin, je retrouvais mes cartons de jus ou de lait vide dans le frigo.  Des fois, en rentrant chez moi après le travail, je constatais que ma TV et mon lecteur vidéo VHS avaient disparus de ma chambre parce qu’elle les avait installés dans la sienne.  Des fois je me rendais compte qu’elle s’était servie dans mes cassettes vidéos personnelles et avait enregistré un de ses programmes par-dessus des films maison irremplaçables, ou de mes vieilles apparitions à la télé.

Un samedi, je suis dans ma chambre et travaille à ma table à dessin.  Comme je l’ai déjà dit plus tôt, ma chambre est en fait le salon. Par conséquent, je n’ai pas de porte.  J’ai mis un drap qui tient au mur au dessus de l’entrée du salon avec deux punaises. C’est peut-être assez pour me donner un minimum d’intimité, surtout que cette entrée donne direct sur la porte d’entrée de l’appartement, mais c’est loin d’être suffisant pour repousser les indésirables.

Geneviève  tasse le drap-porte, entre dans ma chambre, vient se mettre à côté de moi, et me lâche une flatulence bruyante à souhait. Elle éclate de rire, se trouvant  très drôle.  Au bout de quelques secondes, ses effluves anales viennent m’envahir les nasaux.  Je ne sais pas si elle avait mangé du chou pourri farci de charogne mais ça puait en tabarnak. Elle repart, l’air toute fière de son coup.  J’attends patiemment que l’odeur se disperse. C’est pas comme si j’avais d’autres options.

Quelques minutes plus tard, elle revient, recommence et repart.

Quelques minutes plus tard, elle revient, recommence et repart.

Quelques minutes plus tard, elle revient, recommence et repart.

Quelques minutes plus tard, elle revient, recommence et repart.

Quelques minutes plus tard, elle revient, recommence et repart.

Répéter ad nauseam.

Une fois ça peut être une blague.  Deux ou même trois fois, ça peut encore passer si on est patient. Mais là, franchement, ça commençait à devenir gazant. J’avais beau lui dire qu’elle était immature et sans allure, elle me répliquait que c’est plutôt le fait de frustrer à cause que sa coloc a pété qui démontre de l’immaturité.  Et elle a continué à venir me larguer des caisses en attendant juste assez pour que sa puanteur imprègne bien ma chambre, avant de repartir.  L’odeur restait dans la pièce à cause du drap devant la porte.  Et puisqu’il faisait dans les environs de -12°C dehors, ouvrir une fenêtre n’était pas une option. J’ai eu à endurer ça pendant les trois heures qui ont suivi. Et elle, elle se trouvait toujours aussi drôle à chaque fois.

 Cette fille avait vraiment un don pour savoir comment utiliser la moindre petite chose insignifiante et la pousser à son paroxysme afin de me pousser à bout de nerf.  Elle savait très bien que si je réagissais, alors elle pouvait me faire passer pour un malade mental, de perdre patience pour quelque chose d’aussi anodin que le fait de péter.  Éventuellement, elle a fini par manquer de gaz et j’ai enfin pu avoir la paix.  N’empêche que les gens qui  font de la provocation pure et simple dans ce genre là juste pour le plaisir d’écœurer les autres, ça me pue au nez. 

Une semaine ou deux plus tard, en lisant le journal Photo Police, je trouve une offre intéressante: Une cassette VHS contenant huit heures de films cochons pour 20$, frais de porc… euh, frais de port inclus. Étant encore à l’époque un jeune homme fringuant et pornophile, je n’ai pas pu résister.  Bien qu’Internet commence à apparaître dans plus en plus de foyers québécois, je ne l’avais pas encore chez moi, alors je n’avais pas accès à la tonne de porno gratuite que l’on pouvait déjà y trouver. Je remplis donc le bon de commande, le met dans une enveloppe que j’adresse.  Je la laisse décachetée le temps d’y écrire et inclure le chèque.

Fidèle à son habitude, Geneviève entre dans ma chambre sans raisons. Son regard se pose sur le bordel recouvrant ma table à dessin où s’empilent pêle-mêle 8624 items divers. Juste pour faire exprès, de toutes les choses qu’il y avait là, qu’elle a été la seule et unique qui y a attiré son attention, vous pensez?  Eh oui, c’est l’enveloppe.  Elle la prend. Je lui enlève des mains en lui disant que depuis qu’on habite ensemble, elle commence à me tomber sur les nerfs avec ses invasions dans ma chambre et ma vie privée. Elle me dit:

« Pogne pas les nerfs, bonhomme. Je voulais juste savoir c’était à qui que t’écrivais. »

 L’adresse dessus était à Montréal pour un monsieur B.Gervais, alors si ça pouvait la faire partir, je voulais bien lui montrer. Je lui tiens donc l’enveloppe devant la face.  Elle me l’arrache des mains et l’ouvre.   La dernière chose que je veux, c’est que cette fille se trouve une VRAIE raison de me niaiser, alors je n’ai vraiment pas intérêt à ce qu’elle sache que je commande des films pornos. Je lui saute dessus et lui enlève sauvagement l’enveloppe des mains en criant : « Heille, ça va faire ! ». En bien croyez-le ou non, elle a passé les douze minutes suivantes à essayer de me l’enlever, me bousculant, me frappant, m’agrippant… Elle n’arrêtait pas. C’est long douze minutes dans ce temps là. J’avais beau me dire que ce n’était plus qu’une questions de secondes, voire de quelques minutes avant qu’elle s’écœure et arrête… Rien à faire, elle n’arrêtait pas. Impossible d’avoir la paix. J’avais le goût de la frapper tellement j’en avais plein le cul de son insistance de morpion à parcourir mon intimité. Mais peu importe la raison, aux yeux de la loi, un homme n’a pas à frapper une femme. Alors imaginez en plus si la seule chose que j’ai à donner au juge pour expliquer mon geste est « Elle voulait m’enlever mon enveloppe, m’sieur ! » J’aurais eu l’air de quoi ? Vraiment, comme je le disais plus tôt, elle avait le don de pousser à l’extrême limite du supportable le moindre comportement enfantin.

J’ai quand même réussi à la repousser assez pour avoir le temps de courir jusqu’aux toilettes où je me suis enfermé. Tandis que je reprenais mon souffle, je n’en revenais pas de devoir endurer des imbécillités pareilles à mon âge. Come on là, j’allais avoir trente ans cet été, ça n’avait pas d’allure de se retrouver dans des situations aussi ridicules.

 Mais voilà, son insistance ne s’est pas arrêté là. Elle a essayé de débarrer la porte en entrant un cure-dent dans le trou de la poignée de son bord. Je n’avais jamais été vraiment athlétique mais j’ai au moins la chance d’avoir une forte poigne. Aussi, elle n’a pas réussi à faire tourner la poignée que je tenais bien solidement.   Et c’est là que l’aberration de son comportement a atteint son point culminant.  La porte de la salle de bain faisait face à un mur, le mur du corridor. Aussi, Geneviève s’est assise par terre, accotant son dos à la porte. Puis, mettant ses pieds sur le mur d’en face, elle a commencé à pousser de toute la force de ses jambes.  Je sentais la porte plier.   J’ai entendu la porte craquer.   J’ai senti le métal de la poignée de porte changer de forme dans ma main.   J’ai vu le bois du bas de la porte fendiller, des lamelles se former et se redresser dans un craquement sinistre. J’en restais bouche bée.

« Non ! C’est pas possible. Je ne peux pas croire qu’une fille de vingt et un ans puisse en arriver à de telles extrêmes, juste pour lire du courrier qui ne la concerne pas. »

 Le bol de toilette n’étant pas loin de la porte, je n’avais plus qu’une seule option pour faire cesser tout ce cirque. Tenant la poignée de porte d’une main, j’ai utilisé ma main libre et mes dents pour déchirer l’enveloppe et son contenu, avant d’en jeter les morceaux dans la cuvette, et de flusher le tout. Elle a donc cessé de pousser sur la porte, et j’ai enfin pu l’ouvrir. Comme il fallait s’y attendre, j’ai eu droit à ses commentaires rabaissant:

« Ayoye! Préférer déchirer pis flusher la lettre plutôt que de me laisser la voir. Hostie que t’es bébé, man. C’est vraiment pas la maturité qui t’étouffe. »
« Me faire sermonner sur la maturité par quelqu’un qui a passé vingt minutes à  essayer de voir du courrier qui ne la concerne pas.  Tu peux ben parler! »
« T’es malade, man! »
« Moi, chus un malade? »
« Pour préférer déchirer pis flusher une lettre plutôt que de laisser une autre personne la voir, faut être malade mental en tabarnak. »
« S’cuse, mais
aux dernières nouvelles, c’est pas moi qu’on a été obligé d’enfermer pendant trois mois à Douglas. »

Mes paroles lui font l’effet d’une gifle. Elle ouvre la bouche en écarquillant les yeux.  Après deux où trois secondes dans lesquelles elle n’a pas l’air de croire que je viens de lui dire ça, elle se met à gueuler.

« Hostie de chien! Hostie de calice de tabarnak de chien sale!  T’as pas d’affaire à me dire des écoeuranteries de c’te genre-là.  Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  Hein?  Tu penses-tu que chus fière d’avoir perdu l’été de mes dix-huit ans, enfermée dans un hôpital psychiatrique parce que j’étais trop décrissée moralement pour être même capable de manger?  J’AI FAITE UNE DÉPRESSION, CALICE!  C’est drôle, hein? C’est drôle de niaiser une fille sur la période où elle n’a jamais été aussi bas de toute sa vie? Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? »

Elle éclate en sanglots.

« TIENS, T’ES CONTENT, LÀ?  TU M’FAIS BRAILLER, TABARNAK! »

Sur ce, elle tourne les talons et entre dans sa chambre, fermant la porte dans un vacarme, et se met à pousser des hurlements qui ne sont entrecoupés que par des sanglots qu’elle pousse avec force.  Je n’arrive pas à croire la scène surréaliste qu’elle vient de me jouer.  Pour être certain que j’ai bien saisi la situation, je me la résume à voix basse.

« Elle vient dans ma chambre, me chercher querelle, et elle réagit comme si c’était moi l’agresseur.  Elle m’a attaqué physiquement, je me suis défendu verbalement, et elle agit comme si je l’avais frappée.  Elle me traite de malade mental alors que c’est elle qui a été suivie en psychiatrie.  Elle ne se gêne pas pour me lancer un nombre incalculable d’insultes et des fausses accusations, mais quand je lui dit une seule vérité objective, ça fait de moi un écoeurant de chien sale.  Où bien j’accepte ses abus et elle me traite en loser, ou bien je ne les accepte pas et elle me traite en agresseur.  Elle vient toujours me chercher pour déclancher la confrontation, et quoi que je fasse, elle s’arrange pour me donner le mauvais rôle. »

Ras le bol de cette situation sans issue.  Cette fois, j’ai atteint ma limite.  C’est décidé: Dans deux semaines, soit le 1er mars, je pars d’ici.  Si je ne trouve pas d’appartement, alors tant pis, j’irai vivre chez mon ex et nos enfants. S’il le faut, j’irai retourner vivre chez mes parents à St-Hyacinthe, quitte à faire deux heures de route pour aller travailler et deux autres pour revenir.  Mais calvaire, faut que je décrisse d’icite!

À subir!

Geneviève la coloc de l’enfer, 6e partie: Hell’s Kitchen!

La cuisine… Ouf ! Quel putain de bordel.

Geneviève et Cassandra possédaient chacune leurs panoplies de cuisine: Vaisselle, ustensiles, chaudrons, etc, tout comme moi j’avais la mienne.  Comme tout le monde, chacun de nous détestons faire la vaisselle.  Geneviève a donc trouvé la façon parfaite de s’en exempter: Elle utilise ma vaisselle, mes ustensiles, mes chaudrons, et laisse traîner tout ça, tout sale, dans l’évier. Résultat: Quand je voulais me faire à manger, je devais d’abord laver mon stock avant de pouvoir l’utiliser. Pourquoi est-ce que je ne faisais pas l’inverse, c’est à dire utiliser celui de Geneviève? C’est que ma batterie de cuisine estdu T-Fal, recouvert de teflon, puisque j’ai horreur de noyer ma viande dans du gras pour qu’elle cuise sans coller.  Je n’allais donc  certainement pas prendre ses marmites en fonte et en fer.

Je bouillais intérieurement quand les amies de Geneviève venaient et passaient des commentaires sur la vaisselle sale qui traînait, et qu’elle avait le culot de dire:

« Ça? C’est la vaisselle de Steve. »

Évidemment que techniquement c’est ma vaisselle puisque j’en suis le propriétaire légal.  Sauf que ce n’était pas moi qui l’utilisais et la laissais traîner là toute sale. La seule fois que j’ai précisé la chose devant ses amies, vous savez ce qu’elle a répondu? Ceci:

« Estie qu’t’es menteur, man! »

Mentir en me traitant de menteur alors que c’est elle la menteuse.  Et qui pensez-vous que ses amies croyaient? Moi, un gars qu’elles ne connaissaient pas, ou elle, leur bonne amie? Je passais donc pour un négligeant de mauvaise foi.

Toutes les fois où je faisais la vaisselle alors qu’elle était dans l’appartement, ce qui était le cas à tous les jours puisque mon horaire de travail correspondait à son horaire de cégep, elle faisait tout pour m’enlever l’envie de la faire.  Elle venait me tenir compagnie dans la petite cuisine, en fumant. Elle sait que j’ai horreur de la fumée de cigarette, alors elle faisait exprès pour les griller en chaîne. Quand je lui disais d’aller fumer ailleurs, elle me répondait qu’elle a le droit de faire ce qu’elle veut.  C’est SON nom qui est sur le bail, c’est donc SON appartement. Que voulez-vous que je fasse dans ce temps-là?

En plus à chaque fois que je me faisais à manger, c’était immanquable qu’elle vienne me rejoindre dans la cuisine pour se plaindre de comment ça l’écoeurait, la puanteur de la viande qui cuit qui envahit l’appartement. C’est que, comme beaucoup de cégépiennes, Madame avait décidé de ne plus manger de viande car ce n’est pas bon pour la santé. Oh, elle fumait, se saoulait souvent, consommait du hash, du mush et de l’acide, et baisait parfois sans protection avec des gars rencontrés dans des partys…  Mais elle ne mange pas de viande car elle prend soin de sa santé. Je suppose que c’est ce qu’on appelle mettre de l’ordre dans ses priorités.

C’est comme ce matin là où je me lève et viens pour déjeuner. Elle est à la cuisine, avec deux de ses amies qui ont passé la nuit ici. Je les vois manger des croissants. En ouvrant le frigo pour prendre mon propre sac de six croissants tout neuf acheté la veille, je lui demande:

« Tiens? Tu t’es acheté des croissants toi aussi!?« 
« Non! C’est les tiens! »

Je regarde d’un air hébété mon sac ne contenant plus que deux croissants tandis que le rire insolent de Geneviève retentit à mes oreilles.

Janvier 1998 m’a apporté un peu de répit car Geneviève est partie passer quelques semaines chez son père en Abitibi.  Cassandra étant elle-même chez ses parents pour toute la période des vacances des fêtes, j’avais enfin la sainte paix.

Un ennuyant après-midi, je n’avais vraiment rien à faire.  Il faut dire que la température sombre et la pluie verglacée qui tombe depuis deux jours ne donne envie de rien.  Et sans câble pour la télé, ni internet à domicile, les distractions sont rares.  Je décide donc d’y mettre de la bonne volonté et de m’attaquer à la montagne de vaisselle, compliment de mes deux colocs, ainsi que de ma propre paresse. Pour une fois que j’étais seul, je considérais avoir bien mérité un peu de repos. Mais là, c’était rendu impossible de préparer quoi que ce soit puisque tout était déjà utilisé. Je me résigne donc à nettoyer toute la vaisselle commune.  Première étape: Faire décoller ce qui a séché.  Je dépose sur la table à diner plus de trente verres et tasses, que je remplis d’eau chaude.   Ensuite, je met un fond d’eau dans toutes les poêles et marmites. La plus grande marmite en fonte reçoit un remplissage d’eau chaude savonneuse dans laquelle je met tous les ustensiles à tremper. Là, enfin, le comptoir est dégagé, ce qui fait que je peux le nettoyer comme il faut.  Pour terminer, j’empile toutes les assiettes, puis tous les bols, dans l’évier, que je remplis ensuite d’eau chaude.  Je planifie laisser tremper le tout un quart d’heure pour laisser le temps à tout ce qui a séché de fondre et décoller, et ensuite j’attaquerai. J’estime que j’en ai pour une bonne heure et demie.

À ce moment là: Paf! Panne d’électricité.

Il était un peu passé seize heures, soit le moment où le soleil bien caché derrière le ciel toujours gris de cette saison commence à se coucher. Il n’y avait pas de fenêtre dans la cuisine, je ne pouvais donc pas faire la vaisselle.  Je hausse les épaules en me disant que j’en serai quitte pour la faire dès que le courant reviendra, voilà tout.  Je ne me doutais pas que j’étais en train de vivre les premières minutes de la crise du verglas, un événement historique qui laissera une partie du Québec de deux à trois semaines sans électricité. Heureusement que j’avais un véhicule à ce moment là, ce qui m’a permis non seulement de continuer à travailler, ça m’a été bien utile pour les déplacements de mon ex et de nos enfants qui se faisaient envoyer d’un refuge à l’autre. Durant cette période, je n’ai presque pas mis les pieds dans l’appartement, mon temps se consacrait entre mon travail et ma petite famille.

Dès que tout est redevenu normal et que la famille a pu réintégrer leur appartement aux alentours du 17 janvier , je suis rentré chez moi.  Geneviève, qui était revenue entre-temps, m’attendait de pied ferme. Vous devinez comment j’ai pu me faire incendier au sujet de la puanteur qui lui a monté au nez quand elle est rentrée à l’appartement, résultant des résidus de nourriture de la vaisselle sale qui avait trempé, fermentés et pourris dans la cuisine pendant deux semaines. Peu importe mes explications, elle soutenait que j’étais rien qu’un gros dégueulasse.

Ça m’apprendra à avoir voulu y mettre de la bonne volonté en nettoyant la vaisselle collective.

SUITE: Parlant de puanteur…

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