Geneviève la coloc de l’enfer, 6e partie: Hell’s Kitchen!

La cuisine… Ouf ! Quel putain de bordel.

Geneviève et Cassandra possédaient chacune leurs panoplies de cuisine: Vaisselle, ustensiles, chaudrons, etc, tout comme moi j’avais la mienne.  Comme tout le monde, chacun de nous détestons faire la vaisselle.  Geneviève a donc trouvé la façon parfaite de s’en exempter: Elle utilise ma vaisselle, mes ustensiles, mes chaudrons, et laisse traîner tout ça, tout sale, dans l’évier. Résultat: Quand je voulais me faire à manger, je devais d’abord laver mon stock avant de pouvoir l’utiliser. Pourquoi est-ce que je ne faisais pas l’inverse, c’est à dire utiliser celui de Geneviève? C’est que ma batterie de cuisine estdu T-Fal, recouvert de teflon, puisque j’ai horreur de noyer ma viande dans du gras pour qu’elle cuise sans coller.  Je n’allais donc  certainement pas prendre ses marmites en fonte et en fer.

Je bouillais intérieurement quand les amies de Geneviève venaient et passaient des commentaires sur la vaisselle sale qui traînait, et qu’elle avait le culot de dire:

« Ça? C’est la vaisselle de Steve. »

Évidemment que techniquement c’est ma vaisselle puisque j’en suis le propriétaire légal.  Sauf que ce n’était pas moi qui l’utilisais et la laissais traîner là toute sale. La seule fois que j’ai précisé la chose devant ses amies, vous savez ce qu’elle a répondu? Ceci:

« Estie qu’t’es menteur, man! »

Mentir en me traitant de menteur alors que c’est elle la menteuse.  Et qui pensez-vous que ses amies croyaient? Moi, un gars qu’elles ne connaissaient pas, ou elle, leur bonne amie? Je passais donc pour un négligeant de mauvaise foi.

Toutes les fois où je faisais la vaisselle alors qu’elle était dans l’appartement, ce qui était le cas à tous les jours puisque mon horaire de travail correspondait à son horaire de cégep, elle faisait tout pour m’enlever l’envie de la faire.  Elle venait me tenir compagnie dans la petite cuisine, en fumant. Elle sait que j’ai horreur de la fumée de cigarette, alors elle faisait exprès pour les griller en chaîne. Quand je lui disais d’aller fumer ailleurs, elle me répondait qu’elle a le droit de faire ce qu’elle veut.  C’est SON nom qui est sur le bail, c’est donc SON appartement. Que voulez-vous que je fasse dans ce temps-là?

En plus à chaque fois que je me faisais à manger, c’était immanquable qu’elle vienne me rejoindre dans la cuisine pour se plaindre de comment ça l’écoeurait, la puanteur de la viande qui cuit qui envahit l’appartement. C’est que, comme beaucoup de cégépiennes, Madame avait décidé de ne plus manger de viande car ce n’est pas bon pour la santé. Oh, elle fumait, se saoulait souvent, consommait du hash, du mush et de l’acide, et baisait parfois sans protection avec des gars rencontrés dans des partys…  Mais elle ne mange pas de viande car elle prend soin de sa santé. Je suppose que c’est ce qu’on appelle mettre de l’ordre dans ses priorités.

C’est comme ce matin là où je me lève et viens pour déjeuner. Elle est à la cuisine, avec deux de ses amies qui ont passé la nuit ici. Je les vois manger des croissants. En ouvrant le frigo pour prendre mon propre sac de six croissants tout neuf acheté la veille, je lui demande:

« Tiens? Tu t’es acheté des croissants toi aussi!?« 
« Non! C’est les tiens! »

Je regarde d’un air hébété mon sac ne contenant plus que deux croissants tandis que le rire insolent de Geneviève retentit à mes oreilles.  Je suis supposé faire quoi, maintenant?  Protester et passer pour un con, de lui faire une scène publique devant ses amies?  Non! Ma seule option est de ne rien faire… Donc de quand même passer pour un con pas-d’colonne, de me laisser abuser de la sorte.  

Janvier 1998 m’a apporté un peu de répit.  Geneviève est partie passer quelques semaines chez son père en Abitibi.  Cassandra étant elle-même chez ses parents pour toute la période des vacances des fêtes, j’avais enfin la sainte paix.

Un ennuyant après-midi, je n’avais vraiment rien à faire.  Il faut dire que la température sombre et la pluie verglacée qui tombe depuis deux jours ne donne envie de rien.  Et sans câble pour la télé, ni internet à domicile, les distractions sont rares.  Je décide donc d’y mettre de la bonne volonté et de m’attaquer à la montagne de vaisselle, compliment de mes deux colocs, ainsi que de ma propre paresse. Pour une fois que j’étais seul, je considérais avoir bien mérité un peu de repos. Mais là, c’était rendu impossible de préparer quoi que ce soit puisque tout était déjà utilisé. Je me résigne donc à nettoyer toute la vaisselle commune. 

Première étape: Faire décoller ce qui a séché.  Je dépose sur la table à diner plus de trente verres et tasses, que je remplis d’eau chaude.   Ensuite, je met un fond d’eau dans toutes les poêles et marmites. La plus grande marmite en fonte reçoit un remplissage d’eau chaude savonneuse dans laquelle je met tous les ustensiles à tremper. Là, enfin, le comptoir est dégagé, ce qui fait que je peux le nettoyer comme il faut.  Pour terminer, j’empile toutes les assiettes, puis tous les bols, dans l’évier, que je remplis ensuite d’eau chaude.  Je planifie laisser tremper le tout un quart d’heure pour laisser le temps à tout ce qui a séché de fondre et décoller, et ensuite j’attaquerai. J’estime que j’en ai pour une bonne heure et demie.

À ce moment là: Paf! Panne d’électricité.

Il était un peu passé seize heures, soit le moment où le soleil bien caché derrière le ciel toujours gris de cette saison commence à se coucher. Il n’y avait pas de fenêtre dans la cuisine, je ne pouvais donc pas faire la vaisselle.  Je hausse les épaules en me disant que j’en serai quitte pour la faire dès que le courant reviendra, voilà tout. 

Je ne me doutais pas que j’étais en train de vivre les premières minutes de la crise du verglas, un événement historique qui laissera une partie du Québec de deux à trois semaines sans électricité. Heureusement que j’avais un véhicule à ce moment là, ce qui m’a permis non seulement de continuer à travailler, ça m’a été bien utile pour les déplacements de mon ex et de nos enfants qui se faisaient envoyer d’un refuge à l’autre. Durant cette période, je n’ai presque pas mis les pieds dans l’appartement, mon temps se consacrait entre mon travail et ma petite famille.

Dès que tout est redevenu normal et que la famille a pu réintégrer leur appartement aux alentours du 17 janvier , je suis rentré chez moi.  Geneviève, qui était revenue entre-temps, m’attendait de pied ferme. Vous devinez comment j’ai pu me faire incendier au sujet de la puanteur qui lui a monté au nez quand elle est rentrée, résultant des résidus de nourriture de la vaisselle sale qui avaient trempés, fermentés et pourris dans la cuisine pendant deux semaines. Peu importe mes explications, elle soutenait que je n’étais rien qu’un gros dégueulasse. Ça m’apprendra à avoir voulu y mettre de la bonne volonté en nettoyant la vaisselle collective. 

En tout cas, il y a eu au moins ça de positif: Pour une fois, ça a obligé Geneviève à faire toute la vaisselle.

SUITE: Parlant de puanteur…

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
Cet article a été publié dans Ces filles à éviter, Fait vécu, Psychologie et comportement social, SÉRIE: La conflictuodépendance. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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