Un mauvais côté inattendu de l’amélioration physique

Dialogue entre une collègue de travail et moi.

ELLE: Et pourquoi est-ce que tu n’as pas de vie sociale?
MOI: Je n’ai jamais été vraiment populaire.
ELLE: Pourtant, un bel homme comme toi…
MOI: Je ne l’ai pas toujours été. J’étais même assez laid dans ma jeunesse.
ELLE: Oui mais là tu parais bien, surtout pour ton âge. Sors un peu, va rencontrer des gens, c’est sûr que tu vas séduire un max.
MOI: Ben justement! Quand j’étais laid, les filles refusaient que je sois invité dans les soirées, de peur que je les drague. Depuis que je suis beau, les gars refusent que je sois invité dans les soirées de peur que leurs femmes me draguent. Alors pour ce que ça change!

Je ne blague même pas. Une de mes amies de notre formation de préposés aux bénéficiaires faisait une soirée chez elle et m’y avait invité. Elle m’a ensuite dit, quelques jours avant la soirée, que son mari voyait d’un mauvais oeil l’idée de ma présence. Car il m’avait vu l’été précédent, lors de notre graduation. C’était à la fin de mes 40 jours d’itinérance, alors que la vie rude m’avait remis athlétique tout-plein.

Juste moi, mon vélo, les grands espaces, mon laptop, et le wifi gratuit des parc municipaux.

Je suppose que quand on met dans la même pièce des femmes de 40-50 ans et un homme de (à ce moment-là) 51, célibataire, bon boulot, bon salaire et qui ressemble à ça, l’homme en couple va craindre que Madame se trouve soudainement à moins apprécier ses derniers 10-15-20 ans d’épouse et de mère.

La meilleure, c’est que je n’en ai rien à cirer d’être en couple. C’est sûr que des fois, je ne serais pas contre l’idée d’avoir une vie sociale plus active. Mais pour le côté couple, amour, sexe, j’ai totalement perdu intérêt. Je ne voudrais même pas d’une célibataire. Alors une épouse et mère, pensez-donc.

Mais bon, je peux comprendre. La norme, c’est d’être beau et en forme à 20 ans, puis d’être gras, ridé, chauve et fatigué à 50. Quel que soit le domaine, une personne qui ne suit pas la norme, c’est une personne qui dérange.

C’est ironique, quand même. Tu passes ta vie à travailler sur toi, physiquement, moralement et intellectuellement pour te débarrasser de tes insécurités. Et au bout du compte, tu finis victime de l’insécurité des autres.

L’anneau de Gygès et l’exploration urbaine (2 de 2)

Cette anecdote d’exploration urbaine d’endroit abandonné s’est passée en juin 2021, dans le motel que j’ai utilisé en guise d’exemple pour l’article précédent.

Comme tout bon explorateur urbain, je vais suivre certaines règles. Les deux règles principales et universelles de l’urbex sont «ne rien prendre sauf des photos» et «ne laisser aucune trace, si ce n’est des traces de pas». À ça peuvent s’ajouter certaines règles personnelles. J’en ai adopté trois dans le but de m’éviter les problèmes légaux.

Règle no.1. Tout d’abord, je ne pénètre jamais des endroits récemment incendiés. Même sans tenir compte du danger de se balader dans une structure affaiblie, le fait est que le terrain et tout ce qu’il contient demeure la propriété privée d’une famille qui vient de tout perdre. C’est un double manque de respect.

Règle no.2. Je ne pénètre jamais sur un terrain clôturé sans ouverture, et je ne m’introduis jamais par effraction dans une propriété. Par contre, si un vandale irrespectueux a passé avant moi en se défonçant une entrée, je n’hésite pas à y aller puisque la place est déjà ouverte. Il m’est arrivé à deux reprises de n’avoir accès qu’aux sous-sols sans pouvoir pénétrer aux étages supérieurs. Je me suis donc contenté d’explorer les dessous, sans tenter de m’introduire de force dans le reste de la propriété.

Ce motel en particulier, situé dans ma région d’origine, a un petit côté village fantôme, ce qui ne le rend que plus intéressant.

On le voit mal au centre de la photo tout en haut de cet article, mais la porte extérieure d’une des chambres de ce motel est défoncée. Chaque chambre a deux portes : une issue vers l’extérieur, et l’autre qui donne accès a un corridor commun intérieur. Ça m’a permis de pouvoir explorer l’endroit de fonds en combles, en commençant par le sous-sol.

Comme beaucoup de propriétés construite avant les années 70, une partie du sous-sol n’est pas finie, laissant le sol terreux et trop souvent humide. Plus jeune, j’avais une peur bleue à l’idée de m’y retrouver. Jusqu’au jour où j’ai vu la chose avec logique: Puisqu’il n’y a pas de nourriture fraiche là-dedans, il n’y a donc pas de rats ni de souris. Puisqu’il n’y a pas de lumière, rien n’y attire les moustiques, il n’y a donc pas d’araignées pour les bouffer.

Depuis que je fais de l’urbex, j’ai visité trois de ces caves, et je n’en reviens pas du foutoir bordélique que j’y ai retrouvé à chaque fois.

La majorité de son contenu me semblait être tout de même en bon état. Comme ce four micro-ondes. Fallait juste le déterrer un peu.

En descendant dans une cave, il est important de sonder devant soi avec un bâton. Ça peut éviter certains désagrément. Comme ici, en bas de l’escalier, ça m’a permis de constater que la partie terminée du sous-sol, ainsi que son contenu, baignent dans un bon trente centimètres d’eau croupie. Puisque rien ne faisait rider l’eau, je n’ai pas vu que c’en était, même avec ma lampe frontale.

De l’eau vaseuse comme celle-là a certainement rendu le plancher glissant. Alors non seulement tu risques de t’étaler de tout ton long dans une eau dégueulasse, tu peux te blesser sur tout ce que cette eau cache. J’ai une trousse de premiers soins dans un de mes paniers de vélo, mais elle a ses limites.

En remontant au rez-de-chaussée pour explorer la partie commerciale de ce motel, j’ai été déçu de voir que les chambres, bien que vidées de tout mobilier, avaient toutes été saccagées. Fenêtres brisées, murs défoncés, plafonds arrachés… Ce triste spectacle n’a hélas rien d’inhabituel. Cependant, pour la première fois en un an d’exploration, j’ai aperçu ce qui avait toutes les allures d’une vision d’horreur.

Qu’est-ce que je viens d’apercevoir dans le bain de cet endroit abandonné? Une personne? Un gros chien? Un poney?

Deux choses me rassurent: Aucun son de respiration, et aucune odeur de viande avariée. Après un moment d’hésitation, ma curiosité l’emporte. N’empêche que je n’étais pas rassuré.

Au final, c’était ceci: un poney en peluche.

Je n’ai cependant pas investigué davantage au sujet des traces sur le mur.

Enfin, Règle no.3. Je ne signale pas ma présence, mais je ne me cache jamais non plus. Ça signifie que je vais prendre le soin d’attacher mon vélo dans un coin discret. Mais sinon je marche avec naturel sur le terrain, comme si j’y avais à faire. Ainsi, les éventuels passants n’ont aucune raison de me trouver louche.

Également, pendant mon exploration, si je constate que la police, le proprio ou des travailleurs se pointent, je ne les évite pas. Bien au contraire, je vais immédiatement à leur rencontre. Je me présente et j’explique la raison de ma présence. À date, ça ne m’est arrivé qu’une seule fois, en 2020, avec des travailleurs qui venaient barricader la place, justement à cause de vandalisme. D’où l’importance de se débusquer, sinon je me serais retrouvé emmuré.

Alors que je terminais mon exploration de ce motel, ce n’est ni la police ni le proprio ni un travailleur, ni même un autre explorateur urbain que j’ai rencontré. Je précise que le terrain ayant été laissé en friche pendant trois ans, de hautes haies sauvages en dissimulaient une bonne partie. De plus, située entre champs et boisés, l’endroit n’est pas tellement passant.

Ayant vu tout ce qu’il y avait à voir dans le bâtiment, je marche dans le corridor et je retourne dans la chambre par laquelle je suis entré. Par la porte extérieure qui est grande-ouverte because défoncée, je vois l’arrière d’une camionnette dans le parking, à environs quinze mètres devant le motel. Un gars costaud, grassouillet, cinquantaine avancée, vient se placer derrière le véhicule et pose sa main sur le rebord de la boite du véhicule. Il est rejoint par un homme dans la trentaine, que je vois de dos, et qui vient s’agenouiller devant lui.

Par l’allure des hommes, et puisque le véhicule est un pick-up Ford classique, je comprends qu’ils s’apprêtent à ouvrir la porte de la boite du véhicule. Il s’agit donc probablement du proprio, ou bien de travailleurs venus eux aussi pour barricader la place. Je sors de la chambre et me dirige droit vers eux, tout sourire, me préparant à me présenter et à leur dire que ma présence n’était que dans le but de faire de l’exploration urbaine, sans rien vandaliser. Ils ne me voient pas encore car le jeune me tourne le dos, le vieux regarde vers le bas, et ils sont tous les deux concentrés sur leur besogne.

Le vieux baisse son jeans et commence à se branler devant la face du jeune. Et moi, simultanément, je me dirige droit sur eux avec un beau sourire.

Malaiiise! 😬

Brusque quart de tour à gauche, mes bottes crissent dans le gravier alors que je me dirige vers mon vélo en regardant droit devant moi. Je l’ai à peine rejoint que j’entends deux portes de véhicules fermer, et la camionnette partir, suivie presque aussitôt par une auto. À voir la vitesse à laquelle ils ont déguerpis, ils ont dû être très embarrassés de constater que leur scène m’avait eu comme témoin à quelques mètres devant eux.

Donc… Amoureux secrets? Rencontre Tinder? Escorte et son client? Aucune idée. en tout cas, ce motel a beau être fermé depuis trois ans, il continue d’y avoir de l’action.

Quel est le rapport entre tout ça et l’anneau de Gygès?
Dans la philosophie grecque, l’anneau de Gygès est une allégorie tirée des écrits de Platon. Ça raconte l’histoire d’un homme nommé Gygès qui trouve un anneau qui lui permet de devenir invisible. Gygès, jusque-là irréprochable, utilise son pouvoir pour voler des renseignements secrets, séduire la reine, renverser le gouvernement.

C’est une théorie qui suggère l’idée comme quoi les vertus telles la loyauté, l’honnêteté, les bonnes manières, et surtout le respect des autres et de la loi, n’existent que parce que l’on se sait observé. Ça indique que l’être humain est fondamentalement mauvais, et que si une personne jusque-là sans histoire se retrouve dans une situation où il n’aura jamais à subir de représailles, il va se laisser aller à ses instincts naturels, se montrant sous son vrai jour, devenant le genre de personne de qui l’on dit: « Jamais je n’aurais pu imaginer ça de lui. »

On retrouve aussi ce genre de comportement chez les superstars, les politiciens, les riches, les gens d’influence et de pouvoir, ceux qui jouissent d’une assez grande popularité. Serge Gainsbourg, Charlie Sheen et Éric Salvail en sont d’excellents exemples français, américain et québécois. Leur succès, leur millions, leur influence, et surtout l’amour inconditionnel que leur accordaient leur public, c’était ça leur anneau de Gygès. À force de voir qu’ils pouvaient faire n’importe quoi impunément, ils faisaient n’importe quoi impunément.

Faire de l’urbex permet de constater que les endroits abandonnés ont une influence similaire sur le comportement des gens. La place est cachée, sans surveillance, promise à la démolition, totalement abandonnée et déserte, et personne n’est au courant de la présence de l’explorateur. La personne comprend donc d’instinct que quoi qu’elle fasse, elle n’aura jamais à craindre la moindre conséquences de ce qu’elle va y faire. Pour certains des explorateurs dont je suis, le seul manque de respect que cette liberté nous pousse à commettre est au niveau de la violation de propriété privée. On entre, on observe, et on ressors. Pour nous, ça s’arrête là. Mais pour beaucoup trop d’autres, ça donne juste une impulsion irrésistible de laisser libre cours à leurs instincts refoulés. Par exemple, comme dans ce cas-ci, on s’y donne rendez-vous pour des activités illicites. Mais plus souvent qu’autrement, on tague, on vandalise, on démolit, on défonce des murs, on brise des fenêtres, on saccage tout. Certains vont même jusqu’à y mettre le feu.

Et justement, trois mois après mon passage…

Depuis le 21 juin 2020, qui fut le premier de mes 40 jours d’itinérance, j’ai exploré sept endroits abandonnés. Un seul était impeccable, probablement parce que j’étais le premier à y entrer. Le vandalisme est la raison pour laquelle je ne divulgue plus où sont situés ces endroits. Quand j’en poste des photos et vidéos, j’en choisis qui ne permettent pas de les identifier. Si je me le suis permis aujourd’hui, c’est parce qu’à part sur Street View, l’endroit n’existe plus.

Lire l’article complet.

Jusqu’à tout récemment, je croyais qu’il n’y avait qu’à trois moments dans la vie où l’on peut voir la vraie personnalité de tout-un-chacun : lorsqu’il est enfant, lorsqu’il est ivre, et lorsqu’il est frustré. Je dois maintenant ajouter un quatrième moment: lorsqu’il sait qu’il n’aura jamais à subir les conséquences de ses gestes.

Bref, lorsque les circonstances lui donnent un anneau de Gygès.

La fin du trip de jeunesse (Texte de 2004)

Je viens de retrouver un document sur Wordpad que j’ai écrit il y a dix-huit ans, en février 2004. Puisque Mes Prétentions de Sagesse ne sera créé que cinq ans plus tard en 2009, je me demande bien à quoi je le destinais. J’avais bien quelques blogs à l’époque, tels The Testosterone Diary sur la plateforme Xanga, ainsi que Ryu; Because I have something to say sur MySpace. Mais comme l’indiquent ces titres, ils étaient en anglais. Quant à La Zone Requin, c’était un recueil d’expériences négatives vécues dans le style de Fuck My Life, ce qui n’est pas du tout le thème de ce texte. Donc, mystère total. Le voici dans son intégralité, on verra s’il est toujours d’actualité.

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La fin du trip de jeunesse.
D’après ce que j’ai pu observer avec les années, la fin du trip de jeunesse est quelque chose qui vient naturellement, qui n’est pas une décision consciente. C’est d’abord un truc que l’on vit, puis que l’on remarque, puis qu’on constate ensuite avoir naturellement accepté.

Quand on vit chez ses parents ou bien sous les prêts et bourses, on n’a pas trop de soucis à se faire, pas vraiment de responsabilité. Déjà, le simple fait de suivre des cours volontairement (cégep et université) nous donne l’impression d’être responsable. Alors évidemment c’est les gros trips: Le cinéma, les bars, les restos, la boisson, le sexe…

Puis vient la fin des études. On commence à travailler. Bonne chose, car il faut commencer à rembourser les prêts étudiants. On part de chez ses parents ou des résidences étudiantes pour aller en appartement. On travaille dur pour payer le loyer, l’électricité, le téléphone, la bouffe, le prêt étudiant.

Avant, « de l’argent », c’était tout l’argent que l’on recevait. Maintenant, « de l’argent », c’est le peu qu’il nous reste, une fois qu’on a tout payé. Alors si on veut se meubler en plus, faut en mettre de côté. Pour ça, on devient économe, on sacrifie sur certaines choses moins utiles. On coupe sur les sorties. Anyway, avec le travail, on a moins de temps pour en faire. On voit moins souvent nos amis. Après une bonne journée de travail, on a envie de rentrer et se reposer, on a donc moins d’énergie. Peu à peu, on s’atrophie. Alors qu’il y a deux ans à peine, quand on faisait l’party, tout l’monde dansait, maintenant on reste assis calmement et on parle de nos jobs, nos soucis, nos paiements, nos relations de travail…

Et c’est là qu’on remarque que notre vie a bien changé entre nos 19 et 21 ans, et qu’on s’est tellement bien adapté à notre vie actuelle qu’on réalise que l’on n’aurait ni l’énergie physique ni l’énergie mentale de revenir en arrière. Et même si on le voulait, on ne le pourrait pas. On ne peut pas cesser de rembourser un prêt étudiant avant qu’il soit terminé, ni casser un bail, ni retourner chez nos parents. Dès que l’on a commencé à payer, il est impossible d’arrêter. Pas question de cesser de travailler dans ce temps là.

Courir après le sexe opposé devient quelque chose pour lequel on n’a plus de temps pour niaiser sur des détails idiots, comme jouer à l’indépendant et se tourner autour pendant des mois. Sans aller à l’école, le nombre de représentant de l’autre sexe que l’on peut rencontrer se limite aux collègues de travail, c’est à dire très peu, et ils sont loin d’être tous potables. Sans avoir l’embarras du choix pour remplacer aisément son chum / sa blonde, on commence a prendre les relations un peu plus sérieusement, à accepter l’autre avec ses défauts et à faire des concessions, à vouloir faire durer la relation plus longtemps.

Bon nombre de filles avec qui j’ai eu des relations durant mes années de Cegep étaient très libérées sexuellement: Bisexuelles, échangistes et friandes de leur liberté. Comment oublier les 4-5 partys dans ma chambre aux résidences étudiantes, qui sont virées en séance de sexe à plusieurs. À peine leurs études terminées, cette partie de leur passé leur faisait déjà honte. Maintenant qu’elles sont sérieuses et rangées, malheur à celui qui oserait le leur évoquer, il se retrouvera aussitôt banni de leur entourage.

Et un jour, quand on se rend compte que non seulement notre vie a changé mais qu’on ne pourrait pas faire machine arrière, c’est là qu’on se dit: « Ouais, j’ai fini mon trip de jeunesse. Chuis sérieux maintenant. »

Et ceux qui n’ont pas commencé a travailler dans la début vingtaine ? Ceux qui ont essayé d’étirer leur vie de jeunesse plus longtemps ? Ils se sont rapidement retrouvés biens seuls, en constatant que leurs amis évoluaient, sauf eux. Ils n’ont alors pas le choix d’évoluer à leur tour, car des trips seuls, c’est pas vraiment trippant.

Et celui qui insiste pour continuer de vivre son trip de jeunesse ? On le reconnait aisément: C’est le gars de 35-40 ans assis au fond d’un bar enfumé où tout le monde boit et/ou joue aux machines à poker et que personne ne danse, avec la moustache, la bedaine, la coupe Longueuil, la job misérable (s’il est salarié et non su’l’BS), désespéré que sa blonde est encore enceinte.
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À première vue, il n’y a que quatre choses qui font dater ce texte:

  • La mention du bar enfumé. L’interdiction de fumer dans les endroits public a commencé dans les écoles en 1996, pour se conclure dans les bars en 2006.
  • Tinder, ainsi que plusieurs autres apps de rencontres, ont réglé le problème du nombre limité de conjoints potentiels autour de nous.
  • En ces temps (espérons temporaires) de Covid-19, pas sûr que la majorité des activités de groupes décrites ici seraient encore réalisables.
  • La description du personnage au dernier paragraphe. La moustache et la coiffure mullet, c’était la mode à la fin des années 80. Il était donc normal que l’on retrouve des hommes de 35-40 ans qui arboraient toujours ce look en 2004. Mais en 2022? Vraiment pas!
Des adolescents de 35 ans.

Mais sinon, ouais, dans l’ensemble, je crois bien que le thème principal du passage obligatoire à la vie adulte qui met fin au trip de jeunesse, c’est quelque chose qui ne se démodera jamais.

Quand l’autre fait de toi la Cassandre du couple (2 de 2)

AVERTISSEMENT HABITUEL: Ceci est une situation dans laquelle on peut aisément inverser les sexes. C’est juste que je parle par expérience personnelle, et qu’en tant qu’homme hétéro, je n’ai vécu ça qu’avec des femmes.

Dans la mythologie grecque, Cassandre avait un don et une malédiction: Elle pouvait prédire l’avenir, mais personne ne la croyait. Et à force de voir que ses prédictions négatives se réalisaient, le peuple en est venu à la détester au lieu d’en tirer des leçons et de l’écouter. Aussi, dans le billet précédent, je parle de femmes qui ont fait de moi la Cassandre du couple, en n’écoutant pas ce que je dis, et en me maudissant d’avoir tenté de prévenir les conséquences fâcheuses qui en ont découlé, conséquences contre lesquelles je les avais prévenu.

Ce qui me frustrait le plus, c’était de constater que ce comportement était aléatoire. Dans le sens que n’importe qui pouvait l’avoir, peu importe son âge, sa culture, sa personnalité, son statut social, son intelligence ou sa logique. Et le pire, c’est qu’il n’y a jamais moyen de voir si la personne est comme ça si nous ne sommes pas en couple avec. Si c’est le cas, alors ça prend de quelques semaines à quelques mois pour que ce comportement se manifeste. Et bien que le billet précédent ne parle que de trois femmes, il y en a eu beaucoup plus que ça qui m’ont fait vivre cette situation.

Ça m’a pris plusieurs années avant de constater que toutes ces femmes, pour la majorité, avaient en commun les douze points suivants.

1er POINT COMMUN: Moi.
Si, tout le long de ma vie, j’ai eu exactement le même problème avec plusieurs femmes qui ne se connaissaient pas, il est impossible que le problème vienne toujours d’elles. J’en suis parfaitement conscient. Et c’est la raison pour laquelle j’ai passé la seconde moitié de ma vie à faire de l’introspection. On peut le voir, entre autres, dans mon billet Autopsie du Loser.

Mon trait de personnalité le plus dominant est que je suis un solutionnaire. Comme tout le monde, j’ai de l’orgueil. Et comme tout orgueilleux, j’ai horreur que l’on me fasse des reproches. En tant que solutionnaire, je suis conscient que l’on ne peut pas régler un problème en le niant, en l’ignorant ou en le négligeant. Alors si je ne veux plus le subir, j’y ferai face immédiatement pour le régler. Voilà pourquoi, si on me dit que j’ai tel ou tel défaut, je traite la chose comme une information, plutôt que comme une attaque. Cette charte, tirée d’un billet que j’ai écrit il y a quatre ans, décrit mon processus :

Plutôt que de mettre de l’effort pour donner l’illusion que je suis une personne bien, je vais le mettre dans le but de le devenir vraiment. Dans mon comportement. Dans mon travail. Dans mon art. Et même au niveau physique. Et tout ceci fait de moi une personne réfléchie, logique, sociale, respectueuse de son prochain.

Alors qu’est-ce que j’ai, moi, pour attirer celles qui ont tendance à faire de moi la Cassandre du couple? Qu’est-ce que je fais pour provoquer cette situation? Où est-il, le défaut dans ma personnalité, que je puisse le régler?

Eh bien ironiquement, tout porte à croire qu’au contraire, le problème ne se situe pas dans mes défauts. Il se situe dans mes qualités. Ce sont celles-ci qui attirent ce genre de femmes en particulier. Regardez leur prochains points en commun et jugez-en par vous-mêmes.

2e POINT COMMUN: Je suis une grande amélioration sur son ex (ou sur sa relation en cours.)
Les premiers temps sont magiques. Elle et/ou ses amis et/ou des membres de sa famille, me disent tous, à répétition, à quel point ils sont heureux que je sois arrivé dans sa vie. Car, la pauvre, elle n’a pas eu de chance avec les hommes jusqu’à maintenant. Alcolos, violents, drogués, pervers narcissiques, BS, infidèles, négligents de leur personne et/ou dans le couple, abusifs mentalement et/ou physiquement. Comparé à ça, même un homme dans le coma ferait figure de sainteté. On me pose donc sur un piédestal de perfection dès le départ.

3e POINT COMMUN: Elle me répète souvent que je lui fais le plus grand bien au niveau de son estime de soi.
Chacune d’entre elle me raconte qu’elle provient d’un environnement dans lequel on l’a toujours sous-estimée et rabaissée. En famille et/ou en couple et/ou socialement et/ou au travail. On n’avait aucune tolérance pour elle. On lui trouvait tout un tas de défauts. On l’insultait. On lui répétait, ou du moins on lui donnait l’impression, qu’elle était ignorante, stupide, inutile, sans charmes ou carrément repoussante. Mais depuis qu’elle est avec moi, elle est au paradis. Je suis gentil, respectueux, compréhensif. Je n’ai que de bons mots pour elle. J’ai confiance en elle et en ses capacités. Avec moi, elle prend de la confiance, elle prend de l’estime de soi, elle se sens enfin épanouie. Et toujours, elle exprime n’avoir qu’un seul regret à notre sujet, et c’est de ne pas avoir eu la chance de me rencontrer avant.

Et c’est probablement la raison pour laquelle elle me propose…

4e POINT COMMUN: Des fiançailles rapides.
Lorsque l’on a la chance d’avoir dans notre vie une personne (que l’on croit) aussi extraordinaire, c’est normal de vouloir la garder. Et si on combine ça avec le complexe d’infériorité que notre entourage a fait naître en nous en nous critiquant et en nous rabaissant toute notre vie, il se peut très bien qu’au niveau du subconscient, on craint de ne pas avoir ce qu’il faut pour garder cette personne. Pour se rassurer, on ressent le besoin d’officialiser notre couple. Aussi, rendu au 3è ou 4è mois de relation, près de la moitié de ces femmes m’ont parlé de mariage, ou alors m’ont proposé un symbole éternel de notre union, tels des tatouages assortis.

J’ai toujours refusé le tatouage car je n’aime pas l’idée d’avoir une marque artificielle permanente sur mon corps. Mais il m’est arrivé de dire oui pour les fiançailles, si c’était une fille bien et que je l’aimais vraiment.

5e POINT COMMUN: Le besoin vital de se prouver utile.
Lorsqu’une personne nous fait sentir aussi bien, il est normal, et même très sain, d’avoir envie de lui en faire autant. Aussi, il lui arrive de vouloir me rendre de menus services que j’accepte volontiers: M’aider à diverses tâches, me faire certains cadeaux, me préparer un mets, me surprendre en nous organisant une activité de couple. Ayant moi-même trop souvent partagé ma vie avec des égoïstes qui prennent tout et ne donnent rien, j’accepte avec joie et reconnaissance.

Un jour, la chose qu’elle veut pour moi ne me convient pas. Ce n’est rien de personnel. Faire erreur par ignorance des faits malgré les meilleures intentions, ça arrive. C’est la réalité, et ce pour tout le monde. Malheureusement, c’est à partir de ce moment-là que notre relation prend un tournant négatif, alors que…

6e POINT COMMUN: Elle fait de moi la Cassandre du couple.
Tel que raconté dans le billet précédent:

  • Elle m’annonce vouloir faire un truc.
  • Je sais par expérience qu’il ne faut pas faire ce truc.
  • Je lui dis de ne pas faire ce truc.
  • Elle prend mes avertissements comme étant ma manière de lui dire que je crois qu’elle est irréfléchie et ne connait rien.
  • Je lui explique en détails logiques, avec preuves si j’en ai, pourquoi ce n’est vraiment pas une bonne idée de faire ce truc.
  • Elle m’accuse de la prendre pour une conne qui ne sait pas ce qu’elle fait, ce qui la rend encore plus déterminée à faire ce truc, pour me montrer que c’est elle qui a raison.
  • Elle fait ce truc.
  • Toutes les conséquences fâcheuses contre lesquelles je l’avais prévenue arrivent.
  • Elle se sent totalement humiliée, puisque nous avons tous les deux la preuve irréfutable qu’elle a eu tort d’insister pour faire ce truc.

7e POINT COMMUN: Elle n’est pourtant pas une capricieuse ni une idiote.
De la part d’une personne qui agit ainsi, on pourrait s’attendre à ce qu’elle ait un comportement similaire en tout. Par exemple qu’elle fasse des caprices lors du choix des activités en couple ou le choix des repas. Mais non! Dans tous les autres domaines, elle écoute, elle propose, elle discute, elle négocie, et elle accepte très bien le refus. Il n’y a qu’un seul sujet dans lequel elle est intraitable, et c’est lorsqu’elle veut faire quelque chose pour moi et/ou pour nous.

Quand son idée est bonne, j’accepte et tout se passe bien. Mais lorsque je refuse, alors là, c’est Jeckyll & Hyde. De personne mature à l’esprit ouvert, elle passe à obstinée, susceptible et totalement irraisonnable.

Ces filles-là étaient pourtant loin d’être des connes. (Bon, à part Camélia. Celle-là était aussi utile qu’un balai sans brosse.) Mais sinon, chez les autres, la plupart eurent de bien meilleurs résultats scolaires que moi. Il y en a même deux qui ont fait de hautes études universitaires avec succès. Et beaucoup ont poursuivi des carrières honorables et lucratives. Aussi, on ne s’attendrait pas de leur part à un comportement aussi déraisonnable.

Et pourtant…

8e POINT COMMUN: Il n’y a que trois manières de répondre à ses propositions, et elles n’ont que des conséquences négatives pour moi.
Cette situation dans laquelle elle me coince me limite à choisir entre être l’imbécile, l’insultant, la victime ou l’agresseur.

  • Si je ne fais pas ce qu’elle dit, alors à ses yeux, je suis un obstiné qui ne veut pas comprendre le bon sens. (Donc, l’imbécile.)
  • Si je lui explique pourquoi il ne faut pas faire ce qu’elle dit, alors ça l’insulte et je deviens à ses yeux celui qui la traite d’idiote qui ne connait rien. (Donc, l’insultant.)
  • Si je cède et je fais ce qu’elle dit, je subis les conséquences contre lesquelles je l’avais avertie. (Donc, la victime.) Ce qui, à ses yeux, est comme si je venais de prouver qu’en effet, elle n’est qu’une idiote qui ne connait rien. (Donc, l’agresseur.)

Et à cause de ça…

9e POINT COMMUN: Elle se plaint que je suis la seule personne dans tout son entourage avec qui elle se dispute aussi souvent, et qui la fait se sentir aussi bas.
Comme ça, du jour au lendemain, mon titre passe de meilleure chose qui lui soit arrivée de toute sa vie, pour devenir la pire des merdes à avoir été chiée sur son existence. Cette situation extrémiste est assez aberrante, surtout quand on réalise que mon seul crime fut de lui dire non afin d’éviter des conséquences que je sais par expérience qu’elles seront fâcheuses. La solution est pourtant simple: Elle n’a qu’à accepter mon refus. Ce n’est pas compliqué à comprendre, et encore moins difficile à faire.

J’ai tenté plusieurs fois de lui faire entendre raison. Mais bizarrement, sur ce sujet, et sur ce sujet seulement, elle me fait l’équivalent de hurler en se bouchant les oreilles, en m’accusant une fois de plus de ne chercher qu’à la rabaisser.

Il y a trois ans, j’ai écrit un billet intitulé: On ne veut pas connaître la vérité. On veut juste avoir raison. Eh bien justement…

10e POINT COMMUN: Elle ne veut pas connaître la vérité. Elle veut juste avoir raison.
Tel qu’expliqué plus haut, je suis un solutionnaire. À chaque problème sa solution. Il suffit d’aborder le problème, voir où en est la source, et à partir de là prendre les mesures logiques et faisables afin que le problème ne se manifeste plus.

Malheureusement, que ce soit lorsque je lui explique pourquoi ce n’est pas une bonne idée de faire le truc qu’elle propose, ou bien si je lui rappelle que ça a viré à la catastrophe à toutes les autres fois où elle ne m’a pas écouté lorsque je lui ai dit non, elle ne veut rien entendre. Et si j’insiste, il arrive inévitablement le moment où elle m’accuse d’être un prétentieux je-sais-tout qui se croit mieux que tout le monde. Et elle le fait avec cette phrase: « Il faut toujours que tu ais raison. »

À partir du moment où elle dit cette phrase, sans s’en rendre compte, elle explique pourquoi elle réagit ainsi. Elle veut avoir raison, point final. Et quand on tient absolument à avoir raison, on ne veut pas connaître la vérité. Parce que la vérité démontrerait qu’elle a tort, ce qui entrerait en conflit avec le sentiment qui la domine totalement à ce moment-là, son besoin démesuré d’avoir raison. Elle ne pourrait juste pas le supporter.

11e POINT COMMUN: Elle nous fait revivre ce problème de nombreuses fois.
Puisqu’elle ne nous permet jamais d’aborder le problème, on ne peut jamais le régler. Ainsi, tout le long de notre relation, elle répétera le processus plusieurs fois, et ça se terminera toujours de la même façon. Jusqu’au jour où, écoeurée de s’humilier à répétition devant moi de cette manière, elle ne voudra plus que je fasse partie de sa vie.

12e POINT COMMUN: Elle retourne dans des relations abusives avec des abuseurs, et ce en toute connaissance de cause.
Parce que trop souvent, un enfer familier est moins intimidant qu’un paradis inconnu.

Mais pourquoi est-ce si important pour elles, d’avoir absolument raison, au point où toute contrariété leur déclenche quasiment une crise d’hystérie?
Lorsque l’on tient compte de tous les points qu’elles ont en commun, on peut en arriver à la théorie suivante qui me semble la plus plausible:

Ce que je représente pour elle, c’est d’abord et avant tout l’espoir. L’espoir que non, contrairement à ce qu’on lui a fait croire toute sa vie, elle n’est pas stupide, et elle n’est pas inutile.

En ne faisant que la traiter en égale et avec respect, je lui procure un bien-être incroyable qui contrecarre les sentiments négatifs et les complexes d’infériorité que son passé a ancré en elle. En retour, elle ressent le besoin de me rendre heureux. Un sentiment tout à fait normal, qui démontre que cette femme est une personne bien.

À cause de ses relations passés, elle ressent constamment le besoin de faire ses preuves. De me démontrer, mais d’abord de se prouver à elle même, qu’elle mérite le respect, l’attention et l’amour que je lui donne. Alors lorsque je refuse sa proposition, je l’empêche de me montrer sa valeur. Je l’empêche d’exprimer sa reconnaissance. Je l’empêche de se montrer utile. Et en lui expliquant pourquoi c’est une mauvaise idée, je montre qu’elle a été ignorante.

Ce qui fait que sans le vouloir, je lui fais revivre ce sentiment d’inutilité et de stupidité qui lui vient de tous ceux qui l’ont rabaissée par le passé. Et le pire, c’est que cette fois ça provient de moi. L’homme de sa vie. Son fiancé. Celui qu’elle aime plus que tout au monde. De la part d’un autre, ça serait négatif mais pas tragique. Mais de moi, c’est la plus blessante des trahisons. Voilà pourquoi elle affirme que jamais personne ne lui a fait aussi mal que moi à ce moment-là.

Hantée par l’idée que je l’ai bien eue tout ce temps-là en lui faisant croire que j’étais parfait et irréprochable, elle réalise que je ne vaux pas mieux que les autres. En fait, je suis encore pire. Parce que les autres n’ont jamais caché leur méchanceté. Tandis que moi, j’ai bien caché mon jeu afin de mieux la surprendre pour la blesser beaucoup plus profondément que les autres. C’est faux, bien entendu, mais c’est l’impression que cette situation lui donne.

Pour une fois qu’elle avait trouvé un homme qui lui accordait cette valeur dont on l’a si longtemps privée. À ses yeux, mon refus lui fait perdre cette valeur, ce qui la fait paniquer, ce qui lui donne le besoin de me montrer qu’elle a raison de me proposer ce truc, et c’est pourquoi elle ne veut entendre ni mon refus ni les raisons de celui-ci.

Bref, même si elle est sincère en affirmant qu’elle veut faire ça pour moi, elle ne se rend pas compte qu’en réalité, elle le fait d’abord et avant tout pour elle-même. Pour son estime de soi.

Et voilà pourquoi, sur n’importe quel autre sujet, elle a l’esprit ouvert, elle est capable d’entendre raison, et jamais elle ne prend mes refus comme des attaques personnelles. Mais sur ce sujet-là en particulier, rien à faire, c’est plus fort qu’elle. Dans ce temps-là, elle ne réagit pas à la critique négative avec logique comme je le fais moi-même. Elle y réagit avec ses émotions. C’est à dire de cette manière :

Les réactions que montre cette charte seront surtout de la part de personnes rancunières et revanchardes. N’empêche que même pour une bonne personne, les deux dernières étapes restent les mêmes.

Enfin, si elle ne veut pas entendre mes explications lorsqu’elle rage contre moi, la raison est fort simple. Elle a passé sa vie à se faire rabaisser. La plupart des gens qui l’ont rabaissée étaient ou bien intimidants, ou bien étaient en situation de pouvoir sur elle. Elle était donc obligée d’endurer en silence. Moi, par contre, en tant qu’amoureux / conjoint, gentil et compréhensif, je me suis pas intimidant. Et ceci fait de moi la première personne sur qui elle peut se défouler, exprimer toutes ses blessures et frustrations accumulées, à partir du moment où elle a l’impression de voir en moi quelque chose qui lui rappelle ses agresseurs. Voilà pourquoi j’ai droit à toutes les accusations négatives les plus fantaisistes qui soient. Des accusations qu’elle-même, pourtant, ne croirait pas si elle était calme.

Si seulement ces femmes avaient pu mettre leur orgueil de côté pendant cinq minutes. Elles auraient alors cessé d’être sur la défensive, et elles auraient compris que jamais mon but n’a été de les blesser. Je n’ai jamais cherché à les vexer. Je n’ai jamais agi de manière à les insulter ni à les rabaisser. Je cherchais seulement à me protéger. À nous protéger.

Hélas, tous ceux qui en ont abusé par le passé ont laissé sur son coeur une tache toxique qui va toujours l’empoisonner. Et ils ont tellement bien fait leur travail de sabotage qu’ils ont réussi à la conditionner de manière à ce que jamais elle ne ressente l’envie d’aller la nettoyer. Parce que reconnaître que cette tache existe, c’est l’obliger à se souvenir de ces blessures qu’elle a tant besoin d’oublier.

Par conséquent, comme je le constate hélas trop souvent, une personne qui a passé sa vie à survivre dans la discorde ne s’est jamais permis d’apprendre à vivre dans l’harmonie.

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Y’A LIENS LÀ
Voici quelques billets sur le même thème.

On ne veut pas connaître la vérité. On veut juste avoir raison. Ce sont des exemples dans lesquels ce comportement arrive ailleurs que dans le couple.
Le bon orgueil et le mauvais orgueil. D’où sont tirées les deux chartes utilisées ici.
Déjà en 2010, dans le billet l’altruisme égocentrique, je parlais de ce comportement, cette fois en contexte professionnel et sexuel.

Et bien sûr mon très long billet Autopsie du Loser, qui montre tous les défauts que l’on peut trouver en soi et corriger, pour peu que l’on se donne la peine de se regarder soi-même.



Quand l’autre fait de toi la Cassandre du couple (1 de 2)

Cassandre était un personnage de la mythologie grecque. Elle habitait la ville de Troie. Apollon, voulant séduire cette femme de grande beauté, lui donna la capacité de voir dans l’avenir. Un don très utile à cette époque guerrière, avec la Grèce sans cesse attaquée de toutes parts. Malgré ce cadeau divin, Apollon ne réussit pas à charmer Cassandre. Frustré, il ajouta une clause à son don. Oui, elle verra l’avenir, les catastrophes, et tout ce qui peut arriver de mal. Mais personne ne la croira.

Elle tenta ainsi de prévenir les gens grâce à ses visions du futur, en annonçant des accidents, des meurtres, des coups d’état. Elle alla même avertir les résidents de Troie contre le cheval de bois. Mais tel qu’Apollon en avait décidé, personne ne la croyait.

Après chaque défaite, après chaque catastrophe, Cassandre leur répétait qu’elle les avait pourtant prévenus. Elle le leur rappelait, uniquement dans le but qu’on lui accorde de la crédibilité dans l’avenir, pour que les gens l’écoutent, et ainsi s’évitent de vivre des incidents fâcheux.

Ils ont choisi « merde »

Mais les gens, trop orgueilleux, voyaient ça autrement. À leurs yeux, Cassandre cherchait à les humilier, les rabaisser, les faire passer pour des imbéciles qui ne connaissent rien. Personne ne veut accorder de crédibilité à quelqu’un qui nous fait sentir comme si on était idiot. Alors en plus de ne pas l’écouter, la frustration ressentie envers elle fit que l’on en vint à l’accuser de porter malheur. Voire de causer elle-même les catastrophes qu’elle annonçait. Ces accusations avaient beau défier toute logique, on faisait le choix délibéré d’y croire. Normal! Lorsque l’on est frustré contre une personne, on va rarement s’arrêter à la logique de nos arguments contre elle.

Cassandre mourut après avoir prédit l’assassinat de sa famille complète, ainsi que les noms des meurtriers. Ce qui, comme d’habitude, n’a pas été pris au sérieux par son entourage.

Et maintenant, voici le lien entre cette histoire et le titre de ce billet.

Tout le long de ma vie, j’ai attiré un genre de femme en particulier; celle qui provient d’un environnement dans lequel elle fut toujours rabaissée. C’est quelque chose qui n’est pas évident à voir au premier coup d’oeil car ça ne parait pas nécessairement dans leur comportement ou leur personnalité. Certaines étaient, comme on le devine, très timides et renfermées. D’autres, à l’extrême opposé, étaient de très joyeuses extraverties. Et d’autres encore se situaient entre les deux. Celles-là semblaient totalement moyennes, normales, sans histoire.

Je suis de nature calme, réfléchie, compréhensive. J’ai un sens inné du respect envers autrui. Pour une femme qui a toujours vécu dans un environnement où on l’a sans cesse sous-estimée et rabaissée, ceci fait que je représente à ses yeux l’homme idéal. Et voilà comment nous avons commencé à former un couple.

Voici trois exemples dans lesquels ces femmes ont fait de moi la Cassandre du couple. Je vais prendre de vieilles anecdotes qui remontent au siècle dernier, ne serait-ce que pour montrer que cette situation ne date pas d’hier. Également, je ne citerai qu’un seul exemple par personne, bien que ce soit quelque chose que chacune d’entre elles m’a fait vivre à plusieurs reprises dans différentes situations.

Noémie.
Ses intentions étaient bonnes. Elle voulait nous préparer de la limonade citron-lime-pamplemousse-menthe. Sa recette nécessitait deux pichets. J’en avais deux. L’un en plastique, dans mon armoire. L’autre, au frigo, gardait de l’eau fraîche. Je lui demande de ne pas utiliser celui-là. J’ai de grands bols en plastique qui peuvent tout aussi bien faire l’affaire.

Pourquoi?”
“Celui du frigo est mon pichet antique, en verre.”
“Et alors?”
“La recette demande de verser de l’eau bouillante dans le pichet. Pour un pot de jus en plastique semi-souple, il n’y a pas de problème. Mais celui-là est en verre. C’est un modèle qui ne se fait plus depuis qu’on les fait en plastique. En plus, c’est l’un des derniers objets qui me reste de mon arrière-grand-père, du temps où il avait un restaurant à Saint-Hilaire, dans les années 40. Je ne veux pas prendre de risque.”


Face à mes objections, elle se met en colère, insultée. Elle se donne la peine de nous préparer une délicieuse limonade fraiche, avec de bons ingrédients, au lieu de la merde en bouteille ou en poudre que l’on retrouve à l’épicerie. Et moi, non seulement je refuse, je lui donne une liste de raisons pourquoi je trouve que ce n’est pas une bonne idée. Ce qui, à ses yeux, équivaut à lui dire que son idée est stupide, donc qu’elle n’est qu’une idiote.

J’vais y faire attention à ton pichet. Je sais ce que je fais!”

Je reste intraitable. Ce pichet est un antique souvenir de famille et j’y tiens. Aussi, je propose une solution. Le marché d’alimentation n’est qu’à dix minutes de marche d’ici. Je vais aller y acheter un nouveau pichet de plastique semi-souple. Comme ça, moi je pourrai garder mon pichet d’eau froide au frigo, et elle aura ses deux pichets pour sa limonade. Sa recette prend justement une vingtaine de minutes, donc le temps que je fasse l’aller-retour. Elle accepte.

Je pars acheter le nouveau pot de jus. À mon retour, j’entre dans l’appartement juste au bon moment pour entendre mon pichet de verre exploser dans la cuisine.

Elle tenait à me montrer que c’était elle qui avait raison. Elle ne m’a donc pas écouté. Dans sa hâte pour me faire la leçon avant mon retour, elle a pris mon pichet de verre directement du frigo, l’a vidé dans l’évier et y a aussitôt versé l’eau de la bouilloire. Le choc thermique a fracassé le verre. Aussi, c’est très exaspéré que j’entre dans la cuisine en disant:

Mais qu’est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase “N’UTILISE PAS MON PICHET EN VERRE!”, hostie!?”

Éventuellement, elle m’a laissé tomber. Elle ne pouvait plus continuer de former un couple avec un gars comme moi, qui la faisait toujours se sentir stupide.

Si seulement elle m’avait écouté lorsque je lui disais NON!

Christine.
Ses intentions étaient bonnes. Elle voulait mettre un peu de romance dans notre couple. Aussi, elle a proposé un bain chaud et relaxant, que l’on prendrait tous les deux, à la chandelle.

Je lui explique alors pourquoi ce n’est pas une bonne idée. J’habite dans un sous-sol. La salle de bain est petite, sans fenêtre. Les bains à deux, tels qu’on les voit à la télé, au cinéma, dans les magazines, sont dans de grandes baignoires, larges et profondes. Pas dans des bains standards d’étroites salles de bain de sous-sol. Et puis, je n’aurais jamais osé le lui dire, mais sans pour autant être obèse, Christine était quand même assez costaude. Ça n’allait pas être le confort avec nous deux là-dedans.

Face à mes objections, elle se met en colère, insultée. Elle prend la peine de planifier une activité romantique pour nous deux. Et moi, non seulement je refuse, mais je lui donne une liste de raisons pourquoi je trouve que ce n’est pas une bonne idée. Ce qui, à ses yeux, équivaut à lui dire que son idée est stupide, donc qu’elle n’est qu’une idiote. Une Miss Catastrophe!

Miss Catastrophe” est le qualificatif que je lui ai donné une fois alors que, pour la j’sais-plus-trop-combientième fois, l’une de ses initiatives que je lui avais décommandé avait eu des conséquences fâcheuses pour moi. Depuis, elle me remettait souvent sur le nez ce surnom rabaissant.

Ne voulant pas créer une nouvelle situation tendue entre nous deux, j’ai encore une fois cédé, espérant encore une fois que tout se passe bien, malgré le fait que tout me portait à croire que ça serait le contraire.

Elle ferme la porte de la salle de bain, allume une chandelle aromatisée, éteint la lumière, et place la chandelle sur le réservoir d’eau de la toilette. Je lui dis:

Pose-la plutôt sur le bord du lavabo s’il te plaît.”
“Pourquoi faire?”
“Ben, comme tu peux voir, au-dessus de la toilette, j’ai des tablettes en verre. La fumée, ça laisse des taches qui ne partent pas. Je voudrais éviter que la propriétaire me fasse payer pour les remplacer.”
“Panique pas, calice! C’est une chandelle qui ne fait pas de fumée, ok!? Je sais ce que je fais.”

Voyant qu’elle était à cran et qu’elle prend toute suggestion comme étant une critique dérogatoire, je soupire intérieurement et je n’insiste pas. Aussi, je ne dis rien en constatant que l’eau du bain est plus chaude que ce que je suis confortable de supporter. Je ne fais pas remarquer à quel point nous sommes trop grands et gros pour être à l’aise à deux dans mon bain. Je ne dis rien du tout alors que les robinets et le tuyau d’eau me rentrent inconfortablement dans le dos, me forçant à changer de position à toutes les 30 secondes. Je fais semblant de rien lorsque le moindre mouvement fait déborder le bain. Et je me ferme la gueule tandis que l’inconfortable humidité brûlante me fait transpirer et que la sueur de mon front me coule dans les yeux, et que les essuyer de mes mains détrempées d’eau savonneuses ne font que me rajouter de l’inconfort et de la douleur.

Sous la chaleur de la chandelle, le centre de la tablette de verre se dilate. Elle éclate dans un bruit sec. Tout ce qu’elle contient, incluant mon verre, mon porte-savon et mon porte-brosse à dents, tous en céramique, tombent et explosent sur le plancher de tuiles. Aussi, c’est très exaspéré que je me lève du bain et allume la lumière en disant:

Mais qu’est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase “NE MET PAS LA CHANDELLE SOUS LA TABLETTE DE VERRE!”, calice!?”

D’accord, moi-même je n’avais pas prévu que la chaleur de la chandelle briserait la tablette. N’empêche que je savais que c’était une mauvaise idée de la poser dessous. Si elle m’avait écouté en la plaçant près du lavabo, ça ne serait pas arrivé.

Christine regarde le dégât! Elle a au visage et dans la voix un air de surprise, de découragement et de panique. Promptement, elle se lève et sort du bain en disant:

“Non! Oh mon Dieu! C’est vrai! C’est vraiment vrai! Je SUIS une Miss Catastrophe! Non! Non! Non! My God! C’est terrible! Je fais toujours tout pour te causer du tort! Je suis vraiment méchante! Tout ce que je fais, c’est de provoquer de la merde! Je ne fais jamais rien de bon! Je suis vraiment Miss catastrophe! Je n’arrête pas de te faire du trouble. Je suis une malédiction. Miss Catastrophe! ”

Je l’ai regardé se rhabiller, ramasser ses affaires et s’en aller. Je ne ne suis pas intervenu. Je n’ai rien dit. Je n’ai rien fait. Je voyais bien que ses paroles étaient exagérées. Je devinais que, consciemment ou non, elle me les récitait dans l’espoir que je les démentisse pour la rassurer. Or, je ne pouvais pas faire ça. Pour mon propre bien, il eut été contreproductif de nier les conséquences fâcheuses qui arrivent lorsqu’elle insiste à ne pas respecter mes limites. J’espérais seulement qu’à partir de maintenant, la leçon serait apprise une bonne fois pour toutes. Je ne demande pas la lune. Je ne cherche pas à la contrôler. Je n’ai jamais voulu l’insulter ni la rabaisser. Je veux juste qu’elle m’écoute, lorsque je lui dis que ce qu’elle me propose ne me convient pas.

Hélas, cet espoir ne s’est jamais réalisé. Éventuellement, elle m’a laissé tomber. Elle ne pouvait plus continuer de former un couple avec un gars comme moi, qui la faisait toujours se sentir stupide.

Si seulement elle m’avait écouté lorsque je lui disais NON!

Camélia.
Ses intentions étaient bonnes. Elle voulait rassurer Lynn, une de mes amies. Lynn venait de se faire avorter. Elle s’est confiée à ce sujet à ses trois amis les plus proches, incluant moi.

Un jour, alors que Camélia était chez moi pendant mon absence, elle a fouillé partout dans mes tiroirs et dossiers. Elle y a trouvé un dépliant de la clinique d’avortement, avec le nom de Lynn d’écrit dessus. À mon retour, j’ai eu droit à une interrogation à ce sujet. Je n’ai eu d’autre choix que de lui expliquer la situation. Ce qui a eu pour effet de l’insulter.

Pourquoi est-ce qu’elle s’est confiée à toi et pas à moi?”
“Parce qu’elle et moi, on se connait de longue date. Notre gang remonte au cégep.”
“C’est pas une raison pour penser que j’allais la juger!”
“Hein? Elle n’a jamais pensé que tu allais la juger.”
“Pourquoi elle me l’a pas dit, d’abord?”
“Parce que c’est une expérience pénible pour elle. Le fait que c’est pénible, ça l’a poussé à se confier à quelques amis proches. Mais en même temps, puisque c’est pénible, elle ne veut pas que tout le monde le sache.”

Toute la soirée, elle n’a pas voulu changer de sujet. J’ai eu beau lui expliquer sous tous les angles, elle n’en démordait pas. À ses yeux, si notre amie ne s’était pas confiée à elle, c’est parce qu’elle croyait que Camélia allait la juger. J’ai tenté de conclure avec ce point final:

Écoute! Peu importe la raison pourquoi elle ne veut pas que les autres le sachent, si elle ne veut pas qu’on en parle, alors il ne faut pas en parler. Si on est ses amis, on doit comprendre ça. Ce sont ses limites, et on doit les respecter.”

Le lendemain, vers la fin de l’après midi, je reçois un appel de Lisa, une de celles à qui Lynn s’était confiée. Elle m’apprend que Lynn vit une grosse crise sociale et familiale en ce moment, parce que tout son entourage vient d’apprendre son avortement. Et qu’on lui a rapporté que ce serait Camélia et moi qui en avons parlé. Nous sommes désormais banni de notre bande d’amis, qui sont particulièrement dégoûtés de cette trahison de ma part.

Lorsque Camélia arrive chez moi quelques heures plus tard, c’est très exaspéré que je lui explique ce qui vient de se passer. Elle répond:

« Ben voyons donc! Ça s’peut pas, qu’elle réagisse comme tu dis. Ceux à qui j’en ai parlé ne l’ont pas jugée. Exactement ce que je te disais! Tu vois bien que je sais ce que je fais!”« 

Camélia tenait à me montrer que c’était elle qui avait raison. Elle ne m’a donc pas écouté. Et maintenant, c’est moi qui payait le prix de son obstination, sans oublier Lynn qui vit précisément l’enfer qu’elle cherchait à éviter.

Mais qu’est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase “ELLE NE VEUT PAS QUE SON ENTOURAGE LE SACHE!”, tabarnak!?”

Face à mes objections, elle se met en colère, insultée. Elle se donne la peine de contacter tout notre entourage afin de calmer les craintes de notre amie, comme quoi personne ne va la juger. Et moi, non seulement je lui dis de ne pas faire ça, je lui démontre qu’en faisant à sa tête, elle avait ruiné ma vie sociale. Ce qui, à ses yeux, équivaut à lui dire que son obstination était stupide, donc qu’elle n’est qu’une idiote.

Éventuellement, elle m’a laissé tomber. En partie à cause de l’influence que ses parents avaient sur elle contre moi. Mais aussi parce qu’elle en avait assez de continuer de former un couple avec un gars comme moi, qui la faisait toujours se sentir stupide.

Si seulement elle m’avait écouté lorsque je lui disais NON!

Ça m’a pris de nombreuses années avant que je constate qu’il y avait plusieurs constantes dans cette situation qui se répétait. Ce sera le sujet du prochain billet.

À SUIVRE

Ne souffre point de l’adversité celui qui sait la manipuler

ANECDOTE 1. Ça faisait environ sept ans qu’internet avait fait son apparition dans les foyers. C’était l’époque pré-Google, pré-Facebook, Pré-Twitter, pré-Instagram, pré-Youtube. Dans ces années-là, le moyen par excellence pour avoir accès à un public, c’était via les forums d’échanges et de discussions. Tel que je l’ai décrit en 2012 dans le billet Les 9 étapes de la naissance, la vie et la mort d’un forum, les choses se passaient presque toujours comme suit: Le forum est créé. Au début, tout le monde est émerveille de cet outil de communication. Dans un laps de temps variant entre 5 à 10 mois, c’est l’harmonie totale. Puis, tel que j’en ai parlé en 2009 dans le billet Devenez membre de la CIA (Cyber Irresponsible Asshole) en 5 leçons faciles, voilà qu’arrive un enfoiré qui commence à faire chier les autres car il se sent à l’abri de représailles, du fait qu’il est derrière son écran et que « internet, c’est pas la vraie vie. »

Bientôt, d’autres suivent son exemple, les emmerdements commencent, et les membres du forum se divisent en sept camps:

  1. Les agresseurs.
  2. Leurs victimes, qui ripostent.
  3. Ceux qui se plaignent de ces guerres.
  4. Ceux qui encouragent les guerres car « ça met de la vie dans le forum ».
  5. Les modérateurs qui, trop souvent, profitent de leur position pour faire partie du problème.
  6. Les administrateurs qui, en général, ne foutent rien pour régler le problème.
  7. Les spectateurs qui se contentent d’en rire.

Bref, tout ça pour dire que la majorité des membres des forums se retrouvaient rapidement avec des ennemis. C’était mon cas.

Au tournant du siècle, beaucoup d’internautes se créaient un journal intime. Du moins, aussi intime que puisse l’être quelque chose que l’on met sur le net. Et ça, à une époque où on n’avait pas encore l’option de mettre nos écrits en privé, ça a causé plus d’un drame dans la vraie vie, lorsque l’entourage d’une personne découvrait son blog et y voyait ce qu’elle pensait d’eux. Également, beaucoup se créaient des pages web pour diffuser leur art, leur travail, leur humour.

Et c’est ainsi que quelqu’un m’a piqué mon nom d’artiste. Il a enregistré steverequin.com et il a créé une page web dans laquelle il diffusait de court sketchs en vidéo de son cru. Il était évident qu’il tentait de recréer à sa manière le concept des Têtes à Claques, sans en avoir les moyens techniques ni le talent.

Pour autant que je sache, ce vol n’était pas personnel. Je ne connaissais pas ce gars-là. Peut-être avait-il lu mon nom quelque part et il l’avait trouvé original. Ou peut-être avait-il créé lui-même Steve Requin par hasard quelques années après moi. N’empêche que ça me posait un problème. Étant donné que je cherchais moi-même à me créer ma propre page web à mon nom, le fait qu’il l’avait déjà enregistré me contrariait. Je me demandais comment est-ce que je pourrais le récupérer. Chose d’autant plus difficile, du fait qu’aucune loi ne régissait encore internet.

Je suis donc allé sur ce forum que je fréquentais, pour voir si je pourrais y trouver conseil. Dans le sujet « Parlez-nous de vos projets », j’ai écrit quelque chose dans le style de: « Je veux juste vous dire que je n’ai rien à voir avec la page steverequin.com », en ajoutant un lien direct. Quelques membres ont commenté, tel que je dis plus haut, sur le fait que le gars semblait vouloir recréer le style des Têtes à Claques.

Et c’est là que sont intervenus mes ennemis, en raillant comme quoi il fallait s’attendre de ma part à une nouvelle tentative de poursuite judiciaire. (Ils faisaient référence à une poursuite que j’avais intenté contre un ex-employeur pour harcèlement moral au travail.)

Cette intervention de mes ennemis m’a fait réfléchir. Je les connaissais bien et je savais ce qu’ils étaient capables de faire. J’ai compris que si je demandais dans le forum des conseils pour faire en sorte que cette personne cesse d’utiliser mon nom, ils allaient aussitôt se rallier du côté de l’imposteur. L’un de mes ennemis étant très fort pour évoquer les clauses légales, je me doutais bien qu’il serait capable de le contacter afin de lui dire exactement quoi faire pour s’assurer d’avoir la propriété légale de steverequin jusqu’à la fin des temps.

J’ai alors compris ce que je devais faire. Retournant à mon clavier, j’ai répondu:

« Le poursuivre? Allons donc, il n’y a pas de profit à tirer d’une personne pauvre et inconnue. Je planifie au contraire de le laisser continuer sans intervenir. S’il n’arrive pas à percer en humour, je n’en serai pas plus mal. Mais s’il améliore ses sketchs et son style et qu’il devient riche et célèbre, alors LÀ, je le poursuivrai. J’ai plusieurs preuves recevables légalement comme quoi j’utilise le nom Steve Requin depuis au moins huit ans avant lui. À ce moment-là, non seulement devra-t-il me verser la quasi-totalité de ses gains, je profiterai de ce tremplin médiatique pour lancer ma propre carrière d’auteur à la télé. »

Une semaine plus tard, ce que j’avais prévu arriva. La page steverequin.com disparut du net.

Lorsque tu as des ennemis qui ne cherchent qu’à te nuire, ceux-ci ne peuvent supporter l’idée que tu puisses tirer profit d’une situation. Dans ce temps-là, ils font tout en leur possible pour saboter cette opportunité. Dès que j’ai compris ceci, je n’avais plus qu’à leur faire croire que mon but était le contraire de ce que je voulais vraiment. Alors en cherchant à me nuire, ils ne se doutaient pas qu’au contraire, ils mettaient leurs efforts à travailler au meilleur de mes intérêts. Dans ce cas-ci, en allant persuader l’autre Steve Requin d’abandonner son site et mon identité, afin que je ne puisse rien en tirer.

Un an plus tard, dès que le nom redevint libre, je m’en suis aussitôt emparé, le renouvelant annuellement, avant de le greffer à ce blog que vous lisez en ce moment.

ANECDOTE 2. Époque pré-Google. Je ne me souviens plus exactement de tous les détails. Mais j’avais un texte à écrire, et je n’en connaissais pas le sujet à 100%. Il m’était arrivé, par le passé, d’essayer de me renseigner sur un sujet sur ce forum. Tout ce que j’ai eu comme réponse fut des « Débrouille-toé! »

Cette fois-ci, j’ai opté pour l’option inverse: J’ai affirmé des choses, en sachant d’avance que j’étais dans l’erreur. Je me doutais bien que les négatifs du forums allaient se faire un plaisir de tenter de m’humilier en étalant les bonnes informations afin de prouver que j’avais tort. Et en effet, ça n’a pas tardé. Grâce à leurs informations et aux liens qu’ils fournissaient afin de prouver leurs dires, j’ai pu écrire mon texte en (désormais) toute connaissance de cause.

ANECDOTE 3. J’avais, dans mon entourage, une illustratrice extrêmement talentueuse. Elle faisait des portraits-caricatures très ressemblants, d’un style que l’on aurait pu croire tirés de dessins animés. Elle chargeait cher, mais elle le valait. Elle avait aussi un orgueil démesuré et souffrait d’un viscéral complexe d’infériorité. Le genre de personne qui voit de la compétition partout. Et surtout, qui ne peux pas supporter que l’on complimente toute personne ayant moins de talent qu’elle.

Nous avions une amie commune qui aurait bien voulu se voir en version dessin, mais elle n’avait pas envie de payer si cher. Et en même temps, elle n’aurais jamais osé lui demander un rabais. Alors je lui ai proposé un truc: Avec mon pousse-mine, je lui ai fait sa caricature, mais juste en quelques traits. On parle ici d’un petit dessin premier-jet primitif de la taille d’un 5¢ qui ne m’a pas pris plus que 30 secondes. Et au lieu de le scanner, je l’ai pris en photo, ce qui a laissé l’image grisâtre. Je lui ai suggéré d’en faire son avatar de Facebook, en commentant comme quoi elle trouve mon dessin mignon.

Ça n’a pas raté. L’illustratrice a laissé sous l’image un commentaire passif-agressif amer qui exprimait son incompréhension face à l’émerveillement de notre amie pour ce dessin. Puis, trois semaines plus tard, elle lui a fait cadeau d’un superbe dessin couleur. Tel que prévu, incapable de supporter que l’on admire un dessin moins bien que les siens, elle ressentait un profond besoin de démontrer sa supériorité. Ainsi, notre amie a eu ce qu’elle voulait: Un superbe portrait-caricature-cartoon, totalement gratuit puisque non-sollicité.

EN CONCLUSION : À partir du moment où l’on sait ce qui motive les gens haineux, on peut aisément les manipuler à faire n’importe quoi. Il y a un proverbe qui dit : Sois près de tes amis, et encore plus près de tes ennemis. Pour ceux qui se demandent où se situe la logique de ce dicton, vous venez d’en lire trois bon exemple.

À partir du moment où tu sais ce qui motive tes ennemis, tu n’as plus d’ennemis. Tu n’as que des gens que tu peux aisément manipuler à travailler pour toi. Et lorsqu’ils sont motivés par la haine, ils savent se montrer beaucoup plus efficaces dans leur travail que le seraient la majorité de tes amis.

Trois chansons de dragueurs qui racontent la même anecdote (et qui ont la même conclusion homophobe)

Il y a un nouveau scandale ces jours-ci au sujet de l’orientation sexuelle d’un personnage de fiction. Jon Kent, fils de Clark Kent et de Lois Lane, a hérité des pouvoirs de son père, et est aujourd’hui un jeune Superman. Et celui-ci est ouvertement bisexuel.

On pourrait penser que les nombreuses protestations actuelles sur le sujet démontrent que la société est encore intolérante à ce genre de chose. Or, le simple fait qu’existe ce personnage et que l’on lui donne cette orientation, ça aurait été encore impensable au siècle dernier où la bisexualité, surtout masculine, était taboue. Mais surtout, elle était vue comme étant un signe de loserisme flagrant et extrême chez l’homme hétéro.

À l’époque, on disait que c’était de deux choses l’une: ou bien l’homme était hétéro, ou bien il était homo. Il n’y avait pas d’entre-deux. Pour qu’un homme soit bi, il fallait qu’il entre dans l’une de ces trois catégories:

  • Jeune et confus, donc « ça ne durera pas. »
  • Incontrôlable obsédé sexuel pathologique qui devrait se faire soigner car il baise tout ce qui bouge, alors cachez vos enfants et vos animaux domestiques.
  • Hétéro qui n’a rien pour séduire les femmes. Il ne lui reste donc que l’option loser qui est de se payer des putes. Ou bien pire encore, l’option gratuite, qui démontre qu’il est loser désespéré trop radin et/ou trop pauvre pour se payer une femme: être obligé de s’abaisser à satisfaire ses désirs sexuels avec des hommes gais.

C’est de ce dernier point dont il est question ici.

Au Québec, sur une période de dix ans, soit de 1986 à 1995 inclusivement, nous avons pu entendre à la radio trois chansons qui racontaient essentiellement la même anecdote.  C’est-à-dire :

  • Un homme sort en boite dans le but de draguer.
  • Il décrit l’endroit, l’ambiance, les conquêtes potentielles.
  • Il tente sa chance.
  • Il accumule les revers.
  • Il n’a plus aucune autre option, à part accepter de coucher avec un autre homme.
  • Il rentre chez lui aux petites heures du matin. 
  • Et seul, parce qu’il n’est pas désespéré à ce point-là, tout de même.

La première chanson vient du Québec et les deux autres de France.  Par ordre chronologique, il s’agit de :

ARRÊTE DE BOIRE – Rock et Belles Oreilles, 1986
Rock et Belles Oreilles, ou RBO, est composé essentiellement de quatre, cinq ou six membres, tout dépendant de l’époque. Ils ont eu plusieurs émissions à la radio, à la télé, et ont composé et interprété de nombreuses chansons humoristiques qui ont eu beaucoup de succès. Leur premier fut Ça Rend Rap, jeu de mots avec Saran Wrap. Et le second, encore plus populaire que le premier, fut Arrête de Boire.

Il n’y a pas eu de vidéoclip filmé pour cette chanson.

Donc, ça commence alors que l’homme va à la disco dans le but de draguer. 

Minuit passé, quand les gens font dodo
Moi je m’en vais cruiser à la disco.

Tous les soirs je sors dans les bars.

Il commence par décrire l’endroit et les conquêtes potentielles.

Là-bas au bar, je spotte une fille
Elle me regarde, me déshabille
.

Sur le plancher de danse, je vais tenter ma chance
Avec une fille qui a l’air du sosie de Martine St-Clair

Il essaie de se rapprocher de ces femmes, et il accumule les revers.

« Salut! Tu viens souvent ici? »
« Oui mais j’pense que je r’viendrai pu. »

« Heille! Va jouer ailleurs! », qu’elle me dit
Un coup d’genou dans les parties.

Incapable de plaire aux femmes, il ne lui reste plus que l’option de se taper un gai, s’il veut satisfaire ses désirs sexuels.

J’ai tant dansé, j’ai tant cruisé, sans jamais avoir pogné
Que j’pense que j’vas virer aux gais, aux gais, aux gais.

Mais puisqu’il n’est pas désespéré à ce point-là, il rentre chez lui, seul.

Je rentre chez nous, saoul comme un trou
Je rentre à la maison, seul comme un toton.
Je rentre à la maison, me faire un Dîner Swanson.

Deux ans plus tard, deux Français nous arrivent avec une chanson qui raconte exactement la même chose. Est-ce un hasard ou bien se sont-ils inspirés de RBO? Mystère!

PANIQUE AU DANCING – Zap Shaker, 1988
Zap Shaker est un trio formé de Dominique Sylvère Jacquin et des frères Daniel et Joe Nathan Dahan. En 1989, ils changent de nom pour Sylvère et les Zap, le temps de sortir Mama Gouyé, avant de redevenir Zap Shaker, puis de se séparer en 1992. Les frères Dahan se sont fait ensuite connaître sous le nom de Trampoline. À ma connaissance, leur seul succès à avoir traversé l’Atlantique est Panique au Dancing.

L’homme va au bar dans le but de draguer.  Il commence par décrire l’endroit et les conquêtes potentielles.

Ça clope à gogo,
ça bouge sur le tempo,
ça mouille les maillots
Ça gémit, ça s’effleure

et ça s’secoue comme un shaker
Blacks, blancs, beurs.
Les jeans moulés, les minijupes,

et les Marylin et les balais
Les petits lolos, les chambre d’écho,

les dures, les très mollos
Et go go go.

Il tente sa chance et accumule les revers.

Je fonce dans le troupeau,
j’en prends une au lasso
C’est good pour le slow
J’ai la touffe d’un héros
Elle dit:  « Zappe, zappe, je suis sur une autre affaire. »
Ah! C’est la guerre!?

Je sors les dollars,
je m’pose au bar
j’ai l’œil en rut sur les pétards.
Encore un canon,

faut j’sois béton
« Hello! Je suis le champion de la super-position. »
(Panique au dancing, panique au dancing)
Elle me fait: « No comprendo! Ciao, ciao!
Et encore un bide!

Et lorsqu’il croit enfin en avoir trouvé une qui veut de lui, pas de chance, c’est un homme.

Par Belles-et-putes, v’la une comète.
Faut pas qu’je foire, faut j’me la mette.
L’air Sainte-Nitouche.  Mes seins, pas touche…
Ça y est, j’ai une touche! 

« Alors baby, would you light my fire? »
« Bien sssûr, beau garçççon! »
Aaah merde! Un travelo!  La queue d’la comète.

Et au matin, il rentre chez lui bredouille.

J’me casse, eh!  Cinq heures du mat, Paris s’éveille.  Pas de « Crac! Boum! Hue! »

Cette chanson est truffée d’amusantes tournures de phrases et de jeux de mots, tels Belzébuth / belles et putes, l’étoffe d’un héros / la touffe d’un héros, superposition / super position, ou bien les capotes sont cuites.  Il y a aussi des références qui échappent au Québécois moyen.  Par exemple :

« Black, blanc, beur » ne fait pas que décrire le fait que les clients du dancing sont noirs, blancs et maghrébiens. C’était un slogan qui parlait de la jeunesse désoeuvrée dans la France des années 80, et remonterait à 1984. Il faisait référence au drapeau Français, remplaçant bleu-blanc-rouge par black-blanc-beur.  Puis, ce slogan a été récupéré dans les années 90 lors de la victoire d’une équipe de foot de France (donc de soccer) dont les membres étaient majoritairement de ces trois origines.

« Crac! Boum! Hue! »  D’après Les Playboys, chanson de Jacques Dutronc, qui utilise cette onomatopée en rapport avec l’acte sexuel.

« Nous avons les moyens de vous faire danser, »  dit avec l’accent allemand, est en rapport à cette phrase entendue dans je ne sais plus trop quel film de guerre, dans lequel un membre de la Résistance se fait interroger par un officier nazi qui lui dit « Nous avons les moyens de vous faire parler. »

« You know what? I’m happy! » est un mème pré-internet.  Il s’agit d’une phrase prononcée per Droopy, célèbre chien d’allure dépressive de dessin animé, créé en 1943.

Vers le milieu des années 90, en entrevue, les membres de Zap Shaker étaient surpris que l’on se rappelle encore d’eux en rapport à Panique au Dancing.  Aujourd’hui, vu le côté kitsch, misogyne et homophobe de cette chanson, ils préféreraient probablement qu’on les oublie.

Ce qui nous amène à :

COOL BABY COOL – Roman Photo, Sorti en France en 1994, puis au Québec en 1995.
Roman Photo est un projet musical français qui a eu trois hits au milieu des années 90 avec des chansons se basant sur du sampling de succès de l’époque Disco.  Deux d’entre eux se sont rendus jusqu’au Québec. Il s’agit de Souds of Summer, puis de la chanson dont il est question ici, Cool Baby Cool.

Là encore, pas de vidéoclip tourné, seulement une version sono.

Et ici encore, même formule: l’homme va en disco dans le but de draguer.  Il commence par décrire l’endroit et les conquêtes potentielles. 

Il est tard, les cafés ont fermé.
La discothèque est pleine à craquer.
Ok, ok, j’avance, j’essuie
Le disk jockey joue du funky.

« J’essuie » comme dans essuyer des revers, je suppose. Détail original : contrairement aux deux premières chansons, celle-ci commence non pas au début de la soirée, mais plutôt alors que ça fait cinq heures qu’il est dans ce bar

Ça fait cinq heures que j’tourne en rond
Je trouve le temps vraiment trop long
Je bois des bulles de mousse et de bons tons
J’entends des « Oooh! »
Blasé de tout, soudain complètement fou.

Elle!  J’la vois, je l’appelle.
Mon Dieu c’qu’elle est belle.
Canon, une bombe, d’la vraie dynamite
Les pages centrales de « Lui » dans mon orbite
Elle me dit « Moi, c’est Claire! »
Comme l’éclair

À chacune il sert le discours / refrain qui suit :

Viens!
Prends ma main.
J’vais t’raconter l’histoire d’un amour sans retard
Sans gare, sans fard, sans part, ni désespoir
Genre de bêtises qu’on dit par pur hasard
La nuit est belle,
Tu m’ensorcelles, baby.
Surtout l’accroche de ton porte-jarretelles.
Dans mes yeux, luit, observe, c’est la lueur de mon envie
Regarde bien, au fond tu verras mon lit.

Plus le temps avance, plus il accumule les insuccès. La première à qui il sert ce refrain lui répond :

« Ah, mais tu planes, toi, ou quoi?  Salut! »

La seconde, alors qu’il dit que « ça fait six heures que j’tourne en rond », lui réplique :

« T’en fais trop, mec.  J’en ai marre. Salut! »

Et à la troisième, alors que « ça fait sept heures que j’tourne plus rond », c’est la fille qui l’approche en disant :

« Salut, moi c’est lise.  Tu viens? »

Le « Tu viens ? » sous-entend qu’il s’agit d’une prostituée.  Et ceci marque le début de son désespoir, alors qu’il commente « Ok, ok, je m’enlise. »

Apparemment, il la vire, car voici la suite et fin de l’histoire :

La fille s’est envolée
sur l’air de pas trop y toucher
Le genre de tarte à oublier.
Le plan s’évère sévère.
Mon calme a des ratés,
Je deviens cinglé
Ce soir je récidive
Je persévère sévère

« Salut mon bichon. Tu danses? »

la voix de cette dernière phrase semble venir d’un homme gai.  Ainsi, s’escalade le loserisme du dragueur : Après avoir passé plus de sept heures à draguer en vain les femmes célibataires libres, on passe à plus bas; la pute qui offre ses services.  Enfin, déchéance totale, il ne lui reste plus que des gais et/ou travelos comme option.

Ici, pas de mention qu’il rentre chez lui seul.  Mais on se doute bien que c’est le cas.  S’il a passé sept heures à draguer en vain les femmes, et qu’il a refusé de payer pour du sexe, ce n’est certainement pas pour se contenter d’un homme.

Le côté homophobe que l’on reconnaît aujourd’hui à ce genre d’histoire vient du fait qu’à l’époque, l’homosexualité était une source acceptable de moqueries.  Cette orientation était considérée inférieure, du fait qu’aux yeux de la majorité de la population, un homme, un vrai, ça baise une femme.  Et que, dans l’ignorance populaire, si un homme aime les hommes, c’est parce qu’il se prend pour une femme.  D’où ces quatre raisonnements tordus :

  • Un homme, un vrai, ça attire les femmes.  Si tu n’en attires pas, tu n’es pas un homme.
  • Un homme, un vrai, ça se voit dans son allure, qu’il est hétéro.  Si tu attires un gai, c’est parce que tu as l’air gai.  Voilà qui explique automatiquement aux yeux du public la raison de tes bides auprès des femmes.
  • Un homme, un vrai, ça baise des vraies femmes.  Si tu baises une fausse femme, donc un gai, tu es un loser désespéré.
  • Mais surtout, et c’est ce qui ressort de ces trois chansons, et c’est que peu importe à quel point il est désespéré, un homme, un vrai, ça ne s’abaisse pas à baiser avec un autre homme. Voilà pourquoi ils repartent chez eux, seuls.

Certes, il nous reste encore bien du chemin à faire pour que toutes les différentes orientations sexuelles soient normalisées, et surtout respectées. Mais quand on voit celui que l’on a parcouru depuis le début du 21e siècle, il y a de l’espoir comme quoi les choses changent peu à peu pour le mieux.

L’hétérocisexuel n’est pas nécessairement transphobe ni homophobe

Bien que que j’ai créé le terme hétérocisexuel en 2016, Google en donne trois résultats aujourd’hui. Le premier est le mien. Le second date de 2018 et se trouve dans les commentaires de ce billet de blog. Et le troisième est dans ce livre publié en 2021 écrit par une femme, au sujet de ses relations homosexuelles.

Ceci dit, qu’il soit écrit Hétérocisexuel avec un S ou Hétérocissexuel avec deux S, je ne suis pas le premier à avoir créé ce mot. Cet honneur semble revenir à l’autrice transgenre Julia Serano. Elle l’utilise dans son livre Whipping Girl: A Transsexual Woman on Sexism and the Scapegoating of Femininity publié en 2007. Mais l’important, c’est que même sans s’être consultés, nous lui donnons tous la même signification.

Hétérocisexuel est un mot-valise qui combine Hétérosexuel + cisgenre. Il s’agit d’une personne qui ne peut aimer et désirer que les personne non-transsexuelles de l’autre sexe.

Je cherchais à créer un mot pour décrire ces gens, car je n’aime pas particulièrement le terme « super-straight. » Mais surtout, parce que le terme « transphobe » est le mot que trop de personnes haineuses utilisent à tort pour qualifier cette orientation.

Source: Cet échange public sur Twitter.

Il me semble que qualifier de transphobe toute personne qui ne se voit pas en relation avec des trans, c’est comme prétendre que les homosexuels sont misogynes. Que les lesbiennes sont misandres. Que les gais en tous genres sont hétérophobes. Depuis quand est-ce que le fait que ressentir de l’attirance pour l’un signifie automatiquement ressentir du mépris pour l’autre?

Cette fausse transphobie prend son origine dans un faux débat, qui consiste généralement à demander à un homme hétéro s’il voudrait avoir une relation avec une femme trans. Si l’homme répond non, on lui réplique alors que, puisqu’une femme trans a toujours été femme malgré sa naissance dans un corps masculin, ça signifie que l’homme ne s’intéresse pas à la personne. Il ne s’intéresse qu’à ses génitaux. Donc, qu’il méprisera la femme trans au profit d’une femme cis. D’où conclusion que ne pas vouloir d’une femme trans, c’est être transphobe.

Il s’agit évidemment d’un sophisme, puisque la même théorie de la préférence des génitaux pourrait être utilisée contre les gais et lesbiennes. Mais dans leur cas, personne ne verrait de pertinence d’utiliser envers eux un tel argument pour expliquer leur orientation. Sauf, ironiquement, ceux qui sont homophobes.

Avoir le réflexe d’apposer des étiquettes négatives afin de rabaisser ceux qui ne ressentent pas d’attirance pour nous, c’est quelque chose qui a été mille fois dénoncé en tant que comportement typique chez les incels et des nice guys. Lorsqu’ils harcèlent les femmes qu’ils désirent, eux aussi vont leur servir l’argument du « Pourquoi est-ce que tu aimes / baises l’autre, mais pas moi? » Ici, on ne peut pas parler de phobie envers le genre ou l’orientation sexuelle et émotive de l’autre. Et pourtant, il s’agit du même comportement, qui consiste à demander à une personne de justifier son attirance envers l’un et son indifférence envers l’autre. Or, on ne peut pas expliquer une orientation sexuelle, et encore moins la justifier. Voilà pourquoi c’est un faux débat.

Quant aux gens qui y apposent la détestable mentalité du « Si tu n’es pas avec nous, tu es contre nous », ils ne servent pas leur cause. Tout ce qu’ils démontrent, c’est qu’ils ont eux-mêmes les préjugés, l’intolérance et l’étroitesse d’esprit qu’ils accusent les autres d’avoir. Le respect et la tolérance n’est pas, et ne devrait jamais être, une route à sens unique.

Il y a déjà bien assez de transphobes comme ça dans la société. Pourquoi chercher à augmenter leur nombre en accusant mensongèrement de l’être ceux qui n’en sont pas, histoire de se les mettre à dos eux aussi? À moins, bien sûr, que le but de cet exercice d’hypocrisie soit de se mettre en situation de prophétie autoréalisatrice, afin de mieux faire dans la victimisation transphobique.

Source: Les prophéties autoréalisatrices.

Ne pas être attiré par les trans, ce n’est pas être transphobe. Ce n’est pas être homophobe. Ce n’est pas être lesbiennophobe. Ce n’est pas être phallusophobe. Ce n’est pas être vaginophobe. Et ce n’est pas non plus avoir une mentalité deux-poids-deux-mesures.

C’est être hétérocisexuel, tout simplement.

La mauvaise influence positive.

J’ai été élevé dans un entourage dans lequel la moindre de mes failles était pointée.  Un entourage dans lequel la moindre de mes faiblesse était exploitée.  Un entourage dans lequel mes malheurs résultant des deux défauts précédents étaient sujets de moquerie et/ou de mépris.  Un entourage dans lequel tout ce qui peut t’arriver de fâcheux est automatiquement de ta faute.  M’en plaindre était perçu comme un signe de faiblesse de plus, et me valait encore plus de moqueries et de mépris. 

Je devais tout de même reconnaître qu’il y avait du vrai dans ce qu’ils disaient.  Mes défauts, c’est moi qui les ai, personne ne me les a donnés.  Mes faiblesses, personne d’autre que moi ne peut les surmonter.  Les mauvaises décisions, c’est moi qui les prends.  Puisque je suis responsable ce de que je suis et de ce que je vis, alors en effet, si je ne fais rien pour améliorer la situation, c’est de ma faute si elle reste négative.

Alors je me suis retroussé les manches et j’ai travaillé.  Travaillé sur moi.  Travaillé sur mes défauts.  Travaillé à m’améliorer.  Travaillé à prendre les décisions non pas par impulsion, mais bien par réflexion.  Avec le temps, à force de discipline, de courage, de ténacité, de logique, de sagesse, j’ai cessé d’être faible et défectueux.  Et j’ai développé une force de caractère qui m’a permis de passer à travers des expériences qui auraient poussé bien des hommes à la dépression, l’alcoolisme, la drogue, la violence, le crime, le meurtre, le suicide.  Et ce n’est pas moi qui le dis.  Ce sont des commentaires que j’ai reçu durant les vingt dernières années.  Mais bon, je n’en tire aucune vanité.  Si je l’ai fait, c’est que je n’avais pas le choix.  Voilà pourquoi j’ai toujours été étonné que l’on vante mes mérites à ce sujet.  Dans ma tête, le principe du marche ou crève, c’était la normale pour tout le monde.

Cette vie ne m’a cependant pas appris à donner autre chose que ce que j’avais reçu.  Élevé sans pitié de la part des autres, j’ai donc été élevé à ne pas avoir de pitié envers les autres.  Si moi j’ai réussi à surmonter mes faiblesses, je ne vois aucune raison pourquoi les autres n’y arriveraient pas.  Si moi je n’ai reçu que du mépris pour mes défauts, il n’y a aucune raison pourquoi je devrais ressentir autre chose que du mépris pour les défauts des autres.

Alors je réagissais aux problèmes des autres de la même façon que l’on a toujours réagi aux miens : en responsabilisant la personne qui les a. 

  • Tu as un problème de consommation?  Tu n’avais qu’à ne pas commencer à te droguer. 
  • Tu es alcolo?  Personne ne t’a jamais obligé à boire.
  • Tu es obèse?  Lâche-donc cette excuse bidon comme quoi « C’est un problème de glandes », ou alors prouve-le avec un certificat médical. Sinon, assume le fait que tu es tout simplement trop lâche pour être capable de contrôler la qualité et la quantité de ce que tu manges.
  • Accro au jeu?  Est-ce que quelqu’un te pointe un gun sur la tête pour te forcer à aller t’assoir devant une machine à poker électronique?  Surtout que le hasard électronique, ça n’existe pas.  Il y a forcément de la programmation.  Et si ça doit être programmé, ça peut tricher.  Pense avec ta tête, loser! 
  • Tu n’arrives pas à arrêter de fumer?  Soyons objectifs et regardons les deux côtés du paquet : Du côté négatif, fumer, ça pue, c’est sale, donc ça empeste et salit le moindre millimètre carré de la maison. Ça cause des problèmes de santé qui amènent souvent à de précoces fins de vies aussi misérables que douloureuses. Ça cause des incendies qui ont tué un nombre incalculables d’hommes, femmes et enfants. Et c’est de l’argent, une fortune, qui part en fumée, littéralement. Et du côté positif, ça rapporte quoi, de fumer?  Rien!  Tu savais parfaitement tout ça avant de commencer, et tu as quand même choisi de commencer

Car en effet, tout ça, ce sont des choix.  Personne ne peut le nier, à moins d’avoir mauvaise foi.  Alors ne viens pas te plaindre pour ça. Tu savais parfaitement dans quoi tu t’embarquais.  Si tu as commis l’imbécilité de choisir de commencer, alors c’est à toi d’avoir l’intelligence de choisir de t’arrêter.  Et surtout, si tu n’y arrives pas, c’est à toi d’avoir la volonté de surmonter ta lâcheté.

Et vous savez ce qui m’a le plus surpris ces dernières années?  Et par dernières années, je dirais aux environs de 2005-2015?  C’est de constater que la population en général se montre compréhensive et tolérante envers les gens faibles, pris dans leurs dépendances.  Au point où je me suis fait maintes fois huer pour mon intolérance, parce que, m’a-t-on souvent répété, « Ces gens-là n’ont pas demandés d’être comme ils le sont. »

En fait, plus que me surprendre, ça me frustrait.  Si personne n’a eu de compréhension pour moi ni de tolérance pour mes défauts et mes faiblesses, pourquoi est-ce qu’ils comprennent et tolèrent ceux des autres?  Si je suis responsable de mes problèmes, pourquoi est-ce que les autres se font déresponsabiliser des leurs?  Pourquoi les encourager à chialer sans rien faire, alors qu’il est beaucoup plus productif de les pousser à se retrousser les manches et à se prendre en main?  À l’école, j’étais le plus petit, le plus faible, le plus indiscipliné, le plus lâche. Moi non plus, je n’ai pas demandé d’être comme ça. Mais je me suis pris en main.  Et à 53 ans, je suis un athlète avec une volonté de fer, qui continue d’accumuler des diplômes et des certificats de formations, alors que je n’avais même pas mon 5e secondaire avant mes 26 ans.  Je suis la preuve vivante que de se faire donner le choix entre avancer ou crever, ça marche! 

Constater que tout le monde avait droit à une tolérance que l’on m’a toujours refusé, je prenais ça comme une injustice.  J’étais amer.  Sur les forums de discussions, j’ai probablement écrit des centaines de variantes de la phrase suivante :

« Ah, on sait bien! Lorsque n’importe qui dit / fait / vit ça, il ne reçoit que compréhension, commentaires positifs, aide, encouragements…  Par contre, quand c’est MOI qui dit / fait / vit la même chose, alors là, OH-LA-LAAAA, GROS SCANDAAAAALE!  Est-ce qu’il y a une raison pour ça? »

Impossible à mes interlocuteurs de répondre à ça sans s’entacher. Ou bien ils reconnaissent les faits et se démontrent coupable d’hypocrisie. Ou bien ils ne nient et ils s’affichent comme étant malhonnête. Voilà l’un de mes plus grands talents. Inutile de préciser que ça ne m’apportait rien de positif comme réaction.  Ce qui me permettait d’utiliser leurs réponses pour renforcer mon point, et aussi comme preuve de leur mauvaise foi, en répliquant cet autre truc que j’ai également écrit des centaines de fois :

« Vous pouvez tous voir de vos propres yeux ce qu’il vient d’écrire.  Ce n’est quand même pas moi qui l’invente. »

Et puis, il y a six ans, un déclic logique s’est fait dans ma tête. On fait souvent l’erreur de croire que l’environnement dans lequel on a été élevé, c’est la norme. J’ai peut-être été élevé sous une mauvaise influence, n’empêche qu’elle s’est avérée positive, puisqu’elle m’a poussé à surmonter mes faiblesses morales, physiques et intellectuelles. Raison de plus de penser sincèrement que ces valeurs que l’on m’inculquait étaient universelles.

Voilà pourquoi j’avais un sentiment d’injustice, de me faire huer lorsque je démontrais que je faisais ce que j’avais à faire, et que j’en demandais autant chez les autres. À mes yeux, ça voulait dire que nous vivons dans une société hypocrite qui ne cherche qu’à rabaisser autrui. Elle n’hésite pas à se contredire et faire usage de mauvaise foi et à m’imposer des paradoxes et des situations deux-poids-deux mesures: On me rabaisse parce que je suis faible, pour ensuite me rabaisser parce que je suis fort.

Et c’est là que j’ai enfin fini par constater que mon environnement d’origine, et la société en général, c’est deux. Si je me fais huer pour ma mentalité « Marche avec courage ou crève comme un lâche! », ça veut dire que cette mentalité est socialement inacceptable. Et si cette mentalité est inacceptable, alors ça veut dire que le milieu dans lequel je suis né et où j’ai été élevé était composé d’enfoirés intolérants.  Et qu’en ne tolérant pas chez les autres ce que l’on n’avait pas toléré chez moi, j’en étais devenu un moi-même.

C’est à peu près à la même époque que j’ai découvert que j’étais demisexuel.  Ce qui signifiait que la retenue et le respect que j’ai toujours ressenti envers la femme et ses limites sexuelles, ça n’était pas une question de volonté, contrairement à ce que j’avais toujours cru jusque-là.  C’était tout simplement la manière dont la nature avait programmé mes neurones.  Ce qui signifie que les alcolos, fumeurs, drogués, paresseux, dépressifs, suicidaires, obsédés sexuels, etc, ne le sont pas par choix. Ils le sont parce que la nature les a créés ainsi. 

Et c’est comme ça que dans la seconde moitié de la quarantaine, je me suis rendu compte que oui, bien des choses sont des choix personnels. Et beaucoup de comportements sont influencés par le milieu et l’éducation. Et pour certaines gens dont je suis, on peut travailler sur soi-même pour perdre nos mauvaises habitudes, nos mauvaises manies, améliorer sa force, sa forme cardio, son alimentation, son physique, son éducation, sa culture, son intellect… Mais pour beaucoup d’autres, la nature leur a donné un corps et un cerveau qui ne peut tout simplement pas décider du jour au lendemain de changer pour le mieux. En fait, si, ils peuvent le décider. Mais contrairement à ce qu’affirme le proverbe, quand on veut, on ne peut pas nécessairement.

Si j’ai la force de caractère requise pour survivre dans le chaos, si j’ai la souplesse d’esprit pour transformer en fumier la merde que l’on m’a lancé afin de mieux grandir, comme je dis souvent, c’est parce que la nature m’a ainsi fait. Une autre personne, dans le même environnement, aurait été détruit, ou bien serait devenu destructeur, ou alors se serait autodétruit. Et elle ne serait pas plus responsable pour ça, que je puisse être admirable d’y avoir survécu en m’y adaptant.

La nature d’une personne, ce n’est pas un accomplissement personnel. L’accomplissement personnel, c’est de réussir à se dépasser soi-même. Mais pour réussir à se dépasser, il faut d’abord que la nature nous donne ce qu’il faut pour être capable de le faire. Tu ne peux pas avoir la volonté de commencer à avoir de la volonté si la nature ne t’a pas donné de volonté. C’est aussi simple que ça. Si on est comme on on est, c’est parce que l’on est comme on nait. Et ce n’est de la faute de personne.

C’est à 47 ans que j’ai enfin compris cette réalité, que je l’ai accepté, et que j’ai appris à être compréhensif et tolérant envers mon prochain.  Et depuis, la seule chose que je ne tolère pas, c’est l’intolérance.

Mais ça, je crois qu’on peut me le pardonner.

La culpabilisation sociale abusive envers le chanceux occasionnel

Avis à mes lecteurs européens: Ce texte parle d’argent en dollars canadiens, mais ça ne vous empêchera nullement de comprendre l’idée générale.

Je suis membre d’un groupe sur Facebook dans lequel on nous a récemment posé une question très classique. Et les réponses qu’elle a engendrée ne le sont pas moins. J’en ai triées quelques unes. Vous verrez vite une constante parmi celles-ci.

Il y avait plusieurs autres genres de réponses. Ça parlait de se payer des maisons, des véhicules, et surtout des voyages autour du monde. Quelques uns disaient en blague des variantes de « D’la poudre et des putes. » Et comme il faut s’y attendre, il y a toujours un irréfléchi dans le lot pour nous ressortir cet argument cliché qui possède toute l’intelligence du lombric:

Mais sinon, ouais, environs une réponse sur quatre était sur le thème de « Je vais gâter tout mon entourage. »

Je vais sonner cynique, et je le suis probablement. Mais je ne comprendrai jamais cette mentalité qui impose que l’on devrait absolument disséminer nos avoirs autour de nous, lors des très rares fois où la chance nous sourit. Aider nos parents, payer les études de nos enfants, d’accord. Mais pourquoi en faire profiter en plus tout notre entourage?

On a tendance à oublier que dans notre entourage, il y a beaucoup de gens qui ont toujours été bien plus fortunés que nous. Est-ce qu’ils nous gâtent, eux? Non, hein!? Et personne ne s’attend non plus à ce qu’ils le fassent. C’est normal. S’ils faisaient ça, ils ne connaîtraient pas la sécurité financière très longtemps. Si tu veux être gâté, tout le monde va te le dire: Gâtes-toi toi-même. C’est ta responsabilité, pas celle des autres.

Certains d’entre vous me diront: « D’accord, mais il y en dans notre entourage qui sont dans la misère. » À ça, je réponds une variante de ma question précédente : Est-ce que les gens fortunés de ton entourage aident gens miséreux dont tu parles? Non, hein!? Alors pourquoi serait-ce à toi de le faire? Surtout lors de la seule et unique fois dans ta vie où c’est toi qui a la chance d’être fortuné? Ce n’est pas pour rien que l’on dit que la charité bien ordonnée commence par soi-même.

Pourquoi est-ce que la (sur)vie des autres serait ta responsabilité? Surtout si elle ne l’était pas avant que tu gagnes à la loterie. Ils ont bien réussi à survivre jusque-là. Pourquoi n’en seraient-ils plus capables, et ce à partir du moment exact où tu as enfin de l’argent?

Le problème, c’est que l’être humain est hypocrite de par sa nature. On cherche toujours à améliorer nos conditions de vie. Mais on digère mal de voir que les conditions de vies de ceux qui nous entourent s’améliorent tandis que la nôtre reste stable. Surtout si cette amélioration est un fait du hasard, et non le résultat de leurs efforts. Voilà pourquoi ton entourage est envahi d’un grand sentiment de déception lorsque tu gagnes à la loterie. Ils ne peuvent s’empêcher de penser que tu n’as pas mérité de recevoir tout cet argent. Qu’il n’y a aucune raison pourquoi toi tu y as eu droit, mais pas eux. Que cette situation est tout simplement injuste. Et ceci fait naitre en eux l’envie, la convoitise, la jalousie et le mépris.

Si tu as des gens qui t’entourent, c’est parce qu’ils sont confortable avec ce que tu es. Ainsi, si tu es pauvre et qu’ils te fréquentent, c’est parce qu’ils sont à l’aise avec ta pauvreté. Sinon, ils ne fréquenteraient que des riches. Mais à partir du moment où tu passes de pauvre à riche, tu cesses d’être tel qu’ils t’acceptent.

Et c’est là que tu te fais bombarder de commentaires comme quoi tu serais un égoïste de ne pas partager ta fortune, toi qui a tout reçu sans efforts, alors qu’eux n’ont rien malgré les leurs. Alors pour soulager ta conscience d’une culpabilité qu’ils te créent eux-mêmes, tu leur distribues généreusement tes gains jusqu’à ce qu’il ne te reste plus rien. Autrement dit, tu te fais manipuler à te remettre toi-même dans la pauvreté dont tu as passé ta vie à souhaiter de te tirer. Et ce, pour racheter des amitiés qui était jusque-là gratuites.

Hélas, dans cette situation, l’amitié devient comme un appartement: Tu ne l’achètes pas, tu le loues. Dès que tu ne peux plus te le payer, tu le perds et tu te retrouves seul dans la rue. Et c’est là que tu te rends compte que ton choix au départ se résumait à deux options:

  • Garder l’argent et perdre tes amis.
  • Ou bien perdre l’argent, et quand même perdre tes amis.

Et dans ce dernier cas, tu passes le reste de ta vie entre les ingrats qui te méprisent pour ne pas leur en avoir donné plus, et les jugementaux qui te méprisent pour t’être ruiné en tentant d’acheter l’amitié de ton entourage.

Depuis l’âge de 25 ans, je sais exactement ce que je ferais avec un million de dollars. En partant du fait que l’âge de la retraite est à 65 ans, et que 65 – 25 = 40, un million divisé par 40 ans = $25 000.00 par année, soit seulement deux ou trois mille dollars au-dessus du seuil de pauvreté actuel. On peut en vivre modestement maintenant. Mais à mesure qu’augmentera l’inflation lors des quarante prochaines années, ce montant deviendra peu à peu trop ridicule pour en vivre. Et arrivé à l’âge de la retraite, pas de pension à espérer si tu n’as pas travaillé, et donc pas cotisé au régime d’épargne-retraite.

Ce million ne me rendrait pas riche. Il ne me servirait qu’à assurer ma survie de base pour le restant de mes jours, en payant mon loyer, un 4½ maximum, et ma nourriture. Et pour pouvoir m’offrir le reste, j’aurai un boulot, comme tout le monde.

Mais ça, c’est seulement pour un million. Si un jour je gagne cinq, dix, trente, cinquante millions, ça sera autre chose. Afin d’être prêt pour cette éventualité, j’ai créé un plan en dix points.

POINT 1: Je ne le dis à personne. Quand les gens ne savent pas ce que tu as, ils ne peuvent pas te l’enlever. Alors la solution est simple: Ta gueule!

Vous me direz que je ne peux pas m’en tirer puisque Loto Québec annonce toujours publiquement le nom de ses gagnants? Oui, et alors? Est-ce que les gens de votre entourage se renseignent à ce sujet à chaque tirage? Pas les miens, en tout cas.

Puisque c’est un tabou social de divulguer son salaire, pourquoi serait-il plus acceptable de parler de nos gains de loterie? Alors quand je dis que je vais n’en parler à personne, je veux vraiment dire PERSONNE! Ni amis, ni parents, ni enfants, ni même la femme que je fréquente, si j’en ai une. Dans ce genre de situation, une personne de confiance, ça n’existe pas. Cette nouvelle, c’est juste trop gros. Toute personne à qui tu te confies sera incapable de garder ça pour elle. Elle va se confier à son tour à sa propre personne de confiance. Et c’est cette personne-là qui ira tout raconter à tout le monde. Et c’est là que les emmerdes commencent.

Je suppose que j’ai fait froncer plus d’un sourcil en disant au paragraphe précédent que je ne le dirais même pas à celle que je fréquente. Mais rappelez-vous ce que je dis plus haut. Quand tu es pauvre, les gens te fréquentent car ils sont à l’aise avec ta pauvreté. Dès que tu deviens riche, à leurs yeux, tu n’es plus du tout cette personne qu’ils apprécient.

Et sans vouloir généraliser, il est très rare qu’une personne riche se mette en couple avec une personne pauvre sans que leur inégalité financière, et surtout leurs manières opposées de gérer un budget, soit problématique. Attend-toi donc à vivre l’enfer quotidien de la part de cette personne qui va passer la moitié de son temps à te mettre de la pression pour dépenser, et l’autre moitié à rager que tu ne l’écoutes pas. Et ça, c’est sans parler de tous ceux dans son entourage qui vont tenter de l’influencer négativement à ton sujet, comme quoi tu n’es qu’un salopard d’égoïste de ne pas la couvrir de fourrures, de bijoux et autres choses frivoles et inutiles.

Pourquoi rester en couple avec quelqu’un qui fait de ta vie un enfer et qui va s’assurer de te faire tout perdre en moins de trois ans? Car c’est en effet dans ce laps de temps qu’en moyenne un millionnaire de loterie se retrouve encore plus pauvre qu’avant d’avoir gagné.

POINT 2: J’évite de donner des signes extérieurs trop évidents de ma nouvelle richesse. Je ne vais pas m’acheter une Lamborghini, surtout si c’est pour la laisser dans la rue parce que je n’ai pas d’espace de stationnement dans le taudis où je loue mon 3½.  Non seulement ça va attirer sur moi l’attention des criminels, ça va attirer sur moi l’attention de la police… qui va me soupçonner d’être un criminel, d’être capable de me payer ça alors que j’habite ce quartier.

POINT 3: Je déménage.  Pour un endroit où personne ne me connait, et dans un quartier et logis plus sûr, plus sécuritaire.

POINT 4: …Mais je ne passe pas tout de suite d’un 3½ dans un taudis, à un château de 8 millions.  Même si c’est une amélioration, ce changement est trop radical.  Une personne qui n’est pas habituée à vivre dans ce luxe perd tous ses points de repères.  Surtout que maintenant, tu es trop riche pour garder tes amis pauvres, et tu n’as ni la personnalité ni les manières pour avoir des amis riches. Et c’est là que tu réalises que tu t’es mis dans une prison de ta propre création. Trop de millionnaires de loterie sont virés dépressifs à changer de vie de manière aussi abrupte.  Je commence donc par habiter un simple 4½ dans une propriété impeccable. Puis, je prends le temps de réfléchir et d’évoluer. Je verrai dans un an ou deux si je suis prêt pour un condo, une maison avec terrain, ou autre chose.

Et par réfléchir et évoluer, je veux dire:

POINT 5: Je travaille sur moi, j’investis en moi, je prends soin de moi. Qu’on le veuille ou non, un tel changement, c’est difficile pour l’équilibre mental. Surtout si on se retrouve du jour au lendemain à ne plus savoir quoi faire de ses journées car on n’a plus besoin de travailler. Alors non seulement j’occupe ce temps libre à autre chose qu’à me morfondre, je le fais de manière à améliorer tous les aspects de ma vie.

  • Je me paie un psy que je consulte afin de m’assurer de garder mon équilibre tandis que je me fais peu à peu à ma nouvelle vie.
  • Je vais au gym et je me paie un entraineur.
  • Je me paie nutritionniste.
  • Je vais dans les bibliothèques publiques et je prend un peu de culture. Théâtre, biographies, Histoire, grands romans classiques.
  • Et surtout, maintenant que j’en ai le temps et les moyens, je suis des cours et des formations dans des domaines qui m’intéressent et qui étaient jusque-là hors de ma portée.

Toutes ces activités ont pour but de m’aider à faire peu à peu la transition de vie pauvre à vie de millionnaire, ainsi qu’à me donner des points en commun avec les autres riches qui ont certainement une meilleure éducation que moi. Et tant qu’à n’avoir aucune obligation de travailler, aussi bien acquérir des compétences dans un domaine qui me plaît. Car avoir un travail et/ou fonder ma propre entreprise, c’est avoir une source de revenus. Peu importe que ces revenus soient réels ou imaginaires, l’important c’est que ton entourage croit que tu en as. Et ceci est la meilleure façon de cacher que l’on est un millionnaire de loterie, et ainsi on s’évite l’envie, les convoitises, la jalousie et le mépris.

POINT 6: J’offre une aide financière modeste à mes parents et/ou à mes enfants, s’ils sont dans le besoin. Évidemment! Je ne suis pas égoïste, tout de même. Et s’ils me demandent comment je puis me le permettre, je dis que j’ai décroché un meilleur boulot, d’où mon déménagement pour m’en rapprocher, et que pour l’instant je n’ai pas besoin de ce surplus salarial. Et oui, je prends bien soin de leur préciser « pour l’instant », pour ne pas qu’ils abusent en s’imaginant que c’est une rente à vie.

POINT 7: Je me répète mais JE NE LE DIS À PERSONNE, pas plus à mes nouvelles fréquentations qu’à mes anciennes. Est-ce que je veux avoir une vie sociale et une vie de couple avec des gens qui s’intéressent à moi, ou bien qui s’intéressent à mon argent?

POINT 8: Je prépare mes feintes et ripostes face aux arnaqueurs. Bien que ce n’est pas tout le monde qui lit les journaux, il y en a qui cherchent spécifiquement les noms des nouveaux riches instantanés car ils savent que ces gens ne sauront pas comment gérer adéquatement autant d’argent. Aussi, je me suis préparé pour les appels téléphoniques que je ne manquerai pas de recevoir de la part de mille-et-un experts en placements financiers ou autres inconnus qui veulent profiter de mon gain. À eux, je réponds: « Ha! Ha!  Ok, je comprends. Vous cherchez à rejoindre L’AUTRE Stéphane Johnson, celui qui a gagné 50 millions? Oui, je reçois beaucoup d’appels depuis qu’il a gagné. Mais ce n’est pas moi, malheureusement, je n’ai pas son argent, j’ai juste le même nom que lui. » Comment voulez-vous qu’ils vérifient si je dis vrai ou non?

POINT 9: Les meilleurs conseillers financiers travaillent pour ta banque. Penses-y sérieusement: C’est une banque. Leur travail, c’est l’argent. Leur expertise, c’est le faire fructifier. Ils ont besoin de ton argent pour faire des profits, et ils connaissent les meilleurs investissements à long termes et à risques minimes. Alors évidemment, qu’ils vont te donner les meilleurs conseils. Il y va de leurs intérêts, littéralement. Et contrairement à une firme privée, de soi-disant experts en conseils financiers, les banques travaillent en collaboration avec le Gouvernement et sont étroitement surveillées par celui-ci. Elles ne peuvent donc jamais faire faillite, ni fermer pour disparaître avec ton argent.

Dis-toi bien une chose: Si un conseiller financier est obligé d’ouvrir son propre bureau, c’est parce qu’il n’est pas assez compétent pour travailler pour une banque.

Enfin, POINT 10, mais qui pourrait aussi bien s’appeler le point zéro puisqu’il s’agit du point de départ: Beaucoup de gens vont te mépriser parce que tu achètes des billets de loterie. Ils vont dire qu’il s’agit là d’une taxe volontaire. Ou bien ils vont te sortir des statistiques démontrant que tu as plus de chance de te faire frapper par la foudre que de devenir millionnaire de la loterie. Sauf que… Peu importe le pays où tu habites, est-ce qu’il y a de 5 à 60 personnes par semaine qui se font frapper par la foudre? Parce que tout dépendant de ton pays, tel est le nombre de nouveaux millionnaire que la loterie fait sur une base hebdomadaire. Alors pour ce que ça vaut, les statistiques…

Et ce sont ces mêmes gens-là, ceux qui te méprisent d’acheter des billets de loterie, qui vont ensuite vouloir profiter des gains que tu t’es fait en achetant ces mêmes billets qu’ils te décommandaient d’acheter. Alors la meilleure réplique à servir à ceux qui voudraient profiter de tes gains, c’est: « Fais comme j’ai fait; achète des billets! »

Que tu sois pauvre, de classe moyenne ou bien riche, il y a une vérité universelle, et c’est que la meilleure façon de perdre ton argent, c’est d’en faire ce que te conseillent ceux qui n’en ont jamais réussi à en avoir.

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Y’A LIENS LÀ.


La Saga du Casino, une histoire en trois parties qui raconte comment la mère d’une de mes ex s’est littéralement retrouvée dans la rue cinq mois après avoir gagné une auto au casino de Montréal. Et comment, suivant son exemple, sa fille nous a ruiné.