Les Pompes Funestes ; une tragicomédie. 3e partie

Mercredi le 14 janvier.
La travailleuse sociale de mon père ne sera disponible que demain. En attendant, je ne reste pas les bras croisés. Je parcours Google, à la recherche de quelque chose qui puisse m’aider à retracer ma mère. À tout hasard, je me dis qu’il existe peut-être une centrale des résidences pour personnes âgées au Québec. Je tombe sur exactement ça : Résidences Québec. Je leur écrit.

« Bonjour.
Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales. Voici son nom et sa date de naissance.
« 

Quelques minutes plus tard, je reçois confirmation.

Et dix minutes après, on m’appelle. La recherche n’a rien donné, étant donné qu’il s’agit d’un répertoire de résidences privées. Ce qui signifie que ma mère est au public, donc dans un CHSLD. On me conseille de consulter le CLSC de sa région. J’explique que je l’ai fait hier, mais qu’à cause de la Loi 25, ils ne peuvent pas me donner cette information, aussi illogique que ça puisse être. Elle me suggère donc la Curatèle Publique. Ou mieux encore, Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie Est. Je la remercie et je raccroche.

Je commence par la curatèle publique. Je trouve la page de demande de renseignement. Je remplis la fiche et la demande.

« Bonjour.
Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales. Voici son nom et sa date de naissance.
« 

Une heure et demie plus tard, j’ai un appel.

« Allo ? »
« Bonjour monsieur Johnson. Mon nom est Yasmine et je vous appelle de la curatèle publique. »

Elle me demande si le nom et la date de ma mère, tels qu’inscrit dans mon courriel, sont exact. Je le confirme.

« Malheureusement, votre mère n’est pas inscrite dans notre base de données. Je vous souhaite bonne chance dans vos recherches. »

Ok alors, va pour le CISSS de la Montérégie Est. Je trouve les coordonnées sur Google. Ce qui me permet de constater que …

« Tu me fucking niaises ? Leurs bureaux sont situés à l’hôpital de St-Hyacinthe ? Là où mon père est mort ? »

Incroyable !

Puisque je suis à Québec, je ne vais pas faire encore 2h30 de route vers St-Hyacinthe. Je cherche un numéro pour les appeler. Je cherche comment les contacter. Mais d’un lien à l’autre, je finis par me faire suggérer le 811, option 2, info social. J’appelle. Après un quart d’heure d’attente, on me répond.

« 811 info social, mon nom est Fatima, comment puis-je vous aider ? »
« Bonjour. Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales.« 
« Est-ce que vous habitez à Québec ? »
« J’y suis présentement, mais mon adresse officielle est à St-Jean-Baptiste. »
« Et votre mère, résidait-elle à Québec ? »
« Non, à Beloeil. »

Étant donné que j’appelle de Québec, il semblerait que je me suis automatiquement retrouvé aux services de la ville de Québec. On me transfère donc à l’équivalent, mais situé dans la ville de Beloeil. Mais avant, elle me demande :

« Sinon, de votre côté, est-ce que vous avez besoin de soins ? Ressentez-vous de la déprime ou bien des idées suicidaires ? »
« Hein ? Moi ? Non ! Je suis bien correct ! Je suis préposé aux bénéficiaires, alors j’en ai vu d’autres. »
« D’accord ! Alors je vous transfère. »

Et c’est reparti pour l’attente, qui dure cette fois 1h34.

« Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie Est. Mon nom est Membayé. Comment puis-je vous aider ? »
« Bonjour. Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales.« 

Il me pose quelques questions. La première étant de savoir s’il y a en ce moment contre moi une raison légale de ne pas avoir de contacts avec elle. Je le rassure que non.après quelques autres échanges, il me dit qu’il n’a pas accès à ces renseignements. Mais que je dois appeler à Santé Montérégie, section de la santé mentale et dépendance.

« Vous ne parlerez pas à un être humain. Ce sera un répondeur. Vous devrez donner la raison de votre appel. Le nom de votre mère et sa date de naissance. Le nom de votre père, sa date de décès, et le nom de sa travailleuse sociale. Enfin, votre nom et numéro de téléphone. Dans les 24 heures, vous aurez droit à un retour d’appel. Avez-vous un papier et un crayon ? »
« Oui ! »
« Parfait. je vous donne leur numéro de téléphone. »

J’ai noté. J’ai appelé. J’ai dit tout ça. Il ne me reste plus qu’à attendre demain les rappels de la travailleuse sociale de mon père, ainsi que du préposé de Santé Montérégie. Ce fut beaucoup de travail. Mais au moins, là, j’ai doublé les chances de retracer ma mère.

Et là, DÉNOUEMENT INATTENDU !
Une heure après avoir terminé le dernier appel, j’en reçois un autre.

« Allo ! »
« Stéphane ? J’m’appelle Marcel, chus un ami de ton père. J’ai appris pour Pierre. Mes condoléances. »
« Merci ! »
« J’va aller voir ta mère tantôt, faut que j’y annonce ça délicatement. »
« Que… VOUS SAVEZ OÙ EST MA MÈRE ? »


Non seulement il le sait, c’est lui qui possède tous leurs documents, et qui a récupéré leurs possessions. Il me donne par téléphone son adresse, leurs deux numéros d’assurance sociale. Pour la date de mariage, il va le lui demander tantôt. Mais sinon, voilà, enfin, j’ai tout ce qu’il faut pour que commencent les processus légaux.

Ce qui signifie que j’aurai passé les derniers 48h à me démener comme un malade, et ce absolument pour rien, puisque je n’avais qu’à rester évaché sur mon cul à attendre l’appel de ce Marcel dont j’ignorais l’existence.

Ce qui me démontre encore une autre fois que, lorsqu’il s’agit de mes parents, peu importent mes décisions, peu importe ce que je dis, ce que je fais, et les efforts que j’y mets, au bout du compte, j’aurai toujours fait tout ça pour rien. C’était le cas de leur vivant. Et c’est toujours le cas maintenant.

Mais bon, peu importe comment le problème a pu se régler, l’important, c’est que le problème a pu se régler.

_____
À CONCLURE

Les Pompes Funestes ; une tragicomédie. 2e partie

Mardi le 13 janvier.
13h. Je suis au Salon Funéraire Bellemare. L’employée me donne ses sympathies. On passe à son bureau.

Il y a quatre jours, au moment du décès de mon père, je n’avais que trois souhaits. Le premier, d’être présent pour l’accompagner jusqu’à la fin. Chose que je n’ai pas pu faire, puisqu’il est mort quelque part dans la nuit. C’est que, de tous les hôpitaux que j’ai visité dans ma vie, celui-là était le seul où, dans la chambre, il n’y a pas de chaise qui s’allonge, pour les visiteurs. Impossible pour moi de pouvoir y dormir. Ce qui m’a obligé à retourner chez moi à Québec. Ce qui a résulté à mon absence lors du décès.

Le second souhait, pouvoir le mettre moi-même dans son linceuil. Chose que je n’ai pas pu faire, puisqu’ils s’en sont occupés eux-mêmes tandis que j’étais en route vers l’hôpital.

Et le troisième souhait, donner son corps à la science, pour la recherche sur l’Alzheimer. La maladie de mon père fut exceptionnelle, étant donné la lenteur à laquelle elle a progressée, c’est à dire sur une période de vingt ans. Qui sait, peut-être trouveront-ils en lui un gène, un enzyme, une molécule, quelque chose qui pourrait être reproduite chez les autres, afin de pouvoir freiner cette horrible maladie.

« C’est une très bonne idée, monsieur. Malheureusement, il aurait fallu en discuter avec l’Hôpital, le jour de son décès. C’est quelque chose qui doit être fait dans les douze heures. Alors après quatre jours, vous pensez bien… »

QUOI !? Mais J’AI voulu en parler à l’hôpital. J’ai essayé d’en parler à l’infirmière, après avoir fait mes adieux à mon père. Mais elle m’a répondu que ce serait le salon funéraire qui s’occuperait de tout.

Incroyable !

Je ne dis rien. Inutile d’exploser à la face de cette employée, qui n’a de toute façon rien à voir là-dedans. Il ne me reste plus qu’à me résigner au fait que, lorsqu’il s’agit de mes parents, « Que ma volonté soit faite ! » n’a jamais été et ne sera jamais un adage respecté. Qui sait, peut-être que mon père aurait pu aider, par sa mort, à faire progresser l’Humanité. Et peut-être que je me fais des illusions aussi. N’empêche qu’à cause d’une infirmière ignorante et/ou négligente, nous ne le saurons jamais.

Du coup, maintenant qu’il faut disposer du corps, je serai obligé de payer les frais de la crémation et des services.

J’explique que dans le cas de mon père, on peut oublier les traditions. Il ne lui reste plus un ami de vivant. Pareil pour la famille, pas de frère, soeur, parent, oncle, tante, cousin. Il n’y a que ma mère, placée dans un foyer d’accueil depuis qu’elle a commencé à dégrader cognitivement il y a un an. Donc, inutile de payer un cercueil, une exposition, une messe, des signets, ou même une annonce dans le journal. Il n’y aurait qu’à moi que tout ça s’adresserait. Je vais donc pour le plus économique. De toute façon, mes deux parents m’ont toujours répétés qu’ils ne voulaient pas de chichis. Incinérés, et hop, fini. Ce que je fais, avec l’urne de base, une simple boite de métal, ouvrable. (Car il y a également des modèles scellés.) Et pas de colombarium, je garde le tout. Un jour, je planterai un arbre, avec ses cendres sous les racines. Ça vaudra bien toutes les pierres tombales. Le tout me coûte $3 000.

Je réponds aux questions du formulaire d’usage. Bonne nouvelle, j’apprend qu’il existe un octroit gouvernemental qui me permet de recevoir $2 500 pour contribuer aux frais des funérailles. Cependant, il manque quatre renseignements pour que je puisse y avoir droit.

  • Le numéro d’assurance sociale de mon père
  • Le numéro d’assurance sociale de ma mère.
  • Leur date de mariage.
  • L’adresse de ma mère, c’est à dire là où elle réside actuellement.

Et c’est également requis pour le certificat de décès, que je ne pourrai obtenir sans ces renseignements pour compléter le dossier. Et aussi pour me permettre d’avoir droit à son assurance-vie. Et prendre en charge leurs affaires, les assurances, la banque.

Par contre, pour ce qui est d’arrêter les versements de sa pension, alors là, bizarrement, l’employée peut le faire imédiatement, car le Gouvernement n’a besoin que de son nom et de sa date de naissance.

L’employée m’apprend aussi qu’au sujet du testament, on peut maintenant s’adresser à n’importe quel notaire. Celui-ci s’adresse à la Chambre des Notaires, qui fait une recherche dans les archives de tous les bureaux de notaires du Québec. C’est que trop souvent par le passé, les héritiers ignoraient avec quel notaire leurs parents faisaient affaire. Cette méthode leur est donc très utile. Ce qui ne sera pas le cas dans le mien, puisque je sais déjà que mon père faisait affaire avec le notaire Archambault. Pas le choix. À l’époque, c’était le seul du village.

Étant donné que mes parents n’ont jamais tenus leurs affaires en ordre, et qu’ils ont été placés dans des foyers alors que j’étais en région éloignée, je me retrouve avec trois problèmes de taille.

  • 1- Où est le portefeuille de mon père ? Sans ses cartes, j’ignore son numéro d’assurance sociale.
  • 2- Où est donc placée ma mère ? Parce qu’on ne me l’a jamais dit. Or, il me faut son adresse. Et il faut bien qu’elle aprenne que son mari est mort. De plus, elle a droit à une pension de veuve. Il me faut donc ses cartes, ses papiers. Et elle seule peut me fournir son numéro d’assurance sociale, ainsi que leur date de mariage.
  • 3- Que sont devenus leurs possessions ? Après que ma mère ait eu à quitter l’appartement, où sont les meubles, les souvenirs de famille, mais surtout les documents ? Est-ce que ça a été entreposé quelque part ? Ou est-ce que le propriétaire a tout jeté ?

L’employée me donne la carte d’assurance maladie de mon père, que lui a rendu l’hôpital lorsqu’ils sont allé chercher le corps. Elle me suggère de commencer par aller chercher ses affaires au foyer où il résidait ces deux dernières années. Elle attendra de mes nouvelles par courriel, pour lui fournir les quatre renseignements qui manquent pour démarrer les procédures gouvernementales.

Première étape : la dernière résidence de mon père.
Je me rend à la résidence de soins pour personnes âgées.

« Bonjour ! Je suis le fils de Pierre Johnson. Je viens chercher ses affaires. »

Elle me regarde avec des grands yeux ronds, bouche bée, muette pendant un bon cinq secondes. Elle retrouve l’usage de la parole pour me dire :

« Euh… c’est que sa chambre a été vidée il y a trois jours. »
« HEIN ? Mais ses cartes ? Son portefeuille ? J’ai besoin de ça pour les procédures gouvernementales. »

Elle me demande de retourner à l’entrée, m’assoir et attendre, le temps qu’elle aille voir l’infirmière-cheffe pour démêler tout ça. Dix minutes plus tard, celle-ci vient me rejoindre. Elle me rassure que ses affaires sont toujours ici, en storage, au sous-sol. Je rapatrie donc ses vêtements, ses lunettes, ses cadres au mur, et même ses médicaments. Mais il me manque le plus important.

« Et son portefeuille ? »
« Pour autant que je sache, monsieur Johnson n’a jamais eu son portefeulle avec lui. Nous, on avait juste besoin de sa carte d’assurance maladie. Ses autres cartes sont restées chez lui, avec votre mère. »
« C’est que ma mère a été placée en foyer elle aussi. Mais je ne sais pas lequel. C’est arrivé alors que je travaillais en région éloignée. »
« Ah ? Bon eh bien, ce que je peux faire, c’est vous donner le nom et le numéro de la travailleuse sociale de votre père. Elle pourra sûrement vous aider. »

Deuxième étape, la travailleuse sociale.
Dans le parking, assis au volant, je compose son numéro. C’est un répondeur.

« Bonjour veuillez prendre note que je serai indisponible les 13 et 14 janvier. »

Et quelle date sommes-nous aujourd’hui ? MARDI LE 13 JANVIER, BOUT D’VIARGE ! Le premier de ses deux jours de congés. J’en ai donc pour 48h. Alors en attendant…

Troisième étape, le notaire Archambault.
Je compose son numéro. C’est un système téléphonique automatique. J’appuie sur les bons boutons, et je finis par parler à une personne. Qui me transfère à une autre. Qui me transfère à une autre. Qui me transfère à une autre.

« Coudonc ! C’est donc ben compliqué, pour un petit notaire de village. »

On finit par me répondre. J’explique que mon père a déposé son testament chez eux dans les années 90. Elle me demande son nom et sa date de naissance. Je lui donne.

« Très bien monsieur. Alors nous, on va s’adresser à la Chambre des Notaires, qui va faire une recherche dans les archives de tous les bureaux de notaires du Québec. Et s’il y a un testament à son nom, nous vous contacterons. Le tout va prendre entre quatre et huit semaines. »

DAFUQ !? J’appelle le notaire Archambault parce que mon père a déposé son testament au notaire Archambault. Et là, le notaire Archambault doit passer par la Chambre des Notaires du Québec pour trouver son testament, ALORS QU’IL EST DÉJÀ DANS LES ARCHIVES DU NOTAIRE ARCHAMBAULT !!!

Incroyable !

Bon eh bien, il me reste encore une carte à jouer :

Quatrième étape, leur dernier appartement.
Je m’y rend. Je constate que leur place de stationnement est occupée, ce qui signifie que l’appartement est loué à un autre. Je sonne chez le concierge une fois. Deux fois. Trois fois. Aucune réponse. Sans concierge, je ne peux pas connaitre le nom du propriétaire, et encore moins son numéro de téléphone. Je ne peux donc pas savoir ce qui est advenu de leurs possessions.

Je soupire ! Qu’est-ce que je fais, maintenant ?

À tout hasard, je prends mon téléphone. J’ouvre le micro de Google et je demande :

« Au Québec, comment retrouver quelqu’un qui habite en CHSLD ? »

La réponse ne tarde pas.

alors Cinquième étape, le CLSC.
Le CLSC n’est pas loin. Je m’y rend. Il n’y a personne qui attend à l’entrée, ce qui me permet d’être accueilli rapidement au comptoir.

« Bonjour. Comment puis-je vous aider ? »
« Oui, c’est pour un renseignenent… Ma mère a été placée en CHSLD tandis que je travaillais en région éloignée. Mais on ne m’a jamais dit où ils l’ont mis. Et là, mon père est mort, alors vous comprenez que je dois la retrouver. »
« Oh ! Euh… Ok ! Ben, mes sympathies. »
« Merci ! Fa que, puisque les CLSC ont des liens avec les CHSLD, je me demandais si vous pourriez la retracer. »
« Moi, non. Mais attendez, je vais demander à une secrétaire administrative. Donnez-moi le nom de votre mère et sa date de naissance. »

Quelques minutes plus tard, elles reviennent toutes les deux. La secrétaire administrative se montre empathique. Mais hélas, elles n’ont pas accès à ces renseignements. Et c’est là qu’elle rajoute un détail que je considère comme étant inhumain.

« De toute façon, même si on le savait, on n’aurait pas le droit de vous le dire, puisque ça fait partie des renseignements confidentiels, en rapport à la loi 25. »

Tu me fucking niaises ?

Il faut que j’annonce à ma mère que son mari est mort. Il faut qu’elle reçoive sa pension de veuve. Il me faut ses renseignements légaux pour produire un certificat de décès, enclancher les procédures testamentaires, les assurances, la succession, les prises en charge. Et je n’ai pas le droit de savoir où elle réside, parce que c’est un renseignement confidentiel ? JE SUIS SON PROPRE FILS, BOUT D’VIARGE !

Incroyable !

Il ne me reste plus qu’à attendre jeudi le 15 janvier, pour pouvoir contacter la travailleuse sociale de mon père, en espérant qu’elle pourra m’aider à démêler tout ça.

____
À SUBIR

Les Pompes Funestes ; une tragicomédie. 1e partie

Il y a environ vingt ans, sont apparus les premiers signes de démence chez mon père. Celle-ci allait évoluer en Alzheimer. Or, le hasard a fait que mon père pratiquait déjà les exercices requis pour retarder la progression de cette maladie : Mots mystères, Sudoku, mots cachés, mots croisés… Bricoleur, il occupait ses temps libres à faire des cabanes d’oiseaux. Mais attention : il reproduisait à échelle de véritables maisons. Il était extrêmement méticuleux dans cet ouvrage, ce qui demandait une impressionnante quantité de calculs. Et ceci gardait son cerveau actif.

Il y a environs dix ans, il a commencé à avoir ce que j’appelle la mémoire miroir. Par exemple, en auto, si sa destination était à droite, il croyait qu’elle était à gauche. Il a même quelquefois roulé en sens inverse de la circulation. Il y a trois ans, ça a provoqué un accident d’auto qui lui a retiré son permis de conduire.

Depuis deux ans, il ne reconnaissait plus personne.

Depuis un an, la dernière fois que je l’ai vu, il ne parlait plus.

Notre dernier selfie, octobre 2024

Mardi 6 janvier.
Je reçois un appel de l’hôpital de St-Hyacinthe. On m’apprend que mon père vit ses derniers jours. Comme on a pu le lire ici à de maintes reprises, mon père et moi n’avions pas la meilleure des relations. Mais bon, il reste que c’est le seul père que j’aurai jamais.

Mon métier de préposé aux bénéficiaires m’a quelques fois amené à accompagner des résidents lors de leurs derniers instants. Je peux donc bien faire ça pour mon propre père.

Mercredi 7 janvier.
J’arrive à l’hôpital. J’entre dans sa chambre, et… Mon père est là, debout, avançant doucement avec sa marchette, avec deux préposés qui lui tiennent les bras.

« Que… !? Hier, on m’appelle pour me dire qu’il est à l’article de la mort. Et aujourd’hui, IL MARCHE !? »
« Votre père était très agité aujourd’hui, et n’arrêtait pas d’essayer de se lever. On s’est dit qu’en le faisant marcher un peu, ça allait le fatiguer, et il serait plus tranquille. »

Je regarde le vieillard squelettique qui se tient péniblement debout devant moi. Mon père a toujours pris soin de sa santé. Toujours actif, il ne consommait ni tabac ni alcool ni drogues, et il a toujours mangé modérément. À 81 ans, il n’a aucun problème de coeur, de poumons, de reins, d’intestin, de prostate ou d’articulations. Pas de diabète, de cholestérol, de haute ou basse pression. Il aurait pu vivre cent ans et au-delà. Mais l’Alzheimer en avait décidé autrement. En lui enlevant d’abord sa mémoire, puis sa conscience, puis son appétit, d’où sa maigreur actuelle. Et bientôt, elle lui fera oublier de respirer, et ce sera fini. Mais en attendant, pour un mourant, il est encore bien vif.

Jeudi 8 janvier.
Aujourd’hui, mon père est allongé, plongé dans un sommeil agité. Il est tellement maigre que ses narines se sont refermées. Aussi, il dort avec la bouche grande ouverte. Il n’est branché à rien. Normal ! N’était de cette maladie dégénérative, il serait en pleine forme.

Une infirmière arrive et se présente. Elle lui parle doucement, lui disant qu’il est vraiment un beau monsieur, avec sa belle barbe blanche bien fournie. Je me retiens de lui préciser que mon père n’a jamais porté la barbe de sa vie. Que celle-ci est le résultat de la négligence du centre d’accueil où il loge depuis deux ans. Et que, par conséquent, il ne pourra même pas mourir avec son propre visage.

L’Infirmière-cheffe arrive. Elle engueule l’infirmière auxiliaire pour lui avoir laissé son dentier. Jusqu’à ce qu’elle réalise que certaines de ses dents sont plombées. Elle n’avait encore jamais vu ça, un homme de cet âge, qui posséde encore toutes ses dents naturelles. Quand je disais qu’il prenait grand soin de lui.

Au bout de quelque heures, je suis allé chez moi, me promettant de revenir le lendemain matin.

Vendredi 9 janvier.
06h22. le téléphone sonne. On m’apprend que mon père est mort à 6h10 ce matin. Je comprends immédiatement que c’est de la bullshit ! 6h, c’est l’heure du changement de quart. Il a été découvert mort lors de la première tournée du matin, voilà tout. En réalité, il a dû décéder pendant la nuit. Mais puisqu’il n’était branché sur aucune machine, aucun moniteur, son heure de décès véritable ne sera jamais connue.

Puisque je n’ai pas pu être là pour sa mort, je vais leur demander une faveur. Le mettre moi-même dans son linceuil. J’ai exécuté cette manoeuvre une dizaine de fois dans mon travail. J’accepterai volontiers la présence d’un préposé pour surveiller. Après un décès, on peut laisser le corps jusqu’à douze heures dans son lit, sans que ça ne cause le moindre problème. Ça me laisse largement le temps d’arriver.

Lorsque je me présente à l’hôpital, je suis surpris de voir sa chambre vide, son lit défait, le matelas enlevé pour désinfection. Je demande à une infirmière qui passe :

« Euh… Excusez-moi… Où est-ce que vous avez mis mon père ? »

L’infirmière me regarde, surprise.

« Vous êtes son fils ? »
« Oui ! »
« Vous n’étiez pas là ce matin ? »
« Non, je viens d’arriver. »
« C’est parce que ce matin, quelqu’un est venu réclamer le corps de votre père. »
« HEIN !? Mais voyons ! C’est impossible. À part moi et ma mère qui est en foyer d’accueil, il ne reste plus personne de vivant de sa famille immédiate. »

On me fait asseoir dans une pièce vide, le temps de démêler ça. Finalement. il y a eu erreur sur la personne. Il y a eu un autre décès au même étage cette nuit, et c’est lui dont le fils est venu ce matin. Quant à mon père …

« Votre père est à la morgue, au sous-sol. »
« Mais… On m’avait dit qu’il resterait dans son lit jusqu’à mon arivée. »
« C’est que vous savez, monsieur, après le décès, on n’a qu’une fenêtre de deux heures, avant de devoir mettre le corps en conservation. »

Je me retiens de lui dire que, moi-même préposé aux bénéficiaires, je savais très bien qu’en réalité j’avais douze heures devant moi. Mais bon, j’ai quand même conscience qu’ici, ce n’est pas un CHSLD. C’est un hôpital. Et dans un hôpital, les lits libres sont rares, et les chambres libres, encore plus. N’empêche qu’à cause de ça, après avoir raté son trépas, j’ai raté l’opportunité de le mettre en linceuil.

« Est-ce que vous désirez le voir ? »
« Oui s’il vous plaît ! »

Elle fait un appel, puis me demande de la suivre. Elle m’entraine dans une pièce au sous-sol. Mon père y est, linceuil ouvert jusqu’à la poitrine. Il repose sur l’armature en fer d’un lit sans matelas. On me demande si je veux rester seul avec lui. Je dis oui. Elle me laisse.

Lorsque l’on parle d’une personne qui décède dans son sommeil, on l’imagine le visage doux, une expression sereine, le corps détendu. Mon père a un oeil fermé et l’autre ouvert depuis tellement longtemps qu’il est vitreux. Les narines fermées. La bouche grande ouverte. Les dents qui ressortent. Le corps recroquevillé. Les mains crispées sur sa poitrine, les doigts crochus. Je me penche contre sa poitrine et je le blottis contre moi. Et moi, pourtant si froid, si cartésien, voilà que je me mets à pleurer à chaude larmes. Quelques longues minutes plus tard, je lui fais mes adieux en l’embrassant sur le front.

Avant de le quitter, je songe à le renfermer dans son linceuil. Mais la corde a été coupée à pluisurs endroits, la rendant inutile. En soupirant, j’ouvre la porte et je quitte la pièce. Je n’ai pas pu être là à son décès. Je n’ai pas pu le mettre dans son linceuil. Espérons que je pourrai au moins réaliser mon troisième souhait qui est :

« J’aimerais donner son corps pour la recherche contre l’Alzheimer. »
« C’est le salon funéraire qui va s’occuper de tout ça. Appelez-les. Ils vont venir chercher le corps, et ils vont tout vous expliquer. »
« Ah ? Ok ! Bon, ben, pour le certificat de décès, qu’est-ce que je dois signer ? »
« Vous n’avez rien à signer ici. Le salon funéraire va pouvoir répondre à toutes vos questions. »

Bon ! Je repars et me rend à mon auto.

Depuis toujours, je sais avec quel salon funéraire mes parents font affaire. Tout comme avec quel notaire. Aussi, je décide de commencer par aller rendre visite au notaire.

J’arrive au Mont-Saint-Hilaire à midi pile. Usant de ma logique, je me dis que rien ne sert de se présenter là pendant l’heure du dîner. Mieux vaut aller moi-même manger. Je regarde sur Google, et je vois que le bureau du notaire est ouvert jusqu’à 16h30. Je m’arrête donc au Shack Attakk.

13h05. J’arrive au bureau du notaire, et je me bute sur une porte fermée. Toutes les lumières sont éteintes. Je les appelle. C’est un répondeur.

« Bonjour ! Veuillez noter que nos heures de bureau sont de 9h à 16h30 du lundi au jeudi, et de 9h à 13h le vendredi. »

Et quel jour on est aujourd’hui ? Vendredi ! Ce qui signifie que, si je m’étais présenté comme un cave pendant l’heure du diner, j’aurais pu parler au notaire. Mais parce que j’ai eu l’intelligence de prendre en compte l’heure du diner, je dois attendre à lundi. Incroyable !

Bon, eh bien il ne me reste plus qu’à appeler le salon funéraire. J’ouvre le micro de Google et je dis :

« Salon funéraire Bellemare, Mont-Saint-Hilaire »

Je clique sur le symbole du téléphone du premier résultat.

« Oui allo ? »
« Bonjour ! C’est pour un renseignement. Mon père vient de décéder à l’Hôpital de St-Hyacinthe. »
« Mes sympathies. »
« Merci ! Donc,. j’appelle au sujet des préarrangements funéraires qu’il avait chez vous. »
« Euh… Je suis désolé. Mais ici, c’est la Clinique Éterna. »

Dafuq !? Je veux bien croire que les premiers résultats des recherches sur Google sont des liens sponsorisés. Mais voulez-vous bien me dire comment est-ce qu’une recherche sur un salon funéraire a pu générer une pub pour une clinique de soins esthétiques ?

Nouvelle recherche. Cette fois, c’est la bonne. La personne avec qui je parle me demande le nom de mon père et sa date de naissance. Je lui dis.

« Ah, oui, ici, je vois qu’il y a eu une demande de soumission pour un préarrangement, qui date de 2001. »
« Bien ! »
« … Mais, euh … Ça n’a pas dépassé l’étape de la demande. Le contrat n’a jamais été signé. »

Ah !?

Bon ! De deux choses l’une. Ou bien mon père a fait affaire ailleurs, ce qui m’étonnerait. Ou bien il m’a menti, ces trente dernières années, en disant qu’il avait fait ses préarrangements. Ce qui serait tout-à-fait lui.

« Voulez-vous que l’on s’en occupe tout de même ? »

Ou bien c’est ça, ou bien ce sera appeler tous les salons funéraires de la région. Fuck that !

« Oui s’il vous plaît ! »
« D’accord. Seriez-vous disponible mardi le 13 janvier à 13h ? »
« Ça me va. »


À SUIVRE

Lancements simultanés de Steve Requin et Stéphane Lussier Johnson

Il y a treize mois, j’annonçais que je mettais mon identité de Steve Requin derrière moi. Il est vrai que je n’avais plus rien signé sous ce nom depuis mon album de BD La Clique Vidéo en 2018. Et je ne faisais pratiquement plus rien sous ce nom. Mon premier bouquin sorti en 2023, Le sucre rouge de Duplessis, une étude sérieuse sur l’Histoire du Québec, est signé Stéphane Lussier Johnson. Tout comme mon roman constitué d’anecdotes autobiographiques, l’Amour est dans le champ de patates, disponible depuis quelques semaines.

Il y a dix ans, en automne 2015, je sortais le premier numéro de l’Héritage Comique. Un fanzine de 88 pages consacré aux comics de super héros de Marvel et DC traduits au Québec par les Éditions Héritage de 1969 à 1986. Trois ans plus tard, été 2018, je publiais un second numéro.

À la dernière page de ce second numéro, j’annonçais que le 3e sera consacré à Pif Gadget. Mais la vie m’a amené dans plusieurs autres directions qui n’avaient rien d’artistique. Ce 3e numéro n’a donc jamais vu le jour.

En septembre dernier, il me prend l’impulsion soudaine de le faire, ce 3e numéro. Je m’y suis attelé sérieusement. Et six semaines plus tard, c’était fait. L’Héritage Comique No.3, spécial Pif Gadget 1969-1982, 108 pages. format magazine avec reliure allemande (dos carré collé) ce qui lui donne le format d’un vieux PIForama. Ce qui était l’effet recherché, puisque j’en reprends la design de couverture.

Or, je ne pouvais pas le signer Stéphane Lussier Johnson alors que les deux premiers étaient signés Steve Requin. Surtout que, malgré tout ce que j’ai produit sous ce nom, il n’y a que l’Héritage Comique qui a eu du succès auprès des collectionneurs. Alors pour cette communauté, Steve Requin, c’est indissociable avec l’Héritage Comique.

Aussi, un an aprèes l’avoir enterré, j’ai exhumé mon alter ego requinesque. Et c’est sous ce nom que je l’ai signé. Ce qui fait que, samedi le 22 novembre 2015, au Salon du Livre de Montréal, de 15h à 18h, kiosque 2129, je lancerai simultanément l’Héritage Comique no.3 par Steve Requin, et L’Amour est dans le champ de patates par Stéphane Lussier Johnson.

Pour quelqu’un qui avait mis la vie artistique et la création derrière lui, je produis sans bon sens ces jours-ci.

Le bon prof et le mauvais prof

Le bon prof va commencer par donner la bonne méthode à ses élèves. Il leur demandera ensuite s’il y en a parmi eux qui utilisaient une autre méthode. Les élèves, sachant d’avance qu’ils vont avouer utiliser une mauvaise méthode, vont décider eux-mêmes s’ils veulent s’exposer à ça ou non. Ceux qui décident que oui, ce sont ceux qui demandent à savoir. En leur disant où se situaient leurs erreurs et pourquoi elles en sont, le prof répond à leur demande. Il est donc considéré comme étant sympathique et il aura l’attention de ses élèves qui auront du plaisir à suivre ses instructions.

Le mauvais prof va commencer par demander à ses élèves quelle méthode ils utilisent, pour leur dire aussitôt qu’ils sont dans l’erreur. Il va refaire la chose plusieurs fois, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne qui réponde à la question. C’est seulement après cela qu’il leur donnera la bonne méthode. Ça met dès le départ une ambiance dans laquelle les élèves le perçoivent comme quelqu’un qui prend plaisir à les humilier pour leur ignorance. Par conséquent, lorsqu’il leur donne la bonne méthode, personne n’a envie de l’écouter. Qui a envie d’obéir à quelqu’un qui nous fait chier?

Si on explique au mauvais prof l’erreur dans sa façon d’apprendre aux élèves et qu’il comprend et change sa façon de faire, alors c’est que c’était un bon prof au fond, il avait juste un problème de communication. Mais s’il répond qu’il n’est pas là pour se faire aimer mais bien pour faire réussir ceux qui vont lui obéir, alors oui, définitivement, c’est un mauvais prof. Parce que son but premier n’est pas d’enseigner aux élèves. C’est de les humilier, les briser, les rabaisser. Enseigner ne vient qu’ensuite.

Lorsque j’allais au cegep, au cour de Littérature Québécoise, nous avions cette prof fraîchement sortie de l’université qui semblait penser qu’on était tous au même niveau intello qu’elle. On avait eu une question d’examen où elle avait utilisé le mot nuancez au lieu du mot décrivez. Donc, plutôt que d’apporter des faits, nous avons tenté, tant bien que mal, d’y apporter des nuances, même si on ne comprennait pas vraiment le but de cet exercice. Puisque personne n’a compris la question, personne n’a bien répondu. Et devinez quoi ? Elle nous a tous fait couler l’examen. Jamais elle n’a remis en question ses compétences de communicatrice. Quand personne dans la classe n’a compris une question, les chances que tu sois tombé sur 35 débiles mentaux sont quand même plus minces que celles que tu ailles mal formulé ta question.

Le bon prof est celui qui est prêt à se remettre en question. Elle n’était définitivement pas un bon prof.

Il en va de même pour les gens qui t’entourent. Il y a ceux dont le but sera de te renseigner clairement. Et il y aura ceux qui chercheront à t’humilier et te rabaisser pour ton ignorance. Reste près du premier, et fuis le second.

PROCHAIN LIVRE: l’Amour est dans le champ de patates

Ca y est ! Le manuscrit est terminé. Il a été accepté par mon éditeur. Le contrat est signé. Il sera sur les tablettes pour la rentrée littéraire de cet automne, à la mi-décembre 2025.

C’est juste un projet de couverture pour donner une idée au graphiste. Mais il se peut que l’on aille pour ça au final.

Pour mes lecteurs Européens, dans le langage québécois, l’expressions être dans le champ signifie être à côté de la plaque. Tandis qu‘être dans les patates signifie que l’on a tout faux. On dit aussi faire patate lorsque l’on essuie un échec. Et aussi, il y a une télé réalité québécoise intitulée l’Amour est dans le pré qui en est à sa vingtième saison cette année. C’est en combinant ces éléments que je suis arrivé à ce titre.

Mes Prétentions de Sagesse est un blog qui existe depuis avril 2009. En seize ans d’existence, une question est revenue assez souvent dans les commentaires sous mes billets qui traitent des relations entre hommes et femmes. Une question que l’on retrouve, entre autres, à la fin de ce commentaire que m’a écrit l’autrice et historienne Catherine Ferland sous ce billet.

Bonjour.
Depuis quelques temps, je lis tes billets avec beaucoup d’intérêt, Je trouve ça tout simplement fascinant car il est rare d’avoir l’occasion de découvrir comment se construit progressivement le rapport à l’autre chez un homme. On a surtout vu des filles s’épancher sur ce sujet (avec des dérives pas toujours heureuses, comme la « chick lit ») mais la contrepartie masculine est rarement décrite avec autant d’acuité, saupoudrée d’une touche d’humour. À dire vrai, je n’avais rien lu d’aussi bon depuis Stéphane Bourguignon (j’aime bien Vic Verdier aussi). As-tu déjà envisagé publier tout ça sous forme de livre ?
Catherine.

Au moment où elle m’a écrit ceci, j’avais passé une bonne partie de ma vie adulte à écrire des romans, à les envoyer aux maisons d’édition, et à ne jamais recevoir de réponse positive. C’est la raison pour laquelle j’avais fini par y renoncer. Chose que je décrirai en détail en 2015 dans le billet 20 raisons pourquoi je ne publierai jamais de livres.

Mais voilà, dans les dix ans qui se sont écoulées depuis la rédaction de cet article, bien des choses ont eu le temps de changer. Autant dans les règles du monde de l’édition, que du fait que j’ai fini par publier un livre, Le sucre rouge de Duplessis. Ce qui me donne le statut d’auteur qui a fait ses preuves. Ce qui fait qu’enfin, les portes de la publication autres qu’en journaux, magazines et blogs me sont ouvertes. Après 30 ans à me faire dire par tout le monde et son frère que je suis talentueux, mais à me faire toujours refuser mes projets, je dois dire que je n’y croyais plus tellement.

En fait, je vais vous faire un aveu : je continue de ne plus tellement y croire. Et ceci m’a incité à la prudence. Au point où j’ai délibérément dit STOP à mon éditeur au sujet de la publication de ce qui était mon véritable second projet de livre. Car en effet…

Initialement, c’est un autre de mes projets qui avait reçu le feu vert pour publication. Une romance que j’avais commencé à écrire vers 2010, et dont certains d’entre vous se souviennent. Car à l’époque, je l’écrivais et la publiais à mesure, en ligne. Originalement, le titre était Un été à Saint-Ignace-de-Montrouge. Je m’étais arrêté suite à un moment de découragement, la laissant inachevée pendant neuf ans.

Puis, en 2019, je l’ai repris. Mais comme toutes les histoires qui s’inspirent de faits réels, j’avais tellement de détails en tête que le manuscrit risquait de faire 400 pages. Aussi, j’ai décidé de le faire en deux parties. Mais quel éditeur voudrait prendre le risque de publier une histoire d’un auteur inconnu, en deux parties, sans garantie que la première partie se vendra, et sans que j’ai écrit une ligne du tome 2 ?

Cinq ans plus tard, j’ai décidé d’en finir. L’an dernier, en 2024, j’ai terminé cette histoire en n’écrivant que le principal, allant droit au but. Puis, je l’ai relue des centaines de fois en la soumettant à une réécriture massive. D’abord, en coupant sans merci, élaguant tout ce qui était inutile, répétitif, à controverse, ou négatif, emputant près d’un quart du manuscrit original. Puis, en restructurant le reste, pour en faire un récit fluide. Au final, ces modifications majeures ont donné une sympathique petite histoire qui fut appréciée par les lecteurs-test que j’ai recruté sur Facebook. Enfin, j’ai opté pour un nouveau titre plus symbolique que descriptif, mais qui évoque à la fois la romance, le voyage et la liberté, trois thèmes étroitement liés au sujet.

Corail Provencher, qui deviendra l’intérêt amoureux du personnage principal, dans la scène où elle vit à plein le bonheur de s’être enfin libérée d’une trop longue relation toxique.

Résumé. Après avoir roulé une bonne partie de la nuit vers l’inconnu, Simon Hotte, montréalais sédentaire de 33 ans, s’endort au volant. Il reprend conscience au matin dans l’épave de sa voiture plantée contre un arbre. Il se retrouve itinérant à Saint-Ignace-de-Montrouge. Pris entre son envie instinctive de revenir chez lui et sa peur de retomber dans la situation qu’il a fui, il devra se créer une nouvelle vie dans ce petit village où les gens sont chaleureux et solidaires. Pour survivre, il devra faire du travail manuel pour la première fois de sa vie.Corail Provencher, fille de la propriétaire du Resto-Bar local, est intriguée par ce mystérieux étranger. Pourquoi se retrouve-t-il ici sans cartes d’identité, sans argent, sans téléphone ni accès à internet ? De qui et de quoi se cache-t-il ? Et pourquoi semble-t-il avoir des perceptions erronées de la société en général et des relations de couple en particulier ? Une histoire sur les thèmes de l’évolution personnelle, des relations toxiques, et du choc des cultures entre citadin de la grande ville et habitants de petits villages.

Quinze ans après avoir débuté sa rédaction, j’aurais dû être ravi de savoir que cette histoire serait enfin publiée. Et effectivement, je l’étais. N’empêche que j’avais certains doutes. Et ce, pour les trois raisons suivantes.

  1. Je ne suis pas reconnu en tant qu’auteur de romances. Mon premier livre était une recherche sérieuse, un essai sur l’Histoire du Québec. Ce qui est d’un tout autre registe.
  2. Il s’agit d’une fiction. Mon livre précédent avait un avantage : tout le monde connait Duplessis. Ça a attiré le public. Mais pour ce roman, personne ne connait Simon Hotte ni Corail Provencher, deux personnages fictifs. Comment intéresser les gens à ce livre ?
  3. Les romances, c’est pour les femmes. Seront-elles intéressées par cette histoire écrite par un homme, dans laquelle le protagoniste est masculin ?

Le fait qu’un éditeur soit prêt à prendre cette chance est un signe encourageant. N’empêche que je ne suis pas convaincu. Aussi, après mure réflexion, j’ai décidé de mettre sa publication en suspens. Si je suis pour publier un livre, aussi bien m’assurer que j’ai les meilleures chances de faire des ventes. et avec une fiction c’est un coup de dés.

Par contre, si j’ai un sujet dans lequel les gens peuvent se reconnaître, dans lequel ils retrouvent des situations vécues, un sujet qui peut attirer leur curiosité, les amuser, alors là je multiplie mes chances d’avoir du succès. Et qu’est-ce qui est plus dans l’air du temps que la recherche de l’âme soeur en cette ère d’apps et de sites de rencontres ? Non seulement est-ce un sujet qui touche aussi bien les hommes que les femmes, mon livre a quelque chose que l’on ne retrouve pas dans la majorité des ouvrages qui se consacrent à ce sujet : le point de vue masculin. Car le dating tel que vécu par les femmes et tel que vécu par les hommes, ce sont deux réalités complètement différentes. Et comme l’a dit Catherine Ferland, il est rare d’avoir l’occasion de découvrir comment se construit progressivement le rapport à l’autre chez un homme. Et c’est ce qui a le potentiel de rendre la chose fascinante aux yeux du lectorat féminin.

Il se trouve que j’ai vécu énormément d’histoires de rencontres rocambolesques.  Ce blog le prouve. Et justement, au lieu d’être une seule et longue histoire comme mon roman, ce livre est constitué de plusieurs petites anecdotes. Bien qu’il y aura un fil conducteur qui les relie, ça reste moins lourd, plus fluide, donc bien plus intéressant. Enfin, ce livre aura à moitié moins de pages que mon roman. Ceci en diminuera les coûts de production, du même coup son prix d’achat, ce qui va encourager les ventes.

Et si ça marche bien, que c’est populaire, alors j’en écrirai un second tome. Et s’il a également du succès, ça me fera un nom en tant qu’auteur sur le thème de la romance. Alors là, j’envisagerai de publier Le Bonheur en Cavale.

L’Amour est dans le champ de patates, Éditions de l’Apothéose, sortie pour novembre 2025.

Un bon sommeil pour un bon éveil

Ça fait au moins quinze ans que je ronfle. Et trois ans que je me réveille 3-4-5 fois par nuit. Ce qui fait que depuis quelques années, je me sentais toujours fatigué durant le jour. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’arrivais plus à me livrer aux exercices cardio, me limitant à la musculation. Je n’en avais juste plus l’énergie.

Avec la fatigue physique vient la fatigue mentale. Problème de concentration. Difficulté d’apprentissage. Pertes de mémoire. Erreurs de jugement. Et quand la fatigue mentale et physique se combinent, voilà qu’arrive la plus dangereuse de toutes les conséquences : s’endormir au volant. En plein jour.

J’ai trouvé une clinique de sommeil sur Google, située pas loin de mon boulot. On m’a refilé un moniteur à porter autour du torse, avec pince-doigt pour le pouls, et tubes dans le nez, avec lequel j’ai dormi pendant deux nuits. Tout a été enregistré. Le verdict: Apnée du sommeil sévère.

Avec l’âge, le voile du palais s’effondre. C’est comme ça ! Rien à faire.

À la clinique, on m’a montré les graphiques démontrant que lorsque je dors, ou du moins que j’essaies, je ne respire pas la moitié du temps. Ce qui me réveille pour pouvoir recommencer à respirer. Et bien que je croyais me réveiller 3-4-5 fois par nuit, ces 3-4-5 fois ne sont que celles où je suis assez éveillé pour m’en rende compte. Dans les faits, je me réveille une moyenne de trente-six fois. Pas par nuit. PAR HEURE. Sur des nuits de 5-6 heures. Ce qui m’empêche de tomber dans le sommeil profond, c’est à dire celui qui est réparateur pour le corps et l’esprit.

Il se développe en ce moment des traitements permanents au laser, mais ceux-ci sont encore au stade expérimentaux. En attendant, le traitement le plus sûr reste le respirateur. À la clinique où je suis allé, il y avait quatre modèles. Je ne plaisante pas avec ma santé, alors j’ai pris le plus haut de gamme, à $1 900. Ajoutons à cela la consultation qui était autour de $300. Je n’ai pas d’assurances, mais puisqu’il s’agit d’un problème de santé, le tout est déductible d’impôts.

Le tube du respirateur se place aux narines et tient avec une courroie autour de la tête. La machine calcule la résistance de l’air et envoie la pression appropriée pour déplacer le voile du palais. Et ceci permet une respiration normale. Ce qui nous permet de sombrer peu à peu dans le sommeil profond et réparateur.

La première nuit, ça fait un peu bizarre. Et il faut ajuster la courroie correctement pour asssurer l’étanchéité tout en évitant l’inconfort. Mais on s’habitue rapidement. Il ne faut juste pas oublier de remplir le réservoir d’eau distillée et/ou déminéralisée, sinon on se réveille avec la migraine pour cause de deshydratation.

La machine envoie automatiquement tes données de sommeil via connection Bluetooth à la clinique. L’appareil est garanti pour trois ans, avec option de la prolonger jusqu’à cinq. Mais j’ai décliné, puisque dans trois ans il pourrait bien en exister un modèle encore meilleur. Ou peut-être que le traitement au laser aura fait ses preuves à long terme.

Aujourd’hui, après 5 jours (5 nuits, en fait) sur le respirateur nocturne, je me sens pleinement énergisé au réveil. En plus de régler mes problèmes d’arrêt respiratoire, il y a trois avantages collatéraux, dus au fait que je n’ai plus besoin d’ouvrir la bouche pour respirer.

  1. Je ne ronfle plus.
  2. Je ne détrempe plus mon oreiller et ma barbe avec de la bave à parfum d’haleine du matin.
  3. Je n’ai plus de problème de toux dûs à la gorge sechée.

Voilà deux nuits de suite que je dors huit heures completes, et ce furent huit heures de sommeil de qualité. Et je ne m’en porte que beaucoup mieux.

L’apnée du sommeil. Ou : l’origine des vieux cons.
Tout comme la cigarette affecte à long terme la santé physique, le manque d’oxygène finit par affecter la santé cognitive. Tel que décrit plus haut, on parle de problème de concentration. De ce problème nait la difficulté d’apprentissage. Ce qui fait que beaucoup de vieux sont de plus en plus perdus face aux changement sociaux et technologiques, alors que dans leur jeunesse ils apprenaient et s’adaptaient. Il y a les pertes de mémoire, que l’on associe souvent à tort à l’Alzheimer. Sans oublier les erreurs de jugement, le genre que jamais ils n’auraient commis avant. Hélas, après quelques décennies sans traitement, à avoir le cerveau qui manque d’oxygène sur une base quotidienne, cet état cognitif finit par devenir irréversible. J’ai été pris à temps, car après seulement cinq jours je vois une différence marquante. Et mes collègues de travail aussi.

Sérieux, vive la techno-médecine moderne.

Le plaisir coupable. Ou : accepter de se faire rabaisser.

Plaisir coupable est un terme que j’ai toujours eu en horreur.
Qu’est-ce que la culpabilité ? C’est un sentiment personnel ou un jugement social qui vient du fait d’avoir posé un geste qui mérite la réprimande. Donc en ayant commis une action illégale et/ou immorale.

Mais lorsque le geste n’est ni l’un ni l’autre, pourquoi devrait-il faire naître un sentiment de culpabilité ?

Mais qui donc l’impose, ce sentiment de culpabilité ?
Les snobs ! Les prétentieux Ceux qui ressentent le besoin de se croire supérieurs à autrui. Bref, ceux qui, dans leur subconscient, vivent un sentiment d’infériorité. Et celui-ci a des racines si profondément ancrées en eux, qu’ils ne peuvent concevoir d’être un jour capables de pouvoir s’élever au-dessus de la masse. En fait, ils ne se sentent même pas capables de monter à égalité vers la dite masse pour commencer. Ils compensent donc de la seule manière qui soit à leur portée : en rabaissant autrui plus bas qu’eux-mêmes.

Mais comment peut-on se placer au-dessus de ceux que l’on perçois inconsciemment comme étant nos supérieurs ?
Lorsqu’une personne complexée est incapable de dépasser autrui en quoi que ce soit de concret, alors elle se réfugie dans le jugement de valeur : si tu aimes tel truc, alors tu es (selon ton continent d’origine) ringard, quétaine, bauf, de mauvais goût / pas-d’goût, nul, naze, médiocre intellectuellement ou moralement. Et c’est sur ces jugements que ces gens vont justifier les comportements négatifs qu’ils choisiront d’avoir envers toi. Comme ici, lorsque cette femme explique pourquoi elle a refusé d’obéir à son patron.

Comme Convenu tome 1, par Laurel, 2014.

Lorsque l’on considère que les préférences personnelles doivent suivre certains standards dictés par des gens non-concernés, on tombe dans l’élitisme. Pour faire partie de l’élite, tu dois apprécier certains trucs. Trucs d’ailleurs souvent mal définis. Mais surtout, tu te dois de ne PAS apprécier une liste infinie de sujets. Et tu constates rapidement que, quelle coïncidence, cette liste va toujours accueillir automatiquement 99.999999% des trucs que tu aimes.

Quoi de plus normal que de vouloir partager autour de soi la source de notre joie. Mais voilà, tu connais trop bien les conséquences sociales d’oser prendre un tel risque. Alors tu fais acte de soumission. Tu annonces la chose en commençant par « Mon plaisir coupable est … » Parce que tu te fais intimider d’avance. Sous menace que l’on te porte un jugement négatif. Que l’on mette en doute ton bon sens, ton raisonnement, ton bon goût, ton intelligence. Tu te laisses volontairement manipuler par pression sociale à voir d’un regard négatif quelque chose qui ne t’apportait jusque-là que du positif.

Ce que le terme plaisir coupable signifie, c’est que tu as le droit d’aimer ce que tu veux, pourvu que tu acceptes d’abord de déclarer publiquement que tu reconnais que tu devrais ressentir de la honte à le faire.

En faisant ça, tu appuies ceux qui n’ont aucune raison valable de juger des goûts personnels d’autrui. Tu les aides à te rabaisser, et tu confirmes qu’ils ont raison de le faire. Bref, en acceptant ton statut d’inférieur, tu cautionne un sytème qui divise les gens en classe supérieure et en classe inférieure en se basant sur des critères qui n’ont aucune pertinence. Un système créé par des gens impuissants à évoluer au-delà de la médiocrité qu’ils percoivent en eux-mêmes. Des gens qui ont besoin de se rassurer avec l’idée qu’ils puissent trouver une raison d’abaisser les autres plus bas qu’eux-mêmes. Quitte à l’inventer de toutes pièces, cette raison. Or, comme toute raison inventée, peu importe sous quel angle on essaye de la présenter, il reste que c’est une raison bidon.

Tout le monde se dit défenseur du droit à la liberté d’expression. Combattant du respect d’autrui. Champion du droit qu’à tout-un-chacun de pouvoir faire ses propres choix. Et pourtant, tout le monde accepte de s’empêcher de s’exprimer librement sur ses propres goûts, ses propres choix, et ce au détriment de son propre respect.

Et pourquoi ? Pour bien paraitre aux yeux de gens mesquins qui ne te respecteront jamais.

J’ai beaucoup de sources de plaisir. Mais aucune d’entre elle ne me rend coupable de quoi que ce soit. Et n’est pas encore né celui qui arrivera à prouver le contraire.

Le respect dès le départ nous évite les déboires. (3 de 3)

Cet article est au sujet de relations naissantes entre un homme et une femme, tous deux hétéros.  Puisque je parle de mon expérience personnelle, cet article sera relaté d’un point de vue masculin. On va peut-être me traiter de misogyne, mais Basta ! J’ai vécu ce que j’ai vécu, et les faits sont les faits.

L’une des plus grandes erreurs que l’on puisse faire, c’est d’ignorer les signes de manque de respect lorsqu’ils apparaissent au début de la relation.
Les première fois, c’est subtil.  Une remarque sarcastique. Un mot blessant déguisé en blague.  Une limite anodine qui n’est pas respectée. Au fil des jours, des semaines et des mois, ça escalade au point où elle n’accorde ni importance ni crédibilité à ce que tu dis. Et bientôt elle agit à sa guise en te maltraitant sans raison ni logique, et surtout sans arrêt.

J’avais 53 ans, et elle 44.

Le problème, c’est qu’au début on ne veut pas en faire de cas. On s’attend à ce qu’un homme soit solide. On ne peut donc pas se montrer fragile en étant intolérant, impatient, incompréhensif. La dernière chose que l’on veut, c’est que la femme voit en nous un Red Flag.  Alors on laisse passer un désagrément. Puis un autre. Puis un autre. Et un jour on se retrouve dans une relation dans laquelle l’autre ne nous fait que subir du désagrément sans la moindre once de respect. Et là il est trop tard. Tu peux essayer de protester, te fâcher, lui demander d’arrêter, le lui ordonner… Tu perds ton temps. Parce que rendu à ce point, votre relation, c’est ça ! Et elle ne sera jamais autre chose.

Pourquoi certaines femmes tentent-elles d’abuser dès le départ de celui qu’elles prétendent désirer ?
N’en déplaise aux apôtres socio-moralistes, il reste que biologiquement, psychologiquement et surtout socialement, l’homme et la femme ne sont pas, n’ont jamais été et ne seront jamais égaux. Et ceci est dû aux deux points que voici.

POINT 1. La société permet aux femmes qui le désirent de n’être responsables de rien. 
Que ce soit la réalité ou bien une opinion purement misogyne, l’homme a toujours dit que la femme est contrôlée par ses émotions. Et quand l’émotion prend les commandes, il n’y a de place ni pour la logique ni pour l’intellect. Et pour enlever toute pertinence aux revendications de la femme en colère, on leur a ensuite collé l’excuse du syndrôme prémenstruel. Ce qui fait que si elle agit de manière insensée, ce n’est jamais de sa faute, c’est sa nature féminine, tout simplement. Alors si une femme est dotée d’une personnalité irresponsable, elle n’hésitera jamais à user et abuser de ces excuses que l’homme lui a si gentiment fourni.

J’avais une amie comme ça. Un été, au mois de juin, j’ai noté sur mon calendrier toutes les fois où elle évoquait le syndrôme prémenstruel. J’ai été bien amusé de voir que trois jours après la fin de sa semaine, elle évoquait de nouveau les SPM. À la fin du mois, si on en croyait ses dires, un petit calcul montrait qu’elle aurait été en menstru ou en pré-menstru 26 jours sur 30.

POINT 2.  Socialement, l’homme donne à la femme le poste de responsable de la sexualité.
On a beau dire que l’homme est un prédateur qui voit la femme comme une proie, il reste que la majorité des hommes hétéros ne sont pas des agresseurs sexuels. Chez cette majorité, les femmes réalisent assez rapidement à quel point elles peuvent avoir du pouvoir sur les hommes. Car elles possèdent ce qu’ils cherchent le plus au monde à avoir à leur disposition : un vagin.

Il n’y a qu’à voir sur les sites de rencontres. La majorité des femmes y reçoivent de 10 à 50 propositions sexuelles par jour. Tandis que l’homme, s’il est chanceux et particulièrement beau, en recevra peut-être une ou deux par mois. Ainsi, la femme comprend vite qu’elle est ce que l’homme convoite.

Ce pouvoir montera à la tête de certaines d’entre elles. Aussi, elle sera portée à le tester pour voir jusqu’à quel point il sera prêt à accepter ses caprices, en échange de la possibilité d’avoir accès à son entrejambe. Et ça commence toujours de la même façon : avec des remarques rabaissantes et des mots blessants dits sous le couvert de la blague.

MAIS ATTENTION ! Je ne dis pas que toutes les femmes agissent ainsi. Je dis seulement qu’à cause des deux points cités plus haut, celles qui veulent agir ainsi le peuvent. Et j’en ai rencontré un assez grand nombre dans ma vie pour pouvoir affirmer que oui, ces femmes existent.

À partir d’ici, c’est l’homme qui décide s’il accepte ça ou non. Dès les tout premiers signes d’abus, l’homme qui contrôle son propre respect met son pied à terre en disant de manière claire que non, il ne tolère pas ça. Aucune discussion, aucune négociation. C’est à prendre ou à laisser.

Ce qui en revient à dire deux choses :

  1. C’est la femme qui a le contrôle de la sexualité.
  2. C’est l’homme qui a le contrôle de la relation.

Et c’est très bien ainsi. Parce que l’inverse signifierait que l’homme serait abusif sexuellement, et la femme abusive socialement. Ce serait un tel chaos que toute société fonctionnelle serait impossible.

L’erreur d’avoir recours à la logique.
Un homme et une femme se rencontrent, peu importe que ce soit virtuellement ou dans la vraie vie. Il y a un intérêt réciproque entre les deux. Mais bientôt, la femme commence à se moquer de lui. Et certaines de ces moqueries sont blessantes.

L’homme respectueux qui a l’esprit ouvert donnera à la femme le bénéfice du doute. Il tentera d’ouvrir le dialogue afin de comprendre son raisonnement. Il demande à la femme « Pourquoi agis-tu comme ça ? », « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? »

Et c’est là qu’il commet son erreur fatale. Pour lui, c’est normal de vouloir raisonner. Or, on ne peut raisonner qu’avec des gens raisonnables. Et une femme qui va agir ainsi avec lui sera tout sauf raisonnable.

En lui posant ces questions, le message qu’il lui passe, c’est qu’il croit qu’elle puisse avoir une raison valide de lui manquer de respect. Elle comprend aussitôt dans son subconscient qu’il considère que le respect est quelque chose qui se discute et se négocie.

Poser ces questions, c’est demander à la femme de décider elle-même quelle est la valeur qu’elle veut bien accorder à l’homme qu’il est. Et pire encore, c’est lui demander ce qu’il doit faire pour mériter son respect. L’homme donne donc à la femme le plein pouvoir sur leur relation. Et si elle a commencé la relation en lui manquant de respect, elle ne manquera pas d’abuser de ce pouvoir qu’il lui donne. Ça commence par des suggestions peu raisonnables. Suivies par des demandes exagérées. Et ça finit par lui ordonner de se plier à des caprices de plus en plus insensés.

D’instinct, la femme est attirée par le Mâle Alpha. Celui qu’elle ne pourra jamais contrôler. C’est bien connu. Combien de fois a-t-on entendu les hommes se lamenter que les femmes disent vouloir des Nice Guys, mais qu’elles choisissent les Bad Boys ? C’est parce que l’homme qui se soumet aux caprices d’une femme est tout le contraire d’un Alpha-Bad-Boy. Par conséquent, aucune femme ne peut ressentir de respect pour lui. Plus cet homme fera tout pour lui être agréable, et plus profond sera le mépris qu’elle ressentira pour lui.

Où est la logique ? Il n’y en a pas ! Rappelez-vous du point 1. La femme ne fonctionne pas par logique, Elle fonctionne à l’instinct et à l’émotion. Face à une femme qui se comporte ainsi, être compréhensif, conciliant, et faire des compromis n’apportera jamais à l’homme le respect ni l’harmonie.

C’est quand même ironique quand on y pense. Tous ces hommes qui se plaignent que les femmes vont vers les Bad Boys... Et ces mêmes hommes sont les premiers à aller se jeter aux pieds des Bad Bitchs.

Et tout ça commence par un simple petit mot blessant envoyé à la blague. Un mot que l’homme a commis l’erreur de laisser passer.

Dans le billet précédent, je parle de Daisy qui ne peut s’empêcher de me traiter de con lorsque je la fais rigoler.  Pour moi, ce mot est une gifle.  Et je le lui ai dit.  Mais elle insiste comme quoi dans sa tête, dans le contexte où une personne la fait rire, ce mot n’a aucune connotation négative ou irrespectueuse. Voilà pourquoi elle n’a pas l’intention d’arrêter de l’utiliser.

Malgré le fait que nous semblons compatibles en tout point…  Malgré le fait qu’elle est une artiste comme moi, chose que je n’ai retrouvé que chez Karine et Flavie qui furent mes meilleures relations…  Malgré le fait qu’il est évident pour nous deux que nous ressentons de l’attirance envers l’autre… Malgré tout ça, son insistance à d’abord me traiter de con, puis à continuer de le faire en sous-entendus après que je le lui ai interdit, c’est venu à bout de ma patience.  Sans pour autant lui servir un ultimatum, je lui ai fait comprendre que je n’en endurerai pas davantage.  Ou bien elle cesse, ou bien nous n’avons aucun avenir ensemble. 

Rendu à ce point, elle était trop habituée à me traiter de con pour pouvoir accepter d’arrêter de le faire. Elle a choisi de mettre fin à la relation. Chose que j’aurais fait moi-même de toute façon. Mais le fait que ça vienne d’elle démontre clairement qu’à partir du moment où tu laisse une femme te manquer de respect, il n’y a plus moyen de revenir en arrière.

Aut respectus, aut ruptura.
« Ou bien le respect, ou bien la rupture. » Mais pourquoi suis-je aussi radical dans mes relations amoureuses, sexuelles, familiales, sociales et professionnelles ?  La raison est simple. À l’aube de mes 57 ans, j’ai vécu assez longtemps pour constater que la majorité des gens ne changeront jamais. Surtout dans les côtés négatifs de leur personnalité.

Lorsque j’étais enfant, ma mère avait toujours quelque chose à dire pour se moquer de moi. Certaines de ses paroles me hérissaient, au point où j’osais braver ma peur de l’autorité pour lui dire d’arrêter. Ça lui montrait qu’elle avait trouvé une phrase qui me faisait réagir. Ce qui ne faisait que l’encourager à me la répéter. C’est ainsi qu’elle a gardé en tête une liste de sujets blessants, qu’elle me lançait comme ça, à tout bout de champ, parce que ça l’amusait de savoir que ça allait me frustrer.

Ma mère fait partie de cette catégorie de gens qui considèrent que rabaisser les autres est une forme d’humour acceptable. Elle ne voyait donc pas pourquoi elle arrêterait, puisque « C’est rien qu’des blagues ! » 

Cependant, jamais elle n’aurait osé agir ainsi avec un homme. Mais nos positions, elle en tant que mère et moi en tant qu’enfant, faisaient qu’elle n’avait à craindre aucune conséquence sociale ou physique d’abuser de moi. Elle respectait l’homme qui avait dominance sur elle. Mais elle ne pouvait respecter le garçon qu’elle dominait. Alors si je réagissais de manière trop colérique à son goût, elle me mettait en punition. Le message était clair. Je pouvais rendre ma mère joyeuse en acceptant ses abus. Ou bien les refuser et ainsi être privé de son amour, la faire frustrer contre moi, et en subir les conséquences.

Et voilà comment j’ai commencé ma vie adulte. En ayant été conditionné à trouver acceptable et normal de devoir me faire rabaisser par une femme, si je voulais me mériter son attention et son amour. Un pattern que j’ai mis toute la décennie 90 à briser. Or, tu as beau tout faire pour évoluer, il reste que les gens qui t’entourent vont toujours vouloir te garder dans le rôle auquel ils t’ont confiné dans leurs vies.

Durant toute mon existence, que je sois enfant, adolescent ou adulte, à chaque jour que je voyais ma mère, c’était inévitable, il fallait qu’elle me rappelle en riant à quel point telle ou telle phrase me faisait fâcher lorsque j’étais enfant. Plusieurs fois, dans ma vingtaine, ma trentaine et ma quarantaine, je lui ai dit clairement que je ne voulais plus entendre ces phrases. Alors elle faisait comme Daisy : elle utilisait des détours pour pouvoir continuer d’évoquer ces paroles blessantes en sous-entendus. Et à chacune de mes nouvelles copines qu’elle a rencontré, elle prennait plaisir à m’humilier en leur transmettant ces phrases devant moi. Et elle ne manquait pas de les encourager à prendre sa relève, en rajoutant à tout coup : « Parce que moi, j’ai pu l’droit de lui dire. » Déclaration hypocrite, du reste, car non, elle n’a jamais arrêté.

Puisque notre relation a débuté avec elle qui a abusé de moi dès le départ, il lui était impossible de pouvoir changer. Par conséquent, j’ai eu à subir ça non-stop pendant cinquante ans. Soit jusqu’au 3 mai 2022, le jour où je me suis enfin décidé à renier mes parents, à l’âge de 53 ans. Pour une longue série de raisons, certes. Mais celle-ci était tout de même située assez haut sur la liste. Depuis, mon seul regret sera de ne pas l’avoir fait trente ans plus tôt.

Exiger le respect, ce n’est pas une question d’avoir des Mommy issues non-résolus.
Si je parle de ma mère, c’est parce qu’en tant que membre de ma famille immédiate, c’est l’une des personnes que j’ai eu le plus longtemps dans mon entourage. Et ceci me permet de vous démontrer que lorsqu’une femme est butée avec l’idée de te répéter des paroles blessante, tu auras beau être patient, tu auras beau espérer qu’elle finisse par s’en lasser, tu auras beau lui dire d’arrêter, de le lui ordonner, tu perds ton temps. Tu vas juste attendre après quelque chose qui n’arrivera jamais. Le simple fait que j’ai eu à endurer ça, je le répète, PENDANT CINQUANTE ANS, ça le prouve hors de tout doute.

À la lumière de cette réalité, est-ce que je veux m’en aller dans une relation avec une femme qui insiste pour me traiter de con en rigolant ? Est-ce que je veux vraiment recommencer à subir le même comportement qui a empoisonné ma vie jusqu’à mes 53 ans ? Suis-je à ce point désespéré de trouver l’amour, que je suis prêt à accepter de me faire dévaloriser pour le reste de mes jours ?

La réponse est : Non !  Je ne l’accepterai pas.  Je n’ai qu’une seule vie, et je refuse de la vivre de cette manière. 

Face à un comportement comme celui de Daisy, je refuse d’être compréhensif, conciliant, ou de faire des compromis.  Il y a une raison pourquoi ces trois mots commencent par la syllabe CON. Parce que si j’acceptais de le faire, alors là, Daisy aurait raison de me répéter que je le suis.

Le respect dès le départ nous évite les déboires. (2 de 3)

Depuis environ un mois, je correspondais avec Daisy, femme de 50 ans de la rive Nord de Montréal. Et malgré les 800 km qui nous séparent, l’attirance entre nous était palpable. Ce n’était pas que physique. Sans pour autant être tombés en amour, on s’est trouvés des traits de caractères assez semblables pour nous permettre de tisser des liens assez profonds.

Comme j’en ai parlé à plusieurs reprises dans ce blog depuis sa création, il n’y a que deux relations de couples à long terme qui ont vraiment compté pour moi, Karine et Flavie, avec qui j’ai été ami avant, pendant et après notre période couple et colocataires. Et je crois sincèrement que ça vient du fait que, tout comme moi, ce sont des artistes. Et il se trouve que Daisy fut autrefois designer pour une compagnie de jouets. Elle m’a montré de son travail. Ses dessins et sa couleur sont époustouflants. Son art égale le mien, le dépasse même. De là à penser que j’ai enfin trouvé mon match parfait, il n’y a qu’un pas. Un que nous franchirons peut-être, qui sait, lorsque l’on se rencontrera dans deux semaines, alors que j’aurai à faire à Montréal.

Entretemps, à ma grande déception, est arrivé un Red Flag. Et c’en était un que je ne pouvais pas ignorer.

Il y a trois mois, j’ai posté ici un billet qui s’intitule « Hostie qu’t’es con ! » ou: Le Red Flag qui ne trompe jamais. J’y démontre qu’à chaque fois que j’ai eu une personne dans mon entourage qui m’a traité de con de façon joyeuse et en riant, dans 100% des cas, cette personne était condescendante, rabaissante, et avait comme opinion de moi que je lui étais inférieur. Chose qu’elle démontrait en ne m’accordant aucune crédibilité et encore moins de respect. Et à tout coup, sans la moindre exception, ça a évolué en relation qui fut pour moi abusive et toxique. Ayant appris la leçon, je ne tolère plus le manque de respect, surtout si celui-ci se pointe au début de la relation.

Or, en réponse à une de mes blagues, Daisy m’a envoyé un message vocal dans lequel elle disait « Ha! Ha! Ha! Hostie qu’t’es con ! » … Soit exactement le Red Flag en question. Mot pour mot.

Ma déception était terrible. Parce que jusque-là, à part un petit problème de compréhension ou trois datant de nos premiers jours, le courant passait à merveille entre nous deux. J’ai même interrompu la rédaction de mon manuscrit pendant deux jours pour la soutenir moralement alors qu’elle passait à travers une terrible épreuve. Et j’ai su l’aider et la conseiller, en lui faisant prendre conscience de certaines choses qu’elle n’avait jamais pris en compte. Elle m’en était tellement reconnaissante que je me suis dit que logiquement, en retour, elle pourrait bien accepter de ne plus jamais me traiter de con lorsque je la rend joyeuse.

Malgré tout le respect qu’elle disait avoir pour moi, elle ne voulait pas en entendre parler. Toute sa vie, elle a toujours traité de cons les gens qui l’entourent. Et toujours, c’était dans un contexte humoristique. Ce mot était pour elle l’équivalent de drôle, amusant ou comique. Même si ce mot est reconnu et utilisé en tant qu’insulte dans tous les peuples francophones de la planète, il reste qu’elle s’obstine à dire que ce n’est pas son cas à elle. Et que c’est donc à moi de ne pas en prendre ombrage lorsqu’elle me qualifie de con.

Je l’ai donc envoyé lire mon billet de blog, afin qu’elle apprenne les expériences que j’ai vécues avec ceux qui me qualifiaient de con en riant, pour qu’elle comprenne mon point de vue sur le sujet. Apparemment elle a compris, car après lecture elle m’a écrit ceci :

Effectivement, elle a arrêté. Enfin, si on veut.

Durant les douze jours qui ont suivis, à chaque fois que je disais quelque chose pour la faire rire, j’avais droit à ceci :

Cinq commentaires qui peuvent tous se traduire par « Je veux te qualifier de con, mais tu l’interdis. » Donc, même si je lui ai demandé d’arrêter, elle continue de le faire. De façon détournée, mais elle le fait.

La raison de son obstination, c’est qu’elle ne considère pas que le mot con est une insulte. Ce qui signifie qu’à ses yeux, elle n’a aucune raison d’arrêter de me le lancer, donc que je dois accepter de le recevoir. C’est l’équivalent de te permettre de rentrer de force des arachides dans la gorge d’une personne allergique, juste parce que TOI tu ne l’es pas.

Puisqu’elle refuse de respecter ma limite, elle ne me laisse plus le choix.

« Tu sais parfaitement que je ne tolère aucun manque de respect. 

Je ne vois pas pourquoi c’est à ce point-là important pour toi, de me répéter aussi souvent que tu me traiterais de con, si ce n’était pas du fait que je te l’interdis. Mais à chaque fois que tu me fais ça, ça reste l’équivalent de me traiter de con.  Le fait que tu me le dises en sous-entendu, ça ne change rien au fait que tu me le dis quand même

J’ai été très patient. Personne ne peut dire le contraire. Mais là j’ai atteint ma limite. 

Je ne pense pas t’avoir jamais manqué de respect.  Mais peut-être que je me trompe.« 

Sa réponse n’a pas tardé

« Je vais me permette d’être franche. Tu as mis ta limite, oui. Je t’ai expliqué mon point de vue par rapport à ce mot qui pour moi n’est pas un manque de respect, mais plutôt une mauvaise habitude « dans le parler ».  Dans mon entourage, je traite tout le monde de con et ça n’a aucune connotation négative, ni manque de respect, JAMAIS.

Je suis désolé de ne pas avoir respecté ta limite. Par contre pour ma défense, tu as joué à ça ! Toujours à trouver la blague pour me faire répliquer ce mot.« 

Voilà un discours qui est assez similaire à celui d’un homme qui commet du harcèlement sexuel.  Il s’en justifie en disant que c’est l’autre qui l’a provoqué.

« Je suis en période de recherche de simplicité, et notre manque dans notre communication me cause des maux de tête. Je n’ai aucune amertume de ce que nous avons vécu mais cela devient trop lourd pour moi.  Je suis en quête de légèreté et je dois constant surveiller mes mots, mon vocable, comment je dis les choses… ça m’ajoute de la charge mentale.« 

Tu me fucking niaises ? 

Tout ce que je lui demande, c’est de ne pas me traiter de con lorsque je la fais rire. Et elle réagit avec l’équivalent de OMG TU M’OBLIGES À SURVEILLER CHAQUE MOT DE CHACUNE DE NOS CONVERSATIONS AVANT QU’ILS SORTENT DE MA BOUCHE, TU M’IMPOSES TELLEMENT TROP DE PRESSIOOOON!!!  À l’entendre, on pourrait croire que le fait de l’empêcher de me traiter de con fait de moi une personne toxique.

Sur ce, elle termine son message sur ces mots:

« Merci d’avoir été là! Je te souhaite une belle continuité! Malheureusement, comme je n’aime pas ce que je te fais ressentir (et que ça n’a jamais été mon intention), je mets fin à nos discussions.  On s’est parlé de vive voix, tu as pu ressentir que je n’ai jamais eu de mauvaises intentions, mais tu continues de croire que j’en ai, à toujours me ramener ça.« 

Il est plus simple pour elle de foutre notre relation en l’air que de s’abstenir de m’insulter. Et jamais elle ne va se remettre en question. Toujours, elle se qualifiera de bonne personne, sans malice ni intentions malveillantes. Je veux bien croire que c’est l’intention qui compte. Un enfant qui donne du chocolat à un chien ne le fait pas dans le but de le tuer. Il cherche à le rendre heureux. N’empêche qu’après ça, le chien est mort. Est-ce que ça lui donne le droit de continuer de donner du chocolat aux chiens ?  

Est-ce que j’en demande trop ?
Imaginons que j’aurais passé mon enfance à subir des agressions sexuelles d’un homme qui commençait toujours ses assauts en me disant « Bonjour ! »  Et qu’à cause de ça, je ne puisse plus supporter que l’on me dise bonjour.  Je pourrais comprendre que les gens auraient de la difficulté à respecter ma limite, puisque ce mot n’est ni une insulte ni une agression. En fait, ce serait à moi de suivre une thérapie, afin d’accepter d’entendre ce mot sans me sentir attaqué.

Mais ici, on parle du mot CON.  Une insulte !  Je veux bien croire que dans un certain contexte, il peut être utilisé pour remplacer des mots comme drôle, amusant ou comique.  Mais c’est justement ça, mon point : Pourquoi ne peut-elle pas remplacer le mot con par drôle, amusant ou comique ?  Contrairement au mot bonjour, elle a le choix. Il y a plusieurs autres mots qui conviennent beaucoup mieux à ce qu’elle veut me dire lorsque je la fais rire. Mais sur lequel porte-t-elle obstinément son choix ? Sur celui qui peut blesser. Et ce, en toute connaissance de cause. Et elle refuse d’arrêter.

Dans les années 70, 80 et 90, j’ai utilisé à plusieurs reprises le mot-qui-commence-par-N.  Ce n’était pas par racisme.  Ça faisait juste partie de mon vocabulaire.  En fait, pas juste du mien.  Ne dit-on pas d’une personne vaillante qu’elle travaille comme un n**** ?  Combien de fois a-t-on entendu Normand Brathwaite dire n**** à la radio ou à la télé ?  En sa compagnie, lors d’un Bye-Bye de fin d’année, François Pérusse n’a-t-il pas parodié la chanson L’Aigle Noir en N**** Noir ?  Du côté littéraire, le livre Les n***** blancs d’Amérique est considéré comme étant le meilleur document québécois sur les conditions de vie des années 1960.  L’un des romans classiques d’Agatha Christie se nomme Dix petits n*****.  Et que dire de Dany Laferrière, avec son roman devenu film, Comment faire l’amour avec un n**** sans se fatiguer. Et puisque l’on parle de littérature, n**** est le mot utilisé pour parler d’un ghost writer, c’est à dire personne qui rédige anonymement un livre qui sera publié sous le nom d’un autre auteur.

Malgré ça, on me dit que je ne dois plus utiliser ce mot parce que les gens concernés le considèrent comme une insulte.  Est-ce que j’ai revendiqué mon droit de le dire quand même, en me justifiant du fait que ce mot étant un synonyme pour noir, ce n’est techniquement pas une insulte ?  Me suis-je obstiné en disant que moi, personnellement, je n’ai jamais utilisé ce mot pour rabaisser ou blesser qui que ce soit ?  Ben non !  Les individus concernés m’ont dit que pour eux, ce mot était malvenu. Alors j’ai tout simplement cessé de l’utiliser.  Parce que je respecte leurs limites.  Parce que c’est la chose décente à faire.

Alors en quoi serait-ce si difficile de faire pareil pour le mot con, qui EST une insulte ?

Je dois avouer que les derniers mots qu’elle m’a écrit ont fait naitre du remors en moi. Elle déplore que je la juge comme étant une mauvaise personne, ce qu’elle n’est pas. Avais-je vraiment raison ? Est-elle vraiment dans le tort ?

Et puis, j’ai considéré la chose objectivement :

  • Je revendique mon droit au respect.
  • Elle revendique son droit de me manquer de respect.

Alors finalement, est-ce une si mauvaise chose qu’elle ne fasse plus partie de ma vie ?

À CONCLURE