Quelques mauvaises traductions qui font maintenant partie de notre culture

Pas besoin d’introduction, le titre dit tout. Commençons donc avec:

La choucroute
Le nom original de la choucroute est saurkraut. Il s’agit d’un mot composé  Saur signifie amer, et kraut le chou.  En allemand, on place le qualificatif avant le sujet. Saurkraut = amerchou = chou amer.  Une description fidèle de ce plat.

En français, par contre, c’est le sujet qui passe avant le qualificatif.  On a donc mis le chou en premier, à la place du saur.  Quant à kraut, on ne s’est pas cassé le cul.  Ça sonne comme croûte?  Ben voilà : Choucroute.  Et c’est comme ça qu’un plat qui ne contient aucune croûte en a un dans son nom.

Choucroute garnie de tout, sauf de croûte.

Les souliers de verre de Cendrillon
Comme toutes les histoires qui prennent leur source dans la tradition orale, l’origine du conte de Cendrillon se perd dans la nuit des temps. Ce qui est certain, c’est que la version écrite par Charles Perrault a servi de base à la version Disney. Or, ni dans celle-ci, ni dans les versions précédentes, n’y fait-on mention du matériel composant le dit soulier.

Apparemment, ce serait Honoré de Balzac qui, en la retranscrivant, aurait décidé qu’il s’agirait de pantoufles en vair, une fine fourrure. De là, beaucoup de gens croient que ce sont les traducteurs de Disney qui ont confondu vair et verre. Logique! Mais même là, il demeure des doutes. Sur Wikipédia, il y a une page consacrée à la controverse sur la composition des pantoufles de Cendrillon.

N’empêche que l’on peut s’entendre sur le fait qu’il n’y a aucune logique à porter des souliers en verre. Même s’ils étaient en plexiglass incassable, ça doit être tout sauf confortable. Et ce n’est d’ailleurs pas le seul illogisme reliés à ces escarpins.

Et pourquoi, à minuit, tout ton attirail est redevenu normal, SAUF ta godasse perdue? C’est louche!

Les Pierrafeu
De l’anglais, The Flintstones, cette série de dessins animés tourne autour du personnage de Fred Flintstone.  Une flint stone, c’est une pierre qui fait des flammèches.  Un silex, comme celui que l’on retrouve dans les briquets. 

Dans la langue française, le mot pierrafeu, ou même l’expression pierre à feu n’existe pas.  L’émission aurait donc dû s’appeler Les Silex, et le personnage principal Fred Silex. 

Au moins, dans la traduction européenne, Pierrafeu est un nom de famille.  Le personnage principal se nomme Fred Pierrafeu.  Mais dans la traduction québécoise, il se nomme Fred Caillou.  Les Pierrafeu devient donc un titre qui n’a aucun rapport avec la série.

Les Frères Lagaule.
Peu connus chez les francophones malgré la version française, The Hardy Boys était une série de romans pour la jeunesse dans lesquels deux jeunes frères, Frank et Joe Hardy, sont des détectives en herbe qui ont le don de se trouver en présence de mystères, et qui ont toujours l’intelligence et la débrouillardise pour les résoudre.  En plus d’être un nom de famille, Hardy signifie vaillant.  Ainsi, le titre est un double sens, interprété à la fois comme étant « les fils (de la famille) Hardy » ainsi que « les garçons vaillants. » 

South Park, reconnu pour égratigner tout ce qui est culture populaire, nous donne une version adulte, dans les deux sens du terme, des frères Hardy.   Dans la version originale anglaise, ils se nomment The Hardly Boys.  Hardly signifie « difficilement », « à peine », « tout juste », « à la limite ».  Dans cette version homo-érotique où ils sont adultes, ça peut être pris dans le sens de « ils sont à peine masculins », ou bien « maintenant qu’ils sont adultes, on peut difficilement les appeler encore des garçons. »

Le traducteur semble avoir pris le côté hard du mot hardly, car il les a appelés carrément les frères l’Érection.  Ou l’équivalent européen : Les Frères Lagaule.  Il faut savoir qu’en plus d’être l’ancien nom de la France, une gaule est une longue perche pour pêcher le poisson.  Une canne à pêche, quoi!  D’où l’expression « avoir la gaule » pour désigner l’érection.  Et à voir le comportement des frères Lagaule, même si c’est une mauvaise traduction de leur nom, on ne peut pas en vouloir au traducteur, ça leur va trop bien.

À 02:28. le doubleur se prend un fou-rire. Pas étonnant avec un texte pareil.

Gros Jambon
Cette chanson fut adaptée pour la première fois au Québec en 1962 par Réal Giguère et Tex Lecor.  Quand j’étais petit, je me souviens qu’elle faisait partie d’un album compilations de chansons drôles.  J’ai été quelque peu déçu en l’écoutant.  À part le titre, et encore, cette chanson n’a rien de drôle.  C’est juste l’histoire d’un colosse introverti qui travaille dans une mine, et qui se sacrifie pour sauver ses collègues.

Lorsque j’ai appris que la version originale anglaise chantée par Jimmy Dean en 1961 s’appelait Big Bad John, j’ai aussitôt compris ce qui a dû se passer lorsque Giguère et Lecor se sont attaqués à sa traduction :

Tex : C’est quelle chanson, que tu veux traduire?
Réal : Big Bad John. 
Tex: “Gros Jean Méchant?”  Pourquoi pas “Gros Jean Bon”, tant qu’à y être!?
Réal : « Gros jambon » …  Et pourquoi pas!?

Je n’ai jamais trouvé de preuve que ça s’est vraiment passé comme ceci, et je ne le saurai jamais puisque Giguère et Lecor ne sont plus parmi nous.  Mais ça me semble être la théorie la plus plausible pour expliquer ce titre.

La Guerre des Étoiles (le premier, devenu rétroactivement Star Wars, Épisode IV)
Si, depuis les années 90, les traductions gardent les noms originaux, les années 60, 70 et 80 ne se contentaient pas de traduire : ils adaptaient à la culture du pays traducteur.  Par exemple, si dans Back to the Future Marty porte des caleçons Calvin Klein, dans Retour vers le Futur il a des slips Pierre Cardin.

Mais les traductions n’ont pas toutes eues des résultats aussi heureux.  La première version française de Star Wars nous en donne de sacrées perles. Commençons par le titre.

Star Wars. War est au pluriel, ce sont donc les guerres et non la guerre. La traduction la plus fidèle aurait été Les Guerres Stellaires. En plus, ça rime. Mais bon, je suppose que pour le français moyen, « des étoiles » était plus facile à comprendre que « stellaire. » Il est vrai qu’à l’époque, les gens étaient moins évolués. La preuve : la dernière personne à être guillotinée en France, Hamida Djandoubi, l’a justement été en 1977, l’année de sortie de Star Wars.

Une pratique courante à l’époque était de traduire également les noms des personnages. Ainsi, pour ceux de Star Wars, ça va comme suit:

  • Han Solo. Han sonne comme Anne, prénom féminin. On ne va quand même pas féminiser un personnage aussi macho. Alors voilà: Yan Solo.
  • Chewbacca ou Chewie. Chewbacca sonne vaguement comme chew tobacco. Il chique du tabac? Alors voilà: Chiktabba ou Chico.
  • Darth Vader. Un français aurait de la difficulté à prononcer Darss Védrr. Alors voilà, on modifie légèrement en Dark Vador.
  • Jabba the Hutt. Hut, c’est une hutte. On suppose qu’il doit habiter une forêt. Alors voilà: Jabba le Forestier. Il n’y a pas un seul arbre sur Tatooine, mais bon, s’il fallait s’arrêter à ces détails.
  • Grand Moff Tarkin. Avec Moff qui sonne comme muff, « la grande touffe de Tarkine » sonne comme quelque chose qui serait annoncé à la porte de certains cabarets adultes louches. Alors voilà: Tarkan. Pour celle-là, je leur accorde, ça fait beaucoup plus sérieux.
  • R2-D2 et C3P-0. Étant donné que la traduction française de ces deux-là était D2-R2 et Z6P-O, j’ai longtemps cru que ces noms étaient des abréviations qui avaient une signification réelle. Ce n’était pas la première fois que je voyais un six américain devenir un trois français. À cause de la conversion du dollar américain en franc français, la série télé américaine The Six Million Dollars Man s’appelait en France L’Homme qui valait trois milliards. Mais ce n’était qu’une coïncidence, car le changement de C3 à Z6 était seulement dans le but de mieux coïncider avec le mouvement des lèvres.
  • Et la meilleure: Luke Skywalker devient Luc Courleciel. Bon, pas dans le film lui-même. Là, il est Luc Skywalker. Mais dans la première édition française, c’était le nom listé à la fin.
Ça ne s’invente pas.

Encore heureux que le traducteur n’a pas confondu Owen avec « oven. » Luke aurait été élevé par Oncle Fourneau.

Sinon, malgré le fait que cette histoire se passe il y a très très longtemps, elle est pleine de technologie futuriste. Et en 1977, quoi de plus futuriste que le laser? Ainsi…

  • Light saber = Sabre laser.
  • Wookie bowcaster = Arbalète à laser.
  • Tractor beam = Aimant laser.
  • Blasters = Pistolasers.
  • Power converters = Pompes à laso-convecteurs. On passe d’un adapteur électrique à une pompe chauffante au laser. Comme s’il ne faisait déjà pas déjà assez chaud comme ça dans le désert.

Tiens, je l’avais oublié, celui-là. En effet, les endroits aussi changent de nom:

  • Toshi Station = Kotoché.
  • Alderaan = Aldérande.
  • The Death Star = L’Étoile Noire.
  • D’ailleurs, tout ce qui a rapport à l’Empire est noir, et dans cette traduction on en rajoute : L’Étoile noire, le côté obscur de la force, l’armure noire de Dark Vador. Et lorsque Obi-Wan relate la Clone War, il parle de la guerre noire.
  • Et n’oublions pas The Millenium Falcon qui devient le Millénium Condor. Là encore, ça coïncidait mieux avec le mouvement des lèvres que ne l’eut fait Le Faucon Millénaire.

Pour une raison inconnue, à chaque fois qu’il s’agissait de traduire une série animée japonaise, les français étaient les seuls à ne pas respecter le titre original. Quatre exemples:

Japonais : UFOrobo gurendaizā
Anglais : Ufo Robot Grendizer
Allemand : Grendizer
Espagnol : Ufo Robot Grendizer
Russe : Грендайзер (Grendizer)
FRANÇAIS : Goldorak

Japonais : Kyaputen Harokku
Anglais : Captain Harlock
Italien : Capitan Harlock
Espagnol : Capitan Harlock
Russe : Космический пират Харлок (Space Pirate Harlok)
FRANÇAIS : Albator

Japonais : Kyaputen Fyūchā
Anglais : Captain Future
Allemand : Captain Future
Italien : Capitan Futuro
Espagnol : Capitan Futuro
FRANÇAIS : Capitaine Flam

Japonais : Mahōtsukai Sally
Anglais : Sally the Witch
Polonais : Sally Czarodziejka
Portugais : Sally, a Bruxita
Espagnol : Sally la Bruja
Russe : Ведьма Салли (Witch Sally)
FRANÇAIS : Minifée

Erratum. On me signale dans les commentaires que Minifée serait en fait une traduction québécoise. J’avoue que le vocabulaire français international et l’absence d’accent régional m’a trompé.

D’accord, mauvais exemple.

En conclusion, il y a un truc amusant que j’ai constaté sous la douche, car c’est l’endroit par excellence pour se faire des réflexions philosophiques : Lorsqu’un nom étranger se termine par O, il suffit d’y ajouter un N pour en faire une version française. Les exemples sont nombreux.

  • Nero, Néron.
  • Cicero, Cicéron.
  • Plato, Platon.
  • Leo, Léon.
  • Apollo, Apollon.
  • Scipio, Scipion. (Ennemi de Jules César)
  • Milo, Milon (Autre ennemi de César)
  • Scorpio, Scorpion. (Le signe astrologique)
  • Frodo, Frodon.  
  • Fellatio, fellation.  

D’accord, ce dernier exemple n’est pas un nom. N’empêche que là encore, on peut dire que ce mot coïncide avec le mouvement des lèvres.

L’anneau de Gygès et l’exploration urbaine (1 de 2)

J’ai pris goût à l’exploration urbaine à l’été de 2020, alors que je n’avais pas grand chose à faire de mes quarante jours d’itinérance. Je m’y suis remis quelquefois l’été suivant, en 2021, et je compte bien continuer à chaque fois que l’occasion se présentera de nouveau.

Pour les non-initiés, l’exploration urbaine, ou urbex, consiste à visiter des endroits abandonnés, généralement en ville mais aussi en campagne. Maisons, églises, espaces commerciaux, manufactures, station de métro… Sur papier, cette pratique est illégale, car peu importe l’état des lieux, l’endroit a un propriétaire. Et si tu es sur sa propriété sans y avoir été invité, ou sans y avoir légalement à faire (Policier, pompier, concierge, inspecteur), alors tu es un intrus passible d’amendes.

Quels sont ces endroits abandonnés, et comment le deviennent-ils?
(NB: Les photos sont utilisées ici en guise d’exemple et ne sont pas à 100% reliées à la situation présentée dans ce texte. Mais dans l’ensemble, ouais, en général, ça se passe comme ça.)
Lorsque c’est en ville, le lieu abandonné est souvent une propriété rachetée par une firme qui cherche à y développer des condos et/ou des édifices à bureaux. Je vais vous donner un exemple inspiré de faits réels survenus récemment.

Voici un motel construit dans les années 1960 par le grand-père du propriétaire actuel. C’est un commerce familial qu’ils se passent d’une génération à l’autre.

Le motel…
… et sa station d’essence.

Le look rétro authentique de la place est fort prisé par la clientèle. Entre ses clients de passage, le propriétaire loue souvent l’endroit pour diverses productions télévisuelles et cinématographiques. Par exemple, en 1987, le chanteur Pierre Flynn y a tourné le vidéoclip de Sur la Route.

Le film Les Dangereux y a une scène qui commence à exactement 01:00:00 du début.

Il apparaît également dans la scène finale du film américain The Jacket, connu au Québec sous La camisole de force.

Ainsi que plusieurs autres productions dont la liste serait trop longue.

Sans pour autant faire des affaires d’or, son propriétaire en tire de quoi vivre et payer ses taxes commerciales. Rien ne l’empêche de continuer comme ça jusqu’à l’âge de la retraite où il pourra, s’il le désire, vendre son commerce à ses enfants qui poursuivront la tradition familiale, tandis qu’il se la coulera douce jusqu’à la fin de ses jours.

Mais voilà, ce qui fut autrefois un village tranquille sur le bord de l’autoroute 20 est aujourd’hui une ville où le développement urbain a fait un bond monstrueux depuis le début du 21e siècle. Par conséquent, la valeur immobilière a monté en flèche.

Un promoteur immobilier (qui n’est jamais établi dans la région, ni même originaire de celle-ci) constate que le terrain du motel, bien que situé dans la ville, est tout de même assez loin des nouveaux développements. Par conséquent, la valeur du terrain est encore très abordable. Reniflant la bonne affaire, le promoteur s’en va rencontrer le maire. Ce dernier se laisse aisément tenter. Pourquoi se contenter d’une seule taxe municipale d’un minable commerce dépassé, alors qu’il pourrait collecter trente-quatre taxes sur un édifice abritant quatre commerces et trente condos? Et on parle de taxes qui, individuellement, seront le double, voire le triple de ce que paie le motel, puisque cette fois ça proviendra d’un édifice à condos de luxe.

$25 000 de taxes municipales en moyenne, multiplié par 34 unités = $850 000 par année. Bien plus alléchant que les $10 000 que la ville reçoit actuellement avec le motel.

Avec le développement urbain à la hausse, la Ville doit payer pour construire toutes ces nouvelles rues, monter le nouveau système électrique, bâtir le nouveau réseau d’égouts. Tout cela est payé avec les taxes. La ville a besoin de ce revenu. Elle a donc intérêt à faire en sorte que le promoteur puisse aller de l’avant avec son projet.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, en matière de zonage urbain, les pouvoirs d’un maire sont limités. Il y a des règles imposées par la Province, et le maire est obligé de les respecter. Il ne peut donc pas changer une zone agricole et/ou commerciale en zone urbaine, et ainsi expulser le propriétaire du motel pour y faire bâtir des condos. Par contre, ces lois qui l’empêchent d’abuser de cette manière, ce sont les mêmes lois qui lui permettent d’abuser d’une autre manière, celle-là en toute légalité.

Tout d’abord, le maire envoie des inspecteurs de la Ville inspecter le motel. Lorsqu’il s’agit d’une propriété construite il y a plus de cinquante ans, ils vont trouver bon nombre de violations aux nouveaux codes de sécurité des bâtiments. C’est inévitable. Une fois leur rapport établi, ils le remettent au propriétaire. Dès que le propriétaire a le document en main, il doit aussitôt fermer son commerce. Il ne pourra le rouvrir tant que les réparations, ajustements et rénovations ne seront pas faites et dument réinspectées et approuvées par la Ville.

Le coût des rénovations est estimé à $100 000, soit la valeur actuelle du terrain et du commerce. Le problème, c’est qu’avec son commerce maintenant fermé, il n’a plus de clients, et donc plus aucun revenu. Impossible dans ce temps-là de payer les rénovations.

Voilà qu’arrive le promoteur immobilier avec une offre d’achat. Il est honnête, il lui propose les $100 000 représentant la valeur actuelle de l’endroit. Mais le propriétaire ne veut pas vendre. Ce commerce a appartenu à sa famille depuis trois générations, et il y tient. Le motel reste donc fermé, en attendant de trouver une solution.

Le propriétaire va à sa banque dans le but de prendre une hypothèque sur ses propriétés (motel et maison familiale) afin de pouvoir emprunter l’argent nécessaire pour faire ses rénovations. Hélas, depuis environ 2010, les institutions financières du Québec ne prennent plus les propriétés en garantie. C’est parce que tout le processus d’envoyer un inspecteur pour estimer la valeur immobilière, la saisir si défaut de remboursement, la vente, etc, c’est coûteux en temps et en argent. Voilà pourquoi les banques y ont renoncé. Sa seule manière d’avoir de l’argent serait de vendre son motel, mais à ce moment-là, il n’aurait plus de motel à rénover.

Fermée ou pas, une propriété commerciale reste une propriété commerciale. Et celle-continue de lui coûter $10 000 de taxe municipale sur une base annuelle.

Au bout de trois ans sans avoir trouvé de solution, à s’appauvrir plutôt qu’à ramasser l’argent requis pour rénover, le propriétaire n’a plus le choix. Il appelle le promoteur pour accepter son offre. Une mauvaise surprise l’attend. C’est qu’après trois ans à être fermé et livré à l’usure naturelle du temps, le motel a subi une dévaluation inévitable. Le promoteur lui en offre $30 000. C’est à dire la valeur des taxes qu’il doit à la ville pour ces trois années d’inactivités. Le propriétaire est obligé d’accepter, il n’a aucun autre choix. Se retrouvant avec tout juste de quoi payer ses dettes, la vente de sa propriété ne lui a pas rapporté un sou. Le voilà donc dépossédé de ce commerce qui, pendant soixante ans, a fait vivre quatre générations de sa famille, incluant ses enfants qui se retrouvent ainsi dépouillés de leur héritage. Et tout ça dans la légalité la plus totale.

De par son âge et sa situation géographique, ce motel a une certaine importance historique. Selon la Loi sur le Patrimoine Bâti, la Ville ne peut pas accorder au promoteur de permis pour raser la place et y construire ses condos. Il a seulement le droit de rénover la bâtisse dans le but de la remettre en état.

Par contre, tant qu’il paie ses taxes à la Ville, aucune loi ne peut l’empêcher de simplement laisser la place à l’abandon. C’est ce qu’il fait, jusqu’à ce que la dégradation naturelle et le vandalisme rende la place irrécupérable.

Avant et après l’oeuvre des vandales: fenêtres du motel brisées, poste d’essence incendié.

Pourquoi pensez-vous qu’un promoteur ne fera jamais clôturer ni surveiller adéquatement un terrain qu’il a acquis? Il en a pourtant les moyens. Ce n’est pas de la négligence de la part du promoteur. Il sait ce qu’il fait!

Il ne lui reste plus qu’à y envoyer de nouveau un inspecteur de la Ville, pour que ce dernier confirme qu’en effet, il n’y a plus rien à faire. Légalement, la bâtisse doit obligatoirement être démolie pour raisons de sécurité. Dès que l’on a atteint ce point de non-retour, le projet de construction moderne peut aller de l’avant.

Tout le processus de l’achat, la démolition, la construction et la vente peut prendre de cinq à dix ans. Ça ne dérange pas le promoteur. Bien au contraire. Car pendant ce temps-là, le développement urbain de la ville continue. Les terrains deviennent donc plus rares, et par conséquent la valeur du motel vacant ne fait qu’augmenter. Alors dès qu’il a terminé son édifice de quatre commerces et trente condos, il peut en récolter les bénéfices. En sachant qu’un condo de ce genre vaut autour d’un demi million de dollar, ceux-ci lui rapportent $15 millions. Ajoutons le terrain et les commerces, il se fait le double.

Achat: $30 000.
Vente: $30 000 000.
Profit: 1000%.

Même si on enlève les coûts de construction, disons $4.7 millions pour l’exemple, ça lui laisse $25 millions de profit.

Et voilà comment, entre le rachat d’une propriété et sa démolition, se créent une bonne partie des endroits abandonnés qui font le plaisir des explorateurs urbains.

À SUIVRE

Une trouvaille historique?

Recherchiste à temps perdu et historien amateur, je me consacre depuis quelques mois à deux hommes qui ont laissé leur marque dans l’Histoire du Québec. Le premier, Louis Pasquier, est un nom qui ne vous dira probablement rien, puisque le gouvernement de Duplesis à tout fait dès 1951 pour qu’on l’oublie au plus vite. Mais le second, Jordi Bonet, vous en avez peut-être entendu parler. Surtout si vous habitez autour du Mont-Saint-Hilaire, puisque c’est le nom du pont qui enjambe la rivière Richelieu, pont de l’autoroute 116, aussi connu sous le nom de Boulevard Sir Wilfrid Laurier.

Avant d’avoir donné son nom à un pont, Jordi Bonet était un peintre, céramiste, sculpteur et muraliste québécois. Si vous êtes Montréalais et empruntez le métro Pie-IX, alors vous êtes familier avec l’une de ses oeuvres. Tous les murs de béton sculptés qui se trouvent dans cette station sont de lui.

D’origine catalane, Jordi Bonet est venu s’installer au Québec en 1954 où il commença aussitôt à se faire un nom par son grand talent et son art d’un style encore unique pour l’époque. Quant à l’artiste lui-même, bel homme, accent espagnol qui fait craquer, et amputé du bras droit suite à un accident survenu dans son enfance.

Eh oui, un sculpteur manchot. Voilà qui ne passe pas inaperçu. De 1958 à 1978, il créera plus d’une centaine de murales et de sculptures pour des lieux public partout à travers le monde.

Claude Péloquin est un poète, auteur et parolier. On lui doit entre autres le grand classique Lindberg, interprété par Robert Charlebois et Louise Forestier. De 1963 à 2017, il publiera une trentaine de livres, surtout de la poésie.

Vers 1968, les deux hommes deviennent amis. Péloquin lui fit un petit cadeau: Une copie de Jéricho, son premier livre paru cinq ans plus tôt. Il le lui dédicace dans ces termes: “Premier jet pour Jordi. Un ami, Péloquin / 68.”

Les deux hommes passent des soirées à s’échanger des réflexions philosophiques sur le monde et l’existence. Un soir, alors que Bonet lui raconte la guerre qu’il a vécu en Espagne dans son enfance, Péloquin fait le rapprochement avec la guerre du Vietnam qui faisait rage à ce moment-là. Dénonçant la stupidité de s’entretuer depuis l’aube de l’humanité, Péloquin se serait écrié: “Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves!? C’est assez!” Cette phrase marqua Jordi Bonet.

Trois ans plus tard, alors qu’il fut embauché pour faire une immense murale sculptée dans le béton au Grand Théâtre de Québec, il y inscrivit la phrase de Péloquin.

Ça fit un scandale énorme qui alimenta les médias pendant près de deux ans.

De 1969 à 1979, Jordi passa les derniers dix ans de sa vie à St-Hilaire. Il y acheta le Manoir Campbell, s’y installa avec sa famille, et y travailla son art. Lorsqu’il mourut prématurément à l’âge de 47 ans pour cause de leucémie, il était le sculpteur québécois le plus connu et le plus populaire de sa génération, et ce à l’échelle de la planète.

Ma passion pour l’histoire, les arts ainsi que le Mont-Saint-Hilaire de mon enfance m’ont amené à faire des recherches sur Jordi Bonet. Et c’est ainsi que, depuis juin dernier, je parcours les bouquineries antiques et les librairies usagées du Québec, à la recherche de livres relatifs à Jordi Bonet. Ou bien des livres à son sujet, ou bien des livres auquel il a collaboré.

Par exemple, il y a quelques semaines, j’ai trouvé le premier livre à lui être consacré : Jordi Bonet, le signe et la terre.  par J. Folch-Ribas, dans la collection Artistes Canadiens, dirigée par Guy Robert. Éditions du Centre de Psychologie et de Pédagogie, Ottawa, février 1964

Puis, j’ai réussi à mettre la main sur une publication rarissime: Chansons Très Naïves de Gérald Godin. Premier recueil de poésie de ce journaliste devenu poète devenu auteur devenu politicien, qui fut également le conjoint de Pauline Julien pendant trente ans, jusqu’à son décès en 1994. Le livre est paru en 1960. Le dessin de couverture est de Jordi Bonet. 500 copies. Non réédité.

Sur ces 500, seules les 50 premières copies sont numérotées et initialées par l’auteur.  Et il se trouve que c’est le no.29.

Avec ce livre, je croyais avoir trouvé le clou de ma collection.  Eh bien je ne me doutais pas que la chance allait mettre sur mon chemin quelque chose d’encore mieux.  Et cette petite merveille, la voici:

Ceci est une copie de Jéricho, le premier recueil de poésie de Claude Péloquin.  Et mieux encore, il s’agit de l’édition originale de 1963.  Sur les 1000 exemplaires de ce premier tirage, c’est la copie no.573.

Jusque là, rien de vraiment extraordinaire.  Même 56 ans après sa publication, il est toujours possible de tomber par hasard sur un livre qui fut tiré à mille exemplaires.  Eh bien je n’étais pas au bout de mes surprises.  Car sur la page de garde, il y a ceci:

Oui! Cette copie est celle que Claude Péloquin avait offert à Jordi Bonet.  Par quel tour du destin s’est-elle retrouvée parmi les bouquins empilés pèle-mêle de cette bouquinerie poussiéreuse?  Mystère!

Et comme si ça ne suffisait pas, entre les pages, j’y ai trouvé une feuille pliée en quatre.

Il s’agit de papier à lettre à en-tête de Jordi Bonet.  Sur celle-ci, un texte au stylo rouge, puis vert, de la main de Claude Péloquin.  Un premier jet un peu maladroit de réflexions philosophiques sur l’inconscient, l’intemporel et la réincarnation, qui sont des thèmes récurrents dans l’oeuvre de Péloquin.  Ne vous cassez pas les yeux, en bas de ces images je reproduis le texte fidèlement sans rien y corriger.

Mes réflexions sur ce que je lis concernant les phénomènes parapsychologiques m’indiquent le chemin à suivre pour percer certains mystères de l’eau de là. Ce que nous mangeons comme la viande les pâtes alourdit notre circulation et empêche notre d’être disponible physiquement et écouter notre inconscient. Ensuite les études sur la réincarnation me confirme dans ma théorie “ qu’après notre mort nous sommes des germes condensé qui attend l’instant favorable pour se greffer à nous nouveau sur l’humain qu’il a besoin d’un corps physique pour pour s’instruire sur le sens de l’existence qu’une et même plusieurs vies ne suffise pas selon le cas à faire le tour des choses à savoir. Je suis donc d’accord avec Jung sur cela. Je pense aussi que pour certains âmes aussi appelons-les ainsi.” Il restent longtemps dans l’intemporel avant de se réincarner. Dans ce sens, Jung a raison en (verso) disant que les mots posent des questions. Le mariage, quand il réunit des inconscient sensible, l’évolution est beaucoup plus profonde, alors plusieurs questions trouvent leur réponses. Le phénomène mariage pour donner une image valable est comme les (cromosome?) 2 vies se greffe insensiblement et se féconde jusqu’à l’accouchement, mais il aussi souvent pour les âmes des fausses couches et des avortements

Le fait que ce texte soit écrit sur du papier au nom de Jordi Bonet me porte à croire que ce jour-là, Claude Péloquin était chez Jordi et lui a emprunté du papier pour y écrire ses réflexions.  Il est probablement reparti chez lui en oubliant là son texte.  Je suppose donc que Jordi l’a lui-même pliée en quatre (la feuille est pliée inégale, donc possiblement d’une seule main) et l’a rangée dans le livre de Péloquin, où elle a été tout simplement oubliée.  C’est la théorie qui me semble la plus crédible pour expliquer à la fois pourquoi Péloquin a écrit sur du papier à lettre de Jordi, et pourquoi cette feuille s’est retrouvée dans le livre qu’il lui avait donné.  Bon, ça n’explique toujours pas pourquoi le livre a cessé d’être en sa possession pour se retrouver dans une bouquinerie 51 ans plus tard, mais ça permet de reconstituer une parcelle d’Histoire.

Et maintenant, considérez ceci:

  • C’est la première édition du premier livre d’un auteur important.
  • Le fait que ce premier jet ait été rangé et oublié dans ce livre peu après avoir été écrit, ça signifierait que ce texte est toujours inédit.
  • 2019 est le 40e anniversaire du décès de Jordi Bonet.
  • Le Grand Théâtre de Québec fêtera en 2021 le 50e anniversaire de la fameuse murale de Jordi Bonet. Celle-là même où il a gravé le “Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves!? C’est assez!” de Péloquin.
  • Ce livre marque le début de leur amitié et de leur collaboration. Il est donc le point de départ qui a amené Péloquin à faire cette réflexion, et à Bonet à la couler dans le béton.

Pour toutes ces raisons, je crois que cet exemplaire de Jéricho est un artefact qui a sa petite importance dans l’Histoire de l’Art et de la Culture du Québec.

Modification du 12 décembre 2019.
Ce livre ayant vraisemblablement été volé à la famille Bonet par un invité indigne il y a quelques décennies, il a maintenant repris sa place dans leur bibliothèque.  Je leur ai revendu au prix que je leur avait acheté, facture à l’appui.

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Y’a liens là:

Faire Hurler les Murs.  Reportage de 22 minutes sur la murale de Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec, filmé pendant qu’il est en train de la sculpter.
1971 – Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves.  Reportage de deux minutes au sujet de la murale.
Claude Péloquin sur Wikipedia.
Jordi Bonet sur Wikipedia.
Gérald Godin sur Wikipedia.

 

10e anniversaire, 450e billet!

Dans ce texte, chaque lien ouvre un nouvel onglet, ce qui vous permet de les ouvrir pour plus tard, et de continuer votre lecture ici.

Il y a dix ans, à pareille date naissait ce qui allait devenir Mes Prétentions de Sagesse.  Ce jour-là, j’ouvrais sur la plateforme spaces.live.com (un dérivé de MSN), un tout nouveau blog nommé Le Sélectif.

À l’époque, beaucoup de gens avaient des blogs. Ça leur servait surtout de journal personnel en ligne. Dans mon cas, ce blog était pour me servir d’archives pour les chroniques que j’écrivais pour un site de rencontres sexuelles. C’est leur graphiste qui m’a fait ma mini-bannière ci-haut.

Pour eux, j’écrivais des textes du même genre que je fais encore maintenant, sur les relations interpersonnelles. C’est juste qu’il y avait plus de contenu sexuel, beaucoup plus d’humour, et étrangement plus de situations fictives. Et aussi, je m’y prenais beaucoup moins au sérieux. Par exemple :

12 mensongères phrases de rupture
18 inventions futures au service de la drague
15 choses à ne jamais faire à un gars
26 signes que vous vivez dans un film porno
Les signes comme quoi ce n’était pas une bonne baise

Quelques mois plus tard, je mettais fin à mon association avec le site en question. C’est que j’ai vécu une situation classique chez tous ceux qui sont dessinateurs / illustrateurs / graphistes : Ils voulaient que le leur fasse 25 illustrations, sans me payer, en échange d’exposition, et d’un abonnement VIP d’un an sur leur site.  J’ai refusé.

  • De un, l’abonnement coûtait le tiers de mon tarif.
  • De 2, je ne considère pas que quelques semaines de travail contre quelques secondes à taper sur un clavier pour me mettre VIP, ce soit un échange équitable.
  • Et de trois, qu’est-ce que j’en avais à foutre, de leur abonnement? J’étais déjà leur associé, et j’étais déjà en couple.

Ils m’ont alors répondu que dans ce cas-là, ils iraient « faire affaire avec un VRAI professionnel », et ils m’ont expulsé du site, effaçant du même coup mes chroniques. Bref, c’était un site pour se faire baiser, dans tous les sens du terme.

Sans être obligé de me limiter au côté sexuel des relations, j’ai commencé à écrire des trucs un peu plus sérieux.

Un an et demi après la création de mon blog, spaces.live annonçait qu’il allait fermer. On nous offrait de transférer nos données sur l’une des plateforme proposée. J’ai choisi WordPress.  Avec la nouvelle direction qu’avait pris mon blog, un titre comme Le Sélectif  ne le représentait plus tellement.  J’en ai donc fait Mes Prétentions de Sagesse, qui en décrit mieux le contenu. Et tant qu’à faire, puisque WordPress m’en offrait la possibilité, je leur ai acheté l’adresse steverequin.com.

Dans le temps, les forums étaient encore très populaires. Je participais aux discussions, et nombreux furent les sujets où je trouvais de quoi à dire. Et lorsque je voyais que de nombreuses personnes se reconnaissaient dans mes dires, je recyclais mes commentaires sous forme de billet de blog. Par exemple :

L’amie mariée qui veut devenir l’amante.
Commettre l’erreur de pardonner.
6 raisons fallacieuses de snober la St-Valentin
26 phrases clichés que l’on retrouve sur tous les sites de rencontres.

Et j’en profitais même pour régler mes compte de manière subtile, en dénonçant le comportement négatif de ceux qui m’attaquaient sur les forums. Car quoi de plus insultant face à un condescendant que de lui montrer que son attitude est tellement cliché qu’il en est aussi prévisible que risible.

Internet et le déclin des valeurs sociales.
Si, sur le net, tu oses écrire « Aujourd’hui y’a du soleil »…
5 insultes anglaises qui sont en fait des compliments
52 personnalité cliché que l’on rencontre sur le net
Devenez membre de la CIA (Cyber Irresponsible Assholes)

Bien que je marque ce 10e anniversaire avec un 450e billet, j’ai bien dû en écrire entre 480 et 500 en tout. Quelques-uns ont été mis en privé puisque, ma situation changeant, ils auraient pu me saboter.  J’ai connu bien assez de gens qui ont ruiné leur couple et/ou de géniales opportunités de carrière en parlant trop en ligne, je ne vais certainement pas répéter leurs erreurs.  D’autres billets étaient trop reliés à l’actualité, et il n’y a rien qui passe date plus vite que ça. Et il y a ma série Harceler Nathalie que j’ai retravaillé et que j’ai transformé en étude psychosociale sous forme de roman autobiographique en ligne, renommé Surveiller Nathalie;  Dans la tête d’un harceleur.  Inutile de la laisser encore ici à ce moment-là.

Durant ces dix ans, certains de mes billets ont eu beaucoup de succès, certains temporaires et d’autres permanents. Par exemple, en chronologie :

1er octobre 2010 : L’Échelle de Kev, pour mesurer l’appétit sexuel de votre copine. Créé à l’époque où je travaillais pour le magazine Summum. Le rédacteur en chef l’a jugé comme étant trop heavy, même pour eux. Par contre, beaucoup de forums et de sites de rencontres sexuelles en ont parlé, l’ont cité, ou l’ont reproduit.  Un site gai a même essayé d’en faire une version masculine, mais ça ne pouvais juste pas marcher, étant donné les différences physiques, psychologiques et biologiques entre l’homme et la femme.

8 octobre 2010 : Autopsie du loser. Ça a commencé par une très longue introspection pour comprendre ce qui ne va pas chez moi, et ça a fini par devenir un texte qui, si j’en crois les commentaires que je reçois, est une douche froide qui a ouvert les yeux à plusieurs hommes.

4 mai 2011 : Le fameux « Hommages aux bons gars », et ce que j’en dis. L’art de surfer sur la viralité d’un texte qui devint populaire pour les mauvaises raisons.  Je parle de Ode to the Nice guys.  Étrangement, bien que la version originale anglaise est toujours présente sur le net, la version française que j’y décortique ici ne se trouve plus aujourd’hui que sur un seul vieux blog abandonné

5 janvier 2012 : Les 9 étapes de la naissance, le vie et la mort d’un forum. Cité, copié-collé ou lien-é sur plusieurs forums par des membres qui voyaient l’endroit dériver dans le sens décrit dans mon texte.

26 juillet 2012 : 30 comportements qu’il faudrait cesser d’avoir sur Facebook. Mon second article viral. Quatre jour après l’avoir écrit, on en parlait à l’émission matinale Salut Bonjour. À ce jour, une trentaine de liens et articles sur diverses pages, 394 commentaires, plus d’un demi-million de visites, soit 665 701. L’avantage de parler du site web le plus populaire de la planète.

(Je dis que c’est mon second article viral.  C’est que mon premier, vous le connaissez sûrement, il date de 1996, donc précède ce blog, et est également le premier texte viral québécois du net.

8 octobre 2014 : L’influence de la personnalité sur les relations et conditions de travail. Un jour, je me suis rendu compte que je recevais beaucoup de visites en provenance du site du Lycée Léonard de Vinci (Levallois-Perret, Hauts de Seine, France) Il se trouve que ce billet fait partie des lectures suggérées à leurs étudiants en Science de Gestion. J’ai donc rajouté un en-tête pour leur souhaiter la bienvenue, histoire de rendre la chose officielle. D’accord, je n’en reçois pas un sou. Mais hey, on parle ici d’un billet québécois, jugé assez pertinent par des professeurs français, au point de l’inclure dans leur programme. Ça, c’est du prestige!

27 avril 2018 : Truc simple pour savoir (gratuitement) qui vous a choisi sur Tinder. Apparemment, j’ai su mettre le doigt sur un sujet de grand intérêt.  Normal, puisqu’il s’agit d’augmenter nos chances de baiser sans débourser un sou.  Ce billet me rapporte de 350 à 800 visites par jour. Bonne chose, car sept ans après sa création, mon billet sur les comportements Facebook s’est beaucoup essoufflé, avec ses 14-à-30 visites quotidiennes.

Mais dans le fond, ce blog existe pourquoi, au juste?
Quand on me le demande, alors je décris Mes Prétentions de Sagesse comme étant le disque dur externe de ma mémoire. C’est que, apprendre des leçons de vie, c’est une chose. Mais ne pas les oublier, c’en est une toute autre. Et de pouvoir ainsi relire ce que j’ai découvert et ce que j’ai compris, ça me permet de ne jamais oublier ces leçons, et ça m’aide à devenir une meilleure personne.

J’ai encore beaucoup de chemin à faire. N’empêche que ça m’a vraiment aidé à évoluer pour le mieux. Par exemple, juste en relisant mon tout premier billet, on voit clairement qu’il y a dix ans, j’avais un côté passif-agressif, arrogant et belliqueux. J’ai pris pas mal de degrés de zen depuis. Également, je constate que, dans la 4e et 5e année d’existence du blog, j’ai progressivement passé de misogyne ordinaire à féministe. Mais pour cette évolution-là, je n’ai pas de mérite. C’est l’influence de mes amies et de mes récentes conjointes. En fait, éducation serait ici un meilleur mot qu’influence.

Et tant qu’à avoir eu à apprendre ces leçons de vie à la dure, aussi bien en faire profiter les autres en les partageant.

Nouveau blog de remise en forme

Les lecteurs de Mes Prétentions de Sagesse n’étant pas tous fans d’activité physique, je serais malvenu de leur imposer ma nouvelle remise en forme. Aussi, les gens intéressés peuvent venir me suivre sur Diesel Ego

On dirait une étiquette de marque de jeans.

En plus de mes progrès, retranscrits sur une base hebdomadaire, je vais y reprendre la majorité des billets d’exercices et d’alimentations déjà publiés ici ces dix dernières années. Comme ça, ceux qui s’intéressent à ce genre de chose n’auront plus à devoir fouiller ici partout.

Vouloir vaut mieux que mériter

Tous le long de notre vie, on a vécu à plusieurs reprises un sentiment d’injustice lorsque l’on ne recevait pas ce que nous méritions.  Mais ça, ce n’est rien à côté du sentiment d’injustice ressenti lorsque l’on voit une personne recevoir quelque chose de positif qu’il n’a rien fait pour mériter.

Il y a quelques années, alors que je traversais une mauvaise passe dans ma vie, je regardais tous les efforts que j’avais fait, tout le chemin que j’avais parcouru, et comment le hasard et certaines gens sont venus s’en mêler et, par conséquent, comment mon bilan de vie n’était guère brillant.  (Tel que raconté dans la saga General Menteurs) Et là, comme tout le monde, je me suis dit la phrase classique : « Je mérite mieux que ça! »

Ce n’était pas la première fois que je me disais cette phrase.  Et ce n’était pas la première fois non plus que je nourrissais mon amertume envers mon triste sort en pensant ensuite à tous ceux qui, dans mon entourage, l’avaient plus facile que moi, et ce sans l’avoir mérité.

… Sauf que cette fois-là, au lieu de simplement nourrir ma frustration, cette pensée m’a apporté une révélation aussi soudaine qu’illuminatrice.  Je me suis levé de mon fauteuil et, encore à moitié secoué par ce que je venais de comprendre, je me suis dit à voix haute : « Non!  Je ne mérite pas mieux que ça.  Je VEUX mieux que ça!  Je le veux, au point d’aller le chercher moi-même.»

C’est que je venais de comprendre une grande vérité :  Mériter, c’est être passif.  C’est attendre que les autres fassent l’effort de te donner quelque chose, en retour de tes faits et gestes passés.   Tandis que vouloir, c’est être actif.  C’est aller s’emparer soi-même de son but, en y travaillant, et en le faisant maintenant.

Et ceci m’a fait réaliser que la vie en général et la société en particulier n’en avaient rien à foutre, du principe du mérite.  Personne ne te doit rien.  Et même lorsque l’on te doit quelque chose, personne ne se sent vraiment obligé de te le donner.   Et voilà pourquoi la dite récompense ne va pas au plus méritant, mais bien à celui qui va la prendre.

C’est là que j’ai réalisé que, dans le fond, le principe du mérite, de la récompense, c’est un concept artificiel créé par la société. Un principe que l’on nous endoctrine dès la petite école.  Je pense par exemple aux prix Méritas, remis aux enfants pour leur excellente performance, ou pour leur améliorations digne de mention.  Je comprends que le but de remettre ces prix, c’est d’encourager les jeunes à améliorer leurs notes.  Hélas, le concept ne peut fonctionner, et ce pour les six raisons suivantes :

  • Raison 1: Un étudiant studieux et sérieux, ça n’a pas besoin d’un prix Méritas pour être studieux et sérieux.  Ça l’est naturellement.  Dans cette optique, le Méritas ne sert à rien.
  • Raison 2: La récompense de leur efforts, ils l’ont déjà, sous forme de bonnes notes, qui vont leur assurer le nombre de crédits requis pour avoir leur diplômes. Dans cette optique, le Méritas ne sert à rien.
  • Raison 3: Un cancre ne va pas soudainement devenir un génie, juste parce ce que les génies sont récompensés.  Dans cette optique, le Méritas ne sert à rien.
  • Raison 4:  Parmi ceux qui ne reçoivent pas et ne recevront jamais de Méritas, il y aura les envieux qui ne manqueront pas de passer leur frustrations sur ceux qui s’en sont mérités un.  Et ceci risque plutôt de décourager les élèves méritants à poursuivre cet effort qui fait d’eux des cibles.  Dans cette optique, le Méritas est contre-productif.
  • Raison 5: Celui qui sera vraiment alléché par l’idée de recevoir cette récompense, au point de vraiment faire des efforts pour l’avoir, aura inévitablement au moins un bien-pensant dans son entourage, qui lui fera la morale comme quoi faire des efforts dans le but d’avoir une récompense, c’est mettre ses priorités à la mauvaise place, et que les efforts il faut les faire pour soi, pas pour recevoir un mérite.  Dans cette optique, le Méritas lui ayant apporté le mépris, il y renonce aussitôt.  Et par le fait même, renonce à faire des efforts.  Ce qui rend le Méritas contre-productif.
  • Raison 6: Afin d’éviter tout ça, il y a quelques années, certaines écoles ont commencé à récompenser tout le monde, histoire de ne laisser personne exclus.  Mais quand tu vois que ceux qui font zéro efforts sont récompensés de la même manière que ceux qui en font, deux choses peuvent se passer: Ceux qui font des efforts dont dégoûtés de le faire. Et ceux qui n’en font pas exigent maintenant d’obtenir les mêmes mérites que les gens vraiment méritants.

Et si le principe de la récompense ne marche même pas à l’école, là où on vous la doit pour travail bien fait, comment voulez-vous que ça fonctionne dans la vraie vie, là où personne ne vous doit rien?  Ce qui prouve bien que c’est un concept bidon.

Alors plutôt que d’être passif en espérant qu’on te donne quelque chose pour des faits du passé, soit actif pour t’emparer toi-même d’un but futur. 

Choisir entre SOINS PRIVÉS ou PRIVÉS DE SOINS.

Cette histoire s’est passée en 2006. J’espère que les choses se sont améliorées depuis.

Ça faisait un an que je voyais ces commerciaux à la TV disant Get tested for aids.  Je me suis finalement décidé à le faire.

La dernière fois que j’ai passé un test de dépistage, c’était en 1993.  (À l’époque on parlait de MTS plutôt que d’ITS.) Depuis ce temps là, il m’est arrivé de prendre des risques en 1995-96-97 avec des cégépiennes ayant peu ou pas d’expérience sexuelle. Mais depuis, je pratique le sexe sécuritaire. Et, après tout ce temps, j’imagine que si j’avais attrapé quelque chose, ça se serait manifesté. N’empêche, il parait que parfois, une personne peut être porteuse de certaines maladies sans jamais en démontrer le moindre symptôme.  J’ai donc toujours eu ce petit doute énervant derrière la tête.

Ce jour-là, je me rend donc à l’Hôpital de Verdun.  Après une heure et demie dans la salle d’attente, je passe au triage:

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Avez-vous eu des relations sexuelles non-protégées durant ces cinq dernières années?
MOI: Non!
INTERNE: Alors ce n’est pas une urgence. Vous devriez aller à la Clinique de Médecine Familiale, l’édifice d’à côté.

Je sors de l’hôpital et je me rend au bloc à côté. Malheureusement, la Clinique de Médecine Familiale ne prend que 24 personnes par jour, et leur quota est rempli pour la journée.

Le lendemain, je me rend à la Clinique de Médecine Familiale, et donne mon nom au comptoir. Après deux heures, on m’appelle.

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Qui est votre médecin de famille?
MOI: Euh… Aucune idée!
INTERNE: Vous n’avez pas de médecin de famille?
MOI: Pas que je sache.
INTERNE: Malheureusement, les tests de dépistages doivent nous être demandés par un médecin de famille. Bonne journée.

J’appelle ma mère. S’il y a quelqu’un qui peut me dire si on a un médecin de famille, c’est bien elle. En effet, nous en avions un, mais il ne pourra pas m’aider, rapport qu’il a pris sa retraite il y a 12 ans, et est décédé trois ans plus tard.

Mon amie Carol me dit que je devrais aller à son CLSC. Justement, elle y a rendez-vous pour la semaine prochaine.  Je n’aurai qu’à l’accompagner. Bonne idée!

La semaine suivante, me v’là à son CLSC:

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Très bien! Quelle est votre adresse?
MOI: 624 Régina, Verdun, H4G…
INTERNE: Verdun, vous dites?
MOI: Oui!
INTERNE: Oh, dans ce cas je suis désolé, mais vous devrez aller au CLSC de Verdun. Ici, nous ne prenons que des patients de notre quartier.

Devant ma déception, Carol propose d’aller m’y reconduire en auto, dès qu’elle aura terminé avec son médecin. J’accepte!  Deux heures plus tard, on se rend au CLSC de Verdun. … CLSC qui a fermé, le temps que l’on s’y rende.

Le lendemain, je vais au CLSC de Verdun. … CLSC qui est fermé.  Nous sommes samedi.  C’est fermé les fins de semaines.

Lundi, je vais au CLSC de Verdun.

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Très bien! Quelle est votre adresse?
MOI: 624 Régina, Verdun, H4G…
INTERNE: Très bien, remplissez ces formulaires dans la salle d’attente, nous vous appellerons.

Je vais dans la salle d’attente et je remplis quatre pages de documents. C’est que c’est la première fois que je vais là, alors ils ont besoin de me faire un dossier.

On m’appelle.

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Très bien! Voyons ces documents.
MOI: Voilà!
INTERNE: Verdun… Rue Régina… Vous habitez près du parc ou du PFK?
MOI: Le parc!
INTERNE: Oups, petit problème ici… Vous avez vraiment 37 ans?
MOI: Euh… Bah oui!
INTERNE: C’est parce que quand il s’agit de tests de dépistage de MTS, les CLSC le font afin de diminuer l’engorgement des hôpitaux, sauf que l’âge limite de nos patients pour ces tests en particulier est de 25 ans. À votre âge, si vous voulez passer un test, vous avez deux options: Vous pouvez aller à l’Hôpital de Verdun, ou bien voir votre médecin de famille.

Ça commence à devenir ridicule. Comment est-ce qu’on peut faire pour avoir un médecin de famille si on n’en a pas déjà un? Come on!

C’est là que je me souviens d’un truc. Le docteur de la clinique de mon ancien quartier, Dr Lanski, qui a mis au monde certains de mes enfants. Il est leur médecin de famille.  Logiquement, puisque ce sont mes enfants, si le mot famille est utilisé au sens propre, alors ça devrait être le mien aussi. D’ailleurs, si je me souviens bien, c’est même lui qui m’a testé pour des MTS en 1993. J’aurais dû y penser avant.

Je me rend à sa clinique.  Je donne mon nom au comptoir et attend une heure et demie dans la salle d’attente.  Il m’appelle.

Dr LANSKI: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
Dr LANSKI: Qui est votre médecin de famille?
MOI: Euh…!? C’est pas vous?
Dr LANSKI: Non!
MOI: Mais voyons donc! Vous vous occupez de mes enfants depuis qu’ils sont nés.
Dr LANSKI: Oui, je suis le médecin de famille de vos enfants, mais je ne suis pas le votre.

Pourquoi est-ce qu’on les appelle médecins de famille s’ils ne soignent pas tous les membres d’une même famille? Tu parles d’une idiotie.

Dr LANSKI:Vous n’avez jamais pris de rendez-vous avec moi, vous êtes toujours venu à l’urgence.  Voilà pourquoi des fois c’est ma femme (médecin également) qui vous traitait.
MOI: Bon, d’accord, vous n’êtes pas mon médecin de famille.  Mais vous m’avez pourtant fait passer un test de dépistage en 1993.  Pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas maintenant?
Dr LANSKI: Quel âge aviez-vous en 1993?
MOI:
Euh… 24 ans, 25 après le 21 juillet. 
Dr LANSKI: Et bien voilà! Quand il s’agit de tests de dépistage de MTS, les cliniques le font afin de diminuer l’engorgement des hôpitaux. Sauf que l’âge limite est 25 ans. À votre âge, si vous voulez passer un test, vous avez deux options: Vous pouvez aller à l’Hôpital de Verdun, ou bien voir votre médecin de famille.

Incroyable!

La maison des fous, ce n’est rien à côté de tout ça.

MOI: Bon, d’accord, mais dites-moi au moins ceci: Comment est-ce que je pourrais obtenir un médecin de famille. Genre, vous, par exemple?
Dr LANSKI: Il me faudrait un mot de recommandation de votre médecin de famille actuel.
MOI: Il est mort!
Dr LANSKI: Alors c’est bien regrettable, je ne peux rien faire.

Bon!

Je ne suis pas homme à lâcher prise facilement, surtout si c’est dans le but d’obtenir quelque chose que, apparemment, tout le monde arrive à avoir sans problème. De retour chez moi, je vais sur Google et je cherche des cliniques à Montréal qui font des tests de dépistages de MTS. J’en trouve une près de chez moi, sur l’avenue Verdun. J’y vais. Après deux heures d’attente, on m’appelle.

DOCTEUR: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
DOCTEUR: Très bien, donnez-moi un moment pour remplir ce document. Une fois rempli, allez juste le porter au centre de prélèvements de l’Hôpital de Verdun. Vous leur donnez, ils vous font des prélèvements, et ils feront les tests.
MOI: Wow! Merci beaucoup!

Eh ben! Avec tout ce que j’ai traversé, je suis étonné de la facilité de la chose.  Je me rend au centre de prélèvements de l’Hôpital de Verdun.  Celui-ci est fermé depuis quelques minutes.

Le lendemain, j’y retourne aux heures de bureau. La salle d’attente est presque vide. Je me présente au comptoir, donne le document, répond à quelques questions, et vais m’asseoir. On m’appelle en dix minutes.  Une interne me remet deux petites fioles.

INTERNE:  Allez à la salle de bain et remplissez d’urine ces deux contenants, puis revenez les porter ici.
MOI: Euh… C’est tout? C’est bien pour un test de dépistage de MTS, oui?
INTERNE: Oui.

Eh ben! Je suppose que de nos jours, la médecine est tellement avancée qu’un simple échantillon d’urine est suffisant pour trouver toute trace de ce qu’on pourrait avoir.  Et moi qui m’imaginais devoir y laisser 3 litres de sang et me faire ramoner l’urètre avec une brosse à bécosses.  Oh well, je ne me plaindrai pas.

Je ramène les contenants remplis à l’interne. Elle me dit que j’aurai les résultats dans une semaine. C’est tout heureux que je reviens chez moi.  Ça a pris du temps. Mais là, au moins, je vais enfin savoir. Plus qu’une semaine avant la tranquillité d’esprit.

Une semaine passe. Pas de nouvelles.

Deux semaines. Toujours pas de nouvelles.

Je retourne au centre de prélèvements et demande au sujet de mes résultats.

INTERNE: Oh, nous ne pouvons pas donner ces informations confidentielles aux patients. Ça a été envoyé directement au docteur qui les a demandé.

Ok!  C’est MOI qui a demandé ces tests.  C’est MOI qui s’est fait tester.  Ce sont des tests sur MON état de santé.  Mais ils n’ont pas le droit de m’en donner les résultats?  Mais c’est quoi cette logique de marde?

Très bien alors, je retourne à la dernière clinique. J’attends. On m’appelle, mais je ne revois pas le même docteur que la dernière fois

DOCTEUR: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: Je suis venu pour passer un test de dépistage de MTS il y a deux semaines. J’ai été envoyé à l’hôpital de Verdun pour les prélèvements et ils m’ont dit que les résultats avaient été envoyés ici.
DOCTEUR: Le docteur qui vous a envoyé à Verdun, c’est votre médecin de famille?
MOI: Non!
DOCTEUR: Alors je suis désolé, mais la loi ne lui permet pas de vous donner les résultats de ces tests. Seul un médecin de famille à le droit de le faire. Et à votre place, je le contacterais sans tarder pour qu’il communique avec nous. Parce que si au bout de trois semaines, les renseignements sont non-réclamés, ils sont aussitôt détruits.
MOI: Et si je n’ai pas de médecin de famille?
DOCTEUR: Alors vous pouvez toujours vous présenter à l’urgence de l’hôpital de Verdun.

…Urgence de l’hôpital de Verdun qui, au tout début de cette histoire, a refusé de me traiter parce que je n’ai pas baisé sans condoms durant ces 5 dernières années.

Il semblerait donc que la meilleure façon pour moi de savoir si j’ai une MTS serait de coucher sans protection avec une vierge de moins de 25 ans, et que ce soit elle  qui aille passer un test de dépistage au CLSC.

Devant le manque de volontaires, je me suis donc dirigé au privé quelques années plus tard.  Pour 620$, j’ai été testé sur toutes les ITS imaginables.  J’ai reçu certains résultats immédiatement, d’autres plus tard par courriel.  Ils furent tous négatifs. 

Et depuis, pas une fois depuis n’ais-je fait awing-ahan sans porter le condom.  La tranquillité d’esprit vaut bien cette petite discipline.

L’évolution du point de vue (3 de 3)

Lorsque je regarde celui que j’étais dans la jeune vingtaine, je constate que je ne suis plus du tout la même personne.  En particulier de la façon dont je vois les choses.

 Par exemple :

Détermination romantique hier, harcèlement malvenu aujourd’hui.
De mes 14 à 27 ans, j’avais beaucoup de difficulté à me mettre en couple.  Du moins, avec des filles qui en valaient la peine.  

Ma mentalité à l’époque :En matière de couple, les filles ne sont que des menteuses, des hypocrites et des connes.  Non mais c’est vrai, quoi!  Regardez-les agir : 

  • Elles disent que c’est l’intérieur qui compte, mais elles ne s’intéressent qu’aux beaux gars. 
  • Elles disent vouloir des Nice Guys mais choisissent des Bad Boys. 
  • Elles disent qu’elles cherchent un gars avec qui elles ont beaucoup en commun, mais quand on a une amie avec qui on est full semblables, elle refuse en nous servant des excuses bidons du genre de « Je ne veux pas gâcher notre amitié. » , ou bien « Ça ne pourrait pas marcher entre nous car nous sommes trop semblables. »

NON MAIS C’EST QUOI, CETTE LOGIQUE DE MERDE?  De un, en me refusant, et en pensant que je suis con au point de gober des excuses aussi tartes, c’est toi qui la gâches, notre amitié.  De deux, tu préfères quoi?  Un gars avec qui tu n’as rien en commun?  Ça explique bien des choses, alors.  Pas surprenant que tu me casses toujours les oreilles à te plaindre de tes différentes relations de couple. 

En tout cas, c’est de deux choses l’une : Ou bien les filles sont juste trop connes pour être capable de faire le bon choix en matière de couple, ce qui signifie que c’est une décision qu’il faut prendre à leur place.  Ou bien elles nous mentent, ce qui fait que nous avons le droit de leur mentir en retour pour les manipuler à sortir avec nous, ou du moins à coucher.  

De toute façon, c’est comme ça que ça marche, hein!?  L’homme ment à la femme pour s’en rapprocher, la femme ment à l’homme pour s’en éloigner.  Je l’ai assez souvent observé pour voir que c’est vrai.

Et avant de nous juger, constatez vous-mêmes : ON N’A PAS LE CHOIX!  C’est ou bien ça, ou bien passer notre vie célibataire.  Au moins, pendant qu’elles sont avec nous, elles ne sont pas avec ceux qu’elles choisissent elles-mêmes, c’est à dire les salauds qui les maltraitent et dont elles se plaignent tant.

Et si ça ne marche toujours pas, alors qu’elle aille se faire foutre, avec ses « On peut toujours rester amis. »  Des amis, j’en ai déjà.  Ce n’est pas une amie que je cherche, c’est une amoureuse ou une amante.

Ma mentalité maintenant :  Si la fille ne s’intéresse pas à moi, peu importe la raison, peu importe si cette raison me semble logique ou non, ça ne change rien au fait qu’elle ne s’intéresse pas à moi.  C’est suffisant pour lâcher prise, oublier et passer à autre chose.  Et il n’y a aucune raison d’être peiné, frustré, ou de ne plus en vouloir en tant qu’amie.

Qu’est-ce qui a changé en moi?  Jusqu’à mes 27 ans, comme bien des incels (célibataires involontaires), je croyais, à force de l’avoir souvent observé, que « Pour séduire les filles, il faut les maltraiter! » 

… Sauf que je ne pouvais pas y croire vraiment.  Parce que, soyons francs, il n’y a aucune logique dans cette affirmation.  Pourtant, je ne pouvais pas nier que c’était exactement ce dont ça avait l’air.  Du moins, à la surface.  Donc, logiquement, si les filles « préfèrent sortir avec ces salauds plutôt qu’avec un bon gars comme moi » il devait bien y avoir une raison.  Il ne me restait plus qu’à trouver laquelle

J’ai donc commencé à observer les gars qui avaient la cote auprès des filles, et je me suis comparé à eux.  Ça m’a permis de constater plusieurs choses sur trois sujets importants:

  1.  La beauté :  Je n’étais pas beau, mais le problème véritable était plus profond que ça. C’est que la beauté physique peut être séparée en deux catégories:  La naturelle, et la travaillée.  J’ai connu des gars qui étaient laids du visage, mais que les femmes considéraient néanmoins comme étant beaux.  La raison?  Ces hommes prenaient soin d’eux, étaient sportifs, développaient leur physique.  Bref, juste en les regardant, on voyait qu’ils démontraient de la discipline, de la détermination, du courage face à l’effort, de la confiance en soi.  Et ce genre de comportement, eh bien, c’est sexy.  Moi?  Je n’étais pas beau du visage, et mon physique maigre et négligé ne démontrait aucune vaillance. 
  2. L’argent. Je n’en avais pas, mais le problème véritable était plus profond que ça. D’abord, je n’avais pas ce qu’il faut pour décrocher plus qu’un boulot minable au salaire minimum.  Ensuite, tel que je l’expliquais dans le billet précédent, non seulement je m’arrangeais toujours pour vivre à la limite de mes moyens, je dépensais stupidement, débalançant du coup mon budget, parfois pour des mois.  Je n’étais donc pas le genre de personne avec qui une fille pouvait se sentir en sécurité financière.  Je donnais plutôt l’impression que j’allais être une charge pour elle. 
  3. La carrière / l’avenir / l’ambition.  Mes attentes face à l’avenir étaient quelque peu fantaisistes, puisque je voulais devenir riche et célèbre, à la radio, à la télé, au cinéma, en humour, en théâtre, en publicité…  Mais le problème véritable était plus profond que ça.  Mon focus était sur la récompense de l’effort, plutôt que sur l’effort lui-même.  Je n’avais ni les études ni les connexions pour faire partie de ces univers, je n’avais pas la moindre idée de comment y parvenir, et je savais encore moins comment, où et à qui m’adresser pour l’apprendre.  Un gars de ce genre-là, qui a des attentes irréalistes face à son avenir, ça n’a pas l’air d’avoir les pieds sur terre, ce qui ne sécurise pas une femme.

Constater tout ceci m’a permis de comprendre une chose très importante : Oui, une femme peut avoir une relation avec un gars qui a certains défauts.  Sauf qu’elle ne va jamais choisir un homme à cause de ses défauts.  Elle va le choisir malgré ceux-ci.  Et ça, ça veut dire que ce gars-là possède des qualités qui pèsent beaucoup plus sur la balance que ses défauts.

Et voilà pourquoi aucune fille (sensée) ne voulait de moi.  Je n’avais peut-être aucun des défauts de ces gars-là, mais je n’avais aucune de leurs qualités pour me rattraper non plus.  Ça m’enlevait tout espoir de plaire, ce qui faisait de moi un gars désespéré.  Dans de telles conditions, un gars se croit justifié d’utiliser mensonges et manipulations pour avoir la fille.  Parce que dans sa vision étroite, telles sont les relations entre hommes et femmes : La femme n’est qu’une proie qui s’amuse à fuir l’homme, et c’est à l’homme de la capturer.

Pour la défense du gars que j’étais à l’époque, et de ceux qui pensent comme ça aujourd’hui, il ne faut pas s’étonner de cette mentalité.  C’est à cause que l’on passe notre vie à être bombardés de messages de ce genre.  Par exemple :

  • Dans les contes pour enfants tels La Belle au Bois Dormant ou bien Blanche-Neige, le gars arrive vers la fin, dit à la fille qu’il l’aime, et voilà, elle lui dit oui.  Déjà là, on nous montre que la fille n’a aucune raison, voire aucun droit, de dire non à un gars qui se déclare.  Elle est juste disponible en attendant d’être choisie, voilà tout. 
  • Et dans les deux cas, ces gars ont commencé à être physiques avec elles sans leur demander leur avis, en les embrassant (et peut-être plus, selon versions) alors qu’elles étaient inconscientes. Aussi bien dire qu’elles n’ont aucun droit sur leurs propres corps.
  • Dans les chansons, combien de centaines de milliers d’entre elles ont comme thème « Un jour tu seras mienne »?  Et que dire de ce grand classique des années 80, Every Breath you Take, qui n’est rien de moins qu’un hymne au harcèlement.
  • Dans les films, prenez par exemple ce grand classique de mon adolescence, The Breakfast Club.  Tout le long du film, le voyou insulte la p’tite snob riche, la déprécie, la harcèle sexuellement.  À la fin, tandis qu’il est en isolation, elle va le rejoindre et s’offre à lui de son plein gré.  Dans le même film, le sportif n’adresse pas un mot à la fuckée.  Mais dès que celle-ci change de look et devient belle (Selon le scénario, car peu de spectateurs sont d’accord là-dessus, mais passons) alors là, le sportif la drague.  Et elle aime ça et se laisse faire, malgré le fait qu’ils n’ont rien en commun.
  • Dans les séries télé, si le personnage masculin moche insiste assez longtemps, il finira avec la belle.  Peu importe le nombre de saisons que ça lui prendra, elle sera sienne.  On s’en fout qu’il n’aient rien en commun, ELLE EST BELLE!  C’est tout ce qui compte.  C’était vrai il y a 25 ans dans Family Matters, et c’est encore vrai à notre époque avec The Big Bang Theory.  

C’est ça que la société nous apprend : Pour avoir une fille, il faut insister, voire même se servir sans lui demander son avis.  L’important, c’est se montrer assez déterminé jusqu’à ce que l’on arrive à la faire craquer.

À 27 ans, j’ai réalisé que ce comportement, c’était du harcèlement.  Et que trop souvent, quand une fille dit oui, ce n’est pas parce qu’elle est séduite.  C’est parce qu’elle a peur des conséquences de dire non.  Et avoir une relation sous la contrainte, c’est une agression.  

Puisque je ne voulais pas devenir un harceleur ni un agresseur sexuel, il fallait que j’arrête de leur courir après.  Mais voilà, je ne voulais pas passer le reste de ma vie seul.  Il fallait donc qu’elles arrêtent de me fuir.  Et pour ça, je devais devenir attirant, autant de l’extérieur que de l’intérieur.

Je me suis mis à la musculation pour améliorer mon physique.  Je me suis mis au cardio pour améliorer mon endurance, ma résistance et ma production d’énergie.  Je suis retourné aux études.  J’ai obtenu les connaissances dans divers domaines pour obtenir des emplois.  J’ai eu des emplois successifs, chacun meilleur que le précédent.  J’ai amélioré mon revenu.  J’ai appris à faire un budget et à dépenser intelligemment.  Et voilà comment j’ai commencé à être intéressant aux yeux des femmes.  Ce qui m’a montré que durant tout le temps où elles me fuyaient, le problème n’était pas elles.  C’était moi!

Mieux encore: Avec mes études, mes connaissances, mon expérience grandissante,  j’étais capable de faire quelque chose (voire plusieurs choses) de ma vie.  Par conséquent être en couple a cessé d’avoir une importance démesurée dans ma vie.  Je pouvais trouver ma valeur ailleurs que dans ma capacité de séduire.

J’ai cessé de voir chaque fille qui m’entoure comme étant une conjointe potentielle.  J‘ai cessé de ne les voir que comme des accessoires amoureux/sexuel à la disposition des hommes, à jeter comme un objet brisé lorsqu’elles refusaient de remplir cette fonction avec moi.  Ce qui fait que j’ai commencé à les voir vraiment comme des êtres humains, des égales.  Par conséquent, je n’ai plus jamais ressenti de problème à les avoir dans ma vie comme amies platoniques, puisque j’ai cessé de voir leur amitié comme étant le symbole de mon échec amoureux/sexuel.  

Mieux encore:  Maintenant que j’étais apprécié des femmes, je pouvais arrêter de m’essayer avec n’importe qui, et ne me rapprocher que de celles avec qui j’avais beaucoup en commun.  Celles-là se divisaient en deux catégories: Celles avec qui il n’y avait aucune attirance romantique/sexuelle réciproque, qui devinrent d’excellentes relations d’amitié.  Et celles avec qui il y avait attirance romantique/sexuelle réciproque, qui devinrent d’excellentes relations de couple… Pour (re)devenir d’excellentes relations d’amitié si le couple prenait fin.

Et ce à quoi je ne m’attendais pas: Aux yeux de celles qui furent déçues de ne pas être choisies, c’était maintenant moi  le salaud qui leur faisait de la peine. 

Comme quoi ce que l’on qualifie de bad boy, ça peut être très relatif, finalement.

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Y’A LIENS LÀ:
Sur le même thème et/ou mentionné plus haut: 
Le jour où j’ai réalisé qu’Elle a dit OUI par peur des conséquences de dire NON
Une fille qui se plaint que son mec ne pense qu’au sexe, c’est ça qui arrive Quand la libido est notre seul point en commun.
Pour exploiter votre ignorance des femmes, voici  12 illusions fallacieuses qu’essayent de vous vendre les guides de séduction.
J’ai vécu ça, la drague malvenue de la part d’un homme, alors qu’Il se croyait irrésistible.
Bonne chose que j’étais un homme, ce qui fait que je n’ai pas eu à démissionner, contrairement à Ingrid: Cinq jours parmi les loups.
Enfin, si vous avez deux heures à tuer, et que vous êtes curieux de savoir ce qui se passe dans la têtes de certains incels qui mettent une importance démesurée à réussir à être en couple afin de compenser pour une vie de loser sous tous ses aspects, alors voici un petit roman autobio en ligne, dans lequel je raconte l’été de mes 21 ans: Surveiller Nathalie; voyage dans la tête d’un harceleur.

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Et cet article qui conclut cette trilogie est le 400ième de ce blog en 9 ans et trois mois d’existence. 

Mes NON de famille

Ma première copine, Richer-Joly, était bien nommée.
La seconde, Comte-Aubut, arrivait toujours à gagner.
J’ai eu Monet-Royal, et son revenu colossal.
Avant que Lamie-Gall aille me capturer dans sa toile.
Mam’zelle Lepire-Marchand servait assez mal ses clients.
Et Dulac-St-Jean se reconnaissait par son accent.
Mademoiselle Hétu-Dion allait à l’université,
Et se trouvait en classe de Maths avec Racine-Carré.
La pauvre Viau-Paradis n’a pas vécue longtemps.
Et miss Lagarde-Dery voulait de moi beaucoup d’enfants.
Larivière-Richelieu alla se jeter dans le fleuve.
Quand je l’ai quittée pour aller chez Labelle-Maisonneuve.
Aucune amante n’était aussi chaude que Laflamme-Dufour.
Mais mon cœur appartenait à Montpetit-Brindamour.
Lafleur-Delage était jeune et au sommet de sa forme.
Alarie-Dugas aimait surtout se moquer des hommes.
La grande Tremblay-Vandal était en techniques policières.
D’être née au Québec, Patry-Hotte était vraiment fière.
Madame Dubois-Brûlé vit maintenant dans un foyer.
J’ai eu Malo-Talon, celle-là elle m’a bien fait marcher.
Toujours à sa fenêtre on retrouvait Déry-Daudelin.
Avec Beauregard-Daigle, elle espionnait tous les voisins.
Miss Avard-Fortuné était une femme plutôt radine.
Mademoiselle Turmel-Auclair vendait des filtres à piscines.
Levert-Derome avait un sérieux problème de boisson.
Et Dussault-Montrose dégageait un arôme de poisson.
Il y a eu Plouffe-Aubin, une maniaque de propreté.
Delage-Gingras manquait beaucoup trop de maturité.
Paiement-Tardif réglait trop souvent ses comptes en retard.
Gagnon-Lapalme, comme d’habitude, remportait la victoire.
Miss Méthot-Matte faisait de très bonnes sauces à spaghetti.
Mercier-Bienvenu était une demoiselle polie.
Carrière-Rathé ne gardait jamais d’emploi très longtemps.
Hétu-Généreux ne me voulait que pour mon argent.
Puisque Leroux-Pion passait ses journées à dormir.
J’ai eu ma thérapeute sexuelle, Sauvé-Monplaisir.
Lafond-Dery, une forgeronne, travaillait le métal.
Légaré-Delisle se perdait toujours dans Montréal.
Il y a eu Tessier-Dutronc, amputée de moitié.
Et puis Perdue-Montcalm, toujours en train de paniquer.
N’importe qui pouvait coucher chez Lido-Desautels.
Alors que Garant-Thivierge se garda pure pour l’autel.
Allaire-Thérrien ne voulait surtout pas faire de remous.
Mongrain-Decelles, par contre, avait son opinion sur tout.
C’était une peintre très occupée, miss Arpin-Lamontagne.
Je regrette tant d’avoir un jour pris une Brosseau-Champagne.
Lara-Courcy n’avait en guise de jambes que des moignons.
Nulle ne cuisinait mieux que cette chère Leboeuf-Bourgignon.
Il y a eu Lépine-Hotte, j’en suis devenu allergique.
Pageau-Lee était, hélas, complexée par son physique.
À tous les jours, Beaujoie-Levert ne faisait que frustrer.
Comme Desmarteau-Pilon, elle ne voulait que tout casser.
Despins-Gouin prétendait avoir une origine inuit.
Quand à miss Meunier-Tudor, son moulin allait trop vite.
Avec Beaugrand-Perron, il nous fallait Talon-Chaussé.
Avec Épars-Pion, il nous fallait Lara-Massé.
Cette fois je suis à bout, découragé, Mondoux-Seigneur
J’ai bien cherché partout, je vois qu’il y a Riendeau-Tailleur.
Céder à Laprès-Sillon, ça je l’ai toujours refusé.
Célibat choisissons, mon nom est Gemme-Laliberté.

12 (autres) catégories d’hommes de sites de rencontres

Ce billet est le onzième de la série (Més)aventures sur sites de rencontres.  E

Quelques gentilles demoiselles ont partagé avec moi leurs observations des profils masculins sur sites de rencontres.  Ils peuvent être divisée en douze types, que voici:

1- Les non-monogames, pour diverses raisons: D’un côté, les polyamoureux, les couples ouverts.  Et de l’autre, les infidèles en tous genres.

2 – Les wannabe Mister Grey. Ils veulent vous faire découvrir les joies de l’humiliation et de la douleur, sans trop savoir ce qu’ils font. Ne connaissent rien au BDSM.  Comme l’auteur des 50 shades of, finalement.  Ils sont tous sapiosexuels (disent-ils) mais en fait ne pensent qu’au cul. Ils sont généralement mariés à une pauvre naïve qui ne soupçonne rien.

Le groupes 1 et 2 partagent le même sentiment de supériorité sur la masse des moutons monogames.  Ils se considèrent, d’une manière évolutive, au-delà du honteux sentiment de possessivité.

3- Les pervers losers de base. Selfies de douchebags, même quand ils n’en ont ni le physique ni le style, dick pics, messages qui se résument à « Me wanna fuck », généralement dans un orthographe déplorable.

4- Les jeunes qui veulent des vieilles. Jeunes hommes de 18-25 ans avec la libido volcanique car leur cerveau marine dans la testostérone toute fraîche. Influencés par la rumeur disant que les cougars sont des insatiables nymphos qui font tout et qui aiment tout.

5- Les vieux qui veulent des jeunes. Ils ont besoin d’un eye-candy tout frais à leur bras pour remonter leur ego, histoire de se faire accroire qu’ils ne sont pas si vieux que ça. Ça ne les dérange pas si elles sont moins allumées au lit puisqu’ils ont eux-mêmes la libido pas mal plus calme qu’il y a vingt ans.

6- Les colériques instantanés.   Leur frustration et leur agressivité est camouflée sous un vernis très mince qui craque dès la seconde où il n’est pas d’accord sur un point X avec vous, ou si vous le contrariez.  En général, se décrit comme étant « un bon gars qui en a assez de faire rire de lui. » 

Dans un ordre d’idées similaire:

7- Le gars qui en a assez de tomber sur des relations toxiques.  Il te parle de long en large de ses 27 ex, toutes des salopes profiteuses menteuses hypocrites qui lui ont fait perdre son temps.  Mais tu te rends vite compte que finalement, tout ce que ces filles avaient en commun, c’est lui.   Et à jaser avec lui, tu réalises assez vite pourquoi elles s’en sont éloignées.

8- Le loser sans emploi qui cherche femme de carrière avec vie sociale.  Dans le meilleur des cas, il sera fée du logis et amant passionné contre hébergement, coûtant à peine plus que sa nourriture.  Dans le pire, il sera un parasite qui est là pour se faire entretenir, sera un gouffre financier, et continuera de se chercher des amantes sur des sites de rencontres tandis qu’elle est au boulot.  

9- Les malheureux délaissés solitaires. Se décrit comme ayant des belles valeurs : Accorde sa confiance, fidèle, croit en Dieu, est prêt à fonder une famille. Il a souvent une photo à côté de son sapin de Noël, avec son chat.

10- Les gars qui disent franchement, sans détour, ne vouloir que du sexe. Éventuellement, ils se rendent compte que leur franchise leur rapporte zéro cul. Alors ils changent leur profils, disant qu’ils veulent une relation à long terme.

11- Les fétichistes en tous genres.  Ceux-là ratissent large dans l’espoir de trouver une femme à l’esprit ouvert.  De « J’aime les jupes en jeans et les vestons coats de cuir »  à « Je veux juste te chatouiller les pieds le plus longtemps possible » en passant par « Fais-moi pipi dessus pendant que je conduis ma moto. »

12- Les gars tout à fait normaux, voulant une relation normale avec femme normale. Deux problèmes avec celui-là: De un, il faut le trouver. Et de deux, encore faut-il qu’il y ait une chimie entre vous.

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Merci à Cindy RJ, Nathalie G et Marianne D pour leur désopilantes contributions, et Sarah D pour certains ajustements nécessaires.