Surveiller Nathalie, chapitre 4 : Ma mentalité

(Il existe maintenant une version roman en ligne beaucoup mieux travaillée de cette série de blogs, juste ici: SURVEILLER NATHALIE; dans la tête d’un harceleur)

Comme on peut le voir de la façon dont je me décris dans les chapitres précédents, en 1989, j’avais vraiment peu de choses qui pouvaient me faire apprécier par la gent féminine.  Du moins, par celles qui avaient de l’allure. Puisque je ne pouvais pas séduire avec ce que j’avais, alors j’ai décidé de le faire avec ce que je n’avais pas :

Faites une longue liste de tout ce que vous pouvez reprocher à un gars qui est en couple, et vous pouvez être certains que rien de cette liste ne s’adresse à moi. Je ne suis pas violent. Je ne suis pas rabaissant.  Je ne suis pas impoli. Je ne suis pas fumeur.  Je ne suis pas drogué. Je ne suis pas du genre à perdre mon temps à regarder les sports à la télé, à dépenser tout mon argent au bar avec mes chums, à aller aux clubs de danseuses nues. Et surtout, je ne suis pas infidèle. Remarquez, celle-là est donnée.  Quand on a toutes les misères du monde à séduire une fille, il est assez difficile d’en séduire deux. Pas grands chances d’être infidèle dans ce temps-là.

Mes efforts constants pour être le plus irréprochable possible, ça m’a permis de plaire à des filles qui sortaient avec des gars au comportement imparfait.  Ça m’est arrivé trois fois, et dans les trois cas les choses se sont déroulées de la même façon. L’exemple le plus récent, c’est avec Geneviève, une fille rencontrée dans un terrain de camping l’été dernier en juillet 1988, il y a exactement un an cette semaine.  Tout comme Nathalie, elle était parfaite selon mes standards.  Tout comme avec Nathalie, le courant passait super bien et on était très à l’aise l’un envers l’autre.  Et tout comme avec Nathalie, notre attirance réciproque nous était évidente.  Mais voilà, pour le meilleur ou pour le pire, nous avions chacun nos principes moraux qui empêchaient cette relation.  Dans son cas, c’était la fidélité.  Et dans mon cas, c’était le fait qu’une fille qui a déjà un chum, je n’y touche pas.  Hélas, lorsqu’elle a eu à faire un choix, elle a décidé de rester avec lui et de travailler sur leur relation, histoire de tenter de réparer ce qui ne va pas entre eux.  Par conséquent, encore une autre fois, la situation classique s’est répétée : Le salopard se retrouve avec la fille, et le bon gars qui n’a rien à se reprocher finit seul.  Une situation injuste qui me rend particulièrement amer.

Dans ma tête, mon comportement passif faisait de moi le gars parfait.  Difficile de se faire reprocher de faire quelque chose de mal lorsque l’on ne fait rien.  Hélas, ne rien faire, ça signifie aussi ne rien faire de bien.  Voilà pourquoi, les rares fois où j’ai réussi à attirer l’attention des filles, ça n’a jamais duré longtemps. Et puisque je n’avais ni beauté ni argent ni rien d’autre pour me rattraper, alors elles perdaient intérêt.

Mon comportement irréprochable leur causait un réel problème lorsqu’elles voulaient justifier leur éloignement de moi.  Parce que, sérieux là, comment est-ce qu’une fille peut dire « Je ne veux pas de lui parce qu’il n’a pas d’argent, pas d’auto, qu’il n’est ni beau  ni bronzé ni musclé » sans sonner comme la pire des profiteuses, la plus immorale des connes?  Aussi, pour ne pas mal paraître, puisque je ne leur donnais aucune raison valable de me rejeter, elles étaient obligées d’en inventer. À moi, elles utilisaient des excuses quelconques démontrant que les circonstances hors de leur contrôle faisaient qu’elles ne pouvaient pas être en couple. Mais aux autres, elles mentaient effrontément à mon sujet, disant que j’étais jaloux, obsédé sexuel, alcolo, drogué, et/ou violent.  Bref, les raisons qui sont socialement acceptables de vouloir s’éloigner d’un gars. Au début, mon entourage trouvait ça bizarre parce que ça ne décrit tellement pas le gars que je suis et qu’ils connaissent.  Mais à mesure que ces incidents se répétaient, ils ont fini par en arriver à la conclusion que j’étais un genre de Jeckyll & Hyde : Gentil et irréprochable en tant qu’ami, mais un trou de cul total en tant qu’amoureux.

Et ça, c’était la plus grande des injustices de toute ma vie.  Je veux dire, être laid, maigre, pauvre, quand tu es enfant, ado et au tout début de ta vie d’adulte, tu n’as aucun contrôle là-dessus.  Je ne peux pas parler ici d’injustice puisque c’est juste un hasard, des circonstances de la vie.  Mais la réputation personnelle, par contre, ça, c’est quelque chose sur lequel on peut travailler, peu importe notre âge.  Voilà pourquoi je mettais tant d’efforts à être irréprochable.  Et voilà pourquoi la dernière chose que je voulais, c’était des gens qui salissaient mon image et ma réputation aux yeux des autres. SURTOUT s’ils le faisaient en mentant à mon sujet.  C’était totalement inacceptable.

Et voilà comment je me suis ramassé à avoir trois buts dans la vie :

  1. Me tailler une bonne réputation.
  2. Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour exposer comme étant des menteurs ceux qui me trainent dans la boue.
  3. Exposer publiquement les vrais défauts de mes détracteurs, preuve à l’appui. Chose qu’ils ne peuvent pas faire à mon sujet, puisqu’il est impossible de prouver quelque chose qui est faux.

Donc, ma personnalité en 1989 en tant que jeune adulte de Presque 21 ans peut se tracer en cinq lignes:

  1. Désespérément à la recherche d’une bonne et belle jeune fille comme blonde.
  2. Vexé de provenir d’une classe sociale inférieure.
  3. Intolérant à me faire mentir, et encore plus à ce que l’on mente à mon sujet.
  4. Frustré des situations ridicules qui viennent toujours saboter mes projets, mes relations et ma vie en général.
  5. Et surtout, amer de la pire des injustices, cette grands classique que se dit tout soi-disant bon gars : Être rejeté par les filles alors que je suis parfait et irréprochable, tandis que les assholes se retrouvent avec toutes les filles.

Une chose qui n’aide pas à ce sentiment d’injustice,  c’est qu’à ce jeune âge, comme le souligne le site cracked.com dans un de ses articles, nous autres, les gars, on a passé toute notre vie à se faire mettre en tête la notion comme quoi la société nous doit une fille parfaite. Il suffit tout simplement de faire ce qu’on a à faire, agir correctement, être irréprochable, et Bingo : La fille de tes rêves devient folle de toi et se jette dans tes bras. On voit ça partout : Dans les comics, les romans, à la télé, au cinéma… Même dans les jeux vidéos, le gros plombier moustachu finit avec une princesse.

Ce qu’on a tendance à oublier, c’est que les filles aussi se font indoctriner dès leur plus jeune âge de notions irréalistes en matière de couple.  Voyez plutôt :

  • Blanche-Neige se fait foutre dehors de chez elle par sa bitch de belle-mère qui l’empoisonne.   Elle est sauvée par un beau et riche prince charmant sur son cheval blanc qui l’épouse.
  • La Belle au Bois Dormant se pique au doigt et s’endort. Elle est sauvée par un beau et riche prince charmant sur son cheval blanc qui l’épouse.
  • Cendrillon est la parfaite petite soumise pour sa belle-mère et demi-sœurs abusives.  Sa fée marraine lui fournit de quoi devenir la Paris Hilton médiévale, le temps d’un gros party. Elle est sauvée par un beau et riche prince charmant sur son cheval blanc qui l’épouse.

La leçon de tout ceci : Attend passivement, et un jour un super beau mâle athlétique et riche viendra te chercher.  En 1989, la bonne famille influente a remplacé le titre de royauté et la bagnole a remplacé le cheval.  Mais la beauté, le corps athlétique restent encore des attributs qui rendent charmant.  Voilà pourquoi, quand il s’agit de ces gars-là, être jaloux, obsédé sexuel, alcolo, drogué, et/ou violent, ce n’est étrangement pas une raison valable pour ces filles de s’en éloigner.

Cette obsession de la beauté et la richesse lorsque l’on est jeune homme ou jeune femme, ça n’a rien de surprenant.  À la télé, au cinéma, dans les magazines, les acteurs, actrices, chanteurs, chanteuses, sont tous beaux, minces, musclés, riches. Et le plus frustrant pour un gars comme moi : Des filles qui prétendent qu’en matière de couple la beauté n’a pas d’importance et que l’argent ce n’est rien, il en pleut.  Mais quand vient le temps d’en trouver une pour sortir avec, c’est le désert. Elles sont où, bout d’bonyeu?

Et voilà pourquoi une fille comme Nathalie allait avoir pour moi une si grande importance que je ne voudrai pas la laisser s’éloigner.  Parce que c’est celle qui, à date, représentera le mieux ces filles que me promettent mes lectures, les films et la télé depuis aussi longtemps que je me souvienne.

À SUIVRE

Surveiller Nathalie, chapitre 3: Une bonne impression réciproque

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Nathalie et moi passons les heures suivantes à continuer à jaser ensemble de tout et de rien. Nos conversations se font cependant interrompre quelques fois par Carl qui a toujours une remarque rabaissante en joke à dire à mon sujet.  Ce n’est pas la première fois qu’il essaye de saboter mes premiers contacts avec une fille. Des fois, je pense que ça fait tellement longtemps qu’il me connait en tant que loser, particulièrement dans mes relations avec les filles, qu’il aurait de la difficulté à s’adapter à un tel changement dans le status quo. De toute façon, il n’est pas le seul de la gang à avoir une allergie à l’idée que je puisse être heureux en amour. Par exemple, Cynthia, la blonde de Loïc, est grandement responsable de ma rupture avec Julie l’année dernière. Mais elle, au moins, je peux comprendre.  C’est parce qu’elle a un motif de m’en vouloir, même si ce n’est pas la plus édifiante des raisons :

Il y a deux ans, lors d’un party en gang dans la maison du père de Loïc, alors que j’étais seul à la cuisine pour me servir un verre d’eau, Cynthia est venue m’y rejoindre discrètement. Elle me fait un brin de conversation banale. Puis, elle dit:

CYNTHIA :  Je me demandais…. Est-ce que t’as déjà été amoureux de moi?

Surpris par l’absurdité de cette question, je lui réponds ce qui suit d’une voix qui exprime clairement à quel point je trouve ça drôlement stupide comme notion :

MOI : Amoureux de toi? T’es-tu malade? Ça fait 3 ans que je te connais pis ça fait 3 ans que j’te vois aller : Tu sors avec Loïc pendant 6 mois, puis tu casses avec lui pour sortir avec un autre gars pendant 2-3 mois.  Puis, tu reviens avec Loïc 6 mois, puis tu casses avec lui pour sortir avec un autre gars pendant 2-3 mois. Puis, tu reviens avec Loïc…  Comment est-ce que je pourrais être amoureux d’une fille en sachant d’avance qu’elle va me domper pour retourner avec Loïc? Franchement!

D’accord, j’admets que j’ai manqué de tact. Mais bon, ce n’est pas comme si j’en recevais beaucoup moi-même de la part des autres quand vient le temps de me remettre les pendules à l’heure sur un sujet X. Je dois cependant avouer que j’avais une raison de repousser Cynthia de manière si brusque.  C’est que durant ces 3 ans, en plus des gars quelconque avec qui elle a eu de courtes relations, elle a passé tous les gars de la gang. Parfois c’était pour une relation de couple, parfois c’était pour un flirt d’un soir. Entre autres:

  • Carl, avant qu’il connaisse Gina, a déjà passé une soirée à frencher avec Cynthia.
  • Jacques, avant qu’il ait sa blonde dont le nom m’échappe, a sorti une semaine ou deux avec elle.
  • André, lui, ce fut un mois.
  • Hey, une fois, elle a même sorti avec Julien… Le propre frère de Loïc.

Généralement, on était portés à fermer les yeux sur les relations de Cynthia. Au pire, on roulait des yeux en faisant un petit sourire amusé. Mais pour celle avec Julien, disons qu’on commençait à sourciller un peu, considérant qu’elle dépassait quelque peu les limites de la décence.

… Et c’est ça que j’ai trouvé insultant : Me faire passer en dernier après tous les gars de la gang et son frère.  Mon orgueil ne l’a pas pris.

Oui, j’ai de la misère à me trouver une blonde.  Oui, je m’essaye après toutes les filles célibataires que je peux trouver.  Et à cause de ça, on pense que je suis un fou des filles, un maniaque de la conquête, un obsédé sexuel.  Mais dans les faits, tout ce que je cherche vraiment, c’est avoir une relation amoureuse et sexuelle normale, sérieuse, saine et monogame. Je ne veux pas toutes les filles.  J’en veux une!  Je cherche la bonne, celle avec qui je serai compatible sur tous les points.  Sauf que, si je veux la trouver un jour, je n’ai pas le choix d’être constamment en chasse aux filles célibataires, au cas où l’une d’elle soit celle-là.

Et voilà pourquoi, malgré mon orgueil frustré de me faire passer en dernier, la raison que j’ai donné à Cynthia pour repousser ses avances était véridique. Je cherche une relation sérieuse à long terme, donc sortir avec elle serait une perte de temps. C’est la logique même!

Mais elle, de son côté, je suppose que la claque que j’ai asséné sur la gueule de son ego devait être beaucoup plus violente.  Imaginez : Nous vivons dans une société dans laquelle il est 1000 fois plus facile de séduire si on est une fille que si on est un gars. Alors pouvez-vous imaginer à quel point ça a pu être insultant pour elle, qui est habitué d’avoir tous les gars qu’elle veut, de se faire dire non par un loser, pauvre, pas beau, obsédé sexuel, qui veut toutes les filles et qui cherche désespérément à sortir avec n’importe qui… N’importe qui, sauf elle!?

Depuis ce temps-là, à chaque fois qu’elle en a l’occasion, Cynthia ne cesse d’essayer de saboter mes relations avec les autres filles, en les décourageant d’avoir le moindre contact avec moi. La dernière fois qu’elle l’a fait, ça remonte au printemps dernier, à un party chez elle, où je me suis accroché une autre de ses copines de cégep qui s’appelait Carol-Ann. Après l’avoir ramené chez moi et après avoir passé quelques heures d’une excellente séance de baise multi-orgasmique de part et d’autre, elle m’a dit :

CAROL-ANN : Ouain, Cynthia avait raison à ton sujet. J’ai bien fait de pas l’écouter.
MOI : Huh? J’comprends pas…
CAROL-ANN : Pendant l’party, quand t’es allé aux toilettes après notre slow… Cynthia est venue me voir pis a’ m’a dit: « Méfie-toi de lui, c’est un nymphomane! »  Mais là, Criss, chus tellement en manque, j’allais pas laisser passer la chance de me faire baiser solide, surtout si c’qu’à disait sur toi c’était vrai.

Je ne sais pas ce qui m’a amusé le plus à ce moment-là : Le fait que Cynthia croit que nymphomane est un qualificatif masculin, ou bien le fait que je me retrouve au lit avec Carol-Ann parce qu’elle a voulu s’assurer que je ne me retrouve pas au lit avec Carol-Ann.

Je n’ai pas réussi à avoir une relation de couple avec Carol-Ann pour des raisons de distance géographique, et aussi du fait qu’elle a d’autres amants.  Mais au moins, cette soirée a eu le mérite de démontrer à Cynthia que ça ne lui sert à rien d’essayer de me saboter mes nouvelles relations. Si ça se trouve, ça va juste encourager ces filles à se jeter dans mes bras.

Voilà peut-être pourquoi, aujourd’hui, tout le long de ce party dans lequel je suis en train de lier d’amitié avec Nathalie, pas une seule fois Cynthia ne tente de la dissuader. S’il n’y avait pas Carl et ses jokes plates rabaissantes pour prendre la relève, tout serait parfait.

Parfois, j’ai l’impression que la raison pourquoi la gang me traine avec eux, c’est pour se rappeler combien ils sont chanceux d’être nés dans une classe sociale supérieure à la mienne, combien ils sont génétiquement mieux fichus que moi, comment ils peuvent plus aisément se concentrer sur les choses importantes comme les études et la carrière parce qu’ils n’ont pas à mettre beaucoup d’efforts les trucs de base tels l’argent et l’amour. Bah, je suppose que c’est le prix que j’ai à payer pour ne pas être un rejet total. J’ai le choix entre l’accepter ou bien passer ma vie seul.

NATHALIE : Ouais ,ben, faudrait que je rentre, là.  J’habite pas loin d’ici.  Tu m’accompagnes?
MOI : Avec plaisir.

Quelques minutes plus tard, nous quittons le party ensemble.  Malgré les 19h00, le soleil est encore présent en cette saison.  Nous marchons côte à côté le long du Boulevard Laurier en continuant de jaser, tandis que je tiens mon vélo à côté de moi par le guidon.  Nous traversons le boulevard et arrivons bientôt au parking arrière du bloc appartement où elle habite avec sa mère et sa jeune soeur. Je suis surpris car je connais très bien l’endroit.  J’y étais pas plus tard qu’hier.

MOI: Tu restes vraiment ici?
NATHALIE:  Oui, pourquoi?

Je lui explique donc comment, depuis deux ans, tard le soir, je fais le même trajet de vélo que j’ai parcouru quelques heures plus tôt pour aller au party.  Sauf que, au lieu d’y arrêter comme aujourd’hui, je continue mon chemin sur Laurier, puis j’emprunte la rue Blain, tourne à droite dans la cour de l’Ébénisterie Van Der Beken que je traverse.

Puis, je débouche dans le stationnement du Motel Laurier.  Et au bout de celui-ci, je passe sur un minuscule chemin de terre battue entre les buissons reliant les deux boisés qui entourent son bloc-appartements, ce qui m’amène tout droit dans le stationnement où nous sommes en ce moment.

MOI: Même que, maintenant que j’y pense…  Je me rappelle l’été passé, un soir, j’ai surgit d’entre les deux buissons, et il a fallu que je mette les brakes parce que y’avait une gang d’à peu près 7-8 personnes notre âge qui jasait ensemble dans le parking. T’étais-tu là?
NATHALIE: Ça me dit quelque chose. … Ouiiiii, j’étais là, j’m’en rappelle.  C’était toi?
MOI: Apparemment!
NATHALIE:  Ayoye! Tu parles d’un hasard!
MOI: Ça a l’air qu’aujourd’hui, ce n’était pas notre première rencontre.
NATHALIE: C’est vrai!  En tout cas, j’espère que ce ne sera pas la dernière.
MOI: T’aurais envie qu’on se revoie?
NATHALIE: Toi?
MOI : Moi, oui!
NATHALIE : T’as-tu un papier et un crayon?
MOI : Qu’est-ce que tu crois? Je suis dessinateur.

Nous nous échangeons nos coordonnées, et on se quitte avec de petits bisous sur les joues.  De nouveau sur mon vélo, je reviens chez moi en attaquant le dernier quart de mon parcours.  J’ai un grand sourire au visage.  Pour la première fois de ma vie, je plais à une fille qui est à la fois intéressante, belle, mature, intelligente, de mon âge, et surtout qui habite à quelques minutes à vélo de chez moi. Et le plus beau : Comme moi, elle vient d’une famille modeste, la preuve étant ce 4½ qu’elle partage avec sa mère et sa sœur, au lieu d’habiter une grosse cabane comme le reste de nos amis riches.

Je sens que elle et moi, ça va être une belle histoire qui va durer longtemps.

À SUIVRE

Surveiller Nathalie, chapitre 2: Faire une première bonne impression.

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Jeudi 13 juillet 1989, en début d’après-midi. Je suis dans ma chambre dans le trop petit sous-sol chez mes parents, assis à ma table à dessins. Je suis en train de faire l’encrage d’une page de bande dessinée prévue pour paraître dans le numéro du magazine Wow! de septembre qui s’en vient.

Le téléphone sonne. Je me lève, j’ai le réflexe habituel de me pencher la tête pour ne pas me cogner au plafond, et je vais répondre. C’est mon bon copain Carl. Il me dit que la gang et lui s’en vont à l’appartement d’un couple, des amis de Loïc et Cynthia. Il m’invite à aller les rejoindre. J’accepte avec joie. Il me donne l’adresse. Je n’y suis jamais allé mais je connais le coin. Je lâche ma BD, je sors et prends mon vélo. En constatant à quel point c’est une vraie belle journée, je décide de faire un détour afin de profiter visuellement de la nature. Je m’enligne sur le Chemin des Patriotes qui longe la rivière Richelieu, et j’attaque ce que j’appelle mon parcours athlétique.

Même si, à 20 ans, je suis maigre et peu costaud, je considère déjà que le maintien de la forme physique est important. Aussi, tant qu’à être le seul de la gang qui est trop loser pour avoir un permis de conduire, aussi bien que ce vélo me serve pleinement. Voilà pourquoi ça fait deux ans que, à tous les soirs où la température le permet, dès que le soleil est couché et que la circulation automobile est minime, je monte sur mon vélo et je me tape un parcourt de 8.5 kilomètres. Toujours le même.

D’abord, pour réchauffer mes muscles et mon système cardiovasculaire, je longe la rivière Richelieu sur Chemin des Patriotes. Puis, une fois bien dans le rythme, je tourne sur Montée des Trente, qui est une longue côte qui grimpe sur la montagne. Rendu en haut, je vire à gauche sur Chemin Ozias Leduc, ce qui me permet de récupérer un peu. Je donne un dernier effort de pédalage jusqu’au tournant où la rue devient La Côte Fortier. Et là, je me laisse tout simplement descendre en me reposant, profitant du vent créé par ma vitesse pour me refroidir. Arrivé en bas de la pente, récupéré et rafraichi, je tourne à droite sur Boulevard Sir Wilfrid Laurier et je reprends mon pédalage. Mais cette fois, au lieu de parcourir le dernier quart de mon parcourt, je m’arrête là où se déroule le party où Carl m’a invité.

En fait, ceci n’est pas vraiment un party. D’abord parce que c’est en plein jour. Ensuite, parce qu’il n’y a ni musique, ni danse, ni drague. C’est juste une réunion d’amis dans la jeune vingtaine qui jouent aux cartes, à des jeux de société, à Super Mario 3 sur le Nintendo, ou qui jasent entre eux. Moi, comme toujours, j’ai amené mon menu.

J’explique : Il y a quelques années, lorsqu’il travaillait dans un restaurant chic, mon père m’a amené quelques cahiers-menu que le restaurant destinait aux poubelles, après en avoir changé le modèle. J’ai enlevé les feuille de menu des pages-pochettes en plastique transparent souple, j’y ai mis des feuilles blanches et des pages de mes dessins et bandes dessinées, et voilà : Un superbe cartable à dessin à la fois original et chic que je traine partout avec moi. Officiellement, je dis que c’est pour toujours avoir mon matériel en main lorsque je veux dessiner un paysage qui m’inspire. Mais en réalité, c’est plutôt parce que je veux toujours avoir des exemples de mon art avec moi car je cherche sans cesse à épater les gens avec mon talent en dessin. Il faut me comprendre : Puisque je n’ai rien pour être au même niveau social que mes amis, et que physiquement aussi je suis plutôt leur inférieur, il faut bien que j’essaye de compenser en ayant quelque chose que eux n’ont pas. Et un talent en dessin, au moins, ça a le mérite d’être quelque chose qui est en toi, quelque chose d’authentique, quelque chose que seuls quelques rares élus possèdent, car c’est quelque chose que ni l’argent ni les connexions de famille ne peuvent acheter.

Environs une heure après mon arrivée je me rends au frigo, histoire de me servir une canette de Coke Classique. Et c’est là que je me fais aborder par Nathalie.

Nathalie a 20 ans. Elle fait environs 5 pieds 2. Sans pour autant être grassette, elle est juste assez ronde pour avoir des courbes superbement généreuses. Comme c’est l’une des modes en 1989, elle porte des jeans délavés serrés, un large T-shirt noir, et ses cheveux teints en noir sont en coupe champignon. Elle a de jolis yeux verts qui plissent de très mignonne façon lorsqu’elle sourit.

NATHALIE : T’es-tu un ami de Vincent et Claudie?
MOI : Qui ça?
NATHALIE : Ceux qui habitent ici.
MOI : Non, je ne les connais pas. Je suis avec Carl pis sa blonde Gina, Yves, Loïc pis sa blonde Cynthia…
NATHALIE : Cynthia? C’est elle qui m’a invité ici.
MOI : Tu la connais de où?
NATHALIE : Du cégep. On allait à Edouard-Montpetit ensemble.
MOI : Sérieux? Moi aussi chus allé à Édouard, en ’85.
NATHALIE : Ah oui?
MOI : Oui, même que je faisais partie du journal étudiant, Le MotDit. Ça existe-tu encore?

Et voilà comment une longue et intéressante conversation a démarré entre nous. Je suis émerveillé. C’est la première fois que je me fais aborder dans un party par une si jolie fille. C’est la première fois que je rencontre une inconnue avec qui j’ai déjà tant en commun. C’est la première fois qu’une première conversation coule à rythme soutenu de façon si naturelle, sans qu’il y ait des temps morts de silences intimidant où on se demande de quoi parler. Et surtout, c’est la première fois que je n’ai pas besoin d’utiliser mon talent en dessin afin de briser la glace. Pour la première fois, je suis en train de rencontrer quelqu’un de la manière normale, comme tout le monde. Et pour la première fois, par ce simple geste d’approche de sa part, j’ai une lueur d’espoir que oui, finalement, peut-être que j’ai ce qu’il faut pour être socialement l’égal de mes amis, à défaut de l’être financièrement.

NATHALIE : Est-ce que tu commences l’université cette année?

Carl, qui passe à côté de nous à ce moment-là, nous regarde, et en réponse à Nathalie il lâche un très moqueur « Lui? HA! »

Tandis qu’il poursuit son chemin, Nathalie me regarde d’un air interrogateur. Je ne le montre pas dans ma face, mais intérieurement je soupire. Carl sait que mon temps au cégep a été un échec, et mieux encore, que mon application a été rejetée trois fois de suite au cégep Dawson où lui est allé sans problème. Évidemment, ce n’est pas une raison pour tenter de m’humilier devant la toute première fille à la fois belle, intelligente et sérieuse qui s’intéresse à moi. Mais bon, c’est son genre d’humour. Habitué, je rattrape le coup avec une vérité légèrement embellie :

MOI : Ben, j’voulais pas m’en vanter, là, mais… J’ai interrompu mes études pour commencer une carrière artistique dans les magazines. Je suis auteur, illustrateur, je fais des bandes dessinées. Est-ce que tu connais le magazine Wow?
NATHALIE : « Voir »?
MOI : Non, « Wow! »
NATHALIE: Non!

Eh merde, encore une autre trop vieille / trop mature pour connaître Wow!Pourtant, ce magazine existe depuis 1984. Il avaient même leur propre émission à Télévision Quatre Saison l’année dernière. Rock et Belles Oreilles les ont même parodiés.

MOI : Bon, ben, tu connais Écho Vedettes? Le Lundi? Coup de Pouce? TV Hebdo et TV Hebdo Édition Câble?
NATHALIE: Oui!
MOI: Ben voilà! Wow et tous ces autres magazines-là sont publiés par les Éditions Trans-Mo. Mais là, Trans-Mo vient tout juste d’être racheté par Quebecor. Et ça, ça signifie que dès septembre, on va avoir une bien meilleure publicité, un plus grand tirage et une plus grande distribution à travers le Québec.

Nathalie semble surprise que je puisse travailler professionnellement pour un magazine, surtout un dont elle n’a apparemment jamais entendu parler. Afin de dissiper tout doute qu’elle pourrait avoir sur le sujet, je lui sors mon menu, je l’ouvre et lui montre mes pages de bandes dessinée.

NATHALIE : C’est toi qui a fait ça?
MOI : Oui!
NATHALIE : Wow! Tu dessines donc bien.

Avec un petit sourire satisfait, je rajoute:

MOI: « Wow! », c’est le cas de le dire.

Finalement, non seulement l’intervention de Carl m’a permis de parler de ma carrière d’artiste dans les magazines, j’ai même eu l’air modeste, de ne pas avoir amené le sujet avant d’y être contraint par les circonstances. Les choses se déroulent vraiment mieux que j’aurais pu l’imaginer. En tout cas, pour une première impression, il est évident que je lui en ai fait une bonne.
À SUIVRE

Surveiller Nathalie, chapitre 1: Ma période pré-harceleur.

(Il existe maintenant une version roman en ligne beaucoup mieux travaillée de cette série de blogs, juste ici: SURVEILLER NATHALIE; dans la tête d’un harceleur)

Cette histoire se passe il y a 24 ans.

Tout d’abord, afin de mieux comprendre comment je suis devenu un harceleur, voici les grandes lignes de ce que j’étais, ce que je faisais, ce que je pensais, comment je vivais, ce que je vivais et comment je le vivais. Comme je le dis dans le billet précédent, je ne prétends pas que ce qui va suivre constitue une justification pour les gestes que j’ai commis à l’époque. Ce ne sont pas des excuses. Ce sont des explications. Parce que même les gestes les plus inexcusables reposent sur une logique, fut-elle tordue.

Donc:

Été 1989. J’ai 20 ans, à la veille d’avoir 21. Je vis chez mes parents, dans le sous-sol de leur maison, dans le petit village de St-Hilaire. Pour les non-initiés, l’endroit à l’époque fait fortement penser à Riverdale, la ville de Archie, populaire personnage de bandes dessinées.

Bien que nous vivons dans un joli quartier avec superbe vue sur la rivière et la montagne, nous sommes pauvres.  Mais attention: nous ne sommes pas des pauvres typiques. Nous sommes bien habillés sans pour autant être ultra-chics. La maison est impeccable.  Aucun problème avec la loi. Jamais d’alcool à la maison à part le vin pour les occasions spéciales et les recettes. Zéro tabagisme. De plus, à une époque où ça compte encore, nous sommes de bons catholiques.

La source de notre pauvreté résidait dans le fait que mon père était un manuel qui avait rarement un emploi stable. Quand on le rencontre, on le trouve très gentil. Hélas, il a un caractère explosif et une mèche courte. Tôt ou -tard- encore plus tôt, son caractère et sa grande gueule font de lui la personne le plus détestée de son entourage. C’est la raison pourquoi il est incapable de se garder un emploi plus d’un an et demi.  Le fait de toujours repartir à zéro ou être en chômage ou sur le Bien-Être Social fait que l’on a rarement dépassé le seuil de la pauvreté. Bref, nous sommes des BS sans pour autant en avoir l’allure ou la personnalité.

Mon père est diplômé en deux métiers: Menuiserie et cuisine. Puisque les gens auront toujours besoin de rénovation et de manger, le travail ne manque pas. Malheureusement, dans ces petits villages où tout le monde connait tout le monde, une réputation, ça se répand à vitesse folle, surtout si elle est mauvaise.  Par conséquent, il est facile d’avoir un mauvais nom.  Je m’en suis rendu compte assez vite lors de mes premières recherches d’emploi de mes 16 à 18 ans. Je ne saurais compter le nombre de fois où, après avoir lu mon nom de famille sur une feuille d’application, on m’a demandé si j’étais bien le fils de mon père, le réputé BS du village au caractère insupportable. Apparemment, tout le monde croyait à l’adage Tel père, tel fils, parce que personne ne me donnait ma chance de prouver ma valeur. Pendant ce temps-là, tous mes amis, sans la moindre exception, pouvaient compter sur les connections de leurs familles pour avoir des jobs. Et des bonnes!

Et pourtant, oui, malgré notre pauvreté, nous avons une maison. Le fait que mon père l’a reçue en héritage de son grand-père, c’est probablement la seule raison pourquoi nous en avons une. D’ailleurs, c’est la plus moche et la plus petite de tout le quartier.

Et quand je dis petite, je ne parle pas du rez-de-chaussée qui est un 3½. Je parle de ma chambre, au sous-sol. 5 pieds 2 de hauteur, alors que j’en fais moi-même 5 et 8. je ne me suis jamais cogné la tête au plafond pour la simple et bonne raison que, puisque j’ai grandi dedans, j’ai appris instinctivement à m’y pencher pour y circuler à l’aise. Hélas, vivre dans une chambre plus petite que moi, c’est une situation indéniablement ridicule.  Et quand tu es adolescent et jeune adulte, ça n’en prends pas gros pour faire de toi le sujet de remarques rabaissantes multiples. Et même si elles sont dites en joke par mes bons amis, ce genre de commentaire est mon pain quotidien.

Lorsque, comme moi, on est un jeune homme dans le début de la vingtaine,  il y a trois choses qui sont très importantes dans la vie. Ce sont trois choses qu’il faut absolument avoir afin de ne pas être vu comme étant un loser :

  1. Un travail, ou au moins de l’argent.
  2. Une auto, ou au moins un permis de conduire.
  3. Une blonde, ou au moins être assez hot pour être capable de séduire quand tu veux.

Je n’ai rien de tout cela. Et comme si ça ne suffisait pas, la nature n’a pas été tellement généreuse avec moi, puisque je suis maigre, athlétique comme un bâton de popsicle, et pas tellement beau.  En fait, physiquement, je me situe quelque part entre ces deux photos:

Bon, j’exagère au sujet du premier point. J’ai une job et un salaire. Depuis le mois de mai 1988, je travaille pour le Magazine Wow!  Je n’y suis publié que depuis juin 1988 puisqu’il y a un délai de 2 mois entre le moment où on travaille sur un numéro, et celui où il est imprimé et distribué. Évidemment, à une page par mois, je gagne moins d’argent mensuellement que le salaire hebdomadaire de quelqu’un qui travaille à temps partiel au salaire minimum. Mais bon, au moins, je suis publié dans un magazine tiré à 10 000 exemplaires distribués partout au Québec. Et leurs bureaux étant à Montréal, à une heure de route de chez moi (deux et demi en bus et en métro) je n’ai pas été handicapé par le mauvais nom de mon père lorsque j’y ai proposé mes services.

De plus, je ne suis pas si reject que ça. J’ai des amis, une gang. …Bon, en fait, j’ai un ami, Carl.  Quant à ma gang, c’est en fait la sienne, parce que c’est lui qui s’est fait ami avec eux. Mais techniquement, en étant inséparable d’avec Carl, je le suis avec la gang. Ce sont tous des fils et filles de bonnes famille, des enfants de riches. Du moins, comparé à ma famille, ils le sont:

  • Le père de Carl est gérant de banque pour la RBC.
  • Le père de Loïc est professeur à l’Université.
  • Le père de Yves est mort en lui laissant sa business.
  • Gina, la blonde de Carl, a un père qui a son siège au Conseil de Ville.
  • Le père d’André est gérant de la Banque de Montréal.
  • Le père de Jacques est… euh… Bon, lui, j’sais pas ce qu’il fait dans la vie, mais il n’y a qu’à voir la maison et les voitures qu’il a au garage pour comprendre qu’il fait mucho bidous.
  • Je ne sais pas non plus ce que fait le père de Yanik, mais je sais que sa mère a occupé le poste de Maire pendant quelques années.
  • J’ignore également ce que font les parents de Megan et Cynthia, les 2 autres filles de la gang, mais la maison et les véhicules démontrent un train de vie similaire aux autres membres de notre entourage.

Bref, on peut dire que je choisis bien mes amis. C’est que, comme je disais plus tôt, même si je suis d’une famille de BS, je n’en ai pas la personnalité. Voilà pourquoi la mienne a beaucoup plus en commun avec la leur qu’avec celle des autres BS.

Malheureusement, la personnalité, c’est bien tout ce que nous avons en commun. Pour le reste, j’ai pas mal de misère à les rattraper. Grâce à leurs familles, ils ont tous un bon départ dans la vie. Juste côté emploi, ils se font ouvrir des portes sans même à avoir à y cogner. Tandis que je ne gagne pas assez d’argent pour me payer un permis de conduire, eux se les ont tous fait payer par leurs parents, et la moitié d’entre eux ont déjà leurs propres véhicules. Moi, j’ai un vélo que je dois parfois abandonner des semaines lorsqu’il a une crevaison, en attendant de ramasser l’argent requis pour le faire arranger.

… et alors que la majorité d’entre eux sont en couple, ou bien ont peu de problèmes à butiner d’une aventure à l’autre, je n’ai rien pour plaire à une fille à court ou à long terme.  Du moins, une fille normale. Pour comprendre ce que je veux dire par là, voici les relations que j’ai eu la (mal)chance d’avoir de mes 15 à 20 ans, relations qui ont duré de quelques heures à quelques mois:

  • Manon: Tellement mal à l’aise en public que quand nous sortions, il fallait que je marche à au moins 3 mètres derrière elle. Parce que sinon, si elle avait été vue en compagnie d’un gars par quelqu’un qui la connait, elle serait morte d’embarras, d’avouer qu’elle a un chum.
  • Chantal:  Ne m’aimait pas du tout, j’étais juste mieux que rien.
  • Édith: Handicapée physique, paralysée du nombril aux orteils. Pas le genre avec qui on peut faire des activités normales en couple… et de couple.
  • Laurie: Relation à longue distance (St-Hilaire /Montréal Nord) avec une capricieuse hystérique qui me faisait la gueule pour des raisons que seule elle connaissait.
  • Julie: Relation dans laquelle la longue distance (St-Hilaire / St-Hyacinthe), ma pauvreté et l’insistance négative de ses parents ont fini par mettre un terme à notre couple. …Ça, et le fait qu’André, avec sa job, son salaire et son char qui lui permettait d’aller la voir en 10 minutes au lieu de mon heure et demie en bus et à pied, il lui a semblé beaucoup plus intéressant que moi.
  • Marie-France: Elle m’adorait comme un dieu. Hélas, ça signifiait qu’elle n’apportait rien du tout à la relation. À chaque fois que je lui demandais son avis sur une activité, sa réponse était toujours « C’est pour toi, c’est comme tu veux! »  Elle copiait tout de moi: Ma coiffure, mon style vestimentaire. Le hasard a voulu que nous avions le même modèle de chaine stéréo avec 14 postes programmables. Quand je me suis rendu compte qu’elle avait noté les stations de radios que j’avais programmé sur le mien et dans quel ordre, pour reprogrammer les siens de façon identique, j’ai vite mis fin à la relation. Trop freaky pour moi.
  • Carol-Ann: Une baise d’un soir, une fille très bien, que je n’ai pas réussi à transformer en relation.

Bref, impossible de trouver une fille normale afin d’avoir une relation normale, comme celle qu’ont mes amis. Même le fait d’être un auteur/dessinateur publié dans les pages de Wow! à mon jeune âge, ça ne réussit pas à éblouir les filles que je rencontre. À chaque fois que je me vante de mon travail, elles me disent toujours qu’elles ne connaissent pas ce magazine. Et quand je leur explique de quoi il s’agit, alors elles répondent être trop vieilles pour lire ces enfantillages.

Dans cette période pré-internet qu’est 1989 , il n’y a pas tellement de moyens de rencontrer des filles.  Du moins, pas tellement de moyens à ma portée:

  • Il y a les agences de rencontres, mais c’est un service payant, donc que je ne peux pas me payer.
  • Il y a les bars, mais ça signifie passer une soirée dans la fumée de cigarette, l’alcool et la musique forte, trois éléments avec lesquels je suis incompatible. Et l’alcool, ce n’est pas gratuit. Et ces endroits sont fréquentés par des gens qui paraissent bien mieux que moi.
  • Il y a les bars sans alcool pour adolescents, mais ceux-là ont un prix d’entrée que je ne peux pas non plus me payer. Et puis, j’ai presque 21 ans, qu’est-ce que je ferais d’une teenager?
  • Il y a des magazines pour adolescents tels Wow!, Fan-Club et Filles d’Aujourd’hui avec un service de petites annonces gratuites. J’ai essayé en 1985, mais ça me rapportait des réponses de tous les coins du Québec, sauf de ma propre région.
  • Les autres annonces dans les publications non-ados, faut payer.
  • Les lignes téléphoniques 1-976-8585 Party Lines, c’est 3$ l’appel.
  • les lignes rencontres, c’est 10$ l’appel.
  • Les lignes rencontres osées, c’est 50¢ la minute, sans savoir si les filles sont vraiment des clientes ou des employées dont le but est de te garder en ligne le plus longtemps possible.
  • Et si tu est vraiment désespéré au point où tu n’as pas peur du ridicule, il y a l’émission Coup de Foudre à la télé.  Je ne sais pas ce qu’il y a de plus honteux entre le fait que je suis déjà allé y poser ma candidature, ou le fait que celle-ci a été rejetée.

De toute façon, maintenant que j’y repense, même si Internet avait été disponible au public, mes parents n’auraient jamais acheté un ordinateur. Ça m’aurait juste donné une raison de plus de me sentir inférieur au reste de la population. Dans de telles conditions, la seule façon pour moi de rencontrer de nouvelles filles et de draguer, c’était les partys entre ami.

Et c’est justement dans l’un de ceux-ci que j’ai rencontré Nathalie.

BIENTÔT: Ma rencontre avec Nathalie.

Surveiller Nathalie; Dans la tête d’un harceleur (introduction)

À chaque fois que l’on entend parler d’un harceleur, c’est toujours la même histoire: Une fille qui se plaint du harcèlement que lui fait subir un gars, gars qui est souvent son ex mais pas nécessairement. Beaucoup de psychologues se sont penchés sur le phénomène.  De nombreuses études ont été publiées sur le sujet. Elle soulèvent toujours les questions suivantes:

Pourquoi agit-il ainsi?
Comment devient-on un harceleur?
Qu’est-ce qui se passe dans la tête de celui qui harcèle?
Qu’est-ce qui le pousse à faire ça?
Qu’est-ce qu’il cherche à accomplir?

Le problème, c’est que ces études sont réalisées par des gens qui ne sont pas des harceleurs.  Il leur est donc difficile de bien comprendre le point de vue de ces hommes.  Quant au harceleur lui-même, il ne peut expliquer ses gestes car il n’a pas l’esprit d’analyse.

Eh bien moi, il se trouve que je peux très bien faire les deux.  Parce que, voyez-vous, je n’ai pas toujours été une personne qui prétend être un sage.  À la fin des années 80, j’étais un harceleur.  Un stalker.  Puisque déjà à l’époque j’écrivais beaucoup, j’ai encore toutes mes notes, tous mes textes, écrit sur le sujet, et ce pendant que je le vivais.  Et puisque j’ai aujourd’hui un bon esprit d’analyse, non seulement je peux vous décrire tous mes faits, tous mes gestes, tout ce qui me passait par la tête, je suis maintenant en mesure d’en expliquer le pourquoi.

Il y a plusieurs raisons qui poussent certains hommes à devenir harceleurs.  Pour certains, c’est la jalousie. Pour certains autres, c’est l’amour.  Pour d’autres encore, c’est par voyeurisme.   Dans mon cas personnel, c’est parce que je savais que la fille me mentait effrontément et que je me devais de le prouver.  Même si ça signifiait poser des gestes dont je ne serai pas fier, même aujourd’hui 24 ans plus tard.  Même si ça signifiait perdre de plus en plus tout sens logique, en glissant peu à peu dans une folie où aucun plan n’est trop cherché loin et où aucun geste n’est injustifiable.

Cette histoire sera en plusieurs parties. Pour elle, j’ai créé une nouvelle catégorie dans la liste de droite, soit SÉRIE: Surveiller Nathalie; Dans la tête d’un harceleur.

Et je le précise tout de suite: Toutes les explications que je vais donner afin que l’on comprenne le comment et le pourquoi de mes gestes, ce ne sont pas des justifications.  Ce sont des explications, tout simplement.

Si vous avez des questions avant que je commence, n’hésitez pas.  Ça pourrait me servir dans mon récit.

La « Loi Lola » passera t-elle?

Il y a des moments dans la vie où je souhaite très fort ne pas avoir raison.  Ceci en est un.

La Loi Lola, c’est ce projet de loi qui dit que désormais tous les conjoints qui se séparent ont droit à une pension alimentaire de la part de leur ex. Jusque là, l’article 585 du Code civil du Québec dit que des conjoints de fait ne peuvent réclamer une pension alimentaire pour eux-mêmes en cas de rupture. Pour leurs enfants, oui. Mais pour eux-mêmes, non. Le jugement Lola, s’il passe, va changer ça. La décision sera prise aujourd’hui: http://journalmetro.com/actualites/national/227561/lola-c-eric-la-cour-supreme-tranchera-vendredi/

Je m’interroge: Si la loi passe, qu’est-ce que ça va changer dans nos moeurs?

D’abord, voyons la définition de « conjoint » au sens légal:

« Votre conjoint de fait est la personne avec qui vous faites vie commune depuis au moins 12 mois (toute rupture de moins de 90 jours n’interrompt pas la période de 12 mois) »
Source: http://www.rrq.gouv.qc.ca/fr/retraite/retraite_a_deux/Pages/definition_conjoint.aspx

… Je n’aime pas vraiment ce que ces lois combinées pourraient signifier. D’abord, calcul rapide:

90 jours = 3 mois

12-3=9

En conclusion, pour se protéger légalement du Jugement Lola qui permet à toute femme de demander une pension alimentaire à son ex conjoint de fait, l’homme devra désormais changer de conjointe à tous les 9 mois.

Vous allez me dire Comment peuvent-ils savoir que cette femme est ta conjointe et non une simple colocataire?  Ils ne le peuvent pas, justement. C’est trop compliqué à prouver. Voilà pourquoi c’était plus simple de créer une loi disant que vous êtes conjoints de fait après X temps de colocation.

Si la loi dit que vous êtes conjoints de fait alors vous êtes légalement conjoints de faits, que vous le vouliez ou non. Et si l’un(e) des ex colocs décide, pour des raisons personnelles, d’utiliser ça pour te soutirer de l’argent, eh bien devine quoi? C’est justement pour ces gens-là que cette loi va servir.

Parce qu’il est évident que dès qu’une personne passe plus de 9 mois à colocater avec un autre, cette personne devient automatiquement dépendante financièrement et incapable de se faire vivre par soi-même. En tout cas, c’est le message que passe cette loi au sujet de la colocation.

Vive le peuple québécois.


EDIT: Plus besoin de s’en faire sur le sujet:

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Révisions, part III

Je viens de rénover un autre billet, cette fois-ci 12 mots pourtant innocents qui donnent des images cochonnes sur Google. Il a été écrit en juin 2009, à l’époque où MSN/Hotmail offrait un espace blog à ses utilisateurs. Lorsqu’ils ont cessé de le faire et que les blogs ont été transférés de spaces.live.com à WordPress, la majorité des codes étaient incompatibles, en plus que les images formatées pour l’ancien blog étaient maintenant trop larges pour ce nouveau format. J’ai eu à modifier périodiquement de mes anciens billets pour les adapter.Il se trouve que j’avais négligé celui-là jusqu’à aujourd’hui.

C’était aussi l’époque où j’écrivais full québécois, donc majoritairement en joual. Mais bon, puisque la moitié de mes lecteurs viennent maintenant d’Europe (allez savoir pourquoi) j’utilise maintenant un français un peu plus international.

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