L’approche positive face à l’adversité, 1 de 2 : Comment j’ai appris la tolérance

Il y a un harceleur qui a passé quelques temps à porter atteinte à ma réputation sur le net. Tout le long, sans que je ne le demande, les gens m’ont rapporté ce qu’il disait à mon sujet : Paroles, copier-coller de conversations privées, extraits de textes, captures d’écran de son Facebook…

Je suppose que les gens s’attendaient à une réaction de ma part. Je peux comprendre. Jusqu’au début des années 2000, j’avais la réputation –justifiée– de péter un câble à la moindre contrariété. En fait, j’avais un très bas niveau de tolérance pour trois choses en particulier : Le mépris, la bullshit, et ceux qui chialent d’un problème –pourtant solvable– au lieu d’y appliquer la solution.

Face à l’adversité, mon truc à moi, c’était les long textes dénonciateurs sur le net, accompagnés de captures d’écran pour prouver mon point. Un peu comme ce blog, mais en textes beaucoup plus longs, beaucoup plus hargneux, et sans leçon de vie positive à en tirer. J’étais en guerre, ni plus ni moins.

Mais si mes interminables dithyrambes exposaient clairement les faits, ainsi que mes adversaires en tant que les méprisants hypocrites qu’ils étaient, ça m’exposait en même temps comme étant le pire traineur-dans-la-boue qui soit.

Pour ma défense, et surtout pour montrer aux gens qu’au contraire je vaux bien mieux que mes adversaires, j’ai eu à expliquer de nombreuses fois la différence entre eux et moi. Ça tenait en trois points :

  1. Je traite toujours tout le monde avec respect. Ce sont eux qui rabaissent et insultent les autres. Je n’invente rien, vous pouvez le voir vous-mêmes.
  2. Je n’attaque jamais. Je ne fais que me défendre des attaques gratuites et impertinentes dont je suis la victime. Là encore, je n’invente rien, vous pouvez le voir vous-mêmes.
  3. Pour avoir quelque chose à dire contre moi, ces gens ont besoin de recourir aux mensonges, déformations, exagérations et interprétation fantaisistes des faits. Tandis que moi, j’utilise toujours la vérité, chose indéniable car j’ai toujours preuves à l’appui. Vous pouvez donc voir, par ces images, que là non plus, je n’invente rien.

Malheureusement, si ce dernier point prouvait indiscutablement que j’avais raison, ça causait plus de problèmes que ça n’en réglait.

Entre gens, disons, « normaux », les accrochages se déroulent de cette façon : Sous le coup de la frustration, chacun dit n’importe quoi contre l’autre. Et puisqu’il s’agit de n’importe quoi, chaque personne atteinte peut balayer la chose comme de simples mensonges ridicules. Éventuellement, ils finissent par se calmer, s’excuser, disent qu’ils ne pensaient pas vraiment ce qu’ils ont dit, que c’était juste sous le coup de la colère, et ils se réconcilient.

Mais avec mon implacable méthode défensive, ça ne peut pas se passer ainsi. En dénonçant les vrais défauts de l’autre, il ne peut pas prétendre qu’il s’agit de fantaisies. Et puisque j’en ai exposé des preuves tangibles, je ne peux pas me réfugier derrière l’excuse hypocrite, mais socialement acceptée, du « Je ne le pensais pas vraiment! » Par conséquent, toute réconciliation est impossible.  Mon adversaire devient donc un ennemi acharné, capable de m’en vouloir encore deux décennies plus tard.

La raison pour laquelle je réagissais ainsi, et toujours de manière publique, c’est à cause de quelque chose que je répète depuis toujours : Le plus grand complice de ton agresseur, c’est ton propre silence. Être victime, ça t’es imposé. Rester victime, c’est ton choix! Je ne me contentais pas de le penser, de le dire ou de l’écrire : Je le mettais en pratique.

Pourquoi une telle intolérance envers le manque de respect? En personne, quand on est maigre et faible, on ne peut rien faire face à un intimidateur puisque celui-ci sera forcément costaud. Je le sais, j’en ai été victime les 24 premières années de ma vie. Sur le net, par contre, la force physique, ça n’a aucun pouvoir. Ce qui compte, c’est la capacité de débattre, le don de trouver les arguments parfaits, et l’intelligence stratégique. Et ça, après toute une vie de frustrations née de mon impuissance face aux intimidateurs physiques, j’en avais. Alors quand j’avais la chance d’en trouver un, et qu’il me donnait une excuse en venant me chercher, alors là, pas de pitié. Tu veux jouer à ça? Ok, allons-y! Sauf que moi, je ne joue pas! Avec moi, c’est le canon pour tuer la mouche. La solution finale! Je lui faisais vivre l’enfer qu’il faisait vivre à ses victimes, au centuple, histoire de lui enlever pour de bon l’envie de recommencer.

Soyons francs : Quoi de plus jouissif que de voir un agresseur mordre la poussière. Logiquement, je m’attendais à ce que les gens me donnent raison, m’admirent, m’applaudissent. Or, bien que je n’étais qu’une victime qui se défendait contre son agresseur, je l’humiliais publiquement de manière impitoyable, avec une cruauté sans bornes. Par conséquent, j’inversais les rôles agresseur-victime / méprisant-méprisé. Je ne pouvais donc susciter aucune sympathie. En fait, les gens en venaient à prendre pitié de lui. Et, chose aberrante, prendre le parti du criminel contre le justicier.

Oui, je me prenais vraiment au sérieux à ce point-là à l’époque.

De mes débuts sur le net en 1997 jusqu’en 2003, j’ai été membre de plusieurs forums. Les 2-3-4-5 premiers mois, j’étais un intervenant apprécié pour mon humour et pour l’intelligence de mes textes. Puis, une personne me faisait un commentaire déplaisant, tout recommençait, et je finissais par devenir la personne la plus détestée du forum. C’est que, en plus de contre-attaquer les trolls, je contre-attaquais également leurs supporters, ainsi que les modérateurs qui les laissaient faire, en leur demandant pourquoi ils se rendent complices des agresseurs en appuyant, encourageant ou acceptant leur comportement, chose qui va à l’encontre du principe de la modération. Ainsi, je me mettais tout le monde à dos : Les agresseurs, leurs victimes, les membres non-impliqués mais pour qui je pourrissais l’atmosphère du forum, et les modérateurs. Trois forums m’ont banni, deux ont cessé d’exister à cause de ma présence, et j’ai quitté les autres, dégoûté de cette société de victimes volontaires qui préfèrent chialer contre un problème plutôt que de le régler.

Après sept ans, douze forums, et à chaque fois le même scénario, j’ai dû me rendre à l’évidence : Personne n’apprécie l’intransigeance. Je dois donc changer ma manière d’affronter le problème. Je ne savais pas comment. Mais une chose était sure, et c’est que je devais faire preuve de tolérance. C’est quand même avec amertume que je me suis dit à ce moment-là :

« Alors c’est comme ça que ça fonctionne? Pour être apprécié, je suis supposé tolérer la merde qu’on me lance dessus? Pfff… Si au moins j’étais fermier, je pourrais en faire du fumier. Mais là… »

Ce n’était qu’une remarque absurde née de mon esprit entrainé à faire des calembours. Sauf que, ça a allumé une lumière en moi. Je me suis alors dit :

« Et pourquoi est-ce que je n’en ferais pas, du fumier? Après tout, le fumier, ça nourrit, ça donne des forces, ça fait grandir. Bon, à condition d’être végétal, mais ce n’est pas non plus comme si on parlait de merde au sens propre. Je peux certainement trouver moyen d’en tirer avantage. »

J’ai donc décidé que désormais, face à aux insultes et au salissage, j’allais avoir l’attitude inverse de celle que j’avais eue jusque-là. J’allais me montrer raisonnable, tolérant, patient. Mais surtout réfléchi. Car tirer avantage de la médisance à mon sujet, je sentais que ça allait être tout un défi. Malgré tout, je sentais que j’allais prendre grand plaisir à le relever.

Et ça tombera bien car bientôt arrivera le harceleur dont il est question au début de ce billet.

À SUIVRE

L’âge n’est pas la fin de tout!

Comme il m’arrive trop souvent de faire, mon billet précédent partait dans plusieurs directions, pour finir avec une conclusion qui, bien qu’ayant rapport, touchait quand même un autre sujet.

Le sujet qui a le plus touché les gens, en particulier les hommes de ma génération, c’est celui qui aborde le fait que la cinquantaine est perçue comme étant la date limite pour amour, carrière et santé.

C’est ce que l’on appelle le seuil psychologique.  C’est un concept qui est surtout utilisé dans le commerce, afin d’éviter de charger un prix qui puisse faire peur au consommateur.  C’est la raison pour laquelle on ne verra jamais affichés des prix tels $10.00, $100.00 ou $1 000.00, mais bien  $9.99, $99.99 ou $999.99.  Comme si un sou allait faire une différence, surtout après les taxes.  N’empêche que ça marche car $999.99, c’est perçu inconsciemment comme étant dans les 900 et non dans les 1000.  Ça donne la perception erronée de sauver 100$.  De la même manière, en passant de la quarantaine à la cinquantaine, on n’a pas l’impression de gagner un an mais bien une décennie.  Voilà pourquoi on peut encore être ok avec l’idée d’avoir 49 ans, mais horrifiés avec celle d’en avoir 50.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que seuil psychologique, ce n’est rien d’autre que ça : Une perception.  Ce n’est pas un seul sou qui va faire une différence notable sur le prix d’achat.  Tout comme une seule seconde ne pourra radicalement changer votre vie lorsque vous passerez de 49 ans, 11 mois, 3 semaines, 6 jours, 23 heures, 59 minutes et 59 secondes, à 50 ans.

Sérieux, regardez-moi.  Désolé de vous radoter encore là-dessus, mais à 49 ans j’ai passé de concierge à support technique dans une firme.  À 50 ans, j’ai pris des cours et j’ai maintenant ma carte de secouriste.  Également, à 50 ans, je me suis remis en forme, perdant 23 lbs et prenant du muscle comme jamais dans ma vie.  Et je ne vous l’avais pas dit encore mais j’ai trouvé l’amour au printemps.  Une femme de ma génération, de ma région d’origine, une artiste.  Jamais je n’ai eu autant en commun avec la moindre de mes ex.  On s’entend sur tout, on se bouleverse mutuellement de sentiments amoureux qui nous surprennent nous-mêmes, et le sexe est fantastique.  Compatibilité totale.

Et vous savez pourquoi je sais que c’est elle, la bonne, celle avec qui je vais finir mes jours?  Parce qu’elle est arrivée dans ma vie au moment où je ne ressentais plus le moindre intérêt à avoir de romance ou du sexe, chose dont je me suis rendu compte il y a un an.  Par conséquent, la seule personne qui pouvait rallumer mon cœur et ma libido, c’était celle qui était vraiment faite pour moi.  Ce ne sont pas des paroles en l’air.  Relisez mes billets depuis août 2018, je ne cesse de donner des exemples de fois où j’ai décliné des avances de femmes de tous âges, sur le net comme en face, au lieu de sauter sur l’occasion.

Dans de telles conditions, trouver le vrai amour, ça ne pouvait m’arriver qu’à partir de 50 ans, au moment où ma testostérone à la baisse a cessé de me faire choisir n’importe qui.  Et  un autre avantage à sortir avec une femme de mon âge :  Nous sommes rendus au même point dans la vie.  On sait ce qu’on veut, et on sait ce qu’on ne veut pas.  On peut voir tout de suite si nous sommes faits l’un pour l’autre, et on n’a plus le temps et encore moins l’envie de se faire chier avec des compromis si ce n’est pas le cas.  Comme quoi prendre de l’âge n’apporte pas seulement que du négatif.

La cinquantaine ne marque pas la fin des choses, mais bien la fin de la manière dont on a connu ces choses jusqu’à maintenant. C’est comme pour l’évolution physique.  Oui, dans la vingtaine et la trentaine notre physique et notre santé restent stables, tandis que dans la quarantaine et la cinquantaine elles commencent à décliner.  Mais à 50 ans comme à 20, quand on mange bien, quand on s’exerce au cardio, quand on s’exerce la musculature, les résultats sont les mêmes : On perds de la graisse, on perds du poids, on gagne de l’endurance, on gagne de la force, on gagne du muscle, on devient esthétiquement agréables pour l’œil.  La seule différence, c’est que ça prend un peu plus d’efforts au début, et qu’il faut être plus vigilants par la suite parce que si on se néglige, on va le reperdre plus vite que si on se négligeait dans la vingtaine.  Mais à part ça, il n’y a aucune raison pour voir la cinquantaine comme étant le début de la fin de tout.

En milieu de vie, il y a des choses comme la découverte du vrai amour qui deviennent plus faciles. Il y a des choses comme la remise en forme et en santé qui deviennent plus difficiles.  Il y a des choses comme l’évolution de la carrière qui demandent certaines opportunités du hasard et la vivacité d’esprit de les saisir au vol.  Et il y a des choses comme l’éducation qui demande toujours le même effort, peu importe l’âge.  Mais dans aucun des quatre cas, les choses ne deviennent impossibles.  Elle deviennent différentes, mais elle restent à notre portée.

En prenant de l’âge, si certaines portes se ferment, d’autres portes s’ouvrent. Et si certaines portes ne s’ouvriront que si on en crochète la serrure ou si on les défonce, c’est ça qui fera la différence entre ceux qui se laissent décliner, et ceux qui sauront mettre l’effort requis pour vieillir avec grâce.