La partenaire idéale : Une curieuse contradiction psychosociale

Ce billet va avoir l’air d’une fiche d’agence matrimoniale. Ce n’est pas le but. La raison d’être de ce billet est pour souligner, comme le dit le titre, une curieuse contradiction psychosociale.

Il y a une question que je me fais poser deux ou trois fois par année, et c’est : Quelle est la femme idéale pour toi? Il se trouve que j’ai des idées bien arrêtées sur le sujet. Laissez-moi vous la décrire :

Au niveau du genre. Une femme cisgenre.

Au niveau familial. Elle est célibataire.  Elle n’habite pas chez ses parents. Elle est sans enfants, et elle n’en désire pas. Ou alors, si elle en a, ils sont adultes et indépendants d’elle.

Au niveau financier. Elle est indépendante financièrement. Et si elle a des dettes normales (Prêt étudiant, maison, auto), son revenu lui permet de rencontrer ses obligations mensuelles sans se ruiner. Sa source de revenus est stable, et sa situation n’est pas précaire. À part ça, elle est économe sans être avare.

Au niveau de la personnalité et de sa psychologie. C’est une personne positive, forte, indépendante. Elle est équilibrée et réaliste. Elle sait faire confiance sans pour autant être naïve, et n’est jamais méfiante sans raison logique et valide. Prudente et réfléchie, elle pense à long terme et sait prendre de bonnes décisions de vie. Elle n’a aucune dépendance. Elle n’a aucun trouble de personnalité nécessitant médication. Elle ne laisse pas son passé faire obstacle à son présent. Elle cherche la solution aux problèmes plutôt que de s’en plaindre. Puisqu’elle n’est ni geignarde ni aigrie ni haineuse, ses paroles et sujets de conversations sont majoritairement positifs. Elle voit les gens en tant qu’égaux. Elle est responsable d’elle-même, mais surtout pas des autres. Elle ne met pas sa valeur personnelle ni son estime de soi dans sa sexualité ou son potentiel de séduction. Elle dit ce qu’elle pense, elle pense ce qu’elle dit.  Ça ne l’empêche pas d’être respectueuse, ce qui fait qu’elle n’utilise jamais « être honnête » comme excuse pour mépriser, insulter ou rabaisser autrui.

Au niveau social. Elle est sociable, mais sait mettre une limite pour ne pas se laisser envahir. Les sorties sont pour elle une occasion spéciale et non une habitude du quotidien. Elle est aussi à l’aise dans une robe de soirée en gala, qu’en salopette en camping sauvage.

Au niveau consommation. Elle se nourrit bien, ce qui ne l‘empêche nullement de se livrer à quelques écarts occasionnels. Si elle consomme de l’alcool, c’est avec modération. Elle est non fumeuse et non droguée. Lorsqu’elle est sous médication, ce n’est que temporaire.

Au niveau du quotidien. Elle participe, à part égale ou complémentaire, à la vie à deux. Elle sait tout faire dans une maison : La cuisine, le ménage, le lavage, et se débrouille assez en bricolage et en travaux mineurs. Elle travaille aussi bien seule qu’en collaboration.

Au niveau physique. Elle se tient en forme et prend soin de sa santé. Elle n’a pas d’allergies ni handicaps.

Au niveau sexuel. Elle a une sexualité épanouie dans laquelle elle est parfaitement à l’aise.

Au niveau compatibilité. Afin d’établir une relation significative, il faudrait que cette personne ait des goûts et des passions qui se rapprochent des miens. Par exemple, qu’elle soit artiste, amateure ou professionnelle, peu importe la discipline : Dessin, peinture, musique, arts de la scène… Il y a deux raisons pour ça. La première, c’est qu’avant ma trentaine, à l’époque où je sortais avec n’importe qui, ma passion pour les arts et la bande dessinée m’ont souvent apportés le mépris de mes partenaires qui ne partageait pas mes goûts. Et la seconde, comme je le dis souvent : On ne peut pas passer notre vie à baiser. Il faut avoir des choses à parler, à faire et à apprécier ensemble en dehors du lit.

Au niveau affectif. Évidemment, même elle a tout ça, ça ne garantit en rien qu’il y aura une attirance affective et physique entre nous deux. Si oui, tant mieux, j’aurai une conjointe. Sinon, tant mieux, j’aurai une amie.

PRÉCISION OBLIGATOIRE : Je ne décris ici que la femme qui est idéale pour MOI. Ceci n’est en aucun cas un jugement négatif envers celles qui n’y correspondent pas, et encore moins envers ceux qui les aiment. À chacun ses goûts, il se trouve que ceux-là sont les miens, voilà tout.

Autre chose qu’il est important de préciser : À part pour le fait qu’il s’agit d’une femme, ce texte me décrit parfaitement. Normal! Ce que je recherche, c’est mon égale. Il ne faut pas y voir du narcissisme. C’est juste que, en tant que personne autonome, je ne recherche pas quelqu’un à qui m’accrocher pour vivre. Et inversement, je n’ai surtout pas besoin qu’un poids mort s’accroche à ma vie et mes finances pour dépendre de moi.

Et c’est pareil sur le plan psychologique et affectif. Je suis une personne complète, je n’ai donc pas besoin de chercher mon complément, ou bien « ma moitié », comme le dit cette déplorable expression populaire. Pas plus que je ne cherche une personne qui ressent le besoin vital d’être en couple. Je désire une personne qui VEUT être avec moi, et non quelqu’un qui A BESOIN d’être avec moi. C’est cette nuance qui fait toute la différence entre un couple stable et harmonieux, et une relation qui finit par être toxique.

Et voici où arrive la contradiction psychosociale du titre de ce billet.
Lorsque je me décris moi-même, c’est-à-dire avec les éléments cités ci-haut, je me fais presque toujours servir des répliques du genre de : « Et alors? Tu te crois spécial? Tu fais juste décrire n’importe quel gars moyen normal. »

Par contre, lorsque l’on me demande quelle serait ma femme idéale et que je réponds cette même description, alors là, on me réplique presque toujours qu’il faudrait que je redescende sur terre, que je cesse d’être aussi exigeant et que j’apprenne à faire des compromis, sinon je vais passer le reste de ma vie célibataire. Parce que, ce que je décris là, une femme positive, forte, intelligente, en forme, indépendante financièrement et affectivement, eh bien c’est la femme parfaite. Et la femme parfaite, ça n’existe pas.

En conclusion.
Lorsque cette description s’applique à un homme, elle décrit « n’importe quel homme moyen normal.»
Mais lorsque cette description s’applique à une femme, elle décrit « la femme parfaite qui n’existe pas.»

Faut-il que cette société soit misogyne pour en arriver à un tel jugement deux poids, deux mesures!?

Il faut savoir tirer une ligne!

Il y a sept ans, jeudi le 19 avril 2012, je consommais de la cocaïne pour la première et la dernière fois de ma vie.  J’avais eu l’idée de chroniquer cette expérience unique pendant que je la vivais.  J’ai cru que j’avais perdu le texte à tout jamais lorsque mon disque dur a crashé à l’Halloween de 2015.  Eh bien, il se trouve que je m’en étais envoyé une copie par courriel.  Je viens de la redécouvrir en explorant le dossier Éléments envoyés de mon compte Hotmail.  Alors voilà la chose.

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Samedi 14 avril
En nettoyant un bus, je trouve sous un banc de minuscules sachets genre ziploc contenant une poudre blanche, partiellement solide. Seul l’emballage me donne l’impression qu’il pourrait s’agir de cocaïne, puisque je n’en ai jamais vu de ma vie.

Dimanche 15 avril.
J’en parle à une amie en lui décrivant la chose.  Elle me donne un truc pour savoir si c’en est ou non : En mettre une minuscule quantité au bout de mon doigt et me frotter la gencive.  Si ça gèle comme du Oragel, c’en est.

Lundi 16 avril
J’essaye.  Ça gèle. C’en est de la vraie.  HOSTIE QUE ÇA GOÛTE MAUVAIS! 

Je reste indécis… Dois-je la jeter ou la garder?  Je décide de la garder finalement.  C’est que, depuis que je suis ado, je me dit que si un jour j’entre en possession de cocaïne, je la garderais en cas d’extrême urgence.  Genre, une situation de vie ou de mort qui réclamerait de l’énergie physique et mentale afin de m’en tirer.  Mais attention : En tout dernier recours seulement.  Aussi, puisque le destin m’en donne l’occasion gratuitement, je décide de garder les deux sachets. Je les cache dans mon classeur, sous le dossier très approprié de « BS ».

Jeudi 19 avril 2012
En repensant à ma liste de TO DO de la journée, et au fait que je n’ai dormi que 4 heures, et que je n’arrive pas à me rendormir, et que mon rhume me rend faible, j’ai décidé d’essayer.  Pour la première fois de ma vie, à l’âge de 43 ans, je vais faire mon baptême de cocaïne.  Je n’aime pas trop l’idée de me mettre ça dans le nez, surtout dans mon état d’enrhumé. J’opte plutôt pour la mélanger dans un milkshake-déjeuner Carnation™ à la vanille.  Tant qu’à consommer de la poudre blanche, ne faisons pas les choses à moitié.

10 :15 am
Je prends l’un des 2 sachets.  Après l’avoir bien réduit en poudre à coup de marteau, je le mélange au milkshake.  Première impression : La cocaïne a un goût très amer qui rend mon milkshake désagréable à avaler.  Aussi, je le bois le plus vite possible.

10 : 20 :
Je me brosse les dents afin d’en enlever le goût.  Je constate que ma gorge commence à geler, comme si j’avais avalé du oragel. Mais l’effet demeure minime.  Puis, je m’installe devant mon ordi à regarder un épisode de Justice League Unlimited en attendant l’effet, si effet il y aura.

10 :41 am
Je sens que mon cerveau fonctionne plus vite. Ne sachant pas combien de temps va durer l’effet, aussi bien me mettre à mes tâches de la journée le plus vite possible. Je commence à écrire ce texte.

10 :55 am
Mon cerveau va encore plus vite.  Ne sachant pas les conséquences psychologiques que cette drogue aura sur moi, je dois me rappeler de garder le contrôle sur mes pensées, ainsi que sur mon enthousiasme, et de rester bien prudent lorsque j’irai à vélo tantôt faire mes courses.

11 :05
Pris une douche et rasé en un temps record. J’ai l’impression que mon cerveau va trop vite pour mon corps. Je bouge vite, mais je me sens ralenti, comme si mon corps n’arrivait pas à suivre.

Je me sens tellement plus efficace.  Je comprends maintenant pourquoi il est facile d’être accro psychologiquement à cette drogue.  C’est pourquoi je reste sur mes gardes, et je me rassure comme quoi c’est normal.  Cette sensation, c’est un effet de la drogue.  Je ne dois pas oublier que quelqu’un peut se perdre moralement, physiquement et financièrement dans la coke, et que cette expérience est un one-time deal, SAUF SITUATION DE VIE OU DE MORT.

Je ne dois pas me croire au-dessus de tout ça, je ne dois pas me croire invulnérable à à dépendance.  Parce que c’est quand on pense comme ça que l’on succombe et que l’on devient camé jusqu’aux yeux et qu’on perd tout.

11 :10
J’ai le cœur qui bat à vitesse folle.  Bonne chose que l’exercice des dernières années a mis mon cœur dans un excellent état.

J‘ai envie de commettre quelques risque, comme mettre mes verres de contact, mais je sais que accepter un petit risque peut m’amener à vouloir en prendre un plus gros plus tard.  Je reste en contrôle et j’oublie ça.

Holy shit, j’ai jamais tapé du clavier aussi vite.  Si je suis encore sur effet quand j’aurai fini mes tâches de la journée, je vais finir l’épisode 4 de The Eight.

Oooooh, mauvaise pensée, ça. Je me révise tout de suite : JE NE DOIS JAMAIS RÉ-UTILISER DE LA COKE POUR M’AIDER DANS MES TÂCHES OU MES PROJETS, C’EST COMME ÇA QUE L’ON DEVIENT DÉPENDANT.

JE DOIS TOUJOURS ME RAPPELER QUE CE QUE JE VIENS DE FAIRE EST ÉPOUVANTABLE, ET NE DOIS JAMAIS ME RAISONNER EN ME DISANT QUE « FINALEMENT Y’A RIEN LÀ ! »  Au contraire.  A 100$ le gramme, il y a BEAUCOUP là, on peut facilement arriver à la ruine.

11 :15
J’ai l’impression que mes sensations physiques ont doublé… incluant la douleur de mon traitement de la verrue plantaire.  Bonne chose que la majorité de mes courses seront à vélo.

JE ME JURE QUE, À MOINS DE ME TROUVER DANS UNE SITUATION DE VIE OU DE MORT, CETTE EXPÉRIENCE DOIT RESTER UN ONE-TIME DEAL !  EVER ! ! !

11 :21
La SAAQ est loin à vélo.  J’ai mon changement d’adresse à faire. J’aurais pu le faire, je trouve le défi excitant.  Mais l’aller-retour me prendrait au moins 2 heures, et je trouve que ce serait idiot de perdre toute cette énergie sur une seule tâche.  Je décide donc de  faire celle-là par téléphone.

11 ;38
D’abord, je pensais que j’aurais à réduire mon débit de voix.  Mais je parlais normalement.  Même que je me trouvais étrangement mieux articulé que d’habitude… Ce qui n’est pas logique, je suis TOUJOURS articulé.  Mais je crois saisir la différence : D’habitude, je cherche mes mots.  Là, je parle smooth, sans bris, sans pause.

Je comprends VRAIMENT comment on peut accrocher à la coke.  Plus je vois des améliorations dans ce que je fais, et plus je vois les pièges dans lesquels on peut tomber pour virer accro. Une chose est sûre en tout cas, je comprends pourquoi tant de gens se ruinent pour cette poudre.

Ce qui me rappelle que j’ai entendu dire que c’était un excellent coupe faim.  Je dois donc ne pas oublier de manger même si je n’ai pas faim, pour ne pas surtaxer mon organisme.  Je crains aussi le crash qui arrivera Dieu sait quand.

J’ai terriblement soif. Je cale un gros verre de thé en un temps record.  C’est une erreur.  Je dois me rappeler de manger et boire à vitesse normale.

11 :44
Je suis impatient, j’ai furieusement envie de bouger.  L’ironie d’utiliser la coke pour étendre mon linge à toute vitesse ne m’échappe pas, puisque j’ai toujours dit que j’aimais faire la lessive parce que ça me détend. Well, chus loin d’être détendu en ce moment.

Histoire de tirer profit de mon expérience, je me regarde aller faire mes tâches, et je vais essayer de prendre ça comme exemple à suivre (sans la coke) pour être plus efficace dans l’avenir.

11 ;51
Hostie que j’ai envie de me dépenser.  Vélo, exercices, courir… Mais justement, je ne dois pas oublier la leçon que j’ai eu de la course, en développant une fasciite plantaire qui m’empêche de courir : Quand la volonté et l’énergie dépasse les capacités physiques, ça peut avoir des conséquences fâcheuses, certaines temporaires, certaines pour le reste de notre vie.

Je constate que cette soif que j’ai est similaire à celle que j’ai eu quand j’ai testé la coke sur ma gencive.  Donc, observation : La coke donne soif.

Ah, tiens, autre chose à ne pas oublier : Comme c’est la première fois que je prends de la coke, mon corps n’est pas habitué, donc je n’en ressens que les bienfaits.  C’est à la longue, à force d’en consommer, que le corps s’habitue, et finit par ne plus fonctionner normalement sans ça.  Comme la caféine dans le café, ou les boisson énergie, dont il a fallu me sevrer il y a quelques années, qui m’ont donné des symptômes de manque.

Alors je ne dois jamais oublier ceci : CE NE SERA JAMAIS AUSSI BON ET AUSSI GÉNIAL QUE LORS CETTE PREMIÈRE FOIS.

12 ;05
Je constate, avec la madame de Hydro Québec au bout du fil (Encore mon changement d’adresse), que mon impatience aussi est décuplée. Heureusement je réussis à voir la chose avec logique : C’est sûrement la coke qui booste les facettes de mon tempérament, donc je n’ai pas de raisons d’être impatient, donc ce n’est qu’une illusion. Juste le fait de me dire ça, je me calme d’un coup sec. Étrangement, contrairement à ce que j’aurais imaginé, ma logique aussi est décuplée.

12 :15
Ca y est, on va voir ce que ça donne côté énergie physique : Je pars à vélo faire mes courses.

Quand je pense à tous ceux qui utilisent la coke comme recreationnal drug, quelle perte.  Moi au contraire, je veux utiliser tout le temps qu’il reste à mon high pour en faire le plus possible.  Pas oublier : Ceci est un once in a lifetime opportunity.

Eh oui, le fait que je me le répète sans cesse montre la peur que j’ai de virer accro.  Et c’est normal, cette drogue est terriblement efficace. Mais je sais que tant que j’aurai cette crainte, je saurai m’en tenir loin.

L’effet est différent des ritalins, dont je consommais les suppléments de Jonathan.  Ça me donne plus d’énergie, mais pour la concentration, je reste non-convaincu.  Parfois je suis full focussé, et d’autres fois je suis incontrôlablement distrait… Finalement, dans mon état mental normal, juste extrême.

12 :39
Mon vélo est attaché sur De l’Église à Verdun. Je viens de faire mes achats au Rona, je me dirige vers le marché Métro pour d’autres déjeuners Carnation, rapport que j’ai pris le dernier ce matin.  Je suis déçu.  Je m’attendais à une performance vélocipédiste athlétique. En fait, je ne vois pas de différence avec la normale.  Là encore, la normale, ce serait d’avoir dormi 8 heures au lieu de 4, et et ne pas être démoli par un rhume.

12 : 54
Réalisant que mon déjeuner coké était il y a 2 heures et demi, je me dis qu’il faudrait bien que je mange encore.  Voulant éviter un gros repas qui utilise l’énergie pour la digestion, j’opte pour un petit bol de salade de fruits frais, pris au marché Métro, et mangé sur le trottoir.  À ma grande surprise, je constate que non seulement je ne ressens pas la faim, mon corps ne veut pas manger.  Je me force tout de même.  Une fois tout mangé, je ne ressens rien de spécial, sinon le soulagement d’avoir arrêté de manger.  C’est assez curieux comme effet secondaire.  Mais ça me permet de comprendre pourquoi les gens cokés maigrissent.

13 :11
Au  retour, sur le pont de la rue Jolicoeur reliant Verdun à Ville-Émard, je me fais arrêter par un vieux monsieur qui me dit : « Hey, how much further away is it from the Dairy Queen ? I’m a tourist, see, I’m from California. Maybe you know my friend, he’s an actor from Grey’s Anatomy, it’s playing tonight. He’s my special friend, if you know what I mean. I won’t say more.  Hehe ! » HEILLE, ON S’EN COLISSE-TU QUE TU SUCES DES PINES D’HOLLYWOOD, VIEILLE POUFFE ! LAISSE-MOI DONC RVENIR CHEZ MOI, QUE JE PROFITE DE CE QUI ME RESTE DE MON HIGH POUR M’Y RENDRE UTILE.

13 :22
Retour à la maison.  Je me sens encore high, mais à ce point-ci, je ne saurais dire si c’est la coke ou l’hyperventilation due au vélo.

13 :30
L’effet me semble avoir diminué. En ce moment, comment je me sens est comparable au meilleur de ma forme lorsque en état normal.  Mais le hyper-boost que j’ai ressenti lors de la première heure et demie n’y est plus.

14 :00
Je sens que l’effet diminue.  Je suis maintenant dans ma moyenne normale. Sauf que je vais probablement continuer ma descente, puisque enrhumé et avec peu de sommeil. J’ai la tentation d’aller acheter du Red Bull pour en prolonger l’effet.  Je me ravise aussitôt.  Ça montre à quel point je peux accrocher au fait d’être efficace, sans que ça me demande un effort de volonté. Raison de plus pour me laisser revenir à la normale.

14 :40
Bon ben me voilà redevenu l’enrhumé épuisé de ce matin. Au bout du compte, ce furent quatre heures très intéressantes.

EN CONCLUSION
D’un point de vue strictement scientifique, je ne regrette pas l’expérience. J’ai appris les effets de la cocaïne sur un organisme non-habitué aux drogues. Et j’en suis aussi arrivé à une conclusion qui, je le crois, cimente à tout jamais ma décision de ne jamais recommencer : Pour les gens comme moi, les paresseux de nature qui doivent déployer de grands efforts de volonté pour faire quelque chose, l’attrait que peut avoir la cocaïne est une très dangereuse réalité.  Parce que, d’un simple petit gramme de cette drogue, on obtient toute la volonté et la drive requise pour réaliser nos projets, et ce sans effort.

Or, je possède un trait de caractère en particulier qui a toujours été naturellement plus fort que ma volonté : Mon orgueil.  Jamais je n’ai accepté d’être le jouet de quelqu’un, et ce n’est pas pour devenir le jouet de quelque chose.  Je n’ai pas besoin de vivre moi-même le fait d’être accro pour savoir que ça se passerait ainsi. Depuis que je suis enfant, la TV, la radio, les magazines et les journaux m’ont bombardé de milliers de témoignages d’ex-drogués disant que la coke c’est ben l’fun au début mais plus le corps s’y habitue et moins ça fait effet, et on finit par en prendre juste pour ne pas vivre le manque.  Et à 100$ et plus le gramme, c’est facile de se ruiner là-dedans.

Une recherche Google au sujet de la cocaïne m’apprend un truc qui me laisse la mâchoire pendante. L’effet de la coke est supposé durer de 30 à 45 minutes. ÇA M’A FAIT EFFET PENDANT TROIS HEURES ET DEMIE!!! 

Est-ce parce que je l’ai pris par voie orale? Est-ce parce que je l’ai mélangé à un milkshake ne contenant que des éléments full nutritifs? Est-ce parce que j’étais malade, donc que je pouvais vraiment sentir la différence entre coké et non-coké? Ou est-ce tout simplement parce que c’était la première fois de ma vie que j’en prenais, donc que mon organisme n’y était pas du tout habitué? Une chose est sure, ça ne sera plus jamais aussi génial que cette fois-là. Je comprends donc que, pour que cette expérience reste agréable et positive, il faut que ça reste un truc d’une seule fois dans une vie.  C’est donc sans remords que je me débarrasse du second gramme dans les toilettes.

Et puis, après avoir vu sur le net qu’au Québec, la simple possession de cocaïne peut valoir 1000$ d’amende et 7 ans de prison, ça a quelque peu influencé ma décision de ne pas la garder.


Et voilà!  Sept ans plus tard, je n’y ai toujours pas retouché.  Je continue de voir cette expérience unique comme étant positive.  Et surtout, je suis toujours aussi convaincu que, pour que ça reste comme ça, je ne dois plus jamais recommencer.

Comme quoi, dans le fond, ce qui fait la différence entre expérimenter le paradis et vivre un enfer, c’est d’avoir le bon sens de savoir tracer une limite et de la respecter.

Les buts post-relations

Ce n’est que tout récemment que j’ai entendu parler du concept de relationship goals.  Et ce fut en écrivant un commentaire sur un statut de Flavie, mon ex, de qui je suis séparé depuis deux ans. Le voici, datant de août dernier, la veille de son nouveau départ vers l’Europe.



Je n’ai jamais vraiment parlé de notre rupture.  Et c’est probablement parce que, dans le fond, il n’y avait rien à dire.  C’est arrivé tout naturellement, un an et demi plus tôt, alors qu’elle était en Finlande pour ses études, et moi à Montréal.  Nous nous sommes tout simplement rendus compte que, malgré la distance, on ne s’ennuyait pas tellement l’un de l’autre.  Nous avons donc décidé d’y mettre fin.  Cependant, tout comme lors de ma rupture de décembre 2011 avec Karinenous avons décidé de garder ça secret, sauf pour nos parents et amis très proches.  Sur Facebook, nous avons mis notre statut de couple en privé, avant de s’y remettre célibataires.  Personne n’a rien vu. 

Cette manœuvre fut justifiée, si l’on en croit les réactions de nos parents respectifs : Les miens me mettaient de la pression pour que je vide l’appartement de son mobilier et de toutes ses affaires.  Et les siens ont préparé pour elle un document légal à me faire signer dans lequel je m’engage à reconnaître ses possessions parmi nos affaires communes, avec obligation légale de remplacer tout ce qui serait manquant ou abîmé sur cette liste lors de son retour.  Ni elle ni moi ne les avons écoutés.  Ce genre de comportement haineux post-relation, ce n’est pas notre génération.  C’est la leur, comme le prouve justement leurs réactions.

Évidemment, en prévision de son retour pour la fin du mois de juin qui arrivait, nous avons, chacun de notre côté, songé à la possibilité de nous séparer corps et biens (ça sonne comme un naufrage), pour réaliser au bout du compte que nous serions bien mieux de continuer d’habiter ensemble.  Les raisons ne manquaient pas :

  • Nous avons chacun un chat, et ils sont inséparables.
  • Habiter seul, surtout s’il faut chacun se racheter la moitié du mobilier, ce serait au-dessus de nos moyens.
  • L’idée de la colocation avec un étranger ne nous plaît guère.
  • Et elle n’avait vraiment pas envie de retourner vivre chez sa mère.
  • Mère qui est allergique aux chats.
  • Notre appartement est situé tout près de son travail d’été.
  • Nous étions amis avant d’être en couple.  Alors pourquoi pas après le couple? 
  • Même si on n’avais jamais été ensemble, je la voudrais comme coloc, et vice versa.
  • Après avoir été intimes aussi longtemps, nous sommes chacun habitués à l’autre.
  • Il lui restait quatre mois avant de revenir à Montréal.  Ça nous a laissé amplement le temps de se faire à l’idée que nous ne sommes plus en couple.  

Et en effet, lors de son retour, il n’y a eu aucune ambiguïté.  Et nous avons continué de cohabiter pendant encore un an, avec 90% de nos amis et contacts divers qui ne savaient pas que nous étions séparés.  Ça lui évitait de devoir subir la drague non-sollicité dont elle aurait été certainement victime de part et d’autre de notre entourage.  Et ça nous évitait surtout de subir un bien plus grand problème.  J’y reviendrai. 

Bien sûr, de nouveau célibataires, ça nous remettait sur le marché.  Nous n’avions qu’une seule règle : Pas d’amant(e)s chez nous.  Elle m’a fait découvrir Tinder, dont je me suis inspiré pour une série de billets sous le thème (Més)aventures sur sites de rencontres, qui inclut le billet qui m’attire entre 250 à 800 visites par jour, Truc simple pour savoir (gratuitement) qui nous a choisi sur Tinder

Oh, c’est sûr, il nous est arrivé 2-3 accrochages et prises de bec durant cette année-là.  Soit exactement le même nombre que lorsque nous étions en couple, et pour les mêmes sujets d’ailleurs.  Mais en contrepartie, tout le reste de la cohabitation a été sous le signe de l’harmonie, de la collaboration, des rires et de la complicité, comme deux membres normaux d’une même famille normale. 

Nous n’avions pas fait de plans à long terme, au sujet de combien de temps nous allions garder cette façade.  Si on peut appeler ça une façade.  Nous ne prétendions pas être en couple.  Nous avons juste délibérément omis de dire que nous ne l’étions plus, voilà tout. 

Le destin s’est chargé de nous offrir un échappatoire sous la forme de l’accident qui m’a brisé une vertèbre, m’obligeant à changer de carrière et à déménager de Montréal à Sherbrooke juste au moment où Flavie repartait pour la Finlande.  Nous avons donc pu annoncer à tous que l’on se séparerait en même temps que nos chemins. 

Pourquoi avoir omis les faits et tordu la vérité?  Pour s’éviter, comme j’ai fait mention quelques paragraphes plus haut, le plus grand des problèmes :  Lorsque deux personnes mettent délibérément fin à leur couple, leur vie sociale se sépare inévitablement en deux groupes :  L’entourage de la fille qui lui parle en mal contre le gars, et l’entourage du gars qui lui parle en mal contre la fille.  Nos parents en furent un excellent exemple. 

Par contre, lorsque l’on annonce que nous nous quittons car c’est la vie qui nous sépare, l’atmosphère reste harmonieux.   C’est cette harmonie-là que nous voulions conserver.

Au sujet des post-relationship goals.
C’est bien joli d’avoir comme but une harmonie post-couple comme la nôtre.  Mais ce genre de chose ne peut être atteint que si l’on suit un principe que je ne cesse de répéter depuis que ce blog existe : Ça prend beaucoup plus que « nous sommes tous les deux hétéros et célibataires » pour se mettre en couple. 

Lorsque deux personnes se mettent en couple juste pour combler un besoin amoureux et sexuel, qu’est-ce que ça donne?  La situation classique :  Puisqu’ils n’ont rien en commun, la fille se plaint de plus en plus qu’il ne veut rien faire avec elle à part baiser.  Alors qu’est-ce qu’il leur reste en commun, une fois que le la romance, le sexe et le couple prennent fin?  Rien! 

Mais dans le cas de Flavie et moi, dès la première rencontre, on a échangé sur nos intérêts communs pour les arts, la BD, le fait que nous sommes tous les deux artistes.  Et en découvrant que nous étions tous les deux fans des années 40-50-60, de Gainsbourg et de Bardot, ça rajoutait à notre relation naissante une profondeur que l’on n’avait encore jamais trouvé chez quelqu’un d’autre.  Enfin, le coup de grâce : Elle voulait faire de la BD mais n’avait pas d’idées de séries.  Moi, j’ai trop d’idées pour avoir le temps de toutes les réaliser.  Même si nous n’avions pas fini ensemble, on avait de quoi être amis pour la vie.

Et c’est ça qui fait toute la différence.  Si nous sommes amis après, c’est parce que nous avions tout pour être amis avant.

 

 

Le tatouage que je n’aurai jamais

Il y a une douzaine d’années, je fréquentais plusieurs forums.  Sur l’un d’eux, une personne a posté une photo.  C’était trois mots qu’elle venait de se faire tatouer sur le dos.  J’ai photoshoppé la chose de mémoire:

Rêve, espoir, chance.  En voyant ça, ma nature jugementale a trouvé que ça sonnait comme un hymne à la paresse morale, intellectuelle et physique.  Il est vrai que ça sonne comme : 

  • Je RÊVE d’être riche.  J’ESPÈRE gagner à la loterie.  Avec de la CHANCE, je gagnerai.  
  • Je RÊVE du prince charmant.  J’ESPÈRE le rencontrer.  Avec de la CHANCE, il s’intéressera à moi.
  • Je RÊVE d’avoir une meilleure vie.  J’ESPÈRE avoir une meilleure vie.  J’aimerais avoir la CHANCE d’avoir une meilleure vie.   

Ça a vraiment l’air de quelqu’un qui a cessé de faire des efforts, qui a renoncé à faire quelque chose de son existence, qui a baissé les bras.  Une personne qui se contente juste d’attendre que les choses viennent à elle. 

Ceci dit, c’était une femme d’une trentaine d’année, mère monoparentale de deux enfants de deux pères différents, sans emploi, fumeuse, obèse, passant toutes ses journées sur les forums, sites de chats et de webcam.  On a beau avoir l’esprit ouvert et être conciliant, on voit tout de suite que c’est le genre de personne qui a le don de toujours faire des mauvais choix de vie.  Dans ce temps-là, on peut comprendre qu’elle se contente de rêver, d’espérer, de compter sur la chance.  Qui sait, dans son cas,  étant donné le nombre de mauvaises décisions qu’elle accumule, être passive est probablement la meilleure décision qu’elle prendra de toute sa vie.

N’empêche, c’est une chose de vivre sa vie de cette manière, c’en est une autre de l’accepter totalement au point de se le faire tatouer.  Il me semble que tant qu’à se faire tatouer trois mots sur le corps, aussi bien que ce soit quelque chose qui inspire, qui permette d’avancer, de s’élever au-dessus de notre condition, de se dépasser.

Justement, à l’époque, j’avais terminé Défi Diète 2008 depuis peu.  J’étais déterminé à poursuivre les bonnes habitudes de vie apprises lors de ce programme de remise en forme.  Et justement, quelques années plus tôt, j’avais décidé de vivre ma vie selon trois principe : Courage, ténacité et sagesse. 

Bon, à l’origine, le 2e mot était détermination, avant que je réalise que la détermination se retrouve surtout dans la planification, alors que la ténacité se voyait plutôt lors de l’exécution.  Mais-z’enfin-bref :

  • Le courage : C’est ce dont on a besoin pour entreprendre un projet, quel qu’il soit.  Ça peut être rénover sa maison, se remettre en forme, retourner aux études, changer de métier.  Peu importe le projet, tout changement demande du courage pour sortir de sa zone de confort et faire quelque chose de nouveau.
  • La ténacité.  C’est faire ce que l’on a à faire pour atteindre notre but, continuer  tant que l’on ne l’a pas atteint, et ne jamais abandonner.
  • La sagesse.  C’est de garder les yeux ouvert et toujours voir les choses de manière réaliste.  C’est être capable de remettre en question à tout moment tous les aspects du projet, incluant soi-même.  C’est voir, à tout moment, si le projet est (toujours) à notre portée.  Bref, c’est savoir faire la différence entre un but réaliste, une inutile perte de temps, ou une catastrophe imminente. 

 Je réalise maintenant, quel hasard, que ces trois vertus font partie du collier de Rahan.

Aussi, en prenant exemple sur cette femme, je me suis dit que, histoire de ne jamais oublier ces principes, je pourrais très bien me les faire tatouer­.  Mais il y a un truc que je ne comprendrai jamais au sujet des tatouages: Où est la logique de se les faire mettre dans le dos?  Si c’est une image, passe encore, je peux comprendre qu’il s’agisse d’une œuvre d’art que l’on veuille montrer.  Mais pourquoi prendre la peine de se faire écrire trois mots en permanence sur le corps, si c’est pour ne jamais être capable de les lire?

Dans mon cas, je me ferais tatouer les mots courage, ténacité, sagesse, sur le côté gauche de la poitrine, en caractère de dactylo classique genre Courrier New, à l’encre bleue, en taille modérée, et à l’envers comme dans un miroir.  L’idée étant justement de pouvoir les lire à l’endroit lorsque je me vois dans le miroir le matin.  Je me suis Photoshoppé la chose pour vous donner une idée:

Après avoir jonglé avec l’idée pendant quelque jours, j’ai finalement décidé de m’en abstenir. 

C’est que j’en suis arrivé à la conclusion que si j’ai besoin de me faire écrire ces trois vertus sur la peau, ça signifie que je ne les possède pas.  Et si je les possédais, alors je n’aurais nul besoin d’avoir une note collée sur moi pour le reste de mes jours pour me les rappeler.  Bref, d’une façon comme d’une autre, ce tatouage serait inutile.

 Et puis, si jamais un jour je décide moi aussi de baisser les bras, de vivre aux crochets de la société, de cesser de faire ce que j’ai à faire pour améliorer ma vie, mon sort et ma santé, et que je me laisse aller au point de doubler mon poids en masse de gras, j’aurai l’air fin, tiens, avec un tatouage qui dit courage, ténacité et sagesse.

L’évolution du point de vue (2ème partie)

Lorsque je regarde celui que j’étais dans la jeune vingtaine, je constate que je ne suis plus du tout la même personne.  En particulier de la façon dont je vois les choses.

 Par exemple 

Généreux altruiste à l’époque, dépensier irresponsable aujourd’hui.
Il y a quelques temps, j’ai vu une image-texte qui se promenait sur Facebook.  J’aurais aimé la retrouver pour la montrer dans cet article, mais je n’ai pas réussi.  En gros, ça disait quelque chose dans le sens de :

« Une personne donne 20$ à un itinérant, alors que la seconde donne 10$.  Tout le monde va trouver que le premier est bien plus généreux que le second.  Or, ce que les gens ignorent, c’est que le premier gagne $100 000.00 par année et avait plus de $3000.00 dans son portefeuille, alors que le second est sans emploi, et ce 10$ qu’il a donné, c’est tout ce qu’il avait pour passer sa semaine.  Maintenant que vous savez ça, lequel d’entre eux est VRAIMENT généreux et admirable, hm?  L’homme riche qui ne donne qu’une minuscule partie de son excédent, ou l’homme pauvre qui est prêt à sacrifier son nécessaire pour autrui? Comme quoi il est facile de juger les gens lorsque l’on ne connait rien à leur sujet. »

Ma mentalité à l’époque :  J’étais tout à fait d’accord avec ce texte.  Et pour cause : Il m’était arrivé de mettre la chose en pratique. 

Je ne me souviens plus exactement si j’en ai déjà parlé, mais lorsque j’étais dans la jeune vingtaine, au début des années 90, et que je travaillais au Dunkin Donuts, dès que j’avais payé les dépenses mensuelles incontournables (Loyer, électricité, téléphone et nourriture), il ne me restait que 9$ par mois.  Et malgré tout, si je me faisais aborder par un itinérant, je lui donnais de l’argent.  Il y en a même un qui m’a carrément demandé 40$, pour je ne sais plus quelle raison.  Je suis allé au guichet automatique et je le lui ai donné.  En sachant très bien que ça signifiait que mon chèque de loyer allait rebondir, ce qui m’occasionnerait des frais de 15$.  30$, en fait, lorsque le propriétaire m’exigerait le remboursement de ses propres frais pour ce chèque à fonds insuffisants.  Mais bon, peu m’importait ce don de 40 qui allait m’en coûter 70.  Au moins, j’avais un travail et un toit, et je pouvais manger à ma faim (moins 70$ pour la prochaine épicerie, tout de même), contrairement à ce pauvre homme. Je tirais grande vanité d’être généreux au point d’être capable de me sacrifier de la sorte.

Ma mentalité maintenant :  Je trouve irresponsable, voire carrément imbécile, le gars que j’étais, et la mentalité qui venait avec. 

Qu’est-ce qui a changé en moi?  J’ai commencé à voir les choses avec logique, plutôt qu’avec orgueil. 

Je n’aime pas citer des proverbes, mais il y a une raison pour laquelle on dit que charité bien ordonnée commence par soi-même.   À l’époque du Dunkin, je travaillais fort à un boulot qui était chiant et mal payé.  Je savais que ma survie mensuelle de base me gobait tous mes revenus, sauf 9$.  Et ce 9$ était largement insuffisant pour avoir une vie sociale normale avec des activités normales demandant des dépenses normales.  En quelque part, ça me donnait des complexes d’infériorité.  Ainsi, en me montrant mille fois plus généreux que mes amis qui, eux, avaient un bon travail et de bons revenus, je pouvais au moins m’enfler l’orgueil en me disant que du côté de la générosité en tout cas, j’étais leur supérieur.  Et que moi, au moins, mes dépenses étaient pour aider autrui, et non pour des choses frivoles tels bar, resto ou cinéma.

Autre chose : À l’époque, j’avais des idées de grandeur.  Surtout en matière de logement.  À chaque année, au travail, j’avais une augmentation.  Et à chaque année, je déménageais dans un appartement plus grand, donc plus cher.  C’est que dans ma vision, un grand appartement était un signe de prospérité, de réussite.  Par conséquent, je vivais toujours à la limite de mes moyens.  Déjà là, je démontrais que ma priorité était dans les apparences, plutôt qu’à avoir un budget balancé.  

Par conséquent, lorsque j’avais besoin de lunettes, de bottes pour l’hiver, de médicaments ou de toute autre dépense imprévue néanmoins nécessaire, alors là mon budget était débalancé pendant des mois.  Bonne chose que je travaillais dans un Dunkin Donuts.  Ça me permettait de me nourrir sur place deux fois par jour, cinq jours semaine, et même d’amener chez moi les restants de soupe qui devaient être jetées à toutes les huit heures.  Pas vraiment le comportement d’un homme prospère qui a réussi.

Surtout qu’avoir des appartements de plus en plus grand fit que je me suis éventuellement retrouvé avec une pièce vide et inutile, ce qui fait que je payais 100$ par mois en pure perte. (C’était l’époque où les appartements à Montréal étaient encore à 100$ la pièce.)  C’est là que j’ai compris que finalement, non seulement je vivais au-dessus de mes moyens, je vivais au-dessus de mes besoins. 

Je me suis ajusté par la suite, vivant en simplicité ou en colocation.  J’ai même passé plusieurs années à vivre dans des appartements sans avoir de chambre, dormant sur le divan.  Et si aujourd’hui je vis seul dans un 5½ (cette fois avec chambre et lit), c’est que non seulement je peux me le permettre, toutes les pièces ont une fonction.

Pour en revenir au texte au sujet de la générosité du riche contre celle du pauvre : Aujourd’hui, je regarde les faits.  Et les faits sont : Lequel des deux est le plus intelligent, le plus logique et surtout le plus responsable?  Celui qui donne ce qu’il peut se permettre?  Ou celui qui donne ce qu’il ne peut pas se permettre, causant des problèmes à sa survie, occasionnant en plus des frais bancaires à son proprio?  Ce n’est pas le geste d’une personne généreuse, ça.  Ce sont les agissements de celui qui est prêt à poser des gestes irréfléchis juste pour bien paraître, ne serait-ce qu’à ses propres yeux.  Bref, ce sont les gestes d’un loser qui a quelque chose à (se) prouver.

Il y a trois semaines, deux de mes amis ont démarré une campagne de socio-financement.  La raison est qu’ils avaient été victime d’un accident de lessiveuse qui avait inondé leur appartement, occasionnant pour $3000.00 dollars de dégâts à rembourser au propriétaire, chose que leur budget d’artiste ne pouvait pas leur fournir. 

Je n’ai pas une telle somme en banque pour le moment puisque je travaille depuis peu à mon nouveau boulot.  Mais j’ai une assez grande marge de crédit sur ma Visa, que j’aurais pu leur payer la totale d’un seul coup.  J’aurais mis trois mois à la rembourser, et ça n’aurait nullement affecté ma qualité de vie.  Mais voilà, aujourd’hui, je n’ai plus rien à prouver aux autres, et encore moins à moi-même. 

Et surtout, personne ne m’a jamais demandé de prendre sur moi la facture complète.    D’ailleurs, si on me l’avait suggeré, j’aurais refusé.  Alors pourquoi me porterais-je volontaire pour le faire?

J’ai donc fait un don, correspondant à la moyenne des montants fournis par leurs autres donateurs.  Ils ont atteint leur objectif dans les temps voulus.  Ils ont pu rembourser le propriétaire.   Je suis content d’avoir pu aider.  Je n’en tire aucune vanité.  Parce que mon but était d’aider mes amis, et non de me montrer plus généreux que les autres.  Et c’est parfait comme ça pour tout le monde!

Dans la situation actuelle, un grand nombre de personnes ont été heureuses de les aider.  Et dans le cas de mes amis, ça leur a fait un bien fou de voir autant de témoignages d’amour et de solidarité envers eux.  Si j’avais tout payé moi-même, j’aurais empêché ces gens de poser un geste décent, j’aurais empêché mes amis de se savoir autant apprécié par tous, et j’aurais gardé pour moi seul leur reconnaissance.  En fait, ils auraient été obligés d’être reconnaissants, ils n’auraient pas eu le choix. 

Autrement dit, ce geste aurait peut-être été généreux sur le plan monétaire.  Mais sur le plan social et moral, il aurait été fortement égoïste.

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Bientôt: Détermination romantique hier, harcèlement malvenu aujourd’hui.

L’évolution du point de vue (1ère partie)

Lorsque je regarde celui que j’étais dans la jeune vingtaine, je constate que je ne suis plus du tout la même personne.  En particulier de la façon dont je vois les choses.

 Par exemple :

Héros à l’époque, pitoyable aujourd’hui.
Jetez un oeil à cette vidéo d’une course de cinq kilomètres, dans laquelle un homme s’écroule d’épuisement à dix mètres de la ligne d’arrivée, distance qu’il met ensuite trois minutes à franchir. 

Cette vidéo n’existait pas lorsque j’étais dans la vingtaine, mais j’ai déjà été témoin d’une scène semblable.

Ma mentalité à l’époque :   Le fait qu’il a déployé un effort physique surhumain qui l’a vidé de toutes ses forces, et qu’il trouvait malgré tout assez de volonté pour se traîner jusqu’à la ligne d’arrivée par ses propres moyens, en refusant toute aide.  Quelle détermination.  Quel courage. Ce gars-là était mon héros.  Un modèle à suivre.

Ma mentalité maintenant :  Je trouve ce gars stupide, voire carrément pitoyable. 

Qu’est-ce qui a changé en moi? Plusieurs choses.  Avant, je n’étais nullement athlétique.  Tout le long de mon école primaire et secondaire, j’étais toujours le dernier en gym.  Alors pour moi, le fait que tout le reste de la population était plus en forme que moi, c’était mon quotidien.  C’était une fatalité que, même si je détestais, j’avais toujours acceptée.  Voilà pourquoi j’étais porté d’instinct à me reconnaître en ce gars-là, pour qui c’est cent fois plus difficile que pour tout le monde de réussir.  

Il y a huit ans, plutôt que d’avoir du ressentiment envers les bons coureurs, j’ai décidé d’en devenir un.  Je me suis renseigné sur la façon de commencer à m’entraîner.  J’ai investi l’effort physique et mental requis.  Je me suis mis à la course de façon intelligente, de manière à me renforcer, plutôt que de m’endommager.  Et, peu à peu, je suis devenu capable de courir sur de plus en plus longues distances sans mettre ma santé en jeu.  En trois mois et demi d’entrainement, ma distance de course non-stop a passé de 200 mètres à 5.2 km.     

Ce qui fait que maintenant, lorsque je visionne cette vidéo, au lieu de ne regarder que lui, je regarde les 86 autres personnes qui le dépassent (je ne blague pas, je les ai vraiment comptés) et qui terminent leur cross-country sans pour autant être incommodés.  Si tous ces gens sont capables de le faire en étant à peine essoufflés, alors pourquoi est-que lui est sur le bord de crever?  Tout ce que cette situation démontre, c’est que contrairement à eux, il ne s’est pas préparé adéquatement. 

Lorsque j’ai découvert cette vidéo il y a dix ans, j’avais une curieuse sensation en regardant cette scène.  Quelque chose me dérangeait.  Je n’aurais pas pu dire quoi exactement, mais j’avais la vague impression que quelque chose ne collait pas.  Comme s’il y avait un illogisme en quelque part.  Il faut dire qu’à ce moment-là, ça prendra encore deux ans avant que je me mette moi-même à la course.

Aujourd’hui, avec l’expérience que j’ai en course, lorsque je regarde de nouveau cette scène, je vois immédiatement d’où me venait cette impression :  S’il avait été le dernier à arriver, je ne me serait pas posé de question.  Sa position parmi les coureurs aurait concordé avec sa piètre condition physique.

Mais LÀ, il se fait dépasser par 86 personne au final, et il y en a encore plein d’autres qui passent la ligne d’arrivée après lui.  Si ce gars-là est aussi faible, vous ne trouvez pas ça étrange que, tout le long de la course, il se trouvait devant tous ces gens-là? 

Ça ne peut vouloir dire qu’une seule chose : Tandis qu’eux courraient à rythme modéré afin de conserver leur énergie, lui a dû sprinter tout le long pour tous les dépasser.  Ça explique pourquoi il était devant eux, ça explique son état d’épuisement total, et ça confirme que comme bien des gens qui ne connaissent rien au sport dans lequel ils ont décidé de se démarquer, il croyait probablement qu’il lui suffirait juste de se pousser à fond non-stop avec volonté et détermination pour montrer à tous qu’il est capable de faire bien mieux qu’eux.  Il était convaincu que les préparatifs et l’entrainement n’étaient qu’une stupide et inutile perte de temps. Je suppose que le fait que quelques personnes aient franchis la ligne d’arrivée après lui, ça lui a permis de se vanter qu’il a tout de même eu raison de le penser. 

S’il s’était préparé correctement, s’il avait couru de la bonne manière, il n’aurait pas fini cette course au bout du rouleau.  Ce qui en revient à dire que les problèmes qu’il a subi durant cette course, c’est lui-même qui se les ai causés.  Ce gars-là a été lui-même son propre obstacle. 

Hier, quand j’étais encore ignorant, ce gars-là était mon héros.  Aujourd’hui, un gars qui a besoin de se pousser à l’épuisement physique total  pour faire égal ou mieux qu’une personne qui ne sera que légèrement fatiguée d’avoir accompli la même tâche, je n’appelle plus ça un modèle à suivre.  C’est plutôt le modèle parfait de tout ce qu’il ne faut pas faire. C’est le parfait exemple du loser qui a quelque chose à (se) prouver.

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Bientôt: Généreux altruiste à l’époque, dépensier irresponsable aujourd’hui.  

 

Ajuster ses résolutions du nouvel an. Ou: Cesser de penser négatif.

À chaque année, c’est la même chose:  On se donne des résolutions dans le style de…

  • Perdre du poids.
  • Se mettre en couple.
  • Avoir un bon travail.
  • Devenir riche.
  • Devenir célèbre. (Si on est artiste)

… et à chaque année, on est déçu de ne pas avoir réussi.  Mais ce n’est pas grave.  Voici la nouvelle année.  Cette fois, c’est dit: On se donne des résolutions dans le style de…

  • Perdre du poids.
  • Se mettre en couple.
  • Avoir un bon travail.
  • Devenir riche.
  • Devenir célèbre.  (Si on est artiste.)

Vous savez ce qui ne va pas dans ces résolutions?  Très simple : Ce ne sont pas des actions.  Ce sont des résultats d’actions. Voilà pourquoi ça ne marchera pas plus cette année que l’année d’avant.

Vous ne voyez pas la différence? D’accord, je précise : Si je vous dis : Perds du poids! Maintenant!  Là! Tout de suite!  Vas-y!  Go! Allez, maigris!  Êtes-vous capable faire ça sur commande? Non, hein!?

Par contre, si je dis :  Fais du jogging!  Vous pouvez vous lever et courir immédiatement.  Si je dis Mange moins et mange mieux.  Vous pouvez vous préparer sur le champ un truc bon pour la santé et n’en manger qu’une portion raisonnable.

Ça parait simple, anodin, voire ridicule comme ajustement.  Pourtant, c’est ce petit changement qui va faire toute la différence. Voyez plutôt: Si votre focus est de perdre 10 kgs / 20 lbs, alors ça prendra 2, 3, 4, 5 mois avant de pouvoir enfin ressentir la satisfaction. D’ici à ce que vous atteigniez votre but, vous risquez de trouver le temps long, ce qui augmente les possibilités d’abandonner en chemin.

Par contre, si votre but est de faire du jogging trois fois par semaine, alors ce sera trois fois par semaine que vous ressentirez la satisfaction de l’avoir atteint, ce but. Focussez sur bien manger, et vous ressentirez en plus cette même satisfaction trois fois par jour.  Non seulement la satisfaction d’avoir atteint son objectif sera quotidienne et multiple, la perte de poids ne deviendra qu’un effet secondaire, un  bonus qui se rajoute à tout le positif que l’on a déjà vécu. Avouez que c’est bien plus encourageant comme ça.

Pour rester dans le sujet de la perte de poids: 

Il y a un autre truc qui nous décourage toujours un peu au niveau du subconscient : Le mot perdre !  De tous les temps, dans tout ce qu’il entreprend, l’être humain cherche à réussir.  Aussi, le concept de perdre, c’est contre-nature pour lui.  Normal, le mot perdre est associé à un nombre incalculable d’expressions toutes aussi négatives les unes que les autres: Perdre son travail, perdre son argent, perdre sa copine, perdre ses clés, perdre son portefeuille, perdre son chemin, perdre son temps, perdre un match, perdre la partie, perdre la raison, perdre la face, etc.  Dans la vie, il n’y a pas plus grande honte que d’être étiqueté comme étant un loser, un perdant. Voilà pourquoi c’est le qualificatif le plus populaire chez ceux qui dénigrent les autres: Dans une société basée sur la réussite, se faire traiter de perdant, c’est l’insulte suprême.  Alors qu’on le veuille ou non, même s’il est suivi des mots du poids, quand le premier mot de notre but est perdre, il ne faut pas être surpris que ce but soit rarement atteint.  Et quand on échoue à perdre, on est doublement loser.

Et si on focussait plutôt sur gagner? Et si au lieu de guetter notre perte de poids, on constatait plutôt que l’on gagne de bonnes habitudes alimentaires?  Que l’on gagne de bonnes habitudes de vie? Que l’on gagne un meilleur rythme cardiaque? Que l’on gagne des muscles? Que l’on gagne quelques mètres de plus à chaque fois que l’on court? Que l’on gagne de la vitesse?

Mieux encore: Au lieu de compter à rebours, pourquoi ne pas aller de l’avant? Par exemple, pour rester dans le sujet de la course, admettons que votre but est de courir non-stop sur une distance d’au moins 200 mètres.  La majorité vont focusser sur leur fin de course de cette manière: « Plus que cinq mètres… Quatre… Trois… Deux… Un… Zéro! »  Agir ainsi est une erreur, et ce pour trois raisons:

  1. Vous ne gagnez pas de la distance pour arriver vers votre objectif de deux-cent mètres.  Au contraire, vous partez de votre objectif de deux-cent mètres et vous en perdez. Vous partez donc sur une note négative.
  2. Peu importe la distance que vous arriverez à parcourir, que ce soit deux-cent mètres ou vingt kilomètres, compter de cette façon fait qu’au bout du compte, vous arrivez toujours à zéro. Mettre autant d’effort pour toujours être à zéro, ça diminue le sentiment d’accomplissement. Un sentiment que vous gagneriez si, au contraire, vous vous voyiez évoluer, de deux cent mètres à vos débuts à vingt kilomètres quelques mois plus tard.
  3. Zéro, ça vous force à arrêter, et ce même si vous avez l’énergie d’aller plus loin. Normal, vous n’allez quand même pas continuer en disant « Moins un, moins deux, moins trois… » Zéro est donc une limite que vous vous imposez.  Mais si vous comptez à partir de zéro, et que vous arrivez à deux-cent, alors rien ne vous empêche de dépasser vos limites en faisant deux-cent dix, deux cent vingt, deux-cent-cinquante mètres. Il faut reconnaître que ça améliore la performance, et surtout le résultat.


Bref, tout ça pour dire que la meilleure façon d’atteindre ses objectifs, c’est non seulement de savoir choisir l’action plutôt que le résultat de l’action, il faut également agir de façon positive.

Et ça, c’est aussi vrai pour l’amaigrissement que pour n’importe quel autre objectif de vie.