L’approche positive face à l’adversité, 2 de 2 : L’utilité sociale du fumier

Tel que j’en ai parlé dans le billet précédent, il fut une époque où je pétais un câble solide face à tout manque de respect envers ma personne. Sur internet du moins, car étrangement les gens sont beaucoup plus polis en personne.  Après sept ans, en réalisant que ça m’apportait plus de problèmes que de solutions, j’ai décidé de changer d’approche. Finie la réplique. Finie la vengeance. Désormais, j’allais affronter les médisances avec calme, intelligence, stratégie et patience. Mon but : En tirer avantage. Désormais, quand on allait me lancer de la merde, j’allais en faire du fumier. Parce que le fumier, ça nourrit, ça renforcit, ça fait grandir. Bon, à condition d’être végétal, mais vous comprenez le symbolisme.

Arrive donc ce gars qui a décidé, il y a quinze ans, de porter atteinte à ma réputation, et qui n’a jamais arrêté depuis. Croyant probablement que j’allais leur offrir un bon show de sautage de coche, plusieurs personnes m’ont rapporté de leur propre chef ce qu’il disait à mon sujet, tout le long de ses quinze années de salissage : Paroles, copier-coller de conversations privées, extraits de textes, captures d’écran de son Facebook… Que de la haine et du mépris. Malgré tout, je n’ai aucune malice à son égard. Voilà pourquoi je vais protéger son identité en l’appelant Moron Fumier.

Pour être franc, je n’ai jamais compris ce qui a poussé Moron Fumier à démarrer une campagne de salissage à mon sujet. Tout au plus, j’ai développé une théorie avec le temps. Et même si celle-ci peut sembler être à base de méchanceté gratuite, il reste que ce sont des faits : Moron est laid, maigre, pauvre, a habité plus de vingt ans une chambre sans salle de bain en guise d’appartement. Sans emploi régulier, il se contente de gagner tout juste de quoi survivre. Du côté des amours, on ne lui a connu qu’une seule relation, qui date du siècle dernier. Littéralement!  Il est vrai que rares sont les femmes qui envisageraient l’idée de construire un futur avec une personne qui fait zéro effort pour améliorer son sort, ses finances, sa santé, son apparence, ni faire quelque chose de sa vie. Pour toutes ces raisons et plusieurs autres dont l’énumération serait fastidieuse, Moron Fumier a une très basse estime de lui-même. Et quand on ne croit pas être capable de s’élever au-dessus des autres, on rabaisse les autres plus bas que soi. C’est ce que l’on appelle le réflexe compensatoire de survie morale.

Il se trouve qu’il y a quinze ans, je traversais moi-même une période sans issue dans laquelle j’étais très bas. Comme lui, je n’avais pas d’emploi régulier. Je gagnais tout juste de quoi survivre. Toutes mes tentatives de me trouver un emploi régulier se soldaient par un échec. Et pire que lui : À cause de la mère de mes enfants, si mes revenus dépassaient le seuil de la pauvreté, alors elle me tomberait dessus avec une pension, et je recevrais des factures mensuelles du Centre Jeunesse de Québec plus onéreuses que mon propre loyer. Impossible de survivre à ça, à moins de gagner deux fois et demi le salaire minimum. J’étais donc condamné à la médiocrité. Alors pour Moron, j’étais quelque chose dont il avait besoin pour se sentir mieux avec lui-même : Une personne encore plus loser que lui.

Lorsqu’il a commencé à dire de la merde à mon sujet dans notre milieu, j’ai su que l’opportunité était venue de voir si j’étais capable de transformer cette merde en fumier. Heureusement, de mes sept ans de fréquentations catastrophiques de forums (voir billet précédent), j’avais tiré quelques leçons. Et ce sont celles-ci qui m’ont permis de tirer stratégiquement avantage de la situation.

LEÇON 1 : Quand on t’attaque, tu es la victime et il est l’agresseur. Mais si tu répliques, alors vous êtes deux caves qui s’obstinent sur des niaiseries.
Telle est l’opinion publique. C’est triste mais c’est ça. Ma stratégie fut donc de ne jamais répliquer, ni à Moron Fumier, ni à qui que ce soit, ni sur le net ni en personne. Et si on m’en parlait, j’évitais le sujet. Ça a porté fruit. Au bout de deux ans, les gens se demandaient pourquoi il faisait une telle fixation sur moi. Après quatre ans, ils qualifiaient la chose de harcèlement. Après six, ils en sont venus à se demander s’il n’était pas un gai en déni car son comportement avait tout de l’amoureux éconduit. Aujourd’hui, après quinze ans, j’ose à peine imaginer ce qu’ils croient.
Avantage que j’en ai tiré : Aux yeux de tous, je reste blanc comme neige. Seul lui a l’air de souffrir d’obsession malsaine.

LEÇON 2 : Le Facebook de la personne haineuse est un excellent filtre pour assainir et améliorer ta vie sociale.
Tout le long de notre vie, on va rencontrer des gens qui vont devenir nos amis. Certains d’entre eux seront des médisants, toujours prêts à penser le pire de toi. Hélas, ça peut prendre des mois, voire des années, avant que tu constates ce trait de caractère dans cette personne. Et lorsque ça arrive, il est trop tard : Elle sait plein de chose sur toi, et peut te poignarder dans le dos et détruire ta vie. Mais lorsque Moron Fumier dit quelque chose contre moi, je peux voir tout de suite, sur les captures d’écran que l’on m’envoie, qui sont ceux qui le croient sur parole et embarquent dans ses délires. Je vois donc tout de suite qui sont les médisants du milieu.  Certains me sont inconnus, d’autres je connais de vue. Et il y en a même une coupl’ qui se comportent en ami avec moi lors des événements BD, bien que l’on ne se fréquente te pas en dehors du milieu des arts.
Avantage que j’en ai tiré : Je sais de qui me méfier et à qui je peux faire confiance. Par conséquent, j’ai une vie sociale sans traitrise ni drame depuis au moins douze ans.

LEÇON 3 : Aussi étrange que ça puisse paraître, la médisance extrême contre toi va t’attirer des gens bien.
En bien, en mal, en autant qu’on en parle, que dit le cliché. J’ai pu constater moi-même qu’en effet, il n’y a pas de mauvaises formes de publicité. En juin 2015, ça faisait sept ans que je ne travaillais plus dans le milieu de la BD. Pour une raison quelconque, Moron Fumier a décidé de repartir en campagne de salissage intensive à mon sujet. Tellement que ça a amené les gens à chercher des traces de mes écrits sur le net pour voir si je suis vraiment tel que décrit.  Certains d’entre eux m’ont ensuite écrit pour me dire avoir été, et je cite, « agréablement surpris par ce qu’ils ont vu » sur mes blogs. Il y en a même un, organisateur d’événements BD, qui m’a proposé un deal : Si je pouvais mettre le contenu d’un de mes blogs BD sous forme de publication, il m’offrirait gratuitement une table à un festival.  Ainsi naquit l’Héritage Comique. J’ai imprimé 100 copies qui furent aussitôt écoulées. Dans cet événement BD, j’ai rencontré l’éditeur du recueil érotique Crémage, qui m’a proposé de revenir à la BD pour sa publication. Ça m’a rapporté de très bonnes critiques et des encouragements pour revenir à la BD et faire un album.
Avantages que j’en ai tiré : En voulant s’assurer de me faire une mauvaise réputation auprès des intervenants de la BD, Moron m’a fait une bonne réputation auprès d’eux. En voulant s’assurer que ma carrière ne redémarre jamais, Moron a redémarré ma carrière. En voulant m’empêcher toute vie sociale, Moron m’a apporté une vie sociale avec des gens bien, où règnent le respect et l’harmonie.

LEÇON 4 : Le public voit le haineux sans adversaire comme un clown qu’il adore provoquer.
Il n’y a rien qui amuse plus les gens qu’un vieux moron qui aboie dans le vide.

Ça porte les gens à le provoquer. Et en effet, d’après ce qu’on m’a rapporté, plusieurs personnes s’amusent à le piquer en lui parlant de moi. On me cite, on écrit des commentaires à mon sujet sur ses statuts de Facebook, on va même lui envoyer mon compte en tant que suggestion de nouveau contact Facebook. Tout ça pour se moquer davantage de ses réactions.
Avantage que j’en ai tiré : Je n’ai même pas besoin de l’attaquer ni de m’en moquer pour son obsession envers moi. D’autres le font. Non pas pour moi. Non pas à cause de moi. Mais bien à cause de lui.

LEÇON 5 : C’est un cliché, mais bon : Le succès est la meilleure revanche.
Et c’est d’autant plus vrai quand la personne a besoin de s’accrocher à l’idée que tu puisses être plus loser que lui. Par exemple, pendant des années, il a tenté de me faire passer pour un misogyne condamné au célibat. Imaginez sa réaction lorsque je me suis mis en couple avec une militante féministe, de 20 ans ma cadette, ex-mannequin, et fortement convoitée par les hommes du milieu. Et elle n’a jamais hésité à me dépeindre à ces gens comme étant à l’extrême opposé de l’image que Moron colporte de moi. Il a ensuite avancé l’idée que j’étais un pathétique loser qui tentait de revivre la gloire née de ses BD passées. Il a très mal digéré d’apprendre qu’en fait, j’avais une nouvelle série, La Clique Vidéo, qui m’a fait remporter la bourse Jacques Hurtubise de la nouvelle création d’album lors du Festival de BD de Québec de 2017.
Avantage que j’en ai tiré : Il a perdu toute crédibilité dans ses délires à mon sujet. Avant, les gens le laissaient parler sans répliquer. Mais sa tentative de campagne de protestation contre mon prix a fait qu’ils ont commencé à lui demander de se justifier. Parce que si j’ai remporté ce prix, il fallait bien que je sois qualifié. Tout ce qu’il a trouvé à répondre, c’est que je n’aurais jamais reçu un tel prix si nous avions été en 1999-2000. Ainsi, il a démontré publiquement que s’il voulait trouver des arguments contre moi, c’était tout comme sa vie sexuelle: Il lui faut remonter au siècle dernier. Comme me l’a dit en riant celle qui m’a rapporté cette anecdote : « Pour un gars qui prétend cracher sur la nostalgie, il s’accroche pas mal au passé. »

Jusque-là, ces avantages et gains n’étaient que passifs. Car en effet, si je les ai eus, c’est parce que je ne faisais rien. Mais voilà, je suis un homme d’action. Et si j’ai pu avoir tout ça en ne faisant rien, qu’est-ce que ça va être le jour où je vais agir?

Je me suis donc questionné sur la manière de répondre à ses attaques de manière active plutôt que passive. De vraiment faire l’effort de transformer en fumier la merde qu’il lance dans ma direction. Le défi ici, c’est de réussir à faire ça tout en restant inactif contre lui, puisque je ne dois surtout pas m’abaisser à son niveau. La question est-donc : Comment pourrais-je faire ça?

La réponse à cette question, c’est Moron Fumier lui-même qui me l’a fournie.

Une amie que l’on a en commun sur Facebook a un jour posté une publicité à base de jeu de mots qu’elle trouvait douteux. Étant moi-même un roi du calembour, je n’ai pu m’empêcher de lui en écrire un en commentaire. Aussitôt, Moron a répondu. Non pas au post lui-même, mais directement à mon commentaire. Il a écrit : « Le jeu de mot est la plus basse forme d’humour! »

Après toutes ces années, il ne se contentait plus de parler contre moi aux autres. Cette fois, il s’adressait à moi directement. C’était une provocation publique. Et je connais trop bien la mentalité de masse sur le net pour voir que pour celle-là, pas moyen de m’en tirer : Ou bien je réponds, et je sors de la zone victime de harcèlement et je passe à celle du cave qui s’engueule pour des niaiseries. Ou bien je ne réponds pas, et je suis un lâche qui s’invite par le fait même à d’autres attaques humiliantes personnelles directes publiques. J’ai donc appliqué la seule solution pour éviter ce cirque : Effacer mon commentaire, faisant disparaître du même coup sa réplique. Le tout n’est pas resté sur le net plus que dix secondes, trop peu pour que quiconque l’ait vu. Alors s’il en parle, il n’aura aucune preuve, et ça va encore passer pour l’un de ses délires.

Ceci étant réglé, je me suis penché sur la phrase qu’il m’avait écrite. J’ai réfléchi sur la crédibilité de celle-ci. J’ai pensé à la carrière de François Pérusse qui date de 1990, et qui se base sur les jeux de mots. Ça fait donc presque trente ans que sa carrière ne dérougit pas : Série d’albums, émissions de télé, dessins animés, contrats publicitaires, carrière en Europe… Et bien avant lui il y avait Sol, personnage du regretté Marc Favreau, dont les dialogues n’étaient que ça, des jeux de mots. Et ça en a fait le plus noble de nos artistes. Alors quand Moron affirme que le jeu de mot est la plus basse forme d’humour, c’est n’importe quoi, comme d’habitude.

Constater ceci m’a fait prendre conscience d’une évidence qui aurait dû me sauter aux yeux depuis le début : Moron Fumier est le roi des mauvaises décisions de vie. Car pendant toute sa vie adulte, ses opinions, ses gestes, ses décisions, sont toujours allés à l’encontre de la logique, du bon sens et des faits. Juste sa campagne de salissage contre moi le prouve. Passer quinze ans à s’acharner à me dépeindre d’une manière qui est totalement l’inverse de tout ce que tout le monde peut voir de leurs propres yeux, et continuer quand même de penser que ça puisse être crédible. Vraiment, la logique de ce gars-là est une boussole qui pointe vers le sud.

Et ça, ça voudrait dire que pour avoir du succès et réussir sa vie, il faut faire le contraire de ce que pense Moron Fumier.

J’ai alors commencé à réfléchir sur les manières de tirer avantage des jeux de mots. Mais à part dans les bandes dessinées, je ne voyais pas. J’ai alors laissé faire les jeux de mots, et j’ai passé à une autre de ses paroles haineuses que l’on m’avait déjà rapporté : « Je crache sur la nostalgie. »

Si lui, il crache sur la nostalgie, alors ça signifie que le reste du monde embrasse la nostalgie.

Le reste du monde étant un gros morceau, j’ai commencé modestement par le coin de pays d’où je suis originaire; La Montérégie. Il se trouve que dans mes tiroirs et vieilles boites, j’ai des photos, des articles, des cartes postales, et plein d’autres vieilles choses en provenance de cet endroit. Puisque ma famille y a vécu pendant quatre génération, c’est un sujet que je connais très bien et ce n’est pas le matériel qui me manque. J’ai donc créé, sur Facebook une page nostalgique de la Montérégie d’autrefois. Ça a décollé de manière fulgurante et ça n’arrête pas. Au moment d’écrire ces lignes, nous sommes rendus à 2 550 abonnés, soit cinquante de plus que ce matin.

Parmi eux, je me suis fait contacter par plein de gens ravis des souvenirs que je leur rappelais. Du simple citoyen jusqu’à la Mairie.  De l’organisme à but non lucratif à la compagnie millionnaire.  De la famille de fondateurs d’industries à la famille de grands artistes de réputation internationale. Et vous voulez savoir ce que ça m’a rapporté, cette page, depuis le début de l’année?

  • Un contrat d’article dans un magazine régional.
  • Un contrat pour faire un calendrier régional
  • Un poste au sein d’une fondation au nom d’un grand artiste disparu.
  • Un projet de livre biographique à son sujet.
  • Un autre livre, celui-là en chantier, au sujet d’une grande industrie régionale.
  • Un contrat pour animer une conférence au sujet de la région d’autrefois.
  • Que des contacts, tous positif, dans les hautes sphères de la société de l’endroit.

Vous constaterez que je reste vague, ne nommant pas les sujets, et encore moins les municipalités impliquées. C’est en rapport aux clauses de confidentialité. Mais vous ne perdez rien pour attendre, je ne vais certainement pas manquer de m’en vanter ici lorsque ces projets seront accomplis. Et ce ne sont que les premiers. C’est bien parti pour se succéder à vitesse folle.

Et à cette liste, je peux même rajouter l’amour. Je vous avais glissé un mot à ce sujet il y a quelques billet de cela. Eh bien oui, j’ai trouvé l’amour, le vrai, avec celle qui partagera le reste de ma vie. C’est une femme de mon ancienne région, de ma génération, ancienne camarade de classe qui me regardait à l’époque sans trop oser se rapprocher, aujourd’hui musicienne de renom, fille d’un grand peintre internationalement reconnu. Nous avons tellement en commun, dans notre passé, dans nos goûts, notre mentalité, nos personnalités, que nous sommes indéniablement faits l’un pour l’autre. Et en combinant son salaire, le mien, et tout l’argent supplémentaire que me procurent ces contrats, nous avons l’œil sur une petite maison ancestrale avec stationnement, garage et terrain, où nous irons vivre ensemble l’an prochain. Après trente ans d’exil, je reviens enfin chez moi. Je suis parti de là en tant que fils du BS du village, méprisé de tous. J’y reviens en tant que l’historien du citoyen, apprécié de tout le monde.

À 51 ans, cette vie que je n’avais que jusque-là rêvée est enfin devenue réalité. Et tout ça parce que j’ai choisi de faire face à l’adversité de manière constructive plutôt que destructive.

Lorsque l’on te lance de la merde, tu as deux choix. Tu peux répliquer de la même façon, et vous finissez aux yeux de tous comme deux porcs qui se chient dessus non-stop. Ou bien, comme je le répète souvent, tu peux prendre cette merde et en faire du fumier. C’est ce que j’ai fait. Et grâce à cet engrais, jamais ma vie n’a été aussi florissante.

À tous ceux qui attendent depuis quinze ans que je prenne ma revanche sur Moron Fumier; Vous perdez votre temps. Toute ma vie jusqu’en 2003, j’étais partisan de la vengeance. Ça ne m’a jamais rapporté autre chose qu’une petite satisfaction à court terme, et des ennuis à long terme. Voilà une décennie et demie que je ne me venge plus, mais ça ne fait pas de moi une victime volontaire et passive pour autant. Avec du calme, de l’intelligence, de la stratégie et de la patience, il y a toujours moyen de tirer avantage du négatif que la vie et les gens nous apportent. C’est ce que j’ai fait.

Et voilà pourquoi jamais je ne ferai quoi que ce soit contre Moron. C’est peut-être un fumier. Mais c’est MON fumier!

L’approche positive face à l’adversité, 1 de 2 : Comment j’ai appris la tolérance

Il y a un harceleur qui a passé quelques temps à porter atteinte à ma réputation sur le net. Tout le long, sans que je ne le demande, les gens m’ont rapporté ce qu’il disait à mon sujet : Paroles, copier-coller de conversations privées, extraits de textes, captures d’écran de son Facebook…

Je suppose que les gens s’attendaient à une réaction de ma part. Je peux comprendre. Jusqu’au début des années 2000, j’avais la réputation –justifiée– de péter un câble à la moindre contrariété. En fait, j’avais un très bas niveau de tolérance pour trois choses en particulier : Le mépris, la bullshit, et ceux qui chialent d’un problème au lieu d’y appliquer la solution.

Face à l’adversité, mon truc à moi, c’était les long textes dénonciateurs sur le net, accompagnés de captures d’écran pour prouver mon point. Un peu comme ce blog, mais en textes beaucoup plus longs, beaucoup plus hargneux, et sans leçon de vie positive à en tirer. J’étais en guerre, ni plus ni moins.

Mais si mes interminables dithyrambes exposaient clairement les faits, ainsi que mes adversaires en tant que les méprisants hypocrites qu’ils étaient, ça m’exposait en même temps comme étant le pire traineur-dans-la-boue qui soit.

Pour ma défense, et surtout pour montrer aux gens qu’au contraire je vaux bien mieux que mes adversaires, j’ai eu à expliquer de nombreuses fois la différence entre eux et moi. Ça tenait en trois points :

  1. Je traite toujours tout le monde avec respect. Ce sont eux qui rabaissent et insultent les autres. Je n’invente rien, vous pouvez le voir vous-mêmes.
  2. Je n’attaque jamais. Je ne fais que me défendre des attaques gratuites et impertinentes dont je suis la victime. Là encore, je n’invente rien, vous pouvez le voir vous-mêmes.
  3. Pour avoir quelque chose à dire contre moi, ces gens ont besoin de recourir aux mensonges, déformations, exagérations et interprétation fantaisistes des faits. Tandis que moi, j’utilise toujours la vérité, chose indéniable car j’ai toujours preuves à l’appui. Vous pouvez donc voir, par ces images, que là non plus, je n’invente rien.

Malheureusement, si ce dernier point prouvait indiscutablement que j’avais raison, ça causait plus de problèmes que ça n’en réglait.

Entre gens, disons, « normaux », les accrochages se déroulent de cette façon : Sous le coup de la frustration, chacun dit n’importe quoi contre l’autre. Et puisqu’il s’agit de n’importe quoi, chaque personne atteinte peut balayer la chose comme de simples mensonges ridicules. Éventuellement, ils finissent par se calmer, s’excuser, disent qu’ils ne pensaient pas vraiment ce qu’ils ont dit, que c’était juste sous le coup de la colère, et ils se réconcilient.

Mais avec mon implacable méthode défensive, ça ne peut pas se passer ainsi. En dénonçant les vrais défauts de l’autre, il ne peut pas prétendre qu’il s’agit de fantaisies. Et puisque j’en ai exposé des preuves tangibles, je ne peux pas me réfugier derrière l’excuse hypocrite, mais socialement acceptée, du « Je ne le pensais pas vraiment! » Par conséquent, toute réconciliation est impossible.  Mon adversaire devient donc un ennemi acharné, capable de m’en vouloir encore deux décennies plus tard.

La raison pour laquelle je réagissais ainsi, et toujours de manière publique, c’est à cause de quelque chose que je répète depuis toujours : Le plus grand complice de ton agresseur, c’est ton propre silence. Être victime, ça t’es imposé. Rester victime, c’est ton choix! Je ne me contentais pas de le penser, de le dire ou de l’écrire : Je le mettais en pratique.

Pourquoi une telle intolérance envers le manque de respect? En personne, quand on est maigre et faible, on ne peut rien faire face à un intimidateur puisque celui-ci sera forcément costaud. Je le sais, j’en ai été victime les 24 premières années de ma vie. Sur le net, par contre, la force physique, ça n’a aucun pouvoir. Ce qui compte, c’est la capacité de débattre, le don de trouver les arguments parfaits, et l’intelligence stratégique. Et ça, après toute une vie de frustrations née de mon impuissance face aux intimidateurs physiques, j’en avais. Alors quand j’avais la chance d’en trouver un, et qu’il me donnait une excuse en venant me chercher, alors là, pas de pitié. Tu veux jouer à ça? Ok, allons-y! Sauf que moi, je ne joue pas! Avec moi, c’est le canon pour tuer la mouche. La solution finale! Je lui faisais vivre l’enfer qu’il faisait vivre à ses victimes, au centuple, histoire de lui enlever pour de bon l’envie de recommencer.

Soyons francs : Quoi de plus jouissif que de voir un agresseur mordre la poussière. Logiquement, je m’attendais à ce que les gens me donnent raison, m’admirent, m’applaudissent. Or, bien que je n’étais qu’une victime qui se défendait contre son agresseur, je l’humiliais publiquement de manière impitoyable, avec une cruauté sans bornes. Par conséquent, j’inversais les rôles agresseur-victime / méprisant-méprisé. Je ne pouvais donc susciter aucune sympathie. En fait, les gens en venaient à prendre pitié de lui. Et, chose aberrante, prendre le parti du criminel contre le justicier.

Oui, je me prenais vraiment au sérieux à ce point-là à l’époque.

De mes débuts sur le net en 1997 jusqu’en 2003, j’ai été membre de plusieurs forums. Les 2-3-4-5 premiers mois, j’étais un intervenant apprécié pour mon humour et pour l’intelligence de mes textes. Puis, une personne me faisait un commentaire déplaisant, tout recommençait, et je finissais par devenir la personne la plus détestée du forum. C’est que, en plus de contre-attaquer les trolls, je contre-attaquais également leurs supporters, ainsi que les modérateurs qui les laissaient faire, en leur demandant pourquoi ils se rendent complices des agresseurs en appuyant, encourageant ou acceptant leur comportement, chose qui va à l’encontre du principe de la modération. Ainsi, je me mettais tout le monde à dos : Les agresseurs, leurs victimes, les membres non-impliqués mais pour qui je pourrissais l’atmosphère du forum, et les modérateurs. Trois forums m’ont banni, deux ont cessé d’exister à cause de ma présence, et j’ai quitté les autres, dégoûté de cette société de victimes volontaires qui préfèrent chialer contre un problème plutôt que de le régler.

Après sept ans, douze forums, et à chaque fois le même scénario, j’ai dû me rendre à l’évidence : Personne n’apprécie l’intransigeance. Je dois donc changer ma manière d’affronter le problème. Je ne savais pas comment. Mais une chose était sure, et c’est que je devais faire preuve de tolérance. C’est quand même avec amertume que je me suis dit à ce moment-là :

« Alors c’est comme ça que ça fonctionne? Pour être apprécié, je suis supposé tolérer la merde qu’on me lance dessus? Pfff… Si au moins j’étais fermier, je pourrais en faire du fumier. Mais là… »

Ce n’était qu’une remarque absurde née de mon esprit entrainé à faire des calembours. Sauf que, ça a allumé une lumière en moi. Je me suis alors dit :

« Et pourquoi est-ce que je n’en ferais pas, du fumier? Après tout, le fumier, ça nourrit, ça donne des forces, ça fait grandir. Bon, à condition d’être végétal, mais ce n’est pas non plus comme si on parlait de merde au sens propre. Je peux certainement trouver moyen d’en tirer avantage. »

J’ai donc décidé que désormais, face à aux insultes et au salissage, j’allais avoir l’attitude inverse de celle que j’avais eue jusque-là. J’allais me montrer raisonnable, tolérant, patient. Mais surtout réfléchi. Car tirer avantage de la médisance à mon sujet, je sentais que ça allait être tout un défi. Malgré tout, je sentais que j’allais prendre grand plaisir à le relever.

Et ça tombera bien car bientôt arrivera le harceleur dont il est question au début de ce billet.

À SUIVRE

L’âge n’est pas la fin de tout!

Comme il m’arrive trop souvent de faire, mon billet précédent partait dans plusieurs directions, pour finir avec une conclusion qui, bien qu’ayant rapport, touchait quand même un autre sujet.

Le sujet qui a le plus touché les gens, en particulier les hommes de ma génération, c’est celui qui aborde le fait que la cinquantaine est perçue comme étant la date limite pour amour, carrière et santé.

C’est ce que l’on appelle le seuil psychologique.  C’est un concept qui est surtout utilisé dans le commerce, afin d’éviter de charger un prix qui puisse faire peur au consommateur.  C’est la raison pour laquelle on ne verra jamais affichés des prix tels $10.00, $100.00 ou $1 000.00, mais bien  $9.99, $99.99 ou $999.99.  Comme si un sou allait faire une différence, surtout après les taxes.  N’empêche que ça marche car $999.99, c’est perçu inconsciemment comme étant dans les 900 et non dans les 1000.  Ça donne la perception erronée de sauver 100$.  De la même manière, en passant de la quarantaine à la cinquantaine, on n’a pas l’impression de gagner un an mais bien une décennie.  Voilà pourquoi on peut encore être ok avec l’idée d’avoir 49 ans, mais horrifiés avec celle d’en avoir 50.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que seuil psychologique, ce n’est rien d’autre que ça : Une perception.  Ce n’est pas un seul sou qui va faire une différence notable sur le prix d’achat.  Tout comme une seule seconde ne pourra radicalement changer votre vie lorsque vous passerez de 49 ans, 11 mois, 3 semaines, 6 jours, 23 heures, 59 minutes et 59 secondes, à 50 ans.

Sérieux, regardez-moi.  Désolé de vous radoter encore là-dessus, mais à 49 ans j’ai passé de concierge à support technique dans une firme.  À 50 ans, j’ai pris des cours et j’ai maintenant ma carte de secouriste.  Également, à 50 ans, je me suis remis en forme, perdant 23 lbs et prenant du muscle comme jamais dans ma vie.  Et je ne vous l’avais pas dit encore mais j’ai trouvé l’amour au printemps.  Une femme de ma génération, de ma région d’origine, une artiste.  Jamais je n’ai eu autant en commun avec la moindre de mes ex.  On s’entend sur tout, on se bouleverse mutuellement de sentiments amoureux qui nous surprennent nous-mêmes, et le sexe est fantastique.  Compatibilité totale.

Et vous savez pourquoi je sais que c’est elle, la bonne, celle avec qui je vais finir mes jours?  Parce qu’elle est arrivée dans ma vie au moment où je ne ressentais plus le moindre intérêt à avoir de romance ou du sexe, chose dont je me suis rendu compte il y a un an.  Par conséquent, la seule personne qui pouvait rallumer mon cœur et ma libido, c’était celle qui était vraiment faite pour moi.  Ce ne sont pas des paroles en l’air.  Relisez mes billets depuis août 2018, je ne cesse de donner des exemples de fois où j’ai décliné des avances de femmes de tous âges, sur le net comme en face, au lieu de sauter sur l’occasion.

Dans de telles conditions, trouver le vrai amour, ça ne pouvait m’arriver qu’à partir de 50 ans, au moment où ma testostérone à la baisse a cessé de me faire choisir n’importe qui.  Et  un autre avantage à sortir avec une femme de mon âge :  Nous sommes rendus au même point dans la vie.  On sait ce qu’on veut, et on sait ce qu’on ne veut pas.  On peut voir tout de suite si nous sommes faits l’un pour l’autre, et on n’a plus le temps et encore moins l’envie de se faire chier avec des compromis si ce n’est pas le cas.  Comme quoi prendre de l’âge n’apporte pas seulement que du négatif.

La cinquantaine ne marque pas la fin des choses, mais bien la fin de la manière dont on a connu ces choses jusqu’à maintenant. C’est comme pour l’évolution physique.  Oui, dans la vingtaine et la trentaine notre physique et notre santé restent stables, tandis que dans la quarantaine et la cinquantaine elles commencent à décliner.  Mais à 50 ans comme à 20, quand on mange bien, quand on s’exerce au cardio, quand on s’exerce la musculature, les résultats sont les mêmes : On perds de la graisse, on perds du poids, on gagne de l’endurance, on gagne de la force, on gagne du muscle, on devient esthétiquement agréables pour l’œil.  La seule différence, c’est que ça prend un peu plus d’efforts au début, et qu’il faut être plus vigilants par la suite parce que si on se néglige, on va le reperdre plus vite que si on se négligeait dans la vingtaine.  Mais à part ça, il n’y a aucune raison pour voir la cinquantaine comme étant le début de la fin de tout.

En milieu de vie, il y a des choses comme la découverte du vrai amour qui deviennent plus faciles. Il y a des choses comme la remise en forme et en santé qui deviennent plus difficiles.  Il y a des choses comme l’évolution de la carrière qui demandent certaines opportunités du hasard et la vivacité d’esprit de les saisir au vol.  Et il y a des choses comme l’éducation qui demande toujours le même effort, peu importe l’âge.  Mais dans aucun des quatre cas, les choses ne deviennent impossibles.  Elle deviennent différentes, mais elle restent à notre portée.

En prenant de l’âge, si certaines portes se ferment, d’autres portes s’ouvrent. Et si certaines portes ne s’ouvriront que si on en crochète la serrure ou si on les défonce, c’est ça qui fera la différence entre ceux qui se laissent décliner, et ceux qui sauront mettre l’effort requis pour vieillir avec grâce.

Il n’y a pas de vérité universelle

La semaine dernière, j’ai eu 51 ans.  Et à trois reprises, on m’a posé une variante de la question suivante : Comment est-ce que tu sens face à ça?

Eh bien, maintenant que vous me posez cette question, je me sens comme si j’étais supposé me sentir mal de prendre de l’âge. 

Ce n’est pas le cas.  Bien au contraire.  Cependant, je ne devrais pas être surpris que les gens s’y attendent.   D’après ce que je peux voir sur les comptes Facebook des hommes de ma génération, devenir quinquagénaire vient en effet avec une terrible dose de remise en question chez la majorité d’entre eux.  On m’a même rapporté un cas à qui ça a donné des idées suicidaires, et l’a amené en thérapie.  (Ironiquement, il s’agit d’un gars qui a passé plusieurs années à essayer de me faire une réputation de déséquilibré mental.)

En général, à ce point-ci de notre vie, cette remise en question se produit sur trois niveaux : 

  • Au niveau amour, couple et famille.  Certains sont satisfaits car ils ont femme et enfants.  D’autres déplorent de ne jamais avoir eu l’un et/ou l’autre.  Et il y a ceux qui les ont eus, mais perdus dans le divorce.
  • Au niveau carrières et finances.  Certains sont satisfaits car leur carrière et les revenus qui viennent avec sont au sommet.  D’autres déplorent de ne jamais avoir eu l’un et/ou l’autre.  Et il y a ceux qui les ont eus, mais perdus dans le divorce.
  • Au niveau physique. De ce côté-là, par contre, je n’en ai pas vu un seul qui se dit satisfait.  Ou bien ils évitent le sujet, ou bien ils déplorent ce que les années ont fait de leurs corps. 

Pourquoi ne sont-ils pas portés à faire des efforts pour améliorer les niveaux dans lesquels ils ont des lacunes, plutôt que de de perdre leurs temps à en déprimer?  La raison, c’est que consciemment ou non, nous voyons la cinquantaine comme étant le point de non-retour.  Car en effet…

  • Au niveau amour, couple et famille: Si tu n’as pas encore trouvé l’amour ni fondé une famille, bonne chance pour te trouver autre chose qu’une mère monoparentale ou un père séparé qui verse le trois quart de ses revenus à son ex et ses enfants.  Quant à avoir toi-même des enfants, te vois-tu changer des couches dans ta cinquantaine, t’occuper d’un ado dans ta soixantaine, le voir enfin quitter la maison au début de ta soixante-dizaine? 
  • Au niveau carrière et tes finances:  Te vois-tu retourner aux études jusqu’à tes 55-60 ans?  Pour ne travailler que cinq à dix ans, soit tout juste le temps requis pour rembourser ton prêt étudiant, avant d’arriver à l’âge de la retraite?  Encore faudrait-il réussir à trouver un employeur qui sera prêt à embaucher un fraîchement diplômé sans expérience de cet âge-là. 
  • Au niveau physique: Comment espérer te remettre en forme quand le moindre effort t’épuise?  À quoi bon perdre du poids si c’est pour prendre un énorme coup de vieux lorsque la peau étirée qui a perdu son élasticité d’antan te transformera en masse de rides flasques?  Et n’oublions pas les cheveux, maintenant gris et/ou partiellement disparus. 

Et c’est en considérant tout cela que ces hommes regrettent leur jeunesse.  Non seulement parce qu’ils y étaient à leur meilleur, mais surtout parce qu’ils réalisent qu’ils auraient dû en profiter pour prendre les bonnes décisions pendant qu’il était encore temps.  Comme l’a si bien dit Henri II Estienne (1528-1598) : Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait.  

Là-dessus, j’ai eu de la chance.  J’ai eu de très mauvais départs dans la vie.  Et les choses ne se sont pas améliorées par la suite, autant à cause de mon entourage qui me sabotait, que par mes propres mauvaises décisions.  

En quoi est-ce que je considère que ce fut une chance?  Simple: Regardez ceux qui l’ont eu facile dans la vie: Beaux car génétiquement parfaits, aisés car provenant de bonnes familles, respectés socialement à cause des deux raisons précédentes…  Ces gens-là n’ont jamais eu à apprendre à faire des efforts, puisqu’ils n’ont jamais eu à se tirer des bas-fonds.  Alors forcément, ce n’est pas à cinquante ans qu’ils vont être portés à commencer à les faire, ces efforts.  Mais dans mon cas personnel, ayant passé la première moitié de ma vie à être inférieur social, physique et monétaire, j’ai passé la seconde moitié de ma vie à faire ce que j’avais à faire pour m’améliorer.  Et voilà pourquoi, à 51 ans, je suis à mon top à tous ces niveaux.  Si vous me lisez régulièrement, je ne vous apprends rien puisque je n’arrête pas de m’en vanter depuis les quatorze derniers mois.  

Une chose que je constate cependant, et c’est un sujet que je n’ai pas encore abordé, c’est que ma mentalité aussi a changé de manière radicale au cours de ces vingt-cinq dernières années. Et là où ma mentalité a le plus évolué, c’est au niveau de ma perception de l’amour et du couple.  Comparons:

Aujourd’hui, au sujet de l’amour et du couple, ma mentalité est : Il est vrai de dire qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné.  Et être mal accompagné, ça ne se limite pas qu’à être dans une relation toxique.  Je me suis rendu compte avec les années que l’on peut avoir une relation harmonieuse et respectueuse, et être tout de même avec une personne qui ne nous convient pas.  Si l’on n’a rien en commun, tout ce que l’on fait, dans le fond, c’est être dans un arrangement.  On se tient compagnie, on baise ensemble, on habite ensemble, on va même fonder une famille ensemble.  Mais à part ça, chacun vit de son côté.  Chacun a ses goûts, ses passe-temps, ses activités, son univers propre, dans lequel l’autre est exclus.  Et dans la partie commune de leur vie à deux, chacun se sacrifie un peu, faisant des efforts pour accepter et endurer l’autre dans ses différences.  C’est ce que l’on appelle faire des compromis.  Et c’est vu socialement comme faire preuve de maturité.

Le problème avec ce genre de relation, c’est qu’éventuellement, l’un ou l’autre finit par rencontrer la personne qui lui convient vraiment.  Et avec cette personne, non seulement on retrouve la même harmonie et le même respect que dans le couple, on a en plus des goûts en commun, des passions communes, et, par conséquent, énormément de plaisir à passer du temps ensemble.  Chose que l’on n’a pas dans notre couple.  Et si en plus il y a attirance mutuelle, alors voilà, on a trouvé notre âme sœur, la vraie.  Celle que l’on ne croyait jamais pouvoir trouver un jour, puisque l’on ne croyait pas vraiment que ça puisse exister.

Et c’est là que l’on se retrouve avec un choix difficile : Détruire la belle vie sans histoires que l’on a mis toutes ces années à co-construire, en laissant tomber notre conjoint(e) qui n’a rien fait pour mériter ça.  Sans oublier à quel point ça va perturber la stabilité des enfants, s’il y en a.  Ou alors, l’autre choix, c’est de renoncer pour toujours à l’amour véritable, et se résigner à une vie de couple et de famille sans passion.  Chose que l’on appelle, « prendre ses responsabilités. »

Il y a aussi un 3e choix, qui est de ne renoncer à rien en disant oui aux deux, en ayant une relation illicite.  Hélas, non seulement n’y trouve-t-on jamais satisfaction, ça finira par se savoir, et ça fera de nous, aux yeux de tous, la pauvre merde au comportement irresponsable et inacceptable qui aura tout détruit.

Et voilà pourquoi il vaut mieux attendre de trouver l’amour véritable, le vrai.  Parce que sinon, dans le pire des cas, on se retrouve dans une relation toxique.  Ou dans le meilleurs des cas, dans une relation « mieux que rien en attendant. »   

Mais il y a 25 ans, ma mentalité au sujet de l’amour et du couple était :  Facile à dire, ça, « mieux vaut être seul que mal accompagné. »  Quand ton choix se résume entre avoir des relations toxiques ou bien à ne pas avoir de relations du tout, tu fais quoi?  Tu dois accepter de passer ta vie seul?  Il faut se rentrer dans la tête que dans les faits, la relation parfaite, ça n’existe pas.  C’est une utopie.  Nous sommes tous différents, on ne pourra jamais nous entendre à 100% avec quelqu’un.  Ou bien tu fais des sacrifices, ou bien tu passes ta vie à attendre après un amour parfait qui n’existe nulle part sauf à la télé ou au cinéma.  De toute façon, d’après ce que j’ai pu voir à date, la majorité du temps, le couple, c’est un arrangement : La fille te laisse le passage entre ses cuisses, et en retour tu lui laisses le droit d’abuser de toi moralement et/ou financièrement.  Dans le pire des cas, tu as le choix entre être l’abusé ou l’abuseur.  Dans le meilleur des cas, tu en trouves une avec qui former un couple dans lequel personne n’abuse de l’autre.  Il n’y a plus qu’à espérer que côté sexe, au moins, vous allez vous entendre.  Sinon, il y a toujours la porno su’l’net.  Plus vite tu te feras à l’idée, mieux tu vas te porter.

Il faut préciser qu’à 25 ans, j’étais maigre, faible, laid, pauvre, et je n’avais pas mon diplôme d’études secondaires.  Je n’arrivais qu’à décrocher du travail physique sans issue avec salaire minable, c’est à dire laveur de vaisselle ou pâtissier au Dunkin Donuts.  Par conséquent, je ne pouvais habiter que des quartiers défavorisés, près de mon emploi.  Et forcément, je ne pouvais que côtoyer les gens que l’on y retrouvait.  Des gens sans avenir, peu portés à faire les efforts requis pour se tirer de la misère.  Des gens qui ont les problèmes de personnalité et de comportement qui sont la cause directe de leur manque d’éducation et/ou d’emploi, ce qui cause leur pauvreté. 

Lorsque l’on est dans ce milieu, il est difficile de côtoyer des gens bien, logiques, sérieux, prospères ou avec un avenir qui le sera.  Et quand on a la chance d’en rencontrer, il est encore plus difficile de leur plaire, car avec notre situation, on nous voit comme étant des parasites sans avenir.  Dans de telles conditions, à moins d’avoir  la chance d’être exceptionnellement beaux, impossible de la rencontrer, notre âme sœur. Et même si on la rencontre, elle peut trouver bien mieux que nous, et elle le sait. 

Quand tous les aspects de notre vie personnelle et professionnelle sont minables, le célibat est la dernière brique qui cimente notre statut de loser.  Et puisqu’on ne veut surtout pas être loser à tous les niveaux, on n’a pas le choix :  On se met en couple entre minables.  Deux frustrés de la vie, qui prennent mal le fait d’être incapable de se trouver mieux, mais qui doivent s’y résigner car c’est ça ou rien.  Rien d’étonnant alors que l’on ne croit pas au vrai amour, et que l’on ne voit le couple que comme un échange de services dans lequel on essaye tant bien que mal d’éviter les abus.

Tel que déjà cité dans de nombreux billets passés, j’ai su mettre les efforts et la persévérance pour m’améliorer à tous les points de vue.  Je suis retourné aux études, j’ai eu mes diplômes, je me suis éduqué au niveau moral, psychologique et social.  J’ai appris la base de plusieurs métiers, autant physiques que de bureau.  Quant à mon art, à toujours améliorer mes textes et mes dessins, j’ai remporté de nombreux prix.  Et bien que je n’arrive jamais à tout à fait stabiliser mon poids, il reste que la bonne alimentation combinée aux exercices musculaires et cardios ont fait que je me suis amélioré physiquement avec l’âge, au lieu de décrépir. 

En étant maintenant capable de réussir ma vie personnelle et professionnelle à tous les niveaux, ça a changé ma personnalité de deux façons.  La première, c’est que mon humeur générale s’est fortement améliorée.  Je suis beaucoup moins frustré de la vie, donc  beaucoup plus zen, patient et compréhensif qu’avant.  Et puisque je peux trouver ma valeur dans bien d’autres choses que dans ma capacité de séduire, le couple a cessé d’être pour moi un but compensatoire, et a donc perdu à mes yeux l’importance démesurée qu’il n’aurait jamais dû avoir. 

Et où est-ce que je veux en venir, avec cette nouvelle manifestation de ma vantardise?  Au fait que j’ai constaté une chose qui, à première vue, peut sembler paradoxale:  Ma mentalité de 25 ans a beau être totalement opposée à celle de 50 ans, il reste que dans les deux cas, elles sont totalement logiques et valides.  Et ça, c’est parce que chaque mentalité correspond aux différents styles de vie que j’ai eu.  Ma mentalité de l’époque ne convient pas à ma vie actuelle, tout comme ma mentalité actuelle n’aurait pas convenu à ma vie de l’époque.

Et c’est un fait que nous avons tendance à oublier, nous, les gens portés à donner des conseils: Il n’y a pas de conseils ou de vérité qui soit universelle, car tout dépend de la situation de la personne à qui on s’adresse.

Comment naît la confiance en soi

Montréal, automne 1995.  J’ai 27 ans et je suis de retour au études, au cégep, après dix ans de vie adulte.  J’ai passé la dernière moitié de cette décennie à être coincé dans une relation abusive avec la mère de mes enfants, dans laquelle je fus toujours rabaissé dans toutes les facettes de ce que je suis.

J’ai joint le journal étudiant, sans trop y croire au début, en tant qu’illustrateur et chroniqueur humoristique.  Et là, après deux mois de collaboration, à ma grande surprise, l’équipe m’offre le poste de rédacteur en chef.

Cette situation, me voir comme le patron, le dirigeant, le chef, c’est quelque chose que j’ai toujours rêvé.  Mais entre le rêve et la réalité, il y a une marge.  Notamment, le fait que jamais ce genre de truc ne m’était déjà arrivé dans la vraie vie.   Aussi, être rêveur ne m’a jamais empêché d’être réaliste.  Je leur ai donc posé la question suivante :

« Pourquoi moi? »

Ils m’ont alors dit les choses qu’ils voyaient en moi : Maturité.  Assiduité.  Sérieux.  Logique.  Et la capacité d’écrire des textes intéressants et intelligents, d’une manière assez simple pour être compréhensifs.

Et ce sont toutes des qualités que je ne me voyais pas moi-même posséder.

Flatté et ravi, j’ai accepté leur offre.  Mais un quart d’heure plus tard, je leur demandais de nouveau s’ils étaient sûrs de me vouloir comme rédacteur en chef.  Là encore, j’ai eu droit à un témoignage de mes mérites. 

Trente minutes plus tard, alors que je m’apprêtais à prendre place au bureau du rédacteur en chef, j’ai ressenti de nouveau l’impulsion de leur demander s’ils étaient vraiment sûrs et certains qu’ils voulaient bien de moi à la tête du journal.

Et c’est là que, plutôt que de leur balancer la même question une troisième fois, j’ai posé l’un des gestes les plus intelligents de ma vie :  Au lieu de les questionner eux, je me suis questionné MOI!   Non pas en me demandant pourquoi est-ce qu`ils veulent de moi.  Mais plutôt en me demandant pourquoi est-ce que j’ai tant de difficulté à y croire.  

Et c’est là que je me suis dit :  « Tous ces gens voient en moi des capacités et du mérite.  Pourquoi est-ce que je n’arriverais pas à reconnaître moi-même que je les ai, ces capacités et ce mérite?  Ils ont confiance en moi.  Pourquoi est-ce que je ne n’aurais pas moi-même confiance en moi? »

Et puis, soyons sérieux: Qu’est-ce qui risque d’arriver si je continue de leur poser cette question?  Je vais juste leur donner l’impression que je crois qu’ils ont fait erreur de me choisir.  Je vais leur mettre en tête des doutes à mon sujet.  Pour une fois que j’ai dans mon entourage des gens qui croient en moi et en mes capacités, pourquoi est-ce que j’irais agir de manière à saboter ça?

J’ai alors compris que, après avoir passé ma vie à survivre dans le mépris des autres, je n’avais jamais appris à vivre avec leur respect.  Dans de telles conditions, je peux comprendre pourquoi j’ai été aussi désemparé de ces témoignages positifs à mon égard.

Ayant réalisé ceci, j’ai décidé de ne plus les questionner, d’accepter les faits, et de me montrer digne de leur confiance.  Si à leurs yeux j’ai ce qu’il faut pour être un leader, alors je serai ce leader.  Puisque le journal m’a porté au pouvoir, alors j’allais faire tout en mon pouvoir pour offrir au cégep et à ses étudiants le meilleur journal que l’on puisse produire. 

Un mois plus tard, en voyant qu’un prof de philosophie du cégep utilisait l’un de mes articles comme sujet de devoir, alors là, plus de doute possible.  J’avais du talent, et j’avais du mérite.  Il fallait juste que je prenne mes distance avec les gens qui, tout le long de ma vie, m’ont toujours fait croire que je n’en avais aucun.  Et j’ai commencé en quittant la mère de mes enfants, mettant fin à cette relation abusive qui n’avait que trop duré.

Évidemment, après toute une vie à se faire conditionner à croire que l’on n’est pas assez bien, on ne peut pas se débarrasser de ces complexes du jour au lendemain.  Et croire que l’on a ce qu’il faut pour diriger un journal, c’est autre chose que de croire que l’on a ce qu’il faut pour plaire à une personne bien.  Je m’en suis douloureusement rendu compte l’année suivante.

Automne 1996.  J’ai 28 ans.  J’en suis à ma seconde et dernière année de Cégep.  Libéré de l’emprise de mon ex, j’habite maintenant aux résidences étudiantes, dont la construction fut achevée l’été dernier.  Ma meilleure amie, c’est Océane, une camarade de classe du cours d’Espagnol.  Une intelligente et jolie jeune femme de 19 ans avec qui j’ai énormément de goûts en commun et de passions artistiques partagées.

Un soir, chez moi, après un mois et demi de grande amitié, Océane m’a démontré qu’elle me désirait.  Je n’arrivais pas à y croire.  Elle était de neuf ans ma cadette.  Elle était déjà dans une relation.   Une relation abusive dont elle voulait se tirer, certes, mais dans une relation quand même.  Nous étions amis depuis les deux derniers mois, ce qui fait que pour moi, sans m’être jamais posé la question, il était clair que j’étais friendzoné.  Et elle m’avait dit devoir partir à 21:00, et il était déjà 21:30.  Et elle avait bu.  Dans ma tête, tout ça me démontrait qu’elle ne pouvait pas vraiment me vouloir.

Hélas, cette fois-là, je n’ai pas pensé à agir comme je l’avais fait un an plus tôt au journal.  Je ne me suis pas questionné moi.  Je l’ai questionné ELLE.  Face à mes questions trop claires et trop directes, questions qui sous-entendaient des faits et gestes immoraux de sa part, elle n’a pas su quoi me répondre.  Au final, elle s’est juste sentie idiote, ivrogne, salope, repoussée et humiliée.  Non seulement j’avais ruiné ma chance de vivre ce qui avait le potentiel d’être l’une des plus géniales et passionnées relations de ma vie, je venais également de gâcher pour toujours notre si parfaite amitié.

Et tout ça parce que, à cause de mes complexes d’infériorité, j’ai décidé à sa place qu’elle ne pouvait pas vouloir de moi.

La vie m’avait tellement conditionné à croire que j’étais un loser que je ne me posais même pas la question.  Pour moi, je l’étais.  C’était une fatalité que j’avais accepté depuis longtemps.  La vie n’avait plus besoin de m’envoyer des obstacles pour me saboter.  J’étais parfaitement capable de me saboter moi-même.  C’est ce que j’avais failli faire avec le journal l’année d’avant, et c’est ce que je venais de faire avec Océane.

Voyez-vous, plus tôt dans ce billet, lorsque je disais qu’être rêveur ne m’a jamais empêché d’être réaliste, en fait, réaliste n’est pas le bon mot.  Oui, je me croyais réaliste à ce moment-là.  Mais dans les faits, ce que j’étais vraiment, c’était défaitiste.  J’étais tellement habitué à subir des échecs et des revers, d’être un perdant, que j’ai fini par accepter ma condition d’inférieur social.  Dans ce temps-là, par réflexe de survie, un gars apprend à « ne pas s’en faire accroire. »  Il apprend à « rester à sa place. »  Sauf que dans sa tête, « sa place », c’est toujours en dernier, toujours en-dessous des autres.  Ce n’est jamais à leur égalité.  Et ce n’est surtout pas plus haut qu’eux.

Ce que ça signifie, c’est que si Océane avait été célibataire, d’accord, j’aurais eu quelques difficultés à croire qu’elle voulait de moi.  Mais j’aurais fini par y croire.  Dans mon inconscient, j’aurais cru que le fait de sortir avec moi, ça aurait été pour elle mieux que rien.  Mais là?  Puisqu’elle était déjà en couple?  Alors là, je ne suis plus seulement mieux que rien.  Je suis mieux que quelque chose.  Je suis mieux que lui!  Et encore, je n’étais pas en compétition avec lui, comme deux candidats pour obtenir le poste d’amoureux officiel d’Océane.  J’allais prendre la place de celui qui occupait ce poste depuis déjà un an.  Ça me mettait en position de supériorité sur ce gars-là.  Or, quand tu as de la misère à te croire égal aux autres, il est encore plus difficile d’imaginer que tu puisses être leur supérieur.

J’étais tellement préoccupé avec l’idée de rester à ma place, que je ne me rendais pas compte que ça faisait des années que ma place n’était plus aussi basse que j’avais été conditionné à le croire.

On ne se doute jamais des dommages collatéraux que notre propre manque de confiance en soi peut causer chez les gens qui nous entourent.  Si j’avais cru mériter le désir et l’amour d’Océane, elle aurait trouvé en nous la force de se libérer de cette relation abusive dans laquelle elle était coincée.  À la place, en la repoussant, je lui ai juste fait croire qu’elle ne méritait pas mieux que lui.  Elle a donc continué d’être en couple avec ce gars abusif.  Bref, en ayant une basse estime de moi, je lui ai donné une basse estime d’elle-même.  En n’ayant aucune confiance en moi, j’ai miné sa propre confiance en elle.

Perdre Océane, mais surtout réaliser que j’ai contribué à la conditionner à accepter d’être dans une relation malheureuse, ce fut l’une des plus dures leçons de ma vie.  Et je me suis juré que je ne l’oublierai jamais.  Voilà pourquoi j’en parle encore, aujourd’hui, vingt-trois ans plus tard.

À partir de ce moment, je me suis juré que plus jamais je manquerai de confiance en moi et en mes capacités. 

Et justement, vingt-trois ans plus tard, vous voulez voir ce que c’est capable de faire, un homme qui a confiance en lui et en ses capacités? Me voici, l’année dernière, du début du mois d’août jusqu’à la fin de décembre. 

50 ans.  222 lbs / 100,7 kgs.  Obèse.  Une jambe et les deux pieds croches.  Une fasciite plantaire aux deux pieds qui risque de m’incapaciter à marcher si j’essaye de me remettre au jogging.  Une pression sanguine qui est à la limite d’être trop basse.  Et avec une vertèbre brisée qui a demandé une convalescence qui a duré dix mois.

Comme le disent ceux qui utilisent mal cette expression, j’aurais pu choisir de vieillir avec grâce.  C’est-à-dire travailler sur mon intellect, m’habiller mieux, avoir de la classe, et ne pas me préoccuper de détails insignifiants comme l’âge et le physique.  Après tout, j’avais toutes les raisons de croire que mes meilleures années étaient derrière moi.  Tout le monde sait qu’il est impossible d’être sexy une fois que l’on a atteint la cinquantaine.

Mais voilà : J’ai confiance en moi et en mes capacités.

À la fin de décembre, une fois ma convalescence terminée, je me suis inscrit au gym.  J’ai fait des recherches sur l’alimentation.  J’ai fait des recherches sur les exercices cardio.  J’ai fait des recherches sur les exercices de musculation.  J’ai appliqué dans mon quotidien ce que j’ai appris.  J’ai créé Diesel Ego, mon blog de remise en forme.   J’ai appliqué à mon programme les trois principes qui régissent ma vie, soit le courage, la ténacité et la sagesse.  Et me voici, aujourd’hui, quatre mois plus tard.

Impossible d’être sexy après 50 ans, hm?  

Maintenant, ÇA, c’est ce que j’appelle vieillir avec grâce.  Et ça ne m’a pas pris plus que quatre mois.  En seize petites semaines, j’ai réussi là où la majorité des gens passent des années à échouer.  Et ce, malgré mon âge et mes handicaps physiques. 

La différence?  J’ai confiance en moi et en mes capacités.

Comment naît la confiance en soi?  Fais de ton mieux.  Ait le courage de toujours faire en sorte de t’améliorer.  Ait la ténacité de ne jamais abandonner.  Mais ait la sagesse de savoir ralentir quand il le faut, récupérer au besoin, ou abandonner si la cause est perdue, pour ensuite passer à autre chose.  En accumulant les réussites et en évitant habilement les échecs, tes mérites seront reconnus.  Les gens vont croire en toi.  Et quand les gens croient en nous, il est beaucoup plus facile d’y croire soi-même.  Et dès que l’on y croit, surtout après avoir fait nos preuves, alors là, tous les buts réalistes sont à notre portée.

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Y’A LIENS LÀ :

Dans ce billet, je décris de manière claire le raisonnement erroné qui m’a fait repousser Océane, et pourquoi elle a réagi comme elle l’a fait.

Sinon, vous avez ici l’histoire détaillée de ma relation avec Océane, et comment ça m’a appris ces dures leçons que j’applique encore aujourd’hui.

Diesel Ego, mon blog de remise en forme, dans lequel je décris tout mon programme d’exercice de 16 semaines, pendant que je l’ai suivi.

Autopsie du loser.  Une très grande remise en question, une auto-analyse que j’ai commencé à l’age de 25 ans et que j’ai terminée à 30.  C’est ce qui m’a fait prendre conscience de tout ce qui n’allait pas chez moi.

Et son indispensable complément, la série Pas obligé de rester loser.  Une douzaine de billets dans lequel j’explique, un sujet à la fois, comment j’ai cessé d’en être un.

La partenaire idéale : Une curieuse contradiction psychosociale

Ce billet va avoir l’air d’une fiche d’agence matrimoniale. Ce n’est pas le but. La raison d’être de ce billet est pour souligner, comme le dit le titre, une curieuse contradiction psychosociale.

Il y a une question que je me fais poser deux ou trois fois par année, et c’est : Quelle est la femme idéale pour toi? Il se trouve que j’ai des idées bien arrêtées sur le sujet. Laissez-moi vous la décrire :

Au niveau du genre. Une femme cisgenre.

Au niveau familial. Elle est célibataire.  Elle n’habite pas chez ses parents. Elle est sans enfants, et elle n’en désire pas. Ou alors, si elle en a, ils sont adultes et indépendants d’elle.

Au niveau financier. Elle est indépendante financièrement. Et si elle a des dettes normales (Prêt étudiant, maison, auto), son revenu lui permet de rencontrer ses obligations mensuelles sans se ruiner. Sa source de revenus est stable, et sa situation n’est pas précaire. À part ça, elle est économe sans être avare.

Au niveau de la personnalité et de sa psychologie. C’est une personne positive, forte, indépendante. Elle est équilibrée et réaliste. Elle sait faire confiance sans pour autant être naïve, et n’est jamais méfiante sans raison logique et valide. Prudente et réfléchie, elle pense à long terme et sait prendre de bonnes décisions de vie. Elle n’a aucune dépendance. Elle n’a aucun trouble de personnalité nécessitant médication. Elle ne laisse pas son passé faire obstacle à son présent. Elle cherche la solution aux problèmes plutôt que de s’en plaindre. Puisqu’elle n’est ni geignarde ni aigrie ni haineuse, ses paroles et sujets de conversations sont majoritairement positifs. Elle voit les gens en tant qu’égaux. Elle est responsable d’elle-même, mais surtout pas des autres. Elle ne met pas sa valeur personnelle ni son estime de soi dans sa sexualité ou son potentiel de séduction. Elle dit ce qu’elle pense, elle pense ce qu’elle dit.  Ça ne l’empêche pas d’être respectueuse, ce qui fait qu’elle n’utilise jamais « être honnête » comme excuse pour mépriser, insulter ou rabaisser autrui.

Au niveau social. Elle est sociable, mais sait mettre une limite pour ne pas se laisser envahir. Les sorties sont pour elle une occasion spéciale et non une habitude du quotidien. Elle est aussi à l’aise dans une robe de soirée en gala, qu’en salopette en camping sauvage.

Au niveau consommation. Elle se nourrit bien, ce qui ne l‘empêche nullement de se livrer à quelques écarts occasionnels. Si elle consomme de l’alcool, c’est avec modération. Elle est non fumeuse et non droguée. Lorsqu’elle est sous médication, ce n’est que temporaire.

Au niveau du quotidien. Elle participe, à part égale ou complémentaire, à la vie à deux. Elle sait tout faire dans une maison : La cuisine, le ménage, le lavage, et se débrouille assez en bricolage et en travaux mineurs. Elle travaille aussi bien seule qu’en collaboration.

Au niveau physique. Elle se tient en forme et prend soin de sa santé. Elle n’a pas d’allergies ni handicaps.

Au niveau sexuel. Elle a une sexualité épanouie dans laquelle elle est parfaitement à l’aise.

Au niveau compatibilité. Afin d’établir une relation significative, il faudrait que cette personne ait des goûts et des passions qui se rapprochent des miens. Par exemple, qu’elle soit artiste, amateure ou professionnelle, peu importe la discipline : Dessin, peinture, musique, arts de la scène… Il y a deux raisons pour ça. La première, c’est qu’avant ma trentaine, à l’époque où je sortais avec n’importe qui, ma passion pour les arts et la bande dessinée m’ont souvent apportés le mépris de mes partenaires qui ne partageait pas mes goûts. Et la seconde, comme je le dis souvent : On ne peut pas passer notre vie à baiser. Il faut avoir des choses à parler, à faire et à apprécier ensemble en dehors du lit.

Au niveau affectif. Évidemment, même elle a tout ça, ça ne garantit en rien qu’il y aura une attirance affective et physique entre nous deux. Si oui, tant mieux, j’aurai une conjointe. Sinon, tant mieux, j’aurai une amie.

PRÉCISION OBLIGATOIRE : Je ne décris ici que la femme qui est idéale pour MOI. Ceci n’est en aucun cas un jugement négatif envers celles qui n’y correspondent pas, et encore moins envers ceux qui les aiment. À chacun ses goûts, il se trouve que ceux-là sont les miens, voilà tout.

Autre chose qu’il est important de préciser : À part pour le fait qu’il s’agit d’une femme, ce texte me décrit parfaitement. Normal! Ce que je recherche, c’est mon égale. Il ne faut pas y voir du narcissisme. C’est juste que, en tant que personne autonome, je ne recherche pas quelqu’un à qui m’accrocher pour vivre. Et inversement, je n’ai surtout pas besoin qu’un poids mort s’accroche à ma vie et mes finances pour dépendre de moi.

Et c’est pareil sur le plan psychologique et affectif. Je suis une personne complète, je n’ai donc pas besoin de chercher mon complément, ou bien « ma moitié », comme le dit cette déplorable expression populaire. Pas plus que je ne cherche une personne qui ressent le besoin vital d’être en couple. Je désire une personne qui VEUT être avec moi, et non quelqu’un qui A BESOIN d’être avec moi. C’est cette nuance qui fait toute la différence entre un couple stable et harmonieux, et une relation qui finit par être toxique.

Et voici où arrive la contradiction psychosociale du titre de ce billet.
Lorsque je me décris moi-même, c’est-à-dire avec les éléments cités ci-haut, je me fais presque toujours servir des répliques du genre de : « Et alors? Tu te crois spécial? Tu fais juste décrire n’importe quel gars moyen normal. »

Par contre, lorsque l’on me demande quelle serait ma femme idéale et que je réponds cette même description, alors là, on me réplique presque toujours qu’il faudrait que je redescende sur terre, que je cesse d’être aussi exigeant et que j’apprenne à faire des compromis, sinon je vais passer le reste de ma vie célibataire. Parce que, ce que je décris là, une femme positive, forte, intelligente, en forme, indépendante financièrement et affectivement, eh bien c’est la femme parfaite. Et la femme parfaite, ça n’existe pas.

En conclusion.
Lorsque cette description s’applique à un homme, elle décrit « n’importe quel homme moyen normal.»
Mais lorsque cette description s’applique à une femme, elle décrit « la femme parfaite qui n’existe pas.»

Faut-il que cette société soit misogyne pour en arriver à un tel jugement deux poids, deux mesures!?

Il faut savoir tirer une ligne!

Il y a sept ans, jeudi le 19 avril 2012, je consommais de la cocaïne pour la première et la dernière fois de ma vie.  J’avais eu l’idée de chroniquer cette expérience unique pendant que je la vivais.  J’ai cru que j’avais perdu le texte à tout jamais lorsque mon disque dur a crashé à l’Halloween de 2015.  Eh bien, il se trouve que je m’en étais envoyé une copie par courriel.  Je viens de la redécouvrir en explorant le dossier Éléments envoyés de mon compte Hotmail.  Alors voilà la chose.

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Samedi 14 avril
En nettoyant un bus, je trouve sous un banc de minuscules sachets genre ziploc contenant une poudre blanche, partiellement solide. Seul l’emballage me donne l’impression qu’il pourrait s’agir de cocaïne, puisque je n’en ai jamais vu de ma vie.

Dimanche 15 avril.
J’en parle à une amie en lui décrivant la chose.  Elle me donne un truc pour savoir si c’en est ou non : En mettre une minuscule quantité au bout de mon doigt et me frotter la gencive.  Si ça gèle comme du Oragel, c’en est.

Lundi 16 avril
J’essaye.  Ça gèle. C’en est de la vraie.  HOSTIE QUE ÇA GOÛTE MAUVAIS! 

Je reste indécis… Dois-je la jeter ou la garder?  Je décide de la garder finalement.  C’est que, depuis que je suis ado, je me dit que si un jour j’entre en possession de cocaïne, je la garderais en cas d’extrême urgence.  Genre, une situation de vie ou de mort qui réclamerait de l’énergie physique et mentale afin de m’en tirer.  Mais attention : En tout dernier recours seulement.  Aussi, puisque le destin m’en donne l’occasion gratuitement, je décide de garder les deux sachets. Je les cache dans mon classeur, sous le dossier très approprié de « BS ».

Jeudi 19 avril 2012
En repensant à ma liste de TO DO de la journée, et au fait que je n’ai dormi que 4 heures, et que je n’arrive pas à me rendormir, et que mon rhume me rend faible, j’ai décidé d’essayer.  Pour la première fois de ma vie, à l’âge de 43 ans, je vais faire mon baptême de cocaïne.  Je n’aime pas trop l’idée de me mettre ça dans le nez, surtout dans mon état d’enrhumé. J’opte plutôt pour la mélanger dans un milkshake-déjeuner Carnation™ à la vanille.  Tant qu’à consommer de la poudre blanche, ne faisons pas les choses à moitié.

10 :15 am
Je prends l’un des 2 sachets.  Après l’avoir bien réduit en poudre à coup de marteau, je le mélange au milkshake.  Première impression : La cocaïne a un goût très amer qui rend mon milkshake désagréable à avaler.  Aussi, je le bois le plus vite possible.

10 : 20 :
Je me brosse les dents afin d’en enlever le goût.  Je constate que ma gorge commence à geler, comme si j’avais avalé du oragel. Mais l’effet demeure minime.  Puis, je m’installe devant mon ordi à regarder un épisode de Justice League Unlimited en attendant l’effet, si effet il y aura.

10 :41 am
Je sens que mon cerveau fonctionne plus vite. Ne sachant pas combien de temps va durer l’effet, aussi bien me mettre à mes tâches de la journée le plus vite possible. Je commence à écrire ce texte.

10 :55 am
Mon cerveau va encore plus vite.  Ne sachant pas les conséquences psychologiques que cette drogue aura sur moi, je dois me rappeler de garder le contrôle sur mes pensées, ainsi que sur mon enthousiasme, et de rester bien prudent lorsque j’irai à vélo tantôt faire mes courses.

11 :05
Pris une douche et rasé en un temps record. J’ai l’impression que mon cerveau va trop vite pour mon corps. Je bouge vite, mais je me sens ralenti, comme si mon corps n’arrivait pas à suivre.

Je me sens tellement plus efficace.  Je comprends maintenant pourquoi il est facile d’être accro psychologiquement à cette drogue.  C’est pourquoi je reste sur mes gardes, et je me rassure comme quoi c’est normal.  Cette sensation, c’est un effet de la drogue.  Je ne dois pas oublier que quelqu’un peut se perdre moralement, physiquement et financièrement dans la coke, et que cette expérience est un one-time deal, SAUF SITUATION DE VIE OU DE MORT.

Je ne dois pas me croire au-dessus de tout ça, je ne dois pas me croire invulnérable à à dépendance.  Parce que c’est quand on pense comme ça que l’on succombe et que l’on devient camé jusqu’aux yeux et qu’on perd tout.

11 :10
J’ai le cœur qui bat à vitesse folle.  Bonne chose que l’exercice des dernières années a mis mon cœur dans un excellent état.

J‘ai envie de commettre quelques risque, comme mettre mes verres de contact, mais je sais que accepter un petit risque peut m’amener à vouloir en prendre un plus gros plus tard.  Je reste en contrôle et j’oublie ça.

Holy shit, j’ai jamais tapé du clavier aussi vite.  Si je suis encore sur effet quand j’aurai fini mes tâches de la journée, je vais finir l’épisode 4 de The Eight.

Oooooh, mauvaise pensée, ça. Je me révise tout de suite : JE NE DOIS JAMAIS RÉ-UTILISER DE LA COKE POUR M’AIDER DANS MES TÂCHES OU MES PROJETS, C’EST COMME ÇA QUE L’ON DEVIENT DÉPENDANT.

JE DOIS TOUJOURS ME RAPPELER QUE CE QUE JE VIENS DE FAIRE EST ÉPOUVANTABLE, ET NE DOIS JAMAIS ME RAISONNER EN ME DISANT QUE « FINALEMENT Y’A RIEN LÀ ! »  Au contraire.  A 100$ le gramme, il y a BEAUCOUP là, on peut facilement arriver à la ruine.

11 :15
J’ai l’impression que mes sensations physiques ont doublé… incluant la douleur de mon traitement de la verrue plantaire.  Bonne chose que la majorité de mes courses seront à vélo.

JE ME JURE QUE, À MOINS DE ME TROUVER DANS UNE SITUATION DE VIE OU DE MORT, CETTE EXPÉRIENCE DOIT RESTER UN ONE-TIME DEAL !  EVER ! ! !

11 :21
La SAAQ est loin à vélo.  J’ai mon changement d’adresse à faire. J’aurais pu le faire, je trouve le défi excitant.  Mais l’aller-retour me prendrait au moins 2 heures, et je trouve que ce serait idiot de perdre toute cette énergie sur une seule tâche.  Je décide donc de  faire celle-là par téléphone.

11 ;38
D’abord, je pensais que j’aurais à réduire mon débit de voix.  Mais je parlais normalement.  Même que je me trouvais étrangement mieux articulé que d’habitude… Ce qui n’est pas logique, je suis TOUJOURS articulé.  Mais je crois saisir la différence : D’habitude, je cherche mes mots.  Là, je parle smooth, sans bris, sans pause.

Je comprends VRAIMENT comment on peut accrocher à la coke.  Plus je vois des améliorations dans ce que je fais, et plus je vois les pièges dans lesquels on peut tomber pour virer accro. Une chose est sûre en tout cas, je comprends pourquoi tant de gens se ruinent pour cette poudre.

Ce qui me rappelle que j’ai entendu dire que c’était un excellent coupe faim.  Je dois donc ne pas oublier de manger même si je n’ai pas faim, pour ne pas surtaxer mon organisme.  Je crains aussi le crash qui arrivera Dieu sait quand.

J’ai terriblement soif. Je cale un gros verre de thé en un temps record.  C’est une erreur.  Je dois me rappeler de manger et boire à vitesse normale.

11 :44
Je suis impatient, j’ai furieusement envie de bouger.  L’ironie d’utiliser la coke pour étendre mon linge à toute vitesse ne m’échappe pas, puisque j’ai toujours dit que j’aimais faire la lessive parce que ça me détend. Well, chus loin d’être détendu en ce moment.

Histoire de tirer profit de mon expérience, je me regarde aller faire mes tâches, et je vais essayer de prendre ça comme exemple à suivre (sans la coke) pour être plus efficace dans l’avenir.

11 ;51
Hostie que j’ai envie de me dépenser.  Vélo, exercices, courir… Mais justement, je ne dois pas oublier la leçon que j’ai eu de la course, en développant une fasciite plantaire qui m’empêche de courir : Quand la volonté et l’énergie dépasse les capacités physiques, ça peut avoir des conséquences fâcheuses, certaines temporaires, certaines pour le reste de notre vie.

Je constate que cette soif que j’ai est similaire à celle que j’ai eu quand j’ai testé la coke sur ma gencive.  Donc, observation : La coke donne soif.

Ah, tiens, autre chose à ne pas oublier : Comme c’est la première fois que je prends de la coke, mon corps n’est pas habitué, donc je n’en ressens que les bienfaits.  C’est à la longue, à force d’en consommer, que le corps s’habitue, et finit par ne plus fonctionner normalement sans ça.  Comme la caféine dans le café, ou les boisson énergie, dont il a fallu me sevrer il y a quelques années, qui m’ont donné des symptômes de manque.

Alors je ne dois jamais oublier ceci : CE NE SERA JAMAIS AUSSI BON ET AUSSI GÉNIAL QUE LORS CETTE PREMIÈRE FOIS.

12 ;05
Je constate, avec la madame de Hydro Québec au bout du fil (Encore mon changement d’adresse), que mon impatience aussi est décuplée. Heureusement je réussis à voir la chose avec logique : C’est sûrement la coke qui booste les facettes de mon tempérament, donc je n’ai pas de raisons d’être impatient, donc ce n’est qu’une illusion. Juste le fait de me dire ça, je me calme d’un coup sec. Étrangement, contrairement à ce que j’aurais imaginé, ma logique aussi est décuplée.

12 :15
Ca y est, on va voir ce que ça donne côté énergie physique : Je pars à vélo faire mes courses.

Quand je pense à tous ceux qui utilisent la coke comme recreationnal drug, quelle perte.  Moi au contraire, je veux utiliser tout le temps qu’il reste à mon high pour en faire le plus possible.  Pas oublier : Ceci est un once in a lifetime opportunity.

Eh oui, le fait que je me le répète sans cesse montre la peur que j’ai de virer accro.  Et c’est normal, cette drogue est terriblement efficace. Mais je sais que tant que j’aurai cette crainte, je saurai m’en tenir loin.

L’effet est différent des ritalins, dont je consommais les suppléments de Jonathan.  Ça me donne plus d’énergie, mais pour la concentration, je reste non-convaincu.  Parfois je suis full focussé, et d’autres fois je suis incontrôlablement distrait… Finalement, dans mon état mental normal, juste extrême.

12 :39
Mon vélo est attaché sur De l’Église à Verdun. Je viens de faire mes achats au Rona, je me dirige vers le marché Métro pour d’autres déjeuners Carnation, rapport que j’ai pris le dernier ce matin.  Je suis déçu.  Je m’attendais à une performance vélocipédiste athlétique. En fait, je ne vois pas de différence avec la normale.  Là encore, la normale, ce serait d’avoir dormi 8 heures au lieu de 4, et et ne pas être démoli par un rhume.

12 : 54
Réalisant que mon déjeuner coké était il y a 2 heures et demi, je me dis qu’il faudrait bien que je mange encore.  Voulant éviter un gros repas qui utilise l’énergie pour la digestion, j’opte pour un petit bol de salade de fruits frais, pris au marché Métro, et mangé sur le trottoir.  À ma grande surprise, je constate que non seulement je ne ressens pas la faim, mon corps ne veut pas manger.  Je me force tout de même.  Une fois tout mangé, je ne ressens rien de spécial, sinon le soulagement d’avoir arrêté de manger.  C’est assez curieux comme effet secondaire.  Mais ça me permet de comprendre pourquoi les gens cokés maigrissent.

13 :11
Au  retour, sur le pont de la rue Jolicoeur reliant Verdun à Ville-Émard, je me fais arrêter par un vieux monsieur qui me dit : « Hey, how much further away is it from the Dairy Queen ? I’m a tourist, see, I’m from California. Maybe you know my friend, he’s an actor from Grey’s Anatomy, it’s playing tonight. He’s my special friend, if you know what I mean. I won’t say more.  Hehe ! » HEILLE, ON S’EN COLISSE-TU QUE TU SUCES DES PINES D’HOLLYWOOD, VIEILLE POUFFE ! LAISSE-MOI DONC RVENIR CHEZ MOI, QUE JE PROFITE DE CE QUI ME RESTE DE MON HIGH POUR M’Y RENDRE UTILE.

13 :22
Retour à la maison.  Je me sens encore high, mais à ce point-ci, je ne saurais dire si c’est la coke ou l’hyperventilation due au vélo.

13 :30
L’effet me semble avoir diminué. En ce moment, comment je me sens est comparable au meilleur de ma forme lorsque en état normal.  Mais le hyper-boost que j’ai ressenti lors de la première heure et demie n’y est plus.

14 :00
Je sens que l’effet diminue.  Je suis maintenant dans ma moyenne normale. Sauf que je vais probablement continuer ma descente, puisque enrhumé et avec peu de sommeil. J’ai la tentation d’aller acheter du Red Bull pour en prolonger l’effet.  Je me ravise aussitôt.  Ça montre à quel point je peux accrocher au fait d’être efficace, sans que ça me demande un effort de volonté. Raison de plus pour me laisser revenir à la normale.

14 :40
Bon ben me voilà redevenu l’enrhumé épuisé de ce matin. Au bout du compte, ce furent quatre heures très intéressantes.

EN CONCLUSION
D’un point de vue strictement scientifique, je ne regrette pas l’expérience. J’ai appris les effets de la cocaïne sur un organisme non-habitué aux drogues. Et j’en suis aussi arrivé à une conclusion qui, je le crois, cimente à tout jamais ma décision de ne jamais recommencer : Pour les gens comme moi, les paresseux de nature qui doivent déployer de grands efforts de volonté pour faire quelque chose, l’attrait que peut avoir la cocaïne est une très dangereuse réalité.  Parce que, d’un simple petit gramme de cette drogue, on obtient toute la volonté et la drive requise pour réaliser nos projets, et ce sans effort.

Or, je possède un trait de caractère en particulier qui a toujours été naturellement plus fort que ma volonté : Mon orgueil.  Jamais je n’ai accepté d’être le jouet de quelqu’un, et ce n’est pas pour devenir le jouet de quelque chose.  Je n’ai pas besoin de vivre moi-même le fait d’être accro pour savoir que ça se passerait ainsi. Depuis que je suis enfant, la TV, la radio, les magazines et les journaux m’ont bombardé de milliers de témoignages d’ex-drogués disant que la coke c’est ben l’fun au début mais plus le corps s’y habitue et moins ça fait effet, et on finit par en prendre juste pour ne pas vivre le manque.  Et à 100$ et plus le gramme, c’est facile de se ruiner là-dedans.

Une recherche Google au sujet de la cocaïne m’apprend un truc qui me laisse la mâchoire pendante. L’effet de la coke est supposé durer de 30 à 45 minutes. ÇA M’A FAIT EFFET PENDANT TROIS HEURES ET DEMIE!!! 

Est-ce parce que je l’ai pris par voie orale? Est-ce parce que je l’ai mélangé à un milkshake ne contenant que des éléments full nutritifs? Est-ce parce que j’étais malade, donc que je pouvais vraiment sentir la différence entre coké et non-coké? Ou est-ce tout simplement parce que c’était la première fois de ma vie que j’en prenais, donc que mon organisme n’y était pas du tout habitué? Une chose est sure, ça ne sera plus jamais aussi génial que cette fois-là. Je comprends donc que, pour que cette expérience reste agréable et positive, il faut que ça reste un truc d’une seule fois dans une vie.  C’est donc sans remords que je me débarrasse du second gramme dans les toilettes.

Et puis, après avoir vu sur le net qu’au Québec, la simple possession de cocaïne peut valoir 1000$ d’amende et 7 ans de prison, ça a quelque peu influencé ma décision de ne pas la garder.


Et voilà!  Sept ans plus tard, je n’y ai toujours pas retouché.  Je continue de voir cette expérience unique comme étant positive.  Et surtout, je suis toujours aussi convaincu que, pour que ça reste comme ça, je ne dois plus jamais recommencer.

Comme quoi, dans le fond, ce qui fait la différence entre expérimenter le paradis et vivre un enfer, c’est d’avoir le bon sens de savoir tracer une limite et de la respecter.