Choisir celles qui n’ont pas le choix

J’ai déjà raconté dans un billet précédent comment Karine et moi avons vécu notre rupture dans l’harmonie et la collaboration après une relation de couple de douze ans et demi.  À l’époque, elle m’avait dit un truc que je ne savais pas trop comment prendre.  Je ne me souviens plus des mots exacts, mais en gros elle disait que si elle a accepté de sortir avec moi dans le temps, c’est parce qu’elle n’avait pas vraiment le choix.  Je ne l’ai pas interrompue pour lui demander de clarifier sa pensée, puisqu’elle était en train de m’expliquer autre chose.  Mais je trouvais ça étrange puisque je n’ai jamais été le genre de gars à essayer de conquérir par imposition et insistance.  

Puis, j’ai compris ce qu’elle voulait dire.  Selon ce qu’elle m’avait déjà raconté de sa vie d’avant moi, les gars de son entourage se divisaient en trois catégories:

  1. Ceux de la famille.
  2. Les bullies qui lui faisaient subir intimidation et violence.
  3. Les amis homosexuels et/ou déjà casés.

J’étais donc, à ses 20 ans, le premier garçon à s’intéresser à elle de manière romantique.  Et puisqu’elle n’avait encore jamais vécu ça, elle n’avait pas de point de repère pour savoir si elle-même était vraiment attirée par moi ou bien juste flattée de cette attention.  Dans de telles conditions, je comprends ce qu’elle voulait dire par « Pas le choix! » 

Comprendre ceci ne m’a pas insulté. En fait, j’ai trouvé la chose fascinante car ça m’a permis de constater quelque chose à mon propre sujet.  En repensant à la majorité de mes relations passées, j’ai vu que j’avais trop souvent eu tendance à m’en aller vers des filles qui n’avaient pas le choix, pour reprendre son expression.  Remarquez que c’est normal dans mon cas.  Avec le physique que j’avais à l’adolescence et au début de la vingtaine, il était évident que jamais je n’aurais fini avec la fille qui l’avait, le choix.   

Évidemment, ce n’était pas conscient.  Je ne regardais pas les fille en les analysant.  Je n’arrivais pas à la conclusion que celle-ci ou celle-là était plus désespérée qu’une autre, donc que c’était avec elles que j’avais mes meilleures chances.  Tout ceci n’était percu qu’au niveau du subconscient.  Voilà pourquoi, sans en comprendre les raisons, j’étais toujours porté à aller vers les handicapées, les laides, les désagréables, les haineuses, les mises-de-côté, les victimes, les sous-estimées, les connes…  Ou, comme dans le cas de Karine, celles que les gars percevaient bien plus comme une petite soeur que comme une romance potentielle.  Bref, celles qui n’avaient pas le choix.  C’était ou bien moi, ou bien le célibat.

Voilà pourquoi je trouvais particulièrement insultantes celles qui préféraient une vie de célibat qu’une relation avec moi.  

Les dangers de choisir n’importe qui.
Constater ceci m’a également permis de comprendre pourquoi la majorité de mes relations pré-Karine étaient catastrophiques: Ces filles avaient beau se résigner à sortir avec moi, je n’étais pas leur idéal pour autant.  Il y a fort à parier que plusieurs d’entre elles me regardaient avec ressentiment.  Normal; j’étais le symbole de leur échec à avoir une relation avec le genre de gars qui leurs plaisaient vraiment.  Rien de surprenant alors qu’elles me cherchaient souvent querelle pour des broutilles, qu’elles me faisaient la gueule sans raison, qu’elles ne semblaient jamais satisfaites ni heureuses, malgré le fait qu’elles n’avaient majoritairement rien de pertinent à me reprocher.  Et je ne cacherai pas que ça m’est arrivé moi-même d’agir ainsi en regardant le physique et/ou la personnalité de l’une ou l’autre de mes ex pendant que j’étais avec.  

Ma série de billets Geneviève la Coloc de l’Enfer donne un bon exemple de ce comportement.  Lorsque je l’ai rencontrée, elle se plaignait d’être abusée et peu attirante.  Un soir, alors que nous partageons le même lit en ami, elle m’offre sa virginité.  C’est que, n’ayant jamais eu de relation amicale avec un autre gars avant, elle confond ma gentillesse et mon amitié pour du désir.  En pensant que j’étais le seul homme sur terre à m’intéresser à elle, elle croyait qu’elle n’avait pas le choix.  Or, non seulement elle se rend vite compte de son erreur, je ne représente en rien son idéal masculin.  Aussi, dès le lendemain matin et pour le reste de notre relation, son comportement avec moi fait un 180 degré.  De gentille et amicale, elle devient insultante et méprisante, et ce en permanence.   D’une façon comme d’une autre, elle ne se sentait pas bien dans cette relation.  Cette situation la frustrait, alors elle s’en défoulait sur moi qui était, à ses yeux, le symbole vivant de son loserisme en amour.

Mais parfois, le hasard fait bien les choses.
Je crois que la raison pourquoi ça n’a jamais été l’enfer entre Karine et moi, c’est que nous étions tous deux artistes, dessinateurs, auteurs de bande dessinées.  C’était la première avec qui j’avais autant en commun.  Ceci nous a permis de vivre en harmonie pendant longtemps.  Hélas, ça ne changeait rien au fait que notre relation ne se basait pas sur une attirance naturelle et mutuelle.  Voilà pourquoi, lorsqu’elle a fini par rencontrer celui avec qui elle était compatible, elle a été la première surprise de voir qu’elle pouvait tomber en amour avec un gars alors qu’elle était en couple stable avec un autre.  Mais voilà, cette fois, elle avait le choix.  Elle a choisi.  

Certains bien-pensants vont dire que le genre de relation que nous avons eue ensemble n’aurait pas dû exister.  Personnellement, je suis en désaccord avec cette théorie.  Je sais, pour l’avoir autant observé que vécu, qu’en amour comme partout ailleurs, il est important de prendre de l’expérience.  C’est quelque chose que je disais déjà il y a cinq ans dans le texte Autopsie du Loser:

Le Loser n’est pas forcément un être désespéré. Parfois, il est capable d’attendre La Bonne. Tandis que ses amis vont d’une relation à l’autre et vivent toute une gamme d’émotions, ont du plaisir, des loisirs et de la baise, le Loser ne sort jamais avec personne. Il a une idée très précise sur son idéal féminin et il s’est  juré que tant et aussi longtemps qu’il ne l’aura pas rencontré, il se gardera pur pour elle. S’il finit par la trouver, et que par miracle elle accepte de sortir avec, (souvent après avoir été poursuivie des années par le Loser) leur relation sera de courte durée. Normal: Un gars qui n’a jamais eu de relation amoureuse ou sexuelle, ça n’a aucune expérience du comportement amoureux et sexuel. Ça fait que même si elle est son idéal féminin, en revanche il est loin d’être son idéal masculin. 

Presque deux ans après que Karine ait rencontré l’homme de sa vie, je rencontrais moi-même mon idéal féminin.  Et elle, qui avait déjà un amant lorsque l’on s’est rencontrés, elle l’avait, le choix.  Elle m’a choisi.

Je sais bien que dans un monde idéal, on se garderait pur pour la personne qui nous est destinée.  Or, nous ne vivons pas dans un monde idéal.  Et bien que ma relation avec Karine n’en était pas une d’amour pur et passionné, ni elle ni moi ne pouvons sincèrement dire que nos douze ans et demi ensembles étaient une perte de temps.  Bien au contraire, ces années passées ensemble nous ont apprises les bases de la vie à deux, ce qui nous permet aujourd’hui de vivre en harmonie, elle avec son fiancé, et moi avec la mienne.

Il y a des relations de couple que je regrette d’avoir eue dans le passé.  Celle-là n’en fait pas partie.  Nous n’avons peut-être jamais été en amour, mais ça ne nous a jamais empêchés de s’aimer.

Les 15 genres d’amitié entre hommes et femmes

(Dans le texte qui suit, l’utilisation des termes hommes et femmes sont à titre d’exemple et sont parfaitement interchangeables.)

Il y a des gens qui colportent l’idée comme quoi l’amitié entre hommes et femmes n’existe pas car tous les hommes qu’une fille va rencontrer dans sa vie vont la désirer sexuellement. Apparemment, pour ces gens, l’homosexualité n’existe pas.  Ceci dit, oui, l’amitié homme-femme existe et n’a aucun rapport avec l’orientation sexuelle de l’un ou de l’autre.  Je me suis penché sur le sujet depuis quelques années, et j’ai découvert que cette amitié pouvait se diviser en quinze genres :

GENRE 1: L’amitié pour se rapprocher
Le gars va désirer une fille de façon romantique. Il est timide et à peur de se faire virer s’il lui parle de ses sentiments. Il va donc l’approcher en lui démontrant qu’il ne veut d’elle que de l’amitié, rien de plus. Dans sa tête à lui, c’est une brillante stratégie car en étant ami avec elle, ça va lui permettre de mieux connaître ce qu’elle est, et surtout ce qu’elle aime. Il pourra ainsi mieux s’ajuster à ses goûts à elle.

GENRE 2: L’amitié en attendant
Souvent la suite de la précédente. Voici comment ça se passe :

  • Le gars devient ami avec la fille.
  • Le gars attend que la fille constate qu’ils vont tellement bien ensemble qu’elle tombera en amour avec lui.
  • La fille se trouve un autre amoureux.
  • Le gars attend que la relation finisse.
  • La relation finit.
  • Le gars n’ose pas s’essayer tout de suite, afin de laisser à la fille le temps de se remettre de sa relation précédente.
  • Le gars attend trop, ce qui fait que la fille se refait un autre amoureux.
  • Le gars attend que la relation finisse.
  • Répéter ad nauseam pendant 5, 10, 15, 20 ans.

Ce qui nous amène à

GENRE 3: L’amitié de la Friendzone
La friendzone est un terme que les hommes utilisent lorsqu’ils désirent une femme amoureusement et/ou sexuellement, qu’ils le lui ont fait savoir de façon plus ou moins directe, mais que celle-ci ne lui a pas répondu positivement.  Cet homme est justement l’un de ceux qui croient que l’amitié homme-femme est impossible.  Il croit donc que toutes les femmes sont à sa portée, pourvu qu’elle finisse par cesser de refuser de lui donner sa chance.  Il reste donc en retrait dans la zone amie en attendant que la fille change d’idée à son sujet, ne serait-ce qu’à l’usure.

Il ne s’agit donc pas d’amitié véritable de la part du gars.  La preuve, c’est que lorsqu’elle va lui dire « On peut toujours rester amis. »  s’il n’a pas la patience d’aller attendre dans la friendzone, il lui répondra avec amertume et frustration un truc dans le genre de: « Non merci! Des amis, j’en ai déjà! »

GENRE 4: L’amitié congélateur
Tel que décrit dans le billet Être Mis au Congélateur, c’est lorsque le gars constate que la fille est en amour avec lui. Il n’est pas vraiment contre l’idée de sortir avec elle, mais il aimerait quand même trouver mieux qu’elle. Il la garde donc en tant qu’amie tandis qu’il s’essaye ailleurs, et finira par consentir à sortir avec elle en dernier recours s’il ne trouve pas mieux à long terme.

GENRE 5: L’amitié post-charme de la nouveauté
Lorsque deux personnes de sexe opposé se rencontrent, les trois premières semaines sont souvent ambigües. On se demande si on est attiré et/ou attirant pour l’autre. À ce stade-ci, l’attirance est surtout causée par la curiosité, le désir de découvrir l’autre. Voilà pourquoi, généralement, une fois que l’on a eu le temps de bien connaître l’autre, le désir disparaît, ne laissant plus que l’amitié simple.

GENRE 6: L’amitié post-désir
Dès la rencontre, ce fut le coup de foudre, l’attirance mutuelle. Ils sont rapidement passés au lit. À ce moment-là, deux choses peuvent se passer:

  • Ils se rendent compte immédiatement qu’ils ne sont pas compatibles sexuellement.
  • Ou bien: La baise était Ok, mais c’est en apprenant à se connaitre par la suite qu’ils se sont rendus compte qu’ils ne sont pas faits l’un pour l’autre.

Alors s’ils continuent de se fréquenter en amis après ça, c’est qu’il s’agit bien d’amitié post-désir.

GENRE 7: L’amitié post-relation
C’est quand un gars et une fille sont ex. Leur relation a duré juste assez longtemps pour qu’ils se rendent compte qu’ils ne sont pas faits pour former un couple. Ils reviennent donc à la case amitié et n’auront plus jamais le désir de pousser la chose plus loin.

GENRE 8: L’amitié qui sert de limite
Lorsque la fille craint qu’un gars veuille d’elle comme blonde ou amante, elle met tout de suite la limite amitié seulement de façon claire et précise, et le lui fait comprendre souvent de façon plus ou moins subtile dans la conversation. Le gars a donc le choix entre rester ami ou bien cesser de la fréquenter. Dans un cas comme dans l’autre, la fille sera soulagée de ne pas subir cette pression.  Ce qui nous amène à:

GENRE 9: L’amitié désespérée
Il arrive hélas parfois qu’une fille est désespérément amoureuse d’un gars qui ne voudra jamais d’elle. Ça peut être parce qu’il est gai, ça peut être parce qu’il est marié, ça peut être parce qu’il y a trop grande différence d’âge entre eux. Peu importe la raison, le fait demeure qu’ils ne pourront jamais être ensemble. Elle se contente donc d’amitié avec lui parce que c’est mieux que rien, et elle fait tout en son possible pour que leur amitié soit la plus profonde et la plus intime possible. Elle trouve consolation en se disant que l’amour, ça vient et ça part, mais au moins l’amitié c’est pour la vie.

GENRE 10: L’amitié de jeunesse
Ils se sont connus à une époque où l’un, l’autre ou les deux n’avai(en)t pas l’âge de ressentir du désir.  Ce qui fait qu’en grandissant, aucun des deux n’a ressenti d’attrait amoureux et/ou sexuel pour l’autre. Ce n’est pas une décision qu’ils ont pris volontairement. C’est juste arrivé comme ça, tout naturellement.

GENRE 11: L’amitié pseudo-fraternelle
Quand une fille veut tenir à distance un gars de qui elle apprécie l’amitié mais qu’il lui semble évident qu’il voudrait plus que ça, alors elle l’adopte officieusement comme frère. C’est sa façon à elle de lui dire qu’elle trouve l’idée romance et/ou sexe avec lui aussi repoussante que le serait une relation incestueuse.

GENRE 12: L’amitié par obligation environnementale
C’est quand deux personnes de sexe opposés sont obligées de se fréquenter : Voisin, coloc, chum d’une amie, conjointe d’un membre de la famille, collègue de travail, camarade de classe… Ces personnes ne se détesteraient pas nécessairement si l’amitié n’était pas requise pour l’harmonie du milieu. Mais sans cette obligation de se voir, elles se laisseraient totalement indifférentes.

GENRE 13: L’amitié internet
Quand on se lie d’amitié avec une personne de sexe opposé que l’on ne rencontrera jamais à cause de la distance, l’amitié n’a pas le choix d’être platonique

GENRE 14: Les amitiés avec bénéfices
Mauvaises traduction de friends with benefits, on utilise surtout le terme fuck friends pour les décrire. Ceux-ci se divisent en quatre sous-catégories :

  • Catégorie A : Ils se fréquentent en amis, et parfois ils ont du sexe ensemble. Leur amitié est réelle, ce qui signifie qu’ils peuvent passer du temps ensemble en ayant des activités non-sexuelles et tout de même l’apprécier sincèrement. C’est juste que ni l’un ni l’autre ne veulent d’une relation stable officielle.
  • Catégorie B : Ce sont des ex. Ils se sont vite rendus compte qu’à part sexuellement, ils ne sont pas fait pour former un couple. Ils continuent donc de se fréquenter en amis et de coucher ensemble, jusqu’à ce que l’un des deux se trouve un chum/une blonde.
  • Catégorie C : Comme catégorie A ou B, sauf qu’ils couchent ensemble même si l’un, l’autre ou les deux sont en couple avec d’autres.
  • Catégorie D : Il est difficile de parler ici d’une amitié car il est rare que ces gens-là se fréquentent autrement qu’à cause de leur lien de désir sexuel. Généralement, leur statut amical est comparable avec l’amitié par obligation environnementale : Si on enlève ce qui rend leur amitié obligatoire, dans ce cas-ci le sexe, alors l’amitié n’existe plus.

GENRE 15: L’amitié platonique depuis le début sans envie de plus que ça de part ou d’autre.
Ben oui, ça existe. Parce que s’ils sont bons amis proches mais que leur amitié ne tombe dans aucune des catégories précédentes, alors il s’agit automatiquement de celle-ci.

Et le plus ironique, c’est que lorsqu’ils sont vus ensemble en public, ils ont beau ne pas être collés ni se toucher ni faire quoi que ce soit pour faire croire le contraire, il y a toujours quelqu’un pour penser qu’ils sont en couple.  On ne compte plus le nombre de fois où ça nous est arrivé, à ma BFF Stéphanie et moi, depuis qu’on a commencé à se fréquenter en 2002.  Ce qui démontre que la croyance comme quoi l’amitié homme-femme n’existe pas, c’est hélas encore trop répandu.


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Comment nait la culture du viol.

Désolé pour mes lecteurs d’outre-mer mais ce texte contient beaucoup de vocabulaire propre aux québécois.

Lorsque j’étais enfant, mon physique maigre et faible fit que j’étais victime de rejet ou d’intimidation de la part des autres garçons. À cause de ça, dès la maternelle, je me suis toujours senti beaucoup plus à l’aise en compagnie des filles. Avec elles, je n’étais ni en compétition ni méprisé. Ainsi, sans m’en rendre compte, à défaut de faire partie de la confrérie des p’tits gars, j’étais en bonne position pour les regarder agir. Et c’est comme ça que, me rends-je compte aujourd’hui, j’ai vu comment naissait chez les garçons l’attitude qui amène plus tard à la culture du viol.

Je ne sais pas si c’est encore le cas aujourd’hui, mais dans mon temps les filles et les garçons de 5 à 12 ans ne se mélangeaient pas. Ce n’était pas de la faute des filles. Elles n’avaient rien contre les gars. La preuve, c’est qu’elles m’acceptaient dans leur entourage. La source de cette ségrégation, c’était les autres garçons qui, par la même attitude macho qui les poussait à me rejeter, méprisaient également les filles pour leur délicatesse et leur faiblesse. Ils l’exprimaient souvent avec le slogan « ♫ Les filles, les guenilles! ♫ Les gars, les soldats! ♫ ».

Puis, arrive l’adolescence, l’âge où les hormones en éveil poussent les gars à s’intéresser aux filles sur quatre niveaux :

  • Sur le plan social, en désirant leur présence.
  • Sur le plan intellectuel, en désirant établir une communication.
  • Sur le plan émotif, en désirant une relation romantique.
  • Sur le plan sexuel, en désirant avoir des relations sexuelles.

Parmi les gars qui commencent à vivre cette attirance, il y a les nombreux qui ne décrochent pas de leur période petit macho méprisant misogyne de leur enfance. Cette habitude est en eux bien encrée et ils n’ont rien à foutre de développer avec elles une connexion sociale, intellectuelle ou émotionnelle. Si ce n’était de leurs désirs sexuel, ils continueraient certainement de les ignorer. Alors puisqu’il n’y a que le sexe qui les intéresse chez les filles, c’est comme ça qu’ils apprennent à les voir : Comme un produit sexuel qui n’existe que pour répondre à leurs attentes à ce sujet, rien de plus.

Et c’est comme ça qu’aux yeux de ces gars, la fille n’est rien d’autre qu’une vulve.  Par conséquent, tout ce qu’il a à dire au sujet des filles ne tourne qu’autour de ça : Quand il parle des filles et des femmes en général, il ne dit pas les filles et les femmes. Non, il dit « Les plottes. » D’ailleurs, quand il parle de sa blonde, il dit « Ma plotte! » Il n’aime pas une femme en particulier? Alors c’est une salope et une pute, même si ce qu’il lui reproche n’a rien de sexuel. Elle n’est pas de bonne humeur? Alors elle est en SPM, autre truc relié à son vagin. Lorsqu’une femme revendique ses droits, ou bien qu’elle est patron qui dirige avec une main de fer, alors « C’t’une hostie de mal-baisée qui aurait besoin de se faire mettre. » Elle est féministe? Alors elle est frigide ou lesbienne. Toujours le sexe!

Pour ces gars-là, les femmes se classent en deux catégories : Celle qu’il rabaisse à un sexe qu’il voudrait baiser, ou celle qu’il rabaisse à un sexe qu’il ne voudrait PAS baiser.  Exemple: Maxime Roberge, un animateur de radio du Saguenay, n’aime pas l’artiste Coeur de Pirate.  Est-ce qu’il l’attaque sur sa voix, sa musique, ses gestes ou ses paroles?  Non: Il se contente de la traiter de plotte.

Apparemment, il ne faudrait pas s’en étonner.  Cet article de Cracked explique comment le sexe sous toutes ses formes est l’unique unité de mesure utilisée pour juger la femme dans notre société. Regardez les trois images qui suivent. La première est une photo de Sandra Fluke, étudiante en droit à l’université de Georgetown, qui a osé demander au congrès américain d’inclure les contraceptifs dans la liste des médicaments gratuits et/ou remboursables. Voyez comment la caricature éditoriale qui suit la dépeint.

Elle est mince, attrayante, d’apparence soignée, et ses demandes sont raisonnables et pertinentes. Or, parce que c’est une femme, si on est en désaccord avec elle, il faut que ce soit d’abord et avant tout parce qu’elle ne remplit pas son rôle d’objet sexuel. On la transforme donc en grosse laide négligée. On donne ensuite un angle sexuel à ses revendications en la montrant en train d’écrire « Pour passer un bon moment, appelez-moi » sur la porte des toilettes des hommes, histoire d’en faire une salope, voire une pute.  Ce qui expliquerait pourquoi elle revendique la contraception gratuite. Et voilà, mission accomplie. Une femme n’est qu’un sexe, alors on l’attaque sur son sex-appeal et sa sexualité. Rien d’autre!

Vous allez me dire que puisqu’il s’agissait de contraception, le sujet était tout de même sexuel. Alors laissez-moi vous donner un autre exemple de comportement misogyne, cette fois dans un contexte totalement asexué: Un entrepôt de bouquins.

Il y a quelques jours, dans un groupe de Facebook consacré aux vieux objets de collections, une femme a décidé de partager la chance qu’elle a d’avoir accès à un entrepôt où s’empilent des milliers de vieux livres. Après nous avoir montré quelques photos de l’endroit et de ce que l’on peut y trouver, elle nous a fait une offre : Si l’un des membres de ce groupe cherche une publication en particulier, il n’a qu’à lui écrire la liste de ce qu’il cherche, et elle verra si elle peut le lui trouver. Aussitôt, un membre masculin est venu et a échangé avec elle la malaisante conversation qui suit :




  • Il veut savoir où se situe l’endroit.
  • Il argumente.
  • Il ne respecte pas ses limites.
  • Il cherche à mettre en doute l’honnêteté de ses intentions. 
  • Il lui demande encore et encore de justifier son refus.
  • Il dit qu’elle a un comportement d’agace. 
  • Et après qu’elle lui ait demandé d’arrêter, après lui avoir exprimé vouloir mettre fin à la conversation, il continue d’insister, ce qui est du harcèlement.  
  • Et pour terminer, il lui fait comprendre que c’est de sa faute à elle s’il insiste.

Si vous êtes une fille ou une femme, ce comportement doit certainement vous rappeler de mauvaises expériences. Car en effet, quand un homme veut s’inviter chez une femme dans le but d’avoir du sexe, il agit exactement de cette manière. Ce n’est pas le cas ici puisqu’il ne s’agissait que d’un entrepôt et de livres.  N’empêche, même comportement, mêmes paroles. 

Mais bon, ça ne devrait pas nous surprendre, de la part d’un gars qui fait la leçon publiquement aux féministes, en leur disant que si une fille se fait harceler de regards insistants sur sa poitrine, c’est qu’elle l’a bien cherché, de la façon dont elle s’habille.

Il y a fort à parier que s’il était confronté au sujet de ce commentaire, il aurait de la difficulté à comprendre pourquoi ce dernier est mal reçu puisque ce n’était pour lui qu’une remarque faite sous le ton de la blague. Car en effet, en général, ceux qui sont coupables d’un tel comportement vont toujours plaider l’innocence, parce qu’à leurs yeux ces paroles sont anodines.

N’allez pas qualifier ces hommes de cons.  Vous ne feriez que renforcer cette tendance, puisque con est un autre mot désignant le sexe de la femme. Comme quoi la misogynie et la culture du viol sont beaucoup plus profondément enracinées dans nos mœurs, nos comportements et nos paroles qu’on pourrait le croire.

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Références:
La page Wikipedia sur le Slut Shaming parle justement de l’affaire Sandra Fluke: « Le 29 février 2012, Sandra Fluke qui réclamait alors le remboursement de la contraception par les assurances-santé, avait été traitée de « salope » et comparée à une « prostituée » par Rush Limbaugh lors de son émission. »
Voir aussi Culture du viol.

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