Les 12 risques d’avoir une relation en milieu de travail

De tous les endroits où l’on puisse rencontrer son partenaire amoureux et/ou sexuel, le plus risqué reste le milieu de travail. Autant par observation que par expérience personnelle, j’ai pu répertorier les douze risques les plus communs dans cette situation.

Comme d’habitude, les sexes sont interchangeables.

RISQUE 1 : Ça peut être vu/traité comme étant du harcèlement.
À moins que les deux personnes impliquées vivent un moment magique dans lequel, simultanément, ils se regardent, réalisent soudain qu’ils sont attirés l’un par l’autre et s’embrassent passionnément, ça va plutôt se passer de manière un peu plus normale : L’un va faire savoir à l’autre son attirance, et attendre sa réaction.

Or, il arrive trop souvent que, pour toutes sortes de raisons, la personne sollicitée ne réagisse pas, en espérant que l’autre comprenne que son manque de réaction équivaut à un NON. Pendant ce temps-là, la personne intéressée considère que son manque de réaction peut être dû à l’une de ces raisons :

  • Elle n’a pas compris qu’elle se fait draguer.
  • Elle croit que ce sont des blagues.
  • Elle est trop timide pour dire oui.
  • Elle a oublié qu’il l’a draguée.
  • Elle attend qu’il continue, car qui ne dit mot consent.
  • Elle ne lui oppose qu’une résistance passive de principe.
  • Elle n’est pas intéressée.

Mais puisque cette dernière option ne représente que 14.3% des possibilités, il y a donc 85.7% de chance qu’il soit dans l’erreur. Il se sent donc obligé de revenir à la charge, ne serait-ce que pour la pousser à lui dire franchement si oui ou non elle est intéressée. Et si elle ne l’est pas, mais espère qu’en restant silencieuse « il finisse par comprendre », alors son insistance devient malaisant pour elle. Elle confie donc son désarroi à une collègue, qui lui tord le bras aussitôt pour qu’elle dépose plainte contre lui pour harcèlement en milieu de travail. Par conséquent :

RISQUE 2 : Ça détruit vos réputations.
À partir de maintenant, le gars est vu comme étant un harceleur de qui il faut se tenir loin. Et la fille ne s’en tire pas tout-à-fait blanche comme neige non plus. Il y aura quelques personnes médisantes qui vont lui en vouloir d’avoir causé des problèmes au gars, et/ou qui n’hésiteront pas à l’accuser d’être une allumeuse, une agace qui a couru après.

Mais admettons que ça se passe bien, que l’attirance est mutuelle et que vous formez un couple. Alors :

RISQUE 3 : Ça rend envieux et jaloux les collègues.
À moins d’avoir un physique particulièrement disgracieux et/ou avoir un certain âge, chaque femme au boulot est le sujet des fantaisies amoureuses et/ou sexuelle d’un ou plusieurs de ses collègues. Alors de savoir qu’elle est maintenant en couple, avec un collègue en plus, c’est difficile pour eux à accepter. Aussi… :

RISQUE 4 : Ça créé la médisance.
Ça va du « Qu’est-ce qu’il a de plus que moi, lui? » au « Mais qu’est-ce qu’elle fait avec un con pareil? », sans oublier la classique « Quelle pute, il lui les faut tous! », votre relation est le sujet des conversations des commères de bureau.  Sans oublier ceux et celles qui vont oser venir vous avertir de vous méfier de l’autre, à cause de son passé.

Afin d’éviter ça, certains nouveaux couples de bureau décident de garder leur relation secrète. Cependant :

RISQUE 5 : Il est impossible de garder ça secret.
Dans un couple, il arrive que celui qui se fait suggérer le secret par l’autre ne le prenne pas très bien.  La première pensée qui lui vient en tête est « Pourquoi?  A-tu honte de moi? Veux-tu continuer de te faire passer pour libre pour pouvoir me tromper? »   Avec ou sans l’accord de l’autre, cette personne insécure révélera alors leur relation dans les 48 heures. 

Autre scénario: L’un de vous se confie à une personne de confiance qui, quel hasard, est un(e) de vos collègue.  Or, une personne de confiance ne l’est jamais tout-à-fait. Elle va en parler à une amie qui travaille ailleurs, et ce sans retenue puisque ce n’est pas une collègue. Celle-ci en parlera à tout son entourage. Entourage qui inclut une personne proche d’un de vos collègues, à qui il se fera un plaisir de tout raconter.  Et bientôt, tout le monde au travail le sait et les ennuis commencent.

RISQUE 6 : En général, ça ne dure pas.
Le problème le plus fréquent en matière de drague, c’est que l’on se met ensemble avant de se connaître vraiment.  Alors quand on se rends compte que nous ne sommes pas compatibles, la relation est déjà commencée, il faut donc y mettre fin.  Au moins, chez les couples qui se sont rencontrés n’importe où, c’est simple: Quand on cesse d’être un couple, on cesse de se voir.  Mais vous deux, vous travaillez ensemble.  Ainsi… :

RISQUE 7 : Les choses deviennent malaisantes pour l’un, pour l’autre ou pour les deux.
Il est rare qu’une rupture soit une décision mutuelle et harmonieuse. Aussi, après la relation, il est souvent difficile d’être obligé de côtoyer l’autre huit heures par jour, cinq jours par semaine. Surtout si l’un est encore un peu accro à l’autre.  Par conséquent… :

RISQUE 8 : Ça affecte le rendement et la performance.
Difficile de se consacrer à notre travail quand on ne pense qu’à l’autre.  En plus, on ressent le besoin d’en parler au lieu de travailler.  Et le/la collègue à qui vous vous confiez vous écoute au lieu de travailler.  Et si l’un harcèle l’autre, ça en fait une de plus qui ne travaille pas.  Ni le patron ni les collègues ne risquent d’apprécier. 

RISQUE 9 : Ça détruit la vie sociale.
Pendant la planification d’un 5 à 7, il suffit qu’elle leur dise qu’elle se sentirait mal à l’aise à cause de votre présence, puisque vous êtes son ex. Il n’en faut pas plus que vous vous retrouviez persona non grata sans autre forme de procès. Vous êtes désormais exclus de toute activité entre collègues et amis.

RISQUE 10 : Tout le monde connait vos secrets les plus intimes.
Quand la relation finit mal –Que dis-je : Même quand tout se passe bien— il est quasiment inévitable que l’un ou l’autre raconte tout au sujet de votre vie sexuelle : Elle demande la fessée, il a besoin de se faire sodomiser pendant l’acte, elle exige d’uriner sur son partenaire, il est pédosadozoophile, etc.

Vous vous rappelez ce que je disais plus haut, au sujet de la personne de confiance?  Ben voilà! En un rien de temps, tout le monde sait tout, et plus personne ne vous regarde du même oeil.

RISQUE 11 : On est à la merci des désirs de vengeance.
À partir du moment où l’autre te fait connaitre son intérêt pour toi, tu es à risque.

  • Tu étais en relation avec cette personne et ça a mal tourné? Elle peut te faire la vie dure au travail pour se venger.
  • Tu n’as jamais été en relation avec cette personne car tu as décliné ses avances? Elle peut te faire la vie dure au travail pour se venger.
  • Et même si l’autre ne te cause pas de misère, aux yeux de collègues jaloux, tu as commis le crime de lui plaire?  Ils peuvent te faire la vie dure au travail pour se venger.

RISQUE 12 : Vous perdez votre emploi.
Ou bien vous êtes renvoyé, ou bien vous démissionnez parce que c’est la seule option qui puisse mettre fin à tous ces problèmes.

C’est sûr que comme dans toutes les situations il y a des exceptions.  Mais pour ma part, je considère que de risquer ma vie professionnelle, financière et sociale en échange de quelques orgasmes, ça n’en vaut vraiment pas la peine.

 

La résistance de principe, et la nécessité de la respecter.

Lors du dernier temps des fêtes, il y a eu un scandale d’internet au sujet d’une chanson de Noël, un classique (que je n’avais encore jamais entendu), Baby it’s Cold Outside.  Chanté en duo par un homme et une femme, l’homme insiste pour que la femme passe la nuit chez lui car il fait trop froid dehors pour la laisser partir. Tout le long de la chanson, elle émet des objections.  Aucune ne venant d’elle-même, cependant.  Ce n’est que du : Ma mère va s’inquiéter, mon père va rager, mes tantes vont me juger, qu’est-ce que les voisins vont penser, etc.  Et lui, à chaque argument, il insiste pour qu’elle reste. 

Il faut comprendre que la chanson a été écrite en 1944, une époque à laquelle, comme le démontrent les paroles, une femme devait toujours cacher ses désirs sexuels pour ne pas faire de scandale social.  Elle devait donc offrir une résistance de principe, et c’était à l’homme d’insister.  Et afin de démontrer que c’est bien le cas ici, elle ne dit jamais que ça ne lui tente pas.  Elle propose elle-même de rester encore un peu pour une dernière cigarette, un dernier drink…  D’où la ligne qui a parti le scandale, « Hey, what’s in that drink? », ce qui, de nos jours, a vite été interprété comme étant un hymne à la drogue de viol.  Aussi, quelques articles sur le sujet ont plutôt démontré que blâmer l’alcool était l’excuse classique qu’utilisait la femme pour sauver la face à l’époque dans cette situation.

Si cette chanson a causé un scandale, la raison est bien simple : À notre époque moderne, insister auprès d’une femme qui dit non, c’est légalement du harcèlement.  Et c’est une très bonne chose.  Car entre une fille qui veut mais qui oppose une résistance de principe, et une fille qui ne veut vraiment pas mais qui est trop timide/craintive pour oser trop résister, la différence peut être imperceptible. 

En fait, la différence ne se voit qu’après l’acte, alors que la première va s’en vanter et l’autre s’en plaindre.

Comment  faire la différence entre une résistance de principe et une résistance sincère?
Même à notre époque moderne, il y a encore des filles qui s’amusent à utiliser la résistance de principe.  Je ne peux plus compter le nombre de fois où, depuis mon adolescence, j’ai respecté le NON d’une fille, pour qu’elle se moque aussitôt de moi pour mon manque de persévérance.  Ce genre de comportement ne fait que convaincre encore plus les hommes que le NON féminin est juste un OUI qui a besoin d’insistance. 

L’extrait qui suit est tiré de mon roman autobiographique en ligne 52 jours à Montréal, aussi connu sous son titre original Sept semaines en appartement.   Dans ce chapitre, une ex m’explique que durant toute l’année et demie que nous sommes sortis ensemble, (alors que j’avais de 17 à 19 ans, et elle de 15 à 17), elle m’avait opposé une résistance sexuelle de principe.  Et elle me révèle que si j’avais insisté, alors elle aurait cédé et nous l’aurions fait. 

(Début de l’extrait)_____________________________
Je ne suis pas très cool face à ces aveux de sa part.  En fait, j’en suis extrêmement frustré.

« J’ai passé ma vie à entendre les femmes et les filles affirmer que quand elles disent non, ça veut dire non! Pourtant, je ne peux même plus compter l’estie de Christ de calice de tabarnak de nombre de fois où une fille m’a dit que pour obtenir ce qu’on veut avec elle, il faut juste insister. D’un côté vous dites toutes que non c’est non. De l’autre, vous nous montrez que non, ça veut dire oui. Pis après ça, vous vous plaignez quand vous vous faites violer. Pis pendant ce temps-là, nous autres les gars, on a le choix entre vous forcer, ce qui fait de nous des agresseurs, ou bien vous respecter, ce qui fait de nous des imbéciles. À QUOI ÇA SERT DE VOUS RESPECTER SI TOUT CE QUE ÇA NOUS RAPPORTE, C’EST D’ÊTRE LOSERS, HEIN? »  

Julie semble avoir des regrets de m’en avoir dit autant.

« Je l’savais que t’allais réagir comme ça. »
« Ah oui? Félicitations, Sherlock! Ça prend du génie pour deviner que j’allais être frustré, d’apprendre que non seulement tu m’as menti tout ce temps-là au sujet de tes désirs sexuels, tu aurais été correcte avec l’idée que je ne respecte pas tes limites. »

Nous restons silencieux quelques secondes. Ça me laisse le temps de me calmer. C’est avec une voix beaucoup moins frustrée, que je reprends la parole.

« Désolé! Je sais bien que je t’ai juré de ne pas me fâcher. Mais d’apprendre ça, après tous les efforts que j’ai mis pour me contrôler et pour te respecter… »
« Ben… Comme je te l’ai dit, je ne suis pas une sainte. Moi aussi j’ai des envies.  Et à cause de ça, je n’ai peut-être pas toujours agi comme j’aurais dû le faire. »

Peut-être pas, qu’elle dit! Je soupire.  Je me sens tellement découragé en ce moment.  Je ne sais plus où j’en suis.

« S’il te plait, éclaire-moi : Comment est-ce que je suis supposé savoir la différence entre une fille qui oppose une résistance de principe, et une qui oppose une résistance sincère? Comment est-ce qu’un gars peut savoir quand est-ce que c’est correct d’insister, et quand est-ce que ça ne l’est pas?»

Je ne suis pas le premier gars à me poser cette question et je ne serai certainement pas le dernier. Julie comprend mon désarroi et essaye de m’éclairer du mieux qu’elle peut.

« Ben, je ne prétends pas parler au nom de toutes les filles, là, mais… Tsé, des fois, pour toutes sortes de raisons, comme la religion, l’éducation, ou comme moi les principes moraux, il arrive qu’une fille soit coincée entre ses valeurs et ses désirs. Elles veulent vraiment céder à leurs envies, mais si elles le font, c’est comme si elles se résignaient à reconnaitre qu’elles sont des hypocrites, des filles sans morale, voire des salopes. Dans ce temps-là, elles ont besoin d’un gars qui va les forcer. Ben, techniquement, il ne la forcera pas pour de vrai, puisque qu’il lui fera faire quelque chose qu’elle a vraiment envie. N’empêche que c’est lui qui va prendre la décision à sa place. Comme ça, la fille peut avoir ce qu’elle veut, et toujours avoir la conscience tranquille en se disant que ce n’est pas de sa faute à elle, puisque c’est lui qui a décidé. Tu comprends? »

Je comprends. Ça fait du sens. Ça explique pourquoi ma colocataire se cache derrière l’excuse du « J’ai pas eu le choix, il a insisté! » pour justifier le fait qu’elle couche encore avec Hans malgré le fait qu’elle ne cesse de dire du mal de lui.

« Maintenant, quant à savoir qui veut se faire forcer et qui ne le veut pas… Je ne pourrais pas le dire parce que ça va toujours dépendre de la fille, donc que c’est du cas par cas.  Mais dans mon cas personnel, t’étais bien placé pour voir que j’en avais envie. Quand tu me caressais là, je te laissais toujours faire sans résister, pendant une heure ou deux, et je mouillais à chaque coup.  Si tu avais été attentif aux signes, tu aurais compris que j’en avais vraiment envie, même si je disais non. »

Ah, les filles et leurs maudite manie de ne jamais être claires.  « Montrer des signes » … « Espérer que le gars comprenne le message »… Elles restent tellement vagues que quoi que l’on fasse, on risque de faire erreur.
___________________________________(Fin de l’extrait)

Cette explication que m’a donné Julie avait beau être éclairante sur les raisons pourquoi certaines filles sont excitées à l’idée de se faire forcer, ça ne permet pas plus à l’homme de savoir faire la différence entre une résistance sincère et une résistance de principe. Et puisqu’il est impossible de faire la différence, j’ai compris que je ne serais jamais à l’abri de faire erreur.  J’ai donc cessé de perdre mon temps sur la question.  J’ai plutôt porté mon attention sur l’autre aspect du sujet : Les conséquences de la faire, cette erreur.

Si la fille offre une résistance sincère, mais que je fais erreur en insistant :

  • Je commet du harcèlement.
  • Je commet un viol.
  • Je ruine ma réputation.
  • Je m’expose à des ennuis judiciaires.
  • Et à de la prison.
  • Et à un casier judiciaire qui me suivra toute ma vie

Si la fille offre une résistance de principe, mais que je fais erreur en la respectant :

  • Elle se moque de ma naïveté, et je passe pour un cave.

… Et c’est tout!

C’est pour ce genre de situation qu’a été créé le dicton disant que « De deux maux, il faut choisir le moindre. »  J’ai donc fait mon choix.  J’ai toujours respecté le NON d’une fille. 

Et quelques années plus tard, j’ai compris qu’à ce sujet, « Qui ne dit mot consent! » , ce n’est qu’un mythe.  Aussi, j’ai ajusté ma façon de penser, et c’est devenu : « Si ce n’est pas un OUI explicite en gestes et/ou paroles, alors c’est un NON. »  

Lorsque je faisais face à une résistance de principe (souvent sans me rendre compte que ce n’était pas une résistance sincère) et que j’arrêtais aussitôt sans insister, voici ce qui se passait, selon la fille :

  • La fille, croyant/voyant que je n’avais pas compris, me faisait alors savoir clairement son intérêt.  C’était positif, car aucun risque de faire erreur.
  • La fille, croyant/voyant que je n’étais pas intéressé, n’insistait pas.  C’était positif, car qu’est-ce que vous voulez que je fasse d’une fille qui n’est même pas capable de me montrer son intérêt? Désolé mais dans un couple / chez les amants / dans un one-night, une personne ne peut pas être la seule des deux à montrer de l’intérêt à l’autre.
  • La fille, croyant/voyant que je n’avais pas compris, me traitait de cave.  C’était positif car ça me montrait dès le départ à quel point sa personnalité était désagréable. Ça me permettait de l’éviter, et ainsi de m’épargner une relation toxique.
  • La fille, croyant qu’il était impossible qu’un homme ne veuille pas d’elle, m’accusait d’être gai.  C’était positif car ça me montrait dès le départ qu’elle croit que tout homme hétéro désire baiser n’importe quelle femme.  Ça me permettait d’éviter une relation cahoteuse faite de crises de jalousie non-méritées.

Je ne vous cacherai pas que ça peut parfois être très frustrant quand la fille nous montre qu’il aurait pu y avoir quelque chose entre nous si on avait réagi correctement à ses attentes.  Mais il ne faut jamais oublier que face à la Loi, lorsqu’il s’agit de sexe, quand la fille s’obstine à rester floue dans ses attentes et ses désirs, la seule réaction correcte, c’est de s’abstenir.  De toute façon, être cave ou être gai, ça a le mérite d’être légal.  Ce n’est pas le cas quand on est harceleur, et encore moins violeur.  Juste pour ça, ça vaut la peine de ne jamais prendre de risques face à une fille qui oppose de la résistance.

À notre époque moderne où le refus sexuel doit toujours être pris au sérieux, toute résistance doit être vue comme étant sincère. Il n’y a plus de place dans la société pour la résistance de principe.  Si les hommes sont capables de comprendre ça, les femmes le devraient aussi.

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Y’A LIENS LÀ, tous en rapport au sujet:

Motel California.  Après trois semaines de relation platonique, Christine m’invite au motel en me disant clairement que c’est dans le but de baiser, allant jusqu’à payer la chambre elle-même.  Dès que nous y sommes, elle ne cesse de me mettre des obstacles pour m’en empêcher, pour aussitôt m’inciter à continuer à chaque fois que je m’arrête. 

La convention sociale du « Si tu viens, tu couches! » Il s’agit de la règle sociale non-écrite qui dit qu’inviter chez soi une personne compatible avec notre orientation sexuelle, c’est une invitation au sexe.  Et accepter l’invitation, c’est dire oui au sexe.  

Daniella l’amie seulement.  Une fille m’invite à passer la nuit chez elle, en précisant que ça sera en amis.  Je me le tiens pour dit, même lorsqu’elle a un comportement qui pourrait faire croire qu’elle a changé d’idée.

Océane.  Elle vient chez moi, me dit qu’elle doit partir tôt, est en couple, me dit que se toucher entre amis n’est rien d’autre pour elle que signe d’amitié… Et passe le reste de la soirée à me provoquer et s’offrir à moi, rester plus tard que prévu, pour ensuite mettre un terme à notre amitié car je refusais de me jeter dans cette situation trop floue. 

Elle a dit OUI par peur des conséquences de dire NON.  La raison pourquoi j’ai cessé de croire à « Qui ne dit mot consent! »

Dick Pics: La chanson des pénis laids

Inspiré d’un phénomène trop souvent vécu par les filles et les femmes, voici la chanson Pénis laid du populaire groupe Les Bite Seules.

Un pénis laid vient d’apparaître dans ma conversation
Sans que ça ait rapport à notre discussion
Il l’a sorti et l’a pris en photo
Pour me dire « Allo! »

Ce matin c’était un autre gars, cette fois sur Tinder
Qui me montrait qu’il était prêt, déjà d’bonne heure
En pensant que ça ferait mon bonheur
Pourquoi font-ils ça? C’est loser!

Pénis laid, t’es dans ma face, t’es sur mon cell
C’est c’qu’envoient ces gars à toutes les filles
Pour dire qu’ils les trouvent belles.

Un pénis laid, c’est un pompier qui me montre son boyau.
C’est un artiste qui voudrait tremper son pinceau
C’est un boucher qui veux j’goûte sa saucisse
C’est gossant en Christ!

(Bout musical où s’enchaînent plein de dick picks)

Pénis laid, au garde-à vous, j’te vois partout
Sur facebook dans messenger
Mais pourquoi? C’est loser!

Derrière les arbres au beau milieu d’un parc achalandé
Un comptable est en train de se déculotter
Il se déplace pour me montrer qu’il est,
En train d’se branler

Dans son auto un monsieur vient me demander son chemin,
Tandis qu’il tient son engin bien dur à la main,
On dirait que ça l’excite de m’faire peur.
Pourquoi font-ils ça? C’est loser!

Penis laid, partout où j’vais, tu apparais
Le pâtissier qui montre la baguette
L’étalage de quéquettes

Penis laid qui veut me montrer qu’il est gros
Le plombier qui me montre son tuyau
Penis laid!

Dans la tête d’un Nice Guy

Les célibataires involontaires, les incels, les Gentlemen, les Nice Guys, les Elliot Rogers, les Alek Minassian… Tout commence avec une mentalité décrite (et approuvée) par un texte tristement célèbre, Ode to the Nice Guys, dont j’ai déjà analysé la version française dans ce vieux billet. (Tous ces liens ouvrent d’autres onglets.)

Il y a quelques temps, une amie facebookienne à posté l’image qui suit, en se plaignant de tous les Nice Guys qui partagent ce genre de message dans lequel ils chialent comme quoi la simple décence sociale de base (être gentil et respectueux d’autrui) n’est pas suffisant pour leur rapporter amour et sexe :

Aujourd’hui, comme je le répète souvent, je sais qu’il faut beaucoup plus que « nous sommes tous les deux célibataires et hétéros » pour qu’il y ait attirance solide et couple stable.  Mais il fut une époque, avant mes 27 ans, où j’étais exactement comme ces gars-là.  Et ma vision de la chose était exactement celle-là.

Alors si vous vous demandez ce qui se passe dans la tête d’un Nice Guy pour leur faire croire de telles choses, réjouissez-vous, je suis très bien placé pour vous l’expliquer. 

Ça va comme suit:

(Dans la tête d’un Nice Guy, DÉBUT)
De mes 14 à 26 ans, une fille n’avait qu’à être hétéro et célibataire pour attiser mon désir de sortir et coucher avec.  Je n’avais aucun concept des affinités, des passions communes. Par conséquent, TOUTES les filles célibataires étaient des conjointes/amantes potentielles.

Et d’après ce que je pouvais voir, du côté des filles, c’était pareil. Au nombre de filles qui se plaignaient de leurs mecs, il me semblait évident qu’elles non-plus n’en avaient rien à chier, d’avoir des trucs en commun avec le gars qui partagera sa vie.  Le couple, dans le fond, c’était juste une garantie de baiser sur une base régulière, point. Le reste, on s’en fout. On s’adapte pour que chacun ne dérange pas trop l’autre dans ses habitudes, voilà tout.

Ah, et les filles avaient le beau jeu. Pas question qu’elles draguent, ça leur donnerait l’air de salopes. Alors fallait juste qu’elles se laissent draguer par un gars. Et, là encore, pour ne pas avoir l’air salope, elles se sentent obligées d’opposer une résistance de principe. NOUS SOMMES DONC OBLIGÉS D’INSISTER!!!!

À cette époque, comme tout le monde, j’entendais que la majorité des filles disaient que « c’est l’intérieur qui compte ». Que « La beauté, l’argent, ça n’a aucune importance. » Donc, à mes yeux, moi qui suis loin d’être un athlète, loin d’être riche, loin d’être beau, je n’avais qu’à agir en bon gars, me montrer doux, gentil, romantique, et j’allais toutes les avoir à mes pieds.

Mais voilà, au lieu de succomber à mes charmes, elles préféraient un beau grand riche. QUELLES SALOPES PROFITEUSES! Un beau grand riche, de qui elles vont se plaindre ensuite comme quoi il la maltraite. Bien fait pour toi, pauvre conne, de ne pas avoir choisi un Nice Guy comme moi.

Et puis là, on frustre, évidemment! Ce n’est pas ces gars-là qui devraient se faire offrir du vagin. C’est MOI! Chuis gentil, chuis romantique, chuis tendre… Bref, je suis tout ce qu’elles disent vouloir. Pourtant, c’est lui, qui n’est rien de tout ça, qui y a droit. Ces filles me privent donc injustement du sexe qui me revient de droit, pour le donner à ceux qui ne le méritent pas.

En plus, ces filles sont toutes des hypocrites. Quand on leur demande de s’expliquer pourquoi elles cèdent aux avances de ces gars qui ne leur conviennent pas, elles répondent « Pas eu le choix, il a insisté! » Par contre, quand MOI j’insiste, non seulement elles résistent, je me fais parfois menacer de me faire mettre la police au cul.

Eh oui! Quand moi, le bon gars, j’insiste, puisque telle est la règle du jeu, elle ne cède pas. Mais quand LUI, le trou d’cul, il insiste, elle cède? Sans le menacer? MAIS QU’EST-CE QU’ELLES SONT INJUSTES, CES SALOPES!

Non mais pensez-y sérieusement, c’est nous, les victimes, ici. On fait tout ce qu’on a à faire pour être en couple. Par conséquent, on DEVRAIT être en couple. Ce sont elles, avec leurs décisions stupides, qui font de nous des célibataires involontaires. Il est de notre droit de refuser d’être victime de cette injustice. Et la seule façon de cesser d’être victime, c’est de s’arranger pour prendre ce qu’elles nous refusent injustement. Ce n’est que Justice!

Alors il nous vient des idées, des fantaisies. On longe les allées de la pharmacie, en cherchant pour voir si de puissants somnifères sont en vente libre. On fait des recherches sur ce fameux chloroforme, présent dans les BD et les films. On est fasciné par le concept de drogues de viol et on passe des heures à googler sur le sujet, à voir comment pouvoir en commander en ligne.

Ben quoi? Si elle ne veulent pas nous donner du sexe volontairement, et si on ne veut pas se retrouver en prison si on insiste, on est bien obligés de trouver des façons pour obtenir en douce ce qui nous revient de droit.

Et c’est normal que l’on pense ainsi, on ne nous montre que ça, partout, toute notre vie.  Si le prince a fini avec Blanche Neige et la Belle au Bois Dormant, c’est parce qu’il a commencé à être intime avec elles alors qu’elles étaient inconscientes.  Dans le film Revenge of the Nerds, le nerd en chef séduit la copine de la grosse brute sportive en se faisant passer pour lui dans le noir.  Et après s’être montré meilleur baiseur que lui, il se révèle à la fille qui jette immédiatement la brute en faveur du nerd, en regrettant de ne pas lui avoir laissé sa chance avant. 

Cette scène résume parfaitement notre situation:  On sait qu’on peut les faire nous aimer, il faut juste qu’elle nous laisse une chance. Et si elle ne veut pas nous la laisser, cette chance?  Eh bien, ne nous répète t’on pas sans arrêt que « la chance, c’est quelque chose que l’on se fait soi-même » ?
(Dans la tête d’un Nice Guy, FIN)

Et ouais, voilà la terrifiante mentalité incel, que j’ai eu moi-même de mes 14 à 26 ans.  

Avec de telles convictions, la suite dépend entièrement de la personnalité de chaque gars. Certains vont juste passer leur vie à chialer contre cette injustice. Comme ceux qui font et/ou distribuent des images comme celles au début de cet article.  Certains vont passer à l’action, en violant. Certains vont se défouler dans des tueries.

Et puis il y en a d’autres, comme moi, qui se sont arrêtés, se sont observés, ont observé les autres, et ont fait ce qu’ils avaient à faire pour devenir agréables, mériter le respect, être désirables.

Et en général, c’est là qu’on se rend compte que les filles ne sont pas si pires que ça. C’est  juste nous qui nous obstinions toujours à ne désirer que les filles à problèmes: Celles qui ne préfèrent vraiment que les irrespectueux.

J’ai eu de la chance. Dans mon cas personnel, tout ce que ça m’a pris pour m’en tirer, ce fut faire du sport (pour améliorer mon physique) faire de la BD (pour me faire connaitre) et faire une longue introspection, afin de voir ce qui me rendait loser en amour comme partout ailleurs, afin de changer mes mauvaises habitudes.  J’en ai fait une série de billets il y a quelques années, regroupés dans la série Pas obligé de rester loser.

En ressortant mes notes à la mine au deux tiers effacés par le temps sur papier ligné jauni, qui furent mes journaux intimes de mes 15 à 26 ans, je redécouvre un ancien Moi qui est beaucoup plus incel que je le croyais.

Par exemple, à 20 ans, je considérais que toute fille qui me disait « Allo! » était une amante potentielle. Et quand je la draguais et qu’elle répondait négativement, en me disant toutefois que nous pouvions rester amis, je trouvais ça stupide. Je lui répondais alors que ce n’est pas une amie que je veux, c’est une blonde. Des amies, j’en ai déjà. Je n’ai pas besoin d’en avoir une de plus.


Et la meilleure, c’est que j’étais vraiment sincère en disant ça. Dans ma tête, ma façon de penser était logique et incontestable.

Et en effet, j’en avais, des amies. Trois! Celles-là, il y avait une excellente raison pourquoi je ne les avais jamais vues comme étant des blondes potentielles. La première était la blonde d’un de mes amis. La seconde me semblait d’une classe sociale beaucoup trop élevée pour moi, et n’a de toute façon jamais manifesté intérêt pour moi. Et la troisième, comment dirais-je!? … « Butinait » beaucoup, disons. Et moi je voulais une relation stable, chose que je ne pouvais pas envisager avec une fille incapable de s’engager sérieusement.

Quand je voyais celle en couple stable se plaindre que mon ami lui manquait parfois de respect, comme la fois où il l’avait traitée de grosse épaisse devant nous tous, de ne pas être aussi habile que lui avec un jeu vidéo, j’entrais dans une colère noire. Non pas contre lui, mais bien contre elle. Car je suis là, moi, qui ne lui ferais jamais un tel affront. Mais moi, elle m’ignore. Par contre, lui, qui la rabaisse sur son intelligence et son poids, eh bien LUI, elle l’aime.

La fois où elle m’a confié avoir été blessée de cette remarque de sa part, je n’ai pas hésité à lui dire: « Ben là, si t’aimes ça, un gars qui t’insulte, viens pas te plaindre après ça! » Ça l’a insulté. Elle m’a dit que ce commentaire, c’était très bas de ma part, et qu’elle s’attendait à mieux de moi. Ma réplique: « Ben c’est ça! Insulte celui qui te respecte, et respecte celui qui t’insulte. Tu vois comment tu agis? Exactement ce que je disais. » Furieuse, elle a quitté la pièce. Et moi, impassible, je n’ai fait que hausser les épaules, la trouvant pathétique d’être ainsi incapable de faire face à la vérité.

Mon ami était fils de bonne famille, beau, bon étudiant, travailleur salarié, avec un excellent avenir. Moi, j’étais un laid fils de BS qui ne foutait rien à l’école, sans emploi ni ambitions. Il avait un avenir, il faisait de quoi de sa vie. Pas moi! Il était donc un bien meilleur prospect que je pouvais être. Pourtant, à mes yeux, il n’y avait aucune différence entre lui et moi, à part le fait que je respectais les filles, et pas lui. Donc, puisqu’il avait une fiancée et pas moi, la seule conclusion à laquelle je pouvais arriver était que les femmes sont toutes des hosties de folles qui aiment se faire maltraiter.

Ou alors, c’est parce qu’il était beau et riche et moi pas, ce qui signifie que les filles sont toutes des profiteuses superficielles.  ET des menteuses d’affirmer le contraire.

Donc, ma conclusion en trois points pour résumer la mentalité Nice Guys / Incel est:

  • De 1) Nous nous sentons inférieurs à la population en général, pour une ou plusieurs raisons.
  • De 2) On ne veut pas faire l’effort de s’améliorer. On préfère blâmer les autres de ne pas nous donner les mêmes avantages sociaux que ceux qui le méritent.
  • Et de 3) Quand on n’a rien pour nous côté physique, beauté, talents, argent, habiletés, etc, alors il est extrêmement important pour nous d’avoir au moins une copine/conjointe/amante et du sexe pour compenser.

Et pourquoi faire une obsession sur ÇA, en particulier? Simple: De tout ce qu’un gars peut avoir, c’est la seule chose qui, selon rumeurs, ne demande rien de plus que « être gentil, car le reste est sans importance. »  eh bien il se trouve que « Être gentil », ça, on peut le faire. Alors on tient mordicus à avoir l’amour et le sexe d’une fille, en échange de notre gentillesse, tel que socialement promis.

Et voilà pourquoi c’est si frustrant pour nous, que la seule chose que l’on nous miroite comme étant à notre portée, nous est quand même refusée.

Je ne prétend pas que tous les Nice Guys pensent exactement ainsi. Mais telle était la mentalité que j’avais avant 1995, jusqu’à mes 27 ans.

Les prophètes auto-réalisateurs et votre reputation (Le retour)

AVERTISSEMENT : Ce billet comporte des scènes sexuelles explicites enrichies de TMI.  Vous v’là prévenus.

Par le passé, je vous ai déjà parlé des prophètes auto-réalisateurs.  Il s’agit de gens qui vous accusent de quelque chose de faux, de manière à ce que la dite chose s’accomplisse. L’un des exemples les plus classique est la personne qui ne cesse de vous reprocher à tort d’être susceptible, jusqu’au moment où cette accusation non-fondée finisse par vous énerver, ce qui lui donne automatiquement raison de vous accuser d’être susceptible.  C’est ce qui en fait une prophétie auto-réalisatrice.

Du reste, les prophètes auto-réalisateurs sont assez facile à repérer :  Si le défaut qu’ils vous accusent d’avoir est quelque chose que vous avez déjà entendu à plusieurs reprises à votre sujet, alors c’est probablement vrai.  Par contre, si c’est un défaut qu’ils sont les seuls à  voir en vous, il y a de grandes chances que ce soit totalement injustifié, donc faux.  Une fois, passe encore, puisque tout le monde peut se tromper.  Mais si cette accusation fausse arrive à répétition, alors là, pas de doute, la personne qui vous la fait est une prophète auto-réalisatrice.  À ce moment-là, attendez-vous à ce qu’elle mette tout en oeuvre pour faire de cette accusation mensongère un fait réel, ne serait-ce que dans les apparences.

Il me revient en tête un exemple particulièrement frustrant que j’ai vécu personnellement, dans lequel une fille a réussi à me faire passer pour quelque chose que je ne suis pas.  Et elle a tellement bien réussi qu’il m’était impossible de m’en disculper.  Ça va comme suit :     

Il y a quelques années, je vous ai parlé d’une certaine Christine, avec qui je travaillais au Dunkin Donuts de Ville-Émard coin Monk et Jolicoeur en 1991.   En résumé : Je travaille avec cette jolie jeune femme d’allure semi-punk et de physique naturellement costaud.  Un jour, elle m’a proposé que nous devenions amants, ce que j’ai bien évidemment accepté.

Au bout de trois semaines, alors qu’il n’y a toujours rien eu entre nous, voilà qu’elle commence à me demander si je suis frustré, de ne pas avoir encore obtenu le sexe qu’elle me promet depuis 21 jours.  Voyant qu’au contraire je ne m’attendais à rien de sa part, elle m’invite au motel, allant jusqu’à payer la chambre elle-même.  Et là, non-stop, elle me met de la pression pour que je la baise, tout en multipliant les obstacles pour m’empêcher de le faire.  Et bien que je reste calme, compréhensif et patient, elle ne cesse de m’accuser d’être frustré.  À ce moment-là, avec calme et logique, j’ai réussi à la coincer dans une confrontation verbale dans laquelle elle n’a eu d’autre choix que de reconnaitre que de nous deux, c’était elle, depuis le début, qui avait le comportement de merde et la personnalité qui vient avec.

J’avais commencé à vous réciter notre histoire, pour finalement arrêter au bout de sept billets.  (Liens plus bas, à la fin de ce billet-ci.) J’avais conclus la série avant d’en arriver à l’époque où elle avait vraiment fini par devenir mon amante.  

Voilà un mois que j’habite seul dans un demi-sous-sol.  La place vient avec un petit comptoir-table fixe avec deux grands tabourets de bar.  Christine ayant payé une partie du premier mois de loyer, je lui ai laissé un double des clés, ce qui fait qu’elle vient souvent m’y tenir compagnie.  

Ce jour-là, chez moi, par ce bel après-midi de juin alors que nous avons congé, elle me parle du film qu’elle a vu la veille, Le Déclin de l’Empire Américain.  Elle me décrit une scène dans laquelle un homme d’âge mûr visite un salon de massage érotique.  Tandis que la jeune masseuse masturbe l’homme, elle lui raconte qu’elle fait ça pour payer l’université, et elle lui décrit de long en large le contenu de ses études de sociologie.  Bref, une atmosphère qui est tout sauf érotique.  Puis, timidement, l’homme l’interrompt en disant « Excusez-moi, mademoiselle.  Je vais jouir. »   Christine était particulièrement amusée par cette scène.  

« As-tu déjà vu ce film-là? »
« Non! »
« Ah, ok, fa que tu peux pas vraiment comprendre la scène. »
« Pas grave, tu en fais une bonne description. »

Elle jette un coup d’œil du côté du divan-lit et y voit mon oreiller.

« Je pourrais te la refaire.  Est-ce que ça te tenterait? »
« Euh…!?  Ok! »

Après l’humiliant séjour au motel qu’elle m’a fait subir il y a un mois et demi, le sujet du sexe n’est jamais revenu entre nous.  Aussi, si j’accepte, ce n’est pas par espoir sexuel, mais bien par curiosité.  Car, en sachant maintenant à quel point elle ressent du malaise face à l’intimité sexuelle, je me demande bien ce qu’elle va m’inventer pour me « montrer » une scène de branlette.  

Elle se lève, va au divan-lit, ramène mon oreiller et le pose sur le comptoir-table, au coin où celui-ci est fixé au mur.

« Couche-toi! »
« Euh… Là, sur la table? »
« Bah ouais! Si t’as envie que je te le fasse.  Est-ce que t’as de l’huile pour bébé dans la salle de bain? »
« Dans la pharmacie! »

Elle s’en va aussitôt dans la salle de bain, pour en ressortir avec la bouteille d’huile Baby’s Own de Johnson & Johnson.  Contre toute attente, sa proposition semble vraiment sérieuse.  Bien que j’en sois surpris, je ne me fais pas prier.  Je me couche.  Le comptoir-table est petit et mon fessier arrive tout juste sur le rebord de l’extrémité opposée.  Mais c’est exactement ce que Christine espérait.   En s’emparant d’un tabouret, elle me suggère d’enlever pantalon et caleçon.  Réalisant que ça va vraiment arriver, je m’exécute, l’engin déjà au garde-à-vous.  Elle s’installe entre mes jambes, sur le tabouret.  Elle se verse de l’huile dans la paume, se frotte les deux mains, puis, doucement, elle me l’empoigne et amorce un mouvement de haut en bas.  

J’ai, à ce moment-là, 22 ans.  Je suis au sommet de ma forme sexuelle.  Voilà deux mois qu’elle me promet du sexe, et voilà que ça arrive enfin.  Et c’est formidablement bon.  Comme je l’ai souvent écrit depuis que je tiens ce blog, 75% de mon excitation provient du fait de savoir que ma partenaire en a envie.  Et là, c’est elle qui a amorcé la chose.  Et c’est elle qui est active.  Et c’est elle qui veut me faire jouir.  Par conséquent, je suis super excité.

La poigne de sa main chaude qui glisse en montant et descendant me procure une sensation de plaisir extrême tel que je n’en avais jusque-là jamais connu.  Car bien que j’avais déjà eu quelques partenaires sexuelles avant elle, aucune ne m’avait jamais fait ça.  Avec les autres, je ne faisais que prendre mon plaisir moi-même, après m’être occupé d’elles.  Christine est la première à faire l’effort de s’occuper de moi en premier.  En fait, elle est la première à s’occuper de moi sexuellement tout court.   Voyant que je regarde avec fascination ce qu’elle est en train de faire, elle en rajoute.  Malgré l’huile, tout en me regardant droit dans les yeux, elle se penche, sort la langue et me la passe doucement sur le bout.  Je sens déjà les premiers signes de l’orgasme qui commen-

« Vous voulez un beigne fourré à la crème et un café?  Ok!  Un chausson avec ça? »

Euh…  Pourquoi est-ce qu’elle me parle comme si j’étais un client du Dunkin Donuts?

« Une douzaine de munchkins et un muffin aux bleuets? Bien sûr monsieur! »

Non seulement ses paroles déraillent l’atmosphère, elles me mettent dans un état de totale incompréhension.  Qu’est-ce qui lui prend, de dire ces conneries pareilles, alors qu’elle me masturbe?   Ça dépasse mon entendement.  Et bien que le mouvement de ses mains me garde raide, ses paroles sans rapport gâchent le moment, détruisant tout érotisme.  

Aujourd’hui, je réalise qu’elle essayait probablement d’adapter à son propre vécu le rôle de la masseuse du Déclin de l’Empire Américain.  Également, avec du recul, je peux comprendre que la situation pouvait la mettre un peu mal à l’aise, surtout si elle avait encore de la difficulté à concilier ses désirs sexuels avec son éducation religieuse stricte.  Normal que dans ce temps-là, on se réfugie dans l’humour et la dérision pour détendre l’atmosphère.  Mais à l’époque, je n’avais pas compris ça.  Tout ce que je voyais, c’était qu’encore une fois, tout comme elle l’avait fait au motel  six semaines plus tôt, elle m’entrainait dans une activité sexuelle pour ensuite y dresser des obstacles afin de m’empêcher d’en jouir.  J’ai donc vu sa proposition masturbatoire comme un piège élaboré qu’elle avait mis au point dans le but de me frustrer sexuellement.  

De voir qu’après tout ce temps elle cherchait encore à m’humilier en rapport à l’aspect sexuel de notre relation, ça m’a mis dans un état de rage.  Rage que j’ai néanmoins réussi à contrôler.  J’ai juste remis ma tête sur l’oreiller, j’ai fermé les yeux, je me suis concentré à imaginer des scènes full cochonnes, tout en ignorant du mieux que je pouvais la voix de Christine qui, maintenant, récitait a capella des chansons de pubs télé du Dunkin.

Tu parles d’un truc à chanter à un gars pendant que tu lui manipules le zgeg.

Après de longues minutes, elle me dit d’un ton de voix moqueur:

« Eh ben!? T’en mets, du temps pour venir! »

Si j’avais encore le moindre doute comme quoi elle ne cherchait qu’à se moquer de moi, ces paroles les dissipent automatiquement.  Exaspéré, je me redresse :

 » MAIS TA YEULE! »

Elle me regarde, bouche bée, sous le choc.  Elle ne devait pas s’attendre à ça.  Je poursuis, tout aussi enragé.

 » D’abord, tu fais exprès pour dire des niaiseries pour me distraire, pour que j’puisse pas venir.  Et après ça, tu me reproche de pas venir.  Non mais tu te vois-tu agir?  Tu vois pas que le problème que tu me reproches, c’en est un que tu causes toi-même?  ENCORE UNE FOIS! « 

Christine me regarde, toujours silencieuse, toujours désemparée.  Je me recouche.  Avec une voix un peu plus calme, je dis:

 » R’garde, si t’as pas envie de me branler, arrête!  Ok?  J’ai jamais forcé personne à faire quoi que ce soit.  Fa que, fais-le, fais-le pas, mais branche-toé, pis arrête de me faire niaiser. »

Elle recommence à me masturber.  Silencieusement cette fois,  J’avoue que je ne m’y attendais pas.  N’empêche que, encore une fois, à cause de ses conneries, la belle atmosphère intime, érotique, et surtout positive, qu’il y avait entre nous, est irrémédiablement gâchée.  Puisque la vue de sa moue de culpabilité et de tristesse n’a rien d’excitant, je ferme les yeux et me concentre sur autre chose.

Au bout de quelques minutes, je sens de nouveau les premiers signes d’un orgasme qui commencent à monter en moi.  Pendant un instant, je songe à y mettre du mien et remettre du positif entre nous en lui disant « Excusez-moi, mademoiselle.  Je vais jouir. »   Je suis sûr que ça l’amuserait et que ça désamorcerait la situation.  Mais au final, je décide que non.  Elle m’a tellement fait chier en gâchant ce qui est techniquement notre première fois, que je considère qu’elle ne mérite pas que je lui fasse cette faveur.   Et puis d’abord, pourquoi est-ce que ce serait à moi de régler un problème qu’elle a causé?  Ma dernière pensée avant d’atteindre la conclusion orgasmique tant attendue est:

 » Ces deux derniers mois, elle a travaillé très fort pour faire de moi un frustré sexuel.  Elle a bien mérité de récolter le fruit de ses efforts. »

Et c’est avec cette dynamique de merde que notre relation a commencé à être sexuelle.

Peu à peu, à chaque fois, nous nous voyions, nous allions de plus en plus loin.  Ça a pris du temps puisqu’à chaque fois je respectais ses limites sans discuter.  Mais éventuellement, nous avons fini par avoir des rapports complets.  

Mais voilà, ça ne rendait pas notre vie sexuelle plus normale pour autant, comme je l’ai amèrement constaté dans les jours qui ont suivis.  

Un soir, alors que je sens que je suis en train de l’amener à l’orgasme, elle me demande d’arrêter.  J’arrête!  Elle dit:

« Ouf!  T’as vraiment failli réussir cette fois. »
« Failli réussir quoi? »
« À me faire venir. »
« HEIN!? Mais pourquoi tu m’as fait arrêter? »
« Je ne veux rien te devoir. »

La première fois, j’ai trouvé la chose aberrante.  Je veux dire, au nombre de filles qui se plaignent que leurs chums sont égoistes au lit, moi je fais l’effort de me préoccuper de son plaisir, et elle refuse.  Je suppose qu’en quelque part, en m’empêchant de la faire jouir, elle égratignait mon orgueil de mâle qui aime se dire qu’il est un bon baiseur.  Mais là encore, j’ai décidé de prendre la chose avec cynisme.  Elle ne veut pas jouir?  Très bien!  Elle veut que je sois le seul qui en profite quand on baise?  D’accord!  C’est son choix.  Pour ma part, je ne vois pas pourquoi je m’empêcherais d’avoir du plaisir, alors je ne vais certainement pas m’en priver.

Une autre chose qu’elle me rappelait souvent, c’est qu’elle n’avait pas envie de pratiquer la sodomie.  C’est elle qui a amené le sujet.  De la manière dont je voyais ça, elle faisait juste me prévenir d’avance des pratiques qu’elle était à l’aise de faire ou non, voilà tout.  Cette interdiction ne me dérangeait pas le moins du monde.  Premièrement, jamais je ne le lui aurais suggéré.  Et ensuite, même si j’en avais eu envie, eh bien à partir du moment où elle m’avait dit non, jamais je n’en aurais reparlé.  Quand une fille me met ses limites, je me les tiens pour dit.

Malgré mon manque évident d’intérêt pour ses fesses, à chaque fois que l’on baisait, elle ne manquait jamais de me préciser que cet orifice m’était interdit.  À chaque fois, je répondais d’une voix calme et rassurante des trucs du style de « Bah non! », « Rien à craindre! », « Je sais! », « Pas de problème! », « Oui, je l’ai bien compris les vingt-sept dernières fois où tu me l’as dit! » …  Je trouvais ça un peu ennuyant et répétitif.  Mais bon, si ça l’amuse de se répéter pour rien, c’est son choix.

Un soir, alors que nous travaillions ensemble au Dunkin, je viens pour lui demander un truc en rapport à notre travail.

« Christine!  Est-ce que tu… »
« Non, Steve!  J’te l’ai déjà dit, que j’ai pas envie que tu m’encules. »

Insister pour me refuser non-stop une sodomie que je ne lui ai jamais demandé, passe encore si nous sommes dans un contexte sexuel.  À ce moment-là, je peux comprendre qu’elle puisse craindre que je m’essaye.  Mais LÀ?  Au boulot?  Sur notre quart de travail?  En m’accusant mensongèrement de le lui avoir demandé?  C’est pire que de la provocation.  C’est pire que du trollisme.  C’est une tentative gratuite d’essayer de me faire passer pour quelque chose que je ne suis pas, que je n’ai jamais été et que je ne serai jamais.  Autrement dit, c’est une insistante tentative de salir ma réputation.  Et ça a beau n’être qu’entre nous deux, je ne l’accepte tabarnaquement pas.

« HEY! ÇA SUFFIT! »  

Comme d’habitude, elle sursaute devant mon ton de voix enragé.  Je poursuis.

« Est-ce que j’ai déjà essayé de t’enculer?  Hein?  Ben envoye, répond!  Est-ce que j’ai déjà envoyé ma queue se promener du côté de ton cul? »
« N-non! »
« Est-ce que je te l’ai déjà demandé? »
« Non! »
« Est-ce que je te l’ai déjà suggéré? »
« Non! »
« Est-ce que j’ai déjà amené le sujet de quelque façon que ce soit? »
« Non! »
« BON BEN FARME DONC TA CRISSE DE YEULE, TABARNAK! »

Eh ouais, lorsque je suis vraiment exaspéré, je reprends l’accent québécois que mon éducation arrive d’habitude à masquer.  Je suppose que cette fois, j’y suis allé un peu fort, autant dans le propos que dans le volume, car les deux caissières viennent nous rejoindre dans la cuisine.

« Ben voyons?  C’est quoi qu’y s’passe? »

Christine se tourne vers elles et, tout en pointant vers moi, leur dit d’une voix nerveuse:

« Steve est frustré après moi parce que je viens de lui dire j’ai pas envie qu’il m’encule. »

Les caissières me regardent avec un air d’aberration au visage.  Sentiment que je partage, en constatant le piège dans lequel Christine vient de me faire tomber.  Elle rajoute:

« Pis c’est pas la première fois que je le lui dit, en plus. »

Le visage des caissières passe de choqué à dégoûté à méprisant.  Je reste silencieux.  Paralysé par le choc de ce qui vient de se passer.  Totalement bouché.  Qu’est-ce que je suis supposé faire, maintenant?  Peu importe ce que je pourrais dire pour essayer de me disculper, je n’aurais aucune crédibilité.  

C’est que techniquement, elle ne ment pas.  Oui, je viens de l’engueuler.  Oui, c’est parce qu’elle vient de me dire qu’elle ne voulait pas être sodomisée.  Et oui, c’est quelque chose qu’elle m’a dit à répétition.  Si j’essaye d’expliquer que ça fait un mois qu’elle me répète ça sans raisons puisque je ne le lui ai jamais demandé, personne ne va me croire.

En moins de 24 heures, ma réputation était totalement salie dans cette succursale de Dunkin Donuts, autant parmi les employés que chez certains clients réguliers, à qui les caissières n’ont pas manqué de répéter ça.  Ça m’a valu du mépris, des remarques rabaissantes, des insultes.  Il a fallu que je démissionne quelques jours plus tard tellement l’atmosphère était devenu invivable à force de subir ce harcèlement non-mérité.  Un départ qui, à l’avis de quelques cyniques, constituait, de ma part, un aveu de culpabilité.

Consciemment ou non, Christine avait bien planifié son coup.  Depuis le début de notre relation en tant qu’amants, elle ressentait le besoin implacable de me faire passer pour un frustré sexuel.  Et lorsqu’elle me refaisait à sa manière la scène de branlette du Déclin de l’Empire Américain, elle a pu voir que la meilleure façon de me faire enrager, c’était de me faire subir une accusation mensongère.  À partir de là, elle n’avait qu’à agir de manière à m’accuser, en sous-entendus, d’être quelque chose que je ne suis pas, dans ce cas-ci, un harcelant sodomite, et le refaire non-stop pour me faire monter la pression.  Et en voyant que, malgré mon exaspération, je restais compréhensif puisque c’était dans un contexte sexuel, elle a trouvé comment me faire péter les plombs:  Me faire ce reproche mensonger dans un contexte non-sexuel, donc de manière totalement injustifiée.  Et quel meilleur endroit pour ça que sur notre lieu de travail, en présence de témoins.  Il ne lui resterait plus qu’à interpréter les faits à sa manière devant eux pour atteindre enfin ce but qu’elle s’était donné trois mois plus tôt.

Et elle a réussi.  Aux yeux de tous, j’étais un frustré sexuel.

Pourquoi agissait-elle ainsi?  Je ne l’ai jamais su, et je ne le saurai jamais.  Si ça se trouve, Christine elle-même ne le savait probablement même pas non plus.  Mais bon, peu importe la raison pourquoi elle ressentait le besoin de me coller l’étiquette de frustré sexuel –en fait, peu importe si elle avait une raison pour commencer—  ça ne change rien au fait qu’elle en ressentait le besoin.   Et que ce besoin était plus fort qu’elle.  Plus fort que toute logique.  Plus fort que tout ce que je pouvais dire ou non, ou faire ou non, pour lui montrer qu’elle se trompait à mon sujet.  La seule vérité qui intéresse les gens, c’est celle qui va dans le sens de leurs intérêts.  Dans cette optique, ce que j’étais vraiment, elle n’en avait rien à chier.  Pour elle, seule comptait l’image qu’elle avait choisi d’avoir de moi, et de (se) le prouver.  

Lorsque vous voyez qu’une personne de votre entourage essaye de vous faire passer pour quelque chose que vous n’êtes pas, éloignez-vous-en.   Limitez les contacts, et coupez les ponts si c’est possible.  Parce qu’une personne qui est vraiment déterminée à vous donner mauvaise réputation va toujours réussir à le faire.
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QUELQUES LIENS:

Christine, la première partie, si vous voulez l’histoire au complet, ça débute ici.
Christine; Motel California, si vous voulez juste l’anecdote du motel.
Les prophètes auto-réalisateurs et votre reputation 1.  Le premier billet de cette série.
Les prophètes auto-réalisateurs et votre reputation 2.  Et sa suite.

Le Nice Guy: Contributeur (et victime) de la société patriarcale.

Puisqu’il faut bien le préciser: Cet article ne dit pas « Toutes les filles sont comme ça. »  Je ne fais que décrire une situation que j’ai quelquefois observée, et même vécue deux ou trois fois, ainsi que sur quelques témoignages de femmes.

C’est bien connu, le patriarcat impose aux femmes plusieurs règles de société en matière d’amour et de sexualité.  Toute dérogation à ces règles mérite à sa contrevenantes des étiquettes peu flatteuses: Superficielle, bitch, opportuniste, et surtout salope. 

Tout commence à l’adolescence.  La fille est la cible d’un amour non-sollicité de la part d’un garçon qui ne lui plaît pas.  Ou, variante: Elle a commencé à sortir avec un gars, mais maintenant qu’il a perdu le charme de la nouveauté, il ne lui plaît plus.  Elle le repousse donc, ou casse, selon le cas. 

On a trop souvent tendance à oublier qu’à l’adolescence, nos critères de sélection et de refus se basent sur des détails qui ne sont pas socialement acceptables lorsque l’on est adulte.  Aussi, les raisons de repousser un gars peuvent être: Il est gros, ou d’une autre race/culture, ou alors sa famille est pauvre, ou bien il ne travaille pas, ou alors si mais il occupe un poste bas de gamme, ou bien il n’est juste pas assez beau / musclé / athlétique. 

La fille sait trop bien qu’elle vit dans une société patriarcale dans laquelle on ne peut repousser un garçon sans avoir une raison valable.  Et quand je dis valable, je veux dire valable aux yeux des gars de son âge, mais surtout aux yeux des adultes qui l’entourent.  Elle sait bien que si elle donne les vraies raisons de son dégoût, on lui collera les étiquettes de superficielle, raciste, jugementale, plotte à cash...  La fille n’a donc pas le choix: Si elle veut que l’on accepte et respecte sa décision, elle doit donner une raison acceptable et respectable.  Elle donne donc la seule raison qu’elle sait que personne ne va vouloir contester: Elle dit que le gars est trop porté sur le sexe à son goût, et/ou qu’il la harcèle sexuellement. 

La fille ne dit pas ça dans le but mesquin de détruire gratuitement la réputation du gars.  C’est juste que dans notre société, cette accusation est l’excuse idéale.  D’abord, puisque tout le monde s’attend ça de la part d’un gars, tout le monde va la croire.  Ensuite, puisque ce genre de comportement est inacceptable, personne ne va la blâmer de vouloir prendre ses distances avec lui.  Enfin, bonus non négligeable: en donnant ça comme raison de repousser un gars, elle démontre qu’elle n’est pas une salope.

À chaque fois qu’une fille se plaint de l’attitude obsédé sexuelle des gars, que ce soit à tort ou à raison (Parce que oui, des fois, c’est vrai), tout le monde en parle.  Ces histoires arrivent donc aux oreille des gars.  Et parmi eux, il y a ceux qui feraient tout pour plaire aux filles: Les soi-disant bons gars, les Nice Guys. 

Bien que certaines de ces anecdotes sont véritables, ces rumeurs comportent leur lot d’histoires bidon, de faits et gestes pris hors-contexte, et d’accusations mensongères à base d’excuses fausses mais socialement acceptables.  Par conséquent, le pourcentage de gars harceleurs et obsédés s’en trouve tellement gonflé que l’on finit par croire que la majorité des gars sont comme ça. 

Le Nice Guy, voulant plaire, se jure que jamais il ne commettra ces crimes contre la femme, lui!  Il saura les respecter, lui!  Il sera un bon gars, lui!

Le temps passe.  On passe d’adolescents à adultes.  Les filles deviennent des femmes.  Devenant plus matures, elles changent tous naturellement leurs critères de sélection en matières d’hommes et de couple.  Et c’est comme ça que le Nice Guy, ignoré dans sa jeunesse, voit des femmes qui commencent à s’intéresser à lui.  S’ils sont tous les deux célibataires, la situation est idéale pour commencer une relation.

Mais voilà: Il arrive parfois que la situation n’est pas idéale.  L’exemple que je vais vous donner en est un que j’ai vécu deux ou trois fois, en plus de l’avoir quelquefois observé chez d’autres.

La fille est déjà en couple, mais le gars en question ne l’intéresse plus.  Or, lorsque l’on est adulte, casser comporte des changements de vie beaucoup plus compliqués et majeurs que lorsque l’on était ado.  Aussi, tant que l’atmosphère est toujours vivable entre les deux partenaires, beaucoup préfèrent encore maintenir le statu quo en restant ensemble.  Une situation décrite cyniquement comme « avec lui en attendant mieux. »

Or, il se trouve que son ami le Nice Guy est, à ses yeux, mieux que son partenaire actuel.  Il l’intéresse.  Pour lui, elle casserait.  Encore faut-il que ses sentiments soit partagés par le Nice Guy.  Elle va donc tâter le terrain.  

Au fil des jours, elle lui fait des confidences de plus en plus intimes, dans laquelle elle lui donne des indices sur ses préférences sexuelles: Elle aime être prise, dominée, claques sur les fesses, tirer les cheveux, ce genre de trucs.  Le Nice Guy a depuis longtemps compris et accepté qu’ils ne sont qu’amis.  Aussi, il n’y voit pas de message caché, et ça ne fait que l’amuser.  La femme, constatant que non seulement il n’est pas scandalisé par ses confidences, il en est même amusé, elle voit ça comme un bon signe comme quoi il puisse être intéressé.

Un soir, elle invite le Nice Guy chez elle sous un prétexte bidon et platonique.  Avec quelques coupes de vin pour détendre l’atmosphère et chasser les inhibitions, elle détourne subtilement la conversation vers un ton plus sexuel.  Finalement, que ce soit en gestes, en paroles ou en attitude, elle s’offre à lui.

N’importe quel gars sauterait sur l’occasion de la sauter.  Mais voilà, le Nice Guy n’est pas n’importe qui, lui!  Il a passé sa vie adolescente et adulte à étudier les filles, leur comportement, à écouter ce qu’elles disent, pour savoir ce qu’elles apprécient chez les hommes, et surtout ce qu’elles n’apprécient pas.  Aussi, il est sincèrement convaincu des points suivants:

  • Tu es ami avec une femme? Alors tu es automatiquement dans sa friendzone.
  • Toutes les femmes détestent qu’un homme tente de sortir de la friendzone.
  • Quand une femme a bu, elle n’a plus toute sa tête.
  • La preuve: À-jeun, elle ne lui a jamais montré autre que de la simple amitié.  Et maintenant qu’elle a bu, elle le désire sexuellement?  Alors qu’elle est déjà en couple?  C’est bien la preuve que l’alcool enlève à la femme tout son jugement.  
  • Tout homme qui profite d’une femme sous l’influence de l’alcool est un salaud, un agresseur sexuel, un contributeur à la culture du viol.
  • Les femmes ne veulent au lit qu’un homme doux et patient. (Ce qui est généralement vrai à l’adolescence lors de leurs premières relations. Mais après, en général, ça évolue.)
  • Prendre une femme de force, la dominer, claques sur les fesses, tirer les cheveux, c’est de la violence.  La pire de toute; la violence sexuelle.  Autrement dit: Un viol.
  • Et puis d’abord, toutes les femmes sont fidèles. Elles ne supportent ni l’adultère, ni les hommes qui ne respectent pas le fait qu’elles soient en couple.
  • Une femme infidèle, c’est une salope. 
  • Or, son amie n’est pas une salope, et il la respecte trop pour en faire une.  

D’instinct, le Nice Guy voit cette situation comme un test qu’elle lui fait passer.  Il est très fier d’avoir cette opportunité de lui montrer qu’il n’est pas comme tous les autres hommes, lui!  Qu’il est à l’écoute des femmes, lui!  Qu’il sait ce qui est bon pour elle, lui! 

Toute sa vie, les filles et les femmes lui ont fait la leçon en matière de comportement masculin.  Aujourd’hui, il va enfin pouvoir leur montrer qu’il a bien appris sa leçon. 

D’une voix douce et d’une attitude compréhensive, il lui dira alors des trucs du genre de:

  • « Voyons! Tu n’y penses pas. » 
  • « Nous sommes amis seulement. »
  • « On ne peux pas coucher ensemble sans être des amoureux.  Le terme le dit: Faire l’amour! »  
  • « Tu es déjà en couple, ce ne serait pas correct pour lui. »
  • « Je te respecte trop pour te faire ça. »
  • « Je le respecte trop pour lui faire ça. »
  • « Tu as bu, donc tu n’as plus toute ta tête. »
  • « Dans de telles conditions, coucher avec toi, ce serait t’abuser sexuellement. »
  • « On risquerait de le regretter tous les deux. »
  • « Tu sais, tes histoires, là, de domination, de tirage de cheveux, de claques sur les fesses…  Est-ce que tu te rends compte que tu ne fait qu’encourager la violence sexuelle envers la femme?  Que tu la banalise?  Que tu contribues à l’idée comme quoi être violentées sexuellement par des hommes, vous ne demandez que ça? »
  • « Tu sais, si tu étais célibataire, si tu n’étais pas sous l’influence de l’alcool, et si tu ne me demandais pas de te violer, j’adorerais le faire avec toi.  Mais là, non, désolé, je ne peux pas.  Ce serait un manque de respect envers toi, envers ton homme, et envers moi-même. »

Sur ce, le gars repars chez lui.  Frustré sexuellement, certes, mais fier de lui.  Fier d’avoir pu prouver qu’il est respectueux de la femme, lui!  Qu’il est capable de contrôler ses pulsions, lui!  Bref, qu’il est tout à l’opposé de cette société patriarcale qui méprise la femme, lui! 

… Sauf que la femme, chez elle, seule après le départ du Nice Guy, ne ressent pas vraiment les choses de la même façon. 

Elle ne voit pas le déroulement de la soirée comme étant « la preuve comme quoi il y a encore des bons gars sur terre. » 

Elle n’est pas « honorée du respect dont il a fait preuve envers elle. »  

Elle n’est pas heureuse que « par la retenue dont il a fait preuve, il a sauvé leur amitié et son couple. » 

Non! 

Elle voit qu’il l’a repoussé.

Elle voit qu’il l’a accusé de ne pas avoir toute sa tête. 

Elle voit qu’il l’a qualifiée d’ivrogne, incapable de tenir l’alcool.

Elle voit qu’il l’a jugée comme étant incapable de savoir ce qu’elle fait.

Elle voit qu’il prétend savoir mieux qu’elle ce qu’elle veut.

Elle voit qu’il a démontré qu’elle manquait de respect.  Envers lui.  Envers son conjoint.  Et surtout envers elle-même. 

Elle voit qu’il l’a fait se sentir comme si elle n’était qu’une salope.

Bref, encore une fois, elle a été humiliée et méprisée par un homme, parce qu’elle a commis le crime de déroger des règles sociales en matière d’amour et de sexualité.  Des règles que la société patriarcale impose à la femme.

Lorsque l’on vit une situation dans laquelle on a été à ce point-là humilié, on ressent le besoin d’en parler, ne serait-ce que pour s’en défouler.  C’est normal.  Mais voilà, la femme a bien apprise sa leçon.  Elle ne veut pas prendre le risque de se faire encore qualifier de salope, ivrogne, irrespectueuse et écervelée.  Aussi, lorsqu’elle raconte cette soirée, elle inverse les rôles au sujet de qui a dragué qui, et qui a repoussé qui. 

D’accord, cette fois-ci, peut-être que la fille ne dit ça que dans le but mesquin de détruire la réputation du gars.  Normal, puisqu’elle est frustrée contre lui.  N’empêche que là encore, cette accusation est l’excuse idéale.  D’abord, puisque tout le monde s’attend ça de la part d’un gars, tout le monde va la croire.  Ensuite, puisque ce genre de comportement est inacceptable, personne ne va la blâmer de vouloir prendre ses distances avec lui.  Enfin, bonus non négligeable: en donnant ça comme raison de le repousser, elle démontre qu’elle n’est pas une salope.

Et comme à chaque fois qu’une fille se plaint de l’attitude obsédé sexuelle des gars, tout le monde en parle.  Ces histoires arrivent donc aux oreille des gars.  Et parmi eux, il y a ceux qui feraient tout pour plaire aux filles: Les soi-disant bons gars, les Nice Guys.  Le Nice Guy, voulant plaire, se jure que jamais il ne commettra ces crimes contre la femme, lui!  Il saura les respecter, lui!  Il sera un bon gars, lui!

Et c’est ainsi que le patriarcat créé le Nice Guy, qui à son tour recréé le patriarcat, qui à son tour recréé le Nice Guy, qui à son tour recréé le patriarcat, qui à son tour recréé le Nice Guy, en un mouvement perpétuel infini dans lequel tout le monde est perdant, les hommes comme les femmes.

Mais, faut le reconnaître, surtout les femmes. 

Quand la libido est notre seul point en commun

Printemps de 1988.  J’ai 19 ans.  Je suis en couple avec Chantal, 22 ans.  Ce soir-là, je suis avec elle, chez elle, dans la chambre qu’elle loue dans ce sous-sol aménagé dans une propriété privée de la ville de Longueuil.

Après trois mois d’une relation fort insatisfaisante à tous les niveaux, du moins de mon point de vue, voilà qu’elle vient de me dire qu’elle trouve que je suis trop porté sur le sexe, et qu’elle voudrait que nos séances diminuent, aussi bien en temps qu’en fréquences.  Elle m’avoue qu’en fait, elle n’est vraiment pas portée sur la chose.  Alors dans le fond, ça ne la dérangerait même pas si nous n’en avions plus.  Ma réponse ne se fait pas attendre.

« Ok! Bon ben dans ce cas-là, je casse. »

Aussi surprise que scandalisée, elle se lève d’un bond de son lit.

« QUOI? Tu veux me laisser tomber pour ÇA!?  C’est si important que ça pour toi, le sexe? »

Il est vrai que ça puisse sonner extrêmement égoïste.  On pourrait même penser à un odieux chantage à la « On baise ou je te largue! »  Il n’en est rien.  Non seulement mon désir de mettre fin à la relation est-il réel, les raisons sont des plus logiques.

« Non, mais regarde:  Moi je veux me trouver du travail, toi tu veux passer ta vie sur le BS.  La fumée de cigarette me donne des maux de tête, toi tu fumes un paquet par jour.  J’aime faire des sorties, toi tu veux qu’on reste enfermés dans ta chambre.  Je t’ai amené au show de Juste Pour Rire, tu t’es plaint que tu trouvais ça vulgaire.  Je t’ai amené au cinéma voir un film de Disney, tu es sortie une fois de la salle en me disant que tu n’avais pas pu supporter une scène que tu trouvais trop violente.  En plus que tu es sortie deux autres fois pendant la projection pour aller fumer.  Je veux avoir une vie sociale, toi tu ne veux jamais voir personne.  J’aime les bandes dessinées, tu trouves que c’est des niaiseries pour enfants.  Et parlant d’enfants, tu veux que je t’en fasse un, pour que l’on puisse vivre tous les trois ensemble sur ton chèque de BS, qui grossira pour nous inclure, alors que moi je n’ai pas envie d’être père et encore moins assisté social.  La seule chose qu’on a ensemble, c’est du sexe.  Alors si tu nous enlèves ça, il ne nous reste plus rien.  Et si on n’a plus rien, alors, pourquoi est-ce qu’on continuerait d’être ensemble? »

Elle a répondu en pleurant qu’elle n’a jamais voulu que la distance physique qu’elle a tenté de mettre entre nous soit aussi radicale.  Elle m’a supplié de ne pas la laisser tomber.  Et elle a fait machine arrière tellement vite sur sa décision de non-sexe qu’elle m’a quasiment violé ce soir-là.  J’ai accepté de la baiser, en me gardant bien de lui dire que ce serait la dernière fois, histoire de m’éviter une nouvelle crise.  C’est que ma décision était prise, et elle était irrévocable.

En enlevant le côté sexuel de notre relation, elle m’a fait réaliser quelque chose d’important.  Pour la première fois de ma vie, j’ai compris qu’il fallait beaucoup plus que « nous sommes tous les deux célibataires » comme raisons pour se mettre en couple.

Ces jours-ci, tandis que je dessine mon projet d’album de La Clique Vidéo, je regarde sur Youtube (j’écoute, en fait) plein d’émissions Françaises pour me distraire.  En ce moment, je me tape la série Le jour où tout a basculé, car grâce au narrateur, je n’ai pas besoin de voir les images pour comprendre.  Et je ne sais pas si c’est un truc culturel européen qui échappe à mon cerveau de québécois, mais grâce à cette émission qui se base sur des faits divers réels, je constate que nos cousins d’outre-mer ne perdent pas de temps lorsqu’il s’agit de couples:  Coup de foudre dès le premier regard, abordage d’étranger(e)s dans la rue, déclaration d’amour passionnée dans les 24 à 72 heures, cohabitation après un mois ou deux… Ce qui se termine presque toujours par une rupture car forcément, en habitant avec la personne, c’est là que l’on voit comment elle est vraiment.  Et c’est là que l’on réalise que finalement, à part la couchette, on n’est p’t’être pas si compatibles que ça.  

Il y a quelques jours, je discutais avec un ami au sujet des techniques de rapprochements au sujet des hommes et des femmes.  Il me demandait comment est-ce que j’abordais les femmes, si j’étais nerveux et si je perdais mes moyens face à une fille qui me plaisait beaucoup.  Je ne savais trop que répondre.  Le fait est que jamais la beauté d’une fille ne sera le point de départ de l’intérêt que je puisse ressentir pour elle, surtout si c’est une inconnue.  Par conséquent, jamais ne vais-je en aborder une.  Pour moi, toute relation avec une fille, peu importe comment elle évoluera, doit d’abord passer par l’étape de l’amitié.  Et ce n’est même pas une règle que je m’impose.  C’est juste dans l’ordre naturel des choses.  On devient amis d’abord, et on voit si on se plait ensuite.  Si oui, tant mieux, on aura une longue et harmonieuse relation de couple.  Si non, tant mieux aussi, on aura une longue et harmonieuse relation amicale. 

On a beau être attirés l’un par l’autre, on peut avoir un coup de foudre, on peut y céder très vite, et on peut bien avoir un compatibilité sexuelle parfaite… Mais si on n’a pas de points en commun, de goûts communs, de projets en commun, de passions communes, alors on fait quoi quand on n’est pas en train de baiser?  De quoi parle t-on? 

Alors comme ça, tu apprécies l’oxygène toi aussi?

Pendant de longues années, ma mentalité sur le sujet, c’était « Ouais mais quand on s’aime, on n’a que faire de nos différences. » C’est vrai, mais il y quand même a une sacrée marge entre avoir quelques différences, et n’avoir en commun que la couchette.  Parce que dans ce dernier cas, ça donne une relation dans laquelle la fille se plaint que son mec ne pense qu’à baiser.  Et comme je l’ai vécu personnellement il y a presque trente ans, du point de vue du gars, en effet, quand c’est tout ce que l’on a en commun, alors c’est tout ce qui peut nous intéresser chez elle.

Un jour, je me suis rendu compte que dans les relations hommes-femmes, l’amitié sans sexe pouvait durer éternellement, et ce dans l’harmonie la plus totale. Par contre, une relation de sexe sans amitié, ça ne dure que le temps de la passion, chose qui, elle-même, ne dure pas. Et c’est là que j’ai constaté que les relations d’amitiés platoniques se basent sur les points en commun entre deux individus.  La preuve, c’est que s’ils ont beaucoup en commun, un homme hétéro peut être ami avec un autre homme hétéro pendant de longues années, voire toute une vie.  Et si je peux avoir une relation à vie avec une personne avec qui l’idée de baiser ne me viendrait jamais en tête, alors pourquoi est-ce que je ne pourrais pas avoir une aussi longue et harmonieuse relation avec celle avec qui je suis intime?  Ça n’a aucun sens.  Surtout si on prétend s’aimer.

Avec Karine, j’ai eu ma plus longue relation de couple, soit douze ans et demi.  Voici un extrait de mon billet Une rupture harmonieuse, c’est possible :

Au début de la relation en 1999, nous avions presque tout en commun. Nous finissions tous les deux le cégep, nous commencions à travailler pour deux grandes compagnies (Air Canada et Météomedia), nous n’avions encore jamais rencontrés un membre de l’autre sexe avec qui nous nous entendions aussi bien, elle sortait de chez ses parents, je sortais de chez mon ex, et surtout nous avions tous les deux des aspirations artistiques (Je commençais à Safarir, elle commençait à illustrer des livres pour enfants.) Bref, nous étions faits l’un pour l’autre.

Puis, peu à peu, avec les années, nous avons, chacun de notre côté, accumulés des goûts, des projets, des passe-temps, et des passions qui ne plaisaient qu’à l’un mais pas à l’autre. Qu’importe! Nous étions fiers de dire que la réussite de notre vie de couple se basait sur le respect de l’individualité:

  • Elle avait son univers, avec ses amis, ses activités, les choses qu’elle aime.
  • J’avais mon univers, avec mes amis, mes activités, les choses que j’aime.
  • Et nous avions notre univers commun avec nos amis commun, nos activités communes, les choses que nous aimons en commun.

Sauf que, avec les années, notre univers commun a de plus en plus diminué, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus grand chose. Sans que l’on s’en aperçoive, ça a influencé notre vie de couple. De deux personnes sincèrement amoureuses, nous sommes peu à peu devenus, lors deux ou trois dernières années ensemble, rien de plus que grands amis proches et colocs. Lorsqu’elle a réalisé qu’elle était en train de tomber en amour avec un autre, nous n’avons pas eu le choix de constater ce changement. Après quelques jours de réflexion, nous avons décidé qu’il ne servait à rien de continuer de vivre en tant que couple. Nous y avons donc mis officiellement fin. 

Le mois dernier, ils se sont épousés après cinq ans de fréquentation, tandis que douze années avec moi ne lui a jamais donné envie de le faire.  Comme quoi plus on a de points en commun, et mieux c’est.

Et voilà pourquoi, dans mon cas personnel, toute relation avec une fille doit obligatoirement d’abord passer par le stade de l’amitié.  Parce que si je ne suis même pas capable d’avoir une relation d’amitié avec une fille, je ne vois pas comment je pourrais réussir à passer ma vie avec elle.