A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et obsédé textuel.

Préposés aux maléficiaires, 2 de 5: L’apprentissage et les premiers abus

Imaginez que vous vivez la situation suivante :  Vous vous êtes endetté de prêts étudiants pour suivre une année de formation.  Une fois diplômé, vous vous êtes cherché du travail par vos propres moyens.  Après en avoir décroché un, ça vous a pris dix ans avant de vous hisser à un salaire qui va autour des 25$ de l’heure.  

Puis, du jour au lendemain, vous voyez seize blancs-becs débarquer sur votre lieu de travail.  Ils ont une attestation d’études professionnelles de trois mois au lieu d’un diplôme d’un an d’études, et malgré ça ils sont PAB au même titre que vous. Et non seulement leurs cours étaient gratuits, ils ont été payés $9 120.00 pour les suivre. Et ils n’ont pas eu à lever le petit doigt pour se trouver du travail à la fin de leurs études, on leur en a automatiquement assigné un. Et ils ont beau n’avoir aucune expérience, ils commencent au même salaire que vous.  

Comme si ça ne suffisait pas, faute de trouver des volontaires, on vous assigne à l’un de ces parvenus pour lui apprendre comment faire votre travail.  Et cela va vous ralentir dans votre tâche durant les sept semaines que durera son stage. 

Ah, mais attention, l’employeur ne sera pas un ingrat.  Pour vos services de formateur, vous avez droit à une prime : Un beau gros 5$.

Pas de l’heure.  Par jour!

Lorsque l’on se met à la place des PAB expérimentés qui vivent cette situation, on peut comprendre qu’ils puissent se sentir couillonnés par le système qui ne leur a jamais fait de cadeau, mais qui nous favorise injustement par rapport à eux.  Et ce misérable 5$… Comme on dit par chez nous ; C’est rire du monde!  Dans de telles conditions, pas étonnant qu’ils ont du ressentiment à notre égard, et ce avant même de nous avoir rencontrés.  Et pour près de la moitié d’entre eux, ça se manifeste par un fort sentiment de mépris.

Et pour terminer la chose en beauté, même pour ceux qui y mettent de la bonne volonté, il ne faut pas oublier que même si ce sont d’excellents préposés aux bénéficiaires, ça n’en fait pas des professeurs pour autant.

Rajoutez à ça le fait qu’à toutes les deux ou trois semaines, alors que les anciens travaillent toujours aux mêmes heures, sur le même étage et dans la même section, les nouveaux se font changer d’équipe, de section, d’étage et de quart de travail à toutes les deux ou trois semaines.  Voici ce que ça représente pour nous : 

  • Il y a deux équipes par étage, et chaque équipe a sa façon de travailler.
  • Chaque équipe s’occupe de deux sections.  Chaque section comporte des résidents différents avec des besoins différents.  Ça fait déjà quatre façons différentes de travailler.
  • Multiplié par trois différents quarts de travail, ça fait douze différentes façons de travailler.
  • Multiplié par trois étages, ça fait trente-six façons différentes de travailler.

Mais nous, les nouveaux, on a appris une 37e façon : celle de l’école, c’est-à-dire la façon officielle.  Or, aucune des 36 autres équipes ne s’y conforme à 100%.  Les raisons sont multiples : Certaines façons qui étaient officielles il y a dix ans ne le sont plus aujourd’hui.  Ou bien, c’est à cause que dix ans après la formation, ils ont eu le temps d’en oublier. Ou bien ils sont habitués à travailler avec des raccourcis, que ce soit par limite de temps, par lassitude ou bien par paresse. 

Nous tous, qui sortons fraîchement de l’école, sommes abasourdis par ces façons de travailler.  Mais voilà, la directrice Bleau nous l’a bien dit : Il faut être caméléon.  Nous ne sommes pas là pour faire la leçon à ces PAB chevronnés qui ont une décennie d’expérience derrière eux.  Nous sommes là pour apprendre à travailler au CHSLD Champfleury dans le style du CHSLD Champfleury, point.

Hélas, le style du Champfleury est une gifle constante à notre conscience, à notre sens de la décence, voire à notre humanité.  Nous savions tous que le système de santé est congestionné pour cause de trop de résidents et pas assez de préposés.  Et que par conséquent, les PAB sont surmenés, et les résidents sont négligés, voire malmenés.  C’est la raison pourquoi nous avons répondus à l’appel du Ministre Legault.  Nous voulions faire une différence positive, autant dans le travail des PAB en leur permettant de souffler, que dans la vie des résidents en prenant le temps de les traiter avec soin, en y mettant du cœur.  C’est que les gens de cette génération, ce sont ceux qui se sont occupés de nous lorsque nous étions bébés, enfants, adolescents.  C’est la génération de nos parents, nos grands-parents, nos professeurs, nos médecins, nos entraineurs, nos gardiens. Ils ont été là pour nous.  Et aujourd’hui, c’est à notre tour d’être là pour eux. 

Malheureusement, la première chose que l’on nous apprend, et ce dès le premier jour de stage, c’est que nous ne sommes pas au service des résidents.  Nous sommes au service de l’horaire. Entre 7:00 et 8 :00, il faut réveiller, laver, habiller, et installer à la salle à dîner au moins six des dix résidents de notre section. Les autres mangent à leur lit, soit par obligation physique, soit par manque de temps pour les préparer. Et tout le monde doit être nourri en vingt, trente minutes maximum, car ensuite il faut donner les bains et douches du jour.  Chaque soin donné aux résidents ne doit pas prendre plus de vingt minutes, mais on nous conseille de s’arranger pour tout faire en dix.  Par conséquent, nous n’avons pas le temps de parler aux résidents, de les connaitre, de les rassurer.  Nous sommes ainsi mis sous pression constante et quotidienne dans laquelle il nous est impossible de satisfaire l’horaire, à moins de faire comme les anciens, et traiter les gens non pas comme des êtres humains mais bien comme du bétail.

Quand on met tout ça ensemble, ça fait que nous, les nouveaux, on se retrouve dans une atmosphère hostile où on nous fait sentir malvenus dès le départ, formés par des gens qui ni ne savent ni ne veulent donner une formation, où ce que l’on a appris la veille ne compte plus le lendemain, où l’on nous pousse à devenir envers les résidents exactement ce que l’on s’est engagés à ne pas être, et où on n’a pas notre mot à dire car notre avenir dépend de la parole et du bon-vouloir de ces anciens qui nous méprisent.  Car aux yeux de la direction, notre parole ne vaut rien contre la leur.

Et c’est dans de telles conditions que l’on essaie tant bien que mal d’apprendre le métier. Et pour certaines personnes, trop d’instructions contradictoires font qu’ils ne savent plus où donner de la tête. C’est ce qui est arrivé à Caroline, une de nos camarades de classe. Du jour au lendemain, elle a disparu du CHSLD. La direction nous a expliqué que dès qu’elle rentrait dans une chambre, elle ne savait jamais quoi faire ni par quoi commencer, et elle figeait. On l’à donc remercié de ses services.

Ceci ne ressemble pourtant en rien à la Caroline que l’on a connu dans nos cours de formation. Aussi, nous avons tous l’impression qu’elle a été choisie au hasard par la direction du Champfleury afin de servir d’exemple. Si c’est le cas, ça a réussi. On a vite compris qu’aucun d’entre nous n’est à l’abri. Voilà qui nous force à endurer les abus de toutes sortes. Une chose est sûre cependant parmi la majorité des quinze qui restent, et c’est que dès que leurs contrats d’un an prendront fin, ils vont tous partir d’ici et aller travailler ailleurs.

Sans pour autant se prendre pour le Messie, nous croyions sincèrement que notre arrivée allait améliorer les choses. Mais apparemment, être caméléon, ça signifie maintenir le statu quo.  Par exemple, on s’imaginait qu’en travaillant avec les anciens PAB, le travail se ferait plus vite.  Ce n’est pas le cas.  Au lieu de nous faire travailler avec eux, beaucoup nous font travailler à leur place.  Pendant ce temps-là, ils sont sur leur cellulaire, à parcourir le net ou à texter.  Quant à ceux qui travaillent avec nous, ils se gardent les résidents les plus faciles et nous refilent les cas les plus difficiles.  Et lorsque la direction leur demande des comptes sur le fait que le travail ne va pas plus vite qu’avant notre arrivée, ils ne vont certainement pas avouer leurs comportements.  Ils nous blâment, ce qui nous mérite des réprimandes de la part de la direction.  Se défendre ne donne rien.  Que vaut notre parole de nouveaux qui n’ont pas fait leurs preuves, contre celle de gens qui occupent ce poste depuis une décennie?

Quant à moi, les premières semaines, je n’ai pas trop à me plaindre.  Comme PAB-guide, j’ai eu la chance de tomber sur Julio, un vrai professionnel qui connaît son affaire.  Et c’était l’un des rares à s’être porté volontaire.  Julio est un homme de peu de mots.  Mais lorsqu’il parle, ça compte.  Par exemple, il me dit parfois :

« Bon!  À l’école, on t’a probablement appris à faire comme ceci.  Mais nous, on va plutôt faire comme cela, et voici pourquoi. »

Julio est apprécié autant des résidents que de ses collègues.  Il possède aussi une certaine sagesse, ce qui fait qu’il sait se tenir loin des jeux de pouvoir, des racontars et des clans. À chaque fois qu’un collègue vient lui rapporter que telle personne a dit telle chose sur tel sujet, il écoute, mais se garde bien de commenter.  J’ai également constaté que pendant l’heure du dîner, il ne se mêle pas aux gens.  Il reste dans la salle des casiers et y mange son lunch tout en allant sur le net sur son téléphone.  Je ne pouvais pas tomber sur un meilleur modèle.

Un jour cependant, au milieu de ma 3e semaine d’entrainement, il m’arrive un peu gêné et me dit :

« Mon ami, dis-moi… Est-ce que je peux te poser une question personnelle?  Mais ne te sens pas obligé d’y répondre si tu n’es pas à l’aise. »
« Vas-y! »
« En couple ou célibataire? »

Je le regarde d’un air intrigué.  Il rajoute :

«  Ce n’est pas moi qui veut le savoir.  C’est une femme ici, qui m’a demandé de te poser la question. »
« Une résidente ou une employée? »
« Ha! Ha! Une employée, rassure-toi. »

Ceci est loin de me rassurer.  Et je le lui explique.

« Il y a vingt-cinq ans, j’ai appris à la dure qu’il ne fallait jamais mêler carrière avec amour et/ou sexualité.  Parce que le jour où ça va cesser de fonctionner entre nous deux, on va être obligés de se revoir au boulot.  À partir de ce moment-là, chaque personne raconte les pires merdes au sujet de l’autre à ses collègues, des trucs pas nécessairement vrais d’ailleurs. L’atmosphère au travail devient merdique, et ça se conclut généralement par l’un des deux qui démissionne ou bien qui se fait jeter dehors.  Si je commence une nouvelle carrière, ce n’est pas pour prendre le risque de me la saboter, surtout dès le départ.  Alors non, désolé pour cette femme, qui qu’elle soit, mais je ne suis vraiment pas intéressé. »

Mon raisonnement peut sembler pessimiste, il n’en est pas moins réaliste.  Cette femme ne connait rien de moi.  Nous ne nous sommes jamais parlé. Elle m’a seulement vu.  Et encore, je portais un masque.  Ce qui signifie que ce sont mes yeux et mon physique qui lui ont donné envie de moi.  Ce n’est pas avec une base comme celle-là que l’on obtient une relation durable.  Julio comprend mon raisonnement, et a rapporté mes parole à sa collègue.

N’empêche qu’en y repensant, j’aurais dû mentir et me dire marié et père de famille.  Comme ça, je n’aurais pas passé le reste de mon séjour dans ce CHSLD à me demander si c’était vraiment une coïncidence que trois jours plus tard, on m’a changé  d’étage et d’équipe, et que j’ai commencé à subir du harcèlement moral et psychologique au travail.

En 1697, dans sa pièce The Mourning Bride, l’auteur britannique William Congreve a écrit une phrase qui est restée célèbre : Hell has no fury like a woman scorned. L’Enfer n’a pas de fureur qui égale celle d’une femme dédaignée. Plus de trois siècles plus tard, je crains que cette règle soit toujours en vigueur. 

Du côté des nouvelles préposées, ça gronde.  Presque tout le monde travaille les weekends, malgré le fait qu’elles en ont demandé un sur deux sur la feuille de disponibilité.  Et toutes celles qui ont des enfants et des adolescents se sont vues refusées leurs demandes de congé pour assister à la rencontre parents-professeurs de la rentrée scolaire.  Pourtant, peu importe à qui on pose la question, tout le monde nous dit la même chose.  Les ressources humaines nous confirment que l’on a droit à un weekend de congé sur deux.  Les représentants syndicaux aussi.  Et nos six camarades de classe qui travaillent dans des centres du CISSSME plutôt qu’au CHSLD Champfleury nous confirment qu’ils les ont, eux.  Alors pourquoi pas nous?  Mme Solange Bleau, directrice de Champfleury, n’a pas tardé à nous donner la réponse :

« Vous êtes sous contrat gouvernemental.  Les employés de Champfleury ont LEURS conditions de travail avec LEUR convention collective.  Et vous avez VOS conditions de travail avec VOS conventions collectives avec le gouvernement.  De plus, vous êtes en stage.  En probation.  Par conséquent, vous devez être disponibles pour nous, 24 heures, 7 jours.  Tout refus de vous conformer à votre horaire équivaut à un refus de travailler, et sera traité comme un départ volontaire. » 

Peut-être. Mais ça n’explique pas pourquoi nos six camarades du CISSSME, eux aussi sous contrat gouvernemental, ont droit à leur weekend sur deux. Nous, ce à quoi nous avons droit, c’est au changements incessants d’équipes, d’étages et de patients. Remplacements de dernière minute.  Quarts de travail double.  Surcharge de travail pour cause d’absentéisme excessif des anciennes employées, sans conséquences pour elles puisque syndiquées.  Et chaque protestation de notre part se mérite la menace de diminution de salaire, de ne pas recevoir la permanence promise, voire de renvoi.  Et tout ça sous la crainte de devoir rembourser les $9 120.00 si on quitte. Ou même si on se fait renvoyer, en sachant très bien que la notion de congédiement ou de départ volontaire était ouverte à l’interprétation.  Leur interprétation.

Les nouvelles PAB vivent quotidiennement les remarques rabaissantes et les insultes de la part des anciennes qui ne se gênent plus pour étaler au grand jour leurs sentiments de mépris.  Les plaintes contre elles à la direction ne donnent rien.  L’une des nouvelles a tout simplement reçu ceci comme réponse :

« Oui, d’accord, il y a une manière de dire les choses.  Mais en même temps, tu dois admettre que si tu travaillais mieux, tu ne recevrais pas ces remarques.  Alors en quelque part, tu dois reconnaitre que tu as ta part de responsabilités dans cette situation. »

Evelyne, une camarade de classe, me confie de plus en plus souvent que le travail est loin d’être ce à quoi elle s’attendait.  Elle n’en peut juste plus.  Mais elle n’ose pas partir.  Elle en est rendue à faire des cauchemars de son travail, et se surprends de plus en plus à pleurer en rentrant chez elle.

Quant à Paul, celui d’entre nous qui n’a toujours pas reçu le moindre versement de bourse, il est dépassé par tout.  La PAB qui s’occupe de lui n’est pas très bavarde et lui explique les choses à moitié.  Il se plaint qu’on lui dit de faire tel truc, mais qu’on ne lui dit jamais pourquoi il faut faire ce truc plutôt qu’un autre.  Il ne comprend rien à la logique du travail.  Au bout d’un mois, il est le premier d’entre nous à en avoir marre et à partir.  Ironiquement, il n’aura pas à remettre sa bourse, puisqu’il ne l’a jamais reçue.

Et pour cause : C’est moi qui reçois la sienne.    

Je m’en suis rendu compte lors du second versement de la bourse, alors que j’en reçois deux d’un coup, de nouveau.  La première fois, je croyais que j’avais reçu deux des trois versements.  Mais là, je me retrouve avec quatre versements sur trois.  C’en est un de trop.  Je signale la chose à la direction, qui prend dix jours avant de me convoquer.  Je rencontre un comptable du Champfleury.  Il m’explique qu’en effet, une erreur de programmation s’est produite, et que je me suis retrouvé avec la bourse de Paul en plus de la mienne.  On me demande donc de leur rendre immédiatement la somme de $6 080.00.  Petit problème, je ne possède pas un tel montant.  Je leur demande de patienter.  On me donne 24 heures.  Je me rends à ma banque.  Or, ce jour-là, aucun conseiller financier n’est sur place, et l’équipe de caissier est squelettique.  Sans pouvoir transférer de mes placements dans mon compte chèque, je me vois obligé de faire une avance de fonds à partir de ma Visa jusqu’à mon compte. On m’avertit qu’une telle opération fera qu’on va me charger 19.9% d’intérêts sur le montant ainsi emprunté. Non pas à la fin du mois.  Immédiatement.  Et c’est ainsi que je dois payer plus de $300 dollars de frais pour corriger une erreur commise par mon employeur.

Employeur qui mettra un autre dix jours avant d’encaisser mon chèque.

La pauvre Evelyne, incapable d’en endurer plus longtemps, mais également incapable de rendre la bourse si elle se retrouve sans emploi, est arrivée à un compromis avec la direction.  Elle passe de PAB à aide de service.  Ça lui permet de continuer de travailler au Champfleury comme si de rien n’était.  Mais voilà, peu après l’arrivée des seize nouveaux que nous étions, la direction a réalisé qu’ils n’ont plus besoin d’aides de services, puisque nous sommes là pour aider les anciens.  Alors au bout de deux ou trois semaines, Evelyne voit son poste être aboli.

Trois sur seize de partis.  En un mois.

À SUIVRE.

Préposés aux maléficiaires, 1 de 5 : L’embauche et la désillusion.

Introduction
J’ai longtemps hésité à raconter ce qui suit.  Et c’est idiot, parce que ce qui me retenait, c’était la crainte de passer pour un irresponsable.  Vous savez, le genre de personne qui croit vraiment (ou bien qui tente très fort de convaincre tout le monde incluant lui-même) que jamais rien n’est de sa faute.  Que tous les revers qu’il subit ne sont que les fruits du hasard ou bien de la faute des autres.

J’avoue, avant mes trente-cinq ans où à peu près, j’étais comme ça.  Mais depuis, j’ai appris à faire la juste part des choses.  Et avec les années, j’ai appris à me regarder en premier lorsque je suis dans une position fâcheuse.  Alors quand je me demande « Qu’est-ce que j’ai fait pour me mériter ça? », ce n’est jamais une question rhétorique.  C’est sincère.  Je fais beaucoup d’introspection pour voir ce que j’ai pu dire, faire, ou même être, pour m’attirer ces problèmes. Mieux encore : Je n’hésite plus du tout à le demander aux autres.  Car ceux qui m’entourent ont assez de recul pour voir l’image dans son ensemble, et peuvent ainsi constater un bon nombre de détails qui m’échappent.  C’est le principe du spectateur.  Celui-ci, témoin du déroulement de l’histoire, la connait mieux que n’importe quel de ses personnages.  

Et pour être certain d’être renseigné adéquatement, je prends bien soin de leur préciser que je ne me fâcherai pas contre eux s’ils me disent une vérité qui puisse sembler blessante.  Car oui, je suis orgueilleux.  Mais je mets mon orgueil au bon endroit.  Je ne veux pas simplement donner l’illusion que je fais bien.  Je veux bien faire.  Pour bien faire, je dois corriger mes erreurs.  Si je veux corriger mes erreurs, il faut d’abord que je sache où l’erreur se situe au juste.

Malgré toute cette bonne volonté, il arrive qu’en effet, des fois, on n’a d’autres choix que de constater que les revers que l’on subit sont en grande partie dus aux autres.  Mais pour en arriver à cette conclusion de manière pertinente, encore faut-il commencer par le processus d’introspection que je décris plus haut.

Et c’est comme ça que j’en suis arrivé à la conclusion que non seulement moi, mais aussi plusieurs dizaines de personnes, avons été victime de manœuvres pas nettes qui nous ont, pour la plupart, coûté une carrière et beaucoup d’estime de soi.

Je vais devoir modifier plusieurs noms pour ne pas faire de la diffamation, puisqu’il m’est impossible de prouver mes dires de manière légale.  Mais sinon, oui, il s’agit de la stricte vérité.

Cette histoire sera en cinq parties :

  1. L’embauche et la désillusion.
  2. L’apprentissage et les premiers abus.
  3. Tout faire pour se conformer.
  4. Le harcèlement et les renvois successifs.
  5. Les nombreux débouchés post-CHSLD.

Ça va comme suit.

Comme bien des gens au Québec, au printemps de 2020, j’ai entendu l’appel du ministre Legault.  Avec la pandémie qui surcharge notre système de santé, ils avaient besoin de former et d’embaucher 10 000 préposés aux bénéficiaires.  Je me suis porté candidat.  J’ai été choisi.  En juin, j’ai commencé la formation de trois mois, que j’ai réussi diplômé.  Le 21 juillet, j’ai commencé mon stage dans un CHSLD.  Le 11 septembre, j’ai été embauché officiellement.  Et après une probation de 45 jours (45 jours de travail, et non 45 jours de suite), je devais devenir employé syndiqué, avec les mêmes droits que tous les autres travailleurs de la santé.

Oui, « devais »… Car on m’a congédié le 29 octobre, au jour 38 de ma probation.  Je ne vous garderai pas en suspens; oui, je me suis retrouvé un autre poste de préposé aux bénéficiaires, au privé, à salaire semblable, mais avec de bien meilleures conditions de travail.  Et ça ne m’a pris que 48 heures entre le moment où j’ai soumis ma candidature, et celui où j’ai été embauché.  Je vous expliquerai comment plus tard.  En attendant, commençons par le commencement.

Mardi le 2 juin 2020. Je m’inscis.

Lundi le 8 juin 2020.  Je reçois un courriel de la part du CISSSME (Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie Est), m’invitant à compléter mon processus de sélection au programme de bourses d’études.

Mardi le 9 juin.  Je reçois un appel d’une personne du CISSSME pour une entrevue téléphonique. Tout se passe bien.  Elle me demande ensuite de lui envoyer le reste de mes documents afin de compléter mon dossier. Je le fais.

Jeudi le 11 juin.  Je reçois un appel de Mme Solange Bleau, directrice du CHSLD Champfleury.  Mme Bleau me passe une entrevue téléphonique.  À la fin de celle-ci, elle m’invite à aller me présenter en personne au CHSLD dans l’heure qui suit.  J’y vais.  Je passe en entrevue de nouveau.  Je réponds de manière satisfaisante aux questions, et aux mises en situations que l’on me propose.  Puis, on m’annonce que je suis embauché, et que je commencerai à travailler là, à la fin de ma formation.  Je signe mon contrat d’embauche, et je laisse un spécimen de chèque pour le dépôt direct de mon futur salaire.

À ce moment-là, j’étais totalement ignorant que le programme de formation du Gouvernement était payé par les fonds publics, et devait nous former pour travailler dans un des CHSLD qui fait partie du CISSSME, c’est-à-dire dans le système de santé public.  Or, le CHSLD Champfleury était du secteur privé.  N’étant pas familier avec le système de santé, comme la majorité des candidats à cette formation d’ailleurs, comment aurai-je pu le savoir?

Lundi le 15 juin.  Je commence ma formation de trois mois au Centre de Formation Professionnelle Campbell.  Nous sommes vingt-deux étudiants.  La profession semble n’attirer surtout que des femmes, car il n’y a que trois autres hommes en classe.  Et à ma grande surprise, malgré mes 51 ans, je suis le 2e plus jeune des quatre.

En faisant connaissance pendant les pauses, nous réalisons bientôt que seize d’entre nous avons déjà notre contrat d’embauche, tous avec le CHSLD Champfleury.  Et pour les six autres, la chose allait se dérouler dans l’ordre suivant : Formation, stage, diplôme, embauche.  Nous seize ne nous sommes pas questionnés outre-mesure.  Nous nous considérions tout simplement chanceux, heureux de la sécurité d’avoir déjà notre contrat de travail.

Nous avons droit à une bourse de $9 120.00 divisée en trois versements mensuels de $3 040.00.  À cause de complications dont les raisons m’échappent, personne ne la reçoit aux mêmes dates.  Certains la reçoivent rapidement, d’autres très tard.  Moi, je reçois d’un seul coup deux des trois versements, tandis que Paul, un camarade de classe, ne la reçoit pas du tout.

Le 21 juillet, jour de mon 52e anniversaire.  Nous, les seize embauchés d’avance, débutons notre stage au CHSLD  Champfleury.  Les six autres sont partis dans des centres d’hébergements du CISSSME.

Dès la première réunion d’informations, tout le personnel nous semble sympathique.  La directrice Bleau nous raconte les grandes lignes de l’Histoire du CHSLD, et nous explique qu’il s’agit d’un centre conventionné, c’est-à-dire privé, mais en partenariat avec le système public.  Par conséquent, nous avons un contrat d’embauche avec le Gouvernement, mais aussi un contrat avec Champfleury.  Ce sont eux qui reçoivent notre salaire annuel de $49 000.00, qu’ils vont commencer à nous distribuer deux semaines après notre date d’embauche qui sera le 11 septembre.  Nous nous engageons ensuite à respecter notre contrat gouvernemental, qui est d’un an.

Elle nous précise aussi une autre chose : celui ou celle qui quitterait volontairement le Champfleury avant le 12 septembre 2021 n’aura pas respecté son contrat avec le gouvernement, et devra rembourser les $9 120.00 de la bourse d’étude.

« Oui, mais si on se fait mettre dehors parce qu’on ne fait vraiment pas l’affaire? » demande une camarade de classe.   « Parce que, tsé, entre la théorie à l’école et la pratique avec de vraies personnes en fin de vie… »
« C’est prévu dans votre contrat. »,
répond la directrice. « Dans le cas d’un congédiement, vous n’aurez pas à rembourser.  Ça ne sera pas un départ volontaire, ça va être nous qui jugeons que vous n’êtes pas faits pour ce métier. »

Voilà qui soulage nos craintes.  Elle rajoute cependant :

« Mais ils ne faut pas nous prendre pour des idiots.  Si vous faites semblant de ne pas comprendre votre travail, ou si vous faites exprès pour vous faire jeter dehors, on va s’en rendre compte tout de suite.  À ce moment-là, vous aller devoir payer. »

La directrice nous explique ensuite que nous serons en apprentissage pendant sept semaines, soit du 21 juillet jusqu’au 11 septembre.  Nous serons formés par d’autres PAB (préposés aux bénéficiaires) qui sont déjà à l’emploi de Champfleury.  Si au bout de cette formation nous démontrons que nous faisons l’affaire, alors là, on sera embauchés officiellement. Puis, suivront ensuite quarante-cinq jours de probation.  On ne parle pas de jours de suite, mais bien de jours de travail.  À cinq jours par semaine, donc à vingt jours par mois, on parle de neuf semaines de travail.  Ensuite, nous serons vraiment des employés à temps complet du Champfleury, avec tous les avantages que ça comporte.

La directrice nous encourage fortement à se plier aux règles, au style et à la manière de travailler du Champfleury.  D’être caméléon, comme elle le dit.

Puis, seul homme parmi ces dirigeants féminins, nous rencontrons Michel, notre représentant syndical.  Il nous explique que même si on ne sera pas syndiqués avant le 6 novembre, soit dans quatre mois, il nous recommande fortement de signer la carte de membre et la lui retourner au plus vite.  Parce que même si on ne joint pas, les cotisations syndicales sont enlevées automatiquement de notre chèque de paie, et ce à partir du 11 septembre.  Il est donc tout de notre intérêt d’en faire partie.

Puis, arrive le sujet de la disponibilité et des horaires.  La directrice nous dit que, selon notre contrat gouvernemental, nous devons être disponibles au moins un weekend sur deux.  Notre horaire est aussi étroitement relié à notre salaire. À la base, nous sommes payés  $20.55.  Pour se rendre au $26.00 promis par le ministre Legault, il faut accepter de travailler sous certaines conditions car ce sont ces conditions qui donnent des primes.  Prime de soir, prime de nuit, prime de weekend, prime de quart de travail double, prime de remplacement, prime de jours fériés, sans oublier la prime de travail en temps de Covid-19. Il y a même une prime d’assiduité : Chaque semaine de travail de 5 jours se mérite $50 en banque, jusqu’à atteindre le montant de $1000.  La moitié est versée à tous les six mois.  Mais si on a le malheur de faire moins que cinq jours par semaine, notre montant accumulé retombe à zéro.  Ce n’est qu’une fois toutes ces primes accumulées que l’on se retrouve, en moyenne, avec le salaire de $26 promis.

Ceci étant expliqué, la directrice nous a distribué notre formulaire de disponibilité, sur lequel nous sommes invités à cocher quand nous sommes prêts à travailler : Jour, soir, nuit, un weekend sur deux ou bien tous les weekends.

Ces révélations ont soulevé un tollé.  Un de mes camarade de classe se plaint que l’on nous a promis une licorne, et que jamais il n’a été question que l’on se fasse payer moins que les $26 promis.  Et beaucoup de femmes de notre groupe sont mères de famille.  Cet horaire imposé va leur causer de nombreux ennuis dans leurs vies privées.  C’est donc avec beaucoup d’amertume que beaucoup d’entre nous devons choisir entre se retrouver avec un salaire de 22% plus bas que promis, ou bien sacrifier leurs vies sociales et familiales.  Ça ne fait même pas une heure que nous sommes ici, que ça parle déjà de partir.  Mais voilà, aucun d’entre nous ne peut se permettre de rembourser $9 120.00, surtout en se retrouvant du jour au lendemain sans emploi, surtout en temps de pandémie où les emplois sont plus rares.  C’est donc à contrecœur que chacun et chacune remplis sa feuille de disponibilité.

Quant à moi, je ne partage pas les revendications de mes camarades de classe. Premièrement, je n’ai jamais gagné plus que $15.50 de l’heure.  Je ne vais donc certainement pas me plaindre d’en gagner $20.55 de base.  Et ensuite, ce n’est pas comme si je n’allais recevoir que ce montant.  Je compte bien me ramasser toutes les primes. À 52 ans, il y a longtemps que mes enfants sont adultes et ont quittés la maison.  De plus, je suis célibataire et j’habite à 20 minutes à pied de ce CHSLD.  Je compte bien me dévouer pour mon employeur en me mettant en disponibilité totale.  J’ai tout coché :   Jours, soirs, nuits, weekends, jours fériés, horaire double, remplacements de dernière minute.  Et jamais on ne m’entendra dire du négatif de qui que ce soit, ni au sujet du travail, ni sur les anciens employés, ni sur la direction. Cette carrière est une opportunité unique qui n’arrivera pas deux fois dans une vie. Ce n’est pas le moment de faire le con et de s’arranger pour la perdre.  

Il y a cinq ans, lorsque j’étais concierge résident dans une tour à condos de luxe à l’Île-des-Sœurs, je travaillais de 12 à 16 heures par jour, en plus d’être sur appel pour toute urgence 24/7, chose qui arrivait à toute heure du jour, du soir et de la nuit.  Je n’étais en congé que de 8h à 16h le mardi et le mercredi.  Et pour tout ce travail, je gagnais un salaire fixe équivalent à $15 multiplié par 40 heures par semaine, moins déductions.  Un jour, je me suis rendu compte que si je divisais mon revenu par mes heures de travail réelles, je gagnais moins que le salaire minimum.  Après avoir vécu ce genre de magouilles, vous comprendrez que ce ne n’est ni l’horaire ni le salaire de ce CHSLD qui vont me poser un problème. Par conséquent, je ne partage pas du tout le sentiment de déception et de frustration de mes camarades de classe. Sûr, je les soutiendrai toujours moralement dans leurs démarches.  Mais au travail, si mon amitié et mon respect va à mes collègues, ma loyauté ne va qu’à celui qui signe mon chèque de paie. 

Je compte bien être le parfait employé, sans histoires, toujours au service de son patron.

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Tomber et rebondir pour monter plus haut.

De 1988 à 2008, j’ai travaillé dans le domaine des arts et de la publication. Or, la crise de la presse écrite fit que les contrats se firent de plus en plus rares, et je n’arrivais plus à gagner ma vie convenablement.

Qu’est-ce qu’on fait quand on a passé sa vie à être artiste et que l’on ne sait rien faire d’autre? Simple : On part à zéro, en commençant en bas de l’échelle. C’est ce que j’ai fait.

De 2008 à 2011, je me suis mis à l’activité physique.  Gym, course à pied, vélo, poids et haltères, histoire de perdre du gras et prendre du muscle. C’est que si je dois me recycler dans le travail manuel, il faut que mon physique, dès le premier coup d’oeil, montre à l’employeur potentiel que je suis vaillant.

2011-2013. Je travaille comme homme de ménage pour un garage de bus.
2013-2015. Cette expérience me permet de devenir concierge résident dans un édifice de 22 étages. J’y apprends la menuiserie, la plomberie et l’électricité.
2015. Cette expérience me permet de devenir surintendant résident dans une tour à condos de luxe de 34 étages. Je ne prolonge cependant pas mon premier contrat de six mois, les conditions de travail étant abusives.
2016-2018. Cette expérience me permet de devenir surintendant dans une usine de portes et fenêtres.

Le 15 février 2018, une chute dans un escalier verglacé me brise la vertèbre T5, juste entre les omoplates. Un coup à paralyser un homme pour la vie. Je m’en sors par miracle, mais la douleur m’empêche de travailler. Les médecins me recommandent de huit à dix mois de repos. Au bout de deux mois, l’inactivité commence à me rendre dingo. Et puis, le chômage ne me donne que 50% de mon salaire.  J’ai beau être économe, mon budget est trop serré pour être confortable.

Ma vertèbre ne m’empêche pas de travailler assis.  Je décide donc de me recycler dans le travail de bureau. Je cherche sur Google les pages de grandes compagnies situées à Montréal, et je m’abonne à leurs newslists.  Trois semaines plus tard, j’y apprend qu’une firme ouvre un bureau à Sherbrooke.  Ils recrutent à Montréal car ils n’arrivent pas à trouver le personnel qualifié là-bas. À l’entrevue, je leur explique combien mon ancien boulot de concierge et surintendant avait en commun avec le service à la clientèle et le support technique. Si j’accepte de déménager à Sherbrooke, ils m’embauchent, formation incluse et payée. J’accepte. Donc :

2018-2020. Cette expérience me permet de décrocher un boulot en support technique, payé une fois et demie le salaire minimum.  Mon meilleur revenu à vie.  Le coût de la vie à Sherbrooke est le plus économique du Québec.  Ça me permet de vivre seul dans un 5½, payer mes obligations, et investir l’excédent.

Le 4 janvier 2020, je réalise que n’eut été de mon accident de vertèbre, j’aurais continué à vivre de mon boulot de surintendant. Donc, que si je n’y avais pas été obligé, je n’aurais jamais évolué au-delà de ce travail manuel à salaire modeste. Je me rend compte que je suis en train de faire exactement la même chose ici: Me complaire dans ma zone de confort, stagner au lieu d’évoluer.

Je décide donc d’utiliser mon expérience à La Firme pour monter encore plus haut, et  continuer à améliorer mon sort.

Il y a quelques années, j’ai créé une page nostalgique nommée Autour du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois. Et comme son nom l’indique, j’y parle des six municipalités qui entourent la montagne, c’est à dire McMasterville, Beloeil, St-Hilaire, Otterburn Park, St-Jean-Baptiste et Ste-Madeleine. Au moment où j’écris ces lignes, il y a 4 915 abonnés.

Depuis juin 2019, la popularité grandissante de ma page m’a apporté beaucoup de contacts, ainsi que plusieurs contrats et projets.

Marylin Nadeau, Mairesse de St-Jean-Baptiste, m’a contacté afin de m’offrir un contrat pour animer une soirée d’autrefois pour la semaine des ainés.
La Coopérative d’Électricité de St-Jean-Baptiste m’a contacté pour que je leur monte un petit magazine commémoratif pour les 75 ans de la coop.
• Rédaction d’un livre historique et biographique au sujet de Louis Pasquier, le premier directeur de la Raffinerie de Sucre de St-Hilaire, en collaboration avec ses petits-fils, François et Michel Cormier.
• Collaboration avec Sonia et Laurent Bonet, enfants de Jordi Bonet, pour une exposition pour le 40e anniversaire du décès de leur père.
• Pourparlers sur la possibilité de faire une exposition du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois au centre culturel de St-Hilaire.
Je suis devenu membre, contributeur et auteur pour la Société d’Histoire et de généalogie de Beloeil / Mont-Saint-Hilaire.
• Je devais même souper chez M. Yves Corriveau, le maire de Mont-Saint-Hilaire, le 10 avril 2020.

Lorsque j’ai quitté St-Hilaire en 1990 à l’âge de 21 ans, c’était en tant que fils du BS du village, méprisé de tous. Et là, grâce à ma page, j’étais maintenant l’historien du citoyen, apprécié de tous. Ceci me décide de revenir dans ma ville d’origine après exactement 30 ans d’exil.

1er février 2020. Je quitte La Firme, je quitte Sherbrooke et je redeviens officiellement hilairemontais. Je travaille sur les contrats et projets mentionnés plus haut, en attendant de décrocher le travail honorable à temps plein qui m’assurera respect et prospérité. Idéalement, je vise un boulot à l’Hôtel de Ville.  Avec tous les bons contacts que je me fais, ça ne devrait être qu’une question de semaines.

Et c’est là qu’arrive le Vendredi 13 mars 2020. Le genre de vendredi 13 qui donne si mauvaise réputation à cette date. Ce fut le début de la pandémie.

Mes contrats:  Annulés.
Mes projets: Annulés.
Mes rencontres:  Annulées.
Mes chances de décrocher un emploi pour la Ville: Annulées.

Puisque j’ai quitté moi-même La Firme à Sherbrooke, il s’agit d’un départ volontaire. Je n’ai donc pas droit aux prestations gouvernementales versées aux salariés qui ont perdu leur emploi à cause de la pandémie. Et voilà comment je me retrouve sans emploi et sans revenus. Je vis de mes économies.  Je vend mes placements.  Et j’ai une excellente marge de crédit.  Mais je ne pourrai pas en vivre éternellement.

Une amie hilairememontaise est téléphoniste pour Urgence Santé. Puisque son travail est un besoin essentiel, elle peut travailler de la maison.  Hélas, elle a quatre problèmes.  De un, elle a un fils handicapé.  De deux, l’école est fermée depuis le 13 mars.  De trois, la pandémie interdit aux grands-parents de faire du babysitting.  Et de quatre, elle est mère célibataire.  Il lui est impossible de travailler tout en s’occupant de son fils.

Elle m’apprend que justement, étant donné sa situation, elle a le droit de demander une subvention afin d’engager une gouvernante pour s’occuper de la maison et de son fils.  J’ai été moi-même père quatre fois, et deux d’entre eux souffraient de troubles du comportement.  Et en tant que concierge, je sais parfaitement tenir maison.  Je saisis l’opportunité au vol.

Je passe une entrevue téléphonique.

Ils vérifient mes antécédents judiciaires.  Tout est Ok.
Ils vérifient mes anciens employeurs.  Tout est Ok.
Ils vérifient mes antécédents médicaux.  Ils découvrent que j’ai été soigné à l’Hôpital Douglas en 2000 pour une dépression.  Celle-ci ayant été causée par deux ans de harcèlement psychologique au travail, la cause ne venait pas de moi.  Donc, je suis un être sain et équilibré.  Ils trouvent cependant dans mon dossier un diagnostic de TDAH.  Problème: Je ne peux pas obtenir le poste si ce n’est pas soigné.

À l’époque, j’avais essayé d’avoir la médication appropriée pour traiter mon problème.  Hélas, lorsque c’est un adulte qui le demande pour lui-même, c’est refusé.  Ça prend un papier d’un médecin de famille, ce que je n’avais pas.  Et toutes mes tentatives pour en obtenir un furent vaines.

Mais cette-fois, c’est différent.  Cette fois, c’est le système de santé qui a besoin de moi.  Alors six jours plus tard, j’avais un médecin de famille, et une prescription de Vyvanse renouvelable pour deux ans.  Comme quoi ça paie, d’être du bon côté du système.

J’ai donc obtenu le boulot.  Et à ma bonne surprise, à 50¢ de plus l’heure que ce que je gagnais à la firme.

Juin 2020. Dans quelques semaines commencent les camps de jour pour enfants handicapés, signifiant que j’allais perdre mon emploi.

Et c’est là qu’arrive le Ministre Legault avec son plan de réforme du système de santé lourdement surtaxé par la Covid-19. On demande 10 000 personnes pour devenir préposés aux bénéficiaires, formation de trois mois gratuite avec une bourse faramineuse, et un contrat de travail garanti d’un an dans un CHSLD, payé le double du salaire minimum.  C’est une opportunité qui ne se présente qu’une seule fois dans une vie.  Une à ne surtout pas laisser passer.

Je me suis inscrit. J’ai passé deux entrevues téléphoniques, puis une en personne.  Je leur ai expliqué que, ayant été support technique et surintendant, je suis habitué à faire du service à la clientèle aussi bien au téléphone qu’en personne. Ayant été père quatre fois ainsi que concierge, je n’ai aucun problème à travailler avec tous les fluides corporels imaginables. Et étant un habitué des gyms, j’ai la force physique et l’endurance dont ils ont besoin.  Qui plus est, mes enfants sont tous adultes et partis, et je suis célibataire.  Je suis donc disponible pour eux 24/7.

Parmi les 70 000 à 90 000 candidatures qu’ils ont reçu (le chiffre varie selon la source), j’ai été l’un des 10 000 à être retenu.

Depuis le 15 juin, je suis en formation. Le 15 juillet, je commence mon stage en CHSLD. Le 15 septembre, je commence mon contrat d’un an, avec possibilité de le renouveler, ou bien de suivre une formation, également gratuite, si je suis intéressé à travailler dans une autre branche du système de santé.

Et, chance inouïe, mon groupe se retrouve avec les meilleures conditions de travail de cette formation.  Alors que la majorité des candidats ne savent pas où ils iront travailler, notre contrat est déjà signé au CHSLD.  Et mieux encore: Là où nous irons travailler, il n’y a pas (encore) de cas de Covid-19.

Ces études, cet emploi et ce revenu s’inscrivent parfaitement dans mon programme d’évolution personnel et professionnel que j’ai amorcé il y a neuf ans.  Car rien de ceci ne me serait arrivé si je n’avais pas décidé, en janvier dernier, de quitter mon emploi et ma ville pour partir à la recherche d’un meilleur sort dans ma ville d’origine.

Il est important de bien planifier sa vie. Cependant, il arrive que même les meilleurs plans se cassent la gueule. Ce fut le cas ici, alors que la pandémie rendit obsolète les domaines dans lesquels j’avais appris à travailler. Mais quand on arrive à se ressaisir, à attraper les opportunités au vol, et que l’on possède la souplesse, la capacité d’adaptation et le désir d’aller plus loin, alors on peut transformer une catastrophe en meilleure chose qui puisse nous arriver. Et le fait de travailler dur pour passer d’artiste à homme de ménage, à concierge, à surintendant et à support technique, ça n’a pas été inutile. Car même si je ne peux plus me trouver du travail dans ces domaines, ça m’a apporté le meilleur atout qui soit : l’expérience.

Une expérience sans laquelle je n’aurais pas pu décrocher la carrière honorable bien rémunérée que j’amorce aujourd’hui.

Les conséquences de la conflictuodépendance

Voilà un bon moment que je n’avais pas parlé des conflictuodépendants. Il s’agit de gens qui souffrent d’une estime de soi aussi basse que profonde, souvent à cause d’une enfance et adolescence dans laquelle ils ont été constamment rabaissés par leur entourage.  Ils sont complexés, en général parce qu’ils sont ou bien obèses, laids, faibles, pauvres, de mauvaises familles, et/ou toute autre raison qui puisse nous attirer les moqueries et le mépris social. 

Devenus adultes, trop lâches pour être capables de travailler sur leurs problèmes et les régler, ils ont recours à la seule option qui est à leur portée afin de se sentir mieux avec eux-mêmes : Tenter de rabaisser les autres plus bas qu’eux. Ainsi, puisque leur bien-être moral dépend des situations de conflit, ça fait d’eux des gens conflictuodépendants.

Je vais vous présenter une situation potentiellement négative, tirée de ce que je vis en ce moment.  Puis, je comparerai deux réactions : Celle de la personne confluctuodépendante, et celle de la personne normale.

LA SITUATION.
Je déménage bientôt pour retourner dans ma Montérégie d’origine. Habitué d’être membre au gym de la chaine Éconofitness, j’ai cherché sur Google pour voir s’il y en avait dans la région. J’ai été déçu de voir que non. Par contre, il y en a une dizaine d’autres.  Deux appartiennent à des chaînes bien connues, soit Énergie Cardio et Nautilus Plus, tandis que les autres sont des gyms privés ou indépendants.

Seconde déception : Si les chaînes affichent clairement leurs tarifs (avant taxes), les gyms indépendants ne disent pas un mot sur le sujet. Ils utilisent des termes comme tarifs avantageux, ainsi que forfaits économiques. Mais à part ça, pas un ne daigne afficher ses prix.

J’ai cru avoir trouvé une exception en constatant que la page web de l’un d’eux avait une sections FRAIS ET TARIFS. J’ai déchanté en y cliquant. Au lieu d’y trouver une grille tarifaire, on a plutôt droit à ce texte :

« Ici, chez HE’S DEAD, GYM! Nous croyons que la qualité d’une salle d’entrainement sérieuse se mesure à l’équipement fourni, à l’ambiance générale de l’endroit, à la courtoisie du personnel, et la propreté des lieux. C’est la raison pour laquelle nous ne donnons nos tarifs ni sur le net ni par téléphone. »

Lire ceci m’a allumé une alarme dans la tête. Je sais par (mauvaise) expérience qu’il y a deux raisons pourquoi un commerce va refuser de dire franchement ses prix dès le départ.

RAISON 1 : C’est très onéreux. Dans ce temps-là, le commerce fragmente le produit, chaque partie ayant son tarif qui lui est propre. Par exemple, une automobile sera divisée ainsi : Le produit principal qui est l’auto elle-même, Puis, les options, c’est-à-dire les pneus, l’antirouille, l’antivol, les assurances, etc. Évidemment, puisqu’il est impossible de rouler sans pneus et illégal de le faire sans assurance, et que les assurances vont t’obliger à prendre l’antivol et l’antirouille, on n’a d’autre choix que d’acheter ces options et on ne sait jamais combien on paie avant les toutes dernières secondes, soit lorsque vient le moment d’apposer notre signature sur le contrat. Et à tout coup, c’est beaucoup plus cher que l’on espérait.

RAISON 2 : Leur but premier est de vous soutirer le plus d’argent possible. Pourquoi se contenter de charger $100 pour un produit si le client a les moyens d’en payer $2000? Voilà pourquoi, au lieu de vous dire leurs prix, la première question qu’ils vont vous poser est « Quel est votre budget? » Et à chaque fois, non seulement on ne vous vendra pas ce qui vous convient, ça va vous coûter entre 60% et 110% de plus que la limite que vous aviez pourtant établie en répondant à cette question.

Je me suis fait avoir deux fois de cette manière. La première fois pour un vélo. La seconde pour un système de son. Je me suis juré qu’il n’y aurait pas de 3e fois. Aussi, lorsque je me fais poser cette question, j’ai maintenant la réponse parfaite : « Mon budget, c’est : Voir ce que vous offrez, voir combien ça coûte, et voir si ça me convient. »

Bref, lorsque j’ai lu le texte au sujet de la tarification chez He’s Dead, Gym!, j’ai compris immédiatement que s’inscrire là coûte beaucoup plus cher que chez Nautilus Plus ou Énergie Cardio. Parce que si c’était le contraire, ils n’auraient pas peur de le dire.

LA RÉACTION D’UNE PERSONNE CONFLICTUODÉPENDANTE.
D’instinct, il reconnait une situation dans laquelle il peut confronter l’autre sur son hypocrisie et avoir raison contre lui.  Dans son besoin vital de rabaisser autrui plus bas que lui, il ne peut pas laisser passer une telle opportunité. Prévoyant se rendre à ce gym pour les confronter, il réfléchit au sujet de tout ce que le gym pourrait lui dire.  Et à chaque phrase potentielle, il planifie d’avance de cinglantes répliques.

GYM : « Bienvenue chez He’s Dead, Gym!  Comment puis-je vous aider?»
LUI :
« J’aimerais connaître votre grille tarifaire pour vos différentes options. »

GYM : « Ça dépend! Quel est votre budget? »
LUI: « Ah bon!? Dès le départ, la première chose qui vous intéresse, c’est mon argent?  Donc, dans le fond, ce que je recherche, de quoi j’ai besoin, ça, vous n’en avez rien à chier. »
GYM : « Oui mais je ne peux pas savoir ce à quoi vous avez droit si je ne sais pas combien d’argent vous êtes prêt à investir. »
LUI : « Quoi, vous travaillez ici, et vous ne connaissez même pas les prix de vos propres services? Est-ce que je pourrais parler à quelqu’un de compétent qui connait son travail? »
GYM: « C’est que nous offrons tellement de différents services qu’il me serait impossible de vous donner tous nos différents prix comme ça dès le départ. »
LUI : « Vous refusez de donner vos tarifs sur le net. Vous refusez de donner vos tarifs par téléphone. Et là vous refusez de donner vos tarifs en personne. J’ai jamais vu un commerce avoir peur à ce point-là de dire combien il charge. Du moins, pas un commerce honnête.»
GYM: « C’est que je dois savoir ce qui vous intéresse dans un gym.  Comme ça, je pourrai savoir quel forfait vous convient le mieux. »
LUI: « Ben oui, chose!  Tu veux tellement savoir ce qui m’intéresse, que ta première question est de me demander combien j’ai d’argent dans les poches. Est-ce que ça prend une formation en menterie et en hypocrisie pour travailler ici, ou bien c’est un talent naturel? »
GYM : « Écoutez!  Si on ne commence pas par fournir nos tarifs, c’est parce que justement, il y a trop de gens qui ne pensent qu’à l’argent.  Nous croyons que la qualité d’une salle d’entrainement sérieuse se mesure non pas à ses tarifs mais bien à l’équipement fourni, à l’ambiance générale de l’endroit et à la propreté des lieux. »
LUI : « Traduction : Tu as de l’équipement, de la musique, et tu laves les plancher. Comme tous les autres gyms de la planète, finalement. Ce qui en revient à dire que la seule différence entre ce gym-ci et les autres, c’est vos prix abusifs. Et vous le savez très bien qu’ils sont abusifs. C’est la raison pour laquelle vous avez besoin de prendre le temps d’essayer de les justifier, avant d’oser les révéler. Tu trouves pas que c’est manipulateur?  Tu trouves pas que c’est hypocrite? »
GYM : « Si ça ne vous convient pas, rien ne vous empêche d’aller vous abonner ailleurs. »  
LUI: « Attend!?  Tu dis que les prix ne me conviennent pas, mais en même temps tu m’as jamais dit les prix.  Wow!  Juste… Wow! »  (Aplaudit lentement.)
GYM : « Je ne vais pas perdre mon temps à dire nos tarifs à quelqu’un qui ne va pas s’abonner. »  
LUI: « HEIN!?  T’es capable de savoir ça, toi? 
Non seulement tu lis dans ma tête, mais t’es capable de voir le futur?  Pour vrai, là?  Tu te prétends vraiment télépathe et clairvoyant?   Sérieux, là, tu crois vraiment à ce que tu dis? Ok, wow!  J’ai déjà vu des gens qui n’ont pas les deux pieds sur terre… Mais être à ce point-là déconnecté de la réalité ça tombe dans le domaine du handicap mental.  As-tu déjà pensé à consulter un psychiatre?« 

Lorsque l’on pique quelqu’un au vif en le confrontant avec des preuves de son hypocrisie et du manque de logique de ses arguments, il est très rare que la personne ainsi acculée au pied du mur reste calme et posée.  Le confluctuodépendant le sait.  Voilà pourquoi il attaque l’autre sans répit en parsemant ses répliques d’insultes.  Il cherche à provoquer chez l’autre une contre-attaque violente.  Verbale bien sûr, mais physique serait encore mieux. 

C’est un comportement classique chez le conflictuodépendant, d’agresser quelqu’un pour le faire réagir, dans le but de se faire ensuite passer comme étant la victime de cette personne.  Et pour éviter que ça ne soit qu’un cas de sa parole contre celle de l’autre, il va même jusqu’à songer à acheter une caméra espion déguisée en stylo qu’il portera à la poche de chemise.  Comme ça, il pourra exposer sur le net le mépris, les insultes, les engueulades, les menaces, voire même les voies de fait, de l’employé / du gérant / du propriétaire de ce gym.

Qu’est-ce qui pousse un conflictuodépendant à planifier de transformer une manoeuvre tarifaire légale en conflit haineux et violent pour détruire la réputation d’un commerçant avec qui il ne voudrait même pas faire affaire pour commencer?  Comme tout le monde, les confictuodépendants se sont déjà fait avoir. Et bien qu’ils soient revanchards, ils sont trop lâches pour être capables de se battre pour obtenir justice contre ceux qui les ont vraiment lésés.  Ils vont donc rechercher activement des situations potentiellement semblables.  Ils vont ensuite provoquer eux-mêmes ces situations.  Ils cachent leurs motivations mesquines en appelant ça « Avoir un grand sens de la justice. » 

Qu’est-ce que ça lui rapporte de bien? La satisfaction morale d’avoir renversé les rôles agresseur-victime. La justification de savoir que sa cible l’aura bien mérité. La fierté d’avoir exposé publiquement un arnaqueur.  Et il se vante que, par ses actions, il va diminuer le nombre des victimes potentielles de ce commerce.

Qu’est-ce que ça peut lui rapporter de mal?  Ça, c’est une question sur laquelle les confluctuodépendants ne prennent jamais le temps de réfléchir avant d’agir. 

Par exemple, dans ce cas-ci, si on y réfléchit, on comprend aisément que la Montérégie est un de ces coins de pays peuplés de petites villes et de villages dans lesquels tout le monde connait tout le monde. Et c’est encore plus vrai depuis que nous sommes tous reliés par Internet. Un commerçant a forcément beaucoup d’amis et de contacts dans la communauté. Et pas n’importe qui.  Car s’il charge plus que ses concurrents, il attire forcément les citoyens plus plus aisés.  Donc les notables, les gens qui ont des connexions, les gens haut-placés, membres de la chambre de commerce, maires, députés… Et ces gens-là vont bien se foutre que le confluctuodépendant aille raison ou non d’agir ainsi.  Pour eux, il ne sera rien d’autre qu’une pauvre merde qui cherche à détruire la réputation et le commerce d’un de leurs amis, parents, conjoint, associé, etc.  Et tous ces gens n’hésiteront pas à le décrire comme tel dans tout leur entourage. En un rien de temps, le conflictuodépendant va devenir l’une des personnes les plus méprisées de la région. Une belle façon d’auto-saboter sa réputation, sa vie sociale et ses recherches d’emploi.  Pas la chose la plus brillante à faire quand ton but en déménageant est justement de refaire ta vie en mieux.

Et le plus aberrant, c’est qu’à la base, le confluctuodépendant a monté tout un plan digne d’un scénario de film d’espions, en n’ayant aucune preuve que le gym commencerait par lui demander quel est son budget.  Pour préparer une contre-attaque en prévision d’une attaque qui, pour autant qu’il le sache, n’arriverait probablement jamais, il faut être parano quelque chose de rare.

Et à l’inverse, il y a:

LA RÉACTION D’UNE PERSONNE NORMALE.
Je n’ai pas envie de payer plus cher pour les mêmes services que je peux trouver ailleurs. J’irai donc m’inscrire chez Nautilus Plus ou Énergie Cardio, qui eux affichent leurs prix.

Voilà!  Ça finit là! Pas de baratin.  Pas de pression.  Pas de facture plus élevée.  Pas de sentiment inconfortable comme quoi on me prend pour un con. Pas de frustration.  Pas de confrontation.  Pas d’insultes.  Pas de mépris.  Pas de mauvaise réputation.  Pas de conséquences négatives.  Pas d’ennemis.  Pas d’ennuis.

Bon nombres de conflits dans lesquels nous sommes mêlés n’existeraient même pas si nous ne les avions pas d’abord provoqués nous-mêmes.  Quand on se rend compte de ça, et que l’on prend le temps de réfléchir aux conséquences, alors on apprend à choisir nos batailles. 

Le principe de l’échec perpétuel

OU : Avoir des principes pour s’assurer de rester loser.

Vous savez, ces gens qui se plaignent toujours qu’ils n’ont pas de chance dans la vie. Et que dès qu’on leur donne une opportunité de réussir, ils déclinent pour des raisons stupides? C’est de ces gens dont il est question.

Lorsqu’il s’agit de réussite et d’échec, notre premier réflexe est de se comparer aux autres. Surtout lorsque l’on subit un échec là où un autre réussit. Et c’est normal.  C’est ce qui s’appelle apprendre de ses erreurs.  En voyant pourquoi ça a marché pour l’autre, ça nous aide à comprendre pourquoi ça n’a pas marché pour nous.  À partir de là, on fait ce qu’on a à faire pour améliorer nos chances de réussir dans l’avenir.

Hélas, ce n’est pas tout le monde qui agit comme ça.  Certains ont plutôt le réflêxe de prétendre qu’ils ont des principes.

Par exemple, pour un emploi. Cette personne a mis les mêmes efforts, voire plus d’efforts que l’autre, pour l’obtenir.  Il a les mêmes qualifications, voire plus de qualifications que l’autre.  Il a la même expérience, voire plus d’expérience que l’autre. Or, l’autre a la chance d’être le fils d’une personne influente, ou bien il a déjà des amis dans la boite. C’est donc lui qui a obtenu l’emploi.

Frustré et amer de cette injuste situation, la personne se dit : « Pfff! On sait bien! Il vient d’une famille influente, LUI! Il a des connexions, LUI! Il a une conjointe qui lui a signalé que le poste était offert, LUI! Facile de réussir dans de telles conditions. »  Elle a le réflexe de dire que, elle, au moins, elle a des principes. Lorsqu’elle réussira, elle aura la fierté de dire que ça aura été par ses propres moyens. Et c’est avec un mélange de mépris et de snobisme qu’elle répète à qui veut l’entendre : « Je ne suis pas du genre à toujours vouloir choisir la solution facile, MOI! »

Avec les années qui passent, que ce soit en amour, en argent, au travail, elle voit de plus en plus souvent des gens qui réussissent en utilisant des avantages qu’elle n’a pas.  Et à chaque fois, pour ne pas se sentir inférieure, elle prend ça avec une attitude hautaine et méprisante.  Elle les qualifie de tricheurs, de lâches, de paresseux, de mous toujours à la recherche de la solution facile. Bref : « Exactement le genre de personne que je ne voudrais jamais devenir! »

Évidemment, tout ceci n’est qu’un réflexe de survie morale. Quand on n’a pas de talent, pas de vaillance, pas de courage, pas de connexion, pas de débrouillardise, pas d’amis, ou du moins pas d’amis qui croient en nous et qui nous font confiance, alors il est en effet beaucoup moins dur pour le moral de se faire accroire que si on ne l’a pas facile, c’est parce que l’on a des principes. C’est moins déprimant que de regarder la réalité en face.

Le problème avec ce réflexe, c’est qu’il nous assure de ne jamais réussir. Parce que quand on parle sans cesse contre les méthode de réussite des autres, on se conditionne à mépriser ces méthodes. Alors quand une opportunité de réussite de ce genre s’offre à nous, notre premier réflexe est de la rejeter.

C’est quelque chose que j’ai vu beaucoup trop souvent chez les personnes qui développent des principes par réflexe de survie morale. D’abord elle se plaint que personne ne lève le petit doigt pour l’aider. Puis, un jour, miracle, un ami haut-placé dans une boite lui signale qu’il y a un emploi génial et bien payé disponible. Est-ce qu’elle va en profiter, pour une fois qu’elle a la chance d’avoir les mêmes opportunités que les autres? Du tout! Elle va répondre un truc dans le genre de : « Non, regarde, si je réussis, c’est parce que j’y serai parvenue par moi-même.  Si j’y arrive a cause de l’aide des autres, ça ne vaudra rien. »

Pourquoi un comportement aussi illogique?  Simple: Ça fait tellement d’années qu’elle gueule contre ceux qui utilisent leurs connexions pour avoir un emploi, elle ne va certainement pas se mettre à agir comme ces gens qu’elle méprise. C’est qu’elle a des principes, ELLE!

Dans l’expression solution facile, les gens normaux accrochent au mot solution et ils l’appliquent. Tandis que cette personne accroche au mot facile, et elle laisse son orgueil mal placé dire non à la solution.

Avez-vous remarqué qu’à chaque fois que les gens ont des principes, ils les utilisent toujours pour s’empêcher de réussir? Sérieusement! Observez-les et vous verrez. Jamais on ne voit leurs principes leur apporter du positif. Ça ne fait que leur créer des obstacles là où il n’y en avait pas, et ce à tout coup.

On développe le réflexe de se faire accroire que l’on a des principes, de manière à survivre moralement aux situations qui nous rendent loser. Et on finit par avoir le réflexe d’appliquer ces principes de manière à s’assurer de rester loser dans toutes les situations.

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YA LIENS LÀ

Dans le très long texte Autopsie du Loser, la section Dans sa morale et ses principes décrit comment son code d’honneur ne fait que lui faire obstacle et le saboter.

Toujours dans le thème de s’imposer des principes par réflexe de survie, celui-là va les abandonner aussi sec dès qu’il se retrouve face à une opportunité à laquelle il ne croyait jamais avoir droit un jour. Être bidon par réflexe de survie.

Avoir de l’ambition -VS- ambitionner

Il y a quelques mois, j’ai publié ici un billet intitulé Les derniers seront les premiers.  Dans celui-ci, j’explique que lorsque l’on prend ce principe au premier degré, et qu’on l’utilise adéquatement, on peut grandement augmenter notre chance d’être choisi, que ce soit pour un emploi, un concours, ou quelques autres situations qui nous mettent en compétition avec d’autres.

Le concept est simple :  Lorsque l’on attend à la dernière minute pour se manifester, ça nous donne le charme de la nouveauté, et tous les détails de notre candidature sont encore tout frais dans leur mémoire au moment de prendre une décision.  Ceci peut faire toute la différence entre une candidature rejetée et une approuvée.

En relisant ce billet, j’ai constaté une chose : Dans les quatre exemples que je donne dans lequel ce concept a fonctionné pour moi, il n’y en a qu’un seul dans lequel je l’ai délibérément appliqué.  C’était dans un concours de BD, et ça m’a rapporté mille dollars.  Les trois autres fois, c’était le fait du hasard. J’ai juste constaté par la suite que ça entrait dans cette situation.

Et si je recommençais?  Et si j’appliquais de nouveau ce principe délibérément.  Non pas pour gagner un concours, mais pour améliorer ma carrière et mes finances?

Tout d’abord, petit récapitulatif de mon ascension récente dans le domaine de l’emploi.  Elle se divise en cinq situations :

  1. Il y a huit ans, j’étais artiste et auteur à mon compte et sans emploi.
  2. Il y a sept ans, j’ai commencé au bas de l’échelle en allant faire du ménage dans un garage de bus.
  3. Il y a six ans, cette expérience m’a permis de décrocher un emploi comme concierge résident.
  4. Il y a quatre ans, cette expérience m’a permis de décrocher un emploi comme surintendant.
  5. Il y a deux ans, cette expérience m’a permis de décrocher un travail de bureau pour une grande firme, emploi que j’occupe depuis.

En regardant cette liste, je constate une chose :  La seule raison pour laquelle j’ai passé du 4 au 5, c’est à cause qu’une vilaine chute dans un escalier verglacé m’a fendu une vertèbre, m’interdisant le travail manuel.

Si ça n’avait pas été du fait que j’ai été obligé d’évoluer, j’aurais passé le reste de ma vie comme ça, à vivre modestement d’un travail manuel qui me rapportait de quoi vivre sans avoir à me plaindre, mais sans plus.   Autrement dit, je ne me croyais pas capable de faire mieux.  Dans ma tête, j’avais atteint le sommet de mon potentiel.

Et pourtant, me voilà, depuis presque deux ans, avec un travail assis, à faire du support technique informatique, en gagnant assez pour me permettre de vivre dans un 5½, ne manquer de rien, et faire des placements avec mon excédent.  Le genre de travail et de salaire que je ne m’imaginais pas réussir à obtenir un jour.  Mon échelon supérieur à vie.

Et je réalise soudain que là encore, je n’ai jamais cherché à faire mieux.  Parce que là encore, j’ai l’impression d’avoir atteint mon sommet. J’ai beau vivre une situation qui fait de moi un winner, je constate que je continue d’avoir cette mentalité de loser.  Celle qui démontre que dans le fond, je n’ai pas vraiment confiance en moi, ni en mes capacités.  Il est vrai que les vieilles habitudes ont la vie dure, surtout lorsqu’elles sont mauvaises.  C’est comme l’alcoolisme.  Quand on a ça, on est condamné à devoir faire attention pour le reste de notre vie.  Sinon, sans s’en rendre compte, on y glisse de nouveau.

Eh bien là, ça fait deux ans que je glisse.  Il est temps que je recommence à monter.

Si je suis pour changer de carrière et devoir encore déménager, aussi bien que ça en vaille la peine.  J’ai fait quelques recherches, et j’ai trouvé quelques boulots qui paient de une fois et demi à plus du double de mon salaire actuel.  Je veux dire, tant qu’à ambitionner, let’s go all the way!

Je n’ai pas tout à fait les qualifications demandées.  Mais bon, pourquoi est-ce que je me laisserais arrêter par ça?  Je n’avais pas non plus celles requises pour passer d’artiste à concierge.  Ni pour passer de concierge à surintendant.  Ni pour passer de surintendant à support technique pour une grande firme.  Pourtant, j’y suis arrivé.  Et à chaque fois, je les ai acquises, ces qualifications.

Si je décide à la place des employeurs que je n’ai pas ce qu’il faut pour avoir le travail, alors en effet, je ne l’aurai pas.  Mais ce n’est pas à moi de décider ça.  C’est à eux!

Si j’ose.
Si je fais application.
Si je réécris le même genre de lettre de présentation, originale sans être ridicule, qui m’a aidé à obtenir mon emploi actuel.
Si j’applique ma technique des derniers qui finissent les premiers.
Si j’attends la date de tombée avant d’envoyer ma candidature.
Si j’ai le charme de la nouveauté.
Si mon CV et ma lettre de présentation sont toutes fraîches dans leur mémoire quand viendra le temps de faire un choix.

Ça ne garantit pas que je vais réussir. Mais au moins, ça va me mettre parmi les candidats en tête de course.

Qu’est-ce que j’ai à perdre? Rien!  Ce n’est pas du gambling.  Il n’y a aucun risque d’impliqué.  Si je n’y arrive pas, alors rien ne changera dans ma vie.  J’aurai toujours mon boulot actuel, avec mon salaire actuel, à vivre dans mon appartement actuel.  Mais si je réussis, alors là, je pourrai vivre le même train de vie qui était naturel chez mes baby-boomers de parents, même dans la classe pauvre : Maison, terrain, véhicule.

Afin de ne pas me faire torpiller, je ne dirai évidemment pas ici de quoi il s’agit, ni le poste, ni l’employeur.  J’ai vu trop de gens imprudent s’auto-saboter de cette façon, en vendant la peau de l’ours publiquement.  De toute façon, si ça ne marche pas avec cet employeur-là, eh bien j’essaierai ailleurs, voilà tout.  Et je vais recommencer, tant et aussi longtemps que ça ne fonctionnera pas.

De tous les billets que j’ai écrit durant les onze ans d’existence de ce blog, voici en quoi celui-ci se distingue de la majorité.  C’est l’un des rares où le sujet principal n’est pas une réussite de mon passé, mais bien l’effort que je mets actuellement pour une réussite future.  Une que je pourrais aussi bien ne jamais atteindre.  Mais bon, si tout ce que je risque est mon orgueil, je peux vivre avec ça.

Est-ce que j’ai de l’ambition ou est-ce que j’ambitionne?  Une seule chose saura répondre à cette question, et c’est si je réussis ou non.

(À suivre)

Une autre faille dans le concept d’aller refaire sa vie ailleurs

Au mois de mars dernier, j’ai écrit un billet de blog intitulé Se présenter comme étant l’inverse de ce que l’on est.  Si je le déplace ici aujourd’hui, avec ce nouveau titre et quelques modifications, c’est parce qu’il décrit très bien l’une des raisons qui fait foirer le concept d’aller refaire sa vie ailleurs.  Et cette raison est: On ne peut pas éternellement faire semblant d’être autre chose que ce que l’on est.

J’ai rencontré plusieurs personnes qui agirent ainsi.  Je n’en nommerai que quatre.

GENEVIÈVE, la coloc de l’enfer.
Le changement d’univers:  À 18 ans, elle est partie d’Abitibi pour aller vivre à Montréal.
La présentation : 
Elle a fui cette région pour venir à Montréal pour pouvoir enfin étudier et être elle-même, sans devoir subir le harcèlement constant de ses proches.  Elle a des relations tendues avec sa mère, distantes avec son père, et abusives avec son frère qui, bien qu’il soit de deux ans son cadet, la méprise et la maltraite. Elle a passé une partie de son adolescence en refuge pour jeunes filles abusées.  Elle n’a pas d’amis.  Elle est toujours jugée, méprisée, repoussée, sans raisons valables.
Le naturel qui revint au galop : Deux mois plus tard, et pour le reste du temps où elle était dans mon entourage, elle fut rabaissante, méprisante, violente, malhonnête, hypocrite, voleuse, calomnieuse, conflictuodépendanteBref, loin d’être la victime, elle était à 100% l’agresseur.   J’ai déjà écrit une longue série de billets à son sujet.
Le retour à l’expéditeur:  Après ses études, elle est retourné en Abitibi où elle a coincé un homme dans une relation en lâchant la pilule sans lui dire.  Aux dernières nouvelles, elle était tellement mère indigne que la DPJ lui a retiré la garde complète de sa fille cadette.

VICKY.
Le changement d’univers:
À 26 ans, elle est partie des Îles-de-la-Madeleine pour aller vivre à Sherbrooke.  
La présentation :
  Elle a fui un ex violent et rabaissant, et une famille manipulatrice.  Elle se montre tout de suite à moi comme étant une véritable Manic Pixie Dream Girl.  Il n’y a pas de traduction officielle pour cette expression, mais ce qui s’en rapproche le plus selon moi serait  « Fille de tes rêves, fée-marraine, survoltée. »   Dans les films, ce personnage apparaît de nulle part dans l’existence terne et ennuyante d’un homme pour transformer sa vie en lui apportant la joie de vivre par sa présence, son humour, ses compliments et les activités qu’elle concocte pour faire avec lui.  J’ai vécu exactement ça avec Vicky.  Dès le départ, elle dit qu’elle trouve que je n’ai pas vraiment vécu, et elle m’écrit une liste de 14 activités à faire ensemble.  Nous sommes vite devenus bons amis et complices.
Le naturel qui revint au galop : Au cours des trois mois qui ont suivi,
 Vicky s’est vite révélée comme étant une personne déprimée, négative, angoissée au point d’avoir besoin de prescriptions de médicaments.  Et elle traînait dans la boue nos collègues dans nos conversations sur Messenger, tout en leur étant amicale et chaleureuse en personne.  Elle a annulé tous nos plans de sorties et activités à la dernière minutes, sauf trois.  Et ces trois-là furent ennuyants et courts, puisqu’elle n’avait jamais la tête à ça, et elle les a interrompus.  Elle est le sujet de mon récent billet, Mon année 2019, 1 de 3, dans lequel je décris comment elle a porté son choix amoureux et sexuel sur un collègue que tout le monde savait violent et manipulateur. Elle-même manipulatrice, elle cessa aussitôt de me parler et tenta de me causer des problèmes au travail.  Ça s’est retourné contre elle lorsque tous les aspects de sa personnalité merdique furent exposés.  Elle s’est fait  renvoyer, et quatre autres collègues ont cessé de travailler là par sa faute.
Le retour à l’expéditeur:  La dernière chose qu’elle a dit à nos collègues avant de disparaître, c’est que maintenant que plus rien ne la retenait ici, elle repart aux Îles-de-la-Madeleine.

RHONDA
Le changement d’univers:
Un nouvel emploi.
La présentation : Femme de 50 ans et collègue lorsque je travaillais de nuit pour un garage de bus.  Elle se présente comme une bonne mère de cinq, catholique pratiquante, respectueuse envers les gens qui l’entourent, qui considère le sexe hors du mariage comme étant une aberration.
Le naturel qui revint au galop :
Au bout de trois semaines, elle commence à me parler de sa vie sexuelle avec son amant, avec qui elle n’est pas mariée.  4e semaine, elle m’envoie de subtiles invitations à se voir hors du travail.  Quant à l’évolution de ses paroles, eh bien…
6e semaine : 
« Ok, je vais faire un somme pendant la pause.  Profites-z-en pas pour me violer. »
7e semaine : « Tu sais, quand la fille est consentante, c’est pas un viol! »
8e semaine :« Si tu me laisse dormir une heure de plus, je te fais une pipe à mon réveil. »
À force de rester impassible ou à décliner ses offres, elle a fini par comprendre.  Elle a aussi viré en mode full bitch.  Parce que bon, c’est bien connu que l’enfer n’est rien comparé à la furie d’une femme repoussée.
Le retour à l’expéditeur:  Ses frustrations sexuelles la rendirent d’humeur tellement insupportable avec tout le monde qu’elle s’est fait renvoyer. 

MANON
Le changement d’univers:
Passer de Granby à Montréal, où elle s’est décroché un nouvel emploi.  Elle fuyait son lieu d’origine où, depuis l’école secondaire, quelques gars lui ont fait une très nuisible réputation de salope infidèle.
La présentation :
 Dès que l’on commence à travailler ensemble, elle se décrit comme étant en couple, fiancée, et de nature calme, sage et peu portée sur le sexe.
Le naturel qui revint au galop : Au bout d’un mois ou deux, elle me parle d’un ménage-à-trois qu’elle a vécu la veille avec un couple, sans son fiancé.  Et pour les quelques mois où nous travaillerons ensemble, elle ne cesse de me parler de sexe, me faisant des propositions malvenues, allant même jusqu’à m’agresseren s’arrangeant pour me faire passer pour le coupable aux yeux de nos collègues.
Le retour à l’expéditeur: 
Elle est retournée à Granby après que son conjoint lui ait montré la porte, après avoir appris qu’elle le trompait non-stop depuis le début de leur relation.

Et voilà pourquoi, dans leurs cas, leur nouvel univers s’est si vite écroulé.  Quand on se présente comme étant l’inverse de ce que l’on est vraiment, on attire des gens qui apprécient cette façade.  Alors lorsque cette façade s’écroule, ils ne reconnaissent plus en nous la personne qu’ils ont aimé.  Normal, puisque cette personne n’a jamais existé.  

Il est vrai qu’en théorie ça a l’air facile, de changer d’attitude.  Quand on va là où personne ne nous connaît, là où personne ne peut nous empêcher d’évoluer.  Ainsi, les gens qui changent d’univers ont souvent le réflexe de se présenter non pas comme ils sont, mais plutôt comme ils voudraient être.  Fonceurs quand ils sont angoissés.  Prudes quand ils sont obsédés.  Victimes quand ils sont agresseurs.  Intéressants quand ils sont ennuyeux.  Actifs quand ils sont sédentaires.  Or, changer pour le mieux, ça ne s’improvise pas.  Ça demande un long travail d’introspection.  Mais surtout, ça prend beaucoup d’honnêteté et d’humilité pour être capable de reconnaître soi-même ses propres défauts, et ça prend ensuite de la volonté et de la bonne foi pour être capable de vraiment changer.

 

La faille de base dans le concept d’aller refaire sa vie ailleurs

C’est un rêve classique: Insatisfait de la vie que l’on mène, on songe à partir.  Déménager vers une ville où personne ne nous connait, loin des situation et des gens qui nous ont toujours empoisonnés l’existence.  On se dit que de là, on pourra refaire notre vie, passant de loser à winner, de méprisé à respecté, de rejeté à aimé. 

Alors que la majorité vont se contenter d’en rêver, il y en a qui vont vraiment tenter l’aventure.  D’après ce que j’ai pu constater autant par observation que par expérience personnelle, leur nouvelle vie passe généralement à travers les quatre étapes suivantes.

1ère ÉTAPE : l’émerveillement de la découverte.
Nouvelle ville, nouveau quartier, nouvel appartement, nouvelle école et/ou nouveau boulot, ce qui nous amène les nouveaux voisins, nouveaux collègues et/ou camarades de classe.  Tout est beau, la vie est pleine de promesse, l’avenir s’annonce bien.

2e ÉTAPE : La lune de miel.
Sans personne pour nous surveiller et nous imposer sa loi, on peut enfin agir à notre guise. On change d’attitude.  On est fonceur.   Et ici, on possède quelque chose que l’on n’avait pas là-bas : Le charme de la nouveauté.  Par conséquent, les autres s’intéressent à nous et nous approchent.  Les voisins sont polis et affables.  Le patron et/ou les profs sont compréhensifs et sympathiques.  Les collègues et/ou camarades de classe sont irréprochables.  Les nouveaux amis sont intéressants et amusant.  On se retrouve même en couple, ou au moins dans une relation d’amants.  Notre nouvelle vie sociale où on fait plein d’activités en groupe est géniale. 

3e ÉTAPE : Le début des problèmes.
Peu à peu, les choses changent, et pas pour le mieux.
Chez les voisins, certains sont inconfortablement bruyants et ça résonne dans notre appartement.  Il y en a un/une qui commence à s’intéresser à nous de manière un peu trop dérangeante, venant sonner à notre porte n’importe quand pour nous parler de n’importe quoi.  Et il y a un/e qui a décidé de nous prendre en grippe, qui nous reproche des choses totalement fantaisistes et qui nous fait une mauvaise réputation auprès du propriétaire et des autres locataires.  Au travail et/ou à l’école, le patron / les profs sont de plus en plus exigeants et de moins en moins compréhensifs.  Quant aux collègues et/ou camarades de classe, une partie s’est éloignée de nous et ne semblent plus vouloir garder le contact.  Et chez ceux qui restent, il y en a qui deviennent méprisants sans la moindre explication.  On a droit à des insultes déguisées sous forme de sarcasmes, et des reproches faits sur un ton impatient.  Même notre amant(e)/conjoint(e) a toujours le mot pour nous rabaisser depuis quelques temps.  Et toute tentative d’en parler nous mérite des réponses colériques ainsi que le qualificatif de susceptible.  Mais ce n’est rien à côté du choc blessant que l’on reçoit en apprenant que nos copains font maintenant des sorties en groupe sans nous y inviter.

4e ÉTAPE : L’enfer total.
On a perdu nos amis, notre vie sociale, notre vie amoureuse et/ou sexuelle, et les gens au boulot font tout pour nous pousser à démissionner.  Le logement n’est même plus un refuge, à cause du bruit et du harcèlement des voisins.  Plus personne ne veut interagir sauf pour nous saboter, nous mépriser, nous insulter, nous rabaisser ou nous harceler.  Toute tentative de trouver un meilleur travail ne donne rien du tout.  On nous colle la pire des réputations sur tous les points.  On constate que tous les aspects de notre nouvelle vie sont rendus cent fois pire que l’ancienne.  Et le plus désespérant dans tout ça, c’est que l’on n’a pas la moindre idée de la raison pourquoi ça arrive.  Et on en est rendus au point où on n’a plus le choix, il faut retourner d’où on vient, ce que l’on fait de mauvaise grâce en ruminant sur ce frustrant échec.  

Tout dépendant de la personne, ça prend généralement entre trois mois et un an pour que sa nouvelle vie de rêve se transforme en cauchemar.  Non seulement elle a exactement les mêmes problèmes qu’elle tentait de fuir, elle se retrouve avec tout plein de situations négatives qu’elle n’avait jamais vécu avant.  Et le plus surprenant, c’est la vitesse à laquelle notre vie a fait 180° dans le négatif.

Et en effet, pourquoi est-ce arrivé, et surtout si vite?  La raison va vous surprendre, mais elle est parfaitement pertinente.  C’est que, aussi étrange que ça puisse paraître, dans ton coin d’origine, tu avais droit à un genre d’acceptation et de respect.  Oui, vraiment!  Et c’est normal : Depuis le temps que tu habites là, tout le monde est habitué à toi, à ta personnalité, à tes habitudes, à tes mauvaises habitudes…  Ils peuvent bien y réagir une fois de temps en temps, mais plus personne n’en fait de cas, et encore moins de drame, depuis longtemps.  Ça fait tellement partie de leur décor quotidien qu’ils ne le remarquent même plus.  Et les rôles sociaux et hiérarchiques se sont établis tout naturellement autour de toi depuis que tu es en âge d’aller à l’école.  Ta famille est forcément proche de toi.  Tes amis sont près.  Ceux qui n’ont rien à foutre de ton existence restent neutres.  Ceux qui ne t’aiment pas se tiennent loin.  Et ceux qui ne peuvent se tenir loin se sont résignés à t’endurer.  Tout le monde sait si tu es leader, suiveur ou laissé pour compte et agissent avec toi en conséquence.  Bref, tout le monde, toi inclus, connait ta place dans cet univers.

… Ce qui n’est fichtrement pas le cas avec les gens qui peuplent ton nouvel univers.  

Tout à l’heure, je parlais du charme de la nouveauté.  Ben voilà : Quand on change de décor, on devient l’élément nouveau qui détonne de ce décor.  Celui que les gens remarquent parce qu’ils n’y sont pas habitués.  Par conséquent, tous les yeux de cet univers sont tournés vers nous.  Et puisque personne ne nous connait, personne ne peut savoir si entre nous le courant va bien passer ou non.  La seule manière de le savoir, c’est de faire partie de notre entourage, le temps de l’apprendre.  Hélas, c’est quelque chose que l’on va apprendre à la dure. 

L’une des choses que l’on apprend à la dure, ce sont tous les défauts de comportement et de personnalité que l’on nous reproche.  Des défauts qui sont les raisons du revirement négatif de notre nouvelle vie.  Des défauts que l’on ne savait même pas que l’on avait.  Ou alors oui, on le savait, mais puisque personne n’en avait jamais fait de drame avant, on ne s’imaginait pas que c’était aussi pire.  C’est que là encore, puisque les gens de notre nouvel univers n’ont jamais fait partie de notre entourage, ils n’ont pas eu toute une vie pour s’y faire.  Pour eux, c’est quelque chose de nouveau.  De négativement nouveau.  Par conséquent, à leurs yeux, nos défauts sont aussi flagrants qu’insupportables.

À quelque chose, malheur est bon, que dit le proverbe.  Et ça s’applique ici, car cette décevante expérience aura au moins eu le mérite de nous faire prendre connaissance de ce qui ne va pas en nous.  À partir du moment que l’on connait nos défauts, deux choix s’offrent à nous.  On peut travailler sur soi, de manière à devenir une meilleure personne, et ainsi pouvoir vraiment refaire sa vie un jour, cette fois-ci de manière positive.  On bien, si on est aussi lâche qu’orgueilleux, on peut se les nier.  Mais à ce moment-là, il ne faut pas être surpris si l’on vit toujours les mêmes merdes, peu importe le nombre de fois où on tente de refaire sa vie, peu importe où on s’en va pour le faire.

Mon année 2019, 1 de 3

Bien que l’année reparte à zero à chaque premier janvier, il n’en est pas de même pour notre vie, car plusieurs histoires et anecdotes qui se déroulent en janvier ont commencé à l’année précédente.  2019 ne fait pas exception. 

AUTOMNE 2018
Au boulot, on me demande d’entraîner une nouvelle.   Vicky fait preuve d’un grand humour décapant qui ressemble au mien.  Le premier jour, elle me demande mon adresse, et l’inscrit dans l’engin de recherche Google sous « Steve Requin’s House of Shame. »   On devient rapidement amis et complices.  Elle m’a même faite une liste de 14 activités qu’elle voulait que l’on fasse ensemble.

Elle tombe cependant dans l’œil de Sébastien, un collègue à un niveau au-dessus du nôtre.  Il lui tourne autour, au point où elle le surnomme le loser creep.  Un jour, alors que j’étais en pause, il vient lui demander si tout va bien dans son entraînement.  Elle lui dit que oui, et qu’on l’a jumelée à moi.  La réaction de Sébastien?  Crier devant toute mon équipe :

« Pas Johnson?  C’t’un estie d’cave!  Y connait rien! »

Atteinte à la réputation en milieu de travail, devant toute mon équipe.  Wow! 

C’est fou, quand même.  Un gars peut faire tout ce qu’il a à faire pour effectuer son boulot correctement, se tenir loin des gens à problèmes, éviter les conflits, ne jamais être mêlé à la moindre intrigue.  Mais il s’agit que notre patron me demande d’entraîner une nouvelle, et voilà, un gars haut-placé s’intéresse à elle et se montre déjà jaloux possessif en tentant de me discréditer.  Et pas juste à ses yeux à elle, mais aussi à ceux de mon équipe.  Et après ça, les gens diront que quand quelqu’un se retrouve avec des problèmes au boulot, c’est parce qu’il l’a cherché.  C’est n’importe quoi!

En tout cas, ceci ne fait rien pour améliorer l’opinion de Vicky envers Sébastien.  Les semaines qui suivent, elle ne cesse de me parler contre lui, comme quoi c’est un loser frustré de ses trois ans de célibat.  Elle me rapporte même que tous les autres collègues qui parlent de lui n’ont que du négatif à dire à son sujet.  Le mot qui revient le plus souvent pour le décrire est asshole.  Elle rajoute qu’il perd son temps avec elle car même s’il avait une personnalité moins chiante et moins creepy, jamais elle ne sera désespérée au point de se taper un gros chauve barbu comme lui.

En voyant que nous aimons tous les deux écrire de la poésie tordue, elle créé un groupe de ce nom sur Facebook et me nomme administrateur.  Elle y poste des trucs et invite de ses amis et de nos collègues à joindre.  Je compte bien participer mais pour le moment je manque d’inspiration.

À part ça, durant les trois derniers mois de l’année, je constate, un peu déçu, que Vicky ressemble de moins en moins à l’image qu’elle m’a donnée d’elle-même en septembre.  De joyeuse, pleine d’entrain et insouciante, elle se montre en fait nerveuse, déprimée, angoissée à en prendre des prescriptions de pilules. De plus, elle ne cesse de prendre de mauvaises décisions de vie.  Par exemple, en un mois, elle avait dépensé la moitié de son revenu mensuel en restos, commandes pour emporter et livraisons.   Puis, elle m’a un jour parlé de son désir de se procurer une auto en répondant à une annonce alléchante qui était en fait un piège à cons.  C’est pour l’en dissuader que j’ai écrit le billet L’art de se faire rouler, dans lequel je dénonce les magouilles de ce genre de contrat.   Quant à sa liste de 14 activités, à chaque fois que je venais pour en avoir une avec elle, elle annulait toujours.  En fait, nous n’en avons faites que trois, toutes courtes, ennuyantes et interrompues.

Sinon, de mon côté personnel, depuis que ma rupture de vertèbre de février 2018 m’empêchait la moindre activité physique, mon poids a monté à 222.6 lbs / 100.96 kg.  Aussi, en octobre, novembre et décembre, j’ai essayé plusieurs fois de me remettre à la course à pied.  Mais il y avait toujours quelque chose pour m’empêcher d’y être assidu, et ça ne fonctionnait juste pas. 

Vicky, qui s’est abonnée au gym en début de novembre, crée un groupe de remise en forme sur Facebook dans lequel elle nous invite, quelques collègues et moi, dans le but de s’encourager et de parfois aller s’entrainer ensemble.   Je participe en parlant de mes réussites de pertes de poids passées et de mes tentatives présentes de revenir à la course.  Puis, un jour, sans prévenir, le groupe disparait.  Vicky l’a effacé.  La raison?  Hélène, sexy collègue de travail et membre de notre groupe, prenait l’initiative de contacter d’autre membres, pour organiser des rencontres au gym.  Voyant Hélène comme une rivale qui lui piquait ses partenaires de gym, Vicky a réagi en détruisant le groupe.

Le 30 décembre, réalisant après la disparition du groupe que je ne pourrais jamais compter que sur moi-même, je décide de joindre le cliché : Je m’inscris au gym pour la nouvelle année.  Mon objectif : Redevenir jeune et beau pour l’été 2019.  Juste à regarder ma photo de membre prise ce jour-là, on voit qu’il y aura du boulot.

JANVIER 2019
Je commence ma toute première semaine de l’année au lit, grippé, ne consommant rien d’autre que du Neo Citran
 et de la soupe, incapable d’aller travailler, et encore moins d’aller au gym.  Ce régime radical m’allège cependant de 4 lbs, me faisant passer de 222 à 218.  Voilà qui m’encourage à travailler fort au gym, non seulement pour éviter de reprendre le poids perdu, mais aussi pour continuer dans ma lancée.  J’en profite pour commencer quelque chose que j’aurais dû faire dès mon accident de vertèbre : Je change mon alimentation.  Et pour être sûr de ne jamais abandonner, je me créé un journal de remise en forme sous forme de blog, Diesel Ego.

Vicky, qui s’était abonnée au gym deux mois avant moi, n’y va presque pas.  Elle me suggère par trois fois que nous y allions ensemble.  Mais comme d’habitude, elle annule toujours au dernier moment.  Nouvelle mauvaise décision de vie : Alors que nous avons la chance d’avoir un travail facile, bien payé, avec une tonne de bonus et d’avantages sociaux, voilà qu’elle visite le site Emploi Quebec, sur ses heures de travail, sur son poste de travail, à la recherche d’un autre emploi, ne cessant de se plaindre de combien elle déteste travailler ici.

Succès : Je finis le mois avec 210 lbs, soit douze en moins que le mois précédent.  Pour rajeunir mon look, je prends la suggestion de Vicky en revenant à la courte barbe et en recommençant à me teindre.

FÉVRIER 2019
En me regardant dans le miroir, bien que je sois fier de ma nouvelle perte de poids, je reste cependant déçu.  J’ai commencé à m’entraîner chez moi il y a seize ans, et je fréquente les gyms depuis les quatorze dernières années.  De façon irrégulière, certes, n’empêche que depuis le temps que je travaille mes muscles, il me semble que je devrais être beaucoup plus athlétique que ça. 

À tout hasard, je vais sur Google et je cherche Best exercises for muscle gain .  En retranchant ce que disent les différents sites listés, je découvre sept exercices qui reviennent toujours.  Et parmi eux, il y en a six que je n’avais jamais fait de ma vie.  Il s’agit d’exercices composés, qui travaillent plusieurs groupes de muscles à la fois.  Toutes ces années, je ne faisais que des exercices d’isolation, un muscle à la fois.  Voilà pourquoi mes gains furent aussi lents que ridicules. 

Frustré d’avoir perdu mon temps pendant une décennie et demie, je ne consacre février qu’à la musculation, laissant tomber le cardio.  Par conséquent, tout le mois, j’ai le poids qui va en dents de scie. Et je termine février avec seulement 1.8 lbs en moins.  Par contre, mon corps subit une radicale transformation.  Sans exagérer, je crois avoir fait autant de progrès en un mois avec ces nouveaux exercices qu’en un an avec mes anciens.

Nouveau mauvais choix de vie de la part de Vicky : Elle sort maintenant avec Sébastien.  Eh oui! Celui qu’elle traitait de loser et de creep.  Celui que tous nos collègues qualifient de asshole.  Celui qui a porté atteinte à ma réputation devant mon équipe.  Jusque-là, Vicky était présente dans tous les aspects de vie sociale. Mais puisqu’elle sort avec Sébastien et que ce dernier ne m’aime pas, alors voilà, je suis désormais exclus de toute activité en groupe, que ce soit avec les collègues ou les amis.  Je n’ai plus de vie sociale, c’est fini.

Étant donné que c’est quelque chose que j’ai déjà vécu à trois reprise dans les années 90 et début 2000, lorsque j’étais à Montréal, j’en fais l’un des trois sujets de mon billet On ne veut pas connaitre la vérité, on veut juste avoir raison

MARS 2019 
Vicky, déjà lectrice de mon blog, lit mon billet.  Elle en parle à Sébastien.  Et bien que je précise dans ce billet qu’il s’agit d’anciennes collèges de Montréal d’il y a 15 à 25 ans dans le passé, il la pousse à porter plainte contre moi à notre chef de département, comme quoi je l’insulte dans mon billet.  Par conséquent, le chef m’expulse de mon équipe et me change de table de travail.  

Ça, de la part de Vicky, c’était une mauvaise décision de trop.

Comme je l’ai déjà mentionné, j’ai toujours eu deux comptes sur Facebook.  Mon principal, avec mon nom d’artiste, où je me laisse aller sans retenue.  Et un autre avec mon vrai nom, clean et irréprochable, pour la famille et les collègues de travail.  C’est là que j’y ai mes contacts avec des collègues de La Firme.  Cette fin de semaine-là, j’ai perdu cinq contacts.  Le lundi suivant, au travail, plus personne ne me parle.  Et lorsque je croise un collègue jusque-là amical, il regarde ailleurs, feint de m’ignorer.

Je suis peut-être naïf mais je ne suis pas idiot, quand même.  Ça ne signifie qu’une chose, et c’est que Vicky et Sébastien racontent je-ne-sais-trop quelle merde à mon sujet.  Et puisque c’est une femme qui se plaint contre un homme, ben voilà, personne ne la remet en question, tout le monde la croit, personne n’est intéressé à connaître mon côté de l’histoire.

Le lendemain, j’apprends qu’un second chef de département est allé raconter cette merde mensongère à mon sujet à notre grand patron. 

Alors là, fini de rester impassible en attendant que ça se tasse.  Quand un chef se plaint contre toi au grand patron, ta carrière est en jeu.  J’ai trop travaillé durant ces sept dernières années, passant de concierge travaillant dans la merde à support technique pour une grande firme, pour laisser Miss Mauvaise-Décisions & Mister Asshole  ruiner ma carrière et ma vie.

Entre mes appels, je passe l’après-midi à composer une plainte officielle au grand patron, non seulement pour atteinte à la réputation, mais aussi pour harcèlement.  Parce que, entre maintenant et le moment où il m’a traité de cave devant mon équipe, il s’est écoulé trois ou quatre mois.  Je pense bien qu’après trois ou quatre mois, on puisse parler de harcèlement.  Je signale dans ma plainte qu’il est illégal de me faire subir des conséquences au travail (mon déménagement de bureau) pour quelque chose qui a zéro rapport avec le travail ou les employés (mon billet de blog).  Je raconte ce qu’ont fait les deux chefs de départements, le mien et le second, et comment ça contribue à ternir ma réputation, puisque les gens se disent que si j’ai été changé de place, ce n’est sûrement pas pour rien.

Le patron a demandé à me voir.  Je lui ai tout expliqué.  Il s’est montré très humain et compréhensif.  Mais voilà, il faut faire les choses dans les règles.  S’il doit déposer un rapport défavorable aux ressources humaines contre tous ces gens, il avait besoin de preuves, de témoignage. 

Et ça, il se trouve que je n’en manque pas.

Voyez-vous, ça fait peut-être cinq jours que Vicky parle contre moi à tout le monde.  Mais avant ça, elle a passé cinq mois à parler contre tout le monde… À moi!   Et je ne parle pas de bouche à oreille.  Je parle de  conversations sur Facebook, Messenger, ineffaçables, disponible pour faire du copier-coller ou des captures d’écran.  

J’ai d’abord envoyé au patron des captures d’écran de la conversation dans laquelle Vicky disait que Sébastien m’a traité de cave, en citant deux de nos collègues comme témoins.  Ainsi, celle qui m’a trahi pour Sébastien devient celle qui me fournit les preuves nécessaires pour déposer plainte officielle contre lui.  Un ironique retour de karma qui n’est certainement pas pour me déplaire. 

J’en profite pour signaler que si les Ressources Humaines consultent l’historique de son poste de travail, ils verront que ça fait trois mois qu’elle consulte Emploi Québec.  Et elle ne le cache pas.  Elle ne cesse de répéter à qui veut l’entendre qu’elle déteste travailler ici.  Ce qui signifie que je me fais rabaisser et humilier aux yeux des membres de mon équipe par un membre qui n’attend que la première opportunité de la quitter, l’équipe.

Quant au second chef de département qui a tenté de me salir aux yeux du grand patron sans vérifier les dires de Vicky, j’ai décidé de m’occuper de son cas personnellement.  Vous vous rappelez tout à l’heure, quand je vous ai glissé un mot au sujet d’Hélène, sexy collègue de travail?  Eh bien un mois plus tôt, Vicky m’avait envoyé des captures d’écran concernant Hélène et le second chef de département.  Je les ai donc envoyées au second chef de département avec l’explication suivante :

« Hélène envoie à Vicky des captures d’écran de vos conversations intimes. Vicky trouve ça drôle et partage ça à plein de gens, incluant au travail, en la traitant de salope.  Et puisque je n’approuve pas qu’elle humilie une collègue et un chef de département auprès des employés de La Firme, j’ai cessé de me fréquenter, d’où le fait qu’elle frustre, d’où le fait qu’elle cherche à me faire perdre mon emploi.  Je ne voulais pas avoir à en parler, ni à toi ni au grand patron.  Mais en même temps, quand un chef de département comme toi dépose plainte contre moi auprès de lui, ma carrière est en jeu.  Ce n’est pas comme si tu me laissais le choix.»

Voyez-vous, à La Firme où je travaille, il est formellement interdit pour un chef de département d’avoir une relation avec un(e) subordonné(e).  C’est pour éviter plusieurs problèmes sociaux et légaux : Harcèlement sexuel par chantage, favoritisme, partage de renseignements confidentiels, etc.  Voilà pourquoi leur relation devait rester secrète.  Enfin, ça, et aussi parce qu’Hélène était déjà en couple officiel avec un autre.              

J’aurais aimé voir le visage du second chef au moment où il a lu ça, et qu’il a réalisé toutes les erreurs de jugement qu’il avait commises :

  • Avoir au travail une relation qui y est explicitement interdite. 
  • Faire confiance à Hélène, qui l’a trahi en parlant de leur relation secrète, et ce depuis les tout débuts. 
  • Et qui en a parlé à Vicky, une collègue de travail. 
  • Faire confiance à Vicky, qui leur faisait une belle façon de face, mais qui s’amusait à utiliser ces renseignements pour les humilier tous les deux dans leurs dos. 
  • Croire aveuglément en la parole de Vicky contre moi. 
  • Aller colporter ces mensonges au plus haut échelon. 

Désolé mec, mais ce qui va t’arriver, tu l’auras cherché.

Je peux sonner cruel.  Et en effet, je reconnais que je le suis.  Mais ce n’est pas de la cruauté gratuite.  Je suis un gars patient et compréhensif.  Et un test psychologique que j’avais eu à passer lorsque je travaillais pour La Boite il y a 20 ans me décrivait comme ayant un sens du pardon qui monte bien au-dessus la moyenne des gens.  Mais le jour où tu deviens un danger pour moi en menaçant mon couple, ma famille ou ma carrière, alors là c’est bien simple, il n’y a plus de pardon.  Je te mets hors d’état de me nuire.  Légalement, selon les règles, mais je le fais, sans la moindre pitié. Tout le long de ma vie, beaucoup de personnes délibérément abusives ont appris à leurs dépens qu’il ne faut pas prendre ma compréhension pour de la lâcheté, ni ma patience pour de la soumission.  Et là, il y en avait cinq de plus qui allaient bientôt apprendre cette leçon à la dure.

Le patron m’a remercié de ma collaboration, et m’a dit de désormais laisser ça entre ses mains.  Il m’a rassuré que mon emploi n’était pas en jeu.  Je dois juste ne plus rien faire à partir de ce point, ne plus rien dire, et laisser les Ressources Humaines faire leur travail.  Ce que je fis. 

Le lendemain, le second chef de département, ayant eu à rendre des comptes au sujet de sa relations illicite et ses agissements allant à l’encontre des règles de La Firme, remettait sa démission.

Cinq jours plus tard, Vicky perdait son emploi.  Elle s’est fait dire de terminer son quart de travail et de ne plus prendre la peine de rentrer.  Elle n’a pas attendu la fin de sa journée.  Elle a juste ramassé ses affaires et elle est partie.  C’est arrivé pendant ma pause-café de l’après-midi, alors j’ai raté ça.  Par contre, du mur vitré de la cafétéria, en me rendant compte qu’elle partait bien avant le temps, j’ai compris ce qui venait de se passer.  J’ai pu la filmer tandis qu’elle s’éloigna lentement sur le long trottoir désert, avant de tourner le coin et de disparaître de ma vie et du décor pour toujours. 

Ce qui avait commencé six mois plus tôt avec mon House of Shame venait de se terminer avec son Walk of Shame.

Le lendemain, mon propre chef de département s’est fait renvoyer.  Celle-là m’a totalement prise par surprise.  Apparemment, il avait déjà eu quelques plaintes à son sujet, pour comportement inadéquat envers plusieurs femmes du bureau.  Il se trouve qu’en me déplaçant de mon poste de travail, lui aussi sans vérifier les dires de Vicky, il a commis une faute grave.  Car même si j’avais été coupable, les chefs de départements n’ont pas le droit d’appliquer des conséquences aux employés.  C’est le travail des Ressources Humaines, chose qu’ils ne font qu’après enquête.  Le fait qu’il m’avait fait subir ça sans même en parler au grand patron, ça a été le coup de grâce pour son dossier déjà chargé.  Avec lui parti, on m’a réintégré dans mon équipe, et réinstallé à mon poste de travail d’origine. 

Quant à Sébastien, avec le départ de deux chefs de départements, il aurait pu poser sa candidature pour prendre la place de l’un d’eux.  Mais voilà, les règles de La Firme sont très sévères.  Si tu as un cas de RH sur ton dossier, tu ne peux pas solliciter un poste plus haut placé.  Par ses agissements, il a mis sa propre carrière dans un cul-de-sac.  Il a donc remis sa démission.  Le 2 avril, un mois et un jour après avoir conseillé à Vicky de me causer des problèmes au boulot, Sébastien devenait la 4e à ne plus faire partie de La Firme.

Conformément à ce que m’avait demandé le patron, j’ai gardé le silence complet sur cette affaire.  Malheureusement pour Hélène notre sexy collègue, cette histoire était trop grosse et trop pleine de rebondissements pour que tout le monde soit capable d’en faire autant.  En un rien de temps, tout le monde savait qu’elle avait couché avec notre ex-second-chef, alors qu’elle était déjà en couple, que ça avait obligé le second chef à démissionner, et qu’elle avait activement pris part à une mensongère campagne de salissage contre moi, campagne qui s’est avérée fausse de A à Z, captures d’écran comme preuves à l’appui.  Cette situation d’humiliation quotidienne la porta à donner sa démission elle-même dix jours plus tard, sans même attendre de s’être trouvé un autre boulot.   

Deux renvois et trois démissions, tout ça parce qu’en convoitant Vicky, Sébastien n’a rien trouvé de mieux comme stratégie que de me rabaisser en me traitant de cave devant mon équipe.  Bravo, champion!  Remarquez, en un sens, ça lui a réussi, puisqu’il a tout de même fini avec elle.  N’empêche que chacun d’eux fut responsable de la perte de l’emploi de l’autre, lui en conseillant à Vicky de porter plainte pour des raisons non-pertinentes, et elle en me fournissant des preuves des insultes de Sébastien.  Je me demande si leur relation a duré longtemps après ça.  Personnellement, j’espère que oui.  Il se méritent l’un-l’autre.  Et pendant qu’ils sont ensembles, ils foutent la paix aux gens biens.

Bien que j’aille été blanchi, il resta quand même deux personnes qui préféraient faire preuve de mauvaise foi en continuant d’agir avec moi comme si j’avais été coupable.  Ce qui, ironiquement, prouve le point que je soulève dans mon billet  On ne veut pas connaitre la vérité, on veut juste avoir raison.  Mais bon, ça m’a pas duré longtemps.  En mai, le premier s’est fait brusquement renvoyer et escorter hors de l’édifice par la sécurité.  La seconde a juste cessé de rentrer travailler en juillet.  Et un collègue qui, sans y être mêlé, s’amusait beaucoup de cette situation, vit lui-même en ce moment ses propres problèmes disciplinaires au boulot pour faits, gestes et paroles posés devant nombreux témoins.  Enfin, le grand patron a lui-même pris sa retraite le mois dernier.  Il ne reste donc plus personne dans La Firme qui est relié de près ou de loin à cette histoire.

Être blanchi des calomnies.  Obtenir justice.  Voir ceux qui voulaient ma perte plutôt causer leurs propres pertes.  Vraiment, en cette fin d’hiver 2018-2019, si j’avais été une personne passive-agressive, j’en aurais vécu l’ultime wet dream

Ah, un dernier truc:  Vous vous rappelez, au début, de ce billet, quand Vicky a créé sur Facebook le groupe Poésie Tordue?  Non seulement ai-je constaté que j’y étais toujours modérateur, le fait qu’elle m’a bloqué sur Facebook faisait qu’il lui était impossible de voir ce que je pouvais y publier.  Ça m’a donné une idée à laquelle je ne voulais juste pas résister.  J’y ai publié ma première (et dernière) poésie tordue :


C’est resté là 40 minutes avant que quelqu’un le lui signale.  Elle a donc été obligé de me débloquer afin d’effacer mon post et m’expulser du groupe.  Mais ce n’est pas grave.  Mon message a eu amplement le temps de passer à tous ses amis et à tous nos collègues.

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BIENTÔT : Le printemps et l’été.

 

 

 

 

Le handicap du perfectionnisme

Au sujet des entrevues d’emploi tout le monde connait cette grande classique: Lorsque l’employeur demande « Nomme-moi ton pire défaut », il faut répondre « Je suis perfectionniste! »

On se pense bien malin d’ainsi déguiser une qualité en défaut. Mais en réalité, ce n’est vraiment pas chose à dire. Car au contraire, lorsqu’il s’agit de travail, il n’y a pas pire défaut que le perfectionnisme. Je le sais, j’ai eu à faire avec beaucoup trop de perfectionnistes dans ma vie.

Il y a trois ans, j’ai gagné une bourse pour faire un album de BD, avec un an pour le produire. J’ai fini avec un mois d’avance, soit amplement le temps pour le faire imprimer, pour qu’il soit prêt pour le festival de BD. À ce moment-là, un perfectionniste m’a dit :

« Maintenant, il faut juste que tu refasse les quinze premières pages, pour que tes dessins du début ressemblent mieux à ceux de la fin. »

Ce qu’il y a avec l’art, autant dessin que écriture, c’est que plus on le pratique et plus il évolue. Aussi, si je refais mes quinze premières pages, l’art de la seconde version de la page 15 va détonner avec celui de la page 16, ce qui me forcera à continuer de les refaire. Et une fois mes 48 pages refaites, nul doute que de nouveau, l’art de la dernière page sera différent de celui de la première page. Alors si j’écoute le perfectionniste, non seulement n’aurais-je jamais fini mon album dans les temps requis, je vais me condamner à refaire toujours le même travail sans jamais en être satisfait, et sans jamais passer à autre chose. Mon choix se résumera donc à ou bien perdre mon temps à la poursuite d’une perfection que je n’atteindrai jamais, ou bien d’abandonner ce projet éternellement insatisfaisant. Dans les deux cas, ça signifie ne jamais produire l’ouvrage. Je ne l’ai donc jamais écouté, et j’ai produit un album dans lequel mes lecteurs ont pu, en plus de lire les histoires, observer l’évolution du dessin.

Cent fois sur le métier, remet ton ouvrage, que dit le proverbe. Bon, en fait, c’est une déformation populaire. La version originale nous vient de l’écrivain Nicolas Boileau-Despréaux (1636-1711) qui disait :

Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

C’est bien joli, d’essayer d’appliquer à notre époque moderne une opinion tirée d’un poème écrit au XVIe siècle. Mais soyons franc : Je pense qu’on peut s’entendre sur le fait que quand un employé a besoin de se reprendre à vingt fois pour faire son travail correctement, c’est un indéniable signe d’incompétence. Alors à cent fois, imaginez!

À l’époque où j’étais concierge, j’ai passé six mois à être surintendant d’une tour à condos de luxe construite deux ans plus tôt. L’endroit tombait en pièces de tous côtés, car construit trop vite, avec des matériaux de trop mauvaise qualité. L’endroit aurait pu être bien mieux fait. Mais voilà, il aurait coûté beaucoup plus cher, et il n’aurait jamais été terminé dans les temps. C’est que les résidents n’en avaient rien à faire, de la qualité. Ils avaient payé d’avance pour avoir leurs condos à telle date, les condos devaient donc être terminés à telle date, point! Ce qui fut fait, à la satisfaction de tous. Mon travail était donc de réparer les défauts de l’ouvrage à mesure que ceux-ci apparaissaient.

D’ailleurs, l’entrainement pour faire mon travail de concierge, au début, ça a été ça : On me donne les outils, on me donne une description sommaire de la tâche, puis je me débrouille. Mes erreurs, je les fais pendant que je sers le client, et je les corrige immédiatement ou plus tard, tout dépendant s’ils sont visibles immédiatement ou plus tard.

Ça peut sonner cynique, mais de nos jours, les gens ne veulent pas d’une personne qui va faire le travail à la perfection. Ils veulent quelqu’un qui va faire le travail, point! Et si le travail est mal fait, qu’importe! Se plaindre contre tout et contre tous, ça fait tellement partie de notre culture actuelle que même lorsque les gens n’ont rien à nous reprocher, ils le font quand même, en inventant des raisons et/ou en déformant les faits. Les gens ne veulent pas d’un service parfait, ils veulent juste d’un bouc émissaire. Pourquoi croyez-vous que les américains ont élu Trump, après avoir passé huit ans à crucifier Obama.

L’imparfait fera peut-être mal son travail.  Mais il le fera, ce travail. Tandis que le perfectionniste, à toujours poursuivre une perfection qu’il n’atteindra jamais, va toujours travailler plus que tout le monde, pour ne jamais rien terminer. Si Boileau avait vécu de nos jours, sa poésie aurait été toute autre.

Travaillez de votre mieux et dans les temps requis
Oubliez la perfection, c’est une utopie.
Et comme perfectionniste, ne jamais s’afficher.
Sauf si vous ne voulez jamais rien achever.

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Y’A LIENS LÀ.

Dans le même ordre d’idées :
L’inutilité de la perfection.
L’altruisme égocentrique.