Lire en public = « Harcelez moi! »

Il y a quelques mois, un lien a fait le tour de Facebook. Il menait à un billet de blog anglophone dans lequel son auteure se plaint d’être victime de harcèlement dans les transports en commun.

Résumé de son billet de blog: Lorsque Mademoiselle veut avoir la paix dans le métro, elle met un anneau de mariage à son doigt même si elle n’est pas mariée, et lit un livre dans lequel elle se penche la tête tout en se repliant sur elle-même.  Elle fait ceci afin que son langage corporel envoie aux gens qui l’entourent le message comme quoi elle veut qu’on la laisse tranquille.   Hélas, une fois sur deux, elle se fait quand même aborder par un homme.  Et lorsqu’elle lui dit clairement qu’elle ne veut pas être dérangée, l’homme le prend tellement mal qu’au lieu de lui foutre la paix, il l’agresse verbalement non-stop, et ce tant et aussi longtemps qu’ils sont tous les deux dans le même wagon. Conclusion: Il est difficile de vivre dans une société dans laquelle, pour avoir commis le simple crime d’être née femelle, on ne peut mettre un pied dehors sans être immédiatement sujette au harcèlement et à l’intimidation masculine. …Et ce même si l’on prétend (silencieusement) être mariée.

Permettez-moi d’être quelque peu cynique en disant que je comprends que pour certaines femmes, toutes les excuses sont bonnes afin de démontrer que les hommes sont majoritairement des néandertaliens attardés machos et harceleur.  Le fait qu’elle se fasse ainsi aborder contre son gré une fois sur deux lorsqu’elle est dans le métro le prouve. Tant qu’il y aura des hommes en liberté, une femme ne sera en sécurité nulle part.

Sauf que… Si c’était vraiment le cas, ça arriverait à toutes les femmes, pas seulement à elle, non?  Je veux dire, la majorité de mes amis sont des femmes, elles prennent les transports en commun quotidiennement, et là-dessus il y en a peut-être deux ou trois qui ont déjà été la cible d’un freak dans le métro ou dans le bus.  Et il y avait généralement plusieurs mois, voire plusieurs années d’écart entre chacun de ces incidents.  Jamais je n’ai entendu l’une d’elle dire que ça lui arrivait aussi souvent qu’à cette blogueuse.

Apparemment, il ne lui est jamais venu en tête que la source de son problème pouvait être autre chose que simplement être une femme. Loin de moi l’idée de blâmer la victime en l’accusant d’attirer, voire de provoquer ses harceleurs.  Mais on ne peut nier l’évidence: Si ça lui arrive à elle beaucoup plus qu’aux autres femmes, c’est parce que consciemment ou non, elle fait quelque chose qui attire ces hommes vers elle.

Rassurez-vous, je ne dis pas qu’elle a juste à être moins belle, ne pas se maquiller ou bien de s’habiller moins sexy, et autres jugements machos faciles. Un nombre incalculable de belles filles maquillées et habillées sexy prennent les transports en commun sans jamais se faire déranger, alors là n’est pas le problème.  Non, ce que je dis, c’est: Si elle ne veut pas se faire aborder dans le métro, est-ce qu’elle a déjà essayé de ne pas lire en public?

Ça vous semble ridiculement simplet comme solution?  Vous croyez que je suis un moron insensible déconnecté de la réalité d’oser émettre l’hypothèse comme quoi la source de son harcèlement n’est rien d’autre qu’un geste aussi banal et insignifiant que de lire en public? Je n’affirme pourtant pas ça à la légère.  Je sais de quoi je parle.  L’image qui suit est une capture d’écran tirée de la section Le Petit Désagrément du Jour de mon ancienne page La Zone Requin. Voyez ce que j’y raconte:


J’ai écrit ça il y a neuf ans.  Et même là, ce phénomène ne datait pas de la veille. Le simple fait que j’en avais rédigé une chronique démontre que c’est quelque chose que j’avais déjà observé depuis longtemps.  Car oui, que ce soit durant mon adolescence, ma vingtaine, ma trentaine ou maintenant dans ma quarantaine, j’ai vécu et je vis encore ce problème lorsque je lis en public.  D’accord, dans mon cas, il y a des différences.  Je suis un homme, donc je n’attire pas les pervers ni les violeurs potentiels. Mais ça ne veut pas dire que je suis épargné pour autant de ma part de freaks. Ceux que j’attire lorsque je lis, ce sont:

  • Les gars saouls/drogués qui délirent.
  • Les vieux/vieilles fatigant(e)s, tels que décrits sur ma capture d’écran, qui me posent plein de questions sur ma vie privée, plus que je ne suis confortable de répondre.
  • Et au moins une fois l’an, généralement à l’arrêt de bus / au terminus, une folle débraillée qui s’exprime en hurlant des insanités, capable de me crier des insultes pendant une heure non-stop.

Comme vous voyez, la moitié de mes harceleurs sont des femmes.  On ne peut donc pas dire que c’est un phénomène exclusivement homme-envers-femme.

Et quand je ne lis pas en public, vous savez ce qui arrive? Rien! Les gens me foutent la paix.

Je ne dis pas que c’est de sa faute, ni ne prétends-je qu’elle fait exprès pour attirer le harcèlement.  Comment pourrait-elle savoir que c’est le fait de lire qui attire les freaks?  Moi-même, si je n’avais pas personnellement vécu cette situation aussi souvent, je n’aurais jamais pu le deviner.  

Mais d’où viennent ces freaks et pourquoi sont-ils attirés par les gens qui lisent?  Des gens mal à l’aise en société, il y en a partout. Consciemment ou non, le malaisé a l’impression qu’il n’a sa place nulle-part.  Et lorsqu’il est dans un lieu public, son malaise le pousse à ignorer les gens qui, eux, semblent être à leurs places: Ceux qui parlent, qui  marchent, qui regardent autour, qui cherchent ou attendent quelque chose.  Des gens à l’aise, fonceurs, voire agressifs.  Ces gens intimident le malaisé, qui s’en tient donc à l’écart.

Et dans cette foule de gens inaccessible, il y a elle, elle aussi à l’écart des autres:  Assise, ne regardant personne, repliée sur elle-même, le nez dans son livre… Pour les gens normaux, oui son langage corporel dit qu’elle veut avoir la paix.  Et puisque ce sont des gens normaux, ils comprennent et acceptent.  Mais pour le malaisé, le langage corporel de cette fille ne lui dit pas qu’elle veut être tranquille.   Il lui dit qu’elle n’est pas fonceuse, qu’elle n’est pas agressive,  qu’elle est passive.  Mieux encore: Il lui donne l’impression qu’elle est encore plus mal à l’aise que lui en public.  Non seulement ça fait d’elle la seule personne qui lui semble accessible, il a inconsciemment l’impression que cette fille pourrait bien être son âme soeur. (J’ai déjà parlé de ce phénomène dans le billet Dose de réalité: La mystérieuse charmeuse)

Une personne malaisée souffre de ne pas avoir d’interaction sociale. Hélas, sa nature de malaisée fait qu’elle a également une peur bleue de subir du rejet.  Plus elle veut mettre fin à sa solitude, moins elle ose. C’est une véritable torture morale.  Voilà pourquoi, lorsque que son subconscient lui fait croire qu’elle vient enfin de trouver quelqu’un qui lui est aussi accessible que compatible, c’est un peu normal qu’elle perde le contrôle de ses gestes et paroles, et l’abordera un peu n’importe comment. Et voilà également pourquoi le malaisé réagira aussi mal du refus: Il se fait repousser par la seule personne qui, à ses yeux, avait un langage corporel qui l’a mis en confiance en l’invitant à venir lui parler.  Même si c’était seulement dans son imagination, n’empêche qu’il se sent blessé, humilié, trahi.  Pas surprenant qu’il réagisse si mal.

Vous me répondrez peut-être: «Ouais, ok, je comprends ça.  Mais ça n’explique pas pourquoi il se conduit envers elle comme un freak et non comme un être civilisé.» C’est simple : Nous parlons ici d’un être qui n’est pas habitué à faire du social.  Par conséquent, il est totalement ignorant des règles de comportements en société. Voilà pourquoi il considère son attitude invitante, voilà pourquoi il l’aborde maladroitement, et voilà pourquoi il frustre et l’exprime sans retenue.

Ceci, bien entendu, n’excuse pas ce comportement.  Ça ne fait que l’expliquer.

Oui, je suis tout à fait d’accord avec vous, le fait de lire en public ne devrait pas faire de vous la cible de n’importe quel rejet frustré.  Oui, je suis d’accord comme quoi leur comportement est inacceptable.  Je suis d’accord comme quoi les choses ne devraient pas se passer ainsi.  Malheureusement, ça ne change rien au fait que oui, c’est ainsi que les choses se passent.  Qu’on le veuille ou non, chaque foule contient sa part de freaks. Et si vous ne voulez pas les attirer à vous, alors vous devriez vous abstenir de faire la seule chose qui va les encourager à le faire, c’est à dire lire en public.  Les femmes ont déjà bien assez de soucis à se faire avec les harceleurs, si un truc aussi simple peut suffire pour diminuer le nombre de ceux qui vont l’approcher, aussi bien l’utiliser.

Parce que des fois, on a beau se méfier de la voie facile, il arrive que la source du problème, tout comme sa solution, ne soit pas plus compliquée que ça.

17 bonnes raisons de ne pas ressentir de nostalgie pour nos années d’adolescence

Nous autres, les adultes, nous considérons que les adolescents ont la vie facile.  Ne sont-ils pas habillés, nourris et logés gratis?  Ne sommes-nous pas à la fois leur entretien ménager, leur employés de buanderie, leurs chauffeurs, leurs cuisiniers, leurs serviteurs et leurs guichets automatique?  N’ont-ils pas deux mois de vacances en été, chose qu’aucun adulte ne peut se permettre à moins d’être millionnaire? (ou prof, réalise-je soudain)  Juste pour ces raisons-là, on se dit que des fois, on aimerait bien retourner dans notre passé lorsque nous étions d’insouciants élèves de l’école secondaire.

Pourtant, plus j’y repense et plus je me rends compte ces années-là étaient loin d’être la vie insouciante que nous avons étrangement tendance à nous rappeler. En réalité, notre quotidien était une période pleine de contrariétés et d’injustices, un enfer constant qui ne semblait pas vouloir prendre fin. regardons les choses en face: L’adolescence et le début de la vie adulte sont les pires années de notre vie.

Vous croyez que j’exagère? Rappelez-vous seulement comment…


1- Le détail le plus insignifiant est suffisant pour faire de toi la risée de tout ton entourage.

À douze ans, il n’était pas rare que je vois en hiver un camarade de classe hésiter à ôter sa casquette ou sa tuque en entrant à l’école. Et c’est normal, il essayait tout simplement de cacher aux autres une chose qui allait attirer sur lui l’attention négative. C’est que, la veille, il lui était arrivé quelque chose hors de son contrôle : Il a eu à subir … *gasp!* … UNE COUPE DE CHEVEUX!  Eh oui, à cause d’une simple et banale coiffure, il passera la journée à subir les moqueries de son entourage qui l’appelleront « Rase-bol » ou lui demanderons en riant « T’as-tu passé au feu? »

Quoi de plus banal et insignifiant qu’avoir un nom de famille? Le mien, mon vrai, est Johnson. St-Hilaire, la ville où j’ai passé mon enfance dans les années 70 et mon adolescence dans les années 80, était majoritairement francophone.  Or, ces années-là, il était coutume d’haïr les anglais et de les prendre pour des snobs. Il suffisait que l’on entende quelqu’un parler en anglais pour se dire que c’est un estie d’frais chié. Alors avoir un nom anglais, même si je n’en parlais pas un mot, ça m’a apporté dès le départ l’hostilité de mes semblables.

Ce qui n’aidait pas, c’est que la télé passait régulièrement des pubs pour les produits de marque Johnson & Johnson.  C’était l’époque où CFTM 10 (TVA) et Radio Canada (SRC) étaient les seules chaines francophones au Québec, donc tout le monde regardait la même chose. Les gens accrochaient particulièrement au slogan « La poudre pour bébé Johnson’s ». Ce qui fait que de mes 5 à 16 ans, soit de mon premier jour de maternelle jusqu’à la fin de mon secondaire, j’ai eu à subir le sobriquet « Bébé Johnson ».  

Et pas besoin d’avoir un nom de famille spécial pour que ça arrive. J’ai connu un gars qui a passé toutes ses années scolaire à faire rire de lui en se faisant surnommer Banane.  Pourquoi? Parce que ça rime avec Stéphane, son prénom.

Quand tous les gens que tu as côtoyé dans ta vie entière ont passé la leur à te ridiculiser, donc à ne jamais te prendre au sérieux, à ne jamais te respecter, c’est une habitude profondément ancrée en eux. Une habitude qu’ils ne perdent pas, même lorsqu’ils sont rendus adultes et (supposément) matures.


2- Tu as embrassé deux garçons en moins d’un an?  Alors t’es une pute.

Sur ce sujet au moins, nous les gars avions le beau jeu.  L’adolescence est le seul moment où on avait raison de dire « quand un gars a eu full de filles, on l’admire, mais quand une fille a eu full de gars, on dit que c’est une salope », et ce même s’il n’y avait rien de sexuel d’impliqué. Parce que oui, pour une raison que je n’arrive pas à m’expliquer, il était très mal vu qu’une fille laisse libre cours à son cœur et/ou ses désirs pour plus d’un gars par année scolaire. Je suppose que, même si les moeurs étaient plus libérées, nous étions élevés par des gens pour qui ce n’était pas le cas.

Ça expliquerait pourquoi, dans les partys, les filles en provenance d’autres écoles que la nôtre étaient toujours beaucoup plus open : Elles n’avaient pas à nous revoir par la suite.  Ça leur permettait de laisser libre cours à leurs désirs normaux tout en épargnant leurs réputations.


3- Les adultes ont seulement besoin de savoir ton âge pour porter un jugement décisif et sans appel sur toi.

Exemple vécu : À 14 ans, sans que je ne lui demande rien, mon père me dit que pour le jour de mes 16 ans, il va me payer des cours de conduite.  Deux ans plus tard, lorsque je lui rappelle sa promesse, il revient sur sa décision car il n’est pas question que j’aille prendre son auto, que je me saoule et que je le démolisse dans un accident.

Même si on met de côté le fait légèrement aberrant que, de son propre aveu, ce n’est pas la mort de son fils qu’il cherche à éviter mais bien qu’on lui accidente son char, le fait demeure que j’ai toujours été le plus sobre de ma famille, et ce des deux côtés. Mais voilà : J’étais un jeune.  Et quand tu es jeune, alors tu es automatiquement un délinquant qui se saoule au volant, conduit trop vite et  provoque des accidents.

J’aurais pu lui faire remarquer que baser son raisonnement uniquement sur mon âge était stupide.  Ce n’est pas l’âge qui aurait pu provoquer l’accident dont il parlait. C’est le fait d’être imprudent, fou de la vitesse, et consommateur d’alcool.  Trois choses que je n’avais jamais été, et il le savait très bien. Mais voilà, essayer de lui démontrer qu’il avait tort n’aurait rien changé, parce que…


4- Les adultes ont toujours raison, surtout lorsqu’ils ont tort.

Personne n’aime reconnaître ses torts, et c’est encore plus vrai quand il s’agit d’un adulte face à un jeune.  Pourtant, puisque personne n’est parfait, il arrive souvent qu’un adulte use d’arguments irréfléchis pour expliquer une décision.  Lorsque le jeune ose démontrer de façon irréfutable que l’adulte fait erreur dans son raisonnement, ce dernier réplique alors quelque chose dans le style de:

  • « À ton âge, t’as pas de leçons à me donner! »
  • « Attends-donc d’avoir le nombril sec avant de croire que tu sais de quoi tu parles. »
  • « Heille, sois poli! »
  • Ou plus clairement : « C’est moé l’adulte icite, fa que c’est ça qui est ça pis ta yeule! »

Et si je dis qu’ils ont raison surtout lorsqu’ils ont tort, c’est parce que quand tu prouves qu’ils ont tort, tu leur fait subir une humiliation.  Par le fait même, tu les fâche contre toi, donc tu leurs donne une raison de te faire subir leur mauvaise foi encore plus. Voilà pourquoi, quand tes parents te traitent de mal élevé, il n’est pas bon de leur répondre « Mal élevé par qui? », même si c’est la réplique PWND-esque parfaite.

Cette situation, c’est parce que quand tu es jeune…


5- Tout le monde exige de toi le respect et la politesse que personne ne te donne.

Pour tes parents, tu es celui à qui l’on ordonne sans ménagement.  Pour les figures d’autorité, tu es cette forte tête qu’il faut casser. Pour les autres adultes, tu es source de mépris et bouc émissaire pour toutes sortes d’accusations farfelues.  Et même des vieux que tu ne connais pas n’hésitent pas à te parler bête comme on le ferait à un chien. Bien sûr, on s’attend à ce que tu l’acceptes sans répliquer.

Toi, par contre, fais juste regarder un vieux de façon un peu trop croche à son goût, et tu n’auras pas fini de sitôt d’entendre le scandale causé par ton incroyable impolitesse.

Même les autres jeunes en général et tes amis en particulier ne cessent de te manquer de respect.  Mais dans leur cas, c’est normal : On ne peut pas donner ce que l’on n’a jamais reçu. Voilà pourquoi…


6- On juge négativement ton quotient intellectuel selon tes goûts personnels

Tu auras beau n’avoir que des A ou des 100% sur ton bulletin scolaire, il suffit que tu aimes quelque chose en particulier, une musique, un artiste, une émission de télé, pour être perçu comme étant un cave: Les critiques disent que ça ne vaut rien et que pour aimer ce truc, faut être imbécile.  Les adultes te demandent comment tu peux aimer de pareilles niaiseries.  Tes amis te collent l’étiquette de qui n’a pas de goût, en particulier ceux qui entrent dans leur période snob, celle dans laquelle à leurs yeux, presque tout est de la merde ou signe d’immaturité.  Mais malgré le snobisme qu’ils affichent afin de se donner une apparence mature…


7- Tes amis sont immatures.

À 15 ans, au printemps 1984, j’étais bénévole pour Miaouf Adoption, un refuge pour animaux abandonnés.  Un jour, les autres jeunes bénévoles et moi faisions partie d’une levée de fonds pour l’organisme.  On vendait des macarons au Mail Montenach.  Étant le plus vieux, j’étais en charge de récolter l’argent de nos ventes.  À la fin de notre journée, une des filles de 14 ans voulait savoir combien on avait fait. J’ai refusé de lui refiler l’enveloppe d’argent.  Elle a tenté de me la retirer des mains mais j’étais plus rapide et je lui ai tourné le dos.  Elle m’a  alors sauté dessus, grimpant sur moi, tentant d’agripper l’enveloppe que je tenais hors de sa portée.  Le hasard a voulu qu’à ce moment-là, son père passe par là et voit tout depuis le début.  Dès qu’elle l’a vu, inutile de dire qu’elle m’a vite lâché et qu’elle a filé droit vers lui, sans mot dire.

Vous me direz que c’est normal d’agir ainsi à son âge?  En 1998, alors que j’avais 29 ans, je subissais exactement la même chose de Geneviève la Coloc de l’Enfer, alors âgée de 21 ans, parce qu’elle voulait absolument voir qu’est-ce que j’avais écrit dans une lettre, et à qui.


8- Tu deviens repoussant(e)!

De 14 à 15 ans, tes os poussent plus vite que ta viande et ton gras, ce qui te déforme solide le corps et la gueule. Pas encore habitué à ton nouveau format, tu te cognes partout et est en proie à une maladresse que tes parents ne manquent pas de te faire remarquer sous forme de reproches. Ta voix devient grave et monotone. Il te pousse juste assez de poil au menton et sous le nez pour que ça paraisse, mais pas assez pour te raser. Déjà que l’idée d’approcher une lame de ton visage ne te met pas à l’aise du tout, surtout avec ta nouvelle maladresse. Tes nouvelles glandes encore mal ajustées font du zèle et te font puer des pieds et mouiller du dessous de bras jusqu’aux côtes, même si tu ne fais rien d’autre que de rester allongé immobile. Tu as le cheveu gras, la peau qui boutonne et une haleine de filet de saumon oublié tout un weekend dans un coffre d’auto au soleil. Et c’est à l’unisson que les filles (dégoûtées) tout comme tes amis (amusés) te disent : « Hostie qu’t’es lette, man! »


9- Ta puberté attire le genre d’attention dont tu pourrais te passer.

Vous vous rappelez de l’année où votre corps a décidé de passer de fille à femme sans vous demander votre avis? Et que la poussée de vos seins a commencé à dévier les regards masculins vers ces nouvelles courbes?  Et que toute cette nouvelle attention vous foutais un malaise pas possible?  Et que dire de la fois où, lors d’une réunion familiale, une parenté quelconque est venue vous dire « Comme ça, t’es devenue une grande fille!? », ce qui signifiait que votre mère était aller raconter à toute la famille que vous avez commencé à être menstruée?  Ah, doux souvenirs.


10- Tu déranges tout le monde car tu n’as ta place nulle-part.

Lorsque tu es chez toi au salon, dans ta chambre, à regarder la télé, un film, jouer à des jeux ou être sur l’ordi, tes parents te disent d’aller jouer dehors.

Tu marches sur le trottoir.  Les vieux voisins méfiants sont à leurs fenêtres à épier tes moindres faits et gestes, n’attendant qu’un mouvement suspect pour appeler tes parents ou la police.

Tu vas dans un parc public.  Les mères qui surveillent leurs enfants qui jouent te regardent avec mépris en considérant que tu n’as pas d’affaire là.

Tu vas dans un centre d’achats. Tout le monde te surveille et se méfie. Si tu restes debout immobile pendant plus de 10 secondes en présence d’un surveillant, il viendra aussitôt te donner l’ordre de circuler.

Que font des adultes lorsqu’ils sont assis sur un banc public? Ils se reposent. 
Que font des adolescents lorsqu’ils sont assis sur un banc public? Ils flânent!

Bref, quand tu es ado, le seul endroit où tu es le bienvenu, c’est à l’école.  Mais attention: Seulement pendant les heures de cours.  Parce que si tu as le malheur de te trouver sur leur terrain lorsque c’est fermé, c’est un gardien de sécurité ou bien la police qui va t’en expulser en t’ordonnant de retourner chez toi.  Et de là, le cercle recommence.  Le problème, c’est que…


11- Tu es toujours le premier suspect.

Quoi qu’il soit arrivé de négatif, tu peux être certain que tu seras toujours soupçonné en premier.  Ais-je dis soupçonné?  Je voulais dire accusé.  Quelque chose brise dans la maison?  C’est le jeune!  On entend une auto passer en trombes?    C’est le jeune!  La police patrouille dans le secteur?  C’est sûrement pour le jeune qui habite pas loin.  Un accident? Du vandalisme?  C’est le jeune!  Et bien qu’il soit prouvé statistiquement que la majorité des vols à l’étalage sont d’abord commis par des retraités, puis des adultes, laissant les jeunes bons derniers de ces crimes, ils restent encore et toujours ceux qui en sont le plus accusés.  Bref, ta jeunesse te rend coupable d’avance de tout ce qui arrive de négatif, même quand la chose ne s’est même pas encore produite. 


12- Tu dépends du bon-vouloir de tout le monde.

Quand tu n’as aucun droit, tu as besoin de la permission de tout le monde: Chez toi, c’est: permission pour sortir, pour utiliser l’ordi, pour manger entre les repas. En classes, c’est: Permission pour parler, pour aller aux toilettes.

Sans oublier que tu es totalement dépendant de tes parents pour te déplacer, que ce soit avec eux qui vont te reconduire en auto ou bien te fournir de quoi utiliser les transports en commun.  Et pour tes dépenses personnelles, il faut leur demander de l’argent pour tout: Ton électronique, tes sorties, tes vêtements… Et puisque c’est eux qui payent, ils ont le droit de regard sur ce que tu veux avoir. Alors si ça ne leur plait pas, bonne chance pour l’obtenir.


13- Les parents se mêlent toujours de ce qui ne les regarde pas.

Tu penses que sur les sujets dans lesquels ils n’ont rien à payer, les parents n’ont rien à dire? C’est vrai, mais ça ne les empêche pas de le faire quand même:

Tu ramènes ton nouveau (ou futur) petit ami chez vous.  Une fois qu’il est reparti, ta mère te dit : « Que c’est ça, c’t’èspèce de grand tarla-là? J’veux pu jamais r’voir ça icite! »

Situation inverse pour un gars: Quand ta blonde t’annonce quelle ne peut plus te voir parce que ses parents voient votre relation d’un mauvais oeil, car ils disent que sortir avec toi va la distraire de ses études. Ou bien que, puisque tu es un gars, tu n’as qu’un seul but en sortant avec elle: La dévierger!  Ou mieux encore: Que tu es un futur assisté social qui ne fera jamais rien de sa vie, en se basant sur le fait qu’à quatorze ans tu ne sais pas encore quel métier tu compte exercer quand tu seras adulte.

Tu joues avec un petit voisin et vous vous amusez.  Soudain, petit accident; il fait un faux mouvement, il se cogne et il pleure.  Avant même que la douleur diminue et que les choses reviennent à la normale, sa mère arrive en trombe.  Même si elle n’a rien vu du tout, il est clair dans sa tête que c’est toi qui l’a maltraité.  Elle t’engueule comme du poisson pourri en criant à tue-tête, ramène fiston dans la maison en lui arrachant quasiment le bras de l’épaule, et t’interdit de t’approcher de lui ou de la maison pour le reste de tes jours.  Ce qui aurait pu être une bête anecdote insignifiante et rapidement oubliée dans l’histoire de votre camaraderie a été transformée par cette mégère en rien de moins qu’une agression, voire en déclaration de guerre, qui fout en l’air une belle amitié qui ne la concernait même pas.


14- Être un gars vient avec des standards sociaux bien établis duquel il ne faut pas déroger sous peine d’être socialement émasculé.

Secondaire II, gymnase, classe d’éducation physique. Gilles, notre prof, se couche face contre terre.  Raide comme une planche, il se met en position de push-up, se tenant sur ses mains et le bout de ses orteils. Il nous dit : Il y a deux façons de faire des push-ups. D’abord, cette façon-ci, qui s’appelle « les push-ups de gars »… Et il se met à faire des pompes de façon standard. Puis, il arrête.  Il s’installe sur les genoux plutôt que sur les orteils.  Puis, il recommence à en faire, en disant : « …Et comme ceci, sur les genoux, ce qu’on appelle « les push-ups de filles ».

Je ne sais pas si c’est encore le cas, mais à l’époque, Éducation Physique était un cours dans lequel les gars et les filles étaient séparés. Alors même si, comme moi, on avait de la misère à faire trois push-ups sans risquer l’infarctus, personne n’aurais osé se rabaisser devant la classe constituée uniquement de gars en faisant des push-ups de filles.

Au 3e secondaire, je ne me souviens plus du nom du cours…  C’était une classe dont le cours changeait à toutes les six semaines.  Et là encore, il y avait deux options : Option gars avait Méthodologie de travail, Initiation à la technologie, Mécanique automobile et Coupe de viande (théorie seulement). Option fille avait Cuisine, Premiers soins, Entretien ménager et Tenue budgétaire.

Je n’exagère pas, les classes s’appelaient vraiment Option gars et Option filles. Je suis sûr que je n’étais pas le seul gars qui n’en avait rien à chier d’apprendre la mécanique, le principe des poulies et les différentes parties du bœuf.  Surtout que, peu importe notre sexe, que l’on soit célibataire, en couple, avec ou sans enfant, il est important de savoir cuisiner, appliquer les premiers soins, faire du ménage et tenir un budget. J’ai donc fait comme tous les gars :  J’ai commencé ma vie adulte à être totalement nul dans ces domaines, réduit à les apprendre à la dure.


15- Le seul critère que les adultes utilisent pour te juger, c’est ta famille.

Non, sérieux, personne n’en a rien à cirer de ce que tu es vraiment.  Tu auras beau être le plus vertueux, le plus droit et le plus travaillant, si tu viens d’une famille de BS, aucun adulte ne va te donner ta chance de te prouver.  Les employeurs te refuseront du travail, les parents refuseront que leurs filles te fréquentent.  Et inversement, tu peux être violent, voleur et violeur, en autant que tu sois un fils de bonne famille, toutes les portes se seront ouvertes. 


16- Ton univers n’est pas aussi bien qu’il serait supposé l’être

Quand tu regardes autour de toi, qu’est-ce que tu vois? Ton père est chauve.  Ta mère est grosse. Ils s’habillent de façon kétaine. Ils ne connaissent rien à la vie d’aujourd’hui. Vous vivez en appartement dans un 4½, ou bien dans une maison qui te semble bien petite et sans goût. Pourquoi est-ce que tu n’as pas eu la chance de vivre dans une famille normale, comme celles que l’on voit partout à la télé, au cinéma, dans les magazines, là où tout le monde est moderne, beau, mince, athlétique, riche?

Heureusement, cette vie de médiocrité n’est que temporaire, parce que toi, au moins…


17- Tu as des attentes très précises et haut de gamme au sujet de ta future carrière.

Peu importe le travail dans lequel tu souhaites aller, il y a trois critères qui ne changent pas d’une personne à l’autre:

  1. Il faut que ce soit aussi facile et amusant qu’un passe-temps.
  2. Ça doit te donner une excellente réputation qui te fera connaitre.
  3. Et ça doit bien payer. Pas nécessairement te rendre riche, mais au moins te mettre à l’abri du besoin.

Tout travail qui ne rencontre pas au moins le premier critère est ennuyant à mort et bon pour les losers. Voilà pourquoi beaucoup d’entre nous rêvons d’une carrière artistique ou bien de bureau.  Il ne faut surtout pas nous parler d’un travail manuel, puisque manuel = ne demande pas d’intelligence = réservé pour les caves.

Je me rappelle d’ailleurs qu’on ne pouvait pas imaginer une job plus bas de gamme, plus loser, plus BS, que concierge.  La preuve :  En 1995, lorsque j’étais rédacteur en chef du Vox Populi, journal étudiant de mon cégep, j’ai réalisé une petite entrevue avec Yanie Dupont-Hébert, alors animatrice à MusiquePlus, dans laquelle je lui demande des conseils pour débuter dans son métier.  Entrevue que, une fois publiée, j’ai terminé avec un petit dessin dans lequel je me mets en vedette en situation auto-dérisoire.

Pour voir l’entrevue complète, cliquer sur cette image:

Aujourd’hui, comme j’en ai déjà parlé dans ce billet, après 20 ans de vie artistique, je suis vraiment devenu concierge. Et tous les avantages que ce travail me rapporte en font la meilleure job que j’ai eu de toute ma vie, et ce sur tous les points. Comme quoi la vie adulte est rarement conforme à l’idée que l’on s’en fait quand on est ado.

En conclusion: Je ne prétends pas connaitre ou comprendre la vie des jeunes. Par contre, je me rappelle comment les choses se passaient lorsque j’en étais un. Et si les modes, le langage et la mentalité évoluent d’une génération à l’autre, il reste que certaines choses ne changent jamais. Voilà pourquoi la majorité des jeunes d’aujourd’hui subissent de notre part les mêmes désagréments que nous avons nous-même vécu à leur âge.

Des désagréments que nous leurs faisons subir parce qu’on a oublié ce que c’est, que d’être jeune.

MTS = Médecine Très Stupide

Cette histoire s’est passée il y a sept ans. J’espère que les choses se sont améliorées depuis.

Ça faisait un an que je voyais ces commerciaux à la TV disant Get tested for aids.  Je me suis finalement décidé à le faire.

La dernière fois que j’ai passé un test de dépistage, c’était en 1993.  Depuis ce temps là, il m’est arrivé de prendre des risques en 1995-96-97 avec des cégepiennes ayant peu ou pas d’expérience sexuelle. Mais depuis, je pratique le sexe sécuritaire. Et, après tout ce temps, j’imagine que si j’avais attrapé quelque chose, ça se serait manifesté. N’empêche, il parait que parfois, une personne peut être porteuse de certaines maladies sans jamais en démontrer le moindre symptôme.  J’ai donc toujours eu ce petit doute énervant derrière la tête.

Ce jour-là, je me rend donc à l’Hôpital de Verdun.  Après une heure et demie dans la salle d’attente, je passe au triage:

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Avez-vous eu des relations sexuelles non-protégées durant ces cinq dernières années?
MOI: Non!
INTERNE: Alors ce n’est pas une urgence. Vous devriez aller à la Clinique de Médecine Familiale, l’édifice d’à côté.

Je sors de l’hôpital et je me rend au bloc à côté. Malheureusement, la Clinique de Médecine Familiale ne prend que 24 personnes par jour, et leur quota est rempli pour la journée.

Le lendemain, je me rend à la Clinique de Médecine Familiale, et donne mon nom au comptoir. Après deux heures, on m’appelle.

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Qui est votre médecin de famille?
MOI: Euh… Aucune idée!
INTERNE: Vous n’avez pas de médecin de famille?
MOI: Pas que je sache.
INTERNE: Malheureusement, les tests de dépistages doivent nous être demandés par un médecin de famille. Bonne journée.

J’appelle ma mère. S’il y a quelqu’un qui peut me dire si on a un médecin de famille, c’est bien elle. En effet, nous en avions un, mais il ne pourra pas m’aider, rapport qu’il a pris sa retraite il y a 12 ans, et est décédé trois ans plus tard.

Mon amie Carol me dit que je devrais aller à son CLSC. Justement, elle y a rendez-vous pour la semaine prochaine.  Je n’aurai qu’à l’accompagner. Bonne idée!

La semaine suivante, me v’là à son CLSC:

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Très bien! Quelle est votre adresse?
MOI: 624 Régina, Verdun, H4G…
INTERNE: Verdun, vous dites?
MOI: Oui!
INTERNE: Oh, dans ce cas je suis désolé, mais vous devrez aller au CLSC de Verdun. Ici, nous ne prenons que des patients de notre quartier.

Devant ma déception, Carol propose d’aller m’y reconduire en auto, dès qu’elle aura terminé avec son médecin. J’accepte!  Deux heures plus tard, on se rend au CLSC de Verdun. … CLSC qui a fermé, le temps que l’on s’y rende.

Le lendemain, je vais au CLSC de Verdun. … CLSC qui est fermé.  Nous sommes samedi.  C’est fermé les fins de semaines.

Lundi, je vais au CLSC de Verdun.

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Très bien! Quelle est votre adresse?
MOI: 624 Régina, Verdun, H4G…
INTERNE: Très bien, remplissez ces formulaires dans la salle d’attente, nous vous appellerons.

Je vais dans la salle d’attente et je remplis 4 pages de documents. C’est que c’est la première fois que je vais là, alors ils ont besoin de me faire un dossier.

On m’appelle.

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Très bien! Voyons ces documents.
MOI: Voilà!
INTERNE: Verdun… Rue Régina… Vous habitez près du parc ou du PFK?
MOI: Le parc!
INTERNE: Oups, petit problème ici… Vous avez vraiment 37 ans?
MOI: Euh… Bah oui!
INTERNE: C’est parce que quand il s’agit de tests de dépistage de MTS, les CLSC le font afin de diminuer l’engorgement des hôpitaux, sauf que l’âge limite de nos patients est de 25 ans. À votre âge, si vous voulez passer un test, vous avez deux options: Vous pouvez aller à l’Hôpital de Verdun, ou bien voir votre médecin de famille.

Ça commence à devenir ridicule. Comment est-ce qu’on peut faire pour avoir un médecin de famille si on n’en a pas déjà un? Come on!

C’est là que je me souviens d’un truc. Le docteur de la clinique de mon ancien quartier, Dr Lanski, qui a mis au monde certains de mes enfants. Il est leur médecin de famille.  Logiquement, puisque ce sont mes enfants, si le mot famille est utilisé au sens propre, alors ça devrait être le mien aussi. D’ailleurs, si je me souviens bien, c’est même lui qui m’a testé pour des MTS en 1993. J’aurais dû y penser avant.

Je me rend à sa clinique.  Je donne mon nom au comptoir et attend une heure et demie dans la salle d’attente.  Il m’appelle.

Dr LANSKI: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
Dr LANSKI: Qui est votre médecin de famille?
MOI: Euh…!? C’est pas vous?
Dr LANSKI: Non!
MOI: Mais voyons donc! Vous vous occupez de mes enfants depuis qu’ils sont nés.
Dr LANSKI: Oui, je suis le médecin de famille de vos enfants, mais je ne suis pas le votre.

Pourquoi est-ce qu’on les appelle médecins de famille s’ils ne soignent pas tous les membres d’une même famille? Tu parles d’une idiotie.

Dr LANSKI:Vous n’avez jamais pris de rendez-vous avec moi, vous êtes toujours venu à l’urgence.  Voilà pourquoi des fois c’est ma femme (médecin également) qui vous traitait.
MOI: Bon, d’accord, vous n’êtes pas mon médecin de famille.  Mais vous m’avez pourtant fait passer un test de dépistage en 1993.  Pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas maintenant?
Dr LANSKI: Quel âge aviez-vous en 1993?
MOI:
Euh… 24 ans, 25 après le 21 juillet. 
Dr LANSKI: Et bien voilà! Quand il s’agit de tests de dépistage de MTS, les cliniques le font afin de diminuer l’engorgement des hôpitaux. Sauf que l’âge limite est 25 ans. À votre âge, si vous voulez passer un test, vous avez deux options: Vous pouvez aller à l’Hôpital de Verdun, ou bien voir votre médecin de famille.

Incroyable!

MOI: Bon, d’accord, mais dites-moi au moins ceci: Comment est-ce que je pourrais obtenir un médecin de famille. Genre, vous, par exemple?
Dr LANSKI: Il me faudrait un mot de recommandation de votre médecin de famille actuel.
MOI: Il est mort!
Dr LANSKI: Alors c’est bien regrettable, je ne peux rien faire.

Bon!

Je ne suis pas homme à lâcher prise facilement, surtout si c’est dans le but d’obtenir quelque chose que, apparemment, tout le monde arrive à avoir sans problème. De retour chez moi, je vais sur Google et je cherche des cliniques à Montréal qui font des tests de dépistages de MTS. J’en trouve une près de chez moi, sur l’avenue Verdun. J’y vais. Après deux heures d’attente, on m’appelle.

DOCTEUR: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
DOCTEUR: Très bien, donnez-moi un moment pour remplir ce document. Une fois rempli, allez juste le porter au centre de prélèvements de l’Hôpital de Verdun. Vous leur donnez, ils vous font des prélèvements, et ils feront les tests.
MOI: Wow! Merci beaucoup!

Eh ben! Avec tout ce que j’ai traversé, je suis étonné de la facilité de la chose.  Je me rend au centre de prélèvements de l’Hôpital de Verdun.  Celui-ci est fermé depuis quelques minutes.

Le lendemain, j’y retourne aux heures de bureau. La salle d’attente est presque vide. Je me présente au comptoir, donne le document, répond à quelques questions, et vais m’assoir. On m’appelle en dix minutes.  Une interne me remet deux petites fioles.

INTERNE:  Allez à la salle de bain et remplissez d’urine ces deux contenants, puis revenez les porter ici.
MOI: Euh… C’est tout? C’est bien pour un test de dépistage de MTS, oui?
INTERNE: Oui.

Eh ben! Je suppose que de nos jours, la médecine est tellement avancée qu’un un simple échantillon d’urine est suffisant pour trouver toute trace de ce qu’on pourrait avoir.  Et moi qui m’imaginais devoir y laisser 3 litres de sang.

Je ramène les contenants remplis à l’interne. Elle me dit que j’aurai les résultats dans une semaine. C’est tout heureux que je reviens chez moi.  Ça a pris du temps. Mais là, au moins, je vais enfin savoir. Plus qu’une semaine avant la tranquillité d’esprit.

Une semaine passe. Pas de nouvelles.

Deux semaines. Toujours pas de nouvelles.

Je retourne au centre de prélèvements et demande au sujet de mes résultats.

INTERNE: Oh, nous ne pouvons pas donner ces informations confidentielles aux patients. Ça a été envoyé directement au docteur qui les a demandé.

Ok d’abord, je retourne à la dernière clinique. J’attends. On m’appelle, mais je ne revois pas le même docteur que la dernière fois

DOCTEUR: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: Je suis venu pour passer un test de dépistage de MTS il y a 2 semaines. J’ai été envoyé à l’hôpital de Verdun pour les prélèvements et ils m’ont dit que les résultats avaient été envoyés ici.
DOCTEUR: Le docteur qui vous a envoyé à Verdun, c’est votre médecin de famille?
MOI: Non!
DOCTEUR: Alors je suis désolé, mais la loi ne lui permet pas de vous donner les résultats de ces tests. Seul un médecin de famille à le droit de le faire. Et à votre place, je le contacterais sans tarder pour qu’il communique avec nous. Parce que si au bout de 3 semaines, les renseignements sont non-réclamés, ils sont aussitôt détruits.
MOI: Et si je n’ai pas de médecin de famille?
DOCTEUR: Alors vous pouvez toujours vous présenter à l’urgence de l’hôpital de Verdun.

…Urgence de l’hôpital de Verdun qui, au tout début de cette histoire, a refusé de me traiter parce que je n’ai pas baisé sans condoms durant ces 5 dernières années.

Il semblerait donc que la meilleure façon pour moi de savoir si j’ai une MTS serait de coucher sans protection avec une vierge de moins de 25 ans, et que ce soit elle  qui aille passer un test de dépistage au CLSC.

Des volontaires?

Déclaration d’amour? Grosse erreur!

Comme d’hab’, le texte est écrit d’un point de vue masculin bikôze que j’ai un chromosome Y, bien que la situation puisse s’appliquer dans les deux sens.

Ces situations devraient vous rappeler quelques souvenirs … et pas nécessairement des bons:

Situation 1: Vous avez une bonne amie que vous aimez beaucoup plus que par simple amitié.  Un jour, vous avez le courage de lui déclarer votre affection. 
Le résultat : Après quelques jours où il règne comme un malaise entre vous, non seulement vous ne vous êtes pas fait une blonde, vous avez perdu une amie.

Situation 2: Il y a cette fille qui vous plaît beaucoup.  Vous décidez de le lui dire en lui envoyant  un mail, ou bien de lui écrire une lettre manuscrite.  Ou mieux encore : Vous lui composez un poème. 
Le résultat: Non seulement elle reste insensible à votre déclaration romantique, elle la montre à tous ses amis.  Vous devenez ainsi le sujet des moqueries de son entourage qui continuera de vous associer à ce texte pour les décennies à venir.

Je suis désolé de briser vos illusions, mais il faut bien voir les choses en face: La déclaration d’amour, lorsque utilisée en guise de moyen de séduction pour commencer une relation, ça ne fonctionne pratiquement jamais.   Le problème, c’est que ce concept date d’une période où on n’avait pas le droit de se fréquenter avant le mariage, une époque dans laquelle seul l’homme avait le droit de faire la cour.  Mais voilà, nous ne sommes plus au temps où l’homme venait faire sa déclaration sous le chaperonage des parents de celle-ci, afin que ce soit eux qui décident s’il ferait un bon parti, ce qui fait que la fille avait rarement son mot à dire.  De nos jours, non seulement la fille a le droit d’être attirée par un gars, passer à l’étape amoureux/amant vient tout naturellement lorsqu’il y a attirance réciproque.

… Et ça, ce que ça signifie maintenant, c’est que si on est obligé de déclarer son amour a une fille, c’est pour l’une des deux raisons suivantes:

  • Elle ne sait rien de nos sentiments.
  • Elle les connaît déjà, mais feint de les ignorer.

Dans un cas comme dans l’autre, ça signifie qu’elle ne les ressent pas elle-même.  Et le fait de déclarer son amour à une fille, ça n’a jamais fait naitre spontanément en elle des sentiments réciproques.   À moins, bien sûr, que ce soit le genre de désespérée prête à prendre n’importe qui.  Si ça vous convient, allez-y fort! N’oubliez juste pas que ça veut dire qu’elle n’est pas avec vous par amour véritable, donc qu’elle peut mettre fin à votre relation dès qu’elle se trouvera un meilleur parti.  Ou pire encore: Au moment où elle trouvera un gars avec qui elle tombera vraiment en amour.

Alors si en plus vous avez commis la bêtise de mettre votre déclaration par écrit, attendez-vous à ce que votre déception d’être rejeté s’accompagne d’humiliation pour les mois à venir, voire les années.  Il y a une raison pourquoi on dit que les paroles s’envolent mais les écrits restent. Et c’est encore plus vrai à l’ère de l’internet.

Quant aux poèmes, il serait temps que vous vous rendiez compte d’un truc important :  À moins d’être un auteur professionnel, n’importe quel gars de plus de douze ans qui fait de la poésie romantique est automatiquement classé sous l’étiquette de molasson pas-de-couilles.  Y’a pas une fille qui puisse être intéressée par ça. 

La seule raison pour laquelle elle se rapprocherait de vous en rapport à votre poème, ce serait pour vous demander de lui en écrire un, au sujet d’un gars sur qui elle a l’œil, pour qu’elle puisse le signer de son propre nom et le lui envoyer.  Je l’ai vécu assez souvent lorsque j’étais ado pour le savoir.

De nos jours, les déclarations d’amour c’est comme la galanterie : Appréciée dans une relation de couple qui est déjà amorcée.  Mais totalement inutile avant ça, sauf si votre but est d’avoir l’air d’un loser désespéré.

Le Décompte Printanier + autres items

ITEM 1:  D’abord, un peu de recyclage.
Tout comme ma liste de noms de famille composés et (une partie de) celle des éléments classiques du temps des fêtes, j’ai écrit Le Décompte Requin Roll des Petits Désagréments du Printemps lors de mon retour aux études en 1995-97, alors que j’étais rédacteur en chef pour le journal étudiant Vox Populi.  Je l’ai ensuite postée sur La Page Requin Roll, ma toute première page web sur Geocities en 1998.  Et tout comme les listes précédentes, elle a été de nombreuses fois volée, copié et collée sur divers forums et sites.

Or, le plagiat a tout de même du bon.  C’est que voilà bien longtemps que je n’ai plus copie du journal dans lequel ce texte a paru, et les CD Roms sur lequel j’ai gravé ces textes ont corrompus depuis belle lurette.  Heureusement, grâce à Google et à une certaine Manon, j’ai pu le retrouver sur ce forum-ci.  Bonne chose parce que sinon il aurait fallu que je la réécrive de mémoire et je ne suis pas certain que j’aurais pu me rappeler de tout.

Voici donc:

Le Décompte Requin Roll des Petits Désagréments du Printemps
20- Les petits bancs de neige de couleur gris-noir.
19- La glace mouillée sur laquelle on ne peut marcher sans risquer de se casser la gueule.
18- Les 4 mois d’accumulation de crottes de chiens qui commencent à dégeler.
17- La brise printanière qui, tout compte fait, ne sens pas si bon que ça.
16- Les caves qui s’promènent en T-shirt dès qu’il fait 2°C.
15- Les -5°C du matin qui nous forcent à aller à l’école ou au travail habillé comme en hiver.
14- Les 12°C de fin d’après-midi qui nous donnent l’air cave de revenir de l’école habillé comme en hiver.
13- La sortie ben cool qu’on planifie de faire à la cabane à sucre avec nos amis.
12- Les amis qui refusent car pour eux le concept d’aller à la cabane à sucre est kétaine.
11- Le beau gros soleil brillant qui semble si chaud vu de l’intérieur.
10- Le beau gros soleil brillant qui n’est pas si chaud que ça vu de l’extérieur.
9- Les flaques d’eau sale de 3 mètres de large sur le bord des trottoirs.
8- Les chars qui ont l’air de faire exprès de passer dedans juste pour t’arroser.
7- Les jours beaux et chaud où on est emprisonnés à l’école ou au travail.
6- Les jours gris et pluvieux qui coïncident avec nos congés.
5- Le magasinage pour du linge neuf.
4- La boue qui nous grimpe jusqu’aux lacets de souliers.
3- Les taches mouillées qu’on fait sur nos fonds de culotte en s’assoyant sur du gazon qui nous semblait pourtant sec.
2- Le dernier rhume-surprise avec lequel on se réveille un beau matin.
1- La dernière tempête de neige qui vient tout gâcher après 3 semaines de temps beau et chaud.


ITEM2: Ca y est, la Fan Page de Mes Prétentions de Sagesse existe sur Facebook.
Elle est juste ici: https://www.facebook.com/MesPretentionsDeSagesse.

Ça faisait au moins 2 ans que Stéphanie essayait de me convaincre d’en faire une. J’ai fini par céder.  Faut dire qu’elle a eu un peu d’aide de Mélanie, du site Gâteaux Utopique Création. C’est que le commerce de Mélanie est devenu très populaire après que des images tirées de sa page de fan aient rendu viral son gâteau Walking Dead.


ITEM 3: Petit pétage de bretelles.
La raison de l’item précédent, c’est que pour la 4e fois depuis sa création en juillet dernier, mon billet 30 comportements qu’il faudrait cesser d’avoir sur Facebook est devenu viral.  D’habitude, je reçois en moyenne 100 à 15o visites par jour.  Lors de la première viralité à travers le Québec ce même juillet 2012, c’est monté à 21 860.  Lors de la seconde en janvier 2013 grâce à une radio belge, ça a atteint environs 30 000 pendant quelques jours. Vers la fin mars j’avais en moyenne 20 000 visites de la France. Mais là, grâce à la page Facebook de Hoaxbuster ainsi que celle de Hoax.net, je suis devenu fucking viral à grande échelle.  On parle de plus de cent mille visites pour la meilleure journée.

Des liens vers mon blog mis à des centaines d’endroits.

Des visiteurs de partout à travers le monde.
Bon, Ok, surtout des pays francophones.


ITEM 4: Ce mois-ci marque le 4e anniversaire de ce blog.
À l’origine, son titre était Le Sélectif, qui était également mon alias. C’était l’époque où MSN, voulant rivaliser avec MySpace qui était à ce moment-là la plus grande plateforme bloguesque, offrait de l’espace web gratuit. J’étais associé à un site de rencontre dont je tairai le nom pour plusieurs raisons. La première, parce qu’on s’est séparés en mauvais termes. Ils voulaient que je leur fasse 25 caricatures chibi (une valeur de 375$) contre un abonnement d’un an VIP sur leur site (une valeur de 87$, mais en réalité un cout réel pour eux de 0.00$). J’ai refusé.  Je me suis fait flusher de notre association.  Donc, 2e raison pour ne pas les nommer: Ne pas leur faire de pub.

Un an et demi plus tard, MSN abandonnait leurs espaces blog, ce qui fait que j’ai été transféré sur WordPress.  Et puisqu’il fallait de rechoisir une adresse et un nom, leselectif.spaces.live.com est devenu steverequin.wordpress.com, Le Sélectif est redevenu Steve Requin, et Bienvenue chez Le Sélectif est devenu Mes Prétentions de Sagesse.

…et pour une raison que je ne comprends pas, je tombe toujours en panne d’inspiration à l’automne et je n’y écris presque jamais rien. C’est quand même bizarre.

Se faire connaître pour les mauvaises raisons.

Dans le billet précédent, je raconte comment j’ai décidé de rester anonyme plutôt que de saisir l’opportunité de me faire connaître à travers le monde, parce que cette opportunité me demandait de commettre un geste négatif, soit noyer la torche olympique des jeux de 2010 en la lançant en bas d’un pont, et que ce n’est pas pour ce genre de chose que je veux être connu.

À l’inverse, il y en a d’autres qui cherchent tellement à se faire connaître, ils considèrent que tous les moyens sont bons pour y parvenir. L’exemple le plus flagrant de ce genre de personne est sans nul doute celui que nos cousins Européens ont surnommé Le Dépeceur Canadien:  Luka Rocco Magnotta.

En survolant sa biographie, on voit que dès le début de sa vie adulte, il croit qu’il peut devenir riche et célèbre avec un minimum d’efforts, en n’utilisant rien d’autre pour avancer que son look, son charme et sa personnalité. Magnotta se considère supérieur à la masse populaire. Ce n’est pas le genre de personne qui se voit travailler physiquement et/ou occuper un boulot simple, banal et anonyme. En fait, son comportement porte à penser que, consciemment ou non, il a la conviction que l’attention et l’amour de tous sont dus. Les gestes qu’il posera plus tard ne serviront qu’à attirer l’attention sur lui. C’est une façon d’interpeler les autres, une façon de dire « Hey! Je suis ici! Bon, maintenant que vous m’avez trouvé, oubliez la raison qui vous a fait découvrir que j’existe, et commencez à admirer ma personne, tel que vous êtes supposés le faire. »

Selon sa page Wikipedia, ses gestes provoquant l’attention se sont déroulés de la façon typique des gens en manque de reconnaissance, c’est-à-dire en passant par ces sept étapes :

ÉTAPE 1, l’attente légitime : Il s’attend à être légitimement admiré. Alors il agit de façon passive, en se faisant voir, tout simplement, en attendant d’être découvert et qu’on lui offre le monde. Il cherche à se faire trouver beau, se faire trouver intéressant. Dans son cas :
– A subi quelques chirurgies esthétiques afin d’augmenter sa ressemblance avec James Dean.
– Maquillage, photos, poses de mannequin.
– Changer son nom, de Eric Newman à Luka Rocco Magnotta.
… Mais ça n’a que peu marché.  Donc:

ÉTAPE 2, la séduction d’un petit groupe : Voyant que la façon passive ne fonctionne pas, il commence à se faire voir le plus qu’il peut, et ce dans des situations où il apparait comme étant séduisant. Dans son cas :
– Est devenu danseur nu pour club gai.
– A posé pour Fab, un magazine gai de Toronto.
– Est devenu escorte mâle.
– Est devenu acteur de film porno gai. (D’où, probablement, le Rocco de son nom, en référence à Rocco Siffredi)
… Mais ça n’a que peu marché.  Donc:

ÉTAPE 3, tenter la séduction d’un large public : L’étape précédente lui ayant rapporté quelques échantillons de l’admiration qu’il réclame, il en veut encore plus. Il tente alors de se faire voir par un plus large public. Dans son cas :
– A auditionné pour le show réalité COVERguy.
– A auditionné pour le show Plastic Makes Perfect.
… Mais ça n’a pas marché.  Donc:

ÉTAPE 4, se créer une fausse popularité : Voyant que l’étape précédente a été un échec, il tente de créer lui-même de façon artificielle cette popularité qui, dans sa tête, lui est due et lui est injustement refusée. Dans son cas :
– A créé 70 comptes Facebook sous de faux noms, comptes où il se faisait passer pour des admirateurs de Magnotta, parlant en bien de lui-même, se faisant de la pub partout où il le pouvait.
– A créé 20 pages web, sous différentes identités, dans le même but.
… Mais ça n’a pas marché.  Donc:

ÉTAPE 5, passer de vouloir être admiré à vouloir faire pitié : Rendu à cette étape, l’espoir a fait place au désespoir. Obligé de constater son incapacité à obtenir l’admiration, il change de stratégie : Puisqu’on ne lui permet pas d’avoir exposition, gloire et fortune par admiration, il va tenter d’avoir exposition, gloire et fortune par pitié, en se faisant passer pour une pauvre petite victime injustement harcelée qui réussirait dans la vie si seulement les gens cessaient de lui mettre des bâtons dans les roues. Dans son cas :
– En utilisant ses pages web et faux comptes Facebook, il a répandu une fausse rumeur comme quoi il aurait fréquenté Karla Homolka peu après sa sortie de prison.
– Ensuite, utilisant cette rumeur fabriquée lui-même, il sollicita une entrevue au Toronto Sun et à la radio afin de la démentir.
– S’est plaint mensongèrement d’avoir perdu des contrats de modélismes et d’avoir reçu des menaces de mort à cause de ces fausses rumeurs.
– Bref, il utilise les médias pour attirer l’attention sur le fait qu’il est un mannequin à la recherche d’une place sous les spots.
… Mais ça n’a pas marché.  Donc:

ÉTAPE 6, se faire connaître coûte que coûte : Rendu à cette étape, le désespoir a fait place à la frustration. Il n’arrive pas à se faire connaître en se faisant aimer? Il n’arrive pas à se faire connaître en se faisant pitié? Alors il se fera connaître en se faisant haïr. Il se justifie en se disant que ce n’est pas de sa faute. Il a tout fait pour se faire aimer, c’était aux autres de lui donner ce qu’il demandait. Il se lave donc les mains des gestes aberrants qu’il se croit obligé de poser. Dans son cas :
– Il se filme en train de suffoquer des chatons à l’aide d’un aspirateur.
– Il se filme en train de donner un chaton vivant à manger à un boa.
– Il met les vidéos sur son propre compte YouTube, et poste les liens sur divers forums, toujours sous de fausses identités, histoire de ne pas avoir l’air de se faire de la pub lui-même.
… Mais ça n’a que peu marché.  Donc:

ÉTAPE 7, exprimer son FUCK THE WORLD final : Rendu à cette étape, la frustration a fait place à la haine. Puisqu’il est plus facile de déplaire aux gens que de leur plaire, ses vidéos de chats tués lui ont apporté plus d’attention que toutes ses tentatives d’expositions précédentes. Hélas, ça ne reste qu’un échantillon, comparé à la notoriété qu’il désire tant avoir. Victime de son Ego démesuré, il se dit que puisqu’on l’empêche de devenir la personne la plus aimée au monde, alors il deviendra la personne la plus détestée. Si c’est ça que ça prend pour avoir enfin l’attention médiatique mondiale qui, dans sa tête, lui revient de droit, alors ainsi soit-il. Dans son cas :
– A torturé, tué, démembré et violé, dans cet ordre, un étudiant chinois nommé Lín Jùn, avant de se livrer à des actes de cannibalisme sur son cadavre.
– S’est filmé pendant son meurtre.
– A posté le vidéo sur le net.
– A envoyé par le poste différentes partie du corps de sa victime : À une école, au Parti Conservateur du Canada et au Parti Libéral.
… Et ÇA, ça a marché.

Après s’être arrangé pour devenir la personne la plus recherchée au pays, il a trouvé une façon à la mesure de son Ego pour s’assurer de ne jamais se faire prendre: Déménager à l’autre bout de la planète. Mais voilà, l’orgueil mal placé perd toujours son homme: Il s’est fait prendre dans un café internet à Berlin alors qu’il googlait à son propre sujet.

Faire le parallèle avec les gens qui nous entourent.
Dans la vie de tous les jours, on retrouve chez beaucoup de gens le même genre de côté narcissique que possède Magnotta. Et bien que ça prend une personnalité psychopathe pour en arriver à de tels extrêmes, n’empêche qu’en les regardant agir, on constate qu’il leur arrive parfois de passer à travers les sept étapes décrites ici. À degré moindre, j’ai vu ça chez certaines personnes ressentant un amour non-sollicité par l’autre parti. J’ai également vu (et subi) ça de la part de wannabe-artistes qui n’avaient ni le talent ni la patience de travailler pour se développer le talent en question. Ces gens sont d’abord et avant tout en amour avec eux-mêmes, et ils prennent très mal que les autres ne partagent pas cette admiration qu’ils croient légitime. Alors dès qu’on a la chance de les repérer, il faut couper les ponts avec eux sans hésiter.

Parce que pour les gens égocentriques et narcissiques, les autres ne sont pas des gens. Ils ne sont que des objets à utiliser, à exploiter, mais surtout à parasiter afin d’en vivre.

Se faire connaitre pour les bonnes raisons

Sans pour autant le crier sur tous les toits, je n’ai jamais caché le fait que depuis ma plus tendre enfance, j’ai l’ambition de devenir une personnalité publique.  Je vais laisser les psychologues débattre au sujet de ma supposée enfance malheureuse et des carences psychologiques qui ont fait de moi un pauvre malheureux dépendant affectif en quête d’attention et d’approbation afin de compenser les complexes causés par la taille de son pénis, et passer au sujet principal de cet article.

Il y a plusieurs façons d’attirer l’attention:

  • La façon accidentelle, qui est due au hasard. Genre, tu as été mêlé(e) à quelque chose de gros hors de ton contrôle.
  • La façon légitime, par ton talent, ton intelligence, ton humour.
  • Et puis, pour ceux qui veulent à tout prix se faire remarquer, il y a la façon facile: Dire et faire n’importe quoi, pourvu que ça choque le plus grand nombre de personne possible.  Et la raison pourquoi c’est la façon facile, c’est tout simplement parce que déplaire a toujours été plus facile que plaire.

11 décembre 2009, St-Lin Laurentides, 9 :00 am.  En compagnie d’une douzaine d’autres, je suis dans le bus aux couleurs des XXIes Jeux olympiques d’hiver, sponsorisé par la RBC et Coca-Cola. Nous faisons partie des douze mille coureurs qui vont se relayer la flamme à travers le Canada, avant que celle-ci arrive à Vancouver le 12 février suivant pour marquer le début des jeux olympiques d’hiver de 2010.

Quelques mois plus tôt, j’avais répondu à une publicité de la RBC dans laquelle ils recherchaient des volontaires pour faire partie du relai de la flamme.  Le questionnaire demandait la raison pour laquelle nous tenions à participer, et en quoi nous pouvions être un exemple pour la communauté.  J’ai répondu que, jusqu’à l’âge de 39 ans deux ans plus tôt, j’avais toujours été un sédentaire qui se souciait peu de sa santé, et que je me suis finalement pris en main à l’âge de 40 ans.  Courir en portant le flambeau olympique deux ans plus tard démontrerait qu’il n’est jamais trop tard pour commencer à prendre soin de soi et de s’améliorer.

Puisque l’on pouvait choisir notre date de participation, j’ai demandé le 11 décembre. À ce moment-là, la flamme passera à St-Lin Laurentides.  C’est loin de Montréal mais tout de même accessible.  J’ai choisi cette date en l’honneur de Karine, alors ma conjointe.  D’abord parce que c’est sa date d’anniversaire, mais aussi parce que cette année-là ça faisait 10 ans que nous étions ensemble.  C’était ma façon de célébrer cet événement, tout en lui montrant que j’étais toujours aussi amoureux d’elle.  Ou, comme disent les anglos, that I was still carrying the torch for her.

Ma candidature a été approuvée.  J’ai passé les semaines suivantes à m’entrainer. Un mois avant la course, je prends des pics de moi, histoire de me vanter sur Facebook de mon nouveau physique d’athlète.

Et deux semaines avant la course je recevais par la poste le colis tant attendu: Mon kit de coureur:

Maintenant, dans le bus avec les autres candidats qui se relayeront la flamme à travers St-Lin, je me fais accoster par le coureur qui va me précéder. Il me suggère que, au moment où il va me passer le flambeau, nous fassions une petite danse synchronisée avant de mettre nos torches en contact.  Je refuse!  D’abord, je ne vaux rien en danse, encore moins synchronisée. Mais surtout, cet événement signifie beaucoup pour moi et pour mon couple, alors je prends cette cérémonie au sérieux.  J’ai beau vouloir me faire remarquer, ce n’est pas une raison pour le faire de façon ridicule.

Le bus me débarque au coin où je dois attendre mon prédécesseur.  Mes parents viennent me rejoindre.  Karine est quelque part, hors de vue, à prendre des photos et à filmer.  Une… euh… Sainte-Linotte (comment appelle-t-on les résidents de St-Lin?) vient me voir et demande si elle peut se faire prendre en photo avec moi. J’accepte avec joie.  Malgré le venteux -20°C qu’il fait en ce moment, c’est je genre de chose qui fait chaud au coeur.

Peu après, un officiel vient ouvrir la réserve de gaz dans le manche de ma torche.  Le coureur arrive.  Il me demande une dernière fois si j’ai pensé à une chorégraphie.  Je réponds que non.  Nos torches se touchent, la mienne s’enflamme,  je me retourne, je salue au hasard puisque je ne sais pas où est Karine, et c’est parti pour mon segment de trois-cent mètres de course en portant fièrement le flambeau olympique. Deux hommes courent avec moi.  Ce sont des agents de la GRC, et des marathoniens d’expérience.  Ces dernières années, trop souvent des passants en mal de publicité ont tenté d’éteindre la flamme. Leur travail est de la protéger.

Tandis que je cours, je constate que mon segment passe par dessus un pont qui enjambe une petite rivière.  Tout marathoniens qu’ils sont, il suffirait que je bifurque brusquement et lance ma torche dans l’eau, jamais ils n’auraient le temps de m’en empêcher. En quelques minutes, une partie de la vingtaine de gens qui me filment mettraient leurs vidéos sur Facebook et YouTube. En une heure, les images de mon geste auraient fait plusieurs fois le tour de la planète. Le lendemain, les journaux de presque tous les pays du monde en parleraient, certaine d’entre eux en couverture.  Tout le monde connaitrait mon nom.  Tout le monde saurait qui je suis.  Mon visage cesserait d’être anonyme.  Enfin, le rêve de ma vie serait réalisé.  Je deviendrais une personnalité publique, et ce à l’échelle planétaire.

Mais voilà; je suis un auteur, un illustrateur, un blogueur, un scénariste, un bédéiste. C’est dans ces domaines-là que je veux me faire connaître.  Et si j’ai à me faire connaître, je veux que ce soit pour des raisons positives. Pour mon talent.  Pour mon humour. Pour mon imagination. Si je balance la torche à la flotte, aux yeux du monde, je ne serai rien de tout ça.  Je ne serai rien rien d’autre que celui qui a balancé la torche à la flotte.  

C’est sûr, ce geste pourrait me valoir un bon million de fans à travers le monde.  Mais quel genre de fans, au juste? Des anarchistes?  Des haters de tout ce qui est événement populaire? Des maigres/gros/faibles qui ont toujours été nuls en sports à l’école et qui regardent avec haine tout ce qui est compétition physique?  Est-ce que je veux vraiment devenir une icône pour ces gens-là?  Est-ce que je suis d’accord pour représenter tout ce que je ne suis pas, juste parce que, en ce moment, pour la seule et unique fois de ma vie, je tiens littéralement dans ma main le moyen le plus rapide et le plus efficace de me faire connaître partout à travers le monde?

La réponse est non!  Je préfère bien faire et rester anonyme que d’être connu pour avoir mal fait.

Voilà pourquoi, même si l’idée m’est venue en tête tandis que je courais sur le pont, jamais la tentation de le faire ne m’a le moindrement effleuré. J’ai poursuivi ma course et, au bout de mes trois cent mètres, j’ai utilisé ma torche pour allumer celle de mon successeur, et j’ai fièrement assisté à la poursuite de son chemin.

Le destin m’a offert une opportunité unique de sortir de l’anonymat, et c’est sans regret que je l’ai déclinée.  Je n’aurai jamais un million de gens qui m’admirent pour avoir ruiné le relai du flambeau olympique.  Par contre, ce que j’ai eu, c’est une dizaine de personnes qui ont été fières de moi pour avoir contribué à sa bonne marche.  Non la moindre était Karine, celle pour qui je l’ai fait.

Et ça, avoir la reconnaissance et l’approbation de gens proches, des gens qui comptent vraiment pour nous, ça vaut toutes les gloires publiques qui ne sont toujours, de toutes façons, que bien éphémères.

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