Les Pompes Funestes, une tragicomédie.  13e Partie.

Aujourd’hui, il y a eu de l’action sur deux fronts. Pour faciliter la lecture, on va y aller un sujet à la fois.

SUJET 1: Lecture du testament et remise des derniers documents requis pour la succession.

Le 24 mars, j’ai reçu ceci :

Aujourd’hui, lundi le 30 mars. Je passe au bureau de la notaire, en compagnie de ma mère.

Il n’y a pas eu de lecture au sens propre. Ça s’est limité à ceci :

NOTAIRE : Votre mari vous a nommé exécutrice testamentaire.
MA MÈRE : Oui mais je veux que ce soit mon fils qui s’en occupe.
NOTAIRE : On pourrait transférer la fonction d’exécuteur à votre fils, mais il y aurait des frais.

Ah bon ? Pourtant, le testament dit bien que si ma mère refuse, ou en est incapable, c’est moi le second en liste. Elle vient de refuser. Alors en quoi doit-il y avoir des frais alors que l’on ne fait que se prévaloir d’une clause qui est déjà dans le testament ? Il se trouve que poser la question serait inutile car…

NOTAIRE : Mais ça ne servirait à rien puisque vous n’avez pas de maison, ni de véhicule, et vos autres possessions ont été vendues lorsque vous êtes allé en résidence pour personnes âgées. Il n’y a pas non plus de dette à régler. Il n’y a donc aucun besoin d’avoir un exécuteur pour ce testament.

Décidément, depuis le début, à part quand vient le temps de payer, je n’arrête pas d’être inutile.

NOTAIRE : La succession consiste seulement à ouvrir un compte de succession à la Caisse Desjardins de Beloeil pour transférer l’argent de votre mari dans votre compte. Pour ça, il vous faut les certificats qui prouvent qu’une recherche testamentaire a été faite auprès du Barreau du Québec et de la Chambre des Notaires du Québec. Et ces documents, je les ai ici, et je vous les donne.

À 901 $ pour le processus, je n’appelle pas ça donner. Mais bon ! L’Important, c’est que je les ai enfin en ma possession. Armés de ces documents, ma mère et moi traversons le pont qui enjambe la rivière Richelieu, partant de St-Hilaire pour aller à la Caisse Desjardins de Beloeil. Là, on me demande :

  • La déclaration de décès de mon père. Je l’ai.
  • Ma déclaration de naissance, pour prouver que je suis bien le fils de mon père. Je l’ai.
  • Le certificat de mariage de mes parents. Je l’ai.
  • Le testament. Je l’ai.
  • Une attestation de notaire, prouvant que fut effectuée une recherche testamentaire auprès de la Chambre des Notaires, ainsi que du Barreau du Québec. Je viens tout juste de les recevoir.

Je leur remet le tout. Pour me faire dire que…

CAISSIÈRE : Désolé !  Le testament de votre père est invalide.

… Tu me fucking niaises !?

MOI : HEIN ? Comment ça, invalide ?
CAISSIÈRE : Regardez au bas de cette page, il manque une partie du texte. Ce document est incomplet.

Effectivement

Je prends immédiatement mon téléphone et j’appelle au bureau de la notaire que j’ai quitté il y a vingt minutes.

« Bonjour et bienvenue au bureau du notaire Handfield. Pour le service en anglais faites-le 1. Si vous connaissez, le numéro du poste à rejoindre, faites-le maintenant. Pour connaître nos heures de bureau, faites le 3. Pour la liste de nos employés, partenaires et associés, faites le 4. Pour toute question en rapport a… »

Je raccroche ! La première fois que j’ai appelé pour obtenir un rendez-vous, ça a d’abord été douze jours d’attente avant de recevoir un retour d’appel. Ensuite ce fut dix jours pour un rendez-vous téléphonique. Ensuite un mois et demi pour un rendez-vous en personne, celui d’où je reviens. Ben là, fuck le protocole ! Je saute dans mon auto et je retourne immédiatement et sans m’annoncer au bureau de la notaire. Pas question que je repasse à travers deux autres mois d’attente à cause qu’il y a vingt-cinq ans, le notaire de mon père n’a pas été fichu d’utiliser sa photocopieuse correctement.

J’entre et me rend directement à la réceptionniste à qui j’explique le problème du testament invalide. Elle va retransmettre la chose à ma notaire. Vous vous souvenez, il y a deux semaines, lorsqu’il a fallu que je lui fournisse un scan de mon exemplaire du testament parce que celui-ci n’avait pas encore été numérisé par ses assistantes ? Eh bien là, il l’est ! Elle m’en imprime une copie toute fraiche, qu’elle signe. Je repars tout de go à Beloeil, direction la Caisse Desjardins.

Alors cette fois, ça y est ? On peut ouvrir un compte de succession ? Eh non ! Là, c’est l’étape du rendez-vous téléphonique. Qui, heureusement, sera à 15h00 le jour-même.

15h00. Le téléphone sonne. Je met en mode haut-parleur pour que ma mère puisse entendre et intervenir. L’employée lui demande si mon père avait des dettes, une auto, une maison, des biens à liquider. Ma mère a répondu non, non, non et non à ces quatre question auquelles elle aurait aussi bien pu répondre lorsque nous y étions ce matin.

L’EMPLOYÉE : Très bien. Alors nous allons vous rappeler pour vous fixer un rendez-vous avec un conseiller de votre succursale de la Caisse Desjardins de Beloeil.

Encore des délais ? À ce point-ci, je ne roule même plus des yeux, tellement je commence à être habitué à attendre. Et c’est parti pour encore quelques semaines de patience.

Or, avec mon karma, même lorsqu’il s’agit de choses négatives, le destin ne cesse de me contredire. Par conséquent, ce ne sera que dix minutes plus tard qu’on me rappelera de nouveau, pour fixer le rendez-vous au 8 avril. Une date qui a déjà une certaine signification, comme vous le verrez avec le…

SUJET 2, la procuration pour pouvoir m’occuper des affaires de ma mère.

Rappelez-vous un truc que je vous disais quelques chapitres plus tôt. Pour obtenir une procuration, je dois d’abord faire évaluer l’état cognitif de ma mère. L’infirmière qui s’occupe de ma mère à la résidence m’avait dit que pour obtenir l’évaluation, je dois demander un affidavit à ma notaire. Et ma notaire m’a dit qu’elle a besoin d’avoir l’évaluation avant de pouvoir produire un affidavit. Je les ai mis en contact en leur envoyant un courriel à toute les deux, dans lequel je m’adresse aux deux à la fois à ce sujet.

Lors de mon rendez-vous de ce matin avec la notaire, elle m’a dit qu’elles en sont arrivées à la conclusion que la seule personne qui est qualifiée pour faire une évaluation cognitive de ma mère, c’est son médecin de famille.

Je sais de qui il s’agit, et les documents de ma mère le confirment. C’est le Dr Morvan, dont la clinique est située à Varennes. Et Varennes, ce n’est qu’un petit détour en route vers Longueuil, où réside ma mère. Aussi, lorsqu’on a fini par donner tous les documents requis à la Caisse Desjardins, on est partis vers la clinique du Dr Morvan.

Une fois arrivés, je reconnais la place. Effectivement, j’ai déjà accompagné mes parents ici par le passé. Je dis à ma mère d’attendre dans l’auto, le temps de vérifier si son docteur pratique toujours ici. Son nom est encore sur la porte. On y va donc, rassuré que cette fois, on n’aura pas de mauvaises surprises..

Ma mère s’assoit dans la salle d’attente. Je vais au comptoir expliquer ce que l’on vient faire. On me demande la date de naissance de ma mère. Je la donne.

RÉCEPTIONNISTE : Madame Louise B ?
MOI : Exactement !
RÉCEPTIONNISTE : Oui, votre mère a un dossier ici. Mais voilà plusieurs années que le Dr Morvan ne s’occupe plus de votre mère.

.. Tu me fucking niaises !?

MOI : M-mais-mais comment ça ?
RÉCEPTIONNISTE : Je n’ai pas les détails du pourquoi. Mais ça dit ici que votre mère est maitenant suivie par le Dr Lévis, à sa clinique de la rue De l’Église, à Montréal.
MOI : Comment ça, à Montréal ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire de fous ?

Je regarde ma mère, qui ne comprend pas plus que moi. Quoique dans son cas, ça peut être dû à son état neurologique. La réceptionniste me donne tous les détails de son nouveau médecin de famille, nom, adresse et téléphone. Je prends le tout, et on repars. Je la ramène à sa résidence.

Tel que décrit dans un chapitre précédent, lorsque ma mère habitait au rez-de-chaussée de sa résidence, elle avait la mauvaise habitude de tenter de s’évader pendant la nuit. Elle a donc été déménagée au 3e étage, unité surveillée 24h, il y a trois semaines.

Sa porte de chambre est verrouillée. J’utilise sa clé. La clé ne fonctionne pas. J’en parle à l’infirmier chef. Il l’essaye. Rien à faire. Il a fallu aller chercher le concierge, pour qu’il puisse l’ouvrir avec sa master key.

Il semblerait que ma mère n’a jamais reçu la clé de sa nouvelle chambre. Et il a fallu que ce soit moi qui le leur fasse constater, au bout de 21 jours.

Incroyable !

Nous voilà dans sa chambre. Il nous reste une heure avant de recevoir l’appel de la Caisse Desjardins. En attendant, sur mon téléphone, je fais mes recherches au sujet de son nouveau médecin de famille. Je trouve sa clinique. Il faut prendre rendez-vous en ligne. Aussi bien le faire maintenant pour gagner du temps. J’entre le nom de ma mère, son adresse, son numéro de carte de la RAMQ. Puis je clique sur SUIVANT. Et ça me donne ce message d’erreur.

Une situation a régulariser auprès de la RAMQ ? Ceci me rappelle qu’en effet, à l’hôpital la semaine dernière, on m’a dit que la carte de ma mère était expirée. Et effectivement…

Et encore une nouvelle contrariété à ajouter dans la liste déjà dantesque de problèmes et d’obstacles.

Je me rend sur la page de la RAMQ. Je remplis la demande de renouvellement de la carte. Il ne me reste plus qu’a cliquer sur SUIVANT et voir dans combien de temps elle recevra sa nouvelle carte.

Euh… Quoi !?

Le formulaire que je viens de remplir, c’est pour recevoir le formulaire par la poste ? Il n’y a donc pas moyen de remplacer la carte en ligne ? Il faut absolument que ce soit le formulaire en papier ? Et c’est celui-ci que ma mère va recevoir dans dix jours ouvrables. Donc dans deux semaines ? Et il faudra probablement compter deux autres semaines pour recevoir la carte ? Donc dans quatre semaines !? Je dois donc attendre encore un mois avant de pouvoir prendre rendez-vous avec son nouveau médecin ? Rendez-vous qui prendra probablement entre trois et six semaines avant d’arriver ? Et puisque ce rendez-vous sera pour savoir ce que l’on veut, au juste, ça va prendre un second rendez-vous ? Ce qui fait que l’évaluation ne se fera pas avant juin ou juillet ? Alors que mon père est décédé le 9 janvier ? ALORS QUE, TEL QUE VU DANS UN CHAPITRE PRÉCÉDENT, RETRAITE QUÉBEC ME DONNE JUSQU’AU 8 AVRIL POUR LEUR FOURNIR L’ÉVALUATION, SI ELLE VEUT RECEVOIR SA PENSION DE VEUVE ?

Incroyable !

Vous savez quoi ? Je pense que je vais tout simplement faire passer ma mère comme étant saine d’esprit auprès de Retraite Québec, et renoncer à me la procurer, cette procuration. En autant qu’elle reçoive sa pension de veuve et que la succession puisse se régler, pour que ma mère puisse recevoir l’argent de mon père, c’est ça qui est important.

Encore faut-il que la succession se règle vraiment lors du rendez-vous avec la Caisse Desjardins, ce même 8 avril, dans dix jours.

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À SUBIR

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 12e partie.

Mercredi le 18 mars.
Tel qu’expliqué dans le chapitre 10, je reçois un appel de l’hôpital Pierre-Boucher pour me dire que ma mère a un rendez-vous pour une résonnance magnétique mardi le 24 mars à 14h30. Je vais me charger de l’y amener.

Jeudi le 19 mars.
Toujours dans le chapitre 10, ma mère a été envoyée à l’hôpital Pierre-Boucher pour cause d’infection urinaire. Infection qui l’affectait cognitivement au point où elle s’imaginait en conversation téléphonique, en utilisant un verre de styrofoam en guise de cellulaire.

Hier, lundi le 23 mars.
Je reçois un appel de l’hôpital Pierre-Boucher pour me dire que ma mère a obtenu son congé, et qu’elle est retournée en résidence. N’empêche que je dois quand même l’y amener demain pour sa résonnance magnétique.

Aujourd’hui, mardi le 24 mars.
Je me rend à la résidence où ma mère habite. Devant sa chambre, je me bute à une porte verrouillée. Un employé me voit.

LUI : Vous cherchez quelqu’un ?
MOI : Ma mère, Mme Louise B.
LUI : Ça fait une semaine qu’elle est à l’hôpital Pierre-Boucher. On ne vous a pas prévenu ?
MOI : QUOI ? L’hôpital m’a appelé hier pour me dire qu’elle avait reçu son congé, et qu’elle avait été ramené ici par transport adapté.
LUI : Ah ? Ben, non ! Je le saurais, c’est moi l’infirmier-chef de tout l’étage.
MOI : Mais… Pourquoi est-ce qu’ils m’ont appelé hier pour me dire qu’elle était revenue ?
LUI : Ben, vous savez, il arrive des fois qu’un médecin dise que c’est beau, un patient peut partir. Mais que le médecin chef l’examine ensuite et dise non, la personne reste 24h de plus. Je suppose que la secrétaire qui a été avisée de son départ ne l’a pas été de son prolongement de séjour.

Bon ! Prennons la chose du bon côté. Elle sera déjà sur place pour sa résonnance magnétique. Puisque je sais par expérience que les départements d’un centre hospitalier ne se parlent pas entre eux, je vais y aller afin de m’assurer qu’on la transfèrera en temps et lieu de son rendez-vous. Parce que ce serait trop bête qu’elle rate son rendez-vous à l’hôpital Pierre-Boucher à cause qu’elle est déjà à l’hôpital Pierre-Boucher.

Vingt minutes de route vers l’hôpital Pierre-Boucher. Je me stationne. J’entre. Je me dirige au comptoir. Je donne le nom de ma mère.

ELLE : Ça dit ici que Madame a reçu son congé.
MOI : Je sais ! On m’a appelé hier pour me le dire. Je suis allé à sa résidence. Et eux m’ont dit qu’elle était encore ici.
ELLE : Bon ! Ben, je vois ici que sa chambre était au 8e étage, chambre 814.

Je prends l’ascenseur. Je monte au 8e étage, chambre 814. Elle est vide. Une infirmière me demande :

ELLE : Vous cherchez quelqu’un ?
MOI : Ma mère, Mme Louise B.
ELLE : Et vous êtes ?
MOI : Stéphane Lussier Johnson.
ELLE : Non, mais en rapport à elle.

Je viens de te dire que c’était ma mère. Alors je suis quoi, en rapport à elle, d’après toi ? Son arrière-grand-oncle ?

MOI : Son fils !
ELLE : D’accord ! Un instant, je vais vérifier.

Elle vérifie et ne trouve pas. Elle demande à l’infirmière chef. Celle-ci vient me parler.

ELLE : Votre mère a reçu son congé.
MOI : Non ! J’arrive de sa résidence. Ils m’ont dit qu’elle était encore ici.
ELLE : Ça fait vingt minutes que le transport adapté est venu la chercher, pour la ramener chez elle.

Tu me fucking niaises ? Ma mère était là pendant une semaine. Vous m’avez appelé pour me dire qu’elle était retournée la sa résidence, alors que vous l’avez gardé sans m’en avertir. Ce qui fait que je suis allé la chercher à la résidence pour rien. Et , pendant les vingt minutes que j’ai mis à venir ici, ce sont exactement ces mêmes vingt minutes que vous avez choisi pour vous décider de la renoyer à sa résidence ? Alors qu’elle a rendez-vous ici dans deux heures ?

Incroyable !

Vingt minutes de route vers la résidence. J’y retrouve ma mère devant son plat préféré, un hot chicken. Je regarde ça, à moitié découragé, en espérant que son test de résonnance magnétique ne demandait pas qu’elle soit à-jeun.

Ma mère est très heureuse de me voir. Elle est lucide. Bon, avec un discours un peu incohérent, mais pas plus que ces dernières semaines. Après son repas, je la ramène dans sa chambre. Je lui met son manteau pour la ramener à l’hôpital Pierre-Boucher. J’ouvre son portefeuille pour y prendre sa carte de l’hôpital Pierre-Boucher et sa carte de la RAMQ (assurance maladie.) … Pour constater qu’aucune de ces deux cartes n’y sont. Est-ce que l’hôpital les a rendues ? Est-ce que c’est le personnel des la résidence qui les a ?

Je vais voir l’infirmière, qui essaye ensuite de rejoindre l’infirmier-chef. Ce dernier vient de partir pour diner. On l’attrappe in extremis, alors qu’il s’apprêtait à quitter la résidence. Il avait encore les cartes de ma mère dans ses poches.

Vingt minutes de route vers l’hôpital Pierre-Boucher. Je me stationne. On entre. On se dirige au comptoir. Je donne le nom de ma mère à la réceptionniste.

ELLE : Résonnance magnétique, 1er étage.

On prend l’ascenseur. On arrive. Au comptoir, je donne à la réceptionniste sa carte de l’hôpital Pierre-Boucher et sa carte de la RAMQ. Elle les regarde.

ELLE : Je ne peux pas prendre sa carte de la RAMQ. Elle est expirée depuis janvier. Il va falloir que vous la fassiez renouveler auprès de la RAMQ et que vous nous rappelez ensuite pour prendre un autre rendez-vous.

Tu me fucking niaises ?

MOI : Mais voyons donc !? Ma mère vient de passer cinq jours ici. Il y a une heure, elle était encore dans sa chambre, au 8e étage. Je veux bien croire que sa carte est expirée. Mais ça ne les a pas empêché de la traiter.
ELLE : Un instant, je vais vérifier quelque chose.

Elle fait un appel. Après quelques minutes, elle me revient.

ELLE : Ok, vous allez vous rendre au rez-de-chaussée, au comptoir des cartes d’hôpital. Vous aller leur expliquez votre situation. Eux, ils vont vous remettre un papier rose. Vous allez me le ramener. Je vais avoir besoin de ça pour inscrire votre mère. Sinon, il faudra payer les frais de l’examen.

Je dis à ma mère de rester dans la salle d’attente. Je descends au rez-de-chaussée. Je le parcours. Je trouve le comptoir des cartes d’hôpital. J’explique la situation au gars au comptoir.

LUI : Alors il va falloir que vous alliez sur https://www.ramq.gouv.qc.ca/fr. De là, vous pourrez faire renouveler sa carte, ce qui dev-…
MOI : NON ! La réceptionniste au 1er étage m’a dit que je dois venir ici, demander un papier rose.
LUI : Ah ? Un instant, je vais vérifier quelque chose.

Il prend la carte de RAMQ de ma mère. Il en scanne le code-barres. Il regarde son écran d’ordi. Il imprime un papier, qu’il me donne. Sur la feuille blanche, il est écrit l’équivalent de « Cette carte est valide. »

MOI : Euh… Et le papier rose qu’elle m’a demandé ?
LUI : Vous n’avez pas besoin du papier rose. Cette carte est valide.

Je ne comprend rien de rien à rien. Je me lève, reprends l’ascenseur et je remonte au 1er étage. J’amène le papier blanc à la réceptionniste.

MOI : Il m’a dit que je n’avais pas besoin du papier rose.

Elle regarde le papier. Elle reprend la carte de ma mère. Elle en scanne le code barres.

ELLE : Très bien. Vous pouvez y aller, première porte à gauche.

Euh… Dis moi que tu m’as fait descendre pour rien, sans me dire explicitememt que tu m’as fait descendre pour rien !? ALORS QUE TOUT CE QUE TU AVAIS À FAIRE, C’ÉTAIT DE SCANNER LA CARTE !?

Je regarde l’heure. Il est 14h22. C’est un miracle que tout ce niaisage de va-et-vient inutile ne nous a pas mis en retard.

Ma mére a eu sa résonnance magnétique. Elle a eu son congé. Elle a voulu un café et une pâtisserie. Nous sommes allé à la cafétéria au rez-de-chaussée. Tout était dans des machines distributrices. J’ai des cartes de guichet, des cartes de crédit et quelques billets de $10. Les machines ne prennent que de la monnaie. Et il n’y a pas de machine à changer les billets en monnaie.

Par contre, quand est venu le temps de payer le parking en sortant, alors là, pas de problèmes. Tu peux les payer comptant, par interac, crédit, chèque, virement bancaire, traveler’s checks, bitcoin et peau de castor.

Vingt minutes de route plus tard, j’avais ramené ma mère à sa résidence. Elle s’est couchée car tout ce voyagement l’a épuisée. Et encore, contrairement à moi, elle n’a pas fait résidence – hopital – residence – hopital – premier étage – rez-de-chaussée -premier étage – résidence. Dans son état de fablesse actuel, elle n’aurait pas survécu

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À SUIVRE

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 11e partie.

Tout d’abord, mon Mea Culpa pour un truc. Voici la facture de ma Notaire. Depuis le départ, je dis que la recherche testamentaire m’a coûté 901 $. En fait, ce qui coûte 901, c’est la procédure complète de succession. Avant taxes.

La recherche testamentaire, elle, n’est que de 30 $.

MAIS... Si on regarde bien un peu plus haut sur la facture, il y a cet autre frais en rapport à cette recherche.

Puisque la recherche testamentaire consiste à entrer le nom et la date de naissance de mon père dans l’ordinateur, alors c’est quoi, les « démarches pour l’obtention des recherches » ? Mettre son cul sur la chaise ? Démarrer l’ordinateur ? Quoi qu’il en soit, il semblerait que ces démarches alourdissent le travail, au point de coûter plus de quatre fois plus cher que la recherche elle-même, justifiant d’en monter la facture à un total de 160 $.

Mais attendez, ce n’est pas tout.

130 $ pour quatre copies du testament ? Ouch ! Je devrais leur fournir l’adresse de Copibec. Eux, il ne chargent que 5¢ par photocopie. De plus, je ne vois pas pourquoi ils me chargent pour le certificat de décès, puisque je le leur ai fourni moi-même. Il va falloir que je les interroge là-dessus. En attendant, ça monte la facture de recherche testamentaire à 290 $.

Cette facture de ma Notaire date d’il y a deux mois. Et aujourd’hui, ma notaire m’a écrit ceci.

Euh… Tu me fucking niaises ?

D’accord ! Puisqu’elle me le demande, je lui scanne ma copie du testament de mon père. Et, inclut avec ce document, je lui envoie également une copie de ma façon de penser.

Je peux sembler brusque dans mon message. N’empêche qu’en tant que client, je suis dans mon droit de demander des explications au sujet des services que je leur paie. Surtout lorsque je suis obligé de leur fournir moi-même, ce service pour lequel je les paie.

Moins de cinq secondes après avoir envoyé ma réponse, je reçois ceci :

Euh… !? J’ai droit à une réponse automatique ? Réponse qui me dit qu’elle lira mon courriel dans deux ou trois jours ? Et, puisque nous sommes un vendredi, et que le vendredi leurs bureaux ferment à 13h, donc dans 44 minutes, je ne dois pas m’attendre à une réponse aujourd’hui ? Et ils parlent ici de deux ou trois jours ouvrables ? Donc dans quatre ou cinq jours ? ALORS QUE JE N’AI PRIS QUE SIX MINUTES POUR LUI RÉPONDRE AFIN QUE LE TOUT SE DÉROULE LE PLUS VITE POSSIBLE ?

Ils se plaignent de devoir traiter un volume élevé de dossiers… Mais ils ne sont ouverts que quatre jours et demi par semaine.

Incroyable !

Et ceci, qui se rajoute à toutes les difficultés bureaucratiques auquel j’ai à faire face, telles que relatées dans cette série de billets, vous donne une idée d’à quel point sont mal servis les successeurs d’un parent décédé.

Même pour les services qu’ils paient.

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ÇA NE PRENDRA PROBABLEMENT PAS FIN DE SITÔT.

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 10e partie.

Lorsque j’ai commencé cette série, je m’attendais à une histoire en trois parties. Je croyais également qu’il ne s’agirait que de la succession de mon père. Il se trouve que l’état physique et cognitif de ma mère joue un rôle de plus en plus grand dans cette histoire.

Hier, jeudi 18 mars, j’ai reçu un appel de l’Hôpital Pierre-Boucher de Longueuil. Ma mère doit passer un scan. Une résonnance magnétique, au niveau du cerveau, afin de pouvoir diagnostiquer de son état cognitif. Je leur donne le numéro de la résidence où elle habite, pour qu’ils puissent s’arranger avec ça.

Dix minutes plus tard, l’Hôpital me rappelle. Puisque ma mère habite dans une résidence privée, ils ne prennent pas en charge l’accompagnement de leurs résidents en mileu hospitalier. Incroyable ! On les paye de deux à trois fois ce que ça coûterait si elle était dans le système public, et on a droit à moins de services.

J’ai donc pris rendez-vous pour elle. Et je passerai la prendre et l’amener à l’hôpital mardi le 24 mars. Et puisque ma mère est clautrophobe, et qu’elle a horreur des cat scans, je devrai rester avec elle pour la calmer. Même si je ne peux pas rester dans la pièce, je la connais assez pour savoir que ma présence derrière la porte sera suffisante pour la rassurer.

Ce matin, je reçois deux appels : la résidence, et Marcel. En combinant ce qu’ils m’ont dit, voici une reconstitution des dernières 24h.

Tout d’abord, tel que relaté dans un chapitre précédent, à sa résidence, elle a été transférée du rez-de-chaussée au 3e étage, là où la surveillance et les porte verrouillées allaient l’empêcher de s’enfuir dehors de nouveau.

Hier, Marcel est allé la visiter. Elle l’a reconnu. Elle lui a dit de ne pas faire de bruit parce que son frère Jean-René et moi, on était venu ici veiller sur elle. Et que nous dormions dans l’autre pièce.

Marcel a bien vu que je n’étais pas là. D’abord, elle habite dans une chambre. Il n’a pas de seconde pièce. Quant à Jean-René, eh bien, voilà quatre ans et demi qu’il n’est plus parmi nous.

Marcel a essayé d’avoir une conversation avec elle. Mais elle répondait vraiment n’importe quoi, un discours incohérent. Marcel est allé en parler à l’infirmière. Et voici ce qu’il a eu comme réponse :

« Ah, Madame Louise n’est pas en état de se déplacer pour souper, donc !? Très bien, nous allons la servir à sa chambre. »

… Euh… Ok !?

Devant son repas, ma mère ne se souvenait plus comment utiliser ses ustensiles. C’est Marcel qui l’a nourri, Mais après la soupe, elle a insisté comme quoi elle avait bien assez mangé. Il n’a pas poussé plus loin.

Elle tenait dans ses mains, un verre de styrofoam. Elle s’est excusée auprès de Marcel en disant qu’elle devrait prendre cet appel. Elle s’est couchée sur le lit et a utilisé le verre de styrofoam comme un téléphone. Et elle avait une conversation. Elle disait à son interlocutrice imaginaire à quel point elle était contente de lui reparler après toutes ces années, et comment elles avaient du fun toutes les deux lorsqu’elles allaient à l’école ensemble.

Jusque-là, elle souffrait de pertes de mémoires au sujet d’événements récents. Mais de un, elle en était consciente. Et de deux, elle pouvait avoir une conversation qui se tenait. Et à part pour son impression qu’il y avait des urnes funéraires dans son placard, elle n’avait encore jamais été dans un tel état de déconnexion avec la réalité.

Dans une tentative de la tirer doucement de son rêve éveillé, Marcel l’a appelé. Le téléphone mural de ma mère a sonné. Mais ça n’a eu aucun effet. Ma mère ne l’entendait pas. Elle était dans son monde, complètement isolé du nôtre.

Voyant qu’il n’y avait plus rien à faire, Marcel est parti. Il a expliqué la chose à l’infirmière, et il est rentré chez lui.

Pendant la nuit, ma mère est sortie de sa chambre sans sa marchette. Avec ses jambes afaiblies, elle est tombée dans le corridor.

Ce matin, l’infirmière des résidences m’a appelé. Elle m’a dit que ma mère avait été envoyée à l’Hôpital Pierre-Boucher car, en plus de sa chute, on lui soupçonne une infection urinaire. Et qu’elle était dans un état d’incohérence total. Elle ne comprennait rien de ce qu’on lui disait. Encore heureux que ma mère est d’un naturel docile, malgré sa tendance à protester sur tout.

Malgré tout, mardi le 24, je devrai quand même me déplacer car ce sera de deux choses l’une : Ou bien elle sera toujours à l’hôpital, et je devrai leur dire qu’elle y est déjà, car je doûte que les départements se parlent entre eux. Ou alors elle sera revenue en résidence, et je devrai l’amener à l’hôpital. Dans un cas comme dans l’autre, je dois y aller.

Dire que son état cognitif est resté stable pendant trois ans. Et depuis que mon père est mort, elle dégénère à vitesse folle. Et pendant ce temps-là, j’ai toutes les misères du monde à tenter d’obtenir un rapport sur son état de santé me permettant d’obtenir une procuration.

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À SUIVRE

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 9e partie.

Dans les deux chapitre précédent, je parle du fait que je tente d’obtenir la procuration qui me permettra légalement de m’occuper des affaires de ma mère, chose indispendable pour m’occuper de la succession de mon père décédé il y a maintenant deux mois. Et puisque les notaires du Québec sont très occupés avec la vague de décès des baby-boomers, j’ai dû attendre douze jours pour un retour d’appel. Et dès que je l’ai eu, ce fut encore dix autres jours pour un rendez-vous téléphonique. Que j’ai reçu aujourd’hui.

Entretemps, la santé cognitive de ma mère continue de dégénérer. Il y a deux semaines, elle s’est réveillée au milieu de la nuit. Puis, oubliant qu’elle habitait dans une résidence pour personnes âgées, elle a décidé de retourner chez elle, c’est à dire l’appartement qu’elle a quitté il y a deux ans et demi. Elle est sortie de sa chambre en pyjama. Et, puisqu’il n’y a pas de surveillance la nuit là où elle habite, elle est sortie dehors par -23°C, sans bottes, sans manteau, sans rien sur la tête. Pour glisser sur une plaque de glace et tomber. Malgré ses 80 ans, ses os sont solides. Donc, à part quelques bleus, elle n’a rien.

La réaction de la direction des habitations face à cet incident fut de la placer à l’unité prothétique, au 3e étage, là où les portes sont verrouillées, et où il y a de la surveillance 24h.

Oui, je sais, je pourrais porter plainte et/ou intenter une poursuite judiciaire. Mais ça ne ferait que rendre encore plus compliqué un dossier qui est déjà de plus en plus migraine-ogène de par tout ce qui s’y rajoute sans cesse. À commencer par…

L’impôt de mon père.
Par la poste, j’ai reçu une autre lettre pour Héritiers de Pierre Johnson. Il s’agit des TP4 pour faire son rapport d’impôts.

J’appelle Marcel, qui se trouve à être le comptable de mes parents. Il me dit que oui, c’est lui qui fait les impôts de ma mère depuis que mon père a été placé en Centre il y a trois ans. Mais jamais il n’a fait ceux de mon père. D’ailleurs, pour les faire, il faut un document important, que je n’ai pas reçu avec le reste. C’est à dire…

Son formulaire de déclaration de revenus.
Marcel me dit que ça a sûrement été envoyé à sa dernière adresse, la résidence de Beloeil. Je m’y rend. Pour me faire dire que cette résidence ne reçoit pas de courrier pour leurs résidents.

Et ceci me fait réaliser que ça signifie que ça fait trois ans que mon père n’a pas fait de déclaration d’impôts. Voilà qui risque de compliquer encore plus le processus de succession. D’autant plus que, le lendemain, je recevrai par la poste…

Deux formulaires de Retraite Québec (Anciennement la Régie des Rentes du Québec)
Le premier : une demande pour une évaluation de la capacité mentale d’une personne, dans ce cas-ci ma mère, à gérer ses affaires.

Et le second est le formulaire requis pour qu’elle puisse recevoir sa pension de veuve.

Et pour rajouter du stress, la demande vient avec cette note :

Le 8 avril 2026.  Ce qui me laisse trois semaines et demie au moment où j’écris ceci, pour tout régler. Et il y a tout intérêt à ce que je ne rate pas la date limite, à cause du problème que constitue…

Le loyer de ma mère.
Tel que décrit dans un précédent chapitre, ma mère avait environ $45 000 en banque lorsqu’elle a été placée aux Habitations Lafayette. Or, son loyer coûte $2 700 par mois, soit $1 200 de plus que ce qu’elle reçoit comme pension. À ce rythme, elle n’aura plus un sou en banque en septembre. Et maintenant qu’elle est à l’unité prothétique, on m’a fait comprendre que son loyer sera encore plus cher, en rapport aux soins supplémentaires. J’estime donc qu’on arrivera au bout de ses économies en juillet plutôt qu’en septembre. D’où urgence que ma mère reçoive sa pension de veuve, ainsi que l’argent du compte de banque mon père. Mais pour ça, il me manque…

La procuration.
Pour l’obtenir, il me faut…

Un mandat de protection.
Et pour le recevoir, je dois d’abord me procurer…

Le billet médical attestant de l’état de santé cognitif de ma mère.
Que j’ai demandé à la résidence. Mais leur infirmière insiste comme quoi, pour le recevoir, ils ont besoin que je leur apporte d’abord…

Un affidavit (déclaration sous serment) du notaire.
Tel que spécifié dans ce document que la résidence de ma mère m’a envoyé par courriel :

Ce qui nous amène enfin, aujourd’hui, après 22 jours d’attente, à…

L’appel de ma notaire.
Ma notaire m’a dit qu’un affidavit ne peut être produit sans avoir d’abord un billet médical attestant de l’état de santé cognitif de ma mère. Soit le contraire de ce qu’affirme le document précédent. Et ceci me ramène à ma case de départ, soit celle où chacun me renvoie à l’autre comme une balle de ping-pong.

Alors j’ai été malin. J’ai d’abord demandé à ma notaire de me fournir ses coordonnées. Puis, après l’appel, j’ai ouvert le courriel que m’avait envoyé l’infirmière de la résidence, qui dit ceci :

Et je lui ai répondu ceci :

Et voilà ! Par ce courriel, envoyé simultanément à l’infirmière et à la notaire, elles sont maintenant en contact. Ce qui a, du même coup, envoyé à la notaire le document de demande d’affidavit, pour bien confirmer mes dires. Alors maintenant, puisque chacune prétend que je dois m’adresser à l’autre en premier, qu’elles s’arrangent entre elles.

Avec un peu de chance, ça devrait être réglé avant la date limite du 8 avril que m’impose Retraite Québec. Mais de la manière dont les choses se sont passées jusqu’à maintenant, j’en doute.

N’empêche que plus le temps passe et plus je me pose les questions suivantes : La succession, est-ce que ça se passe vraiment comme ça pour tout le monde ? Ou bien est-ce que c’est seulement moi ? Sinon, comment font-ils, les autres ?

Et surtout : Le document que m’a envoyé l’infirmière, disant que j’ai besoin d’un affidavit avant de faire l’examen médical, ça ne vient pas de nulle-part. C’est certainement un document officiel et légal. Quant à la notaire, il me semble impossible qu’elle me mente, en me disant qu’au contraire, ça lui prend un examen médical pour pouvoir produire un affidavit. Comment est-ce que deux professions, qui sont obligées de travailler en collaboration, peuvent-elles être soumises à des règles qui se contredisent, tout en étant légales ? Et si c’est vraiment le cas, comment se fait-il que personne ne dénonce ni ne proteste cet état des choses ? Cette situation ne fait aucun sens.

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Évidemment que c’est à suivre.

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 8e partie.

Résumé des derniers développements
Tel que décrit dans le billet précédent, je suis en processus pour obtenir une procuration afin de pouvoir m’occuper des affaires de ma mère, ainsi que de la succession de mon père. Voici la chose avec un peu plus de détails.

D’abord, on m’a demandé de faire évaluer ma mère par son médecin traitant à la résidence. J’essaye de leur expliquer le problème. Mais je tombe sur une employée espagnole qui, apparemment, ne comprend que le Mandarin.

Je m’y rend en personne. Je parle avec une personne qui comprend le français. Je lui explique le problème, et je demande à voir l’infirmière qui s’occupe de ma mère. Elle me dit:

« Nous n’avons pas d’infirmières à notre emploi. »
« Mais alors ? … Qui est-ce qui lui prodigue des soins ? Qui lui prescrit ses médicaments ? »
« Ce sont des infirmières du CLSC. »
« D’accord ! Puis-je avoir le nom et le numéro de téléphone de l’infirmière du CLSC qui s’occupe de ma mère ? »

Elle m’écrit ça sur un bout de papier. Je l’appelle Je suis accueilli par un message enregistré..

« Bonjour et bienvenue au services du CLSC. Cet appel peut être enregistré afin de contrôler la qualité du service. Nous vous rappelons que nous ne tolérons aucune forme de violence verbale. Gardez la ligne, et bonne journée. »

L’infirmière me répond.

« Comment puis-je vous aider ? »
« J’ai besoin de faire évaluer ma mère, pour obtenir une procuration. »
« Vous n’avez pas besoin de faire ça pour obtenir une procuration, monsieur. »
« Ah bon ? Et comment est-ce que je fais ça, alors ? »
« Prenez rendez-vous avec votre notaire, et allez le rencontrer avec votre mère. Elle lui donnera son consentement, et il vous signera une procuration. »

J’appelle le notaire. Après plusieurs options « Pour X, appuyez sur la touche Y », je finis par parler à un être humain.

« Je dois rencontrer un notaire avec ma mère, pour obtenir une procuration. »
« D’accord monsieur. J’envoie votre demande dans la liste d’attente. Et dès qu’il y aura un ou une notaire qui se spécialise dans les procurations qui sera libre, nous vous rappellerons. »

Douze jours passent.
Entretemps, je me cherche du travail. J’avais décidé de prendre congé pour m’occuper des affaires de mes parents. Je m’attendais à ce que ça prenne deux, trois semaines maximum. Mais là, ça commence à être pas mal plus long que prévu. Et pendant ce temps, mes économies fondent.

Je me trouve une agence de placements en soins infirmiers qui demande du personnel en région éloigné. Ce serait pour Rouyn-Noranda, en Abitibi-Témiscamingue, un endroit où je ne suis jamais allé. Puisque j’aime voyager et explorer le Québec, et être payé pour ça, je soumet ma candidature. Je me met disponible pour le 1er avril. Car oui, je me donne encore un mois de liberté, pour m’assurer que j’ai le temps requis pour tout régler.

Hier, lundi 2 mars, je suis à mon ordi. Sur mon écran apparaît une notification de courriel. C’est la madame qui s’occupe de l’agence où j’ai soumis ma candidature. Sa réponse est courte :

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Bonjour
Possible de me contacter
Cordialement

Callista Barnacosti
Coordonnatrice

Montréal : 514 485-████
Ottawa :    613 866-████
Québec :   418 781-████

________________

Puisque je suis à Québec, je suppose que c’est celui-là que je dois appeler. Je le fais. Après 17 coups de sonnerie, ça répond.

« Bonjour et bienvenue au groupe ████████ Vous avez rejont la boite vocale de Callista Barnacosti. »

Ok, wow ! Étant donné que j’ai pris la peine de l’appeler à la minute même où elle m’a écrit, je me serais attendu à ce qu’elle soit disponible à l’instant. Je lui laisse un message.

Une heure et demie plus tard, elle m’appelle.

« Allo ? »
« Oui, je parle bien à Stéphane, le préposé aux bénéficiaires ? »
« Oui ! »
« Ok, ben… J’va te rappeler, ok !? »
« Euh… Ok ! »

Et elle raccroche. Fa que… !? Elle m’a appelé pour me dire qu’elle va m’appeler ? Cette situation me rappelle le titre d’une chanson de Gainsbourg, Je suis venu te dire que je m’en vais.

Quarante minutes plus tard, elle me rappelle.

« Bon, donc, toi, tu disais dans le formulaire que tu serais disponible à partir du premier avril ? »
« C’est exact ! »
« Bon, ok ! Je vais vérifier une affaire pis je te reviens. »

Elle me met en attente, avec la musique de piano qui revient en loop à toutes les dix secondes.

Et j’attends.
Et j’attends.
Et j’attends.

Au bout de quinze minutes, je décide de mettre mon téléphone sur intercom, comme ça j’aurai les mains libres pour utiliser mon clavier d’ordi en attendant qu’elle me revienne.

Huit minutes plus tard : BOOP ! BOOP ! Le signal comme quoi je reçois un second appel. Je regarde mon téléphone.

« FUCK ! C’est le notaire ! »

Je fais quoi, maintenant ? D’un côté, je ne veux pas perdre cette opportunité d’emploi, en ayant l’air trop impatient pour être capable d’attendre que ma future employeuse me revienne. Mais d’un autre, ça fait douze jours que j’attend le retour d’appel du notaire. Je ne veux pas en réattendre une autre douzaine si je rate celui-là.

« Tabarnak ! Je peux passer des semaines sans jamais recevoir le moindre appel… Et LÀ, juste parce que ce sont les deux seuls appels qui me sont importants d’avoir, ils faut qu’ils arrivent tous les deux exactement au même moment. »

Le compteur montre que ça fait 24 minutes que je suis en attente. Sûrement qu’elle va me revenir d’ici à quelques secondes. J’opte donc pour ne pas répondre au notaire, en espérant qu’il me laisse un message sur ma boite vocale. Ce qu’il fait, Dieu merci.

Je suis un gars patient et déterminé. Mais même moi j’ai des limites. Au moment où je constate que ça fait une heure que je suis en attente, je raccroche.

J’écoute ma boite vocale. Bien m’en pris, car le numéro laissé par la notaire n’est pas celui qui m’a appelé. Je le compose. Une femme me répond à la première sonnerie. Voici un condensé des lignes les plus importantes de cette conversation :

« Bonjour ! J’appelle pour obtenir une procuration. »
« D’accord. Je ne suis pas notaire, je suis la personne en charge de vous expliquer en quoi le rendez-vous va consister, ainsi que les tarifs. »

Et encore des tarifs. Comme si je ne leur en avais pas déjà donné assez d’argent comme ça, avec les $901 que j’ai dû leur verser pour leur recherche testamentaire.

« Donc, quelle est la raison de cette procuration ? Est-ce que votre mère est invalide ? »
« Oui ! »
« Est-ce que vous l’avez faite examiner par le médecin qui s’en occupe ? »
« Euh… Non ! »
« Alors vous devez commencer par ça. Si madame est invalide, la demande de procuration doit être signée par la personne en médecine qui s’en occupe. »

Tu me fucking niaises ?

Après toutes ces démarches et ce niaisage auquel j’ai droit depuis le décès de mon père il y a presque huit semaines, mon humeur commence à entrer dans une phase pas marrante.

« Écoutez ! Il y a douze jours, j’ai commencé par appeler l’infirmière qui s’occupe de ma mère, pour qu’elle l’examine, pour avoir une procuration. Et c’est ELLE, qui m’a dit que je n’avais pas besoin de ça. Que je dois seulement prendre rendez-vous avec un notaire, en présence de ma mère. Et là, vous, aujourd’hui, vous me dites le contraire. Comprenez-moi bien, je ne vous blâme pas, je sais que ce n’est pas de votre faute. Mais moi, chacun me dit de m’adresser à l’autre, et je me retrouve à être la balle de ping-pong pris entre les deux. Alors avant que l’infirmière m’obstine encore une fois comme quoi ce n’est pas sa job à elle, pouvez-vous m’envoyer un mot,. un document, n’importe quoi, que je puisse lui prouver que oui, c’est bien à elle d’examiner ma mère ? »
« Bon ! Je comprends ce que vous dites, monsieur. Je vais référer votre problème à une notaire qui se spécialise dans les questions à ce sujet. Je vais vous inscrire pour un rendez-vous téléphonique. Ce sera jeudi le 12 mars. »

Que- … DANS DIX JOURS ? Mais bon, est-ce que j’ai le choix ? J’accepte ! En raccrochant, je me dis :

« Tabarnak ! À cause de cette sale conne d’infirmière du CLSC, les procédures sont rallongées de plus de trois semaines. Je comprends maintenant pourquoi les appels du CLSC commencent avec un avertissement interdisant toute violence verbale envers leurs employées. Je ne dois pas être le premier qu’ils font chier avec leur incompétence. »

Bon, ce n’est pas tout, ça ! Il faut que je rappelle ma future employeuse. Ce que je fais. Pour tomber sur un message enregistré, me disant d’appeler aux heures de bureau.

Je regarde l’heure. Il est 17h03. Effectivement, l’agence vient de fermer.

Le lendemain, aujourd’hui, j’ai appelé l’agence à toutes les heures. En vain. Je pense que pour mon travail à Rouyn-Norenda, je suis aussi bien d’oublier ça.

Une infirmière qui ne veut pas travailler.
Une employeuse qui ne me fera vraisemblablement pas travailler.
Un bureau de notaire qui a trop de travail.

Décidément, on n’est bien servis nulle part.

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ET C’EST ENCORE À SUIVRE