Tandis que je suis à Québec, je reçois ce courriel de JP, mon ex-beau-frère, qui loge dans mon appartement officiel dans la ville de Saint-Jean-Baptiste.

L’enveloppe est adressée à « Les héritiers de Pierre Johnson » ... Il ne peut s’agir que du certificat de décès de mon père. (L’autre lettre, c’est mon relevé mensuel de la banque RBC.)
Le lendemain, un petit trois heures de route plus tard, j’arrive chez moi pour constater qu’il y a une seconde enveloppe gouvernementale qui m’attend. J’ouvre la première. C’est effectivement une lettre du Registre de l’État Civil, Service de l’Inscription des Décès. Mais c’est pour me demander de leur envoyer le certificat de naissance de mon père. Parce que oui, il semblerait que pour déclarer qu’il est décédé, il faut d’abord prouver qu’il est né. Je devrai donc aller voir ma mère pour fouiller de nouveau dans ses dossiers.
J’ouvre la seconde enveloppe. Il s’agit d’un chèque gouvernemental au montant de $840, qui comporte mon adresse, mais pas mon nom. Car là encore, la mention est Hériters de Pierre Johnson. Je regarde le document joint. Ce provient de Retraite Québec, de la Régie des Rentes du Québec. Je ne prendrai pas ma retraite avant juillet 2033. Alors pourquoi est-ce qu’ils m’envoient ça ?
Je lis le document qui y est rattaché. Ça parle de comment avoir accès à Mon Dossier en ligne, et comment m’inscrire au dépôt automatique pour les prochaines prestations. Et c’est tout ! Mais là… Est-ce pour moi ? Est-ce pour ma mère ? Est-ce un paiement unique ou bien il y en aura d’autres ? Est-ce la pension de veuve de ma mère ? Qu’est-ce que je fais avec ça ?
Si mon raisonnement est exact, je ne dois pas être la première personne dans l’Histoire du Québec à avoir perdu son père. Donc, logiquement, les banques ont sûrement déjà vu ce type de chèque. Ils vont pouvoir me renseigner.
Parlant de perdu son père, je fais un crochet à Beloeil, aux Salons Funéraires Demers pour récupérer ses cendres. Puis, toujours à Beloeil, je me rend à la RBC, à la succursale où je fais affaire. Oui, la caissière a déjà vu ça.
« C’est un chèque de succession, Monsieur. Il doit être déposé dans le compte de succession. »
Compte de succession que je pourrai ouvrir à la Caisse Desjardins, dès que j’aurai le certificat de décès de mon père. Certificat qui ne sera émis qu’après que j’aurai envoyé au Registre de l’État civil son certificat de naissance. Certificat de naissance que possède ma mère. Mère que je dois amener à Desjardins pour qu’ils lui fassent une nouvelle carte de guichet. La piste commence à tourner en rond, mais au moins elle avance.
Je vais à Longueuil, à la résidence où habite ma mère. Je fouille dans les dossiers de famille et je trouve les documents requis. J’amène ma mère à Beloeil, à sa succursale de Desjardins. Je déclare sa carte perdue ou volée, et je lui en demande une nouvelle. Je montre les documents d’identification requis, et… On m’apprend que ma mère n’a jamais eu de carte de guichet pour son compte personnel. Je sursaute.
« Hein !? Ben voyons donc ! Je ne peux plus compter le nombre de fois qu’elle est venue ici, dans cette succursale, aux guichets, retirer, déposer et mettre à jour son livret. Je le sais, j’étais là ! »
La caissière vérifie de façon plus approfondie. Et elle y fait une découverte.
« Est-ce que Madame a perdu son mari dernièrement ? »
« Oui, il y a trois semaines. »
« D’accord ! Alors je vois ici trois comptes relatifs à Madame. Son compte personnel, le compte de son mari, et leur compte conjoint. »
« D’accord ! »
« Madame n’a jamais eu de carte de guichet pour son compte personnel, car elle a toujours effectué ses opérations avec le compte conjoint. »
Ma mère aurait donc un compte secret qu’elle ne touchait jamais ? C’est quoi ce délire ?
« Ah bon !? En tout cas, n’empêche que sa carte de ce compte-là a disparue. »
« Si ça peut vous rassurer, je vois qu’il n’y a pas eu d’opérations faites avec la carte depuis avril 2024. »
Ce qui correspond à quand elle a été placée en résidence. On ne saura donc jamais où ni quand est-ce qu’elle a perdu la carte. Mais au moins, personne ne l’a utilisée.
« Bon ! Alors je suppose qu’avec la nouvelle carte, elle va pouvoir accéder à ses deux comptes. »
« Malheureusement, nous ne pouvons pas lui faire d’une nouvelle carte pour le moment. »
« Hein ? Comment ça ? »
« À cause du décès, le compte de Monsieur a été verrouillé. »
Effectivement, c’est moi-même qui suis venu pour le demander, il y a quelques jours. Mais je ne vois pas le rapport avec le compte de ma mère. La caissière explique.
« Le compte conjoint s’est retrouvé automatiquement verrouillé, puisqu’il porte également le nom de Monsieur. Et puisque le nom de Madame est maintenant associé à un compte verrouillé, alors pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons pas lui émettre une nouvelle carte. »
« Pas même pour son compte personnel ? »
« Pas même pour son compte personnel. »
Donc, si je comprends bien, si ma mère et moi avons à faire face à ces nouvelles complications, c’est parce que j’ai fait ce que j’avais à faire, en venant déclarer mon père décédé. Génial !
« Ok ! Alors il va se passer quoi, maintenant ? Ma mère ne pourras plus jamais avoir une carte de guichet de sa vie ? »
« Oh, non, rassurez-vous ! Nous attendons simplement que vous nous apportiez les documents nécéssaires pour pouvoir ouvrir un compte de succession. C’est à dire le certificat de décès de votre père, votre déclaration de naissance, le certificat de mariage de vos parents, le testament, ainsi que l’attestation qui prouve que vous avez fait votre recherche testamentaire auprès de la Chambre des Notaires, ainsi qu’à l’ordre du Barreau du Québec. »
Incroyable ! Ça n’en finit plus !
« Ensuite, une fois les transferts effectués entre les héritiers inscrits au Testament, et une fois que le compte conjoint et le compte de Monsieur seront fermés, Madame pourra obtenir sa carte de guichets. »
Donc, tant et aussi longtemps que je n’ai pas tous les documents requis pour ouvrir un compte de succession, il m’est impossible de déposer le chèque de $ 840, pas même dans le compte personnel de ma mère.
Qu’est-ce qu’on rigole !
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BIENTÔT : Le service funèbre à l’église.








































