Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 12e partie.

Mercredi le 18 mars.
Tel qu’expliqué dans le chapitre 10, je reçois un appel de l’hôpital Pierre-Boucher pour me dire que ma mère a un rendez-vous pour une résonnance magnétique mardi le 24 mars à 14h30. Je vais me charger de l’y amener.

Jeudi le 19 mars.
Toujours dans le chapitre 10, ma mère a été envoyée à l’hôpital Pierre-Boucher pour cause d’infection urinaire. Infection qui l’affectait cognitivement au point où elle s’imaginait en conversation téléphonique, en utilisant un verre de styrofoam en guise de cellulaire.

Hier, lundi le 23 mars.
Je reçois un appel de l’hôpital Pierre-Boucher pour me dire que ma mère a obtenu son congé, et qu’elle est retournée en résidence. N’empêche que je dois quand même l’y amener demain pour sa résonnance magnétique.

Aujourd’hui, mardi le 24 mars.
Je me rend à la résidence où ma mère habite. Devant sa chambre, je me bute à une porte verrouillée. Un employé me voit.

LUI : Vous cherchez quelqu’un ?
MOI : Ma mère, Mme Louise B.
LUI : Ça fait une semaine qu’elle est à l’hôpital Pierre-Boucher. On ne vous a pas prévenu ?
MOI : QUOI ? L’hôpital m’a appelé hier pour me dire qu’elle avait reçu son congé, et qu’elle avait été ramené ici par transport adapté.
LUI : Ah ? Ben, non ! Je le saurais, c’est moi l’infirmier-chef de tout l’étage.
MOI : Mais… Pourquoi est-ce qu’ils m’ont appelé hier pour me dire qu’elle était revenue ?
LUI : Ben, vous savez, il arrive des fois qu’un médecin dise que c’est beau, un patient peut partir. Mais que le médecin chef l’examine ensuite et dise non, la personne reste 24h de plus. Je suppose que la secrétaire qui a été avisée de son départ ne l’a pas été de son prolongement de séjour.

Bon ! Prennons la chose du bon côté. Elle sera déjà sur place pour sa résonnance magnétique. Puisque je sais par expérience que les départements d’un centre hospitalier ne se parlent pas entre eux, je vais y aller afin de m’assurer qu’on la transfèrera en temps et lieu de son rendez-vous. Parce que ce serait trop bête qu’elle rate son rendez-vous à l’hôpital Pierre-Boucher à cause qu’elle est déjà à l’hôpital Pierre-Boucher.

Vingt minutes de route vers l’hôpital Pierre-Boucher. Je me stationne. J’entre. Je me dirige au comptoir. Je donne le nom de ma mère.

ELLE : Ça dit ici que Madame a reçu son congé.
MOI : Je sais ! On m’a appelé hier pour me le dire. Je suis allé à sa résidence. Et eux m’ont dit qu’elle était encore ici.
ELLE : Bon ! Ben, je vois ici que sa chambre était au 8e étage, chambre 814.

Je prends l’ascenseur. Je monte au 8e étage, chambre 814. Elle est vide. Une infirmière me demande :

ELLE : Vous cherchez quelqu’un ?
MOI : Ma mère, Mme Louise B.
ELLE : Et vous êtes ?
MOI : Stéphane Lussier Johnson.
ELLE : Non, mais en rapport à elle.

Je viens de te dire que c’était ma mère. Alors je suis quoi, en rapport à elle, d’après toi ? Son arrière-grand-oncle ?

MOI : Son fils !
ELLE : D’accord ! Un instant, je vais vérifier.

Elle vérifie et ne trouve pas. Elle demande à l’infirmière chef. Celle-ci vient me parler.

ELLE : Votre mère a reçu son congé.
MOI : Non ! J’arrive de sa résidence. Ils m’ont dit qu’elle était encore ici.
ELLE : Ça fait vingt minutes que le transport adapté est venu la chercher, pour la ramener chez elle.

Tu me fucking niaises ? Ma mère était là pendant une semaine. Vous m’avez appelé pour me dire qu’elle était retournée la sa résidence, alors que vous l’avez gardé sans m’en avertir. Ce qui fait que je suis allé la chercher à la résidence pour rien. Et , pendant les vingt minutes que j’ai mis à venir ici, ce sont exactement ces mêmes vingt minutes que vous avez choisi pour vous décider de la renoyer à sa résidence ? Alors qu’elle a rendez-vous ici dans deux heures ?

Incroyable !

Vingt minutes de route vers la résidence. J’y retrouve ma mère devant son plat préféré, un hot chicken. Je regarde ça, à moitié découragé, en espérant que son test de résonnance magnétique ne demandait pas qu’elle soit à-jeun.

Ma mère est très heureuse de me voir. Elle est lucide. Bon, avec un discours un peu incohérent, mais pas plus que ces dernières semaines. Après son repas, je la ramène dans sa chambre. Je lui met son manteau pour la ramener à l’hôpital Pierre-Boucher. J’ouvre son portefeuille pour y prendre sa carte de l’hôpital Pierre-Boucher et sa carte de la RAMQ (assurance maladie.) … Pour constater qu’aucune de ces deux cartes n’y sont. Est-ce que l’hôpital les a rendues ? Est-ce que c’est le personnel des la résidence qui les a ?

Je vais voir l’infirmière, qui essaye ensuite de rejoindre l’infirmier-chef. Ce dernier vient de partir pour diner. On l’attrappe in extremis, alors qu’il s’apprêtait à quitter la résidence. Il avait encore les cartes de ma mère dans ses poches.

Vingt minutes de route vers l’hôpital Pierre-Boucher. Je me stationne. On entre. On se dirige au comptoir. Je donne le nom de ma mère à la réceptionniste.

ELLE : Résonnance magnétique, 1er étage.

On prend l’ascenseur. On arrive. Au comptoir, je donne à la réceptionniste sa carte de l’hôpital Pierre-Boucher et sa carte de la RAMQ. Elle les regarde.

ELLE : Je ne peux pas prendre sa carte de la RAMQ. Elle est expirée depuis janvier. Il va falloir que vous la fassiez renouveler auprès de la RAMQ et que vous nous rappelez ensuite pour prendre un autre rendez-vous.

Tu me fucking niaises ?

MOI : Mais voyons donc !? Ma mère vient de passer cinq jours ici. Il y a une heure, elle était encore dans sa chambre, au 8e étage. Je veux bien croire que sa carte est expirée. Mais ça ne les a pas empêché de la traiter.
ELLE : Un instant, je vais vérifier quelque chose.

Elle fait un appel. Après quelques minutes, elle me revient.

ELLE : Ok, vous allez vous rendre au rez-de-chaussée, au comptoir des cartes d’hôpital. Vous aller leur expliquez votre situation. Eux, ils vont vous remettre un papier rose. Vous allez me le ramener. Je vais avoir besoin de ça pour inscrire votre mère. Sinon, il faudra payer les frais de l’examen.

Je dis à ma mère de rester dans la salle d’attente. Je descends au rez-de-chaussée. Je le parcours. Je trouve le comptoir des cartes d’hôpital. J’explique la situation au gars au comptoir.

LUI : Alors il va falloir que vous alliez sur https://www.ramq.gouv.qc.ca/fr. De là, vous pourrez faire renouveler sa carte, ce qui dev-…
MOI : NON ! La réceptionniste au 1er étage m’a dit que je dois venir ici, demander un papier rose.
LUI : Ah ? Un instant, je vais vérifier quelque chose.

Il prend la carte de RAMQ de ma mère. Il en scanne le code-barres. Il regarde son écran d’ordi. Il imprime un papier, qu’il me donne. Sur la feuille blanche, il est écrit l’équivalent de « Cette carte est valide. »

MOI : Euh… Et le papier rose qu’elle m’a demandé ?
LUI : Vous n’avez pas besoin du papier rose. Cette carte est valide.

Je ne comprend rien de rien à rien. Je me lève, reprends l’ascenseur et je remonte au 1er étage. J’amène le papier blanc à la réceptionniste.

MOI : Il m’a dit que je n’avais pas besoin du papier rose.

Elle regarde le papier. Elle reprend la carte de ma mère. Elle en scanne le code barres.

ELLE : Très bien. Vous pouvez y aller, première porte à gauche.

Euh… Dis moi que tu m’as fait descendre pour rien, sans me dire explicitememt que tu m’as fait descendre pour rien !? ALORS QUE TOUT CE QUE TU AVAIS À FAIRE, C’ÉTAIT DE SCANNER LA CARTE !?

Je regarde l’heure. Il est 14h22. C’est un miracle que tout ce niaisage de va-et-vient inutile ne nous a pas mis en retard.

Ma mére a eu sa résonnance magnétique. Elle a eu son congé. Elle a voulu un café et une pâtisserie. Nous sommes allé à la cafétéria au rez-de-chaussée. Tout était dans des machines distributrices. J’ai des cartes de guichet, des cartes de crédit et quelques billets de $10. Les machines ne prennent que de la monnaie. Et il n’y a pas de machine à changer les billets en monnaie.

Par contre, quand est venu le temps de payer le parking en sortant, alors là, pas de problèmes. Tu peux les payer comptant, par interac, crédit, chèque, virement bancaire, traveler’s checks, bitcoin et sesterces.

Vingt minutes de route plus tard, j’avais ramené ma mère à sa résidence. Elle s’est couchée car tout ce voyagement l’a épuisée. Et encore, contrairement à moi, elle n’a pas fait résidence – hopital – residence – hopital – premier étage – rez-de-chaussée -premier étage – résidence. Dans son état de fablesse actuel, elle n’aurait pas survécu

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À SUIVRE

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 11e partie.

Tout d’abord, mon Mea Culpa pour un truc. Voici la facture de ma Notaire. Depuis le départ, je dis que la recherche testamentaire m’a coûté 901 $. En fait, ce qui coûte 901, c’est la procédure complète de succession. Avant taxes.

La recherche testamentaire, elle, n’est que de 30 $.

MAIS... Si on regarde bien un peu plus haut sur la facture, il y a cet autre frais en rapport à cette recherche.

Puisque la recherche testamentaire consiste à entrer le nom et la date de naissance de mon père dans l’ordinateur, alors c’est quoi, les « démarches pour l’obtention des recherches » ? Mettre son cul sur la chaise ? Démarrer l’ordinateur ? Quoi qu’il en soit, il semblerait que ces démarches alourdissent le travail, au point de coûter plus de quatre fois plus cher que la recherche elle-même, justifiant d’en monter la facture à un total de 160 $.

Mais attendez, ce n’est pas tout.

130 $ pour quatre copies du testament ? Ouch ! Je devrais leur fournir l’adresse de Copibec. Eux, il ne chargent que 5¢ par photocopie. De plus, je ne vois pas pourquoi ils me chargent pour le certificat de décès, puisque je le leur ai fourni moi-même. Il va falloir que je les interroge là-dessus. En attendant, ça monte la facture de recherche testamentaire à 290 $.

Cette facture de ma Notaire date d’il y a deux mois. Et aujourd’hui, ma notaire m’a écrit ceci.

Euh… Tu me fucking niaises ?

D’accord ! Puisqu’elle me le demande, je lui scanne ma copie du testament de mon père. Et, inclut avec ce document, je lui envoie également une copie de ma façon de penser.

Je peux sembler brusque dans mon message. N’empêche qu’en tant que client, je suis dans mon droit de demander des explications au sujet des services que je leur paie. Surtout lorsque je suis obligé de leur fournir moi-même, ce service pour lequel je les paie.

Moins de cinq secondes après avoir envoyé ma réponse, je reçois ceci :

Euh… !? J’ai droit à une réponse automatique ? Réponse qui me dit qu’elle lira mon courriel dans deux ou trois jours ? Et, puisque nous sommes un vendredi, et que le vendredi leurs bureaux ferment à 13h, donc dans 44 minutes, je ne dois pas m’attendre à une réponse aujourd’hui ? Et ils parlent ici de deux ou trois jours ouvrables ? Donc dans quatre ou cinq jours ? ALORS QUE JE N’AI PRIS QUE SIX MINUTES POUR LUI RÉPONDRE AFIN QUE LE TOUT SE DÉROULE LE PLUS VITE POSSIBLE ?

Ils se plaignent de devoir traiter un volume élevé de dossiers… Mais ils ne sont ouverts que quatre jours et demi par semaine.

Incroyable !

Et ceci, qui se rajoute à toutes les difficultés bureaucratiques auquel j’ai à faire face, telles que relatées dans cette série de billets, vous donne une idée d’à quel point sont mal servis les successeurs d’un parent décédé.

Même pour les services qu’ils paient.

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ÇA NE PRENDRA PROBABLEMENT PAS FIN DE SITÔT.

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 10e partie.

Lorsque j’ai commencé cette série, je m’attendais à une histoire en trois parties. Je croyais également qu’il ne s’agirait que de la succession de mon père. Il se trouve que l’état physique et cognitif de ma mère joue un rôle de plus en plus grand dans cette histoire.

Hier, jeudi 18 mars, j’ai reçu un appel de l’Hôpital Pierre-Boucher de Longueuil. Ma mère doit passer un scan. Une résonnance magnétique, au niveau du cerveau, afin de pouvoir diagnostiquer de son état cognitif. Je leur donne le numéro de la résidence où elle habite, pour qu’ils puissent s’arranger avec ça.

Dix minutes plus tard, l’Hôpital me rappelle. Puisque ma mère habite dans une résidence privée, ils ne prennent pas en charge l’accompagnement de leurs résidents en mileu hospitalier. Incroyable ! On les paye de deux à trois fois ce que ça coûterait si elle était dans le système public, et on a droit à moins de services.

J’ai donc pris rendez-vous pour elle. Et je passerai la prendre et l’amener à l’hôpital mardi le 24 mars. Et puisque ma mère est clautrophobe, et qu’elle a horreur des cat scans, je devrai rester avec elle pour la calmer. Même si je ne peux pas rester dans la pièce, je la connais assez pour savoir que ma présence derrière la porte sera suffisante pour la rassurer.

Ce matin, je reçois deux appels : la résidence, et Marcel. En combinant ce qu’ils m’ont dit, voici une reconstitution des dernières 24h.

Tout d’abord, tel que relaté dans un chapitre précédent, à sa résidence, elle a été transférée du rez-de-chaussée au 3e étage, là où la surveillance et les porte verrouillées allaient l’empêcher de s’enfuir dehors de nouveau.

Hier, Marcel est allé la visiter. Elle l’a reconnu. Elle lui a dit de ne pas faire de bruit parce que son frère Jean-René et moi, on était venu ici veiller sur elle. Et que nous dormions dans l’autre pièce.

Marcel a bien vu que je n’étais pas là. D’abord, elle habite dans une chambre. Il n’a pas de seconde pièce. Quant à Jean-René, eh bien, voilà quatre ans et demi qu’il n’est plus parmi nous.

Marcel a essayé d’avoir une conversation avec elle. Mais elle répondait vraiment n’importe quoi, un discours incohérent. Marcel est allé en parler à l’infirmière. Et voici ce qu’il a eu comme réponse :

« Ah, Madame Louise n’est pas en état de se déplacer pour souper, donc !? Très bien, nous allons la servir à sa chambre. »

… Euh… Ok !?

Devant son repas, ma mère ne se souvenait plus comment utiliser ses ustensiles. C’est Marcel qui l’a nourri, Mais après la soupe, elle a insisté comme quoi elle avait bien assez mangé. Il n’a pas poussé plus loin.

Elle tenait dans ses mains, un verre de styrofoam. Elle s’est excusée auprès de Marcel en disant qu’elle devrait prendre cet appel. Elle s’est couchée sur le lit et a utilisé le verre de styrofoam comme un téléphone. Et elle avait une conversation. Elle disait à son interlocutrice imaginaire à quel point elle était contente de lui reparler après toutes ces années, et comment elles avaient du fun toutes les deux lorsqu’elles allaient à l’école ensemble.

Jusque-là, elle souffrait de pertes de mémoires au sujet d’événements récents. Mais de un, elle en était consciente. Et de deux, elle pouvait avoir une conversation qui se tenait. Et à part pour son impression qu’il y avait des urnes funéraires dans son placard, elle n’avait encore jamais été dans un tel état de déconnexion avec la réalité.

Dans une tentative de la tirer doucement de son rêve éveillé, Marcel l’a appelé. Le téléphone mural de ma mère a sonné. Mais ça n’a eu aucun effet. Ma mère ne l’entendait pas. Elle était dans son monde, complètement isolé du nôtre.

Voyant qu’il n’y avait plus rien à faire, Marcel est parti. Il a expliqué la chose à l’infirmière, et il est rentré chez lui.

Pendant la nuit, ma mère est sortie de sa chambre sans sa marchette. Avec ses jambes afaiblies, elle est tombée dans le corridor.

Ce matin, l’infirmière des résidences m’a appelé. Elle m’a dit que ma mère avait été envoyée à l’Hôpital Pierre-Boucher car, en plus de sa chute, on lui soupçonne une infection urinaire. Et qu’elle était dans un état d’incohérence total. Elle ne comprennait rien de ce qu’on lui disait. Encore heureux que ma mère est d’un naturel docile, malgré sa tendance à protester sur tout.

Malgré tout, mardi le 24, je devrai quand même me déplacer car ce sera de deux choses l’une : Ou bien elle sera toujours à l’hôpital, et je devrai leur dire qu’elle y est déjà, car je doûte que les départements se parlent entre eux. Ou alors elle sera revenue en résidence, et je devrai l’amener à l’hôpital. Dans un cas comme dans l’autre, je dois y aller.

Dire que son état cognitif est resté stable pendant trois ans. Et depuis que mon père est mort, elle dégénère à vitesse folle. Et pendant ce temps-là, j’ai toutes les misères du monde à tenter d’obtenir un rapport sur son état de santé me permettant d’obtenir une procuration.

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À SUIVRE

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 9e partie.

Dans les deux chapitre précédent, je parle du fait que je tente d’obtenir la procuration qui me permettra légalement de m’occuper des affaires de ma mère, chose indispendable pour m’occuper de la succession de mon père décédé il y a maintenant deux mois. Et puisque les notaires du Québec sont très occupés avec la vague de décès des baby-boomers, j’ai dû attendre douze jours pour un retour d’appel. Et dès que je l’ai eu, ce fut encore dix autres jours pour un rendez-vous téléphonique. Que j’ai reçu aujourd’hui.

Entretemps, la santé cognitive de ma mère continue de dégénérer. Il y a deux semaines, elle s’est réveillée au milieu de la nuit. Puis, oubliant qu’elle habitait dans une résidence pour personnes âgées, elle a décidé de retourner chez elle, c’est à dire l’appartement qu’elle a quitté il y a deux ans et demi. Elle est sortie de sa chambre en pyjama. Et, puisqu’il n’y a pas de surveillance la nuit là où elle habite, elle est sortie dehors par -23°C, sans bottes, sans manteau, sans rien sur la tête. Pour glisser sur une plaque de glace et tomber. Malgré ses 80 ans, ses os sont solides. Donc, à part quelques bleus, elle n’a rien.

La réaction de la direction des habitations face à cet incident fut de la placer à l’unité prothétique, au 3e étage, là où les portes sont verrouillées, et où il y a de la surveillance 24h.

Oui, je sais, je pourrais porter plainte et/ou intenter une poursuite judiciaire. Mais ça ne ferait que rendre encore plus compliqué un dossier qui est déjà de plus en plus migraine-ogène de par tout ce qui s’y rajoute sans cesse. À commencer par…

L’impôt de mon père.
Par la poste, j’ai reçu une autre lettre pour Héritiers de Pierre Johnson. Il s’agit des TP4 pour faire son rapport d’impôts.

J’appelle Marcel, qui se trouve à être le comptable de mes parents. Il me dit que oui, c’est lui qui fait les impôts de ma mère depuis que mon père a été placé en Centre il y a trois ans. Mais jamais il n’a fait ceux de mon père. D’ailleurs, pour les faire, il faut un document important, que je n’ai pas reçu avec le reste. C’est à dire…

Son formulaire de déclaration de revenus.
Marcel me dit que ça a sûrement été envoyé à sa dernière adresse, la résidence de Beloeil. Je m’y rend. Pour me faire dire que cette résidence ne reçoit pas de courrier pour leurs résidents.

Et ceci me fait réaliser que ça signifie que ça fait trois ans que mon père n’a pas fait de déclaration d’impôts. Voilà qui risque de compliquer encore plus le processus de succession. D’autant plus que, le lendemain, je recevrai par la poste…

Deux formulaires de Retraite Québec (Anciennement la Régie des Rentes du Québec)
Le premier : une demande pour une évaluation de la capacité mentale d’une personne, dans ce cas-ci ma mère, à gérer ses affaires.

Et le second est le formulaire requis pour qu’elle puisse recevoir sa pension de veuve.

Et pour rajouter du stress, la demande vient avec cette note :

Le 8 avril 2026.  Ce qui me laisse trois semaines et demie au moment où j’écris ceci, pour tout régler. Et il y a tout intérêt à ce que je ne rate pas la date limite, à cause du problème que constitue…

Le loyer de ma mère.
Tel que décrit dans un précédent chapitre, ma mère avait environ $45 000 en banque lorsqu’elle a été placée aux Habitations Lafayette. Or, son loyer coûte $2 700 par mois, soit $1 200 de plus que ce qu’elle reçoit comme pension. À ce rythme, elle n’aura plus un sou en banque en septembre. Et maintenant qu’elle est à l’unité prothétique, on m’a fait comprendre que son loyer sera encore plus cher, en rapport aux soins supplémentaires. J’estime donc qu’on arrivera au bout de ses économies en juillet plutôt qu’en septembre. D’où urgence que ma mère reçoive sa pension de veuve, ainsi que l’argent du compte de banque mon père. Mais pour ça, il me manque…

La procuration.
Pour l’obtenir, il me faut…

Un mandat de protection.
Et pour le recevoir, je dois d’abord me procurer…

Le billet médical attestant de l’état de santé cognitif de ma mère.
Que j’ai demandé à la résidence. Mais leur infirmière insiste comme quoi, pour le recevoir, ils ont besoin que je leur apporte d’abord…

Un affidavit (déclaration sous serment) du notaire.
Tel que spécifié dans ce document que la résidence de ma mère m’a envoyé par courriel :

Ce qui nous amène enfin, aujourd’hui, après 22 jours d’attente, à…

L’appel de ma notaire.
Ma notaire m’a dit qu’un affidavit ne peut être produit sans avoir d’abord un billet médical attestant de l’état de santé cognitif de ma mère. Soit le contraire de ce qu’affirme le document précédent. Et ceci me ramène à ma case de départ, soit celle où chacun me renvoie à l’autre comme une balle de ping-pong.

Alors j’ai été malin. J’ai d’abord demandé à ma notaire de me fournir ses coordonnées. Puis, après l’appel, j’ai ouvert le courriel que m’avait envoyé l’infirmière de la résidence, qui dit ceci :

Et je lui ai répondu ceci :

Et voilà ! Par ce courriel, envoyé simultanément à l’infirmière et à la notaire, elles sont maintenant en contact. Ce qui a, du même coup, envoyé à la notaire le document de demande d’affidavit, pour bien confirmer mes dires. Alors maintenant, puisque chacune prétend que je dois m’adresser à l’autre en premier, qu’elles s’arrangent entre elles.

Avec un peu de chance, ça devrait être réglé avant la date limite du 8 avril que m’impose Retraite Québec. Mais de la manière dont les choses se sont passées jusqu’à maintenant, j’en doute.

N’empêche que plus le temps passe et plus je me pose les questions suivantes : La succession, est-ce que ça se passe vraiment comme ça pour tout le monde ? Ou bien est-ce que c’est seulement moi ? Sinon, comment font-ils, les autres ?

Et surtout : Le document que m’a envoyé l’infirmière, disant que j’ai besoin d’un affidavit avant de faire l’examen médical, ça ne vient pas de nulle-part. C’est certainement un document officiel et légal. Quant à la notaire, il me semble impossible qu’elle me mente, en me disant qu’au contraire, ça lui prend un examen médical pour pouvoir produire un affidavit. Comment est-ce que deux professions, qui sont obligées de travailler en collaboration, peuvent-elles être soumises à des règles qui se contredisent, tout en étant légales ? Et si c’est vraiment le cas, comment se fait-il que personne ne dénonce ni ne proteste cet état des choses ? Cette situation ne fait aucun sens.

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Évidemment que c’est à suivre.

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 8e partie.

Résumé des derniers développements
Pour que l’argent du compte de la Caisse Desjardins de mon père soit déposé dans celui de ma mère, je dois ouvrir un compte de succession. Pour ce faire, ils me demandent :

  • La déclaration de décès de mon père. Je l’ai.
  • Ma déclaration de naissance, pour prouver que je suis bien le fils de mon père. Je l’ai.
  • Le certificat de mariage de mes parents. Je l’ai.
  • Le testament. Je l’ai.
  • Une attestation de notaire, prouvant que fut effectuée une recherche testamentaire auprès de la Chambre des Notaires, ainsi que du Barreau du Québec, ce qui me coûtera $901. Je viens tout juste de le recevoir.

J’apporte avec moi le chèque de $840, qui constitue le dernier versement de Retraite Québec à mon père. Je me présente à la Caisse Desjardins avec tous les documents requis. Pour me faire dire que…

« Mais Monsieur… Si vous vous occupez des affaires de votre mère, alors il vous faut une procuration. »
« Pourquoi faire ? Je ne retire aucun argent de son compte. Au contraire, je vais y déposer ce chèque de $840, en plus de lui transférer l’argent de mon père, qui est décédé. »
« Oui, mais là, il ne s’agit pas du compte de votre mère. Il s’agit d’ouvrir un compte de succession. Si elle ne peut pas s’occuper de ses affaires, et que vous le faites à sa place, ça vour prend une procuration. »

VOUS POUVIEZ PAS ME DIRE ÇA IL Y A UN MOIS ET DEMI, SAINT-CIBOIRE !?

Tel que décrit dans le billet précédent, je suis déjà en processus de procuration. Voici la chose avec un peu plus de détails.

D’abord, on m’a demandé de faire évaluer ma mère par son médecin de famille. Si elle est inapte à s’occuper de ses affaires, il me signera les documents nécéssaires. Or, elle n’a plus de médecin de famille. J’appelle la résidence où loge ma mère. J’essaye de leur expliquer le problème. Mais je tombe sur une employée espagnole qui, apparemment, ne comprend que le Mandarin.

Je m’y rend en personne. Je parle avec une personne qui comprend le français. Je lui explique le problème, et je demande à voir l’infirmière qui s’occupe de ma mère. Elle me dit:

« Nous n’avons pas d’infirmières à notre emploi. »
« Mais alors ? … Qui est-ce qui lui prodigue des soins ? Qui lui prescrit ses médicaments ? »
« Ce sont des infirmières du CLSC. »
« D’accord ! Puis-je avoir le nom et le numéro de téléphone de l’infirmière du CLSC qui s’occupe de ma mère ? »

Elle m’écrit ça sur un bout de papier. Je l’appelle Je suis accueilli par un message enregistré..

« Bonjour et bienvenue au services du CLSC. Cet appel peut être enregistré afin de contrôler la qualité du service. Nous vous rappelons que nous ne tolérons aucune forme de violence verbale. Gardez la ligne, et bonne journée. »

L’infirmière me répond.

« Comment puis-je vous aider ? »
« J’ai besoin de faire évaluer ma mère, pour obtenir une procuration. »
« Vous n’avez pas besoin de faire ça pour obtenir une procuration, monsieur. »
« Ah bon ? Et comment est-ce que je fais ça, alors ? »
« Prenez rendez-vous avec votre notaire, et allez le rencontrer avec votre mère. Elle lui donnera son consentement, et il vous signera une procuration. »

J’appelle le notaire. Après plusieurs options « Pour X, appuyez sur la touche Y », je finis par parler à un être humain.

« Je dois rencontrer un notaire avec ma mère, pour obtenir une procuration. »
« D’accord monsieur. J’envoie votre demande dans la liste d’attente. Et dès qu’il y aura un ou une notaire qui se spécialise dans les procurations qui sera libre, nous vous rappellerons. »

Douze jours passent.
Entretemps, je me cherche du travail. J’avais décidé de prendre congé pour m’occuper des affaires de mes parents. Je m’attendais à ce que ça prenne deux, trois semaines maximum. Mais là, ça commence à être pas mal plus long que prévu. Et pendant ce temps, mes économies fondent.

Je me trouve une agence de placements en soins infirmiers qui demande du personnel en région éloigné. Ce serait pour Rouyn-Noranda, en Abitibi-Témiscamingue, un endroit où je ne suis jamais allé. Puisque j’aime voyager et explorer le Québec, et être payé pour ça, je soumet ma candidature. Je me met disponible pour le 1er avril. Car oui, je me donne encore un mois de liberté, pour m’assurer que j’ai le temps requis pour tout régler.

Hier, lundi 2 mars, je suis à mon ordi. Sur mon écran apparaît une notification de courriel. C’est la madame qui s’occupe de l’agence où j’ai soumis ma candidature. Sa réponse est courte :

_____________
Bonjour
Possible de me contacter
Cordialement

Callista Barnacosti
Coordonnatrice

Montréal : 514 485-████
Ottawa :    613 866-████
Québec :   418 781-████

________________

Puisque je suis à Québec, je suppose que c’est celui-là que je dois appeler. Je le fais. Après 17 coups de sonnerie, ça répond.

« Bonjour et bienvenue au groupe ████████ Vous avez rejont la boite vocale de Callista Barnacosti. »

Ok, wow ! Étant donné que j’ai pris la peine de l’appeler à la minute même où elle m’a écrit, je me serais attendu à ce qu’elle soit disponible à l’instant. Je lui laisse un message.

Une heure et demie plus tard, elle m’appelle.

« Allo ? »
« Oui, je parle bien à Stéphane, le préposé aux bénéficiaires ? »
« Oui ! »
« Ok, ben… J’va te rappeler, ok !? »
« Euh… Ok ! »

Et elle raccroche. Fa que… !? Elle m’a appelé pour me dire qu’elle va m’appeler ? Cette situation me rappelle le titre d’une chanson de Gainsbourg, Je suis venu te dire que je m’en vais.

Quarante minutes plus tard, elle me rappelle.

« Bon, donc, toi, tu disais dans le formulaire que tu serais disponible à partir du premier avril ? »
« C’est exact ! »
« Bon, ok ! Je vais vérifier une affaire pis je te reviens. »

Elle me met en attente, avec la musique de piano qui revient en loop à toutes les dix secondes.

Et j’attends.
Et j’attends.
Et j’attends.

Au bout de quinze minutes, je décide de mettre mon téléphone sur intercom, comme ça j’aurai les mains libres pour utiliser mon clavier d’ordi en attendant qu’elle me revienne.

Huit minutes plus tard : BOOP ! BOOP ! Le signal comme quoi je reçois un second appel. Je regarde mon téléphone.

« FUCK ! C’est le notaire ! »

Je fais quoi, maintenant ? D’un côté, je ne veux pas perdre cette opportunité d’emploi, en ayant l’air trop impatient pour être capable d’attendre que ma future employeuse me revienne. Mais d’un autre, ça fait douze jours que j’attend le retour d’appel du notaire. Je ne veux pas en réattendre une autre douzaine si je rate celui-là.

« Tabarnak ! Je peux passer des semaines sans jamais recevoir le moindre appel… Et LÀ, juste parce que ce sont les deux seuls appels qui me sont importants d’avoir, ils faut qu’ils arrivent tous les deux exactement au même moment. »

Le compteur montre que ça fait 24 minutes que je suis en attente. Sûrement qu’elle va me revenir d’ici à quelques secondes. J’opte donc pour ne pas répondre au notaire, en espérant qu’il me laisse un message sur ma boite vocale. Ce qu’il fait, Dieu merci.

Je suis un gars patient et déterminé. Mais même moi j’ai des limites. Au moment où je constate que ça fait une heure que je suis en attente, je raccroche.

J’écoute ma boite vocale. Bien m’en pris, car le numéro laissé par la notaire n’est pas celui qui m’a appelé. Je le compose. Une femme me répond à la première sonnerie. Voici un condensé des lignes les plus importantes de cette conversation :

« Bonjour ! J’appelle pour obtenir une procuration. »
« D’accord. Je ne suis pas notaire, je suis la personne en charge de vous expliquer en quoi le rendez-vous va consister, ainsi que les tarifs. »

Et encore des tarifs. Comme si je ne leur en avais pas déjà donné assez d’argent comme ça, avec les $901 que j’ai dû leur verser pour leur recherche testamentaire.

« Donc, quelle est la raison de cette procuration ? Est-ce que votre mère est invalide ? »
« Oui ! »
« Est-ce que vous l’avez faite examiner par le médecin qui s’en occupe ? »
« Euh… Non ! »
« Alors vous devez commencer par ça. Si madame est invalide, la demande de procuration doit être signée par la personne en médecine qui s’en occupe. »

Tu me fucking niaises ?

Après toutes ces démarches et ce niaisage auquel j’ai droit depuis le décès de mon père il y a presque huit semaines, mon humeur commence à entrer dans une phase pas marrante.

« Écoutez ! Il y a douze jours, j’ai commencé par appeler l’infirmière qui s’occupe de ma mère, pour qu’elle l’examine, pour avoir une procuration. Et c’est ELLE, qui m’a dit que je n’avais pas besoin de ça. Que je dois seulement prendre rendez-vous avec un notaire, en présence de ma mère. Et là, vous, aujourd’hui, vous me dites le contraire. Comprenez-moi bien, je ne vous blâme pas, je sais que ce n’est pas de votre faute. Mais moi, chacun me dit de m’adresser à l’autre, et je me retrouve à être la balle de ping-pong pris entre les deux. Alors avant que l’infirmière m’obstine encore une fois comme quoi ce n’est pas sa job à elle, pouvez-vous m’envoyer un mot,. un document, n’importe quoi, que je puisse lui prouver que oui, c’est bien à elle d’examiner ma mère ? »
« Bon ! Je comprends ce que vous dites, monsieur. Je vais référer votre problème à une notaire qui se spécialise dans les questions à ce sujet. Je vais vous inscrire pour un rendez-vous téléphonique. Ce sera jeudi le 12 mars. »

Que- … DANS DIX JOURS ? Mais bon, est-ce que j’ai le choix ? J’accepte ! En raccrochant, je me dis :

« Tabarnak ! À cause de cette sale conne d’infirmière du CLSC, les procédures sont rallongées de plus de trois semaines. Je comprends maintenant pourquoi les appels du CLSC commencent avec un avertissement interdisant toute violence verbale envers leurs employées. Je ne dois pas être le premier qu’ils font chier avec leur incompétence. »

Bon, ce n’est pas tout, ça ! Il faut que je rappelle ma future employeuse. Ce que je fais. Pour tomber sur un message enregistré, me disant d’appeler aux heures de bureau.

Je regarde l’heure. Il est 17h03. Effectivement, l’agence vient de fermer.

Le lendemain, aujourd’hui, j’ai appelé l’agence à toutes les heures. En vain. Je pense que pour mon travail à Rouyn-Norenda, je suis aussi bien d’oublier ça.

Une infirmière qui ne veut pas travailler.
Une employeuse qui ne me fera vraisemblablement pas travailler.
Un bureau de notaire qui a trop de travail.

Décidément, on n’est bien servis nulle part.

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ET C’EST ENCORE À SUIVRE

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 7e partie.

Vendredi le 15 février, cinq semaines après le décès de mon père. Je reçois un appel des assurances. Le testament dit bien qu’il a fait de son épouse, ma mère, sa bénéficiaire. Or, ils n’ont aucune preuve dans le dossier que ma mère est bien son épouse. Je dois donc leur envoyer une copie de leur certificat de mariage. Je le demanderai à ma mère la semaine suivante, lorsque j’irai pour la messe de mon père.

Vendredi le 20 février, six semaines après son décès, je reçois enfin le certificat de décès de mon père. Le fait qu’il s’appelait Pierre, mais a été baptisé Peter, n’a apparemment pas causé de problème à l’état civil. Il est vrai qu’il avait déjà réglé ce problème il y a seize ans, lorsqu’il est tombé en retraite.

Tel que demandé dans son testament, mon père a eu sa messe. Pour ce faire, il a fallu que je réserve l’église, bien que nous n’étions que trois, soit Marcel, ma mère et moi. Ça m’a coûté $650. On aurait été 150 personnes que ça aurait été le même prix. Je me suis renseigné auprès du salon funéraire, puisqu’ils ont des petites chapelles plus intimes. Mais eux, leur tarif était $1000. Aussi bien me payer l’église et épargner $350.

Ayant récupéré le certificat de mariage de mes parents, j’en ai envoyé copie aux assurances. Et j’ai envoyé copie du certificat à Retraite Québec (ex Régie des Rentes du Québec) avec les documents requis pour que A) Ils cessent de verser une pension à mon père. et B) Ils versent une pension de veuve à ma mère.

Parlant de ma mère. Sa condition mentale / cognitive est assez unique, car je n’en ai pas encore vu de semblable durant mes années en tant que préposé aux bénéficiaires. Elle est consciente de ses pertes de mémoires. Elle le dit souvent « C’est donc frustrant ! Le passé, je me rappelle de toutte. Mais le présent, ça me reste pas en tête. J’ai conscience qu’aujourd’hui j’arrête pas de te demander où on va. Mais je ne me rappelle jamais de ta réponse. » Si je dis que c’est unique, c’est que je suis plutôt habitués à des gens qui nient avoir oublié. Tandis qu’elle, elle se souvient d’avoir oublié.

Cependant, elle me raconte deux situations irréelles. La première : « Après que tu sois né, on a essayé de te cacher de moi pendant dix-huit ans. Mais je le savais que j’avais accouché. Ils ont essayé de me faire dire que t’existais pas, mais je le savais que j’avais eu un fils. » ... Et malgré le fait qu’elle y croit, elle se souvient de plein d’anecdotes de mon enfance.

Je l’écoute sans la contrarier. Mais tout de même, ça ébranle.

L’autre truc faux qu’elle affirme : « Dans le placard, c’est plein d’urnes funéraires. J’ai dit à la direction d’enlever ça de ma chambre, ça n’a pas d’affaire là. Mais ils ne font rien. » Plutôt que de la contredire, je lui ai répondu que j’avais moi-même demandé à ce qu’ils les enlèvent. Et j’ai ouvert la porte du placard, pour lui montrer qu’il n’y a là que les produits de ménage. Rassurée, elle a refermé la porte. Puis, elle est allée se coucher, Mais au moment où j’allais partir, elle m’a dit : « Qu’est-ce tu vas faire, pour qu’ils enlèvent les urnes dans le placard ? Ça n’a pas d’affaire là ! » Ça faisait 10 minutes que je lui avais montré qu’il n’y avait pas d’urnes, et elle repart là-dessus.

Quelques jours plus tard, je reçois un appel de Retraite Québec. Ils veulent parler à ma mère. Je leur explique que dans son état cognitif, c’est moi qui doit s’occuper de ses affaires. Ils m’apprennent que pour faire ça, je dois recevoir une procuration. Et pour ce faire, je dois faire tester ma mère afin qu’elle soit déclarée invalide, ou du moins incapable de s’occuper de ses affaires.

Je vais voir la direction de la résidence où elle loge. On me dit que pour ça, je dois contacter le CLSC où travaille l’infirmière qui s’occupe de ma mère.

Je contacte le CLSC et je parle à l’infirmière qui s’occupe de ma mère. Elle me dit que cette demande doit être faite par la travailleuse sociale qui s’occupe de ma mère..

Je contacte la résidence où ma mère loge pour leur demander les coordonnées de sa travailleuse sociale.

La travailleuse sociale me dit que pour avoir une procuration, il ne faut pas la faire déclarer inapte par son infirmière. Il suffit tout simplement de prendre un rendez-vous avec un notaire, et d’aller le rencontrer avec ma mère, afin que ce soit elle qui demande une procuration, en me mettant responsable de ses affaires.

J’appelle le notaire. Je tombe sur un genre de triage. On me demande la raison de mon appel. Je leur explique. On me dit que, très bien, ma demande est faite. D’ici cinq jours ouvrables, un ou une notaire spécialisée en procuration devrait me rappeler pour discuter de la date de rendez-vous et des tarifs.

C’est donc encore à suivre.

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 6e partie.

Par courriel, je fournis les documents et renseignements demandés au bureau du notaire. Le dossier étant complété, ils peuvent amorcer la recherche testamentaire auprès de l’Ordre des Notaires, ainsi qu’à l’Ordre du Barreau du Québec. Une procédure qui peut prendre de quatre à huit semaines.

Dans le billet précédent, j’explique que la direction de l’État Civil a besoin du certificat de naissance de mon père, avant de pouvoir me produire son acte de décès. Je fouille dans les documents que j’ai empruntés à ma mère et je le trouve. Mais là, coup de théâtre…

Mon père, qui a toujours été connu et enregistré au Québec sous le nom de Pierre Johnson, s’appelle en fait Peter Johnson.

Il y a une explication. Et celle-ci implique le genre d’histoire de famille qui était vue comme étant honteuse dans les années 40 et 50. Elle commence avec mon arrière-grand-père paternel, Georges-Ernest Lussier.

Dans les années 1910, à une époque où il était coutume d’avoir de quatre à douze enfants, Georges-Ernest n’a pu en faire qu’un seul. Ça avait rapport avec un problème de santé, bien que nous n’en savons pas plus. Cet enfant, un fils, fut baptisé René Lussier.

Rendu adulte, René était un intellectuel aussi rusé qu’intelligent, doublé d’un chaud lapin. Entré dans l’armé comme simple soldat, il se hissa rapidement au grade de Capitaine. Lorsque la guerre éclata, il se retrouva à Saint-Jean-de-Terre-Neuve. Officiellement, il faisait partie de la première ligne de défense, si jamais Hitler ou Hirohito traversait l’Atlantique. Mais dans les faits, il se la coulait douce.

Bel homme dont le charme était appuyé par son prestige de Capitaine, il avait trouvé le truc parfait pour avoir du sexe à loisir, sans être obligé de perdre sa liberté en se mariant. Il organisait des soirées dansantes. Il repérait les plus belles femmes qui accompagnaient leurs maris soldats. Quelques jours plus tard, il envoyait la compagnie de ce soldat faire des manoeuvres pendant quelques semaines de l’autre côté de l’ile. Puis, il allait tenir compagnie à ces femmes esseulées. Et c’est comme ça qu’il mis enceinte Mildred Tucker, mariée à un soldat dont nous ne connaissons rien, sinon son nom de famille, Johnson.

À l’époque, on n’avortait pas. La grossesse était menée à terme, et l’enfant illégitime était confiée à l’état, aux orphelinats. D’où le fait qu’il n’y a aucune mention de René en tant que père sur le certificat. Les Johnson étant anglophones, mon père fut baptisé Peter.

Un mois plus tard, l’histoire ne dit pas comment, mais Georges-Ernest appris l’existence de ce petit-fils. Sachant que ce n’est pas avec un fils irresponsable come René qu’il va pouvoir assurer sa descendance. Georges-Ernest se rendit à Terre-Neuve, ou il retraça Peter, qu’il adopta. Il le ramena chez lui, sur la rue Saint-Charles, à Mont-Saint-Hilaire. Pour éviter que ça jase dans le village, il révéla jamais que son nom était Peter Johnson. Surtout à une époque où il était coutume de détester les maudits Anglais. Il le présenta plutôt comme étant Pierre Lussier. Et c’est sous ce nom qu’il l’inscrivit, quelques années plus tard, à l’école.

Une fois de temps en temps, René venait visiter sa famille, et par le fait même son fils Pierre. Mais ce ne fut qu’à la majorité de Pierre, à 21 ans à cette époque, que René le reconnut enfin comme son fils.

Le problème, c’est que maintenant majeur, au registre de l’état, son nom était Johnson. Et pour travailler, c’est sous ce nom qu’il devait légalement gagner sa vie. Cependant, nulle mention ne fut faite au sujet du prénom Peter. Il resta donc Pierre. Cependant, après deux décennies à le connaître comme étant un Lussier, les voisins et connaissances avaient de la difficulté à accepter cette transition vers Johnson. On avait beau être en 1965, époque de la libération des moeurs, ça en faisait quand même un bâtard aux yeux de tous.

En 1966, Pierre rencontra Louise. En 1967, ils se sont mariés. En 1968, je suis né. Et en 1969, à son décès, Georges-Ernest légua la maison à Pierre. Ce qui fit de moi la 4e génération de la famille à y avoir habité.

En 2009, à 65 ans, mon père a atteint l’âge de la retraite. Pour avoir droit à une pension, il devait fournir à l’État une copie de son certificat de naissance. Le notaire Handfield l’a fait venir de Terre-Neuve. Et c’est là qu’il a appris que tout ce temps-là, son prénom véritable était Peter. Ayant été connu comme Pierre toute sa vie, et surtout enregistré officiellement comme tel à l’État, il garda ce prénom.

S’il a pu avoir droit à sa pension, malgré les prénoms qui ne correspondent pas, je suppose ça ne devrait pas poser de problème pour obtenir son certificat de décès. Enfin, j’espère ! Comme ça, ma mère aura droit à sa pension de veuve et à l’assurance vie de mon père. Et on pourra ouvrir un compte de succession, où je pourrai y déposer ce mystérieux chèque de $ 840 au nom de Héritiers de Pierre Johnson. Et elle pourra recevoir tout argent contenu dans le compte de banque de mon père, ainsi que de leur compte conjoint.

En rendant à ma mère les documents de famille, j’en profite pour m’occuper de son courrier. Et je constate quelque chose d’aberrant en lisant son plus récent relevé d’opérations de la Caisse Desjardins. Voyez ces lignes que je blanchis.

Son loyer est de $ 2 785. Elle reçoit $1 240 de pension. Ce qui signifie que chaque mois, elle est déficitaire de $1 545. Bon, ici, elle a eu d’autres dépots totalisant $688, ce qui diminue la perte de décembre 2025. Mais il s’agit de dépots trimestriels.

Si c’est comme ça depuis qu’elle est placée dans cette résidence, ça fait un an et demi que ça dure. Depuis le temps, la différence entre ce qu’elle reçoit et ce qu »elle paie se monte à $27 801, qu’elle a payé avec ses économies. Il ne lui reste plus que $14 654. À ce rythme, il ne reste plus que neuf mois avant que le déficit fasse qu’elle se retrouve sans le sou.

Et même lorqu’elle recevra l’argent de l’assurance-vie, et le peu qu’il doit y avoir dans le compte de mon père et le compte conjoint, ça ne fera que retarder l’échéance de quelques mois. Dans deux ans maximum, ce sera fini.

Il ne me reste plus qu’à espérer que les choses ne retardent pas trop à l’État Civil, à cause des prénoms Peter et Pierre. Parce que tant que je n’ai pas tous les documents requis, je ne pourrai pas arranger ça. Déjà que je ne sais pas où aller ni comment faire, je ne sais même pas à qui m’adresser pour l’apprendre. La recherche promet d’être mouvementée.

_______
À SUIVRE

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 5e partie.

Tandis que je suis à Québec, je reçois ce courriel de JP, mon ex-beau-frère, qui loge dans mon appartement officiel dans la ville de Saint-Jean-Baptiste.

L’enveloppe est adressée à « Les héritiers de Pierre Johnson » ... Il ne peut s’agir que du certificat de décès de mon père.  (L’autre lettre, c’est mon relevé mensuel de la banque RBC.)

Le lendemain, un petit trois heures de route plus tard, j’arrive chez moi pour constater qu’il y a une seconde enveloppe gouvernementale qui m’attend.  J’ouvre la première.  C’est effectivement une lettre du Registre de l’État Civil, Service de l’Inscription des Décès.  Mais c’est pour me demander de leur envoyer le certificat de naissance de mon père.  Parce que oui, il semblerait que pour déclarer qu’il est décédé, il faut d’abord prouver qu’il est né.  Je devrai donc aller voir ma mère pour fouiller de nouveau dans ses dossiers.

J’ouvre la seconde enveloppe.  Il s’agit d’un chèque gouvernemental au montant de $840, qui comporte mon adresse, mais pas mon nom.  Car là encore, la mention est Hériters de Pierre Johnson.  Je regarde le document joint.  Ce provient de Retraite Québec, de la Régie des Rentes du Québec. Je ne prendrai pas ma retraite avant juillet 2033.  Alors pourquoi est-ce qu’ils m’envoient ça ? 

Je lis le document qui y est rattaché.  Ça parle de comment avoir accès à Mon Dossier en ligne, et comment m’inscrire au dépôt automatique pour les prochaines prestations.  Et c’est tout ! Mais là…  Est-ce pour moi ? Est-ce pour ma mère ?  Est-ce un paiement unique ou bien il y en aura d’autres ?  Est-ce la pension de veuve de ma mère ?   Qu’est-ce que je fais avec ça ?

Si mon raisonnement est exact, je ne dois pas être la première personne dans l’Histoire du Québec à avoir perdu son père.  Donc, logiquement, les banques ont sûrement déjà vu ce type de chèque.  Ils vont pouvoir me renseigner.  

Parlant de perdu son père, je fais un crochet à Beloeil, aux Salons Funéraires Demers pour récupérer ses cendres. Puis, toujours à Beloeil, je me rend à la RBC, à la succursale où je fais affaire.  Et oui, ce type de chèque, la caissière a déjà vu ça.

« C’est un chèque de succession, Monsieur.  Il doit être déposé dans le compte de succession. »

Compte de succession que je pourrai ouvrir à la Caisse Desjardins, dès que j’aurai le certificat de décès de mon père.  Certificat qui ne sera émis qu’après que j’aurai envoyé au Registre de l’État civil son certificat de naissance.  Certificat de naissance que possède ma mère.  Mère que je dois amener à Desjardins pour qu’ils lui fassent une nouvelle carte de guichet.  La piste commence à tourner en rond, mais au moins elle avance.

Je vais à Longueuil, à la résidence où habite ma mère.  Je fouille dans les dossiers de famille et je trouve les documents requis. J’amène ma mère à Beloeil, à sa succursale de Desjardins. Je déclare sa carte perdue ou volée, et je lui en demande une nouvelle. Je montre les documents d’identification requis, et… On m’apprend que ma mère n’a jamais eu de carte de guichet pour son compte personnel.  Je sursaute.

« Hein !? Ben voyons donc ! Je ne peux plus compter le nombre de fois qu’elle est venue ici, dans cette succursale, aux guichets, retirer, déposer et mettre à jour son livret. Je le sais, j’étais là ! »

La caissière vérifie de façon plus approfondie.  Et elle y fait une découverte.

« Est-ce que Madame a perdu son mari dernièrement ? »
« Oui, il y a trois semaines. »
« D’accord !  Alors je vois ici trois comptes relatifs à Madame.  Son compte personnel, le compte de son mari, et leur compte conjoint. »
« D’accord ! »
« Madame n’a jamais eu de carte de guichet pour son compte personnel, car elle a toujours effectué ses opérations avec le compte conjoint. »

Ma mère aurait donc un compte secret qu’elle ne touchait jamais ?  C’est quoi ce délire ?

« Ah bon !?  En tout cas, n’empêche que sa carte de ce compte-là a disparue. »
« Si ça peut vous rassurer, je vois qu’il n’y a pas eu d’opérations faites avec la carte depuis avril 2024. »

Ce qui correspond à quand elle a été placée en résidence. On ne saura donc jamais où ni quand est-ce qu’elle a perdu la carte. Mais au moins, personne ne l’a utilisée.

« Bon !  Alors je suppose qu’avec la nouvelle carte, elle va pouvoir accéder à ses deux comptes. »
« Malheureusement, nous ne pouvons pas lui faire d’une nouvelle carte pour le moment. »
« Hein ? Comment ça ? »
« À cause du décès, le compte de Monsieur a été verrouillé. »

Effectivement, c’est moi-même qui suis venu pour le demander, il y a quelques jours. Mais je ne vois pas le rapport avec le compte de ma mère. La caissière explique.

« Le compte conjoint s’est retrouvé automatiquement verrouillé, puisqu’il porte également le nom de Monsieur. Et puisque le nom de Madame est maintenant associé à un compte verrouillé, alors pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons pas lui émettre une nouvelle carte. »
« Pas même pour son compte personnel ? »
« Pas même pour son compte personnel. »

Donc, si je comprends bien, si ma mère et moi avons à faire face à ces nouvelles complications, c’est parce que j’ai fait ce que j’avais à faire, en venant déclarer mon père décédé. Génial !

« Ok ! Alors il va se passer quoi, maintenant ? Ma mère ne pourras plus jamais avoir une carte de guichet de sa vie ? »
« Oh, non, rassurez-vous !  Nous attendons simplement que vous nous apportiez les documents nécéssaires pour pouvoir ouvrir un compte de succession.  C’est à dire le certificat de décès de votre père, votre déclaration de naissance, le certificat de mariage de vos parents, le testament, ainsi que l’attestation qui prouve que vous avez fait votre recherche testamentaire auprès de la Chambre des Notaires, ainsi qu’à l’ordre du Barreau du Québec. »

Incroyable ! Ça n’en finit plus !

« Ensuite, une fois les transferts effectués entre les héritiers inscrits au Testament, et une fois que le compte conjoint et le compte de Monsieur seront fermés, Madame pourra obtenir sa carte de guichets. »

Donc, tant et aussi longtemps que je n’ai pas tous les documents requis pour ouvrir un compte de succession, il m’est impossible de déposer le chèque de $ 840, pas même dans le compte personnel de ma mère.

Qu’est-ce qu’on rigole !

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BIENTÔT : Le service funèbre à l’église.

Les Pompes Funestes ; une tragicomédie. 4e partie

Dans le billet précédent de cette série, j’explique toutes les vaines démarches que j’ai entrepris afin de retrouver ma mère, logée en résidences pour personnes semi-autonomes. N’eut été de Marcel, un ami de la famille qui m’a appelé pour me faire ses condoléances pour le décès de mon père, et qui savait où ma mère avait été placée, je la chercherais encore, car…

Le lendemain de mes plus récentes démarches, je devais recevoir un appel de la dernière travailleuse sociale à s’être occupée de mon père. Ainsi que de Santé Montérégie, section de la santé mentale et dépendance. Aujourd’hui, trois semaines plus tard, alors que j’écris cet article, ni l’un ni l’autre ne m’a contacté.

Le 16 janvier, soit deux jours après m’avoir appelé, Marcel m’amène à la résidence, et je revois ma mère pour la première fois depuis trois ans. Heureux hasard : ce 16 janvier 2026, c’est le jour de son 80e anniversaire. Elle est très heureuse de me revoir. Elle n’arrive pas à croire qu’elle a déjà 80. Elle me posera d’ailleurs la question quatre fois en une heure.

Une autre chose qu’elle a de la difficulté à saisir ; le fait qu’elle est veuve. À trois reprise, elle me redemande.

« T’as-tu dit que Pierre est mort ? »

À chaque fois, avec patience, je lui réexplique les circonstances de son décès, comme si c’était la première fois que je le lui récitais. À tout coup, elle répond :

« Pauvre Pierre ! La dernière fois que je l’ai vu, il m’a regardé pendant un bon cinq minutes. Puis, il a dit « Ma Loulou ! » (Elle s’appelle Louise) … Puis, il n’a plus jamais reparlé. »

L’infirmière-cheffe de la résidence me prend à part et m’explique la situation. En 2023, peu après que mon père ait perdu son permis de conduire à cause de son état cognitif qui en faisait un danger sur la route, son état s’est dégradé, au point où il a fallu le placer en CHSLD. Or, depuis les 2-3 années précédentes, la vie de ma mère se résumait à s’occuper de lui. À partir du moment où mon père est parti, elle n’avait soudainement plus rien à faire de ses journées. Sans devoir le lever, elle ne se levait pas. Sans le diriger à la douche, elle ne se lavait plus. Sans devoir lui dire de s’habiller, elle ne se changeait plus. Sans devoir lui faire à manger, elle ne cuisinait plus. En s’occupant de lui, elle s’occupait d’elle-même par extension, ce qui la gardait active physiquement et mentalement. En perdant son mari, elle perdait du coup son autonomie. Il a fallu la placer en résidence.

À l’époque, alors que j’étais en Gaspésie, effectivement, j’avais reçu l’appel d’une travailleuse sociale pour me demander si je consentais à ce qu’ils envoient ma mère en centre. Et qu’elle allait me rappeler pour me dire où elle sera placée. Je n’ai jamais reçu ce 2e appel. Voilà pourquoi j’ai eu tant de problèmes à la retracer.

J’ai rapidement constaté le changement en elle. Elle est sur le neutre, faute d’une meilleure expression. Si on lui parle, elle a une conversation normale. Mais sinon, elle reste silencieuse. Si on lui dit quoi faire, elle le fait bien volontiers. Sinon, elle reste immobile. Si on lui demande si elle a faim, elle dira que non. Mais si on lui sert une assiette pleine, elle mange de fort bon appétit.

Elle a aussi perdu tout filtre. Avant, par politesse, ma mère pouvait bien s’entendre avec une personne. Puis, dans son dos, en raconter les pires choses. Maintenant, lorsque ses voisines du centre l’approchent pour l’inviter à partager leur table ou bien jouer aux cartes, elle leur répond franchement « Non, ta face d’hypocrite mangeuse-de-marde me revient pas. » Ma mère a toujours eu le jugement facile et gratuit. Mais là, elle ne s’en cache plus.

Une chose qui n’a heureusement pas changé, c’est son classement méthodique. Dans ses dossiers, je retrouve rapidement copies de leurs assurance-vie, et surtout de leurs testaments. Ce dernier point me réjouis, puisque ça signifie que je n’aurai pas à payer $901 inutilement pour que le notaire fasse une recherche à la Chambres des Notaires ainsi qu’au Barreau du Québec pour le retrouver.

Parler d’argent me fait réaliser un truc : Mes deux parents ont des comptes à la Banque Nationale ainsi qu’à Desjardins. Maintenant que mon père est décédé, il faudrait transférer le contenu de ses comptes dans ceux de ma mère. Celle-ci me donne son portefeuille, et je fais une constatation inquiétante : ses cartes de guichet ont disparu. Alors… Perdues ? Volées ? Une chose est sûre, je dois agir vite, bien que je crains qu’il soit déjà trop tard.

Je me rends à la succursale de Desjardins à Beloeil, celle de mes parents. J’explique la situation. On me répond :

« Puisque votre père est décédé, nous devons geler son compte. Ensuite, il faudra ouvrir un compte de succession, dans lequel l’argent sers transféré. Ensuite, il sera réparti entre les compte de ses héritiers. »
« Ah !? euh, ok ! »

Elle me dit ensuite que pour ouvrir le compte de succession, je dois leur apporter les documents suivants:

  • La déclaration de décès de mon père.
  • Ma déclaration de naissance, pour prouver que je suis bien le fils de mon père.
  • Le certificat de mariage de mes parents.
  • Le testament.
  • Une attestation de notaire, prouvant que fut effectuée une recherche testamentaire auprès de la Chambre des Notaires, ainsi que du Barreau du Québec.

… Phoque !

Ça signifie que je n’y échapperai pas : je devrai payer $901 pour que se fasse cette recherche.

« Et pour ce qui est de la carte de guichet de ma mère ? »
« Si madame le peut, qu’elle vienne ici, et on va lui en refaire une. »

Ce qui devra attendre à la semaine prochaine, car je dois retourner à Québec. De toute façon, je dois attendre de recevoir le certificat de décès, donc rien ne presse. En attendant, je donne mon OK au notaire pour que s’effectue cette recherche inutile qui me coûtera $901.

Trois heures de route plus tard, j’arrive chez moi, à Québec. Je n’ai même pas encore enlevé mon manteau que le téléphone sonne.

« Monsieur Johnson ? Ici le Salon Funéraire Demers. C’est pour vous dire que vous pouvez venir passer prendre les cendres de votre père à notre succursale de Beloeil. »

Beloeil ? Mais j’en reviens !

J’ai comme une impression de déjà vu.

Encore heureux que je ne sois plus en Gaspésie, ce qui signifiait de 8 à 9 heures de route.

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À SUBIR

Les Pompes Funestes ; une tragicomédie. 3e partie

Mercredi le 14 janvier.
La travailleuse sociale de mon père ne sera disponible que demain. En attendant, je ne reste pas les bras croisés. Je parcours Google, à la recherche de quelque chose qui puisse m’aider à retracer ma mère. À tout hasard, je me dis qu’il existe peut-être une centrale des résidences pour personnes âgées au Québec. Je tombe sur exactement ça : Résidences Québec. Je leur écrit.

« Bonjour.
Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales. Voici son nom et sa date de naissance.
« 

Quelques minutes plus tard, je reçois confirmation.

Et dix minutes après, on m’appelle. On me dit qu’ils n’ont personne du nom de ma mère parmi leurs résidents. On me précise que Résidences Québec est un répertoire de résidences privées. Alors si elle n’habite pas au privé, ça signifie qu’elle est au public, donc dans un CHSLD. On me conseille de consulter le CLSC de sa région. J’explique que je l’ai fait hier, mais qu’à cause de la Loi 25, ils ne peuvent pas me donner cette information, aussi illogique que ça puisse être. Elle me suggère donc la Curatelle Publique. Ou mieux encore, Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie Est. Je la remercie et je raccroche.

Je commence par la curatelle publique. Je trouve la page de demande de renseignement. Je remplis la fiche et la demande.

« Bonjour.
Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales. Voici son nom et sa date de naissance.
« 

Une heure et demie plus tard, j’ai un appel.

« Allo ? »
« Bonjour monsieur Johnson. Mon nom est Yasmine et je vous appelle de la curatelle publique. »

Elle me demande si le nom et la date de naissance de ma mère, tels qu’inscrits dans mon courriel, sont exact. Je le confirme.

« Malheureusement, votre mère n’est pas inscrite dans notre base de données. Je vous souhaite bonne chance dans vos recherches. »

Ok alors, va pour le CISSS de la Montérégie Est. Je trouve les coordonnées sur Google. Ce qui me permet de constater que …

« Tu me fucking niaises ? Leurs bureaux sont situés à l’hôpital Honoré-Mercier de St-Hyacinthe ? J’aurais donc pu me renseigner dès le départ LÀ OÙ MON PÈRE EST MORT ? »

Incroyable !

Puisque je suis à Québec, je ne vais pas faire encore 2h30 de route vers St-Hyacinthe. Je clique sur le lien du site web, que je parcours à la recherche d’un numéro où les appeler. Mais d’un lien à l’autre, je finis par me faire suggérer le 811, option 2, info social. J’appelle. Après un quart d’heure d’attente, on me répond.

« 811 info social, mon nom est Fatima, comment puis-je vous aider ? »
« Bonjour. Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales.« 
« Est-ce que vous habitez à Québec ? »
« J’y suis présentement, mais mon adresse officielle est à St-Jean-Baptiste. »
« Et votre mère, résidait-elle à Québec ? »
« Non, à Beloeil. »

Étant donné que j’appelle de Québec, il semblerait que je me suis automatiquement retrouvé aux services de la ville de Québec. On me transfère donc à l’équivalent, mais situé dans la ville de Beloeil. Mais avant, elle me demande :

« Sinon, de votre côté, est-ce que vous avez besoin de soins ? Ressentez-vous de la déprime ou bien des idées suicidaires ? »
« Hein ? Moi ? Non ! Je suis bien correct ! Je suis préposé aux bénéficiaires, alors j’en ai vu d’autres. »
« D’accord ! Alors je vous transfère. »

Et c’est reparti pour l’attente, qui dure cette fois 1h34.

« Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie Est. Mon nom est Membayé. Comment puis-je vous aider ? »
« Bonjour. Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales.« 

Il me pose quelques questions. La première étant de savoir s’il y a en ce moment contre moi une raison légale ou judiciaire de ne pas avoir de contacts avec elle. Je le rassure que non.après quelques autres échanges, il me dit qu’il n’a pas accès à ces renseignements. Mais que je dois appeler à Santé Montérégie, section de la santé mentale et dépendance.

« Vous ne parlerez pas à un être humain. Ce sera un répondeur. Vous devrez donner la raison de votre appel. Le nom de votre mère et sa date de naissance. Le nom de votre père, sa date de décès, et le nom de sa travailleuse sociale. Enfin, votre nom et numéro de téléphone. Dans les 24 heures, vous aurez droit à un retour d’appel. Avez-vous un papier et un crayon ? »
« Oui ! »
« Parfait. je vous donne leur numéro de téléphone. »

J’ai noté. J’ai appelé. J’ai dit tout ça. Il ne me reste plus qu’à attendre demain les rappels de la travailleuse sociale de mon père, ainsi que du préposé de Santé Montérégie. Ce fut beaucoup de travail. Mais au moins, là, j’ai doublé les chances de retracer ma mère.

Et là, DÉNOUEMENT INATTENDU !
Une heure après avoir terminé le dernier appel, j’en reçois un autre.

« Allo ! »
« Stéphane ? J’m’appelle Marcel, chus un ami de ton père. J’ai appris pour Pierre. Mes condoléances. »
« Merci ! »
« J’va aller voir ta mère tantôt, faut que j’y annonce ça délicatement. »
« Que… VOUS SAVEZ OÙ EST MA MÈRE ? »


Non seulement il le sait, c’est lui qui possède tous leurs documents, et qui a récupéré leurs possessions. Incluant le portefeuille de mon père ainsi que toutes ses cartes. Il me dit que ma mère réside aux Habitats Lafayette de Longueuil. Je prend le nom en note pour chercher l’adresse plus tard sur Google. Il me donne les deux numéros d’assurance sociale de mes parents. Pour la date de mariage, il va le demander tantôt à ma mère, et il me rappellera. Ce qu’il fit. Alors voilà, enfin, j’ai tout ce qu’il faut pour que commencent les procédures légale du certificat de décès et de la succession.

Ce qui signifie que j’aurai passé les derniers 48h à me démener comme un malade, et ce absolument pour rien, puisque je n’avais qu’à rester évaché sur mon cul à attendre l’appel de ce Marcel dont j’ignorais l’existence.

Mais attendez, ce n’est pas tout.
Vous savez, les Habitats Lafayette où réside ma mère ? Voici leur page web, que j’ai cherché pour en obtenir l’adresse.

Vous voyez ce qu’il y a d’écrit en haut à gauche ? RÉSIDENCES QUÉBEC. Ce même Résidences Québec qui, au tout début de mes recherches d’aujourd’hui, m’a appelé pour m’affirmer que ma mère ne faisait pas partie de leurs résidents.

Ce qui signifie que je m’enlignais pour passer encore des jours, des semaines, des mois, à rechercher ma mère dans le système public. Système public dans lequel je ne ne l’aurais évidemment jamais trouvée, puisqu’elle était au privé.

La voilà, la manière on est servis, dans le domaine de la santé, au Québec.

Il aura fallu qu’un simple citoyen que je ne connaissais pas, décide comme ça, par hasard, de m’appeler pour me faire ses condoléances, pour que tous mes problèmes se règlent, là où deux jours de recherches, de déplacements et d’appels auprès des autorités dites « compétentes » n’ont rien donné.

Incroyable !

Mais bon, peu importe comment le problème a pu se régler, l’important, c’est que le problème a pu se régler.

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À CONCLURE