Sur quelle planète est-ce que je vis? Ou: Explication logique pour une existence faite de rebondissements extrêmes.

Il y a 23 ans, lorsque je travaillais en support technique pour la page web d’Air Canada, on m’a appris que pour chaque personne qui pose une question ou fait un commentaire, il y en a 50 à 100 autres qui pensent la même chose mais qui ne le disent pas.  Dans une telle optique, ça voudrait dire qu’il doit bien y avoir de 300 à 600 personnes qui me regardent aller en se demandant bien comment est-ce que je fais pour avoir une vie aussi anormale. 

Prenez juste l’année 2020 qui s’achève.  J’ai eu cinq boulots. J’ai habité à neuf endroits.  Je suis retourné aux études.  J’ai été itinérant pendant 40 jours. Je suis redevenu obèse (selon la charte de masse corporelle et de poids), puis de nouveau athlétique.  Barbu puis glable.  TDAH puis médicamenté.  Support technique, préposé aux enfants handicapés, étudiant, préposé aux bénéficiaires, préposé aux résidents.  Fiancé, célibataire.

Il est vrai que l’année 2020 a été exceptionnellement négative pour la plupart du monde.  Mais dans mon cas personnel, personne ne peut nier que j’ai vécu plus de rebondissements qu’une série télé ou un roman.  En fait, même une série-télé ou un roman ne mettrait jamais autant de détails dans sa saga.  Et surtout pas en une seule saison.  À moins d’être une comédie extrême ou une parodie.  Parce qu’il faut bien se l’avouer, ce que je vis, c’est juste trop exceptionnel pour être réaliste.  Et pourtant, c’est la réalité. 

Et ceci fait que, depuis plusieurs années, les gens qui me lisent sur le net ou me voient aller dans la vraie vie, me servent des questions et/ou des commentaires dans lesquels ils expriment qu’ils me trouvent bizarre. 

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Il y a deux ans, lorsque je croyais que ma vie était enfin devenue normale.

Ce n’est pas étonnant qu’ils pensent ça de moi et de ma vie.  Parce que la norme, surtout pour un homme dans la cinquantaine, c’est la stabilité.  En général, à mon âge, on a eu deux, maximum trois carrières longues et stables.  On a eu une, maximum deux conjointes, dans des relations longues et stables.  Des conjointes sérieuses, avec une tête sur les épaules.  La moitié de ces hommes ont eu deux, maximum quatre logements / maisons / condos.  Ils ont un véhicule, un bout de terrain, un revenu stable et confortable.

Alors pourquoi est-ce que dans mon cas personnel, la vie n’est que chaos, instabilité et simplicité involontaire?  D’habitude, lorsque quelqu’un a une vie aussi mal foutue, c’est parce que c’est une personne à problèmes.  Problèmes d’alcool, de drogues, de jeu.  Problème psychologique.  Peu ou pas d’éducation, de logique, de débrouillardise, d’intelligence.  Repris de Justice.  Lâche, paresseux, négatif, défaitiste, dépressif. 

Les gens qui m’entourent et/ou qui me lisent voient bien que je ne suis rien de tout ça.  Au contraire, je suis réfléchi, logique, sobre, positif, courageux, vaillant, tenace.  Pas étonnant que ces gens ne comprennent pas comment je me retrouve sans cesse dans de telles situations.

Il y a une explication logique et celle-ci tient en deux mots : Maturité tardive.  Car en effet, jusqu’à mes 25 ans, j’étais un con.  J’ai fini par m’en rendre compte et j’ai beaucoup travaillé sur moi-même afin de cesser d’avoir les comportements qui me sabotaient à tous les tournants.  Malheureusement, rendu à cette période de ma vie, j’avais déjà tellement pris de mauvaises décisions, que celles-ci allaient me valoir des conséquences négatives pour les trente années qui allaient suivre. 

Oui, 25 + 30 = 55, alors que j’ai 52 ans.  C’est que j’estime que j’en ai pour encore environs trois ans avant que mon passé cesse définitivement d’influencer ma vie à la négative. 

Ce qui va suivre n’est ni une plainte ni une justification ni de la victimisation.  C’est une explication.  Avis tout de même aux âmes sensibles et aux bien-pensants ; attendez-vous à vous sentir agressés par certaines de mes déclarations.  Il se trouve que la vraie vie n’est pas politiquement correcte.  J’ai vu ce que j’ai vu, j’ai vécu ce que j’ai vécu, et les faits sont les faits.

Donc…

Lorsque mes projets échouent, mon premier réflexe a toujours été de me regarder en premier.  De trouver où se situait mon erreur de jugement. De voir ce que j’ai bien pu dire ou faire pour m’attirer tel ou tel problème.  Car s’il est une personne qui a passé sa vie à apprendre de ses erreurs, c’est bien moi. Ce blog le prouve. En douze ans d’existence, je ne cesse d’y publier des billets dans lesquels je raconte de long en large ce qui n’allait pas chez moi, et ce que j’ai fait pour m’améliorer, et ce à tous les niveaux.  Pour les curieux, j’ai mis des liens vers ceux-ci en bas de cet article. 

Cependant, ce sera la première fois que je vais parler de mon manque de maturité, et que j’expliquerai pourquoi et comment est-ce que ça a gâché plus de la moitié de ma vie, la presque totalité de ma vie adulte.

Qu’est-ce que je veux dire par manque de maturité?  En langage clair, enfant, ado et jeune adulte, je me foutais de tout et de tout le monde.  Jusqu’à mes 25 ans, tout ce que je voulais, c’était m’amuser, rire, baiser, et devenir riche et célèbre en y mettant le moins d’effort possible. Voilà pourquoi je me voyais artiste. Faire quelque chose qui me plait et qui demande peu d’efforts, rendre la chose publique, des millions de personnes vont aimer ça, ça fera de moi un multimillionnaire. Comme plan de carrière, difficile de faire plus simple. J’avais déjà du talent en dessin et en rédaction, et puisque tout le monde aime l’humour, moi le premier, bien voilà! Je ferai n’importe quoi, pourvu que ça transmette mon humour: Auteur, bédéiste, scénariste, gagman, humoriste…

Jusqu’à mes 25 ans, j’étais pauvre, maigre, faible, laid, d’une famille qui avait mauvaise réputation dans mon village d’origine.  Et sans pour autant être totalement idiot, mon TDAH me rajoutait de la difficulté d’apprentissage à l’école, ce qui m’a laissé sans diplôme à la fin de mon secondaire, car j’étais en retard de deux ans en maths. Pas grave; je me suis inscrit au cégep en Arts et Lettres, là où les maths ne sont pas un prérequis. J’y suis allé deux sessions, que j’ai abandonné et coulé parce que ça s’est avéré beaucoup plus difficile que je le croyais. De toute façon, seule la vie sociale y avait de l’importance à mes yeux. Je n’en avais rien à foutre, de ne pas être diplômé. J’étais convaincu que mon talent d’artiste et d’humoriste allait me rendre immensément riche. 

Mon comportement était un réflexe compensatoire.  Se prendre pour un plus-que-tout, c’est un réflexe classique qu’ont certaines personnes afin de survivre au sentiment de n’être qu’un moins-que-rien.  Et l’une des manières de se sentir supérieur aux autres, c’est en rabaissant les autres plus bas que soi.  Ainsi, mon humour se concentrait particulièrement sur le dénigrement d’autrui.  Et puisque j’ai toujours eu le don de pouvoir détecter le moindre défaut de chaque personne avec une étonnante exactitude, je me servais tout naturellement de ça comme base pour faire des blagues, textes et dessins à leur sujet.  Le genre d’humour qui apporte beaucoup plus de malaise que d’amusement.

Je ne m’en rendais pas compte, mais j’avais l’humour kamikaze.  Mes cibles premières étaient ce qui m’entourait : Ma ville, mes écoles, mes boulots, mes activités, ma parenté, mes amis, mes collègues, mes professeurs, mes copines et mes conjointes.  Ce besoin de rire des autres et de les rabaisser était tel que lorsque j’étais en classe, je n’hésitais pas à saboter un travail ou un devoir, si ça pouvait me donner une opportunité de donner l’impression aux autres que le prof, le travail ou le devoir était stupide.  Même si ça signifiait échouer.   Et je ratissais large.  Tout ce qui était aimé et populaire, je le prenais comme cible, pour en démontrer l’aspect le plus merdique que je puisse trouver.

Un exemple entre mille, puisque nous sommes dans le temps des fêtes.  À chaque année, des humoristes font d’amusants monologues ou des chansons drôles sur le thème de Noël.  Moi?  Mes créations n’avaient qu’un seul thème : La discorde.  Je vous ferai grâce du monologue, mais son titre dit tout : Le temps des fights.  Quant aux chansons, voici un court extrait de ma parodie de Vive le vent :

C’est du vent, c’est du vent, la période des fêtes
On se dit qu’on s’aime mais toute l’année on s’fait l’air bête
Oh! C’est du vent, c’est du vent, la période des fêtes
Politesses et compliments qui n’ont rien de sincères.
«Joyeux joyeux Noël»
Que l’on se dit
Alors qu’au fond on pense
«Va donc chier mon estie!»
Oh! C’est du vent, c’est du vent, la période des fêtes
Heureusement que l’on se ment sinon ce s’rait l’enfer

Toujours à tout rabaisser.  Toujours à tout tourner au négatif.  Et trop con pour réaliser qu’en persistant dans cette voie, qu’en m’acharnant à dire sans cesse ce que personne n’a envie d’entendre, je ne gagnais pas en popularité.  Bien au contraire.

Et voici en quoi cette immaturité a saboté ma vie adulte jusqu’à aujourd’hui.

C’est à 21 ans que j’ai quitté la maison, suite à une dispute avec mon père.  À ce moment-là, j’avais la chance d’avoir une copine, Marie-France.  Comme la majorité de celles que j’avais eues jusque-là, celle-ci habitait à Montréal.  Car en effet, dans mon St-Hilaire d’origine ainsi que dans les villes avoisinantes, pas une fille sensée ne voulait de moi.  Il fallait que j’aille les chercher loin pour que ma réputation ne me précède pas.  Je suis donc allé vivre avec elle, chez sa mère, devenant du même coup montréalais.

(Mon immaturité prétentieuse m’a poussé à rompre quelques temps plus tard car je ne la trouvais pas assez bien pour moi, mais ceci est une autre histoire.)

Lorsque l’on commence la vie adulte, nos premiers emplois sont à la mesure de nos expériences de travail d’été d’adolescents et/ou de nos études. Dans mon cas personnel, je n’avais pas mon diplôme de secondaire.  Et contrairement à la majorité de mes amis, à cause de ma mauvaise réputation due à ma personnalité immature, jamais personne ne m’a aidé à me trouver un emploi.  Je ne pouvais donc me décrocher que des boulots minables et sans avenir au salaire minimum, comme plongeur de restos ou cuisinier de chaine de fast-food.  Le genre de travail qui garde son employé sous le seuil de la pauvreté.  Dans ce temps-là, on va habiter là où les loyers sont les moins chers, et si possible près de notre travail. 

C’est ainsi qu’en 1990, je je me suis retrouvé dans le quartier Ville-Émard, à ce moment-là pauvre et mal famé, en tant que cuisinier de nuit dans un Dunkin’ Donuts.  Dès que mes dépenses incontournables du mois étaient payées, il me restait 9$ par mois.

Un commerce situé dans un quartier mal famé va forcément avoir à son emploi des habitants de ce quartier.  C’est-à-dire des gens à problèmes.  Problèmes d’alcool, de drogues, de jeu.  Problème psychologique.  Peu ou pas d’éducation, de logique, de débrouillardise, d’intelligence.  Repris de Justice.  Lâche, paresseux, négatif, défaitiste, dépressif. 

Quand tu es un jeune homme de 21 ans en manque affectif et sexuel, mais que tu es pauvre, laid, faible de corps et d’esprit, sans diplômes, que tu n’as que 9$ par mois pour tes loisirs, et que ton manque d’éducation fait que ceci est le summum que tu puisses atteindre, il ne faut pas s’attendre à ce que tu ailles ce qu’il faut pour plaire à une fille belle, intelligente, réfléchie, diplômée et qui a de l’avenir.  Déjà qu’elles sont introuvables dans le quartier pauvre où est situé le taudis que tu habites. Alors tu dois te contenter de celles qui restent.  Vulgaires, inéduquées, laides, grosses, droguées, sans avenir, avec problèmes légaux, psychologiques et comportemental. Et surtout, tout comme toi, tellement désespérées de plaire à quelqu’un qu’elles prendraient n’importe qui, en se foutant bien d’être compatibles au-delà de l’orientation sexuelle.

C’est facile à dire, que mieux vaut être seul que mal accompagné.  Mais quand notre choix se limite justement à être mal accompagné ou bien à passer le reste de notre vie seul, on finit par se résigner à devoir faire des compromis. 

Et c’est comme ça que je me suis retrouvé avec la seule qui a daigné s’abaisser à vouloir de moi: Kim, une grosse laide vulgaire dépensière compulsive avec problème de jeu, légaux, psychologiques et comportemental. Et tellement désespérée de se trouver un homme, et de le garder, qu’elle a lâché la pilule sans me prévenir, afin de me coincer dans cette relation via paternité imposée.  Et c’est ainsi que je suis devenu père, peu après mes 25 ans, sans être prêt financièrement ou émotivement à faire face à cette situation.

Oui, d’accord, j’ai été victime d’un coup de cochon.  N’empêche que si, plus jeune, j’avais eu la maturité de prendre mes études au sérieux, et si je n’avais pas brûlé mes ponts en tournant tout le monde au ridicule, alors je me serais trouvé une copine et un travail dans ma région d’origine. Jamais je n’aurais eu à aller habiter à Montréal, jamais je n’aurais travaillé à ce Dunkin’ Donuts, et jamais je n’aurais rencontré cette fille.  Donc, même si on ne peut nier que je suis la victime et que c’est elle qui a agi de manière malhonnête, il reste que ce qui m’arrivait-là, c’était les conséquences de mon immaturité.

Et c’est là que je n’ai eu d’autre choix que de prendre de la maturité.  J’ai amorcé une longue introspection pour trouver ce qui n’allait pas chez moi.  Je suis retourné aux études.  J’ai terminé mon secondaire et j’ai reçu mon diplôme.  J’ai poursuivi mes études au cégep en journalisme.

Au lieu de comprendre que je faisais ça pour pouvoir fournir une vie confortable à ma femme et nos enfants, Kim a préféré s’imaginer que dès que j’aurai un bon travail, j’irais les abandonner.  Elle a donc tout fait pour saboter mes études, allant jusqu’à appeler la police pour me faire expulser de la maison sous de mensongères accusations de violence envers elle.  À 27 ans, j’ai eu à retourner vivre chez mes parents, maintenant à St-Hyacinthe.  Mon prêt étudiant était calculé pour une personne qui habite le quartier de son école.  Le transport quotidien maison-cégep a tout gobé.  Trois semaines avant les examens, il ne me restait plus rien pour payer le voyage.  J’ai dû interrompre mes études.

J’ai persévéré.  L’année suivante, j’habitais aux résidentes étudiantes du cégep et j’ai pu y poursuivre mes études.  Je m’y suis fait une nouvelle copine.  Camélia.  Belle, avec de l’avenir, et provenant d’une famille aisée avec un père riche avec des connexions partout. Peu après, je me trouvais un travail à La Boite, à m’occuper de la page web d’Air Canada, à $14.00 de l’heure alors que le salaire minimum était de $7.50. 

À 28 ans, est-ce que j’allais enfin commencer une vie adulte prospère et normale?  Eh non!  Maintenant travailleur, je dois rembourser mon prêt étudiant. Et puisque Kim est sur le BS, et que le BS c’est le Gouvernement, et que le Gouvernement cherche à couper dans les prestations autant que possible, ce sont eux qui me collent pour elle un max de pension alimentaire. Pension qui, du reste, ne leur rapporte pas un sou de plus, car le montant exact que je leur verse est retiré de son chèque de BS. Et tout ceci ampute de 64% mon salaire net. Même avec mon excellent salaire, il me reste encore moins d’argent pour vivre que lorsque je travaillais au Dunkin.  La seule chose qui me sauve, c’est le bas coût de mon loyer car je suis en colocation avec deux personnes.

Au début de la relation, les parents de Camélia m’appréciaient pour ma maturité.  Mais lorsqu’ils ont appris que j’étais père divorcé (ou l’équivalent), ils ont convaincu Camélia de me laisser tomber.  Car un père divorcé, ça n’aura jamais d’argent, ce qui signifie que ça sera elle qui devra me faire vivre.  Et pour aider sa fille à prendre cette décision, son père a usé de ses connexions de manière à me faire perdre mon emploi et à me ruiner financièrement et socialement, ce qui m’a fait plonger dans une terrible dépression.

Là encore, j’ai été victime d’un sale coup de cochon.  Mais là encore, si j’avais été plus mature étant jeune, je n’aurais pas subi cette paternité imposée, et ça n’aurait pas provoqué le père de Camélia à agir de la sorte.

Perdre mon emploi a eu ceci de bon : ça a annulé mon obligation de payer une pension alimentaire, chose que j’aurais eu à faire jusqu’à ce que la cadette de mes enfants aille 18 ans, 21 si elle poursuit ses études.  Je n’ai donc pas eu le choix : Tant et aussi longtemps que mes enfants n’étaient pas tous majeurs, je devrai renoncer à toute carrière pouvant faire de moi un homme prospère, sous peine d’être de nouveau victime d’abus financiers, et du harcèlement qui vient avec.  Dans de telles conditions, choisir l’option de rester pauvre, ce n’est pas de la fraude, c’est une question de survie.  Et surtout, c’est parfaitement légal.  De toute façon, que je paye ou non le centre jeunesse et la pension, ça ne changera rien du tout aux finances de mon ex, ni aux soins reçus par mes enfants.  Je serais juste puni pour avoir commis le crime d’avoir eu une ex qui a lâché la pilule sans m’en parler.

J’ai donc vécu ainsi, en simplicité involontaire, jusqu’en 2016.  À ce moment-là, j’étais rendu à 48 ans.  J’avais passé la moitié de ma vie, et la presque totalité de ma vie adulte, à être obligé par Kim et par la Loi à rester pauvre.

Je n’ai pas perdu tout ce temps-là à ne rien faire.  Tel que je l’ai décrit dans la majorité des billets de ce blog, j’ai beaucoup travaillé sur moi.  Sur ma personnalité, ma maturité, mon caractère, ma volonté, ma discipline. Sur mon alimentation, ma force, ma résistance cardio, ma santé.  Sur mon éducation et mon acquisition de nombreuses compétences dans divers métiers.  Sur mes choix de buts réalistes.  Ce n’est qu’à 48 ans que j’avais enfin ce qu’il faut pour me construire une vie d’adulte normal, faite de succès et de prospérité.

En théorie du moins. Car si du côté légal je n’ai plus rien qui puisse m’empêcher de réussir ma vie, mon passé d’immature continue encore et toujours à me faire obstacle au niveau social, financier et amoureux.

Et quel est le lien entre les mauvaises décisions que j’ai prises avant mes 25 ans, et le fait que ma vie est encore et toujours un chaos d’instabilité qui m’oblige sans arrêt à recommencer ma vie à zéro?  Simple : Vous vous rappelez lorsque je disais, plus haut dans ce billet, qu’un homme de mon âge, avec ma maturité et ma personnalité, c’est supposé avoir une longue carrière, un bon revenu, un véhicule, une propriété?  Eh bien moi, je n’ai rien de tout ça.  Mieux encore : Avec absolument rien de bon à mettre sur mon CV, il a fallu que je commence tout en bas de l’échelle, en devenant d’abord gars de ménage dans un garage de bus, avant de devenir concierge, puis surintendant.  Hélas, et c’est quelque chose que tous les médias nous rapportent depuis plusieurs années, si en vingt-cinq ans le salaire minimum a doublé, le coût de la vie en revanche a presque quadruplé.  Ce qui fait que là encore, à 48 ans, j’ai commencé ma vie adulte en gagnant tout juste de quoi survivre.

Comme si ça ne suffisait pas, mon année et demie de chômage de 2015-2016 m’a endetté de $10 000.00 (Une marge de crédit que ma banque m’a offerte à 3.5% d’intérêts afin de payer ma Visa qui elle me charge 19.9% d’intérêts), une dette qui perdure à ce jour et que je n’ai jamais été capable de régler.  J’ai déjà réussi à la baisser à $7 500.00, mais quelques imprévus m’ont obligé à aller re-piger dedans.

Comme je l’ai souvent écrit ici, j’ai passé les neuf dernières années à me trouver du travail, y rester un an ou deux, utiliser cette expérience pour me trouver un meilleur travail à meilleur salaire, et recommencer afin de pouvoir peu à peu grimper les échelons de carrières, sociaux et financiers.  Avouez que ça démontre débrouillardise, intelligence, persévérance, et surtout d’une grande capacité d’adaptation.

Hélas, à un âge où les hommes avec mes capacités ont une longue carrière derrière eux, les efforts et manœuvres que je fais pour sans cesse améliorer mon sort ne me font pas trouver grâce aux yeux de la population en général. Ils n’y voient pas de l’évolution. Ils n’y voient pas du progrès. Tout ce qu’ils voient, c’est de l’instabilité.

Imaginez que vous êtes une femme dans mon groupe d’âge.  Vous avez une longue carrière, un revenu confortable, des économies, un véhicule et une propriété.  Est-ce que vous allez vous mettre en couple avec un gars comme moi, pauvre, endetté, qui change sans cesse d’emploi et d’adresse? 

Surtout que, comme je le dis plus haut quand un homme de mon âge vit une situation comme la mienne, c’est parce qu’il a des problèmes légaux, psychologiques, comportemental, de jeu ou de consommation. Moi, non seulement je n’ai rien de tout ça, j’ai tout pour réussir. Alors les gens ne comprennent pas pourquoi quelqu’un comme moi a une vie comme celle-là.

Et c’est ça qui fait qu’aux yeux des gens normaux, je suis bizarre. Et les gens bizarres, on s’en méfie. Je ne sais plus compter le nombre de fois où j’ai entendu à mon sujet des variantes de « Il a sûrement un problème, c’est juste qu’il cache bien son jeu », ou alors « Personne ne peut vivre ce qu’il a vécu sans que ça laisse des séquelles psychologiques. C’est sûr qu’il est une bombe à retardement, prêt à exploser sans préavis a la première contrariété. » Et en se méfiant de moi de la sorte, les gens bien se tiennent loin de moi. Et puisque ce sont les gens bien qui ont le contrôle sur tout ce qui est bien, socialement comme financièrement, ça ralentit mon évolution dans ces domaines. Quand ça ne va pas carrément l’empêcher..

Rajoutons à ça que, comme me l’a fait remarquer ma BFF Stéphanie, à l’âge où nous sommes rendus, les gens biens sont déjà tous casés depuis longtemps.  Si on veut être en couple, on doit se contenter des restants : Mères monoparentales, hommes ruinés par le divorce et la pension, ou alors des gens à problèmes. À problèmes légaux, psychologiques, comportemental, de jeu ou de consommation.  Le genre de personne qui, lorsqu’ils partagent notre vie, sabotent nos progrès afin de nous garder au même niveau qu’eux.

Un niveau au-dessus duquel j’ai passé les derniers 28 ans de ma vie à tout faire pour m’élever.

Et c’est ça, la raison pour laquelle ma vie est un tel chaos.  C’est le fait que je suis pauvre et endetté à 52 ans, sans autre possessions que la base.  C’est le fait que je saute d’une opportunité d’emploi à l’autre.  Et c’est le fait que, malgré que je sois sérieux, mature, réfléchi, logique, sobre, positif, courageux, vaillant, tenace, et en meilleure forme physique que la majorité des hommes de de mon âge, je n’arrive à plaire qu’à des femmes à problèmes qui se mettent de la partie en tentant de m’empêcher de mener une vie normale, et qui vont jusqu’à mentir dans le but de m’expulser de notre appartement, alors que je suis de retour aux études dans le but d’améliorer notre sort. C’est ce que j’ai vécu à l’automne de 1996, et c’est ce que j’ai vécu en juin 2020. Mais cette fois, au lieu de retourner chez mes parents à St-Hyacinthe et ainsi devoir interrompre mes études, j’ai préféré rester dans la région, d’abord en squattant une cabine de motel abandonné, avant de m’installer de façon pas très légale dans un locker d’entrepôt.

Je m’étais bien aménagé, quand même.

Itinérant pendant 40 jours sans raison pertinente de l’être, et sans personne pour l’aider. Raison de plus pour donner à un homme la réputation de « bizarre », de « personne à problèmes qui cache bien son jeu« , donc de « gars de qui il vaut mieux se méfier. » Quand tout le monde croit ça de toi, ils contribuent à te garder là-dedans, et tu reste coincé dans un mouvement perpétuel dans lequel il est quasiment impossible de sortir.

Et ça, ça reste encore et toujours causé par l’effet domino amorcé par ce manque de maturité qui m’a fait prendre de mauvaises décisions avant mes 25 ans. Et c’est pour ça que jusqu’à maintenant, malgré tous les efforts que j’y mets, ma vie demeure chaos, instabilité et simplicité involontaire.

Ceci étant expliqué:

Dans trois ans (ou moins), j’aurai enfin une vie normale à la mesure de la moyenne des hommes de mon âge.  Comme je vous l’expliquerai un jour si je finis par conclure ma série Préposés aux maléficiaires, j’ai enfin fini par décrocher mon emploi de rêve.  Depuis maintenant un mois, je suis préposé dans une résidence privée pour personnes âgées, qui n’a que 18 résidents.  Et il se trouve que je suis beaucoup plus compétent dans ce poste que dans tous mes autres emplois précédents réunis.  L’ambiance est chaleureuse et positive.  Je suis apprécié par tous, autant la direction que les collègues que les résidents.  On est surpris à quel point j’ai appris vite et bien toutes les facettes de mon travail.  La direction a déjà confiance en moi et en mes capacités au point où, après trois semaines, on m’a laissé de garde de nuit, seul, chose qui d’habitude prend de deux à trois mois.  Et le plus beau, c’est que j’ai le genre d’horaire que j’ai toujours souhaité.  En trois jours, je fais mes 37.5 heures par semaine, ce qui me laisse quatre jours par semaine pour mes projets et loisirs.  Et je me suis trouvé un 1½ à coût ridiculement bas, électricité et internet fourni, à huit minutes à pied de mon travail. 

Grâce au salaire et à la Prime Covid du Gouvernement Legault, je gagne presque le double de mon salaire précédent, qui était le meilleur que j’avais eu jusque-là.  Ce qui fait que je reçois en ce moment 4.5 fois plus que ce que j’ai à dépenser pour vivre.  Non seulement suis-je dans la meilleure situation financière de ma vie, j’aurai remboursé la totalité de ma dette à la RBC d’ici à juin 2021.  À partir de là, si je continue de de vivre modestement et d’être économe, alors à l’automne de 2023, j’aurai une longue carrière stable, des économies et des placements. À ce moment-là, je pourrai enfin, comme un homme de mon âge, obtenir du financement bancaire pour un véhicule et/ou une propriété. Et là, enfin, aux yeux de tous, je vivrai la situation normale d’un homme normal. Et plus personne ne va se méfier de moi, ni contribuer à me remettre dans la misère qui fut mienne durant toute ma vie jusqu’à maintenant, et qui le sera jusqu’à mes 55 ans.

En attendant que ça arrive, vivre aussi modestement alors que je gagne autant, ça me fait maintenant passer pour un grippe-sou. Je ne plaisante pas, on m’a posé la question. Et puisque pour chaque personne qui pose une question ou fait un commentaire, il y en a de 50 à 100 autres qui pensent la même chose sans le dire, alors voilà, nouvelle raison pour pour les gens normaux de se méfier de moi et m’empêcher d’évoluer.

Mais bon, peu m’importe de ne plus pouvoir avancer, puisque j’ai finalement atteint un point où ma carrière et mes finances sont élevées, stables et sécurisées. Encore trois ans de patience, et plus jamais les mauvaises décisions de mon passé d’immature ne pourront m’empêcher d’avoir une vie normale, ni de la partager avec une femme bien.

Parce que , je vivrai enfin sur la même planète que tout le monde.

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Y’A LIENS LÀ:
Toutes les références que l’on retrouve dans ce billet.


La longue introspection que j’ai faite porte un nom: Autopsie du Loser.

Je m’en suis guéri, tel que l’on peut voir dans cette série de 14 billets intitulés Pas obligé de rester loser. (Cette page les montre à-rebours.)

La super-longue saga en 11 parties qui raconte mon retour aux études, ma rupture avec Kim, ma relation avec Camélia, mon travail à La Boite, et comment mon beau père a usé de son influence pour me faire tout perdre et me faire tomber en dépression. GM = Général Menteurs. (Cette page les montre à-rebours.) Ou alors, vous pouvez commencer par le premier billet de cette série.

Sinon, le plus court billet qui puisse expliquer pourquoi Kim et le père de Camélia ont travaillé fort pour s’assurer que je reste dans la misère, c’est le onzième : L’allergie aux changements.

Non seulement ai-je observé Le réflexe compensatoire, j’ai l’appui de recherches scientifiques sérieuses.

Au début de ce texte, je parle de Marie-France, ma copine de mes 21-22 ans, une jeune fille très bien, jolie, sérieuse et tout. Mais après avoir rencontré Christine, je ne la trouvais plus assez bien pour moi.

Par trois fois, j’ai prouvé, devant toute la classe, que les profs disaient des stupidités. Ça m’a valu L’étoffe des zéros.

À la fin de mes 26 ans, voici Comment j’ai appris que je n’étais pas un humoriste.

Nous sommes tous la génération décevante de nos ainés

Je me permet d’interrompre ma série Préposés aux maléficiaires car aujourd’hui, l’options Souvenirs Facebook m’a ramené à un long texte que j’avais divisé en un statut et quelques commentaires il y a deux ans. Réalisant qu’il y avait là matière à billet de blog, j’ai fait quelques ajustements pour le mettre à jour, et le voici.

À 52 ans, je suis enfin rendu à cet âge où moi aussi je rabaisse la génération suivante, car celle-ci me déçoit de ne pas être plus semblable à la mienne. Alors, en réponse à…

Cette génération n’est pas « fragile », vous êtes juste frustrés parce que vous ne pouvez plus vous montrer ouvertement homophobes / transphobes sans vous faire rabrouer.

Ben non, ce n’est pas pour ça qu’on dit que cette génération est fragile. Je vais vous le dire, moi, les vraies raisons de pourquoi on dit ça.

Si on dit que cette génération est fragile, c’est parce que quand on change l’heure, il leur faut un arrêt de travail payé de six semaines, quatorze séance de psy, quatre mois de prescriptions de Lexapro, Cipralex, Sipralexa et Seroplex, et six mois de luminothérapie pour s’en remettre.

Cette génération est fragile parce qu’ils ne se nourrissent que de restos, de livraison ou de plats congelés déjà prêts, pour se plaindre ensuite du coût de la vie qui les oblige à vivre dans un placard. S’ils faisaient l’effort d’apprendre a cuisiner, ça leur coûterait 2,5 fois moins cher pour bouffer, et ils pourraient se payer un appartement plus grand. Calculez vous-mêmes: 750$ de resto contre 300$ d’épicerie = 450$ d’économies par mois. En cette époque du 200$-la-pièce, faire l’effort de cuisiner signifie un appartement de 2 pièces de plus. Ou mieux encore: Un appartement pour toi tout seul, sans colocataires.

Cette génération est fragile car elle abuse du snooze.

Allez, encore cinq minutes. (Répéter de deux à huit fois)

Si tu trouves ça pénible, de te faire réveiller le matin, pourquoi est-ce tu fais exprès pour multiplier cette mauvaise expérience de deux à huit fois, quotidiennement? ELLE EST OÙ, LA LOGIQUE?

Tiens, dans le même ordre d’idées que la cuisine, j’ai fait un petit calcul: Un pot de café, une boite de sirop d’érable et un 4-litres de lait = 20$. Avec ça, je me fais de 20 à 25 litres de café glacé à l’érable. Vous avez combien de café glacé trop sucré de chez Starbuck pour le même prix? Trois? Ça fait quoi comme quantité, un litre et demi?

Les commerce l’ont bien compris, eux, que vous êtes une génération tellement molle que vous êtes prêts à payer le gros prix, pourvu que l’on fasse les choses à votre place. Et aussi que l’image, la beauté, est importante, donc que vous débourserez aisément quelques dollars de plus pour qu’un barista vous fasse un joli p’tit dessin dans votre mousse de café, qui ne survivra pas quinze minutes.

Cette génération est fragile car elle préfère aller attendre vingt minutes pour un déjeuner au Tim Horton + le temps de le manger, parce qu’elle n’a pas le temps de prendre les quinze minutes requises pour se le préparer et le manger chez soi.

Un conseil: Lâche le snooze et tu vas l’avoir, le temps.

Il y a douze ans, pour mes 40 ans, j’ai pensé me faire tatouer sur un côté de la poitrine les mots « Courage, Ténacité, Sagesse », à l’envers, pour pouvoir les lire dans le miroir. Puis, je me suis ravisé. Je suis parfaitement capable de vivre ma vie selon ces principes, sans avoir à me les écrire dessus pour m’en rappeler. Il y a quelques années, j’ai vu une femme dans la vingtaine, qui s’était fait tatouer « Rêve, Espoir, Chance »… Le mien parle de mettre l’effort physique et logique pour faire de quoi de sa vie. le sien parle juste d’attendre que tout lui arrive sans efforts.

Mais moi, je suis d’une autre génération. Pas un Millénial. Pas un Boomer. Je suis l’entre-deux. La Génération X. Et en tant que tel, j‘ai passé ma vie à me faire rabaisser, me faisant traiter de faible, de sans coeur, de paresseux, de mou, de lâcheur, de gars qui recherche toujours la voie facile, et ce de la part de mes ainés, les Boomers. Pourtant, considérez ceci:

Il y a 27 ans, alors qu’une paternité non-prévue (de mon côté, du moins) ne me laissait plus assez d’argent pour vivre, pendant un mois et demi, j’ai eu deux boulots simultanés de pâtissiers à temps plein dans deux Dunkin’ Donuts différents, l’un de jour, l’autre de nuit. Mon appartement n’était plus qu’un dortoir.

Il y a 26 ans, alors que tous mes amis avaient leurs permis de conduire depuis dix ans, tous payés par leurs papas pendant les vacances d’été dans les rues calmes de St-Hilaire / Beloeil / Otterburn Park, j’ai ramassé chaque sou pour apprendre à conduire en plein hiver dans Montréal, le soir au gros trafic, tout en travaillant à temps plein.

Il y a 24 ans, au lieu de brailler que mon manque de diplôme de 5è Secondaire me condamne à des boulots chiants et cul-de-sac de lavage de vaisselle et de préparation de fast-food au salaire minimum, je suis allé aux cours aux adultes pour finir mon secondaire. Oui, malgré ma dyscalculie, j’ai fait l’effort ne me ne concentrer que sur ces deux ans de maths qui me manquaient pour avoir mon diplôme. Et je l’ai obtenu.

Il y a 22 ans, alors que le harcèlement moral au travail était encore légal, j’y ai eu tellement droit que j’en ai fait une dépression qui m’a amené à l’hôpital psychiatrique Douglas. Après un séjour et une foule de tests et de consultations, on m’a prescrit des médicaments. Je les ai pris pendant quatre jours avant de les foutre aux poubelles. Me faire droguer pour être capable d’accepter de me faire abuser avec le sourire? Pas question! Ce n’était pas moi le problème, c’était lui. Je me suis pris en main, je l’ai traîné en justice, et j’ai gagné.

Il y a 17 ans, en me voyant de plus en plus grossir, à en avoir le corps en forme de quille, j’aurais pu prendre la voie facile et devenir défenseur de la Fat Pride. À la place, je me suis levé, je suis allé au gym, et j’ai appris à mieux m’alimenter.

Il y a 12 ans, je lâchais Safarir après une 3e diminution de salaire, puisque ça me rapportait maintenant trop peu pour vivre. Je ne savais rien faire d’autre que des arts. Alors j’ai commencé en bas de l’échelle: Faire du ménage dans un garage de bus. Et le taux d’absentéisme parmi mes collègues était si haut que, en étant seul gars fiable de la place, je faisais 2-3 quarts de travail doubles par semaine, et je travaillais souvent des 10-12-15 jours de suite.

Il y a 11 ans, je me mets à la course à pied, activité physique dans laquelle j’ai été le plus nul de toute ma vie. Le premier jour, j’ai fait 200 mètres avant de tomber épuisé-mort, les poumons en feu. Quatre mois et demie plus tard, je faisais 5.2 km non-stop.

Il y a 9 ans, alors que je m’entraînais pour le marathon, foudroyante fasciite plantaire double, me permettant à peine de marcher, m’interdisant le marathon pour toujours.

Est-ce que j’ai fait une dépress’-à-pilules, de voir mon but dans la vie être détruit? Non! Je me suis ajusté à cette nouvelle réalité: J’ai renoncé au marathon, certes, mais maintenant, pour garder la forme, je cours pendant l’hiver, dans la neige, ce qui élimine l’impact. Et l’été, c’est vélo et trampoline.

Il y a 8 ans, je constate que mon travail au garage de bus est abusif et cul-de-sac. Est-ce que je suis resté là à chialer? Non! J’ai utilisé cette expérience pour me trouver un boulot de concierge résident. Je ne sais rien du travail de concierge? J’y ai appris la menuiserie, la plomberie et l’électricité.

Il y a 7 ans, je rencontre la fille parfaite pour moi, bien qu’elle soit de 20 ans ma cadette. Je lui fais des avances. Elle recule. Est-ce que je pars en drama-queen comme quoi elle me friendzone et que dans de telles conditions j’aime mieux prendre mes distances? Du tout! Je l’apprécie pour ce qu’elle est, en tant que personne et en tant qu’être humain, et non parce qu’elle a un vagin. Deux semaine plus tard, c’est elle qui me drague, et on a été ensemble les 4 années suivantes.

Il y a 6 ans, j’ai lâché la conciergerie dans un vieil édifice, pour un poste de surintendant dans une tour à condos de l’Île-des-Soeurs. Mauvaise idée car l’horaire, la quantité de travail et la direction étaient super abusives. On parle de 60 à 80 heures de travail par semaine. Et contrairement au garage de bus, j’avais un salaire fixe qui ne payait pas le temps supplémentaire. Et en 6 mois, j’ai eu un seul jour de congé: Noël. J’ai laissé tomber et je suis parti à la recherche d’un nouveau boulot.

Il y a 5 ans, je me suis retrouvé en chômage pendant quinze mois, à Hochelaga. Tous ces efforts pour me retrouver là. Ai-je déprimé? Ai-je renoncé? Du tout! Je me suis inscrit à un programme de création d’entreprise. Mon projet de buanderie a été approuvé à tous les niveaux.

Il y a également 5 ans, mon appartement est envahi par les punaises de lit, et le proprio ne fait rien pour régler le problème. Je n’ai pas perdu la tête ni le sommeil. Je ne me suis pas contenté de me plaindre contre ce nouveau problème non-mérité qui me tombait dessus. J’ai fait des recherches, j’ai appliqué les solutions, j’ai été patient et logique. Et en partant de là, j’y ai juste laissé les tapis, le lit et le divan, tout le reste a été sauvé.

Il y a 4 ans, impossible d’obtenir du financement pour ce projet de buanderie sur lequel j’ai tant travaillé. Je n’ai pas perdu de temps à chialer contre l’injustice des autres. Je suis retourné en conciergerie, cette fois dans une usine de portes et fenêtres. Bon salaire, horaire fixe, pas trop loin de mon appartement. Mon meilleur travail jusque-là.

Il y a 2 ans et 10 mois, suite à une chute dans les escaliers verglacés, je me pète une vertèbre entre les omoplates. Ce qui m’empêche de faire du travail manuel. Est-ce que je me suis mis en boule dans un coin en délirant à un psy comme quoi la vie et le destin n’arrêtent pas de me saboter à chaque tournant, s’arrangeant pour que je ne puisse jamais gagner ma vie, malgré tous les efforts que j’y mets? Et pis quoi encore!? J’ai utilisé le côté support technique de mon expérience de conciergerie pour me trouver un travail de bureau avec les meilleures conditions de travail de ma vie jusque-là, à Sherbrooke où le coût de la vie est le moins cher au Québec.

Et encore, attendez que je vous raconte mon année 2020 dans un billet futur. Cinq boulots, cinq déménagements, la fin de mon couple, quarante jours d’itinérance, un retour aux études, un boulot avec des conditions abusives, couronnées par un renvoi. Tout ça pour m’arranger ensuite pour finir l’année en beauté en tant que préposé dans une résidence pour personnes âgées semi-autonomes. Et encore une fois, il s’agit d’un boulot meilleur que tous mes boulots précédents. Mes meilleures conditions de travail, mon meilleur horaire, avec mon meilleur salaire, à vie.

Et mon but, d’écrire tout ça? Oui, me vanter, je ne le nierai pas, c’est pratiquement tout ce que je fais depuis que ce blog existe. Mais je me sens justifié, du fait qu’à chaque fois que la vie m’a envoyé un coup de pied sur la gueule, j’ai roulé avec le coup, j’ai changé de direction, mais j’ai continué d’avancer, au lieu de rester là à brailler en attendant / espérant que l’on prenne soin de moi. J’ai ouvert de nouvelles portes, au lieu de m’écraser devant celles qui m’étaient désormais fermées.

Mais aussi, rappelez-vous, au début, quand je disais que j’avais passé ma vie à être rabaissé, toujours accusé d’être un faible constamment à la recherche de la solution facile. Eh bien sachez que je subis encore ça, de la part de gens de la génération qui a précédée la mienne. Des gens qui considéraient que d’avoir lâché le travail manuel pour une job de bureau mieux payée avec de meilleures conditions de travail, c’était un signe comme quoi je ne suis pas trop-trop vaillant. Et que d’être passé de Montréal à Sherbrooke, c’était fuir mes problèmes.

Et que d’avoir lâché tout ça pour revenir dans ma Montérégie d’origine? Ce qui m’a rapporté mon travail actuel dans lequel je suis apprécié de tous, collègues comme résidents? Où je suis nourri gratuitement? Dans lequel j’ai un horaire génial où je fais mes 37,5 heures en trois jours, ce qui me laisse quatre jours de temps libre par semaine? Qui me rapporte en salaire net le double de ce que je gagnais à mes quatre boulots précédents, depuis 2011? À huit minutes à pied de mon nouveau chez-moi? Un chez-moi à loyer ridiculement bas, avec électricité et internet fourni? Moi j’appelle ça de l’évolution. Eux appellent ça de l’instabilité.

Peu importe ce que vous allez faire dans la vie, vous allez toujours vous faire rabaisser par la génération d’avant. C’est inévitable. Alors, comme moi, faites de votre mieux, et fuck le reste!

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Une précision et quelques lien.

Au sujet du fait que j’ai dit non aux médicaments.
Je ne prétends pas que tout l’monde est capable de s’en passer. Ma dépression était due à une source extérieure. Une fois la source partie, je suis revenue à la normale. Ou, devrais-je dire, à ma normale personnelle qui, je le sais très bien, n’est pas celle de tout le monde.

Au sujet de mes prises et perte de poids.
Il y a ici mon témoignage d’un ex-gros.

Au sujet de mon entrainement pour le marathon, suivi de ma fasciite plantaire.
Le billet Dans l’espoir d’un marathon, décrivant mon premier mois d’entrainement.
Le billet Quatre mois d’entrainement: Le résultat
Le billet Rouler avec les coups, expliquant pourquoi j’ai gardé le moral malgré ce handicap.
Enfin, dans Anecdote de course, je montre comment la police peut nous trouver louche lorsque l’on est un coureur sans en avoir l’air.

Au sujet de cet accident qui m’a fendu une vertèbre.
Voici le premier de quatre billets intitulés Le jour où tout a basculé.

Au sujet du harcèlement au travail qui m’a mené à la dépression.
J’ai plusieurs billets de blog à ce sujet, le premier étant ici, au milieu de la série Général Menteurs.

Préposés aux maléficiaires, 2 de 5: L’apprentissage et les premiers abus

Imaginez que vous vivez la situation suivante :  Vous vous êtes endetté de prêts étudiants pour suivre une année de formation.  Une fois diplômé, vous vous êtes cherché du travail par vos propres moyens.  Après en avoir décroché un, ça vous a pris dix ans avant de vous hisser à un salaire qui va autour des 25$ de l’heure.  

Puis, du jour au lendemain, vous voyez seize blancs-becs débarquer sur votre lieu de travail.  Ils ont une attestation d’études professionnelles de trois mois au lieu d’un diplôme d’un an d’études, et malgré ça ils sont PAB au même titre que vous. Et non seulement leurs cours étaient gratuits, ils ont été payés $9 120.00 pour les suivre. Et ils n’ont pas eu à lever le petit doigt pour se trouver du travail à la fin de leurs études, on leur en a automatiquement assigné un. Et ils ont beau n’avoir aucune expérience, ils commencent au même salaire que vous.  

Comme si ça ne suffisait pas, faute de trouver des volontaires, on vous assigne à l’un de ces parvenus pour lui apprendre comment faire votre travail.  Et cela va vous ralentir dans votre tâche durant les sept semaines que durera son stage. 

Ah, mais attention, l’employeur ne sera pas un ingrat.  Pour vos services de formateur, vous avez droit à une prime : Un beau gros 5$.

Pas de l’heure.  Par jour!

Lorsque l’on se met à la place des PAB expérimentés qui vivent cette situation, on peut comprendre qu’ils puissent se sentir couillonnés par le système qui ne leur a jamais fait de cadeau, mais qui nous favorise injustement par rapport à eux.  Et ce misérable 5$… Comme on dit par chez nous ; C’est rire du monde!  Dans de telles conditions, pas étonnant qu’ils ont du ressentiment à notre égard, et ce avant même de nous avoir rencontrés.  Et pour près de la moitié d’entre eux, ça se manifeste par un fort sentiment de mépris.

Et pour terminer la chose en beauté, même pour ceux qui y mettent de la bonne volonté, il ne faut pas oublier que même si ce sont d’excellents préposés aux bénéficiaires, ça n’en fait pas des professeurs pour autant.

Rajoutez à ça le fait qu’à toutes les deux ou trois semaines, alors que les anciens travaillent toujours aux mêmes heures, sur le même étage et dans la même section, les nouveaux se font changer d’équipe, de section, d’étage et de quart de travail à toutes les deux ou trois semaines.  Voici ce que ça représente pour nous : 

  • Il y a deux équipes par étage, et chaque équipe a sa façon de travailler.
  • Chaque équipe s’occupe de deux sections.  Chaque section comporte des résidents différents avec des besoins différents.  Ça fait déjà quatre façons différentes de travailler.
  • Multiplié par trois différents quarts de travail, ça fait douze différentes façons de travailler.
  • Multiplié par trois étages, ça fait trente-six façons différentes de travailler.

Mais nous, les nouveaux, on a appris une 37e façon : celle de l’école, c’est-à-dire la façon officielle.  Or, aucune des 36 autres équipes ne s’y conforme à 100%.  Les raisons sont multiples : Certaines façons qui étaient officielles il y a dix ans ne le sont plus aujourd’hui.  Ou bien, c’est à cause que dix ans après la formation, ils ont eu le temps d’en oublier. Ou bien ils sont habitués à travailler avec des raccourcis, que ce soit par limite de temps, par lassitude ou bien par paresse. 

Nous tous, qui sortons fraîchement de l’école, sommes abasourdis par ces façons de travailler.  Mais voilà, la directrice Bleau nous l’a bien dit : Il faut être caméléon.  Nous ne sommes pas là pour faire la leçon à ces PAB chevronnés qui ont une décennie d’expérience derrière eux.  Nous sommes là pour apprendre à travailler au CHSLD Champfleury dans le style du CHSLD Champfleury, point.

Hélas, le style du Champfleury est une gifle constante à notre conscience, à notre sens de la décence, voire à notre humanité.  Nous savions tous que le système de santé est congestionné pour cause de trop de résidents et pas assez de préposés.  Et que par conséquent, les PAB sont surmenés, et les résidents sont négligés, voire malmenés.  C’est la raison pourquoi nous avons répondus à l’appel du Ministre Legault.  Nous voulions faire une différence positive, autant dans le travail des PAB en leur permettant de souffler, que dans la vie des résidents en prenant le temps de les traiter avec soin, en y mettant du cœur.  C’est que les gens de cette génération, ce sont ceux qui se sont occupés de nous lorsque nous étions bébés, enfants, adolescents.  C’est la génération de nos parents, nos grands-parents, nos professeurs, nos médecins, nos entraineurs, nos gardiens. Ils ont été là pour nous.  Et aujourd’hui, c’est à notre tour d’être là pour eux. 

Malheureusement, la première chose que l’on nous apprend, et ce dès le premier jour de stage, c’est que nous ne sommes pas au service des résidents.  Nous sommes au service de l’horaire. Entre 7:00 et 8 :00, il faut réveiller, laver, habiller, et installer à la salle à dîner au moins six des dix résidents de notre section. Les autres mangent à leur lit, soit par obligation physique, soit par manque de temps pour les préparer. Et tout le monde doit être nourri en vingt, trente minutes maximum, car ensuite il faut donner les bains et douches du jour.  Chaque soin donné aux résidents ne doit pas prendre plus de vingt minutes, mais on nous conseille de s’arranger pour tout faire en dix.  Par conséquent, nous n’avons pas le temps de parler aux résidents, de les connaitre, de les rassurer.  Nous sommes ainsi mis sous pression constante et quotidienne dans laquelle il nous est impossible de satisfaire l’horaire, à moins de faire comme les anciens, et traiter les gens non pas comme des êtres humains mais bien comme du bétail.

Quand on met tout ça ensemble, ça fait que nous, les nouveaux, on se retrouve dans une atmosphère hostile où on nous fait sentir malvenus dès le départ, formés par des gens qui ni ne savent ni ne veulent donner une formation, où ce que l’on a appris la veille ne compte plus le lendemain, où l’on nous pousse à devenir envers les résidents exactement ce que l’on s’est engagés à ne pas être, et où on n’a pas notre mot à dire car notre avenir dépend de la parole et du bon-vouloir de ces anciens qui nous méprisent.  Car aux yeux de la direction, notre parole ne vaut rien contre la leur.

Et c’est dans de telles conditions que l’on essaie tant bien que mal d’apprendre le métier. Et pour certaines personnes, trop d’instructions contradictoires font qu’ils ne savent plus où donner de la tête. C’est ce qui est arrivé à Caroline, une de nos camarades de classe. Du jour au lendemain, elle a disparu du CHSLD. La direction nous a expliqué que dès qu’elle rentrait dans une chambre, elle ne savait jamais quoi faire ni par quoi commencer, et elle figeait. On l’à donc remercié de ses services.

Ceci ne ressemble pourtant en rien à la Caroline que l’on a connu dans nos cours de formation. Aussi, nous avons tous l’impression qu’elle a été choisie au hasard par la direction du Champfleury afin de servir d’exemple. Si c’est le cas, ça a réussi. On a vite compris qu’aucun d’entre nous n’est à l’abri. Voilà qui nous force à endurer les abus de toutes sortes. Une chose est sûre cependant parmi la majorité des quinze qui restent, et c’est que dès que leurs contrats d’un an prendront fin, ils vont tous partir d’ici et aller travailler ailleurs.

Sans pour autant se prendre pour le Messie, nous croyions sincèrement que notre arrivée allait améliorer les choses. Mais apparemment, être caméléon, ça signifie maintenir le statu quo.  Par exemple, on s’imaginait qu’en travaillant avec les anciens PAB, le travail se ferait plus vite.  Ce n’est pas le cas.  Au lieu de nous faire travailler avec eux, beaucoup nous font travailler à leur place.  Pendant ce temps-là, ils sont sur leur cellulaire, à parcourir le net ou à texter.  Quant à ceux qui travaillent avec nous, ils se gardent les résidents les plus faciles et nous refilent les cas les plus difficiles.  Et lorsque la direction leur demande des comptes sur le fait que le travail ne va pas plus vite qu’avant notre arrivée, ils ne vont certainement pas avouer leurs comportements.  Ils nous blâment, ce qui nous mérite des réprimandes de la part de la direction.  Se défendre ne donne rien.  Que vaut notre parole de nouveaux qui n’ont pas fait leurs preuves, contre celle de gens qui occupent ce poste depuis une décennie?

Quant à moi, les premières semaines, je n’ai pas trop à me plaindre.  Comme PAB-guide, j’ai eu la chance de tomber sur Julio, un vrai professionnel qui connaît son affaire.  Et c’était l’un des rares à s’être porté volontaire.  Julio est un homme de peu de mots.  Mais lorsqu’il parle, ça compte.  Par exemple, il me dit parfois :

« Bon!  À l’école, on t’a probablement appris à faire comme ceci.  Mais nous, on va plutôt faire comme cela, et voici pourquoi. »

Julio est apprécié autant des résidents que de ses collègues.  Il possède aussi une certaine sagesse, ce qui fait qu’il sait se tenir loin des jeux de pouvoir, des racontars et des clans. À chaque fois qu’un collègue vient lui rapporter que telle personne a dit telle chose sur tel sujet, il écoute, mais se garde bien de commenter.  J’ai également constaté que pendant l’heure du dîner, il ne se mêle pas aux gens.  Il reste dans la salle des casiers et y mange son lunch tout en allant sur le net sur son téléphone.  Je ne pouvais pas tomber sur un meilleur modèle.

Un jour cependant, au milieu de ma 3e semaine d’entrainement, il m’arrive un peu gêné et me dit :

« Mon ami, dis-moi… Est-ce que je peux te poser une question personnelle?  Mais ne te sens pas obligé d’y répondre si tu n’es pas à l’aise. »
« Vas-y! »
« En couple ou célibataire? »

Je le regarde d’un air intrigué.  Il rajoute :

«  Ce n’est pas moi qui veut le savoir.  C’est une femme ici, qui m’a demandé de te poser la question. »
« Une résidente ou une employée? »
« Ha! Ha! Une employée, rassure-toi. »

Ceci est loin de me rassurer.  Et je le lui explique.

« Il y a vingt-cinq ans, j’ai appris à la dure qu’il ne fallait jamais mêler carrière avec amour et/ou sexualité.  Parce que le jour où ça va cesser de fonctionner entre nous deux, on va être obligés de se revoir au boulot.  À partir de ce moment-là, chaque personne raconte les pires merdes au sujet de l’autre à ses collègues, des trucs pas nécessairement vrais d’ailleurs. L’atmosphère au travail devient merdique, et ça se conclut généralement par l’un des deux qui démissionne ou bien qui se fait jeter dehors.  Si je commence une nouvelle carrière, ce n’est pas pour prendre le risque de me la saboter, surtout dès le départ.  Alors non, désolé pour cette femme, qui qu’elle soit, mais je ne suis vraiment pas intéressé. »

Mon raisonnement peut sembler pessimiste, il n’en est pas moins réaliste.  Cette femme ne connait rien de moi.  Nous ne nous sommes jamais parlé. Elle m’a seulement vu.  Et encore, je portais un masque.  Ce qui signifie que ce sont mes yeux et mon physique qui lui ont donné envie de moi.  Ce n’est pas avec une base comme celle-là que l’on obtient une relation durable.  Julio comprend mon raisonnement, et a rapporté mes parole à sa collègue.

N’empêche qu’en y repensant, j’aurais dû mentir et me dire marié et père de famille.  Comme ça, je n’aurais pas passé le reste de mon séjour dans ce CHSLD à me demander si c’était vraiment une coïncidence que trois jours plus tard, on m’a changé  d’étage et d’équipe, et que j’ai commencé à subir du harcèlement moral et psychologique au travail.

En 1697, dans sa pièce The Mourning Bride, l’auteur britannique William Congreve a écrit une phrase qui est restée célèbre : Hell has no fury like a woman scorned. L’Enfer n’a pas de fureur qui égale celle d’une femme dédaignée. Plus de trois siècles plus tard, je crains que cette règle soit toujours en vigueur. 

Du côté des nouvelles préposées, ça gronde.  Presque tout le monde travaille les weekends, malgré le fait qu’elles en ont demandé un sur deux sur la feuille de disponibilité.  Et toutes celles qui ont des enfants et des adolescents se sont vues refusées leurs demandes de congé pour assister à la rencontre parents-professeurs de la rentrée scolaire.  Pourtant, peu importe à qui on pose la question, tout le monde nous dit la même chose.  Les ressources humaines nous confirment que l’on a droit à un weekend de congé sur deux.  Les représentants syndicaux aussi.  Et nos six camarades de classe qui travaillent dans des centres du CISSSME plutôt qu’au CHSLD Champfleury nous confirment qu’ils les ont, eux.  Alors pourquoi pas nous?  Mme Solange Bleau, directrice de Champfleury, n’a pas tardé à nous donner la réponse :

« Vous êtes sous contrat gouvernemental.  Les employés de Champfleury ont LEURS conditions de travail avec LEUR convention collective.  Et vous avez VOS conditions de travail avec VOS conventions collectives avec le gouvernement.  De plus, vous êtes en stage.  En probation.  Par conséquent, vous devez être disponibles pour nous, 24 heures, 7 jours.  Tout refus de vous conformer à votre horaire équivaut à un refus de travailler, et sera traité comme un départ volontaire. » 

Peut-être. Mais ça n’explique pas pourquoi nos six camarades du CISSSME, eux aussi sous contrat gouvernemental, ont droit à leur weekend sur deux. Nous, ce à quoi nous avons droit, c’est au changements incessants d’équipes, d’étages et de patients. Remplacements de dernière minute.  Quarts de travail double.  Surcharge de travail pour cause d’absentéisme excessif des anciennes employées, sans conséquences pour elles puisque syndiquées.  Et chaque protestation de notre part se mérite la menace de diminution de salaire, de ne pas recevoir la permanence promise, voire de renvoi.  Et tout ça sous la crainte de devoir rembourser les $9 120.00 si on quitte. Ou même si on se fait renvoyer, en sachant très bien que la notion de congédiement ou de départ volontaire était ouverte à l’interprétation.  Leur interprétation.

Les nouvelles PAB vivent quotidiennement les remarques rabaissantes et les insultes de la part des anciennes qui ne se gênent plus pour étaler au grand jour leurs sentiments de mépris.  Les plaintes contre elles à la direction ne donnent rien.  L’une des nouvelles a tout simplement reçu ceci comme réponse :

« Oui, d’accord, il y a une manière de dire les choses.  Mais en même temps, tu dois admettre que si tu travaillais mieux, tu ne recevrais pas ces remarques.  Alors en quelque part, tu dois reconnaitre que tu as ta part de responsabilités dans cette situation. »

Evelyne, une camarade de classe, me confie de plus en plus souvent que le travail est loin d’être ce à quoi elle s’attendait.  Elle n’en peut juste plus.  Mais elle n’ose pas partir.  Elle en est rendue à faire des cauchemars de son travail, et se surprends de plus en plus à pleurer en rentrant chez elle.

Quant à Paul, celui d’entre nous qui n’a toujours pas reçu le moindre versement de bourse, il est dépassé par tout.  La PAB qui s’occupe de lui n’est pas très bavarde et lui explique les choses à moitié.  Il se plaint qu’on lui dit de faire tel truc, mais qu’on ne lui dit jamais pourquoi il faut faire ce truc plutôt qu’un autre.  Il ne comprend rien à la logique du travail.  Au bout d’un mois, il est le premier d’entre nous à en avoir marre et à partir.  Ironiquement, il n’aura pas à remettre sa bourse, puisqu’il ne l’a jamais reçue.

Et pour cause : C’est moi qui reçois la sienne.    

Je m’en suis rendu compte lors du second versement de la bourse, alors que j’en reçois deux d’un coup, de nouveau.  La première fois, je croyais que j’avais reçu deux des trois versements.  Mais là, je me retrouve avec quatre versements sur trois.  C’en est un de trop.  Je signale la chose à la direction, qui prend dix jours avant de me convoquer.  Je rencontre un comptable du Champfleury.  Il m’explique qu’en effet, une erreur de programmation s’est produite, et que je me suis retrouvé avec la bourse de Paul en plus de la mienne.  On me demande donc de leur rendre immédiatement la somme de $6 080.00.  Petit problème, je ne possède pas un tel montant.  Je leur demande de patienter.  On me donne 24 heures.  Je me rends à ma banque.  Or, ce jour-là, aucun conseiller financier n’est sur place, et l’équipe de caissier est squelettique.  Sans pouvoir transférer de mes placements dans mon compte chèque, je me vois obligé de faire une avance de fonds à partir de ma Visa jusqu’à mon compte. On m’avertit qu’une telle opération fera qu’on va me charger 19.9% d’intérêts sur le montant ainsi emprunté. Non pas à la fin du mois.  Immédiatement.  Et c’est ainsi que je dois payer plus de $300 dollars de frais pour corriger une erreur commise par mon employeur.

Employeur qui mettra un autre dix jours avant d’encaisser mon chèque.

La pauvre Evelyne, incapable d’en endurer plus longtemps, mais également incapable de rendre la bourse si elle se retrouve sans emploi, est arrivée à un compromis avec la direction.  Elle passe de PAB à aide de service.  Ça lui permet de continuer de travailler au Champfleury comme si de rien n’était.  Mais voilà, peu après l’arrivée des seize nouveaux que nous étions, la direction a réalisé qu’ils n’ont plus besoin d’aides de services, puisque nous sommes là pour aider les anciens.  Alors au bout de deux ou trois semaines, Evelyne voit son poste être aboli.

Trois sur seize de partis.  En un mois.

À SUIVRE.

Préposés aux maléficiaires, 1 de 5 : L’embauche et la désillusion.

Introduction
J’ai longtemps hésité à raconter ce qui suit.  Et c’est idiot, parce que ce qui me retenait, c’était la crainte de passer pour un irresponsable.  Vous savez, le genre de personne qui croit vraiment (ou bien qui tente très fort de convaincre tout le monde incluant lui-même) que jamais rien n’est de sa faute.  Que tous les revers qu’il subit ne sont que les fruits du hasard ou bien de la faute des autres.

J’avoue, avant mes trente-cinq ans où à peu près, j’étais comme ça.  Mais depuis, j’ai appris à faire la juste part des choses.  Et avec les années, j’ai appris à me regarder en premier lorsque je suis dans une position fâcheuse.  Alors quand je me demande « Qu’est-ce que j’ai fait pour me mériter ça? », ce n’est jamais une question rhétorique.  C’est sincère.  Je fais beaucoup d’introspection pour voir ce que j’ai pu dire, faire, ou même être, pour m’attirer ces problèmes. Mieux encore : Je n’hésite plus du tout à le demander aux autres.  Car ceux qui m’entourent ont assez de recul pour voir l’image dans son ensemble, et peuvent ainsi constater un bon nombre de détails qui m’échappent.  C’est le principe du spectateur.  Celui-ci, témoin du déroulement de l’histoire, la connait mieux que n’importe quel de ses personnages.  

Et pour être certain d’être renseigné adéquatement, je prends bien soin de leur préciser que je ne me fâcherai pas contre eux s’ils me disent une vérité qui puisse sembler blessante.  Car oui, je suis orgueilleux.  Mais je mets mon orgueil au bon endroit.  Je ne veux pas simplement donner l’illusion que je fais bien.  Je veux bien faire.  Pour bien faire, je dois corriger mes erreurs.  Si je veux corriger mes erreurs, il faut d’abord que je sache où l’erreur se situe au juste.

Malgré toute cette bonne volonté, il arrive qu’en effet, des fois, on n’a d’autres choix que de constater que les revers que l’on subit sont en grande partie dus aux autres.  Mais pour en arriver à cette conclusion de manière pertinente, encore faut-il commencer par le processus d’introspection que je décris plus haut.

Et c’est comme ça que j’en suis arrivé à la conclusion que non seulement moi, mais aussi plusieurs dizaines de personnes, avons été victime de manœuvres pas nettes qui nous ont, pour la plupart, coûté une carrière et beaucoup d’estime de soi.

Je vais devoir modifier plusieurs noms pour ne pas faire de la diffamation, puisqu’il m’est impossible de prouver mes dires de manière légale.  Mais sinon, oui, il s’agit de la stricte vérité.

Cette histoire sera en cinq parties :

  1. L’embauche et la désillusion.
  2. L’apprentissage et les premiers abus.
  3. Tout faire pour se conformer.
  4. Le harcèlement et les renvois successifs.
  5. Les nombreux débouchés post-CHSLD.

Ça va comme suit.

Comme bien des gens au Québec, au printemps de 2020, j’ai entendu l’appel du ministre Legault.  Avec la pandémie qui surcharge notre système de santé, ils avaient besoin de former et d’embaucher 10 000 préposés aux bénéficiaires.  Je me suis porté candidat.  J’ai été choisi.  En juin, j’ai commencé la formation de trois mois, que j’ai réussi diplômé.  Le 21 juillet, j’ai commencé mon stage dans un CHSLD.  Le 11 septembre, j’ai été embauché officiellement.  Et après une probation de 45 jours (45 jours de travail, et non 45 jours de suite), je devais devenir employé syndiqué, avec les mêmes droits que tous les autres travailleurs de la santé.

Oui, « devais »… Car on m’a congédié le 29 octobre, au jour 38 de ma probation.  Je ne vous garderai pas en suspens; oui, je me suis retrouvé un autre poste de préposé aux bénéficiaires, au privé, à salaire semblable, mais avec de bien meilleures conditions de travail.  Et ça ne m’a pris que 48 heures entre le moment où j’ai soumis ma candidature, et celui où j’ai été embauché.  Je vous expliquerai comment plus tard.  En attendant, commençons par le commencement.

Mardi le 2 juin 2020. Je m’inscis.

Lundi le 8 juin 2020.  Je reçois un courriel de la part du CISSSME (Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie Est), m’invitant à compléter mon processus de sélection au programme de bourses d’études.

Mardi le 9 juin.  Je reçois un appel d’une personne du CISSSME pour une entrevue téléphonique. Tout se passe bien.  Elle me demande ensuite de lui envoyer le reste de mes documents afin de compléter mon dossier. Je le fais.

Jeudi le 11 juin.  Je reçois un appel de Mme Solange Bleau, directrice du CHSLD Champfleury.  Mme Bleau me passe une entrevue téléphonique.  À la fin de celle-ci, elle m’invite à aller me présenter en personne au CHSLD dans l’heure qui suit.  J’y vais.  Je passe en entrevue de nouveau.  Je réponds de manière satisfaisante aux questions, et aux mises en situations que l’on me propose.  Puis, on m’annonce que je suis embauché, et que je commencerai à travailler là, à la fin de ma formation.  Je signe mon contrat d’embauche, et je laisse un spécimen de chèque pour le dépôt direct de mon futur salaire.

À ce moment-là, j’étais totalement ignorant que le programme de formation du Gouvernement était payé par les fonds publics, et devait nous former pour travailler dans un des CHSLD qui fait partie du CISSSME, c’est-à-dire dans le système de santé public.  Or, le CHSLD Champfleury était du secteur privé.  N’étant pas familier avec le système de santé, comme la majorité des candidats à cette formation d’ailleurs, comment aurai-je pu le savoir?

Lundi le 15 juin.  Je commence ma formation de trois mois au Centre de Formation Professionnelle Campbell.  Nous sommes vingt-deux étudiants.  La profession semble n’attirer surtout que des femmes, car il n’y a que trois autres hommes en classe.  Et à ma grande surprise, malgré mes 51 ans, je suis le 2e plus jeune des quatre.

En faisant connaissance pendant les pauses, nous réalisons bientôt que seize d’entre nous avons déjà notre contrat d’embauche, tous avec le CHSLD Champfleury.  Et pour les six autres, la chose allait se dérouler dans l’ordre suivant : Formation, stage, diplôme, embauche.  Nous seize ne nous sommes pas questionnés outre-mesure.  Nous nous considérions tout simplement chanceux, heureux de la sécurité d’avoir déjà notre contrat de travail.

Nous avons droit à une bourse de $9 120.00 divisée en trois versements mensuels de $3 040.00.  À cause de complications dont les raisons m’échappent, personne ne la reçoit aux mêmes dates.  Certains la reçoivent rapidement, d’autres très tard.  Moi, je reçois d’un seul coup deux des trois versements, tandis que Paul, un camarade de classe, ne la reçoit pas du tout.

Le 21 juillet, jour de mon 52e anniversaire.  Nous, les seize embauchés d’avance, débutons notre stage au CHSLD  Champfleury.  Les six autres sont partis dans des centres d’hébergements du CISSSME.

Dès la première réunion d’informations, tout le personnel nous semble sympathique.  La directrice Bleau nous raconte les grandes lignes de l’Histoire du CHSLD, et nous explique qu’il s’agit d’un centre conventionné, c’est-à-dire privé, mais en partenariat avec le système public.  Par conséquent, nous avons un contrat d’embauche avec le Gouvernement, mais aussi un contrat avec Champfleury.  Ce sont eux qui reçoivent notre salaire annuel de $49 000.00, qu’ils vont commencer à nous distribuer deux semaines après notre date d’embauche qui sera le 11 septembre.  Nous nous engageons ensuite à respecter notre contrat gouvernemental, qui est d’un an.

Elle nous précise aussi une autre chose : celui ou celle qui quitterait volontairement le Champfleury avant le 12 septembre 2021 n’aura pas respecté son contrat avec le gouvernement, et devra rembourser les $9 120.00 de la bourse d’étude.

« Oui, mais si on se fait mettre dehors parce qu’on ne fait vraiment pas l’affaire? » demande une camarade de classe.   « Parce que, tsé, entre la théorie à l’école et la pratique avec de vraies personnes en fin de vie… »
« C’est prévu dans votre contrat. »,
répond la directrice. « Dans le cas d’un congédiement, vous n’aurez pas à rembourser.  Ça ne sera pas un départ volontaire, ça va être nous qui jugeons que vous n’êtes pas faits pour ce métier. »

Voilà qui soulage nos craintes.  Elle rajoute cependant :

« Mais ils ne faut pas nous prendre pour des idiots.  Si vous faites semblant de ne pas comprendre votre travail, ou si vous faites exprès pour vous faire jeter dehors, on va s’en rendre compte tout de suite.  À ce moment-là, vous aller devoir payer. »

La directrice nous explique ensuite que nous serons en apprentissage pendant sept semaines, soit du 21 juillet jusqu’au 11 septembre.  Nous serons formés par d’autres PAB (préposés aux bénéficiaires) qui sont déjà à l’emploi de Champfleury.  Si au bout de cette formation nous démontrons que nous faisons l’affaire, alors là, on sera embauchés officiellement. Puis, suivront ensuite quarante-cinq jours de probation.  On ne parle pas de jours de suite, mais bien de jours de travail.  À cinq jours par semaine, donc à vingt jours par mois, on parle de neuf semaines de travail.  Ensuite, nous serons vraiment des employés à temps complet du Champfleury, avec tous les avantages que ça comporte.

La directrice nous encourage fortement à se plier aux règles, au style et à la manière de travailler du Champfleury.  D’être caméléon, comme elle le dit.

Puis, seul homme parmi ces dirigeants féminins, nous rencontrons Michel, notre représentant syndical.  Il nous explique que même si on ne sera pas syndiqués avant le 6 novembre, soit dans quatre mois, il nous recommande fortement de signer la carte de membre et la lui retourner au plus vite.  Parce que même si on ne joint pas, les cotisations syndicales sont enlevées automatiquement de notre chèque de paie, et ce à partir du 11 septembre.  Il est donc tout de notre intérêt d’en faire partie.

Puis, arrive le sujet de la disponibilité et des horaires.  La directrice nous dit que, selon notre contrat gouvernemental, nous devons être disponibles au moins un weekend sur deux.  Notre horaire est aussi étroitement relié à notre salaire. À la base, nous sommes payés  $20.55.  Pour se rendre au $26.00 promis par le ministre Legault, il faut accepter de travailler sous certaines conditions car ce sont ces conditions qui donnent des primes.  Prime de soir, prime de nuit, prime de weekend, prime de quart de travail double, prime de remplacement, prime de jours fériés, sans oublier la prime de travail en temps de Covid-19. Il y a même une prime d’assiduité : Chaque semaine de travail de 5 jours se mérite $50 en banque, jusqu’à atteindre le montant de $1000.  La moitié est versée à tous les six mois.  Mais si on a le malheur de faire moins que cinq jours par semaine, notre montant accumulé retombe à zéro.  Ce n’est qu’une fois toutes ces primes accumulées que l’on se retrouve, en moyenne, avec le salaire de $26 promis.

Ceci étant expliqué, la directrice nous a distribué notre formulaire de disponibilité, sur lequel nous sommes invités à cocher quand nous sommes prêts à travailler : Jour, soir, nuit, un weekend sur deux ou bien tous les weekends.

Ces révélations ont soulevé un tollé.  Un de mes camarade de classe se plaint que l’on nous a promis une licorne, et que jamais il n’a été question que l’on se fasse payer moins que les $26 promis.  Et beaucoup de femmes de notre groupe sont mères de famille.  Cet horaire imposé va leur causer de nombreux ennuis dans leurs vies privées.  C’est donc avec beaucoup d’amertume que beaucoup d’entre nous devons choisir entre se retrouver avec un salaire de 22% plus bas que promis, ou bien sacrifier leurs vies sociales et familiales.  Ça ne fait même pas une heure que nous sommes ici, que ça parle déjà de partir.  Mais voilà, aucun d’entre nous ne peut se permettre de rembourser $9 120.00, surtout en se retrouvant du jour au lendemain sans emploi, surtout en temps de pandémie où les emplois sont plus rares.  C’est donc à contrecœur que chacun et chacune remplis sa feuille de disponibilité.

Quant à moi, je ne partage pas les revendications de mes camarades de classe. Premièrement, je n’ai jamais gagné plus que $15.50 de l’heure.  Je ne vais donc certainement pas me plaindre d’en gagner $20.55 de base.  Et ensuite, ce n’est pas comme si je n’allais recevoir que ce montant.  Je compte bien me ramasser toutes les primes. À 52 ans, il y a longtemps que mes enfants sont adultes et ont quittés la maison.  De plus, je suis célibataire et j’habite à 20 minutes à pied de ce CHSLD.  Je compte bien me dévouer pour mon employeur en me mettant en disponibilité totale.  J’ai tout coché :   Jours, soirs, nuits, weekends, jours fériés, horaire double, remplacements de dernière minute.  Et jamais on ne m’entendra dire du négatif de qui que ce soit, ni au sujet du travail, ni sur les anciens employés, ni sur la direction. Cette carrière est une opportunité unique qui n’arrivera pas deux fois dans une vie. Ce n’est pas le moment de faire le con et de s’arranger pour la perdre.  

Il y a cinq ans, lorsque j’étais concierge résident dans une tour à condos de luxe à l’Île-des-Sœurs, je travaillais de 12 à 16 heures par jour, en plus d’être sur appel pour toute urgence 24/7, chose qui arrivait à toute heure du jour, du soir et de la nuit.  Je n’étais en congé que de 8h à 16h le mardi et le mercredi.  Et pour tout ce travail, je gagnais un salaire fixe équivalent à $15 multiplié par 40 heures par semaine, moins déductions.  Un jour, je me suis rendu compte que si je divisais mon revenu par mes heures de travail réelles, je gagnais moins que le salaire minimum.  Après avoir vécu ce genre de magouilles, vous comprendrez que ce ne n’est ni l’horaire ni le salaire de ce CHSLD qui vont me poser un problème. Par conséquent, je ne partage pas du tout le sentiment de déception et de frustration de mes camarades de classe. Sûr, je les soutiendrai toujours moralement dans leurs démarches.  Mais au travail, si mon amitié et mon respect va à mes collègues, ma loyauté ne va qu’à celui qui signe mon chèque de paie. 

Je compte bien être le parfait employé, sans histoires, toujours au service de son patron.

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Tomber et rebondir pour monter plus haut.

De 1988 à 2008, j’ai travaillé dans le domaine des arts et de la publication. Or, la crise de la presse écrite fit que les contrats se firent de plus en plus rares, et je n’arrivais plus à gagner ma vie convenablement.

Qu’est-ce qu’on fait quand on a passé sa vie à être artiste et que l’on ne sait rien faire d’autre? Simple : On part à zéro, en commençant en bas de l’échelle. C’est ce que j’ai fait.

De 2008 à 2011, je me suis mis à l’activité physique.  Gym, course à pied, vélo, poids et haltères, histoire de perdre du gras et prendre du muscle. C’est que si je dois me recycler dans le travail manuel, il faut que mon physique, dès le premier coup d’oeil, montre à l’employeur potentiel que je suis vaillant.

2011-2013. Je travaille comme homme de ménage pour un garage de bus.
2013-2015. Cette expérience me permet de devenir concierge résident dans un édifice de 22 étages. J’y apprends la menuiserie, la plomberie et l’électricité.
2015. Cette expérience me permet de devenir surintendant résident dans une tour à condos de luxe de 34 étages. Je ne prolonge cependant pas mon premier contrat de six mois, les conditions de travail étant abusives.
2016-2018. Cette expérience me permet de devenir surintendant dans une usine de portes et fenêtres.

Le 15 février 2018, une chute dans un escalier verglacé me brise la vertèbre T5, juste entre les omoplates. Un coup à paralyser un homme pour la vie. Je m’en sors par miracle, mais la douleur m’empêche de travailler. Les médecins me recommandent de huit à dix mois de repos. Au bout de deux mois, l’inactivité commence à me rendre dingo. Et puis, le chômage ne me donne que 50% de mon salaire.  J’ai beau être économe, mon budget est trop serré pour être confortable.

Ma vertèbre ne m’empêche pas de travailler assis.  Je décide donc de me recycler dans le travail de bureau. Je cherche sur Google les pages de grandes compagnies situées à Montréal, et je m’abonne à leurs newslists.  Trois semaines plus tard, j’y apprend qu’une firme ouvre un bureau à Sherbrooke.  Ils recrutent à Montréal car ils n’arrivent pas à trouver le personnel qualifié là-bas. À l’entrevue, je leur explique combien mon ancien boulot de concierge et surintendant avait en commun avec le service à la clientèle et le support technique. Si j’accepte de déménager à Sherbrooke, ils m’embauchent, formation incluse et payée. J’accepte. Donc :

2018-2020. Cette expérience me permet de décrocher un boulot en support technique, payé une fois et demie le salaire minimum.  Mon meilleur revenu à vie.  Le coût de la vie à Sherbrooke est le plus économique du Québec.  Ça me permet de vivre seul dans un 5½, payer mes obligations, et investir l’excédent.

Le 4 janvier 2020, je réalise que n’eut été de mon accident de vertèbre, j’aurais continué à vivre de mon boulot de surintendant. Donc, que si je n’y avais pas été obligé, je n’aurais jamais évolué au-delà de ce travail manuel à salaire modeste. Je me rend compte que je suis en train de faire exactement la même chose ici: Me complaire dans ma zone de confort, stagner au lieu d’évoluer.

Je décide donc d’utiliser mon expérience à La Firme pour monter encore plus haut, et  continuer à améliorer mon sort.

Il y a quelques années, j’ai créé une page nostalgique nommée Autour du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois. Et comme son nom l’indique, j’y parle des six municipalités qui entourent la montagne, c’est à dire McMasterville, Beloeil, St-Hilaire, Otterburn Park, St-Jean-Baptiste et Ste-Madeleine. Au moment où j’écris ces lignes, il y a 4 915 abonnés.

Depuis juin 2019, la popularité grandissante de ma page m’a apporté beaucoup de contacts, ainsi que plusieurs contrats et projets.

Marylin Nadeau, Mairesse de St-Jean-Baptiste, m’a contacté afin de m’offrir un contrat pour animer une soirée d’autrefois pour la semaine des ainés.
La Coopérative d’Électricité de St-Jean-Baptiste m’a contacté pour que je leur monte un petit magazine commémoratif pour les 75 ans de la coop.
• Rédaction d’un livre historique et biographique au sujet de Louis Pasquier, le premier directeur de la Raffinerie de Sucre de St-Hilaire, en collaboration avec ses petits-fils, François et Michel Cormier.
• Collaboration avec Sonia et Laurent Bonet, enfants de Jordi Bonet, pour une exposition pour le 40e anniversaire du décès de leur père.
• Pourparlers sur la possibilité de faire une exposition du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois au centre culturel de St-Hilaire.
Je suis devenu membre, contributeur et auteur pour la Société d’Histoire et de généalogie de Beloeil / Mont-Saint-Hilaire.
• Je devais même souper chez M. Yves Corriveau, le maire de Mont-Saint-Hilaire, le 10 avril 2020.

Lorsque j’ai quitté St-Hilaire en 1990 à l’âge de 21 ans, c’était en tant que fils du BS du village, méprisé de tous. Et là, grâce à ma page, j’étais maintenant l’historien du citoyen, apprécié de tous. Ceci me décide de revenir dans ma ville d’origine après exactement 30 ans d’exil.

1er février 2020. Je quitte La Firme, je quitte Sherbrooke et je redeviens officiellement hilairemontais. Je travaille sur les contrats et projets mentionnés plus haut, en attendant de décrocher le travail honorable à temps plein qui m’assurera respect et prospérité. Idéalement, je vise un boulot à l’Hôtel de Ville.  Avec tous les bons contacts que je me fais, ça ne devrait être qu’une question de semaines.

Et c’est là qu’arrive le Vendredi 13 mars 2020. Le genre de vendredi 13 qui donne si mauvaise réputation à cette date. Ce fut le début de la pandémie.

Mes contrats:  Annulés.
Mes projets: Annulés.
Mes rencontres:  Annulées.
Mes chances de décrocher un emploi pour la Ville: Annulées.

Puisque j’ai quitté moi-même La Firme à Sherbrooke, il s’agit d’un départ volontaire. Je n’ai donc pas droit aux prestations gouvernementales versées aux salariés qui ont perdu leur emploi à cause de la pandémie. Et voilà comment je me retrouve sans emploi et sans revenus. Je vis de mes économies.  Je vend mes placements.  Et j’ai une excellente marge de crédit.  Mais je ne pourrai pas en vivre éternellement.

Une amie hilairememontaise est téléphoniste pour Urgence Santé. Puisque son travail est un besoin essentiel, elle peut travailler de la maison.  Hélas, elle a quatre problèmes.  De un, elle a un fils handicapé.  De deux, l’école est fermée depuis le 13 mars.  De trois, la pandémie interdit aux grands-parents de faire du babysitting.  Et de quatre, elle est mère célibataire.  Il lui est impossible de travailler tout en s’occupant de son fils.

Elle m’apprend que justement, étant donné sa situation, elle a le droit de demander une subvention afin d’engager une gouvernante pour s’occuper de la maison et de son fils.  J’ai été moi-même père quatre fois, et deux d’entre eux souffraient de troubles du comportement.  Et en tant que concierge, je sais parfaitement tenir maison.  Je saisis l’opportunité au vol.

Je passe une entrevue téléphonique.

Ils vérifient mes antécédents judiciaires.  Tout est Ok.
Ils vérifient mes anciens employeurs.  Tout est Ok.
Ils vérifient mes antécédents médicaux.  Ils découvrent que j’ai été soigné à l’Hôpital Douglas en 2000 pour une dépression.  Celle-ci ayant été causée par deux ans de harcèlement psychologique au travail, la cause ne venait pas de moi.  Donc, je suis un être sain et équilibré.  Ils trouvent cependant dans mon dossier un diagnostic de TDAH.  Problème: Je ne peux pas obtenir le poste si ce n’est pas soigné.

À l’époque, j’avais essayé d’avoir la médication appropriée pour traiter mon problème.  Hélas, lorsque c’est un adulte qui le demande pour lui-même, c’est refusé.  Ça prend un papier d’un médecin de famille, ce que je n’avais pas.  Et toutes mes tentatives pour en obtenir un furent vaines.

Mais cette-fois, c’est différent.  Cette fois, c’est le système de santé qui a besoin de moi.  Alors six jours plus tard, j’avais un médecin de famille, et une prescription de Vyvanse renouvelable pour deux ans.  Comme quoi ça paie, d’être du bon côté du système.

J’ai donc obtenu le boulot.  Et à ma bonne surprise, à 50¢ de plus l’heure que ce que je gagnais à la firme.

Juin 2020. Dans quelques semaines commencent les camps de jour pour enfants handicapés, signifiant que j’allais perdre mon emploi.

Et c’est là qu’arrive le Ministre Legault avec son plan de réforme du système de santé lourdement surtaxé par la Covid-19. On demande 10 000 personnes pour devenir préposés aux bénéficiaires, formation de trois mois gratuite avec une bourse faramineuse, et un contrat de travail garanti d’un an dans un CHSLD, payé le double du salaire minimum.  C’est une opportunité qui ne se présente qu’une seule fois dans une vie.  Une à ne surtout pas laisser passer.

Je me suis inscrit. J’ai passé deux entrevues téléphoniques, puis une en personne.  Je leur ai expliqué que, ayant été support technique et surintendant, je suis habitué à faire du service à la clientèle aussi bien au téléphone qu’en personne. Ayant été père quatre fois ainsi que concierge, je n’ai aucun problème à travailler avec tous les fluides corporels imaginables. Et étant un habitué des gyms, j’ai la force physique et l’endurance dont ils ont besoin.  Qui plus est, mes enfants sont tous adultes et partis, et je suis célibataire.  Je suis donc disponible pour eux 24/7.

Parmi les 70 000 à 90 000 candidatures qu’ils ont reçu (le chiffre varie selon la source), j’ai été l’un des 10 000 à être retenu.

Depuis le 15 juin, je suis en formation. Le 15 juillet, je commence mon stage en CHSLD. Le 15 septembre, je commence mon contrat d’un an, avec possibilité de le renouveler, ou bien de suivre une formation, également gratuite, si je suis intéressé à travailler dans une autre branche du système de santé.

Et, chance inouïe, mon groupe se retrouve avec les meilleures conditions de travail de cette formation.  Alors que la majorité des candidats ne savent pas où ils iront travailler, notre contrat est déjà signé au CHSLD.  Et mieux encore: Là où nous irons travailler, il n’y a pas (encore) de cas de Covid-19.

Ces études, cet emploi et ce revenu s’inscrivent parfaitement dans mon programme d’évolution personnel et professionnel que j’ai amorcé il y a neuf ans.  Car rien de ceci ne me serait arrivé si je n’avais pas décidé, en janvier dernier, de quitter mon emploi et ma ville pour partir à la recherche d’un meilleur sort dans ma ville d’origine.

Il est important de bien planifier sa vie. Cependant, il arrive que même les meilleurs plans se cassent la gueule. Ce fut le cas ici, alors que la pandémie rendit obsolète les domaines dans lesquels j’avais appris à travailler. Mais quand on arrive à se ressaisir, à attraper les opportunités au vol, et que l’on possède la souplesse, la capacité d’adaptation et le désir d’aller plus loin, alors on peut transformer une catastrophe en meilleure chose qui puisse nous arriver. Et le fait de travailler dur pour passer d’artiste à homme de ménage, à concierge, à surintendant et à support technique, ça n’a pas été inutile. Car même si je ne peux plus me trouver du travail dans ces domaines, ça m’a apporté le meilleur atout qui soit : l’expérience.

Une expérience sans laquelle je n’aurais pas pu décrocher la carrière honorable bien rémunérée que j’amorce aujourd’hui.

Les conséquences de la conflictuodépendance

Voilà un bon moment que je n’avais pas parlé des conflictuodépendants. Il s’agit de gens qui souffrent d’une estime de soi aussi basse que profonde, souvent à cause d’une enfance et adolescence dans laquelle ils ont été constamment rabaissés par leur entourage.  Ils sont complexés, en général parce qu’ils sont ou bien obèses, laids, faibles, pauvres, de mauvaises familles, et/ou toute autre raison qui puisse nous attirer les moqueries et le mépris social. 

Devenus adultes, trop lâches pour être capables de travailler sur leurs problèmes et les régler, ils ont recours à la seule option qui est à leur portée afin de se sentir mieux avec eux-mêmes : Tenter de rabaisser les autres plus bas qu’eux. Ainsi, puisque leur bien-être moral dépend des situations de conflit, ça fait d’eux des gens conflictuodépendants.

Je vais vous présenter une situation potentiellement négative, tirée de ce que je vis en ce moment.  Puis, je comparerai deux réactions : Celle de la personne confluctuodépendante, et celle de la personne normale.

LA SITUATION.
Je déménage bientôt pour retourner dans ma Montérégie d’origine. Habitué d’être membre au gym de la chaine Éconofitness, j’ai cherché sur Google pour voir s’il y en avait dans la région. J’ai été déçu de voir que non. Par contre, il y en a une dizaine d’autres.  Deux appartiennent à des chaînes bien connues, soit Énergie Cardio et Nautilus Plus, tandis que les autres sont des gyms privés ou indépendants.

Seconde déception : Si les chaînes affichent clairement leurs tarifs (avant taxes), les gyms indépendants ne disent pas un mot sur le sujet. Ils utilisent des termes comme tarifs avantageux, ainsi que forfaits économiques. Mais à part ça, pas un ne daigne afficher ses prix.

J’ai cru avoir trouvé une exception en constatant que la page web de l’un d’eux avait une sections FRAIS ET TARIFS. J’ai déchanté en y cliquant. Au lieu d’y trouver une grille tarifaire, on a plutôt droit à ce texte :

« Ici, chez HE’S DEAD, GYM! Nous croyons que la qualité d’une salle d’entrainement sérieuse se mesure à l’équipement fourni, à l’ambiance générale de l’endroit, à la courtoisie du personnel, et la propreté des lieux. C’est la raison pour laquelle nous ne donnons nos tarifs ni sur le net ni par téléphone. »

Lire ceci m’a allumé une alarme dans la tête. Je sais par (mauvaise) expérience qu’il y a deux raisons pourquoi un commerce va refuser de dire franchement ses prix dès le départ.

RAISON 1 : C’est très onéreux. Dans ce temps-là, le commerce fragmente le produit, chaque partie ayant son tarif qui lui est propre. Par exemple, une automobile sera divisée ainsi : Le produit principal qui est l’auto elle-même, Puis, les options, c’est-à-dire les pneus, l’antirouille, l’antivol, les assurances, etc. Évidemment, puisqu’il est impossible de rouler sans pneus et illégal de le faire sans assurance, et que les assurances vont t’obliger à prendre l’antivol et l’antirouille, on n’a d’autre choix que d’acheter ces options et on ne sait jamais combien on paie avant les toutes dernières secondes, soit lorsque vient le moment d’apposer notre signature sur le contrat. Et à tout coup, c’est beaucoup plus cher que l’on espérait.

RAISON 2 : Leur but premier est de vous soutirer le plus d’argent possible. Pourquoi se contenter de charger $100 pour un produit si le client a les moyens d’en payer $2000? Voilà pourquoi, au lieu de vous dire leurs prix, la première question qu’ils vont vous poser est « Quel est votre budget? » Et à chaque fois, non seulement on ne vous vendra pas ce qui vous convient, ça va vous coûter entre 60% et 110% de plus que la limite que vous aviez pourtant établie en répondant à cette question.

Je me suis fait avoir deux fois de cette manière. La première fois pour un vélo. La seconde pour un système de son. Je me suis juré qu’il n’y aurait pas de 3e fois. Aussi, lorsque je me fais poser cette question, j’ai maintenant la réponse parfaite : « Mon budget, c’est : Voir ce que vous offrez, voir combien ça coûte, et voir si ça me convient. »

Bref, lorsque j’ai lu le texte au sujet de la tarification chez He’s Dead, Gym!, j’ai compris immédiatement que s’inscrire là coûte beaucoup plus cher que chez Nautilus Plus ou Énergie Cardio. Parce que si c’était le contraire, ils n’auraient pas peur de le dire.

LA RÉACTION D’UNE PERSONNE CONFLICTUODÉPENDANTE.
D’instinct, il reconnait une situation dans laquelle il peut confronter l’autre sur son hypocrisie et avoir raison contre lui.  Dans son besoin vital de rabaisser autrui plus bas que lui, il ne peut pas laisser passer une telle opportunité. Prévoyant se rendre à ce gym pour les confronter, il réfléchit au sujet de tout ce que le gym pourrait lui dire.  Et à chaque phrase potentielle, il planifie d’avance de cinglantes répliques.

GYM : « Bienvenue chez He’s Dead, Gym!  Comment puis-je vous aider?»
LUI :
« J’aimerais connaître votre grille tarifaire pour vos différentes options. »

GYM : « Ça dépend! Quel est votre budget? »
LUI: « Ah bon!? Dès le départ, la première chose qui vous intéresse, c’est mon argent?  Donc, dans le fond, ce que je recherche, de quoi j’ai besoin, ça, vous n’en avez rien à chier. »
GYM : « Oui mais je ne peux pas savoir ce à quoi vous avez droit si je ne sais pas combien d’argent vous êtes prêt à investir. »
LUI : « Quoi, vous travaillez ici, et vous ne connaissez même pas les prix de vos propres services? Est-ce que je pourrais parler à quelqu’un de compétent qui connait son travail? »
GYM: « C’est que nous offrons tellement de différents services qu’il me serait impossible de vous donner tous nos différents prix comme ça dès le départ. »
LUI : « Vous refusez de donner vos tarifs sur le net. Vous refusez de donner vos tarifs par téléphone. Et là vous refusez de donner vos tarifs en personne. J’ai jamais vu un commerce avoir peur à ce point-là de dire combien il charge. Du moins, pas un commerce honnête.»
GYM: « C’est que je dois savoir ce qui vous intéresse dans un gym.  Comme ça, je pourrai savoir quel forfait vous convient le mieux. »
LUI: « Ben oui, chose!  Tu veux tellement savoir ce qui m’intéresse, que ta première question est de me demander combien j’ai d’argent dans les poches. Est-ce que ça prend une formation en menterie et en hypocrisie pour travailler ici, ou bien c’est un talent naturel? »
GYM : « Écoutez!  Si on ne commence pas par fournir nos tarifs, c’est parce que justement, il y a trop de gens qui ne pensent qu’à l’argent.  Nous croyons que la qualité d’une salle d’entrainement sérieuse se mesure non pas à ses tarifs mais bien à l’équipement fourni, à l’ambiance générale de l’endroit et à la propreté des lieux. »
LUI : « Traduction : Tu as de l’équipement, de la musique, et tu laves les plancher. Comme tous les autres gyms de la planète, finalement. Ce qui en revient à dire que la seule différence entre ce gym-ci et les autres, c’est vos prix abusifs. Et vous le savez très bien qu’ils sont abusifs. C’est la raison pour laquelle vous avez besoin de prendre le temps d’essayer de les justifier, avant d’oser les révéler. Tu trouves pas que c’est manipulateur?  Tu trouves pas que c’est hypocrite? »
GYM : « Si ça ne vous convient pas, rien ne vous empêche d’aller vous abonner ailleurs. »  
LUI: « Attend!?  Tu dis que les prix ne me conviennent pas, mais en même temps tu m’as jamais dit les prix.  Wow!  Juste… Wow! »  (Aplaudit lentement.)
GYM : « Je ne vais pas perdre mon temps à dire nos tarifs à quelqu’un qui ne va pas s’abonner. »  
LUI: « HEIN!?  T’es capable de savoir ça, toi? 
Non seulement tu lis dans ma tête, mais t’es capable de voir le futur?  Pour vrai, là?  Tu te prétends vraiment télépathe et clairvoyant?   Sérieux, là, tu crois vraiment à ce que tu dis? Ok, wow!  J’ai déjà vu des gens qui n’ont pas les deux pieds sur terre… Mais être à ce point-là déconnecté de la réalité ça tombe dans le domaine du handicap mental.  As-tu déjà pensé à consulter un psychiatre?« 

Lorsque l’on pique quelqu’un au vif en le confrontant avec des preuves de son hypocrisie et du manque de logique de ses arguments, il est très rare que la personne ainsi acculée au pied du mur reste calme et posée.  Le confluctuodépendant le sait.  Voilà pourquoi il attaque l’autre sans répit en parsemant ses répliques d’insultes.  Il cherche à provoquer chez l’autre une contre-attaque violente.  Verbale bien sûr, mais physique serait encore mieux. 

C’est un comportement classique chez le conflictuodépendant, d’agresser quelqu’un pour le faire réagir, dans le but de se faire ensuite passer comme étant la victime de cette personne.  Et pour éviter que ça ne soit qu’un cas de sa parole contre celle de l’autre, il va même jusqu’à songer à acheter une caméra espion déguisée en stylo qu’il portera à la poche de chemise.  Comme ça, il pourra exposer sur le net le mépris, les insultes, les engueulades, les menaces, voire même les voies de fait, de l’employé / du gérant / du propriétaire de ce gym.

Qu’est-ce qui pousse un conflictuodépendant à planifier de transformer une manoeuvre tarifaire légale en conflit haineux et violent pour détruire la réputation d’un commerçant avec qui il ne voudrait même pas faire affaire pour commencer?  Comme tout le monde, les confictuodépendants se sont déjà fait avoir. Et bien qu’ils soient revanchards, ils sont trop lâches pour être capables de se battre pour obtenir justice contre ceux qui les ont vraiment lésés.  Ils vont donc rechercher activement des situations potentiellement semblables.  Ils vont ensuite provoquer eux-mêmes ces situations.  Ils cachent leurs motivations mesquines en appelant ça « Avoir un grand sens de la justice. » 

Qu’est-ce que ça lui rapporte de bien? La satisfaction morale d’avoir renversé les rôles agresseur-victime. La justification de savoir que sa cible l’aura bien mérité. La fierté d’avoir exposé publiquement un arnaqueur.  Et il se vante que, par ses actions, il va diminuer le nombre des victimes potentielles de ce commerce.

Qu’est-ce que ça peut lui rapporter de mal?  Ça, c’est une question sur laquelle les confluctuodépendants ne prennent jamais le temps de réfléchir avant d’agir. 

Par exemple, dans ce cas-ci, si on y réfléchit, on comprend aisément que la Montérégie est un de ces coins de pays peuplés de petites villes et de villages dans lesquels tout le monde connait tout le monde. Et c’est encore plus vrai depuis que nous sommes tous reliés par Internet. Un commerçant a forcément beaucoup d’amis et de contacts dans la communauté. Et pas n’importe qui.  Car s’il charge plus que ses concurrents, il attire forcément les citoyens plus plus aisés.  Donc les notables, les gens qui ont des connexions, les gens haut-placés, membres de la chambre de commerce, maires, députés… Et ces gens-là vont bien se foutre que le confluctuodépendant aille raison ou non d’agir ainsi.  Pour eux, il ne sera rien d’autre qu’une pauvre merde qui cherche à détruire la réputation et le commerce d’un de leurs amis, parents, conjoint, associé, etc.  Et tous ces gens n’hésiteront pas à le décrire comme tel dans tout leur entourage. En un rien de temps, le conflictuodépendant va devenir l’une des personnes les plus méprisées de la région. Une belle façon d’auto-saboter sa réputation, sa vie sociale et ses recherches d’emploi.  Pas la chose la plus brillante à faire quand ton but en déménageant est justement de refaire ta vie en mieux.

Et le plus aberrant, c’est qu’à la base, le confluctuodépendant a monté tout un plan digne d’un scénario de film d’espions, en n’ayant aucune preuve que le gym commencerait par lui demander quel est son budget.  Pour préparer une contre-attaque en prévision d’une attaque qui, pour autant qu’il le sache, n’arriverait probablement jamais, il faut être parano quelque chose de rare.

Et à l’inverse, il y a:

LA RÉACTION D’UNE PERSONNE NORMALE.
Je n’ai pas envie de payer plus cher pour les mêmes services que je peux trouver ailleurs. J’irai donc m’inscrire chez Nautilus Plus ou Énergie Cardio, qui eux affichent leurs prix.

Voilà!  Ça finit là! Pas de baratin.  Pas de pression.  Pas de facture plus élevée.  Pas de sentiment inconfortable comme quoi on me prend pour un con. Pas de frustration.  Pas de confrontation.  Pas d’insultes.  Pas de mépris.  Pas de mauvaise réputation.  Pas de conséquences négatives.  Pas d’ennemis.  Pas d’ennuis.

Bon nombres de conflits dans lesquels nous sommes mêlés n’existeraient même pas si nous ne les avions pas d’abord provoqués nous-mêmes.  Quand on se rend compte de ça, et que l’on prend le temps de réfléchir aux conséquences, alors on apprend à choisir nos batailles. 

Le principe de l’échec perpétuel

OU : Avoir des principes pour s’assurer de rester loser.

Vous savez, ces gens qui se plaignent toujours qu’ils n’ont pas de chance dans la vie. Et que dès qu’on leur donne une opportunité de réussir, ils déclinent pour des raisons stupides? C’est de ces gens dont il est question.

Lorsqu’il s’agit de réussite et d’échec, notre premier réflexe est de se comparer aux autres. Surtout lorsque l’on subit un échec là où un autre réussit. Et c’est normal.  C’est ce qui s’appelle apprendre de ses erreurs.  En voyant pourquoi ça a marché pour l’autre, ça nous aide à comprendre pourquoi ça n’a pas marché pour nous.  À partir de là, on fait ce qu’on a à faire pour améliorer nos chances de réussir dans l’avenir.

Hélas, ce n’est pas tout le monde qui agit comme ça.  Certains ont plutôt le réflêxe de prétendre qu’ils ont des principes.

Par exemple, pour un emploi. Cette personne a mis les mêmes efforts, voire plus d’efforts que l’autre, pour l’obtenir.  Il a les mêmes qualifications, voire plus de qualifications que l’autre.  Il a la même expérience, voire plus d’expérience que l’autre. Or, l’autre a la chance d’être le fils d’une personne influente, ou bien il a déjà des amis dans la boite. C’est donc lui qui a obtenu l’emploi.

Frustré et amer de cette injuste situation, la personne se dit : « Pfff! On sait bien! Il vient d’une famille influente, LUI! Il a des connexions, LUI! Il a une conjointe qui lui a signalé que le poste était offert, LUI! Facile de réussir dans de telles conditions. »  Elle a le réflexe de dire que, elle, au moins, elle a des principes. Lorsqu’elle réussira, elle aura la fierté de dire que ça aura été par ses propres moyens. Et c’est avec un mélange de mépris et de snobisme qu’elle répète à qui veut l’entendre : « Je ne suis pas du genre à toujours vouloir choisir la solution facile, MOI! »

Avec les années qui passent, que ce soit en amour, en argent, au travail, elle voit de plus en plus souvent des gens qui réussissent en utilisant des avantages qu’elle n’a pas.  Et à chaque fois, pour ne pas se sentir inférieure, elle prend ça avec une attitude hautaine et méprisante.  Elle les qualifie de tricheurs, de lâches, de paresseux, de mous toujours à la recherche de la solution facile. Bref : « Exactement le genre de personne que je ne voudrais jamais devenir! »

Évidemment, tout ceci n’est qu’un réflexe de survie morale. Quand on n’a pas de talent, pas de vaillance, pas de courage, pas de connexion, pas de débrouillardise, pas d’amis, ou du moins pas d’amis qui croient en nous et qui nous font confiance, alors il est en effet beaucoup moins dur pour le moral de se faire accroire que si on ne l’a pas facile, c’est parce que l’on a des principes. C’est moins déprimant que de regarder la réalité en face.

Le problème avec ce réflexe, c’est qu’il nous assure de ne jamais réussir. Parce que quand on parle sans cesse contre les méthode de réussite des autres, on se conditionne à mépriser ces méthodes. Alors quand une opportunité de réussite de ce genre s’offre à nous, notre premier réflexe est de la rejeter.

C’est quelque chose que j’ai vu beaucoup trop souvent chez les personnes qui développent des principes par réflexe de survie morale. D’abord elle se plaint que personne ne lève le petit doigt pour l’aider. Puis, un jour, miracle, un ami haut-placé dans une boite lui signale qu’il y a un emploi génial et bien payé disponible. Est-ce qu’elle va en profiter, pour une fois qu’elle a la chance d’avoir les mêmes opportunités que les autres? Du tout! Elle va répondre un truc dans le genre de : « Non, regarde, si je réussis, c’est parce que j’y serai parvenue par moi-même.  Si j’y arrive a cause de l’aide des autres, ça ne vaudra rien. »

Pourquoi un comportement aussi illogique?  Simple: Ça fait tellement d’années qu’elle gueule contre ceux qui utilisent leurs connexions pour avoir un emploi, elle ne va certainement pas se mettre à agir comme ces gens qu’elle méprise. C’est qu’elle a des principes, ELLE!

Dans l’expression solution facile, les gens normaux accrochent au mot solution et ils l’appliquent. Tandis que cette personne accroche au mot facile, et elle laisse son orgueil mal placé dire non à la solution.

Avez-vous remarqué qu’à chaque fois que les gens ont des principes, ils les utilisent toujours pour s’empêcher de réussir? Sérieusement! Observez-les et vous verrez. Jamais on ne voit leurs principes leur apporter du positif. Ça ne fait que leur créer des obstacles là où il n’y en avait pas, et ce à tout coup.

On développe le réflexe de se faire accroire que l’on a des principes, de manière à survivre moralement aux situations qui nous rendent loser. Et on finit par avoir le réflexe d’appliquer ces principes de manière à s’assurer de rester loser dans toutes les situations.

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YA LIENS LÀ

Dans le très long texte Autopsie du Loser, la section Dans sa morale et ses principes décrit comment son code d’honneur ne fait que lui faire obstacle et le saboter.

Toujours dans le thème de s’imposer des principes par réflexe de survie, celui-là va les abandonner aussi sec dès qu’il se retrouve face à une opportunité à laquelle il ne croyait jamais avoir droit un jour. Être bidon par réflexe de survie.

Avoir de l’ambition -VS- ambitionner

Il y a quelques mois, j’ai publié ici un billet intitulé Les derniers seront les premiers.  Dans celui-ci, j’explique que lorsque l’on prend ce principe au premier degré, et qu’on l’utilise adéquatement, on peut grandement augmenter notre chance d’être choisi, que ce soit pour un emploi, un concours, ou quelques autres situations qui nous mettent en compétition avec d’autres.

Le concept est simple :  Lorsque l’on attend à la dernière minute pour se manifester, ça nous donne le charme de la nouveauté, et tous les détails de notre candidature sont encore tout frais dans leur mémoire au moment de prendre une décision.  Ceci peut faire toute la différence entre une candidature rejetée et une approuvée.

En relisant ce billet, j’ai constaté une chose : Dans les quatre exemples que je donne dans lequel ce concept a fonctionné pour moi, il n’y en a qu’un seul dans lequel je l’ai délibérément appliqué.  C’était dans un concours de BD, et ça m’a rapporté mille dollars.  Les trois autres fois, c’était le fait du hasard. J’ai juste constaté par la suite que ça entrait dans cette situation.

Et si je recommençais?  Et si j’appliquais de nouveau ce principe délibérément.  Non pas pour gagner un concours, mais pour améliorer ma carrière et mes finances?

Tout d’abord, petit récapitulatif de mon ascension récente dans le domaine de l’emploi.  Elle se divise en cinq situations :

  1. Il y a huit ans, j’étais artiste et auteur à mon compte et sans emploi.
  2. Il y a sept ans, j’ai commencé au bas de l’échelle en allant faire du ménage dans un garage de bus.
  3. Il y a six ans, cette expérience m’a permis de décrocher un emploi comme concierge résident.
  4. Il y a quatre ans, cette expérience m’a permis de décrocher un emploi comme surintendant.
  5. Il y a deux ans, cette expérience m’a permis de décrocher un travail de bureau pour une grande firme, emploi que j’occupe depuis.

En regardant cette liste, je constate une chose :  La seule raison pour laquelle j’ai passé du 4 au 5, c’est à cause qu’une vilaine chute dans un escalier verglacé m’a fendu une vertèbre, m’interdisant le travail manuel.

Si ça n’avait pas été du fait que j’ai été obligé d’évoluer, j’aurais passé le reste de ma vie comme ça, à vivre modestement d’un travail manuel qui me rapportait de quoi vivre sans avoir à me plaindre, mais sans plus.   Autrement dit, je ne me croyais pas capable de faire mieux.  Dans ma tête, j’avais atteint le sommet de mon potentiel.

Et pourtant, me voilà, depuis presque deux ans, avec un travail assis, à faire du support technique informatique, en gagnant assez pour me permettre de vivre dans un 5½, ne manquer de rien, et faire des placements avec mon excédent.  Le genre de travail et de salaire que je ne m’imaginais pas réussir à obtenir un jour.  Mon échelon supérieur à vie.

Et je réalise soudain que là encore, je n’ai jamais cherché à faire mieux.  Parce que là encore, j’ai l’impression d’avoir atteint mon sommet. J’ai beau vivre une situation qui fait de moi un winner, je constate que je continue d’avoir cette mentalité de loser.  Celle qui démontre que dans le fond, je n’ai pas vraiment confiance en moi, ni en mes capacités.  Il est vrai que les vieilles habitudes ont la vie dure, surtout lorsqu’elles sont mauvaises.  C’est comme l’alcoolisme.  Quand on a ça, on est condamné à devoir faire attention pour le reste de notre vie.  Sinon, sans s’en rendre compte, on y glisse de nouveau.

Eh bien là, ça fait deux ans que je glisse.  Il est temps que je recommence à monter.

Si je suis pour changer de carrière et devoir encore déménager, aussi bien que ça en vaille la peine.  J’ai fait quelques recherches, et j’ai trouvé quelques boulots qui paient de une fois et demi à plus du double de mon salaire actuel.  Je veux dire, tant qu’à ambitionner, let’s go all the way!

Je n’ai pas tout à fait les qualifications demandées.  Mais bon, pourquoi est-ce que je me laisserais arrêter par ça?  Je n’avais pas non plus celles requises pour passer d’artiste à concierge.  Ni pour passer de concierge à surintendant.  Ni pour passer de surintendant à support technique pour une grande firme.  Pourtant, j’y suis arrivé.  Et à chaque fois, je les ai acquises, ces qualifications.

Si je décide à la place des employeurs que je n’ai pas ce qu’il faut pour avoir le travail, alors en effet, je ne l’aurai pas.  Mais ce n’est pas à moi de décider ça.  C’est à eux!

Si j’ose.
Si je fais application.
Si je réécris le même genre de lettre de présentation, originale sans être ridicule, qui m’a aidé à obtenir mon emploi actuel.
Si j’applique ma technique des derniers qui finissent les premiers.
Si j’attends la date de tombée avant d’envoyer ma candidature.
Si j’ai le charme de la nouveauté.
Si mon CV et ma lettre de présentation sont toutes fraîches dans leur mémoire quand viendra le temps de faire un choix.

Ça ne garantit pas que je vais réussir. Mais au moins, ça va me mettre parmi les candidats en tête de course.

Qu’est-ce que j’ai à perdre? Rien!  Ce n’est pas du gambling.  Il n’y a aucun risque d’impliqué.  Si je n’y arrive pas, alors rien ne changera dans ma vie.  J’aurai toujours mon boulot actuel, avec mon salaire actuel, à vivre dans mon appartement actuel.  Mais si je réussis, alors là, je pourrai vivre le même train de vie qui était naturel chez mes baby-boomers de parents, même dans la classe pauvre : Maison, terrain, véhicule.

Afin de ne pas me faire torpiller, je ne dirai évidemment pas ici de quoi il s’agit, ni le poste, ni l’employeur.  J’ai vu trop de gens imprudent s’auto-saboter de cette façon, en vendant la peau de l’ours publiquement.  De toute façon, si ça ne marche pas avec cet employeur-là, eh bien j’essaierai ailleurs, voilà tout.  Et je vais recommencer, tant et aussi longtemps que ça ne fonctionnera pas.

De tous les billets que j’ai écrit durant les onze ans d’existence de ce blog, voici en quoi celui-ci se distingue de la majorité.  C’est l’un des rares où le sujet principal n’est pas une réussite de mon passé, mais bien l’effort que je mets actuellement pour une réussite future.  Une que je pourrais aussi bien ne jamais atteindre.  Mais bon, si tout ce que je risque est mon orgueil, je peux vivre avec ça.

Est-ce que j’ai de l’ambition ou est-ce que j’ambitionne?  Une seule chose saura répondre à cette question, et c’est si je réussis ou non.

(À suivre)

Une autre faille dans le concept d’aller refaire sa vie ailleurs

Au mois de mars dernier, j’ai écrit un billet de blog intitulé Se présenter comme étant l’inverse de ce que l’on est.  Si je le déplace ici aujourd’hui, avec ce nouveau titre et quelques modifications, c’est parce qu’il décrit très bien l’une des raisons qui fait foirer le concept d’aller refaire sa vie ailleurs.  Et cette raison est: On ne peut pas éternellement faire semblant d’être autre chose que ce que l’on est.

J’ai rencontré plusieurs personnes qui agirent ainsi.  Je n’en nommerai que quatre.

GENEVIÈVE, la coloc de l’enfer.
Le changement d’univers:  À 18 ans, elle est partie d’Abitibi pour aller vivre à Montréal.
La présentation : 
Elle a fui cette région pour venir à Montréal pour pouvoir enfin étudier et être elle-même, sans devoir subir le harcèlement constant de ses proches.  Elle a des relations tendues avec sa mère, distantes avec son père, et abusives avec son frère qui, bien qu’il soit de deux ans son cadet, la méprise et la maltraite. Elle a passé une partie de son adolescence en refuge pour jeunes filles abusées.  Elle n’a pas d’amis.  Elle est toujours jugée, méprisée, repoussée, sans raisons valables.
Le naturel qui revint au galop : Deux mois plus tard, et pour le reste du temps où elle était dans mon entourage, elle fut rabaissante, méprisante, violente, malhonnête, hypocrite, voleuse, calomnieuse, conflictuodépendanteBref, loin d’être la victime, elle était à 100% l’agresseur.   J’ai déjà écrit une longue série de billets à son sujet.
Le retour à l’expéditeur:  Après ses études, elle est retourné en Abitibi où elle a coincé un homme dans une relation en lâchant la pilule sans lui dire.  Aux dernières nouvelles, elle était tellement mère indigne que la DPJ lui a retiré la garde complète de sa fille cadette.

VICKY.
Le changement d’univers:
À 26 ans, elle est partie des Îles-de-la-Madeleine pour aller vivre à Sherbrooke.  
La présentation :
  Elle a fui un ex violent et rabaissant, et une famille manipulatrice.  Elle se montre tout de suite à moi comme étant une véritable Manic Pixie Dream Girl.  Il n’y a pas de traduction officielle pour cette expression, mais ce qui s’en rapproche le plus selon moi serait  « Fille de tes rêves, fée-marraine, survoltée. »   Dans les films, ce personnage apparaît de nulle part dans l’existence terne et ennuyante d’un homme pour transformer sa vie en lui apportant la joie de vivre par sa présence, son humour, ses compliments et les activités qu’elle concocte pour faire avec lui.  J’ai vécu exactement ça avec Vicky.  Dès le départ, elle dit qu’elle trouve que je n’ai pas vraiment vécu, et elle m’écrit une liste de 14 activités à faire ensemble.  Nous sommes vite devenus bons amis et complices.
Le naturel qui revint au galop : Au cours des trois mois qui ont suivi,
 Vicky s’est vite révélée comme étant une personne déprimée, négative, angoissée au point d’avoir besoin de prescriptions de médicaments.  Et elle traînait dans la boue nos collègues dans nos conversations sur Messenger, tout en leur étant amicale et chaleureuse en personne.  Elle a annulé tous nos plans de sorties et activités à la dernière minutes, sauf trois.  Et ces trois-là furent ennuyants et courts, puisqu’elle n’avait jamais la tête à ça, et elle les a interrompus.  Elle est le sujet de mon récent billet, Mon année 2019, 1 de 3, dans lequel je décris comment elle a porté son choix amoureux et sexuel sur un collègue que tout le monde savait violent et manipulateur. Elle-même manipulatrice, elle cessa aussitôt de me parler et tenta de me causer des problèmes au travail.  Ça s’est retourné contre elle lorsque tous les aspects de sa personnalité merdique furent exposés.  Elle s’est fait  renvoyer, et quatre autres collègues ont cessé de travailler là par sa faute.
Le retour à l’expéditeur:  La dernière chose qu’elle a dit à nos collègues avant de disparaître, c’est que maintenant que plus rien ne la retenait ici, elle repart aux Îles-de-la-Madeleine.

RHONDA
Le changement d’univers:
Un nouvel emploi.
La présentation : Femme de 50 ans et collègue lorsque je travaillais de nuit pour un garage de bus.  Elle se présente comme une bonne mère de cinq, catholique pratiquante, respectueuse envers les gens qui l’entourent, qui considère le sexe hors du mariage comme étant une aberration.
Le naturel qui revint au galop :
Au bout de trois semaines, elle commence à me parler de sa vie sexuelle avec son amant, avec qui elle n’est pas mariée.  4e semaine, elle m’envoie de subtiles invitations à se voir hors du travail.  Quant à l’évolution de ses paroles, eh bien…
6e semaine : 
« Ok, je vais faire un somme pendant la pause.  Profites-z-en pas pour me violer. »
7e semaine : « Tu sais, quand la fille est consentante, c’est pas un viol! »
8e semaine :« Si tu me laisse dormir une heure de plus, je te fais une pipe à mon réveil. »
À force de rester impassible ou à décliner ses offres, elle a fini par comprendre.  Elle a aussi viré en mode full bitch.  Parce que bon, c’est bien connu que l’enfer n’est rien comparé à la furie d’une femme repoussée.
Le retour à l’expéditeur:  Ses frustrations sexuelles la rendirent d’humeur tellement insupportable avec tout le monde qu’elle s’est fait renvoyer. 

MANON
Le changement d’univers:
Passer de Granby à Montréal, où elle s’est décroché un nouvel emploi.  Elle fuyait son lieu d’origine où, depuis l’école secondaire, quelques gars lui ont fait une très nuisible réputation de salope infidèle.
La présentation :
 Dès que l’on commence à travailler ensemble, elle se décrit comme étant en couple, fiancée, et de nature calme, sage et peu portée sur le sexe.
Le naturel qui revint au galop : Au bout d’un mois ou deux, elle me parle d’un ménage-à-trois qu’elle a vécu la veille avec un couple, sans son fiancé.  Et pour les quelques mois où nous travaillerons ensemble, elle ne cesse de me parler de sexe, me faisant des propositions malvenues, allant même jusqu’à m’agresseren s’arrangeant pour me faire passer pour le coupable aux yeux de nos collègues.
Le retour à l’expéditeur: 
Elle est retournée à Granby après que son conjoint lui ait montré la porte, après avoir appris qu’elle le trompait non-stop depuis le début de leur relation.

Et voilà pourquoi, dans leurs cas, leur nouvel univers s’est si vite écroulé.  Quand on se présente comme étant l’inverse de ce que l’on est vraiment, on attire des gens qui apprécient cette façade.  Alors lorsque cette façade s’écroule, ils ne reconnaissent plus en nous la personne qu’ils ont aimé.  Normal, puisque cette personne n’a jamais existé.  

Il est vrai qu’en théorie ça a l’air facile, de changer d’attitude.  Quand on va là où personne ne nous connaît, là où personne ne peut nous empêcher d’évoluer.  Ainsi, les gens qui changent d’univers ont souvent le réflexe de se présenter non pas comme ils sont, mais plutôt comme ils voudraient être.  Fonceurs quand ils sont angoissés.  Prudes quand ils sont obsédés.  Victimes quand ils sont agresseurs.  Intéressants quand ils sont ennuyeux.  Actifs quand ils sont sédentaires.  Or, changer pour le mieux, ça ne s’improvise pas.  Ça demande un long travail d’introspection.  Mais surtout, ça prend beaucoup d’honnêteté et d’humilité pour être capable de reconnaître soi-même ses propres défauts, et ça prend ensuite de la volonté et de la bonne foi pour être capable de vraiment changer.

 

La faille de base dans le concept d’aller refaire sa vie ailleurs

C’est un rêve classique: Insatisfait de la vie que l’on mène, on songe à partir.  Déménager vers une ville où personne ne nous connait, loin des situation et des gens qui nous ont toujours empoisonnés l’existence.  On se dit que de là, on pourra refaire notre vie, passant de loser à winner, de méprisé à respecté, de rejeté à aimé. 

Alors que la majorité vont se contenter d’en rêver, il y en a qui vont vraiment tenter l’aventure.  D’après ce que j’ai pu constater autant par observation que par expérience personnelle, leur nouvelle vie passe généralement à travers les quatre étapes suivantes.

1ère ÉTAPE : l’émerveillement de la découverte.
Nouvelle ville, nouveau quartier, nouvel appartement, nouvelle école et/ou nouveau boulot, ce qui nous amène les nouveaux voisins, nouveaux collègues et/ou camarades de classe.  Tout est beau, la vie est pleine de promesse, l’avenir s’annonce bien.

2e ÉTAPE : La lune de miel.
Sans personne pour nous surveiller et nous imposer sa loi, on peut enfin agir à notre guise. On change d’attitude.  On est fonceur.   Et ici, on possède quelque chose que l’on n’avait pas là-bas : Le charme de la nouveauté.  Par conséquent, les autres s’intéressent à nous et nous approchent.  Les voisins sont polis et affables.  Le patron et/ou les profs sont compréhensifs et sympathiques.  Les collègues et/ou camarades de classe sont irréprochables.  Les nouveaux amis sont intéressants et amusant.  On se retrouve même en couple, ou au moins dans une relation d’amants.  Notre nouvelle vie sociale où on fait plein d’activités en groupe est géniale. 

3e ÉTAPE : Le début des problèmes.
Peu à peu, les choses changent, et pas pour le mieux.
Chez les voisins, certains sont inconfortablement bruyants et ça résonne dans notre appartement.  Il y en a un/une qui commence à s’intéresser à nous de manière un peu trop dérangeante, venant sonner à notre porte n’importe quand pour nous parler de n’importe quoi.  Et il y a un/e qui a décidé de nous prendre en grippe, qui nous reproche des choses totalement fantaisistes et qui nous fait une mauvaise réputation auprès du propriétaire et des autres locataires.  Au travail et/ou à l’école, le patron / les profs sont de plus en plus exigeants et de moins en moins compréhensifs.  Quant aux collègues et/ou camarades de classe, une partie s’est éloignée de nous et ne semblent plus vouloir garder le contact.  Et chez ceux qui restent, il y en a qui deviennent méprisants sans la moindre explication.  On a droit à des insultes déguisées sous forme de sarcasmes, et des reproches faits sur un ton impatient.  Même notre amant(e)/conjoint(e) a toujours le mot pour nous rabaisser depuis quelques temps.  Et toute tentative d’en parler nous mérite des réponses colériques ainsi que le qualificatif de susceptible.  Mais ce n’est rien à côté du choc blessant que l’on reçoit en apprenant que nos copains font maintenant des sorties en groupe sans nous y inviter.

4e ÉTAPE : L’enfer total.
On a perdu nos amis, notre vie sociale, notre vie amoureuse et/ou sexuelle, et les gens au boulot font tout pour nous pousser à démissionner.  Le logement n’est même plus un refuge, à cause du bruit et du harcèlement des voisins.  Plus personne ne veut interagir sauf pour nous saboter, nous mépriser, nous insulter, nous rabaisser ou nous harceler.  Toute tentative de trouver un meilleur travail ne donne rien du tout.  On nous colle la pire des réputations sur tous les points.  On constate que tous les aspects de notre nouvelle vie sont rendus cent fois pire que l’ancienne.  Et le plus désespérant dans tout ça, c’est que l’on n’a pas la moindre idée de la raison pourquoi ça arrive.  Et on en est rendus au point où on n’a plus le choix, il faut retourner d’où on vient, ce que l’on fait de mauvaise grâce en ruminant sur ce frustrant échec.  

Tout dépendant de la personne, ça prend généralement entre trois mois et un an pour que sa nouvelle vie de rêve se transforme en cauchemar.  Non seulement elle a exactement les mêmes problèmes qu’elle tentait de fuir, elle se retrouve avec tout plein de situations négatives qu’elle n’avait jamais vécu avant.  Et le plus surprenant, c’est la vitesse à laquelle notre vie a fait 180° dans le négatif.

Et en effet, pourquoi est-ce arrivé, et surtout si vite?  La raison va vous surprendre, mais elle est parfaitement pertinente.  C’est que, aussi étrange que ça puisse paraître, dans ton coin d’origine, tu avais droit à un genre d’acceptation et de respect.  Oui, vraiment!  Et c’est normal : Depuis le temps que tu habites là, tout le monde est habitué à toi, à ta personnalité, à tes habitudes, à tes mauvaises habitudes…  Ils peuvent bien y réagir une fois de temps en temps, mais plus personne n’en fait de cas, et encore moins de drame, depuis longtemps.  Ça fait tellement partie de leur décor quotidien qu’ils ne le remarquent même plus.  Et les rôles sociaux et hiérarchiques se sont établis tout naturellement autour de toi depuis que tu es en âge d’aller à l’école.  Ta famille est forcément proche de toi.  Tes amis sont près.  Ceux qui n’ont rien à foutre de ton existence restent neutres.  Ceux qui ne t’aiment pas se tiennent loin.  Et ceux qui ne peuvent se tenir loin se sont résignés à t’endurer.  Tout le monde sait si tu es leader, suiveur ou laissé pour compte et agissent avec toi en conséquence.  Bref, tout le monde, toi inclus, connait ta place dans cet univers.

… Ce qui n’est fichtrement pas le cas avec les gens qui peuplent ton nouvel univers.  

Tout à l’heure, je parlais du charme de la nouveauté.  Ben voilà : Quand on change de décor, on devient l’élément nouveau qui détonne de ce décor.  Celui que les gens remarquent parce qu’ils n’y sont pas habitués.  Par conséquent, tous les yeux de cet univers sont tournés vers nous.  Et puisque personne ne nous connait, personne ne peut savoir si entre nous le courant va bien passer ou non.  La seule manière de le savoir, c’est de faire partie de notre entourage, le temps de l’apprendre.  Hélas, c’est quelque chose que l’on va apprendre à la dure. 

L’une des choses que l’on apprend à la dure, ce sont tous les défauts de comportement et de personnalité que l’on nous reproche.  Des défauts qui sont les raisons du revirement négatif de notre nouvelle vie.  Des défauts que l’on ne savait même pas que l’on avait.  Ou alors oui, on le savait, mais puisque personne n’en avait jamais fait de drame avant, on ne s’imaginait pas que c’était aussi pire.  C’est que là encore, puisque les gens de notre nouvel univers n’ont jamais fait partie de notre entourage, ils n’ont pas eu toute une vie pour s’y faire.  Pour eux, c’est quelque chose de nouveau.  De négativement nouveau.  Par conséquent, à leurs yeux, nos défauts sont aussi flagrants qu’insupportables.

À quelque chose, malheur est bon, que dit le proverbe.  Et ça s’applique ici, car cette décevante expérience aura au moins eu le mérite de nous faire prendre connaissance de ce qui ne va pas en nous.  À partir du moment que l’on connait nos défauts, deux choix s’offrent à nous.  On peut travailler sur soi, de manière à devenir une meilleure personne, et ainsi pouvoir vraiment refaire sa vie un jour, cette fois-ci de manière positive.  On bien, si on est aussi lâche qu’orgueilleux, on peut se les nier.  Mais à ce moment-là, il ne faut pas être surpris si l’on vit toujours les mêmes merdes, peu importe le nombre de fois où on tente de refaire sa vie, peu importe où on s’en va pour le faire.