Quand j’étais l’enfoiré du bureau (3 de 4)

RÉSUMÉ. Je travaille pour une boite informatique, le C.U.L, pour Conseiller Ultra Logiciel. En ce moment, j’ai le quart de soir. À part moi, les seules personnes qui sont actives sur cet étage durant ces heures sont un couple marié dans la cinquantaine, Maria et Carlos. Elle est employée au ménage, et lui concierge. 

Depuis que je travaille de soir, c’est Maria qui entre dans la pièce du centre d’appel, vider les corbeilles et passer l’aspirateur. Parfois c’est Carlos qui la remplace. Mais en général, c’est Maria qui vient ici. Puisque je suis seul, et que je reçois encore peu d’appel, elle a peu à peu pris l’habitude de me poser quelques questions, de me faire la conversation. Je reste distant, lui donne des réponses brèves. Mais plus le temps passe et plus elle devient informelle et familière avec moi.  En quelque part, c’est normal, je suppose. Je suis un jeune de 29 ans (qui ne les fait pas), et elle une mère de famille dans la cinquantaine. Il fallait donc que je m’attende à ce qu’elle adopte peu à peu une attitude maternaliste avec moi. Attitude encouragée de par l’absence, à cette heure-ci, de tous nos supérieurs hiérarchiques.

Quant à moi, de mon côté, je reste d’un professionnalisme irréprochable. En fait, je suis passif, neutre et désintéressé, ne lui posant aucune question. J’ai appris à la dure qu’il valait mieux ne pas mêler vie privée avec vie professionnelle. Alors bien que ce couple est sympathique, je n’ai aucune envie d’en faire mes amis.

Après deux mois, mon volume d’appel a monté au point où on me colle un collègue de travail nommé Étienne, un Français-de-France. Officiellement embauché à cause de l’augmentation de mon volume d’appel, je sais bien qu’en réalité il avait été mis là pour me remplacer. L’augmentation des appels était cependant une réalité. Et bientôt, on sera rejoint par un arabe musulman prénommé Omar.  Incidemment,  maintenant que nous sommes plusieurs à travailler le soir, nous avons tous une heure de pause dîner.  .  

Avoir une heure pour moi me permet de sortir du building et de me rendre au marché d’alimentation IGA d’à côté.  À l’époque, on pouvait y trouver un poulet de rôtisserie barbecue complet pour $5.00.  Alors j’en prenais un avec une salade de chou et un Pepsi en canette.  Évidemment, je ne mange pas le poulet en entier. J’apportais le reste chez moi à la fin de mon quart de travail. 

C’est ainsi qu’un soir, Maria viens passer l’aspirateur pendant mon heure de lunch. Elle me voit à mon poste de travail, avec mon poulet entier. En riant, elle me demande :

« Hein ? C’est quoi, ça ? Qu’est-ce que tu fais avec un poulet complet ? »
« Ben, c’est mon souper. Je viens de l’acheter au IGA d’à côté. »
« Tu fais une épicerie au lieu de t’amener un lunch ? Ha! Ha! Ha! Tu es bien niaiseux ! » 

Puis, elle fait sa ronde corbeille-aspirateur, avant de quitter la pièce au bout d’un quart d’heure. Et elle repart non sans refaire une remarque sarcastique au sujet de mon souper. Dès qu’elle a franchi la porte, Étienne nous partage sa façon de penser.

« Non mais c’est quoi cette conasse ? T’as vu comment elle te cause, mec ? Te traiter de niaiseux ! C’est quoi son putain de problème ? Il faudrait que quelqu’un lui apprenne à rester à sa place. »

Pour sa défense, après l’espagnol et l’anglais, le français était la troisième langue de Maria. Et ce français, elle ne l’a pas appris à une école de langue, mais bien à force de cotoyer des Canadien-Français. Elle a donc appris la parlure québécoise, le joual. Je peux donc comprendre que pour elle, l’utilisation du mot niaiseux dans ce cas-ci, voulait dire à la fois drôle et bizarre. 

Pour Étienne, cependant, cette scène à laquelle il a assisté n’avait pas du tout la même signification. Pour lui, c’était l’employée la plus bas-de-gamme de la boite, la femme de ménage, qui se permet de traiter de niaiseux un employé du support technique. Et ce, pour une raison tellement anodine qu’il lui était évident qu’elle cherchait juste un prétexte pour m’humilier publiquement. De par son éducation un peu machiste classique à l’européenne, ce genre de comportement était aussi impertinent qu’impardonnable. 

Je dois avouer que moi-même, j’étais un peu irrité de me faire moquer pour une raison aussi anodine que d’avoir voulu manger un repas chaud, sous la forme d’un poulet BBQ. En fait, je dois avouer que depuis ma première rencontre avec Maria, j’aurais préféré que notre relation reste strictement professionnelle.  Mais bon, je ne peut pas contrôler la manière dont une personne choisit de s’adresser à moi.

Le lendemain, 15h40. J’approche des portes de l’édifice où je travaille. Je m’interroge en voyant une voiture de police.  J’entre ! Alors que je m’engage dans le lobby, je vois avec surprise Carlos, les mains menottées dans le dos, escorté par deux policiers qui viennent vers moi, en se dirigeant vers les portes. En me voyant, Carlos m’invective.

«  Tu es fier de ce que tu as fait ? Hein ? Tu as détrut nos vies ! On a cinq enfants ! Comment est-ce que l’on, va vivre maintenant ?  Tu t’en fous, toi, tu t’en fous. » 

Je le regarde se faire escorter en dehors du bâtiment, sans ne rien y comprendre. Aussi, lorsque j’arrive au 4e étage, celui où je travaille, j’en parle à quelques uns de mes collègues de l’équipe de jour, avant d’interroger plus tard Étienne et Omar. Ça me prendra quelques jours avant de pouvoir reconstituer le puzzle. 

La veille, peu après que Maria ait quitté la pièce du centre d’appel, Étienne a écrit une plainte aux ressources humaines. Il leur a écrit que la femme de ménage était entrée dans la pièce. Et, au lieu d’y faire son boulot, elle s’était adressé à moi de manière cavalière, et m’avait insulté en me traitant de niaiseux. Et ce, sans la moindre provocation de ma part. C’est seulement ensuite qu’elle a vidé les corbeilles et passé l’aspirateur.

Je suis un employé de support technique. Elle n’est que femme de ménage. Mon attitude est professionnelle. Son attitude est cavalière. Je rapporte de l’argent à la boite. Elle coûte de l’argent à la boite. Je suis québécois de souche. Elle est immigrante.  Je suis un homme. C’est une femme. Pour elle, c’était perdu d’avance. Dès la première heure ce matin, ils ont appelé Étienne et Omar pour confirmer. Et ensuite, ils l’ont congédiée.

Pourquoi n’ai-je pas été appelé ? Mystère !

Mais ce n’est pas tout.

Carlos, son mari, étant concierge de la boite, il a accès à toutes les pièces, incluant celles qui contiennent des informations sensibles. Puisque la boite venait de congédier son épouse, ça faisait de Carlos un risque potentiel pour la boite. Le renvoi de sa femme créait la probabilité qu’il puisse céder à une impulsion de vengeance, de se faire justice. Aussi, par mesure de sécurité préventive, ils l’ont également congédié. Ce couple, avec cinq enfants à charge, se retrouvait ainsi, du jour au lendemain, sans revenu. Et avec les raisons du renvoi de Maria, il ne fallait pas compter sur la boite pour leur produire des lettres de recommendations à présenter à leurs futurs employeurs potentiels.

Puisque c’est moi que Maria a insulté, il était logique que le couple croit que c’était moi qui avais porté plainte contre elle. Aussi, Carlos était revenu m’attendre dans le hall d’entrée. Peut-être pour me confronter. Peut-être pour me demander des comptes. Peut-être pour me supplier de plaider leur cause auprès des ressources humaines. Mais je ne le saurai jamais, puisque sa présence a déclanché un signal d’alarme dans la tête du gardiens de sécurité. En sachant que par son renvoi, le couple était persona non grata sur cette propriété, il n’a fait ni une ni deux et à aussitôt appelé la police. 

 Et c’est ainsi qu’un couple d’immigrant, avec cinq enfants à charge, s’est retrouvé sans emploi, à cause de ma simple présence. J’ai beau me répéter que je n’y suis pour rien. Ça ne change rien au fait que c’est ma présence, seul dans cette pièce, qui a amené Maria à me parler. Et que c’est mon manque de réaction, ma passivité, et surtout le fait que je n’ai pas établi des limites claires avec sa familiarité, qui l’a poussé à s’adresser à moi de manière de plus en plus sans-gène.

Ce qui fait qu’encore une fois, même de manière totalement involontaire, j’ai été la raison pour laquelle deux autres personnes ont perdu leur emploi. Ce qui porte mon score d’enfoiré (involontaire) du bureau à :

  • Benoit, jaloux de mon salaire, en gagne maintenent l’équivalent, mais perd 4h de route, d’essence et de frais de parking sur une base quotidienne.
  • Edouard, le collègue téléphoniste, renvoyé.
  • Les ressources humaines embarrassées.
  • Un directeur également dans l’embarras.
  • Peter réprimandé pour avoir caché à la direction la présence de Back Orifice dans le système.
  • Mon chef d’équipe humilié car prouvé comme étant incompétent et hypocrite.
  • Maria, la femme de ménage renvoyée.
  • Carlos, le concierge, renvoyé.

Et dans ces deux derniers cas, non pas en divulgant mon salaire. Non pas en divulgant des informations sur les faits et geste de mes collègues. Non pas en soulignant l’incompétence de mes patrons. Mais en ayant simplement décidé de manger du poulet BBQ.

Faut le faire !

À CONCLURE, avec un voyage raté, suivi d’une démission.

Quand j’étais l’enfoiré du bureau (2 de 4)

RÉSUMÉ. Fin des années 90. J’ai été embauché par Conseillers Ultra-Logiciels, le C.U.L. pour les intimes, une boite qui offre des services informatiques à d’autres compagnies. Je suis téléphoniste pour le contrat Cyber Ticket Office pour Air Canada.

Avec les mois qui passent, la popularité de Cyber Ticket Office va en augmentant. Bientôt, mon équipe de quatre téléphonistes ne suffit plus à la tâche, et on en engage d’autres. Après six mois, au renouvellement du contrat, Air Canada décide de rendre le service 24h. Puisque je connais très bien le boulot, on me met sur le quart de soir, de 16h à minuit. Le premier soir, je constate que je suis le seul employé de ce quart de travail, donc le seul sur tout l’étage. À part moi, les seules personnes qui sont actives sur cet étage sont un couple marié, Maria et Carlos, deux mexicains, elle employée au ménage, et lui concierge. 

J’arrive toujours une quinzaine de minutes avant le changement de quart, au cas où je devrais recevoir des instructions quelconques. L’un des nouveaux employés de jour s’appelle Édouard. Il travaille à mon poste, à ma table, à mon ordi. Un jour, en arrivant, je vois quelque chose sur notre écran d’ordinateur. Ce que j’y lis me laisse perplexe. Il faut dire qu’avant d’avoir ce boulot, je n’avais jamais touché à un ordinateur de ma vie. Il est donc normal que je sois encore ignorant de certains trucs de base au sujet de l’informatique. N’empêche que ce que je viens de voir me décourage envers moi-même.

Edouard termine son quart de travail, aussi il redémarre l’ordi. Je m’installe et je me logue. Alors qu’il sort de son bureau, le chef d’équipe vient me voir.  

« Et puis ? Ça se passe bien pour toi, le soir ? Tu te débrouilles bien. Pas trop de complications ? » 

Dans mon humble naïveté, je ne peux m’empêcher de lui dire, avec un air un peu découragé. 

« Non, pour l’instant ça va. Mais je vais te dire que je suis un peu découragé, de voir qu’après sept mois à l’emploi de la boite, il y a encore des choses de base que j’avais compris de travers » 
« Comme ? » 
« Ben, imagine-toi donc que depuis que je travaille ici, j’ai toujours pensé que le système principal s’appelait Back Office. C’est juste aujourd’hui que j’ai vu que le vrai nom c’était Back Orifice. » 
« Hein ? Quand est-ce que tu as vu ça ? » 
« Ben, ici, tantôt, quand je suis arrivé, 15 minutes avant le début de mon shift. J’ai vu le logo du système sur mon écran. » 

Le chef de département prend un air à la fois inquiet et frustré. Je l’entend marmonner « Tabarnak ! »  Et aussitôt, il quitte la pièce à toute vitesse.  

« Ça y est ! », que je me dis. « Je viens de briser ma carrière. Ça m’apprendra à être trop honnête. »

Quelques minutes plus tard, le chef revient avec Peter, un programmeur qu’il a accroché in extremis devant l’ascenseur, pour le ramener au boulot. Les deux hommes me demandent de laisser mon poste ouvert et d’aller me loguer à l’ordinateur de la table voisine. Je m’exécute sans vraiment comprendre. 

Peter se met à la tâche sur mon ordi, avec le chef qui l’observe par-dessus son épaule, comme un vautour perché. À les écouter parler pendant que Peter fouille mon poste de travail, je comprends alors que Back Orifice n’est pas le programme principal de l’ordinateur. C’est un logiciel de piratage, permettant de prendre à distance le contrôle de machines qui utilisent Windows.  

« Je me disais, aussi, avec un nom pareil. »

En regardant l’écran, le chef s’exclame : 

«  Ah, le tabarnak ! Il a accès à mes codes, mes passwords, et tous mes dossiers. » 

Ce à quoi Peter répond :

“En ce moment, il a le contrôle sur huit postes, incluant deux des ressources humaines, et celui du Vice-Président.” 
“Efface-moi ce logiciel de notre base de données au plus vite.” 

Je constate que ça fait chier le chef, d’avoir un Back Orifice dans le C.U.L.  Il se tourne vers moi. 

« Peux-tu rentrer demain matin ? Tu vas faire un double.  Tu peux me croire que la carrière d’Edouard va s’arrêter à l’instant même où il va franchir la porte. » 

Et voilà comment un collègue de travail a perdu son emploi. Parce que je me suis honnêtement et naïvement confié sur mon manque de compétence à mon chef d’équipe. Ce dernier m’est reconnaissant de lui avoir divulgué cette attaque informatique.  Il ne se doute juste pas qu’il fera bientôt lui-même les frais de ma présence en tant qu’employé de C.U.L..  

La partie qui me plaît le moins de ce travail, c’est que je dois entrer moi-même mes heures de travail sur une feuille de temps dans l’ordinateur.  Aussi, alors que ça fait deux mois que je travaille seul le soir dans ce département, je reçois un courriel de la part des ressources humaines qui me convoque pour le lundi suivant au matin.  

Le lundi suivant au matin, j’y vais. Je suis rencontré par mon chef d’équipe, deux personnes des ressources humaines, et le directeur du département.  Le directeur parle en premier. 

« Est-ce que tu sais pourquoi on t’a convoqué ici ? » 
« Non  ! » 
« En es-tu certain ? » 

Voyons !? C’est quoi, cette entrée en matière ? 

« Certain.  De quoi est-ce qu’il s’agit ? » 
« De ta déclaration d’heure de travail. » 
« D’accord ! » 

Le quatuor me regarde pendant près de dix secondes, sans rien dire, comme s’ils attendaient d’avantage de moi.  Ne voyant pas où ils veulent en venir, je demande. 

“Et ?” 
« Et tu pensais qu’on ne s’en rendrait pas compte ? » 
“Euh… Vous rendre compte de… ?” 
“Tu n’as pas l’air de comprendre que je te donne en ce moment l’opportunité de te rattraper en te montrant honnête. Alors ne fait pas ton innocent. Si je te dis que tu es ici en rapport à ta feuille de temps, tu sais certainement c’est quoi le problème. » 

C’est quoi, ces détours et pirouettes ?  Pourquoi ne pas parler clairement ? 

« Désolé, je ne vois vraiment pas. » 
« Ok ! Si c’est à ça que tu veux jouer : Ça fait deux mois que tu es de soir, et ça fait deux mois qu’à toutes les semaines, quand il reçoit ta feuille de temps, ton chef d’équipe est obligé de la corriger. »

Ce à quoi le chef ajoute :

« J’ai voulu t’aider. Je ne voulais pas te causer de problèmes. Je me disais qu’en voyant que le montant de ton chèque de paie restait stable, que tu comprendrais le message.  Mais semaine après semaine, tu persistes. » 

Ces hommes ont beau être mes supérieurs hiérarchiques, leur façon de me parler pour ne rien dire commence à m’énerver. 

“En langage clair, ça veut dire quoi ?  De quoi est-ce qu’on parle en ce moment ? Je persiste à faire quoi, au juste ?” 

 Une personne des ressources humaines explique plus clairement.  

« Depuis que tu es de soir, tu déclares quotidiennement huit heures de travail plutôt que sept. Tu charges le C.U.L. pour ton heure de pause de dîner. » 

Ce à quoi le directeur ajoute  

« Au début de cette conversation, on t’a donné la chance de démontrer que tu puisses être de bonne foi, honnête, en reconnaissant tes torts. Mais là, à voir ton attitude, je suis bien désolé, mais on ne peut pas garder à notre emploi une personne malhonnête qui vole des heures, en faisant semblant d’être innocent. » 

Alors c’est ÇA, leur problème avec moi ?  Et c’est de cette manière qu’ils ont choisi d’aborder le sujet ? En me tendant un piège ? Incroyable ! Je leur répond aussi sec. 

QUELLE heure de dîner ? » 

Ils me regardent tous les quatres, en ayant l’air de ne pas comprendre où je veux en venir.  Aussi, j’explique.  

« À l’heure où je travaille, le soir, la cafétéria est fermée.  C’est pour ça que je m’amène des lunchs. Des lunchs que je mange à mon poste de travail entre deux appels. Vous savez parfaitement que je suis le seul qui travaille à cette heure-là. Si je me délogue pour aller diner, il n’y aura personne pour prendre les appels.  Est-ce que vous voulez vraiment que la boite perde de l’argent parce que j’arrête de prendre les appels pendant une heure ?» 

Les quatre personnes se regardent entre elles, sans trop savoir trop quoi dire, alors qu’elles sont en train de réaliser leur bourde collective. C’est d’un air beaucoup moins sûr de lui que le directeur me dit qu’effectivement, non, je ne peux pas fermer mon poste de travail s’il n’y a personne d’autre pour répondre aux appels.  La seule femme présente, préposée aux ressources humaines me demande  » 

«  Pourquoi est-ce que vous n’avez pas parlé de ce problème avec votre chef d’équipe ? » 

Je la regarde de travers, ébahi par la stupidité de la question.

« Comment est-ce que j’étais supposé deviner que mes heures de travail vous poseraient un problème, puisque personne ne m’en a jamais parlé avant aujourd’hui ? »

Afin de faire preuve de ma bonne foi et de mon désir de collaborer, j’ajoute :

« Si quelqu’un m’avait dit dès le départ « Hey, pourquoi tu inscris huit heures au lieu de sept? », j’aurais répondu « Je ne peux pas prendre une heure de diner puisque le soir je travaille seul. » Quinze secondes de conversation, tout aurait été réglé, et on n’aurait pas été obligé de se déranger ici, tous les cinq, en ce moment, deux mois plus tard. » 

Le directeur se retourne vers mon chef d’équipe.

« Effectivement Christian ! Pourquoi avoir attendu deux mois ? »
« Euh… Ben, vous savez, je travaille de jour et lui de soir, alors on n’a jamais le temps de se voir. »

Entendre ceci me donne un tel choc que le réflexe de démontrer mon innocence me fait parler avant de réfléchir.

« Comment ça, « Jamais le temps de se voir » ? J’arrive toujours au moins quinze minutes avant le début de mon shift. La preuve, c’est que c’est grâce à ça que j’ai pu te dire qu’Edouard avait infecté le système avec Back Orifice le mois dernier, et que t’as pu faire régler le problème par Peter. »

Le directeur regarde le chef d’équipe avec un air plus grave. J’apprendrai plus tard que jamais mon chef d’équipe n’avait rempli de rapport sur le fait qu’un de ses employé, sur le même quart de travail que lui, avait déjoué sa vigilance pour y installer l’un des logiciels les plus craints de toutes les compagnies ayant des postes informatiques. Je venais de le faire passer pour un incompétent et pour un hypocrite au yeux du directeur. Mais moi, encore ignorant de tout celà, j’en remets une couche alors que…

« Mais attendez… Ça fait deux mois que tu corriges ma feuille de temps ? Ça veut dire que ça fait deux mois que tu m’enleves une heure par jour ? Tu m’as retiré 40 heures ? Tu m’as enlevé l’équivalent d’une semaine de paye ? » 

En totale aberration devant cette réalisation, j’oublie les rangs hyérarchiques alors que je regarde le directeur en lui disant :  

« Et c’est MOI que vous qualifiez de malhonnête qui vole des heures ? » 

Gêné et embarrassés.  Voilà en ce moment comment sont les quatre personnes face à moi en ce moment. C’est d’un air désemparé que je m’adresse au directeur en lui demandant : 

 « Et après LUI qui me fait perdre une semaine de paie, VOUS me faites perdre mon emploi ? Sérieux ? » 

En évitant mon regard, le directeur capitule. 

« Non ! Ça va ! C’est bon ! Tu n’es pas renvoyé. Effectivement, un suivi aurait dû être fait avec toi. Mais bon, tu vois, avant toi, des shifts de huit heures, ça n’existait pas, ici. Rassure-toi, on va envoyer une note à la comptabilité. Et à la prochaine paie, tu seras remboursé pour tes 40 heures non-payées. De toute façon, tu ne travailleras plus seul. À partir de ce soir, tu vas travailler avec Étienne. Ce qui fait que dès aujourd’hui, tu vas pouvoir prendre ton heure de diner, et recommencer à inscrire sept heures dans ta feuille de temps. D’accord ?” 

Ce que je comprends dans cette fin de discours, c’est :

« Ah, parce qu’en plus, avant-même de me rencontrer aujourd’hui, vous m’aviez déjà remplacé ? »

Le directeur soupire, se met la main sur la bouche et le menton, et regarde ailleurs. À moins d’être sociopathe, personne n’aime passer pour le méchant de l’histoire. Surtout après avoir commis une telle série d’incompétences et d’injustices. La préposée aux ressources humaines vient à son secours.

« Le moniteur automatique d’appels a démontré une augmentation du volume des appels que tu reçois. Il était prévu que l’on embauche du personnel pour constituer une équipe de soir. Étienne est juste le premier de ces nouveaux embauchés. Le fait qu’il commence aujourd’hui est une coïncidence qui n’a aucun rapport avec la raison de cette rencontre. »

Ah non ? Alors que le directeur m’a annoncé très clairement qu’il ne pouvait pas me garder à son emploi à cause des erreurs de mon chef d’équipe ? C’est ça, ouais !

Mais bon, je me tais. Mes supérieurs hiérarchiques sont déjà assez embarrassés comme ça, inutile de pousser ma chance en les antagonisant davantage. Parce que ce n’est pas chose à faire lorsque l’on tient à garder de bons rapports entre patrons et employés. Je dois déjà me compter chanceux qu’ils ne me renvoient pas sous de faux prétextes pour sauver leur orgueil. Mais que vouliez-vous que je fasse ? J’étais bien obligé de me défendre, puisque ma carrière était en jeu. Et ce, à cause des erreurs d’un autre.

Malgré le fait que le directeur a dit que le vol d’heure et de salaire était une cause suffisante pour se faire renvoyer, mon chef d’équipe n’a pas perdu son emploi. Non pas que je le souhaitais. Non, c’est juste que ça permet de voir que les règles sont différentes quand il s’agit de voler les employés plutôt que de voler la compagnie.

Donc, mon score d’enfoiré (involontaire) du bureau à date:

  • Benoit, jaloux de mon salaire, en gagne maintenent l’équivalent, mais perd 4h de route, d’essence et de frais de parking sur une base quotidienne.
  • Edouard renvoyé.
  • Les ressources humaines embarrassées.
  • Un directeur également dans l’embarras.
  • Peter réprimandé pour avoir caché à la direction la présence de Back Orifice dans le système.
  • Mon chef d’équipe humilié car prouvé comme étant incompétent et hypocrite.. 

Et tout ça en huit mois à leur emploi. Et ce, même si je n’ai jamais rien fait pour provoquer les ennuis.

À SUIVRE

Quand j’étais l’enfoiré du bureau (1 de 4)

C’est facile de se plaindre contre nos collègues de travail. Mais comme dit le proverbe, on peut voir la paille dans l’oeil du voisin, et être aveugle de la poutre dans le sien. Car même si je plaide la totale innocence, n’empêche que dans un boulot en particulier que j’ai occupé il y a près de trente ans, les circonstances ont quelquefois fait de moi l’enfoiré du bureau.

Tous les noms sont bien sûr changés.

Dans la seconde moitié des années 90, j’ai eu une opportunité pour travailler pour le C.U.L, c’est à dire pour Conseillers Ultra-Logiciels, une boite qui offre des services informatiques à d’autres compagnies. À cette époque, Internet faisait ses débuts dans nos foyers.  Soucieux de rester à la page et de pouvoir rejoindre le plus de clients possibles, la compagnie d’aviation Air Canada a décidé d’avoir une page web nommée Cyber Ticket Office, dans laquelle les clients pourraient réserver leur billet eux-même en ligne. De nos jours où tout se fait via le net, ça peut sembler bien anodin. Mais à l’époque, c’était très innovateur. 

L’avantage de faire affaire avec le C.U.L, c’est que les compagnies n’ont pas à dépenser des millions en appareils, personnel et formation. Le C.U.L. possède déjà tout ça.  Air Canada s’adresse donc au C.U.L. qui lui fera de la sous-traitance pour son service de réservations en ligne.

Air Canada voulant offrir le service le plus vite possible, le C.U.L. n’a pas perdu de temps à publier des petites annonces (dans les journaux, à l’époque) pour recruter du personnel. L’annonce a été envoyée à l’interne. Les employés se retrouvaient avec d’intéressants bonus s’ils recrutaient de bons candidats. Une de mes amies, Gina, travaillait pour le C.U.L, elle me l’a proposé. À ce moment-là, j’avais 29 ans et, après un retour aux études, je terminais le Cégep. J’étudiais en lettres, pour me diriger dans le journalisme. Malheureusement, il y avait deux problèmes avec ce choix de carrière. De 1, c’est contingenté. Et de 2, la paye n’est pas si bonne.  Alors lorsque Gina m’a parlé de cette opportunité d’emploi, avec formation incluse et payée, je n’allais pas cracher là-dessus.  Surtout pas à $11.00 de l’heure, car à ce moment-là, le salaire minimum au Québec était de $6.80.

La personne chargée de ma formation s’appelait Benoit. La première semaine, tout se passe bien.  Je prenais les appels pour guider les gens sur la page, s’ils avaient de la difficulté à s’y retrouver. Et je prenais leur renseignement de carte de crédit pour faire le paiement, s’ils craignaient de laisser ces renseignements en ligne. 

Puisqu’il n’y avait que peu d’appels au début, Benoit et moi avions amplement le temps de parler de choses et d’autres. Il m’a avoué qu’il était un peu intrigué, du fait que mes connaissances en informatique étaient nulles. Il est vrai qu’en cette ère de début d’internet dans la population, peu de gens de ma génération avaient touché un ordinateur. Je lui raconte donc comment, quelques années plus tôt, j’avais décidé de retourner aux études. Et pourquoi cette offre d’emploi m’a spontanément fait réorienter ma carrière. Surtout à 11$ de l’heure. 

«  Hein ? Tu gagnes 11$ de l’heure ? » 
«  Oui, je sais bien que c’est juste le salaire d’entrée. Mais ce n’est pas grave, puisque je n’aurai pas à commencer à rembourser mon prêt étudiant avant 6 mois. » 

Pour le reste de la journée, Benoit m’a semblé étrangement silencieux. Même qu’à un moment, il part sans mot dire et me laisse seul pendant plus d’une heure.

 Le lendemain, en entrant au bureau, je me fais aussitôt convoquer par le chef de département.  Celui-ci me dit :

«  Ta formation était supposée durer de 3 à 4 semaines. Sauf que Benoit ne s’occupera plus de ta formation. » 
«  Ah non !? » 
«  Est-ce que c’est Benoit qui t’a demandé ton salaire? » 
«  Non ! Il m’a juste demandé dans quoi j’avais étudié. Je lui ai dit que j’avais étudié en lettre. Il m’a demandé qu’est-ce que je venais faire au C.U.L. alors. Je lui ai répondu qu’en journalisme, j’aurais un salaire bas et instable. Tandis qu’avec ce boulot de C.U.L, j’avais 11$ comme salaire de départ. » 

Le chef me regarde pendant quelques secondes, hochant la tête comme s’il venait de comprendre. Il demande.

« Est-ce que tu sais pourquoi il ne faut jamais parler de salaire avec les collègues de travail ? » 
« Euh… Non ! » 
«  C’est parce que Benoit ne fait pas ton salaire. Il ne gagne pas 11$ de l’heure, lui. » 

Dans mon innocence et ma naïveté, voici ce que je comprends dans ces paroles :

  • Benoit gagne beaucoup plus cher que moi. Ce qui me semble logique, puisque lui programmeur d’expérience, et moi téléphoniste débutant.
  • Ils s’imaginent que je vais prendre ombrage de gagner si peu, comparé à mes collègues.  Aussi, j’essaye de le rassurer.

«  Ben, oui, je comprends ça. C’est normal qu’il gagne beaucoup plus que moi, avec son expérience. Je ne lui ai pas dit ça pour me plaindre. Je le sais bien, que mon salaire est seulement un salaire de débutant. » 
« Non-non-non ! Tu ne comprends pas. Le problème, c’est que Benoit gagne moins cher que toi. » 

Voilà une nouvelle qui me surprend.

« Hein ?  Comment ça ? » 
«  C’est parce que lui, c’est un employé de C.U.L. Il gagne donc le salaire d’un programmeur de C.U.L. qui a 11 ans d’expérience dans le C.U.L. Mais toi, ton salaire, ce n’est pas le C.U.L. qui te le paye.  C’est Air Canada. » 
« Ah bon !? » 

Le chef me raconte qu’hier, Benoit est allé à son bureau lui demander des comptes pendant une bonne heure. Le chef a eu à lui expliquer que la raison pour laquelle Air Canada offrait un si gros salaire, c’est parce qu’ils voulaient s’assurer que le système soit mis en place le plus vite possible. Or, Benoit, fort de ses onze ans d’expérience en programmation informatique dans le C.U.L, prennait très mal de devoir servir de formateur à un gars qui gagne plus cher que lui alors qu’il n’y connait rien.

Pour le C.U.L, il n’était pas question d’augmenter le salaire d’un employé, juste à cause qu’il frustre du fait qu’un autre employé gagne plus que lui. S’ils acceptent ça pour lui, alors tous les autres exigeront la même chose, jusqu’à ce que tous les employés obtiennent le salaire du PDG. Ce qui serait impossible à maintenir. Benoit a donc exigé d’être inclus dans le contrat d’Air Canada. Or, le seul poste disponible dans un avenir rapproché sera téléphoniste, lorsque le volume d’appels augmentera. Benoit a refusé. Lui, un programmeur avec onze ans d’expérience, se retrouver avec le poste le plus bas de gamme de la boite ? C’est une insulte à son expérience.

« Ça me laisse donc avec le problème de devoir lui créer un poste, et d’essayer de faire modifier le contrat avec Air Canada, en essayant de leur faire gober qu’on a absolument besoin de Benoit pour ce poste imprévu au contrat. » 

À la fin de ce sermon, je m’attendais à me faire renvoyer. Mais je me suis seulement fait taper sur les doigts pour avoir divulgué mon salaire. Comme le corbeau de la fable, je jura, honteux et confus, qu’on ne m’y reprendra plus.  

Environ deux semaines plus tard, sur l’heure du dîner, à la cafétéria. J’entends la conversation de la table d’à côté. Ce sont deux programmeurs qui parlent de Benoit.

Le premier raconte au second que Benoit est maintenant rendu au bureau d’Air Canada, dans un des édifices de l’aéroport de Dorval.  Pour lui, on a créé un poste d’agent de liaison.  En gros, c’est pour s’assurer que le contact et les communications entre les ordinateurs de C.U.L. et ceux d’Air Canada passent bien. Le problème, c’est que Benoit habite dans le même quartier que les bureaux du C.U.L. Et ça, c’est à cinquante minutes de route de son nouveau bureau. Du moins, en théorie. Car en réalité, coincé dans le trafic du matin qui avance à pas de tortue, ça va plutôt chercher dans les deux heures. Et c’est pareil pour le retour, à la sortie des bureaux. Et alors que le stationnement du C.U.L. est de 30$ par mois (Ce qui représente environ 3h20 de travail, à son ancien salaire.), là-bas c’est 90$. (Environ 8h00 de travail, malgré son nouveau salaire augmenté.) 

L’obstination de Benoit pour avoir mon salaire lui a causé beaucoup plus de désagréments que d’avantages.  Même s’il a maintenant le même revenu que moi, ses dépenses en parking et en essence font qu’au bout du compte, le montant d’argent qui lui reste après avoir payé tout ça, fait que son revenu est bien en dessous du mien. S’il n’est pas en dessous de son ancien salaire pour commencer. En plus de perdre quatre heures par jour sur la route, cinq jours par semaine.  Son temps libre se trouve ainsi amputé de l’équivalent de deux semaines de travail par mois, qui lui coûtent de l’argent au lieu de lui en rapporter.  

Et bien que le poste de Benoit a dû être inventé, on ne pouvait pas le laisser se tourner les pouces, surtout à ce salaire. Alors désormais, toutes les questions que les téléphonistes ont au sujet du fonctionnement de Cyber Ticket Office doivent être adressés à lui.  Je crois inutile de vous préciser que lorsque ces questions viennent de moi, Benoit les reçoit très mal.  

Il n’y a pas qu’à Benoit que ma présence au C.U.L. causera préjudice. Bientôt, une personne perdra son emploi, et le chef d’équipe perdra la face. Et dans les deux cas, en rapport avec moi.

À SUIVRE

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 18e partie : la conclusion.

Aujourd’hui, la notaire m’a appelé.

« Alors si je comprends bien, vous avez eu un problème avec la Caisse Desjardins ? »
« Oui ! Il y a deux semaines, on devait ouvrir un compte de succession.  Mais ils refusent, tant que ma notaire ne produira pas un mandat d’inaptitude pour ma mère, afin que je puisse lui succéder en tant qu’exécuteur testamentaire. »

Afin d’alléger la discussion, j’omet volontairement de lui dire que Desjardins a consenti à verser la moitié des $10 000 de mon père dans le compte de ma mère, en attendant que la succession se règle. Or, ça ne change rien, car ma notaire me dit que…

« Je ne peux pas vous en signer un sans d’abord recevoir le constat du médecin de famille de votre mère. »
« J’ai amené ma mère à son médecin de famille il y a un mois et demi, pour apprendre qu’il a décidé il y a deux ans qu’il ne s’occuperait plus de ma mère. »
« Malheureusement, avant de signer quoi que ce soit, il me faut quand même un constat de l’état cognitif de votre mère signé par un médecin. Donc, votre seule option, c’est de lui trouver un nouveau médecin de famille. »

Est-ce qu’elle pense que ça se fait en claquant des doigts ?

« Ça fait des années que j’essaye de trouver un médecin de famille pour moi-même, et je n’y arrive pas. Alors je ne crois pas que je vais réussir à en trouver un pour ma mère. »
« Dans ce cas-là, vous devriez vous adresser au privé. »
« Au privé ? Avec les frais que ça implique ? »

Et c’est à ce moment-là que j’en suis arrivé à la seule conclusion envisageable. Conclusion que j’explique à ma notaire.

« Écoutez ! Mes parents n’ont aucune propriété, aucun véhicule, aucun placement, ils n’ont même pas de meubles puisque ma mère a tout vendu lorsqu’elle s’est retrouvée en résidence.  La succession, ce sont les $10 000 du compte de mon père, que j’essaye de faire transférer dans le compte de ma mère.  À ce jour, après trois mois et demi de bureaucraties diverses, j’en suis à plus de $8 500 de frais.  Je suis en train de dilapider la succession juste pour mettre la main sur la succession. C’est ridicule !  Surtout que je ne suis pas plus avancé. »
« Je comprends ! »
« Alors je suis bien désolé, mais là, j’abandonne.  Je renonce à ma succession. »

Cette annonce semble donner un choc à la notaire.

« Mais là !? Monsieur !? Il faut songer au bien-être de votre mère. »
« Ma mère paie $2 700 de loyer. Elle ne reçoit que $1 200 de pension. En trois ans, ces $1 500 de déficit mensuel ont brûlé toutes ses économies. En septembre, il ne lui restera plus un sou pour payer son hébergement. Alors même si j’arrivais à transférer dans son compte l’argent de mon père, ces $10 000 vont juste retarder l’échéance de trois mois. »
« Vous n’avez pas songé à faire transférer votre mère au public, dans un CHSLD ? »
« Oui ! Je me suis renseigné ! On m’a dit que la liste d’attente était de 9 à 18 mois. Or, c’est dans 4 mois que ma mère arrivera au bout de son argent. À ce moment-là, elle va tomber à la curatelle publique. Et eux, ils vont la placer dans un CHSLD. Et eux, ça ne leur prendra pas entre 9 et 18 mois pour le faire. Alors en conclusion, que je continue de me démener ou non pour ma mère, le résultat sera exactement le même. Avant que l’année se soit écoulée, elle va se retrouver au public, dans un CHSLD, et sans plus un sou. »

J’ai moi-même dilapidé toutes mes économies pour survivre, puisque je n’ai pas travaillé depuis le décès de mon père le 9 janvier dernier. Je n’aurais pas pu travailler, de toute façon. Au nombre de fois où j’ai eu à me déplacer pour régler une facette ou une autre des funérailles et de la succession, mon absentéisme m’aurait coûté mon emploi. Et puisque je croyais que ça allait se régler rapidement, je n’ai pas songé à demander du chômage. En tout, avec ma survie, les frais de déplacements et les dépenses des funérailles et de succession, j’en suis à environ $34 000 de frais. Et je n’ose même pas calculer ces trois mois et demi de salaire que j’ai perdu, à ne pas travailler. Encore heureux que mon crédit est excellent. Mais les dettes, tôt ou tard, faut les rembourser.

Et il n’y a pas que Desjardins qui demande une procuration pour daigner donner à ma mère l’argent qui lui revient. Retraite Québec aussi, refuse de verser à ma mère sa pension de veuve, tant que je n’aurai pas l’autorité légale de la demander à sa place.

Mais au fait…

Ça représente combien, cette pension de veuve, dont on me parle depuis le décès de mon père ? Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai pensé à le demander.

Tu me fucking niaises ?

Avec ses 80 ans, ma mère aurait seulement droit à $881 par mois ? Aditionné aux $1 200 de sa pension, ça donne $2 081. Avec son loyer de $2 700, ça continue d’être insuffisant. Là encore, ça ne ferait que retarder de quelques mois son renvoi de la résidence.

Mais là encore, voyez ce que dit le dernier paragraphe : Ce montant lui serait accordé seulement si elle ne reçoit pas déjà une rente de retraite. Or, le $1 200 qu’elle reçoit par mois, C’EST sa rente de retraite.

On me fait courir à gauche et à droite pour ça depuis trois mois et demi. … ET ELLE N’Y A JAMAIS EU DROIT !

Incroyable !

Donc, oui, J‘abandonne. Mais ce n’est pas par choix. Le constat est aussi triste que réaliste : Peu importe ce que je fais, je ne pourrai jamais sauver ma mère de l’indigence. C’était un combat qui était perdu d’avance. À ce point-ci, la seule personne que je puisse encore sauver, c’est moi-même, en laissant tout tomber et en retournant travailler pour ne pas finir indigent moi-même.

En théorie, lors du décès de ma mère, ça va être beaucoup plus simple. En tant que seul héritier, je n’aurai besoin de procuration pour personne. Or, ma mère sera à ce moment-là sans le sou et sans le moindre avoir. Mon héritage sera constitué de ses vêtements, ses lunettes, son dentier, et la modique somme de zéro dollar et zéro sou.

Quant aux $5 000 qui restent dans le compte de mon père, je peux oublier ça. Car si ma mère n’a plus toute sa tête, elle a en revanche une forte constitution. Son décès pourrait ne survenir que dans 5, 10, 15, ou 20 ans. Croyez-vous qu’il me restera encore quelque chose de ces $5 000, alors que Desjardins pigera là-dedans mensuellement pour les frais de tenue de compte, pendant 5, 10, 15 ou 20 ans ?

Et c’est ainsi que se termine la saga des pompes funestes. J’avoue que lorsque j’ai commencé à l’écrire, non seulement ne m’attendais-je qu’à une série de trois billets, je ne me doutais pas avec quelle exactitude ce jeu de mots allait décrire la procédure entière, incluant sa conclusion.

Mon Dieu, donne-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaître la différence.

S’il y a un cas dans lequel cette prière s’applique, c’est bien celui-ci.

___________

enFIN

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 17e partie.

Cet après-midi, je reçois ce message de la part de l’infirmière de la résidence où habite ma mère.

Pour l’honnêteté : 10/10. Pour le service, par contre…

Mais bon, ce n’est pas la première fois que le système qui prend en charge nos ainés en général, et cette résidence en particulier, commet un mauvais service. Juste dans ces trois derniers mois, depuis que j’ai repris contact avec ma mère suite au décès de mon père, ça s’accumule. Comptons-les depuis le début.

Mauvais service no.1.
Il y a trois ans, ma mère habitait à Beloeil, en Montérégie. J’habitais à 750 km de là, à Carleton-sur-Mer, en Gaspésie. Une travailleuse sociale m’a appelé pour me dire que l’état cognitif de ma mère avait dégénéré, au point où elle n’était plus autonome. Elle m’a dit qu’ils allaient trouver un endroit où la placer, et qu’elle m’appellerait ensuite pour me dire où elle loge. Je n’ai jamais reçu cet appel de retour.

Mauvais service no.2.
Il y a trois mois, lors du décès de mon père, j’ai tenté de retracer ma mère. J’ai commencé par m’adresser à son CLSC. Mais ceux-ci, évoquant la Loi 25 sur la confidentialité des renseignements personnels, ne peuvent pas me dire où elle est placée. Même si je suis son fils.

Mauvais service no.3.
Me doutant qu’il doit bien exister un répertoire des résidences pour ainés au Québec, je cherche sur Google et je trouve Residences Québec.

Ils m’ont répondu que le nom de ma mère n’était pas dans leur base de données, donc que ma mère n’habitait dans aucune de leurs résidences privées.

Plus tard, Marcel, un ami de mes parents, m’apprend que ma mère habite aux Habitats Lafayette… Qui fait partie de Résidence Québec.

Mauvais service no.4.
Avant que Marcel m’appelle, je continuais mes recherches pour retrouver ma mère. Je me suis adressé à la Curatèlle Publique et dans les CHSLD. Ces derniers m’assurent qu’ils vont communiquer avec moi dans les 48h. Aujourd’hui, trois mois plus tard, ils ne m’ont toujours ni écrit ni appelé. N’eut été de ce Marcel dont j’ignorais l’existence, je chercherais encore.

Mauvais service no.5.
Ma mère habite au rez-de-chaussée de sa résidence. Ils savent que son état cognitif est déficient. Il n’y a pas de surveillance la nuit. À 03h00, ma mère se lève et quitte la résidence, en plein hiver, par -23°C, sans bottes, ni manteau. Elle tombe en glissant sur une plaque de glace. Une patrouillle de nuit passant par là l’ont trouvée.

Mauvais service no.6.
Les infirmiers-infirmières de la résidence savent que la carte d’assurance maladie de ma mère est expirée depuis le 16 janvier dernier. Ils n’ont fait aucune démarche auprès de la RAMQ pour la remplacer. Ils n’ont pas non plus communiqué avec moi pour que je m’en charge.

Mauvais service no.7.
Trois semaines après avoir déplacé ma mère du rez-de-chaussée jusqu’au 3e étage, là où tout est surveillé 24/7, elle avait toujours la clé de son ex-chambre du rez-de-chaussée, et toujours pas celle de sa nouvelle chambre. Je l’ai signalé à l’infirmier-chef.

Mauvais service no.8.
La résidence m’appelle pour me dire que ma mère est à l’Hôpital Pierre-Boucher. Trois jours plus tard, j’ai un appel de l’Hôpital Pierre-Boucher pour me dire que ma mère était retournée à la résidence. Le lendemain, je vais à la résidence, qui me disent que ma mère est toujours à l’Hôpital Pierre-Boucher. Je me rend à l’Hôpital Pierre-Boucher, qui me disent que ma mère est à la résidence.

Mauvais service no.9.
Il y a deux jours, je constate que ma mère n’a toujours pas la clé de sa nouvelle chambre, alors que ça fait maintenant six semaines qu’elle y est, et trois semaines que j’ai demandé sa nouvelle clé.

Mauvais service no.10.
On en revient au début de ce billet avec ses médicaments qui ne lui ont pas été donnés. Malheureusement, on ne peut pas enrayer l’incompétence. On peut seulement travailler avec. Il se trouve que, de par mon métier, je suis légalement autorisé à administrer de la médication. Aussi, j’opte de proposer une solution.

Dans la majorité des résidences, les médicaments des résidents sont enfermés sous clés dans une pièce hors d’accès, sous la garde du personnel. Ici, chaque résident a ses médicaments dans sa chambre, dans un coffre à outils en plastique acheté chez Dollarama, verrouillé par un petit cadenas à combinaison. Je ne suis pas certain si ça répond bien au normes de sécurité du CISSS, tout ça. Mais bon, si ça peut simplifier les choses, je ne m’en plaindrai pas.

Je suis reconnaissant que ce problème puisse se régler aussi facilement. Malheureusement, au sens de la Loi, ceci constitue le …

Mauvais service no.11.
Ils ne me connaissent pas, et ils prennent ma parole, sans me demander de prouver que je suis vraiment qualifié à administrer des médicaments. De mon point de vue, d’accord, je n’ai pas à me plaindre puisque ça facilite ma tâche et règle le problème. Mais en sachant que n’importe qui peut se prétendre qualifié et qu’on les croit sur parole, alors du point de vue de la sécurité de nos ainés, on repassera

Au bout du compte, voilà onze mauvais services en trois mois. Et ça, ce sont seulement ceux que j’ai observés, vécus, ou dont on m’a mis au courant. Alors les questions que je me pose sont : À combien d’incidents de la sorte ma mère a-t-elle eu droit ? Et surtout, est-ce seulement avec ma mère, ou bien est-ce que ce sont tous les résidents qui y ont droit ?

$2 700 par mois pour être aussi mal servis.

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 16e partie.

Devant les énormes difficultés pour obtenir une procuration pour m’occuper des affaires de ma mère, j’ai décidé d’y renoncer. En autant que ma mère puisse recevoir l’argent de mon père, afin de payer son loyer pour les années à venir, le reste n’a pas d’importance.

Aujourd’hui à 14h, j’amène ma mère à son rendez-vous à la Caisse Desjardins de Beloeil.  Maintenant que l’on a tous les documents pour ouvrir un compte de succession, l’argent de mon père pourra être transféré dans le compte de ma mère, et tout sera enfin réglé. Ma mère sera à l’abri du besoin, et moi je pourrai retourner travailler. Et il est temps, car la succession, ainsi que mon propre coût de vie, ont totalement décimé mes économies. Je commence à vivre à crédit.

Après quelques minutes dans la salle d’attente, une conseillère vient nous voir. Son nom est Maya. Ma mère et moi nous levons pour lui emboiter le pas. Mais en se tournant vers moi, la conseillère me dit :

« Non, pas vous !  Je dois voir Madame seulement.  Je reviendrai vous chercher au besoin. »

J’ai immédiatement compris que rien n’allait se passer comme prévu.

Au but de quinze minutes, la conseillère vient me chercher. Elle m’amène à son bureau. Je m’assois à côté de ma mère.

« Alors oui, Monsieur Johnson, j’ai bien discuté avec votre mère.  Malheureusement, il semble que Madame ne comprend pas la majorité de ce que je dis. »

Je me retiens de dire que même si elle avait eu toute sa tête, elle n’aurait pas plus compris. Ma mère a toujours eu en horreur les responsabilités testamentaires, c’est pourquoi elle a toujours remis cette fonction à ses proches, lors du décès de ses deux parents et de ses tantes. Voilà d’ailleurs au moins dix ans qu’elle me dit que si mon père meurt avent elle, elle veut que ce soit moi qui s’en occupe.

« Votre mère n’est donc pas apte à pouvoir remplir son rôle d’exécuteur testamentaire ni de liquidateur des biens de votre père. »
« Je comprend ! »
« Je ne peux donc pas ouvrir de compte de succession. »

Ces mots me frappent comme une gifle. Deux mois et trois semaines de démarches pour obtenir tous les documents requis, pour pouvoir ouvrir un compte de succession. Pour nous le faire refuser quand même.

« Puisque vous êtes le suivant sur la liste des exécuteurs désignés par votre père, vous devez vous procurer un mandat d’inaptitude pour votre mère signé par votre notaire, vous permettant d’avoir une procuration. »

Décidément, je n’y échappe pas, à la procuration. J’essaye de plaider ma cause.

« J’ai déjà eu cette conversation avec la notaire il y a deux semaines.  Elle m’a dit que pour avoir un mandat d’inaptitude, je dois d’abord faire examiner ma mère par son médecin de famille.  Mais quand on y est allé, la réceptionniste nous a dit que ce médecin ne s’occupait plus de ma mère depuis deux ans.  À cause de ça,  je suis pris dans un cul-de-sac. »
« Je comprends.  Mais sans procuration, je ne peux rien faire. »
« Mais enfin !  Je ne comprends pas !  Le testament le dit clairement, que si ma mère refuse la charge d’exécutrice testamentaire, c’est moi le prochain en charge.  Et peu importe qu’elle soit inapte ou non, ça ne change rien au fait qu’elle a toujours refusé de s’en occuper.  Pourquoi est-ce qu’il faut qu’une tierce personne nous donne la permission d’exécuter les volontés de mon père ? »
« C’est nécéssaire, lorsqu’il s’agit de liquidation de biens d’une personne décédée. »
« Mais QUELS biens à liquider ?  Mes parents n’ont pas de maison, pas de véhicules, pas de placements.  Ils n’ont même pas de meubles puisque ma mère les a vendus quand elle s’est retrouvée en résidence.  il n’y a RIEN à liquider.  C’est juste un mari qui transfère son argent dans le compte de sa femme. Je n’ai aucun rapport là-dedans, moi. »
« Écoutez !  Tout ce que je peux vous conseiller, c’est d’aller en parler à votre notaire. »
« Ma notaire demande un rapport de santé d’un médecin de famille qui a décidé de ne plus s’occuper de ma mère.  Regardez votre écran d’ordi.  Vous avez le compte de ma mère sous vos yeux. Regardez ses opérations du mois.  Elle ne reçoit que $1 200 de pension par mois, alors que son loyer est de $2 700.  À ce rythme là, elle n’aura plus un sou au mois d’août.  Je n’invente rien, tout est là, devant vous.  Je ne vous demande pas de me donner l’argent de mon père.  Je vous demande de le donner à ELLE.  Pour qu’elle ne se retrouve pas à la rue au mois d’août, quand elle n’aura plus rien pour payer son loyer. »
« Je suis vraiment désolé. »
« Ça fait trois mois que je ne travaille plus à cause que je dois m’occuper de tout ça en personne parce que c’est impossible à faire par téléphone.  Tout le processus m’a couté près de $8 000 jusqu’à maintenant.  J’ai vidé mon propre compte de banque puisque je ne travaille pas.  Quand mon père est mort, j’ai appelé la notaire.  Ça a pris douze jours avant d’avoir un retour d’appel.  Ensuite, ça a été dix jours pour me fixer un rendez-vous téléphonique. Pour me fixer un rendez-vous en personne un mois et demi plus tard.  Deux mois d’attente pour voir la notaire. Et là vous me demandez de repasser à travers tout ça.  Rendu là, on va être en juin.  Et pourquoi ?  Pour me faire redire par la notaire qu’elle ne peut rien faire, sans avoir un papier du médecin de famille qui a décidé de ne plus s’occuper de ma mère. »
« Je comprends et je sympathise.  Mais je n’y peux rien. »

C’est sous un ton découragé, et non amer, que je répond.

« Voius n’y pouvez rien… Alors que c’est vous-même qui venez de décider que ma mère était inapte à recevoir son héritage pour survivre. »

On se lève. La conseillère nous escorte vers la sortie. Ma mère, confuse, me demande.

« Et là, on fait quoi ? Qu’est-ce qui arrive avec l’argent de Pierre ? »

En sachant très bien que la conseillère pouvait tout entendre, aussi bien en profiter pour bien lui faire comprendre les conséquences de sa décision.

« Tu ne pourras jamais l’avoir, parce que je ne pourrai jamais avoir de procuration, parce que ton médecin de famille a décidé de ne plus jamais te traiter. »
« Hein ? Qu’est-ce qu’on va faire ? »
« J’ai pris des renseignements pour te faire transférer de ta résidence privée à une chambre au public. La liste d’attente des CHSLD est de neuf à dix-huit mois. Le problème, c’est que puisque la banque refuse de te remettre ton héritage, alors dans quatre mois, tu n’auras plus un sou pour payer ton loyer. »

La conseillère nous souhaite bonne chance. Ma mère lui dit merci. Je ne dis rien. On va dans le parking. Nous montons dans l’auto. Il ne me reste plus qu’à aller au bureau de la notaire, lui expliquer la situation, pour voir ce qu’elle peut faire.

Alors que j’allais prendre le pont pour passer de Beloeil à St-Hilaire, téléphone.

« Oui allo ? »
« Monsieur Johnson. Ici Maya, la conseillère de Desjardins. On vient de se voir. Écoutez, j’ai peut-être une solution temporaire, qu’on peut faire dans des cas extrèmes. »

Bon ! Il semblerait que ma stratégie de victimisation a fonctionné. Enfin, si on peut parler de victimisation per se, étant donné que tout ce que j’ai dit était vrai.

« En attendant que les choses débloquent pour votre mère, ce qu’on peut faire, c’est transférer la moitié de l’argent de la succession dans le compte de votre mère. Puis, l’autre moitié une fois que tout sera réglé. Ça va vous permettre de gagner du temps. »
« Si ça peut se faire, alors d’accord. »

« Alors si vous pouvez revenir avec votre mère. Passez à un comptoir-caisse et demandez-le à la caissière. »

Demi-tour ! On retourne à Desjardins. On entre. Ma mère s’assoit. Je prend un numéro. On attend. Je passe au comptoir. J’explique à la caissière. Elle ne comprend rien.

« Si vous voulez ouvrir un compte de succession, il vous faut d’abord recevoir le certificat de décès de votre père. C’est un document bleu qui… »
« Je l’ai déjà ! J’ai déjà tous les documents requis pour ouvrir le compte. C’est pour ça qu’on avait rendez-vous avec une conseillère à 14h. Mais lorsqu’elle a parlé à ma mère, elle l’a déclarée inapte à gerer ses affaires. Alors moi, je viens ici pour faire transférer la moitié des avoirs de mon père dans le compte de ma mère. »
« Avez-vous une procuration ? »

Rendu là, j’ai juste envie de me cogner la tête sur le comptoir. Or, s’il y a un endroit où il ne faut surtout pas perdre le contrôle de ses émotions, même si on se fait couillonner non-stop par le système, c’est bien à la banque. J’ai déjà bien assez d’emmerdes comme ça. inutile d’y ajouter des problèmes avec la Loi. Aussi …

« Écoutez ! J’ai vu Mme Maya. Allez lui en parler, elle va vous expliquer ça mieux que moi. »

Ce qu’elle fait ! Vingt minutes plus tard, la caissière revient avec une collègue qui lui explique le processus. La collègue me demande.

« J’aurais besoin du numéro de compte de votre père. »
« Aucune idée. Je n’ai jamais eu accès à ses documents. Seulement ceux de ma mère. »
« Alors comment voulez-vous que l’on puisse trouver son compte ? »
« De la même façon que vous l’avez trouvé lorsque je suis venu signaler son décès il y a trois mois : Avec son nom et sa date de naissance. »

C’est elle qui doit apprendre à sa collègue comment transferer l’argent d’un compte à l’autre. Mais c’est moi qui doit lui apprendre comment trouver un compte.

Incroyable !

Avec les noms et les dates de naissances, elles trouvent le compte de mon père, le compte de ma mère, et leur compte conjoint.

« Alors dans le compte de Monsieur, il y a $10 840. Je vais donc transférer 5 420. »

Que–!? TU ME FUCKING NIAISES ? Je me démène comme un cave depuis trois mois et demi. J’ai liquidé mes $24 000 d’économies, dont $8 000 en frais divers en rapport à mes deux parents, TOUT ÇA POUR QUE MA MÈRE REÇOIVE SEULEMENT DE QUOI SE PAYER TROIS MOIS DE LOYER ?

Oh well ! Voyons les choses du bon côté. Elle se retrouvera à la rue en novembre plutôt qu’au mois d’août. C’est déjà ça.

On connaît tous la loi de Murphy. Tout ce qui peut aller mal va aller mal. Et bien pire que celle de Murphy, il y a la loi de Steve Requin : Tout ce qui n’a aucune raison d’aller mal va aller mal quand même.  C’est exactement le cas ici alors que la caissière doit imprimer un document de trois pages. Ma mère doit apposer sa signature sur la page 3. Or, l’imprimante n’imprime que les deux premières pages. La caissière réessaye une 2e fois. Une 3e. Une 4e. Une 5e. Rien à faire. La machine refuse catégoriquement de produire la page que ma mère doit signer.  Il a fallu transférer le document au bureau d’un employé qui a sa propre imprimante pour enfin y parvenir.

Un détail me revient en tête. La procuration est également nécessaire pour que je puisse demander que Retraite Québec (anciennement Régie des Rentes du Québec) verse à ma mère sa pension de veuve. Avec ça, peut-être pourra-t-elle payer son loyer maintenant et jusqu’à l’heure de sa mort, Amen ! Raison de plus pour obtenir ce rendez-vous avec la notaire.

On quitte Desjardins. On se rend au bureau de la notaire. Il est vrai que j’aurais pu appeler. Mais j’ose espérer qu’en y allant en personne, je puisse en tirer certains avantages. Quels avantages ? Aucune idée. On verra bien.

J’entre et me dirige vers le comptoir de la réceptionniste. Je dis vouloir prendre rendez-vous avec ma notaire. Elle me demande à quel sujet. Je dis que c’est pour obtenir un mandat d’inaptitude. Elle me demande si j’ai un dossier. Je lui montre mon testament. Après une recherche sur son écran, elle me dit :

« Oui, Monsieur Johnson. Je ne peux malheureusement pas vous donner de rendez-vous dans l’immédiat car votre notaire est en vacances. »

Qu–!? Tu me fucking niaises ? Mais QUI prend ses vacances au début du mois d’avril ?

À ce moment, surgit une élégante femme dans la trentaine.

« Vous êtes Monsieur Johnson ? »
« Oui ! »
« Bonjour. Je suis Franka Giguère. On s’est parlés au téléphone. »

Effectivement, cette femme est l’assistante de ma notaire. C’est avec elle que j’ai parlé et échangé des courriels. Je suppose qu’en m’entendant dire le nom de sa patronne, ça a piqué sa curiosité. Chose qui ne serait pas arrivé si j’avais simplement appelé et laissé un message dans le système téléphonique.

« En quoi est-ce que l’on pourrait vous aider ? »
« Il y a deux semaines, dans le bureau ici, ma mère a dit qu’elle voulait que je prenne en charge le rôle d’exécuteur testamentaire. Mais voilà, votre patronne a trouvé que ma mère semblait confuse. »
« Oui, effectivement, elle me l’a dit. »

Ah ! Enfin une personne qui sait de quoi je parle. C’est rafraichissant.

« Elle m’a donc dit d’amener ma mère se faire examiner par son médecin de famille.  On y est allé.  Pour se faire dire que son médecin ne la prend plus en charge depuis deux ans. »
« Est-ce que son dossier a été transféré à un autre médecin ? »
« Non ! »

Enfin, techniquement, oui, son dossier a été tranféré à un médecin sur la rue De l’Église à Montréal. Mais comme on a pu le voir dans le billet précédent, la carte d’assurance maladie ma mère est échue. Et ceci m’a empêché de prendre rendez-vous avec lui. J’ai fait la demande pour recevoir la paperasse permettant de demander une nouvelle carte à la RAMQ. Il faut attendre que ma mère la reçoive avant de pouvoir prendre rendez-vous avec lui.

Pourquoi ne l’ai-je pas dit à l’assistante de ma notaire ? Simple : Parce qu’à ce point-ci…

  • Rien ne prouve que ce médecin pratique encore.
  • Et même s’il pratique encore, rien ne prouve qu’il a bien reçu le dossier de ma mère.
  • Et même s’il l’a reçu, depuis le temps, rien ne garantit qu’il l’a encore.
  • Et même s’il l’a encore, rien ne garantit qu’il va accepter de s’en occuper.

Paranoïa ? Non, prudence ! Avec tous les obstacles imprévus qui se sont mis en travers de ma route depuis trois mois, je suis dans mon droit de me méfier des promesses vides. Surtout si ça signifie un mois d’attente pour la carte, ensuite de trois à six semaines d’attente pour un rendez-vous. On s’enligne pour deux mois et demi à patienter, pour potentiellement me retrouver dansun aurtre cul-de-sac. Je ni ne veux ni ne peux me permettre de prendre ce risque.

« Donc, votre mère n’a personne pour remplir un constat d’inaptitude. »
« Voilà !  On revient de la Caisse Desjardins de Beloeil.  On devait ouvrir un compte de succession.  Mais ils refusent, tant que ma notaire ne produira pas un mandat d’inaptitude.  Mandat d’inaptitude que je ne peux pas recevoir sans le constat du médecin de famille.  Médecin de famille qui ne s’occupe plus de ma mère. »
« Ah, ok !  Vous êtes encore en train de tourner en rond tandis que tout le monde se renvoie la balle. »
« Oui, exactement, depuis maintenant trois mois. »

Quelques chapitres plus tôt, je vous ai raconté comment j’avais écrit un courriel à la fois à ma notaire et à l’infirmière de la résidence où habite ma mère, car chacune me renvoyait à l’autre pout obtenir un document. Puisque c’est l’assistante qui s’occupe de sa correspondance, elle est forcément au courant de la situation. Je conclus par ces questions que je me pose depuis maintenant deux mois.

« La succession, est-ce que ça se passe vraiment comme ça pour tout le monde ? Ou bien est-ce que c’est seulement moi ? Sinon, comment font-ils, les autres ? »
« Bon ben écoutez, Monsieur Johnson. Je vais vous dire qu’effectivement, ce genre de difficultés ne fait pas partie de la norme. »

BON ! ENFIN ! Après trois mois de niaisage non-stop, il était temps qu’une personne impliquée professionnellement reconnaisse que c’est anormal.

« Alors voilà ce que je vais faire. Ma patronne revient de vacances lundi dans cinq jours. Je vais lui écrire une note tout de suite. Et à son retour, je vais lui demander de vous passer en priorité. Elle va pouvoir produire le mandat d’inaptitude, basé sur ses propres observations au sujet de votre mère. »
« Les notaires peuvent faire ça ? »
« On préfère que ça soit fait officiellement, avec le médecin de famille. Mais dans les cas exceptionnels comme le vôtre, oui, ça peut se faire. Donc, je vais écrire la note tout de suite, et je recommunique avec vous pour fixer rendez-vous. »

C’est tout juste si je ne me suis pas jeté à ses pieds pour les lui embrasser. Non pas par perversion, mais bien de reconnaissance. Parce qu’après tout ce que j’ai traversé, recevoir enfin un peu de considération humaine, ça m’enlève un poids.

Au final, j’avais raison d’y aller en personne plutôt que de laisser un message par téléphone. Ceci m’a permis de transformer deux ou trois mois d’attente en deux ou trois semaines d’attente.

Sur ce, je ramène ma mère à sa résidence. Du courrier l’y attend. C’est le formulaire pour le renouvellement de sa carte d’assurance maladie de la RAMQ, que j’ai commandé il y a deux semaines. Je remplis la chose, je la fais signer, et direction le plus proche comptoir de Poste Canada

La situation est encore plus timbrée que l’enveloppe.

Il ne me reste plus qu’à attendre l’appel pour le rendez-vous de la notaire. Bon, c’est sûr qu’il y aura encore des frais. Mais qu’importe, pourvu que la chose se règle, afin que je puisse obtenir la procuration.

__________
À SUIVRE, car je n’ose plus dire À CONCLURE.

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 15e partie.

Puisque c’est le temps des impôts, j’ai fait appel à la firme de comptable associée à mon agence d’emploi en santé. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas à m’en plaindre. Ils m’ont toujours apporté des retours intéressants. La chose se fait en ligne. J’ouvre le lien vers le formulaire à remplir.

Cette firme me charge 90$ pour faire mes impôts. Voilà pourquoi je suis aussi surpris de voir cette partie du formulaire.

Euh… Tu me fucking niaises ? En quel honneur est-ce que les impôts de mon père coûteraient près de huit fois le prix normal ? Sûrement, il doit y avoir une erreur. Une faute de frappe qui aurait changé le 70$ en 700$. Je sais bien que nous sommes le premier avril, mais ça m’étonnerait qu’il s’agisse d’un poisson d’avril. Aussi, je leur écris.

La réponse n’a pas tardé.

Bon ! Alors ce que j’en comprends, c’est que, puisque mon père était vivant durant toute l’année 2025, faire ses impôts coûtera le tarif habituel, soit 90$. Mais l’année prochaine, puisqu’il est décédé en 2026, alors là, ce sera 700$.

À 81 ans, le seul revenu de mon père était sa pension. Il est décédé le 9 janvier à six heures du matin. Ce qui signifie qu’en guise de revenu total pour l’année 2026, il va déclarer huit jours et quart. Et on s’attend à ce que je paie 700$ pour ça ?

Décidément, c’est auprès du cadavre que l’on voit les vautours.

__________
À CONCLURE DANS UNE SEMAINE ?

J’amènerai ma mère à la Caisse Desjardins mercredi le 8 avril à 14h pour son rendez-vous pour finaliser le transfert des actifs de mon père dans son compte à elle. Normalement et logiquement, rien de négatif ne peut encore arriver pour faire obstacle au bon déroulement de la chose.

… Normalement et logiquement.

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 14e partie.

Aujourd’hui, trois sujets.

SUJET 1 : La facture finale.
Alors voilà ! Lundi le 30 mars, la notaire m’a remis les certificats de recherches testamentaires effectuées auprès du Barreau du Québec, ainsi qu’à l’Ordre des Notaires. Et elle m’a même fourni une copie toute neuve du testament de mon père, puisque l’exemplaire produit en 2001 par le fondateur du bureau Handfield avait été tellement mal photocopié qu’il était invalide. Tout est donc terminé de ce côté là. Je n’ai plus besoin de leurs services. D’où ce courriel qui m’a été expédié le lendemain de notre rencontre finale.

Quand on a besoin de leur services, il faut appeler, puis attendre douze jours pour un retour d’appel, ensuite c’est dix jours pour un rendez-vous téléphonique, puis un mois et demi avant rencontre en personne. Donc, deux mois entre le moment où tu appelles pour un rendez-vous, et le jours où tu l’obtiens. Par contre, quand il s’agit de les payer, tu reçois la facture en 24h, avec notification de la régler sans délais.

Alors voilà la facture finale, qui inclut le montant avant taxes, les taxes, le montant après taxes, et les avertissements et menaces légales auquelles ils faut s’attendre de la part de ce genre d’entreprise.

Pourquoi est-ce que le montant avant taxes est de 925 $ plutôt que le 901 $ initial, tel que montré ici à quelques reprises dans les chapitres précédents ? Parce que, comme je disais, il a fallu que la notaire me produise une copie neuve du testament, puisque la version fournie par ce même bureau il y a 25 ans était invalide. Ce sont eux qui ont commis cette erreur. Mais c’est moi qui dois la leur payer.

Eh ouais !

SUJET 2 : Retraite Québec (Anciennement la Régie des Rentes du Québec.)
Tel que mentionné dans les chapitres précédents, la procédure pour souscrire à la pension de veuve aurait été déjà trop compliqué pour ma mère, même si elle avait toute sa tête. Ça l’est encore plus maintenant que son état cognitif est diminué. C’est donc moi qui doit s’en occuper. Or, je ne possède pas la procuration qui me permettrait de faire cette demande pour elle. Ils m’ont donné jusqu’au 8 avril pour l’obtenir.

Et puisque la carte de RAMQ (assurance maladie) de ma mère est expirée, ça va prendre un mois avant de recevoir la nouvelle. Ajoutons à ça le temps de prendre rendez-vous avec son médecin de famille, d’y aller et d’obtenir l’évaluation requise, je ne dois pas m’attendre à l’avoir avant juin ou juillet. Et à partir de là, allez savoir combien de temps ça va prendre pour recevoir la procuration. À l’Halloween, peut-être !?

Voici donc un résumé de la situation, incluant ma tentative de régler le problème, ainsi que le résultat.

  • Retraite Québec me demande une procuration si je veux m’occuper des affaires de ma mère.
  • Je ne pourrai pas l’obtenir pour la date limite.
  • J’appelle Retraite Québec pour demander de reculer la date limite.
  • Puisqu’il s’agit du dossier de ma mère, et que je n’ai pas la procuration qui me permettrait de leur faire cette demande, ils ne peuvent donc pas y répondre. Même si la demande est dans le but d’obtenir la dite procuration.

Eh ouais !

SUJET 3 : Le destin essaie-t-il de me passer un message ?
Je suis revenu chez moi à Québec, après huit jours à me démener en Montérégie pour la succession de mon père et les affaires de ma mère. Ayant quelques bagages à sortir de l’auto, j’ai posé l’un de mes sacs sur le toit du véhicule. Aussitôt, une bourrasque se manifeste. Le sac tombe par terre. Sous l’impact, le sac s’ouvre. La chemise à dossier contenant les documents de succession et des affaires de ma mère en tombe. La chemise s’ouvre. Les documents partent aux quatres vents et se dispersent dans un rayon d’une trentaine de mètres. Et voilà l’acte de décès de mon père, le testament fraichement imprimé, le registre de recherche testamentaire, celui du mariage, qui atterissent dans la neige, sur l’asphalte humide et poussiereuse, dans une flaque, dans la boue… Tous ces documents que je devrai présenter à la Caisse Desjardins dans huit jours alors que ma mère signera l’acte final pour le transfert de l’argent de mon père dans son compte à elle, sont ruinés.

Un document imprimé le jour-même.

Eh ouais !

Il y a quelques années, j’ai écrit ici une série de billets intitulés Un câble d’acier ombilical. Dans ceux-ci, j’explique que mes parents entrent dans la catégorie des parents hélicoptères. À une terrible variante près : alors que les parents hélicoptères « normaux » sont surprotecteurs afin d’assurer la réussite de leur enfant, les miens ont toujours tout mis en oeuvre pour saboter ma vie, me faisant perdre amis, conjointes, vie sociale, logis, santé, réputation, argent et carrières. Le but étant de me rendre éternellement dépendant d’eux. C’est la raison pour laquelle, le 5 mai 2021, j’ai renié mes parents et je me suis enfui en Gaspésie, à 700 km de chez eux. Ce qui m’a permis, à l’âge de 52 ans, d’atteindre enfin la prospérité après toute une vie d’efforts et de travail acharné. Et, incidemment, de pouvoir enfin me procurer mon premier véhicule, à l’âge où, en général, on en est à notre 5e ou 6e.

En apprenant il y a trois mois que mon père vivait ses derniers jours, ainsi que l’état cognitif de ma mère, j’ai décidé de m’en occuper. Et depuis, comme on le constate en lisant cette série de billets, voilà trois mois que je ne travaille plus, que je me démène pour ne faire que rencontrer obstacles par-dessus contrariétés par-dessus problèmes. J’ai vidé mon compte de banque, et je ne fais que payer encore et encore. Bref, je suis en train de revivre le même sabotage de vie que m’ont fait subir mes parents pendant cinquante ans.

Dans de telles conditions, vous pouvez certainement comprendre pourquoi je commence à penser que le destin a essayé de me passer un message, en tentant de faire disparaitre tous les documents de la succession et des affaires de ma mère. Je veux dire, un gars a beau être raisonnable, réaliste et cartésien… Il vient un moment où il est en droit de se poser de sérieuses questions, lorsque tout autour de lui se met en oeuvre pour l’empêcher d’avancer dans la tâche qu’il tente d’accomplir.

Surtout quand la dite tâche ne se bute jamais à un tel nombre d’obstacles lorsque c’est n’importe qui d’autre qui s’y met.

________________________
Je dirais bien À CONCLURE, mais je suis

rendu un peu pessimiste sur le sujet.

Les Pompes Funestes, une tragicomédie.  13e Partie.

Aujourd’hui, il y a eu de l’action sur deux fronts. Pour faciliter la lecture, on va y aller un sujet à la fois.

SUJET 1: Lecture du testament et remise des derniers documents requis pour la succession.

Le 24 mars, j’ai reçu ceci :

Aujourd’hui, lundi le 30 mars. Je passe au bureau de la notaire, en compagnie de ma mère.

Il n’y a pas eu de lecture au sens propre. Ça s’est limité à ceci :

NOTAIRE : Votre mari vous a nommé exécutrice testamentaire.
MA MÈRE : Oui mais je veux que ce soit mon fils qui s’en occupe.
NOTAIRE : On pourrait transférer la fonction d’exécuteur à votre fils, mais il y aurait des frais.

Ah bon ? Pourtant, le testament dit bien que si ma mère refuse, ou en est incapable, c’est moi le second en liste. Elle vient de refuser. Alors en quoi doit-il y avoir des frais alors que l’on ne fait que se prévaloir d’une clause qui est déjà dans le testament ? Il se trouve que poser la question serait inutile car…

NOTAIRE : Mais ça ne servirait à rien puisque vous n’avez pas de maison, ni de véhicule, et vos autres possessions ont été vendues lorsque vous êtes allé en résidence pour personnes âgées. Il n’y a pas non plus de dette à régler. Il n’y a donc aucun besoin d’avoir un exécuteur pour ce testament.

Décidément, depuis le début, à part quand vient le temps de payer, je n’arrête pas d’être inutile.

NOTAIRE : La succession consiste seulement à ouvrir un compte de succession à la Caisse Desjardins de Beloeil pour transférer l’argent de votre mari dans votre compte. Pour ça, il vous faut les certificats qui prouvent qu’une recherche testamentaire a été faite auprès du Barreau du Québec et de la Chambre des Notaires du Québec. Et ces documents, je les ai ici, et je vous les donne.

À 901 $ pour le processus, je n’appelle pas ça donner. Mais bon ! L’Important, c’est que je les ai enfin en ma possession. Armés de ces documents, ma mère et moi traversons le pont qui enjambe la rivière Richelieu, partant de St-Hilaire pour aller à la Caisse Desjardins de Beloeil. Là, on me demande :

  • La déclaration de décès de mon père. Je l’ai.
  • Ma déclaration de naissance, pour prouver que je suis bien le fils de mon père. Je l’ai.
  • Le certificat de mariage de mes parents. Je l’ai.
  • Le testament. Je l’ai.
  • Une attestation de notaire, prouvant que fut effectuée une recherche testamentaire auprès de la Chambre des Notaires, ainsi que du Barreau du Québec. Je viens tout juste de les recevoir.

Je leur remet le tout. Pour me faire dire que…

CAISSIÈRE : Désolé !  Le testament de votre père est invalide.

… Tu me fucking niaises !?

MOI : HEIN ? Comment ça, invalide ?
CAISSIÈRE : Regardez au bas de cette page, il manque une partie du texte. Ce document est incomplet.

Effectivement

Je prends immédiatement mon téléphone et j’appelle au bureau de la notaire que j’ai quitté il y a vingt minutes.

« Bonjour et bienvenue au bureau du notaire Handfield. Pour le service en anglais faites-le 1. Si vous connaissez, le numéro du poste à rejoindre, faites-le maintenant. Pour connaître nos heures de bureau, faites le 3. Pour la liste de nos employés, partenaires et associés, faites le 4. Pour toute question en rapport a… »

Je raccroche ! La première fois que j’ai appelé pour obtenir un rendez-vous, ça a d’abord été douze jours d’attente avant de recevoir un retour d’appel. Ensuite ce fut dix jours pour un rendez-vous téléphonique. Ensuite un mois et demi pour un rendez-vous en personne, celui d’où je reviens. Ben là, fuck le protocole ! Je saute dans mon auto et je retourne immédiatement et sans m’annoncer au bureau de la notaire. Pas question que je repasse à travers deux autres mois d’attente à cause qu’il y a vingt-cinq ans, le notaire de mon père n’a pas été fichu d’utiliser sa photocopieuse correctement.

J’entre et me rend directement à la réceptionniste à qui j’explique le problème du testament invalide. Elle va retransmettre la chose à ma notaire. Vous vous souvenez, il y a deux semaines, lorsqu’il a fallu que je lui fournisse un scan de mon exemplaire du testament parce que celui-ci n’avait pas encore été numérisé par ses assistantes ? Eh bien là, il l’est ! Elle m’en imprime une copie toute fraiche, qu’elle signe. Je repars tout de go à Beloeil, direction la Caisse Desjardins.

Alors cette fois, ça y est ? On peut ouvrir un compte de succession ? Eh non ! Là, c’est l’étape du rendez-vous téléphonique. Qui, heureusement, sera à 15h00 le jour-même.

15h00. Le téléphone sonne. Je met en mode haut-parleur pour que ma mère puisse entendre et intervenir. L’employée lui demande si mon père avait des dettes, une auto, une maison, des biens à liquider. Ma mère a répondu non, non, non et non à ces quatre question auquelles elle aurait aussi bien pu répondre lorsque nous y étions ce matin.

L’EMPLOYÉE : Très bien. Alors nous allons vous rappeler pour vous fixer un rendez-vous avec un conseiller de votre succursale de la Caisse Desjardins de Beloeil.

Encore des délais ? À ce point-ci, je ne roule même plus des yeux, tellement je commence à être habitué à attendre. Et c’est parti pour encore quelques semaines de patience.

Or, avec mon karma, même lorsqu’il s’agit de choses négatives, le destin ne cesse de me contredire. Par conséquent, ce ne sera que dix minutes plus tard qu’on me rappelera de nouveau, pour fixer le rendez-vous au 8 avril. Une date qui a déjà une certaine signification, comme vous le verrez avec le…

SUJET 2, la procuration pour pouvoir m’occuper des affaires de ma mère.

Rappelez-vous un truc que je vous disais quelques chapitres plus tôt. Pour obtenir une procuration, je dois d’abord faire évaluer l’état cognitif de ma mère. L’infirmière qui s’occupe de ma mère à la résidence m’avait dit que pour obtenir l’évaluation, je dois demander un affidavit à ma notaire. Et ma notaire m’a dit qu’elle a besoin d’avoir l’évaluation avant de pouvoir produire un affidavit. Je les ai mis en contact en leur envoyant un courriel à toute les deux, dans lequel je m’adresse aux deux à la fois à ce sujet.

Lors de mon rendez-vous de ce matin avec la notaire, elle m’a dit qu’elles en sont arrivées à la conclusion que la seule personne qui est qualifiée pour faire une évaluation cognitive de ma mère, c’est son médecin de famille.

Je sais de qui il s’agit, et les documents de ma mère le confirment. C’est le Dr Morvan, dont la clinique est située à Varennes. Et Varennes, ce n’est qu’un petit détour en route vers Longueuil, où réside ma mère. Aussi, lorsqu’on a fini par donner tous les documents requis à la Caisse Desjardins, on est partis vers la clinique du Dr Morvan.

Une fois arrivés, je reconnais la place. Effectivement, j’ai déjà accompagné mes parents ici par le passé. Je dis à ma mère d’attendre dans l’auto, le temps de vérifier si son docteur pratique toujours ici. Son nom est encore sur la porte. On y va donc, rassuré que cette fois, on n’aura pas de mauvaises surprises..

Ma mère s’assoit dans la salle d’attente. Je vais au comptoir expliquer ce que l’on vient faire. On me demande la date de naissance de ma mère. Je la donne.

RÉCEPTIONNISTE : Madame Louise B ?
MOI : Exactement !
RÉCEPTIONNISTE : Oui, votre mère a un dossier ici. Mais voilà plusieurs années que le Dr Morvan ne s’occupe plus de votre mère.

.. Tu me fucking niaises !?

MOI : M-mais-mais comment ça ?
RÉCEPTIONNISTE : Je n’ai pas les détails du pourquoi. Mais ça dit ici que votre mère est maitenant suivie par le Dr Lévis, à sa clinique de la rue De l’Église, à Montréal.
MOI : Comment ça, à Montréal ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire de fous ?

Je regarde ma mère, qui ne comprend pas plus que moi. Quoique dans son cas, ça peut être dû à son état neurologique. La réceptionniste me donne tous les détails de son nouveau médecin de famille, nom, adresse et téléphone. Je prends le tout, et on repars. Je la ramène à sa résidence.

Tel que décrit dans un chapitre précédent, lorsque ma mère habitait au rez-de-chaussée de sa résidence, elle avait la mauvaise habitude de tenter de s’évader pendant la nuit. Elle a donc été déménagée au 3e étage, unité surveillée 24h, il y a trois semaines.

Sa porte de chambre est verrouillée. J’utilise sa clé. La clé ne fonctionne pas. J’en parle à l’infirmier chef. Il l’essaye. Rien à faire. Il a fallu aller chercher le concierge, pour qu’il puisse l’ouvrir avec sa master key.

Il semblerait que ma mère n’a jamais reçu la clé de sa nouvelle chambre. Et il a fallu que ce soit moi qui le leur fasse constater, au bout de 21 jours.

Incroyable !

Nous voilà dans sa chambre. Il nous reste une heure avant de recevoir l’appel de la Caisse Desjardins. En attendant, sur mon téléphone, je fais mes recherches au sujet de son nouveau médecin de famille. Je trouve sa clinique. Il faut prendre rendez-vous en ligne. Aussi bien le faire maintenant pour gagner du temps. J’entre le nom de ma mère, son adresse, son numéro de carte de la RAMQ. Puis je clique sur SUIVANT. Et ça me donne ce message d’erreur.

Une situation a régulariser auprès de la RAMQ ? Ceci me rappelle qu’en effet, à l’hôpital la semaine dernière, on m’a dit que la carte de ma mère était expirée. Et effectivement…

Et encore une nouvelle contrariété à ajouter dans la liste déjà dantesque de problèmes et d’obstacles.

Je me rend sur la page de la RAMQ. Je remplis la demande de renouvellement de la carte. Il ne me reste plus qu’a cliquer sur SUIVANT et voir dans combien de temps elle recevra sa nouvelle carte.

Euh… Quoi !?

Le formulaire que je viens de remplir, c’est pour recevoir le formulaire par la poste ? Il n’y a donc pas moyen de remplacer la carte en ligne ? Il faut absolument que ce soit le formulaire en papier ? Et c’est celui-ci que ma mère va recevoir dans dix jours ouvrables. Donc dans deux semaines ? Et il faudra probablement compter deux autres semaines pour recevoir la carte ? Donc dans quatre semaines !? Je dois donc attendre encore un mois avant de pouvoir prendre rendez-vous avec son nouveau médecin ? Rendez-vous qui prendra probablement entre trois et six semaines avant d’arriver ? Et puisque ce rendez-vous sera pour savoir ce que l’on veut, au juste, ça va prendre un second rendez-vous ? Ce qui fait que l’évaluation ne se fera pas avant juin ou juillet ? Alors que mon père est décédé le 9 janvier ? ALORS QUE, TEL QUE VU DANS UN CHAPITRE PRÉCÉDENT, RETRAITE QUÉBEC ME DONNE JUSQU’AU 8 AVRIL POUR LEUR FOURNIR L’ÉVALUATION, SI ELLE VEUT RECEVOIR SA PENSION DE VEUVE ?

Incroyable !

Vous savez quoi ? Je pense que je vais tout simplement faire passer ma mère comme étant saine d’esprit auprès de Retraite Québec, et renoncer à me la procurer, cette procuration. En autant qu’elle reçoive sa pension de veuve et que la succession puisse se régler, pour que ma mère puisse recevoir l’argent de mon père, c’est ça qui est important.

Encore faut-il que la succession se règle vraiment lors du rendez-vous avec la Caisse Desjardins, ce même 8 avril, dans dix jours.

______
À SUBIR

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 12e partie.

Mercredi le 18 mars.
Tel qu’expliqué dans le chapitre 10, je reçois un appel de l’hôpital Pierre-Boucher pour me dire que ma mère a un rendez-vous pour une résonnance magnétique mardi le 24 mars à 14h30. Je vais me charger de l’y amener.

Jeudi le 19 mars.
Toujours dans le chapitre 10, ma mère a été envoyée à l’hôpital Pierre-Boucher pour cause d’infection urinaire. Infection qui l’affectait cognitivement au point où elle s’imaginait en conversation téléphonique, en utilisant un verre de styrofoam en guise de cellulaire.

Hier, lundi le 23 mars.
Je reçois un appel de l’hôpital Pierre-Boucher pour me dire que ma mère a obtenu son congé, et qu’elle est retournée en résidence. N’empêche que je dois quand même l’y amener demain pour sa résonnance magnétique.

Aujourd’hui, mardi le 24 mars.
Je me rend à la résidence où ma mère habite. Devant sa chambre, je me bute à une porte verrouillée. Un employé me voit.

LUI : Vous cherchez quelqu’un ?
MOI : Ma mère, Mme Louise B.
LUI : Ça fait une semaine qu’elle est à l’hôpital Pierre-Boucher. On ne vous a pas prévenu ?
MOI : QUOI ? L’hôpital m’a appelé hier pour me dire qu’elle avait reçu son congé, et qu’elle avait été ramené ici par transport adapté.
LUI : Ah ? Ben, non ! Je le saurais, c’est moi l’infirmier-chef de tout l’étage.
MOI : Mais… Pourquoi est-ce qu’ils m’ont appelé hier pour me dire qu’elle était revenue ?
LUI : Ben, vous savez, il arrive des fois qu’un médecin dise que c’est beau, un patient peut partir. Mais que le médecin chef l’examine ensuite et dise non, la personne reste 24h de plus. Je suppose que la secrétaire qui a été avisée de son départ ne l’a pas été de son prolongement de séjour.

Bon ! Prennons la chose du bon côté. Elle sera déjà sur place pour sa résonnance magnétique. Puisque je sais par expérience que les départements d’un centre hospitalier ne se parlent pas entre eux, je vais y aller afin de m’assurer qu’on la transfèrera en temps et lieu de son rendez-vous. Parce que ce serait trop bête qu’elle rate son rendez-vous à l’hôpital Pierre-Boucher à cause qu’elle est déjà à l’hôpital Pierre-Boucher.

Vingt minutes de route vers l’hôpital Pierre-Boucher. Je me stationne. J’entre. Je me dirige au comptoir. Je donne le nom de ma mère.

ELLE : Ça dit ici que Madame a reçu son congé.
MOI : Je sais ! On m’a appelé hier pour me le dire. Je suis allé à sa résidence. Et eux m’ont dit qu’elle était encore ici.
ELLE : Bon ! Ben, je vois ici que sa chambre était au 8e étage, chambre 814.

Je prends l’ascenseur. Je monte au 8e étage, chambre 814. Elle est vide. Une infirmière me demande :

ELLE : Vous cherchez quelqu’un ?
MOI : Ma mère, Mme Louise B.
ELLE : Et vous êtes ?
MOI : Stéphane Lussier Johnson.
ELLE : Non, mais en rapport à elle.

Je viens de te dire que c’était ma mère. Alors je suis quoi, en rapport à elle, d’après toi ? Son arrière-grand-oncle ?

MOI : Son fils !
ELLE : D’accord ! Un instant, je vais vérifier.

Elle vérifie et ne trouve pas. Elle demande à l’infirmière chef. Celle-ci vient me parler.

ELLE : Votre mère a reçu son congé.
MOI : Non ! J’arrive de sa résidence. Ils m’ont dit qu’elle était encore ici.
ELLE : Ça fait vingt minutes que le transport adapté est venu la chercher, pour la ramener chez elle.

Tu me fucking niaises ? Ma mère était là pendant une semaine. Vous m’avez appelé pour me dire qu’elle était retournée la sa résidence, alors que vous l’avez gardé sans m’en avertir. Ce qui fait que je suis allé la chercher à la résidence pour rien. Et , pendant les vingt minutes que j’ai mis à venir ici, ce sont exactement ces mêmes vingt minutes que vous avez choisi pour vous décider de la renoyer à sa résidence ? Alors qu’elle a rendez-vous ici dans deux heures ?

Incroyable !

Vingt minutes de route vers la résidence. J’y retrouve ma mère devant son plat préféré, un hot chicken. Je regarde ça, à moitié découragé, en espérant que son test de résonnance magnétique ne demandait pas qu’elle soit à-jeun.

Ma mère est très heureuse de me voir. Elle est lucide. Bon, avec un discours un peu incohérent, mais pas plus que ces dernières semaines. Après son repas, je la ramène dans sa chambre. Je lui met son manteau pour la ramener à l’hôpital Pierre-Boucher. J’ouvre son portefeuille pour y prendre sa carte de l’hôpital Pierre-Boucher et sa carte de la RAMQ (assurance maladie.) … Pour constater qu’aucune de ces deux cartes n’y sont. Est-ce que l’hôpital les a rendues ? Est-ce que c’est le personnel des la résidence qui les a ?

Je vais voir l’infirmière, qui essaye ensuite de rejoindre l’infirmier-chef. Ce dernier vient de partir pour diner. On l’attrappe in extremis, alors qu’il s’apprêtait à quitter la résidence. Il avait encore les cartes de ma mère dans ses poches.

Vingt minutes de route vers l’hôpital Pierre-Boucher. Je me stationne. On entre. On se dirige au comptoir. Je donne le nom de ma mère à la réceptionniste.

ELLE : Résonnance magnétique, 1er étage.

On prend l’ascenseur. On arrive. Au comptoir, je donne à la réceptionniste sa carte de l’hôpital Pierre-Boucher et sa carte de la RAMQ. Elle les regarde.

ELLE : Je ne peux pas prendre sa carte de la RAMQ. Elle est expirée depuis janvier. Il va falloir que vous la fassiez renouveler auprès de la RAMQ et que vous nous rappelez ensuite pour prendre un autre rendez-vous.

Tu me fucking niaises ?

MOI : Mais voyons donc !? Ma mère vient de passer cinq jours ici. Il y a une heure, elle était encore dans sa chambre, au 8e étage. Je veux bien croire que sa carte est expirée. Mais ça ne les a pas empêché de la traiter.
ELLE : Un instant, je vais vérifier quelque chose.

Elle fait un appel. Après quelques minutes, elle me revient.

ELLE : Ok, vous allez vous rendre au rez-de-chaussée, au comptoir des cartes d’hôpital. Vous aller leur expliquez votre situation. Eux, ils vont vous remettre un papier rose. Vous allez me le ramener. Je vais avoir besoin de ça pour inscrire votre mère. Sinon, il faudra payer les frais de l’examen.

Je dis à ma mère de rester dans la salle d’attente. Je descends au rez-de-chaussée. Je le parcours. Je trouve le comptoir des cartes d’hôpital. J’explique la situation au gars au comptoir.

LUI : Alors il va falloir que vous alliez sur https://www.ramq.gouv.qc.ca/fr. De là, vous pourrez faire renouveler sa carte, ce qui dev-…
MOI : NON ! La réceptionniste au 1er étage m’a dit que je dois venir ici, demander un papier rose.
LUI : Ah ? Un instant, je vais vérifier quelque chose.

Il prend la carte de RAMQ de ma mère. Il en scanne le code-barres. Il regarde son écran d’ordi. Il imprime un papier, qu’il me donne. Sur la feuille blanche, il est écrit l’équivalent de « Cette carte est valide. »

MOI : Euh… Et le papier rose qu’elle m’a demandé ?
LUI : Vous n’avez pas besoin du papier rose. Cette carte est valide.

Je ne comprend rien de rien à rien. Je me lève, reprends l’ascenseur et je remonte au 1er étage. J’amène le papier blanc à la réceptionniste.

MOI : Il m’a dit que je n’avais pas besoin du papier rose.

Elle regarde le papier. Elle reprend la carte de ma mère. Elle en scanne le code barres.

ELLE : Très bien. Vous pouvez y aller, première porte à gauche.

Euh… Dis moi que tu m’as fait descendre pour rien, sans me dire explicitememt que tu m’as fait descendre pour rien !? ALORS QUE TOUT CE QUE TU AVAIS À FAIRE, C’ÉTAIT DE SCANNER LA CARTE !?

Je regarde l’heure. Il est 14h22. C’est un miracle que tout ce niaisage de va-et-vient inutile ne nous a pas mis en retard.

Ma mére a eu sa résonnance magnétique. Elle a eu son congé. Elle a voulu un café et une pâtisserie. Nous sommes allé à la cafétéria au rez-de-chaussée. Tout était dans des machines distributrices. J’ai des cartes de guichet, des cartes de crédit et quelques billets de $10. Les machines ne prennent que de la monnaie. Et il n’y a pas de machine à changer les billets en monnaie.

Par contre, quand est venu le temps de payer le parking en sortant, alors là, pas de problèmes. Tu peux les payer comptant, par interac, crédit, chèque, virement bancaire, traveler’s checks, bitcoin et peau de castor.

Vingt minutes de route plus tard, j’avais ramené ma mère à sa résidence. Elle s’est couchée car tout ce voyagement l’a épuisée. Et encore, contrairement à moi, elle n’a pas fait résidence – hopital – residence – hopital – premier étage – rez-de-chaussée -premier étage – résidence. Dans son état de fablesse actuel, elle n’aurait pas survécu

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À SUIVRE