L’impact potentiel (et inattendu) du moindre geste anodin

Cette histoire commence il y a exactement huit ans aujourd’hui, au milieu du printemps de 2014. À ce moment-là, je suis concierge dans un édifice à logements.

Un ascenseur comporte deux portes: la porte de la cage mobile d’ascenseur elle-même, et porte du mur qui s’ouvre à chaque étage. Ce matin-là, en sortant de l’ascenseur au second sous-sol, je constate un truc: Lorsque les portes sont ouvertes, on peut distinctement voir, par la fente par terre entre les deux portes, qu’il y a un 3e sous-sol sous nos pieds.

Un ascenseur est quelque chose de trop important en matière de sécurité pour laisser n’importe qui s’en occuper. Voilà pourquoi l’ascenseur n’appartient jamais à l’édifice. Il est loué par le propriétaire. Dans ce cas-ci, à la compagnie Otis.

Sous l’ascenseur, il y a une pièce, le puits d’ascenseur, et seul le technicien d’Otis y a accès. Il peut y descendre grâce à une clé spéciale que lui-seul possède. Il utilise dans l’un des verrous du panneau de contrôle de l’ascenseur.

Lors de son passage mensuel précédent, il a oublié d’éteindre la lumière du 3e sous-sol. Et pour tout le mois, ceci me permet, pour la première fois, de voir via la fente entre les portes une partie de cette pièce secrète et inaccessible.

À partir de là, je m’amuse à imaginer quel plaisir j’aurais à faire de cette pièce mon antre secrète, mon genre de Batcave. Évidemment, pour ça, il faudrait que le technicien perde sa clé, que je la trouve et la garde pour moi. Et c’est comme ça que je me commence à imaginer des histoires de plus en plus élaborées. Au point où je me dis que ça pourrait être le bon départ pour une série de BD.

À ce moment-là, ça fait presque six ans que je ne dessine plus. L’idée de me remettre à la BD me tente.

Toujours influencé par mon ancienne vie de jeunesse et le thème du loser et de l’underdog qui vit en marge par obligation, je créé cette trame de série: Cinq gars, âge non-précisé mais on devine entre 15-19 ans,. Ce sont des camarades d’école qui, à première vue, n’ont que peu en commun. Ils ont commencé à se tenir ensemble à cause d’un travail d’équipe. Personne ne voulait d’eux dans leur groupe d’origine, alors ils ont eu à se regrouper pour le travail, et n’ont juste jamais arrêté de se fréquenter par la suite. Puisqu’il sont marginaux parce que les gens les trouvent nuls. Le titre sera donc Les Marginuls.

Lorsqu’ils commencent à former une bande, l’un des marginuls partage avec les quatre autres son secret: La clé qui mène au sous-sol caché. Voyant que passent par-là les câbles d’électricité, de téléphone, de télévision, ils ont l’idée de s’y installer, d’en faire leur base secrète, piratant en douce le net, la télé, etc.

Les personnages étaient:

  • Le bon gars classique: Grassouillet, barbe en collier, chapeau Fedora, est le meilleur-ami-de-gars d’une fille tout en espérant beaucoup plus. C’est un grand poète, un romantique.
  • Un inventeur plein d’idées folles à la c’est-simple-mais-fallait-y-penser. Pas un inventeur à la Stewie Griffin (Pas de machine à voyager dans le temps, genre), mais un peu plus à la Gaston Lagaffe. Ses trucs sont plus réalistes et pourraient probablement fonctionner en vrai. Il est le fils du concierge d’un HLM, d’où le fait qu’il a un atelier, accès à tous les outils requis, plein de matière première à base d’objets abandonnés, et une connaissance de base en plomberie-électricité-rénovation-bricolage. Il cherche l’idée ultime, l’invention qui le rendra riche et célèbre.
  • Le bel et grand athlète, pas vraiment con mais juste trop passionné par son sport, d’où le fait que même s’il a la cote auprès des filles, ça ne dure jamais longtemps. Il est rejeté de la classe de gym parce qu’il est le seul à prendre le jeu vraiment au sérieux, le seul à deviser des stratégies, s’entraîner, se pratiquer, etc, alors que les autres prennent ça très relax.
  • Un musicien et un bédéiste. En fait, à part leur art, ils sont quasiment interchangeables tellement j’utilise le même thème avec eux: Le musicien est rejet de la part de la classe de musique parce que eux font du classique, et que lui son rêve est d’être une idole top-of-the-charts avec de la musique populaire et commerciale. Le bédéiste, lui, est rejet de la classe d’Arts, because que la BD n’est pas du VRAI art.

À ce point-là de ma carrière, je n’ai plus tellement confiance en mon style de dessin, et je ne crois pas être capable de créer des personnages intéressants visuellement. Aussi, j’ai une idée: J’écris à mon collègue bédéiste Yohann Morin et lui offre du ¢a$h pour qu’il me fasse le design de mes personnage. Ensuite, je me débrouillerai avec ça. Il est hélas trop occupé avec ses propres albums. Notre conversation se termine avec Yohann qui me dit ceci:

« Tu devrais inclure au moins une fille!« 

Un an plus tard, printemps 2015. Fin de contrat en tant que concierge à l’Île-des-Soeurs, me voilà en chômage depuis un mois, et rendu à Hochalaga.

Ce soir-là, au restaurant Le Trèfle – Hochelaga, je discute avec ma conjointe Flavie de mes options de carrière. On en vient au sujet de la BD, carrière que j’ai abandonné il y a 7 ans. Je lui parle du projet Les Marginuls, ainsi que de la suggestion de Yohann d’ajouter une fille dans les personnages. Flavie y va de sa suggestion:

« Tu pourrais y rajouter Stéphanie. »
« Tiens, oui, bonne idée. Depuis le temps qu’elle tient à ce qu’on fasse un projet artistique ensemble. Je pourrais en faire un personnage. »

Stéphanie et moi (ou inversement) en 2003.

Mais voilà, les Marginuls sont tous supposés être des artistes. Il y a déjà un sculpteur (mon bricoleur de génie), un bédéiste, un musicien, un écrivain et un peintre (en remplacement de mon sportif, qui détonnait trop d’avec les autres). Quel art reste-t-il pour donner à Stéphanie? C’est là que Flavie fit la suggestion qui allait complètement bouleverser le concept:

« euh… Les arts culinaires? Elle pourrait être bonne en cuisine!? »

Pour ceux qui ne connaissent pas Flavie, cette jeune femme est une féministe militante engagée à la limite de l’enragée. Alors, pour qu’elle ne trouve rien de mieux à suggérer qu’un rôle traditionnel féminin imposé par la patriarchie, pour le seul personnage féminin du groupe, c’est un signe indéniable comme quoi il n’y a rien de bon à tirer d’un concept comme Les Marginuls.

Et c’est là que je réalise que je fais fausse route.

« Tu sais quoi? Au lieu d’essayer d’adapter Stéphanie à la série, je devrais plutôt faire l’inverse. Stéphanie est pétillante, pleine d’idée et full enthousiaste de les réaliser, et ce même si elle n’a aucun moyen de le faire… Et si la série était justement ça? Stéphanie, ayant des projets artistiques, qui s’entoure de gens qui ont peu en commun, pour l’aider à les réaliser? »

C’est là que j’ai su que j’avais trouvé le thème de mon sujet. 

C’est en recherchant le mot enthousiasme que j’ai constaté que l’image choisie pour l’illustrer avait la même pose que j’avais donné à Stéphanie.

L’arrivée de Stéphanie dans la série demanda quelques ajustements.

Tout d’abord, dans la vraie vie, un fedora-neckbeard, ça tombe inévitablement amoureux des filles comme Stéphanie, et ce n’est jamais quelque chose de réciproque. Ceci est source de conflits, de déceptions et de harcèlement entre les personnages. Ce n’est pas le genre d’interaction que je veux entre mes personnages principaux. La solution: ils seront frère et soeur. Stéphanie et Daniel Comte.

Daniel, qui était déjà auteur dans les Marginuls, absorba les personnages du bédéiste et du peintre. C’est dire à quel point, dans le fond, ils étaient interchangeables.

J’ai gardé mon bricoleur fils de concierge tel quel, à deux détail près. De un, il ne cherche plus à inventer quelque chose qui le rendra riche. (J’ai refilé à Stéphanie la motivation de richesse). Et de deux, il est musulman. Mes années de conciergerie m’ont amené à fréquenter beaucoup de familles musulmanes et à me familiariser avec leurs habitudes de vie qui sont bien loin des clichés habituels, et je trouvais intéressante l’idée de les dépeindre tels que je les ai connus.

Le sportif est revenu, sauf que je lui ai donné la gueule et la personnalité d’un de mes anciens personnages, KONAR, Le Héros de BD le plus Con qui Soit.

Enfin, pour le musicien, je me suis inspiré d’une série de BD que je faisais au début des années 2000, inspiré d’un collègue bédéiste reconnu pour son stoïcisme et son peu de tolérance aux conneries.

J’en ai gardé sa tête et son attitude, et je l’ai combiné avec une idée que j’avais eu quelques années plus tôt: Un gars qui porte une chemise à carreaux autour de la taille pour évoquer le kilt, de manière à montrer ses origines écossaises. Je lui donne un physique à l’extrême opposé de mon modèle, et voilà, Angus est né.

Après quelques jours à créer différents designs pour mes personnage, j’en arrive à la version officielle, quoi qu’encore primitive à ce point.

Pour cette série, j’ai vraiment eu envie de m’appliquer. Alors pour la première fois, j’ai décidé de prendre mon temps et de commencer par écrire le texte de chaque gag, puis de faire un brouillon et découpage pour chaque page.

Bien m’en pris. Car, encore influencé par mes vieux thèmes négatifs, j’ai eu à faire plusieurs changements en cours de route. Par exemple, Les Marginuls habitaient, à la limite, un taudis, parce que les loyers étaient abordables. C’était une vieille usine de cigarettes, devenue Les Appartements Blacklungs, avec la cheminée peinte en cigarette. Une idée qui ne plaisait pas du tout à (la vraie) Stéphanie. C’est donc devenu un lieux plus sympathique, une ancienne usine de la boisson gazeuse Cool Soda, transformée en édifice à condos.

C’est quand même plus sympathique qu’une marque de cigarette nommée Poumons Noirs

Dans cette nouvelle atmosphère beaucoup plus agréable, je n’ai plus du tout envie de leur refiler un 3e sous-sol comme antre secrète. Où vont-ils donc se réunir? La solution me saute aux yeux, alors que je me promène dans mon quartier, et que j’y vois le nom d’un de mes personnage:

Non seulement ces tours me rappellent-elles ces deux-là, situées dans mon ancien quartier, Verdun…

… le hasard a voulu que quelques années plus tôt, j’ai photographié la vraie Stéphanie devant celles-ci.

Je commence à dessiner ma série au propre à la fin de l’été de 2016.

Puis, arrive un problème incontournable: Ma myopie combinée à une presbytie qui se développe ne me permet plus de voir clairement mes pages lorsque je les met à l’encre. Malgré une série d’opérations aux deux yeux, ma série s’interrompt au bout de quinze pages.

On m’enlève l’iris, m’implante cristallin en plastique et lentille intra-occulaire. Mes deux yeux ont enfin une vision normale, mais elle me laisse avec une presbytie de 2 degrés, et la perte de ma capacité naturelle de mettre ma vision au focus. Pour continuer la BD, il me faudrait une tablette graphique, mais je n’ai pas l’argent.

Mars 2017. Pour la seconde année, le festival Québec BD offre le prix Jacques Hurtubise qui vient avec une bourse de $1000. Les conditions sont:

– Être citoyen Canadien. C’est mon cas.
– Être majeur. C’est mon cas.
– N’avoir jamais publié d’album. C’est mon cas.
– Avoir un projet d’album déjà en chantier. Avec 15 pages de terminées, et le reste déjà scénarisé / brouillonné / découpé, c’est mon cas.

Avec le dossier, il fallait remettre un truc appelé lettre de motivation. Dans celle-ci, je leur explique mon handicap visuel, en disant que ce qui me motive à vouloir cette bourse, c’est pour l’utiliser pour m’acheter une tablette graphique. Je suis d’ailleurs le seul candidat à avoir osé dire franchement que je voulais avoir cet argent.

Page couverture du dossier.

Le dernier vendredi de mars 2017, j’envoie ma candidature. Trois jours plus tard, Le premier lundi d’avril, je remporte le prix. Combinant ma bourse avec mon retour d’impôts, je m’achète la plus grosse tablette Cintiq que je puisse trouver.

J’y passe tout mon temps libre après le boulot. Et enfin, un an plus tard, l’album est terminé.

Ici, le Boss, c’est la fille. Et les poses sexy, ce sont les gars qui les ont.

Dix ans après avoir abandonné la BD pour la job de bras, je suis de nouveau artiste, avec mon tout premier album de BD à vie, lancé au Festival Québec BD , avec 10 de mes planches être encadrées au mur lors d’une exposition publique. En voici cinq.

Et c’est ainsi que ma carrière d’auteur de BD a redémarrée, événement qui m’a rapporté des honneur du milieu, une tablette graphique, et la publication de mon premier album.

Et tout ça parce que, quatre ans plus tôt, un anonyme employé de la compagnie Otis a oublié d’éteindre la lumière en quittant un puits d’ascenseur. Comme quoi on ne peut jamais savoir à quel point nos gestes les plus anodins peuvent parfois amorcer une réaction en chaîne pouvant radicalement transformer la vie d’une personne que l’on n’a jamais rencontré.

Un mauvais côté inattendu de l’amélioration physique

Dialogue entre une collègue de travail et moi.

ELLE: Et pourquoi est-ce que tu n’as pas de vie sociale?
MOI: Je n’ai jamais été vraiment populaire.
ELLE: Pourtant, un bel homme comme toi…
MOI: Je ne l’ai pas toujours été. J’étais même assez laid dans ma jeunesse.
ELLE: Oui mais là tu parais bien, surtout pour ton âge. Sors un peu, va rencontrer des gens, c’est sûr que tu vas séduire un max.
MOI: Ben justement! Quand j’étais laid, les filles refusaient que je sois invité dans les soirées, de peur que je les drague. Depuis que je suis beau, les gars refusent que je sois invité dans les soirées de peur que leurs femmes me draguent. Alors pour ce que ça change!

Je ne blague même pas. Une de mes amies de notre formation de préposés aux bénéficiaires faisait une soirée chez elle et m’y avait invité. Elle m’a ensuite dit, quelques jours avant la soirée, que son mari voyait d’un mauvais oeil l’idée de ma présence. Car il m’avait vu l’été précédent, lors de notre graduation. C’était à la fin de mes 40 jours d’itinérance, alors que la vie rude m’avait remis athlétique tout-plein.

Juste moi, mon vélo, les grands espaces, mon laptop, et le wifi gratuit des parc municipaux.

Je suppose que quand on met dans la même pièce des femmes de 40-50 ans et un homme de (à ce moment-là) 51, célibataire, bon boulot, bon salaire et qui ressemble à ça, l’homme en couple va craindre que Madame se trouve soudainement à moins apprécier ses derniers 10-15-20 ans d’épouse et de mère.

La meilleure, c’est que je n’en ai rien à cirer d’être en couple. C’est sûr que des fois, je ne serais pas contre l’idée d’avoir une vie sociale plus active. Mais pour le côté couple, amour, sexe, j’ai totalement perdu intérêt. Je ne voudrais même pas d’une célibataire. Alors une épouse et mère, pensez-donc.

Mais bon, je peux comprendre. La norme, c’est d’être beau et en forme à 20 ans, puis d’être gras, ridé, chauve et fatigué à 50. Quel que soit le domaine, une personne qui ne suit pas la norme, c’est une personne qui dérange.

C’est ironique, quand même. Tu passes ta vie à travailler sur toi, physiquement, moralement et intellectuellement pour te débarrasser de tes insécurités. Et au bout du compte, tu finis victime de l’insécurité des autres.

L’anneau de Gygès et l’exploration urbaine (2 de 2)

Cette anecdote d’exploration urbaine d’endroit abandonné s’est passée en juin 2021, dans le motel que j’ai utilisé en guise d’exemple pour l’article précédent.

Comme tout bon explorateur urbain, je vais suivre certaines règles. Les deux règles principales et universelles de l’urbex sont «ne rien prendre sauf des photos» et «ne laisser aucune trace, si ce n’est des traces de pas». À ça peuvent s’ajouter certaines règles personnelles. J’en ai adopté trois dans le but de m’éviter les problèmes légaux.

Règle no.1. Tout d’abord, je ne pénètre jamais des endroits récemment incendiés. Même sans tenir compte du danger de se balader dans une structure affaiblie, le fait est que le terrain et tout ce qu’il contient demeure la propriété privée d’une famille qui vient de tout perdre. C’est un double manque de respect.

Règle no.2. Je ne pénètre jamais sur un terrain clôturé sans ouverture, et je ne m’introduis jamais par effraction dans une propriété. Par contre, si un vandale irrespectueux a passé avant moi en se défonçant une entrée, je n’hésite pas à y aller puisque la place est déjà ouverte. Il m’est arrivé à deux reprises de n’avoir accès qu’aux sous-sols sans pouvoir pénétrer aux étages supérieurs. Je me suis donc contenté d’explorer les dessous, sans tenter de m’introduire de force dans le reste de la propriété.

Ce motel en particulier, situé dans ma région d’origine, a un petit côté village fantôme, ce qui ne le rend que plus intéressant.

On le voit mal au centre de la photo tout en haut de cet article, mais la porte extérieure d’une des chambres de ce motel est défoncée. Chaque chambre a deux portes : une issue vers l’extérieur, et l’autre qui donne accès a un corridor commun intérieur. Ça m’a permis de pouvoir explorer l’endroit de fonds en combles, en commençant par le sous-sol.

Comme beaucoup de propriétés construite avant les années 70, une partie du sous-sol n’est pas finie, laissant le sol terreux et trop souvent humide. Plus jeune, j’avais une peur bleue à l’idée de m’y retrouver. Jusqu’au jour où j’ai vu la chose avec logique: Puisqu’il n’y a pas de nourriture fraiche là-dedans, il n’y a donc pas de rats ni de souris. Puisqu’il n’y a pas de lumière, rien n’y attire les moustiques, il n’y a donc pas d’araignées pour les bouffer.

Depuis que je fais de l’urbex, j’ai visité trois de ces caves, et je n’en reviens pas du foutoir bordélique que j’y ai retrouvé à chaque fois.

La majorité de son contenu me semblait être tout de même en bon état. Comme ce four micro-ondes. Fallait juste le déterrer un peu.

En descendant dans une cave, il est important de sonder devant soi avec un bâton. Ça peut éviter certains désagrément. Comme ici, en bas de l’escalier, ça m’a permis de constater que la partie terminée du sous-sol, ainsi que son contenu, baignent dans un bon trente centimètres d’eau croupie. Puisque rien ne faisait rider l’eau, je n’ai pas vu que c’en était, même avec ma lampe frontale.

De l’eau vaseuse comme celle-là a certainement rendu le plancher glissant. Alors non seulement tu risques de t’étaler de tout ton long dans une eau dégueulasse, tu peux te blesser sur tout ce que cette eau cache. J’ai une trousse de premiers soins dans un de mes paniers de vélo, mais elle a ses limites.

En remontant au rez-de-chaussée pour explorer la partie commerciale de ce motel, j’ai été déçu de voir que les chambres, bien que vidées de tout mobilier, avaient toutes été saccagées. Fenêtres brisées, murs défoncés, plafonds arrachés… Ce triste spectacle n’a hélas rien d’inhabituel. Cependant, pour la première fois en un an d’exploration, j’ai aperçu ce qui avait toutes les allures d’une vision d’horreur.

Qu’est-ce que je viens d’apercevoir dans le bain de cet endroit abandonné? Une personne? Un gros chien? Un poney?

Deux choses me rassurent: Aucun son de respiration, et aucune odeur de viande avariée. Après un moment d’hésitation, ma curiosité l’emporte. N’empêche que je n’étais pas rassuré.

Au final, c’était ceci: un poney en peluche.

Je n’ai cependant pas investigué davantage au sujet des traces sur le mur.

Enfin, Règle no.3. Je ne signale pas ma présence, mais je ne me cache jamais non plus. Ça signifie que je vais prendre le soin d’attacher mon vélo dans un coin discret. Mais sinon je marche avec naturel sur le terrain, comme si j’y avais à faire. Ainsi, les éventuels passants n’ont aucune raison de me trouver louche.

Également, pendant mon exploration, si je constate que la police, le proprio ou des travailleurs se pointent, je ne les évite pas. Bien au contraire, je vais immédiatement à leur rencontre. Je me présente et j’explique la raison de ma présence. À date, ça ne m’est arrivé qu’une seule fois, en 2020, avec des travailleurs qui venaient barricader la place, justement à cause de vandalisme. D’où l’importance de se débusquer, sinon je me serais retrouvé emmuré.

Alors que je terminais mon exploration de ce motel, ce n’est ni la police ni le proprio ni un travailleur, ni même un autre explorateur urbain que j’ai rencontré. Je précise que le terrain ayant été laissé en friche pendant trois ans, de hautes haies sauvages en dissimulaient une bonne partie. De plus, située entre champs et boisés, l’endroit n’est pas tellement passant.

Ayant vu tout ce qu’il y avait à voir dans le bâtiment, je marche dans le corridor et je retourne dans la chambre par laquelle je suis entré. Par la porte extérieure qui est grande-ouverte because défoncée, je vois l’arrière d’une camionnette dans le parking, à environs quinze mètres devant le motel. Un gars costaud, grassouillet, cinquantaine avancée, vient se placer derrière le véhicule et pose sa main sur le rebord de la boite du véhicule. Il est rejoint par un homme dans la trentaine, que je vois de dos, et qui vient s’agenouiller devant lui.

Par l’allure des hommes, et puisque le véhicule est un pick-up Ford classique, je comprends qu’ils s’apprêtent à ouvrir la porte de la boite du véhicule. Il s’agit donc probablement du proprio, ou bien de travailleurs venus eux aussi pour barricader la place. Je sors de la chambre et me dirige droit vers eux, tout sourire, me préparant à me présenter et à leur dire que ma présence n’était que dans le but de faire de l’exploration urbaine, sans rien vandaliser. Ils ne me voient pas encore car le jeune me tourne le dos, le vieux regarde vers le bas, et ils sont tous les deux concentrés sur leur besogne.

Le vieux baisse son jeans et commence à se branler devant la face du jeune. Et moi, simultanément, je me dirige droit sur eux avec un beau sourire.

Malaiiise! 😬

Brusque quart de tour à gauche, mes bottes crissent dans le gravier alors que je me dirige vers mon vélo en regardant droit devant moi. Je l’ai à peine rejoint que j’entends deux portes de véhicules fermer, et la camionnette partir, suivie presque aussitôt par une auto. À voir la vitesse à laquelle ils ont déguerpis, ils ont dû être très embarrassés de constater que leur scène m’avait eu comme témoin à quelques mètres devant eux.

Donc… Amoureux secrets? Rencontre Tinder? Escorte et son client? Aucune idée. en tout cas, ce motel a beau être fermé depuis trois ans, il continue d’y avoir de l’action.

Quel est le rapport entre tout ça et l’anneau de Gygès?
Dans la philosophie grecque, l’anneau de Gygès est une allégorie tirée des écrits de Platon. Ça raconte l’histoire d’un homme nommé Gygès qui trouve un anneau qui lui permet de devenir invisible. Gygès, jusque-là irréprochable, utilise son pouvoir pour voler des renseignements secrets, séduire la reine, renverser le gouvernement.

C’est une théorie qui suggère l’idée comme quoi les vertus telles la loyauté, l’honnêteté, les bonnes manières, et surtout le respect des autres et de la loi, n’existent que parce que l’on se sait observé. Ça indique que l’être humain est fondamentalement mauvais, et que si une personne jusque-là sans histoire se retrouve dans une situation où il n’aura jamais à subir de représailles, il va se laisser aller à ses instincts naturels, se montrant sous son vrai jour, devenant le genre de personne de qui l’on dit: « Jamais je n’aurais pu imaginer ça de lui. »

On retrouve aussi ce genre de comportement chez les superstars, les politiciens, les riches, les gens d’influence et de pouvoir, ceux qui jouissent d’une assez grande popularité. Serge Gainsbourg, Charlie Sheen et Éric Salvail en sont d’excellents exemples français, américain et québécois. Leur succès, leur millions, leur influence, et surtout l’amour inconditionnel que leur accordaient leur public, c’était ça leur anneau de Gygès. À force de voir qu’ils pouvaient faire n’importe quoi impunément, ils faisaient n’importe quoi impunément.

Faire de l’urbex permet de constater que les endroits abandonnés ont une influence similaire sur le comportement des gens. La place est cachée, sans surveillance, promise à la démolition, totalement abandonnée et déserte, et personne n’est au courant de la présence de l’explorateur. La personne comprend donc d’instinct que quoi qu’elle fasse, elle n’aura jamais à craindre la moindre conséquences de ce qu’elle va y faire. Pour certains des explorateurs dont je suis, le seul manque de respect que cette liberté nous pousse à commettre est au niveau de la violation de propriété privée. On entre, on observe, et on ressors. Pour nous, ça s’arrête là. Mais pour beaucoup trop d’autres, ça donne juste une impulsion irrésistible de laisser libre cours à leurs instincts refoulés. Par exemple, comme dans ce cas-ci, on s’y donne rendez-vous pour des activités illicites. Mais plus souvent qu’autrement, on tague, on vandalise, on démolit, on défonce des murs, on brise des fenêtres, on saccage tout. Certains vont même jusqu’à y mettre le feu.

Et justement, trois mois après mon passage…

Depuis le 21 juin 2020, qui fut le premier de mes 40 jours d’itinérance, j’ai exploré sept endroits abandonnés. Un seul était impeccable, probablement parce que j’étais le premier à y entrer. Le vandalisme est la raison pour laquelle je ne divulgue plus où sont situés ces endroits. Quand j’en poste des photos et vidéos, j’en choisis qui ne permettent pas de les identifier. Si je me le suis permis aujourd’hui, c’est parce qu’à part sur Street View, l’endroit n’existe plus.

Lire l’article complet.

Jusqu’à tout récemment, je croyais qu’il n’y avait qu’à trois moments dans la vie où l’on peut voir la vraie personnalité de tout-un-chacun : lorsqu’il est enfant, lorsqu’il est ivre, et lorsqu’il est frustré. Je dois maintenant ajouter un quatrième moment: lorsqu’il sait qu’il n’aura jamais à subir les conséquences de ses gestes.

Bref, lorsque les circonstances lui donnent un anneau de Gygès.

Quand l’autre fait de toi la Cassandre du couple (2 de 2)

AVERTISSEMENT HABITUEL: Ceci est une situation dans laquelle on peut aisément inverser les sexes. C’est juste que je parle par expérience personnelle, et qu’en tant qu’homme hétéro, je n’ai vécu ça qu’avec des femmes.

Dans la mythologie grecque, Cassandre avait un don et une malédiction: Elle pouvait prédire l’avenir, mais personne ne la croyait. Et à force de voir que ses prédictions négatives se réalisaient, le peuple en est venu à la détester au lieu d’en tirer des leçons et de l’écouter. Aussi, dans le billet précédent, je parle de femmes qui ont fait de moi la Cassandre du couple, en n’écoutant pas ce que je dis, et en me maudissant d’avoir tenté de prévenir les conséquences fâcheuses qui en ont découlé, conséquences contre lesquelles je les avais prévenu.

Ce qui me frustrait le plus, c’était de constater que ce comportement était aléatoire. Dans le sens que n’importe qui pouvait l’avoir, peu importe son âge, sa culture, sa personnalité, son statut social, son intelligence ou sa logique. Et le pire, c’est qu’il n’y a jamais moyen de voir si la personne est comme ça si nous ne sommes pas en couple avec. Si c’est le cas, alors ça prend de quelques semaines à quelques mois pour que ce comportement se manifeste. Et bien que le billet précédent ne parle que de trois femmes, il y en a eu beaucoup plus que ça qui m’ont fait vivre cette situation.

Ça m’a pris plusieurs années avant de constater que toutes ces femmes, pour la majorité, avaient en commun les douze points suivants.

1er POINT COMMUN: Moi.
Si, tout le long de ma vie, j’ai eu exactement le même problème avec plusieurs femmes qui ne se connaissaient pas, il est impossible que le problème vienne toujours d’elles. J’en suis parfaitement conscient. Et c’est la raison pour laquelle j’ai passé la seconde moitié de ma vie à faire de l’introspection. On peut le voir, entre autres, dans mon billet Autopsie du Loser.

Mon trait de personnalité le plus dominant est que je suis un solutionnaire. Comme tout le monde, j’ai de l’orgueil. Et comme tout orgueilleux, j’ai horreur que l’on me fasse des reproches. En tant que solutionnaire, je suis conscient que l’on ne peut pas régler un problème en le niant, en l’ignorant ou en le négligeant. Alors si je ne veux plus le subir, j’y ferai face immédiatement pour le régler. Voilà pourquoi, si on me dit que j’ai tel ou tel défaut, je traite la chose comme une information, plutôt que comme une attaque. Cette charte, tirée d’un billet que j’ai écrit il y a quatre ans, décrit mon processus :

Plutôt que de mettre de l’effort pour donner l’illusion que je suis une personne bien, je vais le mettre dans le but de le devenir vraiment. Dans mon comportement. Dans mon travail. Dans mon art. Et même au niveau physique. Et tout ceci fait de moi une personne réfléchie, logique, sociale, respectueuse de son prochain.

Alors qu’est-ce que j’ai, moi, pour attirer celles qui ont tendance à faire de moi la Cassandre du couple? Qu’est-ce que je fais pour provoquer cette situation? Où est-il, le défaut dans ma personnalité, que je puisse le régler?

Eh bien ironiquement, tout porte à croire qu’au contraire, le problème ne se situe pas dans mes défauts. Il se situe dans mes qualités. Ce sont celles-ci qui attirent ce genre de femmes en particulier. Regardez leur prochains points en commun et jugez-en par vous-mêmes.

2e POINT COMMUN: Je suis une grande amélioration sur son ex (ou sur sa relation en cours.)
Les premiers temps sont magiques. Elle et/ou ses amis et/ou des membres de sa famille, me disent tous, à répétition, à quel point ils sont heureux que je sois arrivé dans sa vie. Car, la pauvre, elle n’a pas eu de chance avec les hommes jusqu’à maintenant. Alcolos, violents, drogués, pervers narcissiques, BS, infidèles, négligents de leur personne et/ou dans le couple, abusifs mentalement et/ou physiquement. Comparé à ça, même un homme dans le coma ferait figure de sainteté. On me pose donc sur un piédestal de perfection dès le départ.

3e POINT COMMUN: Elle me répète souvent que je lui fais le plus grand bien au niveau de son estime de soi.
Chacune d’entre elle me raconte qu’elle provient d’un environnement dans lequel on l’a toujours sous-estimée et rabaissée. En famille et/ou en couple et/ou socialement et/ou au travail. On n’avait aucune tolérance pour elle. On lui trouvait tout un tas de défauts. On l’insultait. On lui répétait, ou du moins on lui donnait l’impression, qu’elle était ignorante, stupide, inutile, sans charmes ou carrément repoussante. Mais depuis qu’elle est avec moi, elle est au paradis. Je suis gentil, respectueux, compréhensif. Je n’ai que de bons mots pour elle. J’ai confiance en elle et en ses capacités. Avec moi, elle prend de la confiance, elle prend de l’estime de soi, elle se sens enfin épanouie. Et toujours, elle exprime n’avoir qu’un seul regret à notre sujet, et c’est de ne pas avoir eu la chance de me rencontrer avant.

Et c’est probablement la raison pour laquelle elle me propose…

4e POINT COMMUN: Des fiançailles rapides.
Lorsque l’on a la chance d’avoir dans notre vie une personne (que l’on croit) aussi extraordinaire, c’est normal de vouloir la garder. Et si on combine ça avec le complexe d’infériorité que notre entourage a fait naître en nous en nous critiquant et en nous rabaissant toute notre vie, il se peut très bien qu’au niveau du subconscient, on craint de ne pas avoir ce qu’il faut pour garder cette personne. Pour se rassurer, on ressent le besoin d’officialiser notre couple. Aussi, rendu au 3è ou 4è mois de relation, près de la moitié de ces femmes m’ont parlé de mariage, ou alors m’ont proposé un symbole éternel de notre union, tels des tatouages assortis.

J’ai toujours refusé le tatouage car je n’aime pas l’idée d’avoir une marque artificielle permanente sur mon corps. Mais il m’est arrivé de dire oui pour les fiançailles, si c’était une fille bien et que je l’aimais vraiment.

5e POINT COMMUN: Le besoin vital de se prouver utile.
Lorsqu’une personne nous fait sentir aussi bien, il est normal, et même très sain, d’avoir envie de lui en faire autant. Aussi, il lui arrive de vouloir me rendre de menus services que j’accepte volontiers: M’aider à diverses tâches, me faire certains cadeaux, me préparer un mets, me surprendre en nous organisant une activité de couple. Ayant moi-même trop souvent partagé ma vie avec des égoïstes qui prennent tout et ne donnent rien, j’accepte avec joie et reconnaissance.

Un jour, la chose qu’elle veut pour moi ne me convient pas. Ce n’est rien de personnel. Faire erreur par ignorance des faits malgré les meilleures intentions, ça arrive. C’est la réalité, et ce pour tout le monde. Malheureusement, c’est à partir de ce moment-là que notre relation prend un tournant négatif, alors que…

6e POINT COMMUN: Elle fait de moi la Cassandre du couple.
Tel que raconté dans le billet précédent:

  • Elle m’annonce vouloir faire un truc.
  • Je sais par expérience qu’il ne faut pas faire ce truc.
  • Je lui dis de ne pas faire ce truc.
  • Elle prend mes avertissements comme étant ma manière de lui dire que je crois qu’elle est irréfléchie et ne connait rien.
  • Je lui explique en détails logiques, avec preuves si j’en ai, pourquoi ce n’est vraiment pas une bonne idée de faire ce truc.
  • Elle m’accuse de la prendre pour une conne qui ne sait pas ce qu’elle fait, ce qui la rend encore plus déterminée à faire ce truc, pour me montrer que c’est elle qui a raison.
  • Elle fait ce truc.
  • Toutes les conséquences fâcheuses contre lesquelles je l’avais prévenue arrivent.
  • Elle se sent totalement humiliée, puisque nous avons tous les deux la preuve irréfutable qu’elle a eu tort d’insister pour faire ce truc.

7e POINT COMMUN: Elle n’est pourtant pas une capricieuse ni une idiote.
De la part d’une personne qui agit ainsi, on pourrait s’attendre à ce qu’elle ait un comportement similaire en tout. Par exemple qu’elle fasse des caprices lors du choix des activités en couple ou le choix des repas. Mais non! Dans tous les autres domaines, elle écoute, elle propose, elle discute, elle négocie, et elle accepte très bien le refus. Il n’y a qu’un seul sujet dans lequel elle est intraitable, et c’est lorsqu’elle veut faire quelque chose pour moi et/ou pour nous.

Quand son idée est bonne, j’accepte et tout se passe bien. Mais lorsque je refuse, alors là, c’est Jeckyll & Hyde. De personne mature à l’esprit ouvert, elle passe à obstinée, susceptible et totalement irraisonnable.

Ces filles-là étaient pourtant loin d’être des connes. (Bon, à part Camélia. Celle-là était aussi utile qu’un balai sans brosse.) Mais sinon, chez les autres, la plupart eurent de bien meilleurs résultats scolaires que moi. Il y en a même deux qui ont fait de hautes études universitaires avec succès. Et beaucoup ont poursuivi des carrières honorables et lucratives. Aussi, on ne s’attendrait pas de leur part à un comportement aussi déraisonnable.

Et pourtant…

8e POINT COMMUN: Il n’y a que trois manières de répondre à ses propositions, et elles n’ont que des conséquences négatives pour moi.
Cette situation dans laquelle elle me coince me limite à choisir entre être l’imbécile, l’insultant, la victime ou l’agresseur.

  • Si je ne fais pas ce qu’elle dit, alors à ses yeux, je suis un obstiné qui ne veut pas comprendre le bon sens. (Donc, l’imbécile.)
  • Si je lui explique pourquoi il ne faut pas faire ce qu’elle dit, alors ça l’insulte et je deviens à ses yeux celui qui la traite d’idiote qui ne connait rien. (Donc, l’insultant.)
  • Si je cède et je fais ce qu’elle dit, je subis les conséquences contre lesquelles je l’avais avertie. (Donc, la victime.) Ce qui, à ses yeux, est comme si je venais de prouver qu’en effet, elle n’est qu’une idiote qui ne connait rien. (Donc, l’agresseur.)

Et à cause de ça…

9e POINT COMMUN: Elle se plaint que je suis la seule personne dans tout son entourage avec qui elle se dispute aussi souvent, et qui la fait se sentir aussi bas.
Comme ça, du jour au lendemain, mon titre passe de meilleure chose qui lui soit arrivée de toute sa vie, pour devenir la pire des merdes à avoir été chiée sur son existence. Cette situation extrémiste est assez aberrante, surtout quand on réalise que mon seul crime fut de lui dire non afin d’éviter des conséquences que je sais par expérience qu’elles seront fâcheuses. La solution est pourtant simple: Elle n’a qu’à accepter mon refus. Ce n’est pas compliqué à comprendre, et encore moins difficile à faire.

J’ai tenté plusieurs fois de lui faire entendre raison. Mais bizarrement, sur ce sujet, et sur ce sujet seulement, elle me fait l’équivalent de hurler en se bouchant les oreilles, en m’accusant une fois de plus de ne chercher qu’à la rabaisser.

Il y a trois ans, j’ai écrit un billet intitulé: On ne veut pas connaître la vérité. On veut juste avoir raison. Eh bien justement…

10e POINT COMMUN: Elle ne veut pas connaître la vérité. Elle veut juste avoir raison.
Tel qu’expliqué plus haut, je suis un solutionnaire. À chaque problème sa solution. Il suffit d’aborder le problème, voir où en est la source, et à partir de là prendre les mesures logiques et faisables afin que le problème ne se manifeste plus.

Malheureusement, que ce soit lorsque je lui explique pourquoi ce n’est pas une bonne idée de faire le truc qu’elle propose, ou bien si je lui rappelle que ça a viré à la catastrophe à toutes les autres fois où elle ne m’a pas écouté lorsque je lui ai dit non, elle ne veut rien entendre. Et si j’insiste, il arrive inévitablement le moment où elle m’accuse d’être un prétentieux je-sais-tout qui se croit mieux que tout le monde. Et elle le fait avec cette phrase: « Il faut toujours que tu ais raison. »

À partir du moment où elle dit cette phrase, sans s’en rendre compte, elle explique pourquoi elle réagit ainsi. Elle veut avoir raison, point final. Et quand on tient absolument à avoir raison, on ne veut pas connaître la vérité. Parce que la vérité démontrerait qu’elle a tort, ce qui entrerait en conflit avec le sentiment qui la domine totalement à ce moment-là, son besoin démesuré d’avoir raison. Elle ne pourrait juste pas le supporter.

11e POINT COMMUN: Elle nous fait revivre ce problème de nombreuses fois.
Puisqu’elle ne nous permet jamais d’aborder le problème, on ne peut jamais le régler. Ainsi, tout le long de notre relation, elle répétera le processus plusieurs fois, et ça se terminera toujours de la même façon. Jusqu’au jour où, écoeurée de s’humilier à répétition devant moi de cette manière, elle ne voudra plus que je fasse partie de sa vie.

12e POINT COMMUN: Elle retourne dans des relations abusives avec des abuseurs, et ce en toute connaissance de cause.
Parce que trop souvent, un enfer familier est moins intimidant qu’un paradis inconnu.

Mais pourquoi est-ce si important pour elles, d’avoir absolument raison, au point où toute contrariété leur déclenche quasiment une crise d’hystérie?
Lorsque l’on tient compte de tous les points qu’elles ont en commun, on peut en arriver à la théorie suivante qui me semble la plus plausible:

Ce que je représente pour elle, c’est d’abord et avant tout l’espoir. L’espoir que non, contrairement à ce qu’on lui a fait croire toute sa vie, elle n’est pas stupide, et elle n’est pas inutile.

En ne faisant que la traiter en égale et avec respect, je lui procure un bien-être incroyable qui contrecarre les sentiments négatifs et les complexes d’infériorité que son passé a ancré en elle. En retour, elle ressent le besoin de me rendre heureux. Un sentiment tout à fait normal, qui démontre que cette femme est une personne bien.

À cause de ses relations passés, elle ressent constamment le besoin de faire ses preuves. De me démontrer, mais d’abord de se prouver à elle même, qu’elle mérite le respect, l’attention et l’amour que je lui donne. Alors lorsque je refuse sa proposition, je l’empêche de me montrer sa valeur. Je l’empêche d’exprimer sa reconnaissance. Je l’empêche de se montrer utile. Et en lui expliquant pourquoi c’est une mauvaise idée, je montre qu’elle a été ignorante.

Ce qui fait que sans le vouloir, je lui fais revivre ce sentiment d’inutilité et de stupidité qui lui vient de tous ceux qui l’ont rabaissée par le passé. Et le pire, c’est que cette fois ça provient de moi. L’homme de sa vie. Son fiancé. Celui qu’elle aime plus que tout au monde. De la part d’un autre, ça serait négatif mais pas tragique. Mais de moi, c’est la plus blessante des trahisons. Voilà pourquoi elle affirme que jamais personne ne lui a fait aussi mal que moi à ce moment-là.

Hantée par l’idée que je l’ai bien eue tout ce temps-là en lui faisant croire que j’étais parfait et irréprochable, elle réalise que je ne vaux pas mieux que les autres. En fait, je suis encore pire. Parce que les autres n’ont jamais caché leur méchanceté. Tandis que moi, j’ai bien caché mon jeu afin de mieux la surprendre pour la blesser beaucoup plus profondément que les autres. C’est faux, bien entendu, mais c’est l’impression que cette situation lui donne.

Pour une fois qu’elle avait trouvé un homme qui lui accordait cette valeur dont on l’a si longtemps privée. À ses yeux, mon refus lui fait perdre cette valeur, ce qui la fait paniquer, ce qui lui donne le besoin de me montrer qu’elle a raison de me proposer ce truc, et c’est pourquoi elle ne veut entendre ni mon refus ni les raisons de celui-ci.

Bref, même si elle est sincère en affirmant qu’elle veut faire ça pour moi, elle ne se rend pas compte qu’en réalité, elle le fait d’abord et avant tout pour elle-même. Pour son estime de soi.

Et voilà pourquoi, sur n’importe quel autre sujet, elle a l’esprit ouvert, elle est capable d’entendre raison, et jamais elle ne prend mes refus comme des attaques personnelles. Mais sur ce sujet-là en particulier, rien à faire, c’est plus fort qu’elle. Dans ce temps-là, elle ne réagit pas à la critique négative avec logique comme je le fais moi-même. Elle y réagit avec ses émotions. C’est à dire de cette manière :

Les réactions que montre cette charte seront surtout de la part de personnes rancunières et revanchardes. N’empêche que même pour une bonne personne, les deux dernières étapes restent les mêmes.

Enfin, si elle ne veut pas entendre mes explications lorsqu’elle rage contre moi, la raison est fort simple. Elle a passé sa vie à se faire rabaisser. La plupart des gens qui l’ont rabaissée étaient ou bien intimidants, ou bien étaient en situation de pouvoir sur elle. Elle était donc obligée d’endurer en silence. Moi, par contre, en tant qu’amoureux / conjoint, gentil et compréhensif, je me suis pas intimidant. Et ceci fait de moi la première personne sur qui elle peut se défouler, exprimer toutes ses blessures et frustrations accumulées, à partir du moment où elle a l’impression de voir en moi quelque chose qui lui rappelle ses agresseurs. Voilà pourquoi j’ai droit à toutes les accusations négatives les plus fantaisistes qui soient. Des accusations qu’elle-même, pourtant, ne croirait pas si elle était calme.

Si seulement ces femmes avaient pu mettre leur orgueil de côté pendant cinq minutes. Elles auraient alors cessé d’être sur la défensive, et elles auraient compris que jamais mon but n’a été de les blesser. Je n’ai jamais cherché à les vexer. Je n’ai jamais agi de manière à les insulter ni à les rabaisser. Je cherchais seulement à me protéger. À nous protéger.

Hélas, tous ceux qui en ont abusé par le passé ont laissé sur son coeur une tache toxique qui va toujours l’empoisonner. Et ils ont tellement bien fait leur travail de sabotage qu’ils ont réussi à la conditionner de manière à ce que jamais elle ne ressente l’envie d’aller la nettoyer. Parce que reconnaître que cette tache existe, c’est l’obliger à se souvenir de ces blessures qu’elle a tant besoin d’oublier.

Par conséquent, comme je le constate hélas trop souvent, une personne qui a passé sa vie à survivre dans la discorde ne s’est jamais permis d’apprendre à vivre dans l’harmonie.

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Y’A LIENS LÀ
Voici quelques billets sur le même thème.

On ne veut pas connaître la vérité. On veut juste avoir raison. Ce sont des exemples dans lesquels ce comportement arrive ailleurs que dans le couple.
Le bon orgueil et le mauvais orgueil. D’où sont tirées les deux chartes utilisées ici.
Déjà en 2010, dans le billet l’altruisme égocentrique, je parlais de ce comportement, cette fois en contexte professionnel et sexuel.

Et bien sûr mon très long billet Autopsie du Loser, qui montre tous les défauts que l’on peut trouver en soi et corriger, pour peu que l’on se donne la peine de se regarder soi-même.



Quand l’autre fait de toi la Cassandre du couple (1 de 2)

Cassandre était un personnage de la mythologie grecque. Elle habitait la ville de Troie. Apollon, voulant séduire cette femme de grande beauté, lui donna la capacité de voir dans l’avenir. Un don très utile à cette époque guerrière, avec la Grèce sans cesse attaquée de toutes parts. Malgré ce cadeau divin, Apollon ne réussit pas à charmer Cassandre. Frustré, il ajouta une clause à son don. Oui, elle verra l’avenir, les catastrophes, et tout ce qui peut arriver de mal. Mais personne ne la croira.

Elle tenta ainsi de prévenir les gens grâce à ses visions du futur, en annonçant des accidents, des meurtres, des coups d’état. Elle alla même avertir les résidents de Troie contre le cheval de bois. Mais tel qu’Apollon en avait décidé, personne ne la croyait.

Après chaque défaite, après chaque catastrophe, Cassandre leur répétait qu’elle les avait pourtant prévenus. Elle le leur rappelait, uniquement dans le but qu’on lui accorde de la crédibilité dans l’avenir, pour que les gens l’écoutent, et ainsi s’évitent de vivre des incidents fâcheux.

Ils ont choisi « merde »

Mais les gens, trop orgueilleux, voyaient ça autrement. À leurs yeux, Cassandre cherchait à les humilier, les rabaisser, les faire passer pour des imbéciles qui ne connaissent rien. Personne ne veut accorder de crédibilité à quelqu’un qui nous fait sentir comme si on était idiot. Alors en plus de ne pas l’écouter, la frustration ressentie envers elle fit que l’on en vint à l’accuser de porter malheur. Voire de causer elle-même les catastrophes qu’elle annonçait. Ces accusations avaient beau défier toute logique, on faisait le choix délibéré d’y croire. Normal! Lorsque l’on est frustré contre une personne, on va rarement s’arrêter à la logique de nos arguments contre elle.

Cassandre mourut après avoir prédit l’assassinat de sa famille complète, ainsi que les noms des meurtriers. Ce qui, comme d’habitude, n’a pas été pris au sérieux par son entourage.

Et maintenant, voici le lien entre cette histoire et le titre de ce billet.

Tout le long de ma vie, j’ai attiré un genre de femme en particulier; celle qui provient d’un environnement dans lequel elle fut toujours rabaissée. C’est quelque chose qui n’est pas évident à voir au premier coup d’oeil car ça ne parait pas nécessairement dans leur comportement ou leur personnalité. Certaines étaient, comme on le devine, très timides et renfermées. D’autres, à l’extrême opposé, étaient de très joyeuses extraverties. Et d’autres encore se situaient entre les deux. Celles-là semblaient totalement moyennes, normales, sans histoire.

Je suis de nature calme, réfléchie, compréhensive. J’ai un sens inné du respect envers autrui. Pour une femme qui a toujours vécu dans un environnement où on l’a sans cesse sous-estimée et rabaissée, ceci fait que je représente à ses yeux l’homme idéal. Et voilà comment nous avons commencé à former un couple.

Voici trois exemples dans lesquels ces femmes ont fait de moi la Cassandre du couple. Je vais prendre de vieilles anecdotes qui remontent au siècle dernier, ne serait-ce que pour montrer que cette situation ne date pas d’hier. Également, je ne citerai qu’un seul exemple par personne, bien que ce soit quelque chose que chacune d’entre elles m’a fait vivre à plusieurs reprises dans différentes situations.

Noémie.
Ses intentions étaient bonnes. Elle voulait nous préparer de la limonade citron-lime-pamplemousse-menthe. Sa recette nécessitait deux pichets. J’en avais deux. L’un en plastique, dans mon armoire. L’autre, au frigo, gardait de l’eau fraîche. Je lui demande de ne pas utiliser celui-là. J’ai de grands bols en plastique qui peuvent tout aussi bien faire l’affaire.

Pourquoi?”
“Celui du frigo est mon pichet antique, en verre.”
“Et alors?”
“La recette demande de verser de l’eau bouillante dans le pichet. Pour un pot de jus en plastique semi-souple, il n’y a pas de problème. Mais celui-là est en verre. C’est un modèle qui ne se fait plus depuis qu’on les fait en plastique. En plus, c’est l’un des derniers objets qui me reste de mon arrière-grand-père, du temps où il avait un restaurant à Saint-Hilaire, dans les années 40. Je ne veux pas prendre de risque.”


Face à mes objections, elle se met en colère, insultée. Elle se donne la peine de nous préparer une délicieuse limonade fraiche, avec de bons ingrédients, au lieu de la merde en bouteille ou en poudre que l’on retrouve à l’épicerie. Et moi, non seulement je refuse, je lui donne une liste de raisons pourquoi je trouve que ce n’est pas une bonne idée. Ce qui, à ses yeux, équivaut à lui dire que son idée est stupide, donc qu’elle n’est qu’une idiote.

J’vais y faire attention à ton pichet. Je sais ce que je fais!”

Je reste intraitable. Ce pichet est un antique souvenir de famille et j’y tiens. Aussi, je propose une solution. Le marché d’alimentation n’est qu’à dix minutes de marche d’ici. Je vais aller y acheter un nouveau pichet de plastique semi-souple. Comme ça, moi je pourrai garder mon pichet d’eau froide au frigo, et elle aura ses deux pichets pour sa limonade. Sa recette prend justement une vingtaine de minutes, donc le temps que je fasse l’aller-retour. Elle accepte.

Je pars acheter le nouveau pot de jus. À mon retour, j’entre dans l’appartement juste au bon moment pour entendre mon pichet de verre exploser dans la cuisine.

Elle tenait à me montrer que c’était elle qui avait raison. Elle ne m’a donc pas écouté. Dans sa hâte pour me faire la leçon avant mon retour, elle a pris mon pichet de verre directement du frigo, l’a vidé dans l’évier et y a aussitôt versé l’eau de la bouilloire. Le choc thermique a fracassé le verre. Aussi, c’est très exaspéré que j’entre dans la cuisine en disant:

Mais qu’est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase “N’UTILISE PAS MON PICHET EN VERRE!”, hostie!?”

Éventuellement, elle m’a laissé tomber. Elle ne pouvait plus continuer de former un couple avec un gars comme moi, qui la faisait toujours se sentir stupide.

Si seulement elle m’avait écouté lorsque je lui disais NON!

Christine.
Ses intentions étaient bonnes. Elle voulait mettre un peu de romance dans notre couple. Aussi, elle a proposé un bain chaud et relaxant, que l’on prendrait tous les deux, à la chandelle.

Je lui explique alors pourquoi ce n’est pas une bonne idée. J’habite dans un sous-sol. La salle de bain est petite, sans fenêtre. Les bains à deux, tels qu’on les voit à la télé, au cinéma, dans les magazines, sont dans de grandes baignoires, larges et profondes. Pas dans des bains standards d’étroites salles de bain de sous-sol. Et puis, je n’aurais jamais osé le lui dire, mais sans pour autant être obèse, Christine était quand même assez costaude. Ça n’allait pas être le confort avec nous deux là-dedans.

Face à mes objections, elle se met en colère, insultée. Elle prend la peine de planifier une activité romantique pour nous deux. Et moi, non seulement je refuse, mais je lui donne une liste de raisons pourquoi je trouve que ce n’est pas une bonne idée. Ce qui, à ses yeux, équivaut à lui dire que son idée est stupide, donc qu’elle n’est qu’une idiote. Une Miss Catastrophe!

Miss Catastrophe” est le qualificatif que je lui ai donné une fois alors que, pour la j’sais-plus-trop-combientième fois, l’une de ses initiatives que je lui avais décommandé avait eu des conséquences fâcheuses pour moi. Depuis, elle me remettait souvent sur le nez ce surnom rabaissant.

Ne voulant pas créer une nouvelle situation tendue entre nous deux, j’ai encore une fois cédé, espérant encore une fois que tout se passe bien, malgré le fait que tout me portait à croire que ça serait le contraire.

Elle ferme la porte de la salle de bain, allume une chandelle aromatisée, éteint la lumière, et place la chandelle sur le réservoir d’eau de la toilette. Je lui dis:

Pose-la plutôt sur le bord du lavabo s’il te plaît.”
“Pourquoi faire?”
“Ben, comme tu peux voir, au-dessus de la toilette, j’ai des tablettes en verre. La fumée, ça laisse des taches qui ne partent pas. Je voudrais éviter que la propriétaire me fasse payer pour les remplacer.”
“Panique pas, calice! C’est une chandelle qui ne fait pas de fumée, ok!? Je sais ce que je fais.”

Voyant qu’elle était à cran et qu’elle prend toute suggestion comme étant une critique dérogatoire, je soupire intérieurement et je n’insiste pas. Aussi, je ne dis rien en constatant que l’eau du bain est plus chaude que ce que je suis confortable de supporter. Je ne fais pas remarquer à quel point nous sommes trop grands et gros pour être à l’aise à deux dans mon bain. Je ne dis rien du tout alors que les robinets et le tuyau d’eau me rentrent inconfortablement dans le dos, me forçant à changer de position à toutes les 30 secondes. Je fais semblant de rien lorsque le moindre mouvement fait déborder le bain. Et je me ferme la gueule tandis que l’inconfortable humidité brûlante me fait transpirer et que la sueur de mon front me coule dans les yeux, et que les essuyer de mes mains détrempées d’eau savonneuses ne font que me rajouter de l’inconfort et de la douleur.

Sous la chaleur de la chandelle, le centre de la tablette de verre se dilate. Elle éclate dans un bruit sec. Tout ce qu’elle contient, incluant mon verre, mon porte-savon et mon porte-brosse à dents, tous en céramique, tombent et explosent sur le plancher de tuiles. Aussi, c’est très exaspéré que je me lève du bain et allume la lumière en disant:

Mais qu’est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase “NE MET PAS LA CHANDELLE SOUS LA TABLETTE DE VERRE!”, calice!?”

D’accord, moi-même je n’avais pas prévu que la chaleur de la chandelle briserait la tablette. N’empêche que je savais que c’était une mauvaise idée de la poser dessous. Si elle m’avait écouté en la plaçant près du lavabo, ça ne serait pas arrivé.

Christine regarde le dégât! Elle a au visage et dans la voix un air de surprise, de découragement et de panique. Promptement, elle se lève et sort du bain en disant:

“Non! Oh mon Dieu! C’est vrai! C’est vraiment vrai! Je SUIS une Miss Catastrophe! Non! Non! Non! My God! C’est terrible! Je fais toujours tout pour te causer du tort! Je suis vraiment méchante! Tout ce que je fais, c’est de provoquer de la merde! Je ne fais jamais rien de bon! Je suis vraiment Miss catastrophe! Je n’arrête pas de te faire du trouble. Je suis une malédiction. Miss Catastrophe! ”

Je l’ai regardé se rhabiller, ramasser ses affaires et s’en aller. Je ne ne suis pas intervenu. Je n’ai rien dit. Je n’ai rien fait. Je voyais bien que ses paroles étaient exagérées. Je devinais que, consciemment ou non, elle me les récitait dans l’espoir que je les démentisse pour la rassurer. Or, je ne pouvais pas faire ça. Pour mon propre bien, il eut été contreproductif de nier les conséquences fâcheuses qui arrivent lorsqu’elle insiste à ne pas respecter mes limites. J’espérais seulement qu’à partir de maintenant, la leçon serait apprise une bonne fois pour toutes. Je ne demande pas la lune. Je ne cherche pas à la contrôler. Je n’ai jamais voulu l’insulter ni la rabaisser. Je veux juste qu’elle m’écoute, lorsque je lui dis que ce qu’elle me propose ne me convient pas.

Hélas, cet espoir ne s’est jamais réalisé. Éventuellement, elle m’a laissé tomber. Elle ne pouvait plus continuer de former un couple avec un gars comme moi, qui la faisait toujours se sentir stupide.

Si seulement elle m’avait écouté lorsque je lui disais NON!

Camélia.
Ses intentions étaient bonnes. Elle voulait rassurer Lynn, une de mes amies. Lynn venait de se faire avorter. Elle s’est confiée à ce sujet à ses trois amis les plus proches, incluant moi.

Un jour, alors que Camélia était chez moi pendant mon absence, elle a fouillé partout dans mes tiroirs et dossiers. Elle y a trouvé un dépliant de la clinique d’avortement, avec le nom de Lynn d’écrit dessus. À mon retour, j’ai eu droit à une interrogation à ce sujet. Je n’ai eu d’autre choix que de lui expliquer la situation. Ce qui a eu pour effet de l’insulter.

Pourquoi est-ce qu’elle s’est confiée à toi et pas à moi?”
“Parce qu’elle et moi, on se connait de longue date. Notre gang remonte au cégep.”
“C’est pas une raison pour penser que j’allais la juger!”
“Hein? Elle n’a jamais pensé que tu allais la juger.”
“Pourquoi elle me l’a pas dit, d’abord?”
“Parce que c’est une expérience pénible pour elle. Le fait que c’est pénible, ça l’a poussé à se confier à quelques amis proches. Mais en même temps, puisque c’est pénible, elle ne veut pas que tout le monde le sache.”

Toute la soirée, elle n’a pas voulu changer de sujet. J’ai eu beau lui expliquer sous tous les angles, elle n’en démordait pas. À ses yeux, si notre amie ne s’était pas confiée à elle, c’est parce qu’elle croyait que Camélia allait la juger. J’ai tenté de conclure avec ce point final:

Écoute! Peu importe la raison pourquoi elle ne veut pas que les autres le sachent, si elle ne veut pas qu’on en parle, alors il ne faut pas en parler. Si on est ses amis, on doit comprendre ça. Ce sont ses limites, et on doit les respecter.”

Le lendemain, vers la fin de l’après midi, je reçois un appel de Lisa, une de celles à qui Lynn s’était confiée. Elle m’apprend que Lynn vit une grosse crise sociale et familiale en ce moment, parce que tout son entourage vient d’apprendre son avortement. Et qu’on lui a rapporté que ce serait Camélia et moi qui en avons parlé. Nous sommes désormais banni de notre bande d’amis, qui sont particulièrement dégoûtés de cette trahison de ma part.

Lorsque Camélia arrive chez moi quelques heures plus tard, c’est très exaspéré que je lui explique ce qui vient de se passer. Elle répond:

« Ben voyons donc! Ça s’peut pas, qu’elle réagisse comme tu dis. Ceux à qui j’en ai parlé ne l’ont pas jugée. Exactement ce que je te disais! Tu vois bien que je sais ce que je fais!”« 

Camélia tenait à me montrer que c’était elle qui avait raison. Elle ne m’a donc pas écouté. Et maintenant, c’est moi qui payait le prix de son obstination, sans oublier Lynn qui vit précisément l’enfer qu’elle cherchait à éviter.

Mais qu’est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase “ELLE NE VEUT PAS QUE SON ENTOURAGE LE SACHE!”, tabarnak!?”

Face à mes objections, elle se met en colère, insultée. Elle se donne la peine de contacter tout notre entourage afin de calmer les craintes de notre amie, comme quoi personne ne va la juger. Et moi, non seulement je lui dis de ne pas faire ça, je lui démontre qu’en faisant à sa tête, elle avait ruiné ma vie sociale. Ce qui, à ses yeux, équivaut à lui dire que son obstination était stupide, donc qu’elle n’est qu’une idiote.

Éventuellement, elle m’a laissé tomber. En partie à cause de l’influence que ses parents avaient sur elle contre moi. Mais aussi parce qu’elle en avait assez de continuer de former un couple avec un gars comme moi, qui la faisait toujours se sentir stupide.

Si seulement elle m’avait écouté lorsque je lui disais NON!

Ça m’a pris de nombreuses années avant que je constate qu’il y avait plusieurs constantes dans cette situation qui se répétait. Ce sera le sujet du prochain billet.

À SUIVRE

Ne souffre point de l’adversité celui qui sait la manipuler

ANECDOTE 1. Ça faisait environ sept ans qu’internet avait fait son apparition dans les foyers. C’était l’époque pré-Google, pré-Facebook, Pré-Twitter, pré-Instagram, pré-Youtube. Dans ces années-là, le moyen par excellence pour avoir accès à un public, c’était via les forums d’échanges et de discussions. Tel que je l’ai décrit en 2012 dans le billet Les 9 étapes de la naissance, la vie et la mort d’un forum, les choses se passaient presque toujours comme suit: Le forum est créé. Au début, tout le monde est émerveille de cet outil de communication. Dans un laps de temps variant entre 5 à 10 mois, c’est l’harmonie totale. Puis, tel que j’en ai parlé en 2009 dans le billet Devenez membre de la CIA (Cyber Irresponsible Asshole) en 5 leçons faciles, voilà qu’arrive un enfoiré qui commence à faire chier les autres car il se sent à l’abri de représailles, du fait qu’il est derrière son écran et que « internet, c’est pas la vraie vie. »

Bientôt, d’autres suivent son exemple, les emmerdements commencent, et les membres du forum se divisent en sept camps:

  1. Les agresseurs.
  2. Leurs victimes, qui ripostent.
  3. Ceux qui se plaignent de ces guerres.
  4. Ceux qui encouragent les guerres car « ça met de la vie dans le forum ».
  5. Les modérateurs qui, trop souvent, profitent de leur position pour faire partie du problème.
  6. Les administrateurs qui, en général, ne foutent rien pour régler le problème.
  7. Les spectateurs qui se contentent d’en rire.

Bref, tout ça pour dire que la majorité des membres des forums se retrouvaient rapidement avec des ennemis. C’était mon cas.

Au tournant du siècle, beaucoup d’internautes se créaient un journal intime. Du moins, aussi intime que puisse l’être quelque chose que l’on met sur le net. Et ça, à une époque où on n’avait pas encore l’option de mettre nos écrits en privé, ça a causé plus d’un drame dans la vraie vie, lorsque l’entourage d’une personne découvrait son blog et y voyait ce qu’elle pensait d’eux. Également, beaucoup se créaient des pages web pour diffuser leur art, leur travail, leur humour.

Et c’est ainsi que quelqu’un m’a piqué mon nom d’artiste. Il a enregistré steverequin.com et il a créé une page web dans laquelle il diffusait de court sketchs en vidéo de son cru. Il était évident qu’il tentait de recréer à sa manière le concept des Têtes à Claques, sans en avoir les moyens techniques ni le talent.

Pour autant que je sache, ce vol n’était pas personnel. Je ne connaissais pas ce gars-là. Peut-être avait-il lu mon nom quelque part et il l’avait trouvé original. Ou peut-être avait-il créé lui-même Steve Requin par hasard quelques années après moi. N’empêche que ça me posait un problème. Étant donné que je cherchais moi-même à me créer ma propre page web à mon nom, le fait qu’il l’avait déjà enregistré me contrariait. Je me demandais comment est-ce que je pourrais le récupérer. Chose d’autant plus difficile, du fait qu’aucune loi ne régissait encore internet.

Je suis donc allé sur ce forum que je fréquentais, pour voir si je pourrais y trouver conseil. Dans le sujet « Parlez-nous de vos projets », j’ai écrit quelque chose dans le style de: « Je veux juste vous dire que je n’ai rien à voir avec la page steverequin.com », en ajoutant un lien direct. Quelques membres ont commenté, tel que je dis plus haut, sur le fait que le gars semblait vouloir recréer le style des Têtes à Claques.

Et c’est là que sont intervenus mes ennemis, en raillant comme quoi il fallait s’attendre de ma part à une nouvelle tentative de poursuite judiciaire. (Ils faisaient référence à une poursuite que j’avais intenté contre un ex-employeur pour harcèlement moral au travail.)

Cette intervention de mes ennemis m’a fait réfléchir. Je les connaissais bien et je savais ce qu’ils étaient capables de faire. J’ai compris que si je demandais dans le forum des conseils pour faire en sorte que cette personne cesse d’utiliser mon nom, ils allaient aussitôt se rallier du côté de l’imposteur. L’un de mes ennemis étant très fort pour évoquer les clauses légales, je me doutais bien qu’il serait capable de le contacter afin de lui dire exactement quoi faire pour s’assurer d’avoir la propriété légale de steverequin jusqu’à la fin des temps.

J’ai alors compris ce que je devais faire. Retournant à mon clavier, j’ai répondu:

« Le poursuivre? Allons donc, il n’y a pas de profit à tirer d’une personne pauvre et inconnue. Je planifie au contraire de le laisser continuer sans intervenir. S’il n’arrive pas à percer en humour, je n’en serai pas plus mal. Mais s’il améliore ses sketchs et son style et qu’il devient riche et célèbre, alors LÀ, je le poursuivrai. J’ai plusieurs preuves recevables légalement comme quoi j’utilise le nom Steve Requin depuis au moins huit ans avant lui. À ce moment-là, non seulement devra-t-il me verser la quasi-totalité de ses gains, je profiterai de ce tremplin médiatique pour lancer ma propre carrière d’auteur à la télé. »

Une semaine plus tard, ce que j’avais prévu arriva. La page steverequin.com disparut du net.

Lorsque tu as des ennemis qui ne cherchent qu’à te nuire, ceux-ci ne peuvent supporter l’idée que tu puisses tirer profit d’une situation. Dans ce temps-là, ils font tout en leur possible pour saboter cette opportunité. Dès que j’ai compris ceci, je n’avais plus qu’à leur faire croire que mon but était le contraire de ce que je voulais vraiment. Alors en cherchant à me nuire, ils ne se doutaient pas qu’au contraire, ils mettaient leurs efforts à travailler au meilleur de mes intérêts. Dans ce cas-ci, en allant persuader l’autre Steve Requin d’abandonner son site et mon identité, afin que je ne puisse rien en tirer.

Un an plus tard, dès que le nom redevint libre, je m’en suis aussitôt emparé, le renouvelant annuellement, avant de le greffer à ce blog que vous lisez en ce moment.

ANECDOTE 2. Époque pré-Google. Je ne me souviens plus exactement de tous les détails. Mais j’avais un texte à écrire, et je n’en connaissais pas le sujet à 100%. Il m’était arrivé, par le passé, d’essayer de me renseigner sur un sujet sur ce forum. Tout ce que j’ai eu comme réponse fut des « Débrouille-toé! »

Cette fois-ci, j’ai opté pour l’option inverse: J’ai affirmé des choses, en sachant d’avance que j’étais dans l’erreur. Je me doutais bien que les négatifs du forums allaient se faire un plaisir de tenter de m’humilier en étalant les bonnes informations afin de prouver que j’avais tort. Et en effet, ça n’a pas tardé. Grâce à leurs informations et aux liens qu’ils fournissaient afin de prouver leurs dires, j’ai pu écrire mon texte en (désormais) toute connaissance de cause.

ANECDOTE 3. J’avais, dans mon entourage, une illustratrice extrêmement talentueuse. Elle faisait des portraits-caricatures très ressemblants, d’un style que l’on aurait pu croire tirés de dessins animés. Elle chargeait cher, mais elle le valait. Elle avait aussi un orgueil démesuré et souffrait d’un viscéral complexe d’infériorité. Le genre de personne qui voit de la compétition partout. Et surtout, qui ne peux pas supporter que l’on complimente toute personne ayant moins de talent qu’elle.

Nous avions une amie commune qui aurait bien voulu se voir en version dessin, mais elle n’avait pas envie de payer si cher. Et en même temps, elle n’aurais jamais osé lui demander un rabais. Alors je lui ai proposé un truc: Avec mon pousse-mine, je lui ai fait sa caricature, mais juste en quelques traits. On parle ici d’un petit dessin premier-jet primitif de la taille d’un 5¢ qui ne m’a pas pris plus que 30 secondes. Et au lieu de le scanner, je l’ai pris en photo, ce qui a laissé l’image grisâtre. Je lui ai suggéré d’en faire son avatar de Facebook, en commentant comme quoi elle trouve mon dessin mignon.

Ça n’a pas raté. L’illustratrice a laissé sous l’image un commentaire passif-agressif amer qui exprimait son incompréhension face à l’émerveillement de notre amie pour ce dessin. Puis, trois semaines plus tard, elle lui a fait cadeau d’un superbe dessin couleur. Tel que prévu, incapable de supporter que l’on admire un dessin moins bien que les siens, elle ressentait un profond besoin de démontrer sa supériorité. Ainsi, notre amie a eu ce qu’elle voulait: Un superbe portrait-caricature-cartoon, totalement gratuit puisque non-sollicité.

EN CONCLUSION : À partir du moment où l’on sait ce qui motive les gens haineux, on peut aisément les manipuler à faire n’importe quoi. Il y a un proverbe qui dit : Sois près de tes amis, et encore plus près de tes ennemis. Pour ceux qui se demandent où se situe la logique de ce dicton, vous venez d’en lire trois bon exemple.

À partir du moment où tu sais ce qui motive tes ennemis, tu n’as plus d’ennemis. Tu n’as que des gens que tu peux aisément manipuler à travailler pour toi. Et lorsqu’ils sont motivés par la haine, ils savent se montrer beaucoup plus efficaces dans leur travail que le seraient la majorité de tes amis.

La mauvaise influence positive.

J’ai été élevé dans un entourage dans lequel la moindre de mes failles était pointée.  Un entourage dans lequel la moindre de mes faiblesse était exploitée.  Un entourage dans lequel mes malheurs résultant des deux défauts précédents étaient sujets de moquerie et/ou de mépris.  Un entourage dans lequel tout ce qui peut t’arriver de fâcheux est automatiquement de ta faute.  M’en plaindre était perçu comme un signe de faiblesse de plus, et me valait encore plus de moqueries et de mépris. 

Je devais tout de même reconnaître qu’il y avait du vrai dans ce qu’ils disaient.  Mes défauts, c’est moi qui les ai, personne ne me les a donnés.  Mes faiblesses, personne d’autre que moi ne peut les surmonter.  Les mauvaises décisions, c’est moi qui les prends.  Puisque je suis responsable ce de que je suis et de ce que je vis, alors en effet, si je ne fais rien pour améliorer la situation, c’est de ma faute si elle reste négative.

Alors je me suis retroussé les manches et j’ai travaillé.  Travaillé sur moi.  Travaillé sur mes défauts.  Travaillé à m’améliorer.  Travaillé à prendre les décisions non pas par impulsion, mais bien par réflexion.  Avec le temps, à force de discipline, de courage, de ténacité, de logique, de sagesse, j’ai cessé d’être faible et défectueux.  Et j’ai développé une force de caractère qui m’a permis de passer à travers des expériences qui auraient poussé bien des hommes à la dépression, l’alcoolisme, la drogue, la violence, le crime, le meurtre, le suicide.  Et ce n’est pas moi qui le dis.  Ce sont des commentaires que j’ai reçu durant les vingt dernières années.  Mais bon, je n’en tire aucune vanité.  Si je l’ai fait, c’est que je n’avais pas le choix.  Voilà pourquoi j’ai toujours été étonné que l’on vante mes mérites à ce sujet.  Dans ma tête, le principe du marche ou crève, c’était la normale pour tout le monde.

Cette vie ne m’a cependant pas appris à donner autre chose que ce que j’avais reçu.  Élevé sans pitié de la part des autres, j’ai donc été élevé à ne pas avoir de pitié envers les autres.  Si moi j’ai réussi à surmonter mes faiblesses, je ne vois aucune raison pourquoi les autres n’y arriveraient pas.  Si moi je n’ai reçu que du mépris pour mes défauts, il n’y a aucune raison pourquoi je devrais ressentir autre chose que du mépris pour les défauts des autres.

Alors je réagissais aux problèmes des autres de la même façon que l’on a toujours réagi aux miens : en responsabilisant la personne qui les a. 

  • Tu as un problème de consommation?  Tu n’avais qu’à ne pas commencer à te droguer. 
  • Tu es alcolo?  Personne ne t’a jamais obligé à boire.
  • Tu es obèse?  Lâche-donc cette excuse bidon comme quoi « C’est un problème de glandes », ou alors prouve-le avec un certificat médical. Sinon, assume le fait que tu es tout simplement trop lâche pour être capable de contrôler la qualité et la quantité de ce que tu manges.
  • Accro au jeu?  Est-ce que quelqu’un te pointe un gun sur la tête pour te forcer à aller t’assoir devant une machine à poker électronique?  Surtout que le hasard électronique, ça n’existe pas.  Il y a forcément de la programmation.  Et si ça doit être programmé, ça peut tricher.  Pense avec ta tête, loser! 
  • Tu n’arrives pas à arrêter de fumer?  Soyons objectifs et regardons les deux côtés du paquet : Du côté négatif, fumer, ça pue, c’est sale, donc ça empeste et salit le moindre millimètre carré de la maison. Ça cause des problèmes de santé qui amènent souvent à de précoces fins de vies aussi misérables que douloureuses. Ça cause des incendies qui ont tué un nombre incalculables d’hommes, femmes et enfants. Et c’est de l’argent, une fortune, qui part en fumée, littéralement. Et du côté positif, ça rapporte quoi, de fumer?  Rien!  Tu savais parfaitement tout ça avant de commencer, et tu as quand même choisi de commencer

Car en effet, tout ça, ce sont des choix.  Personne ne peut le nier, à moins d’avoir mauvaise foi.  Alors ne viens pas te plaindre pour ça. Tu savais parfaitement dans quoi tu t’embarquais.  Si tu as commis l’imbécilité de choisir de commencer, alors c’est à toi d’avoir l’intelligence de choisir de t’arrêter.  Et surtout, si tu n’y arrives pas, c’est à toi d’avoir la volonté de surmonter ta lâcheté.

Et vous savez ce qui m’a le plus surpris ces dernières années?  Et par dernières années, je dirais aux environs de 2005-2015?  C’est de constater que la population en général se montre compréhensive et tolérante envers les gens faibles, pris dans leurs dépendances.  Au point où je me suis fait maintes fois huer pour mon intolérance, parce que, m’a-t-on souvent répété, « Ces gens-là n’ont pas demandés d’être comme ils le sont. »

En fait, plus que me surprendre, ça me frustrait.  Si personne n’a eu de compréhension pour moi ni de tolérance pour mes défauts et mes faiblesses, pourquoi est-ce qu’ils comprennent et tolèrent ceux des autres?  Si je suis responsable de mes problèmes, pourquoi est-ce que les autres se font déresponsabiliser des leurs?  Pourquoi les encourager à chialer sans rien faire, alors qu’il est beaucoup plus productif de les pousser à se retrousser les manches et à se prendre en main?  À l’école, j’étais le plus petit, le plus faible, le plus indiscipliné, le plus lâche. Moi non plus, je n’ai pas demandé d’être comme ça. Mais je me suis pris en main.  Et à 53 ans, je suis un athlète avec une volonté de fer, qui continue d’accumuler des diplômes et des certificats de formations, alors que je n’avais même pas mon 5e secondaire avant mes 26 ans.  Je suis la preuve vivante que de se faire donner le choix entre avancer ou crever, ça marche! 

Constater que tout le monde avait droit à une tolérance que l’on m’a toujours refusé, je prenais ça comme une injustice.  J’étais amer.  Sur les forums de discussions, j’ai probablement écrit des centaines de variantes de la phrase suivante :

« Ah, on sait bien! Lorsque n’importe qui dit / fait / vit ça, il ne reçoit que compréhension, commentaires positifs, aide, encouragements…  Par contre, quand c’est MOI qui dit / fait / vit la même chose, alors là, OH-LA-LAAAA, GROS SCANDAAAAALE!  Est-ce qu’il y a une raison pour ça? »

Impossible à mes interlocuteurs de répondre à ça sans s’entacher. Ou bien ils reconnaissent les faits et se démontrent coupable d’hypocrisie. Ou bien ils ne nient et ils s’affichent comme étant malhonnête. Voilà l’un de mes plus grands talents. Inutile de préciser que ça ne m’apportait rien de positif comme réaction.  Ce qui me permettait d’utiliser leurs réponses pour renforcer mon point, et aussi comme preuve de leur mauvaise foi, en répliquant cet autre truc que j’ai également écrit des centaines de fois :

« Vous pouvez tous voir de vos propres yeux ce qu’il vient d’écrire.  Ce n’est quand même pas moi qui l’invente. »

Et puis, il y a six ans, un déclic logique s’est fait dans ma tête. On fait souvent l’erreur de croire que l’environnement dans lequel on a été élevé, c’est la norme. J’ai peut-être été élevé sous une mauvaise influence, n’empêche qu’elle s’est avérée positive, puisqu’elle m’a poussé à surmonter mes faiblesses morales, physiques et intellectuelles. Raison de plus de penser sincèrement que ces valeurs que l’on m’inculquait étaient universelles.

Voilà pourquoi j’avais un sentiment d’injustice, de me faire huer lorsque je démontrais que je faisais ce que j’avais à faire, et que j’en demandais autant chez les autres. À mes yeux, ça voulait dire que nous vivons dans une société hypocrite qui ne cherche qu’à rabaisser autrui. Elle n’hésite pas à se contredire et faire usage de mauvaise foi et à m’imposer des paradoxes et des situations deux-poids-deux mesures: On me rabaisse parce que je suis faible, pour ensuite me rabaisser parce que je suis fort.

Et c’est là que j’ai enfin fini par constater que mon environnement d’origine, et la société en général, c’est deux. Si je me fais huer pour ma mentalité « Marche avec courage ou crève comme un lâche! », ça veut dire que cette mentalité est socialement inacceptable. Et si cette mentalité est inacceptable, alors ça veut dire que le milieu dans lequel je suis né et où j’ai été élevé était composé d’enfoirés intolérants.  Et qu’en ne tolérant pas chez les autres ce que l’on n’avait pas toléré chez moi, j’en étais devenu un moi-même.

C’est à peu près à la même époque que j’ai découvert que j’étais demisexuel.  Ce qui signifiait que la retenue et le respect que j’ai toujours ressenti envers la femme et ses limites sexuelles, ça n’était pas une question de volonté, contrairement à ce que j’avais toujours cru jusque-là.  C’était tout simplement la manière dont la nature avait programmé mes neurones.  Ce qui signifie que les alcolos, fumeurs, drogués, paresseux, dépressifs, suicidaires, obsédés sexuels, etc, ne le sont pas par choix. Ils le sont parce que la nature les a créés ainsi. 

Et c’est comme ça que dans la seconde moitié de la quarantaine, je me suis rendu compte que oui, bien des choses sont des choix personnels. Et beaucoup de comportements sont influencés par le milieu et l’éducation. Et pour certaines gens dont je suis, on peut travailler sur soi-même pour perdre nos mauvaises habitudes, nos mauvaises manies, améliorer sa force, sa forme cardio, son alimentation, son physique, son éducation, sa culture, son intellect… Mais pour beaucoup d’autres, la nature leur a donné un corps et un cerveau qui ne peut tout simplement pas décider du jour au lendemain de changer pour le mieux. En fait, si, ils peuvent le décider. Mais contrairement à ce qu’affirme le proverbe, quand on veut, on ne peut pas nécessairement.

Si j’ai la force de caractère requise pour survivre dans le chaos, si j’ai la souplesse d’esprit pour transformer en fumier la merde que l’on m’a lancé afin de mieux grandir, comme je dis souvent, c’est parce que la nature m’a ainsi fait. Une autre personne, dans le même environnement, aurait été détruit, ou bien serait devenu destructeur, ou alors se serait autodétruit. Et elle ne serait pas plus responsable pour ça, que je puisse être admirable d’y avoir survécu en m’y adaptant.

La nature d’une personne, ce n’est pas un accomplissement personnel. L’accomplissement personnel, c’est de réussir à se dépasser soi-même. Mais pour réussir à se dépasser, il faut d’abord que la nature nous donne ce qu’il faut pour être capable de le faire. Tu ne peux pas avoir la volonté de commencer à avoir de la volonté si la nature ne t’a pas donné de volonté. C’est aussi simple que ça. Si on est comme on on est, c’est parce que l’on est comme on nait. Et ce n’est de la faute de personne.

C’est à 47 ans que j’ai enfin compris cette réalité, que je l’ai accepté, et que j’ai appris à être compréhensif et tolérant envers mon prochain.  Et depuis, la seule chose que je ne tolère pas, c’est l’intolérance.

Mais ça, je crois qu’on peut me le pardonner.

Ça y est, je suis devenu un vieux con!

Ou du moins: Ça y est, je m’en rend compte.

Je fais une p’tite BD, comme ça, pour le plaisir de la chose, dans laquelle un personnage secondaire est alité suite à un accident. Et tandis que je le dessine recouvert de bandages et de plâtres, je constate un truc: Ça remonte à quand, la dernière fois que j’ai vu quelqu’un avec un membre dans le plâtre?

En me posant la question, je réalise que ça doit bien remonter au siècle dernier.

Qu’est-ce qui a donc bien pu changer? Est-ce que les gens sont plus prudents qu’avant? Est-ce que les jeunes sortent moins, jouent moins dehors? En y réfléchissant, j’en arrive plutôt à la conclusion que si je ne vois plus de bras ni de jambes plâtrées depuis aussi longtemps, c’est parce que ça a été remplacé par les attelles qui sont plus efficaces et plus discrètes.

Plus discret, plus pratique et plus moderne.

C’est anodin! N’empêche que ça m’a donné un choc. Non pas de constater que le fait de plâtrer un membre soit une chose du passé. Mais bien de constater que ça m’a pris vingt ans pour m’en rendre compte.

Et ceci me fait prendre conscience qu’en vieillissant, je suis de moins en moins porté à observer le monde autour de moi. J’ai beau être toujours aussi curieux pour découvrir des choses nouvelles, je ne me pose plus de questions au sujet de choses que j’ai déjà apprises. Et, par conséquent, je ne vois pas ces choses évoluer. Comme dans ce cas-ci au sujet du plâtre et des attelles.

Lorsque j’étais ado-jeune-adulte, dans la seconde moitié des années 80, je me moquais beaucoup du vocabulaire de mes ainés. Il y a un gag de mon cru que je disais souvent, comme quoi j’allais devenir professeur de langues, pour apprendre aux gens à parler le Vieux. Par exemple: Lorsque vous parlez à un vieux, ne dites pas « Je me suis levé du fauteuil et je suis allé en auto voir un film au cinéma. » Dites plutôt « Me su levé du Cherterfield pis chus allé faire un tour en machine pour voir une vue au théâtre. » Bon, cet exemple est québécois. Mais peu importe d’où vous venez, vous avez tous constaté que la génération qui vous a précédé utilise encore aujourd’hui des termes obsolètes dans leurs vocabulaires.

Je me suis juré que je serai toujours aussi alerte aux changements et que jamais je ne deviendrai un de ces vieux cons qui ne se rend pas compte que le monde autour de lui évolue. Et bien voilà, j’ai failli à ma tâche. Je suis devenu un de ces vieux cons qui ne se rend pas compte que le monde autour de lui évolue.

Ma philosophie (7)

Garde le secret sur tes projets en chantier.  Si personne ne connait l’itinéraire que tu t’es planifié, personne n’aura l’opportunité de te barrer la route.

Observe ceux qui critiquent tes réussites et méfie-toi toujours de ces gens.  Rabaisser tes victoires, c’est le premier réflexe de la personne qui préfère te voir échouer.

Quand l’argent fait la loi, la justice fait pitié.

Il y a des amours qui sont plus néfastes et plus toxiques que la pire des haines. 

Là où d’autres ont réussi, tu peux réussir.  Là où d’autres ont échoué, tu peux réussir.

Il ne faut jamais cesser d’avoir des buts, sinon on finit par se faire imposer les buts des autres.

Une personne qui n’admet jamais ses torts et te fait porter le blâme pour tout est une personne à fuir sans délais.

Si tu ne peux résister au besoin de relever un défi que l’on t’a lancé avec mépris, alors tu l’as déjà perdu.

Si tu es facile à offenser, tu es facile à manipuler.

Si un ami fait une erreur, dis-lui.  Si ça te fais perdre cet ami, alors ça n’a jamais été un ami.

Accepte les excuses de ceux qui t’ont trahi, mais ne leur accorde plus ta confiance.

Accepte de te faire corriger pour tes erreurs, mais n’accepte pas de te faire humilier pour celles-ci.

La plus grande des erreurs est de ne pas reconnaitre ses erreurs.

Si tu déclines une offre d’aide, explique pourquoi.  La personne qui agit par altruisme va comprendre et accepter.  La personne qui agit par égoïsme va insister et frustrer.

Laisse les médisants se tromper à ton sujet.  Plus grande sera leur erreur, plus éclatante sera ta réussite.

Les gens cherchent à te faire perdre ton temps par peur que tu l’utilise pour atteindre le genre de but qui sera toujours hors de leur portée.

Dénonce! Le plus grand complice de ton agresseur, c’est ton propre silence.

Lorsque tu vis des situations difficiles, éloigne-toi de ceux qui te les créent, apprécie ceux qui te te viennent en aide, et fuis particulièrement ceux qui vont te les créer dans le but d’être ceux qui vont te venir en aide.

Prend les décisions qui te sont importantes, sans te soucier de comment ça va affecter les autres.  Tu as la responsabilité de ton propre bonheur, pas de celui des autres. 

Ne t’attends pas à ce que je m’arrête si tu te mets en travers de ma route.

Les amateurs donnent des leçons.  Les experts donnent l’exemple.

Reconnaitre qu’un but est hors de ma portée, ce n’est pas un échec.  Cesser de perdre mon temps et mes énergies, c’est au contraire une réussite. Et c’en est une que beaucoup de gens ne seront jamais capables d’atteindre.

La sagesse, c’est ce qui différencie la ténacité de l’obstination.

Savoir choisir ses batailles, c’est la différence entre investir dans une réussite, et perdre son temps à tenter de faire croire que tu as raison à des gens qui n’en valent pas la peine.

Je ne changerai pas si je te déplais. Par contre, je vais changer si je me déplais.

Je dois certaines de mes réussites au fait que j’ignorais que j’étais supposé échouer.

Ton insistance à me changer afin de faire de moi ton idéal pour te plaire, ça démontre seulement ton incapacité de plaire à ceux qui sont ton idéal.

Ceux qui le font pour les autres abandonnent.  Ceux qui le font pour soi continuent.

Peu de gens auront une vision de toi qui est conforme à la réalité.  Elle sera plutôt conforme à l’idée qu’ils ont besoin d’avoir à ton sujet.

Il faut planifier pour avancer, mais il ne faut pas s’arrêter sous prétexte qu’on ne peut pas tout prévoir.

Un échec, c’est seulement une opportunité pour vouloir mieux, faire mieux, trouver mieux, réussir mieux et récolter mieux.

Devient le genre de personne que l’on attendait, plutôt que d’être la personne avec qui on est en attendant.

Ne perd pas ton temps à te justifier.  Les gens n’entendent que ce qu’ils veulent entendre, et ne voient que ce qu’ils veulent voir.

Le premier pas vers l’échec, c’est de décider à la place des autres ce qu’ils devraient penser de toi.

Je préfère un ennemi qui va tenter de m’arrêter par sa peur de mon succès, qu’un proche qui va tenter de m’arrêter par sa peur de mon échec.  Parce que même si le premier est haineux, il croit en moi et en mes capacités.  Tandis que le second, malgré tout l’amour qu’il a pour moi, n’y croit pas.  Et bien qu’il soit beaucoup plus pénible moralement de s’éloigner d’un proche que d’un ennemi, il reste que l’un comme l’autre ne pourront jamais s’empêcher de se mettre entre mes buts et moi. M’éloigner de ces gens n’est pas qu’une option. C’est une nécessité.

Si j’ai réussi à détruire les murs qui m’emprisonnaient, ce n’est pas pour me laisser arrêter par les murs qui emprisonnent les autres.

Une personne déterminée à réussir va voir la sagesse dans ces paroles et agira en conséquence.  Une personne déterminée à échouer invalidera chacune d’entre elles pour justifier son inaction.

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Y’A LIENS LÀ

Voici les six billets précédents de ma série Ma Philosophie.

Ma Philosophie.
Ma Philosophie (2).
Ma Philosophie (3).
Ma Philosophie (4) Réflexions courantes.
Ma Philosophie (5) Parfois….
Ma Philosophie (6).

Et dans le même ordre d’idées.

Regarder derrière soi pour mieux aller de l’avant.
C’est à toi de choisir.
Je me méfie de ceux qui me disent...
100 leçons de vie que j’aurais aimé apprendre plus tôt.

Préposés aux Maléficiaires

Comme bien des gens au Québec, au printemps de 2020, j’ai entendu l’appel du ministre Legault.  Avec la pandémie qui surcharge notre système de santé, ils avaient besoin de former et d’embaucher 10 000 préposés aux bénéficiaires.  Je me suis porté candidat.  J’ai été choisi.  En juin, j’ai commencé la formation de trois mois, que j’ai réussi diplômé.  Le 21 juillet, j’ai commencé mon stage dans un CHSLD.  Le 11 septembre, j’ai été embauché officiellement.  Et après une probation de 45 jours (45 jours de travail, et non 45 jours de suite), je devais devenir employé syndiqué, avec les mêmes droits et protection que tous les autres travailleurs de la santé. Oui, « devais »… Car on m’a congédié au jour 38 de ma probation. 

Au CHSLD, même si j’ai tout fait pour être le bon petit employé qui collabore, on m’a fait subir des choses inacceptables. Pas besoin que je vous les décrive, il ne se passe pas une semaine sans que des journaux ne rapportent des témoignages de gens qui sont dans la même situation que moi. Et comme eux, dès que j’ai commencé à porter plainte, on m’a foutu dehors. Sur les 16 embauchés de ma classe, j’étais le 8e de parti en 3 mois. Et d’autres se sont fait mettre à la porte après moi.

Jeudi le 29 octobre. Lors de l’entrevue de débauche (Car oui, le mot débaucher est l’antonyme d’embaucher) la directrice du CHSLD m’a expliqué que, après mure réflexion, il est pour elle évident que je n’ai pas ce qu’il faut pour travailler dans ce milieu. Et elle n’a eu aucun scrupule à me dire que si j’essaye de me faire embaucher dans un autre CHSLD, elle irait me descendre aux yeux des futurs employeurs potentiels qui l’appelleraient. Car, me dit-elle, elle « n’aura d’autre choix que de leur dire ce qu’il y a dans mon dossier. » Et en effet, c’est ce qu’elle a fait lorsque je me suis essayé dans un autre centre du système public. J’ai ainsi perdu treize jours à tenter de me recaser, en vain.

Pour me tirer de cette situation, j’ai renoncé au système public pour m’en aller au privé. J’ai googlé et j’ai trouvé un répertoire de tous les centres d’accueils au Québec, classés par régions. Et à tous, on peut faire application via internet. Voici l’adresse, le lien ouvre un nouvel onglet.

emploienresidence.com/region

Avant de commencer à soumettre ma candidature aux employeurs potentiels, j’ai fait deux ajustement afin d’éviter que mon ex-directrice ne sabote ma carrière: De un, j’ai modifié mon CV et ma lettre de présentation. J’ai parlé de ma formation, mais pas de mon emploi au CHSLD. Et de deux, je sais que les employeurs potentiels vont se demander pourquoi je ne suis pas dans un CHSLD, puisque l’emploi était garanti à la fin de la formation. À eux, je dirai: « Quand j’ai voulu m’inscrire au programme de Legault, il était trop tard. Mais puisqu’il restait une place disponible, j’ai quand même décidé de suivre la formation. Et je l’ai terminé diplômé, du moins avec mon attestation d’études professionnelles. » Si la dernière phrase est vraie, la première est fausse. Mais nier l’existence de mon court passage au CHSLD, c’était la seule solution pour pouvoir travailler dans ce domaine dans lequel j’ai les attestations scolaires qui prouvent que je suis qualifié.

Désolé pour tous les bien-pensants qui considèrent que « le mensonge n’est acceptable en aucune circonstances. » Il se trouve que dans un monde de tricheurs, il n’y a que ceux qui suivent les règles qui ne gagnent jamais. Et puis, ce mensonge-là n’est ni dans le but de porter préjudice à autrui, ni dans le but de m’octroyer quelque chose que je ne mérite pas. C’est au contraire pour éviter que ma carrière subisse un préjudice non-mérité.

Mercredi le 11 novembre, j’ai fait 20 applications en ligne, toutes dans des centres privés où logent beaucoup moins de résidents qu’en CHSLD.

Jeudi le 12 novembre, je reçois cinq rappels. J’ai un rendez-vous en personne pour le lendemain. J’ai deux autres entrevues par téléphone. Et j’ai deux autres entrevues virtuelles via Skype. Ces quatre entrevues se terminent toutes avec eux qui me demandent: « Quand seriez-vous prêt à commencer? », ce qui démontre que je correspond parfaitement au profil de l’employé recherché. À tous, je répond « Le 1er décembre. » C’est que j’ai une préférence pour un centre en particulier, celui où je passerai une entrevue en personne le lendemain. Je tiens à voir s’ils vont m’embaucher, avant de dire oui ailleurs.

Vendredi le 13 novembre, je passe une entrevue en personne au centre où je souhaite travailler.

Samedi le 14 novembre, je suis embauché au centre où je souhaitais travailler. J’ai donc réussi en 3 jours au privé ce que j’ai tenté de faire en vain pendant 13 jours au public. J’ai rappelé les quatre autres pour leur dire que finalement, j’avais accepté un travail ailleurs.

Vendredi le 20 novembre, j’étais rendu à 19 rappels sur les 20 centres où j’avais appliqué. C’est dire à quel point les centres, autant privés que conventionnés que publics, sont en manque de personnel.

Pour un gars qui n’a pas ce qu’il faut pour travailler dans ce milieu, je suis bizarrement très en demande par ce même milieu.

Voici les raisons pourquoi je tenais à travailler à ce centre en particulier:

  • C’est autour du Mont-Saint-Hilaire, donc je reste dans mon coin d’origine.
  • Il n’y a que 18 résidents, contre 120 en CHSLD.
  • Aucun cas lourd, ils sont tous semi-autonomes.
  • Il n’y a que 6 employés, incluant la directrice / proprio.
  • Par conséquent, aucune guerre de gangs possible entre les anciens et les nouveaux, contrairement aux CHSLD.
  • Presque le même salaire qu’au CHSLD.
  • Et la directrice m’a offert ce qui est pour moi l’horaire de rêve : Temps double + temps double + temps simple. Traduction: Je fais mes 37.5 heures par semaine en trois jours. Ça me laisse 4 jours de congés par semaine pour me consacrer à mon art, mes loisirs, mes rendez-vous pour médecins, optométristes, orthésistes, dentistes, etc, sans devoir perdre un jour de travail et de salaire.

Depuis, je travaille dans une ambiance qui est 1000 fois meilleure que le fut mon meilleur jour au CHSLD, et je ne pourrais pas être plus heureux.

Par un heureux hasard, au moment où j’écris ces lignes, voilà deux mois et demi que je suis à l’emploi de cette résidence, soit le même temps que j’ai été employé au CHSLD. Quand j’étais au CHSLD, j’étais, selon la direction, un incompétent, un lunatique, un perdu, un impoli, un frustré, un ignorant, un danger pour les résidents. Bref, le verdict final était que je ne suis pas fait pour cette carrière. Mais depuis que je travaille dans un foyer privé, je suis, selon la direction et les résidents, courtois, poli, professionnel, qui inspire confiance et sécurité, avec une excellente mémoire, qui apprend vite. Bref, leur verdict est que je suis fait pour cette carrière.

Même travail. Deux employeurs. Deux opinions à l’extrême opposé l’une de l’autre.

Alors à tous ceux qui ont suivi le programme de Legault mais qui n’ont pas pu garder leur travail en CHSLD pour une raison X, faites comme moi. Le simple fait que j’ai reçu 19 retours d’appel sur 20, et ce en 9 jours, ça prouve que ce n’est pas l’embauche qui manque.

Lorsque votre environnement porte sur vous un jugement de valeur, et que celui-ci est implacablement négatif, changez d’environnement. Ça vous permettra de découvrir qu’au final, le problème, ce n’était peut-être pas vous.