20 personnalités qui ne font pas long feu au travail

J’ai occupé toutes sortes de boulots dans ma vie : De la cuisine, de la conciergerie, du travail de bureau, des arts et des lettres… Mais peu importe le domaine, à chaque fois que l’on a des nouveaux collègues, il y en a toujours qui ne feront que passer.

Ce n’est pas nécessairement une question de savoir faire le travail ou non. Ça aurait plutôt rapport avec l’attitude de la personne. Avec le temps, j’ai fini par pouvoir les repérer dès le départ, ce qui m’a permis de les répertorier en vingt personnalités distinctes.

1- L’insatisfaite.
Cette personne ne s’intéresse qu’à ce que le travail peut faire pour elle : Bonus, primes, avantages sociaux, etc, et elle en exige toujours plus. Les avantages n’étant pas à la hauteur de ses attentes démesurées, elle ne cesse de se plaindre qu’on l’a embauché en lui promettant une licorne, et elle passe ses heures de travail à visiter les sites d’annonces d’emplois.

2- Le voleur.
Surtout présent en restauration, où il va carrément se servir dans les frigos et le stock-room pour ramener chez lui la moitié de son épicerie de la semaine. La meilleure, c’est qu’il ne s’en cache pas à ses collègues. Et c’est ça, autant que son manque de modération dans la quantité de ses vols, qui cause rapidement sa perte.

3- La ragoteuse.
Elle parle à toi contre tout le monde, et elle parle à tout le monde contre toi. Éventuellement, tout le monde se rend compte qu’elle parle contre tout le monde, et elle se met tout le monde à dos.

4- La militante cherchant une cause.
Dès sa première journée au travail, elle voit tout de suite à quel point l’employeur est un abuseur : Le café n’est pas gratuit, les pauses ne sont pas assez longues, les salles de bains sont cisgenrées, etc. Elle passe la première semaine à interroger les collègues pour chercher des poux à l’employeur, et dès la 2e semaine elle parle déjà de syndicat. Il lui arrive même de parler du président-directeur-général-fondateur, en glissant son prénom dans la conversation comme si elle le connaissait personnellement, histoire de mettre les patrons en malaise.  À force de mordre la main qui la nourrit, littéralement, elle finit par se mettre la direction à dos qui lui montrera la porte.

5- Le cock dans le poulailler.
Généralement masculin, peu importe qu’il soit gai ou hétéro, la première chose qui l’intéresse, et ce dès son premier jour, c’est de repérer les collègues les plus baisables, en se donnant bien comme mission de les avoir dans son lit le plus tôt possible. Or, quand on mêle le sexe avec le travail, ça fucke notre carrière.

6- Le vacancier absentéiste.
Dès ses premiers mois au travail, il utilise rapidement tous ses congés de maladie payés. Il multiplie ensuite les retards et les situations d’urgences qui l’obligent à quitter le travail. Et s’il ne se fait pas mettre dehors, il finit par juste ne plus rentrer.

7- L’attention whore.
Elle n’a qu’un but : attirer l’attention, les compliments, et se faire draguer. Dans ce dernier cas, jamais elle ne répondra positivement aux avances. Mais attention : ça ne veut pas dire pour autant qu’elle veut que les attentions arrêtent. Et s’il y a un homme dans le lot qui n’a pas l’air de s’intéresser à elle, alors elle s’arrangera pour provoquer son intérêt. … Sans pour autant y répondre lorsque celui-ci se développera. Elle causera ainsi beaucoup de jalousies et de frustrations romantiques et sexuelles qui finiront par exploser entre collègues. Ça lui donnera une réputation désagréable qui lui deviendra trop lourde à porter, et elle remettra sa démission.

8- Le provocateur auto-victimisateur.
C’est l’employé non-blanc qui va faire exprès pour mal faire son travail et crier au racisme à chaque réprimande. Même scénario avec le gai, sauf qu’il va crier à l’homophobie. Même scénario avec la femme, sauf qu’elle va crier à la misogynie. Même scénario avec l’handicapé, sauf qu’il va crier à … euh… l’handicapophobie? Et oui, même scénario aussi avec l’homme blanc, sauf que lui va crier au harcèlement moral. Et dans tous les cas, ça se termine avec une poursuite aux normes du travail et/ou en Cour, dans l’espoir d’extorquer une jolie somme à l’employeur.

9- Le têtu méthodique.
Celui-là a des idées bien arrêtées sur la manière de faire son travail. Et peu importe le nombre de fois où il se fera répéter de travailler en utilisant la méthode officielle, il n’en fera qu’à sa tête.

10- La moitié d’un couple toxique.
Toutes ses pauses et tout son temps de diner est consacré à échanger, par texto ou téléphone avec sa pas-si-tendre moitié. Et comme si ça ne suffisait pas, ils continuent leurs échanges houleux pendant les heures de travail, négligeant le boulot. Éventuellement, à force de se mettre entre son travail et lui, son couple vient à bout de sa carrière.

11- Le négligeant.
Il coupe les coins ronds, va pour la solution facile, fait le travail à moitié, et de cette moitié il y en a le trois quart qui est à refaire. Plutôt que de faire avancer la machine, il la ralentit.

12- Le joyeux insolent.
Il a un grand sens de l’humour. Hélas, dans sa tête, l’humour se limite à rabaisser autrui. Ainsi, toutes ses conversations, toutes ses remarques, toutes ses blagues, tous ses commentaires, sont dans le but de se moquer de son interlocuteur. Et ça inclut les patrons.

13- Le donneur de leçons.
Toujours à donner ses conseils non-sollicités, son côté arrogant fait que pour lui, il n’y a que deux manières de travailler : Ou bien de sa façon à lui, ou bien de la mauvaise façon. Là où ça lui cause des problèmes, c’est qu’il n’hésite pas à agir ainsi envers ses supérieurs hiérarchiques.

14- Le militant non-conformiste.
Quand le travail de bureau demande à porter des pantalons une chemise et une cravate, il s’agit de l’employé qui décide de faire la guerre à ce règlement particulier. Et il le fera en prenant bien soin de toujours respecter le règlement, de manière à faire un pied-de-nez à l’autorité : Il portera une chemise à carreaux et une cravate à pois, de manière à faire le pire des agencements. Parfois il portera une jupe pour ne pas porter de pantalon, ou d’une robe pour ne pas porter la cravate. Les patrons, en effet, le laisseront faire, car comme l’employé e vante de le dire, rien dans les règlements officiels n’empêchent ceci. Mais par ses agissements, non seulement il se met la direction à dos à cause de sa personnalité merdique, il devient vite la risée du bureau pour son accoutrement, chose qu’il ne supportera pas, et il partira.

15- Le panier percé.
Celle-là, c’est la grande gueule hors du bureau, où elle révèle à son entourage des détails importants de son travail, en particulier sur des sujets sur lesquels on lui a fait pourtant signer une entente de confidentialité. Une fois sur deux, ça revient aux oreilles des patrons, et ça va parfois jusqu’à saboter le projet. Dans un cas comme dans l’autre, c’est le renvoi assuré.

16- Monsieur Social.
Au lieu de faire son boulot, il va faire la conversation à ses collègues. Ce qui fait que non seulement il ne travaille pas, il ralentit le travail des autres.

17- L’impaChiant.
Il fait son travail à la perfection, ou du moins il s’arrange pour en avoir l’air. Et il demande la même perfection de tous ceux qui l’entourent. Son impatience envers la moindre faille se manifeste en multipliant les remarques et commentaires aussi négatifs que brutaux. Avant de quitter volontairement et/ou se faire renvoyer, il sera la cause de quelques démissions, de gens à qui il aura rendu insupportable l’atmosphère de travail.

18- L’entrepreneur.
Bien qu’il soit employé, il a son propre business, qu’il gère sur ses heures de travail. Inutile de dire que dans ce temps-là, il gère mal le travail pour lequel on l’a embauché.

19- Le boss des bécosses.
Nommé ainsi car non seulement il agit en superviseur, il est chiant. Même si sa connaissance du travail est moindre, même s’il vient à peine d’être embauché, et surtout même s’il est au même niveau que toi, il va toujours te parler comme si tu avais des comptes à lui rendre sur ta manière de travailler et/ou sur ta performance au travail. Il se ramasse généralement avec plusieurs plaintes auprès de la direction, ou avec une bonne baffe sur la gueule. Ou du moins, puisque cette dernière est illégale, une engueulade bien sentie.

20- L’intravailleur.
Lui, il n’est pas là pour travailler. Non seulement il en fait le moins possible, il se plaint souvent qu’il s’ennuie à ne rien faire, et passe son temps à chercher comment passer le temps. Le genre d’employé à ne pas mettre sur le quart de soir ou de nuit car on ne peut jamais le laisser sans surveillance. Le genre à dormir sur l’ouvrage, au sens propre.

Bref, dans tous les cas, les employés qui ne font pas long feu, ce sont toujours ceux qui mettent la priorité sur autre chose (c’est-à-dire sur eux-mêmes, généralement) que sur le travail.

Créer le problème par instinct de survie sociale

Ce que l’on apprend en étant enfant et adolescent, ça nous suit toute notre vie : Lire, écrire, calculer… Hélas, ça inclut aussi comment les gens qui nous entourent se comportent avec nous.  Et en général, durant les 20 premières années de notre vie, nous sommes entourés du même groupe de personnes : Familles, amis, voisins, camarades de classe…  Par conséquent, si ces gens nous traitent de façon négative, nous subirons ce traitement durant nos vingt premières années. Et ça, ça laisse des marques toute notre vie.  J’ai trois exemples observés :

EXEMPLE 1 : Dans son enfance et adolescence, Alain n’était pas tellement apprécié de ses pairs. Il faut dire qu’il avait un comportement énervant, et qu’il ne savait pas quand il était de trop, ni quand il imposait sa présence trop longtemps.  Par conséquent, il ne faisait souvent mettre de côté lorsque se planifiait des événements sociaux : Sorties, partys, soirées, fêtes.  Et quand il y était, on lui faisait de plus en plus clairement savoir qu’il était de trop.

Devenu adulte, réfléchi et professionnel dans son attitude, Alain n’en a pas moins conservé l’impression d’être un mal-aimé social. Aussi, au travail et/ou avec ses amis, à chaque fois qu’il y a sorties, partys, soirées, fêtes, deux choses arrivent : Ou bien il décline poliment, prétextant avoir un autre engagement.  Ou bien il participe, mais brièvement, étant toujours le premier à partir.  Il prend bien le temps de saluer tout le monde, de dire qu’il est désolé, qu’il resterait bien mais qu’il a un engagement X.  Dans les deux cas, l’engagement en question n’existe pas.

En retournant chez lui, Alain a un sourire satisfait. Il se dit que tout s’est bien passé, il est resté le temps juste qu’il fallait, tout va bien.  Et, tandis que ses amis et collègues s’amusent, il est chez lui, seul, avec pour toute compagnie que son sentiment du devoir accompli.

Dans sa tête, il est clair que le fait d’être mis à l’écart du groupe, c’est une fatalité. C’était quelque chose d’inévitable, puisque ça a toujours été ainsi.  Mais sans savoir quand ni pourquoi ça arriverait, ça le mettait dans un état d’angoisse.  Alors en agissant ainsi, oui, il est toujours à l’écart du groupe.  Mais là, au moins, il a le contrôle de la situation.  C’est lui qui décide quand et pourquoi il est en marge.

EXEMPLE 2 : Sophie avait toujours eu des conjoints violents verbalement et physiquement. Et là, elle a la chance d’en avoir un qui ne lui fait subir ni l’un ni l’autre.

Alors elle commence multiplier les maladresses dans lequel, toujours accidentellement,  elle accroche son conjoint, le bouscule, le frappe.  Et lorsqu’il a subi une opération à l’appendice, elle qui ne lui avait jamais particulièrement touché le ventre jusque-là, n’arrêtait pas de l’accrocher et le cogner, toujours accidentellement, lui causant des douleurs atroces. Et plus elle causait ces accidents, et plus souvent après-coup elle reculait, horrifiée, en le suppliant de ne pas l’engueuler ou la frapper, car elle avait toujours une bonne excuse, une bonne explication logique, pour expliquer ses maladresses.

Inconsciemment, pour elle, subir la violence conjugale, c’est la norme. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle la subisse de nouveau.  Alors au lieu d’angoisser en se demandant quand et pourquoi ça va arriver, et si elle pourra s’en tirer, eh bien voilà : Elle agit de manière à provoquer la violence verbale et/ou physique de son conjoint.  Et elle le fait de manière à pouvoir lui démontrer qu’il serait abusif de s’en prendre à elle, puisqu’elle peut prouver que c’est toujours un hasard ou un accident.

Donc, en agissant ainsi, oui, elle vit toujours dans la crainte de subir de la violence verbale et/ou physique. Mais là, au moins, elle a le contrôle.  C’est elle qui décide quand et pour quelle raison elle devrait la subir, et elle a toujours la bonne excuse pour s’en tirer.

EXEMPLE 3 : Dans son enfance, Julia était sans cesse critiquée sur tout.  Et quand les gens ne trouvaient pas de bonnes raisons de la critiquer, ils en inventaient.  Et dans ce dernier ça, ça lui posait un soucis de taille : Comment régler un problème lorsque le dit problème n’existe pas?  Ça la mettait dans une situation cul-de-sac angoissante.

Devenue adulte, Julia s’est inscrite au gym de son quartier. Et au gym, le règlement est clair sur le fait qu’il faut porter ou bien des shorts ou bien des pantalons de gym en coton ouatés.  Surtout pas de jeans.

Dans une boutique de vêtements de sport, Julia n’arrive pas à faire son choix. Le règlement a beau être clair, elle angoisse.  Ayant toujours été critiquée sur tout, souvent sans raison valable, elle s’attend d’instinct à être critiquée sur ses vêtements de gym.  Elle a peur de se faire dire qu’elle ne porte pas le bon genre de shorts.  Aussi, peu importe ce qu’elle regarde, elle n’arrive pas à faire son choix.

Puis, quelque chose attire son attention : Des pantalons de gym en coton ouatés, imprimés en trompe l’œil en paire de jeans. Elle les prend immédiatement.

Pourquoi? C’est que, inconsciemment, elle avait l’impression qu’elle avait deux choix :

  1. S’habiller comme tout le monde, et être totalement désemparée si jamais on lui dit que ses vêtements ne sont pas conformes.
  2. Ou s’habiller en pantalons de gym en motif jeans. Comme ça, quand les employés viendront lui dire que ses vêtements ne sont pas conformes, elle ne sera pas désemparée : Elle pourra leur prouver que, au contraire, elle porte un pantalon en coton ouaté imprimé, donc exactement ce que permet le règlement.

Dans le premier cas, si les réprimandes lui arrivent, elle n’a aucun contrôle là-dessus, et ne pourra pas trouver de solution. Mais dans le second cas, elle s’arrange pour contrôler la situation : Elle provoque la réprimande, elle la dirige sur un détail, détail qu’elle peut prouver comme étant faux

Dans sa tête, le fait qu’elle allait être critiquée sur son linge, c’était une fatalité. Ça allait arriver.  Le mieux qu’elle pouvait faire pour contrôler son angoisse, c’était de contrôler la situation de réprimande de A à Z.  En portant ces pantalons, elle n’a pas à se demander si elle va être réprimandée.  Elle sait qu’elle va l’être.  Elle n’a pas à se demander sur quel sujet elle le sera.  Elle sait sur quel sujet.  Elle n’a pas à se demander ce qu’elle pourrait dire pour sa défense.  Elle sait quoi dire.  Impossible pour elle d’être prise au dépourvu.  Elle peut maintenant profiter du gym en toute tranquillité d’esprit.

On peut comprendre que ces gens ont développé le réflexe d’agir ainsi par instinct de survie sociale. N’empêche que ces gens provoquent eux-mêmes le problème qu’ils cherchent à éviter.

  • Le gars qui craint de se faire mettre de côté se met lui-même de côté.
  • La femme qui craint la violence conjugale provoque elle-même la violence conjugale.
  • La fille qui craint de se faire réprimander pour son linge de gym s’arrange pour se faire réprimander pour son linge de gym.

On pourrait croire que ces gens se complaisent dans leurs malheurs, puisqu’ils ne font que les provoquer. Hélas, dans les faits, le problème, est bien plus profound que ça.  C’est qu’il est difficile de vivre en harmonie quand on a seulement appris à survivre dans la discorde.

L’identité sexuelle et la (ré)pression sociale

Lorsque j’étais enfant, je ne me posais pas de question sur mon identité sexuelle. Cependant, les gens qui m’entouraient, et la société en général, se les posaient à ma place, ces questions. Et malheureusement, ils en fournissaient également les réponses.

À l’école, et ce dès la maternelle, j’étais toujours le plus petit, le plus chétif, le moins sportif. Ne valant rien en sports, je ne pouvais pas être apprécié par mes coéquipiers. De ces activités sportives imposées par l’école naissait leur mépris pour moi, mépris qui se prolongeait en classe et partout ailleurs. Faible et méprisé, ça faisait de moi la cible parfaite pour l’intimidation.

Alors, pour l’amitié et les jeux, j’allais vers les filles. Elle ne me mettaient pas en compétition avec elles. Elles ne m’intimidaient pas. Je jouais donc avec elles, à leurs jeux de filles. J’aimais ces jeux qui n’étaient pas violents, pas épuisants, qui demandaient de la pratique, de l’habileté ou de l’imagination, et non une force physique que je n’avais pas.

Mon père disait que d’agir comme ça, ça allait faire de moi une tapette, et que ça se voyait déjà dans mes goûts personnels. Quand nous étions enfants et adolescents, à la télé, les gars adoraient l’Homme de 6 Millions. Moi, c’était La femme Bionique. (L’Homme qui Valait Trois Milliards et Super Jamie, pour mes lecteurs européens) Ils regardaient Goldorak et Albator. Moi, je préférais Candy. Ils suivaient G.I*Joe, les Transformers, Musclor. Moi, c’était Jem. Je n’étais pas un vrai gars, tous les signes étaient là.

Et la commission scolaire elle-même se mettait de la partie pour donner la honte à tout garçon qui aurait songé à dévier de son rôle masculin. En secondaire II ou III, nous avions une classe qui changeait à toutes les six semaines, avec des cours pour nous préparer à la vie adulte. Il y avait :

  • Option Gars : Méthodologie de travail, mécanique automobile, menuiserie, coupe de viande.
  • Option Filles : Cuisine, premiers soins, budget, tenue de maison.

Oui, les cours s’appelaient vraiment Option Gars et Option Filles. Personnellement, je n’en avais rien à cirer des moteurs, du bois et de la boucherie. Lorsque je suis parti en appartement, il m’aurait été beaucoup plus utile d’avoir su cuisiner, faire un budget et tenir maison. Mais voilà, être un gars dans l’Option Filles, c’eut été accepter d’être socialement émasculé aux yeux de tous mes camarades de classe et mes profs. À un âge où se forment notre identité sociale, personnelle et sexuelle, ce n’était pas chose à faire.

Dans le cours d’Éducation Physique, même scénario. Notre prof se couche face contre terre en position de faire des pompes, et il nous dit : « Il y a deux façons de faire des push-ups. Sur la pointe des pieds. On appelle ça des push-ups de gars. Mais si c’est trop dur, vous pouvez les faire sur les genoux au lieu des orteils. On appelle ça des push-ups de filles. » Avec ma musculature sous-développée, j’avais toute la misère du monde à en faire cinq. Mais voilà, en éducation physique, où nous sommes justement séparés en classes de gars et en classes de filles, jamais un gars n’aurait osé faire des push-ups de filles.

J’ai souvent blâmé ma faiblesse sur le fait que mon anniversaire est au milieu de l’été. À cause de ça, j’ai toujours été le plus jeune à l’école, donc le plus petit et le plus faible.  Mais en réalité, bien que ça n’aidait pas, le fait est que j’étais vraiment de constitution physique plus faible. En secondaire IV et V, j’ai trop souvent vécu l’humiliation d’être la victime des intimidateurs d’un an ou deux plus jeunes que moi. Quand un gars de seize ans peut se faire tabasser par un de quatorze, ça ne l’aide pas à se retrouver en tant que mâle dans son identité.

À cause de tout ça, jusqu’à ma jeune vingtaine, je n’avais pas vraiment l’impression que j’étais un gars. Je me suis toujours senti comme si j’étais une fille mal née. Je ne m’intéressais à rien de masculin. Je n’en avais ni les goûts, ni les activités. Et j’en avais encore moins le comportement. Jamais, dans la rue, on me voyait regarder la poitrine ou le derrière des filles qui passaient. Et pourtant, je me suis toujours intéressé aux filles.  J’en étais même obsédé.  Mais bon, ça ne veut rien dire. Il y a des filles qui s’intéressent aux filles. Je suppose que la fille que j’étais dans mon âme était lesbienne.

Et puis, vers l’âge de 24 ans, un matin, je me suis regardé dans le miroir de la salle de bain et j’étais dégoûté. Dégoûté de ma faiblesse.  Dégoûté de mon corps rachitique.  Dégoûté d’être une victime facile.  Dégoûté d’être moi.   On m’a toujours fait croire que les abus et l’intimidation né du fait que je ne représente en rien l’image de la masculinité, ça allait cesser une fois rendu adulte.  On m’a menti.  Ça n’a jamais arrêté.  Une femme, faible comme une femme, et victime d’hommes qui profitent de leurs faiblesses, elle peut avoir recours à la loi et à la justice pour faire cesser les abus et faire payer cher les contrevenants.  Mais quand tu es un homme, blanc, québécois de souche, catholique, hétéro, adulte, alors oublie ça.  Tu représentes la plus haute classe privilégiée de la société.  Par conséquent il n’y a rien, pas une loi, pas un organisme, pas un regroupement, pour t’aider.  L’homme, blanc, québécois de souche, catholique, hétéro, adulte, n’a pas le droit d’être faible.  S’il l’est, tant pis pour lui, il n’aura que du mépris.

À l’époque, je travaillais comme pâtissier dans un Dunkin Donuts. Alors à partir de ce jour-là, au travail, je suis allé m’enfermer dans la salle de bain des employés. Je me suis couché face contre terre, et j’ai fait des push-ups. Je forçais comme un malade, pour être juste capable d’en faire cinq. Et j’ai recommencé comme ça à l’heure suivante. À tous les jours où je travaillais, à toutes les heures, je le refaisais. Au bout d’une semaine, le miracle : J’étais maintenant capable de faire dix push-ups. À chaque semaine, je progressais. À chaque semaine, j’en faisais cinq de plus. Au bout de cinq mois, j’ai fini par être capable d’en faire cent, un chiffre que je n’aurais imaginé atteindre. J’avais maintenant des épaules d’hommes. Et pour la première fois de ma vie, une personne m’a qualifié de costaud. Ça m’a encouragé à m’entraîner. Ne pouvant pas me payer le gym, je m’entraînais à la maison avec les moyens du bord : Chaises, boites de livre, divan… Un poids, c’est un poids. Tout ce que ça prend, c’est de l’imagination et de la débrouillardise.

Rendu à 27 ans, lors de mon retour aux études au cégep, j’avais maintenant un physique masculin moyen normal. C’est là que j’ai vraiment commencé à plaire aux filles. Les hommes ont cessé de me voir comme une cible facile pour l’intimidation. En sports, j’ai passé de médiocre à moyen. Et en continuant de m’entraîner, même sporadiquement, non seulement ais-je atteint les mêmes capacités physiques que les autres hommes, j’ai même commencé à les dépasser sur certains points.

Et à partir de ce moment-là, je me suis enfin senti comme un homme. Plus jamais n’ai-je eu l’impression que j’étais une fille qui avait perdu une patte de chromosome à la naissance.  Je n’ai plus le moindre doute sur mon identité masculine, et je suis parfaitement à l’aise avec ma cisgenrerie.  Tout ce temps-là, c’était la société qui me rendait confus en me répétant qu’un homme, UN VRAI, c’est supposé aimer tel truc, avoir tel comportement, faire telles activités et avoir tel physique.

Si j’avais été enfant et ado à notre époque plutôt que dans les années 70 et 80, j’aurais pris une option qui n’était pas disponible dans le temps : Je serais sorti du placard en tant que fille dans un corps de gars, et j’aurais demandé à commencer à suivre un traitement aux hormones.

Mais voilà, dans mon cas, ça aurait été une erreur.

Je n’étais pas une fille dans un corps de gars. J’étais juste un gars trop faible physiquement pour être capable de faire des activités dites « de gars ».  Je n’avais donc développé aucun intérêt pour les trucs dits « de gars ».  Quant à ma retenue naturelle envers les femmes, qui faisait que je ne me comportais pas en macho harceleur avec elles, ça n’avait rien à voir avec mon genre ni mon orientation on-ne-peut-plus hétéro. Ça vient du fait que je suis demisexuel, chose que j’ignorais à l’époque.

Si j’étais devenu transsexuel avant de vraiment savoir ce que j’étais, ça aurait fucké ma vie pour toujours. Parce que, en plus de me faire rabaisser / harceler / rejeter pour être un faible, je l’aurais été en plus pour être un transgenre. Et à ça se rajouterait le harcèlement des hommes qui m’auraient trouvés à leur goût. En plus du harcèlement des homophobes, et de celui des transphobes. Quant à ma vie amoureuse, puisque je n’aime que les femmes, il eut fallu que j’arrive à en trouver une pouvant aimer un homme devenu femme.  Et ça, ça ne me semble pas évident.  Donc, plutôt que d’améliorer ma vie, transgenrer l’aurait empiré à tous les niveaux. Pour une personne qui cherche juste à avoir la paix et à vivre normalement en société pour être bien dans sa peau, c’eut été terriblement contre-productif.

Tandis que là, en restant homme, juste en travaillant sur mon physique, ma forme, ma force, ma résistance, mon cardio, plus personne ne doute de mon sexe et/ou de mon orientation, moi le premier, et je suis en parfaite harmonie avec les autres et envers moi-même. Et regardez-moi aujourd’hui, à 50 ans, de tous mes anciens camarades de classe, je suis l’un des plus beaux, les plus forts, les plus athlétiques. Et à voir le nombre d’entre eux qui commencent à avoir besoin de Viagra, ce n’est plus ma virilité que l’on peut mettre en doute, maintenant.

Bref, tout ça pour dire que même si à l’époque j’étais à 100% convaincu que j’étais une fille, je ne pouvais pas faire un choix éclairé sur le sujet, car il me manquait beaucoup trop de données sur les raisons qui faisaient que je me sentais comme ça.  Je ne m’étais juste pas rendu compte qu’en réalité, ça n’a jamais été moi qui avait cette impression.  Ce sont les autres qui me donnaient cette impression.

Je ne prétends pas que c’est le cas pour tous les garçons qui ont de la difficulté à se reconnaître dans les critères masculins imposés par notre entourage et la société. Mais dans mon cas personnel, oui, c’était ça.  C’était juste le fait que je ne répondais pas aux attentes de la société qui colporte des critères un peu trop toxiques de ce que devrait être la masculinité.

Bienvenue à l’ère du Good Deed Shaming.

Le Good Deed Shaming peut se traduire par se faire donner la honte d’avoir posé un geste décent.  Car en effet, depuis une bonne dizaine d’années, il n’y a plus moyen de faire la moindre bonne action  sans que l’on nous fasse la morale de ne pas avoir fait une bonne action pour une autre cause.  Une cause plus importante.

L’incendie de Notre-Dame de Paris est le plus récent et le plus parfait exemple de la chose. Avez-vous vu ce qui circule sur Facebook à cet effet?  En voici un échantillon:

Oui, d’accord, je veux bien croire qu’il y a des causes plus honorables et plus humanitaires et plus écologiques que de reconstruire une église.  Sauf que… Savez-vous vraiment de quoi vous parlez, lorsque vous nous balancez des comparaisons impliquant la calotte glaciaire, la jungle amazonienne ou les enfants qui meurent de faim en Afrique?

Notre-Dame de Paris, il y a une adresse fixe. On sait où envoyer nos dons.  Je les envoie où, mes dons, pour recongeler le Pôle Nord?

La foret amazonienne est régie par les divers gouvernements des territoires sur laquelle elle s’étend: Brésil, Colombie, Pérou, Venezuela, Suriname, Guyane, Équateur et  Bolivie.  Si un ou plusieurs de ces gouvernements en permettent le déboisement, on fait quoi pour les empêcher? La seule solution serait envahir ces pays et renverser le gouvernement.  On parle ici d’une guerre mondiale. Des centaines de milliers de morts. Pour, bien sûr, se faire critiquer par la planète en entier. Rappelez-vous des manifestations monstres à travers la planète pour protester contre l’intervention des USA pour arrêter Saddam et Laden.

Quant aux enfants qui meurent de faim en Afrique, certains d’entre vous êtes trop jeunes pour vous en rappeler, mais le concert Live Aid, le regroupement USA for Africa, et toutes les chansons à la We are the World, qui ont rapporté des centaines de millions pour enrayer la faim dans ce coin de continent… Le gouvernement éthiopien a saisi l’argent et s’est payé une armée, ce qui n’a aidé ni le peuple ni ses voisins. En fait, les gens qui ont donné de l’argent ont juste contribué à l’augmentation de la répression et des morts.

Je n’invente rien, plusieurs sites en parlent, dont celui-là.

Oh, bien sûr, Bob Geldof n’y croit pas.  Normal, il est le fondateur de cette belle oeuvre de charité, alors il ne tient pas à ce que ça soit entaché, et il ne veut surtout pas que ça écoeure les gens de faire preuve de générosité envers son prochain.

N’empêche que, que ce soit vrai ou non, ça ne change rien au fait que les conditions de vies du peuple éthiopien ne se sont jamais améliorées durant les trois décennies et demie qui se sont écoulées depuis Live Aid.  Alors ils servent à quoi, nos dons pour sauver les gens qui ont faim?

D’ailleurs, puisque l’on parle de dons:  Ceux qui nous disent de donner pour de plus nobles causes… En font-ils, eux, des dons, pour ces mêmes causes? Je serais curieux de savoir s’ils prêchent par l’exemple, ou s’ils se contentent juste d’essayer de nous donner des leçons de morale. Une morale qu’ils ne sont même pas capables de suivre eux-mêmes.

Maintenant, si vous avez une solution, je veux bien l’écouter. Mais en attendant, les faits sont: Si je fais un don pour reconstruire la cathédrale, alors la cathédrale sera reconstruite. Mais si je donne pour les causes que vous proposez, dans le meilleur des cas ça ne changera rien, et dans le pire ça va juste empirer la situation.

Ceci dit, je ne possède pas la vérité absolue. Je me trompe? Alors dites-moi ce que je peux faire.  

La partenaire idéale : Une curieuse contradiction psychosociale

Ce billet va avoir l’air d’une fiche d’agence matrimoniale. Ce n’est pas le but. La raison d’être de ce billet est pour souligner, comme le dit le titre, une curieuse contradiction psychosociale.

Il y a une question que je me fais poser deux ou trois fois par année, et c’est : Quelle est la femme idéale pour toi? Il se trouve que j’ai des idées bien arrêtées sur le sujet. Laissez-moi vous la décrire :

Au niveau du genre. Une femme cisgenre.

Au niveau familial. Elle est célibataire.  Elle n’habite pas chez ses parents. Elle est sans enfants, et elle n’en désire pas. Ou alors, si elle en a, ils sont adultes et indépendants d’elle.

Au niveau financier. Elle est indépendante financièrement. Et si elle a des dettes normales (Prêt étudiant, maison, auto), son revenu lui permet de rencontrer ses obligations mensuelles sans se ruiner. Sa source de revenus est stable, et sa situation n’est pas précaire. À part ça, elle est économe sans être avare.

Au niveau de la personnalité et de sa psychologie. C’est une personne positive, forte, indépendante. Elle est équilibrée et réaliste. Elle sait faire confiance sans pour autant être naïve, et n’est jamais méfiante sans raison logique et valide. Prudente et réfléchie, elle pense à long terme et sait prendre de bonnes décisions de vie. Elle n’a aucune dépendance. Elle n’a aucun trouble de personnalité nécessitant médication. Elle ne laisse pas son passé faire obstacle à son présent. Elle cherche la solution aux problèmes plutôt que de s’en plaindre. Puisqu’elle n’est ni geignarde ni aigrie ni haineuse, ses paroles et sujets de conversations sont majoritairement positifs. Elle voit les gens en tant qu’égaux. Elle est responsable d’elle-même, mais surtout pas des autres. Elle ne met pas sa valeur personnelle ni son estime de soi dans sa sexualité ou son potentiel de séduction. Elle dit ce qu’elle pense, elle pense ce qu’elle dit.  Ça ne l’empêche pas d’être respectueuse, ce qui fait qu’elle n’utilise jamais « être honnête » comme excuse pour mépriser, insulter ou rabaisser autrui.

Au niveau social. Elle est sociable, mais sait mettre une limite pour ne pas se laisser envahir. Les sorties sont pour elle une occasion spéciale et non une habitude du quotidien. Elle est aussi à l’aise dans une robe de soirée en gala, qu’en salopette en camping sauvage.

Au niveau consommation. Elle se nourrit bien, ce qui ne l‘empêche nullement de se livrer à quelques écarts occasionnels. Si elle consomme de l’alcool, c’est avec modération. Elle est non fumeuse et non droguée. Lorsqu’elle est sous médication, ce n’est que temporaire.

Au niveau du quotidien. Elle participe, à part égale ou complémentaire, à la vie à deux. Elle sait tout faire dans une maison : La cuisine, le ménage, le lavage, et se débrouille assez en bricolage et en travaux mineurs. Elle travaille aussi bien seule qu’en collaboration.

Au niveau physique. Elle se tient en forme et prend soin de sa santé. Elle n’a pas d’allergies ni handicaps.

Au niveau sexuel. Elle a une sexualité épanouie dans laquelle elle est parfaitement à l’aise.

Au niveau compatibilité. Afin d’établir une relation significative, il faudrait que cette personne ait des goûts et des passions qui se rapprochent des miens. Par exemple, qu’elle soit artiste, amateure ou professionnelle, peu importe la discipline : Dessin, peinture, musique, arts de la scène… Il y a deux raisons pour ça. La première, c’est qu’avant ma trentaine, à l’époque où je sortais avec n’importe qui, ma passion pour les arts et la bande dessinée m’ont souvent apportés le mépris de mes partenaires qui ne partageait pas mes goûts. Et la seconde, comme je le dis souvent : On ne peut pas passer notre vie à baiser. Il faut avoir des choses à parler, à faire et à apprécier ensemble en dehors du lit.

Au niveau affectif. Évidemment, même elle a tout ça, ça ne garantit en rien qu’il y aura une attirance affective et physique entre nous deux. Si oui, tant mieux, j’aurai une conjointe. Sinon, tant mieux, j’aurai une amie.

PRÉCISION OBLIGATOIRE : Je ne décris ici que la femme qui est idéale pour MOI. Ceci n’est en aucun cas un jugement négatif envers celles qui n’y correspondent pas, et encore moins envers ceux qui les aiment. À chacun ses goûts, il se trouve que ceux-là sont les miens, voilà tout.

Autre chose qu’il est important de préciser : À part pour le fait qu’il s’agit d’une femme, ce texte me décrit parfaitement. Normal! Ce que je recherche, c’est mon égale. Il ne faut pas y voir du narcissisme. C’est juste que, en tant que personne autonome, je ne recherche pas quelqu’un à qui m’accrocher pour vivre. Et inversement, je n’ai surtout pas besoin qu’un poids mort s’accroche à ma vie et mes finances pour dépendre de moi.

Et c’est pareil sur le plan psychologique et affectif. Je suis une personne complète, je n’ai donc pas besoin de chercher mon complément, ou bien « ma moitié », comme le dit cette déplorable expression populaire. Pas plus que je ne cherche une personne qui ressent le besoin vital d’être en couple. Je désire une personne qui VEUT être avec moi, et non quelqu’un qui A BESOIN d’être avec moi. C’est cette nuance qui fait toute la différence entre un couple stable et harmonieux, et une relation qui finit par être toxique.

Et voici où arrive la contradiction psychosociale du titre de ce billet.
Lorsque je me décris moi-même, c’est-à-dire avec les éléments cités ci-haut, je me fais presque toujours servir des répliques du genre de : « Et alors? Tu te crois spécial? Tu fais juste décrire n’importe quel gars moyen normal. »

Par contre, lorsque l’on me demande quelle serait ma femme idéale et que je réponds cette même description, alors là, on me réplique presque toujours qu’il faudrait que je redescende sur terre, que je cesse d’être aussi exigeant et que j’apprenne à faire des compromis, sinon je vais passer le reste de ma vie célibataire. Parce que, ce que je décris là, une femme positive, forte, intelligente, en forme, indépendante financièrement et affectivement, eh bien c’est la femme parfaite. Et la femme parfaite, ça n’existe pas.

En conclusion.
Lorsque cette description s’applique à un homme, elle décrit « n’importe quel homme moyen normal.»
Mais lorsque cette description s’applique à une femme, elle décrit « la femme parfaite qui n’existe pas.»

Faut-il que cette société soit misogyne pour en arriver à un tel jugement deux poids, deux mesures!?

30 raisons d’avoir peur de la femme qui drague

Ça fait au moins trente ans que, autour de moi, je constate ces trois situations :

  •  Une femme qui ne drague pas sera sujette a beaucoup de drague non-sollicitée de la part des hommes.
  • Une femme qui joue à la séductrice se fera draguer peu, mais aura beaucoup d’hommes à ses pieds qui resteront à distance respectueuse.
  • Une femme qui drague directement et sans détours, ça fait reculer l’homme, le rendant hésitant, ne serait-ce que quelques instants.  Et dans certains cas, son attitude lui fera même peur.

Étrange, non?  Je veux dire, un homme qui drague peut être bien des choses, allant de lourd à ridicule à charmant.  Mais la femme?  À tous les coups, elle est intimidante.

Et je me suis rendu compte que la peur de la femme qui drague, ça nous vient probablement de la manière dont elle est représentée dans la culture.  Que ce soit à la télé, au cinéma, la littérature, les BD, et même dans quelques chansons, la drague féminine n’est jamais représentée sous un angle positif.  Par exemple, il y a : 

1) La pute.  Une belle femme drague un homme.  Il est charmé.  Il finissent au lit.  Pour lui, c’est l’amour, le coup de foudre.  Une fois l’acte consommé, elle lui annonce ses tarifs.  Et là, les ennuis commencent pour lui.

2) L’infidèle.  Elle drague l’homme, l’homme est séduit.  Il l’aime d’un amour pur.  Mais voilà, en allant la rejoindre par surprise pour lui faire sa déclaration, il la voit avec son mari et leurs enfants, et constate qu’elle était en couple tout ce temps-là.

3) La libertine.  Elle le drague, il est séduit.  Puis elle le jette, et passe à un autre, puisque c’est une dragueuse en série.

4) La moitié d’un couple ouvert.  Chose qu’elle lui a caché au début, évidemment.

5) La grosse laide affamée de mâle.  Toujours habillée de manière ridicule, qui court (littéralement) après le pauvre homme qui n’est pas désespéré à ce point-là.

6) La moqueuse.  Le gars la dégoûte, mais elle sait qu’elle lui fait effet.  Alors elle le drague dans le but de se moquer de lui.

7) La bitch.  Elle drague un gars pour faire chier son mec. 

8) La dangereuse.  Elle drague un gars pour faire chier son mec, qui se trouve à être un homme extrêmement violent.

9) La voleuse faussement perverse.  Elle menotte l’homme au lit.  Il s’attend à une séance de baise mémorable.  Mais elle se rhabille, le dépouille et part, l’abandonnant là, toujours attaché. 

10) L’obsédée harceleuse.  Celle qui drague non-stop un homme qui s’en fout bien.  Révèle parfois qu’elle le prend en photo / le filme / l’espionne / l’enregistre / s’introduit chez lui, toujours à son insu.  Souvent jouée en comédie. 

11) La détective.  Elle drague activement l’homme.  Au début il résiste, mais il finit par céder.  Au moment de passer à l’acte, elle arrête tout, sort son badge et montre qu’elle a tout filmé depuis le début.  C’est une détective, engagée par l’épouse de monsieur pour le prendre en flagrant délit d’adultère.

12) La revancharde.  Elle l’a dragué.  Il a osé lui dire non.  Elle lui fera payer cette humiliation.

13) La revancharde abandonnée.  Elle l’a dragué.  Il est marié.  Il a cédé.  Il ne veut plus recommencer.  Elle le prend mal.  Elle leur fera payer cette trahison, à lui et sa famille.

14) La journaliste.  Ils se rencontrent via agence matrimoniale.  (Les scénaristes ne connaissent pas Tinder, apparemment.) Il est ébloui par une telle femme.  Il en tombe amoureux fou.  Elle est donc obligée de lui révéler qu’elle s’était inscrite dans cette agence, juste pour faire un reportage au sujet des hommes qui utilisent ce genre de service.

15) La poursuivante-fuyarde.  La classique fuis moi je te suis, suis moi je te fuis.

16) La dragueuse tardive.  Elle attend que l’homme trouve enfin la femme parfaite pour lui, pour enfin se déclarer, en général autour de la date de son mariage.  Ce qui fait que l’homme s’en va se marier sans plus trop savoir laquelle de ces deux femme il veut vraiment.

17) L’humiliante fausse fantasmeuse.  Elle drague un gars en webcam / Skype / Facetime en lui faisant accroire que rien ne l’allume plus que de regarder un gars qui se branle habillé en tutu avec un balai dans le cul.  Lorsqu’il s’exécute, elle lui montre alors qu’elle n’est pas seule.  Derrière elle, leur 57 camarades de classe et/ou collègues de travail n’ont rien perdu de la scène.

18) La femme fatale (version classique).  Qui drague un homme, en fait sa marionnette, se fait tout lui payer, avant de le jeter.

19) La femme fatale (version moderne). Qui drague un homme, le marie, tombe enceinte de lui, pour ensuite le quitter, prendre la majorité de ses biens, et lui coller au cul une abusive pension alimentaire.

20) La cougar.  Belle femme mature qui drague le jeune homme, par jeu.  Il est séduit, mais elle le largue, elle n’a jamais été sérieuse.

21) La vieille peau. Pareil que l’exemple précédent, sauf qu’elle est sérieuse, très vieille et ridée, et le jeune homme est épouvanté.

22) La déshabilleuse faussement exhibitionniste.  Elle drague un homme dans un parc, une plage, ou tout autre endroit public, et l’incite à se mettre nu.  Puis, elle lui vole ses vêtements et fuit, le laissant là, à tenter de rentrer chez lui tout en évitant les gens et la police.

23) L’ivre déprimée.  Elle drague l’homme.  S’il résiste, elle lui fait une crise de déprime.  S’il cède, elle l’accuse le lendemain d’en avoir abusé.

24) La trans pré-opération.  Jamais l’homme ne s’est fait draguer par une si belle jeune femme.  Il en tombe amoureux fou.  Au moment de passer à l’acte, surprise : Elle est encore plus virile que lui.

25) Celle qui tombe enceinte.  Ou bien elle ne veut rien savoir de l’homme qui veut pourtant prendre ses responsabilités envers elle car il l’aime.  Ou bien au contraire elle piège l’homme dans une relation, alors qu’il n’en voulait que comme histoire d’un soir.

26) La mineure secrète.  Ils se rencontrent, elle le drague, elle lui ment sur son âge.  Ils finissent ensemble.  Éventuellement, les autorités et/ou de la famille de la fille apprennent à l’homme qu’elle est mineure, et là ses ennuis commencent.

27) La résignée.  Lorsque cet homme l’a draguée, elle lui a ri au nez.  Elle en préfère un (ou plusieurs) autres.  Lorsque celui (ou ceux) qu’elle préfère(nt) la rejette, elle se résigne à aller draguer le premier homme, juste parce qu’il est mieux que rien.

28) La résignée temporaire.  Comme la précédente, à ceci près que maintenant qu’elle est en couple avec lui, elle revient à sa mentalité précédente lorsqu’elle a une opportunité avec le genre de gars qui lui plaît vraiment.

29) La petite jeune salope briseuse de ménage.  C’est une superbe nymphette nympho de 18 ans et trois minutes.  Contre toute logique, elle drague cet homme, père, marié et de 20 ans son ainé, et elle ne fait pas dans la subtilité.  En général, elle le drague en se mettant nue avant d’aller le rejoindre par surprise au lit / dans la douche / au supermarché.  Il cède.  Ça s’apprend, et il perd tout : Femme, enfants, maison, amis, carrière…

Ça m’étonnerait qu’il y ait beaucoup de femmes parmi les scénaristes qui écrivent ce genre de personnages.  Ceci dit, il n’y a pas que dans la fiction que la femme qui drague est présentés sur un angle négatif.  Par exemple, deux ou trois fois par année, dans les médias, on nous parle de:

30) L’éphébophile.  C’est à dire l’institutrice qui a eu une liaison avec l’un de ses élèves mineurs.

Ça nous fait constater que depuis la naissance, nous avons été bombardés d’exemples montrant que lorsque la femme drague, ce n’est jamais dans un cadre moral, ni pour des raisons positives.  Et quand un homme se laisse draguer par une femme, il finit toujours par le regretter amèrement. 

À force d’être conditionné à voir la femme sous cet angle tout le long de sa vie, il n’est pas étonnant que l’homme puisse avoir le réflexe de se méfier du désir féminin.  Et même, dans certains cas, de développer une peur envers la femme qui drague.

Par conséquent, lorsqu’il a envie d’amour et de sexe, il s’impose à la femme qui ne drague pas. Donc une qui n’est probablement pas intéressée.  Et puisque la même culture populaire qui nous apprend à fuir la femme qui drague nous apprend également à insister auprès de la femme non-intéressée jusqu’à ce qu’elle cède, c’est là que l’on réalise que l’on nous apprend en fait à à fuir le consentement sous toutes ses formes.

Bref, que la culture populaire est en fait une culture de viol.

Il faut savoir tirer une ligne!

Il y a sept ans, jeudi le 19 avril 2012, je consommais de la cocaïne pour la première et la dernière fois de ma vie.  J’avais eu l’idée de chroniquer cette expérience unique pendant que je la vivais.  J’ai cru que j’avais perdu le texte à tout jamais lorsque mon disque dur a crashé à l’Halloween de 2015.  Eh bien, il se trouve que je m’en étais envoyé une copie par courriel.  Je viens de la redécouvrir en explorant le dossier Éléments envoyés de mon compte Hotmail.  Alors voilà la chose.

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Samedi 14 avril
En nettoyant un bus, je trouve sous un banc de minuscules sachets genre ziploc contenant une poudre blanche, partiellement solide. Seul l’emballage me donne l’impression qu’il pourrait s’agir de cocaïne, puisque je n’en ai jamais vu de ma vie.

Dimanche 15 avril.
J’en parle à une amie en lui décrivant la chose.  Elle me donne un truc pour savoir si c’en est ou non : En mettre une minuscule quantité au bout de mon doigt et me frotter la gencive.  Si ça gèle comme du Oragel, c’en est.

Lundi 16 avril
J’essaye.  Ça gèle. C’en est de la vraie.  HOSTIE QUE ÇA GOÛTE MAUVAIS! 

Je reste indécis… Dois-je la jeter ou la garder?  Je décide de la garder finalement.  C’est que, depuis que je suis ado, je me dit que si un jour j’entre en possession de cocaïne, je la garderais en cas d’extrême urgence.  Genre, une situation de vie ou de mort qui réclamerait de l’énergie physique et mentale afin de m’en tirer.  Mais attention : En tout dernier recours seulement.  Aussi, puisque le destin m’en donne l’occasion gratuitement, je décide de garder les deux sachets. Je les cache dans mon classeur, sous le dossier très approprié de « BS ».

Jeudi 19 avril 2012
En repensant à ma liste de TO DO de la journée, et au fait que je n’ai dormi que 4 heures, et que je n’arrive pas à me rendormir, et que mon rhume me rend faible, j’ai décidé d’essayer.  Pour la première fois de ma vie, à l’âge de 43 ans, je vais faire mon baptême de cocaïne.  Je n’aime pas trop l’idée de me mettre ça dans le nez, surtout dans mon état d’enrhumé. J’opte plutôt pour la mélanger dans un milkshake-déjeuner Carnation™ à la vanille.  Tant qu’à consommer de la poudre blanche, ne faisons pas les choses à moitié.

10 :15 am
Je prends l’un des 2 sachets.  Après l’avoir bien réduit en poudre à coup de marteau, je le mélange au milkshake.  Première impression : La cocaïne a un goût très amer qui rend mon milkshake désagréable à avaler.  Aussi, je le bois le plus vite possible.

10 : 20 :
Je me brosse les dents afin d’en enlever le goût.  Je constate que ma gorge commence à geler, comme si j’avais avalé du oragel. Mais l’effet demeure minime.  Puis, je m’installe devant mon ordi à regarder un épisode de Justice League Unlimited en attendant l’effet, si effet il y aura.

10 :41 am
Je sens que mon cerveau fonctionne plus vite. Ne sachant pas combien de temps va durer l’effet, aussi bien me mettre à mes tâches de la journée le plus vite possible. Je commence à écrire ce texte.

10 :55 am
Mon cerveau va encore plus vite.  Ne sachant pas les conséquences psychologiques que cette drogue aura sur moi, je dois me rappeler de garder le contrôle sur mes pensées, ainsi que sur mon enthousiasme, et de rester bien prudent lorsque j’irai à vélo tantôt faire mes courses.

11 :05
Pris une douche et rasé en un temps record. J’ai l’impression que mon cerveau va trop vite pour mon corps. Je bouge vite, mais je me sens ralenti, comme si mon corps n’arrivait pas à suivre.

Je me sens tellement plus efficace.  Je comprends maintenant pourquoi il est facile d’être accro psychologiquement à cette drogue.  C’est pourquoi je reste sur mes gardes, et je me rassure comme quoi c’est normal.  Cette sensation, c’est un effet de la drogue.  Je ne dois pas oublier que quelqu’un peut se perdre moralement, physiquement et financièrement dans la coke, et que cette expérience est un one-time deal, SAUF SITUATION DE VIE OU DE MORT.

Je ne dois pas me croire au-dessus de tout ça, je ne dois pas me croire invulnérable à à dépendance.  Parce que c’est quand on pense comme ça que l’on succombe et que l’on devient camé jusqu’aux yeux et qu’on perd tout.

11 :10
J’ai le cœur qui bat à vitesse folle.  Bonne chose que l’exercice des dernières années a mis mon cœur dans un excellent état.

J‘ai envie de commettre quelques risque, comme mettre mes verres de contact, mais je sais que accepter un petit risque peut m’amener à vouloir en prendre un plus gros plus tard.  Je reste en contrôle et j’oublie ça.

Holy shit, j’ai jamais tapé du clavier aussi vite.  Si je suis encore sur effet quand j’aurai fini mes tâches de la journée, je vais finir l’épisode 4 de The Eight.

Oooooh, mauvaise pensée, ça. Je me révise tout de suite : JE NE DOIS JAMAIS RÉ-UTILISER DE LA COKE POUR M’AIDER DANS MES TÂCHES OU MES PROJETS, C’EST COMME ÇA QUE L’ON DEVIENT DÉPENDANT.

JE DOIS TOUJOURS ME RAPPELER QUE CE QUE JE VIENS DE FAIRE EST ÉPOUVANTABLE, ET NE DOIS JAMAIS ME RAISONNER EN ME DISANT QUE « FINALEMENT Y’A RIEN LÀ ! »  Au contraire.  A 100$ le gramme, il y a BEAUCOUP là, on peut facilement arriver à la ruine.

11 :15
J’ai l’impression que mes sensations physiques ont doublé… incluant la douleur de mon traitement de la verrue plantaire.  Bonne chose que la majorité de mes courses seront à vélo.

JE ME JURE QUE, À MOINS DE ME TROUVER DANS UNE SITUATION DE VIE OU DE MORT, CETTE EXPÉRIENCE DOIT RESTER UN ONE-TIME DEAL !  EVER ! ! !

11 :21
La SAAQ est loin à vélo.  J’ai mon changement d’adresse à faire. J’aurais pu le faire, je trouve le défi excitant.  Mais l’aller-retour me prendrait au moins 2 heures, et je trouve que ce serait idiot de perdre toute cette énergie sur une seule tâche.  Je décide donc de  faire celle-là par téléphone.

11 ;38
D’abord, je pensais que j’aurais à réduire mon débit de voix.  Mais je parlais normalement.  Même que je me trouvais étrangement mieux articulé que d’habitude… Ce qui n’est pas logique, je suis TOUJOURS articulé.  Mais je crois saisir la différence : D’habitude, je cherche mes mots.  Là, je parle smooth, sans bris, sans pause.

Je comprends VRAIMENT comment on peut accrocher à la coke.  Plus je vois des améliorations dans ce que je fais, et plus je vois les pièges dans lesquels on peut tomber pour virer accro. Une chose est sûre en tout cas, je comprends pourquoi tant de gens se ruinent pour cette poudre.

Ce qui me rappelle que j’ai entendu dire que c’était un excellent coupe faim.  Je dois donc ne pas oublier de manger même si je n’ai pas faim, pour ne pas surtaxer mon organisme.  Je crains aussi le crash qui arrivera Dieu sait quand.

J’ai terriblement soif. Je cale un gros verre de thé en un temps record.  C’est une erreur.  Je dois me rappeler de manger et boire à vitesse normale.

11 :44
Je suis impatient, j’ai furieusement envie de bouger.  L’ironie d’utiliser la coke pour étendre mon linge à toute vitesse ne m’échappe pas, puisque j’ai toujours dit que j’aimais faire la lessive parce que ça me détend. Well, chus loin d’être détendu en ce moment.

Histoire de tirer profit de mon expérience, je me regarde aller faire mes tâches, et je vais essayer de prendre ça comme exemple à suivre (sans la coke) pour être plus efficace dans l’avenir.

11 ;51
Hostie que j’ai envie de me dépenser.  Vélo, exercices, courir… Mais justement, je ne dois pas oublier la leçon que j’ai eu de la course, en développant une fasciite plantaire qui m’empêche de courir : Quand la volonté et l’énergie dépasse les capacités physiques, ça peut avoir des conséquences fâcheuses, certaines temporaires, certaines pour le reste de notre vie.

Je constate que cette soif que j’ai est similaire à celle que j’ai eu quand j’ai testé la coke sur ma gencive.  Donc, observation : La coke donne soif.

Ah, tiens, autre chose à ne pas oublier : Comme c’est la première fois que je prends de la coke, mon corps n’est pas habitué, donc je n’en ressens que les bienfaits.  C’est à la longue, à force d’en consommer, que le corps s’habitue, et finit par ne plus fonctionner normalement sans ça.  Comme la caféine dans le café, ou les boisson énergie, dont il a fallu me sevrer il y a quelques années, qui m’ont donné des symptômes de manque.

Alors je ne dois jamais oublier ceci : CE NE SERA JAMAIS AUSSI BON ET AUSSI GÉNIAL QUE LORS CETTE PREMIÈRE FOIS.

12 ;05
Je constate, avec la madame de Hydro Québec au bout du fil (Encore mon changement d’adresse), que mon impatience aussi est décuplée. Heureusement je réussis à voir la chose avec logique : C’est sûrement la coke qui booste les facettes de mon tempérament, donc je n’ai pas de raisons d’être impatient, donc ce n’est qu’une illusion. Juste le fait de me dire ça, je me calme d’un coup sec. Étrangement, contrairement à ce que j’aurais imaginé, ma logique aussi est décuplée.

12 :15
Ca y est, on va voir ce que ça donne côté énergie physique : Je pars à vélo faire mes courses.

Quand je pense à tous ceux qui utilisent la coke comme recreationnal drug, quelle perte.  Moi au contraire, je veux utiliser tout le temps qu’il reste à mon high pour en faire le plus possible.  Pas oublier : Ceci est un once in a lifetime opportunity.

Eh oui, le fait que je me le répète sans cesse montre la peur que j’ai de virer accro.  Et c’est normal, cette drogue est terriblement efficace. Mais je sais que tant que j’aurai cette crainte, je saurai m’en tenir loin.

L’effet est différent des ritalins, dont je consommais les suppléments de Jonathan.  Ça me donne plus d’énergie, mais pour la concentration, je reste non-convaincu.  Parfois je suis full focussé, et d’autres fois je suis incontrôlablement distrait… Finalement, dans mon état mental normal, juste extrême.

12 :39
Mon vélo est attaché sur De l’Église à Verdun. Je viens de faire mes achats au Rona, je me dirige vers le marché Métro pour d’autres déjeuners Carnation, rapport que j’ai pris le dernier ce matin.  Je suis déçu.  Je m’attendais à une performance vélocipédiste athlétique. En fait, je ne vois pas de différence avec la normale.  Là encore, la normale, ce serait d’avoir dormi 8 heures au lieu de 4, et et ne pas être démoli par un rhume.

12 : 54
Réalisant que mon déjeuner coké était il y a 2 heures et demi, je me dis qu’il faudrait bien que je mange encore.  Voulant éviter un gros repas qui utilise l’énergie pour la digestion, j’opte pour un petit bol de salade de fruits frais, pris au marché Métro, et mangé sur le trottoir.  À ma grande surprise, je constate que non seulement je ne ressens pas la faim, mon corps ne veut pas manger.  Je me force tout de même.  Une fois tout mangé, je ne ressens rien de spécial, sinon le soulagement d’avoir arrêté de manger.  C’est assez curieux comme effet secondaire.  Mais ça me permet de comprendre pourquoi les gens cokés maigrissent.

13 :11
Au  retour, sur le pont de la rue Jolicoeur reliant Verdun à Ville-Émard, je me fais arrêter par un vieux monsieur qui me dit : « Hey, how much further away is it from the Dairy Queen ? I’m a tourist, see, I’m from California. Maybe you know my friend, he’s an actor from Grey’s Anatomy, it’s playing tonight. He’s my special friend, if you know what I mean. I won’t say more.  Hehe ! » HEILLE, ON S’EN COLISSE-TU QUE TU SUCES DES PINES D’HOLLYWOOD, VIEILLE POUFFE ! LAISSE-MOI DONC RVENIR CHEZ MOI, QUE JE PROFITE DE CE QUI ME RESTE DE MON HIGH POUR M’Y RENDRE UTILE.

13 :22
Retour à la maison.  Je me sens encore high, mais à ce point-ci, je ne saurais dire si c’est la coke ou l’hyperventilation due au vélo.

13 :30
L’effet me semble avoir diminué. En ce moment, comment je me sens est comparable au meilleur de ma forme lorsque en état normal.  Mais le hyper-boost que j’ai ressenti lors de la première heure et demie n’y est plus.

14 :00
Je sens que l’effet diminue.  Je suis maintenant dans ma moyenne normale. Sauf que je vais probablement continuer ma descente, puisque enrhumé et avec peu de sommeil. J’ai la tentation d’aller acheter du Red Bull pour en prolonger l’effet.  Je me ravise aussitôt.  Ça montre à quel point je peux accrocher au fait d’être efficace, sans que ça me demande un effort de volonté. Raison de plus pour me laisser revenir à la normale.

14 :40
Bon ben me voilà redevenu l’enrhumé épuisé de ce matin. Au bout du compte, ce furent quatre heures très intéressantes.

EN CONCLUSION
D’un point de vue strictement scientifique, je ne regrette pas l’expérience. J’ai appris les effets de la cocaïne sur un organisme non-habitué aux drogues. Et j’en suis aussi arrivé à une conclusion qui, je le crois, cimente à tout jamais ma décision de ne jamais recommencer : Pour les gens comme moi, les paresseux de nature qui doivent déployer de grands efforts de volonté pour faire quelque chose, l’attrait que peut avoir la cocaïne est une très dangereuse réalité.  Parce que, d’un simple petit gramme de cette drogue, on obtient toute la volonté et la drive requise pour réaliser nos projets, et ce sans effort.

Or, je possède un trait de caractère en particulier qui a toujours été naturellement plus fort que ma volonté : Mon orgueil.  Jamais je n’ai accepté d’être le jouet de quelqu’un, et ce n’est pas pour devenir le jouet de quelque chose.  Je n’ai pas besoin de vivre moi-même le fait d’être accro pour savoir que ça se passerait ainsi. Depuis que je suis enfant, la TV, la radio, les magazines et les journaux m’ont bombardé de milliers de témoignages d’ex-drogués disant que la coke c’est ben l’fun au début mais plus le corps s’y habitue et moins ça fait effet, et on finit par en prendre juste pour ne pas vivre le manque.  Et à 100$ et plus le gramme, c’est facile de se ruiner là-dedans.

Une recherche Google au sujet de la cocaïne m’apprend un truc qui me laisse la mâchoire pendante. L’effet de la coke est supposé durer de 30 à 45 minutes. ÇA M’A FAIT EFFET PENDANT TROIS HEURES ET DEMIE!!! 

Est-ce parce que je l’ai pris par voie orale? Est-ce parce que je l’ai mélangé à un milkshake ne contenant que des éléments full nutritifs? Est-ce parce que j’étais malade, donc que je pouvais vraiment sentir la différence entre coké et non-coké? Ou est-ce tout simplement parce que c’était la première fois de ma vie que j’en prenais, donc que mon organisme n’y était pas du tout habitué? Une chose est sure, ça ne sera plus jamais aussi génial que cette fois-là. Je comprends donc que, pour que cette expérience reste agréable et positive, il faut que ça reste un truc d’une seule fois dans une vie.  C’est donc sans remords que je me débarrasse du second gramme dans les toilettes.

Et puis, après avoir vu sur le net qu’au Québec, la simple possession de cocaïne peut valoir 1000$ d’amende et 7 ans de prison, ça a quelque peu influencé ma décision de ne pas la garder.


Et voilà!  Sept ans plus tard, je n’y ai toujours pas retouché.  Je continue de voir cette expérience unique comme étant positive.  Et surtout, je suis toujours aussi convaincu que, pour que ça reste comme ça, je ne dois plus jamais recommencer.

Comme quoi, dans le fond, ce qui fait la différence entre expérimenter le paradis et vivre un enfer, c’est d’avoir le bon sens de savoir tracer une limite et de la respecter.