Mon année 2019, 1 de 3

Bien que l’année reparte à zero à chaque premier janvier, il n’en est pas de même pour notre vie, car plusieurs histoires et anecdotes qui se déroulent en janvier ont commencé à l’année précédente.  2019 ne fait pas exception. 

AUTOMNE 2018
Au boulot, on me demande d’entraîner une nouvelle.   Vicky fait preuve d’un grand humour décapant qui ressemble au mien.  Le premier jour, elle me demande mon adresse, et l’inscrit dans l’engin de recherche Google sous « Steve Requin’s House of Shame. »   On devient rapidement amis et complices.  Elle m’a même faite une liste de 14 activités qu’elle voulait que l’on fasse ensemble.

Elle tombe cependant dans l’œil de Sébastien, un collègue à un niveau au-dessus du nôtre.  Il lui tourne autour, au point où elle le surnomme le loser creep.  Un jour, alors que j’étais en pause, il vient lui demander si tout va bien dans son entraînement.  Elle lui dit que oui, et qu’on l’a jumelée à moi.  La réaction de Sébastien?  Crier devant toute mon équipe :

« Pas Johnson?  C’t’un estie d’cave!  Y connait rien! »

Atteinte à la réputation en milieu de travail, devant toute mon équipe.  Wow! 

C’est fou, quand même.  Un gars peut faire tout ce qu’il a à faire pour effectuer son boulot correctement, se tenir loin des gens à problèmes, éviter les conflits, ne jamais être mêlé à la moindre intrigue.  Mais il s’agit que notre patron me demande d’entraîner une nouvelle, et voilà, un gars haut-placé s’intéresse à elle et se montre déjà jaloux possessif en tentant de me discréditer.  Et pas juste à ses yeux à elle, mais aussi à ceux de mon équipe.  Et après ça, les gens diront que quand quelqu’un se retrouve avec des problèmes au boulot, c’est parce qu’il l’a cherché.  C’est n’importe quoi!

En tout cas, ceci ne fait rien pour améliorer l’opinion de Vicky envers Sébastien.  Les semaines qui suivent, elle ne cesse de me parler contre lui, comme quoi c’est un loser frustré de ses trois ans de célibat.  Elle me rapporte même que tous les autres collègues qui parlent de lui n’ont que du négatif à dire à son sujet.  Le mot qui revient le plus souvent pour le décrire est asshole.  Elle rajoute qu’il perd son temps avec elle car même s’il avait une personnalité moins chiante et moins creepy, jamais elle ne sera désespérée au point de se taper un gros chauve barbu comme lui.

En voyant que nous aimons tous les deux écrire de la poésie tordue, elle créé un groupe de ce nom sur Facebook et me nomme administrateur.  Elle y poste des trucs et invite de ses amis et de nos collègues à joindre.  Je compte bien participer mais pour le moment je manque d’inspiration.

À part ça, durant les trois derniers mois de l’année, je constate, un peu déçu, que Vicky ressemble de moins en moins à l’image qu’elle m’a donnée d’elle-même en septembre.  De joyeuse, pleine d’entrain et insouciante, elle se montre en fait nerveuse, déprimée, angoissée à en prendre des prescriptions de pilules. De plus, elle ne cesse de prendre de mauvaises décisions de vie.  Par exemple, en un mois, elle avait dépensé la moitié de son revenu mensuel en restos, commandes pour emporter et livraisons.   Puis, elle m’a un jour parlé de son désir de se procurer une auto en répondant à une annonce alléchante qui était en fait un piège à cons.  C’est pour l’en dissuader que j’ai écrit le billet L’art de se faire rouler, dans lequel je dénonce les magouilles de ce genre de contrat.   Quant à sa liste de 14 activités, à chaque fois que je venais pour en avoir une avec elle, elle annulait toujours.  En fait, nous n’en avons faites que trois, toutes courtes, ennuyantes et interrompues.

Sinon, de mon côté personnel, depuis que ma rupture de vertèbre de février 2018 m’empêchait la moindre activité physique, mon poids a monté à 222.6 lbs / 100.96 kg.  Aussi, en octobre, novembre et décembre, j’ai essayé plusieurs fois de me remettre à la course à pied.  Mais il y avait toujours quelque chose pour m’empêcher d’y être assidu, et ça ne fonctionnait juste pas. 

Vicky, qui s’est abonnée au gym en début de novembre, crée un groupe de remise en forme sur Facebook dans lequel elle nous invite, quelques collègues et moi, dans le but de s’encourager et de parfois aller s’entrainer ensemble.   Je participe en parlant de mes réussites de pertes de poids passées et de mes tentatives présentes de revenir à la course.  Puis, un jour, sans prévenir, le groupe disparait.  Vicky l’a effacé.  La raison?  Hélène, sexy collègue de travail et membre de notre groupe, prenait l’initiative de contacter d’autre membres, pour organiser des rencontres au gym.  Voyant Hélène comme une rivale qui lui piquait ses partenaires de gym, Vicky a réagi en détruisant le groupe.

Le 30 décembre, réalisant après la disparition du groupe que je ne pourrais jamais compter que sur moi-même, je décide de joindre le cliché : Je m’inscris au gym pour la nouvelle année.  Mon objectif : Redevenir jeune et beau pour l’été 2019.  Juste à regarder ma photo de membre prise ce jour-là, on voit qu’il y aura du boulot.

JANVIER 2019
Je commence ma toute première semaine de l’année au lit, grippé, ne consommant rien d’autre que du Neo Citran
 et de la soupe, incapable d’aller travailler, et encore moins d’aller au gym.  Ce régime radical m’allège cependant de 4 lbs, me faisant passer de 222 à 218.  Voilà qui m’encourage à travailler fort au gym, non seulement pour éviter de reprendre le poids perdu, mais aussi pour continuer dans ma lancée.  J’en profite pour commencer quelque chose que j’aurais dû faire dès mon accident de vertèbre : Je change mon alimentation.  Et pour être sûr de ne jamais abandonner, je me créé un journal de remise en forme sous forme de blog, Diesel Ego.

Vicky, qui s’était abonnée au gym deux mois avant moi, n’y va presque pas.  Elle me suggère par trois fois que nous y allions ensemble.  Mais comme d’habitude, elle annule toujours au dernier moment.  Nouvelle mauvaise décision de vie : Alors que nous avons la chance d’avoir un travail facile, bien payé, avec une tonne de bonus et d’avantages sociaux, voilà qu’elle visite le site Emploi Quebec, sur ses heures de travail, sur son poste de travail, à la recherche d’un autre emploi, ne cessant de se plaindre de combien elle déteste travailler ici.

Succès : Je finis le mois avec 210 lbs, soit douze en moins que le mois précédent.  Pour rajeunir mon look, je prends la suggestion de Vicky en revenant à la courte barbe et en recommençant à me teindre.

FÉVRIER 2019
En me regardant dans le miroir, bien que je sois fier de ma nouvelle perte de poids, je reste cependant déçu.  J’ai commencé à m’entraîner chez moi il y a seize ans, et je fréquente les gyms depuis les quatorze dernières années.  De façon irrégulière, certes, n’empêche que depuis le temps que je travaille mes muscles, il me semble que je devrais être beaucoup plus athlétique que ça. 

À tout hasard, je vais sur Google et je cherche Best exercises for muscle gain .  En retranchant ce que disent les différents sites listés, je découvre sept exercices qui reviennent toujours.  Et parmi eux, il y en a six que je n’avais jamais fait de ma vie.  Il s’agit d’exercices composés, qui travaillent plusieurs groupes de muscles à la fois.  Toutes ces années, je ne faisais que des exercices d’isolation, un muscle à la fois.  Voilà pourquoi mes gains furent aussi lents que ridicules. 

Frustré d’avoir perdu mon temps pendant une décennie et demie, je ne consacre février qu’à la musculation, laissant tomber le cardio.  Par conséquent, tout le mois, j’ai le poids qui va en dents de scie. Et je termine février avec seulement 1.8 lbs en moins.  Par contre, mon corps subit une radicale transformation.  Sans exagérer, je crois avoir fait autant de progrès en un mois avec ces nouveaux exercices qu’en un an avec mes anciens.

Nouveau mauvais choix de vie de la part de Vicky : Elle sort maintenant avec Sébastien.  Eh oui! Celui qu’elle traitait de loser et de creep.  Celui que tous nos collègues qualifient de asshole.  Celui qui a porté atteinte à ma réputation devant mon équipe.  Jusque-là, Vicky était présente dans tous les aspects de vie sociale. Mais puisqu’elle sort avec Sébastien et que ce dernier ne m’aime pas, alors voilà, je suis désormais exclus de toute activité en groupe, que ce soit avec les collègues ou les amis.  Je n’ai plus de vie sociale, c’est fini.

Étant donné que c’est quelque chose que j’ai déjà vécu à trois reprise dans les années 90 et début 2000, lorsque j’étais à Montréal, j’en fais l’un des trois sujets de mon billet On ne veut pas connaitre la vérité, on veut juste avoir raison

MARS 2019 
Vicky, déjà lectrice de mon blog, lit mon billet.  Elle en parle à Sébastien.  Et bien que je précise dans ce billet qu’il s’agit d’anciennes collèges de Montréal d’il y a 15 à 25 ans dans le passé, il la pousse à porter plainte contre moi à notre chef de département, comme quoi je l’insulte dans mon billet.  Par conséquent, le chef m’expulse de mon équipe et me change de table de travail.  

Ça, de la part de Vicky, c’était une mauvaise décision de trop.

Comme je l’ai déjà mentionné, j’ai toujours eu deux comptes sur Facebook.  Mon principal, avec mon nom d’artiste, où je me laisse aller sans retenue.  Et un autre avec mon vrai nom, clean et irréprochable, pour la famille et les collègues de travail.  C’est là que j’y ai mes contacts avec des collègues de La Firme.  Cette fin de semaine-là, j’ai perdu cinq contacts.  Le lundi suivant, au travail, plus personne ne me parle.  Et lorsque je croise un collègue jusque-là amical, il regarde ailleurs, feint de m’ignorer.

Je suis peut-être naïf mais je ne suis pas idiot, quand même.  Ça ne signifie qu’une chose, et c’est que Vicky et Sébastien racontent je-ne-sais-trop quelle merde à mon sujet.  Et puisque c’est une femme qui se plaint contre un homme, ben voilà, personne ne la remet en question, tout le monde la croit, personne n’est intéressé à connaître mon côté de l’histoire.

Le lendemain, j’apprends qu’un second chef de département est allé raconter cette merde mensongère à mon sujet à notre grand patron. 

Alors là, fini de rester impassible en attendant que ça se tasse.  Quand un chef se plaint contre toi au grand patron, ta carrière est en jeu.  J’ai trop travaillé durant ces sept dernières années, passant de concierge travaillant dans la merde à support technique pour une grande firme, pour laisser Miss Mauvaise-Décisions & Mister Asshole  ruiner ma carrière et ma vie.

Entre mes appels, je passe l’après-midi à composer une plainte officielle au grand patron, non seulement pour atteinte à la réputation, mais aussi pour harcèlement.  Parce que, entre maintenant et le moment où il m’a traité de cave devant mon équipe, il s’est écoulé trois ou quatre mois.  Je pense bien qu’après trois ou quatre mois, on puisse parler de harcèlement.  Je signale dans ma plainte qu’il est illégal de me faire subir des conséquences au travail (mon déménagement de bureau) pour quelque chose qui a zéro rapport avec le travail ou les employés (mon billet de blog).  Je raconte ce qu’ont fait les deux chefs de départements, le mien et le second, et comment ça contribue à ternir ma réputation, puisque les gens se disent que si j’ai été changé de place, ce n’est sûrement pas pour rien.

Le patron a demandé à me voir.  Je lui ai tout expliqué.  Il s’est montré très humain et compréhensif.  Mais voilà, il faut faire les choses dans les règles.  S’il doit déposer un rapport défavorable aux ressources humaines contre tous ces gens, il avait besoin de preuves, de témoignage. 

Et ça, il se trouve que je n’en manque pas.

Voyez-vous, ça fait peut-être cinq jours que Vicky parle contre moi à tout le monde.  Mais avant ça, elle a passé cinq mois à parler contre tout le monde… À moi!   Et je ne parle pas de bouche à oreille.  Je parle de  conversations sur Facebook, Messenger, ineffaçables, disponible pour faire du copier-coller ou des captures d’écran.  

J’ai d’abord envoyé au patron des captures d’écran de la conversation dans laquelle Vicky disait que Sébastien m’a traité de cave, en citant deux de nos collègues comme témoins.  Ainsi, celle qui m’a trahi pour Sébastien devient celle qui me fournit les preuves nécessaires pour déposer plainte officielle contre lui.  Un ironique retour de karma qui n’est certainement pas pour me déplaire. 

J’en profite pour signaler que si les Ressources Humaines consultent l’historique de son poste de travail, ils verront que ça fait trois mois qu’elle consulte Emploi Québec.  Et elle ne le cache pas.  Elle ne cesse de répéter à qui veut l’entendre qu’elle déteste travailler ici.  Ce qui signifie que je me fais rabaisser et humilier aux yeux des membres de mon équipe par un membre qui n’attend que la première opportunité de la quitter, l’équipe.

Quant au second chef de département qui a tenté de me salir aux yeux du grand patron sans vérifier les dires de Vicky, j’ai décidé de m’occuper de son cas personnellement.  Vous vous rappelez tout à l’heure, quand je vous ai glissé un mot au sujet d’Hélène, sexy collègue de travail?  Eh bien un mois plus tôt, Vicky m’avait envoyé des captures d’écran concernant Hélène et le second chef de département.  Je les ai donc envoyées au second chef de département avec l’explication suivante :

« Hélène envoie à Vicky des captures d’écran de vos conversations intimes. Vicky trouve ça drôle et partage ça à plein de gens, incluant au travail, en la traitant de salope.  Et puisque je n’approuve pas qu’elle humilie une collègue et un chef de département auprès des employés de La Firme, j’ai cessé de me fréquenter, d’où le fait qu’elle frustre, d’où le fait qu’elle cherche à me faire perdre mon emploi.  Je ne voulais pas avoir à en parler, ni à toi ni au grand patron.  Mais en même temps, quand un chef de département comme toi dépose plainte contre moi auprès de lui, ma carrière est en jeu.  Ce n’est pas comme si tu me laissais le choix.»

Voyez-vous, à La Firme où je travaille, il est formellement interdit pour un chef de département d’avoir une relation avec un(e) subordonné(e).  C’est pour éviter plusieurs problèmes sociaux et légaux : Harcèlement sexuel par chantage, favoritisme, partage de renseignements confidentiels, etc.  Voilà pourquoi leur relation devait rester secrète.  Enfin, ça, et aussi parce qu’Hélène était déjà en couple officiel avec un autre.              

J’aurais aimé voir le visage du second chef au moment où il a lu ça, et qu’il a réalisé toutes les erreurs de jugement qu’il avait commises :

  • Avoir au travail une relation qui y est explicitement interdite. 
  • Faire confiance à Hélène, qui l’a trahi en parlant de leur relation secrète, et ce depuis les tout débuts. 
  • Et qui en a parlé à Vicky, une collègue de travail. 
  • Faire confiance à Vicky, qui leur faisait une belle façon de face, mais qui s’amusait à utiliser ces renseignements pour les humilier tous les deux dans leurs dos. 
  • Croire aveuglément en la parole de Vicky contre moi. 
  • Aller colporter ces mensonges au plus haut échelon. 

Désolé mec, mais ce qui va t’arriver, tu l’auras cherché.

Je peux sonner cruel.  Et en effet, je reconnais que je le suis.  Mais ce n’est pas de la cruauté gratuite.  Je suis un gars patient et compréhensif.  Et un test psychologique que j’avais eu à passer lorsque je travaillais pour La Boite il y a 20 ans me décrivait comme ayant un sens du pardon qui monte bien au-dessus la moyenne des gens.  Mais le jour où tu deviens un danger pour moi en menaçant mon couple, ma famille ou ma carrière, alors là c’est bien simple, il n’y a plus de pardon.  Je te mets hors d’état de me nuire.  Légalement, selon les règles, mais je le fais, sans la moindre pitié. Tout le long de ma vie, beaucoup de personnes délibérément abusives ont appris à leurs dépens qu’il ne faut pas prendre ma compréhension pour de la lâcheté, ni ma patience pour de la soumission.  Et là, il y en avait cinq de plus qui allaient bientôt apprendre cette leçon à la dure.

Le patron m’a remercié de ma collaboration, et m’a dit de désormais laisser ça entre ses mains.  Il m’a rassuré que mon emploi n’était pas en jeu.  Je dois juste ne plus rien faire à partir de ce point, ne plus rien dire, et laisser les Ressources Humaines faire leur travail.  Ce que je fis. 

Le lendemain, le second chef de département, ayant eu à rendre des comptes au sujet de sa relations illicite et ses agissements allant à l’encontre des règles de La Firme, remettait sa démission.

Cinq jours plus tard, Vicky perdait son emploi.  Elle s’est fait dire de terminer son quart de travail et de ne plus prendre la peine de rentrer.  Elle n’a pas attendu la fin de sa journée.  Elle a juste ramassé ses affaires et elle est partie.  C’est arrivé pendant ma pause-café de l’après-midi, alors j’ai raté ça.  Par contre, du mur vitré de la cafétéria, en me rendant compte qu’elle partait bien avant le temps, j’ai compris ce qui venait de se passer.  J’ai pu la filmer tandis qu’elle s’éloigna lentement sur le long trottoir désert, avant de tourner le coin et de disparaître de ma vie et du décor pour toujours. 

Ce qui avait commencé six mois plus tôt avec mon House of Shame venait de se terminer avec son Walk of Shame.

Le lendemain, mon propre chef de département s’est fait renvoyer.  Celle-là m’a totalement prise par surprise.  Apparemment, il avait déjà eu quelques plaintes à son sujet, pour comportement inadéquat envers plusieurs femmes du bureau.  Il se trouve qu’en me déplaçant de mon poste de travail, lui aussi sans vérifier les dires de Vicky, il a commis une faute grave.  Car même si j’avais été coupable, les chefs de départements n’ont pas le droit d’appliquer des conséquences aux employés.  C’est le travail des Ressources Humaines, chose qu’ils ne font qu’après enquête.  Le fait qu’il m’avait fait subir ça sans même en parler au grand patron, ça a été le coup de grâce pour son dossier déjà chargé.  Avec lui parti, on m’a réintégré dans mon équipe, et réinstallé à mon poste de travail d’origine. 

Quant à Sébastien, avec le départ de deux chefs de départements, il aurait pu poser sa candidature pour prendre la place de l’un d’eux.  Mais voilà, les règles de La Firme sont très sévères.  Si tu as un cas de RH sur ton dossier, tu ne peux pas solliciter un poste plus haut placé.  Par ses agissements, il a mis sa propre carrière dans un cul-de-sac.  Il a donc remis sa démission.  Le 2 avril, un mois et un jour après avoir conseillé à Vicky de me causer des problèmes au boulot, Sébastien devenait la 4e à ne plus faire partie de La Firme.

Conformément à ce que m’avait demandé le patron, j’ai gardé le silence complet sur cette affaire.  Malheureusement pour Hélène notre sexy collègue, cette histoire était trop grosse et trop pleine de rebondissements pour que tout le monde soit capable d’en faire autant.  En un rien de temps, tout le monde savait qu’elle avait couché avec notre ex-second-chef, alors qu’elle était déjà en couple, que ça avait obligé le second chef à démissionner, et qu’elle avait activement pris part à une mensongère campagne de salissage contre moi, campagne qui s’est avérée fausse de A à Z, captures d’écran comme preuves à l’appui.  Cette situation d’humiliation quotidienne la porta à donner sa démission elle-même dix jours plus tard, sans même attendre de s’être trouvé un autre boulot.   

Deux renvois et trois démissions, tout ça parce qu’en convoitant Vicky, Sébastien n’a rien trouvé de mieux comme stratégie que de me rabaisser en me traitant de cave devant mon équipe.  Bravo, champion!  Remarquez, en un sens, ça lui a réussi, puisqu’il a tout de même fini avec elle.  N’empêche que chacun d’eux fut responsable de la perte de l’emploi de l’autre, lui en conseillant à Vicky de porter plainte pour des raisons non-pertinentes, et elle en me fournissant des preuves des insultes de Sébastien.  Je me demande si leur relation a duré longtemps après ça.  Personnellement, j’espère que oui.  Il se méritent l’un-l’autre.  Et pendant qu’ils sont ensembles, ils foutent la paix aux gens biens.

Bien que j’aille été blanchi, il resta quand même deux personnes qui préféraient faire preuve de mauvaise foi en continuant d’agir avec moi comme si j’avais été coupable.  Ce qui, ironiquement, prouve le point que je soulève dans mon billet  On ne veut pas connaitre la vérité, on veut juste avoir raison.  Mais bon, ça m’a pas duré longtemps.  En mai, le premier s’est fait brusquement renvoyer et escorter hors de l’édifice par la sécurité.  La seconde a juste cessé de rentrer travailler en juillet.  Et un collègue qui, sans y être mêlé, s’amusait beaucoup de cette situation, vit lui-même en ce moment ses propres problèmes disciplinaires au boulot pour faits, gestes et paroles posés devant nombreux témoins.  Enfin, le grand patron a lui-même pris sa retraite le mois dernier.  Il ne reste donc plus personne dans La Firme qui est relié de près ou de loin à cette histoire.

Être blanchi des calomnies.  Obtenir justice.  Voir ceux qui voulaient ma perte plutôt causer leurs propres pertes.  Vraiment, en cette fin d’hiver 2018-2019, si j’avais été une personne passive-agressive, j’en aurais vécu l’ultime wet dream

Ah, un dernier truc:  Vous vous rappelez, au début, de ce billet, quand Vicky a créé sur Facebook le groupe Poésie Tordue?  Non seulement ai-je constaté que j’y étais toujours modérateur, le fait qu’elle m’a bloqué sur Facebook faisait qu’il lui était impossible de voir ce que je pouvais y publier.  Ça m’a donné une idée à laquelle je ne voulais juste pas résister.  J’y ai publié ma première (et dernière) poésie tordue :


C’est resté là 40 minutes avant que quelqu’un le lui signale.  Elle a donc été obligé de me débloquer afin d’effacer mon post et m’expulser du groupe.  Mais ce n’est pas grave.  Mon message a eu amplement le temps de passer à tous ses amis et à tous nos collègues.

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BIENTÔT : Le printemps et l’été.

 

 

 

 

Le handicap du perfectionnisme

Au sujet des entrevues d’emploi tout le monde connait cette grande classique: Lorsque l’employeur demande « Nomme-moi ton pire défaut », il faut répondre « Je suis perfectionniste! »

On se pense bien malin d’ainsi déguiser une qualité en défaut. Mais en réalité, ce n’est vraiment pas chose à dire. Car au contraire, lorsqu’il s’agit de travail, il n’y a pas pire défaut que le perfectionnisme. Je le sais, j’ai eu à faire avec beaucoup trop de perfectionnistes dans ma vie.

Il y a trois ans, j’ai gagné une bourse pour faire un album de BD, avec un an pour le produire. J’ai fini avec un mois d’avance, soit amplement le temps pour le faire imprimer, pour qu’il soit prêt pour le festival de BD. À ce moment-là, un perfectionniste m’a dit :

« Maintenant, il faut juste que tu refasse les quinze premières pages, pour que tes dessins du début ressemblent mieux à ceux de la fin. »

Ce qu’il y a avec l’art, autant dessin que écriture, c’est que plus on le pratique et plus il évolue. Aussi, si je refais mes quinze premières pages, l’art de la seconde version de la page 15 va détonner avec celui de la page 16, ce qui me forcera à continuer de les refaire. Et une fois mes 48 pages refaites, nul doute que de nouveau, l’art de la dernière page sera différent de celui de la première page. Alors si j’écoute le perfectionniste, non seulement n’aurais-je jamais fini mon album dans les temps requis, je vais me condamner à refaire toujours le même travail sans jamais en être satisfait, et sans jamais passer à autre chose. Mon choix se résumera donc à ou bien perdre mon temps à la poursuite d’une perfection que je n’atteindrai jamais, ou bien d’abandonner ce projet éternellement insatisfaisant. Dans les deux cas, ça signifie ne jamais produire l’ouvrage. Je ne l’ai donc jamais écouté, et j’ai produit un album dans lequel mes lecteurs ont pu, en plus de lire les histoires, observer l’évolution du dessin.

Cent fois sur le métier, remet ton ouvrage, que dit le proverbe. Bon, en fait, c’est une déformation populaire. La version originale nous vient de l’écrivain Nicolas Boileau-Despréaux (1636-1711) qui disait :

Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

C’est bien joli, d’essayer d’appliquer à notre époque moderne une opinion tirée d’un poème écrit au XVIe siècle. Mais soyons franc : Je pense qu’on peut s’entendre sur le fait que quand un employé a besoin de se reprendre à vingt fois pour faire son travail correctement, c’est un indéniable signe d’incompétence. Alors à cent fois, imaginez!

À l’époque où j’étais concierge, j’ai passé six mois à être surintendant d’une tour à condos de luxe construite deux ans plus tôt. L’endroit tombait en pièces de tous côtés, car construit trop vite, avec des matériaux de trop mauvaise qualité. L’endroit aurait pu être bien mieux fait. Mais voilà, il aurait coûté beaucoup plus cher, et il n’aurait jamais été terminé dans les temps. C’est que les résidents n’en avaient rien à faire, de la qualité. Ils avaient payé d’avance pour avoir leurs condos à telle date, les condos devaient donc être terminés à telle date, point! Ce qui fut fait, à la satisfaction de tous. Mon travail était donc de réparer les défauts de l’ouvrage à mesure que ceux-ci apparaissaient.

D’ailleurs, l’entrainement pour faire mon travail de concierge, au début, ça a été ça : On me donne les outils, on me donne une description sommaire de la tâche, puis je me débrouille. Mes erreurs, je les fais pendant que je sers le client, et je les corrige immédiatement ou plus tard, tout dépendant s’ils sont visibles immédiatement ou plus tard.

Ça peut sonner cynique, mais de nos jours, les gens ne veulent pas d’une personne qui va faire le travail à la perfection. Ils veulent quelqu’un qui va faire le travail, point! Et si le travail est mal fait, qu’importe! Se plaindre contre tout et contre tous, ça fait tellement partie de notre culture actuelle que même lorsque les gens n’ont rien à nous reprocher, ils le font quand même, en inventant des raisons et/ou en déformant les faits. Les gens ne veulent pas d’un service parfait, ils veulent juste d’un bouc émissaire. Pourquoi croyez-vous que les américains ont élu Trump, après avoir passé huit ans à crucifier Obama.

L’imparfait fera peut-être mal son travail.  Mais il le fera, ce travail. Tandis que le perfectionniste, à toujours poursuivre une perfection qu’il n’atteindra jamais, va toujours travailler plus que tout le monde, pour ne jamais rien terminer. Si Boileau avait vécu de nos jours, sa poésie aurait été toute autre.

Travaillez de votre mieux et dans les temps requis
Oubliez la perfection, c’est une utopie.
Et comme perfectionniste, ne jamais s’afficher.
Sauf si vous ne voulez jamais rien achever.

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Y’A LIENS LÀ.

Dans le même ordre d’idées :
L’inutilité de la perfection.
L’altruisme égocentrique.

Une trouvaille historique?

Recherchiste à temps perdu et historien amateur, je me consacre depuis quelques mois à deux hommes qui ont laissé leur marque dans l’Histoire du Québec. Le premier, Louis Pasquier, est un nom qui ne vous dira probablement rien, puisque le gouvernement de Duplesis à tout fait dès 1951 pour qu’on l’oublie au plus vite. Mais le second, Jordi Bonet, vous en avez peut-être entendu parler. Surtout si vous habitez autour du Mont-Saint-Hilaire, puisque c’est le nom du pont qui enjambe la rivière Richelieu, pont de l’autoroute 116, aussi connu sous le nom de Boulevard Sir Wilfrid Laurier.

Avant d’avoir donné son nom à un pont, Jordi Bonet était un peintre, céramiste, sculpteur et muraliste québécois. Si vous êtes Montréalais et empruntez le métro Pie-IX, alors vous êtes familier avec l’une de ses oeuvres. Tous les murs de béton sculptés qui se trouvent dans cette station sont de lui.

D’origine catalane, Jordi Bonet est venu s’installer au Québec en 1954 où il commença aussitôt à se faire un nom par son grand talent et son art d’un style encore unique pour l’époque. Quant à l’artiste lui-même, bel homme, accent espagnol qui fait craquer, et amputé du bras droit suite à un accident survenu dans son enfance.

Eh oui, un sculpteur manchot. Voilà qui ne passe pas inaperçu. De 1958 à 1978, il créera plus d’une centaine de murales et de sculptures pour des lieux public partout à travers le monde.

Claude Péloquin est un poète, auteur et parolier. On lui doit entre autres le grand classique Lindberg, interprété par Robert Charlebois et Louise Forestier. De 1963 à 2017, il publiera une trentaine de livres, surtout de la poésie.

Vers 1968, les deux hommes deviennent amis. Péloquin lui fit un petit cadeau: Une copie de Jéricho, son premier livre paru cinq ans plus tôt. Il le lui dédicace dans ces termes: “Premier jet pour Jordi. Un ami, Péloquin / 68.”

Les deux hommes passent des soirées à s’échanger des réflexions philosophiques sur le monde et l’existence. Un soir, alors que Bonet lui raconte la guerre qu’il a vécu en Espagne dans son enfance, Péloquin fait le rapprochement avec la guerre du Vietnam qui faisait rage à ce moment-là. Dénonçant la stupidité de s’entretuer depuis l’aube de l’humanité, Péloquin se serait écrié: “Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves!? C’est assez!” Cette phrase marqua Jordi Bonet.

Trois ans plus tard, alors qu’il fut embauché pour faire une immense murale sculptée dans le béton au Grand Théâtre de Québec, il y inscrivit la phrase de Péloquin.

Ça fit un scandale énorme qui alimenta les médias pendant près de deux ans.

De 1969 à 1979, Jordi passa les derniers dix ans de sa vie à St-Hilaire. Il y acheta le Manoir Campbell, s’y installa avec sa famille, et y travailla son art. Lorsqu’il mourut prématurément à l’âge de 47 ans pour cause de leucémie, il était le sculpteur québécois le plus connu et le plus populaire de sa génération, et ce à l’échelle de la planète.

Ma passion pour l’histoire, les arts ainsi que le Mont-Saint-Hilaire de mon enfance m’ont amené à faire des recherches sur Jordi Bonet. Et c’est ainsi que, depuis juin dernier, je parcours les bouquineries antiques et les librairies usagées du Québec, à la recherche de livres relatifs à Jordi Bonet. Ou bien des livres à son sujet, ou bien des livres auquel il a collaboré.

Par exemple, il y a quelques semaines, j’ai trouvé le premier livre à lui être consacré : Jordi Bonet, le signe et la terre.  par J. Folch-Ribas, dans la collection Artistes Canadiens, dirigée par Guy Robert. Éditions du Centre de Psychologie et de Pédagogie, Ottawa, février 1964

Puis, j’ai réussi à mettre la main sur une publication rarissime: Chansons Très Naïves de Gérald Godin. Premier recueil de poésie de ce journaliste devenu poète devenu auteur devenu politicien, qui fut également le conjoint de Pauline Julien pendant trente ans, jusqu’à son décès en 1994. Le livre est paru en 1960. Le dessin de couverture est de Jordi Bonet. 500 copies. Non réédité.

Sur ces 500, seules les 50 premières copies sont numérotées et initialées par l’auteur.  Et il se trouve que c’est le no.29.

Avec ce livre, je croyais avoir trouvé le clou de ma collection.  Eh bien je ne me doutais pas que la chance allait mettre sur mon chemin quelque chose d’encore mieux.  Et cette petite merveille, la voici:

Ceci est une copie de Jéricho, le premier recueil de poésie de Claude Péloquin.  Et mieux encore, il s’agit de l’édition originale de 1963.  Sur les 1000 exemplaires de ce premier tirage, c’est la copie no.573.

Jusque là, rien de vraiment extraordinaire.  Même 56 ans après sa publication, il est toujours possible de tomber par hasard sur un livre qui fut tiré à mille exemplaires.  Eh bien je n’étais pas au bout de mes surprises.  Car sur la page de garde, il y a ceci:

Oui! Cette copie est celle que Claude Péloquin avait offert à Jordi Bonet.  Par quel tour du destin s’est-elle retrouvée parmi les bouquins empilés pèle-mêle de cette bouquinerie poussiéreuse?  Mystère!

Et comme si ça ne suffisait pas, entre les pages, j’y ai trouvé une feuille pliée en quatre.

Il s’agit de papier à lettre à en-tête de Jordi Bonet.  Sur celle-ci, un texte au stylo rouge, puis vert, de la main de Claude Péloquin.  Un premier jet un peu maladroit de réflexions philosophiques sur l’inconscient, l’intemporel et la réincarnation, qui sont des thèmes récurrents dans l’oeuvre de Péloquin.  Ne vous cassez pas les yeux, en bas de ces images je reproduis le texte fidèlement sans rien y corriger.

Mes réflexions sur ce que je lis concernant les phénomènes parapsychologiques m’indiquent le chemin à suivre pour percer certains mystères de l’eau de là. Ce que nous mangeons comme la viande les pâtes alourdit notre circulation et empêche notre d’être disponible physiquement et écouter notre inconscient. Ensuite les études sur la réincarnation me confirme dans ma théorie “ qu’après notre mort nous sommes des germes condensé qui attend l’instant favorable pour se greffer à nous nouveau sur l’humain qu’il a besoin d’un corps physique pour pour s’instruire sur le sens de l’existence qu’une et même plusieurs vies ne suffise pas selon le cas à faire le tour des choses à savoir. Je suis donc d’accord avec Jung sur cela. Je pense aussi que pour certains âmes aussi appelons-les ainsi.” Il restent longtemps dans l’intemporel avant de se réincarner. Dans ce sens, Jung a raison en (verso) disant que les mots posent des questions. Le mariage, quand il réunit des inconscient sensible, l’évolution est beaucoup plus profonde, alors plusieurs questions trouvent leur réponses. Le phénomène mariage pour donner une image valable est comme les (cromosome?) 2 vies se greffe insensiblement et se féconde jusqu’à l’accouchement, mais il aussi souvent pour les âmes des fausses couches et des avortements

Le fait que ce texte soit écrit sur du papier au nom de Jordi Bonet me porte à croire que ce jour-là, Claude Péloquin était chez Jordi et lui a emprunté du papier pour y écrire ses réflexions.  Il est probablement reparti chez lui en oubliant là son texte.  Je suppose donc que Jordi l’a lui-même pliée en quatre (la feuille est pliée inégale, donc possiblement d’une seule main) et l’a rangée dans le livre de Péloquin, où elle a été tout simplement oubliée.  C’est la théorie qui me semble la plus crédible pour expliquer à la fois pourquoi Péloquin a écrit sur du papier à lettre de Jordi, et pourquoi cette feuille s’est retrouvée dans le livre qu’il lui avait donné.  Bon, ça n’explique toujours pas pourquoi le livre a cessé d’être en sa possession pour se retrouver dans une bouquinerie 51 ans plus tard, mais ça permet de reconstituer une parcelle d’Histoire.

Et maintenant, considérez ceci:

  • C’est la première édition du premier livre d’un auteur important.
  • Le fait que ce premier jet ait été rangé et oublié dans ce livre peu après avoir été écrit, ça signifierait que ce texte est toujours inédit.
  • 2019 est le 40e anniversaire du décès de Jordi Bonet.
  • Le Grand Théâtre de Québec fêtera en 2021 le 50e anniversaire de la fameuse murale de Jordi Bonet. Celle-là même où il a gravé le “Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves!? C’est assez!” de Péloquin.
  • Ce livre marque le début de leur amitié et de leur collaboration. Il est donc le point de départ qui a amené Péloquin à faire cette réflexion, et à Bonet à la couler dans le béton.

Pour toutes ces raisons, je crois que cet exemplaire de Jéricho est un artefact qui a sa petite importance dans l’Histoire de l’Art et de la Culture du Québec.

Modification du 12 décembre 2019.
Ce livre ayant vraisemblablement été volé à la famille Bonet par un invité indigne il y a quelques décennies, il a maintenant repris sa place dans leur bibliothèque.  Je leur ai revendu au prix que je leur avait acheté, facture à l’appui.

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Y’a liens là:

Faire Hurler les Murs.  Reportage de 22 minutes sur la murale de Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec, filmé pendant qu’il est en train de la sculpter.
1971 – Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves.  Reportage de deux minutes au sujet de la murale.
Claude Péloquin sur Wikipedia.
Jordi Bonet sur Wikipedia.
Gérald Godin sur Wikipedia.

 

La prétention par réflexe de survie

On a tous déjà rencontré ce genre de personnes hyper-vantardes. Et elles ont toutes ceci en commun : Pour le moment elles traversent une période creuse. Mais à les entendre, ce n’est que temporaire car elles sont appelés à de grandes destinées dans laquelle gloire et richesse les attendent. C’est ce que j’appelle, comme le dit le titre, la prétention par réflexe de survie.

Qu’est-ce qui distingue les prétentieux par survie des autres vantards? Simple : Un vantard classique va parler de faits et d’accomplissements présents et passés. Il manque de modestie, n’empêche qu’il a des raisons de se vanter. Le survivant par prétention, par contre, n’a encore rien accompli. Ses vantardises sont au sujet d’un futur hypothétique qu’il se planifie.

Et si je dis que c’est un réflexe de survie, c’est parce que :

Ce sont des gens complexés.
Par leur origine, par leur poids, par leur faciès, par leur pauvreté, par leur virilité comparable à celle d’un escargot, par leur piètre performance scolaire et/ou athlétique, par leur historique sentimental inexistant, peu importe la raison, ces gens ont un sentiment d’infériorité qui est profondément ancré en eux. Et lorsque l’on sent à ce point inférieur, l’idée que l’on puisse être capable de s’améliorer ne nous vient même pas à l’esprit. Alors que ce soit dans leurs têtes ou bien inconsciemment, ils sentent qu’ils ne valent rien et n’ont aucun avenir.

Quand on a la conviction profonde que notre vie est un cul-de-sac, deux choses peuvent arriver : La dépression, ou bien le déni total de la réalité. Si c’est le second cas, alors compenser pour nos lacunes ne suffit pas. Il nous faut surcompenser. On commence alors à se croire meilleurs que tout le monde, ce qui est un peu culotté quand on n’est même pas capable de s’élever à leur égalité. Mais bon, pour les gens qui souffrent d’un tel complexe, penser ainsi est une question de survie morale. Et c’est ce qui les pousse à adopter la mentalité et les comportements qui suivent.

Leur but dans la vie est de passer directement de moins-que-rien à plus-que-tout.
Directement, dans le sens qu’ils ne vont pas avoir envie travailler pour. Ils vont vouloir que ça soit quelque chose d’instantané.  Pour ça, ils comptent sur la chance. Par exemple, ils rêvent d’un héritage surprise d’un parent fortuné inconnu. Ou de gagner quelques millions à la loterie. Ou d’avoir la chance de se trouver au bon endroit au bon moment dans mille situations avantageuses hors de l’ordinaire. Ou de rencontrer une personne fortunée qui, pour aucune raison logique, va consacrer sa vie à améliorer la leur. C’est que quand on ne pense pas pouvoir compter sur ses propres capacités, on ne compte que sur la chance.

Ce sont très souvent des artistes.
Leur manque de confiance en soi est tel que tu ne les verras jamais étudier pour décrocher un boulot traditionnel qui les rendra prospères mais anonymes. Non! Ils cherchent à devenir riches, célèbres, adulés. La seule manière qu’ils se voient y parvenir, c’est par la voie artistique : Dessin, peinture, écriture, musique, arts de la scène, télé, cinéma, etc.

Ils croient au American Dream (ou à son équivalent régional)
Le genre de personne qui déménage de Ste-Antoinette-du-Ouaouaron vers Montréal en affirmant que son manque de succès jusqu’à maintenant est dû au manque d’opportunité dans son coin d’origine. Et elle raconte à qui veut l’entendre (ou non) que d’ici trois ans elle animera sa propre émission de télé.

Cinq ans plus tard, elle fêtera plutôt ses quatre ans et neuf mois d’embauche au Dollarama de Hochelaga. Et ça, c’est à cause que…

Ils ont des buts qui sont totalement hors de leur portée.
Le problème, c’est qu’ils ne connaissent jamais rien aux industries dans lesquelles ils veulent percer. Par exemple, c’est le genre de personne capable de mettre le temps et l’effort pour écrire toute une saison d’une série télé (autobiographique dans 75% des cas que j’ai pu observer), mais qui ne saura pas où, à qui et comment la proposer. En fait, cette personne ignore tellement tout du milieu qu’elle ne saura même pas où aller se renseigner pour l’apprendre.

Leur motivation première : Faire chier les autres.
L’un des moyens qu’ils ont de survivre moralement à leur manque de confiance en soi, c’est de prétendre que ce sont tous les autres autour de lui qui ne croient pas en lui. Donc que tout le monde cherche à le saboter. Par conséquent, ils ont des comptes à régler avec l’humanité entière. Alors quand on leur demande quel est leur ultime désir, ils répondront sans hésiter un truc du genre de « Réussir à percer dans le milieu au plus vite, afin de faire chier tous ceux qui m’en ont toujours cru incapables. »

Ils sont mauvais perdants.
À chaque fois qu’ils essuient un revers, ces gens-là ne vont jamais se questionner sur eux-mêmes, leur capacités, leur manière d’agir ou de faire. Par contre, ils ne manqueront pas d’excuses et d’accusations pour expliquer leurs échecs : C’est toujours à cause que les autres les sabotent, ou à cause de hasards extrêmement malchanceux, d’une injustice quelconque ou bien d’un préjugé dont ils sont toujours la victime.

Une, deux, trois fois, passent toujours, car il se peut très bien que ça arrive. Mais plus les mois et les années passent, et plus ces personnes accumulent les « échecs explicables par toutes les raisons (in)imaginables, sauf moi-même. »

Et ils sont encore plus mauvais gagnants.
Chez les gens normaux, une victoire ou une réussite apporte un sentiment de joie et d’accomplissement. Chez les survivants par prétentions, ça apporte plutôt une incontrôlable arrogance haineuse. Ainsi, au lieu de se réjouir pour eux-mêmes, leur premier réflexe sera d’utiliser cette opportunité pour régler leurs comptes, rabaisser, insulter. En général, avec des commentaires sur le thème de « Ha! Ha! Vous pensiez que j’étais pas capables, hein!? Vous vous pensiez meilleurs que moi, hein!? DANS VOS FACES, LES LOSERS! ».

En réagissant de cette manière, cette personne démontre deux choses : Premièrement, le fait qu’elle ne s’attendait pas elle-même à remporter cette victoire. Car en effet, quelqu’un qui a confiance en soi et en ses capacités ne va jamais agir comme si ses réussites étaient des événements aussi extraordinaires. Et ensuite, ça démontre un total manque de confiance en soi, sentiment qu’elle projette sur tous ceux qui considéraient (avec raison) que ses chances de l’emporter étaient minces.

Quand on considère que chaque réussite personnelle est en fait une victoire contre le reste de la population, ça donne une idée du nombre de gens envers qui on se sent en compétition, et inférieur. Ceci dit, ce n’est pas comme si ce genre de personne allait savourer longtemps sa victoire. Car plus souvent qu’autrement…

Leur besoin irrésistible de se vanter les sabote.
Lorsque c’est le genre de travail qui demande signature de contrats, le secret est souvent de mise. Mais chez ces gens-là, leur besoin de se vanter est tel que même si on leur fait signer une entente de confidentialité, ils vont la violer avant même que l’encre soit sèche, en s’en vantant à tous, aussi bien en personne que sur le net.

Quand on a une personnalité aussi merdique, on se crée forcément quelques ennemis au fil des ans.  Annoncer d’avance un projet en cours de réalisation, c’est donner à ces ennemis l’opportunité de nous offrir un bien mérité retour de karma en nous le sabotant.

Ils vendent la peau de l’ours.
Le problème lorsque l’on vit de rêves au lieu d’être réalistes, c’est que l’on prend ses rêves pour des réalités. Par exemple :

Les faits : Une personne qui travaille pour la télé l’a complimenté sur un de ses dessins.
Son interprétation des faits : « YES! Télétoon va faire une série avec mes personnages! »

Les faits : Un chef d’équipe d’un boulot quelconque lui suggère d’envoyer sa candidature.
Son interprétation des faits : « YES! On m’offre un poste à la vice-présidence avec un salaire de $80 000.00 par année pis j’commence la semaine prochaine! »

Les faits : Elle a eu une conversation avec une personnalité publique quelconque.
Son interprétation des faits : « YES! Il est full amoureux de moi, tous les signes sont là, juste de la façon dont il m’a regardé en éternuant dans son café! »

Ses fabulations ont toutes ceci en commun : Aucune ne se réalisera.

Cependant…

Ils arrivent parfois à se créer des opportunités extraordinaires.   …  Trop extraordinaires pour pouvoir en profiter. 
J’en ai connu deux qui ont visé très haut et qui ont atteint leurs cibles: Hollywood!  En envoyant art et textes, ils ont fini par attirer l’attention d’une personnalité du milieu.  Les pourparlers se sont écroulés dès le départ.  Citoyen américain?  Non!  Membre de l’union des artistes?  Non!  Membre du Writers Guild (union des auteurs) ?  Non!  Assez riches pour faire une demande d’immigration? Non!  Impossible de travailler à Hollywood dans de telles conditions.  Depuis, ces deux personnes vivent avec la torture morale de savoir qu’ils « auraient ce qu’il faut pour réussir, si les choses avaient été différentes », au lieu de commencer par des buts qui sont à leur portée, pour ensuite grimper aux buts suivants.

Céline Dion n’est pas passée directement de petite inconnue de la ville de Charlemagne, Qc, à superstar de Las Vegas.  il y a eu du parcours.

Ils n’ont que deux opinions aux sujet des autres : Ou bien extrêmement positive, ou bien extrêmement négative.
Quand elle a l’œil sur un homme, alors elle en parle comme étant la plus parfaite représentation de l’humanité dans son entier. Mais dès qu’il repoussera ses avances, alors là il sera imbécile, macho, misogyne, pédosadozoophile. Le même principe va s’appliquer à tout ce qui ne lui donnera pas ce qu’elle demande : Les gens, les boulots, les associations et organismes, etc.

Ils n’ont que deux opinions à leur propre sujet : Ou bien extrêmement positive, ou bien extrêmement négative.
Quand ils ont l’opportunité unique d’avoir du succès, par exemple sous la promesse de décrocher un emploi de rêve, haut placé, bien payé, c’est « OMG je suis le plussse meilleur winner de tous les temps de toute l’Histoire de l’humanité dans toute son entier » … Mais si au final ils ne l’obtiennent pas, c’est « OMG je suis la pire des merdes de ce cloaque de purin qu’est mon existence depuis toujours. »

Ils ont toujours besoin de se faire réconforter par les autres.
Incapables de se trouver du (vrai) mérite, ils ont besoin que ce soit les autres qui leur en trouve. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils vont se plaindre publiquement en s’accusant d’être des moins que rien. En le faisait de manière exagérée, ils savent (ou du moins ils espèrent) que leurs amis vont venir leur remonter le moral en leur vantant leurs mérites.

… ce qui ne donne pas toujours les résultats escomptés.

Ceci dit, l’image précédente n’est qu’un gag irréaliste. Dans la réalité, ces gens-là ne recevraient jamais ce genre de réponses. Et la raison est simple :

Ils ne s’entourent que de lèche-culs.
Tout le long de leurs vies, leur entourage va se diviser en quatre groupes :

  1. Ceux qui en ont vite marre de son attitude merdique. Ces gens-là vont juste s’en éloigner.
  2. Ceux qui ne sont pas dupes de sa bullshit et qui n’hésitent pas à la confronter. Dans ce cas-ci, c’est elle qui va les bannir.
  3. Les membres de la famille, obligés d’être là parce que membres de la famille.
  4. Et ceux qui, pour diverses raisons, acceptent son attitude, s’en foutent, ou (étrangement) l’y encouragent. C’est ceux-là qui vont constituer son entourage.

Ils ne vont jamais reconnaître leurs erreurs…
… et ils refusent de faire tout effort pour s’améliorer. Parce que changer leur façon de faire, c’est l’équivalent d’avouer avoir fait erreur. Et ça, ils sont trop orgueilleux pour l’admettre, même envers eux-mêmes. En fait, la seule fois où ils vont l’admettre, c’est en disant un truc du genre de: « Ma seule erreur fut d’avoir fait confiance aux mauvaises personnes. », Ce qui est une façon détournée de mettre encore la faute sur les autres.

Leur haine est éternelle et ils ne décrochent jamais.
J’ai un jour rencontré un gars de 38 ans qui parlait encore en mal de sa prof de maths du secondaire III. Jusque-là, passe encore, même si c’est rare qu’on voit des gens qui restent aussi longtemps accro à ce genre de truc. Mais lui, sur ma console de jeu vidéo, il a créé un joueur au nom et à l’effigie de cette prof. Puis, il s’amusait à jouer ce personnage en s’arrangeant pour obtenir les scores les plus minables qui soient. Pour ensuite me montrer ça en riant d’elle.

Je répète : Le gars avait trente-huit ans.
Et c’était vingt-cinq ans après avoir eu cette prof.
Oui!
Vraiment!

Ils passent plus de temps à planifier comment détruire moralement / physiquement / financièrement / socialement /  ceux qui les ont rejetés, que de trouver le moyen d’être acceptés.
Par exemple:

  • Un employeur refuse de l’embaucher? Il part en campagne de salissage publique contre cet employeur. Et il rêve du jours où ils sera assez riche pour racheter la compagnie, et la fermer.
  • Un homme / une femme refuse ses avances? Il part en campagne de salissage publique contre cet homme / cette femme. Et il rêve du jour où il sera méconnaissablement beau pour le/la séduire, et lui briser le cœur en le/la repoussant.
  • Au fil des années, il a vu un de ses amis commencer à jouer du violon, passant d’amateur minable à véritable musicien, à professionnel, à l’orchestre Symphonique de Montréal? Alors il rêve de pouvoir un jour posséder un Stradivarius, juste pour le plaisir de le briser à coup de massue devant ses yeux horrifiés, en brûler les morceaux, manger les cendres et les chier dans une assiette avant de lui écraser au visage.

Et quel fut le crime de son ami pour mériter ça?  Avoir réussi dans la vie!

Du reste, ce genre de personne a très hâte d’être couverte de gloire, d’argent et de pouvoir, pour ensuite retourner dans son village d’origine pour en faire baver à tous ceux qui ont commis le crime de ne pas l’avoir mise sur un piédestal pendant les vingt-et-quelques premières années de sa vie.

Avec les années, ils accumulent un nombre de plus en plus aberrant d’ennemis.
Tel que démontré plus haut, non seulement ils finissent par détester chaque personne, chaque entreprise, chaque organisme, chaque TOUT qui passe dans leur vie, leur rancune est perpétuelle et éternelle. Ce qui fait que, dès la mi-trentaine et jusqu’à leur mort, ils n’ont plus que deux sujets en bouche : Parler en bien de leurs projets, et parler en mal contre tous ceux qui (à leurs yeux) les ont sabotés, causés du tort, snobés. Et plus les années passent, moins il parle de projets, plus il gueule contre les autres.

Ceci dit, la liste de ses ennemis peut se diviser en trois :

  • 20% de vrais ennemis, avec qui le sentiment négatif est réciproque.
  • 30% qui lui font la belle façon car ils ignorent que telle est leur relation.
  • 50% qui ne savent même pas que cette personne existe, ou qui ne se souviennent même plus d’elle.

Si le moindre revers lui cause tant de haine, c’est que cette personne perçoit chaque échec comme preuve de plus qu’elle n’est pas à la hauteur. Et quand on a besoin de se prétendre mieux que tout le monde par réflexe de survie, on ne peut pas laisser passer ça. Chaque personne qui nous ramène à cette réalité insupportable devient donc la personne à abattre, celle qui en sait trop.

Heureusement pour leur ennemis, ses planifications ne dépasseront jamais le stade de la fantaisie. Normal : Si cette personne était capable d’accomplir tout ceci, elle serait déjà une personne à succès.

Mais tant et aussi longtemps que cette personne perdra son temps et ses énergies dans la prétention et les apparences et les buts hors de sa portée, plutôt que d’apprendre de ses erreurs et de s’investir dans les moyens de se réaliser, son succès ne risque pas d’arriver de sitôt.

Quand la persévérance devient de l’acharnement et du harcèlement.

Persévérer –VS– s’acharner.
Dans ma jeunesse, on m’a bourré le crâne de belles phrases préfabriquées qui devaient être les clés du succès :

Quand on veut, on peut.
Il ne faut pas se décourager.
Un gagnant ne lâche jamais, un lâche ne gagne jamais.
Il ne faut jamais abandonner.

Si tout le monde me le disait, ça devait être vrai.  J’y ai donc cru.  À quinze ans, âge où on est généralement portés à rêver d’un travail qui ne sera qu’un passe-temps qui nous rendra riche, j’ai choisi quel sera mon métier : Humoriste.  Si je le voulais, je le pouvais.  J’avais juste à ne jamais me décourager ni abandonner car si un gagnant ne lâche jamais, un lâche ne gagne jamais, n’est-ce pas!?

De mes quinze à trente-trois ans, j’ai essayé à d’innombrables reprises de devenir humoriste.  Tout y est passé : L’École nationale de l’humour, les Lundis des Ha-Ha, Laval qui Rit, les Mard’hilarants, des émissions de variétés à la télé, des spectacles amateurs, des concours…  J’ai écrit je ne sais plus combien de monologues sur divers sujets.  Après chaque audition, j’étais refusé. 

En fait, ce n’est pas tout à fait exact.  Pendant ces dix-huit ans d’essai, j’ai été choisi deux fois pour faire partie de spectacles.   La première, c’était dans un spectacle de Noël dans lequel les organisateurs n’avaient pas fait passer d’auditions.  Ils auraient dû!  J’étais tellement mauvais qu’on m’a coupé le micro sur scène au 2/3 de mon monologue. 

La seconde fois où j’ai été pris, c’était à Cégeps en Spectacle, lors de mon retour aux études.  Cette fois-là j’avais été habile.  J’ai changé totalement mon style d’humour et de numéro.  Habillé en Rockabilly et guitare à la main, au lieu de parler aux gens, je chantais un pot-pourri de parodies de chanson des années 50.  J’ai eu un grand succès, autant à l’audition que lors du spectacle. 

À partir de là, j’aurais pu continuer à persévérer car selon toute apparence, j’avais enfin trouvé la formule gagnante.  Mais voilà, ça n’était en effet que ça : Une apparence.  J’avais payé des musiciens et un studio pour avoir une musique préenregistrée, car je ne suis pas du tout musicien.  Comme chanteur, je suis très moyen, avec une voix baryton-basse monotone.  Enfin, pour un numéro dans un spectacle de variété, mon truc pouvait passer.  Mais jamais je n’aurais pu faire tout un spectacle juste de ça, et encore moins une carrière.  Me rendre compte de ceci m’a enfin permis de remettre les pieds sur terre et de quitter cette voie qui était pour moi sans issue.

Une chose qui a influencé ma décision, c’est qu’au début des années 2000, j’ai vu sur le net l’une des plus pertinentes pensées qu’il m’ait été donnée de lire.  C’était en anglais mais je vous la traduis : Un lâcheur ne gagne jamais.  Un gagnant ne lâche jamais.  Mais quand tu ne gagnes jamais et ne lâches jamais, tu es juste stupide. 

Et en effet, dans mon cas, voilà longtemps que c’était rendu de la stupidité.  Je n’ai réussi à pondre qu’un seul bon numéro en dix-huit ans de travail.  Et pour y parvenir, il a fallu que je prétende être deux choses que je ne suis pas : Musicien et chanteur.  Ce qui signifie que non seulement je n’avais pas ce qu’il faut pour réussir, même lorsque j’ai réussi je n’avais toujours pas ce qu’il faut.   

Je venais de comprendre qu’il y avait une différence entre persévérer et s’acharner.  Persévérer, ça permet de réussir dans un domaine qui est à notre portée.  Tandis que s’acharner, c’est perdre son temps sur une cause perdue.  Il y a des humoristes qui ont eu le temps de démarrer leur carrière, de l’exercer et de prendre leur retraite, dans le temps que ça m’a pris pour ne pas réussir à commencer la mienne. 

Le problème, c’est qu’on ne m’avait jamais appris que pour réussir, il ne suffit pas que de vouloir quelque chose.  Il faut d’abord avoir ce qu’il faut pour l’obtenir.  Même le travail non-artistique qui ne demande aucun talent spécial est soumis à cette règle.  Par exemple, il y a sept ans, si j’avais essayé d’obtenir mon boulot actuel, je n’y serais jamais parvenu.  J’ai donc commencé au bas de l’échelle : J’ai passé d’artiste à gars de ménage dans un garage de bus.  Cette expérience m’a permis de devenir concierge résident.  Cette expérience m’a permis de devenir surintendant.  Cette expérience m’a permis de devenir employé de bureau.

La différence entre cette réussite qui m’a pris sept ans, et mes dix-huit ans d’échecs dans l’humour?  C’est que cette fois, j’ai mis ma persévérance au bon endroit, c’est-à-dire dans l’apprentissage.  Et j’ai appris des choses qui étaient à ma portée.  Je ne pouvais pas apprendre à être drôle, par contre je pouvais apprendre la plomberie, l’électricité, la menuiserie, et le travail de bureau.  

Être persévérant –VS– être harceleur.
S’il y a un sujet dans lequel la persévérance n’a pas sa place, c’est dans le cliché fort répandu où un homme poursuit une femme qui ne s’intéresse pas à lui.  Voilà bien longtemps que je ne suis plus un téléspectateur, mais je me souviens que cette aberration était utilisée beaucoup trop souvent dans les séries, en particulier dans les comédies.

Que ce soit dans Family Matters dans les années 80, Friends dans les années 90 ou The Big Bang Theory dans les années 2000, on nous y montrait sans cesse que pour obtenir la fille, l’homme doit juste faire preuve de persévérance.  Ils ont beau ne rien avoir en commun, elle a beau ne pas être attirée par lui, ça n’a aucune importance.  Tout ce qui compte, c’est qu’elle soit belle et gentille.  Ça fait d’elle le but à obtenir, le prix à gagner, le trophée de la vie de ce gars-là.  Peu importe le nombre de saisons qu’il y mettra, il finira par l’avoir à l’usure.  Et, chose extrêmement rare dans la vraie vie mais constante à la télé, elle en tombera profondément amoureuse après des années de fréquentation en tant que simples amis platoniques.

Mais voilà, dans la vraie vie, ça ne marche pas comme ça.  Une personne, ce n’est pas une chose.  Par conséquent, elle ne doit jamais être un but.  Et pour être franc, le concept même de la séduction, c’est quelque chose qui n’est pas naturel.  Faire l’effort de séduire quelqu’un, c’est utiliser des ruses calculées dans le but de lui donner l’illusion que vous êtes la personne qui lui convient.  Tandis que si vous avez de vraies affinités, alors là vous serez attirés l’un par l’autre tout naturellement.  Et cette attirance-là ne sera jamais à sens unique. 

Évidemment, ça n’empêche en rien de faire les premiers pas quand le rapprochement n’est ni instantané ni mutuel.  Par exemple, en 2013, j’ai rencontré Flavie.  Mignonne, artiste, ex-mannequin, de 20 ans ma cadette.  Nous avions beaucoup en commun alors nous sommes vite devenus amis et on se voyait plusieurs fois par semaine.  Plus je la connaissais, plus je la trouvais intéressante.  Alors à la fin de la 3e semaine de fréquentation, j’ai tenté ma chance.  Devant mes avances, elle a reculé.  J’ai alors arrêté et j’ai fait machine arrière.  Je lui ai fait mes excuses, lui disant que j’avais cru voir dans ses gestes et paroles quelque chose qui n’y était pas.  Mais que c’était mon erreur et non la sienne.  Elle a compris et la relation a continué dans la même atmosphère de grande amitié qu’elle avait eue jusque-là.

(Deux semaines plus tard, Flavie changeait d’idée à mon sujet et m’a fait sa déclaration d’amour.  Et ça, c’est quelque chose qui ne serait pas arrivé si j’avais persévéré à la harceler.)

Il ne suffit pas de savoir faire la différence entre la persévérance et l’acharnement et/ou le harcèlement.  Il faut aussi être capable de faire la différence entre le découragement et le bon sens.  Abandonner face à une cause perdue, ce n’est pas un signe de lâcheté.  C’est faire preuve d’intelligence et de logique.

15 signes démontrant qu’une relation mieux-que-rien est une relation pire-que-tout!

Il y a des gens qui ne supportent pas le célibat.  Pour eux, être seul, ça signifie ne pas être aimé, donc être rejeté, donc être loser.  Il doivent absolument être en couple, c’est un besoin vital.

Leur premier but dans la vie étant d’être en couple, ils choisissent n’importe qui, sans se soucier d’avoir des affinités avec cette personne.  Pour eux, tant que tu es célibataire et que ton orientation sexuelle est compatible avec la leur, vous avez tout pour être ensemble.

Mais voilà, le couple, ça ne fonctionne pas comme ça.   Sans affinités, tu ne pourras pas répondre à ses attentes, ses besoins et ses envies en matière de partenaire.  Alors à partir du moment où la relation commence, la personne te traite comme une obligation et non un désir.  Ce qui fait que l’autre te fait vivre sa frustration d’être dans une relation qui ne lui convient pas.  De la part de la personne qui t’a draguée, c’est un comble.

Voici 15 signes qui prouvent sans l’ombre d’un doute que tu es dans ce genre de relation avec ce genre de personne.

SIGNE 1 :   La personne n’a pas l’air de vouloir être avec toi.
Tu es là mais tu fais partie du décor.  Plus souvent qu’autrement tu as l’impression de déranger.  Même quand l’autre t’invite à son domicile, tu passes après son temps de jeu, ses épisodes de séries, sa lecture et réponse à ses mails, son Facebook, ses appels…

SIGNE 2 :   La personne semble toujours frustrée et contrariée.
Certains jours où vous êtes ensemble, la personne est distante, semble contrariée, frustre silencieusement contre tout, mais ne va jamais te dire ce qui ne va pas.  Une fois, passe encore.  Mais ça arrive tellement souvent que tu finis par te demander si c’est ta présence qui dérange.  Le lui demander rapporte généralement une réponse évasive du style de : « Ben non… Tu comprends pas… Laisse faire! »

SIGNE 3 :   Tu dois lui rembourser la relation.
Même si tu payes ta part des dépenses quand vous sortez, voilà que l’autre commence à dire, de façon sérieuse et légèrement irritée, que de sortir avec toi, ça lui coûte cher.  Il y a l’essence pour l’auto.  Et puis, tout ce que tu manges quand tu es à son logement, ça gonfle sa facture d’épicerie.  Sans oublier les sorties.  Parce que bon, tu as beau payer ta part, n’empêche qu’il ne ferait pas ces sorties et ces dépenses s’il n’était pas en couple avec toi, hm!?

SIGNE 4 :   L’autre fait tout pour cacher votre relation.
Qu’il/elle ne veuille pas changer son statut de  célibataire pour  en couple sur Facebook passe encore.  Mais qu’il/elle ne veuille faire aucune activité en groupe.  Qu’il/elle ne te présente pas à ses amis, et encore moins aux membres de sa famille.  Qu’il/elle ne veut même pas que vous soyez vus ensemble en public, du moins pas dans son quartier.  Rendu là, il est évident que quelque chose ne tourne pas rond dans la relation.  

SIGNE 5 :   Et il/elle ne veut rien savoir de ton entourage non plus.
C’est comme s’il/elle avait peur que votre relation soit vue comme étant officielle aux yeux des autres.  En tout cas, à force de parler à ton entourage d’un partenaire de couple qu’ils ne voient jamais, ils vont finir par croire que tu l’as inventé.

SIGNE 6 :   Tous tes amis et les membres de ta famille désapprouvent votre relation.
C’est sûr que votre relation, c’est de vos affaires, pas les leurs.  Et peu importe avec qui tu sortiras, il y en aura toujours un ou deux qui vont désapprouver.  Mais là on ne parle pas juste d’une coupl’ de personnes.  On parle de la majorité d’entre eux.  Et même s’il y en a qui restent neutres, ils vont se contenter de dire « C’est ta relation, pas la mienne! »,  Et ça, ce n’est pas quelque chose qu’ils diraient si tu étais dans une relation saine qu’ils approuvent.

SIGNE 7 :   Il ne veut rien faire sauf baiser.  (Et ta présence n’est plus requise une fois ce but atteint.)
Oui, je dis « il » parce que bon, ça a beau être un cliché, les clichés existent pour une raison.  Mais au-delà de la généralisation disant que les hommes ne pensent qu’au sexe, il reste que si c’est tout ce qu’il veut faire avec toi, alors ça veut dire que la seule utilité qu’il te trouve dans le couple est sexuelle, donc que c’est la seule valeur que tu as à ses yeux.  Si vous aviez des choses en commun, vous feriez des activités en dehors du lit.  Mais là?  Non!  Rien!  La preuve, c’est qu’il perd même intérêt en ta présence une fois ses pulsions satisfaites.

SIGNE 8 :  Elle fait tout pour repousser à plus tard le sexe promis.
Oui, je dis « elle », parce que bon, ça a beau être un cliché, les clichés existent pour une raison.  Mais au-delà de la généralisation disant que les femmes font des promesses  sexuelles vides pour manipuler les hommes à avoir de l’intérêt pour elles, il reste que si elle agit ainsi, c’est parce qu’elle-même est incapable de voir de quelle autre façon elle pourrait être intéressante à tes yeux.  Ce qui démontre vraiment à quel point vous n’avez rien à faire ensemble.  Preuve de plus : Même sexuellement, malgré le fait qu’elle va délibérément t’allumer, elle n’a aucun intérêt pour toi.

SIGNE 9 :   Tu n’as jamais l’impression que votre relation est normale.
Quand tu regardes autour de toi, tu vois les autres couples agir.  Ils parlent.  Ils rient.  Ils se donnent la main.  Ils se donnent des signes d’affection.  Ils sont complices.  Ils font des choses ensemble.  Et surtout; Ils ont l’air heureux d’être ensemble.  Et toi, qui regarde ça, tu ne reconnais pas du tout ton couple là-dedans.

SIGNE 10 :   L’autre ne donne des signes d’affection que rarement, et ce n’est toujours qu’au moment où tu  arrives au bout de ta patience.
Par exemple, après avoir passé plusieurs heures à t’ignorer, l’autre rend compte que tu es à deux doigts de te lever et partir.  L’autre t’approche, t’embrasse et s’excuse, c’est juste qu’il/elle est très préoccupé(e) en ce moment.  Mais un peu de patience et il/elle sera à toi bientôt.  Rassuré et surtout soulagé de voir que ton calvaire prendra bientôt fin, tu restes.  Mais ça ne change rien à rien.  Et la situation se répète encore et toujours.

SIGNE 11 :   Tu passes toujours après ses amis.
Tu lui propose une activité à deux.  Pas de chance, il avait réservé ce temps avec ses amis.  Bon, une fois de temps en temps, ça peut arriver.  Ce qui est plus décevant, c’est quand ça arrive a répétition.  Ou pire encore: Quand vous aviez quelque chose de prévu, mais qu’il annule parce que des amis lui ont ensuite proposé autre chose.  Et ce sont toujours des choses dans lesquelles tu es exclus.

En tant que partenaire de couple, dans la hiérarchie sociale, tu serais logiquement supposé te situer à au moins une coche au-dessus de ses amis.  Ou au pire, à leur égalité.  Pas plusieurs niveaux en-dessous.

SIGNE 12 :   L’autre te garde à sa disposition toute la journée, juste au cas-où.
10:00 am.  Vous avez congé tous les deux.  Allez-vous passer la journée ensemble?  Ben, ça dépend.  L’autre a deux-trois petites choses à faire, des gens à appeler… Il/elle ne sait pas trop.   L’autre te demande de lui envoyer un texto dans quelques heures.  On verra bien à ce moment-là.

Après quelques heures et quelques textos de ta part qui ont droit à une réponse vague (si réponse il y a pour commencer), tu décides en milieu d’après-midi de lui dire de laisser faire.  Pour celle-là, par contre, la réponse arrive sans tarder, te demandant un peu de patience s’il te plait.  Alors tu restes sur la touche.  Jusqu’à ce que, rendu à 19:00, tu reçois un texto de sa part, disant qu’après la journée qu’il/elle a eu(e), il/elle a besoin de se reposer et décompresser.  Tu as donc perdu ton temps à attendre, sans avoir eu le droit de faire quoi que ce soit de toute ta journée.  Pour rien!

Déjà que passer après tout le monde, c’est rabaissant.  Ceci est un niveau encore plus bas :  Avoir laissé passer tout le monde devant toi, pour ensuite ne pas te laisser passer du tout.

SIGNE 13 :   L’autre créé des situations de conflits totalement cul-de-sac à partir des choses les plus basiques, dans lequel c’est toi qui est le gros méchant.
Avec ce genre de partenaire, tu as toujours l’impression que tu déranges.  Et même si tu prends bien soin de ne jamais rien faire de mal, alors tu auras droit à des reproches sur des choses ridicules.  Et l’autre prendra bien soin de ne choisir que des choses inévitables pour en faire des sujets de discorde.  Par exemple, si tu vas à la toilette la nuit, il va prétendre que le bruit de la chasse d’eau va réveiller les voisins et il se fera engueuler par ta faute.  Si tu proposes alors de ne pas tirer la chasse, alors tu es dégueulasse.  D’ailleurs, ce va-et-vient dans le lit le réveille.  Déjà que le son de ta respiration l’empêche de dormir.  Et dire que si tu as passé la nuit là, c’était sur son invitation.

Même quelque chose d’aussi insignifiant que de vouloir prendre un verre d’eau peut dégénérer en la proverbiale tempête.  Je le sais, je l’ai vécu.  J’étais chez cette fille, et alors que je me dirigeais vers sa cuisine, elle me demande:

« Où tu vas? »
« Boire de l’eau! »
« Tu vas quand même pas boire l’eau du robinet!? »
« Ben oui, pourquoi pas?! »
« Elle est dégueulasse. »
« Ah!?  Pourtant, l’eau de Montréal est réputée pour être l’une des meilleures au Québec. »
« R’garde, si tu dois absolument boire, je vais te refiler une bouteille d’eau. »
« Ok! »

Elle va me chercher une bouteille d’eau.  Je l’ouvre et je bois sous son regard sévère.  Alors que je viens d’en avaler le deux-tiers, elle me dit sur un ton amer :

« Mes chats et moi, on n’aura rien à boire demain.  Mais bon, c’est pas grave! »
« Ben là!?  Pourquoi tu me l’as pas dit? »
« À t’entendre, il fallait ABSOLUMENT que tu boives. »
« Bon, regarde, c’est pas si grave.  Je vais aller à l’épicerie du coin et t’en acheter d’autres, c’est tout. »
« Y’ont pas la marque que je bois! »
« Où est-ce que tu les achète, tes bouteilles? »
« Au Costco! »
« Bon ben allons-y! »
« J’ai pas d’argent. »
« Moi oui!  Je vais t’en acheter une nouvelle caisse. »
« Non!  J’aime pas que les autres paient pour moi. »
« Quand est-ce que tu vas avoir de l’argent? »
« Mercredi, dans trois jours. »
« Et tu essayes de me faire accroire que tes chats et toi alliez vivre sur une seule bouteille d’eau pendant trois jours? »
« Ben non! Ma mère va m’avancer l’argent demain. »
« Ah bon!?  Il me semblait que t’aimais pas que les autres payent pour toi! »
« C’pas pareil, c’est ma mère! »
« Bon ben voilà, problème réglé! »
« Sauf qu’elle finit de travailler à 17 :00 demain, ce qui va nous laisser 24 heures sans rien à boire. »
« Pardon?  Premièrement, j’ai vu dans ton frigo que tu as du lait et des jus, t’auras qu’à boire ça.  Quant à tes chats, tiens, reprends donc la bouteille, il en reste un tiers, c’est suffisant, ils mourront pas de soif.  Alors avant de dire que tes chats et toi aurez rien à boire… »
« J’respecte mes chats.  J’leurs donne pas de l’eau usagée.   Et je tiens trop à leur santé pour leur refiler de l’eau pleine des microbes des autres! »

Ses chats, comme tous les chats de la planète, se servent de leurs propres langues comme papier-cul.  Alors elle ne me fera pas accroire qu’un atome de ma salive sur un rebord de goulot va les empoisonner.  Mais bon, quand la personne tient à ce que tu sois le problème, elle tient mordicus à ce qu’il n’y ait pas de solution.

SIGNE 14: L’autre évite toute tentative de ta part pour discuter de son comportement à problème.
Personne n’aime la confrontation, et encore moins être la personne qui se fait confronter, surtout si tu as des raisons pertinentes de le faire, contre lesquelles l’autre ne pourra pas se défendre.  Alors dès que tu essayes de lui en parler, oups, un instant, il faut que l’autre aille aux toilettes.  En ressortant, une minutes s’il-te-plaît, l’autre est au téléphone.  L’appel est fini?  Bien!  Là vous allez pouvoir parl-Un instant SVP!  L’autre doit absolument aller chercher le courrier / parler au propriétaire / demander un truc au voisin.  Et à son retour, minute, il a ce mail très important à lire.

Si l’autre n’arrive pas à t’avoir à l’usure et que tu réussis à le confronter avec tout ce qu’il/elle te fait subir, alors tu recevras des accusations d’exagérer, ou d’avoir une idée trop parfaite de ce que devrait être une relation, probablement influencé par tes lectures ou les séries que tu regardes. 

« Dans la vraie vie, ce genre de couple n’existe pas, alors redescends un peu sur terre, veux-tu!? »

SIGNE 15 : L’autre ne s’intéresse à toi qu’à partir du moment où tu mets fin à la relation.
Éventuellement, tu finis par en avoir ras le bol de cette situation et tu mets fin à la relation.  L’autre se met soudain à te traiter comme si tu étais la chose la plus précieuse au monde, et te demande de revenir sur ta décision.  Mais à partir du moment où tu le fais, tout recommence, rien ne change.

C’est que, vois-tu, peu importe à quel point le fait de sortir avec toi rend  l’autre personne malheureuse, il n’y a qu’une seule chose qui puisse la rendre encore plus misérable, et c’est d’être célibataire.

Cette personne est un problème pour lequel tu ne seras jamais une solution.

La différence entre la fierté et l’orgueil

Je m’amuse souvent à me qualifier moi-même d’orgueilleux.  Il faut dire que j’ai toujours eu du mal à gérer les compliments.  Ça vient du fait que dans les vingt-sept premières années de ma vie, j’ai appris à survivre dans la discorde plutôt que de vivre dans l’harmonie.  Alors lorsque je me fais complimenter, je ne sais pas trop comment réagir.  Par exemple, ces temps-ci, lorsque l’on me rencontre, je me fais généralement complimenter sur le fait que j’ai l’air beaucoup plus jeune que mes 51 ans.  J’ai donc développé une routine qui m’empêche de perdre mes moyens : Lorsqu’on me dit ça, je me passe la main dans la barbe et les cheveux en répondant :

« Ah ça, c’est grâce à Miss Clairol.  Mais bon, que voulez-vous, chuis orgueilleux comme ça! »

Ça fait sourire, on jase un peu sur le sujet, et on passe à autre chose.  Bon, si j’étais vraiment orgueilleux, jamais je n’irais avouer me teindre, et encore moins avec des produits pour femmes.  Mais en même temps, si vous lisez ce blog depuis longtemps, vous m’avez vu de nombreuses fois montrer de mes photos avant-après à chaque fois que je mets l’effort de travailler sur ma santé, ma forme physique et mon look.  J’ai même créé un autre blog, Diesel Ego, pour chroniquer en temps réel ma remise en forme du printemps 2019.  Alors puisque je m’attends toujours à me faire traiter d’orgueilleux, je prends les devants.  Après tout, on ne peut pas me faire honte sur un point de ma personnalité si c’en est un que je reconnais déjà volontiers.

Ceci dit, je me suis rendu compte avec les années que la différence entre la fierté et l’orgueil est toute simple :

  • La fierté, c’est un sentiment que l’on ressens envers soi-même, pour soi-même.  On ne ressens pas le besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit.
  • Tandis que l’orgueil, c’est quelque chose qui demande un public.  C’est ressentir le besoin irrésistible de voir nos mérites reconnus par les autres.  

Dans cette optique, l’orgueilleux peut facilement se faire contrôler par toute personne manipulatrice.

Exemple vécu il y a une vingtaine d’années : J’étais à une sortie en petit groupe d’amis.  Ayant besoin d’avoir momentanément les mains libres pour remettre de l’ordre dans sa tenue, une amie me refile son grand sac à bandoulières.  Puis on poursuit notre chemin tandis qu’elle me laisse son sac.  Quatre ou cinq minutes plus tard, comme si elle se rappelait soudain me l’avoir refilé, elle se retourne presque en sursaut, et me dit :

« Oh! J’m’excuuuuse!  Si c’est trop lourd, je vais le reprendre, si tu veux. » 

Je suppose que j’étais un brin orgueilleux, ou alors qu’elle était une excellente manipulatrice, ou bien les deux.  Mais son attitude et sa phrase ont créé en moi deux sentiments simultanés :  Celui de me sentir injustement diminué à ses yeux, et celui de vouloir lui remettre les pendules à l’heure en lui démontrant qu’elle se trompait à mon sujet.  Mon réflexe spontané fut donc de vouloir continuer à lui porter son sac en la rassurant comme quoi j’en étais capable.

Avant même que les mots sortent de ma bouche, j’ai senti que quelque chose ne tournait pas rond dans cette situation.  De un, avant qu’elle me dise ceci, j’avais juste hâte qu’elle le reprenne, son sac.  Le fait que j’aille soudainement envie de le lui porter, c’était un illogisme flagrant dans lequel je ne me reconnaissais pas.  Et de deux, sans pour autant être un athlète, j’avais quand même un physique costaud, tandis qu’elle passait souvent pour une anorexique.  Il était donc impossible qu’elle puisse vraiment croire son sac plus lourd pour moi que pour elle. 

J’ai donc compris qu’elle cherchait à me manipuler à lui servir volontairement d’esclave.  Sur le coup, j’étais furieux qu’elle me croit aussi crédule.  Mais ça n’était rien à côté du sentiment de déception que je ressentais.  De la trahison, de voir qu’une personne que je croyais mon amie puisse me considérer comme un imbécile manipulable juste bon à exploiter. 

Consciemment ou non, en me faisant ça devant nos amis, elle avait bien calculé son coup.  Si je garde son sac, je subis l’humiliation personnelle d’être son larbin.  Si je lui rends son sac, je subis l’humiliation publique  de confirmer son affirmation qu’il est trop lourd pour moi.  Et si je la confronte sur cette tentative de manipulation, je subis l’humiliation publique et privée d’être le parano qui met une mauvaise ambiance dans notre sortie entre amis, ce qui fait qu’ils risquent d’y repenser à deux fois avant de m’inclure de nouveau dans nos activités de groupe.  Elle croyait donc probablement m’avoir peinturé dans un coin.

C’était mal me connaitre. 

En courbant l’échine, j’ai retiré son sac de mes épaules en tremblotant comme s’il pesait des tonnes.  Je lui ai dit avec une voix faible et essoufflée :

« Oh!  Oui!  Ton sac est tellement louuuuurd.  Par pitié, vient en aide à la pauvre petite lavette que je suis. »

Devant les regards amusés de nos amis, elle n’a eu d’autre choix que de reprendre le sac que je lui tendais.  Ce qui m’a permis de rajouter un truc avec une voix admirative, ce qui a bien fait rigoler tout le monde.

« Woah! Toi t’es un homme!  Un vrai! »

Si j’avais été orgueilleux, j’aurais eu peur de passer pour une mauviette, et je le lui aurais volontairement porté, son sac.  Mais voilà, je n’étais pas orgueilleux.  J’étais fier.  Trop fier pour accepter de me laisser manipuler.  Et puis sérieusement, juste à nous regarder, personne ne pouvait vraiment s’imaginer que j’étais plus faible qu’elle.  Je n’avais donc rien à prouver à qui que ce soit, et encore moins à moi-même.

D’autres membres de ma famille ne sont hélas pas aussi auto-observateurs.  Par conséquent ils se font exploiter sans limite.  Par exemple, mon oncle Armand et sa femme Diane.  Armand est menuisier et Diane a un frère qui a toujours une rénovation ou une autre à faire dans les nombreuses propriétés qu’il possède.  Alors il embauche Armand pour rénover un appartement, repeindre une maison, construire un patio, etc.  Il s’entendent sur un tarif en-dessous du salaire minimum parce que bon, en famille, faut bien s’entraider hein!?  Mais quand le travail est terminé et que vient le temps de payer, le beau-frère le fait, mais en chialant comme quoi il les a logés, nourris, qu’ils ont pris des douches quotidiennes et fait du lavage, donc utilisé de l’électricité, et que rien de tout ça n’est gratuit.  Diane, insultée, lui remet alors son argent en lui disant que s’il est avare à ce point-là, qu’il le garde donc, son argent.  Ils repartent, furieux, mais fiers de lui avoir démontré que moralement, ils valent mieux que lui.

Les manipulateurs sont très intelligents.  Ce qui aide le beau-frère à manipuler Diane à rendre l’argent, c’est justement le fait qu’ils commencent à s’entendre sur un salaire de misère.  Si le beau-frère payait Armand le véritable tarif, alors là ce serait plusieurs milliers de dollars qui seraient en cause.  Diane serait beaucoup plus réticente à y renoncer.  Son frère s’en doute bien.   Mais là?  Quand il ne s’agit que trois ou quatre cent dollars?  Sur lesquels il rechigne ensuite sur le coût des repas et de l’électricité?  C’est beaucoup plus facile pour elle de se scandaliser de son avarice et de tout lui remettre sur un coup de tête.  Le beau-frère a donc eu tous les services de menuiserie et de rénovation dont il avait besoin, et ça ne lui a coûté que quelques repas maison.

Le problème, c’est qu’Armand et Diane ne sont pas fiers.  Ils sont orgueilleux.  S’ils avaient de la fierté, ils refuseraient de se faire exploiter, et ils prendraient leur juste dû.  Mais puisqu’ils sont orgueilleux, leur premier (et unique) réflexe est de faire la leçon de morale au beau-frère.  Leçon qui n’a autant d’effet qu’un coup d’épée dans l’eau, puisque quand on est exploiteur on se fout bien de la morale.  

De quelques mois à quelques années plus tard, le beau-frère récidive en réembauchant Armand et Diane pour d’autres travaux.  Et eux, éternelles bonnes poires, s’imaginent qu’il a honte de son comportement passé et qu’il ne récidivera pas.  Et ça se termine encore et toujours de la même façon.  Et ça fait cinquante ans que ça dure!

La fierté naît de la confiance en soi et en ses propres capacités.  On sait ce que l’on vaut, ni plus, ni moins, et on ne laisse pas les autres décider de notre valeur à notre place.  Inversement, l’orgueil est le symptôme d’un manque total de confiance en soi.  En étant incapable de se rassurer soi-même sur sa propre valeur, l’orgueilleux a toujours besoin de se comparer favorablement à d’autres, et à recevoir l’approbation des autres. 

Et c’est ce besoin vital de trouver grâce aux yeux des autres qui fait de l’orgueilleux une personne aussi facile à manipuler et à exploiter.

Le manque de confiance en soi n’est qu’une mauvaise habitude

Je ne sais pas si je l’ai déjà écrit ici, et j’ai la flemme de fouiller dans une décennie de billets de blogs.  Mais lorsque j’étais enfant et jeune ado, j’étais le plus maigre et faible des garçons de la classe.  Je me souviens d’un jour de printemps, alors que j’avais 10 ans, en 5e année du primaire.  Le prof d’éducation physique a fait sortir les quatre classes de 5e.  Tous ensemble, nous avons eu à faire un sprint d’un bout à l’autre de la cour d’école.  Je suis arrivé l’avant-dernier, devant Manon la fillette rachitique.

Une autre fois, peut-être la même année, peut-être la suivante, je ne sais plus…  Même scénario, dans le sens que toutes les classes du même cycle furent réunies dans le gymnase, dans le but de créer plusieurs équipes pour un tournoi olympique.  Avez-vous déjà vécu la situation humiliante d’être choisi en dernier pour une équipe sportive?  Même humiliation ici, mais multipliée à l’infini, du fait que c’est devant tous les élèves de ton cycle, rendant du même coup ta honte universelle parmi tes pairs. 

Ce genre d’expérience m’a donné une sainte horreur des événements sportifs.  De toute façon, ce n’est pas comme si je pouvais en pratiquer un seul.  Mes parents étaient trop pauvres pour m’acheter des patins, un bat de baseball, un ballon de basket, un skate…  Pour vous donner une idée, ce n’est qu’à l’âge de onze ans, lorsque mon père travaillait à la Baie James à l’époque de la construction des grands barrages, que j’ai eu mon premier vélo. 

Ce vélo fut l’un des points les plus positifs de ma vie à ce moment-là.  À une époque où la télé n’avait que trois chaines francophones, et où les optométristes croyaient que regarder la télé plus d’une heure par jour causait la myopie chez l’enfant, je n’avais pas grand distraction.  Internet n’existait pas encore, et même si c’eut été le cas, nous n’avions pas le budget pour une connexion et encore moins un ordinateur.  Aussi, pour me distraire, je suis devenu explorateur urbain.  Je parcourais le quartier, puis la ville, la montagne, les villes environnantes.  Et puisque c’était ma seule distraction, je passais la majorité de mes temps libres sur ce vélo, de la fonte des neiges au printemps jusqu’à la première neige de l’hiver suivant.

Petit saut, trois ans plus tard.   J’ai 14 ans et je suis à la Polyvalente en secondaire III.  Pendant le cours d’éducation physique, notre prof nous amène dehors sur le terrain de sport.  Sur celui-ci, il y a une piste à deux voies pour faire des sprints sur une distance d’environ vingt-cinq mètres.  On me jumelle avec Dominic, le petit sportif toujours premier en tout.  On s’installe sur les blocs de départs.  Le prof nous donne le signal.  Je pars comme une flèche.  Je cours et…  Je m’arrête soudain, frappé par le doute.  Dominic me dépasse et termine le sprint, transformant mon doute en incompréhension.  Le prof me demande :

« Eh bien?  Pourquoi t’as arrêté? »
«  Ben… Je pensais avoir fait un faux départ. »

Je suis revenu sur mes pas, m’interrogeant encore sur ce qui venait de se passer.  Le prof m’a jumelé avec un autre.  J’ai refait le sprint, cette fois-ci en courant au maximum de mes capacités.  Et je l’ai terminé d’un bon trois mètres avant l’autre gars.

Je n’en revenais pas.  J’étais devenu rapide.  Bon, je n’avais toujours pas la résistance cardio pour être capable de faire un marathon ou un cross-country.  Mais sur de courtes distances, j’étais maintenant un remarquable sprinteur.  Et c’est avec un sentiment de surprise autant que d’incrédulité que j’ai vu mon nom en tête de la liste des coureurs, en tant que celui qui a réalisé le meilleurs temps.   Ça n’a eu que peu d’importance au bout du compte, car la moyenne de la note était établie sur une dizaine d’activités dans lesquelles j’étais toujours aussi médiocre.  Mais je m’en foutais.  Car pour la première fois de ma vie, j’étais le premier de classe dans une discipline sportive.  Après toute une vie à avoir été le gars le moins athlétique de toute l’école, le sentiment était euphorisant.

N’empêche que je me suis demandé en quel honneur est-ce que j’avais fait un bond si spectaculaire dans cette discipline sportive en particulier, et pas du tout dans les autres.  Il ne m’a pas fallu réfléchir longtemps pour comprendre que ça avait rapport à mes trois dernières années d’utilisation de mon vélo.  C’est que Saint-Hilaire, ma ville d’origine, est à flanc de montagne.  Alors évidemment, à part quelques plateaux, le terrain est tout en pentes.  Ça prend beaucoup plus d’efforts pour parcourir la place que sur terrain plat.  Ainsi, sans m’en rendre compte, j’ai musclé mes jambes et j’en ai augmenté la force.

La meilleure, c’est que si j’avais commencé à faire du vélo dans le but de renforcer mes jambes, je me serais probablement découragé au bout de quelques jours, voire quelques semaines.  Mais le fait que mon but unique était l’exploration, je ne me rendais pas compte de l’effort que je donnais.  Et ainsi, cette amélioration n’a été qu’un heureux bonus surprise.  Et surprise est le bon mot, car à ce moment-là, dans ma tête, il était tout à fait normal que je me fasse dépasser et distancer dès le départ.  Ça avait toujours été le cas.  Alors quand je n’ai pas vu Dominic devant moi, jamais je n’ai pensé que j’étais en train de le battre.  J’ai automatiquement cru que j’avais fait un faux départ.  Ce qui signifie qu’au sujet de la course, je n’avais aucune confiance en moi.  Et c’est normal.  Je ne faisais pas que me croire inférieur.  Je me savais inférieur.  J’avais de eu nombreuses expériences humiliantes dans mon passé pour me le prouver.

J’ai appris ce jour-là que quelque chose qui est la vérité absolue à une période de notre vie peut se transformer en impression erronée quelques temps plus tard.

Que l’on s’en rende compte ou non, nous sommes constamment sujet à l’évolution.  Souvent dans le négatif, il est vrai.  Mais parfois aussi dans le positif.  C’est exactement ce qui s’est passé ici :  Si le prof ne m’avait pas obligé à courir, jamais n’aurais-je essayé de le faire, et jamais n’aurais-je appris que j’étais devenu bon sprinteur.  J’aurais passé le reste de ma vie à penser que j’étais nul en course.

26 ans plus tard, je portais la flamme olympique

 Ce qui démontre qu’il ne faut jamais avoir d’idée préconçues à son propre sujet.  Surtout si cette idée est négative.  La mauvaise confiance en soi, c’est juste une mauvaise habitude qui ne fait que dresser devant nous des obstacles inutiles, et trop souvent sans pertinence.  Voilà pourquoi c’est une habitude qu’il faut s’efforcer à perdre.

Les derniers seront les premiers

Au-delà de la parabole biblique et des considérations morales, j’ai constaté plusieurs fois que oui, le fait que les derniers se retrouvent premiers, c’est une réalité psychosociale.  Et après l’avoir constaté, j’ai trouvé le moyen d’utiliser la chose à mon avantage.  Je vais vous donner quatre exemples vécus.

 1) Le titre du journal étudiant.
Je vais commencer par l’anecdote qui m’a permis de découvrir ce phénomène.  C’était un hasard, vraiment!  C’était en 2006.  Je faisais partie de l’École nationale de l’humour, programme auteur.  La classe avait décidé de créer un journal étudiant.  Il ne restait plus qu’à en trouver le titre.  Tout le monde y est allé de ses 2-3 suggestions, qui furent écrites au tableau.  Il ne restait plus qu’à les éliminer une à une.

 Quinze minutes plus tard, rendu au trois quart des éliminatoires, un jeu de mots me vient en tête.  Je claque des doigts et je le dis à voix haute :

« L’Obsédé Textuel! »

 Toute la classe se retourne vers moi.  Après une seconde ou deux de silence, tout le monde approuve joyeusement en me complimentant.  Le tableau fut effacé. Un journal étudiant était né. 

… Et mourut après son unique numéro.  Personne ne se doutait à quel point tous nos travaux, études et devoirs allaient accaparer notre temps.  Mais qu’importe!  Ça m’avait permis de me rendre compte de quelque chose qui allait me servir plus tard :  Si j’avais suggéré mon titre au tout début, peut-être qu’il aurait été choisi, et peut-être pas.  Mais je l’ai amené à la toute fin, alors que tout le monde avait passé 30 minutes à entendre ces titres, dont les 15 dernières à les regarder au tableau.  Mon titre avait donc quelque chose que les autres n’avaient plus : Le charme de la nouveauté. 

2) Le jury.
J’ai toujours voulu faire partie d’un jury dans une cause légale.  L’opportunité s’est présentée en 2009, lorsque j’ai été convoqué à ce sujet.  Une fois éliminés ceux qui ont refusé de le faire, il ne restait plus que quarante personnes qui devaient aller se placer devant la porte d’une salle en file Premières Nations (indienne n’est plus un terme acceptable) en attendant de se faire appeler par le gardien.

Le choix du jury se fait ainsi : On passe devant six personnes : Trois qui représentent la partie défenderesse, et trois qui représentent la Couronne. On doit dire notre prénom, âge et profession.  Si les deux parties sont d’accord, on est choisi pour faire partie des douze jurés. 

Or, cette méthode comporte un défaut, en ce sens qu’elle provoque chez ces six personnes un réflexe psychologique facile à exploiter : Dès qu’ils ont choisi les onze premiers jurés, ils choisissent avec beaucoup plus de précaution celui qui sera le 12e et dernier.  Face à chaque candidat, ils ont toujours un doute, au cas où le suivant conviendrait mieux.  Ainsi, lorsque le dernier de la queue entre dans la salle, il est annoncé comme tel par le gardien.  À ce moment-là, ils n’ont plus le choix : Ils le prennent!

Ce jour-là, je n’ai pas eu à utiliser ce truc, puisque j’ai été le 4e juré choisi.  Mais justement, le fait d’avoir été pris m’a permis de rester dans la salle de tri.  J’ai donc pu voir comment ces éliminatoires fonctionnaient.  À partir ce moment-là, à toutes les autres fois où j’ai participé à des éliminatoires de ce genre, je me suis placé à la fin de la ligne, et j’ai fait partie des lauréats à tous les coups.

3) Défi Diète 2008
Ici encore, c’est un peu par hasard que j’ai appliqué cette méthode.  N’empêche que les résultats furent les mêmes.  En 2007, du 1er au 22 décembre, on pouvait soumettre notre candidature pour Défi Diète 2008.  Celle-ci devait être sous forme de vidéo.  Et les vidéos étaient mises en ligne à mesure qu’elles étaient reçues.  Pendant les deux premières semaines, je les ai regardées.  En fait, j’en ai rarement regardé plus que deux par jour.  Il ne m’a pas fallu grand temps pour constater qu’elles avaient toutes les mêmes lacunes.

  • Caméra fixe, sans le moindre mouvement.
  • La personne assis ou debout, qui bouge à peine.
  • Qui improvise un discours, donc bafouille et se répète.
  • Ou qui récite un discours appris, donc d’un débit de voix non-naturel.
  • Qui dure de quatre à douze minutes.

Je plaignais les juges qui avaient à passer à travers tous ces clips, chacun plus ennuyant que le précédent.  J’ai donc décidé de leur offrir quelque chose qui allait détonner du reste des candidats, qui allait se distinguer, et qui allait le faire de manière positive.  Mon vidéo aura de la musique, de l’humour, des changements de plans, plusieurs personnages.  Et surtout, il ne durera que deux minutes et demie.

Deux jours avant la date de tombée, le 20 décembre à 11 :00, j’envoie ma vidéo, Un vaniteux pour Défi Diète.  Trois heures plus tard, à 14 :00, je reçois un courriel d’un gars de Québécor qui me dit : « Garde ça pour toi mais tu es l’un des 10 gagnants du concours.  Ta vidéo fait le tour des bureaux depuis qu’on l’a reçu et tu nous a vraiment fait passer un bon moment.  Félicitations! »

J’avais raison!

La période de recrutement des candidats n’était même pas encore terminée, que j’avais déjà gagné ma place parmi les lauréats. 

D’accord, techniquement, je n’étais pas LE dernier à avoir appliqué.  N’empêche que j’ai attendu que la majorité des candidats soumettent leur vidéos avant d’en produire un bien meilleur.  Et lorsque Québécor l’a mis en ligne, même si quelqu’un aurait voulu faire mieux que moi, il n’aurait jamais eu le temps.  Ainsi, en étant l’un des derniers, j’ai été littéralement le premier.

4) La bourse d’album de BD.
Il y a quelques années, un festival de BD offrait une bourse destinée à ceux qui travaillaient à créer leur premier album.  Le projet le plus intéressant se méritait mille dollars, et une table au festival de l’année suivante pour présenter son album.  J’ai donc mis en application ce que j’ai appris lors de l’anecdote de l’Obsédé Textuel : J’ai attendu le dernier jour de la date de tombée pour soumettre mon dossier.   Parmi les premiers dossiers qu’ils avaient reçu, et fort probablement tous lus dès la réception, il y en avait certainement dont la qualité devait être égale ou supérieure à mon projet.  Mais voilà, ils avaient été lus depuis une, deux, trois semaines.  Non seulement le charme de la nouveauté n’y était plus, les juges avaient amplement eu le temps d’en oublier.  Alors quand ils ont reçu mon projet, il avait le charme de la nouveauté, et il était tout frais dans leur mémoire au moment de prendre la décision.  Nul doute que ça m’a grandement aidé à remporter la bourse.

Il y en a qui vont dire : « Oui, mais tu ne trouverais pas ça mieux, de savoir sans l’ombre d’un doute, si tu aurais réussi, sans avoir recours à ces trucs? »  À ça je réponds que oui, dans un monde idéal, je préférerais.  Mais voilà, nous ne sommes pas dans un monde idéal.  Quand tu constates que la valeur des choses et des gens dépendent entièrement du moment où la dite chose ou personne se pointe, c’est là que tu réalises que la valeur psychosociale n’est ni une valeur sure ni une qui est constante.

Lorsque j’étais plus jeune, je frustrais toujours face à ce genre de situation.  Je prenais toujours la peine d’être le premier à donner ma candidature, histoire de montrer mon sérieux et mon désir d’avoir la place, et j’étais parfaitement qualifié.  Mais trop souvent, il arrivait exactement ça : Un dernier arrivé, quand ce n’était pas carrément un retardataire, souvent moins qualifié que moi, qui se retrouvait avec le poste.  Ça me révoltait!  Je protestais!  Je dénonçais!  Mais tout ce que ça m’apportait, c’était le mépris de la part des patrons qui n’aiment pas se faire dire qu’ils ont fait une erreur de jugement.  Ça me valait aussi des accusations d’être un loser jaloux du succès des autres. 

Avec le temps, j’ai fini par accepter le fait que ces faiblesses de comportements et de méthodes sont universelles, perpétuelles et éternelles.  Oui, les gens vont toujours avoir leur jugement influencé par le charme de la nouveauté.  Et oui, beaucoup de méthodes de classements, de choix et de qualifications sont imparfaites et ne mettent pas les candidats sur le même pied d’égalité.  Et non, ce n’est pas moi qui va pouvoir y changer quelque chose.  Il me reste donc deux choix : Ou bien je passe le reste de ma vie comme un loser frustré à brailler que c’est injuste.  Ou bien j’exploite ces failles à mon avantage et je suis un winner satisfait.

Il y en a qui vont voir cette méthode d’un mauvais œil.  Laissez-moi pourtant vous faire remarquer que vous connaissiez déjà ce principe depuis longtemps, et que vous l’avez toujours vu de manière positive.  Ça s’appelle « Être au bon endroit au bon moment. »   

La différence, c’est qu’avec ma méthode, je ne laisse pas mon sort aux mains du hasard comme un irresponsable.  Ce que je fais, c’est prendre le contrôle de ma vie.

L’approche positive face à l’adversité, 2 de 2 : L’utilité sociale du fumier

Tel que j’en ai parlé dans le billet précédent, il fut une époque où je pétais un câble solide face à tout manque de respect envers ma personne. Sur internet du moins, car étrangement les gens sont beaucoup plus polis en personne.  Après sept ans, en réalisant que ça m’apportait plus de problèmes que de solutions, j’ai décidé de changer d’approche. Finie la réplique. Finie la vengeance. Désormais, j’allais affronter les médisances avec calme, intelligence, stratégie et patience. Mon but : En tirer avantage. Désormais, quand on allait me lancer de la merde, j’allais en faire du fumier. Parce que le fumier, ça nourrit, ça renforcit, ça fait grandir. Bon, à condition d’être végétal, mais vous comprenez le symbolisme.

Arrive donc ce gars qui a décidé, il y a quinze ans, de porter atteinte à ma réputation, et qui n’a jamais arrêté depuis. Croyant probablement que j’allais leur offrir un bon show de sautage de coche, plusieurs personnes m’ont rapporté de leur propre chef ce qu’il disait à mon sujet, tout le long de ses quinze années de salissage : Paroles, copier-coller de conversations privées, extraits de textes, captures d’écran de son Facebook… Que de la haine et du mépris. Malgré tout, je n’ai aucune malice à son égard. Voilà pourquoi je vais protéger son identité en l’appelant Moron Fumier.

Pour être franc, je n’ai jamais compris ce qui a poussé Moron Fumier à démarrer une campagne de salissage à mon sujet. Tout au plus, j’ai développé une théorie avec le temps. Et même si celle-ci peut sembler être à base de méchanceté gratuite, il reste que ce sont des faits : Moron est laid, maigre, pauvre, a habité plus de vingt ans une chambre sans salle de bain en guise d’appartement. Sans emploi régulier, il se contente de gagner tout juste de quoi survivre. Du côté des amours, on ne lui a connu qu’une seule relation, qui date du siècle dernier. Littéralement!  Il est vrai que rares sont les femmes qui envisageraient l’idée de construire un futur avec une personne qui fait zéro effort pour améliorer son sort, ses finances, sa santé, son apparence, ni faire quelque chose de sa vie. Pour toutes ces raisons et plusieurs autres dont l’énumération serait fastidieuse, Moron Fumier a une très basse estime de lui-même. Et quand on ne croit pas être capable de s’élever au-dessus des autres, on rabaisse les autres plus bas que soi. C’est ce que l’on appelle le réflexe compensatoire de survie morale.

Il se trouve qu’il y a quinze ans, je traversais moi-même une période sans issue dans laquelle j’étais très bas. Comme lui, je n’avais pas d’emploi régulier. Je gagnais tout juste de quoi survivre. Toutes mes tentatives de me trouver un emploi régulier se soldaient par un échec. Et pire que lui : À cause de la mère de mes enfants, si mes revenus dépassaient le seuil de la pauvreté, alors elle me tomberait dessus avec une pension, et je recevrais des factures mensuelles du Centre Jeunesse de Québec plus onéreuses que mon propre loyer. Impossible de survivre à ça, à moins de gagner deux fois et demi le salaire minimum. J’étais donc condamné à la médiocrité. Alors pour Moron, j’étais quelque chose dont il avait besoin pour se sentir mieux avec lui-même : Une personne encore plus loser que lui.

Lorsqu’il a commencé à dire de la merde à mon sujet dans notre milieu, j’ai su que l’opportunité était venue de voir si j’étais capable de transformer cette merde en fumier. Heureusement, de mes sept ans de fréquentations catastrophiques de forums (voir billet précédent), j’avais tiré quelques leçons. Et ce sont celles-ci qui m’ont permis de tirer stratégiquement avantage de la situation.

LEÇON 1 :   Sur internet, quand on t’attaque, tu es la victime et il est l’agresseur. Mais si tu répliques, alors vous êtes deux caves qui s’obstinent sur des niaiseries.
Telle est l’opinion publique. C’est triste mais c’est ça. Ma stratégie fut donc de ne jamais répliquer, ni à Moron Fumier, ni à qui que ce soit, ni sur le net ni en personne. Et si on m’en parlait, j’évitais le sujet. Ça a porté fruit. Au bout de deux ans, les gens se demandaient pourquoi il faisait une telle fixation sur moi. Après quatre ans, ils qualifiaient la chose de harcèlement. Après six, ils en sont venus à se demander s’il n’était pas un gai en déni car son comportement avait tout de l’amoureux éconduit. Aujourd’hui, après quinze ans, j’ose à peine imaginer ce qu’ils croient.
Avantage que j’en ai tiré : Aux yeux de tous, je reste blanc comme neige. Seul lui démontre souffrir d’obsession malsaine.

LEÇON 2 : Le Facebook de la personne haineuse est un excellent filtre pour assainir et améliorer ta vie sociale.
Tout le long de notre vie, on va rencontrer des gens qui vont devenir nos amis. Certains d’entre eux seront des médisants, toujours prêts à penser le pire de toi. Hélas, ça peut prendre des mois, voire des années, avant que tu constates ce trait de caractère dans cette personne. Et lorsque ça arrive, il est trop tard : Elle sait plein de chose sur toi, et peut te poignarder dans le dos et détruire ta vie. Mais lorsque Moron Fumier dit quelque chose contre moi, je peux voir tout de suite, sur les captures d’écran que l’on m’envoie, qui sont ceux qui le croient sur parole et embarquent dans ses délires. Je vois donc tout de suite qui sont les médisants du milieu.  Certains me sont inconnus, d’autres je connais de vue. Et il y en a même une coupl’ qui se comportent en ami avec moi lors des événements BD, bien que l’on ne se fréquente pas en dehors du milieu des arts.
Avantage que j’en ai tiré : Je sais de qui me méfier et à qui je peux faire confiance. Par conséquent, j’ai une vie sociale sans traitrise ni drame depuis au moins douze ans.

LEÇON 3 : Aussi étrange que ça puisse paraître, la médisance extrême contre toi va t’attirer des gens bien.
En bien, en mal, en autant qu’on en parle, que dit le cliché. J’ai pu constater moi-même qu’en effet, il n’y a pas de mauvaises formes de publicité. En juin 2015, ça faisait sept ans que je ne travaillais plus dans le milieu de la BD. Pour une raison quelconque, Moron Fumier a décidé de repartir en campagne de salissage intensive à mon sujet. Tellement que ça a amené les gens à chercher des traces de mes écrits sur le net pour voir si je suis vraiment tel que décrit.  Certains d’entre eux m’ont ensuite écrit pour me dire avoir été, et je cite, « agréablement surpris par ce qu’ils ont vu » sur mes blogs. Il y en a même un, organisateur d’événements BD, qui m’a proposé un deal : Si je pouvais mettre le contenu d’un de mes blogs BD sous forme de publication, il m’offrirait gratuitement une table à un festival.  Ainsi naquit l’Héritage Comique. J’ai imprimé 100 copies qui furent aussitôt écoulées. Dans cet événement BD, j’ai rencontré l’éditeur du recueil érotique Crémage, qui m’a proposé de revenir à la BD pour sa publication. Ça m’a rapporté de très bonnes critiques et des encouragements pour revenir à la BD et faire un album.
Avantages que j’en ai tiré : En voulant s’assurer de me faire une mauvaise réputation auprès des intervenants de la BD, Moron m’a fait une bonne réputation auprès d’eux. En voulant s’assurer que ma carrière ne redémarre jamais, Moron a redémarré ma carrière. En voulant m’empêcher toute vie sociale, Moron m’a apporté une vie sociale avec des gens bien, où règnent le respect et l’harmonie.

LEÇON 4 : Le public voit le haineux sans adversaire comme un clown, et il adore le provoquer.
Il n’y a rien qui amuse plus les gens qu’un vieux moron qui aboie dans le vide.

Ça porte les gens à le provoquer. Et en effet, d’après ce qu’on m’a rapporté, plusieurs personnes s’amusent à le piquer en lui parlant de moi. On me cite, on écrit des commentaires à mon sujet sur ses statuts de Facebook, on va même lui envoyer mon compte en tant que suggestion de nouveau contact Facebook. Tout ça pour se moquer davantage de ses réactions.
Avantage que j’en ai tiré : Je n’ai même pas besoin de l’attaquer ni de m’en moquer pour son obsession envers moi. D’autres le font. Non pas pour moi. Non pas à cause de moi. Mais bien de leur propre chef, parce que son obsession irraisonnée est risible.

LEÇON 5 : C’est un cliché, mais bon : Le succès est la meilleure revanche.
Et c’est d’autant plus vrai quand la personne a besoin de s’accrocher à l’idée que tu puisses être plus loser que lui. Par exemple, pendant des années, il a tenté de me faire passer pour un misogyne condamné au célibat. Imaginez sa réaction lorsque je me suis mis en couple avec une militante féministe, de 20 ans ma cadette, ex-mannequin, et fortement convoitée par les hommes du milieu. Et elle n’a jamais hésité à me dépeindre à ces gens comme étant à l’extrême opposé de l’image que Moron colporte de moi. Il a ensuite avancé l’idée que j’étais un pathétique loser qui tentait de revivre la gloire née de ses BD passées. Il a très mal digéré d’apprendre qu’en fait, j’avais une nouvelle série, La Clique Vidéo, qui m’a fait remporter la bourse Jacques Hurtubise de la nouvelle création d’album lors du Festival de BD de Québec de 2017.
Avantage que j’en ai tiré : Il a perdu toute crédibilité dans ses délires à mon sujet. Avant, les gens le laissaient parler sans répliquer. Mais sa tentative de campagne de protestation contre mon prix a fait qu’ils ont commencé à lui demander de se justifier. Parce que si j’ai remporté ce prix, il fallait bien que je sois qualifié. Tout ce qu’il a trouvé à répondre, c’est que je n’aurais jamais reçu un tel prix si nous avions été en 1999-2000. Ainsi, il a démontré publiquement que s’il voulait trouver des arguments contre moi, c’était tout comme sa vie sexuelle: Il lui faut remonter au siècle dernier. Comme me l’a dit en riant celle qui m’a rapporté cette anecdote : « Pour un gars qui prétend cracher sur la nostalgie, il est pas mal accro au passé. »

Jusque-là, ces avantages et gains n’étaient que passifs. Car en effet, si je les ai eus, c’est parce que je ne faisais rien. Mais voilà, je suis un homme d’action. Et si j’ai pu avoir tout ça en ne faisant rien, qu’est-ce que ça va être le jour où je vais agir?

Je me suis donc questionné sur la manière de répondre à ses attaques de manière active plutôt que passive. De vraiment faire l’effort de transformer en fumier la merde qu’il lance dans ma direction. Le défi ici, c’est de réussir à faire ça tout en restant inactif contre lui, puisque je ne dois surtout pas m’abaisser à son niveau. La question est-donc : Comment pourrais-je faire ça?

La réponse à cette question, c’est Moron Fumier lui-même qui me l’a fournie.

Une amie que l’on a en commun sur Facebook a un jour posté une publicité à base de jeu de mots qu’elle trouvait douteux. Étant moi-même un roi du calembour, je n’ai pu m’empêcher de lui en écrire un en commentaire. Aussitôt, Moron a répondu. Non pas au post lui-même, mais directement à mon commentaire. Il a écrit : « Le jeu de mot est la plus basse forme d’humour! »

Après toutes ces années, il ne se contentait plus de parler contre moi aux autres. Cette fois, il s’adressait à moi directement. C’était une provocation publique. Et je connais trop bien la mentalité de masse sur le net pour voir que pour celle-là, pas moyen de m’en tirer.  Ou bien je réponds, et je sors de la zone victime de harcèlement et je passe à celle du cave qui s’engueule pour des niaiseries. Ou bien je ne réponds pas, et je suis un lâche qui s’invite par le fait même à d’autres attaques directes publiques. J’ai donc appliqué la seule solution pour éviter ce cirque : Effacer mon commentaire, faisant disparaître du même coup sa réplique. Le tout n’est pas resté sur le net plus que dix secondes, trop peu pour que quiconque l’ait vu. Alors s’il en parle, il n’aura aucune preuve, et ça va encore passer pour l’un de ses délires.

Ceci étant réglé, je me suis penché sur la phrase qu’il m’avait écrite.  Voyez-vous, je suis un solutionnaire.  Le genre de personne qui ne se contente pas de dissimuler un problème.  Quand il y en a un, je l’aborde et je le règle.  Aussi, lorsque l’on me fait une remarque négative, au lieu de la qualifier de connerie sans pertinence, je réfléchis sur la crédibilité de celle-ci.  Si la remarque est pertinente, je règle le problème.  Si elle ne l’est pas, je passe à autre chose.

Étant grand lecteur de bande dessinée, je sais que les jeux de mots sont en grande partie responsables du succès de la série Achille Talon.  J’ai ensuite pensé à la carrière de François Pérusse qui date de 1990, et qui se base sur les jeux de mots. Ça fait presque trente ans que sa carrière ne dérougit pas : Série d’albums, émissions de télé, dessins animés, contrats publicitaires, carrière en Europe… Et bien avant lui il y avait Sol, personnage du regretté Marc Favreau, dont les monologues n’étaient que ça, des jeux de mots. Et ça en a fait le plus noble de nos humoristes.  Alors quand Moron affirme que le jeu de mot est la plus basse forme d’humour, c’est n’importe quoi, comme d’habitude.

D’ailleurs, je suis bien placé pour le savoir, puisque je suis l’auteur du premier texte viral québécois d’internet, une liste de noms de famille composés qui forment des jeux de mots.  Voilà plus de 20 ans que toute la planète francophone se la partage et la publie dans tous les médias sous toutes ses formes: Courriel, page web, forum, Facebook, journaux, télé, radio…

Constater ceci m’a fait prendre conscience d’une évidence qui aurait dû me sauter aux yeux depuis le début : Moron Fumier est le roi des mauvaises décisions de vie. Car pendant toute sa vie adulte, ses opinions, ses gestes, ses décisions, sont toujours allés à l’encontre de la logique, du bon sens et des faits. Juste sa campagne de salissage contre moi le prouve. Passer quinze ans à s’acharner à me dépeindre d’une manière qui est totalement l’inverse de tout ce que tout le monde peut voir de leurs propres yeux, et continuer quand même de penser que ça puisse être crédible. Vraiment, la logique de ce gars-là est une boussole qui pointe vers le sud.

Et ça, ça voudrait dire que pour avoir du succès et réussir sa vie, il faut faire le contraire de ce que pense Moron Fumier.

J’ai alors commencé à réfléchir sur les manières de tirer avantage des jeux de mots. Mais à part ma liste de noms composés, je ne voyais pas. J’ai alors laissé faire les jeux de mots, et j’ai passé à une autre de ses paroles haineuses que l’on m’avait déjà rapporté : « Je crache sur la nostalgie. »

S’il crache sur la nostalgie, ça veut dire que le reste du monde adore ça.

Le reste du monde étant un gros morceau, j’ai commencé modestement par le coin de pays d’où je suis originaire; La Montérégie. Il se trouve que dans mes tiroirs et vieilles boites, j’ai des photos, des articles, des cartes postales, et plein d’autres vieilles choses en provenance de cet endroit. Puisque ma famille y a vécu pendant quatre génération, c’est un sujet que je connais très bien et ce n’est pas le matériel à montrer qui me manque. J’ai donc créé, sur Facebook une page nostalgique de la Montérégie d’autrefois. Ça a décollé de manière fulgurante et ça n’arrête pas. Au moment d’écrire ces lignes, nous sommes rendus à 2 550 abonnés.

Parmi eux, je me suis fait contacter par plein de gens ravis des souvenirs que je leur rappelais. Ça va du simple citoyen jusqu’à la Mairie.  De l’organisme à but non lucratif à la compagnie multimillionnaire.  De la famille de fondateurs d’industries à la famille de grands artistes de réputation internationale. Et vous voulez savoir ce que ça m’a rapporté, cette page, depuis quelques mois?

  • Un contrat d’article dans un magazine régional.
  • Un contrat pour faire un calendrier régional
  • Un poste au sein d’une fondation au nom d’un grand artiste disparu.
  • Un projet de livre biographique à son sujet.
  • Un autre livre, celui-là en chantier, au sujet d’une grande industrie régionale.
  • Un contrat pour animer une conférence au sujet de la région d’autrefois.
  • Que des contacts, tous positif, dans les hautes sphères de la société de l’endroit.

Vous constaterez que je reste vague, ne nommant pas les sujets, et encore moins les municipalités impliquées. C’est en rapport aux clauses de confidentialité. Mais vous ne perdez rien pour attendre, je ne vais certainement pas manquer de m’en vanter ici lorsque ces projets seront accomplis. Et ce ne sont que les premiers. C’est bien parti pour se succéder à vitesse folle.

Et à cette liste, je peux même rajouter l’amour. Je vous avais glissé un mot à ce sujet il y a quelques billet de cela. Eh bien oui, j’ai trouvé l’amour, le vrai, avec celle qui partagera le reste de ma vie. C’est une femme de mon ancienne région, de ma génération, ancienne camarade de classe qui me regardait à l’époque sans trop oser m’approcher, aujourd’hui musicienne de renom, fille d’un grand peintre internationalement reconnu. Nous avons tellement en commun, dans notre passé, dans nos goûts, notre mentalité, nos personnalités, que nous sommes indéniablement faits l’un pour l’autre. Et en combinant son salaire, le mien, et tout l’argent supplémentaire que me procurent ces contrats, nous avons l’œil sur une petite maison ancestrale avec stationnement, garage et terrain, où nous irons vivre ensemble l’an prochain. Après trente ans d’exil, je reviens enfin chez moi. Je suis parti de là en tant que fils du BS du village, méprisé de tous. J’y reviens en tant que l’historien du citoyen, apprécié de tout le monde.

À 51 ans, cette vie que je n’avais que jusque-là rêvée est enfin devenue réalité. Et tout ça parce que j’ai choisi de faire face à l’adversité de manière constructive plutôt que destructive.

Lorsque l’on te lance de la merde, tu as deux choix. Tu peux répliquer de la même façon, et vous finissez aux yeux de tous comme deux porcs qui se chient dessus non-stop. Ou bien, comme je le répète souvent, tu peux prendre cette merde et en faire du fumier. C’est ce que j’ai fait. Et grâce à cet engrais, jamais ma vie n’a été aussi florissante.

À tous ceux qui attendent depuis quinze ans que je prenne ma revanche sur Moron Fumier; Vous perdez votre temps.  Vrai, toute ma vie jusqu’en 2003, j’étais partisan de la vengeance. Mais ça ne m’a jamais rapporté autre chose qu’une petite satisfaction à court terme, et des ennuis à long terme. Voilà une décennie et demie que je ne me venge plus, mais ça ne fait pas de moi une victime volontaire et passive pour autant. Avec du calme, de l’intelligence, de la stratégie et de la patience, il y a toujours moyen de tirer avantage du négatif que la vie et les gens nous apportent. C’est ce que j’ai fait en partant du commentaire haineux que m’a adressé directement Moron au sujet des jeux de mots, afin de trouver la formule gagnante qui vient de m’assurer succès et prospérité pour le reste de ma vie.

Et voilà pourquoi jamais je ne ferai quoi que ce soit contre Moron. C’est peut-être un fumier. Mais c’est MON fumier!