L’autre rupture qui régla tous mes problèmes, 2 de 3 : l’évolution est une route solitaire

On connait tous l’histoire classique de celui ou celle qui rate plusieurs opportunités de faire quelque chose de bien de sa vie, et qui blâme les autres pour ses échecs en les accusant d’être la source de tous ses problèmes. Ceci est ce genre d’histoire.  Voilà pourquoi le sous-titre de ce billet est l’évolution est une route solitaire.  Parce que ce n’est pas une théorie.  C’est un fait vécu.

À ceci près que d’habitude, la personne qui lance le blâme est en situation d’échec.  Tel que vu dans le billet précédent, ce n’est plus mon cas.  J’ai un travail que j’aime, dans lequel je suis compétent, avec un excellent salaire.  Travail qui m’oblige à avoir une auto (gage de réussite dans mon cas personnel) au point où celle-ci et son utilisation me sont partiellement remboursés.  À 54 ans, je commence enfin à vivre la vie normale d’un adulte normal.

D’accord, il a fallu un hasard inouï pour que cette opportunité de travail me tombe dessus. Et sur Facebook Rencontres en plus.  N’empêche que ce travail correspond en tout point à la formation que je suis allé chercher il y a deux an et demi, et à l’expérience que j’ai ensuite acquise dans le domaine.  C’est l’une des rares fois dans ma vie où j’ai vécu le proverbe Aide toi et le Ciel t’aidera

Donc, Pourquoi l’évolution est-elle une route solitaire?
Dans le meilleur des mondes, toute personne doit sa réussite à l’aide que lui a apporté son entourage.  Encouragements, aide financière et matérielle, coup de main, etc.  Du moins, c’est ainsi que ça se passe dans le monde présenté en fiction dans les livres, à la télé, au cinéma. Et aussi par les Beatles avec I’ll get by with a little help from my friends.

Or, dans la réalité, les choses ne se passent que rarement ainsi.  En parcourant certains de mes billets on peut constater que dans les faits, l’entourage est au contraire un obstacle à l’évolution. Par exemple: (Les liens ouvrent un nouvel onglet)

Dans Général Menteurs, le post-scriptum: L’allergie aux changements, je raconte comment la mère de mes enfants, rencontrée alors que je commençais ma vingtaine au bas de l’échelle, a tout fait pour m’empêcher d’évoluer. En voici un extrait:

Quand on part de rien, on est entouré de gens de rien.  Et dans mon cas, « partir de rien », c’était avoir un travail au salaire minimum qui ne demandait pas d’expérience.  Je suis devenu pâtissier dans un Dunkin Donuts.  Pendant les deux ans et demi où j’ai exercé ce métier, j’ai constaté que 80% de mes collègues de travail n’avaient même pas leur secondaire III, et parmi eux la moitié avaient un dossier judiciaire.  Pour eux, travailler au Dunkin, c’était le maximum qu’ils pouvaient atteindre.

Et c’était le cas de Kim.  Alors quand on a commencé à sortir ensemble, elle s’attendait à ce que je sois un gars sans avenir, comme la majorité de nos collègues.  Mais en voyant que j’avais de l’ambition, elle craignait que je m’élève au-dessus d’elle.  Ne pouvant pas elle-même s’élever au-dessus de sa classe d’origine, il lui était donc logique que si je m’élève, je la quitte.  Elle a donc lâché la pilule sans m’en parler, pour me forcer par responsabilité paternelle à rester avec elle, dans les bas-fonds.  Parce qu’il était plus facile pour elle de faire en sorte que les choses restent comme elles le sont, plutôt que d’accepter que ça puisse changer. Même si ce changement était une amélioration. 

Et lorsque je suis retourné aux études, histoire de ne pas élever nos enfants dans la pauvreté, même chose.  Maintenant diplômé, je pouvais aspirer à de meilleurs emplois, donc un meilleur salaire.  Mais au lieu d’accepter que je puisse changer notre vie pour le mieux, elle a préféré tout saboter pour que les choses restent comme elles sont.  Elle aurait pu m’aider à nous construire, elle a préféré me détruire. Et elle l’a fait en me laissant le choix entre cesser les études, ou me faire expulser de la maison par la police sous des accusations mensongères.  J’ai choisi d’évoluer. 

Ne l’acceptant pas, elle passera les deux décennies suivantes à utiliser les enfants et la pension alimentaire pour toujours m’empêcher de m’élever au-dessus des conditions de vie d’un pauvre.  Ce qui fait que même lorsque je gagnais le double du salaire minimum, j’avais encore moins d’argent pour vivre que lorsque j’étais au Dunkin.  Quant à elle, étant sur le BS, son chèque était amputé du montant de ma pension, par conséquent elle continuait de vivre dans la pauvreté à laquelle elle était habituée. 

Et dans Général Menteurs 10e partie: 21 ans plus tard, l’exorcisme, je raconte comment, à l’aube de mes 30 ans, je me fais une amoureuse d’une famille riche. Ça se passe juste au moment où je termine mes études et me trouve un bon emploi qui me rapporte dès le départ le double du salaire minimum. Mon beau-père est un patron très haut placé chez GM, d’où sa fortune. Dans un monde idéal, il aurait été impressionné par mon évolution, et il m’aurait même offert un emploi encore meilleur que celui que j’occupais. Mais lui, en apprenant mes origines de pauvre, il a décidé que je n’étais pas l’homme qu’il faut à sa fille. Afin de me remettre à ma place, il utilise son influence de manière à me faire perdre mon emploi, me prend dans une arnaque qui me ruine financièrement, et me provoquer une dépression. Cette anecdote est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai refusé de me procurer une automobile avant mes 54 ans.

Et comme je dis dans Témoignage d’un ex-gros, 1 de 2, même lorsque tu entreprends quelque chose d’aussi positif à tous les niveaux que de te mettre en forme et perdre du poids, aucune personne de ton entourage ne va t’encourager à atteindre ton but. Dans le meilleur des cas, tu auras droit à une opinion neutre dans le style de « L’important c’est que tu te sentes bien dans ta peau. » Mais sinon, ils tenteront tous te convaincre de rester tel que tu es.

Quatre des quatorze billets de ma série Pas obligé de rester loser expliquent que pour réussir son évolution personnelle, il faut inévitablement se débarrasser de son entourage. Les billets sont :

1e partie: Le mythe du winner où j’explique que le fait d’avoir un winner comme meilleur ami ne te garantit pas de devenir winner toi-même. En fait, c’est l’inverse, puisque son statut de winner fait qu’il s’empare (ou qu’on lui donne) le peu de wins qui te seraient revenus de droit.

Dans la 4e partie: La nécessité de changer d’amis, je démontre que lorsque l’on a des amis, c’est parce que ceux-ci sont confortables avec nous et avec ce que nous sommes.  Hélas pour le loser, ça signifie qu’ils connaissent ton statut de loser, et c’est comme ça qu’ils t’apprécient. C’est le rôle qu’ils t’ont assigné dans le groupe, et toute tentative d’en changer ne fera que les déranger, puisque ça les tirera hors de leur zone de confort.  Leur premier réflexe sera alors de tenter de garder les choses telles qu’ils les ont toujours connues, en te sabotant et en te rabaissant.

Et si j’ai intitulé la 7e partie: Les revoir? Pourquoi pas! Les re-fréquenter? Surtout pas!, c’est parce que j’ai moi-même brièvement re-fréquenté dans un cadre professionnel mon ex-meilleur ami Carl, après plusieurs années d’évolution sociale, éducatrice et professionnelle. Dès le départ, il me re-colle mon ancien surnom de loser, puis s’arrange pour m’en donner la réputation auprès de sa patronne. Et mon travail, bien qu’utilisé, ne m’a jamais été crédité, m’empêchant de grimper les échelons dans le domaine.

Enfin, dans la 13e partie: se tenir loin des autres losers, je démontre que si les winners vont saboter ton évolution afin de t’empêcher de les rejoindre, les losers vont saboter ton évolution dans le but que tu ne les quitte pas. Deux motivations différentes pour un seul but : te garder à ta place.

À force de vivre ce genre de situation, on finit par se rendre compte à quel point les gens qui nous entourent ont le pouvoir de décision sur notre réussite et nos échecs.  Un pouvoir dont ils se sont emparés sans notre consentement, et dont ils usent et abusent sans retenue ni considération. Alors quand je dis que pour évoluer de manière positive il faut se débarrasser de son entourage, c’est qu’il faut VRAIMENT se débarrasser de son entourage pour réussir.

Et ce n’est pas que dans mon cas personnel.  Il y a quelques années, Eric Abramovitz, l’un de nos plus talentueux clarinettistes canadien, a défrayé les manchettes de la Presse mondiale, alors qu’il avait été accepté au conservatoire Colburn à Los Angeles, le plus prestigieux et contingenté en Amérique.  Les étudiants admis dans cet établissement se voient offrir une chambre et reçoivent une bourse d’étude complète ainsi qu’une allocation pour les repas. Sa copine, ne voulant pas qu’il quitte Montréal pour la Californie, s’est fait passer pour lui en déclinant l’offre. 

Voir l‘article complet sur La Presse

Ce n’est que deux ans plus tard qu’Abramovitz, cette fois célibataire, a repassé une audition devant le même professeur qui lui a fait la première offre.  Ce dernier lui a demandé pourquoi il l’avait décliné, et c’est ainsi que la vérité fut mise à jour.

En fait, même être dans un couple harmonieux, ça peut être suffisant pour t’empêcher d’avancer dans la vie. Tel que démontré dans mon billet précédent, si ma relation avec Mégane avait continué, j’aurais fini ma vie en travaillant dans une chaine de production dans un abattoir de dindons, dans un village que je ne pourrais jamais quitter, avec un salaire me rapportant à peine plus que le chômage. En devenant célibataire, ça m’a libéré de toute attache, ce qui m’a permis de partir à l’aventure, décrochant au loin un travail qui me rapporte le triple du salaire minimum. L’amour me gardait pauvre et sans avenir. Le célibat m’a rendu prospère, avec mobilité et avenir. Ça a beau ne pas être politically correct à dire, les faits sont les faits.

Au mois de mai dernier, il a fallu que je me débarrasse de la plus grande source de sabotage de ma vie : mes propres parents. Ça n’a pas été quelque chose de facile à faire. Et ça l’est encore moins d’en parler, car l’un des plus grands tabous social est d’être un enfant ingrat. Mais quelle gratitude puis-je ressentir envers des gens qui ont toujours tout fait pour me faire perdre conjointes, amis, vie sociale, appartements, emplois, santé, argent et réputation?

Vous connaissez peut-être le phénomène des parents hélicoptères. Il s’agit de parents qui supervisent étroitement la vie de leurs enfants, en intervenant sans cesse dans celle-ci. Mais alors que les parents hélicoptères surprotecteurs normaux ont comme but la réussite de leur progéniture, les miens au contraire n’ont toujours eu comme but que de m’isoler et me faire tout perdre, afin que je reste éternellement dépendant d’eux.

Or, pardonnez mon manque de modestie, mais je suis mille fois plus évolué, intelligent et débrouillard que les boomers pauvres et inéduqués qui me servent de parents. Ainsi, la seule manière pour que je puisse dépendre d’eux, ça serait en étant socialement plus bas qu’ils le sont. Dans mon cas personnel, ça signifie, comme je le dis plus haut, perdre conjointe, amis, vie sociale, logis, emploi, santé, argent et réputation. Il n’y a que là qu’ils puissent intervenir en se donnant le beau rôle, celui de bons parents qui aident leur fils unique, en l’hébergeant. Consciemment ou non, ils sont certainement arrivés à cette conclusion. Ça expliquerait pourquoi ils m’ont fait vivre cette situation quatre fois.

Le plus pathétique dans ce comportement, c’est qu’ils ne se rendent probablement même pas compte qu’ils agissent ainsi. Car, désolé encore, ils sont juste trop stupides pour être capables de planifier de si élaborées manœuvres de manipulation. N’empêche que dès qu’ils rencontrent quelqu’un que je côtoie, ils déduisent instinctivement ce qu’ils doivent lui dire afin de s’assurer que cette personne décide désormais de me tenir à l’écart.

Vous voulez des exemples? J’en ai cent. J’en ai mille! Mes prétentions de sagesse est un blog dans lequel j’ai écrit plus de 500 billets depuis sa création en avril 2009. Eh bien, je pourrais en créer un autre, que j’intitulerais Un câble d’acier ombilical, dans lequel je raconterais tous les agissements que je leur reproche, et la quantité de texte serait encore plus volumineuse. Et je n’exagère pas. Mais pour l’exemple, je ne vais donner que l’un des plus récents et des plus aberrants : Mon déménagement de Montréal vers Sherbrooke.

Dans ma série de quatre billets Le jour où tout a basculé, j’avais raconté que depuis 2016, j’étais surintendant dans une usine de portes et fenêtres. Jusqu’au 15 février 2018, alors qu’une chute dans un escalier verglacé m’a fendu la vertèbre T5, juste entre les omoplates, m’interdisant tout travail physique pour au moins huit mois. J’aurais pu passer tout ce temps à glander en vivant sur 51% de mon salaire, tel que me l’allouait mon chômage de maladie. J’ai préféré évoluer. Puisque la position assise était la plus confortable pour moi, j’ai décidé de me trouver un travail de bureau. En mai, j’en ai décroché un, à La Firme de Sherbrooke. Car tel que décrit dans le 3e billet, malgré mon CV de concierge, j’ai su les impressionner lors de l’entrevue d’embauche. Mon meilleur emploi et salaire jusque-là.

Ce que je me suis abstenu de préciser dans ces billets, c’est que je réalisais enfin mon vieux rêve. Recommencer ma vie dans une ville inconnue, ce qui me permettrait de prendre ma mesure en partant de rien, et surtout à l’abri de la supervision parentale. Évidemment, il a bien fallu que je leur annonce que je déménageais.

Le lendemain, ma mère m’appelle toute heureuse, pour m’annoncer qu’ils ont remis leur loyer et qu’ils vont me suivre à Sherbrooke. Là-bas, loin de leurs familles et amis, j’allait être leur seule et unique vie sociale. Le rêve de toute une vie venait de se transformer en cauchemar avant même d’avoir commencé.

Mon séjour a débuté avec eux qui se sont imposés chez moi, y habitant pendant les six premières semaines. Dans cette période, ils ont réussi à me mettre en froid avec le concierge en allant plusieurs fois vider la litière à chats dans mon bac de recyclage. Et avec mes voisins d’en dessous, en allant vider le porte-poussière par-dessus mon balcon, sur leur linge propre qui séchait sur la corde. Malgré toute ma patience et mon self-control, je n’arrivais pas toujours à garder mon calme face à cette exaspération que je subissais de manière quotidienne dans mon propre logis.

J’ai pris bien soin de leur trouver un appartement éloigné, à 11 km de là. Afin de prolonger leur séjour chez moi, mon père est allé rencontrer mon propriétaire et il lui proposa ses services pour pas cher, afin de rénover mon appartement. Il a fallu que j’intervienne en disant clairement à mon propriétaire que je paye pour occuper un logement et non un chantier, et que je refuse que soient entrepris de tels travaux pendant que j’y habite. Ça fait six semaines que je suis envahi, ça suffit! De par mon passé de concierge, je suis très au fait des lois de la Régie du Logement (Aujourd’hui le Tribunal Administratif du Logement) Le proprio m’a fait ses excuses. Pour sa défense, mon père lui avait dit mensongèrement que je le savais et que j’étais d’accord.

Malgré mes efforts pour les garder loin de chez moi, qu’est-ce que 11 km quand on a une auto et tout son temps libre parce que retraités? Ils ont continué de m’imposer leur présence partout, comme ils ont toujours eu l’habitude de faire : Chez moi évidemment. Mais aussi à l’épicerie, puisque j’habitais près d’un Maxi. Et aussi à mon gym, où je devais servir de coach à mon père, ce qui ne me laissait pas le temps de m’entrainer. Là encore, faisant obstacle à une facette de mon évolution.

Il était fichu, mon beau plan pour refaire ma vie correctement en repartant à zéro. Comment voulez-vous que je puisse me faire une vie sociale et amoureuse avec mes parents qui me collent au cul?

Ils allaient même m’attendre de leur propre chef dans le parking de mon travail. Et ils s’y présentaient plusieurs heures avant que je termine, ce qui leur permettait d’aller jaser de moi à mes collègues et patrons lorsque ceux-ci sortaient diner ou en pause cigarette. Et c’est comme ça qu’ils ont pourri ma réputation auprès d’eux, ce qui a provoqué mon renvoi en janvier 2020, après un an et neuf mois à cet emploi.

Entretemps, je m’étais fait une copine d’une manière dans laquelle mes parents ne pouvaient pas intervenir. Un an plus tôt, Nathalie, une ancienne camarade d’école de mon Mont-Saint-Hilaire d’origine m’avait retracé sur Facebook, et on est devenus amants, puis couple officiel. Et ceci me donna une issue de secours afin de ne pas redevenir dépendant de mes parents en perdant mon emploi, alors qu’elle et son fils m’invitèrent à aller vivre avec eux.

Durant les cinq mois où nous avons cohabité, il m’est arrivé à quatre reprises de sortir seul pour une ballade à pied. Sur ces quatre fois, avant même que j’ai eu l’occasion de parcourir cent mètres, il y en a trois où j’ai croisé mes parents qui passaient dans le coin. Oui, alors que j’habitais à St-Hilaire, et qu’ils habitaient toujours à Sherbrooke, à 130 km de là.

Ils ont toujours prétendu que leur présence en région était à cause de rendez-vous à la ville voisine de Beloeil. Par conséquent, nos rencontres près de chez Nathalie n’étaient que le fruit du hasard. Je veux bien croire qu’en effet, ils ont toujours continué de garder les mêmes cliniques, médecins, pharmaciens. Mais qu’ils se trouvent dans ma ville, sur mon chemin, trois des quatre rares fois où je sors seul, par hasard? Alors qu’ils habitent encore à Sherbrooke qui est, je le répète, à 130 km de là? C’est un peu gros comme coïncidence, vous ne trouvez pas?

Du reste, je n’ai en effet habité chez Nathalie que pendant cinq mois. Soit jusqu’à ce que mes parents, Nathalie et mon beau-fils se rencontrent. Devant moi, mes parents étaient courtois. Mais lorsque l’on m’envoyait chercher des choses à l’épicerie ou au restaurant, ils en profitaient pour raconter les pires vacheries à mon sujet à Nathalie et son fils. Entre autres, en se plaignant comme quoi « À Sherbrooke, on faisait tout pour lui, et il nous faisait l’air bête et il nous engueulait. »

En trois petits visites étalées sur deux semaines, mes parents leur ont raconté tellement de merde à mon sujet que mon beau-fils en est venu à me craindre. Quant à Nathalie, face à de telles révélations, elle en arriva à la conclusion que pendant un an et demi, ma personnalité positive, chaleureuse et altruiste n’était qu’une facette. De la manière dont mes parents m’ont dépeint, j’étais une bombe à retardement qui risquait de leur exploser dessus sans préavis à la moindre contrariété. Le défunt mari de Nathalie, le père de son fils, était un homme violent, et ils craignaient par-dessus tout de retomber dans le même genre de situation avec ce même genre d’homme à la maison. Et à quoi s’attendre d’autre d’un fils ingrat de 51 ans qui traite si mal ses propres parents?

Après dix-huit mois de relation harmonieuse et sans histoire, dont les cinq derniers à cohabiter, ni Nathalie ni son fils ne pouvaient endurer l’angoisse que mes parents ont fait naître en eux à mon sujet. Ils m’ont donc jeté à la rue.

21 juin, le premier jour de l’été 2020, à un mois de mes 52 ans. Assis sur ce banc de parc, je contemple la merde qu’est devenue ma vie, en me demandant bien comment est-ce que j’ai pu en arriver là après tous les efforts que j’y ai mis. Encore une fois, cette vie adulte normale j’avais tant travaillé pour me construire venait d’être détruite. Conjointe. Logis. Carrière. Argent. Réputation. J’avais tout perdu. Il m’était déjà arrivé à trois reprises par le passé d’être obligé de repartir ma vie à zéro. Mais là, c’était la première fois que je me retrouvais itinérant. J’avais toujours l’option de retourner vive chez mes parents, comme les fois précédentes. Mais ça aurait signifié abandonner mes cours de formation de préposé aux bénéficiaires, à cause de la distance entre mon école et le logement de mes parents.

Et c’est là, soudainement, que je prends conscience de cette réalité que j’étais jusque-là trop naïf pour remarquer: Ça ferait quatre fois, depuis le début de ma vie adulte, que je suis obligé d’aller retourner vivre chez mes parents. Ce n’est pas normal. Il peut arriver dans la vie de certaines personnes qu’un malheur les y oblige à une occasion. Mais quatre fois? Je répète, CE N’EST PAS NORMAL!

Et c’est là que je réalise enfin que mes parents ont toujours tout fait pour détruire ma vie, de manière à ce que je reste éternellement dépendant d’eux. C’est ce qu’ils ont toujours fait par le passé, et c’est ce qu’ils viennent de refaire. Et si je retourne chez eux de nouveau, je devrai en plus abandonner mes cours de formations de préposé aux bénéficiaires, ce qui m’empêchera définitivement de faire quelque chose de ma vie à partir de ce point.

Ils ont détruit mon passé. Ils ont détruit mon présent. Ils ne détruiront pas mon avenir. Plutôt la rue que de retomber entre leurs mains.

Et c’est ainsi que commencèrent mes 40 jours d’itinérance de l’été de 2020. Ce qui devint l’une des plus positives et fantastiques expériences de ma vie. Une expérience qui m’a enfin permis de prendre ma mesure, sur ma vaillance, ma débrouillardise, et surtout mon esprit aventurier jusque-là sans cesse réprimé. Une expérience qui m’a mis dans la meilleure forme de ma vie, physiquement mais surtout moralement.

N’empêche… Dans les familles normales, les parents vont vanter les qualités de leur progéniture en public, et lui parler en privé de ce qu’ils lui reprochent. Avec eux, ça a toujours été l’inverse. Parce que leur amour pour moi est tellement égoïste, qu’ils sont prêts à tout afin de s’assurer que je ne les quitterai jamais. Et être prêt à tout, dans leur cas, ça signifie faire en sorte que je perde tout ce qui puisse me rendre indépendant d’eux. Ça signifie m’isoler totalement du reste du monde. C’était le cas lorsque j’étais enfant. C’était le cas lorsque j’étais adolescent. C’est encore le cas depuis que je suis adulte. Et c’était toujours le cas à ce moment-là, à l’aube de mes 52 ans.

Mes propres parents. Les gens sur qui nous somme supposés compter toute notre vie pour nous soutenir et nous aider à évoluer. Sous leur façade de bons parents catholiques irréprochables, ils ont passé ma vie à abuser de ma confiance en étant pour moi les plus hypocrites de mes pires ennemis. Ceci est le plus triste constat de ma vie.

J’ai tenté de leur en parler. J’ai même écrit plusieurs textes que je leurs ai remis. Mais ma mère est trop orgueilleuse pour reconnaitre ses torts. Elle a juste passé les textes à la déchiqueteuse. N’empêche que mon message était passé. Aussi, pour les deux années qui ont suivi, j’ai espéré que les choses allaient changer pour le mieux. Mais encore une fois, j’étais trop naïf. On ne peut pas changer du jour au lendemain les mauvaises habitudes que l’on a ancré en soi pendant plus de 50 ans.

Le 3 mai 2022, ma patience ayant atteint ma limite finale, j’ai renié mes parents. Et mon seul regret, c’est de ne pas l’avoir fait il y a trente ans. Mais voilà, je suis un naïf de nature. Juste parce que je suis capable d’évoluer pour le mieux, j’ai toujours stupidement cru que c’était pareil pour tout le monde. Ce qui démontre au fond à quel point je suis modeste, puisqu’à mes yeux je n’avais rien de spécial de le faire. Mais il a bien fallu que je me rende à l’évidence. La majorité des gens sont incapables d’évoluer, et une encore plus grande quantité de gens ne veulent même pas faire l’effort d’essayer. Parce qu’il est beaucoup plus facile de rabaisser les autres plus bas que soi, que de mettre le temps et l’effort de s’élever à leur niveau.

Flavie, mon ex avec qui j’ai toujours de bons contacts et avec qui on se partage toujours la garde de nos deux chats à l’occasion, me l’a dit elle-même, que depuis que j’ai coupé tout contact avec mes parents, ma vie a pris un tournant positif radical.

Et voilà pourquoi le titre de ce billet s’intitule L’autre rupture qui régla tous mes problèmes, puisqu’il s’agit cette fois de ma relation avec mes parents. Et pour tous les exemples concrets que je donne dans ce billet, je peux me permettre d’affirmer, comme le dit le reste du titre, que le chemin de l’évolution est effectivement une route solitaire. Parce que pour pouvoir enfin évoluer de manière à atteindre une vie normale avec le revenu normal d’un adulte normal, il a fallu que je sois sans parents ni amis ni conjointe pour me retenir. Pour me remettre à ma place. Une place qu’ils ont choisi pour moi et qu’ils ont passé ma vie à m’imposer.

En dénonçant tout ceci, je contreviens à la règle biblique et sociale disant qu’il faut honorer son père et sa mère. Mais dans la réalité, baiser sans protection, ça ne transforme pas automatiquement un enfoiré en figure irréprochable de sainteté. Ça ne fait que lui rajouter le titre de parent. Du reste, si les parents étaient tous irréprochables, la DPJ n’existerait pas, hm!?

C’est bien beau de m’être débarrassé de ceux qui ont toujours saboté ma vie et qui m’ont empêché d’évoluer. Mais ce n’est que la moitié du problème. Je dois maintenant m’assurer de ne pas prendre leur relève en me sabotant moi-même inconsciemment. Aussi, dans le 3e et dernier billet de cette série, j’expliquerai comment je fais en sorte de m’assurer de ne pas perdre cette nouvelle vie, la meilleure que j’ai réussi à me construire jusqu’à maintenant.

La rupture qui régla tous mes problèmes, 1 de 3

On connait tous l’histoire classique de celui ou celle en couple avec une personne abusive et dépensière.  Et qui voit ensuite sa vie s’améliorer à tous les niveaux après s’être séparé de cette personne qui était la source de tous ces problèmes.

Ceci n’est pas ce genre d’histoire.

Tout d’abord, mise en contexte.  Il y a deux ans et demi, j’ai suivi une formation accélérée afin de devenir préposé aux bénéficiaires.  Formation offerte par le Gouvernement du Québec, face à la crise du manque de personnel dans le milieu de la santé, alors que les employés démissionnaient en bloc par crainte de la Covid-19 qui n’avait encore aucun vaccin à ce moment-là. 

À ma grande surprise, bien qu’étant âgé de 51 ans, j’étais le second plus jeune homme de ma classe.  Et aussi le plus beau, mes 40 jours d’itinérance ayant fait de moi un athlète.  À ma connaissance, au moins cinq femmes de cette classe se sont intéressées sérieusement à moi. Mais la majorité étant en couple avec le père de leurs enfants, elles n’étaient pas une option.  Et puis, j’ai toujours évité comme la peste les relations au travail.  Car si la relation tourne au vinaigre, il n’y a rien de pire que de d’être obligé de côtoyer son ex cinq jours par semaine.

Cependant, j’ai dû faire exception pour Mégane.  Non seulement était-elle la plus directe et la plus insistante, son langage corporel et ses réactions physiques face à moi démontraient une attirance profonde, un instinct de désir quasi-animal qui allait bien au-delà du simple caprice. En plus d’être d’une grande beauté et bien plus jeune que moi, ce qui ne gâchait rien.  Rarement ai-je eu une si grande compatibilité sexuelle avec une partenaire, et ce dès la toute première fois.  Chacun de nous était convaincu avoir trouvé son match parfait, et il était même dans nos projets de nous marier.

Si notre relation fut sans histoires, il n’en était pas de même pour les autres aspects de ma vie, alors que j’ai eu à faire avec un impressionnant nombre de problèmes. Pour ne citer que les principaux :

  • Des 16 de ma classe embauchés par le CHSLD local, je fus le 8e à être abusivement renvoyé.
  • Je me suis aussitôt trouvé du travail dans une maison pour personnes retraitées, mais celle-ci a dû fermer lorsque ma patronne a perdu sa licence (et n’a jamais voulu nous dire pourquoi.) 
  • J’ai eu droit à 50 semaines de chômage.  J’ai décidé de faire comme s’il s’agissait d’une bourse d’écriture, le prendre, et d’écrire un livre sure une facette encore inconnue sur le règne de Duplessis.  Mais à ma grande surprise, bien que la majorité des maisons d’éditions me félicitent pour mon travail de recherche dantesque (pour citer l’un de ceux-ci) aucun ne veut le publier.  Certains m’ont même recommandés des maisons concurrentes, qui n’en ont pas plus voulu.  
  • Bien que ma page Autour du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois m’ait apporté de bonnes connexions avec l’administration de la ville de Saint-Jean-Baptiste où j’habite, aucune de leurs promesses d’emploi, de poste ou de contrat ne s’est concrétisée.
  • Saint-Jean-Baptiste étant surtout une ville agricole, les perspectives d’emploi au-dessus du salaire minimum sont rares.  Et sans véhicule, impossible pour moi d’aller travailler ailleurs.

À la fin de mon chômage, ma seule option de travail était d’aller joindre l’abattoir de dindes pas loin de chez moi, à travailler sur une chaîne de production.  Et ceci me pose deux problèmes.  L’abattoir n’a qu’un seul quart de travail, le jour, du lundi au vendredi. Mégane travaille de soir et n’a pas droit au weekend, ses congés étant des jours variés en semaine.  Alors dès que je commencerai à travailler, on ne se verra plus. 

Second problème, un calcul rapide me démontre qu’une fois les déductions salariales retirées, travailler à l’abattoir ne me rapportera que $36 de plus par chèque que le chômage.  Ce n’est pas avec ce salaire-là que je vais pouvoir me payer un véhicule qui me permettra d’aller chercher du travail ailleurs.  Je me vois donc condamné à passer le reste de ma vie pauvre.  Pauvre et seul.  Car déjà que ma pauvreté était un obstacle à toute perspective d’avenir sérieux avec Mégane, tenter d’y remédier en travaillant à l’abattoir, ma seule option, allait nous séparer pour de bon.

Ce que je ne savais pas, c’est que je n’étais plus en couple avec Mégane depuis deux mois.  Elle avait juste omis de me le dire.

Au début du mois d’avril, l’un de ses ex d’il y a trente ans l’a retrouvé et recontacté sur Facebook.  Il est marié, est père de jeunes ados. Après quelques jours de Hey-salut-comment-ça-va-qu’est-ce-que-tu-deviens, il lui a sorti le grand jeu du je-ne-t’ai-jamais-oublié-tu-a-toujours-été-la-femme-de-ma-vie.  Et elle a embarqué.

Ne s’attendant pas elle-même à (re)tomber en amour avec un autre, elle était désemparée et ne savait pas comment me le dire.  Mais en deux ans, j’ai appris à la connaître parfaitement.  Et j’ai une grande expérience de ce genre de situation.  Je sais voir le changement de comportement d’une conjointe envers moi, et je sais ce que ça signifie.  J’ai compris qu’elle m’avait remplacé par un autre.  Il a fallu que ce soit moi qui aborde le sujet.  Elle n’a eu d’autres choix que d’avouer.

Elle m’a dit que l’une des choses qui a miné notre amour est le fait que, pendant les deux ans de notre relation,  je lui ai démontré que je serais incapable de contribuer à notre avenir commun de manière significative.  Car tout le long de notre relation, elle m’a seulement vu plonger de plus en plus bas.  En un an, elle m’a vu perdre un bon emploi.  Puis un second.  S’en suivit un an de chômage, dans lequel elle m’a vu me démener en vain pour me trouver un bon poste dans l’administration de la Ville.  Elle qui croyait en moi et en mon talent, m’a vu travailler très sérieusement sur un livre, reconstituant une partie inédite de l’Histoire du Québec, un sujet garanti de se faire publier… Et personne n’en veut.  Et mon seul avenir à ce point-ci, c’est de finir dans une chaine d’abattoir de dindons pour à peine plus cher que le chômage.  Tandis que son nouvel homme travaille pour le Gouvernement depuis 25 ans.  S’ils finissent un jour par vivre ensemble, sa contribution au revenu ménager total leur assurera un avenir bien meilleur que tout ce que je pourrais lui offrir.

À ce point-là de ma vie, Mégane constituait à elle-seule mon unique vie sociale.  Ma semaine de deuil de notre relation de couple fut rude pour mon moral. 

À la fin de celle-ci, histoire de me changer les idées, j’ai décidé de m’inscrire sur Facebook Rencontres.  Tirant leçon de mes expériences de 2018 sur Tinder et autre sites de rencontres, j’y suis allé avec une approche différente de celle des autres hommes : Description courte non-sexuelle, et photos empreintes d’humour.  J’y ai tout de même ajouté une photo d’extérieur pour faire mon beau, et une photo du temps où j’étais préposé aux bénéficiaires, histoire de cacher que j’étais ex-chômeur et futur chaînon de production. Ce n’était pas dans l’unique but de ruser pour me faire passer pour plus riche que j’étais.  C’est surtout que, étant au début du mois d’août, je réalisais que j’avais encore droit à trois, peut-être quatre mois de températures permettant l’utilisation de mon vélo.  Je songeais à aller poser ma candidature à l’une des nombreuses maisons de retraite et CHSLD des villes environnantes.  Évidemment, j’aurais à démissionner au retour des grands froids.  Mais en attendant, j’aurais droit à un bon salaire.

Mon profil sur Facebook Rencontres était comme suit :

Et comme il y a quatre ans, ceci a attiré l’attention de bon nombre de femmes.  Mais sans posséder de véhicule autre que mon vélo, la majorité habitait beaucoup trop loin pour moi.  Incluant Anne-Marie qui, passant la majorité de son temps dans les provinces maritimes, était vraiment trop éloignée.  Ce qu’elle avait à me dire, par contre, valait la peine que je m’y arrête, comme le démontre cette version abrégée de nos échanges. D’habitude, par respect de la pudeur sociale au sujet des salaires, je ne divulgue jamais le mien.  Mais là, Basta!  Impossible de donner une bonne idée en ne faisant que sous-entendre les faits.

ELLE : J’ai vu ta photo de préposé aux bénéficiaires. Tu travailles où?
MOI :
Sans emploi, mais je suis justement en train de refaire mon CV pour commencer à faire application demain.  Il y a tellement de demande dans le milieu que je suis assuré de commencer à travailler dans les 48h.
ELLE :
Laisse faire ça, ils vont juste te payer $26 de l’heure.  Viens travailler avec moi dans les Maritimes.  Ici, on commence à $35. 
MOI :
Sérieux?  Pour quel CHSLD?
ELLE :
Non, je travaille pour une agence de placement qui fournit des préposés là où la demande est une urgence.  On m’envoie partout, Gaspé, Iles-de-la-Madeleine, Rimouski, Campbellton, Terre-Neuve, Baie James…  Plus c’est loin, plus haut est le salaire.  Par exemple, à la Baie-James, on commence à $46.  Mais peu importe où tu vas, ils te donnent en plus une allocation de $60 par jour pour te nourrir, et tu es logé gratuitement.  Et ton déplacement est payé aussi, on te donne 45¢ du kilomètre entre chez toi et ton lieu de travail.  Et le plus beau, c’est que c’est toi qui décide de ton horaire.  Tu dis que tu es disponible de telle date à telle date, on te case ces dates-là, et voilà.  Et le taux d’absentéisme chez les employés de CHSLD est tellement grand que l’on va te proposer souvent double quart de travail.  Et au-delà de 40 heures par semaine, toute heure supplémentaire est payée temps et demi.

Voilà une situation qui semble trop belle pour être vraie.  Je ne vois cependant pas de raison logique expliquant pourquoi elle me ferait un tel baratin.  Ça valait le coup d’essayer. Elle m’a donné la page web de son agence.  J’y suis allé.  J’ai fait application.  J’ai eu un retour d’appel.  On m’a confirmé que tout était vrai.  J’ai donc fourni les documents prouvant ma formation et mon expérience.  Et voilà que l’on m’annonce que l’on m’offre un premier contrat d’un mois à Carleton-sur-Mer.

Petit problème : Pour avoir le travail, j’ai besoin d’une auto.  Et pour acheter une auto, il me faut un travail.  Les concessionnaires en ayant vu d’autres, ils ont communiqué avec mon futur employeur, afin de s’assurer que oui, j’allais bientôt avoir un revenu stable.  Et puisque j’ai toujours géré mes finances de manière intelligente, j’ai un excellent dossier de crédit.  Je me suis donc procuré un véhicule usagé pour $22 000.

J’ai déjà écrit par le passé à quel point un véhicule était, dans mon cas, une dépense totalement inutile, qui me handicaperait financièrement.  Sans compter la fois où je me suis fait avoir comme c’est pas possible avec un représentant de Général Menteurs il y a 25 ans.  Mais cette fois, la situation est totalement différente.  De un, j’achète au lieu de louer.  De deux, il est usagé et non neuf.  De trois, mon essence est remboursée.  Et le plus beau, de quatre, puisque je peux prouver que j’ai été obligé de l’acheter pour avoir mon travail, un bon comptable pourra en déduire une partie sur mes impôts.

Fort de ma première expérience en CHSLD, je m’attendais à être reçu comme un malpropre, et subir le harcèlement et le rabaissement quotidien.  Il n’en fut rien.  Tout le monde, collègues, patrons, chefs d’équipe, infirmiers, sont chaleureux, aidants, compréhensifs, positifs.  De toute ma vie, jamais n’ai-je travaillé dans un environnement aussi harmonieux.  Et toutes les promesses d’Anne-Marie se sont révélées exactes. 

À la fin de ce premier contrat d’un mois, j’ai pris deux semaines chez moi à Saint-Jean-Baptiste.  Après ce temps de réflexion, mon idée était faite.  Je suis reparti et me suis remis disponible pour trois mois.  Incluant les jours fériés de la fin de l’année.  Et pourquoi pas!?  Je suis célibataire.  Mes enfants sont partis fonder leurs propres familles.  Mes chats sont avec Flavie.  Je n’ai même pas une plante verte.

Ah, et en passant : Il se trouve que l’intérêt qu’avait Anne-Marie envers moi n’était que financier.  Lorsqu’un employé de l’agence recrute un candidat qui fait l’affaire, il reçoit un bonus de $1 000. Mais qu’importe, puisque Facebook Rencontres m’a permis de débuter ici, près de mon nouveau travail, une nouvelle relation.  Et pas avec n’importe qui : il s’agit d’une autrice qui a 21 livres publiés à son actif.  Je me retrouve donc avec une amie de cœur avec qui j’ai beaucoup plus de passions artistiques en commun que je pouvais en avoir avec Mégane.

À quelques reprises, dans des billets écrits par le passé, je faisais état de l’effort que je mettais dans mon évolution de carrière.  Voici la chose, mise à jour :

  1. Il y a onze ans, j’étais artiste et auteur à mon compte, et sans emploi.
  2. Il y a dix ans, j’ai commencé au bas de l’échelle en allant faire du ménage dans un garage de bus.
  3. Il y a neuf ans, cette expérience m’a permis de décrocher un emploi comme concierge résident.
  4. Il y a sept ans, cette expérience m’a permis de décrocher un emploi comme surintendant.
  5. Il y a cinq ans, cette expérience m’a permis de décrocher un travail de bureau pour une grande firme.
  6. Il y a deux ans et demi, cette expérience m’a permis d’être l’un des 10 000 choisi parmi les 90 000 candidats à la formation de préposé aux bénéficiaires, qui m’a permis ensuite de travailler brièvement dans un CHSLD.
  7. Il y a deux ans, cette expérience m’a permis de décrocher un emploi dans une maison de retraite.
  8. Cette année, ces deux expériences précédentes m’ont permis de décrocher mon emploi actuel.  Emploi qui, avec les bonus, me rapporte trois fois le salaire minimum.  Avant temps supplémentaire.

Ça m’a pris dix ans mais j’y suis enfin arrivé.  Je suis parti de rien.  Et aujourd’hui, j’ai tout ce que j’ai toujours voulu.  J’ai un travail dans lequel je suis compétent. J’ai un salaire qui me permettra bientôt de vivre une vie normale d’adulte normal. Mon travail m’amène à voyager dans des endroits touristiques magnifiques.  Et j’ai l’amour avec une femme qui partage ma passion de l’écriture.

Si l’ex de Mégane n’était pas venu me la ravir, j’aurais fini ma vie pauvre et seul, sur une chaine de production d’un abattoir de dindons, malgré tous les efforts que j’ai pu faire pendant une décennie complète pour m’en sortir.  Mais parce qu’il a mis fin à mon couple, je me suis inscrit sur Facebook Rencontres, et à partir de là tout est tombé en place.  Non seulement ça a réglé tous mes problèmes, je vis maintenant la vie idéale à laquelle j’ai toujours rêvé.

J’avais tout ce qu’il faut pour réussir. La preuve, c’est que j’ai réussi. Il me fallait juste une opportunité pour pouvoir y arriver. Cette opportunité ne se serait jamais présentée si l’autre gars était resté fidèle à sa femme, et Mégane fidèle à moi. C’est tout de même ironique.  Mais c’est le propre de la réalité: Trop souvent, la réussite ou l’échec dépendent de situations qui n’ont rien à voir avec les règles de la morale ou de la logique.

À SUIVRE

Quelques mauvaises traductions qui font maintenant partie de notre culture

Pas besoin d’introduction, le titre dit tout. Commençons donc avec:

La choucroute
Le nom original de la choucroute est saurkraut. Il s’agit d’un mot composé  Saur signifie amer, et kraut le chou.  En allemand, on place le qualificatif avant le sujet. Saurkraut = amerchou = chou amer.  Une description fidèle de ce plat.

En français, par contre, c’est le sujet qui passe avant le qualificatif.  On a donc mis le chou en premier, à la place du saur.  Quant à kraut, on ne s’est pas cassé le cul.  Ça sonne comme croûte?  Ben voilà : Choucroute.  Et c’est comme ça qu’un plat qui ne contient aucune croûte en a un dans son nom.

Choucroute garnie de tout, sauf de croûte.

Les souliers de verre de Cendrillon
Comme toutes les histoires qui prennent leur source dans la tradition orale, l’origine du conte de Cendrillon se perd dans la nuit des temps. Ce qui est certain, c’est que la version écrite par Charles Perrault a servi de base à la version Disney. Or, ni dans celle-ci, ni dans les versions précédentes, n’y fait-on mention du matériel composant le dit soulier.

Apparemment, ce serait Honoré de Balzac qui, en la retranscrivant, aurait décidé qu’il s’agirait de pantoufles en vair, une fine fourrure. De là, beaucoup de gens croient que ce sont les traducteurs de Disney qui ont confondu vair et verre. Logique! Mais même là, il demeure des doutes. Sur Wikipédia, il y a une page consacrée à la controverse sur la composition des pantoufles de Cendrillon.

N’empêche que l’on peut s’entendre sur le fait qu’il n’y a aucune logique à porter des souliers en verre. Même s’ils étaient en plexiglass incassable, ça doit être tout sauf confortable. Et ce n’est d’ailleurs pas le seul illogisme reliés à ces escarpins.

Et pourquoi, à minuit, tout ton attirail est redevenu normal, SAUF ta godasse perdue? C’est louche!

Les Pierrafeu
De l’anglais, The Flintstones, cette série de dessins animés tourne autour du personnage de Fred Flintstone.  Une flint stone, c’est une pierre qui fait des flammèches.  Un silex, comme celui que l’on retrouve dans les briquets. 

Dans la langue française, le mot pierrafeu, ou même l’expression pierre à feu n’existe pas.  L’émission aurait donc dû s’appeler Les Silex, et le personnage principal Fred Silex. 

Au moins, dans la traduction européenne, Pierrafeu est un nom de famille.  Le personnage principal se nomme Fred Pierrafeu.  Mais dans la traduction québécoise, il se nomme Fred Caillou.  Les Pierrafeu devient donc un titre qui n’a aucun rapport avec la série.

Les Frères Lagaule.
Peu connus chez les francophones malgré la version française, The Hardy Boys était une série de romans pour la jeunesse dans lesquels deux jeunes frères, Frank et Joe Hardy, sont des détectives en herbe qui ont le don de se trouver en présence de mystères, et qui ont toujours l’intelligence et la débrouillardise pour les résoudre.  En plus d’être un nom de famille, Hardy signifie vaillant.  Ainsi, le titre est un double sens, interprété à la fois comme étant « les fils (de la famille) Hardy » ainsi que « les garçons vaillants. » 

South Park, reconnu pour égratigner tout ce qui est culture populaire, nous donne une version adulte, dans les deux sens du terme, des frères Hardy.   Dans la version originale anglaise, ils se nomment The Hardly Boys.  Hardly signifie « difficilement », « à peine », « tout juste », « à la limite ».  Dans cette version homo-érotique où ils sont adultes, ça peut être pris dans le sens de « ils sont à peine masculins », ou bien « maintenant qu’ils sont adultes, on peut difficilement les appeler encore des garçons. »

Le traducteur semble avoir pris le côté hard du mot hardly, car il les a appelés carrément les frères l’Érection.  Ou l’équivalent européen : Les Frères Lagaule.  Il faut savoir qu’en plus d’être l’ancien nom de la France, une gaule est une longue perche pour pêcher le poisson.  Une canne à pêche, quoi!  D’où l’expression « avoir la gaule » pour désigner l’érection.  Et à voir le comportement des frères Lagaule, même si c’est une mauvaise traduction de leur nom, on ne peut pas en vouloir au traducteur, ça leur va trop bien.

À 02:28. le doubleur se prend un fou-rire. Pas étonnant avec un texte pareil.

Gros Jambon
Cette chanson fut adaptée pour la première fois au Québec en 1962 par Réal Giguère et Tex Lecor.  Quand j’étais petit, je me souviens qu’elle faisait partie d’un album compilations de chansons drôles.  J’ai été quelque peu déçu en l’écoutant.  À part le titre, et encore, cette chanson n’a rien de drôle.  C’est juste l’histoire d’un colosse introverti qui travaille dans une mine, et qui se sacrifie pour sauver ses collègues.

Lorsque j’ai appris que la version originale anglaise chantée par Jimmy Dean en 1961 s’appelait Big Bad John, j’ai aussitôt compris ce qui a dû se passer lorsque Giguère et Lecor se sont attaqués à sa traduction :

Tex : C’est quelle chanson, que tu veux traduire?
Réal : Big Bad John. 
Tex: “Gros Jean Méchant?”  Pourquoi pas “Gros Jean Bon”, tant qu’à y être!?
Réal : « Gros jambon » …  Et pourquoi pas!?

Je n’ai jamais trouvé de preuve que ça s’est vraiment passé comme ceci, et je ne le saurai jamais puisque Giguère et Lecor ne sont plus parmi nous.  Mais ça me semble être la théorie la plus plausible pour expliquer ce titre.

« Paix sur terre aux hommes de bonne volonté »
La version originale anglaise est « Peace on earth, good will to man », soit « Paix sur terre, bonne volonté à l’homme ». L’origine est chrétienne, possiblement d’un prêtre de l’Unitarianisme. Le bouquin The Christian Life vol.X, publié en 1884, parle de chroniques religieuses publiée dans les journaux de Londres. L’une d’elle disait ceci: « I believe the Christianity of Christ to be ‘Peace on earth, good will to man’, the love of God and our neighbour, universal charity and benevolence. »

Il y en a possiblement d’autres qui ont dit ça avant lui, surtout si c’est une formule qui fait partie de leurs écritures religieuses. D’après Wikipedia, les origines de l’église de l’unitarisme remonte en 1556. Pour ce qui est de la langue, wiki dit également « Unitarianism, both as a theology and as a denominational family of churches, was defined and developed in Poland, Transylvania, England, Wales and the United States. » Donc, logiquement, cette phrase a été traduite de l’anglais au français. Cette mauvaise traduction a été adoptée officiellement comme telle, puisque peu de gens étaient bilingues à l’époque. Époque misogyne, d’ailleurs, où la femme n’était rien. Ce qui fait que le mot « homme » était synonyme pour « être humain » ou « humanité ».

La Guerre des Étoiles (le premier, devenu rétroactivement Star Wars, Épisode IV)
Si, depuis les années 90, les traductions gardent les noms originaux, les années 60, 70 et 80 ne se contentaient pas de traduire : ils adaptaient à la culture du pays traducteur.  Par exemple, si dans Back to the Future Marty porte des caleçons Calvin Klein, dans Retour vers le Futur il a des slips Pierre Cardin.

Mais les traductions n’ont pas toutes eues des résultats aussi heureux.  La première version française de Star Wars nous en donne de sacrées perles. Commençons par le titre.

Star Wars. War est au pluriel, ce sont donc les guerres et non la guerre. La traduction la plus fidèle aurait été Les Guerres Stellaires. En plus, ça rime. Mais bon, je suppose que pour le français moyen, « des étoiles » était plus facile à comprendre que « stellaire. » Il est vrai qu’à l’époque, les gens étaient moins évolués. La preuve : la dernière personne à être guillotinée en France, Hamida Djandoubi, l’a justement été en 1977, l’année de sortie de Star Wars.

Une pratique courante à l’époque était de traduire également les noms des personnages. Ainsi, pour ceux de Star Wars, ça va comme suit:

  • Han Solo. Han sonne comme Anne, prénom féminin. On ne va quand même pas féminiser un personnage aussi macho. Alors voilà: Yan Solo.
  • Chewbacca ou Chewie. Chewbacca sonne vaguement comme chew tobacco. Il chique du tabac? Alors voilà: Chiktabba ou Chico.
  • Darth Vader. Un français aurait de la difficulté à prononcer Darss Védrr. Alors voilà, on modifie légèrement en Dark Vador.
  • Jabba the Hutt. Hut, c’est une hutte. On suppose qu’il doit habiter une forêt. Alors voilà: Jabba le Forestier. Il n’y a pas un seul arbre sur Tatooine, mais bon, s’il fallait s’arrêter à ces détails.
  • Grand Moff Tarkin. Avec Moff qui sonne comme muff, « la grande touffe de Tarkine » sonne comme quelque chose qui serait annoncé à la porte de certains cabarets adultes louches. Alors voilà: Tarkan. Pour celle-là, je leur accorde, ça fait beaucoup plus sérieux.
  • R2-D2 et C3P-0. Étant donné que la traduction française de ces deux-là était D2-R2 et Z6P-O, j’ai longtemps cru que ces noms étaient des abréviations qui avaient une signification réelle. Ce n’était pas la première fois que je voyais un six américain devenir un trois français. À cause de la conversion du dollar américain en franc français, la série télé américaine The Six Million Dollars Man s’appelait en France L’Homme qui valait trois milliards. Mais ce n’était qu’une coïncidence, car le changement de C3 à Z6 était seulement dans le but de mieux coïncider avec le mouvement des lèvres.
  • Et la meilleure: Luke Skywalker devient Luc Courleciel. Bon, pas dans le film lui-même. Là, il est Luc Skywalker. Mais dans la première édition française, c’était le nom listé à la fin.
Ça ne s’invente pas.

Encore heureux que le traducteur n’a pas confondu Owen avec « oven. » Luke aurait été élevé par Oncle Fourneau.

Sinon, malgré le fait que cette histoire se passe il y a très très longtemps, elle est pleine de technologie futuriste. Et en 1977, quoi de plus futuriste que le laser? Ainsi…

  • Light saber = Sabre laser.
  • Wookie bowcaster = Arbalète à laser.
  • Tractor beam = Aimant laser.
  • Blasters = Pistolasers.
  • Power converters = Pompes à laso-convecteurs. On passe d’un adapteur électrique à une pompe chauffante au laser. Comme s’il ne faisait déjà pas déjà assez chaud comme ça dans le désert.

Tiens, je l’avais oublié, celui-là. En effet, les endroits aussi changent de nom:

  • Toshi Station = Kotoché.
  • Alderaan = Aldérande.
  • The Death Star = L’Étoile Noire.
  • D’ailleurs, tout ce qui a rapport à l’Empire est noir, et dans cette traduction on en rajoute : L’Étoile noire, le côté obscur de la force, l’armure noire de Dark Vador. Et lorsque Obi-Wan relate la Clone War, il parle de la guerre noire.
  • Et n’oublions pas The Millenium Falcon qui devient le Millénium Condor. Là encore, ça coïncidait mieux avec le mouvement des lèvres que ne l’eut fait Le Faucon Millénaire.

Pour une raison inconnue, à chaque fois qu’il s’agissait de traduire une série animée japonaise, les français étaient les seuls à ne pas respecter le titre original. Quatre exemples:

Japonais : UFOrobo gurendaizā
Anglais : Ufo Robot Grendizer
Allemand : Grendizer
Espagnol : Ufo Robot Grendizer
Russe : Грендайзер (Grendizer)
FRANÇAIS : Goldorak

Japonais : Kyaputen Harokku
Anglais : Captain Harlock
Italien : Capitan Harlock
Espagnol : Capitan Harlock
Russe : Космический пират Харлок (Space Pirate Harlok)
FRANÇAIS : Albator

Japonais : Kyaputen Fyūchā
Anglais : Captain Future
Allemand : Captain Future
Italien : Capitan Futuro
Espagnol : Capitan Futuro
FRANÇAIS : Capitaine Flam

Japonais : Mahōtsukai Sally
Anglais : Sally the Witch
Polonais : Sally Czarodziejka
Portugais : Sally, a Bruxita
Espagnol : Sally la Bruja
Russe : Ведьма Салли (Witch Sally)
FRANÇAIS : Minifée

Erratum. On me signale dans les commentaires que Minifée serait en fait une traduction québécoise. J’avoue que le vocabulaire français international et l’absence d’accent régional m’a trompé.

D’accord, mauvais exemple.

En conclusion, il y a un truc amusant que j’ai constaté sous la douche, car c’est l’endroit par excellence pour se faire des réflexions philosophiques : Lorsqu’un nom étranger se termine par O, il suffit d’y ajouter un N pour en faire une version française. Les exemples sont nombreux.

  • Nero, Néron.
  • Cicero, Cicéron.
  • Plato, Platon.
  • Leo, Léon.
  • Apollo, Apollon.
  • Scipio, Scipion. (Ennemi de Jules César)
  • Milo, Milon (Autre ennemi de César)
  • Scorpio, Scorpion. (Le signe astrologique)
  • Frodo, Frodon.  
  • Fellatio, fellation.  

D’accord, ce dernier exemple n’est pas un nom. N’empêche que là encore, on peut dire que ce mot coïncide avec le mouvement des lèvres.

Dépenser pour prospérer en 15 étapes

Ça prend de l’argent pour faire de l’argent, que dit le proverbe. Et c’est vrai. J’aurais quand même apprécié apprendre au début de ma vie adulte les quinze règles qui vont suivre. Au pire, avant mes trente ans. Parce que là, à la veille de mes 54, il faudrait que je gagne au moins un ou deux million à la loterie pour pouvoir être capable de les appliquer. Mais bon, apprenons tout de même, qui sait, ça peut toujours servir.

Avant tout, il y a une chose qu’il faut comprendre. C’est une idée qui va sembler étrange pour la plupart d’entre nous, mais ça n’en demeure pas moins un fait: L’argent, ça n’existe pas. Ce n’est qu’un concept social. C’est la raison pour laquelle celui-ci change sans cesse de valeur. C’est la raison pourquoi le prix des actions en bourse ne cesse de fluctuer. C’est la raison pour laquelle le Bitcoin valait $1 il y a dix ans, $68 000 il y a un an, et $17 500 il y a un mois. Et que dire du prix de l’essence. Près de chez moi, en ce jour du 2 juillet 2022, il est à $2.20 le litre. En avril 2020, après un mois et demi de pandémie, je le payais à 73¢. Est-ce que le pétrole est plus difficile à extraire et à raffiner aujourd’hui qu’il l’était il y a deux ans et quart? Non, pourtant!

L’argent, ça s’évapore.
Lorsque tu travailles, tu gagnes un salaire, et le pouvoir d’achat de ce dernier est taxé sur tous les niveaux.

  • Tu paies des frais d’utilisation à chaque fois que tu utilises ta carte bancaire.
  • Tu paies des intérêts quand tu utilises ta carte de crédit.
  • Peu importes ce que tu achètes, tu paies en plus une taxe. Deux taxes, si tu es au Québec.

Tu crois que la solution est simple. Comme le disent nos boomers de (grands-) parents : « Pour ne pas voir notre argent diminuer, on n’a qu’à ne pas y toucher. » Ha! Ha! Elle est bonne, celle-là! Mais mon pauvre ami, tu n’as pas besoin de toucher à ton argent pour le voir s’évaporer. Avant même que tu reçoives ton salaire, on lui a d’abord enlevé…

  • Les cotisations pour la Régie des Rentes du Québec.
  • L’Assurance Emploi.
  • Le Régime Québécois d’Assurance Parentale.
  • L’impôt fédéral.
  • L’impôt provincial.
  • Pour certaines jobs, il y a aussi la cotisation syndicale et/ou le régime d’assurances collectif.

Mais bon, une fois tes dépenses du mois effectuées, tu peux te dire qu’au moins, tu as toujours l’argent qui te reste en banque. Cependant, sur celui-ci, il y a …

  • Les frais mensuels de tenue de compte.
  • La charmante obligation annuelle qu’est la déclaration de revenus, aussi connu comme étant le temps des impôts.
  • Sans oublier l’inflation qui augmente les prix, et qui par le fait même diminue ton pouvoir d’achat.

Alors que tu y touches ou non, ton argent, c’est du sable fin dans une passoire.

Vivre, c’est payer.
Pour la plupart d’entre nous, dès que l’on commence notre vie d’adulte, nos deux priorités sont le logement et le véhicule. Un appartement, c’est une perte, car il faut payer à tant par mois. Une maison l’est encore plus car même si on nous en fait cadeau, elle nous coûte sans cesse de l’argent. Le coût annuel des taxes municipales et scolaires en plus des frais d’entretien et l’électricité, ça va chercher dans les $12 000. Soit un peu plus de la moitié de ce que rapporte le salaire horaire minimum actuellement. Pour une auto, c’est la même chose. On connait tous le cliché qui dit qu’au moment où tu as signé ton contrat d’achats d’une auto, celle-ci perd automatiquement quelques milliers de dollars en valeur. Or, ce n’est pas qu’un cliché. C’est un fait!

Où est donc la logique de cette dévaluation?
La valeur d’un véhicule repose sur un concept imaginaire : Avant la signature, c’est un véhicule neuf. Après la signature, c’est un véhicule usagé, puisqu’il a (eu) propriétaire. À la seconde même ou un véhicule passe de neuf à usagé, sa valeur marchande tombe automatiquement. Il s’agit pourtant du même véhicule, qui n’a pourtant pas changé d’un atome entre le moment où tu as pris le stylo, et les cinq secondes qu’il t’a fallu pour apposer ta signature. Normal! Une auto, c’est quelque chose de tangible, physique, réel. Par contre, neuf et usagé, sont des concepts imaginaires, et ils n’ont de valeur que celle que veulent leur accorder ceux qui possèdent le véhicule que vous désirez avoir. Si tu veux l’acheter, tu n’as pas le choix, tu dois te plier à cette règle abusive qui te fait payer pour rien, ou bien tu devras t’en passer. En Justice, c’est une pratique illégale qui a un nom: Extorsion. Mais en business, c’est une pratique légale qui porte un tout autre nom: Business.

Financièrement parlant, en société, il y a deux catégories de gens. Il y a ceux qui travaillent pour de l’argent. Ceux-là n’arrivent jamais à en avoir. Et il y a ceux pour qui l’argent travaille pour eux. Ceux-là en reçoivent sans cesse, même en se tournant les pouces.

Mais comment faire pour passer du premier au second? Comment peut-on y arriver si l’on part de rien? Comment faire de l’argent si on n’a pas d’argent puisque ça prend de l’argent pour faire de l’argent?

Ça fait plusieurs années que je me penche sur le sujet, m’intéressant au monde de la finance, des investissements, des placements, et sur les différentes méthodes de faire fructifier ses avoirs. Et surtout, sur l’art d’utiliser le crédit de manière intelligente. À ça, j’y ajoute mes propres expériences qui m’ont apprises quelques vérités que l’on ne nous montre pas dans les tutoriels financiers.

J’ai constaté qu’il existe plusieurs méthodes qui nous amènent à prospérité, et celles-ci comportent toutes diverses variantes pour s’adapter à la situation de chacun. Mais l’une des plus sécuritaires, les plus stables et garanties de fonctionner à long terme est cette méthode en quinze points. Plus on l’applique jeune, plus on est assurés d’y parvenir pendant que l’on peut encore profiter de la vie.

En admettant que l’on part avec un capital de $0.00, ça va comme suit:

ÉTAPE 1: Étudie le marché pour connaitre quelles sont les professions qui paient le plus. 
Et où peut-on trouver cette liste de professions? Mais sur Google, évidemment. Au 21e siècle, nous avons un avantage incroyable que n’ont pas eues les générations précédentes : Nous avons accès à internet, qui contient toute la connaissance de toute l’humanité, aussi bien ancienne qu’actuelle. Peut importe ce que tu veux savoir, Google le sait.  Google sait tout!

ÉTAPE 2: De ces domaines, étudie dans celui qui te convient le mieux.
La vie est trop courte pour se faire chier à une profession que l’on déteste et que l’on ne choisit que pour l’argent. Il faut donc aller vers un domaine qui nous plaît, ou au pire qui nous ennuie pas trop. Mais si tu as une personnalité spartiate, alors va pour le job le plus payant, quel qu’il soit.

À ça, il faut aussi en choisir un dont les études ne vont pas exiger que l’on y consacre la majorité de nos jeunes années en nous endettant pour le reste de notre vie. De deux à cinq ans d’études restent une bonne moyenne.

ÉTAPE 3: Pratique cette profession.
À la fin de tes études, évidemment, le plus tôt possible.

ÉTAPE 4: Vis modestement.
Le piège dans lequel tombent 90% des jeunes professionnels qui démarrent avec un gros salaire, c’est de vouloir immédiatement vivre le prestige de posséder le condo et la bagnole. Pas grave si c’est à crédit, que l’on se dit. Avec notre salaire on peut se le permettre.

Sauf que l’idée ici, c’est de pouvoir se mettre de l’argent de côté pour que cet argent travaille éventuellement pour nous. Comment pourras-tu faire ça si ton salaire part au fur et à mesure dans l’auto, l’essence, l’assurance auto, le prêt hypothécaire, la taxe de bienvenue, les taxes municipales, les taxes scolaires, l’assurance habitation, la cotisation à l’association des propriétaires de condos, l’électricité, l’ameublement, les électroménagers, internet, le téléphone, la nourriture, et ton prêt étudiant? La réponse: JAMAIS! En planifiant de te mettre ces responsabilités sur le dos avant même d’avoir ton premier chèque de paie, tu viens de t’assurer que tu vas passer ta vie d’adulte en tant qu’endetté qui ne fera que payer non-stop.

Prend un petit appartement pas cher. Près de ton travail si possible. Ne mange que rarement au resto. Pas de nourriture livrée non plus. Apprend à cuisiner au lieu d’acheter des produits tout prêts. Cuisine de grandes portions, sépare et congèle. Conditionne-toi à te lever à la première sonnerie. Tu peux te préparer d’avance, chez toi, entre cinq et dix litres de café glacé pour le prix d’un verre de 550 ml. Prépare ton déjeuner d’avance la veille s’il le faut, tu n’auras qu’à le passer au micro-ondes le matin. Juste en faisant ceci, tu dormiras mieux, tu dormiras plus longtemps, tu seras en meilleure forme, tu n’auras pas à partir plus tôt pour faire la file derrière ces milliers de gens qui sont trop lâches pour se préparer à déjeuner. Et non seulement vas-tu sauver beaucoup d’argent, tu vas sauver du temps. Et le temps, c’est de l’argent.

Avec Internet et le téléphone, plus personne n’a besoin de télé câblée de nos jours. Et Youtube déborde de tutoriels pour s’entrainer comme des athlètes sans avoir à aller au gym. Deux autres dépenses inutiles en moins.

ÉTAPE 5: Ne fréquente jamais une personne dépensière compulsive et/ou qui ne pratique aucun métier sérieux et/ou qui cherche à avoir un enfant rapidement. 
Cette personne causera ta ruine. C’est inévitable! Fait vécu et maintes fois observé. Désolé si ce n’est pas politically correct de le dire, mais les faits sont les faits.

Et je ne parle ici que d’une potentielle conjointe. Mais dans les faits, pour les premiers 2-3 ans de ta vie professionnelle, la triste réalité est que tout le monde va te mettre de la pression pour que tu dépenses ton argent. Tes collègues, tes amis, ta famille. Je te garantis que d’ici peu, tu ne sauras plus compter le nombre de fois où tu vas te faire mettre de la pression pour acheter une auto, te payer un condo, où même des sorties de resto-bars à n’en plus finir qui te coûteront de $100 à $300 la soirée. Je peux t’assurer que toute cette pression constante va te mettre dans un état de ras-le-bol à répétition. C’est là qu’il va falloir faire preuve de force de caractère et ne jamais céder. Au bout de quelques mois, ils vont bien finir par voir que ça ne sert à rien d’insister et ils vont se lasser et te foutre la paix sur le sujet. Mais en effet, ça peut prendre jusqu’à 2-3 ans avant que tout le monde l’accepte.

Pourquoi voudriez-vous accepter de vous laisser ruiner par des gens qui manquent à ce point de respect envers vos limites?.

ÉTAPE 6: Paie tes dettes d’études.
Le plus vite possible, à tant par mois.  Pas de paiements mensuels trop cher pour ne pas déséquilibrer ton budget, mais pas trop bas pour éviter de payer le double en intérêts. Trouve le juste équilibre.

ÉTAPE 7: Dès que tes dépenses du mois seront payées, il te restera de l’argent. Va à la banque pour le placer et l’investir. 
Tel que déjà abordé dans le point 10 d’un billet précédent, il est beaucoup plus sécuritaire de faire affaire avec ta banque qu’avec un bureau de conseillers financiers. Même si les placements ne rapportent que peu d’intérêts, il faut quand même y investir.  Car avec les frais bancaires mensuels et l’augmentation du coût de la vie qui diminue le pouvoir d’achat de ton argent, le laisser dans ton compte, c’est le voir s’évaporer.

ÉTAPE 8: Au bout de dix ans à travailler dur, gagner cher et vivre en spartiate, tu devrais avoir récolté au moins un demi-million
Les banques ne prêtent que la somme d’argent équivalente à ce que possède déjà l’emprunteur. Tu as un demi-million? Alors contracte avec eux un prêt hypothécaire d’un demi-million sur dix ans.

ÉTAPE 9: Avec ton million, achète une maison avec terrain.
Posséder et habiter une maison, ça coûte cher. Juste en taxes municipales et scolaires, en assurances et en entretien, tu t’enlignes pour payer $12 000 par an. Et n’oublions pas la taxe de bienvenue de la première année. À ça, rajoute les $60 000 que tu dois donner annuellement pendant dix ans à la banque, soit $600 000, c’est à dire le $500 000 emprunté + $100 000 qui représentent 19.9% d’intérêt. Pour un total de $82 000 annuellement, ou $6834 par mois, juste pour habiter là. Et encore, tu peux te compter chanceux, tu n’as emprunté qu’un demi-million pour te l’acheter car tu en possédais déjà la moitié. Toute autre personne aurait eu à emprunter plus, et rembourser plus. En moyenne, on parle de $120 000 par année.

Cependant, le plan n’a jamais été d’y vivre soi-même. Le but ici est de gagner de l’argent, pas d’en dépenser. Aussi…

ÉTAPE 10: Dès que tu es propriétaire, met immédiatement la maison à louer.
En sachant que de nos jours, un 4½ va chercher dans les $1 000 par mois, et on parle d’un vieux logis moyen à la limite du taudis, une maison avec un terrain trouvera facilement locataire à $6 000 par mois. La maison va donc te rapporter $72 000 par année. Beaucoup de jeunes professionnels sont prêts à payer ça pour la louer, plutôt que de l’acheter à $120 000 par an.

Une fois que tu auras payé les taxes scolaires, les taxes municipales, l’entretien et les assurances, il te reste $60 000 de profit net, soit exactement ce que la banque te demande pour rembourser l’hypothèque. Autrement dit, ta maison ne te coûte plus un sou, elle va se rembourser toute seule pendant les dix prochaines années. Plus vite, si tu augmente le loyer annuellement.

Ça t’a pris dix ans en partant de rien. Mais là, enfin, tu viens de passer dans la seconde catégorie de gens. Tu es dans celle où ton argent travaille pour toi.

ÉTAPE 11: Au bout de ces dix ans de sacrifices, tu es maintenant au summum de ton budget.
Tu as maintenant dix ans d’expérience de travail dans ton domaine. Tu as été augmenté sur une base annuelle. Tu n’as plus besoin d’économiser pour acheter ta maison, elle se paie toute seule. Tu n’as plus besoin de payer ton prêt étudiant, il est remboursé. Plusieurs choix s’offrent maintenant à toi.

  • Vivre moins modestement et commencer à t’accorder un peu de confort.
  • Avoir une relation sérieuse, voire même fonder une famille.
  • Ou bien tu peux continuer sur ta lancée en prolongeant la vie modeste tout en continuant tes investissements, en y ajoutant en plus l’argent que tu mettais jusque-là sur ton prêt étudiant. 

    ÉTAPE 12. Si tu es un homme hétéro, ne te marie surtout pas. 
    Fais tes propres recherches et tu le verras toi-même: Il n’y a aucun avantage social, légal ni financier à se marier quand on est un homme.  Bien au contraire!  50% des mariages finissent en divorce, et 70% des divorces sont initiés par la femme.  Pour une belle cérémonie inutilement coûteuse et un bout de papier sans valeur pour toi, tu joues à pile-ou-face les fruits de toute une vie de travail et de planification financière pourtant intelligente.

    ÉTAPE 13. Dix ans après avoir acheté ta maison et vingt ans après avoir commencé ta carrière, tu as de nouveau un demi-million en investissements.
    En fait, si tu as continué à vivre comme un pauvre en investissant tes augmentations de revenus + l’argent que tu donnais jadis en prêt étudiant, tu auras probablement plus. Quelque chose entre ¾ de million et un million complet.  Ton prêt hypothécaire s’est remboursé tout seul. Ta propriété vaut maintenant $2 millions de dollars à cause de la hausse de la valeur du marché immobilier.  Une personne qui voudrait en acheter une semblable devra obtenir une hypothèque sur 20, 25 ou 30 ans, au bout duquel il devra rembourser le double, soit $4 millions.  Mais toi, en l’achetant intelligemment, tu l’as eu pour $500 000, soit huit fois moins. Et à partir de maintenant, elle te rapporte $100 000 par an, puisque tu as augmenté peu à peu le loyer à chaque année. Donc, encore cinq ans et elle se sera remboursée au complet. Quatre, si tu continues d’augmenter.

Tandis que la majorité des propriétaires vont prendre un prêt habitation qu’ils devront payer pendant 20, 25, 30 ans, toi tu as une maison qui ne t’aura pas coûtée un sou car elle se sera remboursée au complet, toute seule, en moins de 15 ans.

ÉTAPE 14. As-tu besoin d’un véhicule?  Si oui, n’achète pas, loue!
Tel qu’expliqué plus haut, à partir du moment où tu l’achètes, la valeur du véhicule ne fait que tomber. Inversement, les frais d’entretien ne font qu’augmenter à mesure que le besoin de réparations se fait de plus en plus fréquent.  Alors si tu as une auto, vend-là.  Va au concessionnaire et loues-en une neuve sur trois ans.  Tu n’auras plus jamais à te soucier de l’entretien puisque c’est le concessionnaire qui s’occupe de tout. Tu l’échangeras contre un modèle tout neuf avant-même que les premières avaries n’y apparaissent.  Et puisqu’il appartient toujours au concessionnaire et que son but est de le revendre au meilleur prix dans trois ans, tu es assuré qu’il ne va pas te refiler un citron. Il y va de son propre intérêt. Et le tout, auto, immatriculation, assurances, entretien, essence, ne te coûtera au gros maximum que le tiers de ce que te rapporte ta maison en loyer. 

Autrement dit, quinze ans après son achat et pour le reste de tes jours, ta maison gratuite te fournira l’appartement gratuit, la nourriture gratuite, et tu rouleras toujours dans un char neuf gratuit. Et pendant ce temps-là, ceux qui te mettaient de la pression il y a quinze ans pour que tu dépenses ton argent à mesure sont TOUS esclaves de leurs dettes, qu’ils n’auront probablement même pas fini de rembourser lorsqu’ils seront rendus à l’âge de la retraite.

ÉTAPE 15. Tu as maintenant la liberté de pouvoir choisir ce que tu vas faire du reste de ta vie.
Admettons que tu as commencé tes études à 20 ans et commencé à travailler à 25, tu as maintenant entre 40 et 45 ans et tu vaux environ $3 millions. Si en plus tu as pris soin de ta santé, de ta forme et de ton alimentation, tu peux pleinement profiter de ta jeunesse adulte en prenant ta retraite 20-25 ans avant tout le monde. Car en effet, à partir de ce point, tu peux vivre confortablement mais sans excès avec les $66 000 annuels (si on enlève les dépenses du véhicule) que te rapportent ta maison + tes placements. Ou alors tu continues de pratiquer ton métier et tu continues de prospérer en y ajoutant ton salaire.  Ou alors tu continues d’appliquer ce principe en achetant une seconde maison et la mettre à louer. Hey, tu peux même continuer de travailler, expulser ton locataire et vivre avec zéro dette dans ta maison qui, en se remboursant toute seule en 14-15 ans, ne t’a pas coûté un sou. Ou, le meilleur des deux mondes, habiter une seconde maison qui sera payée par le loyer de la première. C’est la beauté de la chose : rendu à ce point-ci de ta vie, tu as le choix!

Et ceci, si tu as des enfants, te permet de leur assurer une fortune générationnelle. Car non seulement vont-ils hériter de la maison en tant que source de revenus, ils vont également hériter de ton exemple, de ton savoir-faire, pour que leur argent travaille pour eux et non l’inverse.

Il y en a qui vont dire qu’au lieu d’acheter une maison, mieux vaudrait acheter un duplex, triplex, quadruplex ou un bloc-appartements de 10, 20, 40 logements. Les revenus n’en seront que plus grands. En théorie, c’est vrai! Mais j’ai été concierge et surintendant assez longtemps pour savoir qu’un locataire = un problème, vingt locataires = vingt problèmes, quarante locataires = quarante problèmes… Plus on a de locataires, plus grandes sont les possibilités de devoir faire face aux loyers non-payés, aux accidents, aux dégâts d’eau, à la négligence, aux incendies, aux punaises de lit… On passe alors tout notre temps et une bonne partie de notre revenu à devoir s’en occuper, ou alors à devoir embaucher des gérants d’immeubles et des concierges. C’est juste trop compliqué pour moi. Au moins, en louant une maison d’un million de dollars, je sais que j’ai affaire à une personne sérieuse qui gagne très bien sa vie. En général, ce ne sont pas ces gens-là qui vont causer des problèmes. J’échange donc un revenu potentiellement immense pour un revenu somme toute assez bon et la tranquillité d’esprit. Mais ça, c’est mon choix personnel.

L’important, c’est que rendu à ce point, et pour le reste de notre vie, on fait partie des gens pour qui l’argent travaille, plutôt que des gens qui travaillent pour l’argent. C’est surtout d’être capable de comprendre que le fait de valoir trois millions ne veut pas dire posséder trois millions de dollars comptant et vivre en dépensant cet argent. Parce que faire ceci, c’est s’assurer qu’au bout d’une période allant de trois à sept ans, il ne nous restera plus rien. Non seulement aura-t-on échangé le confort à long terme pour une vie de millionnaire à court terme, on aura détruit notre source de revenus, et on aura saboté pour de bon nos chances de pouvoir refaire fortune un jour.

En conclusion, mieux vaut l’argent qui travaille pour nous, que de travailler pour l’argent. Car comme le dit le proverbe : L’argent est un bon serviteur mais un mauvais maître.

L’impact potentiel (et inattendu) du moindre geste anodin

Cette histoire commence il y a exactement huit ans aujourd’hui, au milieu du printemps de 2014. À ce moment-là, je suis concierge dans un édifice à logements.

Un ascenseur comporte deux portes: la porte de la cage mobile d’ascenseur elle-même, et porte du mur qui s’ouvre à chaque étage. Ce matin-là, en sortant de l’ascenseur au second sous-sol, je constate un truc: Lorsque les portes sont ouvertes, on peut distinctement voir, par la fente par terre entre les deux portes, qu’il y a un 3e sous-sol sous nos pieds.

Un ascenseur est quelque chose de trop important en matière de sécurité pour laisser n’importe qui s’en occuper. Voilà pourquoi l’ascenseur n’appartient jamais à l’édifice. Il est loué par le propriétaire. Dans ce cas-ci, à la compagnie Otis.

Sous l’ascenseur, il y a une pièce, le puits d’ascenseur, et seul le technicien d’Otis y a accès. Il peut y descendre grâce à une clé spéciale que lui-seul possède. Il utilise dans l’un des verrous du panneau de contrôle de l’ascenseur.

Lors de son passage mensuel précédent, il a oublié d’éteindre la lumière du 3e sous-sol. Et pour tout le mois, ceci me permet, pour la première fois, de voir via la fente entre les portes une partie de cette pièce secrète et inaccessible.

À partir de là, je m’amuse à imaginer quel plaisir j’aurais à faire de cette pièce mon antre secrète, mon genre de Batcave. Évidemment, pour ça, il faudrait que le technicien perde sa clé, que je la trouve et la garde pour moi. Et c’est comme ça que je m’amuse à imaginer des histoires de plus en plus élaborées de ce que je pourrais faire de cet endroit. Au point où je me dis que ça pourrait être le bon départ pour une série de BD.

À ce moment-là, ça fait presque six ans que je ne dessine plus. L’idée de me remettre à la BD me tente.

Toujours influencé par mon ancienne vie de jeunesse et le thème du loser et de l’underdog qui vit en marge par obligation, je créé cette trame de série: Cinq gars, âge non-précisé mais on devine entre 15-19 ans,. Ce sont des camarades d’école qui, à première vue, n’ont que peu en commun. Ils ont commencé à se tenir ensemble à cause d’un travail d’équipe. Personne ne voulait d’eux dans leur groupe d’origine, alors ils ont eu à se regrouper pour le travail, et n’ont juste jamais arrêté de se fréquenter par la suite. Puisqu’il sont marginaux parce que les gens les trouvent nuls. Le titre sera donc Les Marginuls.

Lorsqu’ils commencent à former une bande, l’un des marginuls partage avec les quatre autres son secret: La clé qui mène au sous-sol caché. Voyant que passent par-là les câbles d’électricité, de téléphone, de télévision, ils ont l’idée de s’y installer, d’en faire leur base secrète, piratant en douce le net, la télé, etc.

Les personnages étaient:

  • Le bon gars classique: Grassouillet, barbe en collier, chapeau Fedora, est le meilleur-ami-de-gars d’une fille tout en espérant beaucoup plus. C’est un grand poète, un romantique.
  • Un inventeur plein d’idées folles à la c’est-simple-mais-fallait-y-penser. Pas un inventeur à la Stewie Griffin (Pas de machine à voyager dans le temps, genre), mais un peu plus à la Gaston Lagaffe. Ses trucs sont plus réalistes et pourraient probablement fonctionner en vrai. Il est le fils du concierge d’un HLM, d’où le fait qu’il a un atelier, accès à tous les outils requis, plein de matière première à base d’objets abandonnés, et une connaissance de base en plomberie-électricité-rénovation-bricolage. Il cherche l’idée ultime, l’invention qui le rendra riche et célèbre.
  • Le bel et grand athlète, pas vraiment con mais juste trop passionné par son sport, d’où le fait que même s’il a la cote auprès des filles, ça ne dure jamais longtemps. Il est rejeté de la classe de gym parce qu’il est le seul à prendre le jeu vraiment au sérieux, le seul à deviser des stratégies, s’entraîner, se pratiquer, etc, alors que les autres prennent ça très relax.
  • Un musicien et un bédéiste. En fait, à part leur art, ils sont quasiment interchangeables tellement j’utilise le même thème avec eux: Le musicien est rejet de la part de la classe de musique parce que eux font du classique, et que lui son rêve est d’être une idole top-of-the-charts avec de la musique populaire et commerciale. Le bédéiste, lui, est rejet de la classe d’Arts, because que la BD n’est pas du VRAI art.

À ce point-là de ma carrière, je n’ai plus tellement confiance en mon style de dessin, et je ne crois pas être capable de créer des personnages intéressants visuellement. Aussi, j’ai une idée: J’écris à mon collègue bédéiste Yohann Morin et lui offre du ¢a$h pour qu’il me fasse le design de mes personnage. Ensuite, je me débrouillerai avec ça. Il est hélas trop occupé avec ses propres albums. Notre conversation se termine avec Yohann qui me dit ceci:

« Tu devrais inclure au moins une fille!« 

Un an plus tard, printemps 2015. Fin de contrat en tant que concierge à l’Île-des-Soeurs, me voilà en chômage depuis un mois, et rendu à Hochalaga.

Ce soir-là, au restaurant Le Trèfle – Hochelaga, je discute avec ma conjointe Flavie de mes options de carrière. On en vient au sujet de la BD, carrière que j’ai abandonné il y a 7 ans. Je lui parle du projet Les Marginuls, ainsi que de la suggestion de Yohann d’ajouter une fille dans les personnages. Flavie y va de sa suggestion:

« Tu pourrais y rajouter Stéphanie. »
« Tiens, oui, bonne idée. Depuis le temps qu’elle tient à ce qu’on fasse un projet artistique ensemble. Je pourrais en faire un personnage. »

Stéphanie et moi (ou inversement) en 2003.

Mais voilà, les Marginuls sont tous supposés être des artistes. Il y a déjà un sculpteur (mon bricoleur de génie), un bédéiste, un musicien, un écrivain et un peintre (en remplacement de mon sportif, qui détonnait trop d’avec les autres). Quel art reste-t-il pour donner à Stéphanie? C’est là que Flavie fit la suggestion qui allait complètement bouleverser le concept:

« euh… Les arts culinaires? Elle pourrait être bonne en cuisine!? »

Pour ceux qui ne connaissent pas Flavie, cette jeune femme est une féministe militante engagée à la limite de l’enragée. Alors, pour qu’elle ne trouve rien de mieux à suggérer qu’un rôle traditionnel féminin imposé par la patriarchie, pour le seul personnage féminin du groupe, c’est un signe indéniable comme quoi il n’y a rien de bon à tirer d’un concept comme Les Marginuls.

Et c’est là que je réalise que je fais fausse route.

« Tu sais quoi? Au lieu d’essayer d’adapter Stéphanie à la série, je devrais plutôt faire l’inverse. Stéphanie est pétillante, pleine d’idée et full enthousiaste de les réaliser, et ce même si elle n’a aucun moyen de le faire… Et si la série était justement ça? Stéphanie, ayant des projets artistiques, qui s’entoure de gens qui ont peu en commun, pour l’aider à les réaliser? »

C’est là que j’ai su que j’avais trouvé le thème de mon sujet. 

C’est en recherchant le mot enthousiasme que j’ai constaté que l’image choisie pour l’illustrer avait la même pose que j’avais donné à Stéphanie.

L’arrivée de Stéphanie dans la série demanda quelques ajustements.

Tout d’abord, dans la vraie vie, un fedora-neckbeard, ça tombe inévitablement amoureux des filles comme Stéphanie, et ce n’est jamais quelque chose de réciproque. Ceci est source de conflits, de déceptions et de harcèlement entre les personnages. Ce n’est pas le genre d’interaction que je veux entre mes personnages principaux. La solution: ils seront frère et soeur. Stéphanie et Daniel Comte.

Daniel, qui était déjà auteur dans les Marginuls, absorba les personnages du bédéiste et du peintre. C’est dire à quel point, dans le fond, ils étaient interchangeables.

J’ai gardé mon bricoleur fils de concierge tel quel, à deux détail près. De un, il ne cherche plus à inventer quelque chose qui le rendra riche. (J’ai refilé à Stéphanie la motivation de richesse). Et de deux, il est musulman. Mes années de conciergerie m’ont amené à fréquenter beaucoup de familles musulmanes et à me familiariser avec leurs habitudes de vie qui sont bien loin des clichés habituels, et je trouvais intéressante l’idée de les dépeindre tels que je les ai connus.

Le sportif est revenu, sauf que je lui ai donné la gueule et la personnalité d’un de mes anciens personnages, KONAR, Le Héros de BD le plus Con qui Soit.

Enfin, pour le musicien, je me suis inspiré d’une série de BD que je faisais au début des années 2000, inspiré d’un collègue bédéiste reconnu pour son stoïcisme et son peu de tolérance aux conneries.

J’en ai gardé sa tête et son attitude, et je l’ai combiné avec une idée que j’avais eu quelques années plus tôt: Un gars qui porte une chemise à carreaux autour de la taille pour évoquer le kilt, de manière à montrer ses origines écossaises. Je lui donne un physique à l’extrême opposé de mon modèle, et voilà, Angus est né.

Après quelques jours à créer différents designs pour mes personnage, j’en arrive à la version officielle, quoi qu’encore primitive à ce point.

Pour cette série, j’ai vraiment eu envie de m’appliquer. Alors pour la première fois, j’ai décidé de prendre mon temps et de commencer par écrire le texte de chaque gag, puis de faire un brouillon et découpage pour chaque page.

Bien m’en pris. Car, encore influencé par mes vieux thèmes négatifs, j’ai eu à faire plusieurs changements en cours de route. Par exemple, Les Marginuls habitaient, à la limite, un taudis, parce que les loyers étaient abordables. C’était une vieille usine de cigarettes, devenue Les Appartements Blacklungs, avec la cheminée peinte en cigarette. Une idée qui ne plaisait pas du tout à (la vraie) Stéphanie. C’est donc devenu un lieux plus sympathique, une ancienne usine de la boisson gazeuse Cool Soda, transformée en édifice à condos.

C’est quand même plus sympathique qu’une marque de cigarette nommée Poumons Noirs

Dans cette nouvelle atmosphère beaucoup plus agréable, je n’ai plus du tout envie de leur refiler un 3e sous-sol comme antre secrète. Où vont-ils donc se réunir? La solution me saute aux yeux, alors que je me promène dans mon quartier, et que j’y vois le nom d’un de mes personnage:

Non seulement ces tours me rappellent-elles ces deux-là, situées dans mon ancien quartier, Verdun…

… le hasard a voulu que quelques années plus tôt, j’ai photographié la vraie Stéphanie devant celles-ci.

Je commence à dessiner ma série au propre à la fin de l’été de 2016.

Puis, arrive un problème incontournable: Ma myopie combinée à une presbytie qui se développe ne me permet plus de voir clairement mes pages lorsque je les met à l’encre. Malgré une série d’opérations aux deux yeux, ma série s’interrompt au bout de quinze pages.

On m’enlève l’iris, m’implante cristallin en plastique et lentille intra-occulaire. Mes deux yeux ont enfin une vision normale, mais elle me laisse avec une presbytie de 2 degrés, et la perte de ma capacité naturelle de mettre ma vision au focus. Pour continuer la BD, il me faudrait une tablette graphique, mais je n’ai pas l’argent.

Mars 2017. Pour la seconde année, le festival Québec BD offre le prix Jacques Hurtubise qui vient avec une bourse de $1000. Les conditions sont:

– Être citoyen Canadien. C’est mon cas.
– Être majeur. C’est mon cas.
– N’avoir jamais publié d’album. C’est mon cas.
– Avoir un projet d’album déjà en chantier. Avec 15 pages de terminées, et le reste déjà scénarisé / brouillonné / découpé, c’est mon cas.

Avec le dossier, il fallait remettre un truc appelé lettre de motivation. Dans celle-ci, je leur explique mon handicap visuel, en disant que ce qui me motive à vouloir cette bourse, c’est pour l’utiliser pour m’acheter une tablette graphique. Je suis d’ailleurs le seul candidat à avoir osé dire franchement que je voulais avoir cet argent.

Page couverture du dossier.

Le dernier vendredi de mars 2017, j’envoie ma candidature. Trois jours plus tard, Le premier lundi d’avril, je remporte le prix. Combinant ma bourse avec mon retour d’impôts, je m’achète la plus grosse tablette Cintiq que je puisse trouver.

J’y passe tout mon temps libre après le boulot. Et enfin, un an plus tard, l’album est terminé.

Ici, le Boss, c’est la fille. Et les poses sexy, ce sont les gars qui les ont.

Dix ans après avoir abandonné la BD pour la job de bras, je suis de nouveau artiste, avec mon tout premier album de BD à vie, lancé au Festival Québec BD , avec 10 de mes planches être encadrées au mur lors d’une exposition publique. En voici cinq.

Et c’est ainsi que ma carrière d’auteur de BD a redémarrée, événement qui m’a rapporté des honneur du milieu, une tablette graphique, et la publication de mon premier album.

Et tout ça parce que, quatre ans plus tôt, un anonyme employé de la compagnie Otis a oublié d’éteindre la lumière en quittant un puits d’ascenseur. Comme quoi on ne peut jamais savoir à quel point nos gestes les plus anodins peuvent parfois amorcer une réaction en chaîne pouvant radicalement transformer la vie d’une personne que l’on n’a jamais rencontré.

L’origine probable du mot québécois TARLA

La langue française au Québec, et le Joual en particulier, sont parsemés d’expressions et de mots qui ne se retrouvent nulle-part ailleurs. Il y a quelques jours, le hasard m’a fait tomber sur l’origine très probable de l’un de ces mots : Tarla.

Définition: Un tarla est une personne ridicule. Il n’est pas vraiment méchant, ce serait surtout un imbécile heureux. Un idiot qui agit en idiot sans se douter de son idiotie. Une personne bien intentionnée mais totalement ignorante. Un sans-dessein, un incompétent, un cave, qui se donne en spectacle en plein étalage de sa stupidité.

Vers 1990, l’humoriste québécois Alain Dumas a lancé une chanson intitulée Tout un tarla! , qui décrit bien ce genre d’individu.

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Si on cherche le mot tarla sur Google, voici ce que l’on trouve comme définitions. D’abord sur le Wikitionnaire: (Au besoin, cliquez sur les images pour agrandir.)

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Sur la base de données lexicographique panfrancophone:

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Sur cordial.fr:

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Sur la page Du Français au Français.

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Et enfin sur La Parlure.

Cette dernière définition ajoute qu’un tarla serait en fait le porcelet de trop dans la portée d’une truie. Je suppose qu’en cherchant loin, on pourrait faire le lien en disant qu’un tarla serait un individu qui ne trouve pas sa place en société. N’empêche qu’il n’y a aucun rapport entre ça et le degré de stupidité que les québécois associent à cette expression.

Mais alors, d’où est-ce que ça vient vraiment, tarla ?
Il y a quelques jours, j’étais sur le site de la BAnQ, la Bibliothèque et Archives Nationales du Québec. J’y parcourais les archives des journaux québécois. Je suis tombé par hasard sur cet article datant de 1965. On y parle dun comédien Français nommé Yves Tarlet. En lisant son nom, son métier et l’année de publication, j’ai immédiatement compris que j’étais fort probablement tombé sur l’homme qui fut à l’origine du mot tarla.

J’ai voulu en savoir plus.

D’après ce que j’ai pu voir dans mes recherches à la BAnQ, Yves Tarlet était un comédien fort apprécié. De septembre à décembre 1964, on a annoncé de nombreuses fois sa venue pour janvier 1965. Puis, de janvier à septembre 1965, sa tournée à travers le Québec n’a récolté que des éloges. Chanteur, acteur, mime, clown, imitateur, l’homme avait de multiples talents et un style unique qui savait faire rire à tout coup.

Dans les années 60, sans internet, avec peu de gens qui possédaient un poste de télévision, sortir au cinéma et au théâtre se faisait une ou plusieurs fois par semaine. Ainsi, on peut aisément imaginer qu’une bonne partie de la population québécoise a eue l’occasion de voir le spectacle de Tarlet.

Trois faits me portent à penser qu’Yves Tarlet est à l’origine du mot tarla.

1er FAIT : Dans le joual, et encore aujourd’hui dans l’accent québécois en général, le son « AIT » à la fin d’un mot se prononce A. Ainsi, du lait devient du la, du poulet du poula, parfait parfa, frais fra, épais épa, c’est vrai c’est vra ! Ainsi, un nom comme Tarlet se prononcerait tarla. Peut-être qu’on ne le ferait pas de nos jours avec un nom de famille, puisque que notre éducation et la technologie moderne nous expose quotidiennement au Français international. Mais dans les années 60, oui, assurément.

2e FAIT : Les gens ont toujours eu pour habitude de prendre des noms propres et les utiliser comme qualificatifs. Un séducteur est un Don Juan ou un Casanova. Un homme fort est un Hercule. Un dangereux prêteur sur gages est un Shylock. Au Québec, un avare est un Séraphin tandis qu’en Europe il est un Harpagon. Toujours, ces qualificatifs s’inspirent d’un nom qui n’est possédé que par une seule personne. Et au Québec, des Tarlet, on n’en connait pas. Puisque le nom d’Yves Tarlet était sur toutes les lèvres dans le Québec de 1965, il est possible que son nom soit devenu synonyme pour une personne qui fait rire. Et que tout naturellement, dans le langage populaire, l’on dise d’une personne drôle que « C’est un vrai Tarlet. » Ou, en bon québécois, « Un vra tarla! »

De tous les temps, lorsqu’une personne manque de sérieux ou de professionnalisme dans son travail ou ses agissements, on le traite de clown, on le compare à un comédien, et on le fait avec mépris. C’est probablement de cette manière que le mot tarla a pris son sens péjoratif.

Enfin, 3e FAIT : Je n’ai trouvé aucune trace des mots tarla, tarlais ou tarlet dans les journaux avant le passage d’Yves Tarlet au Québec. En fait, la première mention date de peu après son retour en France, en septembre 1965, alors que le tournoi O’Keefe de tir à l’arc utilise ce mot dans un sens que je n’ai vu nulle-part au-delà de cet événement: Les tireurs débutants.

Et lui aussi souligne que ce mot définit d’abord le cochonnet de trop dans la portée, bien que lui sous-entend qu’une truie possède douze tétines, alors que la définition du site de La Parlure fait plutôt état de huit. Mais peu importe. À partir de ce point, si Tarlet n’a plus servi dans les médias qu’en tant que nom de famille, les variantes que sont tarla, tarlais et tarlet (avec un t minuscule) n’ont toujours été utilisés que pour décrire un imbécile.

Le premier usage écrit du mot tarla utilisé en guise d’insulte provient d’un texte rédigé en joual et publié dans le journal La Patrie. Le personnage de Ti-Clin y utilise ce mot dans plusieurs de ses chroniques. La première fois date du 3 mars 1968. Selon le texte (qui est fictif ou pas, allez savoir) ce serait en citant une phrase du journaliste Pierre Foglia.

«  -T’as rien à pondre, tarla? qu’a ajouté l’beau fin à Foglia. »

J’ai poursuivi mes recherches, remontant dans les journaux jusqu’en 1940. Je n’y ai trouvé aucun tarla. Évidemment, ça ne veut rien dire. Il ne faut pas oublier que les journaux étaient plus sérieux à cette époque. Si le mot existait, il n’était juste pas digne d’être publié, comme tout ce qui était joual, d’ailleurs.

Ensuite, j’ai cherché Tarlet. Cette fois, j’ai eu beaucoup d’exemples de ce mot en tant que nom de famille. Mais aussi quelques fois dans le sens du tarla québécois. Le plus vieil exemple de ce dernier cas fut publié dans le journal Québec-Presse daté de décembre 1973. Il s’agit d’un extrait du livre Monologues, écrit par Yvon Deschamps. Il nous y livre les meilleurs monologues de sa carrière depuis ses débuts en 1968. Et dans cet extrait, on voit clairement qu’il écrit tarlets pour décrire des personnages stupides et insignifiants. Et il le fait avec l’orthographe du nom du comédien.

Dans ses monologues, Yvon Dechamps s’exprime en langage populaire québécois, en joual. Car s’il écrit tarlet, il le prononce néanmoins tarla. Voilà qui solidifie la théorie comme quoi il y a un lien entre le nom et l’expression.

Selon Wikipedia, ce monologue particulier a été enregistré sur disque en 1970.

Un artiste ne va pas se faire concurrence lui-même en mettant sur le marché un enregistrement de son spectacle pendant qu’il présente encore celui-ci sur scène. Ce n’est qu’à la fin de sa tournée qu’il le rendra disponible. Ce qui signifie que c’est depuis 1969, au moins, qu’Yvon Deschamps utilise l’expression tarla dans les monologues qu’il présente au public, et dont des extraits sont cités à la télé, dans les journaux et à la radio. Et puisqu’il a connu des débuts de carrière fulgurants, il a certainement aidé à répandre cette expression dans le langage populaire québécois. Il le reprendra d’ailleurs assez souvent, entre autres dans ce numéro intitulé Les adolescents (le grand tarla).

Si ça se trouve, c’est peut-être même Yvon Deschamps qui a inventé le mot tarla, en lui donnant ce sens. Mais là-dessus je n’affirme rien, il faudrait que je puisse le contacter pour le lui demander. En tout cas, si ce n’est pas lui qui l’a créé, il est certainement celui qui l’a rendu populaire.

Bien que le mot tarla est à 100% québécois, il est ironique que dans les faits, le premier tarla était un Français.

Un mauvais côté inattendu de l’amélioration physique

Dialogue entre une collègue de travail et moi.

ELLE: Et pourquoi est-ce que tu n’as pas de vie sociale?
MOI: Je n’ai jamais été vraiment populaire.
ELLE: Pourtant, un bel homme comme toi…
MOI: Je ne l’ai pas toujours été. J’étais même assez laid dans ma jeunesse.
ELLE: Oui mais là tu parais bien, surtout pour ton âge. Sors un peu, va rencontrer des gens, c’est sûr que tu vas séduire un max.
MOI: Ben justement! Quand j’étais laid, les filles refusaient que je sois invité dans les soirées, de peur que je les drague. Depuis que je suis beau, les gars refusent que je sois invité dans les soirées de peur que leurs femmes me draguent. Alors pour ce que ça change!

Je ne blague même pas. Une de mes amies de notre formation de préposés aux bénéficiaires faisait une soirée chez elle et m’y avait invité. Elle m’a ensuite dit, quelques jours avant la soirée, que son mari voyait d’un mauvais oeil l’idée de ma présence. Car il m’avait vu l’été précédent, lors de notre graduation. C’était à la fin de mes 40 jours d’itinérance, alors que la vie rude m’avait remis athlétique tout-plein.

Juste moi, mon vélo, les grands espaces, mon laptop, et le wifi gratuit des parc municipaux.

Je suppose que quand on met dans la même pièce des femmes de 40-50 ans et un homme de (à ce moment-là) 51, célibataire, bon boulot, bon salaire et qui ressemble à ça, l’homme en couple va craindre que Madame se trouve soudainement à moins apprécier ses derniers 10-15-20 ans d’épouse et de mère.

La meilleure, c’est que je n’en ai rien à cirer d’être en couple. C’est sûr que des fois, je ne serais pas contre l’idée d’avoir une vie sociale plus active. Mais pour le côté couple, amour, sexe, j’ai totalement perdu intérêt. Je ne voudrais même pas d’une célibataire. Alors une épouse et mère, pensez-donc.

Mais bon, je peux comprendre. La norme, c’est d’être beau et en forme à 20 ans, puis d’être gras, ridé, chauve et fatigué à 50. Quel que soit le domaine, une personne qui ne suit pas la norme, c’est une personne qui dérange.

C’est ironique, quand même. Tu passes ta vie à travailler sur toi, physiquement, moralement et intellectuellement pour te débarrasser de tes insécurités. Et au bout du compte, tu finis victime de l’insécurité des autres.

L’anneau de Gygès et l’exploration urbaine (2 de 2)

Cette anecdote d’exploration urbaine d’endroit abandonné s’est passée en juin 2021, dans le motel que j’ai utilisé en guise d’exemple pour l’article précédent.

Comme tout bon explorateur urbain, je vais suivre certaines règles. Les deux règles principales et universelles de l’urbex sont «ne rien prendre sauf des photos» et «ne laisser aucune trace, si ce n’est des traces de pas». À ça peuvent s’ajouter certaines règles personnelles. J’en ai adopté trois dans le but de m’éviter les problèmes légaux.

Règle no.1. Tout d’abord, je ne pénètre jamais des endroits récemment incendiés. Même sans tenir compte du danger de se balader dans une structure affaiblie, le fait est que le terrain et tout ce qu’il contient demeure la propriété privée d’une famille qui vient de tout perdre. C’est un double manque de respect.

Règle no.2. Je ne pénètre jamais sur un terrain clôturé sans ouverture, et je ne m’introduis jamais par effraction dans une propriété. Par contre, si un vandale irrespectueux a passé avant moi en se défonçant une entrée, je n’hésite pas à y aller puisque la place est déjà ouverte. Il m’est arrivé à deux reprises de n’avoir accès qu’aux sous-sols sans pouvoir pénétrer aux étages supérieurs. Je me suis donc contenté d’explorer les dessous, sans tenter de m’introduire de force dans le reste de la propriété.

Ce motel en particulier, situé dans ma région d’origine, a un petit côté village fantôme, ce qui ne le rend que plus intéressant.

On le voit mal au centre de la photo tout en haut de cet article, mais la porte extérieure d’une des chambres de ce motel est défoncée. Chaque chambre a deux portes : une issue vers l’extérieur, et l’autre qui donne accès a un corridor commun intérieur. Ça m’a permis de pouvoir explorer l’endroit de fonds en combles, en commençant par le sous-sol.

Comme beaucoup de propriétés construite avant les années 70, une partie du sous-sol n’est pas finie, laissant le sol terreux et trop souvent humide. Plus jeune, j’avais une peur bleue à l’idée de m’y retrouver. Jusqu’au jour où j’ai vu la chose avec logique: Puisqu’il n’y a pas de nourriture fraiche là-dedans, il n’y a donc pas de rats ni de souris. Puisqu’il n’y a pas de lumière, rien n’y attire les moustiques, il n’y a donc pas d’araignées pour les bouffer.

Depuis que je fais de l’urbex, j’ai visité trois de ces caves, et je n’en reviens pas du foutoir bordélique que j’y ai retrouvé à chaque fois.

La majorité de son contenu me semblait être tout de même en bon état. Comme ce four micro-ondes. Fallait juste le déterrer un peu.

En descendant dans une cave, il est important de sonder devant soi avec un bâton. Ça peut éviter certains désagrément. Comme ici, en bas de l’escalier, ça m’a permis de constater que la partie terminée du sous-sol, ainsi que son contenu, baignent dans un bon trente centimètres d’eau croupie. Puisque rien ne faisait rider l’eau, je n’ai pas vu que c’en était, même avec ma lampe frontale.

De l’eau vaseuse comme celle-là a certainement rendu le plancher glissant. Alors non seulement tu risques de t’étaler de tout ton long dans une eau dégueulasse, tu peux te blesser sur tout ce que cette eau cache. J’ai une trousse de premiers soins dans un de mes paniers de vélo, mais elle a ses limites.

En remontant au rez-de-chaussée pour explorer la partie commerciale de ce motel, j’ai été déçu de voir que les chambres, bien que vidées de tout mobilier, avaient toutes été saccagées. Fenêtres brisées, murs défoncés, plafonds arrachés… Ce triste spectacle n’a hélas rien d’inhabituel. Cependant, pour la première fois en un an d’exploration, j’ai aperçu ce qui avait toutes les allures d’une vision d’horreur.

Qu’est-ce que je viens d’apercevoir dans le bain de cet endroit abandonné? Une personne? Un gros chien? Un poney?

Deux choses me rassurent: Aucun son de respiration, et aucune odeur de viande avariée. Après un moment d’hésitation, ma curiosité l’emporte. N’empêche que je n’étais pas rassuré.

Au final, c’était ceci: un poney en peluche.

Je n’ai cependant pas investigué davantage au sujet des traces sur le mur.

Enfin, Règle no.3. Je ne signale pas ma présence, mais je ne me cache jamais non plus. Ça signifie que je vais prendre le soin d’attacher mon vélo dans un coin discret. Mais sinon je marche avec naturel sur le terrain, comme si j’y avais à faire. Ainsi, les éventuels passants n’ont aucune raison de me trouver louche.

Également, pendant mon exploration, si je constate que la police, le proprio ou des travailleurs se pointent, je ne les évite pas. Bien au contraire, je vais immédiatement à leur rencontre. Je me présente et j’explique la raison de ma présence. À date, ça ne m’est arrivé qu’une seule fois, en 2020, avec des travailleurs qui venaient barricader la place, justement à cause de vandalisme. D’où l’importance de se débusquer, sinon je me serais retrouvé emmuré.

Alors que je terminais mon exploration de ce motel, ce n’est ni la police ni le proprio ni un travailleur, ni même un autre explorateur urbain que j’ai rencontré. Je précise que le terrain ayant été laissé en friche pendant trois ans, de hautes haies sauvages en dissimulaient une bonne partie. De plus, située entre champs et boisés, l’endroit n’est pas tellement passant.

Ayant vu tout ce qu’il y avait à voir dans le bâtiment, je marche dans le corridor et je retourne dans la chambre par laquelle je suis entré. Par la porte extérieure qui est grande-ouverte because défoncée, je vois l’arrière d’une camionnette dans le parking, à environs quinze mètres devant le motel. Un gars costaud, grassouillet, cinquantaine avancée, vient se placer derrière le véhicule et pose sa main sur le rebord de la boite du véhicule. Il est rejoint par un homme dans la trentaine, que je vois de dos, et qui vient s’agenouiller devant lui.

Par l’allure des hommes, et puisque le véhicule est un pick-up Ford classique, je comprends qu’ils s’apprêtent à ouvrir la porte de la boite du véhicule. Il s’agit donc probablement du proprio, ou bien de travailleurs venus eux aussi pour barricader la place. Je sors de la chambre et me dirige droit vers eux, tout sourire, me préparant à me présenter et à leur dire que ma présence n’était que dans le but de faire de l’exploration urbaine, sans rien vandaliser. Ils ne me voient pas encore car le jeune me tourne le dos, le vieux regarde vers le bas, et ils sont tous les deux concentrés sur leur besogne.

Le vieux baisse son jeans et commence à se branler devant la face du jeune. Et moi, simultanément, je me dirige droit sur eux avec un beau sourire.

Malaiiise! 😬

Brusque quart de tour à gauche, mes bottes crissent dans le gravier alors que je me dirige vers mon vélo en regardant droit devant moi. Je l’ai à peine rejoint que j’entends deux portes de véhicules fermer, et la camionnette partir, suivie presque aussitôt par une auto. À voir la vitesse à laquelle ils ont déguerpis, ils ont dû être très embarrassés de constater que leur scène m’avait eu comme témoin à quelques mètres devant eux.

Donc… Amoureux secrets? Rencontre Tinder? Escorte et son client? Aucune idée. en tout cas, ce motel a beau être fermé depuis trois ans, il continue d’y avoir de l’action.

Quel est le rapport entre tout ça et l’anneau de Gygès?
Dans la philosophie grecque, l’anneau de Gygès est une allégorie tirée des écrits de Platon. Ça raconte l’histoire d’un homme nommé Gygès qui trouve un anneau qui lui permet de devenir invisible. Gygès, jusque-là irréprochable, utilise son pouvoir pour voler des renseignements secrets, séduire la reine, renverser le gouvernement.

C’est une théorie qui suggère l’idée comme quoi les vertus telles la loyauté, l’honnêteté, les bonnes manières, et surtout le respect des autres et de la loi, n’existent que parce que l’on se sait observé. Ça indique que l’être humain est fondamentalement mauvais, et que si une personne jusque-là sans histoire se retrouve dans une situation où il n’aura jamais à subir de représailles, il va se laisser aller à ses instincts naturels, se montrant sous son vrai jour, devenant le genre de personne de qui l’on dit: « Jamais je n’aurais pu imaginer ça de lui. »

On retrouve aussi ce genre de comportement chez les superstars, les politiciens, les riches, les gens d’influence et de pouvoir, ceux qui jouissent d’une assez grande popularité. Serge Gainsbourg, Charlie Sheen et Éric Salvail en sont d’excellents exemples français, américain et québécois. Leur succès, leur millions, leur influence, et surtout l’amour inconditionnel que leur accordaient leur public, c’était ça leur anneau de Gygès. À force de voir qu’ils pouvaient faire n’importe quoi impunément, ils faisaient n’importe quoi impunément.

Faire de l’urbex permet de constater que les endroits abandonnés ont une influence similaire sur le comportement des gens. La place est cachée, sans surveillance, promise à la démolition, totalement abandonnée et déserte, et personne n’est au courant de la présence de l’explorateur. La personne comprend donc d’instinct que quoi qu’elle fasse, elle n’aura jamais à craindre la moindre conséquences de ce qu’elle va y faire. Pour certains des explorateurs dont je suis, le seul manque de respect que cette liberté nous pousse à commettre est au niveau de la violation de propriété privée. On entre, on observe, et on ressors. Pour nous, ça s’arrête là. Mais pour beaucoup trop d’autres, ça donne juste une impulsion irrésistible de laisser libre cours à leurs instincts refoulés. Par exemple, comme dans ce cas-ci, on s’y donne rendez-vous pour des activités illicites. Mais plus souvent qu’autrement, on tague, on vandalise, on démolit, on défonce des murs, on brise des fenêtres, on saccage tout. Certains vont même jusqu’à y mettre le feu.

Et justement, trois mois après mon passage…

Depuis le 21 juin 2020, qui fut le premier de mes 40 jours d’itinérance, j’ai exploré sept endroits abandonnés. Un seul était impeccable, probablement parce que j’étais le premier à y entrer. Le vandalisme est la raison pour laquelle je ne divulgue plus où sont situés ces endroits. Quand j’en poste des photos et vidéos, j’en choisis qui ne permettent pas de les identifier. Si je me le suis permis aujourd’hui, c’est parce qu’à part sur Street View, l’endroit n’existe plus.

Lire l’article complet.

Jusqu’à tout récemment, je croyais qu’il n’y avait qu’à trois moments dans la vie où l’on peut voir la vraie personnalité de tout-un-chacun : lorsqu’il est enfant, lorsqu’il est ivre, et lorsqu’il est frustré. Je dois maintenant ajouter un quatrième moment: lorsqu’il sait qu’il n’aura jamais à subir les conséquences de ses gestes.

Bref, lorsque les circonstances lui donnent un anneau de Gygès.

L’anneau de Gygès et l’exploration urbaine (1 de 2)

J’ai pris goût à l’exploration urbaine à l’été de 2020, alors que je n’avais pas grand chose à faire de mes quarante jours d’itinérance. Je m’y suis remis quelquefois l’été suivant, en 2021, et je compte bien continuer à chaque fois que l’occasion se présentera de nouveau.

Pour les non-initiés, l’exploration urbaine, ou urbex, consiste à visiter des endroits abandonnés, généralement en ville mais aussi en campagne. Maisons, églises, espaces commerciaux, manufactures, station de métro… Sur papier, cette pratique est illégale, car peu importe l’état des lieux, l’endroit a un propriétaire. Et si tu es sur sa propriété sans y avoir été invité, ou sans y avoir légalement à faire (Policier, pompier, concierge, inspecteur), alors tu es un intrus passible d’amendes.

Quels sont ces endroits abandonnés, et comment le deviennent-ils?
(NB: Les photos sont utilisées ici en guise d’exemple et ne sont pas à 100% reliées à la situation présentée dans ce texte. Mais dans l’ensemble, ouais, en général, ça se passe comme ça.)
Lorsque c’est en ville, le lieu abandonné est souvent une propriété rachetée par une firme qui cherche à y développer des condos et/ou des édifices à bureaux. Je vais vous donner un exemple inspiré de faits réels survenus récemment.

Voici un motel construit dans les années 1960 par le grand-père du propriétaire actuel. C’est un commerce familial qu’ils se passent d’une génération à l’autre.

Le motel…
… et sa station d’essence.

Le look rétro authentique de la place est fort prisé par la clientèle. Entre ses clients de passage, le propriétaire loue souvent l’endroit pour diverses productions télévisuelles et cinématographiques. Par exemple, en 1987, le chanteur Pierre Flynn y a tourné le vidéoclip de Sur la Route.

Le film Les Dangereux y a une scène qui commence à exactement 01:00:00 du début.

Il apparaît également dans la scène finale du film américain The Jacket, connu au Québec sous La camisole de force.

Ainsi que plusieurs autres productions dont la liste serait trop longue.

Sans pour autant faire des affaires d’or, son propriétaire en tire de quoi vivre et payer ses taxes commerciales. Rien ne l’empêche de continuer comme ça jusqu’à l’âge de la retraite où il pourra, s’il le désire, vendre son commerce à ses enfants qui poursuivront la tradition familiale, tandis qu’il se la coulera douce jusqu’à la fin de ses jours.

Mais voilà, ce qui fut autrefois un village tranquille sur le bord de l’autoroute 20 est aujourd’hui une ville où le développement urbain a fait un bond monstrueux depuis le début du 21e siècle. Par conséquent, la valeur immobilière a monté en flèche.

Un promoteur immobilier (qui n’est jamais établi dans la région, ni même originaire de celle-ci) constate que le terrain du motel, bien que situé dans la ville, est tout de même assez loin des nouveaux développements. Par conséquent, la valeur du terrain est encore très abordable. Reniflant la bonne affaire, le promoteur s’en va rencontrer le maire. Ce dernier se laisse aisément tenter. Pourquoi se contenter d’une seule taxe municipale d’un minable commerce dépassé, alors qu’il pourrait collecter trente-quatre taxes sur un édifice abritant quatre commerces et trente condos? Et on parle de taxes qui, individuellement, seront le double, voire le triple de ce que paie le motel, puisque cette fois ça proviendra d’un édifice à condos de luxe.

$25 000 de taxes municipales en moyenne, multiplié par 34 unités = $850 000 par année. Bien plus alléchant que les $10 000 que la ville reçoit actuellement avec le motel.

Avec le développement urbain à la hausse, la Ville doit payer pour construire toutes ces nouvelles rues, monter le nouveau système électrique, bâtir le nouveau réseau d’égouts. Tout cela est payé avec les taxes. La ville a besoin de ce revenu. Elle a donc intérêt à faire en sorte que le promoteur puisse aller de l’avant avec son projet.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, en matière de zonage urbain, les pouvoirs d’un maire sont limités. Il y a des règles imposées par la Province, et le maire est obligé de les respecter. Il ne peut donc pas changer une zone agricole et/ou commerciale en zone urbaine, et ainsi expulser le propriétaire du motel pour y faire bâtir des condos. Par contre, ces lois qui l’empêchent d’abuser de cette manière, ce sont les mêmes lois qui lui permettent d’abuser d’une autre manière, celle-là en toute légalité.

Tout d’abord, le maire envoie des inspecteurs de la Ville inspecter le motel. Lorsqu’il s’agit d’une propriété construite il y a plus de cinquante ans, ils vont trouver bon nombre de violations aux nouveaux codes de sécurité des bâtiments. C’est inévitable. Une fois leur rapport établi, ils le remettent au propriétaire. Dès que le propriétaire a le document en main, il doit aussitôt fermer son commerce. Il ne pourra le rouvrir tant que les réparations, ajustements et rénovations ne seront pas faites et dument réinspectées et approuvées par la Ville.

Le coût des rénovations est estimé à $100 000, soit la valeur actuelle du terrain et du commerce. Le problème, c’est qu’avec son commerce maintenant fermé, il n’a plus de clients, et donc plus aucun revenu. Impossible dans ce temps-là de payer les rénovations.

Voilà qu’arrive le promoteur immobilier avec une offre d’achat. Il est honnête, il lui propose les $100 000 représentant la valeur actuelle de l’endroit. Mais le propriétaire ne veut pas vendre. Ce commerce a appartenu à sa famille depuis trois générations, et il y tient. Le motel reste donc fermé, en attendant de trouver une solution.

Le propriétaire va à sa banque dans le but de prendre une hypothèque sur ses propriétés (motel et maison familiale) afin de pouvoir emprunter l’argent nécessaire pour faire ses rénovations. Hélas, depuis environ 2010, les institutions financières du Québec ne prennent plus les propriétés en garantie. C’est parce que tout le processus d’envoyer un inspecteur pour estimer la valeur immobilière, la saisir si défaut de remboursement, la vente, etc, c’est coûteux en temps et en argent. Voilà pourquoi les banques y ont renoncé. Sa seule manière d’avoir de l’argent serait de vendre son motel, mais à ce moment-là, il n’aurait plus de motel à rénover.

Fermée ou pas, une propriété commerciale reste une propriété commerciale. Et celle-continue de lui coûter $10 000 de taxe municipale sur une base annuelle.

Au bout de trois ans sans avoir trouvé de solution, à s’appauvrir plutôt qu’à ramasser l’argent requis pour rénover, le propriétaire n’a plus le choix. Il appelle le promoteur pour accepter son offre. Une mauvaise surprise l’attend. C’est qu’après trois ans à être fermé et livré à l’usure naturelle du temps, le motel a subi une dévaluation inévitable. Le promoteur lui en offre $30 000. C’est à dire la valeur des taxes qu’il doit à la ville pour ces trois années d’inactivités. Le propriétaire est obligé d’accepter, il n’a aucun autre choix. Se retrouvant avec tout juste de quoi payer ses dettes, la vente de sa propriété ne lui a pas rapporté un sou. Le voilà donc dépossédé de ce commerce qui, pendant soixante ans, a fait vivre quatre générations de sa famille, incluant ses enfants qui se retrouvent ainsi dépouillés de leur héritage. Et tout ça dans la légalité la plus totale.

De par son âge et sa situation géographique, ce motel a une certaine importance historique. Selon la Loi sur le Patrimoine Bâti, la Ville ne peut pas accorder au promoteur de permis pour raser la place et y construire ses condos. Il a seulement le droit de rénover la bâtisse dans le but de la remettre en état.

Par contre, tant qu’il paie ses taxes à la Ville, aucune loi ne peut l’empêcher de simplement laisser la place à l’abandon. C’est ce qu’il fait, jusqu’à ce que la dégradation naturelle et le vandalisme rende la place irrécupérable.

Avant et après l’oeuvre des vandales: fenêtres du motel brisées, poste d’essence incendié.

Pourquoi pensez-vous qu’un promoteur ne fera jamais clôturer ni surveiller adéquatement un terrain qu’il a acquis? Il en a pourtant les moyens. Ce n’est pas de la négligence de la part du promoteur. Il sait ce qu’il fait!

Il ne lui reste plus qu’à y envoyer de nouveau un inspecteur de la Ville, pour que ce dernier confirme qu’en effet, il n’y a plus rien à faire. Légalement, la bâtisse doit obligatoirement être démolie pour raisons de sécurité. Dès que l’on a atteint ce point de non-retour, le projet de construction moderne peut aller de l’avant.

Tout le processus de l’achat, la démolition, la construction et la vente peut prendre de cinq à dix ans. Ça ne dérange pas le promoteur. Bien au contraire. Car pendant ce temps-là, le développement urbain de la ville continue. Les terrains deviennent donc plus rares, et par conséquent la valeur du motel vacant ne fait qu’augmenter. Alors dès qu’il a terminé son édifice de quatre commerces et trente condos, il peut en récolter les bénéfices. En sachant qu’un condo de ce genre vaut autour d’un demi million de dollar, ceux-ci lui rapportent $15 millions. Ajoutons le terrain et les commerces, il se fait le double.

Achat: $30 000.
Vente: $30 000 000.
Profit: 1000%.

Même si on enlève les coûts de construction, disons $4.7 millions pour l’exemple, ça lui laisse $25 millions de profit.

Et voilà comment, entre le rachat d’une propriété et sa démolition, se créent une bonne partie des endroits abandonnés qui font le plaisir des explorateurs urbains.

À SUIVRE

La fin du trip de jeunesse (Texte de 2004)

Je viens de retrouver un document sur Wordpad que j’ai écrit il y a dix-huit ans, en février 2004. Puisque Mes Prétentions de Sagesse ne sera créé que cinq ans plus tard en 2009, je me demande bien à quoi je le destinais. J’avais bien quelques blogs à l’époque, tels The Testosterone Diary sur la plateforme Xanga, ainsi que Ryu; Because I have something to say sur MySpace. Mais comme l’indiquent ces titres, ils étaient en anglais. Quant à La Zone Requin, c’était un recueil d’expériences négatives vécues dans le style de Fuck My Life, ce qui n’est pas du tout le thème de ce texte. Donc, mystère total. Le voici dans son intégralité, on verra s’il est toujours d’actualité.

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La fin du trip de jeunesse.
D’après ce que j’ai pu observer avec les années, la fin du trip de jeunesse est quelque chose qui vient naturellement, qui n’est pas une décision consciente. C’est d’abord un truc que l’on vit, puis que l’on remarque, puis qu’on constate ensuite avoir naturellement accepté.

Quand on vit chez ses parents ou bien sous les prêts et bourses, on n’a pas trop de soucis à se faire, pas vraiment de responsabilité. Déjà, le simple fait de suivre des cours volontairement (cégep et université) nous donne l’impression d’être responsable. Alors évidemment c’est les gros trips: Le cinéma, les bars, les restos, la boisson, le sexe…

Puis vient la fin des études. On commence à travailler. Bonne chose, car il faut commencer à rembourser les prêts étudiants. On part de chez ses parents ou des résidences étudiantes pour aller en appartement. On travaille dur pour payer le loyer, l’électricité, le téléphone, la bouffe, le prêt étudiant.

Avant, « de l’argent », c’était tout l’argent que l’on recevait. Maintenant, « de l’argent », c’est le peu qu’il nous reste, une fois qu’on a tout payé. Alors si on veut se meubler en plus, faut en mettre de côté. Pour ça, on devient économe, on sacrifie sur certaines choses moins utiles. On coupe sur les sorties. Anyway, avec le travail, on a moins de temps pour en faire. On voit moins souvent nos amis. Après une bonne journée de travail, on a envie de rentrer et se reposer, on a donc moins d’énergie. Peu à peu, on s’atrophie. Alors qu’il y a deux ans à peine, quand on faisait l’party, tout l’monde dansait, maintenant on reste assis calmement et on parle de nos jobs, nos soucis, nos paiements, nos relations de travail…

Et c’est là qu’on remarque que notre vie a bien changé entre nos 19 et 21 ans, et qu’on s’est tellement bien adapté à notre vie actuelle qu’on réalise que l’on n’aurait ni l’énergie physique ni l’énergie mentale de revenir en arrière. Et même si on le voulait, on ne le pourrait pas. On ne peut pas cesser de rembourser un prêt étudiant avant qu’il soit terminé, ni casser un bail, ni retourner chez nos parents. Dès que l’on a commencé à payer, il est impossible d’arrêter. Pas question de cesser de travailler dans ce temps là.

Courir après le sexe opposé devient quelque chose pour lequel on n’a plus de temps pour niaiser sur des détails idiots, comme jouer à l’indépendant et se tourner autour pendant des mois. Sans aller à l’école, le nombre de représentant de l’autre sexe que l’on peut rencontrer se limite aux collègues de travail, c’est à dire très peu, et ils sont loin d’être tous potables. Sans avoir l’embarras du choix pour remplacer aisément son chum / sa blonde, on commence a prendre les relations un peu plus sérieusement, à accepter l’autre avec ses défauts et à faire des concessions, à vouloir faire durer la relation plus longtemps.

Bon nombre de filles avec qui j’ai eu des relations durant mes années de Cegep étaient très libérées sexuellement: Bisexuelles, échangistes et friandes de leur liberté. Comment oublier les 4-5 partys dans ma chambre aux résidences étudiantes, qui sont virées en séance de sexe à plusieurs. À peine leurs études terminées, cette partie de leur passé leur faisait déjà honte. Maintenant qu’elles sont sérieuses et rangées, malheur à celui qui oserait le leur évoquer, il se retrouvera aussitôt banni de leur entourage.

Et un jour, quand on se rend compte que non seulement notre vie a changé mais qu’on ne pourrait pas faire machine arrière, c’est là qu’on se dit: « Ouais, j’ai fini mon trip de jeunesse. Chuis sérieux maintenant. »

Et ceux qui n’ont pas commencé a travailler dans la début vingtaine ? Ceux qui ont essayé d’étirer leur vie de jeunesse plus longtemps ? Ils se sont rapidement retrouvés biens seuls, en constatant que leurs amis évoluaient, sauf eux. Ils n’ont alors pas le choix d’évoluer à leur tour, car des trips seuls, c’est pas vraiment trippant.

Et celui qui insiste pour continuer de vivre son trip de jeunesse ? On le reconnait aisément: C’est le gars de 35-40 ans assis au fond d’un bar enfumé où tout le monde boit et/ou joue aux machines à poker et que personne ne danse, avec la moustache, la bedaine, la coupe Longueuil, la job misérable (s’il est salarié et non su’l’BS), désespéré que sa blonde est encore enceinte.
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À première vue, il n’y a que quatre choses qui font dater ce texte:

  • La mention du bar enfumé. L’interdiction de fumer dans les endroits public a commencé dans les écoles en 1996, pour se conclure dans les bars en 2006.
  • Tinder, ainsi que plusieurs autres apps de rencontres, ont réglé le problème du nombre limité de conjoints potentiels autour de nous.
  • En ces temps (espérons temporaires) de Covid-19, pas sûr que la majorité des activités de groupes décrites ici seraient encore réalisables.
  • La description du personnage au dernier paragraphe. La moustache et la coiffure mullet, c’était la mode à la fin des années 80. Il était donc normal que l’on retrouve des hommes de 35-40 ans qui arboraient toujours ce look en 2004. Mais en 2022? Vraiment pas!
Des adolescents de 35 ans.

Mais sinon, ouais, dans l’ensemble, je crois bien que le thème principal du passage obligatoire à la vie adulte qui met fin au trip de jeunesse, c’est quelque chose qui ne se démodera jamais.