General Menteurs, 5e partie: Assumer sa criminalité

RÉSUMÉ : Hiver 1998.  J’ai 29 ans et je suis séparé depuis trois ans de la mère de mes enfants.  J’ai un bon boulot et près du double du salaire minimum.  Je suis en couple avec Camélia, 20 ans.    Son père occupe un poste haut placé à General Motors, et il n’apprécie pas que sa fille sorte avec  un père séparé.  Sous sa promesse de pouvoir acheter une auto à $150.00 par mois, et sous menace à peine voilée de perdre mon emploi si je casse le contrat,  je me laisse peu à peu manipuler à accepter contre mon gré une location à $750.00.  Ces paiements abusifs ne me laissent même plus de quoi manger. Puisque je suis maintenant ruiné, Camélia met fin à notre relation.  Et lorsque je tente de mettre fin à mon contrat d’auto, coup de théâtre: Mon vendeur m’apprend qu’il est le grand frère de mon PDG.  Je ne peux donc rien faire, sans risquer de détruire ma carrière.

Pour faciliter la compréhension, tous les montants sont ajustés en dollars d’aujourd’hui.

Je ne saurais décrire la tempête émotionnelle qui fait rage dans ma tête en ce début de mars 1998. Il y a ce sentiment de rage et de frustration, de m’être ainsi laissé arnaquer financièrement.  Il y a le sentiment d’abandon et de mépris qui me vient de Camélia  Mépris, du reste, que je sens également de la part de tous ceux qui, dans mon entourage, me considèrent comme étant un pauvre cave de m’être laissé avoir ainsi. Harcelé de toutes parts, plumé de toutes parts, méprisé de toutes parts.  J’ai atteint le fond.

Mais bon!  M’écraser par terre sans un coin sans réagir, ce n’est pas mon style, puisque ça ne règle rien.  Je suis un homme d’action.  Je le prouve sans cesse, depuis que mon ex m’a imposé une paternité surprise en lâchant la pilule sans m’en parler.  À chaque problème, sa solution.  Je me relève donc, et je réagis.

Premier problème à attaquer: Pouvoir manger. Avec pratiquement 100% de mon argent qui part en obligations légales diverses, je n’ai plus rien pour me nourrir.  Je vais donc à la banque alimentaire de mon quartier, celle où s’approvisionnent mon ex et nos enfants.  La première chose que l’on me demande, c’est mon revenu.  Lorsque je leur dit, ils me rient au nez.  La banque alimentaire, c’est pour les gens dans le besoin, pas pour les privilégiés qui gagnent $58 000.00 par année.  J’ai bien essayé de leur expliquer que je suis coincé légalement dans une arnaque financière automobile, ils rient encore plus fort.  

« Quand qu’on peut s’payer un char de l’année, on peut se payer une épicerie. »
« C’est quoi, ce raisonnement-là? Je viens juste de vous expliquer que c’est justement le fait que je dois payer le char, qui ne me laisse plus une cenne pour manger. »
« Nous autres, on aide des familles qui sont dans’rue, ou su’l’BS, des femmes seules avec des enfants, qui gagnent même pas $10 000.00 par année.  Toé t’en gagnes $58 000.00.  Si t’es pas capable de t’arranger avec ça, c’est pas notre Christ de problème. »

 En plein ce que j’avais besoin: Encore plus d’incompréhension et de mépris.

Cassandra, une de mes colocs, a peut-être la solution pour moi: Déclarer faillite.  Elle a un oncle qui travaille dans un syndic de faillite.  Elle pourrait me prendre rendez-vous.  La consultation est gratuite.  

Je rencontre le Monsieur, il est gentil et tout.  Cependant, là encore, il me dit que ce n’est pas en gagnant $58 000.00 par année que l’on se qualifie pour une faillite.  Ensuite, les choses ont bien changées ces dix dernières années.  Depuis la fin des années 80, la déclaration de faillite qui efface toutes tes dettes, ce n’est plus qu’un mythe.  Le Ministère du Revenu en a trop vu, des étudiants qui se marient pour avoir de plus gros prêts et bourses au Cégep et à l’Université.  Et qui, à la fin de leurs études, effacent leurs dettes de prêt étudiant en déclarant faillite.  Puisque j’étais conjoint de fait avec mon ex en allant au Cégep, et que je paie maintenant mon prêt étudiant, j’entre dans cette catégorie.  Tout ce que le syndic peut faire, c’est rassembler mes dettes et s’arranger avec mes créditeurs afin de leur rembourser à tant par mois selon mes revenus.  Et dans mon cas, c’est inutile puisque c’est ce que je fais déjà.  

Ceci dit, c’est vrai que si j’y avais droit, le syndic pourrait faire en sorte que mes paiements soient diminués à un taux raisonnable.  Cependant, il me le déconseille:

« Quand tu déclares faillite, ça te suit toute ta vie.  Même 20, 30, 40 ans plus tard, tes employeurs le savent.  Et une job comme la tienne, où tu dois manipuler des cartes de crédit, on ne donne pas ça à quelqu’un qui a fait faillite.  Fa que, si tu veux avoir des jobs au salaire de crève-faim pour le reste de tes jours, déclare faillite. »

Bon!  

Je ne vois plus qu’une solution: Me libérer de mon contrat de location.  Une seule façon pour ça:  La poursuite judiciaire pour fraude et/ou abus de confiance.  Ça prend un avocat.  Je me rend donc au bureau d’aide juridique de mon quartier.  

Comme vous vous y attendiez probablement, je me fais dire que quand on gagne $58 000.00 par année, on n’a pas droit à un avocat gratuit.  On me dit que je devrai aller consulter un avocat au privé, mais qu’il faut que je m’attende à un tarif d’environs $150.00 de l’heure, dans le minimum, si je suis chanceux.  Et s’il est un métier qui pratique l’art de plumer le client encore mieux que concessionnaire, c’est bien avocat.  Ce dernier, payé à l’heure, va faire durer la cause aussi longtemps qu’il le pourra.  On parle d’années, ici.  Du moins, il le ferait, si je pouvais me le payer.

Trop pauvre pour être riche, trop riche pour être pauvre. 

Je suis tellement désespéré que pendant un moment, je songe à me réconcilier avec la mère de mes enfants et retourner vivre avec eux, histoire de ne plus lui payer de pension.  Sauf que, avec mon salaire, ils lui couperaient le BS, et je devrai tous nous faire vivre sur mon salaire, ce qui me coûterait encore plus cher.  

Je n’aime pas baisser les bras.  Mais là, je n’ai pas le choix.  Je suis obligé de reconnaître que ma situation est tout simplement sans issue.

Ou l’est-elle vraiment?  
Je veux dire, oui, ok, j’ai épuisé toutes mes ressources légales.  Mais ça ne veut pas dire pour autant que j’ai épuisé TOUTES mes options.

Et si je cessais de payer, tout simplement?

Si je cesse de faire mes paiements, GM n’aura pas le choix, ils vont saisir l’auto, et vont annuler le contrat.  C’est quoi, le pire qui puisse m’arriver?  Un autre sept ans de dossier de mauvais crédit?  Et alors?  Vous avez vu la merde dans laquelle ça m’a mis, d’avoir du crédit?  Pourquoi est-ce que je voudrais encore en avoir?   Et puis, de cette façon, je me mets à l’abri des représailles de la part du vendeur.  Je ne l’attaque pas lui personnellement.  Je ne serai qu’un mauvais payeur, comme il y en a tant.  De toute façon, il le sait que je n’ai plus d’argent, et que je dois choisir entre le payer ou me nourrir. Mon mail était très clair à ce sujet.

Évidemment, en faisant ça, je donnerai raison à tous ceux qui médisent contre moi, en m’accusant d’être irresponsable.  Je donnerai raison aux parents de Camélia.  Je donnerai raison à tous ceux qui disent que je suis toujours à rechercher la solution facile. De la façon dont je me suis démené pour faire de quoi de ma vie ces cinq dernières années, passant de BS qui n’a pas son secondaire 5, à cégépien, à technicien dans un centre d’appel en informatique, je me demande bien d’où ils vont chercher ça.  

N’empêche, moi qui ai passé ma vie à tout faire pour être droit et irréprochable, c’est dur pour l’orgueil.  Mais bon, à ce point-ci, fuck l’orgueil.  Ce n’est pas un caprice, c’est une question de survie.  Et ce n’est même pas une façon de parler ou une exagération.  C’est ou bien je garde l’auto, ou bien je mange.  Point!  De deux maux, il faut choisir le moindre, que dit le proverbe.  Sauf que ce proverbe implique qu’il y ait un choix.  Dans mon cas, il n’y en a pas.

« Ok!  Ma décision est prise! J’arrête de payer le char! »

Et soudainement, je sens un grand poids moral s’enlever de mes épaules.   Je ressens un énorme soulagement.  Et je me mets soudain à rire, comme ça, tout seul, comme un hystérique.  Ça ne dure que quelques secondes.  C’est que je viens de réaliser ce que ça signifie, de cesser les paiements de l’auto :

  • Avoir de nouveau ma liberté financière.
  • Pouvoir manger à ma faim.
  • Ça va prendre quoi, deux paiements ratés avant que GM m’envoient les huissiers?  Je viens de payer le mois de mars qui commence à peine.  Ça veut dire que je peux rouler tout mars, tout avril, et une partie de mai avant qu’on me l’enlève.  Au moins deux mois de liberté garanti.
  • Impossible pour moi, en deux mois, de briser la limite des 20 000 km.  Ça signifie que je peux rouler aussi longtemps que je le veux, aussi loin que je le veux.

Il y a quelque chose d’étrangement apaisant à se dire Fuck the World et à refuser de suivre les règles que l’on nous impose.  De toute façon, ça m’a servi à quoi, à date, de prendre mes responsabilités, hm? Ça m’a servi à quoi, d’être le genre de personne droite, mature, qui a un code moral, qui suit toujours les règles?   Ça m’a juste servi à me faire manipuler par ceux qui ne les suivent pas, les règles.  Le vendeur de GM en est le parfait exemple.  Quand les règlements de GM l’empêchent de me faire signer un contrat, il les ignore.  Par contre, quand les règlements de GM me forcent à honorer son contrat abusif, il s’y tient.  Shakespeare lui-même le disait : Quand c’est pour son bénéfice, Satan est capable de citer la Bible.  Tout le monde le sait, les bons gars finissent toujours derniers. Alors no more mister Nice Guy, du moins pour les deux prochains mois.

En attendant ma prochaine paye, qui est la semaine suivante, je vais faire en sorte de tirer un maximum de mes deux prochains mois.  Première chose : Puisque je n’ai plus Camélia, me trouver une amante.  La première qui me vient en tête, c’est Fatima.

Fatima est une étudiante d’origine franco-iranienne, au Québec depuis deux ans, que j’avais rencontré l’année dernière lors d’un rassemblement de cégeps pour une activité intercollégiale, Le Marathon des 24 Heures d’Écriture.  Elle était venue s’asseoir à ma table.  Il y a eu attirance immédiate. Mais à cette époque, Internet était à ses débuts, et seuls les riches y avaient accès, ce qui n’était pas mon cas.  Maintenant que je travaille pour La Boite sur la page web d’Air Canada, j’y ai une connexion cinq jours semaine.  J’en profite pour la retracer. 

Elle a été heureuse d’avoir de mes nouvelles. Nous nous sommes fixés rendez-vous pour un drink.  Dès notre première rencontre, la chimie sexuelle y était toujours.  On a fini au motel. 

Nous sommes maintenant amants réguliers, et mon auto est un élément important de notre relation.  En général, je passe la prendre à son université.  Puis, dès que nous sommes à bonne distance de chez elle, elle retire son hijab et le range dans son sac à main.  Bien qu’elle ne fasse pas de remous afin de rester parfaite et irréprochable auprès de sa famille, c’est une petite rebelle éprise de liberté. Ayant moi-même vécu pendant plusieurs années sous la dictature de mes ex et de mes belles-familles, c’est le plus grand trait de personnalité que nous avons en commun.  C’est probablement ce qui nous rend aussi complices dans cette excitante relation secrète dans laquelle on viole tous les tabous avec passion.  On va partout sur la Rive Sud de Montréal, par exemple à St-Hyacinthe, ou on va manger une bonne poutine bien graisseuse avec des saucisses de porc, avant de repartir en road-trip, ne manquant pas de s’arrêter ici et là pour baiser. 

Bientôt arrive avril.  Non seulement je prends grand plaisir à ne pas envoyer mon paiement à GM, le hasard veut qu’avril ’98 soit un mois à trois payes : j’ai un chèque le 1, le 15 et le 29.  Non seulement je me sauve $606.60, le hasard me rend plus-que-prospère avec ce triple revenu.  C’est comme si le destin était d’accord avec moi.  Après toute la merde que j’ai vécue, j’avais vraiment besoin de ça.  Alors même si ma dépense en essence a passé de $160 à près de $400.00, ça reste bien en-dessous de ce que je sauve en ne payant pas GM, donc ne m’affecte pas le moins du monde.    

Ceci dit, je continue néanmoins de payer les $143.72 pour l’assurance auto.  Parce que bon, la rébellion ne doit quand même pas inclure la négligence.  J’ai eu assez d’ennuis comme ça, si j’ai un accident dans mon auto que je ne paye plus, je tiens à être protégé.

Ce n’est qu’au 10 avril que je commence à avoir des messages de la part du vendeur.  Je les efface sans même les écouter au complet, et je n’y réponds pas.  Le vendredi suivant, il fait alors un truc auquel je ne m’attendais pas : Il m’appelle au travail, en me demandant c’est quoi, mon p’tit jeu, de ne pas envoyer mon paiement?  Non seulement ça, mais ça fait quatre mois que j’ai l’auto, elle serait due pour son second traitement d’antirouille à l’huile. Je bluffe en lui répondant que oui, en effet, désolé, je n’avais pas reçu ma paye, et je ne voulais pas prendre le risque de faire un chèque sans provisions.  Mais voilà, ça y est, j’ai l’argent, je lui envoie le chèque ce soir, il devrait l’avoir lundi.  Il me dit de plutôt lui amener le chèque en personne ce lundi-là, en leur amenant l’auto, qu’il fassent le traitement à l’huile.  En réalité, tout ce que je fais, c’est prendre son numéro en note pour le bloquer sur mon poste, et je ne me pointe jamais à GM.  Je passe les trois semaines suivantes à l’éviter habilement.  Et lorsque mai arrive, comme le mois précédent, je ne poste que le chèque de l’assurance.

Lundi le 12 mai, je reçois une lettre officielle de GM.  Ils me donnent dix jours pour les rappeler afin d’arriver à une entente de paiements avec eux, ou bien ils m’enverront un huissier pour reprendre possession du véhicule.  Je profite donc de ces dix derniers jours, utilisant l’auto même lorsque je n’ai nulle-part où aller, juste pour vivre au max ces derniers moments de liberté.

Mais bon, comme le dit le cliché, toute bonne chose a une fin.  Lundi matin le 25 mai, un huissier est chez moi et me fait signer les documents dans lequel je rends officiellement l’auto à GM.  Autrement dit, j’ai également fini de payer les assurances.  Puis, il me dit ce à quoi je m’attendais.

« À partir d’aujourd’hui, et pour les sept prochaines années, vous ne pourrez plus obtenir de crédit, ni même une carte de crédit. »

Dans sept ans, j’en aurai trente-six.  À ce moment-là, j’aurai passé les dix dernières années de ma vie avec un mauvais dossier de crédit.  En tout cas, s’ils veulent me saisir , je leur souhaite bonne chance : À part une petite TV et un lecteur VHS, je n’ai que mes vêtements et ma collection de comic books.  Tout le reste, c’est la mère de mes enfants qui s’en est emparé.  Et avant de vivre en colocation, j’étais en résidence étudiante meublée, alors ce n’est pas comme si j’avais eu l’opportunité de me procurer autre chose.

Ce qui fut mon véhicule pendant presque six mois repart en direction du concessionnaire GM à l’Île-des-Sœurs. Au bout du compte, ça m’aura coûté $2 426.40 envers GM et $862.32 aux assurances, et environs $1 500.00 d’essence.   Pour un grand total de $4 788.72.

« Ça m’aura aussi coûté ma relation avec Camélia, et ma bonne réputation parmi tout mon entourage.  Mais bon, dans ce dernier cas, il me suffira de leur dire que j’ai rendu l’auto, pour qu’ils cessent de me prendre pour un con. »

Lundi, premier juin 1998.  Je prends le métro et j’achète la passe autobus-métro du mois. Jamais je n’ai été aussi heureux de payer ces $83.00. Ça vaut mieux que ces $910, soit $750 pour l’auto + $160 d’essence. 

Mes ex colocataires sont parties, l’une à Québec, l’autre en Abitibi.  Je me suis trouvé un beau petit 3½ à $480.00, chose que je peux me payer maintenant que je n’ai plus ma bagnole.  Mon appartement est juste au milieu de l’édifice, avec des voisins en dessous, de chaque côtés et au-dessus, alors ça ne me coûtera pas cher de chauffage l’hiver prochain.  Avec tout ce que les gens jettent, en prévisions de leur déménagement, je me meuble entièrement de trucs trouvés aux poubelles, ce qui est encore sécuritaire en cet époque pré-punaises de lit.    

Je suis pratiquement voisin de presque-en-face de mes enfants et leur mère.  Ils habitent un HLM, ce qui signifie qu’ils n’ont pas à payer l’électricité.  Maintenant que nous sommes en meilleurs termes, j’y vais souvent, pour visiter les enfants.  Et aussi pour épargner au max mon électricité, en mettant en commun notre nourriture que je cuis chez elle. Et tant qu’à faire, je fais mon lavage là et y prend ma douche.

Je continue de fréquenter Fatima, mais on commence à se distancer un peu.  En pleine exploration de sa sexualité, elle réalise qu’elle a envie de trucs qui ne sont vraiment pas vraiment compatibles avec moi.  Et en même temps, de mon côté, je réalise que, à part la couchette, on n’a jamais vraiment rien eu en commun.  Nous perdons peu à peu le contact.   C’est aussi bien! Ça m’a fait du bien, d’avoir été un Bad Boy pour un court moment. Mais là, il est temps que je mette ce mauvais épisode derrière moi.

Au travail, je viens de changer de chef d’équipe.  En le voyant, Didier m’a dit :

« Oh, merde!  On t’a refilé Le Nazi.  Bonne chance, mec. »

Mais bon, peu m’importait.  Je commençais à 16 :00, et il finissait à 17 :00, ce n’est pas comme si j’allais l’avoir sur le dos longtemps. 

Du moins, je le croyais. 

À SUIVRE

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General menteurs, 4e partie: Une coïncidence trop irréelle

RÉSUMÉ : Nous sommes en automne 1997.  J’ai 29 ans.  Séparé depuis deux ans de la mère de mes enfants, je suis maintenant en couple avec Camélia, 19 ans.  J’ai un bon boulot et près du double du salaire minimum.  Son père occupe un poste haut placé à General Motors, et il n’apprécie pas que sa fille sorte avec  un père séparé.  Sous sa promesse de pouvoir acheter une auto à $150.00 par mois, et sous menace à peine voilée de perdre mon emploi si je casse le contrat,  je me laisse peu à peu manipuler à accepter contre mon gré une location à $750.00. 

Pour faciliter la compréhension, tous les montants sont ajustés en dollars d’aujourd’hui.

C’est le cœur lourd que je pars de l’Île-des-Sœurs au volant de la Cavalier quatre portes que je suis obligé de louer à $750.00 par mois, plutôt qu’avec ma Golf deux portes que je voulais acheter à $150.00 par mois.  Tout ça parce que je n’ai pas su faire la différence entre temps plein et permanent.  Qui aurait cru qu’une si simple erreur de ma part sur un contrat signé pouvait risquer de me valoir un dossier judiciaire pour fraude, et par conséquent risquer de me faire perdre mon emploi où je manipule des cartes de crédits.  Je suppose que malgré ces $600 de frais mensuels supplémentaires, je m’en tire à bon compte.

Prenant le chemin vers La Boite où je travaille, j’ai ma première leçon sur les réalités de l’heure de pointe et des embouteillages.  Je suis 50 minutes en retard lorsque j’arrive enfin.  Je viens pour m’introduire sur le parking de la boite, où une mauvaise surprise m’attend.  Pour avoir droit de m’y stationner, ça prend la vignette de stationnement de la compagnie, qui est $110.00 par mois.

« Hein?  Mais c’est $30.00 de plus que la passe autobus-métro.  Ça va pas!? »

Comme disait Gaston Lagaffe:

Je refuse de payer ça.  J’en serai quitte pour me stationner dans la rue.  Je parcours ainsi en rond toutes les rues du quartier.  Les seules places de libres sont dans des rues résidentielles qui demandent des vignettes de résidents.  Je finis par trouver une place libre et gratuite à huit coins de rues de La Boite. C’est avec une heure et demie de retard que j’entre au bureau.

Désormais, pour éviter la circulation dense et pour me trouver plus aisément du stationnement, je dois partir de chez moi deux heures plus tôt que lorsque je faisais le trajet en métro.  Au retour, passé minuit, la circulation est nulle.  Mais là, c’est dans mon quartier que je peine à trouver où me stationner, puisqu’à cette heure-là tout le monde est chez soi.  Je n’ai le véhicule que depuis trois jours, lorsque j’atrappe ma première contravention.  $70.00 pour stationnement interdit.  Et c’est comme ça que j’ai appris que certains côtés de rue doivent être libérés pour entretient de 10:00 à 11:00 am.  Encore heureux que je ne paierai pas le plein prix de la location avant trois mois.  Décidément, avoir une auto, c’est beaucoup plus de soucis qu’autre chose.

Au moins, la fin de semaine me permet de rendre l’automobile agréable. Je vais chercher Camélia chez elle, et je l’amène à St-Hilaire où nous allons nous balader dans la montagne.  Elle est heureuse et fière de moi, ce qui la rend encore plus amoureuse, et encore plus chaude au lit.  Et puis, de pouvoir me promener comme ça, moi qui aime tant faire de la route, ça fait du bien.  Avoir une auto en ville est peut-être une expérience négative, il reste qu’en campagne c’est l’idéal. Mais ça reste bien la seule chose positive que je retire d’avoir cette auto.

Un truc qui joue sur mon moral quelque chose de négatif, c’est que maintenant que j’ai un véhicule, tout le monde, les amis, la famille, les collègues, me posent les deux questions suivantes :

« Combien que l’char te coûte? »
« Combien qu’tu payes d’assurances? »

Et dans 100% des cas, après y avoir répondu, je me fais servir la réplique suivante :

« Haaan?  Tu payes donc ben cher!  Moé ça m’coute la moitié / le tiers / le quart de ça. »

Car en effet, à les entendre, tout le monde paye moins cher que moi.  Et, dans plusieurs des cas, pour des véhicules neufs.  Par conséquent, aux yeux de tout mon entourage, je passe pour un pauvre con, de m’être laissé couillonner à ce point-là.  Et quand j’essaye d’expliquer pourquoi je n’avais pas le choix, puisque mon travail était en jeu, je me fais répondre que j’ai été vraiment cave de croire que d’annuler le contrat m’aurait apporté sept ans de mauvais crédit, ou que d’avoir confondu temps plein avec permanent , c’état suffisant pour m’apporter un dossier judiciaire pour tentative de fraude. J’en ai ras le bol de cette liste de commentaires condescendants que je reçois non-stop :

« Moé, dès que j’aurais vu que ce n’était ni le char ni le prix promis, je l’aurais envoyé chier. »
« Pourquoi t’as signé le contrat avant de connaître tous les coûts? »

« Franchement!  Beau-père, ET vendeur de char?  Pourquoi t’as fait confiance à ça? »
« Pis t’as cru c’qu’y disait? »
« Trois traitement antirouille?  C’est jamais plus que deux par année. »
« 400$ la révision?  C’est 250$ partout ailleurs! »
« Deux révisions? La révision annuelle, c’est une fois l’an. »
« Tu payes pour le système d’alarme, alors qu’il leur appartient? 

« Tu payes pour les pneus, alors qu’ils leurs appartiennent? »
« Ben là!  À c’t’heure que t’as signé, ça veut dire que t’as accepté, fa que t’as pu de recours. »
« T’aurais jamais dû signer ça! »

Excellente suggestion, génie!  Maintenant, peux-tu me diriger vers la plus proche machine à remonter dans le temps, que je puisse faire comme tu viens de me suggérer?

Mercredi 24 décembre 1997, jour de paie.  La patronne nous distribue nos chèques.  Tout l’monde se réjouit du bonus de Noël de $450.00. J’ouvre mon enveloppe.  Mauvaise surprise.  Je me lève et vais voir la patronne.

« Euh, Rolande!?  C’est parce que j’ai juste mon chèque de paie habituel dans mon enveloppe.  Y’é où, mon bonus? »
« Le bonus, c’est pour les employés permanents.  Toi t’es temporaire. »

Je soupire.  Encore heureux que, le mois prochain, je n’aurai à payer que $327.76 au lieu de $750.00 pour l’auto et ses assurances.  N’empêche que ce premier mois d’utilisation du véhicule m’aura coûté $40 d’essence par semaine, donc $160.00 pour le mois. 

Je sors ma calculatrice et refais mes calculs (en arrondissant au dollar près parce que ras l’bol des sous.)

  • Une fois payés le prêt étudiant, la pension alimentaire, ma nourriture et ma part de loyer, d’électricité et de téléphone, il me reste $625 par mois.
  • Quand je croyais payer $425 pour l’auto, il me serait resté $200 par mois.
  • Maintenant que je paye $328.00, il me reste actuellement $297.00
  • Dès que je ferai des versements de $750, Je serai dans le rouge de $125. 
  • Mon seul argent de disponible, celui qui n’est pas une obligation à taux fixe, c’est mon budget de nourriture, qui va donc passer de $300.00 à $175.00 par mois.
  • Alors si je rajoute $160 d’essence par mois, il ne me restera plus que $15 par mois pour manger.

Je n’y arriverai jamais.  À ce prix-là, si je veux encore être capable de manger, je devrai abandonner l’appartement et vivre dans mon auto.  Bonne chose que j’aurai bientôt l’augmentation de mes six mois à La Boite.

Janvier 1998.  Je fais mon second paiement réduit pour l’auto, en plus de mon second versement pour l’assurance, un total de $327.76.

Nous entrons dans l’historique crise du verglas qui laissera certaines partie du Québec sans électricité pendant trois semaines.  Et ce mois-ci, je me réjouis d’avoir une auto car celle-ci me sauve la mise.

Tout d’abord, bien que La Boite soit paralysée par le manque d’électricité, les téléphones fonctionnent toujours.  Et puisque j’ai le contrat Air Canada, je suis l’un des rares qui puisse continuer de travailler.  Avec le métro paralysé, je m’y rends en auto.  Et sans personne pour surveiller le parking, je le monopolise.  Truc amusant, lorsque je reçois des appels, peu importe de où dans le monde, je n’ai qu’à dire que je suis à Montréal, ils comprennent aussitôt que je ne peux rien faire pour eux.  Le fait que nos aéroports sont paralysés par la glace, c’est une nouvelle diffusée à l’échelle de la planète.  Ça m’étonne un peu, j’avoue.  Sauf pour l’Angleterre, puisque les Rolling Stones ont eu à annuler leur spectacle prévu au Stade Olympique.

L’auto me permet également de m’occuper de mes enfants et de leur mère, qui se font trimballer d’un refuge à l’autre, généralement des gym d’écoles.  Je peux ainsi aller chercher chez eux du matériel de première nécessité, couches, lait, lit gonflables, etc, ce qui nous assure un maximum de confort.

Toute mauvaise chose a une fin.  Le courant a été rétabli.  En après-midi, le président directeur général et fondateur de La Boite nous convoque tous.  Il a une bonne nouvelle à nous annoncer :  Bien que personne n’ait pu travailler pendant trois semaines, leur salaire leur sera néanmoins versé.  La généreuse décision a été accueillie par un tonnerre d’applaudissements.  Cependant, je m’interroge.  Je vais voir ma patronne.

« Oui, Rolande, euh…  Et les rares qui, comme moi, ont travaillé pendant ces trois semaines?  Est-ce qu’on a droit à double salaire?  Ou du moins, un bonus, d’être les seuls à avoir été fidèles au poste pendant le verglas? »
« L’assurance salaire, c’est pour les employés permanents.  Toi, t’es temporaire. »

Je soupire!  Je suppose que dans de telles conditions, je dois me compter chanceux d’avoir pu travailler pendant la crise.  N’empêche que j’ai bien de la misère à me réjouir que tout le monde ait eu droit à trois semaines de congés payés, sauf moi.  Encore heureux que la semaine prochaine, ça fera six mois que je serai ici.  

Lorsque je vais voir Rolande pour lui parler de mon augmentation, devinez?

« L’augmentation aux six mois, c’est pour les employés permanents.  Toi, t’es temporaire. »

Je soupire! Trois rentrées supplémentaires d’argent dont j’aurais eu désespérément besoin, et elles me sont refusées.  Ma situation d’employé temporaire commence à me faire royalement chier.  Sur ce, Rolande me fait signer mon second contrat de six mois, au bout duquel elle me rassure de nouveau que j’aurai ma permanence à la fin de celui-ci.  Je me console en me disant que ce contrat-là, au moins, me rapporte de l’argent au lieu de m’en coûter. 

Février passe.  Ceci est le dernier mois où je paye $327.76 au lieu de $750.  Prévoyant, je me limite autant que je peux dans la nourriture, achetant des produits moins cher, limitant mes portions.  Pour sauver sur l’essence, désormais je n’utilise l’auto que pour aller travailler, et voir Camélia le samedi. 

Je songe à me trouver un second travail pour les weekends.  Je retourne au resto où je faisais la vaisselle lorsque j’étais au cégep.  Et c’est là que j’apprends que les choses ont changé depuis quelques temps dans le paysage de l’emploi au Québec.  Le travail à temps partiel de fin de semaine, ça n’existe pratiquement plus.  Par exemple, dans mon temps, au resto, il y avait quatre plongeurs : Deux à temps plein la semaine, et deux à temps partiel les weekends.  Maintenant, c’est trois plongeurs à temps plein, le premier a congé samedi-dimanche, le second lundi-mardi, et le troisième mercredi-jeudi.  Comme ça, il y a toujours deux employés en même temps, et le patron se sauve les frais d’avoir un 4eemployé.  Et c’est rendu comme ça pratiquement partout.

En désespoir de cause, je vais voir Rolande.  Certains de nos clients, comme Air Canada justement, sont ouverts 24/7.  Peut-être pourrais-je…?  Mais non, impossible!  Premièrement, au-delà de quarante heures, selon la loi, il faudrait me payer en temps supplémentaire. Et La Boite a beau faire deux milliards de chiffre d’affaire par année, le président n’accepterait pas un tel arrangement.  Et de toute façon…

« Le temps supplémentaire, c’est pour les employés permanents.  Toi, t’es temporaire. »

Lundi, 2 mars 1998.  Aujourd’hui, j’ai fait mon premier paiement complet de $750.00 pour l’auto.  Malgré mes efforts, je n’ai rien trouvé pour améliorer mes finances.  Camélia, à qui je cache la réalité de mon budget, commence à me reprocher mon avarice, de ne plus vouloir rien faire les weekends, nous qui ne nous privions jamais de sorties au cinéma, au bar ou au resto. Et puisque j’ai eu le malheur de lui dire que je me cherchais un second travail les weekends, voilà qu’elle m’accuse d’être devenu un maniaque de l’argent, prêt à négliger sa blonde juste pour faire quelques dollars de plus.

Didier, un collègue qui travaille sur mon quart de travail, mais pour un autre client de La Boite, s’interroge sur mon air déprimé et mon petit lunch où les nouilles au beurre ont remplacé le steak.  Il est ici depuis peu, et n’a donc pas fait partie de ceux qui se sont moqués de mon onéreux état d’automobiliste.  Alors je lui raconte tout, dans le détail.

« Et inutile de dire que je me suis fait avoir, je le sais!  Mais bon, j’en serai quitte pour manger pas mal de nouilles pour les trois prochaines années. »
«  Mec, tu t’es fait avoir bien plus que tu ne le crois.  Tes nouilles, tu ne pourras jamais te les permettre. »
« Qu’est-ce que tu veux dire? »
« Je parle de la limite du 20 000 kilomètres. »
« Quoi, la limite du 20 000 kilomètres?  J’la dépasserai jamais, la limite du 20 000 kilomètres. »

Il prend sa calculatrice.

« 365 jours fois trois ans, ça donne 1095 jours.  20 000 kilomètres divisés par 1095 jours, tu veux voir ce que ça donne? »

Sans me laisser le temps de répondre, il me montre l’écran de sa calculatrice.

18.26

Ma mâchoire tombe.

« JE N’AI DROIT QU’À DIX-HUIT KILOMÈTRES ET QUART PAR JOUR?  J’en fais 21, juste en aller-retour entre ici et chez moi, cinq jours par semaine..  Camélia habite à Kirkland, c’est 28 kilomètres en aller simple.  Mes parents, à St-Hyacinthe, c’est 45.  C’est épouvantable! »

En panique, je mets mon téléphone à Occupé, et je sors du building, direction mon auto stationnée tout près.  Ici, vous comprendrez que, au moment d’écrire ces lignes, ça fait plus de vingt ans, donc que je ne me rappelle plus quel était le kilométrage d’inscrit sur l’auto.  Par contre, je me souviens très bien que, en se basant sur ce que j’avais parcouru en trois mois, Didier a pu calculer qu’au bout de trois ans.  Je dépassais de plus de 12 000 km la limite imposée. Multiplié par quinze sous, ça me rajoute $1800.00.

« Donc, $750 fois trente-six mois, si tu ne dépasses pas la limite, ça te coûtera $27 000.00, pour une auto que tu n’auras pas pu utiliser à ta guise.  Par contre, si tu continues comme ça, ajoutons ce $1800.00, tu auras payé $28 800.00.»

Et ça, c’est avant le coût de l’essence ($160.00 X 36 = $5 760.00) qu’il est inutile de rajouter puisque je ne peux plus me la payer de toute façon. Je suis totalement ruiné.  Mais comment est-ce possible que l’on puisse à ce point-là frauder quelqu’un, et que ça reste parfaitement légal?  Ça dépasse mon entendement.

La fin de semaine suivante, Camélia vient chez moi.  Alors qu’elle s’apprête à me faire la morale encore une fois sur le fait que je commence à la négliger, je décide de lui mettre les cartes sur tables.  Ou du moins, mon budget.  Elle savait pour le prêt étudiant, mais j’ai eu à lui révéler pour la pension.  Sa réponse :

« Mes parents avaient raison.  Un gars qui a à payer une pension alimentaire, ça n’aura jamais d’argent, et c’est sa conjointe qui va être obligée de le faire vivre. »
« Je te ferais remarquer qu’avant que ton père et toi insistiez pour que j’achète un char, il me restait $625 par mois.  Et avec ça, on pouvait faire tout ce qu’on voulait, toi et moi.  On avait l’association parfaite.  Toi tu nous conduisais, et moi je payais les sorties.  Mais noooon, ça ne te suffisait pas, fallait que tu insistes pour que j’aille un char moi aussi.  Alors que je vous avais pourtant bien dit, à ton père et à toi, que je n’en avais pas les moyens. »
 » Mais là, franchement, l’auto, ça peut pas te coûter si cher que ça! »

J’ai alors pris une feuille, et, devant elle, j’ai fait le calcul, documents officiels de GM et d’assurances à l’appui, je lui ai montré tout ce que j’ai à payer.  Elle n’a pas eu le choix de reconnaitre que l’addition montait bien à plus de $750.00.  Sur ce, je replie la feuille, le lui donne, et dit :

« Alors la prochaine fois qu’ils gueulent contre moi comme quoi je n’ai jamais d’argent, rappelle-leur que j’en avais, avant que ton père insiste pour que j’achète un char dont je n’avais même pas besoin. Tsé, la Golf à $150.00 qu’il m’a promis mais qu’on n’a jamais vu? »

Apparemment, elle leur en a parlé dès son retour chez eux.  Car le soir-même elle m’appelait pour me dire que ses parents lui ont fait comprendre que tout ce que ça prouvait, c’est que je ne sais pas tenir un budget.  C’est ce qu’ils lui répètent depuis des mois, mon papier ne fait que le confirmer. De toute façon, peu importe la raison pourquoi je n’ai plus un sou, que ça ait rapport à son père ou non, ça ne change rien au fait que je n’ai plus un sou.  Et que ça va être comme ça pour les trois prochaines années.  Et même lorsque je n’aurai plus l’auto, j’aurai toujours la pension alimentaire, qui va aller en augmentant à mesure que les besoins et les études de mes enfants grandiront.  Elle est donc d’accord avec eux que je n’ai aucun avenir.  Et se brouiller avec ses parents pour un gars comme moi, stupidement dépensier et sans avenir, ça n’en vaut pas la peine.  Ceci est donc la fin de notre relation.

Je craque!

Le lundi suivant, de mon travail, j’écris un long courriel au vendeur de GM.  Je lui dis en détail, calcul à l’appui, à quel  point le deal qu’il m’a fait signer est abusif.  Je rajoute même une liste de dix personnes, de la famille, des amis, des collègues, tous automobiliste, listant ce que chacun doit payer pour l’auto et en assurances, tous payant beaucoup moins cher que moi.  Et ce, sans « avoir droit au rabais de l’employé GM. »  Et, bien sûr, je souligne le chantage auquel il m’a soumis, en me faisant accroire faussement que j’aurais droit à un dossier judiciaire pour fraude, juste pour avoir confondu temps plein avec permanent.

Je conclus par un ultimatum : Il brise le contrat et reprend l’auto, ou je rend notre deal public, amenant tous nos documents à la police, à un avocat, aux journaux, à la télé, whatever.  Mais les gens vont savoir ce qui s’est passé.
Et avec ce nouveau phénomène qu’est internet, je n’aurai même pas besoin des médias pour étaler la chose aux yeux de tous. Et si vous songez à me poursuivre pour diffamation, bonne chance: À cause de vos magouilles, je n’ai plus un sou, alors ce n’est pas comme s’il me restait encore quelque chose à perdre.

Le lendemain, il m’appelle.  Évidemment, j’ai droit à des accusations de paranoïa, du fait que c’est facile de se laisser monter la tête par des gens qui prétendent payer moins que moi.  Il va même me dire que je n’ai pas à me défouler sur lui de mes frustration sexuelles de m’être fait domper par ma blonde.

COMMENT ÇA, QU’IL EST AU COURANT?  J’avoue que je ne m’attendais pas à celle-là.  Mais ce n’est rien à côté du coup de théâtre qu’il me sert pour conclure notre échange :

« Moi, à ta place, je ferais ben attention.  Parce tu sais, là, le fondateur et président directeur général de La Boite où tu travailles?  C’est mon petit frère.  Bonne journée. »

En effet, ils ont le même nom de famille.

Et en effet, maintenant qu’il me le dit, je réalise que oui, ils ont une physionomie et une voix assez semblable.

À SUIVRE

General Menteurs, 3e partie: Auto-destruction financière,

RÉSUMÉ : Nous sommes en automne 1997.  J’ai 29 ans.  Séparé depuis deux ans de la mère de mes enfants, je suis maintenant en couple avec Camélia, 19 ans.  J’ai un bon boulot et près du double du salaire minimum.  Son père occupe un poste haut placé à General Motors, et il n’apprécie pas mes origines pauvres ni le fait que je suis père séparé.  Il commence à se faire à l’idée que nous sommes en couple pour durer, mais pas au fait que je ne possède pas d’automobile.  Aussi, par un de ses employés, je me laisse peu à peu manipuler à accepter des conditions de locations de plus en plus louche. 

Pour faciliter la compréhension, tous les montants d’argent sont ajustés en dollars d’aujourd’hui.

Ce qu’il y a de bien de travailler de 16 :00 à minuit, c’est que ça me laisse toute liberté requise pour faire tout ce que j’ai à faire dans une journée.  Aussi, le lendemain, je me rends au concessionnaire GM pour remettre la lettre au vendeur.  Il regarde en souriant le document qu’il sait falsifié, en disant :

« Et dire que t’étais prêt à tout abandonner pour un aussi petit détail.  Bon ben maintenant on peut compléter la transaction. »

Et c’est parti!  Il me sort de nouveaux documents.

« Puisque c’est une location, ça veut dire que le véhicule appartient toujours à GM, et qu’ils vont en reprendre possession dans trois ans.  Est-ce que c’est clair pour toi? »
« Oui! » 
« Alors signe ici! »

Je signe le papier.

« Maintenant, tu comprendras que si GM veut récupérer le véhicule, il faut s’assurer que tu ne te le fasses pas voler.  Ils sont donc obligés de t’installer un antivol.  Ça vient avec une lumière clignotante sur ton tableau de bord, pour dissuader les voleurs.  Est-ce que c’est clair pour toi? »
« Oui! » 
« Alors signe ici! »

Mon œil accroche à un détail sur le papier.

« Trois cent dollars? »
« Ben oui!  L’antivol, c’est pas gratuit.  Et faut l’installer.  Les pièces, la main d’œuvre, ça se paye! »

C’est bien à contrecœur que je signe cette nouvelle dépense imprévue.

« Maintenant, tu comprendras que quand GM va récupérer le véhicule, il aura quatre ans d’âge.  Alors pour pouvoir le revendre, ils doivent s’assurer que tu leur rendras en parfait état.  Est-ce que c’est clair pour toi? »
« Oui! » 
« Alors pour s’assurer qu’il n’a aucune trace de rouille, tu t’engages à le faire traiter à l’antirouille à l’huile à tous les quatre mois. Est-ce que c’est clair pour toi? »

Ce qui est clair pour moi, c’est que maintenant que j’ai signé le contrat de location, je n’ai pas le choix d’accepter toute nouvelle dépense aussi imprévue qu’obligatoire qu’il me lance au visage.

« Et combien ça va me coûter en plus, cette nouvelle dépense dont vous ne m’avez jamais parlé avant? »

Il me regarde d’un air aussi surpris qu’offensé.

« Ok, pourquoi tu me dis ça, là?  Tu me parles comme si tu m’accusais de te passer la crosse du siècle.  Toutes ces dépenses sont des options standards, normales, légales et obligatoires que la loi impose à GM.  Alors on se calme, s’il vous plaît!. »

Euh… Ok!  Voilà une réaction aussi surprenante que totalement disproportionnée. Mais bon, lorsque quelqu’un fait son offensé, la meilleure façon de lui répondre, c’est calmement, en phrasant la chose de manière à démontrer que c’est lui, l’imbécile qui pète un câble pour rien.  Et ça, c’est un art que je maîtrise parfaitement :

« Euh… Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.  Est-ce que c’est une nouvelle dépense? Oui!  Est-ce que vous m’en avez parlé avant? Non!  Est-ce que c’est normal, alors, que je vous demande combien ça va me coûter, cette dépense dont vous ne m’avez jamais parlé avant? Oui!  Alors pourquoi vous réagissez comme ça? »

Il n’y a rien comme poser une question embêtante à l’autre pour lui clouer le bec.  Avec la manière qu’il a de me parler comme si j’étais un imbécile, ça fait du bien de pouvoir inverser les rôles.  Aussi, pour toute réponse, il me refile le papier.  Coût de l’antirouille : $100.00.

« Par année? »
« Par séance! »
« Donc $300$ par année, c’est bien ça? »
« Ben là, c’t’évident! »
« Ben voilà! Trois-cent dollars.  Est-ce que c’était si difficile à dire? »

J’appose ma signature sur le document, je le lui rends, et d’une voix calme et souriante, je lui demande :

« Bon, alors, sur quel autre nouveau frais standard, normal, légal, obligatoire, et jusque-là caché, dois-je apposer ma signature, maintenant? »

J’avoue que, de pouvoir à mon tour le piquer avec condescendance, ça me procure une certaine satisfaction morale.  Malheureusement, ce n’est pas ça qui va améliorer mon sort.  Parce que oui, il avait d’autres frais cachés à me balancer.

« Pour s’assurer que le véhicule reste en bon état de marche, il faut le ramener ici deux fois par année pour passer en révision. »
« C’est combien? »
« $400.00 la révision, donc $800.00 par année. »

Et il me refile le papier, cette fois sans me demander si c’est clair pour moi.

« Et huit-cent piastres de plus.  Une chance que j’ai droit au rabais des employés, hm!? »

Je signe et le lui rend.  Il sort un nouveau document.

« Au Québec, du 15 décembre au 15 mars, il est illégal, selon la loi, de rouler sans des pneus d’hiver.  C’est $500.00 dollars, soit cent par pneus et cent pour l’installation. »

Cette fois, j’atteins ma limite morale, ce qui me fait perdre ma façade faussement harmonieuse. 

« Ok!  Là, là, ça va faire!  Je l’sais bien que, maintenant que j’ai signé le contrat de location AVANT que vous me balanciez tous ces frais-là, ça veut dire que je suis obligé par la loi à tous les assumer, sous peine de me retrouver avec un dossier judiciaire pour fausse déclaration, ce qui va me faire perdre ma job … »

C’est ma manière de lui ramener que je ne suis ni plus ni moins que la victime de son chantage.

« …  Et non, je ne mets pas votre parole en doute quand vous dites que ce sont des frais standard, normaux, légaux, obligatoire.  Mais là… »

Je m’empare de la calculatrice sur son bureau et je fais le compte. 

« $300.00 l’antivol, $300.00 l’antirouille, $800.00 la révision, $500.00 les pneus, ça fait $1900.00, et ça c’est avant les taxes je suppose?  Ça veut dire plus de deux mille piastres de frais que vous m’aviez jusque-là caché.  J’ai pas c’t’argent-là, moi!  Vous avez vidé mon compte avec votre premier paiement et votre dépôt de sécurité.  Fa que, me v’là lié légalement à un char que je ne pourrai jamais sortir d’ici parce que je n’ai plus rien pour payer vos frais cachés, tout ça parce que mon beau-père, votre patron, m’a promis que je pouvais acheter à $150.00 par mois une Golf que vous n’avez pas été capable de me produire. »

Il vient pour me répondre, mais je l’interrompt.

« Et avant de protester encore comme quoi je vous accuse de quoi que ce soit, est-ce que je viens de dire quelque chose qui était faux? »
« Non, bien sûr!  Mais si tu m’avais pas interrompu, je t’aurais dit qu’on ne t’a jamais demandé de payer tout ça d’un coup.  Ces frais sont divisés par douze, pour n’en faire qu’un petit montant qui s’ajoute à ton paiement mensuel, c’est tout. »

Il reprend sa calculatrice. 

« $1900.00, plus taxes…  Divisé par douze mois…  Voilà : $184.04 par mois.  Même pas deux-cent piastres. Et tiens : Pour te montrer ma bonne volonté, il te restait encore comme frais les plaques, l’enregistrement et l’immatriculation.  On te les donne en bonus.  Ça te va? »

Sur ce, il me tend la main, tout souriant.  Ben coudonc!  Je lui serre donc la main, persuadé que mes protestations m’auront au moins épargné une coupl’ de centaines de dollars, totalement ignorant qu’en réalité il ne me sauve que 15$.  Il rajoute :

« Et comme tu dis, tu nous a déjà fait le premier paiement et le dépôt de sécurité, qui équivaut à deux paiements. Ça, ça veut dire que tes paiements sont déjà faits pour décembre, janvier et février.  Tout ce que tu auras à verser pour ces premiers trois mois-là, c’est $184.04.  Ça te laisse quatre mois avant ton premier vrai paiement, soit amplement le temps de redresser ton budget. »

J’avoue!  Enfin, une bonne surprise.  Tout fier de lui de m’avoir amadoué, il dit :

« Bon ben maintenant, tu dois nous laisser le temps d’installer l’antivol, les pneus d’hiver, faire le premier traitement à l’huile, et la première révision.  Repasse la semaine prochaine, lundi le premier décembre.  Tu en profiteras pour nous donner ton premier $184.04.  Et rassure-toi, à part ça, tu n’auras plus à nous verser un sou de plus.  Rassuré? »

Rassuré, ouais, tellement que je ne me pose même pas la question sur pourquoi une auto toute neuve aurait besoin d’une révision.

Sur le chemin qui m’amène du concessionnaire jusqu’à mon boulot, je sors un papier et un crayon de mon sac à dos et je fais un petit calcul. À mon paiement mensuel initial de $424.56, je rajoute les $184.04 de frais cachés, histoire de voir combien je devrai verser à partir de mars 1998.  Les cheveux me redressent sur la tête en voyant le total de $606.60.

« C’est pas possible!?  Mais comment ils font pour payer leurs autos, ceux qui n’ont pas droit au rabais de l’employé? »

Je multiplie par douze : $7 279.00 par année.
Je multiplie par trois : $21 837.00 en tout.

C’est décourageant!  En tout cas, il y a deux choses qui me consolent.  De un, j’aurai de nouveau un bon dossier de crédit dans trois ans.  Et de deux, au moins, il ne me chargeront plus jamais un sou de plus.  J’en serai quitte, comme il me l’a suggéré, d’utiliser les trois prochains mois pour m’en mettre de côté et ajuster mon budget. N’empêche que mon budget sera vraiment au sou près pour les trois prochaines années.  Une chance que j’ai droit à des augmentations à tous les six mois au travail.  La première sera dans deux mois. Et mieux encore: Dans un mois, il y aura le bonus de Noël, d’à peu près 400$. Voilà qui va aider à mes premiers vrais paiements.

En attendant d’en prendre possession, je me promène sur le net, sur les pages de compagnies d’assurances, histoire de me magasiner un bon deal.  J’ai la chance d’avoir plus de 25 ans, de conduire depuis plus de deux ans, et d’être non-fumeur.  Trois choses qui diminuent les primes.  Ça me permet de me faire une idée sur le prix que j’aurai à débourser. C’est juste que je ne peux pas avoir un montant précis. Puisque je n’ai pas avec moi les papiers de l’auto, je suis incapable de leur donner les renseignements requis pour me créer un dossier.  Tant pis, j’en serai quitte pour faire ça lundi, dès que j’aurai l’auto et sa paperasse.

Une semaine plus tard, lundi le premier décembre 1997, 10:00 am.  Je suis à GM, au bureau du vendeur.  Je signe les derniers papiers.  Avant d’apposer ma dernière signature, il me précise un dernier truc.

« Ce n’est pas un nouveau frais caché, dans le sens qu’il n’en tiendra qu’à toi si tu as à payer quelque chose ou non. »
 » Ok! Et c’est quoi? »
« Comme tu sais, lorsque GM reprendra le véhicule dans trois ans, il va le revendre.  L’une des choses qui diminuent la valeur d’un véhicule, c’est son kilométrage.  Voilà pourquoi, quand tu leur rendras, il ne devra pas avoir plus de 20 000 km au compteur. »

Vingt mille kilomètres?  Ça me semble assez excessif comme distance.  Ce n’est pas comme si je planifiais de faire le tour du monde avec. Il va juste me servir pour aller travailler, faire mon épicerie, voir Camélia les fins de semaine, et des fois visiter mes parents à St-Hyacinthe.  Y’a rien là!

« De toute façon, » me rassure-t’il, « s’il y a un excédent, on ne chargera seulement $0.15 le kilomètre.  Pas la mer à boire. »

En effet.  De toute façon, je ne me vois pas atteindre un tel kilométrage, et encore moins le dépasser.

« Est-ce que c’est clair pour toi? »
« Oui! » 
« Alors signe ici! »

Et voilà, dernière signature.  La paperasse est enfin complétée.  D’un des tiroirs de son bureau, le vendeur tire les clés de mon véhicule.  Il me les tend.

« Félicitations!  À partir d’aujourd’hui et pour les trois prochaines années, tu as un véhicule à ta disposition. »

Alors que je viens pour prendre les clés, il referme sa main sur le trousseau et rétracte brusquement son bras.

« Mais là, y’é pas question que j’te laisse partir avec si t’as pas d’assurances. »

Son geste, autant que ses paroles, me font l’effet d’une gifle.  J’en reste figé.  En voyant ma réaction, le vendeur part à rire.  Pas un rire de bon cœur.  Le genre de rire que l’on pousse lorsque que l’on trouve que la personne en face de nous est atteinte de crétinisme terminal.  Ce que je comprends dans son rire, c’est qu’il trouve très drôle de me coller un nouvelle dépense, tout en s’imaginant que je ne l’avais pas prévue.  Et il peut s’en laver les mains car, techniquement, comme il me l’a dit, ce n’est pas GM qui me réclame de nouveaux frais.  Ça démontre surtout que sa mise en scène avec les clés et sa réplique, c’est quelque chose qu’il a prévu d’avance pour rire de moi.  Quel désagréable personnage.  Aussi, histoire de le désarçonner, je lui demande calmement, d’une voix faussement interrogatrice et confuse :

« O-kaaay!  Et c’est drôle, d’avoir des assurances? »
« Ben là, tu savais pas que ça prend des assurances pour rouler?  Tout l’monde sait ça, franchement. »

En plein ce que je pensais :  Il continue de me prendre pour un con.  Et il ne s’en cache plus.  Je réplique, de manière à lui montrer que le plus con des deux n’est pas celui qu’il pensait.

« Ok!  Premièrement, ma réaction, c’est juste que le geste, là, de me niaiser en me présentant les clés pour me les enlever alors que j’allais les prendre, j’ai pas subi ça depuis l’école primaire, donc je ne m’attendais pas à ça de la part d’un adulte. »

Je prends mon sac à dos et je l’ouvre.

« Et ensuite, oui, en effet, comme tout le monde, je le sais, que ça prend une assurance.  La preuve, c’est que j’ai déjà fait des démarches auprès de la compagnie Wawanessa, dont j’ai les papiers ici, et qui attendent juste que je puisse leur téléphoner pour leur donner les détails au sujet du char.  Fa que, si vous me permettez de les appeler, ça va être réglé en quelques minutes. »

Sans se démonter, il se lève et prend son manteau.

« Si tu avais acheté l’auto, tu aurais pu te faire assurer n’importe où par n’importe qui.  Mais ton contrat est pour une location.  Ça signifie que le véhicule appartient toujours à GM, et GM ne fait pas affaire avec Wawanessa.  Ça fait que j’ai déjà pris rendez-vous avec un agent, qui a déjà préparé ta police d’assurance, et qui nous attend.  On y va! »

Je lui emboite le pas, avec un sentiment de frustration.  C’est que, à chaque fois que j’essaye de me protéger, que ce soit au tout début en réclamant la Golf 97 à $150.00, ou maintenant avec mes assurances, non seulement c’est toujours balayé du revers de la main comme quoi il lui est impossible de m’accommoder, il m’est impossible de vérifier s’il dit vrai.  Je suis obligé de me fier à sa parole.  Déjà que la parole d’un vendeur d’auto, la planète entière sait ce que ça vaut, le comportement de celui-là ne fait rien pour m’amener à croire que cette réputation est injustifiée. 

Nous arrivons au bureau d’assurances, où l’assureur me présente la police qu’il a préparé pour moi.  Je ne m’attendais pas à un tel tarif.

« $1500.00 par année? »
« Oui, mais c’est normal.  C’est ton premier véhicule.  Ce n’est pas comme si tu avais de l’expérience à conduire. »
« Ça fait trois ans que je conduis. »
« Tu conduis quoi?  Le char à tes parents? N’importe qui peut prétendre ça, mais c’est impossible à prouver. »
« Je suis inscrit sur l’assurance auto de mes parents. »
« N’importe qui peut inscrire n’importe qui sur ses assurances.  Ça veut pas dire que tu le conduis. »
« N’empêche que Wawanessa m’offrait une assurance qui coûtait moitié moins cher que la vo–… »
« C’est pas un char que t’as acheté, c’est une location.  GM te prête le char, mais il leur appartient toujours.  C’est normal qu’ils veulent se protéger au max, surtout quand le conducteur n’a aucune expérience. »

Qu’est-ce que vous voulez que je réplique à ça?  Résigné, je prends le stylo.  Mais au moment où je viens pour signer, je constate une erreur dans la première page de la police d’assurance.

« Euh… la case, ici… Vous avez coché « Moins de 25 ans.»  …  Je n’ai pas moins de 25 ans.  J’en ai 29.  Et ÇA, je peux le prouver. »
« Ça change rien! »
« Comment ça, ça change rien?  Je sais parfaitement que les assurances auto, ça coûte plus cher quand on a moins de 25 ans, alors ne dites pas que ça change rien! »
« Quand on dit
« moins de 25 ans », en fait, c’est une manière de dire que le chauffeur n’a pas d’expérience.  Vous dites que vous avez 29 ans, et que vous conduisez depuis trois ans, ça veut dire que vous avez eu votre permis à 26 ans, et votre premier auto à 29.  Personne ne s’attend à ce que quelqu’un aille son permis et son premier char après ses 25 ans. »

Non seulement il me rabaisse, il m’insulte, il me bullshitte à plein nez, là encore il m’est impossible de vérifier s’il dit vrai ou non.  Mes options se limitent donc à ces deux choix :

  • Signer, donc accepter de me faire frauder.
  • Refuser de signer, être obligé d’abandonner le véhicule ici, et quand même devoir le payer à tous les mois pendant trois ans.

Je signe donc, ce qui me rajoute, avec les taxes, $1724.63 par année.  Donc $143.72 par mois.  Rajouté à mes $606.60, ça signifie $750.32 par mois. 

Pendant trois ans.

$27 011.52 en tout.

Pour un véhicule qui ne m’appartiendra jamais.

Mais comment est-ce qu’ils font pour payer ça, tous les autres propriétaires d’automobiles, sans avoir eu droit comme moi au rabais de l’employé GM?

À SUIVRE

General Menteurs, 2e partie : Le piège à cons

RÉSUMÉ : Nous sommes en automne 1997.  J’ai 29 ans.  Séparé depuis deux ans de la mère de mes enfants, je suis maintenant en couple avec Camélia, 19 ans.  Son père occupe un poste haut placé dans l’administration de General Motors of Canada.  J’occupe un emploi qui me rapporte près du double du salaire minimum.  Cependant, mes origines pauvres de classe ouvrière, et le fait que je suis père séparé, m’attire le mépris de ma belle-famille.   Je fais preuve de patience, en me disant qu’ils finiront bien par se faire à l’idée. 

Le beau-père influence sa fille à me convaincre que maintenant, avec le salaire que je fais, je pourrais me payer un véhicule. Comme ça, ça ne sera pas toujours elle qui serait obligée de se déplacer lorsque l’on qu’on se voit les fins de semaines.  Il est vrai que j’habite le quartier Ahuntsic alors que ses parents et elle sont à Kirkland, un trajet de 28 kilomètres.

J’hésite!  Je n’ai jamais acheté une auto avant, et nous connaissons tous le cliché comme quoi les vendeurs d’auto sont tous des arnaqueurs qui ne sont là que pour plumer le client au max.  Ceci étant mon premier achat du genre, je crains que l’on exploite mon manque d’expérience et ma naïveté.  Et puis, à cause des retenues à la source, mes paiements de prêt étudiant, et surtout la pension alimentaire, je ne vis que sur 36% de mon chèque de paie.  Une fois que je j’ai utilisé pour payer le loyer, l’électricité, le téléphone et la nourriture, il ne m’en reste plus tellement au bout du mois.  C’est la raison pourquoi je vis en colocation.  Un loyer divisé par trois me permet de vivre économiquement.

N’ayant jamais expliqué à Camélia que je vis sur à peine plus que le tiers de mon revenu à cause de la pension que je verse à mon ex, elle croit que je suis juste économe, histoire de m’en mettre de côté pour une future maison.  Devant mon hésitation, elle me rappelle alors que j’ai un beau-père super-boss chez GM. Je peux donc avoir un super bon deal. Je lui répond que je vais y réfléchir.

La fin de semaine suivante, alors que je suis chez elle, le beau-père me demande si j’y ai pensé.  Je lui répond que oui mais que tout compte fait, je considère plus sage de commencer par régler ma dette de prêt étudiant, avant de songer à me mettre une autre dette sur le dos.  Une fois cet argent remboursé, d’ici un an ou deux, alors que ma position à mon emploi sera consolidé puisque j’y serai justement depuis un an ou deux, alors là on en reparlera. 

Il me dit alors que, puisque nous sommes en novembre 1997, les concessionnaires reçoivent les modèles ’98 en ce moment, et qu’il liquident les modèles restants de cette année pour faire de la place.  Il me montre une photo d’une petite Golf deux portes.  Pour s’en débarrasser, il me le ferait à 150$ par mois (Pour vous donner une meilleure idée des coûts, tous les montants de ce texte sont ajustés en argent d’aujourd’hui) ce qui est moins cher qu’il n’en coûterait à un employé de GM, c’est tout dire.

C’est vrai que 150$ par mois, même avec mes revenus réduits, je pourrais me le permettre.  Et puis, on ne s’en cachera pas, il y a toujours un prestige relié au fait de posséder une auto.  Et soyons réalistes: C’est le père de ma blonde.  Il ne va quand même pas faire des misères à l’homme de qui sa fille est amoureuse.  Qu’est-ce qu’il gagnerait à la mettre furieuse contre lui?  J’accepte!  Il m’arrange lui-même le rendez-vous chez le concessionnaire GM de l’Île-des-Soeurs.

Petit malin que je suis, pour minimiser mes chances de me faire crosser, je décide de me faire accompagner par Camélia, que je présenterai au vendeur comme étant ma conjointe.  C’est sûr qu’il a intérêt à se tenir tranquille, le bonhomme, devant la fille de son boss et le gendre de son boss.

Nous arrivons au concessionnaire, nous rencontrons l’homme avec qui j’ai rendez-vous.   Dès le départ, pour éviter que l’on essaye de me refiler autre chose que ce qui était prévu, je lui dis que je viens pour la Golf deux portes 97 à 150$ par mois, tel que convenu avec monsieur mon-beau-père-ton-boss.  Le vendeur me dit qu’il est sincèrement désolé mais il y a eu un imprévu. En effet, ce matin, lorsqu’ils ont déplacé du garage la Golf promise pour me la montrer, ils ont vu qu’elle avait un problème avec le démarreur.  L’auto a donc été retournée chez le fabriquant.  Qu’à cela ne tienne, le vendeur a le remplacement parfait pour moi: Un Chevrolet Cavalier 97 quatre portes. « C’est pratiquement la même chose. », qu’il me dit.  

Mais bon…  Plus grande, quatre portes, plus d’options…  Il est évident que ça va être plus cher.  Et ça l’est: $336, soit un peu plus du double.  Accompagné de Camélia qui est toute heureuse de voir que je me baladerai dans un modèle moins cheap que prévu, je n’ose pas trop décliner.  Surtout que, apparemment, ce sera ça ou rien.  Ça valait bien la peine de me montrer intraitable dès le départ.

Nous allons au bureau du vendeur.  Il me demande ce que je fais dans la vie, et qu’est-ce que ça signifie côté revenus.  Alors que je commence à lui répondre que je travaille pour La Boite et en quoi ça consiste, voilà que Camélia m’interrompt: 

« Oui, mais tu garderas pas ta job! »

Je la regarde avec un air aussi surpris que scandalisé.

« Hein? Ben oui j’va la garder, ma job, pourquoi tu dis ça? »
« Toi c’que t’aimes faire, c’est du dessin. Ça t’ennuie, une job de bureau. »

Mais qu’est-ce qui lui prend de me dire des conneries pareilles, juste à ce moment-là, devant l’employé de son père? 

« D’où est-ce que tu sors c’t’idée-là?  J’ai jamais dit ça de ma vie!  Si je travaille en informatique, c’est justement parce que c’est beaucoup plus sérieux que les arts. »

Quand je disais qu’elle était conne comme un balais pas d’brosse…  J’ai l’air de quoi, maintenant?  Je commence à regretter de l’avoir amenée.

Le vendeur me demande si je suis employé permanent ou temporaire.   Je réponds que je suis permanent.  Il me dit qu’il lui faudrait un papier de la part de mes supérieurs afin de le confirmer, car c’est primordial à l’achat d’une auto, et que le contrat de vente ne peut pas être signé sans ça.  Ceci dit, il me fait confiance, on peut signer le contrat tout de suite, j’aurai juste à lui amener le document plus tard.  Ce que je fais.  Puis, il me demande un dépôt de sécurité afin qu’il puisse me réserver l’auto.  L’équivalent de deux paiements, soit $672.  Ça représente à peu près tout l’argent que j’ai en banque.  On s’éloigne de plus en plus du $150 promis. Ça me fait mal au portefeuille, mais je n’en montre pas le moindre signe.  Je sors mon carnet de chèques.  Il me dit:

« On va plutôt prendre un paiement préautorisé sur ta carte de crédit. »
« Je n’en ai pas. »
« Hein? T’as pas de carte de crédit? »

« Non! »
« Comment ça? »

La raison pour laquelle je n’ai jamais voulu en avoir une, c’est parce que mon ex, la mère de mes enfants, est un gouffre financier.  Avoir une carte de crédit tout en ayant des enfants avec elle, c’est m’assurer qu’elle dépensera son argent au Casino de Montréal, pour ensuite venir me brailler que les enfants n’ont rien à manger, me laissant le choix entre m’endetter ou les laisser crever de faim.  Mais ça, ce n’est pas quelque chose que j’ai envie de dire, surtout à un parfait inconnu, surtout devant Camélia. Aussi, j’improvise une explication en tentant de me donner l’air sérieux et réfléchi.  

« Parce que c’est quoi, le crédit, dans le fond, hm?  C’est dépenser de l’argent que l’on n’a pas, ce qui égale des dettes.  Et moi, je prends mon budget au sérieux.  Et avec le salaire que je fais je n’ai jamais eu besoin d’acheter quoi que ce soit à crédit.  Et aussi parce que, jusqu’en juin dernier, j’étais encore étudiant.  Et puisque ça fait juste quatre mois que j’ai ma job actuelle, je n’ai pas encore ce qu’il faut pour que ma demande de carte soit acceptée. » 

Il me dit alors que ça change tout et que dans de telles conditions, ils ne peuvent pas me vendre l’auto.  Je suis surpris.  Il m’explique alors que de nos jours, avoir des dettes, ce n’est pas un signe de pauvreté.  Au contraire, c’est un gage de richesse.

« Puisque t’as pas de dossier de crédit, on ne peut pas consulter ton historique de paiements.  Dans ces conditions-là,  comment tu veux qu’on sache si tu es un bon payeur ou non?  De nos jours, les seules personnes qui n’ont pas de dossier de crédit, ce sont ou bien les pauvres, ou bien les criminels, puisque y’a rien qu’eux autres qui payent tout comptant.»

Et voilà comment, à 29 ans, j’ai appris les réalités de l’économie dans notre société.  Une réalité que je n’avais jamais eu à apprendre avant, ayant toujours été pauvre.  Il rajoute :

« Tsé, les histoires de tout payer cash pour pas avoir de dettes,  c’est des mentalités de nos grands-parents.  Et c’est pour ça qu’ils restaient pauvres.  Tous les adultes sérieux ont des dettes.  Penses-tu vraiment que tous ceux qui ont un char ou une maison aujourd’hui, c’est parce qu’ils l’ont payée cash?  Soyons logiques! »  

Comme si ça ne suffisait pas que Camélia me fasse passer pour un menteur ou un lâcheur, voilà qu’en plus je passe pour un pauvre et un ignorant, voire même un criminel.  Comme première impression, difficile de faire pire.  Ceci dit, je ne suis pas chaud à l’idée de payer $336 par mois au lieu de $150.  Alors si je veux tuer cette transaction dans l’œuf, aussi bien empirer mon image en révélant ce secret quelque peu honteux.

« En fait, j’en ai un, de dossier de crédit.  Mais il est mauvais.  Quand j’étais avec mon ex, la mère de mes enfants, on avait loué-pour-acheter une laveuse et une sécheuse chez Ameublement Ultra.  Et quand on s’est séparés il y a deux ans, puisqu’elle a la garde des enfants, je lui ai laissé les électros.  Mais là, c’est à moi que Ultra a envoyé les factures. Je les ai appelé pour leur expliquer la situation, comme quoi puisque c’est elle qui les a, c’est maintenant à elle de payer.  Et puisque j’avais une copie du contrat avec moi, je leur ai rappelé que nos deux noms étaient sur la facture.  La réponse du vendeur : « Oui, mais c’est votre nom qui est inscrit en premier, alors c’est à vous de payer.»  Vous comprendrez que je n’avais pas envie de payer pour quelque chose qui ne m’appartiendrait jamais.  Alors j’ai juste cessé de payer, pour la forcer ELLE à payer pour SES électros.  Ça a marché, mais quelques mois plus tard, je recevais un document disant que, puisque je n’ai pas honoré mon contrat de paiements, j’avais maintenant un mauvais dossier de crédit, ce qui m’empêcherait d’obtenir un crédit, ou une carte de crédit, pour les sept prochaines années.  Sur ces sept ans, il m’en reste encore cinq à tirer. »

Le vendeur me dit alors :

« Pis comment tu pensais avoir un char, dans ces conditions-là? »
« On m’a jamais parlé de crédit.  On m’a juste parlé d’une liquidation à 150$ par mois. »
« Oui, mais quand tu dois payer quelque chose à tant par mois, c’est parce qu’on te fait crédit.  T’as pas pensé à ça? »

Je commence à être un peu irrité de me faire prendre pour un con, et ça parait dans mon ton de voix quand je lui dit :

« Le loyer, je le paye bien à tant par mois, pis c’est pas un crédit.  Pareil pour l’électricité avec Hydro.  Pareil pour le téléphone avec Bell.  Depuis quand est-ce que payer tant par mois implique automatiquement du crédit? »

Il reste silencieux quelques secondes.  Puis, en souriant, il dit :

« J’ai la solution à tous tes problèmes : Puisque je ne peux pas te vendre l’auto, je vais te la louer sur un contrat de trois ans.  Et même si t’as mauvais dossier de crédit, je vais te faire confiance.  Après tout, mon grand boss m’aurait pas envoyé son gendre si tu pouvais pas payer, pas vrai? »

Je n’aime pas la direction que cette conversation est en train de prendre.  Il poursuit :

« Comme ça, toi, tu vas avoir ton char, et dans trois ans, si tu ne rates aucun paiement, ça va annuler ton problème avec Locations Ultra, et tu vas avoir le meilleur dossier de crédit au monde.  Quand quelqu’un peut rencontrer ses paiements d’auto, plus aucun crédit ne lui est refusé.  Visa, Mastercard, prêt auto, prêt maison… »

Tout comme pour les électroménagers, l’idée de payer pour quelque chose qui ne m’appartiendra jamais, c’est loin de me plaire.  Mais bon, je suppose que je n’ai pas le choix.  Si le crédit est aussi important dans la classe moyenne et la classe riche, mon manque de crédit équivaut à un handicap social. Déjà que la belle-famille me regarde comme si j’étais un attardé, de ne pas avoir de véhicule.  Encore heureux que ça fait trois ans que j’ai mon permis de conduire.

Le vendeur déchire le contrat de vente et sort un contrat de location.

« Puisque tu fais partie de la grande famille GM, on te fait bénéficier du rabais de l’employé, au même tarif qu’on s’était mis d’accord, soit $336 par mois.  Alors en signant ce contrat, tu t’engages à nous faire tes paiements le premier de chaque mois pendant trois ans. »

« Ok! »
« Je suppose que tu peux pas payer les trois ans d’un seul coup. »
« En effet! »
« Bon ben ça, ça veut dire qu’il faut te faire notre financement à 9.9% d’intérêts sur trois ans. »

Il sort sa calculatrice et commence à entrer ses chiffres.

« Et maintenant, bien sûr, faut calculer les taxes. »

Puis, une fois son calcul terminé, il me refile le contrat.  Les paiements mensuels viennent de passer à $424.56.  Tout en déchirant mon premier chèque de dépôt, il dit :

« Ça veut dire que le dépôt de sécurité va plutôt être de $849.12. »

J’ai la désagréable impression que je suis en train de m’enfoncer dans un piège à cons.  La seule raison pour laquelle je lui laisse le bénéfice du doute, c’est parce que je n’ai aucune expérience en achat et/ou en location d’automobile.  Donc, impossible de savoir si je me fais entuber ou non.  Et si oui, à quel point.  Mais bon, il m’a dit, devant Camélia, qu’il me faisait le rabais de l’employé.  Mentir à un client, c’est une chose, mais mentir devant la fille de son boss, au conjoint de la fille de son boss?  Ça me semble très improbable. 

Je signe le contrat.  Je lui fais son chèque de dépôt de sécurité.  Il me fixe rendez-vous pour la semaine suivante, pour que je lui amène la certification de mon statut d’employé permanent.  Nous repartons.  Camélia est fière de moi.  Moi, je le suis un peu moins.  Le premier paiement et le dépôt de sécurité vont me gober tout ce que j’ai en banque, incluant le chèque de paie que j’ai sur moi.  Est-ce que ça leur coûte vraiment si cher que ça, à tous ceux qui ont une auto?  Inutile de poser à question à Camélia, puisque sa voiture lui a été refilée par son père.

Lorsque, la semaine suivante, je reçois le document demandé à ma patronne, je saute au plafond.  Ça dit que je suis employé temporaire.  C’est que, naïf et inexpérimenté des termes employés dans les boulots plus élevés que laveur de vaisselle, j’ai cru que permanent voulait dire à temps plein, du 40h/semaine.  Ma patronne m’explique :

« Tu as été engagé ici pour deux contrats consécutifs de six mois pour t’occuper de la page web d’Air Canada.  Puisque tu es employé à contrat, ça fait de toi un employé temporaire.  Mais rassure-toi, dans un an et demi, à la fin de ton second contrat, tu obtiendras ta permanence ici. »

Voilà qui me rassure, et à plus d’un niveau.  C’est que plus j’y pense, et plus je me rends compte que ça n’a pas d’allure, de me mettre cette troisième dette sur le dos.  Une fois tout payé, loyer, électricité, téléphone, prêt étudiant, pension alimentaire et maintenant auto, il ne me restera plus que $200 par mois.  Quand je pense que je fais (l’équivalent en argent d’aujourd’hui de) $58.000.00 par année, c’est ridicule d’être toujours aussi pauvre.  Alors dans le fond, ne pas avoir ma permanence, donc ne pas rencontrer les critères du contrat de location, c’est beaucoup mieux comme ça.  Mon bon dossier de crédit, je l’aurai dans cinq ans, lorsque le mauvais dossier actuel expirera, voilà tout.

J’appelle le vendeur pour lui expliquer la situation.  Il me rit au nez.

« Non mais c’est quoi, cette génération de lâcheux, toujours à abandonner au premier obstacle? »
« Ben là! Vous m’avez dit que je ne peux pas louer l’auto si je ne suis pas employé permanent. Je suis employé temporaire. Chus supposé faire quoi? »

Il me dit que, puisque le contrat est signé depuis une semaine, apporter ce papier maintenant ferait de moi un fraudeur, puisque ça prouve que j’ai déclaré faussement être permanent.   Sûr, ça annulerait le contrat.  Mais puisqu’il est déjà signé, non seulement je perdrais mon dépôt de sécurité, je devrais payer une amende salée.  Et ça m’apporterait un mauvais dossier de crédit de 7 ans qui repartirait à zéro, sans tenir compte des deux ans déjà passées.  De quoi vais-je avoir l’air face à toute ma belle-famille, de me retrouver de nouveau sans crédit, et peut-être avec un dossier judiciaire pour tentative de fraude?

« Tu m’as dit qu’à ta job, tu reçois des appels de gens qui te donnent leurs numéros de carte de crédit pour payer leurs billets d’avion parce qu’ils ne veulent pas l’écrire sur internet. Penses-tu que tu vas pouvoir la garder longtemps, cette job-là, avec un dossier judiciaire pour fraude? »

Ses paroles me donnent froid dans le dos. Perdre mon emploi si bien payé, je n’imagine rien de pire. Du même souffle, il me propose la solution: Puisque je travaille de soir à La Boite, pendant que le staff est minime, je n’ai qu’à aller fouiller dans les bureaux désertés, trouver du papier à en-tête de ma job, et réécrire la lettre, en changeant le mot temporaire pour permanent.

Je ne peux pas croire qu’il me propose une crocherie pareille.  Il devine mon hésitation et me dit :

« Tsé, ce papier-là, c’est juste une formalité bureaucratique.  C’est GM Canada qui veut ça, pour s’assurer que l’acheteur travaille, donc qu’il va pouvoir payer. Mais dans l’fond ça sert à rien.  Pis regarde : En faisant ça, tu sauves la face auprès de ta belle-famille, pis tu vas sauver la mienne parce que tu vas sauver mon contrat de location.  Toi tu t’évites des ennuis financiers et judiciaires, et à moi tu m’évites d’être celui qui va être obligé de faire perde sa job au gendre de mon boss.  En faisant ça, tu nous sauves tous les deux. »

Dans quoi est-ce que je me suis fourré?  Ou bien j’accepte de produire un document avec une fausse déclaration et une fausse signature, ce qui est calissement illégal.  Ou alors je perds mon dépôt de $849.12, j’aurai sept nouvelles années de mauvais dossier de crédit, et je me retrouverai avec un dossier judiciaire pour déclaration frauduleuse, ce qui me fera perdre mon travail. Un travail comme celui-là, que j’ai eu par connexion, ce n’est pas avec mes études en Arts et Lettres au Cégep que je m’en décrocherai un autre. Je ne peux pas me permettre ça.   

Je n’ai vraiment pas le choix.

Ce soir-là, je fais ce que le vendeur m’a suggéré.  Pendant ma pause, je me lève.  Je vais au bureau des ressources humaines, désert à cette heure-ci.  Je fouille partout.  Je trouve le papier à lettres.  Je reviens à mon poste de travail.  J’introduis le papier dans l’imprimante.  Je réécris la lettre.  Je l’imprime.  J’imite la signature de ma patronne.  Puis, j’observe mon œuvre.  À part pour le fait que le mot permanent a remplacé temporaire, c’est à s’y méprendre.  Mais pour une fois, je ne suis pas tellement fier de mon œuvre. 

« Est-ce que c’est vraiment aussi compliqué et tortueux que ça pour tout le monde, d’avoir accès à une auto? »

À SUIVRE

General Menteurs, 1e partie: Travailler sur sa vie

À chaque fois que j’écris un nouveau billet, j’en poste le lien sur mon compte Facebook, sur le groupe Mes Prétentions de Sagesse et sur mon Twitter.  Aussi, sur mon Facebook, sous le lien vers mon billet au sujet des dangers à acheter une bagnole d’occasion, j’ai reçu le commentaire suivant : « Anecdote vécue? » 

J’étais loin de m’imaginer que ces deux petits mots allaient amorcer une discussion qui allait m’enlever des épaules un poids moral vieux de 21 ans, et qui a empoisonné mon existence depuis.

Il y a 20-à-25 ans, j’étais beaucoup plus naïf qu’aujourd’hui.  Inutile de dire que du côté des leçons de vie, l’une n’attendait pas l’autre et je les subissait à la dure.  Et non seulement j’avais le don de toujours prendre des mauvaises décisions, on aurait dit que le hasard et le destin faisaient tout pour se liguer contre moi pour gâcher ma vie et mes finances, et ce de manière tellement implacable que je ne pouvais rien faire.  Il m’arrivait le genre de hasards tellement imprévisible, tellement incroyable, et surtout tellement improbables, que lorsque je le racontais, je n’avais que des réactions négatives. 

Pour ceux qui me croyaient : J’étais con, stupide, irréfléchi, ou alors je faisais exprès pour toujours me mettre dans des situations foireuses, parce que c’était impossible que tant de hasards aussi mauvais qu’extraordinaires arrivent juste dans le but de tout faire foirer.
Pour ceux qui ne me croyaient pas : J’étais un irresponsable qui mettait toujours le blâme sur les autres au lieu de se regarder lui-même, un chialeux qui fait dans la victimisation, un pôÔôvre petit toujours harcelé parce que personne ne l’aime et tous sont contre lui, incluant le destin qui s’acharne sur lui, bou-hou-hou.

L’histoire que je vais vous raconter aujourd’hui est celle qui m’a value tout ce mépris.  C’est la raison pour laquelle je ne l’ai jamais mise en ligne avant.  Mais depuis la discussion qui a suivi la question « Anecdote vécue? », j’ai compris beaucoup de choses qui changent totalement la donne. 

Cette histoire sera longue, aussi je la posterai en plusieurs parties.  Ça va comme suit :

C’est à 25 ans que j’ai eu l’une de mes premières et plus dures leçons de vie :  Le mythe de la grosse laide qui compense en étant gentille, eh bien c’est juste ça : Un mythe.  Quand tu ne t’aimes pas, tu ne peux pas imaginer que l’on puisse t’aimer.  Convaincue qu’il était inévitable que je la quitte, elle me faisait la vie dure, pour me faire payer d’avance cette future traîtrise de ma part qui n’existait que dans son imagination.  Et pour s’assurer que je reste dans cette relation abusive, elle a lâché la pilule sans m’en parler, et je me suis retrouvé avec une paternité imposée sans que je sois prêt à l’assumer, financièrement ou autrement.

La voilà, ma récompense, pour avoir eu la maturité de regarder au-delà du physique.

Désolé si la vraie vie n’est pas politically correct, mais les faits sont les faits. 

J’ai décidé de prendre mes responsabilités paternelles. À l’époque, je n’avais pas mon diplôme de 5e secondaire.  Et un gars sans diplômes, ça ne se fait pas offrir les meilleurs boulots.  Ne voulant pas élever mes enfants dans la pauvreté, je suis retourné aux études.  Tout d’abord aux cours aux adultes, où j’ai obtenu les deux années de maths qui me manquaient à cause de ma dyscalculie.  Et ensuite, à 27 ans, au cégep, pour me spécialiser. J’ai joint le journal étudiant.  Un mois et demi plus tard, on m’offrait le poste de rédacteur en chef.  Jusque-là, ma prise en main donnait des résultats positifs, et l’avenir semblait prometteur.

Mais voilà, au cégep, il y a des filles.  Ce simple fait a fortement déplu à la mère de mes enfants, ce qui a rendu la relation encore plus abusive.  Au point où, devant mon refus d’arrêter les études, elle me fasse expulser de la maison par la police sous de fausses accusations de violence conjugales.  C’est une femme et une mère, alors évidemment on l’a cru sur parole.  La police m’a sorti de là.  Elle a changé les serrures.  J’ai eu à retourner vivre chez mes parents.  À St-Hyacinthe.  À 42 km de mon cégep.

J’aurais pu me laisser démolir moralement et tout abandonner, de voir qu’elle avait ainsi gâché mes efforts pour faire quelque chose de ma vie.  J’ai choisi de persévérer.  J’ai affronté les obstacles, fait fi de la distances, et je n’ai pas lâché mes études.  Hélas, un prêt étudiant calculé pour une personne qui habite près de son école, ça ne peut pas éponger le coût du transport St-Hyacinthe / Montréal / St-Hyacinthe cinq jours semaine.  Trois semaines avant la fin de session, je n’ai plus un sou.  Je ne peux donc plus voyager.  Je manque les examens.  Je coule ma session.  Une année perdue, un prêt étudiant gaspillé.

L’année suivante, à 28 ans, j’ai fait ce que j’avais à faire : Je me suis trouvé un travail à temps plein à laver de la vaisselle dans un restaurant.  Je suis allé habiter au résidences étudiantes du cégep.  J’ai demandé et obtenu un nouveau prêt étudiant.  J’ai gardé mon boulot pendant les fins de semaines.  Et j’ai recommencé le cégep à zéro. 

Toujours au journal étudiant, j’y rencontre Camélia, 19 ans, à ce moment-là en couple avec un de nos journalistes. 

Pour Camélia, l’idéal masculin devait avoir de belles valeurs et prendre son avenir au sérieux.  Ce sont deux qualités qu’elle retrouvait chez ce gars-là.  Or, dans son cas, il y avait une raison :  C’était un fanatique religieux.  Et sa foi contrôlait sa vie de couple au point où il lui imposait de plus en plus de restrictions.  Retrouvant chez moi ses qualités sans ses défauts, elle est tombée en amour avec moi.  Mince, belle, jeune, qui ressent de l’amour et non de la possessivité envers moi, avec un bon avenir, bombe sexuelle… Pourquoi dirais-je non à ça?

Bonus absolument non négligeable, c’était une fille de riche.  Je ne sais pas quel était le titre du poste de son père au juste, mais c’était un super boss haut placé chez General Motors.  Raison de plus pour croire que contrairement à mon ex, elle ne me fera jamais une paternité dans le dos pour que je l’entretienne pour les 20 prochaines année 

Au début, ses parents m’appréciaient car j’étais une sérieuse amélioration sur sa relation précédente.  Hélas, il est arrivé un moment où ils se sont demandés qu’est-ce que je faisais au cégep, alors que j’avais dix ans de plus que les autres étudiants.  Croyant naïvement qu’ils apprécieraient un homme assez vaillant pour se tirer de la misère et agir convenablement pour faire quelque chose de sa vie, je le leur ai expliqué.

Et aussitôt, à leurs yeux, j’étais devenu le genre de merde qu’ils ne voulaient pas que leur fille fréquente. 

Camélia me rapportait parfois leurs paroles.  Ils lui mettaient en tête que j’étais un irresponsable, de ne pas avoir fait avorter mon ex, alors que je n’avais pas les moyen de partir en famille.  Ensuite, j’étais un lâche d’avoir abandonné mes enfants.  Ils lui disaient de se méfier, de ne pas me marier ni fonder une famille avec moi, parce que ça prouvait que j’allais les abandonner eux aussi un jour.  Et surtout, un gars qui a à payer une pension alimentaire, ça n’aura jamais d’argent, donc ce sera elle qui sera obligée de me faire vivre.

Quelques semaines plus tard, l’épouse de mon bon copain Carl (le gars super-winner de la vie, de qui j’ai parlé quelquefois dans ce blog) m’offre du travail pour la boite où elle est employée.  Un très grande boite qui faisait deux milliards de chiffre d’affaires par année.  En dollars canadiens, mais tout de même.  J’entre au salaire de $14.00 de l’heure, alors que le salaire minimum était de $7.35.  J’en gagnais donc presque le double.  Voilà qui allait pouvoir leur rebattre le caquet à mon sujet.

Je dois avouer un truc : Camélia et moi n’avions rien à faire ensemble.  Oh, il y avait une très forte chimie sexuelle entre nous.  Mais à part ça, nous n’avions rien en commun.  Les discussions ne tournaient qu’autour de sujets généraux d’une ennuyante banalité.  Élevée dans la soie, elle ne connaissait rien de la vie et avait zéro débrouillardise.  Par exemple, un soir où elle m’aidait à faire le repas, je lui ai refilé l’ouvre-boite.  Elle me regarde, confuse, en me demandant qu’est-ce que je voulais qu’elle fasse avec ça.  Elle n’avait jamais vu un ouvre-boite non-électrique de sa vie.  Et son ignorance n’avait d’égale que sa maladresse et sa stupidité.  C’est en son honneur que j’ai créé l’expression « Utile comme un balai pas-d’brosse. » 

Qu’est-ce que je faisais avec elle, alors?  Simple : Sa stupidité involontaire valait mille fois mieux que la mesquinerie volontaire de mon ex.  Et après tout l’ignorance, ça a le mérite de se guérir.  Mais surtout, elle était mon ticket vers une meilleure vie.  Non pas dans le sens où je planifiais de l’exploiter financièrement.  Mais plutôt parce qu’en l’épousant, surtout avec le salaire que je faisais, je ferais officiellement partie de l’élite de la société.  Et ça, étant issu de la classe ouvrière-et-BS pauvre, ça a toujours été mon but dans la vie.  Un but enfin à ma portée, pour peu que je sois patient et conciliant avec elle.  Avec le temps, en voyant bien que je suis aussi vaillant qu’irréprochable, ses parents finiraient bien par se faire une raison.  Et avec l’expérience que je prends dans mon travail de bureau, qui sait, peut-être qu’éventuellement, mon millionnaire de beau-père me trouvera une place en administration à GM, m’assurant le salaire qui me permettra de faire vivre sa fille dans le luxe auquel elle est habituée.

Malheureusement, je me faisais des idées.  Dans les faits, l’élite méprise le parvenu.  Même si j’avais réussi à me tirer de la merde, pour eux j’en avais toujours l’odeur.  Il n’était pas question que leur fille fasse sa vie avec quelqu’un comme moi.

De plus, les choses n’étaient pas aussi roses pour moi que je voulais le faire croire.  Les mauvaises décisions de mon passé sabotent mon présent en m’empêchant de récolter le juste fruit de mes efforts.  Traduction :  En plus des retenues normales à la source, mon salaire part dans deux autres directions :

Direction 1 : Mon prêt étudiant inutile.  Et si je dis que mes études ont été inutiles, c’est parce que, que je sois allé au cégep ou non, je me la serais quand même faite offrir par la femme de Carl, ma carrière actuelle.  Si je m’étais juste contenté de rester assis en me tournant les pouces en attendant que la job de rêve me tombe dessus, comme le gros lâche sans-cœur paresseux que mes beaux-parents disent que je suis, ça serait arrivé.  Mais voilà, en me prenant en main, en faisant ce que j’avais à faire, en ayant la volonté de mettre mon temps et mes efforts là où il le fallait, je me suis juste endetté, donc appauvri.

Direction 2 : La pension alimentaire.  Et celle-là est assez salée.  Voici pourquoi: Mon ex était sur le BS.  Le BS, c’est le gouvernement.  Le gouvernement veut diminuer au max les chèques des prestataires.  J’ai donc eu droit au tarif maximum pour la pension.  Puis, ils amputent le chèque de BS de mon ex du montant exact que je lui verse en pension.  Ainsi, même si je lui verse maintenant une grosse pension, elle ne reçoit pas un sou de plus, et moi je suis pénalisé pour avoir commis le crime (involontaire) de devenir père.  

Qui aurait cru que le fait de baiser sans protections avec sa blonde qui prend la pilule et retourner aux études pouvaient être de si mauvaises décisions de vie!?  Bref, toutes ces retenues gobent 64% de mes revenus, ce qui fait que je vis avec encore moins d’argent maintenant que lorsque je travaillais au salaire minimum à laver de la vaisselle.   Au moins, j’arrive à cacher ce fait à Camélia, histoire de ne pas donner raison à la belle-famille.

Bref, dans les apparences, je suis prospère, et mes faits, gestes et paroles envers Camélia sont irréprochables.  La belle-famille ne peut plus rien dire contre moi sans faire preuve de mauvaise foi.

… Ce qui oblige le beau-père à prendre les choses en main.

À SUIVRE

L’art de se faire rouler

((Désolé pour mes lecteurs européens, cette fois-ci je parle d’une réalité surtout québécoise, d’où le vocabulaire local et les devises en dollar canadien), 

Après plusieurs longues années d’études et/ou de boulots peu payants, tu as enfin trouvé l’idéal : Une job qui te rapporte $30 000.00 par année.  Clair, ça signifie un chèque de $850.00 à toutes les deux semaines..  Puisque tu n’as pas vraiment d’idées de grandeur, tu as un appartement dans tes moyens.  En fait, le loyer, l’électricité, le net, le téléphone et l’épicerie ne te prends qu’un seul de tes chèques par mois.  Tu n’as pas de dettes, et pour la première fois de ta vie, tu peux te mettre de l’argent de côté. 

Et puis, comme ça, il te prend une petite fantaisie : Celle d’avoir une auto.  Avec ton second chèque du mois de $850.00, tu pourrais certainement te la permettre.  Surtout que, là encore, aucune idée de grandeur.  Un p’tit char d’occasion te suffira amplement.  Tu pourras l’utiliser pour aller au travail, ce sera parfait pour les jours de pluie et de neige.  Et pour l’épicerie, rien de mieux.  Et que dire des road-trips de fin de semaine.  Qu’est-ce qui représente mieux la liberté que de voyager au volant de son propre véhicule.  Tu as passé de pauvre à prospère, tu mérites bien ce symbole de ton nouveau statut.

Une rapide recherche sur Google te permet de trouver le deal du siècle.

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Malgré ce si bas prix, tu te doutes bien que cette auto va te coûter une coupl’ de milliers de dollars.  Le problème, c’est que tu n’as aucun dossier de crédit.  Ou alors si, tu en as un, mais il est mauvais.  Dans de telles conditions, tu sais bien que ta banque ne t’accordera jamais un prêt.  Eh bien, seconde bonne surprise, le concessionnaire est prêt à t’en accorder un, lui. 

Puisque plus rien ne se met entre ton rêve et toi, tu appelles le concessionnaire et tu lui fixes rendez-vous.  Tu te vois déjà au volant de ta p’tite bagnole économique, jouissant de ta liberté.

Mais ça, c’est le rêve.  La réalité, la voici:

Le vendeur te fait visiter la cour, il y a plein d’autos seconde-main ici, vieilles de un an à six ans.  Tu portes ton choix sur un petit bijou qui n’a qu’un an et demi d’âge. Pour apprendre aussitôt que celui-là est à 220$, et non à 75$. 

Mais alors, où sont les autos à 75$ telles qu’annoncées?  Ah, ben, vois-tu, à ce prix-là, faut comprendre qu’elles se sont rapidement envolées.  Regardons ce qu’il y a d’autre dans l’inventaire, et… OH!  Tu as une chance inouïe, il leur en reste un, finalement.  Celui-là est vieux de six ans. Mais bon, à ce prix-là, faut pas se montrer trop exigeant.  Tu le prends.

75$, c’est  par semaine. Les paiements sont mensuels. Tu crois que ça signifie 300$ par mois?  Erreur!  Il y a 52 semaines dans une année. Donc, 75 X 52 = $3 900.00, divisé par 12 = 325$ par mois.

Ensuite, il n’est à ce prix-là que si tu prends les paiements étalés sur sept ans.  Donc, $3 900.00 par année multiplié par sept ans, ça donne  $27 300.00.

Si une telle somme avait été empruntée à la banque, elle aurait eu un taux d’intérêt annuel aux environs de 7.9%  Mais la banque te refuserait.  Tu n’as d’autre choix que d’accepter l’offre de financement du concessionnaire à 19.9% d’intérêts.

19.9% d’intérêts sur $27 300.00, c’est $5 432.70, pour un total de $32 732.70.

… Ce qui dépasse d’une coupl’ de milles ton salaire annuel brut. Pas le salaire clair. Brut!

Maintenant, il ne faut pas oublier les taxes.
Au Québec, nous avons deux taxes : La fédérale (TPS) qui est de 5%, et la provinciale (TVQ) qui est de 9.975%.  J’ai trouvé en ligne ce calculateur automatique des deux taxes.

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Donc, après t’avoir ajouté $10 334.43 en intérêts et en taxes:
Total: $37 634.43. 
Ou, par année, $5376.35.
Ou, par mois, $448.03.

Devant ce montant, tu hésites.  Le vendeur se fait compréhensif en te disant que, que veux-tu, c’est comme ça, hm?  Tout l’monde doit payer les taxes.  Et lui aussi il en paye.  Et pas juste sur son véhicule : Il a des taxes sur sa maison, sur son commerce, sur ses ventes, sur le terrain où il a son commerce…  T’es chanceux, toi, tu en payes juste sur ton véhicule.  Et puis, c’est pas comme si ce paiement allait gober ton 850$ au complet.  Une fois ton paiement fait, il te reste 412$ par mois.  C’est un beau gros $4 944.00, presque cinq mille piastres par année pour t’amuser, ça.  Et puis tiens, pour t’encourager, en cadeau, il te fait les plaques d’immatriculation et l’enregistrement gratuitement.  (Il se garde bien de te préciser que ce généreux cadeau vaut à peu près 15$.)

Rassuré, tu signes. 

Ça y est, tous les papiers sont en ordre.  Tu es maintenant le légitime propriétaire d’un véhicule de six ans d’âge, ou du moins tu le seras lorsque tu auras terminé tes paiements dans sept ans.

Et c’est là que, avec le sourire, le vendeur te montre les clés de ton auto…  Mais il ne te les remet pas.  C’est que, explique-t-il, légalement, il n’a pas le droit de te laisser partir avec un véhicule qui n’est pas couvert par une police d’assurances.  Pourquoi il n’en a pas glissé mot avant?  Mais parce que ce n’est pas sa job.  Il n’est pas agent d’assurance, lui.  Et puis de toute façon, c’était à toi d’y penser.  Conduire sans assurances, c’est illégal.  Tout le monde sait ça, voyons!

Heureusement, il connait un bon assureur.  Il l’appelle sur le champs et te passe le téléphone.

Premières assurances pour premier véhicule, ça va dans les $1 125.00 par année.
Bien sûr, il faut rajouter les taxes, pour un total de $1 293.47
Divisé par douze mois = $107.79 par mois.

Donc, auto + assurances = paiements de $555.82 par mois.

Ça y est, c’est terminé, tu peux quitter cet endroit au volant de ton nouveau véhicule. Ça a coûté un peu plus cher que prévu, mais bon, tu te consoles avec la sensation de liberté que te procure le fait d’être mobile.

Le lendemain, tu le prends pour aller travailler.  Tu apprends ainsi les réalités de l’heure de pointe et des embouteillages, qui te font arriver en retard.  Tu viens pour te stationner dans le parking de la compagnie.  Mais voilà, ça prend la vignette de stationnement de la compagnie, qui est $110.00 par mois, soit 30$ de plus qu’une passe autobus-métro.  Ou bien, c’est 10$ pour la journée.  Refusant de payer ça, tu te dis que tu en seras quitte pour te stationner dans la rue.  Tu parcours ainsi en rond toutes les rues du quartier.  Or, les seules places de libres sont dans des rues résidentielles qui demandent des vignettes de résidents.  Tu finis par trouver une place libre et gratuite à huit coins de rues du travail. 

Quand tu reviens le soir, surprise, tu as une jolie contravention.  Car en effet, comme on peut le voir sur les pancartes, sur ce côté de la rue, il est interdit de stationner de midi trente à treize heures.  Tu as beau t’interroger sur la chose, tu ne vois aucune explication logique sur pourquoi un côté de rue doit être dégagé de 12 :30 à 13 :00.  Il n’y a juste aucune raison valable.  Mais bon, la loi, c’est la loi.  Bilan du jour : Une heure et demie de salaire en moins pour cause de retard + la contravention.  Ce sera la dernière fois que tu utiliseras l’auto pour aller travailler. 

Maintenant que tu as un véhicule, ton entourage te bombarde de toutes parts avec les deux questions suivantes :
« Combien que l’char te coûte? »
« Combien qu’tu payes d’assurances? »

Et dans 100% des cas, après y avoir répondu, arrive le commentaire suivant :
« Haaan?  Tu payes donc ben cher!  Moé ça m’coute la moitié / le tiers / le quart de ça. »

Car en effet, à les entendre, tout le monde paye moins cher que toi.  Et, dans plusieurs des cas, pour des véhicules neufs.  Voilà qui gâche le peu de plaisir qu’il te restait à posséder un véhicule.

Ceci dit, un char, ça ne roule pas à l’oxygène. Même si tu ne l’utilises pas beaucoup, tu ne t’en tires pas à moins de 40$ d’essence par semaine. Donc, 160$ par mois.  Par conséquent, ton char te coûte maintenant $715.82 par mois.  Pas surprenant que tu ne tiennes pas à y ajouter le coût du stationnement.

Autres réalités de l’automobile.
Une auto neuve, en général, ça commence à avoir des problèmes techniques et mécaniques après cinq ans, et il faut le changer après dix ans. Le tiens a déjà six ans. Et tu viens de te mettre sur le dos un contrat de sept ans. Ce qui signifie que, quand tu auras fini de le payer, ce sera une épave de treize ans.

Mais entretemps, tu vas devoir te taper entretien, révisions, pannes, réparations… Tu contemples à peu près $1 500.00 de frais annuels de garagiste, une moyenne de $125.00 par mois. Et ça c’est juste la première année, car à l’âge où est rendu ton char, ça va aller en empirant à mesure que les années vont passer.

Ce qui fait que, en moyenne, ton auto te coûte maintenant $840.82 par mois.

Oh, détail important : Au Québec, il est illégal de rouler sans pneus d’hiver du 15 décembre au 15 mars. En moyenne, avec les taxes et tout, quatre pneus d’hiver = 400$. Rajoute 100$ pour les faire installer, pour un total de $500.00.  Ou en moyenne $41.67 par mois

Ce qui porte le coût mensuel du char à $882.49. … Soit 32$ de plus que ton chèque de paie. 

Autrement dit, ça y est, c’est fini, tu n’as plus d’argent.  La moitié de ton salaire est consacrée à te faire vivre, et l’autre moitié est pour ton auto.  Il ne te reste plus qu’à espérer que pour les sept prochaines années, tu n’ailles pas besoin de souliers, bottes, vêtements, lunettes, soins dentaires ou médicaments, parce que tu ne pourras jamais te les payer.  Les sorties, la vie sociale?  Oublie ça!  Et si tu es célibataire, visionne encore sept années d’abstinence, car y’a pas une fille assez désespérée pour vouloir d’un gars qui gère si mal son budget.  Surtout pour un luxe aussi inutile qu’un char.

Et c’est là que tu réalises à quel point tu t’es mis dans la merde.  Vois-tu, contrairement à ce que l’on en dit, les banques ne sont pas là pour mettre les gens dans la rue.  Bien au contraire, elles sont là pour protéger les intérêts de leurs clients.  Et un conseiller financier aurait pu voir, d’un simple calcul, que tu ne pouvais pas te permettre l’achat d’un véhicule dans les conditions imposées par ce vendeur.  Parce que 50% de tes paies claires, c’est vraiment trop, surtout sur sept ans, surtout pour un véhicule usagé. 

Et c’est pour ça que les vendeurs d’autos d’occasion offrent des prêts aux étudiants, gens endettés, sans crédit, sans travail, en faillite.  Parce qu’ils savent bien que si tu es étudiant, endetté, sans crédit, sans travail ou en faillite, c’est parce que tu ne sais pas gérer ton argent.   Ça fait de toi le genre de poire qu’on peut aisément manipuler à signer un contrat de paiements abusifs.  Tu en es une preuve de plus.

Ta richesse assure ta pauvreté.
Le seul endroit où tu peux diminuer les coûts pour pouvoir payer tes obligations, c’est en coupant dans le budget d’épicerie.  Pour ne pas crever de faim, tu voudrais bien t’inscrire à une banque alimentaire pour gens dans le besoin.  Mais voilà, quand on gagne $30 000.00 par année, on n’est pas qualifié comme étant « dans le besoin ».  Et si tu essayes de leur expliquer que tu es pauvre parce que tu t’es embarqué des paiements de char sur le dos, on va te rire au nez en te disant que quand on peut se payer un char, on peut se payer une épicerie.

Tu voudrais poursuivre le concessionnaire pour fraude et/ou abus de confiance?  Ça prend un avocat.  Et quand on gagne $30 000.00 par année, on n’a pas droit à l’aide juridique gratuite.  Il faut donc se payer un avocat à 200$ de l’heure. Et s’il est un métier qui pratique l’art de plumer le client encore mieux que concessionnaire, c’est bien avocat.  Ce dernier va faire durer la cause aussi longtemps qu’il le pourra.  Du moins, il le ferait, si tu pouvais te le payer.

Tu songes à déclarer faillite?  Premièrement, ce n’est pas avec $30 000.00 de revenus que tu pourras faire ça.  Ensuite, depuis le début des années 90, la déclaration de faillite qui efface toutes tes dettes, ce n’est plus qu’un mythe.  Le syndic de faillite va juste consolider tes dettes et s’arranger avec eux pour que tu puisses leur rembourser à tant par mois.  Et ça, c’est quelque chose que tu fais déjà.

En regardant les centaines d’autos qui passent dans la rue, tu te surprends à penser de plus en plus souvent des trucs du style de : « Vous m’ferez pas accroire que tout c’te monde-là sont obligés de payer 882$ par mois pendant sept ans pour avoir leu’ chars!?  Comment ça s’fait que chus obligé de payer autant, MOI?  Et pour un char usagé, en plus. »  C’est avec irritation et mépris que désormais tu regardes ce véhicule qui, plutôt que d’être le symbole de l’amélioration de tes conditions de vies, est maintenant la raison de ton loserisme.

Dans ton précaire équilibre financier actuel, tu es à la merci du moindre imprévu.  Et s’il y a un truc de prévisible dans les finances, c’est bien le fait qu’il arrive toujours des imprévus.  Par conséquent …

Tu manques un paiement? Tu vas payer des intérêts pour ton retard.
Tu manques deux paiement? Ton dossier de crédit est entaché.
Tu manques trois paiements?  Le concessionnaire saisis l’auto.

Et si, justement, tu ne gardes pas le véhicule?
Il y a deux façons de t’en débarrasser, soit en le perdant comme dans l’exemple précédent, soit en le rendant de ton propre chef parce que tu ne peux vraiment plus continuer comme ça.  Tu fais donc résilier le contrat après six mois.  Dans les deux cas, le vendeur t’offre une intéressante porte de sortie:  Puisque tu ne peux pas payer, on va faire payer quelqu’un d’autre.  D’abord, récapitulons :

L’auto elle-même, sans les assurances et autres trucs, coûte $37 634.43. 
Tu as fait six paiements mensuels de $448.03. pour un total de $2 688.18.
Donc, tu leur dois encore $34 946.25.

Il va donc reprendre l’auto et le revendre à un encan. Si le nouvel acheteur couvre les frais restants, ok, tu ne leur devras plus rien. Mais s’il l’achète pour moins cher, alors tu devras payer la balance. Tu acceptes, trop heureux de t’en tirer à si bon compte.

Mais voilà, qui donc serait assez cave pour acheter un char de six ans… Pardon, de maintenant SEPT ans, à $34 946.25?  Personne!

Il trouve preneur pour $8000.00.

Tu te retrouves donc avec une dette de $26 946.25 à payer, pour un char que tu ne possèdes plus.  Et, puisque tu as rompu ton contrat d’achat d’auto, te voilà avec un dossier de mauvais crédit pour les sept prochaines années.

Oh, un instant… Ai-je dit $26 946.25?  Non, en fait, ça, c’était le montant à payer AVANT, c’est à dire quand vous vous étiez entendus à payer une fois par mois pendant sept ans pour acheter le char. Cette entente de paiement-là est annulée. Il vous en faut une nouvelle.

Est-ce que tu peux payer la balance d’un coup?  Non?  Bon ben alors pas de problème, on va se refaire une entente de paiements, encore sur sept ans, toujours à 19.9% d’intérêts.

$26 946.25 de dette + $5 362.30 30 d’intérêts = $32 326.55.
+ $1 616.33 de TPS et $3 224.57 de TVQ, ce qui te fait une dette totale de $ 37 167.45
…Soit juste 466.98 de moins que le prix initial de l’auto, que tu avais à payer au début. 

Rajoute à ça les $2 688.18, que tu as déjà versé, et dans sept ans tu auras payé $ 39 855.63 pour un char que tu n’auras pu utiliser que six mois.  Et encore, pas aussi souvent que tu l’aurais voulu.

Tu essayes de te consoler en te disant que, au moins, tu n’as plus à payer d’assurances, d’essence, de réparations, de pneus.  N’empêche que tu vas quand même passer les sept prochaines années de ta vie à payer $442.47 par mois pour un char que tu ne possèdes plus, qui ne t’a jamais appartenu et qui ne t’appartiendra jamais. 

Tout en sachant que son nouveau propriétaire n’a eu qu’à payer 8000$ pour qu’il lui appartienne, lui. 

Et qu’il roule avec, tandis que toi tu le lui payes.

Et que tu continueras à le payer encore quelques années après qu’il aura cessé de rouler.

Et comme si ce n’était pas assez humiliant, voilà que tout ton entourage te demande où est ton char.  Tu as le choix : Tu peux inventer une explication qui, à tous les coups, sonnera bidon.  Ou bien tu dis la vérité et tu passes pour un hostie de cave de t’être laissé fourrer à ce point-là. 

Surtout quand on t’apprendra que, dans ton second contrat, le vendeur n’avait pas à te charger de nouveau les intérêts, ni la TPS ni la TVQ.  Même légèrement diminuée par tes paiements initiaux, il s’agissait de la même dette.  Donc, tu t’es fait entuber de $12 909.38 supplémentaire  –L’équivalent de deux ans et quatre mois de paiements—  sans raison valable. 

Mais bon, trop tard.  Quand tu signes un contrat, tu déclares aux yeux de la loi que tu es d’accord avec les conditions proposées.  Et tu ne peux pas te payer l’avocat qui pourrait t’en tirer.

Il te reste quoi?  Les dénoncer sur le net?  Pas de problèmes, si tu es prêt à t’exposer à une poursuite judiciaire pour atteinte à la réputation, par un concessionnaire assez riche pour se payer les meilleurs avocats.

Félicitations, cher client, pour avoir profité de l’offre de « Cette voiture peut être à vous pour aussi peu que 75$ »

Choisir entre SOINS PRIVÉS ou PRIVÉS DE SOINS.

Cette histoire s’est passée en 2006. J’espère que les choses se sont améliorées depuis.

Ça faisait un an que je voyais ces commerciaux à la TV disant Get tested for aids.  Je me suis finalement décidé à le faire.

La dernière fois que j’ai passé un test de dépistage, c’était en 1993.  (À l’époque on parlait de MTS plutôt que d’ITS.) Depuis ce temps là, il m’est arrivé de prendre des risques en 1995-96-97 avec des cégépiennes ayant peu ou pas d’expérience sexuelle. Mais depuis, je pratique le sexe sécuritaire. Et, après tout ce temps, j’imagine que si j’avais attrapé quelque chose, ça se serait manifesté. N’empêche, il parait que parfois, une personne peut être porteuse de certaines maladies sans jamais en démontrer le moindre symptôme.  J’ai donc toujours eu ce petit doute énervant derrière la tête.

Ce jour-là, je me rend donc à l’Hôpital de Verdun.  Après une heure et demie dans la salle d’attente, je passe au triage:

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Avez-vous eu des relations sexuelles non-protégées durant ces cinq dernières années?
MOI: Non!
INTERNE: Alors ce n’est pas une urgence. Vous devriez aller à la Clinique de Médecine Familiale, l’édifice d’à côté.

Je sors de l’hôpital et je me rend au bloc à côté. Malheureusement, la Clinique de Médecine Familiale ne prend que 24 personnes par jour, et leur quota est rempli pour la journée.

Le lendemain, je me rend à la Clinique de Médecine Familiale, et donne mon nom au comptoir. Après deux heures, on m’appelle.

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Qui est votre médecin de famille?
MOI: Euh… Aucune idée!
INTERNE: Vous n’avez pas de médecin de famille?
MOI: Pas que je sache.
INTERNE: Malheureusement, les tests de dépistages doivent nous être demandés par un médecin de famille. Bonne journée.

J’appelle ma mère. S’il y a quelqu’un qui peut me dire si on a un médecin de famille, c’est bien elle. En effet, nous en avions un, mais il ne pourra pas m’aider, rapport qu’il a pris sa retraite il y a 12 ans, et est décédé trois ans plus tard.

Mon amie Carol me dit que je devrais aller à son CLSC. Justement, elle y a rendez-vous pour la semaine prochaine.  Je n’aurai qu’à l’accompagner. Bonne idée!

La semaine suivante, me v’là à son CLSC:

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Très bien! Quelle est votre adresse?
MOI: 624 Régina, Verdun, H4G…
INTERNE: Verdun, vous dites?
MOI: Oui!
INTERNE: Oh, dans ce cas je suis désolé, mais vous devrez aller au CLSC de Verdun. Ici, nous ne prenons que des patients de notre quartier.

Devant ma déception, Carol propose d’aller m’y reconduire en auto, dès qu’elle aura terminé avec son médecin. J’accepte!  Deux heures plus tard, on se rend au CLSC de Verdun. … CLSC qui a fermé, le temps que l’on s’y rende.

Le lendemain, je vais au CLSC de Verdun. … CLSC qui est fermé.  Nous sommes samedi.  C’est fermé les fins de semaines.

Lundi, je vais au CLSC de Verdun.

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Très bien! Quelle est votre adresse?
MOI: 624 Régina, Verdun, H4G…
INTERNE: Très bien, remplissez ces formulaires dans la salle d’attente, nous vous appellerons.

Je vais dans la salle d’attente et je remplis quatre pages de documents. C’est que c’est la première fois que je vais là, alors ils ont besoin de me faire un dossier.

On m’appelle.

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Très bien! Voyons ces documents.
MOI: Voilà!
INTERNE: Verdun… Rue Régina… Vous habitez près du parc ou du PFK?
MOI: Le parc!
INTERNE: Oups, petit problème ici… Vous avez vraiment 37 ans?
MOI: Euh… Bah oui!
INTERNE: C’est parce que quand il s’agit de tests de dépistage de MTS, les CLSC le font afin de diminuer l’engorgement des hôpitaux, sauf que l’âge limite de nos patients pour ces tests en particulier est de 25 ans. À votre âge, si vous voulez passer un test, vous avez deux options: Vous pouvez aller à l’Hôpital de Verdun, ou bien voir votre médecin de famille.

Ça commence à devenir ridicule. Comment est-ce qu’on peut faire pour avoir un médecin de famille si on n’en a pas déjà un? Come on!

C’est là que je me souviens d’un truc. Le docteur de la clinique de mon ancien quartier, Dr Lanski, qui a mis au monde certains de mes enfants. Il est leur médecin de famille.  Logiquement, puisque ce sont mes enfants, si le mot famille est utilisé au sens propre, alors ça devrait être le mien aussi. D’ailleurs, si je me souviens bien, c’est même lui qui m’a testé pour des MTS en 1993. J’aurais dû y penser avant.

Je me rend à sa clinique.  Je donne mon nom au comptoir et attend une heure et demie dans la salle d’attente.  Il m’appelle.

Dr LANSKI: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
Dr LANSKI: Qui est votre médecin de famille?
MOI: Euh…!? C’est pas vous?
Dr LANSKI: Non!
MOI: Mais voyons donc! Vous vous occupez de mes enfants depuis qu’ils sont nés.
Dr LANSKI: Oui, je suis le médecin de famille de vos enfants, mais je ne suis pas le votre.

Pourquoi est-ce qu’on les appelle médecins de famille s’ils ne soignent pas tous les membres d’une même famille? Tu parles d’une idiotie.

Dr LANSKI:Vous n’avez jamais pris de rendez-vous avec moi, vous êtes toujours venu à l’urgence.  Voilà pourquoi des fois c’est ma femme (médecin également) qui vous traitait.
MOI: Bon, d’accord, vous n’êtes pas mon médecin de famille.  Mais vous m’avez pourtant fait passer un test de dépistage en 1993.  Pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas maintenant?
Dr LANSKI: Quel âge aviez-vous en 1993?
MOI:
Euh… 24 ans, 25 après le 21 juillet. 
Dr LANSKI: Et bien voilà! Quand il s’agit de tests de dépistage de MTS, les cliniques le font afin de diminuer l’engorgement des hôpitaux. Sauf que l’âge limite est 25 ans. À votre âge, si vous voulez passer un test, vous avez deux options: Vous pouvez aller à l’Hôpital de Verdun, ou bien voir votre médecin de famille.

Incroyable!

La maison des fous, ce n’est rien à côté de tout ça.

MOI: Bon, d’accord, mais dites-moi au moins ceci: Comment est-ce que je pourrais obtenir un médecin de famille. Genre, vous, par exemple?
Dr LANSKI: Il me faudrait un mot de recommandation de votre médecin de famille actuel.
MOI: Il est mort!
Dr LANSKI: Alors c’est bien regrettable, je ne peux rien faire.

Bon!

Je ne suis pas homme à lâcher prise facilement, surtout si c’est dans le but d’obtenir quelque chose que, apparemment, tout le monde arrive à avoir sans problème. De retour chez moi, je vais sur Google et je cherche des cliniques à Montréal qui font des tests de dépistages de MTS. J’en trouve une près de chez moi, sur l’avenue Verdun. J’y vais. Après deux heures d’attente, on m’appelle.

DOCTEUR: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
DOCTEUR: Très bien, donnez-moi un moment pour remplir ce document. Une fois rempli, allez juste le porter au centre de prélèvements de l’Hôpital de Verdun. Vous leur donnez, ils vous font des prélèvements, et ils feront les tests.
MOI: Wow! Merci beaucoup!

Eh ben! Avec tout ce que j’ai traversé, je suis étonné de la facilité de la chose.  Je me rend au centre de prélèvements de l’Hôpital de Verdun.  Celui-ci est fermé depuis quelques minutes.

Le lendemain, j’y retourne aux heures de bureau. La salle d’attente est presque vide. Je me présente au comptoir, donne le document, répond à quelques questions, et vais m’asseoir. On m’appelle en dix minutes.  Une interne me remet deux petites fioles.

INTERNE:  Allez à la salle de bain et remplissez d’urine ces deux contenants, puis revenez les porter ici.
MOI: Euh… C’est tout? C’est bien pour un test de dépistage de MTS, oui?
INTERNE: Oui.

Eh ben! Je suppose que de nos jours, la médecine est tellement avancée qu’un simple échantillon d’urine est suffisant pour trouver toute trace de ce qu’on pourrait avoir.  Et moi qui m’imaginais devoir y laisser 3 litres de sang et me faire ramoner l’urètre avec une brosse à bécosses.  Oh well, je ne me plaindrai pas.

Je ramène les contenants remplis à l’interne. Elle me dit que j’aurai les résultats dans une semaine. C’est tout heureux que je reviens chez moi.  Ça a pris du temps. Mais là, au moins, je vais enfin savoir. Plus qu’une semaine avant la tranquillité d’esprit.

Une semaine passe. Pas de nouvelles.

Deux semaines. Toujours pas de nouvelles.

Je retourne au centre de prélèvements et demande au sujet de mes résultats.

INTERNE: Oh, nous ne pouvons pas donner ces informations confidentielles aux patients. Ça a été envoyé directement au docteur qui les a demandé.

Ok!  C’est MOI qui a demandé ces tests.  C’est MOI qui s’est fait tester.  Ce sont des tests sur MON état de santé.  Mais ils n’ont pas le droit de m’en donner les résultats?  Mais c’est quoi cette logique de marde?

Très bien alors, je retourne à la dernière clinique. J’attends. On m’appelle, mais je ne revois pas le même docteur que la dernière fois

DOCTEUR: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: Je suis venu pour passer un test de dépistage de MTS il y a deux semaines. J’ai été envoyé à l’hôpital de Verdun pour les prélèvements et ils m’ont dit que les résultats avaient été envoyés ici.
DOCTEUR: Le docteur qui vous a envoyé à Verdun, c’est votre médecin de famille?
MOI: Non!
DOCTEUR: Alors je suis désolé, mais la loi ne lui permet pas de vous donner les résultats de ces tests. Seul un médecin de famille à le droit de le faire. Et à votre place, je le contacterais sans tarder pour qu’il communique avec nous. Parce que si au bout de trois semaines, les renseignements sont non-réclamés, ils sont aussitôt détruits.
MOI: Et si je n’ai pas de médecin de famille?
DOCTEUR: Alors vous pouvez toujours vous présenter à l’urgence de l’hôpital de Verdun.

…Urgence de l’hôpital de Verdun qui, au tout début de cette histoire, a refusé de me traiter parce que je n’ai pas baisé sans condoms durant ces 5 dernières années.

Il semblerait donc que la meilleure façon pour moi de savoir si j’ai une MTS serait de coucher sans protection avec une vierge de moins de 25 ans, et que ce soit elle  qui aille passer un test de dépistage au CLSC.

Devant le manque de volontaires, je me suis donc dirigé au privé quelques années plus tard.  Pour 620$, j’ai été testé sur toutes les ITS imaginables.  J’ai reçu certains résultats immédiatement, d’autres plus tard par courriel.  Ils furent tous négatifs. 

Et depuis, pas une fois depuis n’ais-je fait awing-ahan sans porter le condom.  La tranquillité d’esprit vaut bien cette petite discipline.