Comment la vaseline a sauvé mon couple.

Ou : Survivre intelligemment aux punaises de lit.

Février 2015.  Tu parles d’un mois pour déménager.  Il fallait en plus que ça tombe dans l’hiver le plus froid de ce siècle.  Mais voilà, c’est le mauvais côté d’être concierge résident : Quand tu perds ta job, tu perds ton logement.  Mon contrat est arrivé à termes et n’a juste pas été renouvelé. 

C’est que l’année précédente, j’avais quitté l’édifice à logements construit en 1964 à Notre-Dame-de-Grâces pour m’en aller dans une  tour à condos de luxe de 32 étages, construite en 2012 sur l’Île-des-Soeurs.  Mon expérience m’a donnée dès le départ le poste de surintendant.  J’étais le chef d’une équipe de quatre concierges, et le seul à résider sur place. M’être hissé d’artiste sans le sou d’un sous-sol à Ville-Émard à résident d’un condo à l’Île-des-Sœurs en à peine plus de deux ans, inutile de dire que j’en pétais d’la broue par hectolitres.

Trois mois plus tard, la direction a congédié la moitié de mon équipe, transformant mon statut de surintendant résident à esclave disponible 24/7.  Non pas que ça changeait tellement les choses.  Je n’étais libre que les mardis et mercredis de 8:00 à 17:00, et mon seul jour de congé fut Noël.

Trois autres mois après, ils ont calculé que finalement, en faisant affaire avec une firme extérieure pour le ménage, et en louant à plein prix le condo dans lequel ils me logeaient, ça leur reviendrait encore moins cher.  On m’a donc remercié de mes services. Au moins, être congédié m’a donné droit au chômage, ce qui m’a permis d’embarquer immédiatement dans un programme de démarrage d’entreprise, mais ceci est une autre histoire.

Et voilà comment je suis redescendu de ma tour d’ivoire (littéralement) pour le premier étage d’un immeuble de huit logements pas chers dans Hochelaga-Maisonneuve.  Étant originaire d’un milieu pauvre, le changement ne m’affecte nullement le moral.  De toute façon, ce n’est que le temps de retomber sur mes pieds.

Nous nous installons donc, ma blonde et moi, en ce mois de février, et c’est joyeusement que je retape l’endroit.  L’avantage de savoir tout faire, c’est que l’on peut se loger pour pas cher dans un taudis et transformer la place en palace.  J’ai tué les souris, colmaté les brèches des murs par où elles s’introduisaient, calfeutré adéquatement les rebords de fenêtres, réparé la toilette, changé les robinets, arrangé la tuyauterie, réparé les renvois, et surtout décondamné la porte arrière, avant de lui installer une poignée et un verrou.

Les pièces fermées de cet appartement ont des portes coulissantes qui entrent dans le mur, une option que je n’avais encore jamais vue à part dans les mangas.  Ça rajoute un cachet original.  Bref, si taudis, sitôt fait, l’endroit devient rapidement notre petit nid, étroit mais confortable.

Mars 2015 : Un fracas provenant de mon balcon avant me tire de Facebook.  J’ouvre le store.  Il pleut des meubles, en provenance de mon voisin du dessus.  Le bruit, c’était une lampe à pied qui s’est brisée sur mon garde-fou.  Je ne sais pas s’il a décidé de faire le ménage de printemps ou si c’est signe qu’il déménage bientôt, mais je constate qu’il tire ainsi en bas de son balcon un divan, un futon et de la literie.   

Avril 2015 :  Lorsque j’étais jeune célibataire, j’ai vite trouvé stupide de perdre de l’espace et de l’argent en ayant une pièce consacrée uniquement à dormir.  Aussi, j’ai toujours préféré me passer de lit et de chambre et plutôt dormir sur le fauteuil, une habitude que je conserve encore aujourd’hui.  J’ai deux autres raisons de faire lit à part avec ma blonde : Nous ne vivons pas sur le même horaire, et je ronfle.

Vers la fin du mois, je commence à me réveiller la nuit avec une sensation de démangeaisons entre les doigts et les orteils.  Je me demande si je n’ai pas développé une allergie à quelque chose, ou bien si je commence à avoir la peau sèche en prenant de l’âge.

Mai 2015 :  Nouvelle pluie de mobilier de la part du voisin d’en haut.  Je ne suis pas sûr de bien saisir le but de cet exercice.  Ça arrive tellement souvent que Google Map immortalise la chose, du moins jusqu’à leur prochain passage.

Juin 2015 : On fait le ménage.  Alors que ma blonde commence à passer le tuyau de l’aspirateur sur le fauteuil, elle voit, sur le bord d’une couture, une grappe de punaises de lit. On enlève les coussins.  On en trouve une autre.  Et une autre. Et une autre! Et une autre!  Je comprends alors que mon problème de démangeaisons ne se résoudra pas en me couvrant les pieds et les mains de Gold Bond.  Je m’explique également les périodiques pluies de mobilier en tissus du voisin.

De juillet à septembre 2015 : Nous nous sommes adressés au propriétaire et à la régie du logement.  Nous avons eu droit à un traitement au poison de la part du beau-frère du propriétaire, deux autres de la Ville, et deux d’un exterminateur que nous avons personnellement payés.  Rien à faire.  Malgré ces cinq traitements, non seulement le problème persiste, il empire.  Le propriétaire refuse de payer pour faire traiter le reste de l’édifice, et le voisin d’en haut préfère changer de mobilier à tous les deux mois.  Par conséquent, lui continue d’en faire l’élevage, et elles viennent chez nous en passant par les murs.  Plus précisément, par ces si jolies petites portes coulissantes japonaises que j’appréciais jusque-là.

Ma blonde et moi parcourons Google à la recherche d’une solution.  Ses recherches lui apprennent plusieurs caractéristiques de ces charmantes bestioles.  Du côté positif, il y a le fait qu’elles ne volent pas, que les femelles ne pondent que de trois à six œufs, et que leurs pattes ne collent pas sur les surfaces lisses comme le verre, le métal, le vernis et la peinture.  Ça explique pourquoi on n’en a jamais vu sur les murs et aux fenêtres.  Du côté négatif, elles sont extrêmement résistantes au poison.  Seul le DDT peut en venir à bout efficacement, mais c’est maintenant interdit à cause que ça pollue l’environnement.  Pire encore : Elles peuvent survivre jusqu’à trois mois sans être nourries.

De mon côté, je lis des histoires d’horreur de gens qui ont perdu la bataille et toutes leurs possessions contre les punaises.  J’y trouve des témoignages de gens poussés à la dépression par le manque de sommeil, et d’autres tellement désespérés qu’ils en viennent, avant de se coucher, à s’enduire le corps d’acide borique pour les empoisonner. J’en trouve même un qui se couvrait de vaseline le soir dans le but de les engluer, pour ensuite se les scraper du corps avec un couteau à beurre au matin.

Et c’est là que la solution m’a frappée : La vaseline!  Le gars a eu une bonne idée.  Il ne l’a juste pas appliquée adéquatement.

Je monte un plan.  J’en parle à ma blonde.  Elle accepte, mais me prévient que si ça ne donne rien, alors non seulement elle me quitte en n’emportant que les vêtements qu’elle porte, elle ne remettra jamais les pieds ici.  Et peu importe où elle ira habiter, j’en serai persona non grata afin que je ne puisse pas la contaminer.  Je comprends donc que notre avenir en tant que couple va se jouer dans les jours qui s’en viennent.

Première étape : Le grand ménage de l’appartement.  Puis, mettre tout notre linge dans des sacs poubelle, direction la buanderie du coin pour une heure de traitement de chaleur intense.  On jette les sacs, on ramène le linge dans des sacs neufs.  Nous nettoyons précautionneusement le matelas, le sommier et la base de lit.  Nous achetons des housses en vinyle pour le matelas et le sommier.  Ainsi, les punaises ne pourront pas les envahir.  Quant à celles qui sont déjà dedans le sommier, et bien elles finiront par y crever de faim, tout simplement.  Enfin, j’applique la solution qui m’est venue en tête : J’enduis les pattes de lit de vaseline, créant ainsi une barrière entre elles et nous.  Je me procure moi-même un petit lit à pattes, que je graisse aussi.  Puis, je tartine les pattes de chaises, de table, de tables de travail, de meubles.  Enfin, j’en applique à l’intérieur des plaques de prises de courant, et le bas de l’ouverture des portes coulissantes.  Et voilà!  Comme je disais, le gars a eu une bonne idée, avec sa vaseline.  Il n’a juste pas pensé qu’il pouvait plutôt l’utiliser pour empêcher les punaises de se rendre jusqu’à lui.

Automne-hiver 2015 : Le changement est immédiat.  Nous ne nous faisons presque plus piquer pendant notre sommeil.  Je dis bien presque, car les œufs qui ont survécu au blitz ménage et à la sécheuse ont fini par éclore.  Mais dès que la démangeaison caractéristique de ces attaques nous réveille, on se lève immédiatement, on fouille le lit, on la trouve et on l’écrase.

Au bout de trois semaines, après avoir exterminées le peu qui était déjà dans nos draps, et avec la barrière de vaseline qui empêche les autres de grimper jusqu’à nous, nous ne nous faisons plus piquer du tout. Parallèlement, nous en voyons de moins en moins se promener dans l’appartement.

De janvier à mars 2016 : Pas de récidive de piqure, et nous n’en voyons presque plus se promener.  Avec ce que nous avons appris sur les habitudes de ces sales bêtes, nous savons qu’elles continuent de venir la nuit, à la recherche de sang.  Mais puisque nous ne les nourrissons pas, elles n’ont aucune raison de s’installer ici, et ainsi passent leur chemin.  Quant à celles qui avaient nidifiées, elles ont eu amplement le temps de crever de faim.

Avril 2016 : J’ai trouvé un appartement plus grand pour ma blonde et moi pour le mois suivant.  Nous passons avril à appliquer la seconde partie de mon plan : Nous avons vidé une pièce et l’avons lavée avec soin.  Puis, nous avons enduit les coins de bas de murs de vaseline, avant d’en tracer une ligne en bas de l’entrée de porte.  La pièce est donc notre safe place hors d’accès pour les punaises.  Puis, nous inspectons avec soin chaque item avant de l’emboiter et le ranger dans la pièce.  On trouve dans nos affaires plusieurs cadavres de punaises qui n’ont pas pu prospérer après s’être installées.  Dans la boite où je rangeais mes vieux 45 tours, j’en trouve une qui bouge encore, mais à peine.  Je l’écrase.  Ça l’a réduite en poudre, tellement elle était rendue sèche.  Sa résistance exceptionnelle ne lui aura pas servie. 

Cette semaine, nous déménageons.  Nos boites inspectées contenant nos items inspectés sortent de notre pièce inspectée pour le nouvel appartement, inspecté lui aussi. Les vêtements qui sortent d’ici ne nous suivent qu’après avoir fait un nouvel escale à la chaleur intense des sécheuses de la buanderie.  Enfin, nous abandonnons ici divan et lits.  Nous en avons des neufs, déjà livrés et installés là-bas.  Inutile de prendre de risques.  Ce n’est qu’un faible prix à payer pour vivre l’esprit tranquille.

Avoir déménagé l’été dernier, au plus fort de l’invasion, nous aurions été obligés de tout abandonner, tellement elles étaient partout.  Mais avec de la logique, du temps de la patience, et de la simple et bête vaseline, nous avons sauvé la majorité de nos possessions, et surtout nous avons sauvé notre couple.

Quant à nos voisins, eh bien ils continuent de traiter leur problème de punaises à leur façon.

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Y’A LIENS LÀ:

Lisez mes trois articles précédents qui racontent mon désopilant parcours en matière boulot/logis:
Mon article Mon Paradis du Concierge sur Urbania.
12 choses que j’ai apprises à la dure en devenant concierge résident
10 trucs que j’ai appris au sujet des riches en emménageant dans un édifice à condos de luxe

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Se souvenir afin de pouvoir oublier

Lorsqu’il est question de consulter un psychologue, voici la première chose qui nous vient en tête :  Un vieux barbu binoclard et chauve dans son complet trois pièces de couleur brune, assis sur une chaise, les yeux vers le calepin sur lequel il prend des notes.  Un patient couché sur le dos sur un divan de cuir redressé à la tête, fixant vaguement le plafond.  Des bibliothèques pleines d’épais bouquins.  Les murs où sont encadrés des diplômes.  Une fenêtre, les rideaux tirés.  Et, pour compléter le tout, la phrase « Parlez-moi de votre enfance. »  

C’est à l’âge de vingt-trois ans, sans connaitre rien d’autre de la profession que ce cliché, que je m’y suis attaqué.  Je ne me souviens plus quel était le contexte au juste (c’était tout de même en 1991) mais mon amie, amante et collègue Christine m’avait suggéré de consulter un psy.  Ça m’avait profondément insulté. Non pas qu’elle insinue que je puisse avoir des trouble de personnalité, chose que je reconnaissais déjà volontiers depuis 1987.  Mais plutôt qu’elle s’imagine que je suis con au point de me laisser frauder de la sorte. Je lui ai donc expliqué les cinq arnaques que je percevais dans la pratique de cette profession:

  1. L’arnaque derrière la mise en scène: Le divan confortable, la lumière tamisée, regarder en l’air, c’est juste pour recréer la sensation de détente et de confort similaire à être seul au lit dans sa chambre, afin de t’amener à baisser ta garde, à te croire en situation de confiance.
  2. L’arnaque derrière la règle de regarder dans le vide: C’est pour ne pas regarder le psy en face, et ainsi être moins intimidé, et ainsi être plus facilement porté à se confier.  Comme si on se parlait tout haut en étant seul.
  3. L’arnaque derrière la demande de raconter l’enfance: Peu importe ton problème, le psy va toujours aller vers la solution facile, affirmant que tes problèmes viennent de ta jeunesse.  Eh bien moi j’ai connu des jumeaux identiques qui ont vécu la même enfance.  Or, l’un était un fonceur winner intéressant, et l’autre un timide loser ennuyant.  Bref, ce n’est pas l’enfance, le problème.  C’est la personnalité.
  4. L’arnaque derrière la prise de notes: Le psy n’en a rien à chier de toi.  Il n’a pas que toi comme client.  S’il prend des notes, ce n’est pas pour faire, plus tard, des recherches sur ton problème.  C’est pour les relire avant chaque rendez-vous, pour se souvenir de quoi tu lui as parlé.  Ainsi, il peut commencer chaque séance en te rappelant les sujets de la dernière fois, afin te donner l’impression erronée qu’il est à ton écoute. Oui, tu es cher à ses yeux, mais c’est uniquement parce que tu représentes un revenu de $100.00 à $400.00 de l’heure.
  5. L’arnaque derrière les psychologues eux-mêmes: Tu payes pour rien! Ces gens sont incapables de t’aider.  La preuve, c’est que si tu leur demande la solution, ils vont répondre que leur but n’est pas de te la donner mais bien te permettre de la trouver toi-même car [cliché insignifiant] « La réponse est en toi! » [/cliché insignifiant]  Bref, c’est toi qui paye, et c’est toi qui fait tout le travail.

Aussi, ai-je conclu mon massacre de la profession en disant: « Ben dans ce cas, si la solution est en moi, je peux la trouver tout seul sans être obligé de payer de $100.00 à $400.00 de l’heure à une personne qui va m’avouer elle-même être complètement inutile dans mon processus de guérison.  De toutes façons, on l’sait bien: Pour eux-autres, peu importe ton problème, c’est toujours relié aux mères et aux gros totons! »  Une conclusion qui m’inspira plus tard à créer cette charte:


Aujourd’hui, avec deux décennies supplémentaire de vie adulte derrière moi, ma mentalité n’a presque pas changé à leur sujet.  Je n’ai toujours pas consulté de psy, par contre j’ai eu à faire avec ceux de mes enfants pendant de nombreuses années.  Ça a confirmé beaucoup de mes théories, ce qui m’a permis de mieux comprendre et d’expliquer l’incompétence des travailleurs sociaux

Par contre, je dois admettre qu’il y a un point sur lequel je me suis trompé en beauté, et c’est en sous-estimant le bien fondé de repasser en profondeur à travers une expérience traumatisante du passée afin d’en guérir.  Ou, comme le dit le titre de ce blog, de se souvenir afin de pouvoir oublier.  Pour ma défense, il faut reconnaitre que la chose a vraiment l’air illogique.  Comment peut-on oublier quelque chose si on se force à y repenser?  Ça n’a pas de sens.  Et pourtant, ça marche.  Je peux le confirmer.  C’est quelque chose que j’ai découvert par accident.

Mise en contexte: Il y a quelques années, je rencontre une jeune femme qui, bien que majeure, n’a tout de même que la moitié de mon âge.  C’est le coup de foudre mutuel d’une intensité que je n’avais encore jamais vécue jusque-là.  On passe l’été à se rencontrer à la dérobée car nous vivons le genre de situation pour laquelle « C’est compliqué » existe en tant que statut Facebook.  À chaque fois, c’est un trois jours de bonheur moral doublé du meilleur sexe au monde dont nous sommes tous les deux, contre toute logique, aussi satisfaits et comblés qu’insatiables et affamés.

Or, toute bonne chose a une fin, surtout lorsque tant d’obstacles nous séparent.  Il a bien fallu se faire une raison. L’automne arrivé, nous avons cessé de nous revoir et avons passé à autre chose.  Je savais que je n’oublierai jamais cet été qu’on a passé.  C’est le genre de moments qui inspire les plus belles chansons d’amour.

Mais pas nécessairement celle-là.

Pendant trois ans, il n’y a pas eu un jour sans que je ne pense à nos moments ensemble.  Et pas un jour n’a passé sans que je regrette que ça ce soit terminé.  Elle me hantait, mais puisqu’elle était maintenant en couple, elle était hors d’accès.  Réalisant que j’étais aux prises avec le genre d’obsession qui devient trop souvent malsain et destructeur, j’ai décidé d’utiliser la chose de façon positive afin d’avancer dans la vie.  J’étais plus vieux qu’elle, alors je me suis rajeuni en m’alimentant mieux et en m’exerçant.  À un âge où les hommes commencent à décliner en look, en santé, en force et en résistance, je ne faisais au contraire que m’améliorer dans tous ces domaines.  Dans mes notes de l’époque, j’ai décrit la chose en ces termes:

Lorsque les gens ressentent un amour non-partagé par l’objet de leur désir, ils se morfondent et posent des gestes négatifs. Moi, au contraire, je fais travailler cette obsession pour mon plus grand bien. Elle est ce qui me donne la volonté de me pousser toujours plus loin, pour évoluer, pour aller chercher le meilleur de moi-même. Parce que, même si je n’ai aucune chance pour que ça arrive, ça me plait de vivre dans l’espoir que nous puissions être un jour de nouveau possible. Ça me plaît de croire tous ces efforts que je fais dans le but de devenir digne d’elle, de la mériter, puissent un jour porter fruit.

Je croyais qu’utiliser ainsi mon obsession comme fuel allait finir par la consumer.  Hélas, à l’instar de l’énergie atomique, mon obsession s’est avérée inépuisable.  Et tout comme l’énergie atomique lorsque l’on n’arrive pas à la contrôler, elle était en train de m’empoisonner.  C’est ainsi que, en allant à l’encontre de mes propres conseils, je lui ai écrit une déclaration d’amour.  Celle-ci ayant trois ans de retard, elle ne fut pas reçue positivement.  Je m’en doutais bien.  Mais peu m’importais, rendu à ce point-ci.  Je n’en pouvais juste plus de vivre dans un espoir quotidien qui ne menait à rien. D‘une façon comme d’une autre, il fallait que ça prenne fin.  En ceci au moins, mon geste pathétiquement retardé a eu du bon.

« Très bien, me voilà fixé! »  Me suis-je alors dit.  « Puisque je me vois obligé de mettre tout ça derrière moi, aussi bien le faire de la façon qui m’est propre: En écrivant notre histoire dans tous les détails. »  Et j’ai en effet tout écrit: Ce que j’étais à l’époque, ce que j’ai vécu, comment je l’ai vécu, quels étaient mes sentiments, quelles furent mes décisions, ce que j’ai dit, ce que j’ai fait et pourquoi…  La totale! 

Au début, j’écrivais sous un grand sentiment de nostalgie.  Peu à peu, au fil des jours, plus j’écrivais et plus ça m’apportait des révélations.  Je comprenais des choses, non seulement sur cette relation, mais également à mon propre sujet.  J’ai surtout constaté que les choses n’étaient pas toujours aussi parfaites que dans mes souvenirs.  Enfin, en écrivant tout, mes souvenirs objectifs ont peu à peu remplacé les souvenirs émotifs.  Ça m’a permis de voir les raisons véritables de mon attachement envers notre relation.  Il y avait sa jeunesse, ce qui était flatteur pour mon orgueil de gars du double de son âge.  Le fait qu’elle me traitait comme un dieu, ce qui était flatteur pour mon orgueil d’ex-loser.  Tout ce sexe qu’elle m’offrait, ce ce qui était flatteur pour mon orgueil d’ex-désespéré incapable de se trouver une partenaire.  Son excitant niveau de désir qui me redonnait une performance sexuelle que je n’avais pas eu depuis mon adolescence, ce qui était flatteur pour mon orgueil de mâle qui prenait de l’âge.  … Et c’est là que j’ai vu qu’il y avait un pattern dans tout ceci.

« Alors au final, si j’étais si bien avec elle, c’est parce qu’à ses yeux, j’étais beau, j’étais désirable, j’étais un dieu du sexe, j’étais un winner.  Et être tout ça aux yeux d’une si belle et jeune fille, surtout à mon âge, c’était extrêmement gratifiant.  Bref, je n’ai jamais été en amour avec elle.  J’étais juste en amour avec ce que j’étais pour elle.  Donc… J’étais juste en amour avec moi. »

Autant cette révélation m’a donné un choc, autant je me devais d’admettre que c’était vrai.  Nous n’avions absolument rien en commun. Il n’y avait qu’au lit que nous avions passion et harmonie.  Et encore, elle suggérait parfois certaines pratiques avec lesquelles je n’étais pas à 100% à l’aise, alors pour ce qui est de l’harmonie…  Ce qui signifie qu’il nous aurait été impossible d’avoir une relation de couple, même à court terme.  Ça n’a jamais été une histoire d’amour.  Ce n’était qu’une histoire de cul!  Non pas une histoire vulgaire et sordide puisque nous avions tout de même chacun envers l’autre une amitié et un respect mutuel qui perdure jusqu’à ce jour.  N’empêche, ce n’était quand même qu’une histoire de cul, rien de plus.

Suite à cette ultime révélation, j’ai tout simplement cessé d’écrire notre histoire.  Non seulement n’en avais-je plus envie, je n’en ressentais plus le besoin.  Cet exercice, qui avait d’abord comme but de commémorer une relation que je croyais la plus extraordinaire de ma vie, a plutôt réussi ce que j’ai tenté en vain de faire pendant trois ans: Elle a exorcisé mon obsession pour cette fille, et ce pour de bon.

Aujourd’hui, plusieurs années plus tard, ce texte est toujours inachevé, et je ne vois même pas intérêt à le relire.  C’est ce que j’ai constaté en retombant dessus par hasard ce matin.  Et c’est là que j’ai compris que dans le fond, les psychologues ne sont pas aussi bullshitteurs que je l’ai toujours cru avec leurs histoires de « Parlez-moi de votre enfance. »  Beaucoup de gens vont dire que, lorsque l’on est obsédé par quelque chose au point où ça dérange notre vie, la meilleure solution est d’oublier ça.  Y repenser n’est rien de moins que malsain.  Et bien en réalité, c’est tout le contraire.  C’est en y repensant, du début à la fin, dans les moindres détails, en repassant à travers les faits, les émotions, les décisions, les actions et les réactions, que vient la compréhension.  De la compréhension vient l’acceptation, et de l’acceptation vient la conclusion, et de la conclusion vient l’oubli.

Et voilà pourquoi la meilleure façon d’oublier, c’est d’abord en mettant de l’effort à se souvenir.

Pas obligé de rester loser, 11e partie: Connaître ses limites

Eh non, pas encore fini.  Il faut dire que j’ai négligé un aspect important du loserisme, qui est:

Dans ses projets :
Le Loser sait qu’il est destiné à un avenir fabuleux où la gloire et la richesse l’attendent. Le problème, c’est justement ça :  Peu importe le temps qui passe, c’est toujours dans l’avenir que ça l’attend.  Jamais dans le présent.
Dès le départ, la personne démontre que son focus est sur la richesse et la gloire, c’est à dire sur la récompense du travail, au lieu d’être sur le travail lui-même. Déjà là, ça signifie que cette personne va choisir un travail ni par passion ni par talent, mais bien parce que c’est la plus facile voie vers le succès. Or, à travailler sans passion ni talent, ton travail ne peut se démarquer de celui des autres.  Et sans se démarquer, il est impossible d’obtenir le succès escompté.

Le Loser a toujours des projets extraordinaires.  Il en commence beaucoup mais en finit peu. Ceux qu’il choisit de finir sont habituellement ceux qui ont le plus de chances d’être voués à l’échec.
Tout le monde connait l’adage À l’impossible, nul n’est tenu. Choisir un but impossible à atteindre, ça nous assure déjà que personne d’autre ne l’atteindra.  Ça élimine dès le départ la compétition.  Ensuite, s’il n’atteint pas ce but, il sait que personne ne lui en tiendra rigueur.  Son but était juste impossible à atteindre.  Par contre, s’il ça marche, alors là, il sera vu comme étant le plus winner de tous, d’avoir réussi là où tout le monde auraient échoués.

Sauf qu’en choisissant cette option, Le Loser prouve sa lâcheté, car ça signifie qu’il n’essaye même pas.  Il préfère se mettre tout de suite sous la protection de « C’était impossible, quoi qu’il fasse » plutôt que de prendre le risque du « Ça aurait pu marcher, s’il avait fait ce qu’il avait à faire. »

Le loser, c’est souvent celui qui est en train d’écrire un scénario de film alors qu’il n’y connaît absolument rien dans l’industrie du cinéma.  Même s’il arrive vraiment à écrire le scénario du siècle, il restera pris avec car il ne saura même pas où, à qui et comment le placer.
Et c’est ça qui est le plus triste.  Comme n’importe qui, à force de travail, le loser pourrait vraiment développer un talent dans le domaine de son choix. Mais s’il le développe dans un qui est hors de sa portée, il perd son temps.  Du temps qu’il aurait pu faire de lui une réussite, s’il avait choisi un domaine auquel il a accès. 

Il y a cette fille que j’ai rencontré il y a 15 ans, qui avait plein de projets artistiques en tête. À chaque fois qu’elle en commençait un, c’était la même chose; Elle devait l’interrompre car sa réalisation dépendait d’un détail qu’elle ne pouvait jamais obtenir.  Par exemple, reprendre un succès musical sans savoir à qui s’adresser pour en obtenir les droits.  Tout récemment, elle m’a demandé mon aide pour un projet de vidéoclip.  Alors que je commençais à voir ce que je pouvais faire avec les ressources que j’avais, elle m’a dit: « Non, pense pas petit, tu réussiras rien.  Planifie ton clip comme si ton budget était illimité, et on se débrouillera après ça pour en faire une réalité. »  Disons que j’ai compris à ce moment-là pourquoi elle a passé une décennie et demi à avoir des projets artistiques et que pas un seul n’a vu le jour.

Lorsque j’ai créé le fanzine MensuHell en 1999, je n’avais qu’un seul but: Créer une publication qui sort à tous les mois, peu importe le nombre de pages que j’ai. En décembre 1999, le premier numéro avait 16 pages photocopiées, format de poche, et nous n’étions que trois collaborateurs.  Au numéro 10, nous étions sept, format magazine, 20 pages.  Dès le numéro 14 et jusqu’à sa mort au numéro 109 en 2008, il y avait régulièrement de 12 à 20 collaborateurs pour 44 pages.  Si, dès le départ, j’avais planifié mon magazine comme si j’avais un budget illimité, deux choses auraient pu se produire: Ou bien MensuHell n’aurait jamais vu le jour parce qu’il aurait dépendu de trop d’éléments hors de ma portée. Ou bien je l’aurais fait selon mes capacités et il aurait eu la même allure que celui que j’ai vraiment publié.  Sauf que, en le comparant au plan à budget illimité, j’aurais été extrêmement déçu.  Il m’aurait donné un sentiment de loserisme au lieu d’un d’accomplissement.  Cette déception m’aurait probablement fait abandonner en cours de route.

En conclusion: Fais avec les moyens que tu as, au lieu de dépendre de choses hors de ta portée. Parce que choisir un but que l’on ne peut pas atteindre, c’est s’assurer d’échouer.  Et s’assurer d’échouer, c’est délibérément choisir de rester loser.

Ma plus étrange expérience de 2011

L’année qui se termine m’a apporté énormément de positif. Évidemment, j’ai aussi vécu quelques revers.  C’est la vie, et ce pour tout le monde. Cependant, j’ai aussi vécu une expérience pour le moins étrange.  Ça s’est passé comme suit:

Durant tout l’hiver de 2010-2011, je me suis entraîné quotidiennement à la course à pied. Loin d’être un obstacle, la neige qui m’arrivait souvent jusqu’aux genoux m’aidait brûler encore plus de calories. J’ai passé de 216 lbs à 196 lbs, où je me suis stabilisé durant deux mois.

Puis, parallèlement à mon exercice, je me suis décroché un travail physique fort exigeant. Mon poids a repris sa descente, me faisait atteindre 179, un chiffre que je n’avais pas vu sur ma balance depuis mon adolescence. Idem pour mes pantalons, qui ont passé de 38 à 36, 34 et enfin 32.

Tant qu’à retrouver mon physique de jeunesse, aussi bien ne pas faire les choses à moitié. Je me suis laissé repousser les cheveux.  En été, lors de mon 43e anniversaire, j’étais fier de ma réussite. Barbe en plus, j’étais redevenu le gars de mes 15-22 ans, en plus athlétique et pas mal plus en forme. J’étais fier de ma réussite.

Puis, les choses devinrent étranges. un soir où je marche sur le trottoir, une auto passe en trombe près de moi. Le passager arrière baisse sa fenêtre et me crie : HEILLE, T’ES LETTE EN TABARNAK!, et ils poursuivent leur chemin à toute vitesse.

J’ai été surpris, mais sincèrement je ne peux pas dire que je me suis senti insulté. D’abord parce que je savais que c’était faux (vive l’orgueil et la vanité), mais aussi parce que, puisque je ne les connaissais pas, il ne pouvait s’agir que d’un incident isolé qui n’impliquait qu’une coupl’ de caves qui n’ont trouvé que ce moyen pour s’amuser ce soir-là. Bref, je n’étais pas visé personnellement. Pas de quoi s’en faire un drame.

Deux semaines plus tard, alors que je sors du métro, je passe devant une maison. Un enfant d’environs huit ans attend que la femme adulte qui l’accompagne débarre la porte pour entrer.  L’enfant me regarde, et me crie : HEILLE, TOÉ, LE LOSER!  Je m’arrête et le regarde. Il n’y a aucun autre piéton, il ne pouvait donc s’adresser à personne d’autre que moi. La femme débarre promptement la porte, pousse l’enfant dans la maison et referme derrière elle. Je reprend mon chemin en me disant que je n’aimerais pas être l’un de ses parents. Qu’est-ce qu’il doit leur causer comme ennuis de toutes sortes.

Le lendemain, je suis encore victime, dans la rue, d’une agression de passager d’automobile, alors qu’une bouteille de Gatorade lancée du côté du passager avant me manque de peu.

La semaine suivante, une auto passe à toute vitesse près de moi et me fait sursauter lorsque le passager souffle vigoureusement dans un vuvuzela dans ma direction. Je constate que la couleur et le modèle de l’auto est différente de mes deux précédentes agressions qui impliquaient des véhicules.

Enfin, deux ou trois semaines plus tard, alors que je marche sur le trottoir en direction de chez moi, j’ai la surprise de voir quelques épingles à linge pincées ensemble en un bloc me couper le chemin en diagonale, aller frapper la fenêtre d’une porte d’auto stationnée, et tomber à mes pieds. Je lève les yeux juste à temps pour voir la porte du balcon du 2e se fermer en vitesse. Je comprends immédiatement qu’il ne s’agit pas d’un accident.  Ce projectile m’était destiné.

C’est à ce moment-là que je me suis rendu à l’évidence : Un incident, passe toujours. Mais après cinq, en un mois et demi, on ne peut plus parler d’un incident isolé.

Je suis rentré chez moi, perplexe, en essayant de comprendre cette montée soudaine d’hostilité totalement gratuite envers moi. Et c’était d’autant plus inexplicable, du fait qu’à première vue rien ne semblait relier ensemble les auteurs de ces cinq agressions. La seule chose qu’ils avaient en commun, c’était moi.  Je me dis que c’est tout de même étrange, parce que de telles choses ne me sont pas arrivées depuis ma jeunesse.  En fait, pas depuis mes 22 ans.

… Soit l’âge que j’avais la dernière fois où j’ai eu les cheveux longs et le corps maigre.

Et en effet, je me souviens trop bien de telles expériences datant de cette époque, en particulier celles de style hit-and-run de passagers d’automobiles lorsque j’étais ado et jeune homme. Ceux qui me lançaient des cris ou des insultes, celui qui m’a lancé le Coke de son verre de McDo en tournant le coin de rue où j’attendais ma lumière verte, celui dont le passager m’a lancé un ballon gonflé d’eau alors que j’étais à bicyclette… Et le seul point commun entre cette époque et maintenant, c’est que dans les deux cas, j’étais un maigre aux cheveux longs.

Ça semblait trop anodin, trop insignifiant, trop simplet pour être la raison. Et pourtant, je ne peux pas nier les faits : Dans les deux cas, j’avais ce physique, et dans les deux cas, j’étais victime de ce genre d’agressions. Même si je suis incapable de comprendre la logique derrière la cause à effet, je n’ai pas le choix de voir les choses en face : Avoir ce physique fait que je suis automatiquement vu comme étant une cible aux yeux de ceux qui ont une personnalité d’abuseurs et d’agresseurs.

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Maintenant, j’avais le choix. Deux options s’offraient à moi.

OPTION 1 :  M’obstiner à mort comme quoi être maigre et avoir les cheveux longs ne constituent pas une provocation. Que c’est une raison absurde.  Qu’elle est illogique.  Qu’elle est incompréhensible. Qu’elle n’a aucune raison d’être.  Que les choses ne devraient pas se passer ainsi. Que je n’ai pas à changer parce que ce n’est pas moi le fautif ici mais bien eux.

OPTION 2 :  Se foutre du fait que la raison soit logique ou non, et apprécier le fait qu’au moins, je l’ai trouvé, la raison.  Donc, si c’est mon allure qui attire les ennuis, alors changer d’allure.

J’ai choisi la seconde option. Je me suis fait couper les cheveux. J’ai diminué les activités physique. J’ai ajusté ma diète. Je me suis laissé remonter à 196 lbs.  Et, tout comme lors de mes 26 à 42 ans, j’ai cessé d’attirer les agressions. Je n’en ai plus jamais subi une seule.

J’aurais pu prendre la première option. Légalement, moralement et socialement, j’aurais eu raison de le faire. Malheureusement, ça ne changerait rien au fait que mon allure continuerait de m’attirer telles agressions. Parce que même si les choses ne devraient pas se passer ainsi, ça ne change rien au fait que oui, c’est comme ça que les choses se passent.

Je perdais du poids afin de me sentir bien et en harmonie avec moi même.  Or, qu’on le veuille ou non, ce but ne peut être atteint que si ça nous amène également à vivre bien et en harmonie avec les gens qui nous entourent. Je peux aisément m’isoler des gens que je fréquente s’ils n’acceptent pas mon évolution physique. Sauf que je ne peux pas m’isoler en plus du reste de l’humanité, ne plus jamais sortir de chez moi, et surtout ne plus jamais marcher sur un trottoir .

Sans compter que, vous vous imaginez, devoir répondre à quelqu’un qui vous demande pourquoi vous attirez ces gestes, que « C’est juste parce que je suis un maigre aux cheveux longs »?  De quoi perdre aisément toute crédibilité. Je veux dire, même moi qui l’a vécu, je trouve ça farfelu comme explication.  Et pourtant, c’était le cas. Mais voilà, tu peux te battre et militer contre la discrimination sexuelle. Tu peux te battre et militer contre la discrimination raciale. Tu peux te battre et militer contre la discrimination homosexuelle. Tu peux même te battre et militer contre la discrimination envers les gros. Ce sont toutes des causes reconnues. Mais se battre et militer contre la discrimination de ton droit d’être maigre et d’avoir les cheveux longs? C’est un combat éternellement perdu d’avance, parce que jamais personne ne va croire sérieusement que c’est quelque chose qui attire la discrimination.

Cette expérience m’a fait arriver à cette conclusion:  Lorsqu’une amélioration ne nous apporte que du négatif de partout, il faut savoir mettre ses caprices de côté et faire le bon choix.  Parce que quand ça rapporte plus de négatif que de positif, alors ce n’est vraiment pas une amélioration.

Les Guerres du Web. OU: La solution facile est souvent la meilleure.

Je ne sais pas si l’histoire dont je vais vous parler est vraie ou non. Tout ce que je sais, c’est qu’elle représente bien la plus inutile des guerres du net. Inutile, parce que c’est la plus facile à éviter.

Il était une fois une auteure de bandes dessinées. Un jour, elle a mis une de ses BD en ligne.  Parmi les commentaires reçus, un épais lui aurait dit « Ton comic y’é tellement bon qu’il me donne le goût de te baiser. »

Elle lui aurait donc répondu poliment que c’est gentil de sa part, mais que ce serait quand même plus apprécié de complimenter une fille sur la qualité de son travail plutôt que sur le fait qu’elle possède un vagin qu’il aimerait utiliser. Le gars s’écrit donc un billet de blog dans lequel il démolit la réponse de la fille, se justifiant entre autres avec l’argument des besoins physiques que la nature a donné aux hommes. Plein de gars trouvent que ça a de l’allure, encouragent le gars, mettent des liens vers ce blog, en parlent sur Twitter, etc. Après quelques temps où c’est la dessinatrice –VS- 8624 gars, arrive une autre fille qui soulève le point comme quoi l’action (et la réaction) du gars est peut-être un peu sexiste. S’en suit une guerre des sexes qui dure un bout de temps qui soulève énormément de passion et de colère de part et d’autres.

Après quelques temps, la dessinatrice décide de s’inspirer de la chose et d’en faire une version BD qu’elle a mis sur son blog le 29 octobre dernier, et que vous pouvez lire au complet en cliquant sur l’image ci-haut.

(EDIT: La BD a été retirée de son lieu original, détruisant ainsi les commentaires reçus.  Mais elle l’a remis juste ici depuis.)

Le résultat? Ça a reparti la guerre des sexes de plus belle. Sauf que cette fois-ci, c’est elle qui se fait coller l’étiquette de sexiste, puisque dans sa BD les femmes sont représentées comme les seules personnes logiques, calmes et réfléchies, tandis que les hommes y sont tous montrés comme des caves immatures coupables d’inébranlable mauvaise foi. Ça a tellement fait de marde qu’elle a été obligée de bloquer les commentaires le 1er novembre, soit 48 heures après avoir mis cette BD en ligne.

Sur la page du site Scans Daily où cette BD fut également postée le 29 octobre dernier, la disputecution se poursuit encore: Insultes, attaques, accusations, haine, mauvaise foi…

Vous savez ce qui aurait pu éviter tous ces problèmes? La plus facile et la plus simple des solutions qui soit : Dès qu’elle a reçu le commentaire du cave disant vouloir la baiser, elle n’avait qu’à effacer le commentaire et bloquer le gars. Comme ça, pas de guerre à n’en plus finir.

C’est pourtant simple!

Mais voilà, tant qu’il y aura des gens pour lever le nez sur les solutions faciles parce qu’elles sont faciles, et que, en kek’part, dans la tête des gens, la facilité est toujours supposée être un signe de lâcheté, d’irréfléchisme* et de tyrannie, alors on donne aux caves plus de respects qu’il n’en méritent, ce qui leur laisse tout le loisir de foutre la merde. Auriez-vous oublié le billet au sujet des Cyber Irresponsible Assholes? Parce que c’est exactement ce que j’y dénonce.

Dans la vie comme sur le net, il y a tellement de situations dans lesquelles tu es impuissant(e) face à un agresseur. Alors quand tu en vis une dans lequel tu as le pouvoir de le faire taire et de le flusher, mais que tu préfères lui laisser toute la liberté de t’agresser, alors tu mérites d’en subir les conséquences. Parce que là, être sa victime, c’était TON choix!

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* Quand un mot n’existe pas, on l’invente!

Maudite vaisselle!

C’est bien beau parler de relations et de donner des trucs afin de comprendre et régler les problèmes que l’on peut avoir avec les gens. Mais voilà, il n’y a pas que les gens qui nous entourent. Il y a aussi les objets. Des objets comme la vaisselle.

S’il y a une chose qui fait l’unanimité dans la catégorie « Tâches Détestables », c’est bien laver la vaisselle. C’est probablement parce que c’en est une qui n’attend pas que tu partes en appartement pour te faire ch*er. Déjà, chez tes parents, tu te faisais donner l’ordre de la faire. Par conséquent, lorsque tu pars en appartement, toutes les tâches de ta nouvelle vie autonome te semblent intéressantes, même les plus pénibles, car elles tombent sous le charme de la nouveauté…  Toutes, SAUF celle-là!

Au moins, maintenant que tu es chez toi, tes parents ne sont plus là pour te pousser sans arrêt à la faire. Tu peux te contenter de mettre ça sur le comptoir, en attendant, et tu la feras bien à un moment donné, quand ça te conviendra. Hélas, cette méthode a le don de remplir le comptoir au point de le rendre inutilisable, et ce avant même que l’on ait eu le temps de s’en rendre compte.

Mais bon, il n’y a pas de raison de paniquer. On s’est promis de la faire, on va la faire. On commence donc par mettre de l’eau dans l’évier et on la laisse tremper un peu afin que ça décolle, histoire de nous faciliter la tâche. En attendant, on quitte la cuisine et on fait autre chose.

Première chose que l’on se rend compte: il s’est écoulé tellement de jours depuis que la vaisselle a été mise à tremper qu’on est rendu avec un écosystème qui s’est développé dans l’évier.

J’ai longtemps été un adepte de la méthode « j’vais la laver quand j’n’aurai plus l’choix. » Hélas, lorsque ce moment arrivait, je perdais presque toujours courage devant l’ampleur de la tâche. Je me contentais donc de laver juste ce dont j’avais besoin pour le moment. Ça laissait ma cuisine dans un état bordélique permanent.

Les rares fois où j’avais le courage de m’y attaquer et de la liquider au complet, ça me prenait un bon deux heures. Même qu’à deux occasions, je n’avais tellement plus rien de propre dans la cuisine que je n’avais même plus d’espace pour y travailler, incluant pour laver la vaisselle. Ces deux fois-là,  c’est dans le bain que j’ai tout mis à tremper. Vu l’urgence de la situation, je ne l’ai pas laissé fermenter, mais ça m’a quand même pris deux heures et demi non-stop pour passer à travers le tout.

Le problème, c’est que quand tu sais d’avance que tu t’enlignes pour deux heures à deux heures trente de travail chiant, c’est loin de t’encourager à la tâche.

Et puis un jour, j’ai eu une révélation: Je n’ai pas besoin de 10 bols, 12 tasses 15 soucoupes, 20 assiettes, 27 verres, 32 couteaux, 35 fourchettes, et 40 cuillères… J’HABITE TOUT SEUL, BORDEL! Personne n’a besoin de posséder pour lui tout seul le même nombre de vaisselle qu’il y avait chez ses parents pour servir toute la famille.  Quand je pense que ça m’a pris douze ans de vie en appartement (1987-1999) avant de me rendre compte d’un détail aussi anodin.  Comme quoi l’habitude nous aveugle souvent de la solution la plus simple.

Alors c’est devenu la règle de trois. Désormais, je n’avais plus que ceci:

Pour le reste, je me suis gardé:
– 1 mini marmite
– 1 marmite normale
– 1 très grand chaudron
– 1 poèle a frire
– Et un seul exemplaire de chaque item que l’on retrouve habituellement dans une cuisine: Louche, cuiller à mesurer, ouvre-boite, etc.

Non seulement ça m’oblige à faire ma vaisselle à tous les jours si je veux manger avec du propre, mais ça prend un gros maximum de 10 minutes à tout faire. Ça peut monter à 15 si j’inclus les chaudrons et autres items de cuisine.

FAIT DE BASE: Dans une journée, il y a trois repas. Pourquoi quelqu’un aurait-il besoin de plus de trois de ces items quotidiennement? Ainsi, la règle de trois est la solution idéale afin de garder la cuisine vivable tout en s’assurant que la tâche vaissellière ne devienne pas un calvaire laxatif.

Eh bien oui, j’y ai pensé. Et voici la réponse en quatre points:

Point 1: Quand j’ai commencé à appliquer la règle de trois, je n’ai pas jeté le reste de mon kit de vaisselle. Je l’ai juste rangé dans une boite au fond d’un placard. … Le placard situé le plus loin de la cuisine.

Point 2: Comme ça, ma vaisselle supplémentaire est juste assez loin pour que ce soit plus simple de laver ce dont j’ai besoin plutôt que d’aller m’en chercher du propre. Et en même temps, ça reste à portée de main pour aller chercher du supplément en cas de visite.

Point 3: Depuis que je vis en couple, c’est devenu la règle de 4, mais le principe demeure le même et la vaisselle continue de se faire rapidement.

Et en réponse à l’une des deux questions que l’on me pose parfois à ce sujet, soit:  « Pourquoi la règle de 4 et non de 6 quand vous vivez en couple? », c’est très simple: Au déjeuner, que ce soit pour les céréales ou le gruau, c’est un bol dont on a besoin, et non une assiette. Ça laisse quatre assiettes, soit une par personne pour les deux repas restant de la journée. Et s’il y a de la soupe à diner, ça prend deux autres bols, pour un total de quatre, soit justement le nombre que l’on a de disponible.

L’autre question, c’est: « Et si vous prenez des assiettes, genre pour un déjeuner de toasts-oeufs-bacon?  Qu’est-ce que tu fais quand tu manques d’assiettes rendu au souper? » C’est simple:  Je les lave.  Parce que je n’ai pas le choix. C’est ça le but de la règle de 3 ou 4.

Point 4: Tu as des colocataires? Alors introduis-les à la règle de 3, mais avec leur propre vaisselle. Comme ça, vous avez chacun votre set de vaisselle. S’ils acceptent, tant mieux. S’ils refusent, ça ne change rien à ta vaisselle à toi qui restera rapide à laver.

Beaucoup de gens croient que quelqu’un ne peut pas avoir une vie rangée et des relations harmonieuses s’il n’est même pas capable d’être rangé et en harmonie avec son propre appartement. Personnellement, je crois que c’est un raisonnement idiot parce que ça met dans le même panier les pommes avec les tracteurs. Mais bon, si c’est ce que la majorité pense, alors aussi bien leur donner une bonne impression sur nous-mêmes en s’arrangeant pour garder la vaisselle sale au minimum. Nos relations avec eux n’en seront que plus rangées et plus harmonieuses.

Découragement –ou- Gros Bon Sens?

À l’époque où je faisais partie de Défi Diète 2008, le motivateur professionnel Guy Bourgeois nous montrait la différence entre ce qui nous fait réussir ou bien échouer. Loin de moi l’idée de contester ses enseignements, mais il y a un truc qu’il nous a dit qui m’a fait tiquer. Dans la liste des comportements qui mènent à l’échec, il a mis un mot que j’ai en horreur. Ce mot, c’est découragement.

Pourquoi est-ce que j’ai ce mot en horreur? Parce que c’est un mot que l’on a trop souvent utilisé contre moi à tort et à travers tout le long de ma vie, de la part de gens qui ne savaient pas faire la différence entre le découragement et le gros bon sens.

D’abord, Analysons un brin les deux comportements:

  • Découragement: Dé-courage-ment… Cesser d’avoir du courage. Abandonner, par manque de volonté, un projet qui pourrait réussir sinon.
  • Gros bon sens: Capacité d’analyse logique. C’est avoir la volonté de continuer, tout en étant capable de reconnaître si une option est vouée à la réussite ou à l’échec. Attention: Je dis bien une option, et pas nécessairement le projet complet.

Vous saisissez la différence?

Voici l’exemple le plus fragrant de la mauvaise utilisation du mot découragement contre moi, de la mauvaise influence que ça a eu dans ma vie, et des conséquences que ça m’a fait subir:

Déjà enfant, j’ai su que je voulais faire carrière dans l’humour. Rendu adolescent, j’ai tout fait, tout essayé en ce sens: Théâtre, improvisation, stand-up, textes, bandes dessinées… Les deux derniers étaient fort appréciées par les gens, adultes comme ados. Par contre, côté interprétation, quoi que je faisais, je foirais lamentablement. Et puis, un jour, je me suis dit: « Ce n’est pas parce que Plamondon écrit les meilleures chansons que ça fait de lui un chanteur. » Malheureusement, j’étais entouré de gens bien-pensants qui me condamnaient pour ce qu’ils jugeaient comme étant du découragement. J’ai eu droit au grands slogans classiques du genre de Quand on veut, on peut. Un gagnant ne lâche jamais, un lâcheur ne gagne jamais. À coeur vaillant, rien d’impossible, et plusieurs autres du même genre.

Lâcheur, découragé, non-vaillant… Qui veut être vu comme tel? J’ai donc pris mon courage à deux mains et j’ai insisté, et j’ai continué, et je n’ai pas lâché. J’ai persévéré.  De 1985 à 2005. Oui, pendant 20 ans, je me suis essayé à être humoriste, malgré le fait que je suis sujet au trac, que je n’ai pas assez de mémoire pour retenir mes textes, que je ne sais pas jouer naturel, que je n’ai aucun sens du timing, et que j’ai une voix trop basse et monotone. Plusieurs fois, j’ai passé des auditions pour des shows d’humour amateur. Je n’ai jamais été pris. Plusieurs fois, j’ai passé des auditions pour des activités qui m’auraient mis en avant scène. Je n’ai jamais été pris. Plusieurs fois, je suis allé passé une audition comme humoriste à l’école Nationale de l’humour. Je n’ai jamais été pris.

Quand tu essuies un échec et que tu continues, on peut parler de courage. Mais quand ça fait vingt ans que tu accumules les échecs dans un domaine, est-ce qu’on peut encore parler de courage, ou bien il faut se rendre à l’évidence que ça fait longtemps que c’est rendu de la stupidité?

En 2005, je décide de faire les choses à ma façon. Je passe une audition à l’École Nationale de l’Humour. Je ne le fais pas en tant qu’humoriste. Je le fais en tant qu’auteur. Je suis pris immédiatement.

Lorsqu’une personne de ton entourage t’encourage dans la voie de l’échec, alors ça me peut dire que trois choses:

  1. C’est un con, car il n’a pas assez de jugeote pour être capable de faire la différence entre le découragement et le gros bon sens.
  2. C’est un salopard, car au lieu de t’aider à régler ton problème, il veut te forcer à rester dans une situation d’échec.
  3. C’est un manipulateur, car il essaye de jouer sur ton orgueil de façon à te forcer à faire des choses à l’encontre de ton bon jugement.

Personne n’a besoin d’un con salopard manipulateur dans son entourage. Débarrassez-vous de ça au plus vite, votre vie ne s’en portera que mieux.

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