S’offrir dans le but de comprendre

À quatre reprises, à différents moments de ma vie, il m’est arrivé de vivre une curieuse expérience.  En fait, je trouvais d’abord que c’était une expérience flatteuse, jusqu’à ce que je constate certaines constantes entre chaque personne.  C’est là que j’ai vu que dans le fond, cette situation n’était ni flatteuse pour l’homme, ni saine pour la femme.

Je ne vais raconter que la première anecdote, en pointant les points en commun avec les trois expériences suivantes.

Ça remonte à l’époque de MySpace.  Pour les plus jeunes, MySpace était un genre de mix entre Facebook et un blog.  Dans le temps, c’était la plus populaire plateforme sociale du net, mais une série de mauvaises gestions ont causé sa dégringolade.  Au final, les membres ont massivement immigré vers Facebook.  Mais à l’époque, à son meilleurs, j’y écrivais le même genre de billets qu’ici, sur le thème de l’interaction personnelle et sociale.

J’y avais une lectrice qui aimait déjà mes trucs dans Safarir, et qui commentait chacun de mes billets sur MySpace. C’était une jolie petite asian née à Montréal, de 18 ans, cheveux longs, bouche pulpeuse, regard taquin et sourire irrésistible.  Elle était énergique, joyeuse, avait un sens de l’humour qui allait bien avec le mien.  Nous sommes rapidement devenus bons amis, aussi proche que l’on puisse l’être sur le net.  Nous nous sommes rencontrés quelquefois, à l’occasion de sorties et de partys privés. 

Elle était en couple avec un gars de 26 ans, beau grand blond caucasien.  Juste à les voir, on se disait qu’ils allaient si bien ensemble.  Je me souviens que je l’avais trouvé chanceux d’avoir trouvé une telle fille. 

En privé, par contre, tout n’était pas rose.  Il se détachait de plus en plus d’elle, et elle me confiait son désarroi.  Je lui ai suggéré d’avoir une bonne discussion avec lui, histoire de savoir à quoi s’en tenir.  Ce qu’elle fit.  Il lui a alors dit un truc assez aberrant :

« Pour être franc, j’me vois pas passer ma vie avec une asian. »

Après deux ans de relation, dont les six derniers mois à habiter avec lui, elle était dévastée.  Encore une fois, même née ici, même avec la culture d’ici, même avec l’accent d’ici, rien à faire.  Par son physique, c’était une étrangère.  Une exotique.  Un trophée à se taper pour le plaisir.  Mais pas avec qui avoir une relation sérieuse, et encore moins pour fonder une famille. 

Et pour elle, ça avait toujours été ainsi.  Depuis ses débuts sur le net, elle recevait, non-stop, plusieurs fois par semaines, des messages de dragueurs, la moitié étant des otakus, qui l’objectifiaient pour ses origines.

Alors d’un côté, il y avaient les hommes qui la désiraient parce qu’elle était une asian.  Et il y avaient les hommes qui ne la désiraient pas, toujours à cause qu’elle était une asian.  Aux yeux de tous, il n’y avait que ça qui comptait, et ce n’était que sur ça quelle était jugée comme étant désirable ou non.

Les semaines et les mois passent, et elle se remet peu à peu de sa séparation. Puis, un jour, elle m’appelle.  Elle avait envie d’avoir un contact plus personnel avec moi que par simple messagerie.  Alors on jase aisément pendant une bonne heure, sans temps morts ni ennui.  Et il lui prend comme ça de me donner quelques détails de sa vie sexuelle.  En bon ami, j’écoute, lui donnant mes avis et impressions.

Puis, elle me pose la question à laquelle ne me serais jamais attendu.

« T’as-tu déjà baisé avec une asian? »
« Euh… Non! »
« Ça te tenterais-tu? »

Huh!?  D’où est-ce que ça sort, cette proposition-là?  Ma curiosité fit que je voulais en savoir davantage.  Et je savais par expérience que lorsque l’on refuse une proposition directe d’intimité, alors la personne se referme et n’en parle plus.  Et puis, pour être franc, elle me plaît.  Je la connais bien, j’aime sa personnalité, j’aime les filles, j’aime le sexe.  Pourquoi pas!? 

« Bah, ouais, surtout si c’est toi. »
« Ok! »
« Cool!  Mais, euh…  J’t’avoues que j’m’attendais pas à ça.  Qu’est-ce qui me vaut l’honneur, depuis le temps qu’on se connait? »
« Je sais pas trop…  Je te trouve baisable! »

Pour l’instant, elle ne peut pas m’offrir de date de rendez-vous, à cause de son horaire de travail et du fait qu’elle est en plein déménagement.  Mais elle me promet que l’on va se voir bientôt.   

La conversation prend fin, je raccroche, toujours surpris mais fortement flatté.  Pendant le premier ¾ de ma vingtaine, j’avais de la difficulté à plaire, malgré tous les efforts que j’y mettais.  Puis, j’ai commencé à être capable de séduire.  Et maintenant, une décennie plus tard, voilà que de jolies jeunes filles me proposent du sexe de leur propre initiative.  C’est fou!  Il faut croire que prendre de l’âge m’a apporté ce qui me manquait dans ma jeunesse.

Pour les semaines qui suivent, non seulement les choses ne se passent pas comme prévu, je constate un changement négatif dans notre relation.  Tout d’abord, peu importe le nombre de fois où je lui écris pour qu’on se rencontre, elle n’a pas le temps ou demeure évasive.  De plus, elle cesse totalement de laisser des commentaires sur mes billets, et elle ne me jase plus sur MSN Messenger alors que nous le faisions quotidiennement avant. 

Au bout de six semaines, il faudrait que je sois en déni pour ne pas faire le lien entre son changement de comportement et sa proposition sexuelle, puisque tout a changé entre nous à partir de ce point.  De la façon dont elle agit, il est clair qu’elle a changé d’idée et qu’elle n’ose pas me le dire.  Car nous savons tous que rien ne fait plus frustrer un gars qu’une fille qui revient sur sa promesse de sexe.  Et encore plus si c’est elle qui s’est offerte pour commencer.

Puisqu’elle m’évite, je me doute bien que ça ne servirait à rien de tenter d’ouvrir le dialogue avec elle sur le sujet.  Par expérience, je sais que lorsque quelqu’un s’imagine que tu vas réagir mal, c’est inutile de lui dire que tu as l’esprit ouvert et que tu es compréhensif.  La personne va continuer de nier. 

Je prends donc la meilleure option qui me vient en tête : Ne pas lui demander d’explications, et affirmer qu’en fait c’est moi qui n’en ai pas envie.

Et voilà!  Presque aussitôt, notre relation amicale est redevenue ce qu’elle était, et elle a continué ainsi pendant plusieurs autres années, jusqu’à ce que la vie et les circonstances nous fassent prendre des chemins différents.

Comme je le dis plus tôt, j’ai vécu trois autres fois des situations semblables.  Les détails étaient différents, mais à la base c’était toujours le même scénario en quatre étapes :

ÉTAPE 1 : Toute sa vie, la fille n’a connu que deux genre d’hommes, et ce sont deux extrêmes opposés : Ceux qui la désirent, et ceux qui s’en foutent.

ÉTAPE 2 : Et puis là, moi, j’arrive dans sa vie.  Je ne m’en fous pas, puisque je suis amical, gentil, respectueux.  D’habitude, quand un homme est gentil avec elle, ça veut juste dire qu’il va finir par lui montrer un intérêt amoureux et/ou sexuel.  Mais dans mon cas, mon comportement envers elle n’évolue pas.  Les jours passent, les semaines, les mois, et je reste toujours aussi amical et platonique qu’au début.  Je n’entre ni dans la première catégorie ni dans la deuxième. Elle se retrouve donc face à une 3e situation, une à laquelle elle n’est pas habituée. 

L’être humain est une créature qui a besoin de vivre dans ses habitudes.  Mon comportement est pour elle inhabituel.  Au niveau du subconscient, elle ne comprend pas.  Alors elle cherche à comprendre.  Par conséquent :

ÉTAPE 3 : Elle tente de recréer avec moi une situation qui lui est plus familière : Celui de l’homme qui n’est amical que dans le but de coucher avec elle, et/ou le fait d’être objectifiée pour une raison X. (Exemple: Celle qui n’est jugée que en tant qu’asian, et qui s’offre elle-même en tant qu’asian.)  Ainsi, du jour au lendemain, elle passe brusquement d’amie platonique de longue date, à amante potentielle qui s’offre comme telle.  

ÉTAPE 4 : Maintenant qu’elle est de nouveau dans une situation qui lui est familière, elle peut composer avec ça.  Elle perd aussitôt son intérêt sexuel pour moi.  Et ceci rend le reste de notre relation malaisante, puisque maintenant je m’attends (ou bien elle croit que je m’attends) à quelque chose qu’elle n’a pas envie de me donner.

Bon, en fait, l’Étape 4, je ne l’ai vécue que dans le premier cas.  Je n’ai aucune idée si ça se serait rendu là avec les autres, ou si ça aurait vraiment passé au sexe si je leur avais dit oui. 

Car en effet, contrairement au premier cas, je n’ai pas répondu positivement aux avances des trois autres.  Il faut dire qu’elles n’avaient pas été aussi directes que la première, alors il était plus facile pour moi de contourner la question. 

N’empêche que je ne pouvais pas m’y tromper :  Dans tous les cas, la fille changeait brusquement de comportement avec moi, passant d’amie platonique de longue date, à amante potentielle qui s’offre comme telle, ou du moins qui tentait de provoquer chez moi un intérêt sexuel envers elle. (Étape 3).  Et à chaque fois, il s’agissait d’une fille qui pour qui les hommes avaient ou bien un intérêt amoureux/sexuel, ou bien au contraire aucun intérêt du tout (Étape 1), et qui avaient de moi l’amitié respectueuse et platonique sans jamais rien de plus. (Étape 2)  Je comprenais donc immédiatement ce qui était en train de se passer.  Elle n’étaient pas vraiment intéressées à moi.  Elles s’offraient dans le but de comprendre.

La 2e et 3e fois, c’était facile à éviter puisque c’était par messagerie.  C’était plus simple pour moi de jouer au nigaud qui ne comprend pas, qui change le sujet, ou qui glisse habilement le sujet de mon couple dans la conversation.  La 4e fois, comme j’en ai parlé dans mon billet précédent, c’était un peu plus compliqué parce que c’était en personne.  Mais le simple fait de lui dire qu’à mon âge je n’avais plus de libido, ça lui expliquait pourquoi je n’avais aucun intérêt sexuel pour elle, et ça épargnait son orgueil et son estime de soi.

Ceci dit, dans tous les cas, il s’agissait de jeunes femmes de 18 à 25 ans.  Je suis peut-être orgueilleux et vaniteux, mais même à moi on ne fera pas avaler qu’une gamine de la moitié de mon âge puisse soudainement, après des mois d’amitié platonique, me désirer sexuellement du jour au lendemain.

Lorsque les hommes n’accordent aux femmes qu’une valeur sexuelle, ils conditionnent ces femmes à ressentir elles-même que là est leur valeur. Ainsi, non seulement sont-elles victimes de cette mentalité misogyne, elles font hypnotiser à l’accepter. Il ne faut donc pas s’étonner si elles développent le réflexe de se sexualiser elles-mêmes pour obtenir ou pour garder l’attention ou l’approbation.

J’ai compris que dans les faits, non seulement ces jeunes femmes vivaient un abus, elles ont été inconsciemment conditionnées à le perpétuer.  Et à défaut de pouvoir les aider, je devais au moins m’abstenir de faire partie du problème.

Parce que des fois, on n’a pas le choix de faire son coming-out.

Comme d’habitude, je m’apprêtais à vous écrire une anecdote vécue dans laquelle j’ai retiré une leçon de vie en société.  Mais en voyant qu’une grande partie de cette histoire implique le plus dominant de mes traits de caractère, j’aimerais d’abord faire mon coming out.

Bon, soyons franc, dans ce cas-ci, « j’aimerais », ce n’est rien d’autre qu’une figure de style.  En réalité, je n’aime vraiment pas devoir révéler ce que je vais dire.  C’est quelque chose que j’aurais préféré garder pour moi, depuis que je l’ai appris il y a trois ou quatre ans.  Mais voilà, des événements récents dans ma vie m’ont forcé à devoir révéler cette partie de moi à certaines personnes de mon entourage, afin de me disculper de certains soupçons non-pertinents qui se colportaient à mon égard. 

Alors voilà:

Je suis, ce que l’on appelle, un demisexuel.  Et je l’ai apparemment toujours été.

Qu’est-ce que cela signifie au juste?  La page Wikipédia au sujet de la demisexualité décrit la chose en ces termes:

Une personne est dite demisexuelle si elle ne ressent de l’attirance sexuelle qu’après avoir formé un lien émotionnel fort avec une autre personne1. Ce lien peut être un lien de nature romantique mais pas exclusivement. Le mot « demisexuel » est issu de l’idée que la demisexualité se situe à mi-chemin entre asexuel et sexuel. Cela ne veut évidemment pas dire que la demisexualité est « incomplète », « à moitié développée », ou encore que l’attirance sexuelle sans un lien émotionnel est nécessaire pour une sexualité « complète ». En général, les personnes demisexuelles ne sont sexuellement attirées envers personne. Cependant, si un lien émotionnel fort se développe (qu’il s’agisse d’un sentiment romantique ou d’amitié profonde) une personne demisexuelle peut alors éprouver de l’attirance sexuelle et du désir envers ce partenaire.

Dans les faits, ce que ça signifie, c’est que si je suis en couple, je la baiserais volontiers 1-2-3 fois par jour, pour peu qu’elle le veuille aussi.  Car, comme je l’ai répété dans je-ne-sais-plus-combien de billets, 75% de mon excitation provient du fait que je sais que la fille me désire et aime ce que l’on fait.  Chose qui, apparemment, est typique chez un  demisexuel.  J’ai toujours eu une libido d’ado.  Elle s’est un peu calmée depuis mon accident de février 2018, mais elle est encore là.   

Par contre, comme le dit si bien l’extrait plus haut, en général, les personnes demisexuelles ne sont sexuellement attirées envers personne. Et ça, ça veut dire que, autour de moi, dans la rue, au travail, peu importe où je me trouve, jamais je ne vais regarder une fille qui passe.  Jamais je ne vais me retourner sur son passage.  Jamais je ne vas faire de remarques au sujet de son physique, sa beauté, son sex appeal.  Bref, jamais je ne vais désirer une femme sans savoir quoi que ce soit à son sujet.

Quant aux femmes qui m’entourent, que ce soit dans le milieu social ou bien les collègues de travail, aucune d’entre elle n’a entendu de ma part autre que politesse et sujets de conversations irréprochables.  Jamais de remarques déplacées, de sous-entendus à caractère sexuel, de commentaires grivois, de blagues adultes, même pas de regard et/ou sourires qui en disent long.  Je ne les complimente même pas.  Oh, il peut m’arriver de lui dire que tel nouvel ensemble leur va bien, que telle coupe de cheveux est très jolie.  Mais jamais il ne me vient à l’idée de les complimenter sur leur physique ou leur beauté.  Je ne leur ai jamais rien dit de plus que ce que je dirais à un autre homme.

J’ai eu, il y a longtemps, une collègue de travail qui était très tactile.  Elle ne peut pas voir quelqu’un sans lui toucher, moi inclus.  Main sur l’épaule, main sur le bras, main dans le dos.  Ça me hérisse.  Mais bon, je savais bien qu’elle ne faisait pas ça pour me rendre mal à l’aise.  C’est comme ça qu’elle est, voilà tout.  Et c’est la raison pour laquelle j’endurais sans rien dire.  Car moi non plus, je ne voulais pas mettre le malaise entre nous.  Mais disons que j’ai ressenti un certain soulagement lorsqu’elle a changé de carrière.

Je n’ai pas la phobie d’être touché.  Au contraire, je suis très chaleureux.  Avec ma conjointe, évidemment, lorsque j’en ai une.  Quelques amies proches également.  Et aussi mes parents.  Et pour les gens avec qui je suis moins intime, poignées de main et high-five, pas de problème.  Mais ça se limite à ça.  Sinon, je n’ai aucun désir d’être en contact physique avec qui que ce soit. 

Et voilà pourquoi je ne drague pas.  Oh, je peux trouver une étrangère intéressante et faire les premier pas vers elle.  Mais il faut que ce soit dans un contexte approprié.  Par exemple, sur Tinder.  Là, c’est normal, c’est une place à drague.  Mais à part ça?  Dans la rue?  Dans un événement social?  Au travail?  Non!  Ce n’est juste pas moi, ça.

Il m’est même déjà arrivé de me rendre compte qu’une jeune collègue tentait de provoquer mon intérêt envers elle avec ses paroles et son physique.  J’ai fait semblant de ne pas comprendre son message, je n’ai montré aucun intérêt, et je lui ai juste dit qu’à l’âge où j’étais rendu, je n’avais plus de libido.  Le sujet n’est plus revenu.  C’est sûr que si elle a répété ça par la suite, les collègues ont dû faire des blagues de vieil impuissant à mon sujet.  Qu’importe!  Puisque je suis contre la drague au boulot, ce n’est pas comme si ça pouvait me saboter.  En fait, bien au contraire, ça va juste m’éviter de recevoir de l’attention non-sollicitée.

Dans de telles conditions, je pense que ça va de soi qu’il m’est également impossible de jalouser une relation, et encore moins harceler sexuellement qui que ce soit.

Et c’est justement ça, la raison pour laquelle j’ai eu à faire mon coming-out parmi une partie de mon entourage.  Une rumeur mensongère de la part de quelqu’un qui a passé sa vie à chercher à causer des ennuis à autrui.  En cette époque de #OnVousCroit, #MoiAussi, #DévoileTonPorc, personne ne lui a demandé de preuves de ma culpabilité.  C’était à moi de faire celle de mon innocence.  Avec zéro historique de harcèlement sexuel en 50 ans d’existence, et quelques captures d’écrans de conversations prouvant mon manque d’intérêt pour la personne, j’ai pu m’en tirer.  Mais pour tous ceux qui ne croient pas en l’amitié homme-femme à moins que le gars soit gai, il a fallu que je sorte du placard, articles psychologiques à l’appui pour leur apprendre que oui, ça existe, la demisexualité.

N’empêche que le mal est fait.  Et qu’à cause de ça, un doute va toujours leur rester en tête à mon sujet.  Si je m’étais révélé bien avant, je me serais épargné cette mésaventure.

Alors pourquoi avoir si longtemps refusé de le dire?  J’ai trois raisons. 

RAISON 1:  Apprendre ma demisexualité, ça a complètement bouleversé mon estime de soi.
J’ai passé ma vie à être fier d’être celui qui respecte la femme.  Qui la regarde d’égal à égal, sans la réduire à un objet de désir.  Qui est capable d’être ami platonique avec elle sans espérer autre chose.  Et là, il y a trois ou quatre ans, j’apprends que non, en fait, le respect n’a jamais eu rien à y voir.  C’est juste mon orientation qui me rend ainsi.  Voilà qui a donné une sérieuse débarque à mon estime de soi.  Comment est-ce que je puis tirer de la fierté d’avoir toujours su contrôler mes pulsions, lorsque dans les faits je n’ai jamais eu de pulsions?

RAISON 2:  Se faire dire que l’on est demi quelque chose, c’est diminuant.
Ici, c’est le terme lui-même que je n’aime pas.  Qu’on le veuille ou non, la perception sociale de l’homme va de pair avec son côté animal.  Un homme, un vrai, c’est viril, fonceur, conquérant.  Ça séduit et surtout ça baise, en série.  Dans une telle optique, être un demisexuel, c’est n’être que la moitié d’un homme.

RAISON 3:  Les implications sociales du terme demisexuel sont horribles.
Si le fait de respecter la femme, les voir en égales et non en objet sexuel, c’est être demisexuel, alors ça sous-entend que d’agir en macho misogyne lubrique, c’est d’être sexuel complet.  Que c’est ça, la norme.  Que tous ces comportements
 déplacés que les femmes reprochent aux hommes, ce sont des comportements normaux.  Donc acceptables.    

Et voilà pourquoi je ne voulais pas en parler.

À la lueur de ces révélations, quelques uns de mes billets de blog passés peuvent être maintenant vus sous un tout autre angle.  Par exemple ces deux-là:

Ingrid; Cinq jours parmi les loups.  Je raconte comment, il y a quelques années, j’observais sans vraiment comprendre la majorité des hommes du bureau qui se sont tous mis à harceler une nouvelle employée, au point où elle a quitté l’emploi après cinq jours.

Mon année 2013, 2/4.  Mon amante de l’époque ne cesse de me demander si je trouve belles les filles que l’on croise.  Je ne peux que lui répondre que je ne les ai pas remarquées, puisque je ne les regarde même pas.  Une réalité qu’elle n’arrive pas à comprendre.

Et maintenant, je ne sais plus si ça vaut encore la peine de raconter d’autres anecdotes dans lesquels la morale est « Voyez comme il est possible de faire preuve de retenue » puisque, apparemment, mon comportement n’avait rien à voir avec la retenue.

Se présenter comme étant l’inverse de ce que l’on est

Contrairement à ce que ce blog pourrait laisser croire, je n’ai pas réponse à tout.  Il m’arrive de constater un comportement similaire chez plusieurs personnes, et ne pas avoir la moindre idée du comment ni du pourquoi de ces agissements.  Et c’est justement le cas avec le thème de ce billet : Les gens qui se présentent comme étant l’inverse de ce qu’ils sont.

J’en ai rencontré plusieurs.  Je n’en nommerai que quatre.

GENEVIÈVE, la coloc de l’enfer.
La présentation : E
lle a des relations tendues avec sa mère, distantes avec son père, et abusives avec son frère qui, bien qu’il soit de deux ans son cadet, la méprise et la maltraite. Elle a passé une partie de son adolescence en refuge pour jeunes filles abusées.  Elle n’a pas d’amis.  Elle est toujours jugée, méprisée, repoussée…  Oh, il y a bien Lucien qui lui court après, mais il est loin de lui plaire.

La réalité : Deux mois plus tard, et pour le reste du temps où elle était dans mon entourage, elle fut rabaissante, méprisante, violente, malhonnête, hypocrite, voleuse, calomnieuse, conflictuodépendanteBref, loin d’être la victime, elle était à 100% l’agresseur.   Ah, et 48 heures après m’avoir dit que l’idée d’une relation intime avec Lucien la faisait vomir, elle couchait avec lui, en amorçant chose elle-même.  J’ai déjà écrit une longue série de billets à son sujet

VICKY.
La présentation :
  Une véritable Manic Pixie Dream Girl.  Il n’y a pas de traduction officielle pour cette expression, mais ce qui s’en rapproche le plus selon moi serait  « Fille de tes rêves, fée-marraine, survoltée. »   Elle apparaît de nulle part dans l’existence terne et ennuyante d’un homme pour transformer sa vie en lui apportant la joie de vivre par sa présence, son humour, ses compliments et les activités qu’elle concocte pour faire avec lui.  J’ai vécu exactement ça avec Vicky.  Dès le départ, elle dit qu’elle trouve que je n’ai pas vraiment vécu, et elle m’écrit une liste de 14 activités à faire ensemble.  Nous sommes vite devenus bons amis et complices.

La réalité : Vicky s’est vite révélée comme étant une personne, déprimée, négative, angoissée au point d’avoir besoin de prescriptions de médicaments.  Et elle traînait dans la boue nos collègues dans nos conversations sur Messenger, tout en leur étant amicale et chaleureuse en personne.  Elle a annulé tous nos plans de sorties et activités à la dernière minutes, sauf trois.  Et ces trois-là furent ennuyants et courts, puisqu’elle n’avait jamais la tête à ça, et elle les a interrompus.  Elle m’a parfois reproché de lui donner l’impression de ne jamais être assez bien à mes yeux, alors qu’en réalité je n’ai jamais fait que chercher en elle la Vicky qu’elle m’avait décrit être au début.  Elle a fini par cesser de me parler et tenta de me causer des problèmes au travail, avant de disparaître.

RHONDA
La présentation : Femme de 50 ans et collègue lorsque je travaillais de nuit pour un garage de bus.  Elle se présente comme une bonne mère de cinq, catholique pratiquante, respectueuse envers les gens qui l’entourent, qui considère le sexe hors du mariage comme étant une aberration. 

La réalité : Au bout de trois semaines, elle commence à me parler de sa vie sexuelle avec son amant, avec qui elle n’est pas mariée.  4e semaine, elle m’envoie de subtiles invitations à se voir hors du travail.  Quant à l’évolution de ses paroles, eh bien…
6e semaine : 
« Ok, je vais faire un somme pendant la pause.  Profites-z-en pas pour me violer. »
7e semaine : « Tu sais, quand la fille est consentante, c’est pas un viol! »
8e semaine :« Si tu me laisse dormir une heure de plus, je te fais une pipe à mon réveil. » 

À force de rester impassible ou à décliner ses offres, elle a fini par comprendre.  Elle a aussi viré en mode full bitch.  Parce que bon, c’est bien connu que l’enfer n’est rien comparé à la furie d’une femme repoussée.

MANON
La présentation :
 Dès que l’on commence à travailler ensemble, elle se décrit comme étant en couple, fiancée, et de nature calme, sage et peu portée sur le sexe.

La réalité : Au bout d’un mois ou deux, elle me parle d’un ménage-à-trois qu’elle a vécu la veille avec un couple, sans son fiancé.  Et pour les quelques mois où nous travaillerons ensemble, elle ne cesse de me parler de sexe, allant même jusqu’à m’agresseren s’arrangeant pour me faire passer pour le coupable aux yeux de nos collègues.

Je veux bien croire que les gens évoluent avec le temps Mais avoir la personnalité qui fait un 180° au bout de 30 à 90 jours, ça ressemble beaucoup plus au naturel qui revient au galop qu’à une évolution.  Surtout qu’une fois que cette « nouvelle » personnalité est arrivée, elle est là pour rester.  Ce qui démontre bien que cette seconde personnalité est la vraie, donc que la première qu’ils m’ont présenté n’était qu’une façade.

Mais pourquoi agir ainsi J’avoue que pour ceci, mon intuition me fait défaut.  N’ayant jamais ressenti moi-même le besoin de me présenter comme étant autrement que ce que je suis, je ne peux pas comprendre ce qui se passe dans la tête de ceux qui le font. 

Je ne parle pas de gens qui exagèrent à leur propre sujet, genre gonflant leurs revenus, se vantant de choses fausses, ou tout autre mensonge classique.  Je parle ici de gens qui vont se présenter spécifiquement comme étant à l’opposé de ce qu’ils sont.  Fonceurs quand ils sont angoissés.  Prudes quand ils sont obsédés.  Victimes quand ils sont agresseurs.  Intéressants quand ils sont ennuyeux.  Actifs quand ils sont sédentaires.

Est-ce dans un désir de mieux paraître?  Est-ce dans l’espoir qu’en se présentant comme une meilleure personne, ils finiront par le devenir vraiment?  Est-ce parce qu’ils voient dans cette nouvelle amitié l’opportunité de repartir à neuf en faisant table-rase de leurs erreurs passées?  Ou est-ce le simple mécanisme de défense de quelqu’un qui sait trop bien qu’elle sera perçue comme étant désagréable et/ou stupide si les gens apprennent dès le départ ce qu’elle est vraiment?

Si ça se trouve, peut-être que c’est moi, le problème.  Peut-être que, dans mon langage parlé et corporel, je donne l’impression qu’il faut être parfait et irréprochable pour me fréquenter.  Je ne sais pas trop.  Je ne dois quand même pas être la seule personne au monde qui rencontre des gens qui se présentent à eux comme étant l’inverse de ce qu’ils sont. 

Vous avez vécu ça?  Ou vous avez déjà agi ainsi?  J’aimerais avoir vos témoignages.

Cinq signes comme quoi ce gym est à éviter

Savoir choisir un bon gym, c’est facile à dire, mais plus difficile à faire.  Par contre, il est assez simple de repérer un mauvais gym, car dès que les employés sont à l’aise, ils ne peuvent s’empêcher de relâcher la discipline et faire des conneries.  J’ai quelques bons exemples.  Je ne nommerai pas la chaîne, parce que bon, ce n’est tout de même pas de la faute du siège social si cette succursale-là employait un surprenant nombre de tarés.  Mais il reste des signes qui ne trompent pas, comme quoi j’aurais mieux fait de laisser tomber et de m’inscrire ailleurs.

SIGNE 1 : L’employé qui dit n’importe quoi.
Je suis assis en face d’un employé du gym à son bureau.  Il me pose quelques questions d’usage avant de préparer mon abonnement.  Il me demande si je suis allergique à quelque chose.  À l’époque, je souffrais d’une légère allergie à certains aliments, tels l’oignon, le café, le chocolat, qui me donnaient la migraine.  Je le lui dis.  Sa réponse :

« C’est psychosomatique! »

Psychosomatique :  Symptôme physique causé par l’imagination, mais plus souvent par un traumatisme.  Or, il se trouve que les aliments déclencheurs de migraines, incluant ceux que j’ai nommé, ça existe.  Ils sont parfaitement répertoriés par les professionnels de la santé.

Est-ce que quelqu’un peut me dire le lien entre une migraine provoquée par certains aliments, et un problème psychosomatique?  Il s’imagine quoi, lui?  Que j’ai été violé par un oignon quand j’étais enfant, et que quand j’en vois un je dis « Pas ce soir, j’ai la migraine! » ?

SIGNE 2 : L’employé qui fait le con et sabote le travail… Devant un client potentiel.
Tandis que l’employé, à son bureau, est en train de remplir mon dossier d’abonnement, une de ses collègues vient le rejoindre.  Elle se place derrière lui.  Puis, alors qu’il écrit, elle donne une claque sur le stylo, le faisant barbouiller ma feuille.  Il s’arrête et vient pour lui dire quelque chose, mais le téléphone sonne, la ligne du gym.  Il répond.  Sa collègue appuie sur un bouton, coupant la ligne.  Puis, elle part en riant alors que l’employé, irrité, lui dit : « Hostie qu’t’es conne! »

Après lui qui me traite de psychosomateux et elle qui fait la conne, j’aurais dû me lever, lui dire de laisser faire et m’en aller.  Mais bon, j’avais besoin d’un gym, j’avais besoin d’un entraîneur, et cette succursale était la plus près de chez moi.  Je me suis dit qu’il était impossible que tous les employés soient de ce calibre-là.  

Je me trompais.

SIGNE 3 : L’entraîneur qui n’en a rien à foutre, de son client.
Je me retrouve donc avec un entraîneur qui a un programme d’exercice de douze semaines pour moi.  Alors, dès le premier exercice, il me dit :

« Tu te couches sur ce banc.  Tu lèves ce poids.  Tu fais dix répétitions.  Tu te reposes pendant 30 secondes.  Tu fais ça trois fois.  Je reviens! »

Et il m’abandonne là.  Après avoir fait mon exercice, j’ai eu à attendre six minutes avant qu’il revienne, les yeux sur son téléphone.  Puis, il m’amène à une autre machine, et il fait pareil : Il me dit quoi faire, il disparaît, je termine mon exercice, et j’attends qu’il daigne revenir.

Au bout de 9 semaines, démission ou renvoi, mon entraîneur a disparu.  Par conséquent, j’ai passé mes trois dernières semaines d’entrainement avec :. 

SIGNE 4 : L’entraîneur qui ne connait pas son métier. (Et qui n’a pas l’air d’être intéressé à l’apprendre.)
Le gars qui remplace mon premier entraîneur me demande le nom de mon programme. 

« Bah, je sais pas, moi.  Il ne me l’a jamais dit. »
« C’est quoi qu’il te faisait faire comme exercices? »
« Ben, celui-ci, puis celui-là, suivi de l’autre, là. »
« Bon ben, continue de faire ça! »

À partir de là, même scénario.  Enfin, presque,  Il ne m’abandonnait pas, mais ne s’occupait pas du tout de moi, à part pour ME demander quel exercice j’aurai à faire ensuite.  Pour le reste du temps, il ne s’occupait pas du tout de moi, passant son temps sur son téléphone, ou parlant avec ses collègues.

Ah, et je m’en voudrais d’oublier celui-là, auquel je ne me suis jamais inscrit, mais que j’ai vu arriver deux fois :

SIGNE 5 :  Le gym qui ouvrira bientôt, et qui offre un prix incroyablement bas.
Un gym va bientôt ouvrir.  Il ne fait partie d’aucune chaîne.  Par ses posters dans les vitrines, il s’annonce comme étant spécial, par exemple pour femmes seulement.  Et il y annonce aussi les prix qui sont les plus bas, toutes chaînes de gym confondues.  Pendant le mois où ils aménagent, ils prennent immédiatement les abonnements.  Puis, un mois plus tard, à la date d’ouverture prévue, le gym n’ouvre pas.  En fait, il s’agit d’une bande de crapules qui avaient loué un local vide pour un mois, qui se sont contentés de coller des affiches publicitaires sur les fenêtres, et qui sont partis avant la (fausse) date d’ouverture avec l’argent des abonnés.  Abonnés qui réalisent à la dure que le rabais était loin d’en être un, finalement.

Voilà pourquoi je me suis abonné à une chaîne reconnue et sans entraîneurs.  Google me fournit les renseignements.  Youtube me donne l’exemple.  Avec de la discipline et de la détermination, c’est tout ce dont j’ai besoin.

 

 

Les buts post-relations

Ce n’est que tout récemment que j’ai entendu parler du concept de relationship goals.  Et ce fut en écrivant un commentaire sur un statut de Flavie, mon ex, de qui je suis séparé depuis deux ans. Le voici, datant de août dernier, la veille de son nouveau départ vers l’Europe.



Je n’ai jamais vraiment parlé de notre rupture.  Et c’est probablement parce que, dans le fond, il n’y avait rien à dire.  C’est arrivé tout naturellement, un an et demi plus tôt, alors qu’elle était en Finlande pour ses études, et moi à Montréal.  Nous nous sommes tout simplement rendus compte que, malgré la distance, on ne s’ennuyait pas tellement l’un de l’autre.  Nous avons donc décidé d’y mettre fin.  Cependant, tout comme lors de ma rupture de décembre 2011 avec Karinenous avons décidé de garder ça secret, sauf pour nos parents et amis très proches.  Sur Facebook, nous avons mis notre statut de couple en privé, avant de s’y remettre célibataires.  Personne n’a rien vu. 

Cette manœuvre fut justifiée, si l’on en croit les réactions de nos parents respectifs : Les miens me mettaient de la pression pour que je vide l’appartement de son mobilier et de toutes ses affaires.  Et les siens ont préparé pour elle un document légal à me faire signer dans lequel je m’engage à reconnaître ses possessions parmi nos affaires communes, avec obligation légale de remplacer tout ce qui serait manquant ou abîmé sur cette liste lors de son retour.  Ni elle ni moi ne les avons écoutés.  Ce genre de comportement haineux post-relation, ce n’est pas notre génération.  C’est la leur, comme le prouve justement leurs réactions.

Évidemment, en prévision de son retour pour la fin du mois de juin qui arrivait, nous avons, chacun de notre côté, songé à la possibilité de nous séparer corps et biens (ça sonne comme un naufrage), pour réaliser au bout du compte que nous serions bien mieux de continuer d’habiter ensemble.  Les raisons ne manquaient pas :

  • Nous avons chacun un chat, et ils sont inséparables.
  • Habiter seul, surtout s’il faut chacun se racheter la moitié du mobilier, ce serait au-dessus de nos moyens.
  • L’idée de la colocation avec un étranger ne nous plaît guère.
  • Et elle n’avait vraiment pas envie de retourner vivre chez sa mère.
  • Mère qui est allergique aux chats.
  • Notre appartement est situé tout près de son travail d’été.
  • Nous étions amis avant d’être en couple.  Alors pourquoi pas après le couple? 
  • Même si on n’avais jamais été ensemble, je la voudrais comme coloc, et vice versa.
  • Après avoir été intimes aussi longtemps, nous sommes chacun habitués à l’autre.
  • Il lui restait quatre mois avant de revenir à Montréal.  Ça nous a laissé amplement le temps de se faire à l’idée que nous ne sommes plus en couple.  

Et en effet, lors de son retour, il n’y a eu aucune ambiguïté.  Et nous avons continué de cohabiter pendant encore un an, avec 90% de nos amis et contacts divers qui ne savaient pas que nous étions séparés.  Ça lui évitait de devoir subir la drague non-sollicité dont elle aurait été certainement victime de part et d’autre de notre entourage.  Et ça nous évitait surtout de subir un bien plus grand problème.  J’y reviendrai. 

Bien sûr, de nouveau célibataires, ça nous remettait sur le marché.  Nous n’avions qu’une seule règle : Pas d’amant(e)s chez nous.  Elle m’a fait découvrir Tinder, dont je me suis inspiré pour une série de billets sous le thème (Més)aventures sur sites de rencontres, qui inclut le billet qui m’attire entre 250 à 800 visites par jour, Truc simple pour savoir (gratuitement) qui nous a choisi sur Tinder

Oh, c’est sûr, il nous est arrivé 2-3 accrochages et prises de bec durant cette année-là.  Soit exactement le même nombre que lorsque nous étions en couple, et pour les mêmes sujets d’ailleurs.  Mais en contrepartie, tout le reste de la cohabitation a été sous le signe de l’harmonie, de la collaboration, des rires et de la complicité, comme deux membres normaux d’une même famille normale. 

Nous n’avions pas fait de plans à long terme, au sujet de combien de temps nous allions garder cette façade.  Si on peut appeler ça une façade.  Nous ne prétendions pas être en couple.  Nous avons juste délibérément omis de dire que nous ne l’étions plus, voilà tout. 

Le destin s’est chargé de nous offrir un échappatoire sous la forme de l’accident qui m’a brisé une vertèbre, m’obligeant à changer de carrière et à déménager de Montréal à Sherbrooke juste au moment où Flavie repartait pour la Finlande.  Nous avons donc pu annoncer à tous que l’on se séparerait en même temps que nos chemins. 

Pourquoi avoir omis les faits et tordu la vérité?  Pour s’éviter, comme j’ai fait mention quelques paragraphes plus haut, le plus grand des problèmes :  Lorsque deux personnes mettent délibérément fin à leur couple, leur vie sociale se sépare inévitablement en deux groupes :  L’entourage de la fille qui lui parle en mal contre le gars, et l’entourage du gars qui lui parle en mal contre la fille.  Nos parents en furent un excellent exemple. 

Par contre, lorsque l’on annonce que nous nous quittons car c’est la vie qui nous sépare, l’atmosphère reste harmonieux.   C’est cette harmonie-là que nous voulions conserver.

Au sujet des post-relationship goals.
C’est bien joli d’avoir comme but une harmonie post-couple comme la nôtre.  Mais ce genre de chose ne peut être atteint que si l’on suit un principe que je ne cesse de répéter depuis que ce blog existe : Ça prend beaucoup plus que « nous sommes tous les deux hétéros et célibataires » pour se mettre en couple. 

Lorsque deux personnes se mettent en couple juste pour combler un besoin amoureux et sexuel, qu’est-ce que ça donne?  La situation classique :  Puisqu’ils n’ont rien en commun, la fille se plaint de plus en plus qu’il ne veut rien faire avec elle à part baiser.  Alors qu’est-ce qu’il leur reste en commun, une fois que le la romance, le sexe et le couple prennent fin?  Rien! 

Mais dans le cas de Flavie et moi, dès la première rencontre, on a échangé sur nos intérêts communs pour les arts, la BD, le fait que nous sommes tous les deux artistes.  Et en découvrant que nous étions tous les deux fans des années 40-50-60, de Gainsbourg et de Bardot, ça rajoutait à notre relation naissante une profondeur que l’on n’avait encore jamais trouvé chez quelqu’un d’autre.  Enfin, le coup de grâce : Elle voulait faire de la BD mais n’avait pas d’idées de séries.  Moi, j’ai trop d’idées pour avoir le temps de toutes les réaliser.  Même si nous n’avions pas fini ensemble, on avait de quoi être amis pour la vie.

Et c’est ça qui fait toute la différence.  Si nous sommes amis après, c’est parce que nous avions tout pour être amis avant.

 

 

La galanterie excessive

Sans pour autant me coller l’étiquette de galant, lorsque je suis avec une fille, il y a quelques trucs que je fais tout naturellement : Je lui ouvre la porte quand je suis devant elle, ou bien je lui porte quelques uns de ses sacs quand elle en a plus que moi, ou quand elle en a trop lourd pour sa petite taille. Ou bien tiens, mon ex au printemps dernier, on s’est retrouvé dehors au froid et à la pluie, je lui ai refilé mon manteau car elle avait oublié le sien. Mais bon, ex ou non, je n’appelle pas ça de la galanterie. C’est juste de la décence de base.

Et puis, il y a ceux qui poussent la galanterie un peu trop loin. Je parle des Nice Guys, évidemment célibataires, qui jouent à fond la carte de la galanterie afin de se démarquer et de séduire. Hélas, il n’y a rien de mieux pour se donner l’air d’un loser désespéré pour plaire. C’est parce qu’en posant ces gestes, ils lancent aux femmes le message suivant: « Constate quel bon esclave je suis. Aime moi et je te servirai ainsi 24/7. »

Un exemple au hasard : un ami que j’ai perdu de vue il y a quelques années, mais qui faisait exactement ça dès le premier rendez-vous: Baise-main à la rencontre, passe devant pour lui ouvrir toutes les portes y compris celles du taxi, lui tire la chaise au resto, se lève lorsqu’elle quitte la table pour aller aux toilettes et l’y accompagne jusque devant la porte, qu’il lui ouvre également. Évidemment, il paye pour les deux. Et la soirée terminée, avant de la quitter, il lui offre un cadeau préparé d’avance: Une rose blanche et un poème à son intention, écrit sur parchemin. Poème qui décrit combien il a été heureux de passer cette soirée avec elle…  Ce qui sonne pas mal bidon, puisqu’il l’a forcément écrit avant la dite soirée.

Il fait ça à tous ses premiers rendez-vous. Et il n’y a jamais de 2e.

Si ce premier exemple poussait la chose un peu trop loin, il avait au moins le mérite de poser ses gestes en contexte. Parce que j’ai connu un autre gars dont le problème était qu’il essayait trop de s’imposer en tant que galant, n’importe quand, n’importe comment et avec n’importe qui. Il nous avait d’ailleurs un jour partagé l’anecdote qui suit:

C’est l’hiver. Une fille vient pour entrer au centre d’achats. Il se presse pour passer devant elle pour lui ouvrir la porte. Elle entre sans le regarder. Il entre ensuite derrière elle, il court pour la contourner pour aller lui ouvrir la seconde porte. Mais trop pressé, il glisse dans une grosse flaque de sloshe gris-brun foncé, tombe à la renverse et s’étale de tout son long dedans.

La fille continue son chemin sans le regarder et entre dans le centre d’achats. Honteux et confus, il n’avait plus qu’à rentrer chez lui se changer.

En racontant cette histoire, il conclut en se plaignant comme quoi la fille aurait pu au moins démontrer de la compassion, un sourire, n’importe quoi, en échange de sa galanterie et des problèmes qu’il s’est donné pour elle. Mais non, aucune reconnaissance, aucun signe, rien.

Les gars de ce genre là sont portés à se plaindre comme quoi c’est injuste, surtout après tout ce qu’il a fait pour elle, et ce par pure bonté de coeur. Mais voilà, par sa réaction, et surtout sa plainte de n’avoir rien eu en retour de la part de la fille, il prouve qu’au contraire, sa galanterie extrême était loin d’être désintéressée. Il faisait ça pour  avoir quelque chose en retour. D’où le fait que je dis que si tu mets tous tes espoirs de séduction non pas dans ta personnalité ou dans vos compatibilités mais bien dans le simple fait d’être galant, surtout avec n’importe qui dans n’importe quel contexte, en y mettant autant d’efforts, alors ça fait loser désespéré.

Surtout que, en agissant ainsi, il divise les filles de son entourage en deux catégories: Celles qui vont se tenir loin de cet énergumène qui essaye très fort à faire accroire qu’il possède encore des vertus qui le poussent à avoir des agissements dépassés depuis quelques siècles. Et les bitchs profiteuses. Normal, il n’y a que celles-là qui pourraient s’intéresser à avoir un esclave qui s’offre si volontairement à se faire exploiter.

On ne veut pas connaitre la vérité. On veut juste avoir raison.

Fin des années 90, résidences étudiantes de mon cégep.  Ça frappe à la porte.  J’ouvre.  Deux résidents me donnent une liste de signatures et un stylo.

« Ouais, c’est une pétition pour que le propriétaire baisse le prix d’la laveuse pis d’la sécheuse.  C’est ben qu’trop cher! »

Face à pareille ignorance, je décide de leur expliquer quelques petits faits de la vie :

« Ok, je vois!  Je suppose que les résidences étudiantes, c’est votre premier appartement?  Vous êtes habitués à avoir votre lavage gratis chez vos parents, c’est ça?  Vous n’avez jamais eu à faire votre lavage dans une buanderie publique, hm?   Eux-autres, ils chargent  $1.75 par lavage alors qu’ici c’est $1.25.  Et c’est $1.25 par séchage contre 1$ ici.  Et savez-vous seulement combien ça coûte, trois laveuses et trois sécheuses?  Ça va de 400$ à 600$ par appareil.  Ça veut dire que le propriétaire a payé environs $3 000.00 pour que l’on aille ces machines-là à notre disposition.  Et c’est pas comme si ça fonctionnait gratuitement.  L’électricité pour faire marcher le moteur de la laveuse, pour l’eau chaude, et surtout pour la sécheuse… Hydro Québec, c’est pas gratuit.  C’est pas comme si le propriétaire faisait du profit en nous chargeant $2.25 par brassée.  En fait, il est probablement en déficit.  Fa que non, désolé, mais le prix qu’il nous charge, c’est pas cher pantoute.  Au contraire, on a probablement la buanderie la moins chère en ville. »

Les deux gars restent silencieux quelques secondes, ayant l’air de peser mes paroles.  Puis, ils reprennent leur liste et leur stylo en disant :

« Ouais, ok!  Bonne journée!”

Et ils repartent.  Alors que je referme la porte, je les entends cogner à celle d’en face.  J’ouvre la porte et je vois les mêmes deux gars devant le voisin qui leur ouvre. Ils lui donnent la liste de signatures et le stylo.

« Ouais, c’est une pétition pour que le propriétaire baisse le prix d’la laveuse pis d’la sécheuse.  C’est ben qu’trop cher! »

Ils n’ont même pas pris une seconde pour remettre en question leur démarche. Je referme la porte, en aberration devant ce qui vient de se passer.  

Mais pourquoi est-ce qu’ils continuent de faire ça, alors que je viens tout juste de leur expliquer clairement qu’ils sont dans l’erreur?  Qu’est-ce qu’ils n’ont pas compris dans mon explication?  Tout ce que je leur ai dit est pourtant la plus stricte vérité.  Pourquoi font-ils comme si ce n’était pas le cas?

Comment peut-on faire preuve d’une telle mauvaise foi?

C’est que certaines personnes sont tellement orgueilleuses qu’elle supportent très mal l’idée de faire erreur.  Dans ce temps-là, savoir que quelqu’un d’autre sache qu’elle fait erreur, ça leur est insupportablement humiliant. Juste en m’ignorant dès que je fermais ma porte, ça réglait mon cas.  N’empêche qu’à partir de ce moment-là, ils connaissaient la vérité.  Ils ont délibérément choisi de l’ignorer pour faire comme s’ils avaient toujours raison.

Dès le départ, je comprends, leur cause était noble.  Ils croyaient que le proprio était un exploiteur.  Ils ont décidé de prendre les choses en main.  De devenir les chevaliers sauveteurs des résidences étudiantes.  Ça leur donnait une cause sociale, une fonction.  Ils avaient enfin l’occasion d’améliorer la société en combattant les injustices et les abus.  Ils sont heureux et fiers, car même s’ils n’ont pas pris le temps de vérifier les faits, ils croient très fort avoir raison.   

… Et dès qu’ils cognent à ma porte, je leur apprends qu’ils sont dans l’erreur, qu’ils ne connaissent rien sur le sujet, que leur cause n’a aucune raison d’être.  Bref, qu’ils sont aussi ignorants qu’insignifiants.  Et en exigeant que le proprio diminue le coût des appareils, alors qu’il a tant dépensé pour eux, ça fait d’eux les abuseurs, et ça fait du proprio l’abusé.  Bref, ça fait d’eux exactement ce qu’ils prétendent combattre.  Ça inverse les rôles, leur donnant celui du méchant.

 Il y a des vérités que l’orgueil est incapable de reconnaître.  Ceci, pour eux, en était une.  Ils ont donc fait comme si je n’avais rien dit, pour continuer de vivre leur illusion de justiciers sociaux.

Ceci dit, ce n’était pas la première fois que j’étais témoin de ce genre de situation.  Par exemple, dans les années 90 et dans la première moitié des années 2000, lorsque j’habitais encore à Montréal, j’ai vécu par trois fois le genre de situation qui m’a inspiré pour mon récent billet Les 12 risques d’avoir une relation en milieu de travail. 

J’occupe un emploi.  Je ne drague jamais au travail, mais il m’arrive de devenir bon ami avec une collègue.  En général, elle est déjà en couple, alors il n’y a pas d’ambiguïté entre nous.   Et le gars n’a aucun problème avec notre relation d’amitié.   On se voit en dehors des heures de bureau, on s’appelle, on fait des activités sociales avec des amis et des collègues.

Puis, il y a rupture, son couple prend fin.  Et c’est là que je me rend compte que c’est le genre de fille qui prendrait n’importe qui, tellement elle est incapable de vivre sans avoir de relation, car pour les trois semaines suivante, elle enchaîne les relations courtes les unes après les autres.  Jusqu’au jour où elle me confie qu’elle a l’oeil sur un de nos collègues.

D’habitude, je ne me mêle pas de ses relations.  Mais pour celle-là, je lui fait la liste des risques auquel elle s’expose:  Le fait que c’est impossible de garder ça secret, les collègues jaloux, le fait que ça ne durera pas (Normal, quand on prend n’importe qui plutôt qu’une personne avec qui on est vraiment compatibles), et, à la fin de la relation, les problèmes que ça lui causera au travail, d’être obligé de revoir son ex cinq jours par semaine, etc.

À chaque fois, la fille n’en faisait qu’à sa tête, en me disant qu’elle sait ce qu’elle fait.  Alors elle commence à sortir avec lui.  Dès le départ, le gars n’aime pas trop voir que sa nouvelle blonde a un ami masculin proche, surtout au travail.  Inévitablement, elle lui dit que je l’ai mise en garde de sortir avec lui.  Il la convainc alors qu’il vaut mieux s’éloigner de moi car je suis «  celui qui qui essaye de l’empêcher d’être heureuse ».  À partir de là, je ne suis plus invité à rien.  Ni sorties ni party ni la moindre activité en groupe.  Et puisque mes amis sont ses amis, ça détruit totalement ma vie sociale.

Éventuellement, les problèmes que j’avais prédit (tels que listés ici) commencent à arriver.  Plutôt de reconnaître que j’avais raison, ces filles faisaient exprès pour faire tout le contraire de ce que je leur conseillait.  Parce que pour elles, tout faire pour essayer de prouver que je me trompais, c’était plus important que de s’épargner des ennuis en entendant raison. 

Je peux comprendre pourquoi elles ne voulaient pas m’écouter: Lorsqu’elles m’ont annoncé leurs futures relations, ces filles étaient joyeuses, sur un nuage.  Alors quand je leur faisait mes avertissements, en soulignant bien que je parlais par expérience et observation, elle ne voyaient pas que je voulais les aider.  Elle voyaient juste que… :

  • Je pète leurs bulles, je gâche leurs joies, je détruis leurs rêves.  Bref, je leur dis quelque chose qu’elle n’avaient vraiment pas envie d’entendre.

  • Lorsque je leur disait qu’agir ainsi, c’était faire erreur, elle prenaient ça comme une insulte.  Comme si j’affirmais qu’elles étaient irréfléchies, ignorantes, stupides…  Vont-elle vouloir écouter une personne qui les fait sentir comme ça?  Oh que non!  Elles vont donc faire tout le contraire.
  • Et à chaque fois qu’arrivait l’un des problèmes que je leurs avait prédit, ça les enrageaient.  Car elles ne voulaient PAS que j’aille raison.
  • Alors elles se forçaient à rester dans cette relation catastrophique, pour me pas m’accorder la victoire.  Mais en faisant ça, elle prolongeaient leurs problèmes.  Des problèmes qu’elle ne subirait plus si elle mettaient fin à la relation.  Mais elles ne veulent surtout pas se faire humilier, si jamais je leurs disait: « Qu’est-ce que je t’avais dit? » 

 Eh oui, elles me jugeaient en m’accusant mensongèrement de les juger.  Ça avait beau n’être que dans leurs imaginations, elles réagissaient tout de même envers moi comme si ça avait été le cas pour de vrai.   

À partir de ce point, peu importe l’issue de leurs relations, une chose était certaine :  Pour avoir commis le crime d’avoir voulu les aider à éviter tous ces ennuis, j’avais transformé de bonnes amies proches en ennemies acharnées qui ont tout fait pour me rabaisser aux yeux de notre entourage, détruisant du même coup ma vie sociale.  Et, dans un cas, ma carrière, car il a fallu que je démissionne, tellement je n’en pouvais plus du harcèlement constant dont j’étais victime.

Pour sauver leur orgueil, ces filles pouvaient faire semblant d’ignorer la vérité.  Elles pouvaient cacher la vérité aux autres.  Mais moi, je la savais, la vérité, depuis le tout début.  Voilà pourquoi j’étais pour elles l’homme à abattre.  Car comme le dit le cliché : J’en savais trop. 

 Allez, un dernier exemple: 

 Il y a quelques années, j’avais écrit une série de billets au sujet des gens conflictuodépendants, soit ceux qui ne peuvent s’empêcher de rechercher le conflit.  Et je citais souvent en exemple une certaine Maryse Aubry, nom fictif, qui représentait parfaitement ce genre de personnalité.  Tôt ou tard, tous les gens constituant son entourage font les frais de sa personnalité.  Aussi, il est inévitable qu’avec le temps, elle reçoive de plus en plus de commentaires au sujet de son comportement désagréable et/ou que le nombre de gens avec qui elle se met en froid augmente.   Éventuellement, même si elle continue d’essayer de se le nier à elle-même, il est impossible qu’elle ne s’en rende pas compte. Dans ce temps-là, il se produit parfois un miracle: Elle donne l’impression qu’elle puisse être prête à avoir l’esprit ouvert sur le sujet :


… Mais ce n’était qu’une illusion.

Tous ces gens-là ne voulaient pas connaitre la vérité.  Ils voulaient juste avoir raison.  Et à défaut d’avoir raison, leur orgueil les a poussé à tout faire pour au moins maintenir l’illusion qu’ils étaient dans le vrai.  C’est le genre de situation pour laquelle existe la question « Qui est-ce que vous essayez de convaincre ici, les autres ou bien vous-mêmes? »

Pour beaucoup trop de gens, la seule vérité qui importe, c’est celle qui va dans le sens de leurs intérêts.  Parce que sinon, la vérité, ils n’en ont rien à faire.  Et dans ce temps-là, malheur à qui, dans leur entourage, la connait, la vérité.