Geneviève la coloc de l’enfer, 8e partie: Atteindre son +15

Si la nuit porte conseil, celle-là m’a conseillé de rester sur mes positions car ma décision ce matin-là était la même que la veille.  Je ne vois que Cassandra dans la cuisine.  Je lui annonce donc ma décision.

« Hein?  Mais pourquoi? »
« Je pense que tu as vu assez souvent comment Geneviève me traite.  J’ai atteint ma limite, chus juste pu capable d’en endurer! »
« Mais… Mais j’veux pas rester ici avec juste une fille!  C’est pas sécuritaire. »
« Allons donc! »
« Sérieux! Une fois, le frère à Geneviève, quand qu’y restait encore ici, y’a oublié sa clé.  Y’a escaladé le mur de la façade pis y’a peté la fenêtre de la salle de bain pour entrer.  On est situé au coin de deux boulevards très passants, pis personne n’a rien dit ni rien fait.  Ça veut dire que n’importe qui pourrait rentrer icite pour nous violer pis personne ne ferait rien.  Deux filles seules ne sont pas en sécurité dans ce quartier. »
« Hum!  C’est bien dommage, mais va falloir que vous vous trouviez un autre coloc.  ma décision est prise, je pars dans deux semaines, soit le 1er mars. »

Une semaine et demie plus tard, c’était le lancement de mon Requin Roll numéro 7.  Parmi les invités se trouvaient Cassandra et son chum.  Ils m’ont fait part de leurs inquiétudes.

« Écoutez, je comprends ce que vous me dites, et je suis bien désolé pour vous autres.  Mais en même temps, chus juste pu capable d’en endurer davantage. »
« Y’a vraiment rien qui peut te faire revenir sur ta décision? »

De voir ce gars avoir l’air aussi inquiet pour sa douce, j’avoue que ça m’a quelque peu attendri.  Aussi, réponds-je:

« Bon, voilà ce que je vais faire: Le premier mars, c’est dans trois jours.  Si je n’ai rien trouvé d’ici-là, je veux bien rester.  Mais je vous préviens: À la première vacherie de Geneviève, à la moindre petite attaque contre moi de sa part, physique ou verbale, directe ou détournée, je décrisse.  Non pas deux semaines plus tard, mais bien le jour-même.  Ça fait deux ans que je la connais, ça fait deux ans qu’elle abuse de moi, c’est fini! »

Premier mars.  Je n’ai rien trouvé. Je suis donc resté, au grand soulagement de Cassandra et de son homme.  Je suppose qu’ils ont mis de la pression sur Geneviève, lui sommant de me foutre la paix, car à partir de là elle m’a donné le traitement de silence pendant un bon deux semaines. 

Ça ne pouvait hélas pas durer éternellement. Peu à peu, elle a commencé à me reparler pour me poser des questions sur des banalités, genre si le facteur était passé. Puis le dialogue est revenu. Elle ne faisait plus sa bitch, mais au bout d’un mois elle a trouvé une nouvelle manière de me tourner au ridicule. Par exemple, alors que je lui faisais remarquer que le broil du four ne semblait plus fonctionner, elle m’a répondu en prenant une voix exagérée de mauvaise actrice:

« Ah nooooooooooon. Mon Dieu, c’est un draaaaaaaaaame. Qu’est-ce que je vais faire, je suis toute bouleverséééééée, ma vie est ruinée. »

 Un jour, alors que je m’apprête à sortir, elle me demande où je vais.

 « J’va au dépanneur, il me manque quelques tomates pour ma recette. »
« Oh WOOOOOOOW ! Tu vas acheter des tomates? TOI? Woah! Mais c’est tout un exploit, ça. Bravo, champion. »

 Rendu à ce point là, je n’avais même plus envie de comprendre.

Fin avril. Mon ex me trouve un beau petit 3½ en très bon état à $293.00 par mois, une aubaine, même à l’époque.  Il est situé tout près de chez elle, ce qui va faciliter les choses au sujet des enfants. Il est parfait pour mes besoins. Je signe le bail et je peux en prendre possession dès le premier mai. Je ne me presse pas trop de déménager car je tiens d’abord à bien laver partout, plâtrer les trous dans les murs fait par d’anciens locataires, peinturer et laisser sécher, avant d’y amener mon stock et l’installer à mesure.   Geneviève et Cassandra étant sur la fin de leur cégep, elles planifient également leurs déménagements dans le courant du mois de mai. Cassandra s’en va j’sais pas trop où, et Geneviève s’en va étudier et habiter à l’Université Laval à Québec. Tandis qu’elle n’apportera là-bas que le strict minimum, son père va venir ici chercher ses gros meubles pour les amener chez lui en Abitibi.

C’est justement lors du premier voyage de meubles que Geneviève posera envers moi son dernier geste abusif, celui qui me fera atteindre mon +15.  Ça va comme suit:

Un jour, je reviens à l’appartement chercher mes derniers trucs qui traînent encore ici et là.  Je suis seul. J’emballe et empaquette de mes affaires.  Je constate alors que mon cadenas à combinaison que je laissais sur le bord de ma fenêtre a disparu.  Le téléphone sonne. C’est Geneviève qui a passé la nuit chez une amie au centre-ville de Montréal.  Elle me demande si elle a reçu du courrier à l’appartement.

« Non, pas encore.  Dis-donc, aurais-tu vu mon cadenas?  Celui que je laisse toujours sur le bord de la fenêtre. »

Elle me dit que quand son père est venu chercher son premier voyage de gros meubles, les portes arrière de sa camionnette ne fermaient pas. Il a donc eu à les faire tenir ensemble, mais comme il avait juste une chaîne, il a fallu qu’elle lui prête mon cadenas pour garder le tout bien fermé. Je lui demande:

« OK, ben j’espère qu’il va me le ramener quand il va revenir. »
« Non, y’a fallu qu’il pète le cadenas. »
« QUOI? Mais tu connais la combinaison, pourtant. »
« Oui, et je lui ai dit par téléphone.  Mais lui, il ne comprend pas ça, les affaires de « fais deux tours à droite, puis un tour à gauche, puis encore à droite ». Y’arrivait pas à l’ouvrir.  Fa que j’y ai dit « T’as juste à le péter! »

 Quelque chose explose dans ma tête.

 Ce cadenas n’était pas pour moi qu’un simple objet. Il m’a été donné par mon ex à cause qu’il présentait une coïncidence extraordinaire avec moi. C’est que, voyez-vous, toute ma vie, j’ai eu de la misère à retenir les chiffres à cause que je souffre d’une forme de dyslexie numéraire. Je ne peux plus compter le nombre de cadenas que j’ai eu et qu’il a fallu que je jette parce que j’en ai oublié la combinaison. Or, celui-là, je ne pouvais pas l’oublier même si je passais dix ans sans l’utiliser. Et vous savez pourquoi? Parce que le hasard a voulu que ses trois chiffres soient ma date de naissance, dans l’ordre. Le seul cadenas au monde dont je ne pourrai jamais oublier la combinaison. C’est déjà assez incroyable qu’un cadenas ait cette combinaison, ça l’est encore plus que ce soit moi qui le possède.  Une chance sur je ne sais trop combien de milliards pour que ça arrive. Et non seulement elle me l’a volé, elle l’a fait détruire.

C’en était trop.

C’était la goutte d’eau.

J’ai pété un plomb. 

Sauté une coche.

Tout ce que cette fille m’avait subir me revenait en tête, m’envahissait, m’empoisonnait, m’étouffait dans une haine féroce qui n’avait d’égale que la rage que je ressentais. J’ai complètement perdu les pédales. Je n’avais qu’une seule chose en tête, un seul désir, un seul but, une seule obsession: VENGEANCE!  

Durant l’heure qui a suivi, j’ai parcouru l’appartement, fouillant dans les items qu’elle avait encore laissés ici.  Et c’est ainsi que j’ai… :

  • Passé un aimant sur toutes ses cassettes audio. (Le ruban étant magnétique, ça en efface en partie le contenu.)
  • Passé un aimant sur une grande partie de ses cassettes vidéos. (Même principe.)
  • Déchiré et mis au poubelles bon nombre de ses papiers importants
  • Déchiré et mis au poubelles une tonne de photos qui avaient une grande valeur sentimentale pour elle.
  • Pissé dans sa bouteille de vin.
  • Utilisé sa brosse à dents afin de faire une mise en pli à mes poils de cul.
  • Volé la cassette vidéo où elle s’était filmée en train de se masturber, un soir où elle était saoule et en manque.
  • Et après m’être branlé dessus en la visionnant, j’ai essuyé le dégât avec sa poupée Bout d’Chou qu’elle m’avait un jour présenté comme étant le symbole de l’innocence de sa jeunesse perdue.

 Bref, un vrai fou furieux. J’avais complètement perdu le contrôle.

D’habitude, je suis pas du genre à me venger contre les gens qui m’ont fait du tort car très souvent le tort en question est causé par accident, par un hasard, par les circonstances, par un simple désir mal guidé de se protéger, ou de tirer profit d’une situation. Dans la plupart des cas, ce n’est même pas personnel. Dans ce temps là, je me contente d’ériger les barrières nécessaires pour me protéger, et j’en reste là. 

Mais là, non!  Toute cette frustration accumulée depuis deux ans et demi demandaient réparation.  Règlement de compte!  Vendetta!

La majorité des gens qui vont lire ceci diront que la vengeance est une chose stupide et immature. Je veux bien comprendre votre façon de penser. Cependant, répondez à ceci:  Qui est la personne la plus stupide et immature?

  •  A qui se venge du tort que B lui fait?
  • B qui a d’abord fait du tort à A, et ce sans avoir eu la moindre raison de lui en faire?
  • C qui dit à A de ne pas se venger de B, ce qui permet à B de s’en tirer impunément, ce qui ne peut que l’encourager à faire du tort à D, E, F, G, H, I, J, etc. Sans compter que la rancune non assouvie va empoisonner l’existence de A, en plus de gâcher sa relation avec C qui non seulement se mêle de ce qui ne le regarde pas, mais qui en plus préfère prendre la défense du fautif que de comprendre son ami.

Je vous vois venir avec votre réponse préfabriquée: « Ce n’est pas une question de qui a commencé, c’est une question de ne pas s’abaisser au niveau de l’autre, sinon on n’est pas mieux que cette personne. »  Je ne suis pas d’accord, et voici pourquoi: Ne pas descendre à son niveau, ça signifie que tant et aussi longtemps que la personne fautive restera impunie, bien à l’abri dans son niveau, elle pourra recommencer à abuser des gens n’importe quand. Normal! Si personne ne l’empêche de faire du tort, si elle ne récolte jamais les conséquences de ses gestes, pourquoi arrêterait-t-elle?  

Voilà pourquoi j’ai fait ce que j’ai fait.  Est-ce que c’est mal? Oui! Est-ce que  c’est immoral? Oui! est-ce que c’est illégal? Oui! Est-ce que je suis fier d’avoir agi ainsi? Non!  Pourquoi l’ais-je fait, alors? Parce que non seulement elle m’avait poussé à bout, l’honneur et l’orgueil réclamaient réparation.  Une réparation que la loi ne pouvait pas me donner. J’étais donc obligé de me faire justice par la seule loi qui me le permettait: La Loi du Talion.

 La plupart des gens disent au sujet d’une personne qui lui a fait du tort que « La vie va s’en charger ».  Si vous y croyez, grand bien vous fasse. Moi j’appelle ça de la lâcheté.  Voilà pourquoi j’ai décidé que là où je serai personnellement concerné, La Vie, ce serait moi. Comme le dit le cliché: C’est un sale boulot, mais faut bien que quelqu’un le fasse.

Ah, et au sujet du +15:   Quelques mois plus tôt, mes collègues et moi du service à la clientèle d’Air Canada ont eu à passer une séance de test de personnalité. Avec le score que j’ai obtenu, le psy/animateur m’a décrit en ces termes:

 « Au niveau de la patience, sur une échelle de zéro à +10, ces gens là ont +14. Ils vont laisser des chances, encore, et encore, et encore. Ils ont un une patience, un sens de la compréhension et du pardon bien au-dessus de la moyenne des gens. Mais si tu as le malheur de continuer d’en abuser et de lui faire atteindre +15, penses-z-y pu, C’EST FINI!« 

De toute ma vie, seules deux personnes m’ont fait atteindre mon +15: Mon père en 1990, et Geneviève huit ans plus tard.  En tout cas, on dirait que le fait d’avoir réagi avec violence en volant, détruisant et vandalisant les possessions de mon ex-coloc une heure avant de quitter cet appartement pour de bon, ça a eu un effet thérapeutique. En effet, alors que je continue d’avoir de la rancune contre plusieurs personne qui ne m’ont même pas fait le 1/10e de ce qu’elle m’a fait endurer, je ne ressens plus aucune forme de rancœur envers Geneviève.

Comme quoi la vengeance, ce n’est pas toujours aussi stupide que l’on essaye de nous le faire croire.

 

Suite: La conclusion.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
Cet article a été publié dans Ces filles à éviter, Fait vécu, Psychologie et comportement social, SÉRIE: La conflictuodépendance. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Geneviève la coloc de l’enfer, 8e partie: Atteindre son +15

  1. Élise dit :

    Bonjour,

    Je ne suis pas aussi convaincue que vous que les lecteurs vont penser que votre vengeance est basse, injuste, etc, etc.
    Elle est assez extrême, mais vu l’énervement que j’ai ressenti face à cette Geneviève dont je ne fais que lire les vacheries, elle est très compréhensible.

    Bonne journée 🙂

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    • Steve Requin dit :

      Il est vrai que je n’ai jamais reçu le moindre commentaire négatif au sujet de ma réaction de vengeance, même lorsque cette histoire était en ligne sur ma première page web de 2003 à 2009. J’en suis le premier surpris.

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  2. Ping : Le potentiel de violence domestique des conflictuodépendants | Mes Prétentions de Sagesse

  3. Aeroxam dit :

    Pas pu m’empêcher d’être un peu triste en lisant ça. Mais je peux comprendre.

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