Geneviève, la coloc de l’enfer, 3e partie: La proposition.

Janvier 1996. À cause de certains problèmes causés par la mère de mes enfants (dont l’énumération serait fastidieuse), je ne peux pas continuer le cégep en début de cette année. Considérant qu’il serait injuste de garder le poste de rédacteur-en-chef du journal étudiant alors que je ne pourrai pas y étudier avant septembre prochain, je prends la décision de céder mon poste. On me demande cependant de continuer d’y fournir La Page Requin Roll que j’y publie depuis le début. Et puisque j’ai remporté haut la main mon audition à Cégeps en Spectacles, the show must go on et je dois tout de même y participer. Pour ces deux raisons, je continue d’aller au cégep une fois ou deux par semaine. Je vois encore Geneviève au journal, mais on ne fait pas vraiment de cas l’un de l’autre.

Un vendredi, j’entends à quelques reprises les membres du journal s’échanger des informations à propos d’une sortie qu’ils feront ce soir-là. Je me demande pourquoi on ne m’en a pas parlé. Je fais encore partie du journal après tout, et je suis tout de même ami avec la majorité des membres. Pourquoi suis-je donc exclus? J’en parle à Catherine, une amie dont le chum fait partie du journal. Un peu gênée, elle me dit :

« C’est à cause de Geneviève. »
« Comment ça? »
« Ben, vous avez déjà sorti ensemble. »
« Tiens? Ça me surprend qu’elle en ait parlé. Aux dernières nouvelles, elle voulait que ça reste un secret entre nous deux. »
« Elle nous l’a dit en décembre, quand on planifiait faire notre party de Noël. Elle a dit que, puisque t’étais son ex, elle se sentirait mal si tu étais invité parce qu’elle se sentirait surveillée et que ça la mettrait mal à l’aise. »
« Qu-Quoi? Moi, la surveiller?  Alors que j’ai pourtant pris la peine d’aller la rassurer quand elle a cassé, comme quoi j’étais correct avec sa décision et que…  Attend une minute…  T’es en train de me dire que le Vox a eu un party de Noël? Sans moi, qui était pourtant le rédacteur-en-chef? »

Pour toute réponse, Catherine pose sa main sur mon bras et son visage prend un air désolé. Je n’arrive pas à y croire. Lorsque je l’ai rencontrée quatre mois plus tôt, Geneviève n’avait aucun ami. Je l’ai introduit dans mon univers. Et maintenant qu’elle y est, elle s’arrange pour m’en isoler? C’est aberrant!

« Je ne peux pas croire qu’ils la laissent me faire ça sans rien dire. Ce sont pourtant mes amis. »
« Ben… J’veux pas t’insulter, là, mais r’garde… C’est une fille de 18 ans, célibataire et maintenant sexuellement active. Et toi, t’es un gars de 27 ans, divorcé et père trois fois, donc pas nécessairement la première personne qui nous fait envie quand on est jeune et fringuant. Et elle c’est la photographe, donc utile dans les sorties. Tandis que toi t’étais le rédacteur-en-chef, t’avais rien de plus à faire que de recevoir les textes et les photos. Et maintenant, t’es même plus cela. Ton cas était perdu d’avance. »

Incroyable! Je suis sous le choc.  Je ne sais pas ce qui me fais le plus mal en ce moment.  Le coup chien que me fais Geneviève en me volant ma vie sociale, surtout qu’elle n’a aucune raison de me traiter comme si j’étais un ex jaloux.  Ou la trahison de mes amis qui la laissent faire sans rien dire.

Les mois passent. 

  • Février ’96, je fais mon numéro à Cégeps en Spectacles. 
  • Mars ’96, je me trouve un travail à temps plein comme gars de ménage et de plonge au restaurant végétarien Le Commensal. 
  • Juin ’96, je trouve le temps de faire et de publier Requin Roll numéro 5. 
  • Aout ’96, j’aménage dans les résidences étudiantes qui viennent tout juste d’être construites sur le terrain adjacent au cégep.
  • Automne ’96, je reprends mes études au cégep.  J’y rencontre Océane  et je sors brièvement avec Salomé
  • Janvier 1997, parce que la mère de mes enfants m’a mis des bâtons dans les roues de mes études une fois de trop, le cégep m’annonce qu’ils n’acceptent plus que je m’y réinscrive.
  • Février ’97, le propriétaire des résidences étudiantes me rencontre et m’offre le poste de superviseur de la place. 
  • Juin ’97, on m’offre un travail au service à la clientèle pour Air Canada. 
  • Aout ’97, puisqu’on me donne l’horaire de soir, le propriétaire des résidences étudiantes me prie de quitter mon poste et mon appartement, puisque je ne puis plus être au service des résidents après leurs heures de cours.
  • Septembre ’97, Geneviève refait apparition dans ma vie.

Je la rencontre par hasard en face du IGA sur la rue Monk dans le quartier Ville-Émard, en revenant d’aller visiter mes enfants chez mon ex.  Voilà deux ans que nous nous sommes rencontrés pour la première fois.  Elle a maintenant 20 ans et moi 29. Nos situations respectives ont changé. J’ai maintenant un travail de bureau bien payé, et elle a encore une année à faire au cégep.   Depuis le temps que nous sommes ex, elle n’a plus l’air de me voir comme étant un pestiféré à éviter à tout prix.  Et puisqu’elle vient tout juste de recevoir son prêt étudiant, elle considère que les dépenses pour se payer du bon temps sont de mise. Pendant une semaine, on se voit presque à chaque jour.  Ou bien on sort avec nos vieux amis, ou bien on va juste tous les deux à un resto, ou bien je vais tout simplement passer la soirée chez elle après qu’on se soit loués quelques films.  Elle habite maintenant au coin des rues Monk et Jolicoeur, juste au-dessus d’un club vidéo, avec son frère et une amie du nom de Cassandra. Et on se jase de long en large de tout ce qu’on a pu faire tout ce temps-là.  Elle me raconte, entre autres, les expériences sexuelles qu’elle a eues avec trois gars au fil des mois, et même du fait qu’un soir elle était tellement allumée et en manque qu’elle s’était filmée en plein séance de plaisir solitaire avec une caméra empruntée au cégep.

Un soir, alors que nous étions couchés sur son lit après avoir regardé un film sur sa télé située au pied de son futon, elle se retourne vers moi et me dit:

« Ça t’tentes-tu qu’on s’masturbe? »

Je la sais directe et sans-gêne, mais j’avoue que je ne m’attendais vraiment pas à l’entendre, celle-là.  Aussi, je lui demande:

« T’es-tu sérieuse? »
« Oui! »
« Bon, euh… Tu veux dire, chacun de son bord, ou bien mutuellement? »
« Comme tu veux! »

Terriblement en manque sexuel, je décide de ne pas perdre de temps.  Je glisse ma main dans son jeans détaché et je passe à l’action.  Au bout de quelques minutes, elle me fait arrêter.

« Ouf! Chus v’nue deux fois!  Pourquoi qu’t’étais pas aussi bon quand on était ensemble? »

Orgueilleux comme le mâle typique que je prétends ne pas être, je répond:

« J’ai toujours été aussi bon.  C’est toi qui était vierge au début.  Tu ne pouvais donc pas apprécier mes talents à sa juste valeur. »
« En passant… Mon frère a décidé de décrisser dans une semaine.  Ton propriétaire aussi veut que tu décolles, non?  Pourquoi qu’tu viendrais pas rester icite? »

En rétro-perspective, j’avoue que j’ai été con sur ce coup-là.  Mais que voulez-vous!  Bien qu’elle ne m’avait fait aucune promesse, le simple fait qu’elle me propose la colocation tout de suite après notre séance masturbatoire, c’était suffisant pour que je m’imagine automatiquement que ça voulait dire qu’en habitant chez elle, nous pourrions avoir des activités sexuelles ensemble.  Étant donné la libido que je me trimbalais à ce moment-là, rien de surprenant alors à ce que j’aille accepté son offre sur le champs.

à suivre

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
Cet article a été publié dans Ces filles à éviter, Fait vécu, Psychologie et comportement social, SÉRIE: La conflictuodépendance. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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