« Ægidius », un extrait.

Les lettres AE, lorsque reliées en Æ, se prononcent É, comme dans curiculum vitæ. Je précise car on me demande parfois comment se prononce le prénom de mon plus illustre ancêtre, Ægidius Fauteux, de qui je planifie écrire une biographie.

Enfin, quand je dis ancêtre, je ne suis pas son descendant direct.  Il s’agit en fait de mon arrière-grand-oncle.


En 1899 à l’âge de 22 ans, Ægidius Fauteux reçoit sa licence en théologie. Il n’aura cependant pas la vocation. Il poursuivra ses études en Droit et sera reçu au Barreau en 1903, mais il ne pratiquera jamais. En 1902, il fonde le journal Le rappel.  Il joint le journal La Patrie en 1905, puis La Presse en 1912.  Il consacrera sa vie à ses deux passions, le journalisme et l’histoire du Québec.

Au début des années 90, mon grand-père René Lussier a commencé à écrire la biographie de son oncle, combinant souvenirs personnels et familiaux avec les faits historiques.  Son décès en 1995 a interrompu son travail.  J’ai décidé de continuer et d’achever celui-ci dans mes temps libres, Et de nommer la chose Ægidius Fauteux, la petite histoire d’un grand historien.  En voici un extrait:

Montréal, le quartier Côte des Neiges, en début d’après-midi.

La cloche du tramway annonce l’arrivée du véhicule de transport en commun urbain. Il y a peu de voyageurs, et Ægidius est surpris de constater que ceux-ci sont constitués de vieillards malades et d’éclopés. Le wagon rouge s’immobilise devant l’arrêt situé en face du Collège Notre-Dame. Ægidius en descend en premier. Il est accueilli par un petit homme aux cheveux blancs qui ne doit pas faire plus de cinq pieds de haut et qui porte un manteau brun foncé trop grand pour lui. D’une petite voix enrouée, il dit :

« Bonjour monsieur. Est-ce que je peux vous aider ? »

À peine a t-il posé sa question que le petit homme d’apparence fragile se met à tousser. Ægidius a pitié de lui.  Histoire de lui éviter tout effort superflu, il lui répond :

« Je viens voir mon oncle, l’abbé Pierre-Louis Fauteux. Vous n’avez pas besoin de vous déplacer, je saurai bien le trouver tout seul. Merci! »

Ægidius part à pas rapides vers la bâtisse du collège. Le vieil homme le salue de la main et se retourne vers le tramway où il aide une vieille dame en béquilles à débarquer.

Debout dans son bureau, devant la fenêtre qui donne sur la cour arrière du Collège Notre-Dame, L’abbé Pierre-Louis Fauteux, regarde une trentaine d’enfants de cinq à douze ans s’amuser dehors, profitant de la récréation qui vient avec l’heure du dîner. L’homme qui fêta récemment ses cinquante ans est costaud, bien en forme, malgré cette calvitie qui trahit son âge, et cette panse bien ronde sous sa chemise noire qui témoigne de son penchant pour les plaisirs de la table. Comme quoi même le plus assidu des hommes de Dieu peut parfois être soumis à certains péchés, furent-ils capitaux, comme celui de la gourmandise.

Dans les couloirs du collège, Ægidius tourne le coin et avance tout en parcourant des yeux les plaques sur les portes de bureaux qu’il croise. Il s’arrête devant une porte grande ouverte et y voit la mention Pierre-Louis Fauteux, directeur adjoint. Il reconnaît aussitôt la silhouette de son oncle devant la fenêtre. Il cogne à la porte afin de signaler sa présence.

« Monsieur l’abbé… euh… Monsieur le directeur… Directeur adjoint, Fauteux ?»

Le visage de l’abbé reste impassible. Sans se retourner, il l’invite, du geste de la main, à entrer. Ægidius fait quelques pas et s’immobilise à un mètre des chaises placées devant le bureau de travail en bois verni. Dehors, le frère Anselme, armé d’une cloche, sonne la fin de la récréation.

« Quelle date sommes-nous aujourd’hui? » demande le directeur adjoint.
« Le 16 juin. » répond Ægidius.
« Exact ! Vendredi, le 16 juin 1899. Et qu’est-ce qu’il s’est passé, aujourd’hui-même, il y a exactement deux cent quarante ans ? »
« Le 16 juin 1659 ? »
L’homme murmure « Hm ! » en acquiesçant d’un geste de la tête. Ægidius répond.
« Bien… C’est la date où Monseigneur François de Montmorency-Laval est arrivé de France. Quatre ans plus tard, le 26 mars 1663, il fondera le Grand Séminaire de Québec. En 1668, il mettra sur pied le Petit Séminaire de Québec en tant que résidence pour les futurs prêtres. Et en 1674, il devient le premier évêque du diocèse de Québec nouvellement fondé. »

L’abbé lève un sourcil. Visiblement l’éducation de son neveu, autant que sa mémoire, sont remarquables. Il se retourne et marche en direction de la porte de son bureau. Il adresse de bons mots au jeune homme lorsqu’il le croise.

« Très bien, cher neveu. Très, très bien! »

Il tend la main vers la porte et la pousse. Celle-ci se referme dans un bruit de loquet. Aussitôt, l’homme se retourne et son visage austère s’illumine de joie. Sans plus de retenue dans ses gestes que dans son débit de voix, il tend les bras en direction de son neveu.

« Eh ben ? Enwèye mon p’tit Gigi, viens voir ton mononc’ Pi-Wi. »

D’abord surpris, Ægidius prend lui aussi un air joyeux et ravi. En riant, ils se jettent dans les bras l’un de l’autre et se donnent une chaleureuse accolade. Il n’y a plus d’étudiant, plus d’abbé, plus de directeur. Il n’y a que deux membres proches d’une même famille enchantés de se revoir. En le serrant contre lui, Pierre-Louis donne de grandes tapes fraternelles dans le dos de son neveu.

« Non mais regarde-toi rien qu’un peu. C’est que t’es devenu un vrai homme. Quel âge que t’es rendu, là ? »
« Vingt-deux ans. J’en aurai vingt-trois le 27 septembre. »
« Ca fait que t’as terminé tes études là ? »
« Oui ! »
« Et puis ? »
« J’ai obtenu ma licence de théologie. »
« Merveilleux ! Faut fêter ça ! Un petit verre ? »
« Ce ne serait pas de refus. »

L’homme marche à grands pas vers une armoire qu’il ouvre.

« Tu vas voir, ton mononc’ Pi-Wi n’a pas rien que du vin de messe pis de l’eau bénite dans ses bouteilles. »

Ægidius a un petit sourire amusé.

« Tu ne me laissera jamais oublier ça, hm ? »
« Quoi donc ? »
« Mononc Pi-Wi. Sais-tu combien c’est difficile pour un enfant qui sait à peine parler de dire mon oncle Pierre-Louis ? Ça fait vingt ans, faudrait que t’en revienne. »

L’homme revient avec deux verres remplis de liquide ambré. Il en donne un à Ægidius.

« Ah, je l’sais bien, mais c’était tellement mignon. Santé ! »

L’homme salue son neveu et avale son verre d’un trait. L’imitant, Ægidius fait également cul sec. Aussitôt il grimace, ouvre la bouche et expire bruyamment, surpris par la morsure du liquide.

« HHHH…. C’était quoi ça ? »
«  Du whisky ! Mais attention, c’est du bon vieux scotch importé directement d’Écosse. Rien à voir avec la pisse de cheval à base de seigle qu’ils distillent en Alberta. Je remets ça ? »

Déclinant poliment du geste, Ægidius dépose son verre sur le bureau. Ça n’arrête pas Pierre-Louis qui s’en sert un second. Cette fois-ci, il n’en prend qu’une gorgée. Puis, il tapote fièrement l’épaule de son neveu.

« Tu peux pas savoir à quel point je suis fier de pouvoir bientôt te compter parmi nous. »

Pierre-Louis avance à pas lent vers le mur où est encadrée sous verre une grande carte du Québec.

« Tu vois, ici au Québec, chaque petit village a son église. Et dans les grandes villes comme Montréal où la population est gigantesque, chaque quartier en a une, deux, trois, voire même dix, pour servir toute cette population. Nous administrons les hôpitaux, les organismes de charité, les orphelinats. Sans oublier l’éducation. Chacune des petites écoles, chaque collège comme celui-ci, chaque université, est sous administration catholique. De plus, chaque entreprise possède sa chapelle et son prêtre entre leurs murs. Chaque mairie a son curé qui récite aux politiciens la prière du matin. Chaque caserne militaire a son aumônier. L’Assemblée Nationale ne peut pas commencer son travail avant la prière matinale. Nous sommes partout. Depuis les deux cent quarante dernières années, soit depuis le débarquement de François de Montmorency-Laval, comme tu l’as si bien cité tantôt, c’est nous qui administrons le territoire. Même Sir Wilfrid Laurier, le premier Canadien français à occuper le siège de premier ministre du Canada, a moins de pouvoir que nous dans le pays. C’est sous notre influence qu’il a créé les écoles catholiques au Manitoba lorsqu’il est monté au pouvoir il y a trois ans. Et grâce à lui, dans les écoles anglaises, les élèves Canadiens français ont maintenant droit à une demi-heure d’enseignement religieux à la fin des classes. Mais la politique étant ce qu’elle est, il a à faire face à beaucoup d’opposition, contrairement à l’église. Puisque le Canada fait partie de l’Empire Britannique, le Royaume-Uni s’attend à ce que l’on envoie l’armée pour les aider dans la Seconde Guerre des Boers qui fait rage ne ce moment. Laurier est pris entre les Canadiens anglais impérialistes fidèles à la couronne britannique, qui veulent que l’on envoie nos troupes, et les Canadiens français qui s’y opposent fortement. Avec lui trop occupé pour nous aider, c’est vraiment pas la job qui manque. C’est pourquoi l’église a vraiment besoin d’un garçon éduqué et intelligent dans ton genre. Dis-moi quand t’es prêt à commencer, je te donne le titre que tu veux, la fonction que tu veux, dans la région que tu veux. »

Ægidius qui, jusque-là, regardait son oncle, baisse les yeux, embarrassé. Il pousse un léger soupir. Sa réaction laisse l’homme d’église quelque peu perplexe.

« Eh bien ! J’avoue que je m’attendais à un peu plus d’enthousiasme. »
« Je suis désolé mon oncle, c’est que… J’ai bien peur que je vais vous décevoir. »

Même s’il ne sait pas encore pas ce qui trouble son neveu, Pierre-Louis voit bien le malaise dans ses gestes. Aussi, il dépose son verre de scotch et s’approche du jeune homme. Une main sur l’épaule, il l’entraine vers les chaises en l’invitant à s’asseoir. Lui-même prend l’autre chaise et s’assoit face lui.

« Qu’est-ce qui ne va pas, Ægidius ? »

Le jeune homme reste d’abord silencieux, mais le ton de voix rassurant de son oncle le met en confiance. Après un nouveau soupir qui exprime bien le fardeau moral qui pèse sur lui, il dit :

« J’ai essayé. J’ai vraiment essayé. Je ne peux pas être un homme d’église. Je n’ai juste pas la vocation. »
« Je vois ! Et… Quand est-ce que tu t’en es rendu compte ? »
« Je sais pas… Je… »
« Dis-moi la vérité. »
« Je… Écoutez, il ne faudrait pas croire que… Je veux dire, j’ai énormément de respect pour… Je ne voudrais pas… »

Pierre-Louis pose une main rassurante sur l’épaule de son neveu.

« Ægidius, oublie que je suis un homme d’église, d’accord ? C’est ton oncle qui te parle. Ton ami ! Si ce que tu me dis est la stricte vérité, alors rien de ce que tu puisse me dire ne sera un manque de respect. Alors parle-moi s’il te plaît. »

Rassuré, quoique toujours un peu mal à l’aise, Ægidius accepte de de confier.

« Je ne crois pas en Dieu ! »

Comme si cette révélation avait demandé un effort nécessitant un temps pour récupérer, Ægidius reste silencieux quelques secondes. Puis, après un profond soupir, il reprend la parole.

« Enfin, si, mais… Ah, je ne sais pas trop. Quand j’étais petit et que les religieuses nous apprenaient le petit catéchisme à l’école, je ne pouvais jamais m’empêcher de voir certaines incongruités dans ce que l’on nous disait. Par exemple, Adam et Eve, qui n’ont eu que deux fils. Comment est-ce que la race humaine a pu exister dans de telles conditions ? Et après avoir tué Abel, Cain ne voulait pas quitter le territoire de peur que les autres le mettent à mort. Quels autres, puisque la race humaine n’était supposément constituée que de trois personnes ? »
« Je vois ! Les questions classiques. »
« Quand on m’a envoyé au séminaire dans le but de faire de moi un homme d’église, je me disais que j’allais enfin apprendre les réponses à mes questions. Que l’on allait me donner des faits. Mais non ! Tout ce que l’on reçoit de nos éducateurs, c’est ce que l’on est destiné à donner au peuple : Des textes flous et aucune preuve tangible pour en appuyer les dires. Toute question directe sur un sujet nébuleux nous mérite une réponse en paraboles aussi claire que du jus de boudin. Tout ce que je puis dire après ces douze années d’études, c’est que non seulement je ressors de là avec mille fois plus de questions que quand j’y suis entré, pas une seule personne, pas un seul fait, pas le moindre artéfact n’a pu me prouver l’existence de Dieu. Et on me demande de croire, croire, croire. Mais comment est-ce que je puis croire quelque chose qui est impossible à prouver ? »

Ægidius se tait. Tel un enfant honteux qui aurait posé un geste qu’il sait inacceptable, il ose à peine lever les yeux vers son oncle. Il conclut son témoignage :

« Dans de telles condition, je ne peux pas, en toute bonne foi, joindre l’église. Je ne serais rien d’autre qu’un hypocrite. »

La main de l’abbé se resserre doucement sur l’épaule du jeune homme qui comprend que ce geste se veut réconfortant. Il rajoute :

« Je suis désolé mon oncle, je ne voulais pas vous manquer de respect, ni à vous ni à vos croyances. »

L’homme fait un sourire triste. Soupirant lui aussi, il répond ;

« Non Ægidius. En te confiant à moi, en me disant une vérité qui va en sens contraire de mes convictions, tu me témoigne d’une grande confiance. Tu me démontres que tu me sais capable de comprendre malgré nos différents points de vue. Ce n’est pas me manquer de respect, ça. Bien au contraire. Et t’as pas à cesser de me tutoyer non plus. »

Ces paroles rassurent le jeune homme. Celui-ci lève enfin les yeux pour regarder en face son oncle qui poursuit :

« Tu sais Ægidius, tu es peut-être juste trop intelligent pour joindre l’église. Toute ta vie, je te voyais aller. Tu as toujours été curieux, fasciné par les détails, toujours à chercher le comment du pourquoi. Tu es né avec un esprit qui a une grande soif de connaissances. Tu as un cerveau logique, mathématique. Pour toi, chaque réaction doit correspondre à une action antérieure. Tu as l’esprit d’un savant, mon petit. Et dans de telles conditions, en effet, ce serait du gaspillage de le perdre dans un environnement dans lequel ni toi ni ton intelligence ne pourrait s’épanouir. Tout comme l’église n’a pas vraiment besoin dans ses rangs de quelqu’un qui va répondre Euh, ben, on n’a pas de preuves scientifique là, là, mais…à quelqu’un qui va lui demander si Dieu existe. »

Bien que le jeune homme soit un peu embarrassé, l’amusante image mentale qu’il se fait de cette scène met sur son visage un petit sourire amusé.

« Tu me demandes si Dieu existe, mon cher neveu ? Je ne te donnerai pas de paraboles ni de réponses floues. Je vais te donner la réponse la plus logique qui soit pour cette question : Si on le savait, on serait des savants. Mais nous, nous croyons. Nous sommes donc des croyants. La science et la foi sont deux choses qui n’ont aucun rapport entre elles. Essayer d’utiliser le premier pour expliquer le second, c’est comme essayer d’utiliser une règle de grammaire pour résoudre une équation mathématique. Ça ne se fait juste pas. Tu comprends ? »

Pendant quelques secondes, Ægidius semble réfléchir. Puis, il redresse la tête. Tout en regardant son oncle, il acquiesce d’un signe de tête.

« Ce que je comprends… C’est que je ne peux pas comprendre, finalement. »
« T’as tout compris ! »

Ægidius pose sa main sur celle de son oncle. Les deux hommes se regardent. Bien qu’ils comprennent qu’ils ne verront jamais les choses du même œil, ça ne les empêche pas de ressentir ce soutient et ce respect qui les unis. Pierre-Louis conclut avec ces paroles rassurantes :

« Allez, ne t’en fais pas. T’as pas la vocation ? T’as pas la vocation, voilà tout. De toutes façons, avec moi, mon cousin Joseph-Anselme, et mon autre neveu Adélard, il y a déjà bien assez de Fauteux comme ça dans les ordres. L’honneur de la famille est plus que sauf. »

L’homme se lève et invite son neveu à faire de même.

« Remarque, si comme Saint-Thomas tu as besoin de voir pour croire, j’ai justement l’homme qu’il te faut ici. Tu connais notre portier, Alfred Béssette ? »
« Le petit monsieur au cheveux blancs qui m’a accueilli à la descente du tramway ? »
« C’est ça ! Si je te dis le frère André ? »
« Le guérisseur ? Celui dont on parle dans les journaux ? »
« Celui-là même. Eh bien c’est lui ! »

Ægidius se montre fort incrédule.

« Voyons donc ? Le petit monsieur malade, là ? C’est lui le frère André ? C’est votre guérisseur, ça ? Soyons sérieux, il est tellement mal en point qu’il ne passera pas l’hiver. Il a un rhume carabiné en plein mois de juin. Si jamais il éternue, il va se dévier la colonne. »
« Et pourtant, depuis 1877, soit depuis vingt-deux ans, ses dons de thaumaturge sont des faits reconnus et archivés dans nos… »

L’abbé est interrompu alors que l’on cogne à la porte de son bureau.

« Entrez ! »

La porte s’ouvre, Frère Anselme entre, visiblement ennuyé.

« Je suis désolé de vous déranger Monsieur le Directeur, mais on vient de recevoir des inspecteurs des autorités sanitaires de la ville, à cause du vieux graisseux, encore. Ils vous attendent en bas. »
« Merci Frère Anselme, j’arrive tout de suite. »

Le Frère Anselme se retire promptement, toujours avec cet air en rogne au visage. Ægidius est perplexe.

« Le vieux graisseux? » S’interroge-t-il.
« Le frère André, justement. Sa manie de brûler de l’huile d’olive devant sa statue de St-Joseph lui a valu ce triste sobriquet de la part de certains autres frères. Il faut dire qu’il est un peu simple d’esprit. Ses frasques ont le don d’irriter la confrérie qui ne l’apprécient pas tellement. »

Ægidius, perplexe, se gratte la tête.

« Eh bien ! Un guérisseur malade que même sa propre congrégation ne respecte pas. Si c’est ça qui est supposé me donner la foi, c’est qu’on croit vraiment aux miracles. »

Et maintenant que j’ai rendu la chose publique, me voilà bien obligé de continuer, et éventuellement d’achever.  😉

Comment le fait d’être un Bon Gars a ruiné ma vie sociale, amoureuse et sexuelle (Conclusion)

Comme on a pu le voir si on a passé à travers le long chapitre précédent, c’est à l’âge de 28 ans que je me suis rendu compte que je faisais fausse route avec toutes mes règles et tous mes beaux principes moraux.  Car dans un monde où personne n’est parfait et irréprochable, je croyais que m’efforcer à l’être allait faire de moi un exemple à suivre.  Hélas, j’étais plutôt celui qui faisait sans cesse prendre conscience aux autres de leurs défauts.  Au lieu de les aider à grandir, je les rabaissais. Dans de telles conditions, pas étonnant que je me retrouvais toujours à l’écart de la société, rejeté par mes pairs.

Et le pire, c’est que mes comportements parfaits et irréprochables, je ne les avais pas parce que c’était naturel chez moi d’agir ainsi, mais bien parce que c’était la bonne façon d’agir.  Par conséquent, me voilà, à 28 ans, sans la moindre idée de ce que je suis vraiment. Je me suis menti à moi-même sur mon propre compte.  Je me suis emprisonné.  En m’en rendant compte, j’ai décidé qu’il était plus que temps que je découvre qui était Steve Requin. Et la seule façon d’y parvenir, c’est de laisser libre cours à mes envies, de me laisser aller à expérimenter.  Bien sûr, ce ne fut pas instantané.  Je me gardais tout de même une petite retenue afin de ne pas tomber dans le piège des extrêmes si bien décrit dans le proverbe trop, c’est comme pas assez. Ça a pris au moins deux ans avant que je puisse dire qu’il y a vraiment eu apprentissage, tout en me permettant de constater des changements que ça m’a apporté dans ma vie.

L’alcool
J’ai commencé à en prendre dans les occasions sociales, les sorties en groupe, les soupers entre amis, et je me suis même saoulé la gueule à quelques reprises. Sur ce dernier point, je dois dire que le fait d’être resté sobre toute ma vie m’a apporté quelques avantages. D’abord, sans jamais avoir bâti de résistance à l’alcool, je saoule vite, alors ça ne coûte pas cher. Une demie bière et je commence à chanter du Elvis. Plus d’une, et tout me rend hilare et joyeux.  Apparemment, comme on dit en Europe, j’ai le vin gai, dans le sens non-sexuel du terme.  Et puisque l’alcool fait perdre les inhibitions et fait ressortir la vraie personnalité, alors ça m’a démontré que je suis une personne positive et heureuse de nature. C’est toujours bon à savoir.

En buvant, j’ai appris que je n’était pas tellement amateur de bière ou de vin.  Trop amer pour mes papilles.  Par contre, le fort, le mousseux, les liqueurs et les cocktails ont majoritairement des goûts qui me sont fort plaisants.  À une époque, j’ai même acheté des bouteilles de rhum pour me faire quelques rhum & coke maison.  Au bout d’un mois je me suis rendu compte que je ne suis pas confortable avec le concept de boire seul.  J’ai donc cessé.  Aujourd’hui, je sais ce que je suis: Un buveur social, modéré, rapide à saouler mais également vite à dégriser.

La drogue
Je n’ai jamais recherché activement à en consommer, mais j’ai accepté de l’expérimenter les trois fois où j’en ai eu l’occasion:

  • La première fois fut lorsque l’on m’a offert de partager un joint de mari à 29 ans. Je n’aime pas fumer la cigarette, j’ai vu que j’aimais encore moins fumer du pot. Il n’y a donc pas eu de suite.
  • Lors d’une soirée entre amis, à 29 ans également, ma coloc de l’époque m’a offert du mush.  Je n’ai pas aimé la façon dont cette drogue faussait ma perception visuelle des distances.  Il n’y a pas eu de suite.
  • Enfin, à 43 ans, l’an dernier, j’ai essayé la cocaïne.  Bien que ce fut une expérience positive à 100%, tout le monde sait très bien que son usage régulier, même à court terme, a des conséquences néfastes sur la santé, les finances et la Justice. Il n’y aura donc jamais de suite, ni pour celle-ci, ni pour quelque autre drogue. Consommer, ce n’est tout simplement pas moi.

Mon comportement avec les autres
Lorsque je vois les gens faire des erreurs ou avoir un mauvais comportement, je ne leur en parle pas, et surtout je ne leur fais plus la morale.  Je comprends qu’il y a mille raisons, allant de leur personnalité naturelle jusqu’à leurs expériences de vie, en passant par leur environnement familial, qui les fait agir ainsi. Si on me demande conseils et commentaires, à ce moment-là je le fais, pour peu que j’ai quelque chose de pertinent à dire sur le sujet.  Sinon, je me tais et j’écoute.  Au pire, je me permet de donner mon avis non-sollicité, mais seulement si je vois que la personne se dirige droit vers une catastrophe grave, ce qui ferait de moi un complice de son malheur d’avoir gardé le silence.

Cependant, ne pouvant pas nier mon naturel à prêcher le « Selon mon expérience de vie, il vaudrait mieux dans telle situation que bla bla bla »  j’ai créé un blog nommé Mes Prétentions de Sagesse. 😉

Mes relations avec les autres
Un truc que je n’avais pas constaté à prime abord, c’est que contrairement à ce que je pensais, je n’étais pas une personne que tout le monde fuit.  Oui, d’accord, que ce soit Daniella, Isabelle, Océane ou d’innombrables autres, on m’a fuit un nombre incalculable de fois.  N’empêche qu’avant de me fuir à cause de mon comportement merdique et ma personnalité jugementale, elles m’avaient d’abord trouvé assez intéressant pour m’approcher.  Maintenant que j’ai cessé d’être chiant, on m’approche toujours, et non seulement je me fais des amis qui ne me fuient pas, on me voit comme un gars cool et je reçois régulièrement des invitations à sortir et/ou faire le party.  C’est d’ailleurs à l’âge de 29 ans que j’ai eu droit à mon tout premier surprise-party d’anniversaire, avec plus d’une trentaine d’amis et connaissances. De toute ma vie jusque-là, jamais je n’avais été apprécié à ce point.

Ma naïveté
Disons que maintenant, je ne prends plus au pied de la lettre tout ce qu’on me dit.  Je comprends que les gens peuvent changer d’idée, tout comme je comprends qu’ils peuvent mentir dans le but de se protéger, tout comme je comprends que parfois ils peuvent donner une fausse raison de (ne pas) vouloir quelque chose, afin de ne pas faire d’histoires.  La preuve de ce dernier cas: en 1998, soit deux ans après mon aventure avec Océane, j’ai fait ce petit dessin qui représente un moment vécu à la fin de la fameuse soirée où elle était venue chez moi.

Ça montre que j’ai fini par comprendre que quand une fille te dit « T’es pas obligé de », ça signifie souvent « Je préférerais que tu t’abstiennes de ».

Parlant de filles:

Mes relations avec les filles
Fini d’être le passif qui espère dans la lâcheté. Maintenant, je suis fonceur.  Lorsqu’une fille me plait, je le lui fait savoir, en gestes et/ou en paroles. Mais attention: Être fonceur ne signifie pas s’imposer de force à l’autre.  Ma mentalité sur le sujet est:  N’attends jamais après son OUI, mais respecte toujours son NON.  Quant à celles qui me draguent, mon acceptation ou mon refus ne se base plus que sur deux choses:

  1. Le niveau de mon désir pour elle.
  2. Ma capacité morale d’assumer ou non les conséquences d’avoir une relation avec elle.

Tout le reste, son âge, sa race, sa religion, son statut de couple, n’entre plus du tout en ligne de compte. Parce que lorsqu’il y a attirance et amour entre deux personnes, elle sauront toutes les deux faire en sorte de modifier leurs situations, histoire d’enlever tout obstacle les empêchant de s’aimer.

Exemple concret: Moi! Vous savez que je suis célibataire depuis décembre 2011, soit depuis la fin de ma relation avec Karine qui a duré 12½ ans.   Eh bien je vous annonce que depuis le 28 juin 2013, je suis en couple avec celle que je considère comme étant mon match parfait. Lorsque je l’ai rencontrée, elle avait déjà un homme en vue depuis quelques temps. Son coeur était donc pris, ou du moins réservé. Mais voilà, nous sommes tellement semblables là où ça compte, tellement compatibles,  qu’il a bien fallu se rendre à l’évidence que nous étions faits l’un pour l’autre, et ce malgré qu’elle a 25 ans et moi 44.  Contrairement à mon aventure avec Océane où nos 9 ans de différence me dérangeait, cette fois je n’ai pas pris ce détail en considération:  Je lui ai fait savoir qu’elle m’intéressait, que je la désirais. Car  contrairement à mon aventure avec Isabelle, le fait qu’elle avait déjà quelqu’un dans son coeur et/ou dans son lit n’avait aucune importance pour moi.

Hélas, devant mes avances, elle a reculé.  J’ai accepté son refus.  Je suis entré dans la friendzone et nous sommes restés bons amis, continuant de nous voir et de passer de bons moments ensemble. Et vous savez quoi? J’aimais tellement l’avoir dans ma vie que je me foutais que ce soit juste en amie, pourvu qu’elle y soit.

Puis, avec le temps, elle a constaté avoir elle-même des sentiments pour moi.  Elle est revenue sur sa décision, a renoncé à l’autre gars, et m’a déclaré son amour.  Eh oui, comme dans mon aventure avec Daniella, j’ai été dé-friendzoné!  ÇA ARRIVE! 😀  Sauf que cette fois-ci, j’ai compris et j’en ai profité.

En tout cas, une chose est sure: Elle n’aurait pas développé ces sentiments de son côté si j’avais agi avec elle comme un loser, un Nice Guy, un soi-disant bon gars, après qu’elle ait refusé mes avances.  Car en effet, après son refus, je ne lui ai exprimé aucune peine, aucune déception, aucune rancoeur, aucun ressentiment face à notre statut d’amis platoniques.  Normal: Je n’en ressentais pas. C’est là que j’ai compris que quand on aime sincèrement une personne, on n’a pas de sentiments négatifs à son sujet lorsque cet amour n’est pas réciproque.  Si on en a, c’est parce qu’il s’agit de possessivité, de jalousie, de dépendance affective, bref, n’importe quoi sauf de l’amour.  Mais là, c’en était!

Depuis, nous vivons tous les deux dans le bonheur parfait, un bonheur dont je nous aurais privé si, comme dans ma période pré-Océane, j’avais pris à sa place la décision comme quoi elle ne peut pas vraiment vouloir de moi, « parce que ça aurait été injuste pour l’autre gars », et à cause de notre différence d’âge. J’ai écouté mon coeur.  J’ai écouté mes envies.  Je me suis écouté moi.  Et surtout, je savais qui était le véritable moi:  Quelqu’un qui ne voulait pas passer à côté de l’opportunité unique de partager sa vie avec la personne qui est (par)faite pour lui.

Maintenant, je ne suis peut-être pas un Bon Gars au comportement parfait et irréprochable.  Mais au moins, j’ai le mérite d’être moi Et vous savez quoi?  Ça me réussit beaucoup plus que d’essayer d’être quelque chose que je ne serai jamais et que, dans le fond, personne ne m’a jamais demandé d’être.

Se faire connaitre pour les bonnes raisons

Sans pour autant le crier sur tous les toits, je n’ai jamais caché le fait que depuis ma plus tendre enfance, j’ai l’ambition de devenir une personnalité publique.  Je vais laisser les psychologues débattre au sujet de ma supposée enfance malheureuse et des carences psychologiques qui ont fait de moi un pauvre malheureux dépendant affectif en quête d’attention et d’approbation afin de compenser les complexes causés par la taille de son pénis, et passer au sujet principal de cet article.

Il y a plusieurs façons d’attirer l’attention:

  • La façon accidentelle, qui est due au hasard. Genre, tu as été mêlé(e) à quelque chose de gros hors de ton contrôle.
  • La façon légitime, par ton talent, ton intelligence, ton humour.
  • Et puis, pour ceux qui veulent à tout prix se faire remarquer, il y a la façon facile: Dire et faire n’importe quoi, pourvu que ça choque le plus grand nombre de personne possible.  Et la raison pourquoi c’est la façon facile, c’est tout simplement parce que déplaire a toujours été plus facile que plaire.

11 décembre 2009, St-Lin Laurentides, 9 :00 am.  En compagnie d’une douzaine d’autres, je suis dans le bus aux couleurs des XXIes Jeux olympiques d’hiver, sponsorisé par la RBC et Coca-Cola. Nous faisons partie des douze mille coureurs qui vont se relayer la flamme à travers le Canada, avant que celle-ci arrive à Vancouver le 12 février suivant pour marquer le début des jeux olympiques d’hiver de 2010.

Quelques mois plus tôt, j’avais répondu à une publicité de la RBC dans laquelle ils recherchaient des volontaires pour faire partie du relai de la flamme.  Le questionnaire demandait la raison pour laquelle nous tenions à participer, et en quoi nous pouvions être un exemple pour la communauté.  J’ai répondu que, jusqu’à l’âge de 39 ans deux ans plus tôt, j’avais toujours été un sédentaire qui se souciait peu de sa santé, et que je me suis finalement pris en main à l’âge de 40 ans.  Courir en portant le flambeau olympique deux ans plus tard démontrerait qu’il n’est jamais trop tard pour commencer à prendre soin de soi et de s’améliorer.

Puisque l’on pouvait choisir notre date de participation, j’ai demandé le 11 décembre. À ce moment-là, la flamme passera à St-Lin Laurentides.  C’est loin de Montréal mais tout de même accessible.  J’ai choisi cette date en l’honneur de Karine, alors ma conjointe.  D’abord parce que c’est sa date d’anniversaire, mais aussi parce que cette année-là ça faisait 10 ans que nous étions ensemble.  C’était ma façon de célébrer cet événement, tout en lui montrant que j’étais toujours aussi amoureux d’elle.  Ou, comme disent les anglos, that I was still carrying the torch for her.

Ma candidature a été approuvée.  J’ai passé les semaines suivantes à m’entrainer. Un mois avant la course, je prends des pics de moi, histoire de me vanter sur Facebook de mon nouveau physique d’athlète.

Et deux semaines avant la course je recevais par la poste le colis tant attendu: Mon kit de coureur:

Maintenant, dans le bus avec les autres candidats qui se relayeront la flamme à travers St-Lin, je me fais accoster par le coureur qui va me précéder. Il me suggère que, au moment où il va me passer le flambeau, nous fassions une petite danse synchronisée avant de mettre nos torches en contact.  Je refuse!  D’abord, je ne vaux rien en danse, encore moins synchronisée. Mais surtout, cet événement signifie beaucoup pour moi et pour mon couple, alors je prends cette cérémonie au sérieux.  J’ai beau vouloir me faire remarquer, ce n’est pas une raison pour le faire de façon ridicule.

Le bus me débarque au coin où je dois attendre mon prédécesseur.  Mes parents viennent me rejoindre.  Karine est quelque part, hors de vue, à prendre des photos et à filmer.  Une… euh… Sainte-Linotte (comment appelle-t-on les résidents de St-Lin?) vient me voir et demande si elle peut se faire prendre en photo avec moi. J’accepte avec joie.  Malgré le venteux -20°C qu’il fait en ce moment, c’est je genre de chose qui fait chaud au coeur.

Peu après, un officiel vient ouvrir la réserve de gaz dans le manche de ma torche.  Le coureur arrive.  Il me demande une dernière fois si j’ai pensé à une chorégraphie.  Je réponds que non.  Nos torches se touchent, la mienne s’enflamme,  je me retourne, je salue au hasard puisque je ne sais pas où est Karine, et c’est parti pour mon segment de trois-cent mètres de course en portant fièrement le flambeau olympique. Deux hommes courent avec moi.  Ce sont des agents de la GRC, et des marathoniens d’expérience.  Ces dernières années, trop souvent des passants en mal de publicité ont tenté d’éteindre la flamme. Leur travail est de la protéger.

Tandis que je cours, je constate que mon segment passe par dessus un pont qui enjambe une petite rivière.  Tout marathoniens qu’ils sont, il suffirait que je bifurque brusquement et lance ma torche dans l’eau, jamais ils n’auraient le temps de m’en empêcher. En quelques minutes, une partie de la vingtaine de gens qui me filment mettraient leurs vidéos sur Facebook et YouTube. En une heure, les images de mon geste auraient fait plusieurs fois le tour de la planète. Le lendemain, les journaux de presque tous les pays du monde en parleraient, certaine d’entre eux en couverture.  Tout le monde connaitrait mon nom.  Tout le monde saurait qui je suis.  Mon visage cesserait d’être anonyme.  Enfin, le rêve de ma vie serait réalisé.  Je deviendrais une personnalité publique, et ce à l’échelle planétaire.

Mais voilà; je suis un auteur, un illustrateur, un blogueur, un scénariste, un bédéiste. C’est dans ces domaines-là que je veux me faire connaître.  Et si j’ai à me faire connaître, je veux que ce soit pour des raisons positives. Pour mon talent.  Pour mon humour. Pour mon imagination. Si je balance la torche à la flotte, aux yeux du monde, je ne serai rien de tout ça.  Je ne serai rien rien d’autre que celui qui a balancé la torche à la flotte.  

C’est sûr, ce geste pourrait me valoir un bon million de fans à travers le monde.  Mais quel genre de fans, au juste? Des anarchistes?  Des haters de tout ce qui est événement populaire? Des maigres/gros/faibles qui ont toujours été nuls en sports à l’école et qui regardent avec haine tout ce qui est compétition physique?  Est-ce que je veux vraiment devenir une icône pour ces gens-là?  Est-ce que je suis d’accord pour représenter tout ce que je ne suis pas, juste parce que, en ce moment, pour la seule et unique fois de ma vie, je tiens littéralement dans ma main le moyen le plus rapide et le plus efficace de me faire connaître partout à travers le monde?

La réponse est non!  Je préfère bien faire et rester anonyme que d’être connu pour avoir mal fait.

Voilà pourquoi, même si l’idée m’est venue en tête tandis que je courais sur le pont, jamais la tentation de le faire ne m’a le moindrement effleuré. J’ai poursuivi ma course et, au bout de mes trois cent mètres, j’ai utilisé ma torche pour allumer celle de mon successeur, et j’ai fièrement assisté à la poursuite de son chemin.

Le destin m’a offert une opportunité unique de sortir de l’anonymat, et c’est sans regret que je l’ai déclinée.  Je n’aurai jamais un million de gens qui m’admirent pour avoir ruiné le relai du flambeau olympique.  Par contre, ce que j’ai eu, c’est une dizaine de personnes qui ont été fières de moi pour avoir contribué à sa bonne marche.  Non la moindre était Karine, celle pour qui je l’ai fait.

Et ça, avoir la reconnaissance et l’approbation de gens proches, des gens qui comptent vraiment pour nous, ça vaut toutes les gloires publiques qui ne sont toujours, de toutes façons, que bien éphémères.

Se rendre hommage à soi-même

Le texte qui suit a été écrit l’été dernier alors que je venais de quitter mon emploi dans un garage de bus en raison de douleurs aux articulations des coudes causées par la manipulation constante de la pompe à diesel:

Une bonne partie de ma vie, de la mi-vingtaine à la fin de la trentaine, je me suis souvent considéré comme étant un loser. Même si je n’avais plus depuis longtemps l’attitude qui fait de quelqu’un un loser, on aurait pu croire que la vie et le destin s’acharnait sur ma pauvre petite personne pour me faire échouer la majorité de ce que j’entreprenais.  J’avais même une page web intitulée La Zone Requin (2003-2009) dans laquelle je partageais sous forme de textes une quarantaine d’anecdotes négatives, toutes vécues. Et bien qu’un tiers de celles-ci démontraient clairement que certains de mes malheurs étaient causés par ma maladresse, mes mauvaises décisions ou ma stupidité, il reste que les autres échecs étaient dus à des circonstances indépendantes de ma volonté. Donc que oui, c’était le hasard et la vie qui semblait vouloir s’acharner contre moi. Même si j’ai toujours été trop terre-à-terre pour y croire vraiment,  je ne pouvais pas nier l’évidence lorsque ça arrivait.  Et à chaque échec, toujours je récitais une variation de la phrase suivante: « Quand n’importe qui fait ____(insérer geste quelconque)____, ça fonctionne.  Mais quand c’est moi, ___(insérer preuve de fail)___ ».  Exemple récent : Quand n’importe qui fait du jogging, il améliore sa condition physique.  Mais quand c’est moi, je développe une fasciite plantaire qui me handicape dans mon quotidien, pour la vie. Ou encore plus actuel: Tout le monde est capable de manipuler une pompe à essence, mais quand c’est moi je me fais des problèmes aux coudes.

Pourtant, je réalise que depuis que j’ai découvert les trois raisons possibles de l’échec, je ne suis plus du tout porté à avoir cette mentalité.  Mieux encore; quand je repense à mon passé de loser, je constate un truc important: Ce que je n’avais pas considéré à l’époque, c’est qu’il y avait une raison logique pourquoi j’essuyais beaucoup plus d’échecs que la moyenne des gens. Et cette raison, la voici:

Les autres, dans leur jeunesse, pendant leurs études, découvrent la voie qui leur convient le mieux.  Ils vont tout naturellement vers la branche dans laquelle ils ont le plus d’aptitudes, ne mettant des efforts que dans les aires où ils ont déjà du talent ou des prédispositions.  Ils restent donc dans leurs zones de confort. Dans ces conditions, on peut quasiment dire qu’ils vont pour la voie facile. Et lorsque l’on ne se consacre qu’à un seul domaine, il est normal de s’y améliorer, de développer une expertise, ce qui fait d’eux des succès, des gens talentueux, des gens pour qui la réussite dans leur domaine vient tout naturellement.

Moi, de mon côté, je n’ai rien d’exceptionnel.  Je suis un gars ben ordinaire, avec mes forces et mes faiblesses.  La différence, c’est que j’ai toujours refusé de n’être cloitré que dans ma petite palette de possibilités.  C’est pourquoi je suis toujours en train d’essayer de nouvelles choses, d’explorer d’autres facettes. En fait, ce n’est pas un refus, ni une décision volontaire. C’est dans ma personnalité, ma nature profonde.

Et voilà ce qui est la source de ce qui est perçu comme étant du loserisme à mon sujet: Les autres gens essayent peu de choses, et ce qu’ils essayent est rarement situé au-delà de leur zone de confort.  Par conséquent, ils subissent peu d’échecs et récoltent beaucoup de victoires. Tandis que moi, je fais beaucoup d’essai dans beaucoup de domaines variés, et je n’arrête jamais, ayant toujours une nouvelle voie à explorer.

Donc, en faisant dix fois plus de trucs que la moyenne des gens, il est tout à fait normal que mon ratio de fail soit dix fois plus élevé que celui des autres.

Surtout que je me donne toujours le genre de buts que la majorité des gens, dans le même domaine, n’atteignent pas.  Par exemple, la majorité des joggers de longue expérience sont contents de juste jogger deux, cinq, dix kilomètres et  de rentrer chez eux ensuite pour une douche, satisfaits de ne se livrer à cette activité que pour garder la forme. Moi, débutant dans la course à 42 ans, je me donne immédiatement le but ultime de la course à pieds: Faire un marathon. Je confond aller jusqu’au bout avec pousser les choses à bout.  C’est sûr que ça m’a fait passer de pouvoir courir 200 mètres à 5 Km en quatre mois. Mais si je m’étais contenté de ne courir que trois jours par semaine, comme le font les coureurs sérieux, j’aurais obtenu les mêmes bénéfices et fait les mêmes progrès dans le même laps de temps. Mais moi, je courrais sept jours semaine, sans laisser le temps à mes jambes de récupérer. Pas étonnant que dans ces conditions-là, je me suis cassé la gueule.

À quelque chose malheur est bon, que dit le proverbe.  Et c’est vrai! D’accord, je suis maintenant handicapé, probablement à vie. Mais en même temps, ça m’a permis d’être en paix avec tellement de choses que je ne comprenais pas à mon propre sujet.  Par exemple, je sais maintenant que  mes pieds sont arqués et une de mes jambes est croche.  Ça m’explique enfin pourquoi je ne valais rien en course à l’école, pourquoi courir trop vite me fait perdre l’équilibre, pourquoi je suis incapable d’avancer correctement en patin, en rollerblades, en ski. Maintenant, à l’âge de 44 ans, je peux enfin comprendre que ce n’était pas du loserisme ni de l’acharnement de la vie à me faire échouer sans raisons. Ce n’était qu’un handicap physique naturel et non-apparent. Il y avait vraiment une raison logique derrière ceci.

En réalité, je ne suis pas un gars plus malchanceux que les autres.  En fait, selon la loi des moyennes, je suis même plus winner que la majorité. Il n’y a qu’à faire une liste partielle de mes accomplissements pour le constater :

  • Je fais parfois de l’embonpoint, mais qui comme moi a réussi si bien à perdre du poids à se mettre en forme?  Non pas une, non pas deux mais bien trois fois?
  • Je ne peux plus courir, mais qui à 42 ans est passé de sédentaire pouvant ne faire que 200 mètres, à athlétique pouvant courir 5 km non-stop ?
  • J’ai rarement réussi à vivre de l’écriture, mais combien de gens parmi ceux qui le font ont réussi à écrire un texte viral, comme ma liste des noms de familles qui est sans cesse citée dans les journaux, les magazines, à la radio, à la télé et partout sur le net depuis 1997?
  • Qui peut se vanter d’avoir sa propre page sur Wikipedia?
  • Je ne peux plus travailler, mais qui comme moi a réussi à se mettre de côté 1/3 de sa paye pendant 8 mois, ce qui me permettrait de vivre 2-3 mois de vacances si je le voulais, sans vivre au crochets du chômage, du BS ou d’une tierce personne ?

Sans oublier ce que la nature m’a donné :

  • Combien d’hommes de 5 pieds 7 pouces sont nés d’une union entre une mère de 5 pieds 2 et d’un père de 5 pieds 1?
  • Qui peut se vanter d’avoir un ancêtre aussi important dans l’Histoire du Québec (au sujet de l’Histoire du Québec, justement) que Aegidius Fauteux ?
  • Rien de ce qui rend les gens accros n’a de prise sur moi : Alcool, drogue, cigarette, jeu.  Et maintenant, je peux même rajouter : Sexe et dépendance affective.

D’accord, ma liste d’échec est peut-être dix fois plus grande que celle de n’importe qui.  N’empêche que le nombre de mes réussites bat également à plate couture la liste de réussite de n’importe qui.  J’ai beau être un gars bien ordinaire, ça prendrait quelqu’un d’assez exceptionnel pour réussir à me surpasser dans tout ce que j’ai accompli.

Je me souviens qu’après l’avoir écrit, j’ai finalement décidé de ne pas mettre ce texte sur mon blog.  Un peu par modestie, mais surtout par orgueil, ne voulant pas être accusé d’avoir la tête enflée, de me prendre pour un autre. Et puis, j’ai vu la chose sous un angle réaliste.  Celui-ci tient en deux points:

  1. Si ça se trouve, ceux qui vont m’accuser de me prendre pour un autre en me vantant d’être un winner, ce sont les mêmes gens qui m’accusaient de faire dans la victimisation avec mes textes de La Zone Requin démontrant que j’étais un loser.  Pourquoi est-ce que je me laisserais influencer sur ce que je fais ou non par des imbéciles qui cherchent tellement à dénigrer les autres qu’ils sont prêt à se contredire de manière aussi flagrante?
  2. Mon blog sert à partager les réflexions et les expériences qui m’ont aidé à avancer dans la vie. Des réflexions et expériences propres à inspirer positivement ceux qui traversent les mêmes moments difficiles que j’ai eu moi-même à passer. Ce billet montre que même quand tout va mal, ça ne change rien au positif que l’on vit, et ça n’affecte nullement ce que l’on a réussi à accomplir. Dans ce sens, ce billet est nullement différent des autres que j’ai écrit ici.

Une rupture harmonieuse, c’est possible.

Au début de la relation en 1999, nous avions presque tout en commun. Nous finissions tous les deux le cégep, nous commencions à travailler pour deux grandes compagnies (Air Canada et Météomedia), nous n’avions encore jamais rencontrés un membre de l’autre sexe avec qui nous nous entendions aussi bien, elle sortait de chez ses parents, je sortais de chez mon ex, et surtout nous avions tous les deux des aspirations artistiques (Je commençais à Safarir, elle commençait à illustrer des livres pour enfants.) Bref, nous étions faits l’un pour l’autre.

Puis, peu à peu, avec les années, nous avons, chacun de notre côté, accumulés des goûts, des projets, des passe-temps, et des passions qui ne plaisaient qu’à l’un mais pas à l’autre. Qu’importe! Nous étions fiers de dire que la réussite de notre vie de couple se basait sur le respect de l’individualité:

  • Elle avait son univers, avec ses amis, ses activités, les choses qu’elle aime.
  • J’avais mon univers, avec mes amis, mes activités, les choses que j’aime.
  • Et nous avions notre univers commun avec nos amis commun, nos activités communes, les choses que nous aimons en commun.

Sauf que, avec les années, notre univers commun a de plus en plus diminué, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus grand chose. Sans que l’on s’en aperçoive, ça a influencé notre vie de couple. De deux personnes sincèrement amoureuses, nous sommes peu à peu devenus, lors deux ou trois dernières années ensemble, rien de plus que grands amis proches et colocs. Lorsqu’elle a réalisé qu’elle était en train de tomber en amour avec un autre, nous n’avons pas eu le choix de constater ce changement. Après quelques jours de réflexion, nous avons décidé qu’il ne servait à rien de continuer de vivre en tant que couple. Nous y avons donc mis officiellement fin.  Entre nous!

Car oui, nous avions décidé de garder la chose secrète pendant quelques mois. C’est parce qu’après douze ans et demi ensemble, notre vie commune ne peut pas cesser d’être commune du jour au lendemain. Les réécritures de testaments, les assurances-vies, la séparation des biens, tout ça demande temps, réflexion et travail. Et sans vouloir pointer du doigt qui que ce soit, il reste que les gens qui entourent les deux ex ont trop souvent le réflexe de les monter l’un contre l’autre, juste au moment où ce genre de chose pourrait leur être le plus nuisible. Aussi, nous tenions à ce que la transition se fasse en douceur et en harmonie. Donc, entre nous, personne d’autre.

Le hasard a fait en sorte que nous perdions au même moment une importante partie de notre vie de couple des huit années précédentes: Notre logement. Notre nouveau propriétaire a reçu une subvention pour rénover le bloc en entier, il aurait donc fallu quitter la place pendant trois mois. Cependant, il nous a demandé de lui faire une faveur, soit de ne pas revenir, car il souhaiterait y loger de sa famille immédiate. Nous sommes donc partis chacun de notre côté, chacun dans son nouveau logement.

Même si l’amour que nous ressentions l’un pour l’autre n’existe plus, il n’a jamais été remplacé par de la haine, du ressentiment, de la frustration ou des regrets. Il a juste disparu, c’est tout. Nous sommes encore amis très proche, et nous nous considérons toujours comme étant membres d’une même famille. Nous avons chacun les clés de chez l’autre, ce qui fait que je me suis occupé de ses poubelles et son courrier pendant ses vacances, et qu’elle s’est occupée de mon chat (anciennement notre chat) pendant les miennes.

Aujourd’hui, chacun habitués à sa nouvelle routine de vie individuelle, nous continuons de communiquer et nous sommes toujours autant en harmonie. Elle a été ma meilleure relation. Elle est devenue ma meilleure séparation. Je pense que, selon les circonstances, je ne peux rien demander de plus.

On considère que le couple, c’est un travail d’équipe. On l’a construit avec patience, une étape à la fois, et c’est de cette même façon que nous l’avons déconstruit. Parce que le contraire de « Construire », ce n’est pas obligé d’être « Détruire ».

Rouler avec les coups

Il y a des gens qui sont moins prédisposés que les autres à certaines activités physiques. Ce fut mon cas pour mes 42 premières années de vie au sujet de la course à pied, autant côté vitesse que côté endurance. Et ce qui n’a pas aidé quand j’allais à l’école, c’est que mon anniversaire est le 21 juillet, soit exactement au milieu des vacances d’été.  Alors que la majorité finissaient leur année scolaire un an plus vieux, moi je gardais le même âge tout le long de l’année scolaire. Ça signifie que j’étais toujours le plus jeune. Et à une période de vie où quelques mois peuvent faire toute la différence dans ta croissance, j’étais, par conséquent, un des moins développé physiquement. J’ai donc toujours été, sans exception, le dernier en gym, et ce de la première année au primaire jusqu’en 5e secondaire.

Et au secondaire, à un âge où les apparences comptent, être le plus petit, le plus maigre, le moins bon en sports, le plus faible, ça te rapporte zéro vie sociale. Aucun gars ne veut de ça comme partenaire dans quelconque activité sportive, ni dans sa gang d’amis. Aucune fille ne veut de ça comme chum. La seule attention que l’on attire, c’est celle des abuseurs qui ont besoin d’une cible facile pour pouvoir se sentir supérieur sur au moins une personne, histoire de pouvoir mieux vivre avec leurs propres complexes. Et quand le monde te traite comme de la merde lorsqu’ils sont enfant et adolescents, c’est une habitude qu’ils ne perdent pas une fois rendus adulte. C’est comme ça qu’ils ont été élevés, donc c’est profondément ancré dans leur personnalité. Si seulement j’avais commencé l’école un an en retard, aucun de ces problèmes ne se seraient manifesté. J’aurais été à égalité avec les autres et j’aurais vécu les mêmes choses que les autres, au lieu d’être toujours mis de côté.

Les imbéciles vont dire qu’il ne faut attacher aucune importance à ce genre de choses, parce que l’apparence, les sports, les amourettes d’ados, plus rien de tout ça n’a guère d’importance lorsque l’on arrive à l’âge adulte. La raison pourquoi je dis que c’est un raisonnement d’imbéciles, c’est que quand tu n’as pas appris à socialiser durant cette importante période de ta vie, tu est alors socialement handicapé une fois rendu adulte. Tu n’es ni à l’aise d’aller vers les autres, ni à l’aise lorsque les autres viennent à toi. Et tôt ou tard, ça sabote toutes tes relations les unes après les autres, furent-elles amicales, amoureuses ou professionnelles. Et si,comme ce fut mon cas, la solitude te fait lire beaucoup, voir beaucoup de films, regarder beaucoup de télé, alors les romans, la télé et le cinéma sont les seuls endroits où l’on peut apprendre comment se comporter en société et dans nos relations avec les autres. Et ça, c’est loin de représenter une réalité dans laquelle tout est ambigu et où personne n’est parfait. Pas étonnant que l’on me trouve aussi chiant, à toujours exiger des autres un comportement irréprochable et des situations claires.

Il suffit parfois de si peu de choses pour faire la différence entre une vie sociale réussie et une perdue d’avance. De toutes façons, être un an en retard n’aurait pas fait de moi un athlète. J’aurais juste été moins handicapé socialement dans mes rapports avec les autres, voilà tout. Le reste, c’est génétique. Tu ne peut pas être un athlète quand tu descends d’une famille de maigrichons sédentaires. Et pourtant, je peux dire que la nature a été généreuse avec moi. Avec une mère faisant 5’2’’ et un père de 5’1’’, c’est un miracle que je sois monté à 5’8″.

Mais je m’égare dans mes trop longues explications, comme d’habitude. Passons au vrai sujet de ce billet:

Vous vous souvenez de tous ces billets que j’écrivais au sujet de mon entrainement il y a un an et un tiers?  À l’âge de 42 ans, j’ai décidé d’attaquer mon plus grand obstacle, mon fail  le plus tenace : La course à pied. Comme ça, en plein hiver, avec une des saisons froides les plus enneigées que l’on a pu avoir au 21e siècle, je m’y suis mis avec détermination. Le 4 décembre 2010, je ne pouvais courir que des segments de 200 mètres avant de m’arrêter, épuisé, à bout de souffle. Il y a un an, le 4 avril 2011, une fois la neige disparue, je pouvais courir non-stop sur 5 km.

Pour la première fois de ma vie, j’avais un but athlétique, et pour la première fois de ma vie, ce but était réalisable : Pouvoir courir le marathon de Montréal, une course d’endurance de 42 km. Et surtout, en ayant ce but, je prouvais une fois pour toutes ce que j’avais passé ma vie à dire : Quand mon succès ou mon échec dépend des autres, peu importe l’effort que je vais y mettre, si l’autre décide que je vais échouer, y’a rien à faire, j’échoue. Mais quand je ne dépend de personne d’autre que de moi-même, je ne peux que réussir.

Eh bien la vie, le hasard, la génétique et le destin ont décidé de me prouver que j’étais dans l’erreur. Moi qui n’a jamais eu de problèmes au pieds, juste au seul et unique moment de ma vie où courir le marathon est mon but, j’ai développé, comme l’a inscrit le podiatre dans mon dossier, une fasciite plantaire aiguë aux deux pieds. Douleurs constantes.  Repos obligatoire. Limiter mes déplacements. Plusieurs longs mois d’exercices et de thérapie. Et oublier la course à pied pendant 6 mois si j’ai une job de bureau, 12 mois si j’ai un travail physique, à condition d’avoir des pieds normaux.

…Mais comme je m’en doutais, le podiatre a confirmé le contraire. J’ai les deux pieds croches, et une jambe dont l’angle de déploiement est de plusieurs degrés trop vers l’extérieur. Bref, de la façon sont fait mes pieds, mes jambes, mes articulations de genoux, je ne suis pas fait pour courir longtemps sur une surface dure et plane. Je ne pourrai donc jamais devenir un marathonien.

Et voilà pourquoi, en plein hiver, pendant quatre mois, j’ai pu me faire accroire le contraire: La neige dans lequel je courais était une surface molle et tout sauf plane. La neige écrasée sous mes pas prenait automatiquement la forme requise pour mon confort en s’adaptant à mes pieds.  C’est ainsi que, pendant quatre mois, j’ai pu améliorer ma résistance, ma force et mon cardio… Résistance, force et cardio sans laquelle je n’aurais pas réussi à courir si longtemps sur une surface plane dès que la neige à fondu, et par conséquent je ne me serais pas handicapé des deux pieds pour la vie, ni n’aurais-je eu à débourser $850.00 de traitements et d’orthèses.

Bref, tout ce que j’ai réussi à faire en améliorant cet aspect de mon physique, c’est de me permettre de le rendre pire que jamais, et ce pour le reste de mes jours.

Et vous savez quoi? Ça m’a quelque peu dérangé, mais pas outre-mesure. Suite à ma réaction, ou en fait à mon manque de réaction, je me suis demandé si c’était du positivisme ou du je-m’en-foutisme-né-de-l’habitude-que-tout-aille-toujours-mal-anyway.  Parce que en effet, comme disent les anglos, je réalise que mon attitude face à ce nouveau sabotage de mes projets, sabotage qui détruit ma conviction comme quoi un projet qui ne dépend de personne d’autre que de moi-même ne peux que réussir, c’est I’m just rolling with it!  Je ne suis pas déprimé. Je ne suis pas en colère. Je ne suis pas frustré. Je ne tombe même pas dans le réflexe piège de me dire que plus jamais je ne ferai de projets puisque rien ne fonctionne jamais pour moi au bout du compte. Non! Je fais juste m’adapter à ma nouvelle situation. Et si jele fais, ce n’est pas par conviction que c’est la meilleure chose à faire, ou bien par résignation. Non, je le fais tout naturellement. Et c’est ça qui me surprend. Parce que dans les apparences, on pourrait croire que je m’en fous, ou bien que j’étais tellement convaincu d’être un loser que cet échec supplémentaire n’avait rien pour me surprendre. Il est vrai que des circonstances extraordinaires qui viennent saboter mes projets en ciblant exactement le seul et unique élément que ça prend pour tout faire foirer, c’est pas mal la routine habituelle pour moi.

Je suppose que d’une certaine façon, j’évolue. Il est vrai qu’il y plusieurs années, mon problème de base, c’était la crainte de passer pour quelqu’un qui recherche les situations avec le plus grand potentiel pour l’échec. C’est la raison pourquoi, pendant quelques années, j’avais une page web intitulée La Zone Requin dans laquelle j’écrivais les anecdotes négatives de ma vie en expliquant les circonstances des malheurs et des échecs qui m’empoisonnaient l’existence.

Et puis, apparemment, il vient un jour où on cesse de s’en faire avec l’image que l’on peut projeter aux autres. Par conséquent, on cesse de s’en faire avec ce qui nous fait obstacle. On en apprend quelque chose s’il y a quelque chose à apprendre, on en tire une leçon s’il y a une leçon à tirer, et on roule avec le coup en attendant que l’élan meurt, pour ensuite pouvoir s’en relever.

Je suppose que ce jour est arrivé pour moi. I’m not even mad. I’m just rollin’ with it!

13 semaines, l’entrainement militaire.

En automne 2008, lorsque je me suis renseigné pour m’enrôler dans les Forces Armées Canadiennes, j’ai appris que l’on commençait notre service par 13 semaines d’entraînement. Il se trouve que 13 semaines d’entraînement, c’est ce que je viens tout juste d’accomplir puisque lundi, hier, était le jour 1 de la semaine 14.

Voyons d’abord mon log d’exercice de ce dernier mois:


3 février
Je regarde dehors pis j’peux pas me retenir. Faut absolument que j’aille courir tantôt. M’as avoir d’la neige jusqu’aux cuisses pis ça va être full pénible. WAHOO!!!! 😀

3 février
J’ai pas couru. J’ai encore trop mal au pied, suite à l’application d’azote liquide sur ma verrue plantaire hier. Par contre, je me suis déplacé de chez moi à chez Stéphanie en marchant sur le terrain au bord de l’aqueduc. Après la tempête d’hier, ça signifie, selon les endroits, que j’avais de la neige parfois jusqu’aux tibias et parfois jusqu’aux cuisses. J’ai parcouru ce terrain non-stop pendant 40 minutes. Mes seules pauses: Les 3 rues que j’ai eu à traverser. Arrivé chez Stéphanie, j’ai eu à lui emprunter un chandail tellement le mien était mouillé. Bonne chose qu’on a à peu près le même tour de poitrine. 😉

Le retour? Même chemin, sauf que là ça m’a pris 50 minutes. J’ai mal aux cuisses, aux fessiers, au bas du dos, tout mon linge est mouillé bord en bord et dégage un arôme de fruit de mer défraichi. Mais au moins, je suis assuré que ma détermination m’a fait brûler au moins 17 calories.

11 février
On trouve la motivation là où elle est.

12 février
ENTRAINEMENT, dernier jour de la semaine 10.
POIDS: 197 lbs.
POIDS PERDU CETTE SEMAINE: 2 lbs.
POIDS PERDU TOTAL: 19 lbs.
Ces derniers jours, j’ai ressenti beaucoup de fatigue autant mentale que physique. Courir tout comme avancer dans la neige m’a épuisé très rapidement. J’ai été au 1/3 de ma performance d’il y a 2 semaines. Cependant, que je m’épuise lentement ou rapidement, le fait est que je m’épuise, que ça reste de l’entrainement, et que les résultats sont là.

Si je perds encore 3 lbs dans les 2 prochaines semaines, ça m’en fera 22 de perdues en 3 mois, soit exactement le même total dans les même temps de Défi Diète 2008. Sauf que cette fois-ci, ce sera par moi-même, sans entraineur privé, sans diététicienne et sans motivateur.

Petit détail: J’ai commencé Défi Diète en janvier 2008 avec 232 lbs pour finir à 208. J’ai commencé mon entrainement de marathon en décembre dernier avec 216 lbs. C’est pour ça que, malgré une perte similaire à date, mes résultats actuels sont meilleurs: Je pars de moins loin.

Tout l’monde trouve l’hiver long. Moi, je trouve que les 10 dernières semaines ont passées pas mal vite. C’est un autre avantage à s’entrainer.

Je suis très fier de mes accomplissements, parce que de toutes les activités physiques qui existent, la course a toujours été celles où j’ai été le plus mauvais,autant en vitesse qu’en résistance, et ce durant toute ma vie. C’est pour ça que j’ai choisi celle-là pour me remettre en forme. Ça me faisait échec depuis beaucoup trop longtemps.

14 février
Gaaah! Me is being full dead in the right now! (and it messes my English too) Je me suis poussé un petit peu trop fort ce soir. Mes jambes dégagent beaucoup de OUCH en ce moment.

16 février
Depuis 2 jours, j’ai monté la difficulté de mon entraînement de course en m’attachant des poids de 5lbs à chaque pied. Surprenant résultat: Mon poids fait 195 lbs ce matin (malgré un souper smoked meat + frites hier), donc 2 de moins que dimanche dernier, pour un total de 21 perdues en 10 semaines et demi.

17 février
Mon poids continue de descendre: 194 ce matin. Et ce n’est pas par privation alimentaire. Non, en fait, puisque les seuls poids-courroies que j’ai pèsent 5 lbs, j’ai modifié ma façon de les utiliser: Je les ai portées une coupl’ d’heures en faisant mes tâches du jour: Épicerie + 2 aller-retours à la buanderie. Et à chaque fois, je tenais mes sacs en mettant mes bras en L pour les faire travailler aussi.

Enfin, le soir venu, je me suis tapé une p’tite ronde de jogging (sans poids) dans lequel j’ai eu le plaisir de constater que je battais mes records précédents en longueur de segments courus et en rapidité de récupération. J’ai quand même arrêté au premier signe de douleur au genou gauche.

Des fois je me fais mal au gauche, des fois c’est au droit, donc je ne crois pas que l’un soit défectueux. Je suppose que plus je vais perdre de poids et plus la tâche va être aisée pour mes articulations.

18 février
Visite de Stéphanie, épicerie pour notre cuisine collective, on y va avec un panier-à-roues + 3 sacs, on les remplis au max. Jusque là, tout va bien.

Sur le chemin du retour, genre au 1/6e du parcours, une des roues du panier se désintègre. Y’a pas d’autre mots pour décrire ça . Rien d’autre à faire que d’abandonner le panier, prendre les sacs qui sont genre méga fucking lourds, moi qui a déjà mal partout à cause de mes exercices de la veille.

Comme si ça ne suffisait pas: avant de partir, j’avais eu l’idée full bright de m’attacher mes poids-straps de 5lbs à chaque pied, histoire de « faire un peu d’exercice pendant cette tâche routinière ». J’en voulais, de l’exercice, eh ben j’en ai eu, calvince.

21 février
ENTRAINEMENT, semaine 12, jour 1. Une bonne p’tite course, ça réchauffe et ça aide à apprécier le -15°C.

Aujourd’hui : test de résistance.
LIGNE ROUGE: Ce que j’étais capable de courir non-stop quand j’ai commencé, le 4 décembre dernier.
LIGNE MAUVE: Ce que je viens de courir non-stop.

J’ai passé de 200 mètres à plus de 2 Km ininterrompus. Ça signifie qu’en 11 semaines, j’ai multiplié mon endurance par 10. Maintenant, si je veux pouvoir parcourir les 42 Km du marathon, tout ce qu’il me reste à faire, c’est multiplier cette performance par 21. Une bagatelle.

22 février
La douleur devient pour moi un compagnon que j’apprends à apprécier de plus en plus. Je ne parle pas de douleurs morales, je suis immunisées à celles-là. Non, je parle de douleurs musculaires. Je parle de celle qui me dit que je fais un bon travail lorsque je m’exerce. Je parle de celle qui me dit que je ne le fais pas correctement.  Je parle de celle qui me dit quelles parties de mon corps a reçu l’exercice requis. Et je parle aussi celle des jointures, qui me murmure que c’est le temps pour moi de cesser, ce qui me sauve de blessures qui pourraient me ralentir plus longtemps. La douleur n’est plus une nuisance pour moi. C’est un mentor. Un guide. un ami.

23 février
Oubliez mon Ôde à la douleur d’hier: J’AI LA GRIPPE, CÂLIBOIRE!!! Douleur musculaire partout, y compris aux muscles non-travaillés, et aussi ceux des pieds, des mains et de la face. Impossible de parler sans tousser. Fatigue et somnolence omniprésentes. Migraine à tout casser. Sueurs froides. Et là je vais me faire couler un bain brûlant parce que je n’arrive pas à me réchauffer.

27 février
Bilan de ma semaine 12:

Dimanche: Couru 1,7 Km ininterrompus.
Lundi: Couru 2,2 Km ininterrompus.
Mardi: Mal partout et toux, que je considèrent comme des effet secondaires de la veille.
Mercredi: Ben non, c’t’une grosse grippe finalement.
Jeudi, vendredi, samedi: Grippe dont je me remet lentement.

Et mon poids a un ti-brin remonté. 198 lbs contre 194 y’a une semaine. Voila qui prouve définitivement que j’ai passé les 3 derniers mois de ma vie à faire des efforts pour rien et que…

euh… Non! En fait, ça prouve ceci: Par moi-même, j’ai réussi à diminuer mon poids de 18 lbs et multiplier mon endurance physique/cardio par 10. À l’époque de Défi Diète, j’avais perdu 22 lbs dans le même laps de temps. Sauf que ça m’avait pris une nutritionniste, une entraineuse privée, un motivateur, et ça avait juste multiplié mon endurance par 2, genre. Alors si les 3 derniers mois m’ont prouvé quelque chose, c’est que quand un projet ne dépend de rien ni personne d’autre que de soi-même, l’échec ne peut pas exister.

Allez, encore un p’tit 48 heures de repos pour m’assurer que je suis bien remis sur pied, et j’attaque Mars (le mois, pas la planète) au pas de course.

27 février
ENTRAINEMENT, Semaine 13, jour 1.

3 mars
Au début, quand je m’entrainais, je ne me blessais jamais. Normal, je m’épuisais avant. Maintenant que ma résistance cardio est multipliée par 12, mes courses sont toujours interrompues par des douleurs physiques causées par l’effort continu. Je me demande si j’y ai gagné au change.

7 mars
Woo-hoo! Une belle journée de grosse tempête. Et vous savez ce que je vais faire, par cette belle journée de grosse tempête? JE VAIS RESTER À L’INTÉRIEUR, BIEN AU CHAUD! Ben quoi? C’est pas comme si je ressentais toujours le besoin de prouver quelque chose.

7 mars.
4 Km de course non-stop. Finalement oui, j’avais quelque chose à me prouver.


Alors voilà le bilan: En 13 semaines d’exercices, j’ai multiplié mes capacités de course par 20 (de 200 mètres à 4 Km) et j’ai perdu 22 lbs (de 216 à 194 lbs). Je ne crois pas que j’aurais fait mieux avec un entrainement militaire.

Et si je passe mars et avril à me consacrer à l’entrainement musculaire lors des jours où je ne cours pas, je vais pouvoir remettre mon chandail de Superboy avec fierté.