Témoignage d’un ex-gros, 1 de 2

(AVIS : le texte qui suit contient des marques déposées, des noms de commerces et autres institutions. Ce n’est ni dans le but de leur faire de la publicité ni celui de leur nuire, mais bien par simple soucis de l’authenticité des faits.)

Aujourd’hui, j’en ai gros à raconter.
Normal: Je vais parler des variations de poids, en particulier de l’obésité, et de comment je l’ai vécue.

J’ai commencé ma vie naturellement maigre.

Ma mère pesait 98 lbs pour 5’2 » quand elle m’a eu. Elle fait dans les 140 aujourd’hui. Mon père se balade autours de 150-160 pour 5’1″. Il est menuisier de métier, alors même s’il mange beaucoup et un peu n’importe comment, il brûle le gras sans l’accumuler. L’obésité n’a jamais fait partie de ma famille. Jusqu’à mes 25 ans, j’étais tellement maigre qu’on pensait que j’étais anorexique. Voyez ma photo de finissant comparé à une récente:



Nos habitudes alimentaires.

À la maison, on ne portait pas d’attention particulière à ce que l’on mangeait. Des fois c’était santé, des fois c’était junk. Pour nous, toutes nourritures se valaient. On ne la choisissait simplement qu’en se basant au goût.

Moi, personnellement, j’ai passé les 32 premières années de ma vie à manger comme un cochon. À la maison, j’me faisais des pâtes en sauces riches, et ce à la tonne. En plus de tout ce que je pouvais piger dans le frigo entre les repas. À l’extérieur, c’était frites, poutine, pizza, hot-dogs, burgers, McDo régulièrement, etc.

Photobucket

Pourquoi est-ce que je mangeais à ce point-là?
Je n’ai jamais considéré que je mangeais mes émotions. Il reste que manger était le seul plaisir constant et fidèle dans ma vie. L’amour, ça vient et ça repart. L’argent ça vient et ça repart. La chance, ça vient et ça repart. En fait, tout ce qui est positif dans la vie ne fait que passer. Le plaisir de se régaler, par contre, c’est toujours là. C’est la seule constante à laquelle on peut se fier.

Comment suis-je resté mince si longtemps?
Non, je ne faisais pas de sports. En fait, j’étais le plus piètre sportif de mon école. Mais voilà, quand tu habites St-Hilaire qui est une ville majoritairement en pente à cause que c’est situé entre une montagne et une rivière, et que tu es trop pauvre pour te déplacer autrement qu’à pied ou à vélo, à une époque où personne n’avait internet, et où on était trop pauvre pour avoir un Nintendo, ben voilà! Pour moi, la maison familiale était surtout un dortoir-cafétéria où je passais peu de temps. Le reste, c’était: marche, vélo, escalade de la montagne, randonnée dans la nature, etc.

Comment ais-je commencé à grossir?

Mes habitudes de vie ont changé. Je suis allé vivre à Montréal. Je me faisais sans cesse voler mes vélos, alors je me suis rabattu sur le transport en commun. Enfin, je me retrouve avec une job de bureau. Mes 24 heures se divisent désormais ainsi: 8 heures de sommeil + 8 heures de travail assis + 2 heures de transport en commun assis + 4 heures chez moi assis devant la télé, assis devant l’ordi ou assis à ma table à dessin, ça totalise 22 heures sur 24 assis ou couché, à bouger à peine.

Mes habitudes alimentaires, par contre, sont restées les mêmes. La cafétéria était fermée puisque je travaillais de soir. Alors souvent je commandais chez Vincent Sous-Marins et je prenais leur spécial Achetez un sous-marin 14 pouces et obtenez un 7 pouces supplémentaire gratuit. Très souvent, je mangeais les 21 pouces au complet avec deux canettes de Pepsi, la version non-diète.

C’est sûr qu’on ne devient pas obèse du jour au lendemain, surtout si ton organisme est habitué à dealer avec une grande quantité de nourriture. J’en ai donc pris lentement entre mes 22 et 30 ans. Le gras s’est déposé partout sur mon corps de façon uniforme. Et la meilleure, c’est que comme j’étais trop maigre en partant, le fait de prendre du poids m’embellissait. Vous comprendrez donc pourquoi je n’étais pas alarmé de voir mon poids augmenter.

Toute bonne chose à une fin:
Le problème, c’est que continuer de grossir ne pouvais pas m’embellir éternellement. Rendu à 31 ans, même si je me voyais enfler, je ne pouvais pas l’accepter. J’essayais beaucoup de me mentir à moi-même à faisant tout pour camoufler la chose: Porter du linge foncé, me rentrer le ventre, porter mes jeans plus hautes en utilisant la ceinture pour me compresser le bedon…

Voir la réalité en face.
Je ne me souviens plus pourquoi exactement (Je crois que c’était pour prendre une photo pour une fausse pub) mais à l’été de 2001 il a fallu que je me rase la poitrine. Pour la première fois depuis mes 12 ans, je me suis regardé dans le miroir, torse sans poils. C’est là que j’ai réalisé que ces poils, la nature les avaient placés de façon à donner l’illusion que j’avais des pectoraux légèrement découpés. En réalité, j’avais le torse mou, sans formes.

Sous le choc de la déception, j’ai voulu savoir la vérité. Pour la première fois en trois ans, je me suis permis de relâcher mon ventre devant un miroir. C’est là que j’ai vu de quoi j’avais vraiment l’air.

De ÇA!

J’étais sérieusement dégoûté. Oh, c’est sûr que puisque j’avais déjà ma blonde actuelle, je n’avais pas besoin d’être beau puisque je n’avais pas besoin de plaire. N’empêche que j’avais quasiment envie de vomir devant l’espèce de quille flasque que je m’étais laissé devenir.

Zéro support de ton entourage.
Hostie que c’est facile de dire « T’as yink à te prendre en main », sauf que quand tu commences à faire de l’exercice et à mieux t’alimenter, ton entourage le voit bien que tu fais quelque chose d’inhabituel. As-tu déjà essayé d’annoncer publiquement que tu voulais perdre du poids? Si oui, alors tu as dû entendre l’une de ces charmantes répliques:

  • Franchement, t’es pas si gros que ça.
  • C’est toutt’ dans ta tête!
  • On est fait comme on est fait, faut apprendre à s’accepter.
  • À quoi ça te sert de perdre du poids? Tu vas toutt’ le reprendre.
  • Pis même si tu réussissais, y’aura toujours kek’chose qui va te déplaire en toi, tu pourras jamais tout arranger.
  • Un anorexique c’est lette.
  • Un gars full musclé c’est lette.
  • C’est la personnalité qui compte, le look c’est d’la marde.
  • Pfff… Tu vas être ben crinqué pendant 2-3 semaines pis après ça tu vas toutt’ laisser tomber.
  • Si l’monde t’accepte pas tel que t’es, c’t’eux autres les caves.
  • Tu veux vraiment perdre ta qualité de vie en te privant de ce que t’aimes, juste pour perdre une coupl’ de lbs?
  • Ben oui, pis moi j’aimerais être plus grand, avoir les dents drettes pis gagner 100 millions à la loterie. On n’a pas toujours toute c’qu’on veut dans’ vie.

Oui, on me les a toutes servies, ces phrases-là. Mes parents, mes amis, mes collègues de travail, mon ex, même ma blonde… Tout le monde était contre ma décision. Alors non, quand tu veux perdre du poids, il ne s’agit pas seulement de combattre ta paresse, combattre ta gourmandise, combattre tes mauvaises habitudes de vie. Il faut aussi combattre ton entourage. Un entourage qui ne se gênera pas de te passer des commentaires négatifs tout le long de ton travail sur toi, et ce même si tu ne leurs a rien demandé.

Dans mon cas personnel, j’ai eu la chance (?) de passer ma jeunesse dans un environnement hostile et rabaissant. Par habitude, j’étais donc immunisé à la critique, ce qui fait que je ne me suis nullement laisser influencer. J’en ai fait à ma tête et en un an et demi, j’ai passé de 230 lbs à 185.

Qui perd (re)gagne.
Problème #1 : C’est que n’ayant personne pour m’encourager, je n’avais pas non plus personne pour me guider. Alors pendant deux ans, je me suis improvisé une diète à base de privations. Les résultats parlent d’eux-mêmes:

Problème #2 : C’est que tu ne peux pas passer ta vie à te priver. Surtout que souvent, la joie d’avoir atteint ton poids santé fait que tu te sens invulnérable. Tu as réussi, tu as atteint ton but, alors tu te permet une exception alimentaire une fois. Et une autre exception. Et une autre. Et une autre. Ça m’a pris un an et demi pour perdre 45 lbs? Et bien ça m’a pris deux ans pour en reprendre 35.

Problème #3 : La première fois que j’ai pris du poids, ça c’est fait doucement, en se répandant partout sur mon corps, de manière uniforme, sur une période d’une dizaine d’années. Cette fois-ci, en deux ans, au lieu d’en reprendre de partout, ça s’est seulement accumulé à ma taille. Par conséquent, même si j’étais encore 10 lbs plus léger qu’en 2001, j’avais l’air encore plus gros.



Support tardif de l’entourage:

En janvier 2008, j’étais revenu à mon poids initial de 230 lbs. Vous vous souvenez de tous les commentaires décourageants que j’avais de mon entourage, tout le long de ma diète? Eh bien ce même entourage a fait un 180 degrés. Les commentaires étaient maintenant devenus:

  • Pourquoi tu t’es laissé allé? T’étais si beau avant.
  • Come on, làche pas, t’es capable.
  • Une bedaine de même, c’est lette. Fais de quoi.
  • etc.

Défi Diète 2008
Ma blonde, qui était elle aussi contre mon idée de maigrir au début, était maintenant devenue la première à déplorer mon retour à l’obésité. Aussi, en janvier 2008, c’est elle qui m’a suggéré de m’inscrire à Défi Diète en voyant dans le Journal de Montréal qu’ils prenaient les candidatures. Pour peu que je sois parmi les 10 choisis, Défi Diète m’offrait gratuitement trois mois de suivi par un entraineur privé, une nutritionniste et un motivateur. On pouvait poser notre candidature sous forme de texte, de photos ou de vidéo. J’ai choisi la vidéo.

En faisant quelque chose de drôle, court, et surtout original car j’ai été le seul de tous les candidats qui a avoué sans retenue que son but premier était de devenir beau, j’ai été choisi. Mon ventre et moi avons même fait la couverture du Journal de Montréal.

À toutes les semaines, durant les trois mois qu’à duré Défi Diète, leurs lecteurs ont pu suivre nos progrès sous forme de reportage hebdomadaire.

(Pensiez-vous vraiment que je m’appelais Steve Requin?)

Avec eux, j’ai enfin appris à manger correctement, sans me priver, et à m’exercer de la bonne façon. J’ai terminé avec 22 lbs de moins, et nous avons fait la couverture du numéro de juin du magazine Dernière Heure.

L’après Défi Diète
En gardant les bonnes habitudes, j’ai réussi à descendre jusqu’à 187 lbs… Et c’est là que j’ai vu que j’étais allé trop loin. C’est que mon ossature du visage est mince. Plus je perdais de poids, et plus je recommençais à ressembler à ma photo de finissants. J’avais encore une bonne couche de gras aux abdominaux. J’aurais bien voulu avoir un de ces corps de rêve full athlétique, avec des abdos saillants en six-pack. Malheureusement, j’avais oublié un détail important: Je n’avais plus 34 ans, comme la dernière fois où j’ai pesé 185 lbs. J’en avais maintenant 40. Continuer de maigrir pour obtenir le corps parfait, ça aurait été au prix d’un visage fatigué et enlaidi par les rides qui se faisaient de plus en plus nombreuses.

À quoi bon avoir un beau corps quand ta face laide enlève aux autres l’envie de le voir?

Alors j’ai fait mon choix. J’ai relâché quelque peu mes bonnes habitudes, et je suis remonté à un poids qui convenait mieux à mon orgueil : 195 lbs. Ce poids me donnait la parfaite balance entre la minceur physique et la beauté du visage. Je ne serai jamais le bel athlète finement ciselé, mais là, enfin, je pouvais sincèrement dire que j’étais bien dans ma peau.

Ais-je réussi à me stabiliser à ce poids?
Oui, pendant près d’un an. Puis, j’ai recommencé à en reprendre quelque peu. Mais ça, c’est une histoire que je vous réserve pour la suite.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
Cet article a été publié dans Mise en Forme, Santé & bien-être, Succès et Échec, Undersize Me (Diète rapide). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Témoignage d’un ex-gros, 1 de 2

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