Pas obligé de rester loser, 7e partie: Les revoir? Pourquoi pas! Les re-fréquenter? Surtout pas!

Originalement, le chapitre 5 s’intitulait « …Et ne plus revoir ces vieux amis. »  Je viens de changer le titre pour « Le réflexe de s’auto-saboter », puisque ça en décrit mieux le contenu.  Ceci dit, une triste vérité demeure: Si tu ne veux pas rester loser toute ta vie, tu dois cesser de fréquenter ceux qui t’ont vus/connus/acceptés comme tel.

À ce sujet, j’en reviens à mon bon copain Carl, comme j’aime si bien l’appeler. Depuis le temps que je vous en parle, vous allez sûrement me dire: « Mais s’il te traitait toujours de cette façon, pourquoi est-ce que tu continuais de te tenir avec? »  Justement, j’ai coupé les ponts avec lui à la fin des années 90.  Voici pourquoi:

À l’époque, nous travaillions chacun pour de grandes compagnies d’informatique.  Moi c’en était une qui créait et gérait des pages web pour des commerces, tandis que lui travaillait pour une boite d’animation 3D. Presque en même temps, nous avons eu des problèmes similaires, sous la forme de notre superviseur qui nous faisait subir du harcèlement moral au travail, allant même jusqu’à saboter notre boulot pour se trouver une excuse pour nous descendre.  Dans les deux cas, nous avons porté plainte à nos grands patrons.  Dans mon cas personnel, ça a juste empiré mon problème car les dirigeants se tiennent entre eux, et j’ai continué d’en subir jusqu’à ce que je sois obligé de démissionner.

Mais dans le cas de Carl, le grand patron a pris son problème au sérieux, il a observé comment Carl et son superviseur travaillaient, il a vu que le superviseur, en sabotant le travail de Carl, sabotait toute l’équipe, et ainsi affectait négativement le rendement de la boite.  Il l’a mis à la porte et il a donné son poste à Carl.  Et quel a été le tout premier contrat à se retrouver sur le nouveau bureau de Carl? Le JourNul de François Pérusse!  Eh oui!  Alors que pour les animateurs normaux ça prend des années, voire des décennies avant de tomber sur LE contrat qui va leur apporter succès et richesse, lui ça lui tombe dessus à la seconde même où il entre en poste.

Après ce coup-là, j’ai tout simplement cessé de lui donner signe de vie. Ce gars-là était juste trop chanceux.  Ce n’était pas un problème d’envie ni de jalousie de ma part.  C’était la reconnaissance d’un fait: Il fallait que je j’accepte que Carl et moi ne vivions pas du tout dans le même monde, et que jamais je ne ferais partie du sien.  À ses yeux, ce qui venait de se passer à son travail, c’était la norme.  La moyenne.  Business as usual.  Donc, selon lui, les gens comme moi qui ont à travailler dur et à se battre pour une réussite qui parfois nous échappe malgré tout, ce sont des incompétents, des ratés, des gens qui ne veulent pas vraiment réussir. Me tenir avec lui, c’était me faire influencer à croire que son destin exceptionnel était à la portée de tous. Ça déformait ma perception de ce qui était normal ou non, et ainsi me mettait trop de pression.

En cessant de me tenir avec lui, j’ai cessé de me comparer à lui, j’ai pu constater que ma réalité était bien plus semblable à celle de la moyenne des hommes qu’à la sienne, et j’ai enfin pu évoluer à mon rythme.  Et ce qui ne gâchait rien, c’est que lorsque je rencontrais une fille, il n’était pas là pour détourner son attention et la dissuader d’être plus que simple amie avec moi.

Durant les années qui ont suivi, j’ai eu quelques belles réussites.  Je suis retourné aux études où j’ai joint le journal étudiant, et où on m’a offert le poste de rédacteur en chef sans même que je m’y porte candidat.  J’ai habité aux résidences étudiantes où, après avoir jasé quelques minutes avec le propriétaire, il m’a offert le poste de superviseur de la place.  J’ai créé ce qui fut possiblement le premier texte viral humoristique québécois d’internet. J’ai fondé MensuHell, j’ai été publié dans Safarir, Summum, Le Journal de Montréal, ce qui m’a donné ma propre page sur Wikipedia. Je me suis également amélioré physiquement.  J’ai perdu du poids et pris du muscle. Je me suis mis à la course à pieds, pouvant courir 200 mètres le premier jour avant de tomber épuisé-mort, et quatre mois plus tard je courrais 5 km ininterrompus. Ça m’a permis de voir que dans le fond, quand je m’y mettais, je n’étais pas un loser.  C’est juste que, comparé à Carl et sa chance infernale, n’importe qui avait l’air d’en être un.

Je ne me souviens plus comment exactement, mais Carl a fini par me retracer.  La boite d’animation pour laquelle il travaillait ayant de plus en plus de contrats, il a songé à m’offrir du travail.  J’étais réticent à l’idée de le ramener dans ma vie, mais ma conjointe de l’époque m’a convaincu que je n’étais qu’un pauvre parano qui s’imagine que tout le monde cherche à lui nuire et que si je tiens tant que ça à laisser passer l’opportunité d’avoir un ami haut placé pouvant me donner un bon poste et un bon salaire, alors ça prouverait que non seulement je n’ai jamais cessé d’être un loser, mais je démontrerais que j’en suis moi-même la cause.  Y’a rien comme des paroles encourageants de la part de la femme qui t’aime pour t’aider à prendre les bonnes décisions.  Je me suis dit qu’après tout, nous étions maintenant des adultes dans la mi-trentaine.  Il a sûrement pris de la maturité.  Qui sait, il est possible qu’il ait décidé de m’amener dans son monde et me donner le coup de pouce nécessaire pour m’y tailler une place.

Au début, Carl était impressionné de mon parcours, autant côté social que carrière que physique.  Cependant, il a totalement refusé d’accepter l’un de mes changements, en me disant « Si tu penses que m’as t’appeler « Requin! » … Pour moi tu seras toujours Jon-Son! »  Ce surnom qui date de mon école secondaire se prononce comme si on inversait les syllabes du mot songeons. C’est une façon de prononcer caricaturalement à la française mon vrai nom de famille qui est Johnson.  Disons que je n’étais pas très chaud à l’idée de me refaire coller ce nom qui représente toute la période loser de ma vie que j’ai mis tant d’efforts à mettre derrière moi.  Mais bon, je savais que les gens étaient désemparés face aux changements de ce qui les entourent.  Et moi, j’avais changé radicalement.  Aussi, qu’il s’accroche à un détail aussi anodin que le surnom sous lequel il m’a toujours connu, j’ai supposé qu’il n’y avait rien de mal.

Carl a été un peu déçu lorsque je lui ai annoncé que maintenant que je gagnais ma vie en tant qu’auteur et scénariste, il n’y a que dans ce domaine que je veux travailler.  C’est que le poste qu’il comptait m’offrir, c’était du dessin, justement: Faire du design de décors et d’objets qui serviront de modèles aux animateurs des séries télé qu’ils produisent.  J’ai d’abord refusé, mais me suis laissé convaincre par ma conjointe qu’il valait mieux accepter, histoire d’avoir un pied dans la place, ce qui me permettra plus tard de proposer mes services comme scripteur.

À la seconde même où j’ai dit oui, les choses sont redevenues comme quand je le fréquentais. Il ma demandé combien de temps est-ce que ça me prendrait pour lui fournir 56 dessins d’objets et 3 décors.  Songeant à comment je pouvais coordonner la chose avec mes autres boulots, je lui dit trois semaines. Il me répond  sèchement que c’est beaucoup trop long puisqu’il lui faut ça dans 10 jours maximum, et qu’il est désappointé puisque, de la manière dont je lui parlais, je lui avait laissé l’impression erronée que j’étais un professionnel. J’ai alors compris que son insistance à s’accrocher à mon vieux surnom de loser n’avait rien d’anodin.  Il était vraiment en train de s’arranger pour refaire de moi le loser qu’il avait toujours connu.  S’il avait vraiment voulu être amical et conciliant, il m’aurait dit « Hey, j’ai besoin de 56 dessins et 3 décors dans 10 jours.  Penses-tu que tu peux le faire? »  À ce moment-là, j’aurais dit oui et je me serais arrangé avec mes autres boulots.  Mais là, il m’a tendu un piège afin de nous démontrer clairement à tous les deux, dès le départ, que j’étais un incompétent.

Pour faire d’une longue histoire courte, je lui ai fait ses dessins dans les temps convenus.  Pour les objets, rien à redire.  Par contre, pour les décors, bien que j’avais suivi à la lettre les instructions de Carl, sa patronne n’était pas satisfaite.  Alors qu’elle me faisait part des raisons pourquoi mes décors suçaient des rectums de gnous, Carl m’a regardé avec un petit sourire condescendant et a dit devant elle: « Sacré Jon-Son! Toujours égal à lui-même! Tu changeras jamais! »  Pour le reste, non seulement ais-je été payé cash, ce qui signifie que je n’ai jamais été techniquement à l’emploi de la boite, mais par ce geste il exprimait le fait qu’il ne m’y voulait pas en tant qu’employé.  Et bien que mes designs furent utilisés pour plusieurs épisodes, pas une fois ne voit-on mon nom au générique avec les autres designers graphiques.

Bref, non seulement Carl m’empêchait d’évoluer, il s’arrangeait pour me faire régresser.  J’avais trop travaillé sur ma vie et sur moi-même pour accepter qu’une telle chose se produise.  Non seulement lui et moi n’avons jamais vécu dans le même monde, il était clair qu’il fera toujours tout en oeuvre pour que je ne fasse jamais partie du sien.  Ma conjointe n’a pas eu le choix de le reconnaitre, et ainsi d’être d’accord lorsque je lui ai annoncé mon intention d’en rester là et de nouveau m’en tenir loin.

Parlant de ma conjointe, dans le chapitre 4, je parle de la réticence qu’ont tes amis et ta famille lorsque tu leurs annonce que tu planifies de perdre du poids, et ce qu’ils disent pour tenter de t’en dissuader.  C’est quelque chose que j’ai vécu personnellement.  Ce que j’ai trouvé le plus aberrant, c’est que la personne qui était le plus contre ma décision de perdre du poids, c’était justement ma conjointe, une fille pourtant douce, gentille et respectueuse.  Lorsque je lui ai demandé pourquoi elle tentait de se mettre entre mon but et moi, elle m’a répondu un truc dans le style de: « Parce que quand tu vas subir un échec, c’est moi qui vais se retrouver à devoir t’entendre t’en plaindre! » 

Par cette phrase, elle m’a appris qu’il existait deux catégories de gens qui tiennent à te garder loser: Ceux qui ne veulent pas te voir réussir, et ceux qui ne croient pas que tu puisses réussir.  Alors que le premier est motivé par la mesquinerie, le second l’est par la peur de te voir vivre une déception.  N’empêche qu’au bout du compte, le résultat est le même: Tant qu’ils seront dans ta vie, ils vont t’empêcher de sortir de ton statut de loser.  Et c’est là que l’on se doit de faire un choix pas toujours facile mais trop souvent nécessaire entre leur présence ou ton bien-être.

En conclusion, s’il est acceptable de revoir une fois de vieux amis qui nous ont connu lors de notre période loser, c’est une bien moins bonne idée de recommencer à les fréquenter sur une base régulière.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
Cet article a été publié dans Dose de Réalité, Fait vécu, Psychologie et comportement social, SÉRIE: Pas obligé de rester loser, Succès et Échec. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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