Parce que des fois, on n’a pas le choix de faire son coming-out.

Comme d’habitude, je m’apprêtais à vous écrire une anecdote vécue dans laquelle j’ai retiré une leçon de vie en société.  Mais en voyant qu’une grande partie de cette histoire implique le plus dominant de mes traits de caractère, j’aimerais d’abord faire mon coming out.

Bon, soyons franc, dans ce cas-ci, « j’aimerais », ce n’est rien d’autre qu’une figure de style.  En réalité, je n’aime vraiment pas devoir révéler ce que je vais dire.  C’est quelque chose que j’aurais préféré garder pour moi, depuis que je l’ai appris il y a trois ou quatre ans.  Mais voilà, des événements récents dans ma vie m’ont forcé à devoir révéler cette partie de moi à certaines personnes de mon entourage, afin de me disculper de certains soupçons non-pertinents qui se colportaient à mon égard. 

Alors voilà:

Je suis, ce que l’on appelle, un demisexuel.  Et je l’ai apparemment toujours été.

Qu’est-ce que cela signifie au juste?  La page Wikipédia au sujet de la demisexualité décrit la chose en ces termes:

Une personne est dite demisexuelle si elle ne ressent de l’attirance sexuelle qu’après avoir formé un lien émotionnel fort avec une autre personne1. Ce lien peut être un lien de nature romantique mais pas exclusivement. Le mot « demisexuel » est issu de l’idée que la demisexualité se situe à mi-chemin entre asexuel et sexuel. Cela ne veut évidemment pas dire que la demisexualité est « incomplète », « à moitié développée », ou encore que l’attirance sexuelle sans un lien émotionnel est nécessaire pour une sexualité « complète ». En général, les personnes demisexuelles ne sont sexuellement attirées envers personne. Cependant, si un lien émotionnel fort se développe (qu’il s’agisse d’un sentiment romantique ou d’amitié profonde) une personne demisexuelle peut alors éprouver de l’attirance sexuelle et du désir envers ce partenaire.

Dans les faits, ce que ça signifie, c’est que si je suis en couple, je la baiserais volontiers 1-2-3 fois par jour, pour peu qu’elle le veuille aussi.  Car, comme je l’ai répété dans je-ne-sais-plus-combien de billets, 75% de mon excitation provient du fait que je sais que la fille me désire et aime ce que l’on fait.  Chose qui, apparemment, est typique chez un  demisexuel.  J’ai toujours eu une libido d’ado.  Elle s’est un peu calmée depuis mon accident de février 2018, mais elle est encore là.   

Par contre, comme le dit si bien l’extrait plus haut, en général, les personnes demisexuelles ne sont sexuellement attirées envers personne. Et ça, ça veut dire que, autour de moi, dans la rue, au travail, peu importe où je me trouve, jamais je ne vais regarder une fille qui passe.  Jamais je ne vais me retourner sur son passage.  Jamais je ne vas faire de remarques au sujet de son physique, sa beauté, son sex appeal.  Bref, jamais je ne vais désirer une femme sans savoir quoi que ce soit à son sujet.

Quant aux femmes qui m’entourent, que ce soit dans le milieu social ou bien les collègues de travail, aucune d’entre elle n’a entendu de ma part autre que politesse et sujets de conversations irréprochables.  Jamais de remarques déplacées, de sous-entendus à caractère sexuel, de commentaires grivois, de blagues adultes, même pas de regard et/ou sourires qui en disent long.  Je ne les complimente même pas.  Oh, il peut m’arriver de lui dire que tel nouvel ensemble leur va bien, que telle coupe de cheveux est très jolie.  Mais jamais il ne me vient à l’idée de les complimenter sur leur physique ou leur beauté.  Je ne leur ai jamais rien dit de plus que ce que je dirais à un autre homme.

J’ai eu, il y a longtemps, une collègue de travail qui était très tactile.  Elle ne peut pas voir quelqu’un sans lui toucher, moi inclus.  Main sur l’épaule, main sur le bras, main dans le dos.  Ça me hérisse.  Mais bon, je savais bien qu’elle ne faisait pas ça pour me rendre mal à l’aise.  C’est comme ça qu’elle est, voilà tout.  Et c’est la raison pour laquelle j’endurais sans rien dire.  Car moi non plus, je ne voulais pas mettre le malaise entre nous.  Mais disons que j’ai ressenti un certain soulagement lorsqu’elle a changé de carrière.

Je n’ai pas la phobie d’être touché.  Au contraire, je suis très chaleureux.  Avec ma conjointe, évidemment, lorsque j’en ai une.  Quelques amies proches également.  Et aussi mes parents.  Et pour les gens avec qui je suis moins intime, poignées de main et high-five, pas de problème.  Mais ça se limite à ça.  Sinon, je n’ai aucun désir d’être en contact physique avec qui que ce soit. 

Et voilà pourquoi je ne drague pas.  Oh, je peux trouver une étrangère intéressante et faire les premier pas vers elle.  Mais il faut que ce soit dans un contexte approprié.  Par exemple, sur Tinder.  Là, c’est normal, c’est une place à drague.  Mais à part ça?  Dans la rue?  Dans un événement social?  Au travail?  Non!  Ce n’est juste pas moi, ça.

Il m’est même déjà arrivé de me rendre compte qu’une jeune collègue tentait de provoquer mon intérêt envers elle avec ses paroles et son physique.  J’ai fait semblant de ne pas comprendre son message, je n’ai montré aucun intérêt, et je lui ai juste dit qu’à l’âge où j’étais rendu, je n’avais plus de libido.  Le sujet n’est plus revenu.  C’est sûr que si elle a répété ça par la suite, les collègues ont dû faire des blagues de vieil impuissant à mon sujet.  Qu’importe!  Puisque je suis contre la drague au boulot, ce n’est pas comme si ça pouvait me saboter.  En fait, bien au contraire, ça va juste m’éviter de recevoir de l’attention non-sollicitée.

Dans de telles conditions, je pense que ça va de soi qu’il m’est également impossible de jalouser une relation, et encore moins harceler sexuellement qui que ce soit.

Et c’est justement ça, la raison pour laquelle j’ai eu à faire mon coming-out parmi une partie de mon entourage.  Une rumeur mensongère de la part de quelqu’un qui a passé sa vie à chercher à causer des ennuis à autrui.  En cette époque de #OnVousCroit, #MoiAussi, #DévoileTonPorc, personne ne lui a demandé de preuves de ma culpabilité.  C’était à moi de faire celle de mon innocence.  Avec zéro historique de harcèlement sexuel en 50 ans d’existence, et quelques captures d’écrans de conversations prouvant mon manque d’intérêt pour la personne, j’ai pu m’en tirer.  Mais pour tous ceux qui ne croient pas en l’amitié homme-femme à moins que le gars soit gai, il a fallu que je sorte du placard, articles psychologiques à l’appui pour leur apprendre que oui, ça existe, la demisexualité.

N’empêche que le mal est fait.  Et qu’à cause de ça, un doute va toujours leur rester en tête à mon sujet.  Si je m’étais révélé bien avant, je me serais épargné cette mésaventure.

Alors pourquoi avoir si longtemps refusé de le dire?  J’ai trois raisons. 

RAISON 1:  Apprendre ma demisexualité, ça a complètement bouleversé mon estime de soi.
J’ai passé ma vie à être fier d’être celui qui respecte la femme.  Qui la regarde d’égal à égal, sans la réduire à un objet de désir.  Qui est capable d’être ami platonique avec elle sans espérer autre chose.  Et là, il y a trois ou quatre ans, j’apprends que non, en fait, le respect n’a jamais eu rien à y voir.  C’est juste mon orientation qui me rend ainsi.  Voilà qui a donné une sérieuse débarque à mon estime de soi.  Comment est-ce que je puis tirer de la fierté d’avoir toujours su contrôler mes pulsions, lorsque dans les faits je n’ai jamais eu de pulsions?

RAISON 2:  Se faire dire que l’on est demi quelque chose, c’est diminuant.
Ici, c’est le terme lui-même que je n’aime pas.  Qu’on le veuille ou non, la perception sociale de l’homme va de pair avec son côté animal.  Un homme, un vrai, c’est viril, fonceur, conquérant.  Ça séduit et surtout ça baise, en série.  Dans une telle optique, être un demisexuel, c’est n’être que la moitié d’un homme.

RAISON 3:  Les implications sociales du terme demisexuel sont horribles.
Si le fait de respecter la femme, les voir en égales et non en objet sexuel, c’est être demisexuel, alors ça sous-entend que d’agir en macho misogyne lubrique, c’est d’être sexuel complet.  Que c’est ça, la norme.  Que tous ces comportements
 déplacés que les femmes reprochent aux hommes, ce sont des comportements normaux.  Donc acceptables.    

Et voilà pourquoi je ne voulais pas en parler.

À la lueur de ces révélations, quelques uns de mes billets de blog passés peuvent être maintenant vus sous un tout autre angle.  Par exemple ces deux-là:

Ingrid; Cinq jours parmi les loups.  Je raconte comment, il y a quelques années, j’observais sans vraiment comprendre la majorité des hommes du bureau qui se sont tous mis à harceler une nouvelle employée, au point où elle a quitté l’emploi après cinq jours.

Mon année 2013, 2/4.  Mon amante de l’époque ne cesse de me demander si je trouve belles les filles que l’on croise.  Je ne peux que lui répondre que je ne les ai pas remarquées, puisque je ne les regarde même pas.  Une réalité qu’elle n’arrive pas à comprendre.

Et maintenant, je ne sais plus si ça vaut encore la peine de raconter d’autres anecdotes dans lesquels la morale est « Voyez comme il est possible de faire preuve de retenue » puisque, apparemment, mon comportement n’avait rien à voir avec la retenue.

4 réflexions au sujet de « Parce que des fois, on n’a pas le choix de faire son coming-out. »

  1. J’ai fort souvent des commentaires qui me viennent à la lecture des textes de ce blog. Je me retiens souvent… par manque de temps parfois, mais souvent parce qu’en dedans de moi, il y a une petite voix qui dit « t’es qui pour commenter le texte d’une personne qui a pris du temps, de son temps, pour écrire et publier un texte sur son vécu? ». Bref, je me garde souvent une petite gêne :). (Bref, tu n’es pas obligé de lire la suite. Et si tu le fais, tu as le même droit de me dire de me contenter de lire à l’avenir.) 🙂
    Mais là, j’ai vraiment vraiment vraiment le goût de dire une chose qui me vient souvent à l’esprit en lisant tes textes : Et pourquoi ne pas regarder la situation sous un autre angle ?

    Commençons par le titre :
    Prémisse de départ : on a toujours le choix. Toujours. Et on vit avec par la suite. A la limite, même le fait de ne pas faire de choix est un choix et on doit vivre avec les conséquences.
    Faire son coming-out : A part attirer l’attention du lecteur sur un possible « scandale », un non-dit croustillant, afin de l’amener à cliquer sur le lien et venir lire l’article, je trouve le titre peu significatif en fonction du reste du texte. Mon simple avis. No offense.

    Pour la façon d’amener le sujet et le traiter:
    Pourquoi l’amener sous l’angle « je n’ai pas de mérite à respecter les femmes » ?
    Pourquoi voir la situation comme dégradante ?
    Et surtout pourquoi faire tout ce long chemin douloureux pour à peine parler, finalement, de la situation qui, semble-t-il, a obligé la situation? (Un seul petit paragraphe perdu sans une mer de justifications)

    Je reviens donc a ma question de départ : pourquoi ne pas regarder la situation sous un autre angle ?

    Au lieu de mettre le focus sur un mot, si on mettait uniquement de l’avant les caractéristiques de l’orientation. Et si on le présentait comme une façon différente d’être en relation au lieu de le présenter presque comme un défaut ?

    Dans le genre :

    Comment faire taire une rumeur dans l’ère des reseaux sociaux où le tribunal est géré par les #Denonciateurs?

    Dernièrement, une rumeur mensongère de la part de quelqu’un qui a passé sa vie à chercher à causer des ennuis à autrui, s’est introduite sournoisement dans ma vie. En cette époque de #OnVousCroit, #MoiAussi, #DévoileTonPorc, personne ne lui a demandé de preuves de ma culpabilité. C’était à moi de faire celle de mon innocence. Avec zéro historique de harcèlement sexuel en 50 ans d’existence, et quelques captures d’écrans de conversations prouvant mon manque d’intérêt pour la personne, j’ai pu m’en tirer. Ca ainsi que quelques articles psychologiques pour appuyer mes dires.

    Je n’ai jamais compris les hommes qui sifflent ou harcèlent des inconnues dans la rue. Je n’ai jamais eu le goût de baiser une collègue un peu saoule lors d’un party de bureau. Je n’ai même jamais eu d’intérêt à avoir un one night avec une jolie fille rencontrée dans une activité sociale. En fait, je peux fièrement affirmer que je suis l’antithèse du « mon’oncle sans gêne qui bave comme un vieux St-Bernard » dès qu’il voit une femme. J’ai toujours cru que c’était simplement le grand respect que j’avais envers les femmes qui me permettait de me contrôler le « mon’oncle »…

    J’ai appris il y a quelques années que mon respect reçoit un coup de pouce de mon cerveau. C’est en fait un état biologique qui fait que de nature, pour avoir une attirance sexuelle envers une personne, je dois d’abord développer un lien émotionnel fort avec cette personne. La littérature utilise un mot affreux pour décrire ceci : la demisexualité. Je n’aime pas ce mot parce qu’il est sujet à interprétation (et raillerie) si on ne prend pas le temps de lire la définition. Et qui veut se vanter d’être demisexuel? Personne! Je ne suis la demie de rien! J’aime mieux dire que je ne suis pas un gars facile.

    Pour faire simple, j’ai une libido d’ado, mais uniquement envers une personne avec laquelle j’ai développé un lien fort et avec qui je suis en couple. Cet état fait d’ailleurs de moi un excellent amant car 75% de mon excitation provient du fait que je sais que la fille me désire et aime ce que l’on fait, d’où mon intérêt à m’assurer de lui faire plaisir. (Humm-humm) Mais aussi un conjoint idéal pour les femmes qui ont peur de la « concurrence »: je vous assure mesdames, je n’ai aucun intérêt à regarder ailleurs, mon attirance va au complet à celle qui conquis mon coeur.

    Etc……..

    Quasi la même histoire… mais vue et présentée sous un angle totalement différent.

    Le but étant de faire ressortir les bons côtés de la situation au lieu des aspects négatifs.

    Et je suis d’accord qu’en utilisant constamment le mot DEMIsexuel, les 3 raisons pour te taire étaient bonnes. Mais en effaçant le mot et en trouvant les atouts, les raisons ne tiennent plus.

    C’est comme une personne Asperger.

    Elle a le CHOIX de se voir comme :

    une personne atteinte d’un trouble du spectre de l’autisme qui a de la difficulté à entrer en relation avec les gens et qui décode mal ou parfois même pas du tout, les émotions de ses interlocuteurs

    OU

    une personne dont le cerveau fonctionne differemment des neurotypiques et qui a un univers à leur faire découvrir !! Faut seulement prendre le temps de se comprendre!

    En espérant que tout le texte va suivre quand je vais peser sur « laisser un commentaire »

    🙂

    Aimé par 2 personnes

    • Oui, j’ai encore beaucoup de préjugés sur ma propre condition. C’est mon orgueil.
      Mais bon, maintenant que je suis out et que je commence à m’accepter, je vais pouvoir faire des recherches sur le sujet pour mieux comprendre.

      Je commenterai davantage au retour du boulot.

      Aimé par 1 personne

      • Hiiiii lala… Moi et mes nuits d’insomnie. J’écris trop ou je fais des achats compulsifs dont je ne me rappelle plus le lendemain. Désolée de mon clairement trop loooooooong commentaire 🙂

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