Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (3 de 5)

Comment un homme vit-il le harcèlement sexuel en milieu de travail de la part de femmes?
Je ne peux répondre au nom de tous les chromosomes Y, mais voici la chose dans mon cas personnel.

Quels ont été mes sentiments en subissant ce harcèlement?
Tout de suite, je peux dire que jamais je n’ai ressenti de la peur au niveau physique. En tant que gars, je me savais à l’abri du viol. J’avais beau être maigre et faible, j’aurais été extrêmement étonné qu’une fille arrive à me forcer physiquement au coït. Juste la façon dont j’ai bousculé Sharon lorsqu’elle m’a agrippé pour me faire des attouchements, ça l’a prouvé. C’est mon privilège masculin, je suppose.

Pour le reste, mes sentiments étaient variés. C’était du cas par cas.

  • Pour Manon (22 ans, mince, jolie malgré un gros nez, habite avec son chum) : Amusé les premières semaines.  Puis humilié.  Puis irrité pour les mois qui suivirent.
  • Pour Sharon (26 ans, grassette, habite avec son chum chez la mère de ce dernier) : Ennuyé au début.  Frappé d’horreur en la voyant prête à me faire connaitre ses intentions.  Choqué, insulté et fâché par son agression physique.
  • Pour Kim (19 ans, petite grosse laide) Insulté qu’elle répande de fausses rumeurs à mon sujet en milieu de travail.  Choqué, insulté et fâché par son agression physique.  (le pied sous la table) Humilié qu’elle me la fasse subir alors que j’étais assis à côté de ma blonde.
  • Pour Sylvie (La petite frisée timide) Amusé les premiers temps, puis dérangé après m’être rendu compte que ça ne mènerait à rien, puis humilié et fâché de voir qu’elle m’avait caché son statut de couple depuis le début.
  • Pour Hélène (21 ans, la superbe métisse) Irrité de savoir depuis le début que ce ne serait que des agaceries, dégoûté de certains de ses récits.
  • Pour Isabelle (24 ans, mince et jolie blonde à gros seins) : Déçu de recevoir sans cesse des avances inutiles de la part d’une fille qui me plait, puisque son statut de couple m’empêchait d’y répondre.  Extrêmement déçu qu’elle me dise qu’elle avait déjà trompé son chum puisque ça signifiait que, contrairement à ce que j’espérais, je n’étais pas si spécial pour elle.
  • Pour Christine (23 ans, belle, grande, athlétique) : Surpris mais ravi.  Il faut dire que dans son cas, ça n’a jamais été du harcèlement.
  • Pour Rhonda (50 ans, petite grosse laide) : Fortement ennuyé, et frustré que mon refus se mérite des conséquences.
  • Pour Gréta (Ma voisine de 50 ans qui avait l’air d’en avoir 80) : Ennuyé, dérangé, exaspéré, insulté, violé dans ma vie privée, excédé, enragé, totalement écoeuré et dégoûté, au point où elle fut un facteur important de ma démission.  C’est qu’elle m’a fait endurer ça non-stop pendant deux ans.

Comment ai-je vécu ces situations?
Avec beaucoup d’interrogations. N’ayant ni la personnalité ni les instincts d’un prédateur, il m’est à peu près impossible de me mettre à la place de ces femmes, et ainsi de pouvoir comprendre ce qui les motivait à agir ainsi.

Parfois, j’avais l’impression que ces filles avaient une curieuse idée de ce qu’un homme était supposé être. Par exemple, dans le cas de Manon et Kim, il n’y avait aucun doute dans leur tête : Si un gars ne harcèle pas sexuellement ses collègues féminines, alors il est gai. Impossible pour elles de croire qu’un gars hétéro ne puisse pas ressentir l’envie de coucher avec elles. Impossible pour elles de croire que même s’il en ressent l’envie, il soit capable d’agir en gentleman et se retenir. Et impossible pour elles de croire que s’il est en couple, il puisse être fidèle.  Dans le cas de Manon en particulier, le concept de l’homme non-harceleur lui semblait tellement étranger qu’elle cherchait d’instinct à faire de moi l’allumé qu’elle s’attendait que je sois. Sinon, pourquoi me provoquer sans cesse sexuellement alors qu’elle n’avait aucune intention d’aller jusqu’au bout? Je peux juste théoriser.

  • Théorie 1: Je suppose que dans son univers, tous les hommes étaient des prédateurs. N’ayant pas appris à dealer avec un gars respectueux, j’imagine qu’il était plus facile pour elle de tenter de me transformer en ce qu’elle connaissait déjà, plutôt que d’essayer de comprendre qu’un gars puisse ne pas être comme ça.
  • Théorie 2: Ayant trouvé en moi un gars non-intimidant, elle pouvait jouer à l’agace sans craindre de représailles, alors elle s’y donnait à fond.
  • Théorie 3: Elle avait sans cesse besoin de se rassurer sur sa capacité de séduire.
  • Théorie 4: Elle avait sans cesse besoin de se rassurer sur sa capacité d’avoir le contrôle.  Genre: Elle m’allume pour me rapprocher, elle se sert du fait qu’elle a un chum pour me repousser.  Je suis le yoyo, elle m’a à sa main.

Vous savez ce qui me surprend le plus? C’est que cinq des sept filles du Dunkin Donuts se foutaient complètement du statut de couple. Manon, Sylvie, Sharon et Isabelle avaient chacune un chum, et Kim m’a fait des attouchements sous la table tandis que moi j’étais en couple, avec ma blonde assise à côté de moi.  Au nombre de fois où on m’a conditionné à penser qu’aucune fille n’agissait ainsi, ça me donnait un choc à chaque fois.

Oui mais… N’étais-je pas supposé aimer ça?
J’étais un jeune homme de 22-23-24 ans. J’étais au sommet de la force de mes hormones. J’étais fringuant. Je ne pensais qu’au sexe. J’étais furieusement en manque. Je me plaignais de ne pas être capable de me trouver une blonde. Je n’étais ni assez beau ni assez riche pour plaire. Alors en effet, tout ce harcèlement sexuel de la part de ces filles, n’étais-je pas supposé aimer ça?

Je ne mentirai pas : Au début, mon Ego de loser chronique appréciait être la cible de ces désirs amoureux et/ou sexuel. Sauf que j’avais certains principes. Toute ma vie jusque-là, je ne voulais rien faire avec une fille déjà en couple. D’abord parce que je me mettais à la place du pauvre gars qui, par ma faute, subirait un cocufiage, chose que je n’aimerais pas vivre moi-même. Et surtout, je ne voulais pas d’une simple aventurette mais bien d’un couple stable. Ces filles déjà en couple ne pouvaient pas m’offrir ça. Et la seule fois où j’ai choisi de céder à la tentation d’être l’amant d’une fille casée, en disant à Manon que je voulais bien si elle était sérieuse, elle a refusé et a continué de tout faire pour m’allumer, sachant maintenant que ça me faisait de l’effet. Ceci m’a démontré de manière cinglante que le prix à payer pour déroger de mes principes, c’était l’humiliation.

Et comme j’en ai déjà parlé ici et surtout , les gars ont cette réputation de ne vivre que pour le sexe et de vouloir fourrer tout ce qui bouge.  Donc, à part pour Manon et Hélène qui ne faisaient ça que pour m’agacer, je suppose que dans la tête des autres, le fait de s’offrir sexuellement aurait dû me séduire automatiquement. Donc, en ne répondant pas positivement à leurs avances, c’est comme si je leur disais Je coucherais avec n’importe qui sauf toi.  Pas étonnant alors qu’elles le prenaient si mal.  Certaines se sont senties humiliées, elles ont réagi en démissionnant.  Certaines se sont senties insultées, elles ont réagi en me faisant des problèmes au travail. Certaines étaient incapable de dealer avec le rejet, alors elles continuaient de me harceler comme si de rien n’était, mais surtout comme si je ne leur avais jamais dit non.  Et il y en a même une qui a choisi de se venger en me coinçant dans une relation dans laquelle elle pourrait me faire payer non-stop dans tous les sens du terme.  (Très longue histoire, pour un autre jour.)   

Dans quelles situations peut-on vraiment parler de harcèlement?
Il y a quelques années, j’ai écrit une pensée qui, bien que cynique, n’en demeure pas moins un fait : Quelle est la différence entre flirter et être obsédé de façon malsaine et malvenue? Simple : Si ta cible apprécie tes attentions, c’est le premier. Sinon, c’est le second. En sachant que c’est la personne qui reçoit l’attention qui a le pouvoir de te coller l’étiquette de séducteur ou de harceleur, alors draguer au travail est un sacré gros risque à prendre. 

Le problème, c’est que la seule façon de savoir si cette attirance est réciproque (ou si elle peut le devenir), c’est qu’il faut d’abord que l’autre le sache. C’est ce qui m’est arrivé avec Christine. J’étais célibataire, elle était très attirante, j’étais en manque de sexe, elle m’en offrait. Je n’aurais pas fait les premiers pas vers elle puisque jamais je n’aurais pu imaginer qu’elle puisse me trouver de son goût. Mais dès que j’ai su que c’était le cas, j’ai dit oui. Puisque j’ai accepté, on ne saura jamais si elle m’aurait harcelé ou non. Mais j’en doute. La façon dont elle a planifié son approche démontrait qu’elle était bien plus sérieuse et mature que les quatre autres. Juste pour ça, je suis certain que si j’avais refusé, on n’en n’aurait plus jamais parlé et on aurait continué d’être collègues de travail sans plus.

Et c’est ça la différence! Il n’y a pas de mal à faire savoir à un/e collègue de travail qu’il/elle nous intéresse. Mais si cette personne répond négativement, ou bien ne répond pas du tout, et que l’on insiste, alors ça devient du harcèlement.

 

Prochain billet: Comment une collègue a faite elle-même les attouchements dont elle m’accuse.

Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (2 de 5)

Bon, ça a l’air que j’ai exagéré au billet précédent en disant que ça fait 25 ans que je subis le harcèlement sexuel en milieu de travail de la part de femmes. Oui, ça fait depuis 25 ans, mais ça ne fait pas 25 ans non-stop. Entre 1993 et 2010, je n’en ai pas subi, pour la simple et bonne raison que je n’ai presque pas eu de milieu de travail classique.  Durant cette période, j’ai été sur le BS, puis aux études, avant de gagner ma vie en tant qu’auteur et/ou scénariste, ce qui est un travail solitaire que l’on fait généralement à partir de chez soi.

Cette précision étant faite, continuons là où le dernier billet s’est terminé.  J’ai déjà couvert la période 1990-1992, voici la suite:

1993-1995 : Je suis sur le BS avec la mère de mes enfants. J’ai reçu des avances non-sollicitées d’une des amies de celle-ci durant cette période, mais ce n’était pas en milieu de travail. En plus, c’était juste une ruse de sa part pour essayer de nous séparer.  Longue histoire.
1995-1997 : Le cégep, de retour aux études. Beaucoup de filles m’ont fait des avances, j’ai accepté certaines, j’en ai décliné d’autres. Et bien que certaines histoires avaient un petit côté harcèlement de leur part après qu’elles furent frustrées, comme Océane de qui j’ai refusé les avances parce qu’elle était en couple, c’était à l’école et non au travail, donc ça ne compte pas.
1997-2000 : Travail pour la page web d’Air Canada. Une seule collègue femme (et récemment fiancée) de jour, et aucune de soir, donc zéro harcèlement durant cette période.
2001-2008 : Dessinateur et scénariste pour le magazine Safarir, travaillant de chez moi, donc zéro harcèlement durant cette période. Du moins, pas au travail.
2008 : Pendant Défi Diète 2008, nous devions animer un blog sur Canoë.com. Une des programmeuse/modératrice du site m’a fait des avances que j’ai refusées. Elle a détruit mon blog. Techniquement, ne compte pas comme du harcèlement sexuel au travail, mais tout de même.
2008-2010 : Travail à mon compte, donc aucun collègue.

… et c’est là, en avril 2010, que j’ai décidé de lâcher la vie d’artiste et de me remettre au travail physique. Et que presque aussitôt, le harcèlement féminin a recommencé. La meilleure, c’est que je ne pouvais pas m’imaginer qu’une telle chose puisse m’arriver puisque je travaillais dans un garage de bus. Pourtant…

Rhonda, une collègue de travail d’origine haïtienne.  Elle fait moins de 5 pieds de haut, est obèse, unilingue anglaise, crie au lieu de parler, se rase la tête, a 5 enfants et a 50 ans. Bref, ce n’est pas comme si elle avait de quoi m’intéresser.

SEMAINE 1: Elle est amicale et a un comportement normal.
SEMAINE 2: Elle veut savoir si j’ai une blonde.
SEMAINE 3: Elle commence à parler de sexe.
SEMAINE 4: Elle m’envoie de subtiles invitations à se voir hors du travail qu’elle lance ici et là au fil des conversations.
SEMAINE 5: Tandis que je suis à l’extérieur du bus à faire le plein de lave-vitres, elle est à l’intérieur pour nettoyer les fenêtres. Elle cogne pour attirer mon attention. Je la regarde. Sur la fenêtre, elle dessine un cœur transpercé d’une flèche avec sa bombonne de nettoyant en mousse. Je me facepalme mentalement.  Dès qu’elle sort du bus, je lui dis : « Je ne dirai pas à ma blonde que tu me dessine des cœurs, je ne pense pas qu’elle apprécie. » Ça lui a donné un choc.

« T’as une blonde? Bullshit! Depuis quand? »
« Deux semaines! »
« C’est quoi son nom? »
« Nadia! »
« Pourquoi tu m’en a jamais parlé? »

« Tu ne me l’as pas demandé. »
« Fuck you! »

Vrai, j’avais depuis peu une amie nommée Nadia, mais nous n’étions pas un couple.  Ce petit mensonge a néanmoins calmé Rhonda, du moins sur les avances sexuelles, pendant un bon mois. 

Puis, sans même me demander si j’étais encore en couple ou non, voilà qu’elle recommence.  D’abord en me parlant de sa vie sexuelle avec son amant.  Puis, en me posant des questions, du genre si j’avais déjà essayé une black. Puis, en me faisant des remarques sexuelles à la blague, sauf qu’il était évident que plus le temps passait et moins c’était des blagues. 

Nous prenions notre heure de pause dans de grands bus confortables. Un jour, elle me dit en y montant: « Ok, je vais faire un somme.  Profites-z-en pas pour me violer. »

Deux jours plus tard, elle me dit: « Tu sais, quand la fille est consentante, c’est pas un viol! »

La semaine suivante, elle me dit: « Si tu me laisse dormir une heure de plus, je te fais une pipe à mon réveil. » 

À force de rester impassible ou à refuser ses offres, elle a fini par comprendre.  Elle a aussi viré en mode full bitch parce que bon, c’est bien connu que l’enfer n’est rien comparé à la furie d’une femme repoussée, ou quelque chose comme ça.

Tout de suite après, c’est Enrique qui a pris la relève.  Fils gai de mon chef de quart, il refusait de s’arrêter au fait que je suis hétérosexuel.  Mais bon, dans son cas, le fait que c’était un homme, j’ai pu lui régler son cas rapidement en l’engueulant publiquement sans retenue et le menacer de plainte et poursuites, chose que je ne pouvais pas vraiment faire contre une femme.  Enfin, oui, je le pouvais, mais je n’aurais juste pas été pris au sérieux.

Bref, lorsque je suis arrivé à un point où d’un côté j’avais à subir ceci, et que de l’autre mes possibilités d’avancement dans ce boulot étaient nulles, j’ai remis ma démission. 

2012-2014: À mon boulot suivant en tant que concierge résident, j’ai eu une voisine nommée Gréta, 50 ans, petite, maigre, ridée comme si elle avait 80 ans. Elle m’a harcelé non-stop de ma première semaine là jusqu’à mon départ deux ans plus tard.  Pas une semaine ne se passait sans qu’elle vienne cogner à ma porte, tentant de s’introduire chez moi sous divers prétextes, me couvrant de cadeaux variés (généralement des plats déjà commencés), me faisait aller chez elle pour toutes sortes de boulots dont la majorité n’étaient pas relatifs à mon travail, me lançant sans cesse des invitations, et s’arrangeant toujours pour se trouver sur mon chemin puisqu’elle m’épiait assez pour connaitre mon horaire.  Par deux fois je l’ai sommé d’arrêter, allant même jusqu’à m’en plaindre à la direction en leur demandant d’envoyer désormais mon collègue à chaque fois qu’elle signalerait un problème chez elle.  Un jour, dans le corridor, elle va même me dire: « Hier, je suis allé te voir mais avant de cogner j’ai écouté et j’ai entendu des gémissements.  C’est bien, de voir que tu t’occupes de ta blonde au lit! » Ce n’était pas une collègue de travail, mais ça restait du harcèlement en milieu de travail, avec une touche sexuelle qui me hérissait.

2014-2015: Je suis concierge résident dans une tour à condos de l’Île-des-Soeurs.  Dès que j’ai vu Rita, la réceptionniste de l’immeuble, et que je l’ai entendu parler, j’ai tout de suite su son genre : 40 ans, ex-belle, désespérée de se trouver un chum, au point où elle voit chaque nouveau collègue comme un potentiel. Dès le départ je lui ai parlé de long en large de ma relation de couple.  Ça m’a permis de la tenir à distance, et de la voir s’essayer sur les nouveaux à chaque fois qu’il y en a un, et leur causer du trouble dès que ça ne marche pas.  Mon statut de couple stable coulé dans le béton ne l’a cependant pas empêché, un jour où elle me racontait sa version de ses déboires avec un collègue, de me rajouter: « Dans le fond, c’est un gars exactement dans ton genre dont j’aurais besoin. »  Une façon subtile d’insister, en me passant le message comme quoi elle me veut encore malgré mon statut de couple, et qu’elle sera mienne si j’y met fin.

LA SUITE: Quelques réflexions sur ces situations.

Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (1 de 5)

Je sais bien que généralement, je préfère mettre en ligne des photos de moi où je parais le mieux. Sauf quand je veux faire une comparaison avant-après à la « Woah p’tain, regardez comment j’me suis amélioré en passant de Quasimodo à Casanova. »  Mais bon, faut dire ce qu’il en est, je suis surtout regardable lorsque je fais des efforts pour améliorer mon apparence et qu’un appareil photo me prend dans un bon angle. Parce que sinon, dans la vie de tous les jours, au naturel, et surtout au travail,  je n’ai pas de quoi faire mouiller une éponge coincée dans l’épave du Titanic.

Et pourtant, si vous saviez le nombre de fois où j’ai pu être la cible de harcèlement sexuel au travail, de 1990 à aujourd’hui.  On entend souvent parler de ce phénomène quand il s’agit d’hommes qui harcèlent les femmes, mais jamais l’inverse.  Pourtant, ça existe. Ça fait vingt-cinq ans que je le subis.

Ayant été élevé dans un environnement presque exclusivement féminin, j’ai passé toute ma jeunesse à entendre filles et femmes parler contre les travers des hommes.  De leur comportement macho, de leur violence, et surtout de leur désir sexuel qui les pousse à commettre tous les écarts.  Je les ai entendu se plaindre comme quoi ils ont les pires comportements, les pires attitudes avec les femmes, surtout en milieu de travail.  J’ai donc été éduqué de façon à ne pas agir ainsi.  Voilà pourquoi, à chaque fois que j’ai un boulot, j’agis de façon professionnelle avec mes collègues féminines, n’étant jamais rien d’autre qu’amical, agissant d’égal à égal, gardant avec elles la même distance respectueuse que je garde envers mes patrons. 

Eh bien, curieux phénomène, depuis que je suis adulte, à chaque fois que j’ai un travail dans lequel il y a 25% de femmes et plus, ce sont elles qui finissent par initier la sexualité entre nous.  Ça va de la simple remarque osée à la proposition sexuelle, de la confidence intime à la déclaration d’amour, de l’exhibition coquine passive à l’agression violente empoigne-paquet dans un coin désert.  Eh oui!  Je ne sais pas si c’est un phénomène exclusivement québécois ou bien si ça se retrouve partout, mais laissez-moi vous dire que même si ça ne s’est jamais rendu jusqu’au viol proprement dit, je sais par expérience personnelle que les femmes sont capables du même harcèlement sexuel en milieu de travail que celui que l’on essaye de nous faire croire comme étant exclusivement masculin.  Et si ça m’est arrivé aussi souvent, je ne dois tout de même pas être le seul.

Pour le moment, je vais fouiller dans ma mémoire et vous raconter la chose au meilleur de mes souvenirs et des feuilles lignées froissées et jaunies de mes archives.  Bonne chose que depuis que j’ai 11 ans, j’écris presque tout ce qui m’arrive.

Le travail: Pâtissier dans un Dunkin Donuts.
L’époque: De 1990 à 1992
Mon âge: De mes 22 à 24 ans.

Manon est une mince et jolie petite brunette malgré un nez à la Gainsbourg.  Dès les premiers jours, elle me parle et me décrit quelque peu sa vie, me disant qu’elle a un chum avec qui elle habite. 

Une semaine plus tard, elle commence à me parler de sexe en me disant: « Mon chum a envie plus souvent que moi, mais moi chus pas tellement cochonne! »

Dans les jours qui suivent, elle me parle de plus en plus souvent de sexe. 

Un mois plus tard, elle me fera des remarques sexuelles personnelles sur une base quotidienne. 

Devant mon manque de réaction, elle finit par s’interroger.  Elle me demande si je suis gai.  Je lui répond que non, mais que puisqu’elle a déjà un chum, je considère que ses provocations ne sont que des blagues. 

La semaine suivante, elle me raconte qu’elle vient de faire un ménage à trois bisexuel avec une copine et le copain de ce dernier, dans un motel, et elle me donne tellement de détails qu’elle n’en laisse aucun à mon imagination.  Tellement que cette fois, elle réussit à m’allumer.

Étant célibataire et en manque, et voyant que son statut de couple ne semble pas l’empêcher de coucher avec qui elle veut, je me risque à lui dire que si elle est sérieuse, d’accord, je veux bien.  Ou sinon, de cesser ses agaceries, parce que ça me déplait de me faire provoquer pour rien.  Elle refuse mes deux propositions, et continuera à me harceler de remarques sexuelles. Un soir, elle va même jusqu’à lever la jupe de son uniforme devant moi en écartant les jambes, et elle me nargue en disant: « C’est ça qu’tu veux, hein?  Ben tu l’auras seulement si MOI je le veux. Ha! Ha! »  Son sexe est bien sûr caché par sa petite culotte et recouvert de ses collants blancs. N’empêche!  Et j’ai eu à endurer ça jusqu’à sa démission quelques mois plus tard.

Kim: Cinq pieds deux, les yeux bleus et blonds cheveux, elle n’avait rien d’un top modèle avec son surplus de poids, ses dents croches et jaunies par des années de tabagisme, son menton fuyant et son nez dont la courbe évoque le bec d’un vautour. Elle est tout de même d’une nature joyeuse, ce qui en fait une compagne de travail agréable. Du moins, les premières semaines car un mois après ses débuts, une collègue de travail m’apprend que Kim a commencé à répandre la rumeur comme quoi je serais gai. Elle est arrivée à cette conclusion car je ne dis jamais rien à caractère sexuel à mes collègues de travail, ni directement ni en sous-entendus ni en blagues. Et puisque toutes mes collègues de travail sont des filles, ça lui semble louche que je n’en profite pas. J’avais pourtant de bonnes raisons de ne pas agir ainsi. D’abord, parce que ce n’est pas dans ma nature, et ensuite parce que je suis maintenant en couple avec une fille nommée Marie-France.

Un matin, Marie-France est venue me chercher à la fin de mon quart de travail. Kim, surprise que Marie-France existe pour vrai, nous propose d’aller déjeuner à un resto voisin.  Nous acceptons.  Au resto, Marie-France est à mes côtés tandis que Kim est assise face à moi.  Nous jasons de choses et d’autres lorsque soudain, j’ai la surprise de sentir le pied de Kim qui, sorti de sa botte d’hiver, se glisse entre mes genoux. Je referme aussitôt mes jambes. Elle répond à mon geste en poussant plus fort avec son pied. Je sens soudain les deux pattes avant de ma chaise qui lèvent de terre. J’ai le réflexe de m’ouvrir les cuisses. Les pattes de chaise retombent par terre. Je vois le sourire triomphant de Kim. Bien calée sur sa banquette fixée au mur, elle ne pouvais pas basculer sous la poussée de sa jambe, elle. Mes cuisses lui laissant maintenant le passage, Kim envoie doucement son pied plus loin, jusqu’à pouvoir me caresser l’entrejambe. Surpris de son geste et complètement désemparé, je ne sais pas trop comment réagir. Cette situation me rend franchement mal à l’aise, surtout avec ma blonde assise à côté de moi. Je voudrais que Kim cesse, mais comment pourrais-je réagir? Si je ferme les cuisses, Kim va me faire tomber à la renverse, et comme je la connais, elle va sûrement nier y être pour quelque chose. Si je recule avec ma chaise pour me mettre hors de portée de Kim, Marie-France va me demander pourquoi je me distance de la table. Si je dénonce Kim, je créé un malaise, sans compter qu’elle va probablement tout nier. Je n’ai donc pas le choix. Tout le long du repas, il me faut endurer ses attouchements malvenus en faisant semblant de rien.

Sharon était une brunette anglophone quasi-obèse qui avait un chum.  Ils habitaient tous les deux chez la mère de ce dernier. Elle était très visiblement attirée par moi, et plus le temps passait et moins les messages qu’elle me passait à ce sujet étaient subtils. Mais bon, puisque l’on était tous les deux en couple, je passais ça sous le compte de son sens de l’humour. Il est vrai que c’était une jeune femme très enjouée.

Dès qu’elle a appris ma rupture, elle me dit que, quel hasard, elle a elle-même rompu la veille. Bon, elle habitait encore avec lui chez la mère de ce dernier en attendant de se trouver un appartement, ce qui fait qu’il ne faudrait pas qu’elle soit vue publiquement avec un autre garçon pour ne pas créer de scandale. Mais sinon ouais, elle m’assure que tout est vraiment fini entre eux. Son histoire sent la bullshit à plein nez. Mais bon, pour ce que ça change. Ce n’est pas comme si elle m’attirait.

Trois jours plus tard, un soir où je travaille tandis que Sharon a congé, cette dernière entre dans la cuisine vers deux heure du matin. Apparemment, elle revient d’un des bars du quartier parce qu’elle a visiblement une bonne douzaine de verres dans le nez, en plus de s’être habillée sexy. Elle me fait des avances qui n’ont plus rien de subtil et essaye de me faire la prise du calmar en rut. Je l’évite et je fais de mon mieux pour ignorer ses avances, en lui disant que je n’ai pas vraiment le temps de lui parler parce que je vais être en retard dans ma production. Elle me suit dans l’entrepôt arrière alors que je m’en vais chercher une poche de cinquante livres de sucre à glacer pour préparer la crème pâtissière. Elle se met devant la porte et me bloque le chemin, me disant que si je veux en sortir, il va falloir lui passer sur le corps. Elle a un chum, elle ne m’attire pas, et elle est saoule. N’importe laquelle de ces raisons est suffisante pour que je refuse de faire quoi que ce soit avec elle, alors imaginez les trois ensemble. Comme je viens pour passer, elle pose sa main directement sur mon entrejambe et essaye de m’embrasser. Je la bouscule sans considérations en passant mon chemin, mon sac de cinquante livres de sucre à glacer sur l’épaule. Elle n’insiste pas. Je suppose que le lendemain elle a eu honte de son comportement parce que dans la journée elle est revenue afin de rendre son uniforme ainsi que sa démission.

Sylvie était une petite aux cheveux bruns frisés avec taches de rousseurs et une petite voix timide.  Ce qu’elle me disait, par contre, ne contenaient aucun degré de timidité.  J’avais souvent droit à des confidences sur ses préférences sexuelles, comme par exemple: « Pour moi, la journée idéale, c’est me faire baiser au matin avant le travail, puis au retour du travail avant souper, puis après souper, puis après le bain avant de dormir », ou bien « Me faire pénétrer, je trouve ça aussi délicieux en arrière qu’en avant. », ou bien des agaceries du style de « C’est dommage qu’on ne travaille pas seuls, on pourrait aller s’enfermer dans les toilettes pour une petite vite. »  Bien sûr, si je répondais positivement à ses propositions, elle trouvait toujours un truc pour nous empêcher.  Elle a été obligée d’arrêter au bout de quelques mois.  Sa grossesse devenait trop évidente pour qu’elle puisse me cacher plus longtemps la vraie raison pourquoi ce n’était que du harcèlement vide: Elle avait un chum, avec qui elle habitait depuis deux ans.  

Hélène, 21 ans, était une superbe métisse au teint cuivré et à cheveu de corbeau, ce qui est surprenant puisque les corbeaux n’ont que des plumes.  Avec elle, c’était un peu différent.  Dès le départ, elle m’a fait comprendre que je n’aurais aucune chance car elle n’en a que pour les hommes qui ont l’âge d’être son père. Ceci précisé, elle me parlait de cul sans cesse, se décrivait comme une nympho, me taquinait, m’agaçait, m’allumait.  Bon, j’avoue que ça m’allumait moins lorsqu’elle me racontait que l’été précédent, alors qu’elle travaillait avec une équipe de rénovation, elle s’était tapée un collègue de 40 ans dans un appartement vide sur lequel ils travaillaient.  Puisque j’avais 23 ans, j’étais dégoûté à l’idée d’un gars dans la quarantaine qui se fait une fille 20 ans plus jeune.  (Je changerai d’idée en atteignant moi-même la quarantaine, étrangement.) 

Ensuite, il y a eu Isabelle l’infidèle, dont j’ai déjà parlé dans ce billet Elle aussi avait un chum, elle aussi habitait avec lui, et elle aussi ne cessait de me draguer.

Christine ressemblait à une jeune Brigitte Nielsen.  Elle m’invite, après notre quart de travail nocturne, à aller déjeuner à un resto du quartier, car elle a quelque chose d’assez important à me dire. Je trouve ça un peu étrange car nous n’avons jamais été autre chose que camarades de travail, mais bon, j’accepte.  Au resto, elle m’explique qu’elle est célibataire depuis trop longtemps à son goût, elle insiste comme quoi elle ne veut surtout pas de relation de couple stable, mais qu’elle a des manques du côté sexuel, et qu’elle n’est pas du genre à avoir des histoires d’un soir ni de coucher avec n’importe qui.  Voilà pourquoi elle me propose une relation de simple collègues de travail devant tout le monde, mais en privé on serait amants.  Je ne m’attendais certainement pas à ça.

Et tout ça durant les deux ans où j’ai travaillé à cet endroit.  De la part de minces comme de grosses, de petites comme de grandes, de belles comme de laides, de célibataires comme en couple.  Et ce n’est pas parce que j’étais exceptionnellement beau ou athlétique.  Bien au contraire. Voici une photo de moi datant d’avril 1991, pendant cette période. 
Remarquez que ce n’est pas non plus comme si toutes les femmes qui subissent le harcèlement sexuel ou même le viol étaient des top-modèles. 

Ces sept filles représentaient, au meilleur de mes souvenirs, le tiers ou le quart de celles avec qui j’ai travaillé durant cette période.  Et  ceci n’était qu’à mon premier travail.  

À SUBIR

Les femmes et le harcèlement dans la rue: J’ÉTAIS DANS L’ERREUR!

Il y a presque deux ans, j’ai écrit un billet de blog qui a été très mal reçu par certaines lectrices européennes: Lire en public = « Harcelez-moi! » . Dans celui-ci, je cite le billet d’une blogueuse américaine qui se plaint d’être victime de harcèlement lorsqu’elle utilise les transports en commun.   Et elle l’est quotidiennement, une, deux, et même trois fois par jour.  Ce qui démontre bien que les hommes sont majoritairement des néandertaliens attardés machos et harceleur.  Le fait qu’elle se fasse aussi souvent aborder contre son gré le prouve. Tant qu’il y aura des hommes en liberté, une femme ne sera en sécurité nulle part.

À ceci, j’ai émis le doute suivant:  Si c’était vraiment le cas, ça arriverait à toutes les femmes, pas seulement à elle, non?  Je veux dire, la majorité de mes amis sont des femmes, elles prennent les transports en commun quotidiennement, et là-dessus il y en a peut-être deux ou trois qui ont déjà été la cible d’un freak dans le métro ou dans le bus.  Et il y avait généralement plusieurs mois, voire plusieurs années d’écart entre chacun de ces incidents.  Jamais je n’ai entendu l’une d’elle dire que ça lui arrivait aussi souvent qu’à cette blogueuse.

Tout le long de son billet, cette femme décrit le fait qu’elle n’arrive pas à avoir la paix, malgré le fait qu’elle se replie sur elle-même, le nez dans un livre.  Bien que je sois un homme, j’ai été moi-même plusieurs fois été dérangé en public par des gens qui voulaient me faire de la conversation.  Or, les seules fois où ça m’est arrivé, c’était lorsque j’essayais de lire.  J’en suis donc arrivé à la conclusion logique et pertinente que c’est le fait de lire en public qui attire une certaine catégorie de gens à venir nous harceler.  Donc, qu’en essayant de fuir un problème, elle le créé elle-même.  Conclusion: Si elle veut arrêter de se faire harceler, elle doit cesser de lire en public.

Cette conclusion m’a valu, dans la section des commentaires d’un autre de mes billets, de la haine, des insultes, et même de me faire souhaiter de me retrouver en prison dans le but de me faire copieusement sodomiser.  Tout ça parce que j’ai commis le crime de donner, aux femmes qui se font harceler en public, un truc capable de diminuer le nombre de fois où elles se font harceler en public. 

Le problème, c’est qu’en tant que montréalais, je ne peux voir ce qui se passe qu’à Montréal.  Il a fallu que la BD-blogueuse européenne Mirion Malle vienne à Montréal et illustre les points forts de son séjour pour que je comprenne où se situait la faille dans mon raisonnement:

Les québécois respectent la femme beaucoup plus que le font les européens et les américains.  Par conséquent, oui, mes conclusions sont bonnes, et mon truc pour éviter (ou du moins diminuer) le harcèlement public fonctionne…  Mais il ne fonctionne qu’au Québec seulement.  Parce que la réalité de la femme au Québec, c’est autre chose que la réalité des femmes ailleurs sur la planète.

Il faut dire que nous, on a eu droit à La Révolution Féministe de 1993-2003.  C’est probablement ce qui fait toute la différence.

Bref, mea culpa pour mon ignorance culturelle géographique qui fait que j’avais tort à grande échelle.

La conflictuodépendance : La logique derrière l’illogisme.

Comme je l’ai déjà écrit, une personne manifeste sa personnalité  conflictuodépendante lorsqu’elle cherche querelle à autrui en passant à travers les dix étapes successives que voici:

ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant. 

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste. 

ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.

Et voilà qu’arrive le sujet du billet d’aujourd’hui :

ÉTAPE 5, et celui-ci est non seulement le plus illogique de tous, c’est à partir de ce point que l’on voit qu’il s’agit de conflictuodépendance et non d’une simple querelle banale: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.

Et en effet, avouez que c’est très illogique. S’il est important pour quelqu’un de descendre les autres plus bas que soi, pourquoi essayer le faire en se tirant dans le pied de cette façon?   Je veux dire, prenez les exemples que j’ai déjà donné dans les billets précédents :

  • Mon père. S’il avait vraiment voulu me descendre, ce n’était pas les arguments qui manquaient. Par exemple, il aurait pu m’engueuler sur le fait que je méprisais le travail physique. Il aurait pu m’accuser d’être un snob qui se croit bien meilleurs que lui.  Un ingrat, alors qu’il me fournit gite et couvert. Ça aurait eu le mérite d’être vrai. Mais non, il choisit plutôt de m’accuser mensongèrement d’être un BS, ce qui est faux dans mon cas, et vrai dans le sien. Et il le fait avec mépris.
  • Pareil pour Geneviève. Elle aurait pu me faire des remarques sur le désordre dans ma chambre, ou du fait que je ne nettoyais jamais la salle de bain après utilisation. Ça aurait eu le mérite d’être vrai. Mais non, elle choisit plutôt de m’accuser mensongèrement d’avoir besoin de soins psychiatriques, ce qui est faux dans mon cas, et vrai dans le sien. Et elle le fait avec mépris.
  • Tamara? Je ne sais pas de quoi elle aurait pu m’accuser car c’était notre première rencontre, elle ne pouvait pas connaître mes travers. N’empêche qu’elle a choisi de m’accuser mensongèrement d’avoir l’esprit fermé envers ceux dont les préférences sexuelles sont différentes des miennes, ce qui est faux dans mon cas, et vrai dans le sien. Et elle l’a fait avec mépris.

Attaquer l’autre sur un défaut qu’ils ont eux-mêmes, ce n’est que la première moitié de l’illogisme de ce comportement. La seconde moitié, c’est leur choix de victime. Car en effet…

  • Si mon père ressentait le besoin de mépriser les BS, pourquoi a t-il choisi de s’attaquer à quelqu’un qui ne l’était pas?
  • Si Geneviève ressentait le besoin de mépriser ceux qui ont besoin de soins psychiatriques, pourquoi a t-elle choisi de s’attaquer à quelqu’un qui avait toujours été sain d’esprit?
  • Si Tamara ressentait le besoin de mépriser les gens qui ont l’esprit fermé, pourquoi a t-elle choisi de s’attaquer à quelqu’un qui avait l’esprit ouvert?

Admettons que mon père s’était attaqué à un BS en le traitant de BS. Le plus qu’il risquait, c’est de se faire répondre : « Heille, t’es su’l’BS toé aussi, fa que t’es pas mieux que moi! » Par sa réponse, mon père entendrait « Toi et moi, sommes à égalité! » Par contre, s’il s’attaque à un travailleur en le traitant de BS, il est évident que ce dernier, piqué au vif par par cette accusation injuste parce que fausse, va immédiatement vouloir lui remettre les pendules à l’heure. Il va donc répliquer : « Non! Je travaille, MOI! Le BS, c’est TOI. » Et ça, aux oreilles de mon père, ça se traduit par : « Je vaux mieux que toi! »  Et c’est ÇA que le conflictuodépendant veut entendre de la part de sa cible.

ÉTAPE 6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.

Car oui, ce point faible est si honteux qu’il lui cause de terribles complexes.

  • Mon père a du mal à assumer d’être sur le BS. La preuve: C’est avec mépris qu’il lance des accusations à ce sujet.
  • Geneviève a du mal à assumer d’avoir besoin de soins psychiatriques.  La preuve: C’est avec mépris qu’elle lance des accusations à ce sujet.
  • Tamara a du mal à assumer d’être, à ses propres yeux, une salope.  Elle n’a donc pas l’esprit aussi ouvert qu’elle voudrait (se) le faire croire.  La preuve: C’est avec mépris qu’elle lance des accusations à ce sujet.

Où est la logique de chercher à se faire contre-attaquer sur un défaut que l’on a par quelqu’un qui ne l’a pas, surtout si ce défaut nous donne des complexes? Parce que s’il est impossible de fuir le sentiment de mépris lorsqu’il vient de soi-même, il est beaucoup plus facile de l’ignorer si ça vient de quelqu’un d’autre.  Surtout si on arrive à se convaincre soi-même que l’autre a des motivations cachées pour agir ainsi.

Et voilà pourquoi le conflictuodépendant a d’abord passé par l’ÉTAPE 4:  Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.  Parce qu’en combinant l’étape 4 avec la 5 (Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux) et la 6 (manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux), ça lui permet de faire ceci:

  • Mon père sous-entend que mon âge fait de moi un je-sais-tout qui croit détenir la vérité absolue: « Christ d’enfants de cul de tabarnak, il faut toujours qu’ils aillent raison, hostie. » Ainsi, ce n’est plus sa conscience qui le méprise parce qu’il est sur le BS.  C’est moi!  Et moi, il peut prétendre que si je l’attaque là-dessus, c’est à cause que je suis un p’tit christ de jeune qui pense qu’il a tout le temps raison.
  • Geneviève sous entend que je suis misogyne, avec: « Tu l’sais-tu c’est quoi ton vrai problème, toé? C’est que ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! » Elle sous-entend que je suis immature avec « Ayoye! Préférer déchirer pis flusher la lettre plutôt que de me laisser la voir. Hostie que t’es bébé, man. C’est vraiment pas la maturité qui t’étouffe. »  Enfin, elle sous-entend que je suis cruel et que j’aime rabaisser les autres, avec: « Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  […]  C’est drôle, hein? C’est drôle de niaiser une fille sur la période où elle n’a jamais été aussi bas de toute sa vie? Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? » Ainsi, ce n’est plus sa conscience qui la méprise parce qu’elle a des troubles psychiatriques.  C’est moi!  Et moi, elle peut prétendre que si je l’attaque là-dessus, c’est à cause que je suis un misogyne, un immature, un chien sale qui aime rabaisser les autres et les frapper pendant qu’ils sont par terre.
  • Et Tamara sous-entend que je la juge et que je la traite de salope.  C’est du moins ce que m’a rapporté mon amante Julie en me disant: « C’est parce que pour elle, le fait que tu lui ais dit que t’étais straight, sans vouloir essayer autre chose, c’est comme si tu lui disais que c’t’une salope d’être bi. » Ainsi, ce n’est plus sa conscience qui la méprise parce qu’elle couche avec n’importe qui.  C’est moi!  Et moi, elle peut prétendre que si je l’attaque là-dessus, c’est à cause que je suis un jugemental a l’esprit fermé qui la traite de salope.

Tant et aussi longtemps que c’était sa propre conscience qui le méprisait pour ce point honteux, le conflictuodépendant ne pouvait pas fuir ce complexe.  Mais là, en remplaçant sa conscience par un bouc émissaire extérieur, et en lui prêtant des intentions malveillantes,  il change cette réalité insupportable contre une qu’ils peut plus facilement assumer.  Et ceci, inconsciemment, était le but véritable du conflictuodépendant. Ce but étant atteint, ils vont à:

ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.

La preuve comme quoi son but était de faire semblant que son complexe est causé par une personne malveillante et non sa propre conscience: À partir du moment où il a atteint ce but, il perd brusquement intérêt au conflit, alors que jusque là il insistait non-stop pour le prolonger .  Il passe donc à:

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé.

Et il le fait à toute vitesse, car il ne faut surtout pas laisser à l’autre le temps de lui remettre la vérité en face. C’est ce qu’a fait…:

  • Mon père, qui quitte la pièce et la maison en gueulant, m’interrompant alors que je lui disais ses quatre vérités.
  • Geneviève, qui part s’enfermer dans sa chambre et hurle pour s’assurer qu’elle ne puisse plus m’entendre répliquer.
  • Tamara, qui met la musique à tue-tête dans l’auto, empêchant la conversation de continuer.

Il ne leur reste plus qu’à s’assurer que l’autre ne contamine pas leurs amis communs avec la vérité sur leur conflit. D’où:

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.

Dans ce but, la personne conflictuodépendante se montrera soudain très amicale, gentille, complice et proche avec leurs amis communs.  Elle ne manquera pas de glisser à chacun, au détour de conversations, les conclusions qu’elle a si sophistement créées à l’étape 4, comme quoi la raison du conflit est que l’autre est un prétentieux, un misogyne, un être louche au comportement narcissique, un salaud qui aime rabaisser les autres, etc. Bref, n’importe quoi sauf reconnaître son propre comportement de merde, et encore moins reconnaître qu’il est causé par ses propres complexes.  L’important, c’est de convaincre les gens que l’autre est une personne tellement méprisable que toute opinion de sa part ne devrait avoir aucune valeur.

ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Normal: L’autre est celui qui connait la vérité à son sujet.  Il faut donc l’éliminer car il en sait trop, ou du moins l’amener à prendre sur soi tous les torts en relation avec cette querelle.

Mais bon, comme tous ceux qui ont un problème de comportement, la personne conflictuodépendante ne peut s’empêcher d’être ce qu’elle est.  Tôt ou tard, elle recommencera à chercher querelle à son entourage, en commençant généralement (et illogiquement) par ceux à qui elle s’est plaint le plus de son conflit précédent.

Autrement dit, même si vous ne vous débarrassez pas de cette personne toxique parce que vous êtes patient et compréhensif, sa dépendance aux conflits l’obligera éventuellement à prendre ses distances avec vous.  Et elle le fera en vous faisant porter la responsabilité pour le conflit qu’elle ira elle-même mettre entre vous.  Malheureusement, ne croyez pas qu’elle va lâcher le morceau contre vous.  Elle est parfaitement capable de tenter de vous salir publiquement pendant les 5, 10, 20, 30 années à venir.

9 leçons de vie (tristement réalistes) que l’on retrouve dans le dessin animé Daisy Town

Je ne sais pas si c’est le cas en Europe, mais ici, au Québec, lorsque revient le temps des fêtes, la télé nous présente quelques dessins animés classiques tels Astérix le Gaulois, Astérix et Cléopâtre, Les 12 Travaux d’Astérix, ainsi que des aventures de Lucky Luke telles La Ballade des Dalton et Daisy Town. Avec les années, d’autres dessins animés de ces deux séries se sont ajoutées à la programmation. Mais pour aussi loin que je me souviens, et j’ai tout de même 46 ans, ces cinq-là ont toujours fait partie de cette tradition. Et puisque c’est une tradition, je les regarde sans faute à chaque année.

Or, en prenant de l’âge, notre perception change. Ces films que je regardais hier avec des yeux d’enfant, je les vois aujourd’hui avec des yeux d’adulte. Ça m’a permis de constater que Daisy Town contient les neuf leçons de vie suivantes:

LEÇON 1: L’intimidation et le terrorisme, ça fonctionne.
Depuis tout récemment, on peut enfin voir en version non-censurée le speech final de l’épisode 201 de South Park, sorti en 2010, dans lequel Kyle nous dit exactement çaIl ne nous apprend cependant rien puisque, presque quarante ans plus tôt, c’est ce que nous montrent les citoyens de Daisy Town face à la menace que constituent les Dalton.

LEÇON 2: La lâcheté des gens est telle qu’ils préfèrent protéger les malfaiteurs plutôt que d’aider la justice.
C’est ce que fait la population de Daisy Town en étalant généreusement les sophismes. 

D’abord ils rendent positifs les gestes négatifs des Dalton, appelant ça du progrès.  Et ensuite, ils rendent négatifs les gestes positifs de Lucky Luke, appelant ça une entrave au progrès.

LEÇON 3: On ne peut pas aider une victime consentante.
Les citoyens de Daisy Town commencent par demander à Lucky Luke de les aider car ils n’en peuvent plus de vivre sous la menace de la racaille.  Mais dès qu’il cherche à s’attaquer à la racaille qui les menace, ce qui est pourtant ce qu’ils lui ont demandé de faire, ils changent d’avis et essayent de l’en dissuader.   Ce thème avait déjà été abordé deux ans plus tôt dans l’album Jesse James, en remplaçant Daisy Town par Nothing Gulch, et les frères Dalton par les cousins James.  Et tout comme dans cet album, Lucky Luke se trouve écoeuré par tant de couardise.  De toute façon, puisqu’il est  impossible de se battre à la fois contre les agresseurs et les agressés, il ne lui restait plus qu’une seule option:

LEÇON 4: Il faut diviser pour régner.
C’est ce que font les Dalton: Par la terreur, ils divisent Lucky Luke des citoyens de Daisy Town, ce qui leur permet de régner sur la ville.  Plus tard, Lucky Luke prend sa revanche en profitant de la naïveté d’Averell en lui montant la tête contre ses frères, les divisant, ce qui lui permet d’en venir à bout.

LEÇON 5: Les bons ne valent pas toujours mieux que les méchants, même qu’ils sont parfois moins honnêtes.
Vers la fin, réalisant qu’il ne pourra pas arrêter la civilisation des hommes blancs, le chef indien leur propose un arrangement en échange de l’occupation de ses terres:

Lucky Luke, qui semble se prendre pour le porte-parole de la civilisation blanche, accepte au nom de sa race.  La paix est rétablie.  Happy end?  Pas pour les indiens, en tout cas.  On n’a qu’à ouvrir n’importe quel bouquin sur l’histoire du Far West pour voir que la réalité sur l’avenir des indiens d’Amérique, c’est plutôt Joe Dalton qui la leur donne honnêtement.

LEÇON 6: Dès qu’il est question d’argent, la loyauté fout le camp.
Quelle récompense reçoivent les Dalton de la part des indiens après avoir prévenus ceux-ci contre les méfaits futurs de l’homme blanc envers leur peuple?  Une seule chose: La trahison! 

Et alors qu’ils ont passé les premiers 9/10e du film à fonder et défendre Daisy Town, à être fiers de leur ville, comme le démontre le maire qui nous sert ce discours deux fois de suite

Il suffit qu’un vieux gâteux vienne annoncer:

.. pour que tout le monde abandonne la ville pour l’or. Et malgré son beau discours, le maire n’est pas le dernier à le faire. Au contraire, il est le tout premier.

LEÇON 7: Sois là pour les gens qui sont dans le besoin, ces gens t’abandonneront lorsque tout ira bien.
En effet, dès que la richesse arrive, tout le monde s’en va et abandonne Lucky Luke sans hésitation ni la moindre petite pensée pour lui qui a tant fait pour eux.

Cette réaction a beau être injuste, elle n’en est pas moins normale.  Car comme je l’expliquais déjà il y a quatre ans dans La malédiction du bon gars gentil et sauveteur, aux yeux des citoyens, consciemment ou non, Lucky Luke représente ce qu’il y a de pire en eux, car sa présence est étroitement reliée à … :

  • Leur faiblesse, en demandant son aide.
  • Leur lâcheté, en se retournant contre lui par peur des Dalton.
  • Leur hypocrisie, en agissant comme si le problème était Luke et non les Dalton.
  • Leur cupidité, en abandonnant tout, 0.4 secondes après avoir appris qu’il y avait de l’or dans les collines.
  • Leur manque de loyauté, en abandonnant Daisy Town, pourtant supposée si chère à leurs yeux

Inviter Luke à profiter de leur nouvelle fortune, ça leur rappellerait, à chaque fois qu’ils le verraient, à quel point ils sont faibles, lâches, hypocrites, cupides et déloyaux.  Il était alors beaucoup plus facile pour eux de le fuir, plutôt que de faire face à leurs propres travers. 

LEÇON 8: Aider les gens qui ne sont pas capables de se sortir de leurs problèmes par eux-mêmes, c’est une perte de temps.
Après que Lucky Luke ait consacré son temps et ses énergies à faire de Daisy Town un endroit où il fait bon vivre, les citoyens abandonnent la place, la laissant tomber en ruine.
Et le plus choquant, c’est que celui qui a fait le plus d’efforts pour sauver cette ville, et ce pour absolument rien, c’est celui qui était le moins concerné, puisqu’il n’y habitait même pas.  Ce qui démontre que dans le fond, les citoyens n’en avaient rien à chier de leur ville.  Sinon, ils auraient fait l’effort de régler leur problèmes eux-mêmes, au lieu de refiler cette tâche à un étranger de passage.

LEÇON 9: Plus une personne se démène gratuitement pour autrui, moins il reçoit de respect de leur part.
Si tu n’accordes aucune valeur à tes services, les gens considéreront que tes services ne valent rien.  Pas surprenant qu’ils ont tenté de lui faire obstacle au début, et qu’ils l’ont abandonné à la fin.  Il ne faut pas s’étonner après ça si ce cowboy se retrouve toujours aussi poor que lonesome à la fin de ses aventures.

Daisy Town, ce n’est pas seulement un dessin animé destiné à amuser les enfants. C’est un regard impitoyable sur la vie, sur les gens, et sur la société.  Et si ce regard n’en voit rien de bon, c’est hélas parce qu’il n’est que trop réaliste. 

30 autres comportements qu’il faudrait cesser d’avoir sur Facebook

Vous vous souvenez de l’article 30 comportements qu’il faudrait cesser d’avoir sur Facebook?  Et bien en voilà 30 autres:


 COMPORTEMENT 31: Étaler son manque de vie amoureuse
Il y en a qui souffrent de la solitude et ressentent le besoin de l’exprimer. C’est normal. Mais quand on insiste sur le sujet encore et encore, ça devient vite pathétique.


COMPORTEMENT 32: Faire du vaguebooking
Si t’as quelque chose à dire, dis-le!


COMPORTEMENT 33: Se représenter en Bitstrips
Au début c’était amusant. Mais à la longue, ça a fini par manquer d’originalité.


COMPORTEMENT 34: La photo de couple avec le mec possessif
Une photo de couple sur le profil d’une fille, passe encore, surtout au début de la relation alors qu’elle est toute émerveillée du charme de la nouveauté d’être en amour. Mais quand le gars a une attitude possessive dans la vraie vie, et qu’il la confirme en occupant le 2/3 de la photo de la fille, c’est déjà un peu moins mignon.


COMPORTEMENT 35: La vantardise physique injustifiée
Il y en a qui diront que d’agir comme si on était beau alors qu’on a une tronche de cul, c’est une attitude positive.

N’empêche que positive ou non, il reste qu’on a une tronche de cul.  Cette pratique donne alors l’impression qu’on cherche désespérément à se déconnecter de la réalité.


COMPORTEMENT 36: La modestie hypocrite
Pratique inverse de la précédente, ça consiste à poster une photo qui nous a pris dans un angle particulièrement flatteur.  On veut la montrer pour se la faire complimenter, mais en même temps on ne veut pas passer pour vaniteux.  On fait donc semblant de s’y trouver laid, dans le but que nos amis FB nous contredisent sous une avalanche de compliments.


COMPORTEMENT 37: Être impatient d’avoir des réponses
On comprends que le but de poster des statuts, c’est de susciter des réactions chez vos contacts. Mais laissez-leur le temps de répondre, bout d’bonyeu!


COMPORTEMENT 38: Laver son linge sale en public
Surtout lorsqu’on le fait d’une façon aussi psychopathe.


COMPORTEMENT 39: Passer du français à l’anglais lorsqu’on est frustré(e)
Exemple: Voir le premier commentaire de l’image précédente. Étrange comportement, en vérité.

Et puisqu’on parle d’écrire en anglais:


COMPORTEMENT 40: Écrire dans un anglais médiocre

Quand on croit que Please log in signifie S’il te plaît bûche dedans, on évite.


COMPORTEMENT 41: Les FUCK YOU en photo de profil.
Sérieux là, vous vous trouvez cool à faire un doigt d’honneur à tout le monde? Manque de classe total.


COMPORTEMENT 42: Quêter des suggestions d’activité par ennui
Surtout si c’est pour refuser systématiquement chaque proposition.


COMPORTEMENT 43: Essayer de faire passer pour sien
les statuts (ou Twitters) des autres.

D’autant plus difficile à réussir lorsque le statut est dans un français impeccable alors que l’on est incapable d’enligner cinq mots sans faire dix fautes.

… ET que l’on insiste dans la mauvaise foi après s’être fait prendre.


COMPORTEMENT 44: #Abuser #Des #Hashtags
Quand il y a dix fois plus de liens que de mots dans le statut, y’a d’l’abus.


COMPORTEMENT 45: Poster des images supposées contenir de grandes vérités
Bitch, please! Ces « vérités » sont ou bien des évidences ou bien de simples généralités.


COMPORTEMENT 46: Le masque de cheval
qui transforme la photo la plus sexy en redoutable vision d’horreur.
Non! Sérieusement… Juste non!


COMPORTEMENT 47: Les nouvelles écrites de manière à nous donner envie de cliquer sur le lien pour voir la suite de l’histoire…

… pour réaliser, une fois sur la page, que la nouvelle est insignifiante à en faire chier un rat mort


COMPORTEMENT 48: prendre en photo tout ce que tu
manges et/ou bois.

Je suppose que pour certaines personnes, manger et/ou
boire est un événement marquant.


COMPORTEMENT 49: Voler des photos de nourriture pour se vanter mensongèrement d’avoir préparé et/ou mangé tel plat
S’il y a pire comportement que le précédent, c’est bien celui-ci. Le plus pathétique, c’est quand le fautif est tellement concentré sur son mensonge qu’il oublie d’enlever de la photo la signature ou le watermark d’origine.


COMPORTEMENT 50: Se vanter d’avoir fait une purge de contacts
Vous voulez passer quoi comme message? Que c’est un privilège d’avoir comme ami FB quelqu’un qui se vante de laisser tomber n’importe qui n’importe quand sur un coup de tête?


COMPORTEMENT 51: Être parano au point de se défendre avant même d’être attaqué.

Ou, variante, être sur le INB4 (« in before« ), une façon de dire « Vous êtes tellement prévisibles que je suis capable de deviner ce que vous allez me dire« . 


COMPORTEMENT 52: Vivre ses amours dans la négativité
On dirait qu’il y a des gens pour qui la seule motivation d’être en couple, c’est la controverse.  Chaque fois qu’ils parlent de leur relation, c’est toujours sur la défensive.  Pourtant, personne ne leur a jamais passé le moindre commentaire sur le sujet.


COMPORTEMENT 53: Ne pas s’appliquer pendant qu’on écrit, ne pas se relire avant d’envoyer, et ne pas corriger après avoir posté.
Aussi incroyable que ça puisse paraitre, il y avait une logique et un contexte derrière ce statut avant qu’il soit écrit…

…Mais on dirais bien qu’entre le cerveau et la main, quelque chose s’est perdu en chemin.


COMPORTEMENT 54: Les paroles de chansons
en guise de statuts

Il devrait y avoir moyen de décrire comment on se sent sans tomber dans ce cliché.


COMPORTEMENT 55: Transformer son Facebook en blog quotidien d’entrainement / de remise en forme / de régime amaigrissant
C’est vantard. C’est prétentieux. C’est ennuyant. C’est looooooong…

… Mais surtout: Ça n’intéresse personne à part celui qui le fait.


COMPORTEMENT 56: Ne jamais avoir rien de positif à dire
Au début, ça peut attirer la sympathie.







…mais c’est le genre de comportement qui devient très agaçant très vite.


COMPORTEMENT 57: Donner de condescendantes leçons de grammaire
S’il y a pire que quelqu’un qui fait des fautes de français dans son statut, c’est bien le pseudo intello qui pète un câble à chaque fois qu’il en repère.  Le ton exaspéré avec lequel il commente donne l’impression qu’il prend chaque erreur comme une attaque personnelle.

  En réalité, il s’agit généralement d’un conflictuodépendant qui n’est que trop heureux de s’être trouvé une raison légitime de rabaisser autrui.


COMPORTEMENT 58: Le statut checklist

Ennuyer nos contacts avec ça, check!


COMPORTEMENT 59: Poster des photos embarrassantes de nos amis
Surtout si en plus on les identifie dessus.

 


COMPORTEMENT 60: Accorder une importance démesurée à la quantité de nos amis FB
Surtout si on le confirme en le niant à ce point-là.

 

Il y en a qui vont dire: « Si le comportement de certaines personnes sur Facebook t’agace, la solution est simple: Désabonne-toi de leur fil de nouvelles. »  À ceci, je ne peux que répondre: Quoi?  ET ME PRIVER DE TOUT CE MATÉRIEL SI INSPIRANT POUR MES BILLETS DE BLOG? 😀


REMERCIEMENTS par ordre alphabétique à ceux qui ont accepté de figurer dans cet article à la con: Damien Bourdages, André Brunet, Olivier Champagne, Karine Church, Sandina Fox, Stéphanie Gagnon, Alexandrya Joly, Virginie Kuy, Rubis Lantier, Daniel Morency, Valérie Parent, Émilie Potter-Tanguay et Jennifer Stivers. Les autres figurants sont fictifs. La majorité de ces captures d’écran ont été fabriquées de toutes pièces pour cet article.

Pour me suivre: twitter.com/steverequin, ou bien sur Facebook à  https://www.facebook.com/MesPretentionsDeSagesse.

La Conflictuodépendance: Barcelone, 1964.

Tout d’abord, voici une image de profil de l’acteur français Alain Delon, tirée de l’un des films qui en fit l’idole des foules en Europe  dans les années 60.

Le rapport?  Cette BD que je vous ai promis il y a quelques temps.   Elle est tirée de l’album autobiographique Les Professionnels de Carlos Gimenez, dans lequel il décrit un ex-collègue de travail qui a exactement le profil-type d’un conflictuodépendant.  Ça se passe à Barcelone, vers 1964, dans les bureaux d’un magazine de bandes dessinées.















Dans cette histoire, Cervantés passe à travers les 10 étapes, déjà décrites dans ce billet, qui démontrent sa conflictuodépendance: 

ÉTAPE 1: Cherche querelle à une personne calme et sans histoire.  Pablito cherche juste à travailler en paix.  Le fait que Cervantés le provoque dans la joie et non la haine, comme c’est souvent le cas avec les conflictuodépendants, ne change rien au fait qu’à la base, son but est d’écraser l’autre, de prouver être son supérieur.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant. Ici, c’est la beauté, les fléchettes…

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.  Il est en effet très insistant: Beauté, grandeur, fléchettes, flipper et bras de fer.

ÉTAPE  4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre. Comme quand il lui dit: « T’as peur, hein?  Tu sais que je suis bien plus fort que toi. », au lieu de simplement reconnaître que Pablito veut juste travailler en paix.

ÉTAPE  5: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.  Dans ce cas-ci, son professionnalisme.

ÉTAPE  6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.  En effet, Pablito force Cervantés à reconnaître qu’il n’est pas si professionnel qu’il le prétend.

ÉTAPE  7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.  Ici, il ne se plaint pas verbalement.  Mais son air de chien battu passe le message très bien à leurs collègues dans le studio.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé. Cervantés quitte la pièce.

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre. Deux fois.  Au début, lorsqu’il demande à leur collègue Adolfo de trancher sur qui est le plus beau.  Adolpho refuse de s’en mêler.  Alors il le fait une seconde fois, passivement, avec son air triste.  Là ça réussit, ce qui pousse Adolfo à dire à Pablito qu’il n’aurait pas dû.  Mieux encore, cette fois, Adolfo convainc Pablito à être d’accord comme quoi Cervantés est le plus beau, sujet sur lequel il avait d’abord refusé de trancher.

ÉTAPE  10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.  Pablito se sent coupable, en effet.  Et alors qu’il vient faire la paix en lui offrant une cigarette, Cervantés le punit en recommençant à le rabaisser, cette fois-ci sur leurs choix de tabacs.

Les seuls moments où Cervantés n’a pas l’air déprimé,  c’est lorsqu’il tente de rabaisser Pablito.  Ce qui démontre non seulement qu’il s’agit d’une personne qui souffre d’une basse estime de soi, son bien-être dépend des conflits, ce qui en fait un conflictuodépendant.  Puisque l’histoire se passe en Espagne dans les années 60, ça prouve que ce genre de comportement, et la personnalité qui vient avec, est universel et intemporel.  

Je dois admettre que d’essayer de lui faire accroire qu’il ressemblait à Alain Delon de profil était un coup de génie.  D’abord, parce qu’il lui serait difficile de se voir de profil dans le miroir.  Ainsi, il est obligé de croire les autres sur parole. Ensuite, parce que grâce à cette prétendue ressemblance, son Ego est gonflé en permanence.  Il n’a donc plus besoin d’emmerder ses collègues en essayant de les  rabaisser plus bas que lui.  Ce qui en revient à dire que si vous avez un conflictuodépendant dans votre entourage, le seul moyen de vous éviter ses tentatives de vous rabaisser, c’est de le complimenter faussement sur un sujet qui lui tient à coeur. 

Ironiquement, il est fort possible que Cervantés était vraiment supérieur à Pablito en beauté, grandeur, fléchettes, flipper et bras de fer. C’est juste que son insistance à aller chercher l’autre pour le rabaisser sur ces points, ça fait de lui une personne désagréable.  Personnellement, avoir été à la place de Pablito, non seulement je n’aurais jamais essayé de faire la paix avec un tel enfoiré, je n’aurais eu aucun remord à le laisser misérable, en le forçant à regarder ses travers en face.  Mais bon, quand il s’agit de quelqu’un que l’on est obligé de revoir sur une base presque quotidienne (collègue de travail, voisin, famille, colocataire), je peux comprendre que laisser ses illusions à un tel déficient social, c’est un faible prix à payer pour ne pas pourrir l’ambiance.

Ah, en passant…

C’est lui, Fernandel.

Faut avouer qu’il y avait ressemblance, en effet.  Plus qu’avec Delon en tout cas.

Comment j’ai appris à fermer ma gueule. Épisode 1 : L’Étoffe des Zéros.

« L’étoffe des zéros. »   Si j’utilise ce jeu de mot classique qui n’est pas de moi, c’est parce que je trouvais que c’était très à-propos avec une une série d’anecdotes que j’ai vécu à l’école secondaire, en secondaire IV en particulier, lorsque j’avais 15 ans. Cette année-là, j’ai eu le don de me ramasser trois fois la note de zéro à cause de ma grande gueule.

Je n’étais ni un délinquant ni un contestataire.  Par contre, j’essayais d’imposer ma logique aux profs afin de leur faire comprendre pourquoi je ne comprenais pas toujours le travail demandé.  Je croyais bien faire.  Hélas, il semblerait que j’avais le don de poser mes questions d’une façon qui démontre que ce n’est pas moi qui n’est pas capable de comprendre, c’est juste l’autre qui est trop con pour expliquer clairement.  Ils le prenaient mal, étrangement.

Le premier zéro.
Premier cours de français de l’année.  Le prof nous dit de prendre une feuille lignée, y inscrire notre nom et la date, et d’écrire une dissertation de deux pages, à double interligne.  Le sujet est : Qu’est-ce que vous venez apprendre dans ce cours de Français? Je lève la main.

« Euh… S’cusez, mais comment est-ce qu’on est supposé savoir ça? »

Pour toute réponse, il me regarde en silence.  Je suppose qu’il ne comprends pas ma question.  J’élabore:

« Ben oui, quoi, si je le savais déjà, j’aurais pas besoin de venir ici pour l’apprendre. Donc si je viens l’apprendre, c’est parce que je ne le sais pas. »

Après quelques autres secondes de silence, il dit:

« Donc, tu ne sais pas quoi écrire? »
« Ben là, j’le connais pas, votre plan de cour.  Comment chus supposé deviner ce que vous allez nous apprendre? »
« D’accord! »

Il s’approche de mon pupitre, il prend ma feuille, la froisse et dit:

« Zéro! » 

Il se retourne, envoie ma feuille dans la corbeille et dit au reste de la classe:

« Les autres, vous pouvez commencer. »

Je ne sais pas ce qui m’a le plus estomaqué entre le fait que le prof m’a mis zéro sans même essayer d’expliquer la logique de sa question, ou le fait que tous les autres élèves semblaient n’avoir aucun problème à écrire le contenu d’un cour qu’on ne nous avait pas encore donné.  En tout cas, on n’a qu’une seule chance de faire une première impression.  Et j’avais foiré celle-là de façon spectaculaire.

Le second zéro.
Science Religieuse, cours qui ne parlait à l’époque que de catholicisme, puisque nous avions tous été élevés là-dedans.  Je ne me souviens plus du tout du travail.  Ce que je me souviens, par contre, c’est qu’avant de le remettre à notre prof, il nous a demandé d’évaluer nous-mêmes ce que vaut notre travail. Il fallait écrire notre note, un nombre X sur 100, en haut à droite.  Je le fais et lui remet ma feuille en même temps que les autres.  Puis, il feuillette le tas.

« Ok, alors on va commencer par discuter de vos évaluations, ce qui va nous  … »

Il s’arrête sec devant ma feuille.  Après l’avoir observée quelques secondes, pour être certain qu’il a bien vu je suppose, il prend un ton sarcastique.

« Bon, bon, bon, bon, bon! Ça a l’air qu’on a quelqu’un qui se prend pour un génie, ici. Monsieur Johnson s’est donné lui-même la note de 100%. »

Sans être un cancre, mes notes avaient toujours été très moyennes, d’où l’hilarité générale de la classe à cette annonce.  Il rajoute:

« Bon eh bien, allez-y, Monsieur Johnson. Veuillez nous expliquer pour quelles raisons est-ce que vous pensez que votre travail mérite une note parfaite. »
« Ben, c’est simple : Si j’ai écrit ce que j’ai écrit, c’est parce que je crois que ce sont les bonnes réponses. Et si j’pense que toutes mes réponses sont bonnes, il est logique que je penses avoir 100%. »

La classe répond par un murmure admiratif et amusé, deux sentiments que ne partage pas le prof qui réplique:

« Ah oui? C’est logique? »
« Ben là! Pensez-vous que j’aurais délibérément saboté mon travail, en faisant exprès pour donner des réponses erronées, juste pour me donner une note plus basse, juste pour que vous la trouviez réaliste? Voyons donc! »

Il garde le silence quelques secondes, le temps de considérer ma réponse, et peut-être travailler la sienne.  Il dit:

« Je vois! …  Ce que tu viens de faire, ce n’est pas une évaluation de ton devoir. C’est une critique négative de l’exercice dans le but de le tourner au ridicule. »
« Hein? Mais non, je… »
« C’est correct! Quand on choisit de devenir prof, on le sait qu’on va être la cible de tentative pathétiques de se faire moquer de nous-autres et des travaux que l’on demande. Ça fait partie d’la game, alors je n’en ferai pas de cas! »

… *gulp*

« N’empêche qu’au final, tu n’as pas fait ce que j’ai demandé. Par conséquent, ce n’est pas 100% que ton travail se mérite, mais bien zéro. »
« Mais voyons donc! Le fait que je dise que je pense que les réponses de mon devoir sont bonnes, C’EST une évaluation de mon devoir! »
« Eh bien le fait que moi, le prof, j’affirme que C’EST le contraire, alors C’EST ça qui est ça, et C’EST final! »

C’est ça le problème avec les analyses : Ce ne sont que des opinions.  Ce n’est pas comme les mathématiques.  Ça au moins, c’est une science exacte.  Ou bien tu as raison, ou bien tu as tort.  C’est ou bien blanc, ou bien noir.  Pas d’ambiguïté.  D’ailleurs, parlant de maths…

Mon troisième zéro.
Cours de maths, matière dans laquelle je suis cancre.  La preuve, c’est que je suis en retard de deux ans.  La prof nous pose la question classique dont la réponse me dérange depuis la première fois où je l’ai entendue à l’école primaire:

« Maintenant, est-ce qu’il est possible, selon vous, de diviser par zéro? »

Tout le monde répond non.  Enfin, presque tout le monde.  Parce que moi, je m’aventure à dire:

« Je crois que c’est possible. »

La prof me regarde d’un air voulant dire Bon, de quoi j’me mêle!  Elle dit:

« Bon! On a un petit comique ici! »
« Non, je suis sérieux! Cet été j’ai trouvé le moyen de le faire, d’abord en… »

Elle réplique alors un truc sur un ton défiant et sarcastique.

« Attend! Si t’as vraiment trouvé le moyen de diviser par zéro, aussi bien en faire profiter l’humanité toute entière, en commençant par la classe. Va nous expliquer ça au tableau, si t’es capable. »

Je suis peut-être atteint de dyscalculie (un genre de dyslexie numéraire), ça ne change rien au fait que mon raisonnement logique fonctionne à la perfection. Aussi, si j’affirme que l’on peut diviser par zéro, c’est parce qu’on peut diviser par zéro.  Et puisqu’elle m’invite à le faire, je me rend au tableau.  Elle se met en retrait.  Je commence:

« Tout d’abord, entendons-nous sur le fait que, contrairement à ce qu’affirment certain, le nombre zéro ne représente pas l’infiniment petit. L’infiniment petit, ce serait, par exemple, d’avoir dix milliard de zéros suivi d’un virgule un. Tandis que zéro, lui, c’est juste zéro. Pas la moindre virgule suivie d’un chiffre à la fin. À moins qu’on s’amuse inutilement à écrire zéro virgule zéro. Mais là encore, ça ne change rien au fait que zéro, c’est juste rien du tout.  Par conséquent, diviser par zéro, ça ne donne pas « infini », comme certains le prétendent.  Cette précision étant faite, passons à la démonstration. Pour l’exemple, on va prendre le nombre mille. »

J’écris 1000 au tableau.

« Il y a trois façons de diviser par zéro et d’obtenir un résultat : La méthode mathématique, la méthode logique et la méthode graphique.  Voyons d’abord, la méthode mathématique : Admettons, pour l’exemple, que l’on divise par 2. Ce que l’on fait ici, c’est poser la question « Combien de fois est-ce que le chiffre 2 se retrouve dans le nombre 1000. » Dans ce cas-ci, la réponse est évidemment 500 fois.  Alors quand on divise par zéro, ce que l’on demande, c’est « Combien de rien est-ce qu’il y a dans 1000? » En partant du fait que 1 c’est un tout, et qu’un tout c’est le contraire de rien, alors la question que l’on pose vraiment ici, c’est « Combien de rien y a-t-il dans mille tout? »  Puisque dans un tout il ne peut pas avoir de rien, la réponse est donc zéro. »

La prof réplique aussitôt:

« Sophisme! »
« Vraiment? Pourtant, même la langue française est d’accord avec ce que je dis. »
« Et comment cela, je vous prie, Professeur Johnson? »
« Ben, comme synonyme de zéro, ne dit-on pas « Rien du tout »? »

Un murmure amusé parcours la classe.  La prof rajoute:

« Fa que finalement, ton raisonnement est simplet. Ce que tu dis, c’est que peu importe le chiffre, quand on le divise par zéro, la réponse va toujours être zéro. »
« Oui, mais seulement pour les nombres positifs. »
« Hein? »

Avec la craie, je trace un « – » devant le 1000.

« Admettons qu’au lieu de mille, notre chiffre est moins mille. On s’entend que d’avoir un chiffre dans le négatif, c’est comme avoir une dette. Donc, qu’avoir -1, c’est avoir une fois rien.  Donc, avoir -1000, c’est avoir mille fois rien. Par conséquent, moins mille divisé par zéro, ça égale mille. »

La prof reste impassible.  Je prend son manque de réaction comme une invitation à continuer.

« Donc, ça c’était la méthode mathématique.  La 2e méthode, la méthode logique, est beaucoup plus simple. Elle va comme suit : Puisque zéro égale rien, alors diviser par zéro, c’est diviser par rien.  Si tu divises par rien, alors tu ne divises pas. Si tu ne divises pas, ton nombre reste entier. Donc, dans ce cas-ci, mille divisé par zéro égale mille. »

Là encore, Madame réplique:

« C’est complètement illogique ton affaire, tes deux méthodes se contredisent. »
« Si une seule méthode se contredisait elle-même, alors là, oui, ce serait illogique. Mais que deux méthodes différentes se contredisent, c’est tout à fait normal. »
« Les mathématiques, c’est de la logique. Quand quelque chose est logique, il ne peut pas se contredire. »
« Les proverbes aussi sont logiques, non? Pourtant, d’un côté, on dit «Tel père, tel fils.», et d’un autre, on dit « Père avare, fils prodigue. » (« Dépensier », en vieux français).  D’un côté on dit « Qui se ressemblent s’assemblent », et d’un autre on dit « Les contraires s’attirent » C’est pas moi qui l’invente. C’est dans tous les dictionnaires. Donc, vous voyez bien que oui, deux aspects d’un même sujet peuvent à la fois être logique et se contredire. »

Devant son silence, je décide de poursuivre.

« Enfin, pour terminer, la 3e méthode, la plus simple de toute : La méthode graphique. »

J’efface le « – » de devant le 1000, et montre le nombre du doigt.

« Un 1000, ça n’existe pas.  Ce n’est pas un objet, c’est un concept intellectuel.  On ne peut donc pas voir un 1000.  Cependant, on peut en faire une représentation sous forme d’image.   Ce que l’on a ici au tableau, ce n’est pas un 1000.  C’est une image tracée à la craie blanche sur un tableau vert.  C’est donc une représentation graphique du chiffre mille. Et un graphique, c’est un dessin, une image. Et combien y a-t-il de zéro dans cette image? Il y en a trois. Voyez vous-mêmes: un-zéro-zéro-zéro. Donc, graphiquement parlant, mille divisé par zéro, ou « combien y a-t-il de zéro dans 1000 », égale trois. »

La prof se rapproche du tableau, l’air vraiment pas contente, et ça parait dans sa voix.

« Bon, ça suffit! Les graphiques, ça n’a aucun rapport avec les mathématiques. Fa que retourne donc t’assoir pis arrête de nous faire perdre notre temps avec tes niai… »
« Aucun rapport avec les maths? Pis les graphiques cartésiens, c’est quoi? »
« HEILLE, LÀ! J’AI DIT ÇA SUFFIT! »

Surpris, j’ai un mouvement de recul.  Je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’elle perde son calme et se mette à crier.  La classe non plus, d’ailleurs, car tout le monde est soudainement coi. Elle poursuit.

« Non mais pour qui tu t’prends, chose!?  Quand on est deux ans en retard en mathématiques, on n’a pas d’affaire à se permettre de donner des leçons de calcul aux autres. « 0 = Rien du tout! » … « Graphique! » … Des proverbes! … Heille, tu penses-tu vraiment qu’en jouant sur les mots, ça fait de toi un génie des maths? Hein, Einstein? »

Je ne sais vraiment pas quoi répondre à ça.  Elle poursuit.

« Regarde : Le jour où tu publieras un papier sur tes théories de marde dans un journal scientifique reconnu, et que ça amènera la communauté scientifique internationale à réécrire les livres de maths, alors là t’auras raison d’affirmer que mille divisé par zéro, ça donne à la fois, zéro, mille et trois. Mais en attendant, s’ils sont tous d’accord pour dire que c’est impossible de diviser par zéro, c’est parce que, officiellement, c’est impossible de diviser par zéro. Ok là!? »

Toujours sous le choc, je reste muet. Elle continue.

« Peu importe comment tu twiste les chiffres pour essayer de te donner l’air d’avoir raison, ça change rien au fait qu’à l’école, que ce soit les mathématique, le français, l’anglais ou le crossage avec une poignée de braquettes… »

Est-ce qu’elle vient vraiment de dire ça devant toute la classe!?

« … l’important, c’est pas de posséder la vérité absolue. L’important c’est d’être d’accord avec la version officielle écrite dans les livres du cours.  Fa que si tu veux pas couler tes maths encore une fois, tu… t… Ah pis d’la marde! Tu sais quoi? T’aimes ça, les zéros? Ben tu vas être content : C’est la note que j’te donne pour cette année! »
« Quoi? »
« Fa que, puisque t’as coulé mon cours, t’as pu rien à faire icite. Décrisse! »

Bon!  Une prof capable d’user de telles vulgarités en classe, mieux vaut ne pas la contrarier.  En silence, je vais jusqu’à mon pupitre et je prends mes affaires.  Puis, je sors.  Alors que je referme la porte derrière moi, je l’entends dire au reste de la classe:

« Pis? Y’en as-tu d’autres icite qui pensent connaître les maths mieux qu’un prof de maths? Non? Bon ben on va peut-être pouvoir le commencer, c’te cours-là! »

Je suis complètement abasourdi par ce qui vient de se passer.  Puisqu’on ne peut pas déambuler dans les corridors de l’école pendant les heures de classes Il a fallu que j’aille expliquer auprès de la direction ce qui s’était passé.  Je leur ai dit que j’ai pourtant fait exactement ce qu’elle m’a demandé de faire:  Elle a demandé si, selon nous, il était possible de diviser par zéro, et je lui ai répondu que selon moi, oui ça l’était.  Elle m’a demandé d’aller au tableau expliquer mes théories devant toute la classe, et c’est exactement ce que j’ai fait.  Par conséquent, je ne comprends pas du tout pourquoi elle a réagi de cette façon. 

À la demande du directeur adjoint, j’ai reproduit devant lui et deux autres membres de la faculté mes trois théories de la division par zéro.  Il s’est contenté, à la fin, de commenter « Je vois! »  Je suppose que pour des raisons de solidarité entre profs et Direction, ils ne pouvaient pas me dire que j’avais raison.  Par contre, si j’avais eu tort, ils ne se seraient pas gênés pour me le dire.

Ils ont convoqué la prof pour que l’on s’explique tous des deux devant le directeur, mais elle a catégoriquement refusé ma présence. Du coup, je ne sais pas ce qu’elle lui a dit.  Mais au bout du compte je n’ai pas été réprimandé. On m’a juste placé dans une autre classe, dans laquelle je me suis contenté, pour le reste de l’année, de simplement écouter, de fermer ma gueule, et d’être d’accord avec les enseignants. 

Surtout lorsqu’ils affirmaient qu’il était impossible de diviser par zéro.

Quelques exemples flagrants des 10 étapes de la conflictuodépendance

D’abord, offrons-nous un moment de détente et tapons-nous la version française de la page du dimanche de la série Peanuts, du 8 aout 1965.


Qu’est-ce qu’on rigole!

Bon! Passons maintenant aux choses sérieuses.  La raison pour laquelle j’ai remis sur le net, après cinq ans d’absence, une version retravaillée de Geneviève la coloc de l’enfer, c’est parce que je me suis rendu compte que cette dernière avait posé exactement les mêmes gestes que d’autres personnes conflictuodépendantes dont j’ai déjà parlé ici dans plusieurs de mes textes.  

Dans le second billet de cette série, je reproduis une scène tirée de ma série Fantasme -VS- réalité: Le ménage à trois dans laquelle une fille nommée Tamara a un tel comportement.  Dans un autre billet intitulé Un rendez-vous traumatisant, ma blind date me joue cette scène:

Et ça continue comme ça, jusqu’au moment où elle décide de donner un virage sexuel à la conversation. Elle le fait avec cette question:

ELLE: T’as-tu déjà baisé avec des gars?

Et voilà! LA conversation classique que j’ai eu à subir des dizaines de fois par le passé. Je la connais tellement par coeur que je peux prévoir exactement ce qui va se passer, à quelques variantes près.  Et c’est parti pour un autre tour:

MOI: Non, je ne suis pas gai.
ELLE: Comment tu le sais?
MOI: J’ai couché avec 20 filles, zéro gars, et j’ai 4 enfants
ELLE: Avoir des enfants, c’est pas une preuve. Tu peux être bisexuel.
MOI: Non, chu hétéro.
ELLE: Tu peux pas en être sûr à 100%.
MOI: Ben oui j’peux. Je sais que j’aime les femmes, et je sais ce que je n’aime pas les hommes. Par conséquent, je sais que chu hétéro.
ELLE: Comment tu peux savoir que t’aimes pas ça si tu l’a jamais fait?
MOI: Je le sais parce que les hommes ne m’attirent pas.
ELLE: Ça veut pas dire que t’aimerais pas ça.
MOI: J’aimerais pas ça parce que l’idée de me faire toucher par un homme dans un but sexuel, c’est suffisant pour me faire perdre ma libido. Je me souviens de la première fois où je me suis retrouvé dans une soirée orgiaque. Pour la première fois de ma vie, ce soir là, j’ai eu des problèmes d’érection. La présence d’autres gars tout nus me dérangeait.
ELLE: Je trouve que tu te défend beaucoup. Qui c’est que t’essayes de convaincre ici? Moi, ou bien toi-même?

Vous voyez le genre de mentalité? Si tu ne te défends pas, c’est parce que tu l’es. Si tu te défends, ça veut dire que tu l’es, mais essaye de le cacher. Peu importe ce que tu leur dis, à ces filles-là, rien ne leur fera changer d’idée à ton sujet.

L’expérience m’a appris une chose importante dans ce genre de situation: Quand une fille insiste à mort comme quoi tu es bi, si tu ne veux pas gâcher la soirée, alors dis-lui ce qu’elle veut entendre. La date ayant déjà assez mal commencé comme ça à mon goût, ça ne me tente pas d’en rajouter en la contrariant. Je lui donne donc ce qu’elle veut:

MOI: Oui, une fois, quand j’habit…

Elle fait immédiatement une moue de dégoût et m’interrompt en disant:

ELLE: YARK! T’es ben dégueulasse!

Eh oui, son insistance à me faire avouer une relation fifosexuelle n’était pas pour tester mon ouverture d’esprit. C’était juste dans le but de pouvoir me descendre verbalement encore une fois.  J’ai déjà subi des attaques totalement gratuites dans le passé, mais c’était la première fois qu’on prenait la peine de mettre autant d’effort pour me tendre un tel piège.

Et dans cet autre billet de la série Harceler Nathalie, mon père me joue sa version de la chose:

Comme d’habitude, dès qu’il me voit, il me tombe dessus en gueulant.  Et moi, tout en marchant vers la porte de l’escalier qui mène à ma chambre, je réponds avec calme :

PÈRE : Veux-tu ben m’dire où c’est que t’étais allé trainer, encore?
MOI : À Montréal!
PÈRE : T’as pas une crisse de cenne pis tu t’en va dépenser à Montréal?
MOI : Non, je suis allé porter mes dessins à Échec et Maths, et recevoir ma paye.
PÈRE : Tu vas jamais rien faire de bon dans’ vie avec tes p’tits crisses de dessins.
MOI : Je fais de l’argent, c’est déjà ça.
PÈRE : « J’fais d’l’argent, j’fais d’l’argent! » Han han! Toutte pour pas travailler.
MOI : Si tu le dis!
PÈRE : Je l’sais moé c’est quoi qu’tu veux faire.
MOI : Bon ben dis-moi le, comme ça moi aussi je vais le savoir.
PÈRE : TU VEUX PAS TRAVAILLER, CALICE! TU VEUX JUSTE TE FAIRE VIVRE PAR LES AUTRES EN TE POGNANT L’ CUL!

La perche qu’il me tend est beaucoup trop belle pour ne pas être attrapée à 2 mains. Je m’arrête, je me retourne et le regarde.  Puis, de façon calme, hautaine et méprisante, je lui réponds :

MOI : J’en connais un autre, moi, qui ne travaille pas, pis qui se fait vivre par les autres en étant su’l’BS.

Sur ce, je me retourne et descends l’escalier tranquillement, sans me presser.  Après quelque secondes de silence dans lequel il n’a pas l’air de croire que j’ai pu oser lui répondre de cette façon, il se met à m’engueuler d’une tirade composée majoritairement de mots d’église. Ça me passe 10 pieds par-dessus la tête.

Le soir venu, ma mère vient me rejoindre dans ma chambre alors que je travaille sur d’autres illustrations. Elle me parle doucement, timidement, voire même un peu inquiète.

MÈRE : Ton père m’a dit que tu l’avais niaisé aujourd’hui parce qu’y’é su’l’BS…
MOI : Pardon? C’est lui qui m’accuse faussement de ne pas travailler.  Tu le vois bien, je dessine, là, et je suis payé pour ça.  Si c’est pas du travail, c’est quoi?
MÈRE : Je l’sais ben! Mais tu devrais pas faire exprès pour le provoquer.

L’injustice de cette nouvelle accusation me pique au vif.

MOI : Le provoquer? Moi, le provoquer? C’est lui qui vient me chercher, qui me tombe dessus en m’accusant de pas travailler alors que c’est même pas vrai… Pis c’est moi qui le provoque LUI?
MÈRE : Tu lui as répondu!
MOI : J’ai juste dit la vérité.
MÈRE : T’aurais pu rester poli!

« Être poli! »  Une façon polie (justement) pour les parents de dire « Farme ta yeule! » quand ils sont trop orgueilleux pour être capable de reconnaître que tu as raison et qu’ils ont tort.

MOI : Pis lui, il l’est-tu, poli, avec moi? Toujours à me traiter de p’tit crisse de paresseux qui fera rien de bon dans’ vie pis qui va passer sa vie su’l’BS alors que lui-même y’a passé le trois quart de sa vie su’l’BS ou sur le chômage.
MÈRE : Je l’sais ben, mais r’garde… Tu l’sais que c’est un chialeux. Y’é d’même, y va pas l’changer à l’âge qu’y’ést rendu. C’t’à toi d’être le plus intelligent des deux pis de le laisser parler sans t’en occuper, pis y va arrêter.

Non mais c’est quoi ce raisonnement de merde? Elle est déconnectée de la réalité ou bien quoi?

MOI : Non! Toute ma vie, je me suis écrasé pis je t’ai vu t’écraser devant lui. Pis y’as-tu arrêté? Jamais! Si personne ne lui répond, si personne ne lui dit jamais « Heille, ça suffit! », il va jamais arrêter.
MÈRE : Tu vas juste empirer la situation.  Regarde, t’es pas si pire que ça.  Ça fait 21 ans que tu l’endures, alors que moi ça en fait 23.
MOI : Non : Toi tu l’as juste enduré la moitié de ta vie. Alors que moi c’est ma vie complète.  Y’a des limites, il faut que ça arrête!
MÈRE : Écoute, sois plus intelligent.  Fais-le pour moi, ok? Tu l’sais que chus pas capable de vivre dans’ chicane.

Geneviève la coloc de l’enfer contient deux exemples.  Le premier, dans la scène où nous traversons la ville en auto:

Une journée en particulier, je me suis vite rendu compte qu’elle essayait juste de me faire frustrer. Histoire de voir à quel point, j’ai décidé de faire exprès pour répondre à chacune de ses attaques par une phrase dite avec calme, zen et sans contradiction.

 « Qu’est-ce que tu fais, là? Tasse-toé, j’viens de te dire de tourner icite. »
« Je ne peux pas, c’est un sens unique, tu vois la pancarte!? »
« Ben t’es donc cave. Pourquoi t’es pas arrivé deux rues plus à gauche d’abord? »
« C’est fermé pour travaux. »
« Franchement, si tu le savais que c’était fermé, pourquoi t’allais par-là tantôt? »
« J’ai seulement appris que c’était bloqué quand j’ai vu les panneaux de détour. »
« Ben oui, pis tu nous as pognés dans le trafic. »
« Désolé, la prochaine fois je me renseignerai. »
« Hostie qu’c’est con d’passer icite. »
« Possible! Mais c’est le seul chemin que je connais pour me rendre. »

« Tu connais pas grand chose. »
« Eh non. Hélas, je n’ai pas la connaissance des rues de Montréal d’un chauffeur de taxi. »
« Pas besoin d’être chauffeur de taxi. Lucien, lui, il sait par où passer pour se rendre partout rapidement. »
« Ah ça c’est normal, Lucien conduit dans Montréal depuis des années, soit bien plus longtemps que moi. »
« Pas rapport! J’conduis pas pis moi aussi j’le sais. »
« Excellent! Comme ça, grâce à toi, on ne pourra pas se perdre. »
« Bon! Bon! Bon! Ga’ lé là si y’é frustré! »

À celle-là, bien que je continue de parler calmement avec un petit sourire, je ne peux m’empêcher de lui lancer un petit sarcasme.

« Frustré ? Hum… Oui, je suppose qu’entre toi qui ne cesse de me lancer des insultes et moi qui te réponds calmement, j’imagine qu’en effet c’est moi, le frustré, ici. Oui, tu as parfaitement raison. »

Elle hausse le ton.

« Tu l’sais-tu c’est quoi ton vrai problème, toé? C’est que ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! »

Ok, wow!  Je sais qu’il y a des gens qui ont une haute estime de leurs propres opinions.  Et moi le premier.  Par contre, qu’une personne se croit tellement dans son droit de rabaisser un autre qu’elle considère que la seule raison pourquoi il se défend, c’est parce qu’il a des préjugés contre le sexe opposé?  Je n’avais encore jamais vu ça.  Ou bien j’accepte ses insultes, ou bien je suis misogyne…

Et la seconde, dans ce qui sera notre dernière confrontation.   En résumé: Elle voit que j’ai écrit une lettre.  Elle passe douze minutes à m’empoigner et me frapper et essayer de me l’arracher des mains.  Je me réfugie dans la salle de bain.  Elle passe huit autres minutes à tenter de forcer la serrure et à défoncer la porte.  Je n’ai d’autre choix, pour faire cesser ce cirque, de déchirer la lettre et l’expédier dans la toilette. Nous avons ensuite cet échange, qui commence lorsqu’elle me dit:

« Ayoye! Préférer déchirer pis flusher la lettre plutôt que de me laisser la voir. Hostie que t’es bébé, man. C’est vraiment pas la maturité qui t’étouffe. »
« Me faire sermonner sur la maturité par quelqu’un qui a passé vingt minutes à  essayer de voir du courrier qui ne la concerne pas.  Tu peux ben parler! »
« T’es malade, man! »
« Moi, chus un malade? »
« Pour préférer déchirer pis flusher une lettre plutôt que de laisser une autre personne la voir, faut être malade mental en tabarnak. »
« S’cuse, mais
aux dernières nouvelles, c’est pas moi qu’on a été obligé d’enfermer pendant trois mois à Douglas. »

Mes paroles lui font l’effet d’une gifle. Elle ouvre la bouche en écarquillant les yeux.  Après deux où trois secondes dans lesquelles elle n’a pas l’air de croire que je viens de lui dire ça, elle se met à gueuler.

« Hostie de chien! Hostie de calice de tabarnak de chien sale!  T’as pas d’affaire à me dire des écoeuranteries de c’te genre-là.  Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  Hein?  Tu penses-tu que chus fière d’avoir perdu l’été de mes dix-huit ans, enfermée dans un hôpital psychiatrique parce que j’étais trop décrissée moralement pour être même capable de manger?  J’AI FAITE UNE DÉPRESSION, CALICE!  C’est drôle, hein? C’est drôle de niaiser une fille sur la période où elle n’a jamais été aussi bas de toute sa vie? Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? »

Elle éclate en sanglots.

« TIENS, T’ES CONTENT, LÀ?  TU M’FAIS BRAILLER, TABARNAK! »

Sur ce, elle tourne les talons et entre dans sa chambre, fermant la porte dans un vacarme, et se met à pousser des hurlements qui ne sont entrecoupés que par des sanglots qu’elle pousse avec force.  Je n’arrive pas à croire la scène surréaliste qu’elle vient de me jouer.  Pour être certain que j’ai bien saisi la situation, je me la résume à voix basse.

« Elle vient dans ma chambre, me chercher querelle, et elle réagit comme si c’était moi l’agresseur.  Elle m’a attaqué physiquement, je me suis défendu verbalement, et elle agit comme si je l’avais frappée.  Elle me traite de malade mental alors que c’est elle qui a été suivie en psychiatrie.  Elle ne se gêne pas pour me lancer un nombre incalculable d’insultes et des fausses accusations, mais quand je lui dit une seule vérité objective, ça fait de moi un écoeurant de chien sale.  Où bien j’accepte ses abus et elle me traite en loser, ou bien je ne les accepte pas et elle me traite en agresseur.  Elle vient toujours me chercher pour déclancher la confrontation, et quoi que je fasse, elle s’arrange pour me donner le mauvais rôle. »

Quels sont les points communs de ces six exemples?  Le fait qu’ils passent par les dix étapes suivantes:

ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.

Tamara: Je voyage dans l’auto, calme et silencieux.
Mon père: Je rentre chez moi du travail.
La fille du rendez-vous: On jase de choses et d’autres.

Geneviève (en auto): Je conduit une auto.
Geneviève (la lettre): J’ai écrit une lettre qui ne la concerne pas.
Lucy:  Charlie Brown fait juste se tenir là en regardant ailleurs.

Bah ouais, pourquoi croyez-vous que j’ai mis cette BD en haut de cette page? Ça a beau être un exemple fictif, il représente très bien le sujet.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant. 

Tamara: Elle me demande si je suis bi.
Mon père: Je reviens de Montréal.
La fille du rendez-vous: Elle me demande si j’ai eu une expérience homosexuelle.
Geneviève (en auto): Il y a des rues fermées pour travaux
Geneviève (la lettre): Elle veut savoir ce que j’écris et à qui.
Lucy: Charlie Brown est peut-être d’accord avec elle.

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste. 

Je pense qu’il est inutile de reproduire de nouveau les dialogues, je suis sûr que vous vous souvenez de comment ils insistaient.  Verbalement pour la plupart, mais aussi physiquement dans le cas de Geneviève avec la lettre.  Et Lucy aussi, dans l’image 4.

ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.

Tamara: « Ah, moi, le monde qui ont des préjugés! »
Mon père: « Je l’sais moé c’est quoi qu’tu veux faire.  TU VEUX PAS TRAVAILLER, CALICE! TU VEUX JUSTE TE FAIRE VIVRE PAR LES AUTRES EN TE POGNANT L’ CUL! »
La fille du rendez-vous: « Qui c’est que t’essayes de convaincre ici? Moi, ou bien toi?« 
Geneviève (en auto): « Ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! »
Geneviève (la lettre): Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles? »   « Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? »
Lucy: Prétend que Charlie Brown l’insulte.

ÉTAPE 5, et celui-ci est non seulement le plus illogique de tous, c’est à partir de ce point que l’on voit qu’il s’agit de conflictuodépendance et non d’une simple querelle banale: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.

Tamara: Elle m’accuse d’avoir l’esprit fermé aux préférences sexuelles des autres, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et elle le sait.
Mon père: Il m’accuse de ne pas travailler et d’être un BS en puissance, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et il le sait.
La fille du rendez-vous: (Dans le billet et non dans l’exemple donné ici) Elle m’accuse de vouloir la baiser, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien. 
Geneviève (en auto): Elle m’accuse de frustrer, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et elle le sait.
Geneviève (la lettre): Elle m’accuse d’avoir des troubles psychiatriques, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et elle le sait.
Lucy: Accuse Charlie Brown de provoquer les hostilités, ce qui est faux dans le cas de Charlie et vrai dans le sien. et elle le sait.

ÉTAPE 6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.

Tamara: Lorsque je lui répond: « En fait, il me semble que la première chose qu’on est supposée démontrer quand on a un esprit ouvert, c’est avoir du respect pour les gens qui sont différents de nous. Par exemple: Toi t’es bi.  Donc t’es différente de moi qui suis straight.  Moi, je respecte ton orientation sexuelle et je ne la questionne pas, même si elle est différente de la mienne.  Pourquoi est-ce que faire pareil avec les autres, c’est si difficile pour toi?  « 
Mon père: Lorsque je lui répond: « J’en connais un autre, moi, qui ne travaille pas, pis qui se fait vivre par les autres en étant su’l’BS. »
La fille du rendez-vous: Inapplicable car je ne l’ai pas confrontée sur le sujet.  par contre, dans le billet, elle commence par me dire qu’elle ne me dévoilera pas où elle reste puisque je pourrais être un violeur.  Alors quand elle m’invite à aller chez elle, je décline.
Geneviève (en auto): « Frustré ? Hum… Oui, je suppose qu’entre toi qui ne cesse de me lancer des insultes et moi qui te réponds calmement, j’imagine qu’en effet c’est moi, le frustré, ici. Oui, tu as parfaitement raison. »
Geneviève (la lettre): « S’cuse, mais aux dernières nouvelles, c’est pas moi qu’on a été obligé d’enfermer pendant trois mois à Douglas. »
Lucy: Charlie Brown la frappe.

ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux..

Tamara: Mon amante m’a dit à ce sujet: « C’est parce que pour elle, le fait que tu lui ais dit que t’étais straight, sans vouloir essayer autre chose, c’est comme si tu lui disais que c’t’une salope d’être bi. »
Mon père: Ma mère m’a dit à ce sujet: « Ton père m’a dit que tu l’avais niaisé aujourd’hui parce qu’y’é su’l’BS… »
La fille du rendez-vous: Inapplicable puisque je ne l’ai pas confrontée, ni l’ais-je revu par la suite.
Geneviève (en auto): Inapplicable ici, mais elle se rattrape au centuple dans:
Geneviève (la lettre): « T’as pas d’affaire à me dire des écoeuranteries de c’te genre-là.  Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  Hein?  Tu penses-tu que chus fière d’avoir perdu l’été de mes dix-huit ans, enfermée dans un hôpital psychiatrique parce que j’étais trop décrissée moralement pour être même capable de manger?  J’AI FAITE UNE DÉPRESSION, CALICE! »
Lucy: « Ça suffit, Charlie Brown, j’en ai assez de tes insultes! » alors que c’est elle qui a amené le sujet.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il/elle a lui/elle-même créé.

Tamara: Fuit la discussion en mettant de la musique à tue-tête.
Mon père: Pas dans cette confrontation-là puisque c’est moi qui a quitté la pièce.  Mais dans la précédente, lors de l’incident de la TV, il est parti dehors au lieu de répondre à ma réplique.
La fille du rendez-vous: Inapplicable puisque je ne l’ai pas confrontée, ni l’ais-je revu par la suite.
Geneviève (en auto): Inapplicable ici, mais elle se rattrape au dans:
Geneviève (la lettre): … en allant s’enfermer dans sa chambre.
Lucy: S’enfuit en courant.

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.

Tamara: S’en est plaint à mon amante.
Mon père: S’en est plaint à ma mère.
La fille du rendez-vous: Inapplicable car nous n’avions pas de contacts en commun.
Geneviève (en auto et au sujet de la lettre): S’était plaint à Cassandra, notre coloc.
Lucy: Peut être applicable, si on prend le fait qu’elle a l’air de se plaindre à quiconque pouvant l’entendre lorsqu’elle hurle « IL m’a frappé! », au lieu de s’adresser directement à Charlie Brown en disant « TU m’as frappé! »

ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Tamara: Ça a abouti à ma rupture avec mon amante.
Mon père: Ma mère m’a sermonné, me traitant d’indélicat, d’impoli, et me sommant de continuer à endurer les abus de mon père sans rien dire, sinon ce sera de ma faute s’il lui fait vivre de la chicane.
La fille du rendez-vous: Inapplicable puisque j’ai coupé tout contact avec elle.
Geneviève (en auto): M’accuse d’être misogyne.
Geneviève (la lettre): « TIENS, T’ES CONTENT, LÀ?  TU M’FAIS BRAILLER, TABARNAK! »
Lucy: Lui fait faire une crise de culpabilité, et lui casse la gueule en beauté.

Mais pourquoi est-ce que tous ces gens qui ne se connaissant pas et qui viennent tous de milieu différents agissent de la même façon?  C’est qu’à la base, ils ont tous Le même point commun:

POINT COMMUN DE BASE:  Toutes ces personnes semblent souffrir de basse estime de soi-même, soit de façon naturelle, soit provoquée par leur entourage. 

Tamara: Est une ex-abusée sexuelle et domestique, qui a quatre enfants de quatre pères différents.
Mon père: Était un bâtard, à une époque où ça dérangeait le village, qui l’ont donc méprisé durant toute sa jeunesse. (Les années 1940-50.)
La fille du rendez-vous: Je ne l’ai pas connu assez pour le savoir.  Cependant, il est possible qu’elle souffrait de complexes en rapport à son physique, que je décris dans le billet: « (elle avait un surplus de poids et ) était une géante de plus de six pieds avec des épaules comme un joueur de football. Je ne fais que 5’7″ et j’étais loin d’être un athlète. Et bien qu’elle était quand même trop petite pour souffrir de gigantisme, elle en avait quand même quelques caractéristiques physiques, comme le front large, le menton surdéveloppé et un sourire qui montre deux fois plus de gencives que de dents. « 
Geneviève:  Abusée et rabaissée par son entourage, a fait un séjour en hôpital psychiatrique.
Lucy: Inapplicable puisque c’est un personnage fictif.

Voilà pourquoi on dirait que leur bien-être dépend de leur capacité à rabaisser les autres plus bas qu’eux, ce qui expliquerait pourquoi ils réagissent aussi mal lorsqu’on leur en empêche.  Ils sont dépendants de ces conflits, donc conflictuodépendants.

Il y a des situations conflictuelles qui nous permettent d’en apprendre plus sur soi-même, ainsi que dans nos rapports avec les autres.  Je l’ai déjà démontré au début du second billet lorsque je liste les trois raisons qui poussent les gens à initier un conflit.  Ainsi, si l’on prétend que tous ceux qui viennent nous chercher conflit, sans exception, sont conflictuodépendants, c’est croire qu’il est impossible que l’on soit dans le tort, et c’est démontrer que l’on souffre de narcissisme.

Par contre, quand quelqu’un cherche à descendre un autre plus bas que lui-même, et qu’il le fait en passant à travers les 9 premières étapes décrites ici, alors là, il est pertinent d’affirmer que nous avons affaire à une personne qui souffre de conflictuodépendance.


PS: Pour conclure cette étude, j’aurais aimé publier une BD tirée de l’album autobiographique Les Professionnels de Carlos Gimenez, dans lequel il décrit un ex-collègue de travail qui a exactement le profil-type d’un conflictuodépendant.  Puisque l’histoire se passe en Espagne dans les années 60, ça montre que ce genre de personnalité est universel et intemporel.  Hélas, suite à mon déménagement récent, je ne ai pas encore retrouvé l’album.  Mais ça ne saurait tarder.