Pas obligé de rester loser, 1e partie : Le mythe du winner

Je crois que c’est en 1998 que j’ai mis sur un forum la première version du billet Autopsie du Loser. Dans celui-ci, je décris tous les signes qui démontrent que l’on en est un, en amitié, avec les filles, en amour, en couple, avec notre image personnelles, nos études, notre look, notre travail, nos projets, nos communications, notre physique, nos conversations, notre mentalité, nos victoires et notre famille. L’origine de ce texte remonte à 1993, lorsque je me suis mis à réfléchir sur tout ce qui n’allait pas chez moi, en comparant chaque point de ma vie avec d’autres gars qui réussissaient là où j’échouais. Il s’agit donc, à la base, d’une longue auto-analyse. Depuis, le loser en moi est mort, d’où le Autopsie du titre.

Après tout ce temps, quelqu’un a enfin songé à me poser la question suivante :

Bonjour Steve! Je corresponds quasiment en tous points au profil du loser. Tu dis que tu étais un. Peux-tu nous décrire plus précisément les étapes de ton changement? Comment tu as fait pour changer ça et quels sont les résultats? Merci d’avance.

Je suis le premier surpris de constater que l’idée d’en parler ne m’étais jamais venue. Mon but premier en écrivant ce texte était de dire : Bon ben voilà, si tu fais ceci, tu es un loser. Si tu veux cesser d’être un loser, cesse de faire ceci. Sauf que j’avais oublié la plus simple règle de toutes en matière de conseils: Dire quoi ne pas faire, c’est un bon début. Mais dire quoi faire, ce serait beaucoup mieux. Je vais donc commencer une série de billets sur le thème Pas obligé de rester loser, chacun consacré à un aspect de sa vie, tel que listé plus haut, et comment j’ai réussi à m’en tirer.

Tout d’abord, je me dois d’attaquer ce que j’appelle Le Mythe du Winner.  C’est parce que, dès le départ, il faut s’ôter de la tête une idée erronée comme quoi cesser d’être un loser va faire automatiquement de nous un winner.  Voici pourquoi:

Portrait du winner.
On reconnait le winner facilement.  Il est beau, grand et naturellement athlétique sans avoir eu à faire d’efforts pour le devenir.  Il est né dans une famille influente et riche, et il réussit tout ce qu’il entreprend sans trop se les casser. Côté essentiel, sa famille et ses amis lui procurent les contacts dont il a besoin pour réussir dans la vie. Côté caprices, il est tellement charmant qu’on lui donne volontairement tout ce qui pourrait lui faire plaisir. C’est le genre de gars à qui l’on offre sans qu’il le demande des choses que beaucoup travaillent fort pour avoir, en vain.  Il est l’exemple parfait comme quoi les beaux gars ont toutes les qualités.

Ce genre de winner à qui tout réussit sans efforts, on en a tous rencontré au moins un dans notre vie.  Moi-même, j’ai eu la chance (?) d’en avoir un comme ami lorsque j’étais adolescents, comme le démontrent ces pages tirées de mon webcomic Sexe, Drague, Requin Roll:






(25$ en 1983, c’est à peu près l’équivalent de 65$ en 2014.  Une somme appréciable lorsque l’on a 14 ans.)

Ce genre de winner, on ne peut pas le devenir.  Pour en être un, il faut être né comme ça.  Il faut que ce soit le hasard qui te donne une bonne famille, qui te fournit les bons gênes pour ton physique, qui te fournit le karma qui donne envie aux autres de t’aider à te rendre encore plus gagnant, et qui te donne l’intelligence et la personnalité qu’il faut pour en profiter à fond.  Plus jeune, j’ai longtemps commis l’erreur d’essayer d’être comme Carl en tentant de l’imiter dans son look et sa personnalité.  Mais voilà, ça n’a jamais marché pour moi.  Ça ne pouvait pas marcher.  Je ne pouvais pas être Carl.  Seul Carl pouvait être Carl.  Et les atouts qui faisaient de Carl un winner étaient inimitables, impossibles à se procurer, peu importe l’effort que l’on puisse y mettre.

Être un winner ou un loser, ce sont deux extrêmes. Et entre le gars qui WIN et le gars qui LOSE, il y a celui au milieu qui est un peu des deux : Le gars normal.


Celui qui, comme le reste des gens normaux, parfois perd et parfois gagne.  C’est celui-là qu’il faut aspirer à devenir.  Parce que si être un winner est quelque chose qui ne se contrôle pas, en revanche on peut avoir assez de contrôle sur ce qui nous rend loser afin de cesser de l’être.

Et c’est à suivre

« Ægidius », un extrait.

Les lettres AE, lorsque reliées en Æ, se prononcent É, comme dans curiculum vitæ. Je précise car on me demande parfois comment se prononce le prénom de mon plus illustre ancêtre, Ægidius Fauteux, de qui je planifie écrire une biographie.

Enfin, quand je dis ancêtre, je ne suis pas son descendant direct.  Il s’agit en fait de mon arrière-grand-oncle.


En 1899 à l’âge de 22 ans, Ægidius Fauteux reçoit sa licence en théologie. Il n’aura cependant pas la vocation. Il poursuivra ses études en Droit et sera reçu au Barreau en 1903, mais il ne pratiquera jamais. En 1902, il fonde le journal Le rappel.  Il joint le journal La Patrie en 1905, puis La Presse en 1912.  Il consacrera sa vie à ses deux passions, le journalisme et l’histoire du Québec.

Au début des années 90, mon grand-père René Lussier a commencé à écrire la biographie de son oncle, combinant souvenirs personnels et familiaux avec les faits historiques.  Son décès en 1995 a interrompu son travail.  J’ai décidé de continuer et d’achever celui-ci dans mes temps libres, Et de nommer la chose Ægidius Fauteux, la petite histoire d’un grand historien.  En voici un extrait:

Montréal, le quartier Côte des Neiges, en début d’après-midi.

La cloche du tramway annonce l’arrivée du véhicule de transport en commun urbain. Il y a peu de voyageurs, et Ægidius est surpris de constater que ceux-ci sont constitués de vieillards malades et d’éclopés. Le wagon rouge s’immobilise devant l’arrêt situé en face du Collège Notre-Dame. Ægidius en descend en premier. Il est accueilli par un petit homme aux cheveux blancs qui ne doit pas faire plus de cinq pieds de haut et qui porte un manteau brun foncé trop grand pour lui. D’une petite voix enrouée, il dit :

« Bonjour monsieur. Est-ce que je peux vous aider ? »

À peine a t-il posé sa question que le petit homme d’apparence fragile se met à tousser. Ægidius a pitié de lui.  Histoire de lui éviter tout effort superflu, il lui répond :

« Je viens voir mon oncle, l’abbé Pierre-Louis Fauteux. Vous n’avez pas besoin de vous déplacer, je saurai bien le trouver tout seul. Merci! »

Ægidius part à pas rapides vers la bâtisse du collège. Le vieil homme le salue de la main et se retourne vers le tramway où il aide une vieille dame en béquilles à débarquer.

Debout dans son bureau, devant la fenêtre qui donne sur la cour arrière du Collège Notre-Dame, L’abbé Pierre-Louis Fauteux, regarde une trentaine d’enfants de cinq à douze ans s’amuser dehors, profitant de la récréation qui vient avec l’heure du dîner. L’homme qui fêta récemment ses cinquante ans est costaud, bien en forme, malgré cette calvitie qui trahit son âge, et cette panse bien ronde sous sa chemise noire qui témoigne de son penchant pour les plaisirs de la table. Comme quoi même le plus assidu des hommes de Dieu peut parfois être soumis à certains péchés, furent-ils capitaux, comme celui de la gourmandise.

Dans les couloirs du collège, Ægidius tourne le coin et avance tout en parcourant des yeux les plaques sur les portes de bureaux qu’il croise. Il s’arrête devant une porte grande ouverte et y voit la mention Pierre-Louis Fauteux, directeur adjoint. Il reconnaît aussitôt la silhouette de son oncle devant la fenêtre. Il cogne à la porte afin de signaler sa présence.

« Monsieur l’abbé… euh… Monsieur le directeur… Directeur adjoint, Fauteux ?»

Le visage de l’abbé reste impassible. Sans se retourner, il l’invite, du geste de la main, à entrer. Ægidius fait quelques pas et s’immobilise à un mètre des chaises placées devant le bureau de travail en bois verni. Dehors, le frère Anselme, armé d’une cloche, sonne la fin de la récréation.

« Quelle date sommes-nous aujourd’hui? » demande le directeur adjoint.
« Le 16 juin. » répond Ægidius.
« Exact ! Vendredi, le 16 juin 1899. Et qu’est-ce qu’il s’est passé, aujourd’hui-même, il y a exactement deux cent quarante ans ? »
« Le 16 juin 1659 ? »
L’homme murmure « Hm ! » en acquiesçant d’un geste de la tête. Ægidius répond.
« Bien… C’est la date où Monseigneur François de Montmorency-Laval est arrivé de France. Quatre ans plus tard, le 26 mars 1663, il fondera le Grand Séminaire de Québec. En 1668, il mettra sur pied le Petit Séminaire de Québec en tant que résidence pour les futurs prêtres. Et en 1674, il devient le premier évêque du diocèse de Québec nouvellement fondé. »

L’abbé lève un sourcil. Visiblement l’éducation de son neveu, autant que sa mémoire, sont remarquables. Il se retourne et marche en direction de la porte de son bureau. Il adresse de bons mots au jeune homme lorsqu’il le croise.

« Très bien, cher neveu. Très, très bien! »

Il tend la main vers la porte et la pousse. Celle-ci se referme dans un bruit de loquet. Aussitôt, l’homme se retourne et son visage austère s’illumine de joie. Sans plus de retenue dans ses gestes que dans son débit de voix, il tend les bras en direction de son neveu.

« Eh ben ? Enwèye mon p’tit Gigi, viens voir ton mononc’ Pi-Wi. »

D’abord surpris, Ægidius prend lui aussi un air joyeux et ravi. En riant, ils se jettent dans les bras l’un de l’autre et se donnent une chaleureuse accolade. Il n’y a plus d’étudiant, plus d’abbé, plus de directeur. Il n’y a que deux membres proches d’une même famille enchantés de se revoir. En le serrant contre lui, Pierre-Louis donne de grandes tapes fraternelles dans le dos de son neveu.

« Non mais regarde-toi rien qu’un peu. C’est que t’es devenu un vrai homme. Quel âge que t’es rendu, là ? »
« Vingt-deux ans. J’en aurai vingt-trois le 27 septembre. »
« Ca fait que t’as terminé tes études là ? »
« Oui ! »
« Et puis ? »
« J’ai obtenu ma licence de théologie. »
« Merveilleux ! Faut fêter ça ! Un petit verre ? »
« Ce ne serait pas de refus. »

L’homme marche à grands pas vers une armoire qu’il ouvre.

« Tu vas voir, ton mononc’ Pi-Wi n’a pas rien que du vin de messe pis de l’eau bénite dans ses bouteilles. »

Ægidius a un petit sourire amusé.

« Tu ne me laissera jamais oublier ça, hm ? »
« Quoi donc ? »
« Mononc Pi-Wi. Sais-tu combien c’est difficile pour un enfant qui sait à peine parler de dire mon oncle Pierre-Louis ? Ça fait vingt ans, faudrait que t’en revienne. »

L’homme revient avec deux verres remplis de liquide ambré. Il en donne un à Ægidius.

« Ah, je l’sais bien, mais c’était tellement mignon. Santé ! »

L’homme salue son neveu et avale son verre d’un trait. L’imitant, Ægidius fait également cul sec. Aussitôt il grimace, ouvre la bouche et expire bruyamment, surpris par la morsure du liquide.

« HHHH…. C’était quoi ça ? »
«  Du whisky ! Mais attention, c’est du bon vieux scotch importé directement d’Écosse. Rien à voir avec la pisse de cheval à base de seigle qu’ils distillent en Alberta. Je remets ça ? »

Déclinant poliment du geste, Ægidius dépose son verre sur le bureau. Ça n’arrête pas Pierre-Louis qui s’en sert un second. Cette fois-ci, il n’en prend qu’une gorgée. Puis, il tapote fièrement l’épaule de son neveu.

« Tu peux pas savoir à quel point je suis fier de pouvoir bientôt te compter parmi nous. »

Pierre-Louis avance à pas lent vers le mur où est encadrée sous verre une grande carte du Québec.

« Tu vois, ici au Québec, chaque petit village a son église. Et dans les grandes villes comme Montréal où la population est gigantesque, chaque quartier en a une, deux, trois, voire même dix, pour servir toute cette population. Nous administrons les hôpitaux, les organismes de charité, les orphelinats. Sans oublier l’éducation. Chacune des petites écoles, chaque collège comme celui-ci, chaque université, est sous administration catholique. De plus, chaque entreprise possède sa chapelle et son prêtre entre leurs murs. Chaque mairie a son curé qui récite aux politiciens la prière du matin. Chaque caserne militaire a son aumônier. L’Assemblée Nationale ne peut pas commencer son travail avant la prière matinale. Nous sommes partout. Depuis les deux cent quarante dernières années, soit depuis le débarquement de François de Montmorency-Laval, comme tu l’as si bien cité tantôt, c’est nous qui administrons le territoire. Même Sir Wilfrid Laurier, le premier Canadien français à occuper le siège de premier ministre du Canada, a moins de pouvoir que nous dans le pays. C’est sous notre influence qu’il a créé les écoles catholiques au Manitoba lorsqu’il est monté au pouvoir il y a trois ans. Et grâce à lui, dans les écoles anglaises, les élèves Canadiens français ont maintenant droit à une demi-heure d’enseignement religieux à la fin des classes. Mais la politique étant ce qu’elle est, il a à faire face à beaucoup d’opposition, contrairement à l’église. Puisque le Canada fait partie de l’Empire Britannique, le Royaume-Uni s’attend à ce que l’on envoie l’armée pour les aider dans la Seconde Guerre des Boers qui fait rage ne ce moment. Laurier est pris entre les Canadiens anglais impérialistes fidèles à la couronne britannique, qui veulent que l’on envoie nos troupes, et les Canadiens français qui s’y opposent fortement. Avec lui trop occupé pour nous aider, c’est vraiment pas la job qui manque. C’est pourquoi l’église a vraiment besoin d’un garçon éduqué et intelligent dans ton genre. Dis-moi quand t’es prêt à commencer, je te donne le titre que tu veux, la fonction que tu veux, dans la région que tu veux. »

Ægidius qui, jusque-là, regardait son oncle, baisse les yeux, embarrassé. Il pousse un léger soupir. Sa réaction laisse l’homme d’église quelque peu perplexe.

« Eh bien ! J’avoue que je m’attendais à un peu plus d’enthousiasme. »
« Je suis désolé mon oncle, c’est que… J’ai bien peur que je vais vous décevoir. »

Même s’il ne sait pas encore pas ce qui trouble son neveu, Pierre-Louis voit bien le malaise dans ses gestes. Aussi, il dépose son verre de scotch et s’approche du jeune homme. Une main sur l’épaule, il l’entraine vers les chaises en l’invitant à s’asseoir. Lui-même prend l’autre chaise et s’assoit face lui.

« Qu’est-ce qui ne va pas, Ægidius ? »

Le jeune homme reste d’abord silencieux, mais le ton de voix rassurant de son oncle le met en confiance. Après un nouveau soupir qui exprime bien le fardeau moral qui pèse sur lui, il dit :

« J’ai essayé. J’ai vraiment essayé. Je ne peux pas être un homme d’église. Je n’ai juste pas la vocation. »
« Je vois ! Et… Quand est-ce que tu t’en es rendu compte ? »
« Je sais pas… Je… »
« Dis-moi la vérité. »
« Je… Écoutez, il ne faudrait pas croire que… Je veux dire, j’ai énormément de respect pour… Je ne voudrais pas… »

Pierre-Louis pose une main rassurante sur l’épaule de son neveu.

« Ægidius, oublie que je suis un homme d’église, d’accord ? C’est ton oncle qui te parle. Ton ami ! Si ce que tu me dis est la stricte vérité, alors rien de ce que tu puisse me dire ne sera un manque de respect. Alors parle-moi s’il te plaît. »

Rassuré, quoique toujours un peu mal à l’aise, Ægidius accepte de de confier.

« Je ne crois pas en Dieu ! »

Comme si cette révélation avait demandé un effort nécessitant un temps pour récupérer, Ægidius reste silencieux quelques secondes. Puis, après un profond soupir, il reprend la parole.

« Enfin, si, mais… Ah, je ne sais pas trop. Quand j’étais petit et que les religieuses nous apprenaient le petit catéchisme à l’école, je ne pouvais jamais m’empêcher de voir certaines incongruités dans ce que l’on nous disait. Par exemple, Adam et Eve, qui n’ont eu que deux fils. Comment est-ce que la race humaine a pu exister dans de telles conditions ? Et après avoir tué Abel, Cain ne voulait pas quitter le territoire de peur que les autres le mettent à mort. Quels autres, puisque la race humaine n’était supposément constituée que de trois personnes ? »
« Je vois ! Les questions classiques. »
« Quand on m’a envoyé au séminaire dans le but de faire de moi un homme d’église, je me disais que j’allais enfin apprendre les réponses à mes questions. Que l’on allait me donner des faits. Mais non ! Tout ce que l’on reçoit de nos éducateurs, c’est ce que l’on est destiné à donner au peuple : Des textes flous et aucune preuve tangible pour en appuyer les dires. Toute question directe sur un sujet nébuleux nous mérite une réponse en paraboles aussi claire que du jus de boudin. Tout ce que je puis dire après ces douze années d’études, c’est que non seulement je ressors de là avec mille fois plus de questions que quand j’y suis entré, pas une seule personne, pas un seul fait, pas le moindre artéfact n’a pu me prouver l’existence de Dieu. Et on me demande de croire, croire, croire. Mais comment est-ce que je puis croire quelque chose qui est impossible à prouver ? »

Ægidius se tait. Tel un enfant honteux qui aurait posé un geste qu’il sait inacceptable, il ose à peine lever les yeux vers son oncle. Il conclut son témoignage :

« Dans de telles condition, je ne peux pas, en toute bonne foi, joindre l’église. Je ne serais rien d’autre qu’un hypocrite. »

La main de l’abbé se resserre doucement sur l’épaule du jeune homme qui comprend que ce geste se veut réconfortant. Il rajoute :

« Je suis désolé mon oncle, je ne voulais pas vous manquer de respect, ni à vous ni à vos croyances. »

L’homme fait un sourire triste. Soupirant lui aussi, il répond ;

« Non Ægidius. En te confiant à moi, en me disant une vérité qui va en sens contraire de mes convictions, tu me témoigne d’une grande confiance. Tu me démontres que tu me sais capable de comprendre malgré nos différents points de vue. Ce n’est pas me manquer de respect, ça. Bien au contraire. Et t’as pas à cesser de me tutoyer non plus. »

Ces paroles rassurent le jeune homme. Celui-ci lève enfin les yeux pour regarder en face son oncle qui poursuit :

« Tu sais Ægidius, tu es peut-être juste trop intelligent pour joindre l’église. Toute ta vie, je te voyais aller. Tu as toujours été curieux, fasciné par les détails, toujours à chercher le comment du pourquoi. Tu es né avec un esprit qui a une grande soif de connaissances. Tu as un cerveau logique, mathématique. Pour toi, chaque réaction doit correspondre à une action antérieure. Tu as l’esprit d’un savant, mon petit. Et dans de telles conditions, en effet, ce serait du gaspillage de le perdre dans un environnement dans lequel ni toi ni ton intelligence ne pourrait s’épanouir. Tout comme l’église n’a pas vraiment besoin dans ses rangs de quelqu’un qui va répondre Euh, ben, on n’a pas de preuves scientifique là, là, mais…à quelqu’un qui va lui demander si Dieu existe. »

Bien que le jeune homme soit un peu embarrassé, l’amusante image mentale qu’il se fait de cette scène met sur son visage un petit sourire amusé.

« Tu me demandes si Dieu existe, mon cher neveu ? Je ne te donnerai pas de paraboles ni de réponses floues. Je vais te donner la réponse la plus logique qui soit pour cette question : Si on le savait, on serait des savants. Mais nous, nous croyons. Nous sommes donc des croyants. La science et la foi sont deux choses qui n’ont aucun rapport entre elles. Essayer d’utiliser le premier pour expliquer le second, c’est comme essayer d’utiliser une règle de grammaire pour résoudre une équation mathématique. Ça ne se fait juste pas. Tu comprends ? »

Pendant quelques secondes, Ægidius semble réfléchir. Puis, il redresse la tête. Tout en regardant son oncle, il acquiesce d’un signe de tête.

« Ce que je comprends… C’est que je ne peux pas comprendre, finalement. »
« T’as tout compris ! »

Ægidius pose sa main sur celle de son oncle. Les deux hommes se regardent. Bien qu’ils comprennent qu’ils ne verront jamais les choses du même œil, ça ne les empêche pas de ressentir ce soutient et ce respect qui les unis. Pierre-Louis conclut avec ces paroles rassurantes :

« Allez, ne t’en fais pas. T’as pas la vocation ? T’as pas la vocation, voilà tout. De toutes façons, avec moi, mon cousin Joseph-Anselme, et mon autre neveu Adélard, il y a déjà bien assez de Fauteux comme ça dans les ordres. L’honneur de la famille est plus que sauf. »

L’homme se lève et invite son neveu à faire de même.

« Remarque, si comme Saint-Thomas tu as besoin de voir pour croire, j’ai justement l’homme qu’il te faut ici. Tu connais notre portier, Alfred Béssette ? »
« Le petit monsieur au cheveux blancs qui m’a accueilli à la descente du tramway ? »
« C’est ça ! Si je te dis le frère André ? »
« Le guérisseur ? Celui dont on parle dans les journaux ? »
« Celui-là même. Eh bien c’est lui ! »

Ægidius se montre fort incrédule.

« Voyons donc ? Le petit monsieur malade, là ? C’est lui le frère André ? C’est votre guérisseur, ça ? Soyons sérieux, il est tellement mal en point qu’il ne passera pas l’hiver. Il a un rhume carabiné en plein mois de juin. Si jamais il éternue, il va se dévier la colonne. »
« Et pourtant, depuis 1877, soit depuis vingt-deux ans, ses dons de thaumaturge sont des faits reconnus et archivés dans nos… »

L’abbé est interrompu alors que l’on cogne à la porte de son bureau.

« Entrez ! »

La porte s’ouvre, Frère Anselme entre, visiblement ennuyé.

« Je suis désolé de vous déranger Monsieur le Directeur, mais on vient de recevoir des inspecteurs des autorités sanitaires de la ville, à cause du vieux graisseux, encore. Ils vous attendent en bas. »
« Merci Frère Anselme, j’arrive tout de suite. »

Le Frère Anselme se retire promptement, toujours avec cet air en rogne au visage. Ægidius est perplexe.

« Le vieux graisseux? » S’interroge-t-il.
« Le frère André, justement. Sa manie de brûler de l’huile d’olive devant sa statue de St-Joseph lui a valu ce triste sobriquet de la part de certains autres frères. Il faut dire qu’il est un peu simple d’esprit. Ses frasques ont le don d’irriter la confrérie qui ne l’apprécient pas tellement. »

Ægidius, perplexe, se gratte la tête.

« Eh bien ! Un guérisseur malade que même sa propre congrégation ne respecte pas. Si c’est ça qui est supposé me donner la foi, c’est qu’on croit vraiment aux miracles. »

Et maintenant que j’ai rendu la chose publique, me voilà bien obligé de continuer, et éventuellement d’achever.  😉

Objets sexuels: On n’est pas si différents!

Depuis aussi longtemps que je me souviens, les femmes ont protesté contre Barbie au sujet de son physique qui manque de réalisme.

Mais voilà que depuis quelques années, des hommes ont décidé d’y répondre avec cette image-ci:

Généralement, les répliques des femmes vont dans le sens de: « Oui, mais c’est pas pareil. Les modèles masculins comme He-Man (Musclor) sont baraqués car ce sont des héros, des aventuriers. Contrairement aux modèles féminins qui ne sont que sexy, le physique du modèle masculin n’est pas utilisé en tant qu’objet sexuel ne servant qu’à répondre aux fantaisies du sexe opposé. »

Vraiment? Et ces romances écrites pour les femmes, alors?  On y retrouve quoi, en couverture, sinon des hommes à la Musclor, utilisés en tant qu’objets sexuels qui ne servent qu’à répondre aux fantaisies du sexe opposé?


Je veux bien admettre que contrairement à Barbie, on puisse obtenir le corps de Musclor.

Mais sinon, sur les autres points, on n’est pas si différents.  Hommes autant que femmes, nous sommes bombardés de modèles de standards extrêmement difficiles à atteindre.

La libido masculine, source de tous les maux de l’humanité

Deux ou trois semaines après la création de ce blog (qui était, à l’origine, affilié à un site de rencontres), une lectrice m’a posé la question suivante : Toi qui est un gars, pourrais-tu m’expliquer pourquoi vous êtes toujours super frustrés quand vous vous attendiez à baiser et que ça n’arrive pas?

Je m’étais déjà penché sur la question sans jamais avoir trouvé de réponse.  J’avais quand même déjà constaté la chose aussi bien chez les autres gars que sur moi-même. Dans mon cas personnel, bien que j’arrivais toujours à me contrôler et à avoir l’air zen, j’étais tout de même déçu et surtout frustré de ne pas avoir eu la baise promise.  Et j’ai souvent vu des gars qui n’avaient pas mon self-control face à cette situation, et ceux-là n’hésitaient pas à exprimer leur colère à la fille via commentaires aigris, bouderie, voire même insultes.

Sans pouvoir expliquer le pourquoi de ce phénomène, je l’ai tout de même dénoncé quelquefois par le passé.  Par exemples, dans le billet 26 gars typiques des sites de rencontres:

3- Le Jeckyl et Hyde
Il est vrai que l’amour et la haine sont des sentiments très près l’un de l’autre. La preuve: Ce gars-là va t’approcher en parfait gentlemen respectueux et irréprochable. Puis, il va te faire tout plein de compliments: Tu es gentille jolie, intéressante, intelligente, etc. Et si tu as un surplus de poids, c’est pas grave. Bien au contraire, il sait apprécier la beauté des femmes bien en chair et ne se gêne pas pour te le dire. Voici le moment où il te sent mure pour recevoir ses propositions sexuelles. Mais voilà, tu ne peux pas y répondre positivement. Peut-être parce que tu as déjà un chum, peut-être parce que tu trouves qu’il va trop vite, ou peut-être tout simplement parce que ce gars-là ne te plaît pas physiquement. Ça arrive! Mais peu importe la raison que tu lui donnes pour refuser ses avances, le fait est que tu refuses ses avances. Et ça, il ne le prend pas. Il change alors complètement son opinion sur toi, te disant que tu n’es qu’une grosse vache laide à en vomir qui devrait le remercier à genoux d’avoir daigné s’abaisser à t’offrir ses faveurs, au lieu de te penser trop bien pour lui en les refusant. Le bout un peu étrange, c’est qu’il va te traiter de salope parce que tu refuses d’avoir du sexe. Mais bon, quand on est frustré, on ne regarde pas à la logique de nos insultes.

Je dois tout de même admettre que je n’arrivais pas toujours à faire comme si de rien n’était dans cette situation.  Par exemple, comme on peut le voir dans la série de billets Fantasme VS réalité : Le ménage à trois, mon amante et sa copine m’attirent chez eux pour un weekend de trois jours de ménage à trois, et je ne cesse de frustrer parce que les choses ne se passent pas comme je l’avais prévu.

Une autre chose que j’ai constaté, c’est que dès que nous, les gars, on s’apprête à baiser, notre logique fout le camp et toute notion de prudence disparait. Par exemple, au sujet du port du condom. Je ne saurais compter le nombre de fois où j’ai entendu des gars excuser leur désir de le faire sans protection, en disant que « ça coupe la circulation et ça fait ramollir », ou bien que « Moi, fourrer du plastique, je ressens rien! », et ce malgré les possibilités de grossesses et/ou de ITS.  Combien de femmes ont vécu la désagréable expérience de voir leur partenaire insister et insister et insister pour avoir du sexe jusqu’à ce qu’elles cèdent, et qui, une fois l’orgasme obtenu, furent pris de remords.  Et que dire de tous les risques que l’homme est prêt à courir pour avoir une relation extraconjugale. Il met en jeu son couple, son argent, ses biens matériels, ses enfants, en échange de quelques orgasmes. N’importe qui peut voir combien il est absurde de prendre de tels risques pour si peu. Pourtant, si un homme se retrouve avec l’opportunité de vivre ses désirs sexuels, ces risques lui sembleront soudainement très acceptables.  Pourquoi sinon est-ce que Gab Roy, homme de 30 ans, qui travaille fort pour devenir une personnalité publique, donc qui est une cible facile quand il a tout à perdre, prendrait le risque d’amener une inconnue de 15 ans baiser au motel?  Mieux (?) encore:Pourquoi est-ce que Joël Legendre, animateur télé, comédien populaire, en couple stable, père de trois enfants, est allé se masturber dans un parc public, en pleine vue des passants, dans l’espoir de se ramasser un partenaire inconnu pour une p’tite vite?  Il a beau expliquer que ses trois mois de thérapie ont révélé que c’est dû à un traumatisme de jeunesse dû au fait que « C’est difficile de grandir en rêvant de devenir danseur à claquettes quand tous les autres gars veulent devenir fermier », il reste que là encore, c’était une pulsion sexuelle qui bloquait tout sentiment de prudence et de logique.

Même quand un homme décline l’opportunité de vivre une baise parce que sa raison aura eu le dessus comme quoi le jeu n’en vaut pas la chandelle, il aura tout de même d’abord pris le temps d’y penser.  Et c’est généralement avec regrets qu’il dira non.

En y songeant sérieusement, j’ai constaté que la libido masculine est source de problèmes au niveau personnel, au niveau social et au niveau international.

Au niveau personnel:
Bien qu’il s’agit d’une histoire fictive, mon roman inachevé Un Été à Saint-Ignace-de-Montrouge est construite d’anecdotes qui me sont réellement arrivées. Par exemple, cette scène dans laquelle le personnage principal explique les raisons de sa récente panne de libido :

Quand j’étais plus jeune, genre entre seize et vingt-cinq ans, j’avais une très forte libido. Hélas, dans ce temps-là, je n’arrivais pas à séduire une fille normale avec qui j’aurais pu avoir une relation normale. Alors pour satisfaire mon désir sexuel je devais me contenter de celles qui restaient : Connes, profiteuses, méchantes, losers, BS, craquées mentales, etc. La majorité des anecdotes négatives de ma vie sont reliées aux filles. Pourquoi? Parce que toute ma vie je voulais avoir une blonde. Et pourquoi est-ce que je voulais avoir une blonde? Par désir romantique, oui, mais surtout pour soulager mes envies de baiser. Donc, la raison pourquoi j’ai eu tous ces problèmes de couples? Mon désir sexuel.

Tu sais comment quand on est jeune, on pense que les maladies transmises sexuellement, c’est juste quelque chose que les autres attrapent? Eh bien moi, en moins d’un an, j’en ai contracté deux. J’ai eu de la chance, ce que j’avais se soignait par prise de médicaments aux huit heures pendant une semaine. La première fois j’ai vu ça comme un cas isolé. La seconde comme un avertissement. Donc, la raison pourquoi j’ai eu deux ITS? Mon désir sexuel.

Comme tu dois t’en douter, quelqu’un qui a une aussi grosse libido consomme beaucoup de porno sur le net. Mais quand un site sur dix est plein de virus, tu devines ce qui se passe. Donc, la raison pourquoi mon ordi attrape plein de virus qui ralentissent et sabotent mon outil de travail principal pour écrire et dessiner? Mon désir sexuel.

Et quand tu ne t’y connais pas assez pour débugger ton ordi toi-même, tu fais appel à un support technique qui, évidemment, voit tout ton historique sur le net. Donc, la raison pourquoi je vis à plusieurs reprises ces situations aussi humiliantes que coûteuses? Mon désir sexuel.

Puis, évidemment, il y a quand je travaillais au Dunkin et que j’ai rencontré Nadia, j’ai fait la plus grosse erreur de ma vie. Je suppose que tu connais le cliché qui dit que plus une fille est grosse et laide, et plus elle est gentille et cochonne? J’y ai bêtement cru. Ça fait que quand elle a montré de l’intérêt pour moi, même si elle ne me plaisait pas, j’ai quand même accepté de coucher avec. Oui, côté baise, elle était bien. Mais côté personnalité, elle s’est vite montrée déraisonnable, avec ses crises de jalousies qui sortaient de nulle part. Alors j’ai cassé avec elle. Mais voilà, comment te libérer de quelqu’un avec qui tu travailles, et qui passe vos huit heures ensemble à te mettre de la pression incessante pour que vous repreniez? Surtout quand elle sait à quel point tu aimes le sexe, surtout quand elle est prête à faire les choses les plus cochonnes pour te ravoir. Je reprenais avec elle pour le sexe, je cassais pour sa jalousie. Ma vie se limitait entre subir son harcèlement quand on était en couple, ou subir son harcèlement si on était séparé. Donc, la raison pourquoi je vivais du harcèlement incessant? Mon désir sexuel.

Tu peux me croire que jamais je n’oublierai mes cinq semaines de célibat il y a onze ans, entre deux ruptures avec Nadia. Oui, cinq semaines. J’avais vraiment tenu mon bout cette fois-là. Et pour m‘y aider, j’essayais activement de trouver une autre partenaire sexuelle. Le problème, c’est que je n’y suis pas arrivé. Et quand tu es un gars en manque, tu finis par te tanner de tes mains. Surtout que je n’avais pas de connexion internet à ce moment-là, alors je n’avais même pas de visuel pour me soulager. Donc, la raison pourquoi je suis revenu avec elle alors que je m’en étais enfin débarrassé? Mon désir sexuel.

Et elle, elle a utilisé le sexe pour me coincer dans cette relation en lâchant la pilule sans me le dire.  Résultat: Une paternité non-désirée pour laquelle je n’étais prêt ni financièrement ni émotionellement, et qui a défini le reste de mon existence. Donc, la raison pourquoi je vis une existence misérable depuis les dix dernières années? Mon désir sexuel.

Tu sais ce que j’ai toujours trouvé aberrant par rapport au sexe? C’est le fait que pour la majorité des gens, le fait que j’aimais le sexe au point où j’en aurais eu de une à trois fois par jour si j’avais une blonde avec un appétit semblable au mien, à leurs yeux ça faisait automatiquement de moi un potentiel bisexuel, un violeur, un pédophile, un client de prostituées, et peut-être même un zoophile. Tu vois, au lit, je te dirais que le trois quart de mon excitation vient du fait de savoir que ma partenaire me désire et aime ce que l’on fait ensemble sexuellement. À cause de ça, c’est évident que je ne pourrais jamais être un agresseur sexuel, un pédophile, un harceleur ou un zoophile, puisque c’est le genre de chose qui se fait sans le consentement de l’autre. En fait, même pendant la baise, si je sais que la fille n’aime pas telle ou telle pratique, c’est suffisant pour m’en enlever le goût. Mais ça, ce sont des choses que Nadia, ses amies et beaucoup trop de gens n’ont jamais voulu comprendre. Donc, la raison pourquoi je suis soupçonné d’être un détraqué sexuel? Mon désir sexuel.

Et je n’ai même pas besoin d’avoir des désir sexuels. Il suffit que Nadia s’imagine que j’en ressens envers d’autres filles pour me le faire payer. Donc, la raison pourquoi je paye d’avoir un désir sexuel qu’elle s’imagine que j’ai? Mon désir sexuel, qu’elle s’imagine que j’ai.

Quant à la fréquence de nos relations, je ne savais plus où donner de la tête.  Si ma libido est forte, elle dit que c’est la preuve que je la trompe parce que je ne peux pas me satisfaire d’une seule partenaire.  Mais si ma libido faiblit, alors là encore elle dit que c’est une preuve que je la trompe puisque ça signifie que je n’ai pas l’énergie pour en fournir plusieurs. Donc, la raison pourquoi je suis soupçonné de la tromper? Mon désir sexuel, peu importe qu’il soit élevé, normal ou inexistant.

95% des problèmes que j’ai eu dans ma vie, qui m’empêchent d’avancer, qui sabotent mes efforts, qui me font perdre le peu que j’ai, et qui continuent encore et toujours de me faire subir désagréments par dessus désagréments, ça n’a qu’une seule source : Mon désir sexuel. Dans de telles conditions, est-ce qu’on peut me blâmer d’avoir finit par ne plus ressentir que du dégoût pour le sexe, et que ma libido soit tombée en panne?

Au niveau social:
Comme je le dis dans La réputation injustifiée des soi-disant bons gars, pourquoi est-ce que l’homme a la réputation d’être un obsédé, un pervers, un adultère, un con qui ne pense qu’avec sa queue, qui ne voit les femmes que comme un orifice dans lequel se vider, qui distribue les ITS, qui met une femme enceinte pour ensuite la planter là? Parce que c’est la libido masculine qui a maintes fois poussé certains hommes à commettre ces gestes, ce qui fait que nous avons maintenant tous cette réputation.  Pourquoi est-ce que les bars de danseuses nues, la pornographie et la prostitution existent-ils?  Pour satisfaire la libido masculine. Qu’est-ce qui est à l’origine des viols?  De la pédophilie? Des séquestrations dans le but de l’esclavagisme sexuel?  La libido masculine.  Et bien qu’il y aura toujours quelqu’un pour dire « Oui mais des fois ces crimes sont commis par des femmes », ce qui est vrai, le nombre de celles qui l’ont fait est infiniment minuscule comparé au nombre d’hommes coupables de ces mêmes choses.

Mais pourquoi est-ce que la libido masculine est-elle incontrôlable au point de causer tous ces maux?
Il y a quelques années, j’ai écrit un billet intitulé Les Raisons de la Colère dans lequel j’ai écrit ceci au sujet des hommes préhistoriques: Le cerveau savait également reconnaitre une situation dans laquelle un congénère cherchait nuire à l’individu. À l’époque, les nuisances ne pouvaient affecter que deux niveaux de la vie: Le droit de se nourrir et celui de se reproduire. Deux choses étroitement reliées la survie individuelle, donc à la survie de l’espèce.  Face à une telle situation, le cerveau a créé la colère, qui bloque le raisonnement et donne du courage, transformant un être normalement paisible en machine à tuer. La nuisance compromettait la survie de la race, il fallait donc éliminer la nuisance. C’est la loi de la nature.

On a beau être évolués et civilisés, n’empêche qu’à la base nous sommes toujours des animaux régis par la nature. Voilà pourquoi l’homme frustre à ce point lorsqu’il n’a pas la relation sexuelle qu’il espérait, et voilà pourquoi il préfère baiser sans protection malgré les risques de paternité non-désirée ou d’infections transmises sexuellement :  Parce que quand il s’agit de sexe, c’est l’instinct qui prends le contrôle. Ce même instinct qui pousse tout animal à faire ce qu’il a à faire pour perpétuer la race.  Ce qui nous amène…

… Au niveau international:
C’est en relisant le passage qui parle de la colère, qui bloque le raisonnement et donne du courage, transformant un être normalement paisible en machine à tuer que j’ai compris quelque chose de crucial au sujet de l’humanité: De tous les temps, les gouvernements et les chefs religieux ont su que la frustration sexuelle rendait l’homme violent.  Et de tous les temps ils ont utilisé ce fait pour faire avancer leurs causes.  Pourquoi pensez-vous que l’armée a aussi longtemps refusé les femmes et les homosexuels dans leurs rangs?  Parce qu’un homme frustré sexuellement, c’est un homme colérique, un homme violent, et par conséquent un bien meilleur combattant.  Et quelle est généralement la première chose qui arrive quand une armée envahit un territoire? Les soldats en violent les femmes.

Encore de nos jours, quels sont les peuples les plus guerriers et les plus violents? Ce sont ceux guidés par les religions qui sont les plus restrictives au niveau de la sexualité.  Restrictives au point où ils obligent les femmes à se cacher, histoire de ne même pas donner à l’homme la satisfaction visuelle. Tout ça dans le but d’augmenter leur frustration sexuelle au point où ils feraient n’importe quoi pour la soulager.  La preuve: Comment arrivent-ils à recruter des volontaires pour des attentats-suicides? En leur faisant croire que ce n’est qu’au Paradis qu’ils pourront enfin baiser sans limite.  Ce qui en revient à dire que ce qui fait fonctionner le terrorisme, c’est la libido masculine.
Devant ce constat plus que traumatisant, je crois que la prochaine fois que je vais voir une féministe enragée crier haut et fort que tous les maux de la terre sont dû à la libido masculine, je n’aurai d’autre choix que de reconnaître qu’elle n’a pas tout à fait tort.

Conseiller la victime, est-ce la blâmer?

Quand quelqu’un dit que Chacun est le seul responsable de son propre malheur, tout le monde est d’accord avec lui. À ça, je répond: Va dire ça à une victime de viol! Je serais curieux de voir le nombre de personnes qui vont encore approuver ses paroles s’il ose le faire. Comme quoi, contrairement à ce qu’essayent de nous faire croire les bien-pensants, il n’existe aucune règle de vie qui s’applique à toutes les situations.

Ce qui m’amène au sujet du jour: L’an dernier, j’ai écrit un billet au sujet d‘une femme qui se plaint d’être sans cesse harcelée dans les transports en commun. En lisant le billet de blog qu’elle a écrit à ce sujet, j’ai tout de suite vu ce qu’elle faisait pour attirer les harceleurs: Elle lit en public, repliée sur soi.  Après avoir expliqué comment et pourquoi ça encourage une certaine catégorie de gens à aller la déranger, j’ai conclu en recommandant de cesser de le faire. Or, ceci m’a valu la haine et les accusations comme quoi je blâmais la victime.

Malgré le fait que ma principale accusatrice use de mensonges, déforme les faits, réinterprète mes écrits à sa façon et démontre dans un de ses billets qu’elle est pro-viol en autant qu’elle puisse décider qui en sera la victime, je crois voir la logique derrière la raison de ses attaques contre moi. C’est que mon billet s’adresse à la victime en lui disant « Voici ce que tu dois faire si tu ne veux pas te faire harceler », au lieu de m’adresser aux agresseurs en leur disant « Veuillez ne pas harceler/agresser/violer les femmes! » Ainsi, en ne m’adressant qu’à la victime afin que cesse le harcèlement qu’elle subit, c’est comme si je lui faisais porter l’entière responsabilité de son agression.

Il y a une logique toute simple derrière ceci, et la voici: Si on dit à un violeur « Ne viole pas! », ce conseil va à l’encontre de ses intérêts, puisque son but est de violer. Pensez-vous qu’il va écouter? Par contre, si on donne à une victime un conseil pour diminuer les risques qu’elle se fasse harceler, alors là, ce conseil concorde avec ses intérêts, qui sont de ne pas subir d’agressions. Logiquement, il y a donc plus de chance pour qu’elle écoute et applique le conseil.

Et voilà la raison pourquoi c’est toujours aux victimes que l’on demande de faire des efforts pour diminuer le risque d’agressions. Parce que contrairement à l’agresseur, la victime désire que ça cesse, elle.  Je suis tout à fait d’accord comme quoi, dans un monde idéal, ça ne se passerait pas ainsi. Hélas, nous ne vivons pas dans un monde idéal.  Le choix de la victime se limite donc à deux choses: Cesser de faire ce qui attire le harcèlement, ou bien passer le reste de sa vie à le subir tout en gueulant comme quoi c’est à l’Homme et non à elle de changer son comportement.  Elle a beau avoir raison sur ce point, ce n’est pas ça qui va améliorer son sort.

Vous croyez que je ne peux pas comprendre ce que vit une femme car en tant qu’homme dans la quarantaine, je suis à l’abri de ce genre de situations?  Détrompez-vous!

  • Harcèlement amoureux: À 40 ans, lorsque je tenais mon blog de Défi Diète 2008, je suis tombé dans l’oeil d’une des programmeuses/modératrices de Canoë.com.  Après plusieurs semaines à subir ses propositions non-sollicitées et à les refuser, elle a commencé par hacker mon blog, m’en empêchant l’accès, avant de le détruire.
  • Harcèlement sexuel: À 42 j’en ai subi pendant trois mois de la part du fils de mon patron lorsque je travaillais dans un garage: Non-respect de mon hétérosexualité, propositions amoureuses, vol de mon chèque de paie afin d’obtenir mon adresse qui était inscrite dessus, visites surprises chez moi, appels incessants, et harcèlement sous forme de comportement agressif et négatif au travail puisque je n’ai jamais répondu positivement à ses avances.  Il a fallu que je l’engueule sans retenue en public pour avoir enfin la paix.
  • Harcèlement haineux en public: Durant tout l’été de 2011, après plusieurs mois d’entrainement qui m’ont amené au sommet de ma forme physique, j’ai subi à plusieurs reprises des agressions verbales et physiques dans la rue. Dans ce dernier cas, j’ai fini par comprendre que ce qui m’attirait ces agressions, c’était le fait d’être maigre aux cheveux longs.  Je me suis coupé les cheveux et je me suis laissé reprendre un peu de poids.  Les agressions ont automatiquement cessés et je n’en ai plus jamais subi depuis.

Ce qui fait que moi aussi je me suis retrouvé dans la situation où j’ai eu à choisir entre cesser de faire ce qui m’attirait le harcèlement, ou bien passer le reste de ma vie à le subir tout en gueulant comme quoi ce sont mes agresseurs et non moi qui devraient changer de comportement. J’ai choisi de faire ce qu’il fallait pour ne plus attirer les agresseurs, et ainsi ne plus être une victime. Vous comprendrez donc que dans de telles conditions, j’ai quelques difficultés à comprendre que le simple fait de dire à une femme de cesser de lire dans le bus/métro/train pour cesser d’attirer les harceleurs, ça me vaut des accusations d’être misogyne et machiste.   Pourtant…

Ce qui en revient à la question que je pose dans le titre de ce billet: Lorsque l’on voit où se situe la raison du harcèlement que vit une personne, faut-il le lui dire afin qu’elle cesse de le subir? Ou vaut-il mieux se taire et la laisser continuer de se faire harceler, parce que conseiller la victime, ça équivaut apparemment à la blâmer?  Je comprends qu’il faut changer la société en s’attaquant à la base des mentalités, afin que l’on ne vive plus dans la culture du viol. Mais ce n’est pas prêt d’arriver.

Alors en attendant que ça arrive, on fait quoi?  On conseille et on passe pour une basse ordure (pour citer ma principale détractrice) ?  Ou bien on se tait, et ainsi, par notre silence, on devient automatiquement complice de l’agresseur?

La réputation injustifiée des soi-disant bons gars

Pour une fois, c’est dans le but de les défendre que je vais parler des soi-disant bons gars. Parce que, peu importe qui on est et ce que l’on est, personne ne mérite d’être affligé d’une réputation trompeuse, surtout si elle est négative. Et il se trouve que le soi-disant bon gars en a toute une, de réputation négative, qui est à l’extrême opposé de la vérité.

Situation classique : Le soi-disant bon gars aime une fille en secret. Il se comporte avec elle de façon totalement asexuée, il se prétend être son ami le plus proche, et la couvre de gentillesse et de cadeaux. Puis, la fille rencontre un mec qui, aux yeux du soi-disant bon gars, est un néandertalien plein de défauts qui ne la mérite pas, et il réagit en chialant que « Les filles disent vouloir un bon gars, mais dès qu’il y en a un qui la maltraite, elle va le récompenser en lui donnant du sexe! »
Conclusion logique : Les soi-disant bons gars sont des hypocrites qui se disent romantiques, alors qu’ils considèrent que les filles devraient leur donner du sexe en récompense d’être gentil avec elles.

L’image suivante provient de l’excellent blog BD de Mirion Malle qui dénonce exactement ça:


Je comprends pourquoi la majorité des filles en arrivent à cette conclusion. Mais voilà: Et si je vous disais que cette conclusion est erronée?  Si je vous disais qu’au contraire, le sexe n’est pas ce que les soi-disant bons gars désirent en premier dans la relation? Si je vous disais qu’ils ont plutôt tendance à s’auto-castrer? Enfin, si je vous disais en plus que c’est dans l’espoir de plaire aux filles qu’ils le font, me croiriez-vous? Probablement pas! Voilà pourquoi, comme d’habitude, je vais piger autant dans mes observations des autres que dans mes expériences personnelles afin de vous expliquer ce curieux phénomène.

Pourquoi le soi-disant bon gars chercherait-il à s’auto-castrer? Parce qu’à chaque fois qu’il entend des femmes parler du désir sexuel des hommes, c’est toujours pour s’en plaindre.  On en dit que  « La libido masculine fait de tout homme un obsédé, un pervers, un adultère.  La libido masculine fait de lui un gars qui ne pense qu’avec sa queue, qui ne voit les femmes que comme un orifice dans lequel se vider, et qui refuse de porter le condom, ce qui fait de lui un distributeur de maladies transmises sexuellement et/ou un irresponsable qui met une femme enceinte pour ensuite la planter là et fuir ses responsabilités.  La libido masculine est la raison pourquoi les femmes se font exploiter dans la porno, les bars de danseuses, la prostitution.  La libido masculine est à l’origine de tous les crimes contre les femmes et les enfants:  Les agressions verbales, la violence, le viol, l’exploitation et l’esclavagisme sexuel, la pédophilie. »  Devant un tel constat accusateur, le soi-disant bon gars ne peut qu’arriver à une conclusion: Toutes les femmes ont horreur du désir sexuel en général et de la libido masculine en particulier.  Donc, s’il veut plaire aux femmes, il doit réprimer en lui-même tout désir sexuel.

Les hommes ont donc cette réputation de ne vivre que pour le sexe.  Alors quand un gars déclare à une fille une flamme non-sollicitée et surtout non-réciproque, un des trucs qui vient en tête à la fille pour le repousser, c’est de lui  faire croire qu’elle n’aime pas du tout le sexe.  

Face à ceci, un gars normal va en arriver à l’une de ces deux conclusions :

  1. Ou bien elle lui raconte des conneries car elle n’ose pas lui dire clairement qu’il ne lui plait pas.
  2. Ou bien elle dit la vérité et il en sera quitte pour continuer à avoir une vie sexuelle constituée de séances solitaires de passe-poignet, même s’il est en couple avec elle, ce qui serait quelque peu ridicule.

D’une façon comme d’une autre, il est évident que la fille ne veut pas de lui. C’est suffisant pour qu’il laisse tomber.

Le soi-disant bon gars, par contre, ne va pas abandonner aussi facilement.  Ce n’est pas de l’obstination.  C’est juste que, pour les raisons citées plus haut, il croit sincèrement qu’aucune fille n’aime le sexe.  Alors même si la frigidité prétendue de la fille n’est qu’une excuse mensongère, il va y croire.  Et voilà pourquoi il arrivera à la conclusion que pour plaire aux filles, il faut être asexué.

On ne peut pas blâmer la fille de prétendre être frigide au lieu de lui dire les raisons réelles pourquoi il ne lui plait pas.  Comme je le dis dans un de mes vieux billets intitulé La difficulté de dire « Non merci! », il est beaucoup plus simple de servir une excuse bidon qui nous déresponsabilise, que de dire la vérité et mal paraître.  Alors si le soi-disant bon gars se fait juste servir l’excuse mensongère du dégoût du sexe par les filles qui ne veulent pas de lui, pourquoi croirait-il que c’est faux? Il pense donc que, pour les filles, les choses doivent se dérouler dans cet ordre: 

  1. Se rencontrer.
  2. Devenir amis.
  3. Devenir amis très proches.
  4. Devenir amoureux.
  5. Être en couple.
  6. Se désirer sexuellement.
  7. Faire l’amour parce qu’on est en amour.

Comme vous voyez, le soi-disant bon gars n’est pas assez cave pour croire que les filles vont détester le sexe pour toujours.  C’est juste qu’il pense que ce processus demande à la fille entre quelques mois et quelques années.  Il voit la sexualité comme étant l’accomplissement final logique de la relation qu’il a amorcé avec elle.  Une relation qui y aboutira éventuellement, pour peu qu’il réussisse à dépasser l’étape 3.

Et c’est comme ça que, quand la fille finit par avoir une relation normale avec un gars normal, le soi-disant bon gars ne comprends pas. Il la voit s’intéresser à un gars, sortir avec et/ou coucher avec lui alors que ça ne fait même pas un mois qu’ils se connaissent.  Évidemment, une fois la période « charme de la nouveauté / je suis conciliant dans le but de séduire » est passée, le naturel de la fille et de son nouveau mec remontent à la surface.  Ils commencent à se connaître vraiment, et c’est là que les incompatibilités surgissent.  Mais bon, la relation est déjà amorcée, alors ils continuent d’être en couple et de coucher ensemble.  Pendant ce temps-là, la fille se plaint de tel ou tel truc en espérant que son mec change pour le mieux, ce qui n’arrive pas toujours.  Le soi-disant bon  gars s’étant taillé une place auprès de la fille en tant qu’ami proche et confident, c’est donc à lui qu’elle se confie de ses déceptions de couple. 

Et voilà ce qui amène le soi-disant bon gars à frustrer.  Le fait qu’elle sorte avec un gars sans qu’ils aient d’abord eu à apprendre à se connaître à fond, le fait qu’elle couche avec sans qu’il ait eu à attendre des mois ou des années, le fait qu’elle se plaint de lui mais continue à l’aimer / être en couple /coucher avec lui, ça dépasse l’entendement du soi-disant bon gars.  Et voilà pourquoi, dans son incompréhension, il ne peut qu’en arriver qu’à la conclusion suivante: « Alors c’est ÇA que ça prend pour qu’une fille ait envie de sexe?  Il faut la maltraiter?  Sois gentil avec elle et elle te friendzone, mais agis en salaud et elle te récompense avec du sexe? »

Pourquoi est-ce que le soi-disant bon gars associe t-il sexe avec récompense?  C’est tout simple:  Aux yeux du bon gars…

  • Un gars qui est salaud avec les filles mérite d’être puni pour son comportement.  Et la punition appropriée dans ce cas-ci, c’est: Ne recevoir ni amour ni sexe de la part des filles.
  • Si la fille se plaint du gars, alors le gars est un salaud.
  • Malgré le fait qu’elle s’en plaint, elle continue de sortir et coucher avec lui.
  • Recevoir de l’amour et du sexe est-il une punition pour un gars? Bien au contraire.
  • Donc, techniquement, si c’est le contraire d’une punition, alors c’est une récompense.  

Si le soi-disant bon gars s’en plaint, ce n’est pas parce que son but dès le départ était de recevoir du sexe en récompense pour sa gentillesse.  C’est plutôt parce qu’il est sous le choc de voir que le comportement de la fille entre en contradiction totale avec tout ce qu’elle a toujours prétendu être, ce qui le fait passer par toute une gamme d’émotions négatives: Sentiment de trahison, d’avoir été trompé, colère,  révolte … Et en constatant que la majorité des filles vivent leurs amours et leur sexualité de la même façon que son amie avec son mec, il en vient à la conclusion que  « Les femmes, c’est toutes des salopes! »  Non pas parce qu’elles le sont vraiment, mais bien parce qu’il a commis l’erreur de mettre les femmes sur un piédestal de sainteté et de pureté trop irréaliste pour être vrai.

Et voilà!  Ceci n’excuse évidemment pas le comportement négatif des soi-disant bons gars envers les filles.  Mais ça l’explique.

 


Quelques exemples antérieurs des comportements dont je parle dans ce billet:

Filles utilisant la fausse frigidité comme excuse pour tenir le gars à l’écart:

Dans Salomé, portrait d’une sociopathe, le 18e paragraphe raconte comment elle m’a fait accroire être peu portée sur le sexe.  Un mois plus tard, et pour les années à venir, elle s’est au contraire montré très active sexuellement avec les autres hommes, ne ressentant avec eux aucun des blocages qu’elle me disait avoir.

Dans le paragraphe On ne peut pas l’être et le faire situé au milieu de mon billet Mieux vaut se taire que de dire des niaiseries, je parle de cette fille avec qui j’ai eu une relation de couple platonique pendant plus de deux ans, car elle considérait que la sexualité allait prendre la place des sentiments et de l’amitié.  Elle a fini par m’expliquer, après la rupture, qu’en réalité, tout ce temps-là, elle espérait que le manque de sexe me pousse à mettre fin à la relation.  Dans sa relation suivante, ils sont rapidement passés au lit et leur couple a duré trois an et demi.

Gars qui s’auto-castre en croyant sincèrement que tel est ce que recherchent les filles:

Dans le premier billet de la série Comment le fait d’être un bon gars a ruiné ma vie sociale, amoureuse et sexuelle, je raconte comment je suis resté totalement asexué dans le lit d’une fille qui m’avait invité chez elle « en tant qu’ami seulement », et ce peu importe les signes qu’elle me donnait par la suite comme quoi elle voulait plus que ça.

Dans le second billet, une fille m’intéresse, mais dès que j’apprends qu’elle a couché avec un autre, elle est automatiquement devenue une salope à mes yeux et je n’en voulais plus dans ma vie, même pas en tant qu’amie.

Et dans le 3e billet, je suis très bon ami avec une fille qui m’intéresse mais qui est en couple, bien qu’elle m’ait dit qu’elle ne l’aime plus.  Lorsqu’elle s’est offerte à moi, je n’ai vu la chose que comme un écart de conduite de sa part, et j’ai très sincèrement cru qu’elle me serait reconnaissant plus tard que je lui dise non.

Le sexe en guise de récompense:

Dans le billet Un rendez-vous traumatisant, je raconte comment la fille n’a pas cessé de m’insulter et de me rabaisser tout le long de notre rencontre. À la fin de la soirée, elle m’invite chez elle.  Refusant de récompenser son attitude de merde en lui donnant du sexe, je décline.  Sa réaction de frustrée renforce ma conviction comme quoi j’ai bien fait.

Le Questionnaire Landru: Êtes-vous dans une relation abusive?

D’habitude, je ne publie pas sur mon blog des textes qui ne sont pas les miens.  Mais pour la seconde fois en cinq ans, je vais me le permettre, puisque c’est pour une bonne cause.  Il s’agit d’un test qui, à l’origine, n’avait pas de nom, et que j’ai baptisé Le Questionnaire Landru la première fois que je l’ai mis sur le net en 1998.

Pourquoi le nommer « Landru »?
Henri-Désiré Landru (1869-1922) est un célèbre tueur en série et criminel français.  Cet homme avait beaucoup de charme, qu’il utilisait afin de séduire de nombreuses femmes. 

Beau parleur, il fait signer à ses victimes des procurations lui permettant ensuite de faire main basse sur leurs comptes bancaires. Il ne lui reste plus qu’à les tuer et à faire disparaître les corps.  La célébrité que lui apportera son procès aura comme répercutions que la majorité des Landru changeront leur nom en Landry ou en Landré. (C’est du moins ce que j’ai entendu Bruno Landry dire en entrevue.)

En 1995, alors que je suis étudiant au cégep André-Laurendeau, il s’y déroule une semaine de la prévention contre la violence.  On y retrouve divers kiosques, chacun s’occupant d’un genre de violence en particulier: Violence faite aux enfants, violence des gangs de rues, violence raciste, etc.  Je m’arrête devant celui de la violence domestique.  Je regarde les pamphlets empilés sur la table et j’en prend un.  Il s’agit d’un questionnaire qui présente une liste de 30 situations:

1 –Votre conjoint(e) entretient-il/elle directement ou indirectement des menaces…

  • qu’en cas de rupture, il/elle pourrait vous ruiner?
  • qu’il/elle a la possibilité de déposer une plainte contre vous auprès de la police en vous accusant d’être un parent inadéquat ou un conjoint(e) violent(e)?
  • qu’en cas de rupture, votre relation avec vos enfants pourrait être menacée?
  • qu’il/elle pourrait vous discréditer auprès de votre famille, vos enfants, votre employeur, vos amis, votre thérapeute?
  • qu’en cas de rupture, il/elle obtiendrait la collaboration des membres de son entourage pour vous affronter?


2 –Votre conjoint(e) vous a-t-il/elle déjà frappé, tenté ou menacé de le faire avec ou sans objet contondant?

3 –Votre conjoint(e) a-t-il/elle déjà endommagé ou menacé d’endommager des objets auxquels vous tenez?

4 –Votre conjoint(e) a-t-il/elle déjà mis dans une situation difficile en vous entraînant dans une dispute au moment où vous aviez quelque-chose d’important à faire?

5 –Votre conjoint(e) a-t-il/elle déjà contraint à faire une dépense qui ne vous convenait pas, en utilisant votre bien-être ou celui de vos enfants comme argument pour vous y contraindre?

6 –Votre conjoint(e) vous menace-t-il/elle de s’intéresser à un autre partenaire sexuel, vous invite-t-il/elle à « aller voir ailleurs », parle-t-il/elle souvent de partenaires qu’il/elle a connu dans le passé, de ceux qu’il/elle souhaite avoir dans l’avenir ou de ceux qu’il/elle aurait souhaité avoir?

7 -Votre partenaire vous menace-t-il/elle de vous quitter, répète-t-il/elle qu’il/elle serait mieux sans vous ou évoque-t-il/elle souvent une rupture éventuelle?

8 –Votre partenaire utilise-t-il/elle la sexualité ou la privation de relations sexuelles pour sanctionner vos comportements?

9 -Si votre sexualité n’est pas ce que vous souhaiteriez qu’elle soit…

  • votre conjoint(e) vous en fait-il/elle porter seul la responsabilité?
  • votre conjoint(e) tente-t-il/elle de vous empêcher de vous satisfaire?


10 –Votre conjoint(e) vous discrédite-t-il/elle au sujet de questions qui vous sont chères ou qui touchent votre identité? (travail, enfants, habillement, loisirs, etc.)

11 –Votre conjoint(e) voit-il/elle d’un mauvais oeil que vous entreteniez des relations avec vos proches? Votre famille, vos enfants, vos amis, vos collègues?

12 -Vos conversations avec votre conjoint(e) sont-elles laborieuses, insatisfaisantes et stériles?

13 -Votre conjoint(e) menace-t-il/elle de se suicider, afin de vous contrôler?

14 –Votre conjoint(e) vous reproche-t-il/elle de vous plaindre de lui auprès de tiers? Vous rapporte-t-il/elle des propos défavorables d’autrui à votre endroit?

15 -Votre conjoint(e) refuse-t-il/elle vos propositions de participer aux tâches ménagères alors qu’il/elle se plaint que vous ne faites pas votre juste part et que vous le traitez comme un domestique?

16 -Avez-vous parfois l’impression que votre vie est inutile? Entrevoyez-vous votre décès éventuel comme une libération? Avez-vous déjà pensé à la meilleure façon d’en finir? Entrevoyez-vous la possibilité de ne pas faire soigner une maladie grave dont vous seriez éventuellement atteint?

17 –Lorsque vous avez prévu participer à une fête de famille ou à une activité impliquant des tiers, êtes-vous incertain, jusqu’au moment de l’événement, que votre conjoint(e) vous y accompagnera?

18 –Avez-vous l’impression qu’une crise menace d’éclater, que vous pourriez, sans le savoir, dire ou faire quelque-chose qui pourrait provoquer une crise, ou que votre vie est une suite de crises?

19 -Votre conjoint(e) a-t-il/elle l’habitude de quitter ou de menacer de quitter la pièce au moment où vous tentez d’avoir une conversation avec lui/elle?

20 –Avez-vous l’impression qu’avec votre conjoint(e), vous n’avez jamais raison?

21 –Est-ce que vos conversations aboutissent souvent en dispute?

22 –Est-ce que votre conjoint(e) vous « fait la leçon? »

23 –Est-ce que votre conjoint(e) vous insulte?

24 –Avez-vous l’impression qu’avec votre conjoint(e), il y a de nombreux sujets qu’il vaut mieux ne pas aborder?

25 -Votre conjoint(e) respecte-t-il/elle votre volonté quand vous demandez de mettre fin à une conversation qui ne mène nulle-part?

26 -Votre conjoint(e) vous pose-t-il/elle des questions sans vous laisser le loisir d’y répondre, sans s’intéresser à votre réponse, ou sans en tenir compte?

27 -Votre conjoint(e) vous pose-t-il/elle des questions qui sont formulées de telle sorte qu’elles sont des affirmations déguisées?

28 –Votre conjoint(e) vous accuse-t-il/elle injustement d’avoir des comportements que vous n’avez pas, d’avoir des défauts que vous ne reconnaissez pas, d’avoir des intentions que vous n’avez pas?

29 –Avez-vous l’impression qu’au moment de prendre une décision (le choix des activités de vacances, l’aménagement de la maison, le menu d’un repas,) votre suggestion ne vaut que si elle convient à votre conjoint(e) et que la réciproque ne vaut pas?

30 –Avez-vous l’impression que votre conjoint(e) sait où vous êtes et ce que vous faites à tout moment?

Si vous avez coché quatre situations ou plus, alors vous êtes victime de violence domestique. Vous devriez considérer la possibilité d’obtenir de l’aide d’un conseiller. Il pourrait être utile d’en discuter avec un ami en qui vous avez confiance, un psychologue, un travailleur social du CLSC, un médiateur attaché au Palais de justice, un membre du clergé ou un membre de votre famille. Il n’y a aucune honte à demander de l’aide, au contraire. Assurez-vous cependant que votre volonté de trouver une solution à l’impasse dans laquelle vous vous trouvez est partagée par votre conjoint(e). Si tel n’est pas le cas, vous devriez considérer la possibilité de quitter cette personne abusive.

À l’origine, le questionnaire était exclusivement masculin, ne parlant que de conjoint violent.  Si je l’ai modifié afin de le rendre unisexe, c’est parce qu’à l’époque, alors que je vivais avec Kim, la mère de mes enfants, j’ai constaté qu’elle me faisait subir 22 de ces 30 situations. (Celles, dans ce questionnaire, précédées d’un chiffre en noir gras, si vous êtes curieux.) Réalisant que ces comportements pouvaient aussi bien se retrouver chez l’homme que la femme, il me semblait logique, et beaucoup plus productif, de le multigenrer.  Et si j’ai donné à ce test le nom d’un homme violent, c’est tout simplement parce que, comme je dis plus haut, plus personne ne s’appelle ainsi.  Je ne risque donc pas de froisser qui que ce soit.

Ceci dit, pas besoin de faire un long test pour déterminer si on est dans une relation abusive ou non.  Vous n’avez qu’à penser à la façon dont votre partenaire vous traite actuellement.  Cette personne se comportait-elle de la sorte envers vous lorsqu’elle vous a séduite?  Si la réponse est non, et que les changements ne sont que négatifs, alors déjà là, il y a lieu de remettre son couple en question.

Les dommages collatéraux de l’auto-importance démesurée (7e partie)

Je descends du bus qui me ramène près des résidences étudiantes où j’habite. Cet après-midi de printemps 1997 a beau être ensoleillé, mon humeur est sombre.  Mon âme est imprégnée d’une frustration sans bornes. Toutes mes pensées vont dans le même sens, soit la constatation que la société fonctionne sur des standards aberrants, dans lesquels le respect ne va qu’aux salauds, les récompenses ne vont qu’aux fauteurs de trouble, tandis que les gens irréprochables ne reçoivent que mépris, et que les bons gars se font toujours rejeter.  Je viens d’en avoir la preuve flagrante: Durant les trois dernières semaines, pour autant que le boss le sache, Allen a laissé son désir de vengeance le pousser à gâcher toute la réserve de brioches, à lui mentir au sujet de mon dossier judiciaire, à entrainer la serveuse à lui mentir au sujet de mon diplôme, et à lui causer pour près de $700.00 en pure pertes.  Et qui est-ce que le boss a flanqué à la porte pour ça? Moi, contre qui il n’a aucune preuve d’avoir quoi que ce soit à reprocher.

Depuis le début de cette (més)aventure, j’utilise le method acting popularisé dans les années 50 par mes idoles du moment, Dean et Brando: Sans pour autant croire moi-même à mes propre mensonges, je sais très bien que je n’arriverai à convaincre personne de ma sincérité si je n’agis pas comme si c’était vrai.  Voilà pourquoi je vis à plein la réalité de cette situation, et que je ressens les émotions de rage et de frustration qui viennent avec.  Techniquement, Allen n’est pas vraiment coupable de tout ça, puisque ce sont les fruits de mes propres manigances.  N’empêche que ça, ils ne le savent pas, alors du point de vue du boss, il est indéniable que je suis innocent et que Allen est coupable. Donc, c’est tout comme. Par conséquent, le fait que ce soit moi et non lui qui ai été renvoyé, c’est inacceptable. C’est un congédiement abusif!  Ou, ce que dans le jargon légal on appelle un congédiement sans cause juste et suffisante.

… Et si c’est un congédiement abusif, ça vaut dire que je suis dans mon droit de déposer plainte.  À peine suis-je entré chez moi, je m’empare du téléphone et appuie sur le zéro.  Je demande, reçois et prends en note le numéro de la Commission des Normes du Travail du Québec.

Tandis que je compose leur numéro, j’ai comme un doute sur le bien fondé de ce que je m’apprête à faire.  Est-ce que je ne vais pas un peu trop loin avec toute cette histoire?  Est-ce que le patron du Dunkin mérite vraiment de se retrouver avec une poursuite judiciaire de ma part alors que, dans le fond, il n’a jamais eu rien à voir dans ma guerre contre Allen?  Ma frustration a tôt fait de balayer ces considérations.  D’abord en me répétant que c’est exactement ce que je devrais faire si la situation était réelle.  Et puis, j’ai réussi à pousser Allen à démontrer de ses véritables traits de caractères négatifs,  tels le fait qu’il provoque les employés avec son arrogance, qu’il est prêt à faire n’importe quoi pour mettre les autres dans le trouble, qu’il n’hésite pas à mentir, et qu’il devient potentiellement violent dès qu’il est frustré.  Ça aurait dû compter pour quelque chose.  Hélas, le boss a choisi de prendre le parti d’Allen.  Il a choisi d’approuver ses agissements immoraux et illégaux, et par conséquent d’en devenir le complice.  C’était à lui de ne pas le faire.  Il n’aura personne d’autre que lui-même à blâmer pour les problèmes que ses mauvais choix lui auront rapportés.

L’employé de la Commission me dit deux choses qui s’avèrent décevantes. La première: Si c’est vrai qu’Allen m’a fait des menaces de voies de faits, ce n’est pas un cas de normes du travail mais bien de Justice.  Si je veux intenter quoi que ce soit contre lui, il faudrait que ce soit en Cour.  Hélas, même si ce fut devant témoin, le témoin en question est également celui contre qui je cherche à porter plainte aux Normes du Travail.  Il serait donc très étonnant qu’il coopère en disant la vérité contre Allen pour me rendre service.

Ensuite, si je dépose plainte contre le boss, il y aura enquête, sauf que mes dires seront très difficile à prouver.  Ce sera un cas de ma parole contre la sienne.  Et même si je gagne, oui, il devra payer une amende.  … Sauf que ce n’est pas à moi qu’il devra la verser, mais bien aux Normes du Travail.  Eh oui, c’est moi qui a tout subi, et c’est eux qui s’emparent de toute compensation qui devrait moralement me revenir.  Tout ce qu’ils peuvent faire pour moi, c’est forcer le patron à me reprendre à son emploi.

Le problème, c’est que je ne veux pas retourner travailler là.  Je n’ai jamais voulu travailler là.  Je le dis depuis le début, que je considère que de travailler dans un Dunkin, ça équivaut pour moi à une régression morale, sociale et intellectuelle, et que je n’y étais que parce que je n’avais pas le choix, parce que j’attendais mieux.  Je raccroche, totalement désabusé, déçu de ce système impuissant à m’aider à obtenir justice.

Pour me consoler, je décide qu’il est temps que je cesse de faire comme si.  Je  me dis qu’au moins, puisque tout n’était que manigances de ma part, je ne suis pas vraiment victime.  Qu’au moins, j’ai réussi à démontrer à Allen et au boss que leurs positions ne les rendaient pas intouchables.  Et que si quelqu’un comme moi, un petit moins que rien à leurs yeux, a réussi à leur causer des ennuis moraux, financiers et matériels pendant trois semaines, sans qu’ils puissent prouver quoi que ce soit contre moi, c’est qu’au bout du compte, ce sont eux, les losers.  Et puis, j’étais trop bien pour cet endroit.  Il est évident qu’une place qui se complait à n’accueillir que délinquants, incultes, inéduqués et criminels, ça se retrouve désemparé face à quelqu’un comme moi, honnête, intelligent, diplômé.  Je vaux beaucoup mieux qu’eux, employés tout comme patrons.

… Ou du moins, c’est ce que j’essaye très fort de me convaincre moi-même.  Hélas, tout mes efforts pour m’en faire accroire ne peuvent tout à fait taire ma conscience qui connait la vérité.  Et cette vérité, c’est que, peu importe comment je retourne la situation afin de me faire bien paraître, ça ne change rien aux faits.  Et ces faits sont:

Allen ne s’est jamais trompé dans sa commande. C’est moi qui suis allé dans son bureau lui voler une feuille de commande et qui l’a refaite en y mettant délibérément une erreur.  S’il a fallu que je fabrique moi-même de toute pièce une preuve de son incompétence, c’est bien la preuve qu’au contraire il n’a jamais été incompétent à son travail.

Ce n’est pas Allen qui a choisi de gâcher la réserve de brioches afin de me faire paraitre mal aux yeux du boss. C’est l’inverse, parce que c’est moi qui voulait tirer profit de démolir sa réputation. Une des définitions du vol, c’est de prendre quelque chose qui ne nous appartient pas et l’enlever à son propriétaire légitime pour notre propre profit.  Dans cette optique, ce que j’ai fait avec les brioches, c’est du vol.

Et la partie la plus difficile à reconnaitre pour mon orgueil: Ça signifie qu’Allen avait raison à mon sujet, depuis le début, lorsqu’il a dit que si je m’obstinais à lui mentir à ce point-là pour quelque chose d’aussi anodin que se laver les mains, alors j’avais ce qu’il faut pour être un voleur.  J’ai beau me défendre en me disant que c’est son attitude qui m’a provoqué, qui m’a poussé à faire de ses paroles une prophétie auto-réalisatrice, n’empêche que je ne l’aurais pas fait si je n’avais pas eu en moi le potentiel d’en être un.

Lorsque quelqu’un est trop loser pour accumuler les réussites, il compense en se montrant le plus irréprochable possible.  Pour ces gens-là, le pire affront que tu puisse leur faire, c’est d’avoir raison en leur faisant un reproche.  C’est mon cas!  Pour mon Ego, me faire reprocher par Allen de ne pas m’être lavé les mains alors que j’avais vraiment négligé de me laver les mains, c’était un crime de sa part.  Un crime qui demandait les pires punitions.  Un crime qui justifie de  faire passer Allen pour un incompétent, qui justifie que je falsifie sa feuille de commande, qui justifie que je gâche toute la réserve de brioches, qui justifie de mettre en péril sa relation avec le patron, qui justifie de brouiller sa relation avec son amante, qui justifie de manipuler le boss à lui faire perdre son emploi, qui justifie que notre boss se retrouve à être celui qui doit assumer les coûts des dommages collatéraux de cette guerre que je m’acharnais à mener contre Allen, et non l’inverse. Qui justifie même que je cause des problèmes au Dunkin pouvant obliger le boss à fermer boutique, et à donner un casier judiciaire à Allen qui le suivra toute sa vie.  Tout ça parce qu’il a commis le crime d’avoir eu raison en disant que je ne me suis pas lavé les mains. C’est dire à quel point mon sens de l’auto-importance pouvait être démesuré.

Et la plus grande ironie, c’est que j »ai mis beaucoup d’efforts à faire passer Allen pour un incompétent alors que c’était moi l’incompétent.  J’ai mis beaucoup d’efforts à faire passer Allen pour un hypocrite alors que c’était moi l’hypocrite. J’ai mis beaucoup d’efforts à faire passer Allen pour la source de conflit alors que c’était moi la source de conflit.  J’ai mis beaucoup d’efforts à faire passer Allen comme étant celui qui a causé pour $700.00 de pertes au commerce, alors que c’était moi qui a causé ces pertes.  J’ai mis beaucoup d’efforts à faire passer Allen pour un harceleur alors que c’était moi les harcelait, autant Allen que le boss, même si c’était de façon aussi subtile que détournée.  Et surtout, j’ai mis beaucoup d’efforts à faire passer Allen pour un menteur alors que c’était moi le menteur.

D’accord, sur ce dernier point, oui, Allen a menti, lorsqu’il m’a dit qu’il avait vérifié mon diplôme auprès de la commission scolaire.  Mais voilà, son mensonge était un coup de bluff dans le but de sauver le commerce.  Tandis que dans mon cas, mes mensonges étaient dans le but d’y causer des problèmes.  On peut donc comprendre pourquoi le seul et unique mensonge d’Allen était plus acceptable que tous les miens.

Les bullies, ces grosses brutes lâches, s’attaquent toujours aux innocents plus petits et plus faibles qu’eux.  Mais moi, en m’attaquant à Allen, l’assistant gérant, le Warrior de la crise d’Oka, le gros musclé à forte personnalité devant qui tout le monde s’écrase, je tirais grande vanité à être un justicier fort et courageux. Mais dans les faits, cette aventure m’a plutôt mis à jour ma propre lâcheté.  Parce qu’au lieu d’affronter Allen moi-même, j’ai préféré manipuler son supérieur hiérarchique à le punir.  Et puisqu’il n’avait aucune raison de le faire, je lui en ai fabriqué, des raisons, en m’arrangeant pour lui faire perdre de l’argent.  C’est ça que je considère comme étant de la justice?

Et ça, ça veut dire que le patron a eu raison de me renvoyer. Parce que dans les faits, le seul et unique coupable, c’est moi.  Ça n’a jamais été Allen ni personne d’autre. Dans de telles conditions, comment est-ce que je peux encore affirmer que je vaux mieux que tous les criminels inéduqués à son emploi?  Aucun d’entre eux n’a jamais réussi à lui créer autant de problèmes et à lui coûter autant d’argent que moi.

D’accord, Allen est arrogant.  Mais depuis quand est-ce un crime? Si j’avais mis autant d’efforts dans mon travail que j’en ai mis dans ma tentative de saboter le sien, j’aurais probablement pu monter en grade par mes propres mérites.  Il n’y a pas de mal à tenter de se faire valoir.  Sauf que, quand la seule façon que l’on choisit pour le faire, ce n’est pas en se montrant meilleur que les autres mais bien en tentant de prouver par tous les moyens que les autres sont pires que soi, ça en dit long sur ce que l’on vaut vraiment à nos propres yeux.  Je suppose que, histoire de compenser ou par réflexe de survie, plus notre estime de soi est basse, et plus on veut se prouver le contraire à chaque occasion qui passe.  Ça expliquerait pourquoi j’attachais une importance aussi capitale au fait que je ne voulais pas qu’Allen me prenne en défaut d’incompétence, même quand cette incompétence était une chose aussi anodine qu’un lavage de mains.

Et depuis quand est-ce que mon but est de monter en grade au Dunkin?  Je n’ai jamais voulu la place d’Allen.  Je voulais juste qu’il la perde.  Pas vraiment les meilleures motivations pour réussir dans la vie.

C’est ce que j’appelle le paradoxe du soi-disant bon gars.  C’est ne pas hésiter à poser les gestes les plus négatifs, commettre les actes les plus aberrants, les plus malhonnêtes, les plus cruels, dans le but de démontrer aux autres à quel point l’on est parfait, irréprochable et bon.

Ce qui démontre que, dans le fond, que ce soit en société comme au travail, en amitié comme en amour, le pire des gars qui soit, c’est trop souvent le soi-disant bon gars.

Et voilà pourquoi j’ai si longtemps fait comme si ces trois mois de ma vie ne s’étaient jamais produit. Parce que, durant cette courte période de mon existence, tout ce que j’ai fait, c’est démontrer ma vraie nature, soit susceptible, orgueilleux, prétentieux, menteur, hypocrite, revanchard, lâche, manipulateur, voleur, comploteur, fomenteur, et surtout égocentrique à la limite du sociopathe. C’est une chose de changer pour le mieux, c’en est une autre de reconnaître que l’on a d’abord été aussi pire.

Les dommages collatéraux de l’auto-importance démesurée (6e partie)

Bien que je suis surpris de m’être ainsi fait prendre, j’arrive néanmoins à improviser à mon patron une explication logique pour tout:

MOI: Au sujet de la feuille de production, c’est tout simple: Je l’ai gardée au cas où on me demanderait des explications, puisque j’avais moi-même de la difficultés à croire que Allen voulait vraiment quinze douzaines de brioches.  Pour ce qui est de la question si j’ai ou non un dossier judiciaire, j’ai déjà travaillé à trois autres Dunkins avant celui-ci.  Puisque le staff a toujours été majoritairement composé de délinquants et de repris de justice, j’ai l’habitude que les gérants me posent la question. C’était donc normal que je m’attende à ce que vous me la posiez, donc que je sache quoi vous répondre.  Enfin, pour ce qui est de mon diplôme, c’est tout simplement parce que je n’ai jamais pris la peine d’enlever de mon sac les documents et les CV que je trainais avec moi quand je me cherchais une job, voilà tout!

Le boss me regarde, pas tellement l’air convaincu.

BOSS: T’as toujours réponse à tout, toi, hm?
MOI: Ben là, les faits sont les faits.  Qu’est-ce que je suis supposé vous répondre d’autre?

Le boss utilise une technique classique des désespérés trop orgueillieux pour reconnaitre leurs torts : Tenter de m’ébranler en me posant une question assez floue pour que je ne puisse pas savoir quoi répondre.

BOSS: Qu’est-ce que t’es venu faire ici, au juste?

Pour éviter ce piège grossier, j’opte pour jouer au naïf de bonne foi.

MOI: Ben, c’est vous qui m’avez convoqué dans votre bureau.
BOSS: Ne me fais pas parler pour rien.  Tu l’sais ce que je veux dire.  Pourquoi t’es ici?
MOI: Ben, c’est vous qui cherchiez un pâtissier, non?
BOSS: Oui! Mais tu pouvais faire application n’importe où.  C’est quoi ton but d’être ici?
MOI: Ben, comme tout l’monde: Pour avoir un salaire, parce que ça prend de l’argent pour payer un loyer pis se nourrir.  C’est pourtant simple.

Le patron ne semble pas dupe de mes faux airs de naïveté, même que ça l’énerve.  Je ne lâche pas mon bout pour autant.

BOSS: Bon, si tu continues à vouloir me faire perdre mon temps à niaiser…
MOI: Ben là, qu’est-ce que vous voulez que je vous réponde? C’est sûr que je pourrais vous dire un truc dans le style de: « Je suis venu travailler dans un Dunkin Donuts parce que mon but dans la vie est de contribuer au monde de la pâtisserie en produisant les meilleurs beignes possibles. »  Je pourrais! Mais ça, ça va sonner aussi faux que si je répondais « Je suis perfectionniste » à la question « Nomme-moi ton pire défaut. »  Parce que soyons franc: Du monde dont le plan de carrière va se limiter à être pâtissier dans un Dunkin, moi personnellement, j’en ai jamais rencontré.  Comprenez-moi, je n’ai rien contre cette job-là! La preuve, c’est que ceci est le 4e Dunkin dans lequel j’ai travaillé.  Alors la seule autre chose que je peux répondre à votre question, c’est « Si je suis venu travailler dans un Dunkin Donuts, c’est parce que j’ai de l’expérience en tant que pâtissier au Dunkin Donuts! »  Si ça ne vous suffit pas, alors pour être parfaitement honnête, je ne sais vraiment pas quoi vous dire de plus pour vous satisfaire.

Avoir l’air innocent, montrer que l’on fait des efforts pour répondre de bonne foi, il n’y a rien de mieux pour démontrer que notre interlocuteur est une personne floue, déraisonnable, voire paranoïaque.  Voyant que le sujet a frappé un cul-de-sac de mon côté, le boss précise sa pensée.

BOSS: Ces dernières semaines, à chaque fois qu’il y a eu un problème dans mon commerce, tu y étais toujours mêlé. Tu comprendras que c’est normal que je me me demande pourquoi.

Une occasion de m’expliquer et ainsi de reporter toute la faute sur Allen et sa personnalité de merde?  Je ne demande pas mieux.  Je lui raconte donc l’incident du savon dans les détails.

MOI: … Et c’est après ça qu’il a commencé à me faire l’air bête, ce qui fait que le lendemain il refusait de me parler quand je lui ai demandé des précisions au sujet du nombre de brioches qu’il m’a demandé de faire.  Et c’est à cause de ça que le stock de brioches a été perdu.  Mais comme il est trop orgueilleux pour reconnaitre quand il est dans l’erreur, il essaye de se revenger.  Il essaye de me causer des problèmes en essayant de vous faire accroire que j’ai un dossier judiciaire, ce qui est faux.  Et puisque c’est faux, il passe pour le menteur qu’il est.  Et puisque son orgueil ne le prends pas, il essaye de vous conter une autre menterie, soit que j’aurais falsifié mon diplôme.
BOSS: Non, justement! Le diplôme, ce n’est pas lui.

Cette réponse était prévisible, aussi l’ais-je prévue.

MOI: Ah non? C’est pas lui qui a essayé de vous faire croire ça? C’est qui d’abord?
BOSS: C’est pas important!
MOI: Ben moi, la seule autre personne que je peux voir qui aurait fait ça, c’est la caissière.  J’veux dire, tout l’monde sait qu’ils couchent ensemble. S’ils sont amants, c’est évident qu’elle dirait n’importe quoi pour l’aider dans ses manigances contre moi.  En tout cas, si vous voulez pas me dire c’est qui, libre à vous.  Mais si c’est vraiment elle, alors on ne peut vraiment pas dire que c’est crédible comme source, puisque c’est la blonde de celui qui ment pour me causer du tort.

Ce n’est pas par hasard si c’est à elle que j’ai choisi de raconter mon histoire de faux diplôme.  Autant il me fallait une personne qui aurait une bonne raison de vouloir me dénoncer au gérant et à son assistant, autant il fallait que cette personne ait une crédibilité que l’on puisse aisément démolir.  Grâce à sa situation d’amante d’Allen, cette fille possédait ces deux critères.

MOI: Donc, dans le fond, le problème que l’on a ici, c’est un assistant-gérant qui est tellement arrogant et orgueilleux qu’il ne peut pas s’empêcher de tout faire pour me créer des problèmes, incluant mentir, ce qui non seulement va a l’encontre de la politique d’emploi ici, ça vous cause des problèmes à vous.  Vous comptez faire quoi avec ça?

Et voilà comment on prends le contrôle de la situation!  En une seule tirade, je passe de suspect qui a à répondre de ses actes, à celui qui est dans son droit de demander des compte. J’ai apporté tellement d’arguments pertinents que le boss n’a pas le choix: Ou bien il est d’accord avec moi, ou bien il passe pour un cave.  La preuve que je l’ai déstabilisé dans sa mauvaise foi, c’est qu’au lieu de me donner une réponse, il pose une question.

BOSS: Tu suggères quoi, là? Que je le mette à la porte et que je te mette à sa place?

Encore dans ma naïve vingtaine, je crois bêtement que son offre est sincère.  J’attrape à deux mains la perche que je crois qu’il me tend.

MOI: Pourquoi pas? Je ne peux certainement pas faire pire que lui a fait ces dernières semaines.

Le boss détourne la tête avec un sourire, comme si je venais de dire une connerie.

BOSS: Est-ce que tu sais faire de la comptabilité?
MOI: Non, mais j’apprends vite.
BOSS: Le simple fait que tu me dises ça démontre que tu n’y connais rien.  Ça prends des années d’études et un diplôme en comptabilité avant de pouvoir s’occuper des finances d’un commerce.  Allen il l’a, lui, ce diplôme.

Bon! Je ne m’attendais pas à ça.  Il revient à la charge.

BOSS: Sinon, est-ce que tu as un véhicule?
MOI: Non!
BOSS: Parce que Allen en a un, lui, et ça lui permet d’aller chercher du stock pour la cuisine quand y’en manque.  As-tu ton permis de conduire, au moins?
MOI: Oui!
BOSS: Un classe 3?
MOI: Non, un classe 5.
BOSS: Ça, ça veut dire que tu ne peux pas conduire le camion de la compagnie.  Autrement dit, tu ne pourras jamais faire de livraisons.  Allen, il peut, lui.

Irrité de me faire morigéner de la sorte, je décide de l’accuser de mauvaise foi, en déguisant la chose sous forme de question.

MOI: Est-ce que vous êtes en train de me dire que votre offre de le remplacer, ça n’a jamais été sincère?

Ça a l’effet excompté car c’est en levant un peu le ton qu’il répond:

BOSS: Ce que je suis en train de te dire, c’est que sa job, t’as pas c’qu’y faut pour la faire.  Lui, oui.

Il est difficile pour mon orgueil de devoir admettre qu’Allen puisse m’être supérieur dans tant de domaines, ce qui le rend plus indispensable que moi dans ce travail.  J’essaye donc de miner son utilité en me basant sur autre chose.

MOI: Et tout ça, ça lui donne le droit d’être arrogant avec les employés, comme il l’a été avec moi avec l’histoire du savon?
BOSS: Il faisait uniquement sa job.  C’est à lui de vérifier si les employés respectent les règles d’hygiène.
MOI: Ouais, les règles d’hygiène qu’il ne respecte même pas lui-même, puisqu’il ne se les avait pas lavées, ses mains, lui.
BOSS: Il n’avait pas à le faire. Allen n’est pas pâtissier, c’est l’assistant gérant. Son travail ne l’amène pas à préparer et manipuler la nourriture, lui.

Oups! Je n’y avais pas pensé, à celle-là.

MOI: Je veux bien croire, mais il n’avait pas d’affaire à essayer de me prendre en défaut en faisant son p’tit baveux avec moi.  Pensez-vous vraiment que c’est une bonne idée, de se mettre les employés à dos avec ses airs supérieurs et son attitude qui fait chier le peuple?

Le boss frappe son bureau, comme si j’avais dit exactement la chose qu’il attendait.

BOSS: OUI, justement! Tu l’as dit toi-même: Au Dunkin, les employés sont majoritairement des délinquants et des repris de justice.  Et crois-moi, ça fait assez longtemps que j’en emploie pour savoir que c’est pas le genre de monde avec qui ils faut rester courtois.  Eux-autres, la politesses, ils voient ça comme une faiblesse.  Il faut leur montrer dès le départ c’est qui les patrons ici, et surtout il faut leur montrer qu’on les a à l’oeil.  Comme ça ils restent à leur place, on évite de se faire mentir, on évite les infractions et on évite les vols. Ce qu’Allen t’as dit et la manière qu’il l’a fait, c’était parfaitement justifié.

Je vois! Les gérants se tiennent entre eux. Très bien alors, frappons donc là où ça fait le plus mal: Dans la poche.  Ou du moins, le portefeuille.

MOI: Et le fait qu’il frustre contre moi de lui avoir démontré que j’étais irréprochable, et que ça le pousse à faire une série de gaffes et à vous dire des menteries à mon sujet, c’est justifié ça aussi?  Combien est-ce que ça vous a coûté, à date, cette guerre qu’il s’acharne à me faire?
BOSS: Je suis content que tu me le demandes. Il y a la perte des brioches qui m’a coûté une beurrée, et là je parle juste du produit brut et non de ce que j’ai perdu en ventes.  Rajoutons l’enquête que j’ai fait faire sur toi à la SQ, qui s’est avérée négative.  Et oui, Allen a insisté pour que j’essaye ensuite auprès de la GRC, au point où il m’a offert de la payer lui-même. Tu peux imaginer sa réaction quand j’ai reçu leur rapport hier, qui était négatif lui aussi.

Je comprends maintenant l’insistance d’Allen à faire comme si je n’étais pas là hier. L’humiliation de voir qu’il se trompait encore une fois à mon sujet, le fait que ça lui a coûté de l’argent, ça a fait qu’il a décidé de ne tout simplement plus s’occuper de moi.  Mais puisque c’est un orgueilleux, il a poussé la chose à l’extrême, en faisant comme si je n’existais pas. Avoir su que c’était pour ça, je n’aurais pas poussé le bouchon encore plus loin avec mon plan de faux diplôme.

BOSS: Fa que, si tu veux le savoir, les dommages collatéraux de votre petite gueguerre se montent à quasiment sept cent dollars.  Et si je parle de dommages collatéraux, c’est parce que celui qui a à payer les pots cassés, ce n’est ni toi ni lui. C’est moi!

En 1997, le salaire minimum au Québec était $6.80. Alors pour connaître le montant des pertes du Dunkin en argent d’aujourd’hui, multipliez le salaire minimum actuel par 100.

MOI: Ben là, regardez, vous avez pu voir vous-même qu’à chaque fois, ces dépenses-là étaient dues à ses erreurs à lui ou à ses menteries à lui.  C’est quand même pas moi qui l’invente. Je ne peux pas non plus dire que c’est moi le responsable alors que je suis innocent depuis le début.

J’ai beaucoup de difficulté à comprendre pourquoi il semble tant tenir à garder à son emploi une personne que je ne cesse de démontrer, preuve à l’appui, comme étant une source de problèmes, aussi bien parmi les employés que de façon budgétaire.

BOSS: Oh, c’est vrai qu’à première vue, tout t’innocente tout le temps, toi.  En apparences, tu n’es jamais responsable de rien. T’as tout l’temps exactement la preuve qu’il faut pour t’innocenter, toujours juste exactement au moment précis où t’en a d’besoin.  Pis chus supposé ne pas trouver ça louche?
MOI: Euh… Est-ce que vous êtes vraiment en train de me dire que ça vous pose un problème, que je puisse prouver que les accusations d’Allen contre moi sont des menteries?

Le boss me regarde avec fureur, sans savoir quoi dire, bouché ben raide. J’en rajoute une couche.

MOI: Sérieux?  Et c’est MOI, qui est louche?

Sa voix reste calme.  Mais la manière dont il se tient, tendu, raide, immobile, démontre que ma réplique l’a sérieusement atteint dans son orgueil.

BOSS: Non, moi, ce qui me pose un problème, c’est qu’avant que tu arrives icite, Allen a toujours été irréprochable, dans son comportement comme dans sa job.  Ça fait sept ans qu’Allen travaille pour moi, dont cinq à être mon assistant…  Et jamais, JAMAIS, en ces sept années où je l’ai eu en tant qu’ami et gérant, je n’ai eu le moindre problème avec lui. Mais depuis que t’es là, il se met à agir comme jamais il ne l’a fait de sa vie, et la marde pogne sans arrêt.  Bizarre, non? 

AMI?  … Je réalise que de mon point de vue en tant qu’employé relativement nouveau, je n’avais pas vraiment idée de ce que pouvait être leur relation, ni à quel niveau elle se situait, ni depuis combien de temps.  Aussi, je pige dans cette information mon prochain argument, histoire de le discréditer.

BOSS: Ah, ok!  Vous êtes amis.  Fa que, c’est pour ça que vous essayez de blâmer la victime plutôt que l’agresseur!?
BOSS:  
Non, mais je pense que t’es assez intelligent pour comprendre à quel point c’est difficile pour moi de croire que tu n’y as jamais été pour rien.

Je ne sais pas du tout quoi répondre à ça. J’essaye néanmoins d’insister sur la carte du c’est-pas-moi-c’est-lui.

MOI: Et même en admettant que ce serait le cas, bien que ça ne l’est pas… Il reste que, à la base, je n’ai jamais rien fait de mal.  Au contraire, si les problèmes ont commencé, c’est parce que je suis le seul de tous vos employés qui a eu assez de conscience professionnelle pour penser à amener un savon pour se laver les mains avant de commencer son shift.  Peu importe sous quel angle vous essayer de prendre la situation, ça ne change rien au fait que le trouble, c’est Allen qui a choisi de le causer.  Et que c’est lui, en cherchant à me faire du trouble à moi, qui vous en a causé à vous.
BOSS: Ça ne change rien au fait que, que tu le provoques ou non, vous deux ensemble, c’est un mélange explosif. Tu es la nitro, il est la glycérine.  Sauf que moi, non seulement je n’ai pas à payer pour les dégâts causés par vos explosions, c’est de la glycérine que j’ai besoin.  Pas de la nitro.

Réalisant ce qu’il est en train de me dire, je prends un air désemparé.  Et cette fois, mon sentiment est bien réel.

MOI: Êtes-vous en train de me dire que c’est moi que vous voulez de renvoyer? Alors que c’est lui qui cause le trouble?
BOSS: Il tient mes employés à l’oeil, il fait ma comptabilité et s’occupe de toutes sortes de choses que tu ne serais jamais capable de faire.  Et avant ton arrivée, il faisait son travail de façon impeccable.  Il me faisait sauver de l’argent au lieu de m’en faire perdre. Toi?  Tu brasse la marde pour faire ressortir des problèmes, sans jamais m’apporter de solutions. Lui, il applique la solution avant même que les problèmes arrivent. Il me serait difficile de trouver quelqu’un qui sache faire tout ça aussi bien que lui.  Tandis que toi, tu es un simple pâtissier qu’on peut aisément remplacer par n’importe qui.  Alors si ça marche pas entre vous deux, et que je suis obligé de me débarrasser d’un de vous deux, je pense que tu peux comprendre pourquoi ça ne pourrait pas être lui.

Alors c’est comme ça que ça se passe?  Peu importe ce que j’amène comme preuves comme quoi Allen est un incompétent, peu importe ce que je fais pour mettre à jour sa personnalité merdique, peu importe comment je le pousse à montrer à quel point c’est un violent et un dangereux, on préfère se débarrasser du dénonciateur de problèmes plutôt que de la source des problèmes?  Cette situation fait monter en moi une amertume qui peut s’entendre dans ma réponse.

MOI: C’est ça! Et vous allez me remplacer par autre délinquant repris de justice, je suppose!?
BOSS: Au moins, avec eux, on sait à quoi s’en tenir. Et ils ont beau être délinquants et repris de justice, y’en a aucun à date qui m’a coûté $700.00 en pure perte.
MOI: Comme ça, ça ne vous dérange pas d’engager des gens qui ont un dossier judiciaire?  Pourtant, vous étiez prêt à me renvoyer si j’en avais eu un.
BOSS: J’ai jamais dit que j’avais quelque chose contre ça.  Tout ce que j’ai dit, c’est que je n’acceptais pas les menteurs, point final.
MOI: Ouais, sauf quand le menteur c’est Allen.

Cette dernière remarque pique quelque peu le boss, qui hausse le ton.

BOSS: Tu sais quoi? Tu as beau te plaindre comme quoi Allen me cause du trouble, Allen est impoli, Allen a une personnalité de marde, Allen c’t’un ci, Allen c’t’un ça…  Mais est-ce tu t’entends parler?  Depuis qu’on jase, là, pas une seule fois je ne t’ai entendu dire quoi que ce soit pour essayer de sauver ta job. Tout ce que tu dis, toutes tes réponses, toutes tes tournures de phrases, c’est toujours rien que pour démontrer que j’ai mauvaise foi, que je suis un menteur, un hypocrite, un visage à deux faces…

Sachant que tout avenir que j’ai pu avoir à ce travail est maintenant compromis pour de bon, je ne vois plus pourquoi je m’empêcherais de lui répondre une bassesse particulièrement mesquine.  Je hausse les épaules, et avec la voix la plus neutre possible, je lui dit:

MOI: Ben là…  Si le chapeau vous fait…

Le boss ne dit rien.  Il fait une moue et se contente de hocher la tête, exprimant qu’il vient de comprendre qu’il a royalement perdu son temps avec moi à essayer de dialoguer.  Me montrant de la main la direction de la porte, il conclut en disant:

BOSS: Cette conversation, ainsi que ton emploi ici, sont terminés.

Je sors du bureau puis du commerce, et je pars sans regarder en arrière, le coeur plein de rage, de frustration et de sentiment d’injustice.

À CONCLURE.

Les dommages collatéraux de l’auto-importance démesurée (5e partie)

Au Québec, il existe une expression qui dit: « Ça a l’air arrangé avec le gars des vues! »  L’origine de cette phrase remonte probablement aux années 50 alors que les québécois étaient ignorants et peu scolarisés, ce qui avait des répercutions sur leur vocabulaire.  Ainsi, au lieu de dire « Je vais au cinéma voir un film », ils disaient « J’m’en va au théâtre voir une vue! »  Et lorsque dans ces films il y avait une situation invraisemblable ou bien un effet spécial visuel, ils exprimaient leur incrédulité en concluant que ce n’était qu’un trucage réalisé par quelqu’un de l’équipe de tournage. Ils disaient alors: « C’est arrangé avec le gars des vues! »

De nos jours, cette expression est surtout utilisée pour décrire une situation que l’on considère comme étant trop louche pour être honnête.  On n’a aucune façon de pouvoir le prouver, mais on a le fort sentiment que les choses ne sont pas vraiment telles qu’elles en ont l’air.

Cette mise au point étant faite, reprenons le récit:

Comme je m’y attendais, ça n’a pas trainé.  Une heure à peine après le début de mon quart de travail, le grand boss sort de son bureau et vient me rejoindre alors que je prépare les biscuits.

BOSS: Juste une p’tite question comme ça…  Quand tu as rempli le formulaire d’application pour travailler ici, tu as répondu que tu n’avais pas de dossier judiciaire. Est-ce que c’était vrai?

Eh voilà!  Comme prévu, Allen-le-tarla est allé bavasser au boss.  Par conséquent, sa question était prévisible, et de ce fait ma réponse est préparée d’avance. C’est avec entrain que je la lui cite.

MOI: Totalement vrai. Si vous m’croyez pas, je vous autorise à faire une enquête à mon sujet auprès de la SQ et de la GRC. Et je vais même vous proposer un deal: Je suis tellement sûr que mon dossier est vierge que s’il ne l’est pas, vous pourrez me renvoyer sur le champs et je vous permet de garder ma dernière paye et mon 4% pour vous rembourser les frais de l’enquête.  C’est vous dire à quel point j’ai pas peur que vous le vérifiez. Fa que, si vous voulez perdre de l’argent là-dessus, c’est votre choix.  Ça vous va?

Je suppose que le boss ne s’attendait pas à une telle avalanche de bonne volonté et de confiance en soi car il fait de grands yeux surpris et se contente de me dire « Euh… Ok! » avant de me saluer et de partir.  Il y a une raison pourquoi j’ai composé une réponse trop grosse pour avoir l’air d’être autre chose que du bluff: Parce que j’espère qu’il va tomber dans mon piège en relevant mon défi et en payant le gros prix pour s’offrir l’enquête.  Ça lui fera une dépense inutile de plus à mettre sur la faute d’Allen qui sera allé lui raconter un mensonge dans le but de me faire du tort.

Oui, je le reconnais, je peux avoir l’air d’un enfoiré d’agir ainsi, mais je ne peux pas m’en empêcher.  Ceci est la première fois que je manipule quelqu’un, et ce qui rend la chose si grisante c’est que cette personne c’est Allen.  Allen qui a décidé d’être mon ennemi en choisissant de me causer des problèmes à mon travail.  Et non seulement il ne se rend même pas compte que c’est moi qui tire ses ficelles, il est totalement aveugle au fait que je le pousse à se faire du tort lui-même.  Tout ce temps où il pense m’avoir, en fait c’est moi qui le tiens dans ma poigne. Et dès qu’il s’en rendra compte, c’est qu’il sera alors trop tard.  Le mal sera fait. Un mal fait par lui et lui seul.

Je devrais probablement avoir honte. Mais si ce n’est pas le cas, c’est parce que je me sens totalement justifié d’agir ainsi.  Après tout, si ce gars-là ne cherchait pas sans cesse à me prendre en défaut pour me faire du tort, alors il ne poserait pas ces gestes, et n’aurait donc pas à en subir les conséquences.  Mais s’il préfère agir en trou d’cul parce qu’il a une personnalité de merde, alors je m’en lave les mains au Irish Spring.  Ce qui lui arrivera par la suite, il l’aura mérité.

Deux semaines passent et je n’ai aucune idée si le boss a vraiment payé pour faire enquête sur moi ou non.  Allen, lui, continue d’agir envers moi de la façon la plus neutre possible. Au début de la troisième semaine par contre, nouveau changement de comportement: Il m’ignore totalement.  Même qu’à deux reprises, alors que je m’adresse à lui, il feint de ne pas m’entendre et passe tout droit sans me regarder.  Non seulement je trouve ça un peu louche, son manque de tact et de politesse me donne envie de lui redonner une petite leçon.  Dès qu’il est parti chez lui, je passe le reste de mon quart de travail à me demander comment est-ce que je pourrais bien le manipuler à essayer encore de me causer du trouble en se basant sur des choses que je puisse aisément prouver comme étant un autre mensonge de sa part.  le problème, c’est qu’il doit probablement se méfier de moi comme la peste.  Le simple fait qu’il ignore délibérément ma présence  risque de rendre la chose difficile.  Mais bon, j’y vois un défi, et je me fais un plaisir de le relever.

En moins d’une heure, j’ai trouvé le plan parfait.

Le lendemain, au travail, lors de ma pause, je fais un truc que je ne fais jamais d’habitude: Je vais en avant, demander une tasse de café à la caissière, et je commence à lui jaser de choses et d’autres.  Après un moment, j’amène la conversation vers le sujet des études. Elle me dit  qu’elle fait des démarches afin de retourner au cégep.  C’est le moment de mettre en branle ce que j’appelle Opération Désinformation.

MOI: Ah, je t’envie! J’aurais ben aimé ça, aller au cégep.  Malheureusement, j’ai même pas fini mon secondaire.
ELLE: Ah non?
MOI: Eh non!  Mais c’est pas grave, ça fait deux ans que j’ai trouvé le moyen parfait pour faire accroire que j’ai mon secondaire 5.
ELLE: Ah!?
MOI: Tout ce que j’ai eu à faire, c’est d’emprunter son diplôme à un de mes amis pis d’aller en faire une photocopie.
ELLE: T’as un ami qui a le même nom que toi?
MOI: Non, mais c’est pas grave, parce que chus un gars brillant. T’check ben c’que j’ai fait: Sur la photocopie de son diplôme, j’ai découpé et collé une bande de papier blanc sur son nom, sur lequel j’ai ensuite écrit mon nom à moi.  Après ça, tout ce que j’ai eu à  faire, c’est photocopier la photocopie, et voilà: Un diplôme d’études secondaire à mon nom.
ELLE: Mais là, ça doit bien paraitre, que c’est une photocopie.
MOI: Évidemment! Mais personne ne va envoyer son vrai diplôme avec son CV quand il se cherche une job.  Il envoie toujours une photocopie.

De nos jours, avec la paranoïa reliée au vol d’identité, ça ne se fait plus.  Mais il était courant à l’époque qu’un curriculum vitae contienne le numéro d’assurance sociale, le numéro d’assurance maladie et une copie du diplôme affichant notre code permanent au Ministère de l’Éducation.

MOI: Et tu sais pas la meilleure: Mon ami, c’est un espagnol qui s’appelle Silvio Johannès.  Tu sais-tu c’que ça veut dire?
ELLE: Non!
MOI: Ça veut dire que son code permanent commence par JOHS, exactement comme le mien.  Comme ça, j’ai pas eu besoin de le modifier, et personne ne peut voir, en se fiant aux premières lettres, que ce n’est pas vraiment mon code.

Et maintenant, la phrase sur laquelle repose tout le succès de mon plan:

MOI: En tout cas, il ne l’ont pas vu ici quand j’ai fait application.

Sur ce, je regarde l’horloge au mur, déclare que ma pause est finie, et je retourne a la cuisine, à passer les heures suivantes à terminer mon quart de travail.

Voyez-vous, la raison pourquoi je suis allé dire tout ça à la caissière est fort simple: Selon les rumeurs, il semblerait que cette caissière est l’amante d’Allen. Et puisque cette rumeur vient d’Allen lui-même car il ne pouvait pas s’empêcher de s’en vanter, j’en conclus que la source est fiable.  S’ils sont vraiment amants, logiquement, il lui a parlé de moi et des problèmes que je lui ai causé au travail. Il est également logique de croire qu’elle ira assez vite lui répète ce que je viens de dire au sujet de mon diplôme.  Et Allen, dans son prévisible besoin vital de me causer des problème, ne pourra pas s’empêcher d’aller raconter ça au grand boss.  Mais lorsque ce dernier me confrontera à ce sujet, je serai prêt.

Je suppose que les choses se passent exactement telles que je l’ai prévu, car encore une fois, le lendemain, au moment où je rentre travailler, me voilà encore une autre fois convoqué au bureau du grand boss.  Cette fois encore, Allen est là, à ses côtés.  Et cette fois-ci, il semblerait que je ne suis plus invisible à ses yeux.

ALLEN: On a fait une petite recherche à ton sujet.  On a appris que le diplôme que tu nous a donné dans ton CV est un faux.

Je prends mon plus crédible air décourage et je pousse un soupir.

MOI: Franchement, Allen, est-ce que ça t’a fait chier à ce point-là, que j’avais vraiment un savon pour me laver les mains il y a trois semaines, pour que tu t’acharnes comme ça à dire des menteries à mon sujet?
ALLEN: Essaye pas de changer le sujet, ça pognera pas.  On l’sait que ton diplôme est faux.  J’ai vérifié auprès de la commission scolaire, pis le code permanent c’est même pas le tiens. C’est celui d’un italien qui s’appelle Sylvain kek,chose.

Wow! Juste Wow!  Non seulement Allen n’est même pas capable de retenir ses (faux) faits correctement, ce bluff minable prouve définitivement qu’il est lui-même un menteur. Et il est tellement loser qu’il n,est même pas capable de le faire de façon crédible. Décidément, cet Allen est la plus belle crème d’abruti qu’il m’ait été donné de rencontrer. C’est quasiment en ayant pitié de lui que j’ouvre mon sac à dos et que j’en tire mon VRAI diplôme d’études secondaires, que je dépose sur le bureau du boss.

MOI: Dites-moi donc en quoi est-ce que mon diplôme est un faux? C’est bien du papier à filigrane, c’est bien l’étampe du ministère de l’éducation, il porte bien le sceau en relief de la polyvalente où j’ai étudié.  Pensez-vous vraiment que  j’aurais été capable de falsifier un document pareil?

Les deux hommes me regardent, l’air à la fois atterrés mais néanmoins sévère.

MOI: Allez-y, comparez-le avec celui que je vous ai photocopié avec mon CV. Vous verrez bien que c’est exactement le même, incluant mon code permanent.

Je pose mon regard sur Allen.

MOI: Ce qui en revient à dire que quand tu m’as dit que tu avais vérifié auprès de la commission scolaire, c’était encore une autre de tes belles menteries.  Comme celle où tu disais que j’aurais supposément un dossier judiciaire.  Comme celle où tu disais que tu ne m’aurais jamais écrit de faire quinze douzaine de brioches.  C’est bizarre… Tu m’disais pas justement, y’a pas longtemps, que les menteurs, on ne les gardait pas à l’emploi ici? À moins, bien sûr, que ça aussi c’était une autre de tes menteries.

Fou de rage, Allen explose. Il s’approche de moi en gueulant à plein poumons comme quoi il en a plein le cul de mes manigances et de mon petit air de frais chié d’innocent qui mérite juste de recevoir son poing sur la gueule et son pied au cul pour que j’arrête de les faire chier.  Il est tellement parti que j’ai l’impression qu’il va vraiment me frapper.  En panique, le boss se lève, lui met les mains sur les épaules et lui dit de se calmer.

BOSS: Écoute Allen… Il te reste juste deux heures.  Prends-donc le reste de ta journée, ok?

Calmé mais fulminant, Allen s’exécute.  Il part et ferme la porte sans même la claquer.

MOI: Et c’est à un violent comme ça que vous donnez le poste d’assistant gérant? Menaces de voies de faits, et ce devant témoin. Y’en a qui n’ont pas peur de perdre leur job, et leur liberté. Y’a des lois contre ça!
BOSS: Bon, t’as-tu fini, là?

Le ton exaspéré avec lequel le patron me parle me surprend.

BOSS: T’as-tu fini de nous prendre pour des imbéciles?
MOI: Euh… Pardon?
BOSS: Quand on t’accuse de ruiner les douze douzaines de brioches que j’ai en stock, par miracle, tu as la feuille de commande dans ton sac pour prouver que c’est pas de ta faute. En quel honneur est-ce que tu es parti chez toi avec la feuille de commande la veille? En onze ans à être gérant ici, j’ai jamais vu un seul pâtissier faire ça, moi.

Oops! Je ne sais vraiment pas quoi répondre à ça. Il poursuit:

BOSS: Ensuite, que quelqu’un ait un dossier judiciaire ou non, qu’il essaye de le cacher ou non, il va toujours être surpris de se faire demander s’il en a un. Mais toi, tu me réponds du tac au tac, exactement comme si tu le savais que j’allais te le demander. Comment est-ce que quelqu’un qui n’a pas de dossier peut-il à ce point-là s’attendre à se faire poser cette question?
MOI: …
BOSS: Et surtout, SURTOUT, répond à cette question si tu en est capable: Quel gars de 28 ans va trainer son diplôme d’études secondaire dans son sac à dos, pour l’avoir à portée de la main exactement au moment où il en a besoin pour s’innocenter, comme si c’était courant de se faire accuser d’avoir falsifié son diplôme? Tu m’excuseras, là, mais ça a pas mal l’air arrangé avec le gars des vues, ton affaire.

Malaise!  Ça a l’air que j’ai pensé à tout, sauf au fait que penser à tout à ce point-là, c’était beaucoup trop louche pour être honnête.

À SUIVRE