Le premier texte viral québécois d’internet

Vous avez certainement déjà vu ceci.  Mais il y a deux choses que vous ignorez à ce sujet.  De un : Il s’agit du premier texte viral québécois sur internet.

Et de deux : C’est de moi ! 

Février 1996, Saint-Hyacinthe.  Dans ma chambre, chez mes parents, je me creuse la tête sur un travail d’école.  Pas une étude ni un devoir.  Non, je parle d’un truc vraiment  important pour le jeune wannabe-riche-et-célèbre prétentieux que je suis : Ma chronique humoristique dans le journal étudiant Vox Populi du Cégep André-Laurendeau.  

Mes trois premiers textes n’avaient récolté qu’indifférence des lecteurs.  Le 4e et dernier, par contre, intitulé « 20 éléments sans lesquels Noël ne serait pas ce qu’il est » ne cesse de me rapporter des félicitations.  Je comprends alors qu’un texte humoristique sous la forme d’une courte liste est une formule gagnante.  Je rebaptise ma chronique Le Décompte Requin Roll.  Il ne me reste plus qu’à en trouver le prochain sujet. 

Presque un an plus tôt, j’avais commencé une liste de sept noms de famille composés qui forment d’amusants jeux de mots.  Je prends le bottin téléphonique local et note les patronymes francophones qui me semblent avoir du potentiel pour en faire d’autres.  En quelques heures, ma liste passe de sept à vingt.  Je rajoute un petit commentaire amusant après chaque nom composé, et je soumet ce texte au Vox le lendemain.  Un mois plus tard, mon décompte est publié. 

1997: Je fais mes débuts sur le net en construisant ma première page web personnelle sur la plateforme Geocities.  J’y expose mes meilleurs textes et dessins, incluant les sept Décomptes Requin Roll que j’ai écrit. 

1998: On me signale que trois de mes noms composés ont déjà été faits dans les années 70  par l’humoriste Yvon Deschamps.  Je demande plus de détails à ce sujet à mes lecteurs et lectrices.  L’une d’elle me répond qu’à l’époque où les enfants ont commencé à porter les noms de famille de leurs deux parents, Yvon s’était amusé à imaginer ce que ça donnerait au bout de quelques générations, si les noms s’accumulaient :  « Moreau Bordeleau Lemoine Allaire Durant Lacasse Dubois Léger Auger Gagné Legros Montant Moran Voyer Leboeuf Haché ».  La coïncidence m’a amusé et j’ai rajouté ce fait en bas de la page de ce décompte.

Geocities et ses couleurs pétantes.

1999: Avant l’existence de Facebook, c’est via courriel que l’on ennuyait nos contacts avec des pensées du jour, des légendes urbaines, des textes drôles, ainsi que des chaines de lettres promettant que Bill Gates et Walt Disney Jr nous récompenseraient de les rediffuser.  C’est ainsi que j’ai eu la surprise de recevoir un jour mon propre texte de noms de familles.  Un visiteur anonyme de ma page l’avait copié-collé et envoyé à tous ses contacts, dont certains l’ont à leur tour envoyé à tous leurs contacts, et ainsi de suite.  Éventuellement, une de mes amies a fini par le recevoir, et me l’a envoyée. 

À l’an 2000, plusieurs connaissances me disent avoir reçu mon texte.  Sur AltaVista, le plus populaire engin de recherche pré-Google, je trouve une cinquantaine de pages web et forums qui l’affichent.  En les parcourant, je constate qu’il en existe maintenant différentes versions :

  • La version originale, avec en-tête expliquant sa provenance.
  • Une version avec un en-tête affirmant « Ce sont de vrais noms de québécois. »
  • Une version avec les noms seulement, sans les commentaires.
  • Des versions censurées, sans les combinaisons vulgaires.
  • Des versions retravaillées, sans vulgarités et en bon français.
  • Des versions allongées, qui y ont rajouté les classiques « Marin-Gouin » et « Yoland-Gingras » bien que Yoland soit un prénom.
  • Et des versions dans lesquelles d’autres s’approprient la paternité de mon texte.  

Ces dernières m’amusent moins.  Aussi, puisque de toute façon aucun de ces posts n’inclut mon nom, je commencé à écrire à chaque webmaster pour lui signaler que j’en suis l’auteur, avec lien vers l’original sur ma page.  Certains me créditent, d’autre non, alors que d’autres encore effacent le texte.   

En 2005, l’Université du Québec à Trois-Rivières publie sur son site une étude sur les aptonymes (nom de famille d’une personne qui est étroitement lié à son métier ou à ses occupations).  Elle y présente ma liste de nom comme étant le fruit d’une recherche sérieuse.  Je leur écris et rétablis les faits.  Le lendemain, leur texte est modifié.  Ils qualifient maintenant ma liste de canular d’étudiant.  Ou bien ils n’ont rien compris, ou alors mes révélations ont froissé quelqu’un.

Le début des années 2000 m’a permis de voir mon texte déborder des frontières du net et envahir d’autres médias, alors que le magazine Délire le publie dans son courrier des lecteurs.

En 2003, l’animateur Marc-André Labrosse la cite dans son émission du soir sur CKMF / Radio Énergie / NRJ. En 2005, c’est Patrice Lécuyer dans son émission du midi à CKOILa même année, ma mère m’appelle pour me dire qu’elle l’a entendue à la télé, au matin, à l’émission Salut Bonjour.

En octobre 2003, un chroniqueur du journal l’Œil Régional la publie

En septembre 2004, le même chroniqueur la publie une seconde fois, mais en version extrêmement écourtée. 

Un lecteur anonyme découpera du journal cette version, la prendra en photo et mettra l’image résultante sur le net. Tout comme ce fut le cas avec les versions précédentes, elle a fait plusieurs fois le tour de la planète.  C’est cette version qui est la plus connue aujourd’hui.

En 2012, cette image permettra à un autre chroniqueur de se faire lui aussi une poignée de change sur mon talent.

Comment est-ce qu’on se sent d’avoir créé un texte viral partagé des millions de fois dans toute la francophonie de la planète?
Tout d’abord, étonné.  Je l’ai seulement écrit, jamais distribué.  Alors qu’il ait ainsi pris vie par lui-même, ça a de quoi surprendre. 

Ensuite, je dois avouer que me suis toujours senti un peu floué.  C’est quand même chiant de voir qu’après avoir envoyé en vain mes CV à la radio, la télé et autres médias, ce sont ceux qui occupent déjà ces postes qui s’y font de l’argent avec mes écrits.   

Et malgré tout, il reste le sentiment de fierté.  Ma création est quand même active non-stop dans médias sous toutes leurs formes depuis sa création en 1996, ce qui en fait l’un des plus viraux des textes viraux, l’un des premiers à être francophones, et le tout premier d’origine québécoise. 

Et puis, ce n’est pas comme si j’avais à me plaindre.  J’ai quand même écrit régulièrement de 1988 à 2008 dans des publications telles que Wow!Safarir, Le Journal de Montréal et Summum, pour ne nommer que les plus connus.  Et mes talents d’auteur furent reconnus au point de me mériter ma propre page sur Wikipedia, ce qui est toujours bon à glisser dans une conversation quand on essaye d’impressionner quelqu’un. 

Opportunité d’insulter, ou opportunité d’affaires.

Il y a quelques jours, j’ai reçu sur Facebook la proposition suivante:

Cette proposition me rappelait de bien mauvais souvenirs, comme le démontre cet extrait de mon billet Les 12 malédictions de l’Halloween, alors que j’étais le sujet d’un reportage.

L’émission est tournée dans un bar sur St-Denis. En attendant que tout soit prêt, je jase avec quelques personnes présentes. C’est là que j’en apprends une bonne: À cause de la loi qui interdit de filmer les gens sans leur accord, tous les clients du bar sont des figurants fournis par une agence de casting. Et non seulement ils mangent et boivent gratos, ils sont payés pour être là. Alors entre les figurants payés à ne rien foutre, et l’équipe de Canal D qui sont évidemment tous salariés, je suis le seul à recevoir zéro dollar et zéro sou pour ma participation, malgré le fait que sans moi il n’y aurait pas de reportage, donc aucune raison pour eux d’être ici, et encore moins d’être payés.

Je pense inutile de préciser que je ne voulais pas revivre cette injuste situation.

L’an dernier, j’ai écrit un billet intitulé Être artiste professionnel, sauf en attitude.  Dans celui-ci, je raconte qu’il n’est pas rare que l’on se fasse proposer de travailler gratuitement, ce qui est d’autant plus désagréable, quand on sait que le fruit de notre travail est destiné à amener des revenus à notre employeur potentiel.  Je déplorais également que la première option qui vient en tête à beaucoup de mes collègues, c’est de répondre avec sarcasme, mépris, insulte, pour conclure avec un refus catégorique. 

Surtout que beaucoup d’entre eux mettent ensuite en ligne une reproduction de la discussion, histoire de bien salir publiquement la réputation de l’employeur potentiel.  Aussi, j’avais conclu ce billet en disant ceci:  

Mais quand on est un artiste qui vit d’accumulations de ce genre de petits contrats, on ne peut pas se permettre d’agir de façon à se fermer des portes.  Si, comme lui, le Huffington Post m’avait proposé de reproduire un de mes billets de blog, je leur aurais envoyé mes tarifs. Comme ça, plus tard, s’ils avaient vraiment voulu de mes textes, ils m’auraient recontactés pour négocier une entente de paiement.  Pareil pour le restaurateur qui se cherche un photographe.   Normal, puisqu’à leurs yeux je serais « celui qui accepte sous certaines conditions » et non pas « celui qui lui a dit NON, qui l’a insulté et qui tente de l’humilier publiquement en salissant sa réputation. »

Pratiquant ce que je prêche, voici quelle fut ma réponse à Urbania :

C’est normal d’être à l’affût de toute arnaque et de se méfier au début.  Cependant, on ne peut pas mettre tout le monde dans le même panier.  La personne d’Urbania qui m’a fait cette proposition ne me connait pas.  Elle m’a donc proposée une entrevue, comme si j’étais un citoyen non-auteur.  Elle ne sait pas que je suis capable d’écrire moi-même ce texte.  Elle n’a aucune idée que je charge pour mes textes, mes dessins, mes photos.  Comment aurait-elle pu le savoir avant que je lui dise?  

Ils m’ont fait une proposition.  Je leur ai fait une contre-proposition.  L’Échange fut professionnel et courtois.  Après trente minutes, voici quelle fut leur réponse:

Et voilà!  Plutôt que d’accepter la première proposition pour ensuite chialer que tout le monde a été payé sauf moi alors que sans moi il n’y aurait pas eu d’article, plutôt que de les insulter et m’assurer de me fermer des portes, j’ai transformé cette proposition inacceptable en opportunité d’être publié, d’être payé, et de me faire un bon nom dans le milieu.

Dans le milieu du journalisme, je parle.  Parce que dans le milieu de la conciergerie, je ne suis pas sûr si ça aura le même effet, avec le gif animé qu’ils ont choisi pour me représenter:

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Y’A LIENS LÀ:

Urbania.ca
Mon article sur Urbania.  Puisqu’il s’agit d’un article sponsorisé, le défi était de terminer mon texte de façon à le mettre en rapport avec une publicité pour un site de recherche de logements.  Je pense m’en être bien tiré.

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Premier article pour Urbania.

Devinez qui vient de rejoindre le magazine Urbania?
Indice subtil: C’est moi! 😀

C’est un texte sponsorisé. Le défi était de réserver mes 2 derniers paragraphes pour une pub. Je crois que je m’en tire pas si mal.

Cliquez sur l’image pour lire l’article, ou allez sur http://urbania.ca/222051/mon-paradis-du-concierge/.

Ingrid; Cinq jours parmi les loups.

J’ai beau être un gars, je ne comprendrai jamais comment certain d’entre nous sont capables de ressentir un coup de foudre pour une fille juste en la regardant pour la première fois.  Jamais ne me suis-je dit « Woah! Qu’elle est belle! » en croisant une passante.  Jamais ne me suis-je retourné sur son sillage pour l’admirer.  Bref, jamais n’ai-je ressenti de crush pour une inconnue.  

J’ai beau être un homme hétéro, la beauté féminine n’a jamais eu ce genre d’emprise sur moi. Par conséquent, les inconnues m’ont toujours laissé indifférent.  C’est ce qui m’a permis d’observer, non sans un certain sentiment d’aberration, l’anecdote qui va suivre.  Elle se passe à l’époque où je travaillais au centre d’appel d’une compagnie que je suis probablement mieux de ne pas nommer, histoire que leur réputation ne se fasse pas entacher par le comportement des employés que je vais décrire.

Nous sommes une vingtaine de techniciens dans le bureau où je travaille.  Tous sont propres et bien mis, chemise, cravate, coiffure soignée.  Ils sont programmeurs, analystes, répartiteurs, et démontrent en général avoir du sérieux et une certaine classe.  Parmi nous, il n’y a que trois femmes. Elles sont jeunes, jolies, charmantes. Deux d’entre elles sont célibataires, mais aucune des trois n’a jamais subi le moindre harcèlement à notre bureau.  Ceci est mon premier travail, disons, haut de gamme, si on le compare à mes anciens emplois de pâtisserie au Dunkin Donuts ou dans la plonge de resto.  Aussi, à voir combien ces hommes-ci sont bien éduqués, il me semble normal qu’ils sachent se tenir.

Du moins, c’était le cas, jusqu’à cette étrange semaine-là.

LUNDI.
Je suis à ma table de travail, à entrer des données dans l’ordinateur.  Arrive notre patronne avec une nouvelle employée.  Appelons-là Ingrid.  Mon regard se pose machinalement dessus, avant de retourner sur mon travail.  La patronne lui fait faire le tour du bureau, lui expliquant chaque fonction de chaque section, la présentant à chaque chef de département.  Je remarque tout à coup que le volume ambiant des voix diminue rapidement alors qu’une bonne partie de celles-ci se taisent.  Je lève les yeux et constate que plusieurs de nos collègues regardent silencieusement dans la direction de la patronne et de la nouvelle venue.  Histoire de comprendre leur réaction, je l’observe plus attentivement.

Ingrid doit bien être dans le début de la vingtaine.  Elle est grande, mince, blonde, a de courts cheveux bouclés coiffés à la perfection, retenus de chaque côtés de son visage par des barrettes.  Elle se déplace avec la délicatesse du chat.  Elle a une expression au visage qui, aujourd’hui, me fait penser à Bella de la série Twilight, avec la bouche et les yeux mi-clos en permanence.  Elle porte une chemise blanche à manches courtes qui, comme le veut la mode à ce moment-là, s’arrête entre les seins et le nombril, lui dénudant le ventre et la taille.  Elle porte un jeans impeccable et bien ajusté de taille basse.  Ce qui fait que, lorsqu’elle nous tourne le dos, on peut voir le tatouage de papillon entouré de deux roses sur sa chute de reins, chose que l’on n’appelait pas encore un tramp stamp à l’époque.  Et bien que maquillée sobrement, il reste que son visage est couvert d’une base qui en cache la moindre imperfection, si elle en a.  Bref, elle a le physique et le look de ces jeunes femmes que l’on retrouve dans les magazines, dans les films, à la télé.  Le genre que l’on ne croise presque jamais au quotidien, et qu’on s’attend encore moins à voir comme téléphoniste en centre d’appel.

« Coudonc!  Y’ont jamais rien vu! », me dis-je en roulant des yeux, en remettant mon attention à mon travail.  Elle est belle, d’accord!  Mais je ne vois pas en quoi ça mérite la paralysie spontanée de la moitié de nos effectifs.

Quelques minutes plus tard, après avoir fait le tour, la patronne et Ingrid quittent la pièce.  Vincent, programmeur-analyste dans le début de la trentaine, toujours le regard fixé vers la porte où Ingrid a disparu depuis quelques secondes, fait une confidence à mon voisin de bureau :

« Hostie que j’la mettrais dans l’cul, elle! »

Je suis sous le choc.  Jamais je n’aurais imaginé qu’un gars qui s’est toujours montré classy à la limite du snob puisse dire pareille énormité.

MARDI.
Ingrid commence son travail.  Aujourd’hui et les jours qui vont suivre, elle est habillée plus sobrement, comme il sied à une employée de bureau.  N’empêche que son tatouage est resté dans la mémoire et l’imaginaire de nos collègues masculins.  Dans le cours de la journée, j’entendrai trois différents gars en parler.  Et deux d’entre eux ne se gênent pas pour dire qu’ils aimeraient bien le revoir, ce tatoo, mais dans un contexte bien plus intime.  Genre, en levrette.

Dans l’avant-midi, c’est la patronne qui se charge de la formation d’Ingrid.  Et au retour de la pause de midi, elle en sait assez pour travailler seule.  Elle n’en a cependant pas tellement l’occasion alors qu’à plusieurs reprises, l’un ou l’autre de nos collègues vont la voir pour lui offrir leur aide, au cas où il y aurait quelque aspect de son travail avec lequel elle aurait de la difficulté.

MERCREDI.
L’Ingrid-fest bat son plein alors que toute la journée, elle a du mal à faire son travail, tellement elle est interrompue souvent par des collègues qui vont lui jaser.  Collègues qui, par conséquent, ne travaillent pas non plus.  Ayant pris soin de mettre leur téléphone sur la touche occupé, leurs appels sont tous détournés vers mon poste, et j’ai bien du mal à fournir.  

Au milieu de l’après-midi, la patronne vient me demander des comptes sur le fait que mon téléphone ne dérougit pas.  Beaucoup d’appelants abandonnent car l’attente est trop longue, ce qui nuit à la performance du service.  Loin de moi le désir de créer le conflit au bureau, il reste que je suis bien obligé de lui expliquer la situation.  Au début, elle me regarde avec un mélange de choc et d’incrédulité.  Elle va même me demander si je la niaise, tellement mon explication lui semble farfelue.  Surtout qu’en voyant la patronne entrer, mes collègues sont soudainement tous bien à leur affaire.  Après être allé vérifier mes dires sur l’ordinateur qui enregistre le volume d’appels et leur répartition, elle a bien vu que je disais vrai.  Un par un, elle a invité mes cinq collègues fautifs dans son bureau afin de leur faire la leçon comme quoi ils ont été embauchés pour travailler et non pour se mettre en pause prolongée, et encore moins pour draguer.

JEUDI.
Aujourd’hui, Ingrid a pu travailler sans être interrompue.  N’empêche que tout le long de la journée, les commentaires à son sujet parviennent à mes oreilles.  Le plus aberrant fut le collègue qui a carrément raconté à son voisin de table qu’il fantasmait à l’idée de sa femme et d’Ingrid qui s’embrasseraient, et qu’il aimerait se branler pour leur venir simultanément au visage, alors qu’elles continueraient de se frencher dans sa décharge.  Je ne pouvais sérieusement pas croire que j’entendais des trucs pareils.  Ça faisait près d’un an que je travaillais là, et jamais je n’y ai entendu autant de vulgarités que lors de ces quatre derniers jours.

À 17h00, alors que tous quittent le bureau et qu’arrive la squelettique équipe de soir pour le service d’appel 24h, George se terre dans la salle de bain.  Il en ressort à 18h00, rassuré qu’à cette heure-ci, tous les patrons et chefs d’équipe ont quitté l’endroit.  Il s’installe alors au bureau de la secrétaire-réceptionniste.  Après un quart d’heure, il trouve ce qu’il cherchait.

21 :30, chez Ingrid.  Ça cogne à la porte.  Elle ouvre.  La surprise qu’elle ressent en voyant George est sincère.  Celle de George, par contre, est totalement feinte.

« Hein?  Ingrid?  Tu restes ici?  Wow!  Tu parles d’une coïncidence!  Chus allé cogner à une porte au hasard pass’que mon char vient de tomber en panne.  Est-ce que je pourrais utiliser ton téléphone pour appeler mon… »

Ingrid l’interrompt et pointe du doigt vers la petite épicerie au coin de la rue.

« Non! Il y a un téléphone public au dépanneur, juste là. »

Sur ce, elle lui ferme la porte au nez et la verrouille.

VENDREDI.
Pendant les deux premières heures, mes collègues s’interrogent de l’absence d’Ingrid.  Puis, la patronne entre dans la salle, suivie par un homme, puis par Ingrid, et enfin autre homme, qui tient une boite de carton vide.  Il s’agit du père et de l’oncle d’Ingrid.  Ils sont grands, ils sont gros, ils sont imposants, et ils nous balayent d’un regard meurtrier qui démontre clairement qu’il vaut mieux se tenir à distance.  Ils escortent Ingrid jusqu’à son poste de travail.  Elle ramasse ses affaires, les met dans la boite, et ils ressortent tous les quatre sous nos regards médusés et silencieux. 

On ne la reverra plus jamais.

Ce n’est que la semaine suivante, au fil des dires et rumeurs, que j’ai fini par apprendre toute l’histoire: Jeudi soir, immédiatement après la visite de George, Ingrid a téléphoné à la patronne pour expliquer ce qui venait de se passer.  Ce qui fait que vendredi matin, la patronne a consulté les caméras de surveillances de la veille, ainsi que le log des activités du poste de la secrétaire-réceptionniste, pour voir comment George s’y était pris.  Voilà pourquoi Ingrid a remis sa démission, et voilà pourquoi elle était accompagnée de gardes du corps.  Les loups se ruent toujours sur une proie qui s’enfuit.  Il fallait la protéger, le temps qu’elle récupère ses affaires.

À l’époque, il n’y avait pas d’atelier préventifs au sujet du comportement acceptable ou non au bureau, ni de mesures disciplinaires au sujet du harcèlement, qu’il soit moral, sexuel ou autre.  Ainsi, George a juste passé devant la patronne et une représentante des ressources humaines.  Pour avoir utilisé un ordinateur qui n’était pas celui qui lui était assigné, et pour avoir cherché des informations qui n’avaient rien à voir avec son travail, il s’est fait taper sur les doigts pour usage abusif du matériel corporatif.  Mais il a pu conserver son emploi et son poste.

J’ai beau être un gars, je ne comprendrai jamais comment certain d’entre nous sont capable de désirer une fille sans rien connaitre d’elle que son allure.  Ni comment ce désir est capable de transformer un gars pourtant brillant en con, au point qu’il puisse s’imaginer que son histoire de « quelle coïncidence totale que je tombe en panne devant chez toi » puisse être crédible.  Et je m’explique encore moins comment les autres ont pu  régresser mentalement à l’état d’animal, laissant leur libido contrôler leurs gestes et paroles, les poussant à dire les pires vulgarités, les faisant totalement oublier l’environnement dans lequel ils se trouvent.  Je veux dire, avoir des fantasmes sexuels sur une collègue de travail, passe encore.  Mais les exprimer de vive voix, sans retenue, aux autres collègues, sur le lieu de travail, pendant que la fille est dans la même pièce à quelques mètres de là?  Voyons donc!

Et pourtant, aux dires de plusieurs, ce comportement masculin est supposé être typique et normal.  Je ne sais pas si ça signifie que mon ADN manque de testostérone, ou s’il y a une connexion dans mon cerveau qui ne se fait pas.  Qui sait, ça vient peut-être du fait que j’ai été élevé dans un environnement presque exclusivement féminin.  Par conséquent, même si je suis un homme hétéro, j’ai toujours vu les filles comme des égales et non des proies.

Loin de moi l’idée de blâmer la victime, puisque jamais Ingrid n’a posé le moindre geste ou langage provocateur.  N’empêche qu’il y avait quelque chose en elle qui réveillait l’animal chez ces hommes.  Une chose que l’on ne retrouvait pas chez nos trois autres collègues féminines, qui étaient pourtant très jolies.  Puisque le charme d’Ingrid ne fonctionnait pas sur moi, je ne sais pas trop quoi en dire.  En repensant à son allure, ses gestes, ses paroles, je peux juste émettre la théorie comme quoi la chose se passait en deux temps: Dans un premier temps, son look de déesse de magazines attirait l’attention de ces hommes.  Et dans un second temps, son langage corporel timide et délicat lançait probablement un message dans l’inconscient de mes collègues comme quoi elle se comportais en proie, réveillant ainsi en eux le côté prédateur que, dit-on, tout homme possède.

Je suis bien placé pour savoir que non, nous ne sommes pas tous comme ça.   N’empêche que, sur les dix-sept hommes de ce bureau, il y en a six qui se sont comportés comme des chiens en chaleur, n’ayant plus aucune retenue, oubliant où ils étaient, ce qu’ils faisaient, ce qu’ils étaient.  Ça représente plus d’un tiers de la masse masculine présente.

J’espère que notre bureau n’était qu’un cas isolé qui ne représente en rien le reste de la population. Parce que j’ai beau ne pas être une fille, je trouve ça inquiétant.

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Harceler le harcèlement.

Lorsque je manque d’inspiration, il arrive que je pige dans de vieux textes qui, de toute façon, se seraient retrouvés sur ce blog, s’il avait existé.  Celui-ci date d’ailleurs de mars 2009, soit d’un mois avant la création de Mes Prétentions de Sagesse.
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Ce qui suit est un courriel que j’ai envoyé à l’administrateur d’une mailing liste créée pour l’équipe de soccer de la prestigieuse University of Cambridge, England. Je l’ai traduite en français pour votre convenance.

Bonsoir.

Depuis les six dernières années, je reçois régulièrement les courriels de la mailing list de l’équipe de soccer de l’Université de Cambridge.  Le problème, c’est que je suis de Montréal.  Je ne suis jamais allé à Cambridge, ni n’y ai-je joué au soccer.

Depuis les six dernières années, j’ai essayé de m’y désabonner en vous écrivant.  Et à chaque fois, j’ai reçu ce qui, apparemment, passe chez vous comme étant du service à la clientèle, soit une note disant: « Pour vous désabonner, veuillez aller sur (adresse) et annulez votre abonnement. »

Depuis les six dernières années, j’ai essayé de m’y désabonner de la façon dont vous me suggérez, et j’ai échoué.  Normal; je ne connais pas le mot de passe utilisé par celui qui m’y a abonné. 

Depuis les six dernières années, j’ai essayé de récupérer le mot de passe, en suivant précautionneusement les instructions données sur votre page dans ce but.  Là aussi j’ai échoué, je ne l’ai jamais reçu.

Depuis les six dernières années, j’ai essayé la solution alternative qui est de cliquer sur « Marquer comme courriel indésirable » lorsque je recevais vos messages.   Ça a filtré peut-être le 1/3 des envois.  Je continue de recevoir les autres.   

Et oui, par la suite, à chaque fois que j’ai demandé en vain de recevoir le mot de passe pour me désabonner, j’ai aussi vérifié mon dossier « Courriel indésirable ».  Je ne suis pas idiot, malgré le fait que je ne suis jamais allé à Cambridge.

Depuis les six dernières années, j’ai été patient.  Mais puisque je vous ai demandé une bonne dizaine de fois de me désabonner et que vous ne l’avez toujours pas fait, ça commence sérieusement à devenir du harcèlement

Aussi, je vous demande encore une fois, s’il vous plaît, veuillez trouver le temps d’enlever mon nom de votre liste d’envoi.  Je suis sûr que ça vous prendra beaucoup moins d’efforts que j’ai eu à y mettre, en vain, depuis les six dernières années.

Bien à vous.

Steve R.

Exactement quatre minutes plus tard, j’ai reçu cette réponse:
Bonjour Steve,

Je n’ai aucune idée comment votre adresse a pu se retrouver sur notre liste d’envoi.  Je ne comprends pas plus comment le procédé pour vous désabonner n’a pas fonctionné pour vous, puisque ça a bien marché pour les autres depuis le temps où j’occupe ce poste.  Je vais immédiatement vous en retirer moi-même.

Robin Brown,
Cambridge University

Quelques minutes plus tard, j’ai reçu un second courriel disant « Vous avez été désabonné de la mailing liste de l’équipe de soccer de l’University of Cambridge ».  J’ai émis un soupir de soulagement.  Enfin, après six ans, c’était terminé.  Et aujourd’hui, sept ans après ce désabonnement, je n’en ai plus jamais reçu un seul.

Il y en a qui vont dire que de nos jours, avec l’amélioration des systèmes de filtres de pourriels, le problème eut été réglé.  Possible, mais d’abord ce n’est pas garanti, et ensuite là n’est pas le sujet.  C’est plutôt ceci:

Lorsque confronté à des expériences négatives, les gens peuvent réagir de quatre façons:

  • Il y a ceux qui souffrent en silence.  ceux-là s’assurent que les abus n’arrêteront jamais
  • Il y a ceux qui vont se contenter de se plaindre, sans jamais rien faire d’autre pour que ça arrête.
  • Il y a ceux qui vont se contenter d’essayer UNE fois, de manière à pouvoir chialer avec conscience tranquille comme quoi ils ont essayé et ça n’a rien donné.
  • Et il y a ceux qui vont faire ce qu’il faut faire, qui vont prendre le temps que ça prend, pour s’assurer que la situation prenne fin.

Je suis fier de pouvoir affirmer que je fais partie de cette dernière catégorie.  Il ne s’agit pas d’acharnement aveugle dans lequel je me bats pour le plaisir de me battre.  J’ai la force de caractère d’accepter ce que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaitre la différence.  Lorsque l’on vit une situation inacceptable, dès que l’on reconnaît qu’elle peut être changée, alors il ne faut jamais lâcher prise.  Travaille dessus!  Parles-en!  Dénonce-là! Bats-toi!  Parce que, comme le prouve mes échanges avec Cambridge, même si tu ne rencontres qu’indifférence au début, tu finiras bien à les avoir par l’usure.  Ironiquement, ça peut être vu comme du harcèlement.  Mais lorsque c’est toi qui a raison, lorsque c’est toi qui subit une situation inacceptable, ça ne pourra jamais être vu légalement comme tel. 

Ainsi, non seulement réussiras-tu à mettre fin à la situation, tu deviendras un exemple pour ceux qui ont maille à partir avec leurs propres situations inacceptables personnelles, que ce soit au niveau financier, légal, sexuel, ou même quelque chose d’aussi anodin que de se retrouver abonné contre son gré à une liste de courriel non-sollicitée.  Parce que peu importe sous quel angle on retourne la situation, il reste que si elle a cessée, c’est parce que je l’ai dénoncée.  

Parce que le plus grand complice de ce qui abuse de toi, c’est ton propre silence.

Les vieilles habitudes ont la vie dure, surtout lorsqu’elles sont mauvaises.

Ce qui suit est au sujet de l’entrainement, mais peut aussi s’appliquer à différents aspects de la vie quotidienne dans lesquels certaines gens ont plus de succès que d’autres.

Ça a commencé ce matin, lorsque j’ai vu cette BD sur la page Facebook des fans de John Burk, un ex-soldat devenu entraîneur et motivateur.

(Source véritable (en Anglais et Espagnol) : JagoDibuja.Com)

Étant moi-même en entrainement de façon plus ou moins régulière depuis 2008, j’ai vu tout de suite quatre choses qui démolissent la crédibilité de cette BD.  

  1. Alors comme ça, l’entrainement physique donne un nez plus petit, des yeux plus sensuels, un corps plus grand, de plus gros seins et des cheveux plus longs?  Bullshit!  Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.
  2. Nutritionnistes et entraîneurs m’ont toujours dit qu’il faut manger dans l’heure qui suit le lever, et qu’il ne faut jamais s’entraîner avec un estomac vide.  La fille athlétique, que l’on voit courir ici à 5:30 du matin n’est pas apparue spontanément sur la piste de course.  Elle est levée depuis au moins une demi-heure, à 5:00.  Alors lorsqu’elle a pris son petit (dans tous les sens du terme) déjeuner à 8:00, ça signifie qu’elle a eu son premier repas trois heures après s’être levée.  Et elle s’est entraînée à fond pendant au moins deux de ces trois heures.  Or, affamer le corps tout en brûlant des calories, ça pousse le corps à se croire en période de famine, ce qui lui fait stocker sous forme de graisse tout ce qu’il avale par la suite.  Voilà pourquoi les lutteurs sumo s’entraînent à-jeun dès le lever, et ne mangent que cinq heures plus tard.  
  3. Mieux encore: Elle fait des redressements-assis?  Non seulement ça ne fait rien du tout pour améliorer la forme, c’est même néfaste.
  4. Cette BD tente de nous manipuler en remplissant ses images de symboles subtils dans le but de lancer des messages à notre subconscient.  

« En conclusion, » me suis-je dit, « cette BD manipulatrice qui nous prend pour des imbéciles est une pure merde qui se base sur des arguments fallacieux et illogiques afin de nous faire croire à des résultats irréalistes et mensongers. »

… Mais voilà, je suis bien placé pour savoir que oui, avoir la discipline de se lever tôt, bien manger et s’exercer, ça rend en forme et donne un physique agréable.  Alors peu importe ce que j’ai à dire contre cette BD, il reste qu’elle dit vrai.

Et c’est là que je me suis souvenu d’un truc, en tant que moi-même bédéiste.  Tout d’abord, dans les bandes dessinées, nous ne disposons que d’un espace limité.  Il faut donc y passer notre message de la façon la plus directe, afin qu’elle soit la plus efficace possible.  Voilà pourquoi il faut utiliser des symboles.  Ce qui symbolise le mieux l’exercice extérieur, que tout le monde peut faire, sans matériel d’entrainement?  La course à pieds.  Et ce qui symbolise le mieux l’exercice intérieur, que tout le monde peut faire, sans matériel d’entrainement?  L’exercice qui travaille au niveau du ventre, donc qui symbolise la minceur?  Les redressements-assis.  

Dans le même ordre d’idées, au sujet de la nutrition, le but était de comparer la qualité et la quantité de leurs déjeuners respectifs.  Ceci s’obtient par effet de symétrie, en les mettant l’un à la suite de l’autre.  C’est sûr que la BD aurait pu montrer l’athlète déjeuner à 5:00 tandis que l’épicurienne dort, et ensuite montrer l’épicurienne qui déjeune tandis que l’athlète s’entraîne encore.  Hélas, montrer leurs deux routines dans l’ordre chronologique aurait saboté l’effet comparatif recherché.

Quant à ma réflexion au sujet des points de l’apparence physique qui ne peuvent pas être embellis par l’entrainement, tels les gros seins (qui, au contraire, rapetissent à l’entrainement), le nez, les yeux les cheveux et la grandeur, j’avais juste oublié une leçon que j’ai moi-même donné dans un billet précédent: À partir du moment où tu as un corps athlétique, les gens te trouvent attrayant.  Le jeune Arnold Schwarzenegger des années 70, 80 et 90 en était le parfait exemple.  Même avec sa tronche de gorille, des millions de femmes le trouvaient beau, le croiriez vous?  

Mais ici, il ne s’agit pas de photos.  Ce sont des dessins.  Et comme je le dis plus haut, dans un dessin, pour éviter la surcharge graphique, il faut rester clair, donc passer une idée en quelques lignes.  Utiliser des symboles. Ainsi, la meilleure façon de démontrer la perception de beauté d’un corps en forme, c’était effectivement de donner à son visage des symboles de traits considérés comme étant attrayants.

Et même si cette BD est pleine de messages subtils qui nous donnent l’impression que le style de vie de l’athlète est de meilleurs qualité que l’épicurienne… N’est-ce pas un fait reconnu, que se lever tôt, bien manger et s’exercer donne un physique agréable ?  Alors pourquoi condamner une BD qui nous dit la vérité?  

La réponse à cette question est simple: Parce que lorsqu’une personne voudrait avoir un tel physique mais ne s’exerce pas, par manque de discipline, de volonté et de débrouillardise, ça lui remet ses propres travers en face.  Alors s’il est le moindrement orgueilleux, au lieu d’écouter le message, il va s’attaquer à la façon dont passe ce message, point par point, afin d’en démolir la crédibilité.  Bref, démontrer de façon théorique qu’il est impossible que ces gens puissent réussir, alors que leurs résultats concrets prouvent le contraire.

Et ça, c’est exactement la première chose que j’ai eu le réflexe de faire ce matin en lisant cette BD.  Réaliser ceci m’a fait comprendre quelque chose à mon propre sujet.  À part la fois ou je me suis improvisé un régime à base de privations en 2002-2003 (et dont les résultats n’ont pas tenus) je ne m’entraîne sérieusement que depuis les huit dernières années, soit depuis que j’ai trente-neuf ans.  Avant ça, moi aussi je méprisais les gens qui avaient un physique fort, attrayant et travaillé.  Je blâmais la génétique ou la nature, comme dans la dernière image de cette BD.  Ou alors je méprisais ceux qui faisaient l’effort s’entraîner, en les accusant instantanément de passer tout leur temps au gym, d’être obsédé par leurs corps, de n’avoir qu’un intellect de primate. En plus, j’adhérais à la pensée comme quoi tout gars musclé n’y arrive que par consommation de stéroïdes, avec les fâcheuses conséquences que l’on sait au sujet de la dysfonction érectile.  Exactement comme le fit jadis l’humoriste François Morency dans un de ses spectacles.

Je parlais d’Arnold tout à l’heure…  Il fut jadis l’homme au physique le plus développé de l’univers, et probablement de toute l’Histoire de l’humanité.  Il parle anglais et allemand.  En partant de rien, il est devenu un homme d’affaire prospère, devenant millionnaire avant même de commencer sa carrière cinématographique. Il a assez d’éducation pour gouverner l’état de Californie.  Seul le fait qu’il soit né en dehors des USA l’empêche d’accéder à la présidence.  Et maintenant, on connait sa forte libido qui lui a donné un fils hors-mariage.  Est-il idiot?  Non!  Est-il impuissant? Non! N’empêche que l’on se plaît à le penser.  Ça nous aide à se sentir moins inférieur.

Le problème ne réside pas dans le fait d’être devenu aujourd’hui ce que je méprisais hier.  C’est plutôt le fait que j’ai passé trente ans de ma vie, soit de mes neuf à trente-neuf ans, à mépriser les athlètes, les gens attrayant, et à prendre l’habitude de me trouver toutes sortes d’excuses afin de justifier le faible physique qui fut le mien avant ma quarantaine.  C’est le fait que je n’avais aucune raison pertinente de ressentir ce mépris.  J’étais juste lâche, ce qui m’a rendu envieux, ce qui m’a rendu jaloux, ce qui m’a rendu méprisant.  C’est la raison pourquoi, au lieu de mettre de l’effort pour m’élever au niveau des gens qui m’étaient supérieur, je trouvais plus facile de mettre de l’effort afin de les rabaisser plus bas que moi.  Et après trois décennies à me ranger du côté des losers frustrés, c’est devenu un réflexe acquis, qui se manifeste encore une fois de temps en temps.  

Et voilà pourquoi il est vrai de dire que les vieilles habitudes ont la vie dure, surtout lorsqu’elles sont mauvaises.   Huit ans de bonnes habitudes ne peuvent pas en faire disparaître trente de mauvaises.  C’est sûr que de faire un constat aussi négatif au sujet de ma personnalité profonde, ça me frappe dans mon orgueil.  N’empêche que c’est une bonne chose que j’ai pris conscience que cette mauvaise habitude était toujours en moi.  Ça va me permettre de me tenir sur mes gardes, et ainsi m’assurer de ne plus jamais y retomber.

Ajout de nouveaux liens.


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Mes Prétentions de Sagesse


Mes BD

Requin Roll, toutes mes BD, en ligne.
Toutes les BD que j’ai pu faire, passées et présentes. Publie trois fois par semaine.

Les Colocopines
 Courte série au sujet de trois copines colocataires.

1 Gay 1 Hetero
Deux colocataires, l’un est gay, l’autre est hétéro.

ComicOrama, chroniques sur la BD en général.

Deviant Art, ma galerie en ligne.

Et voilà!  C’est que j’en ai produit, du stock, en 19 ans sur le net.

Claude Jutra, les détournements, le silence.

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En fait, la raison pourquoi j’ai fait ce jeu de mot, c’est qu’il me semblait inévitable que tôt ou tard, quelqu’un le fasse. Or, je travaille sur un projet depuis presque un an, auquel j’ai justement donné ce titre. Comme ça, au moins, si un journaliste ou un bloggueur le fait dans le cas de Jutra, puisque ça convient parfaitement à l’affaire, je pourrai toujours prouver que j’ai eu l’idée en premier.

Réponses à vos questions: Pourquoi est-ce que je reviens toujours sur le passé?

Il y a vingt ans cette année, au début de 1996, j’avais 27 ans et j’étais de retour aux études, au cégep André-Laurendeau.  En cette ère pré-tout-l’monde-a-un-cell et pré-tout-l’monde-photographie-et-filme, je possédais une caméra vidéo avec laquelle je filmais souvent le quotidien du journal étudiant dont je faisais partie, ainsi que les membres des autres comités.  En fait, je filmais souvent, avec ou sans raison, et chaque personne que je croquais sur le vif se prêtait au jeu avec amusement.

À l’été de 1999, soit deux ans après la fin du cégep, l’un de ces ex-étudiants décide de faire un party-réunion chez lui.  J’y vais, en compagnie de mon amie, la future photographe Isabelle Stephen que j’avais également rencontré à ce cégep.  Il y avait une bonne vingtaine de personnes réunies.  Dans le courant de la soirée, je propose que l’on passe au salon car j’ai une surprise pour eux:

« J’ai apporté une cassette VHS sur laquelle j’ai copié quelques bons moments de notre vie de cégepiens. »

  Je me tourne vers la télé.  Je m’agenouille et l’allume, ainsi que le magnétoscope.

« J’ai fait un montage chronologique, et c’est classé par thèmes: Le quotidien, les manifs, les activités, les partys au cégep, les sorties de groupe… »

Je mets la cassette vidéo dans le lecteur.  Le temps de régler le tout et de voir les premières images apparaître, je me retourne en anticipant d’avance le plaisir que nous aurons tous à nous revoir deux ou trois ans plus jeunes, et… Il ne restait plus qu’Isabelle dans la pièce.  Tous les autres avaient quitté le salon.  

Et c’est là que, pour la première fois, j’ai constaté qu’il y a des gens pour qui l’évocation du passé ne leur apporte que du malaise.  Ça m’a d’autant plus surpris, du fait que si nous étions tous réunis, c’était justement en tant qu’anciens du cégep de 1995-1997.  Donc, techniquement, nous étions ici pour nous rappeler de ce passé.  Et pourtant, sur les vingt personnes présentes, dix-huit avaient trop honte de leur passé pour être capable d’y faire face.  Si au moins le passé en question avait été honteux.  Mais non, aucun de nous n’avions posé le moindre geste incorrect à l’époque.  Et si oui, je ne les avais certainement pas filmés.  Et puisqu’il ne s’agissait que de deux ou trois ans dans le passé, personne n’avait vraiment changé de physique ni de look depuis notre graduation. 

Donc, peu importe sous quel angle je retournais la chose, jamais je n’ai compris une telle réaction.  Et j’en étais d’autant plus flabergasté de constater que c’est un sentiment que partageait la majorité de la population.  Durant ces vingt dernières années, il m’est arrivé à plusieurs reprises de constater que cette tendance se maintenait.  Je ne saurais compter le nombre de gens avec qui Facebook m’a permis de reprendre contact après des années, voire des décennies.  Nous avions des conversations, ils étaient ravis d’apprendre ce que j’étais devenu.  Mais dès que j’évoquais nos souvenirs communs, alors là, non, gros malaise de leur part.  Et ce scénario se répétait presque à chaque fois.  Je n’ai jamais insisté.  N’empêche que j’ai beau respecter les limites de tout un chacun, il reste que cette limite-là en particulier, je ne la comprends tout simplement pas.  

Puisque la majorité de la population démontre avoir horreur de son propre passé, je suppose que c’est la raison pourquoi il y a tant de gens qui me demandent pourquoi est-ce que je parle aussi souvent du mien sur mon blog.   Surtout si la majorité de ces histoires sont loin de me montrer sous mon meilleur jour.  

La réponse est simple: J’ai toujours regardé la chose avec logique.  Avant même de connaitre l’adage qui dit que ceux qui oublient les erreurs du passé sont condamnés à les répéter, j’en étais déjà arrivé d’instinct à une conclusion similaire.  Voilà pourquoi j’ai toujours cru que la pire chose que l’on puisse faire avec son passé, c’est d’essayer de l’oublier et de faire comme s’il n’avait jamais existé.  Surtout si ce passé est imparfait. Me souvenir de mes gestes passés, mes paroles passées, mes décisions passées, mes situations passées, c’est l’instrument de base dont j’ai besoin afin de m’améliorer, guérir, évoluer, grandir, devenir toujours mieux que ce que j’étais. Et en m’améliorant sans cesse, j’améliore mes conditions de vie présente, et ainsi mon avenir.

Et si je partage mon parcours personnel, c’est parce que je ne suis sûrement pas la seule personne sur terre à avoir vécu telle ou telle situation. Aussi, en racontant comment j’ai fait pour m’en tirer, ça peut toujours servir à ceux qui vivent des situations semblables.  Il me fait toujours plaisir de voir que c’est le cas lorsque je reçois certains témoignages comme celui-ci:

En fait, je crois que la raison principale pourquoi je suis aussi à l’aise avec mon passé, c’est que mon orgueil fonctionne à l’opposé de celui de la majorité.  Alors qu’eux regardent en arrière avec dégoût en ayant l’air de se dire « Fuck! Qu’est-ce que j’étais idiot / qu’est-ce que j’avais l’air con dans ce temps-là! », c’est avec émerveillement que moi je me dis « Wow! Qu’est-ce que je me suis amélioré physiquement et mentalement depuis ce temps-là! ».  

Alors voilà pourquoi je n’ai aucun problème à en parler:  Parce qu’au lieu de  ressentir de la honte pour mon passé, je ressens de la fierté pour mon présent.

 

30 situations fréquentes lorsque l’on est dans un couple ouvert (suite et fin)

Ce billet est la suite de 30 situations fréquentes lorsque l’on est dans un couple ouvert (1e partie).  

16) Il est plus facile de draguer lorsque l’on est en couple ouvert.
Il y a plusieurs raisons pour ça.  Par exemple, un célibataire qui drague et se fait rejeter en est quitte pour finir la soirée à se faire du pilotage manuel sur PornHub.  Tandis qu’en couple, quoi qu’il arrive, il/elle a son/sa partenaire.  En n’ayant rien à perdre, ça enlève de la pression, et ainsi on est plus à l’aise pour approcher un(e) candidat(e).  

Mieux encore: Un célibataire qui ne veut qu’une aventure sexuelle doit le dire directement, et passe pour un sale macho pervers en manque.  Et une célibataire qui ne veut qu’une aventure sexuelle doit le dire directement, et passe pour une salope désespérée.  Par contre, quand tu dis « Je suis dans un couple ouvert »,  l’interlocuteur comprends immédiatement et simultanément tous les points suivants:

  • Tu n’es pas en manque.
  • Tu n’es pas désespéré(e).  
  • Tu es dans un couple assez solide pour vous permettre ce genre de fantaisies.
  • Tu ne chercheras pas à mettre le grappin dessus pour partir en couple.  
  • Lui faire cette révélation est une possible invitation sexuelle.

Et voilà, nul besoin d’être plus direct.  À partir de là, c’est la réaction (ou le manque de) de l’interlocuteur qui montrera s’il est intéréssé ou non.  Mais qu’il accepte ou refuse, il n’y aura ni pression ni frustration. Bref, ça met tout le monde à l’aise.

 Mais malheureusement, quand on baise avec un(e) inconnu(e)… :  

17) Aimer le sexe est parfois notre seul et unique point en commun.
Ça, c’est le mauvais côté de commencer à fréquenter des gens par la couchette.  On se rencontre, on passe au lit.  Le courant passe, tout va bien. Puis, on se rhabille, on prend un verre, on jase… Et c’est là qu’on voit qu’on a fuck/all à se dire, soit parce que nos goûts ne correspondent pas, soit parce que nos opinions sont opposées.  Même si on a eu la plus géniale séance de sexe ever, si on ne s’entend pas hors du lit, ça en gâche le souvenir, et il n’y aura jamais de suite. 

18) Les lâcheurs sont légion.
D’après ce que j’ai vécu, ce que j’ai pu observer, et ce qu’on m’a rapporté, il n’est pas rare qu’une séance prévue de sexe-à-trois-ou-plus n’a finalement pas eu lieu. Les raisons en vrac :

  • Il s’agissait d’un cas classiques de gros parleurs, p’tits faiseurs.  Généralement, quelques personnes qui ont un jour décidé d’expérimenter le sexe en groupe.  Mais qui, une fois réunis, réalisent qu’ils ne sont pas si à l’aise que ça avec cette idée. Si ce sont tous des débutants, c’est moins pire, puisque c’est tout le monde qui lâche en même temps.
  • J’ai déjà vu un cas comme le précédent, dans lequel il y avait un couple ouvert expérimenté dans le lot.  Plutôt que de voir les signes de malaise et y renoncer, ils ont pris ça comme un cas de « Il faut que quelqu’un brise la glace en donnant l’exemple ».  Ils ont commencé à se déshabiller et à baiser.  S’en est suivi un malaise général qui fit que les autres quittèrent la pièce, certains pour retourner chez eux.
  • Il y a eu la fois où les gars n’avaient pas prévenu leurs blondes (qui n’avaient jamais fait ça avant), et elles ne l’ont pas bien pris du tout du tout.  C’est vrai que c’était pas cool, les gars!
  • L’amant potentiel arrive chez le couple pour un premier ménage-à-trois ensemble.  À mesure que la soirée passe, il constate que la fille du couple semble bien excitée, mais que l’autre gars parle de tout sauf de ça.  Rendu près de minuit, l’amant potentiel se rend à l’évidence que si la soirée avait eue à virer sexuelle, ce serait déjà fait.  Il leur dit donc qu’il doit partir s’il ne veut pas rater le dernier métro.  Le couple le salue bien, sans jamais faire mention de sexe.  Le lendemain, la fille écrit à l’amant potentiel pour lui expliquer que son chum n’avait pas aimé le fait que « ils avaient trop l’air d’en avoir envie. » Bref, un cas de gars qui n’était pas vraiment fait pour être en couple ouvert.
  • Le couple ouvert invite plusieurs personnes, autant gars que filles.  Pas une fille ne s’y présente.  Il y en a bien un qui a suggéré de transformer la soirée d’échangisme en soirée gangbang pour la maîtresse de maison, mais personne n’était chaud à l’idée, surtout pas le couple.

19) Même chez les libertins, il existe la jalousie, la possessivité et le désir d’exclusivité.
Un truc vécu personnellement: J’avais cette amante totalement bi qui avait elle-même une amante régulière.  Un soir, lors d’une sortie, tout s’enlignait pour que ça finisse entre nous trois.  Même que l’autre fille m’a dit, pendant la soirée, qu’elle était contente que son amie partage.  Arrive la fermeture du bar.  Mon amante me prend à part et me dit que finalement, l’autre fille est trop fatiguée, et que de toute façons elle n’était pas très à l’aise à l’idée de le faire avec moi.  Je comprends et accepte.  Je retourne donc seul chez moi.

Le lendemain, l’autre fille me demande en ami Facebook, et elle m’exprime trouver dommage que j’étais trop fatigué la veille pour finir la soirée avec elles.  Car oui, mon amante nous avait menti à tous les deux sur le sujet, en racontant à chacun de nous que c’était l’autre qui ne pouvait pas.  Sauf que, une fois rendues chez elle, pour satisfaire leur désir de phallus, elles ont invité un autre gars, qui est arrivé chez elle complètement saoul à cinq heure du matin, qui n’a jamais réussi à avoir une érection, et qui s’est endormi pendant l’acte.  J’ai été très déçu de voir que mon amante m’avait menti, et encore plus insulté qu’elle ait préféré ÇA à moi.  J’ai appris plus tard, par une autre amie commune que ma (désormais ex) amante m’avait dans la peau, disait-elle, et ainsi ne voulait pas me partager.  Ça valait bien la peine de prendre une amante libertine, tiens!

Aussi, il n’est pas rare qu’une personne avec qui vous couchiez soit en couple, partouze deux fois par semaine et ait plusieurs amant(e)s régulier(e)s, mais qu’elle prenne très mal que vous osiez considérer coucher avec quelqu’un d’autre.  Faut pas chercher la logique. 

20) La bisexualité n’est pas toujours du côté que l’on croit.
Dans la majorité des couple ouverts que j’ai connu, l’un des deux était bi.  Quand on apprend ça, on présume automatiquement que c’est la fille.  Or, j’ai vu assez souvent des cas où la fille était hétéro, et que c’était le gars qui était bi.  Et dans presque tous les cas, ils amenaient l’idée avec prudence, voire avec une certaine crainte du jugement.  Et c’est normal.  Faire une fellation et se faire pénétrer, ce sont des activités sexuelles propres à la femme.  Dans une société misogyne comme la nôtre, tout ce qui met en doute notre masculinité est vu comme étant rabaissant. Ainsi, aucun gars ne veut être démasculinisé.  Ironique, quand on pense que quand on est à 100% gai, personne ne met notre virilité en doute.

21) Les limites préétablies ne sont pas toujours respectées.
Dans le feu de l’action, il y en a toujours un qui s’essaye à faire plus que ce que l’autre lui permet.  On se retrouve donc avec le choix entre le laisser faire, ce qui est malaisant pour celui/celle/ceux qui ont établi la limite.  Ou le lui rappeler gentiment, en espérant qu’il réagisse bien.  D’une façon ou d’une autre, ça entache un peu une soirée qui était, jusque-là, impeccable.

22) La liberté sexuelle provoque plus de frustrations que d’épanouissement.
Tout le monde a sa petite idée et ses attentes et ses espoirs au sujet de séances de sexe à plusieurs.  Ça pousse les gens à s’attendre à ce que tous leurs désirs soient assouvis.  Alors quand ils voient que ce n’est pas le cas, ils frustrent. C’est incroyable comment, dans un contexte sexuel, certaines personnes peuvent être susceptibles.

23) Être dans un couple ouvert amène parfois un sentiment de culpabilité.
 Prenons ce couple où la fille a 25 ans et le gars 40.  Elle aime son chum et est certaine de vouloir passer sa vie avec lui.  Or, elle trouve dommage de devoir renoncer si jeune à explorer sa sexualité.  Pas de problème; l’homme a déjà été jeune, lui aussi était fringuant à cet âge, et lui aussi en a profité.  Il comprend parfaitement et lui propose de former un couple ouvert.  La fille est heureuse d’avoir comme amoureux un homme aussi compréhensif.  Aussi, elle a une aventure d’un soir avec un autre.  Et une autre journée, elle se prend un amant régulier.  Et un jour, en revoyant un de ses ex, elle s’offre un trip nostalgique en re-baisant avec lui une fois.  Cependant, elle s’interroge.  Bien qu’il soit libre de forniquer avec qui en voudra, son fiancé n’a pas l’air de vouloir en profiter.  Elle lui demande pourquoi.  Il lui répond qu’il a déjà vécu dans sa jeunesse toutes les expériences qu’il voulait vivre, et ainsi ne ressent plus le besoin de recommencer.  Elle a beau comprendre son point, n’empêche qu’elle se sent un peu égoïste d’être la seule à en profiter.  Et il y a toujours cette crainte qu’il utilise un jour contre elle l’argument du « Je sais être fidèle en couple. MOI! »  Elle en vient même à l’encourager à coucher avec d’autres filles, histoire de moins culpabiliser.  

24) Qu’on le veuille ou non, il y a de la compétition.
Il y a toujours des gens qui auront des doutes sur leurs propre valeur, qui seront insécures et qui verront de la compétition partout.  Alors quand il s’agit de voir, ou même d’imaginer, son/sa partenaire en acte sexuel avec une autre personne, ça les angoisse.  Va t-il préférer le physique de l’autre fille?  Va t-elle préférer le calibre de l’autre gars?  Elle est plus sollicitée que moi, c’est injuste.  Il a un plus grand appétit sexuel que moi, c’est injuste.  Est-ce que je dois me montrer plus performant / plus cochonne pour m’assurer qu’il/elle ne me quitte pas pour l’autre?  C’est décevant de constater que la liberté sexuelle, qui est supposée être le signe que l’on est plus épanoui que les autres, peut au contraire provoquer autant de malaises.

D’ailleurs, parlant de compétition…

25) Certains en profitent pour laver leur linge sale sexuel en public, en faisant des comparaisons malvenues.
Deux exemples en particulier dont j’ai été témoin :

  • Le gars en couple qui pénètre une amante, en disant, devant sa blonde « Mmmm… Enfin, une fille qui l’a étroite! »
  • La fille en couple, dont l’amant l’a fait jouir en lui stimulant le point G.  Elle se retourne ensuite vers son chum en disant : « Tiens, tu vois? Il est capable, LUI! »

26) Il y en a toujours un qui a le don de faire des remarques déplacées.
OK, pour celle-là, j’avoue, c’est probablement moi qui a une imagination qui prend les choses un peu trop au pied de la lettre.  Mais on dirait qu’il y en a pour qui la liberté sexuelle semble demander l’utilisation d’un vocabulaire dégradant. Voici quelques trucs que j’ai entendu, toujours de la part d’hommes, et pourquoi ça me faisait sourciller.

  • Alors qu’on s’apprête à passer à la chambre, il dit tout fier de lui: « Ouain, ça va sentir le cul icite à’ soir! » C’est p’t’être juste moi, mais là d’où je viens, quand on dit que ça sent le cul, ça veut dire que ça sent la merde, ou du moins qu’il flotte une odeur désagréable.  Donc, rien de tellement érotique à entendre.  À moins d’être scato, je suppose.
  • « On va la fourrer solide comme une p’tite chienne. » J’ai souvent entendu des gens utiliser « petite chienne » dans un contexte sexuel.  Je n’en suis pas fan.  D’abord parce que la bestialité ne fait pas partie de mes fantasmes.  Et ensuite, parce que pour moi, traiter une femme de chienne, c’est une insulte et c’est rabaissant.  Ça non plus, je n’y vois rien d’érotique. 
  • Une fois, alors qu’il se faisait faire une pipe par une mignonne demoiselle, le gars lui a dit : « Aah, ouais, ah, t’aimes ça, sucer des queues, hein? »  La fille cesse aussitôt pour lui répondre « Pas vraiment, non! »  Sans vouloir faire de jeu de mots, le gars ne savait plus où se mettre, et la fille n’avait plus tellement envie de continuer.  C’est ça qui arrive quand on prend les dialogues de films porno comme modèle de vocabulaire.

27) À trois, oui! À deux, non!
Quand un couple accepte d’être ouvert, c’est sous certaines conditions. Et parfois, l’une de celle-ci, c’est que l’un des membres ne doit jamais exclure l’autre.  Hélas, comme je l’ai dit plus haut, quand il s’agit de désirs sexuels, les conditions préétablies ne sont pas toujours respectées.  Il m’est arrivé à quatre reprise d’entendre une histoire comme quoi, au matin, le lendemain d’un ménage à trois, l’une des deux personne du couple se réveille et constate que sa moitié baise avec l’autre sans l’inclure.  Pas cool!

28) Les orgies ne se passent jamais comme on se l’imaginait.
Blâmons l’influence de la porno qui démontre dans ces films que tout le monde est actif non-stop, avec tout le monde, sans condoms, que les filles sont toutes bi et se laissent pénétrer dans leurs trois orifices, et qu’après en avoir profité au max, tout le monde vient à peu près en même temps.  Dans la réalité, non seulement rien de tout ça n’est vrai, rares sont ceux qui ont un physique de pornstar.  Ce qui fait que même visuellement, ce n’est pas vraiment ça.

29) Vous vous retrouvez avec des ennemis dont vous n’aviez jamais entendu parler avant qu’ils se manifestent contre vous.
Épouses trompées, fiancés cocus, amoureux jaloux, envieux frustrés, parents contrôlants, familles vindicatives… Ils surgissent de nulle-part avec violence car ils viennent d’apprendre que vous avez eu des relations sexuelles avec telle personne, et ils vous en veulent à mort pour ça.  Vous en êtes les premiers surpris, car il est évident que votre partenaire ne vous a jamais parlé de sa situation amoureuse et/ou familiale, ou alors il/elle vous a menti à ce sujet.  Et voilà comment, sans avoir rien fait de mal, vous vous retrouvez avec des problèmes.

Enfin, désolé d’aborder le sujet qui suit, mais c’est quand même une réalité qui est hélas trop répandue dans ce milieu :

30) Certaines filles en couple ouvert sont devenues libertines afin d’exorciser une agression sexuelle subie à l’enfance ou à l’adolescence.
Subir un viol démontre à la fille que ce sont les hommes et non elle-même qui ont le contrôle sur sa propre sexualité.  C’est quelque chose de très difficile à vivre.  Tellement que parfois, au niveau du subconscient, elle en arrive à la conclusion que la meilleure façon d’éviter que le sexe soit utilisé comme arme contre elle, c’est d’aimer ça.  Car comme l’une d’elle m’a déjà dit : « You can’t rape the willing! » (Ça ne peut pas être un viol si la personne est consentante.) 

Elle s’affiche donc au grand jour comme étant une nympho.  Elle se trouve un gars avec qui être en couple ouvert.  Les premiers temps, ça marche.  Les hommes qui fantasment à soumettre la femme de force ne voient pas en elle la victime qu’ils recherchent, et ainsi ne l’approchent pas.  Et le fait d’avoir déjà un amoureux stable la protège de tout homme qui voudrait en prendre possession par insistance.  Par contre, les hommes respectueux et/ou plus timides et/ou qui n’ont rien du conquérant ni du prédateur s’intéressent à cette fille qui fait les premiers pas.  Ils sont gentils, ils la complimentent, ils sont attentifs.  Sexuellement parlant, ils ne s’imposent pas: Ils demandent, proposent, se montrent disponibles.  C’est elle qui décide si elle couche, quand elle couche, avec qui elle couche, et ses choix sont respectés.  Et même s’il y en a un ou deux qui chialent de ne pas avoir obtenu d’elle ce qu’ils espéraient, ils n’oseront jamais rien faire contre elle.  Car elle est populaire, maintenant, ce qui fait qu’elle peut compter sur l’appui de beaucoup de personnes s’il y a conflit. Les hommes sont à ses pieds, et elle en fait ce qu’elle veut.  Bref, c’est elle qui les contrôle via sa sexualité.  Et elle adore ça.

Puis, l’impensable arrive: Elle s’offre à un gars hétéro célibataire actif sexuellement, et celui-ci décline poliment ses avances.  Ça la trouble.  Elle ne comprend pas.  Pourquoi est-ce qu’il lui dit non?  Est-ce qu’elle est trop salope? Est-ce qu’elle ne l’est pas assez?  Elle n’a encore jamais rencontré un homme qui ne voulait pas coucher avec elle.  De force, s’il le faut.  Son viol le prouve. Alors pourquoi est-ce que lui n’en veut pas, alors qu’elle le lui offre?  Est-ce qu’il est gai?    Non, pourtant!  Alors c’est quoi son putain de problème?  Pour qui il se prend, d’agir comme si elle n’était pas assez bien pour lui?  Elle est frustrée, insultée, en colère, triste, confuse.  

Toute autre fille se dirait « Meh, whatever, j’en ai d’autres, des candidats, ça se bouscule aux portes. »  et n’y attacherait aucune importance.  Mais pour elle, ce rejet est inexplicablement troublant.  Et ceci est la première manifestation comme quoi elle n’est peut-être pas si à l’aise que ça dans ce style de vie.

Bientôt, le charme de la nouveauté s’estompe.  Son libertinage ne lui procure plus le bien-être qu’elle y trouvait avant, et elle ne comprend pas pourquoi. Elle augmente la fréquence de ses aventures sexuelles, y cherchant le bonheur des débuts, mais c’est en vain.  Elle déprime de plus en plus, ce qui conduit trop souvent à l’alcool, la drogue, la dépression. 

Dans le pire des cas, ça se termine en (tentative de) suicide.  Dans le meilleur, elle a la chance de rencontrer un(e) thérapeute qui lui fera comprendre que tout ça a rapport avec l’agression qu’elle a subie.    Et là, l’illumination se fait.  Elle comprends tout:  Son agression était sa première expérience intime avec un homme.  La seule chose en elle qui intéressait cet homme, c’était son sexe.    Elle a donc eu le réflexe de croire qu’en elle, pour les hommes, seul son sexe avait de la valeur.  Elle a donc appris à contrôler toute sa vie sociale avec son sexe.  Aussi, lorsqu’un homme décline ses avances sans raison valable, elle réalise que dans son cas à lui, elle n’a aucun contrôle.  Alors elle panique.  Elle est troublée. Elle ne sait pas comment composer avec une personne qui la voit comme étant autre chose qu’un vagin à désirer.  Parce que elle-même ne voit pas ce qu’elle peut bien être à part ça.  

Dès qu’elle a compris ceci, elle coupe brutalement tout contact avec le milieu, lâche son chum, déménage, poursuit sa thérapie, commence à prendre confiance en elle, réalise qu’elle a d’autres valeurs que son entrecuisse, se trouve un nouveau chum gentil et compréhensif qui accepte son passé, l’épouse, fait des enfants, fait la paix avec son passé, et passe le reste de sa vie dans une relation heureuse, et surtout monogame.

À lire tout ça, on pourrait croire qu’être dans un couple ouvert, ça rapporte plus de mal que de bien.  En fait, le sexe est pareil que l’alcool et la drogue: Lorsqu’on le consomme de façon intelligente et contrôlée, ça reste agréable.  Or, puisque c’est un plaisir, il n’est pas toujours facile d’avoir la discipline requise pour être capable de se modérer.  Et à partir du moment où on en perd le contrôle, notre plaisir cesse d’en être un, et c’est nous qui nous faisons consommer. Et même si on arrive à éviter les dérapages, rien ne garantit que notre entourage qui partage ce style de vie auront eux aussi cette force de caractère.  Dans ce temps là, on peut se retrouver avec des problèmes sans même les avoir causés.  

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Y’a liens là:

Si vous aimez les faits vécus pleins de rebondissements, qui sont justement sur le thème du couple ouvert, je vous recommande mon texte autobiographique Fantasme VS Réalité: Le ménage à trois.

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