Encore une fois, je me demande à quel point les choses ont changé depuis mes propres expériences estudiantines.
L’AIR BÊTE
On le repère facilement, et ce dès le tout premier cours : C’est celui qui, à la seconde où ça commence, va verrouiller la porte pour interdire l’accès aux retardataires, dit son nom, commence la matière immédiatement, et conclut en vous donnant des devoirs, incluant lecture de quelques chapitres de livres que vous n’avez même pas encore eu de temps de vous procurer. Entretemps, histoire d’égayer la matière, il a bien pris le temps de vous faire la liste des mesures disciplinaires qu’il entend bien appliquer pour les devoirs non-faits, incomplets et en retard. Dans sa classe, la discipline règne car tout fautif est immédiatement expulsé. Personne ne l’aime et il le sait, même qu’il fait exprès. Et avec la taxe gouvernementale contre l’échec qui force les étudiants à moins négliger leurs classes, y’en profite, l’estie!
L’ÉTRANGE ÉTRANGER
Originaire d’un pays dont personne n’a jamais entendu parler, il se distingue par son nom imprononçable et son accent à couper à la chain-saw. Il est plus facile de remplir un rapport d’impôts saoul que d’essayer à-jeun de comprendre ce qu’il dit.
LE ROUILLÉ
Lui, il a probablement été nommé prof lors de la première communion de vos grands-parents. Il connait tellement sa matière par cœur qu’il la récite machinalement comme un vieux disque en vinyle qui saute. Pour lui, le temps s’est arrêté il y a belle lurette car tout dans ses gestes, ses paroles et son look en font une relique du passé.
L’AIR BÊTE, VERSION FÉMININE
Celle-là, comme son nom l’indique, est en SPM à longueur d’année. Mais contrairement à son homologue masculin, elle a beaucoup de difficulté à faire régner l’ordre dans sa classe.
LE COMÉDIEN
Avec lui, on s’amuse, peu importe la matière qu’il enseigne. S’il est prof de Physique, il enseignera le principe de la vélocité en lançant des chaises. Prof d’Anglais, il ne manquera pas de mimer une phrase pour être certain que vous comprenez bien. Prof d’Histoire, il arrivera déguisé en Jacques Cartier. Pas l’explorateur; Le pont!
LA FRAICHEMENT SORTIE DE L’UNIVERSITÉ
Puisque c’est sa première année en tant qu’enseignante, ça fait d’elle la plus jeune des profs. On pourrait croire que ça en fera une personne près de ses étudiants. Erreur! Dans son enthousiasme de débutante, elle croit bêtement que tout le monde est à son niveau éducatif et intellectuel. Par conséquent, les explications et devoirs qu’elle donne ne peuvent être compris que par elle-même. Même si elle est une experte dans la matière qu’elle donne, ça n’en fait pas pour autant une experte en communication. Tant et aussi longtemps qu’elle ne s’adaptera pas, plus de la moitié de ses élèves couleront. Elle foutra ainsi en l’air le temps, l’argent et l’avenir d’une centaine de jeunes par année. … Et ça, c’est SI elle s’adapte un jour, ce qui n’est pas garanti.
LE VAUTOUR
Pour quiconque ressentant un malaise lorsqu’il se sent observé, ce prof représente l’enfer sur terre. Peu importe où on est assis, on a l’impression que son regard est sur nous. Un seul regard de sa part et on sent qu’il sait si on a compris ou non, si nous avons étudié ou non, ou si son cours nous donne la diarrhée ou non. Il est particulièrement pénible lors de tests ou d’examens, alors qu’il déambule entre les pupitres en jetant un regard sur ce que l’on écrit, ce qui rend la chose 20 fois plus stressante.
L’EX-JEUNE
Ce prof avait votre âge en 1986, et ça parait car il est encore habillé et coiffé comme si on était en 1986. Dans ses gestes et paroles, on voit qu’il essaie de montrer qu’il est toujours jeune et à la mode, mais il n’en fait accroire qu’à lui-même car tout le monde se fout bien de sa gueule. Il est pathétique.
LE BEAU JEUNE HOMME
La première fois qu’on le voit, on croit que c’est un étudiant, mais quelle surprise de le voir s’installer au bureau du prof. Il est calme, sérieux sans être chiant, et bien qu’il soit à son affaire de façon irréprochable, un tiers des filles de la classe ne diraient pas non à une romance et/ou une baise passionnée avec lui.
LE PROF DE PHILOSOPHIE
Tous les profs de philo portent la barbe. Même les femmes.
LE CULTIVÉ
Généralement Haïtien ou bien Arabe, il manie pourtant le Français bien mieux que n’importe quel francophone de naissance. C’est avec fierté et la tête haute qu’il tentera de nous inculquer quelques notions de Baudelaire, Racine, Balzac et Molière. Un brin snob quoi que tolérant, il ne forcera personne à le suivre, considérant que passer ou couler demeure le choix personnel de tout un chacun.
L’ARTISTE FRUSTRÉ(E)
Les anglais disent “Those who can, do. Those who can’t, teach.” , ce qui signifie que ceux qui ont du talent réussissent dans leur domaine, tandis que les autres sont tout juste assez bons pour en devenir profs. L’option Arts et Lettres en particulier regorge de ces losers d’ex-artistes n’ayant jamais réussi à se faire connaître. Leurs frustrations se transforment souvent en jalousie haineuse face aux étudiants qui se montrent vraiment talentueux. Aussi, rien ne leur est plus jouissif que de les faire couler, ce qui est particulièrement facile en Arts puisque la note n’est jamais rien d’autre qu’une opinion, contrairement en mathématique ou elle est un fait incontestable. Pas surprenant que 99% des étudiants en Arts et Lettres finissent plongeur Au restaurant Pierrette Patates.
LE CULTIVÉ QUÉBÉCOIS
Lui, la culture d’icite, y connait ça! Il parle québécois, il s’habille québécois, il mange québécois et il fume québécois. Il considère que sa mission divine et sacrée est de nous introduire aux racines de nos souches. En une seule session, il saura vous faire passer à travers les œuvres complètes de Michel Tremblay, Victor Lévy-Beaulieu, Réjean Ducharme et Yves Thériault. … Même s’il est prof de maths.
LE RÉPUGNANT
Ce n’est pas qu’il soit particulièrement laid, c’est juste que de la façon dont il s’arrange, il a toujours l’air négligé. Il est mal coiffé, mal rasé, mal habillé, semble affectionner le brun comme couleur primaire du contenu de son placard. Les dessous de bras de ses chandails et chemises sont souvent tachés de cernes de transpiration. Même lorsqu’il est propre, on a l’impression que ça pue l’tabarnak quand il est là. On se sent sale, juste d’avoir été touché par son regard.
LE ON-S’EN-BRANLE-SOLIDE
Lui, on va à ses cours uniquement parce que… Euh… En fait, on n’en a aucune idée. Probablement juste parce que c’est sur notre horaire. Lorsqu’il parle, personne ne l’écoute. On préfère lire, gribouiller, jouer aux cartes, texter, sexter… On ne peut pas dire que le chaos règne dans sa classe, seulement l’indifférence totale.
LE MOULIN À PAROLES
Croisez un cocaïnomane avec un syndrome de déficit d’attention et vous aurez ce prof. Il est capable d’enchainer d’un seul souffle plusieurs aspects de sa matière avec 8624 autres qui n’ont aucun rapport. Ses explications n’en finissent plus car il s’interrompt sans cesse afin de raconter une anecdote que lui a rappelé un mot qu’il vient de dire. Lorsque tu finis enfin par obtenir une réponse de sa part, tu n’es pas plus avancé car tu ne te souviens même plus de la question.
Eh voilà! J’en ai oublié?
En fait, oui, J’en ai délibérément oublié un: LE NÉO-SÉDUCTEUR. C’était le prof masculin qui passait sans cesse de petites remarques séductrices, « à la blague », disait-il, à ses étudiantes en général, ayant au moins une cible favorite dans chaque groupe. Ce prof a tout simplement cessé d’exister au début des années 90, alors que les plaintes contre harcèlement ont obligé le ministère de l’éducation à resserrer la discipline envers son personnel enseignant en matière de comportement acceptable ou non. Mais bon, je parie qu’il y en a qui ont continué quand même à s’essayer une fois de temps en temps.
En guise d’introduction: À cette nouvelle série de billets de blog, j’ai d’abord pensé donner comme titre Le Guide de Survie au Cégep. C’eut été faire preuve de peu de sagesse. D’abord parce que ma dernière expérience du cégep remonte à loin. Ma vision née de mes expériences personnelles risque d’être fort dépassée, voire nullement représentative de la réalité des jeunes d’aujourd’hui. Et ensuite, c’eut été une erreur puisque le mot cégep ne veut rien dire pour les 60% de non-québécois qui constituent mon lectorat. Donc, à votre intention, chers z’amis z’étrangers, voici une courte structure du système éducatif d’ici, à quel âge on y entre, et combien de temps on y passe si on ne redouble pas:
Maternelle, entrée à 5 ans, dure une année, obligatoire.
École primaire, entrée à 6 ans, dure 6 ans, obligatoire.
École secondaire, entrée à 12 ans, dure 5 ans, obligatoire.
Cégep (Pour: Collège d’Enseignement Général Et Professionnel), entrée à 17 ans, dure 2 ans, volontaire
Université, entrée à 19 ans, dure le temps qu’il faut, volontaire.
Le contexte cégépien étant mis au clair, passons maintenant au billet:
L’atmosphère de rentrée des classes de début septembre a le don de me replonger à chaque année dans la même nostalgie, celle du temps où j’étais étudiant de cégep. En fait, je suis allé 4 fois au cégep dans ma vie:
Cégep Édouard Montpetit à 17 ans pour une première session,
Cégep de St-Hyacinthe, toujours à 17 ans, la session suivante.
Cégep André Laurendeau, à 27 ans, pour compléter mes études.
Cégep André Laurendeau, à 37 ans, pour une session, me faisant passer en douce pour un étudiant de 26-27 ans dans le cadre d’une enquête pour un projet de livre dont le nom de code était The Lando Griffin Project. (Je vous en reparlerai un de ces quatre)
Me retrouver au cégep à tous les dix ans m’a fait me rendre compte que, que ce soit en 1985, en 1995 ou en 2005, que ce soit à Longueuil, à St-Hyacinthe ou à Montréal, certaines choses ne changent pas. Peu importe l’époque, la situation géographique ou le système scolaire, j’ai constaté que l’on y retrouve toujours le même genre de gens parmi les étudiants de 17-20 ans. D’ailleurs, vous-mêmes, lors de vos études, vous avez sûrement rencontré…
LA SUPERWOMAN
Caractéristiques : Occupe à temps plein un poste au journal étudiant et au conseil étudiant, est membre de plusieurs comités et associations jeunesse, fait du bénévolat, est stagiaire à La Presse, a un chum, arrive à étudier cinq jours par semaine. Elle obtient toujours d’excellentes notes, ne montre jamais le moindre signe de stress et entretient de bonnes relations avec tous ses profs sans pour autant en être le chouchou.
Phrase typique : « Je n’ai pas le temps de te parler pour l’instant mais je peux t’accorder 10 minutes le 16 octobre, ça va? »
Dans 10 ans, elle sera : Femme d’affaire à succès, mère attentive et épouse dévouée
LE CHIALEUX
Caractéristiques : Toujours criblé de problèmes, toujours en train de râler, toujours à se plaindre que ça va mal avec ses parents, son travail, sa blonde, ses études, ses frères et soeurs, sa santé, sa vie sexuelle, et ses amis qui en ont ras le bol de toujours l’entendre se plaindre.
Phrase typique : « Oh, moi, ça va assez mal en ce moment. »
Dans 10 ans, il sera : Assez loin pour ne plus nous ennuyer avec ses problèmes, on espère.
LA GLUE
Caractéristiques : Le genre de fille à se coller sur tous les gars, à rechercher le contact physique: Câlin, caresse dans les cheveux, bisous sur les joues, demande de massage aux épaules, etc. Elle repousse pourtant les avances de tous les gars car elle ne les veut que comme amis seulement. Elle préfère jeter son dévolu sur un qui lui est inaccessible: Marié, Gai, habitant dans un autre pays, etc.
Phrase typique : « Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à dire que chuis une agace? »
Dans 10 ans, elle sera : Pareille! dans 20 ans, par contre, elle deviendra dépressive en se rendant compte qu’elle est la seule de son entourage à être célibataire et sans enfants, et mariera le premier cave venu.
L’ÉTERNEL ÉTUDIANT
Caractéristiques : Lorsqu’il est entré au cégep alors que vous étiez encore en 6e année du primaire, il a tellement aimé la vie sociale qu’il n’a pas su trouver en lui la force morale d’avancer plus loin dans sa vie. Il s’est donc arrangé pour y rester le plus longtemps possible, changeant d’orientations et/ou ne prenant que le minimum de cours permis par session.
Phrase typique : « J’ai ben du temps libre, j’ai juste deux cours cette session-ci. »
Dans 10 ans, il sera : Un éternel payeur, car il se sera accumulé une magistrale dette de prêts étudiant qui aura doublé avec les intérêts accumulés.
L’ÉTUDIANT SUR LE RETOUR
Caractéristiques : C’est celui qui revient après plus de 10 ans d’absence sur les bancs d’école. On le remarque facilement: C’est celui qui a une décennie de retard, autant sur le style vestimentaire qu’en poils capillaires et facial, car il n’a pas remarqué que la mode avait évolué. Heureusement que ses ami(e)s cégépien(ne)s sont là pour l’aider à moderniser son look.
Phrase typique : « Dans mon temps… »
Dans 10 ans, il sera : 10 ans en retard sur la mode puisqu’il n’aura pas remarqué que celle-ci aura évolué depuis son 2e tour au Cégep.
LA FUCKÉE
Caractéristiques : Remarquable, dans le sens qu’on n’a pas le choix de la remarquer, vu qu’elle porte des vêtements de style original d’un noir total, ou alors au contraire trop colorés.. Ses cheveux sont d’une couleur non-naturelle, ses yeux sur-maquillés lui donnent un regard mystérieux et elle porte des verres de contact teintés rouge sang. Elle arbore tatouages et piercings en quantité, sauf si c’est une poseuse. Elle porte tellement de bagues qu’on se demande comment elle peut plier les doigts.
Phrase typique : « Heille, chus tannée de me faire dire que c’est pas tous les jours l’Halloween. »
Dans 10 ans, elle sera : d’un look plus universel, marché du travail oblige.
LE GARS AU CHAPEAU MELON
Il est intéressant de constater qu’il y en a un dans chaque cégep, et il s’habille en noir.
LE GRAF-ARTISTE
Caractéristiques : Il passe le plus clair de son temps à perfectionner son art du graffiti, que ce soit au crayon dans son agenda, au feutre sur les mur des cabinets de toilettes, ou au spray-paint sur les murs de l’école. Ce sera d’ailleurs la seule manière dont il fera sa marque dans l’établissement car il disparait généralement au bout de 2 mois.
Phrase typique : « Je ne fais qu’exercer mon droit à la libre expression artistique. »
Dans 10 ans, il sera : graphiste sans contrats et heureux propriétaire d’un joli casier judiciaire pour vandalisme multiple.
LA GROSSE COCHONNE
Caractéristiques : Obèse, elle adore manger, que ce soit un bon repas ou bien un beau gars. Elle a une vie sexuelle bien remplie et ne se gène pas pour en parler. Elle possède quelques jouets sexuels qu’elle utilise régulièrement, et traine toujours des condoms avec elle au cas où. Car malgré le fait qu’elle est loin d’avoir une taille de mannequin, il y a toujours au moins un gars qui lui court après. Lorsqu’elle a un chum, elle est dans une relation ouverte. Et si leur relation est monogame, qu’importe, elle le trompe anyway à chaque fois que l’occasion se présente, juste au cas où elle se trouverait mieux que lui.
Phrase typique : « Hmmm, r’garde-z’y donc les belles p’tites fesses, à lui. Agrrr! »
Dans 10 ans, elle sera : Résignée et mariée à son chum, de qui elle aura pondu 2,7 enfants après s’être rendue compte que, à part sexuellement, aucun autre gars ne veut d’elle, et surtout pas dans une relation sérieuse à long terme.
L’INTRIGANTE
Caractéristiques : Lorsqu’on la rencontre, elle semble d’abord gentille et chaleureuse, mais bien vite elle se montre sous son vrai jour. Elle est jalouse, envieuse, hypocrite, te parle en mal de tout le monde et parle à tout le monde de toi en mal. À éviter autant que possible.
Phrase typique : « Si tu savais ce qu’elle a dit sur toi… »
Dans 10 ans, elle sera : Pareille! Ce genre de monde-là, ça ne change jamais.
L’ANGOISSÉ
Caractéristiques : Ne parle que si on lui adresse la parole. Et encore, il ne parle pas, il marmonne en bafouillant. S’il reste plus de 30 secondes sans bouger, on le confond avec le papier peint. On ne lui connait aucun ami. Dans les corridors de l’école, il marche en rasant les murs, les yeux fixés sur ses souliers. Dans l’autobus, il n’ose pas sonner pour débarquer s’il est le seul à vouloir débarquer à cet arrêt. Il est incapable de faire son p’tit besoin dans les toilettes publiques s’il y a une autre personne dans la pièce.
Phrase typique : Impossible de le savoir, il parle trop bas.
Dans 10 ans, il sera : marié à une fille extravertie super énervée qui l’aura d’abord trouvé cave d’être si pogné, et ensuite mignon d’être si timide.
LE MAL-AIMÉ
Caractéristiques : Pour une raison mal définie, il y a quelque chose dans la personnalité de ce gars-là qui fait que tout le monde s’en moque et personne n’en veut dans son entourage. Certaines associations étudiantes vont même rajouter une clause dans leur charte interdisant d’accepter sa candidature.
Phrase typique : « Ben là, franchement, c’est pas juste, qu’est-ce que je leur ai fait, moi? »
Dans 10 ans, il sera : Dépressif suicidaire.
LE MANIFESTANT
Caractéristiques : Ce gars-là cherche tellement à manifester contre ce système de capitalistes vendus qu’il n’hésite pas à se contredire, pourvu que ça lui permette de se plaindre. Par exemple, lorsque le coût des études augmente, il manifeste contre le capitalisme scolaire. Et lorsque les écoles veulent placarder les murs de publicités dont les revenus permettraient de garder au plus bas les coûts d’études, alors il manifeste car il est contre les pubs… Et ce, malgré le fait qu’il arbore fièrement sur ses vêtements des logos Nike, Tommy Hilfiger, etc.
Phrase typique : « Ce n’est qu’un début, continuons le combat. »
Dans 10 ans, il sera : un capitaliste vendu.
LA MATCHEUSE
Caractéristiques : Elle essaye toujours de matcher ses ami(e)s, même ceux qui sont déjà en couple. Elle essaye souvent de faire croire à deux personnes qui ne se sont jamais vues que chacune trippe ben raide sur l’autre en secret. Et si elle connait un seul gai et que celui-ci est célibataire, elle essayera de convaincre un de ses amis hétéro de changer d’orientation pour aller avec. Étrangement, la matcheuse est très souvent célibataire. Et les rares fois où elle a un chum, elle le trompe.
Phrase typique : « J’connais quelqu’un qui voudrait te rencontrer. »
Dans 10 ans, elle sera : Une célibataire vieillissante qui aimerait bien qu’on la matche avec quelqu’un de bien.
LE MÉCANO
Caractéristiques : Ne parle que de chars, sa chambre est tapissée de posters de chars, et il connait par coeur le nom et la fonction des 16 824 pièces constituant une automobile. Il regarde plus volontiers sous le capot du char de sa blonde qu’en dessous de sa jupe. Il aime passer une soirée romantique en tête-à-tête avec un moteur diesel, se parfume au WD-40 et il a les mains tachées en permanence.
Phrase typique : « Hier j’ai vu un christie d’beau char! »
Dans 10 ans, il sera : Ou bien simple mécano ou bien à la tête de 3 garages, tout dépendant de sa débrouillardise et de son sens des affaires.
LE NÉGLIGEANT
Caractéristiques : N’écoute pas trop en classe. Oublie de noter ses devoirs dans son agenda. Oublie presque toujours d’étudier et se trompe les rares fois où il le fait. Attends toujours trop longtemps avant de se procurer ses manuels, ce qui fait que ceux-ci sont souvent épuisés lorsqu’il s’y décide. En classe, il est souvent obligé de suivre avec un autre car il a oublié et/ou perdu ses livres. Il est toujours surpris d’apprendre qu’il y aura un examen, alors que tous les autres le savent depuis longtemps et sont prêts. Du reste, il vit dans la terreur constante que son prof finisse par se rendre compte qu’il n,a rien compris à son cours.
Phrase typique : « Il fallait faire ÇA? Pour maintenant LÀ, là!? »
Dans 10 ans, il sera : tout le temps en retard, dans tout.
LA MILITANTE
Caractéristiques : Elle ne peut supporter les inconscients qui préfèrent ignorer les problèmes du monde pour mener une petite vie tranquille. Elle est de tous les combats, de toutes les manifs, et peut passer des heures à t’expliquer point par point pourquoi Microsoft, Kellogg’s, McDonald’s et autres multinationales sont à boycotter pour crimes contre l’humanité. Malgré ses beaux discours, elle ne cessera pas de fumer malgré le fait que les compagnies de tabac sont responsables de 100 000 fois plus de décès que toutes les compagnies qu’elle boycotte réunies.
Phrase typique : « So-so-so, solidarité! »
Dans 10 ans, elle sera : Une inconsciente qui préfère ignorer les problèmes du monde pour mener une petite vie tranquille.
LA NULLITÉ
Caractéristiques : Ses lunettes tiennent avec du scotch-tape. Sa braguette est souvent ouverte. Peu importe s’il prend 2 minutes ou une heure à se coiffer, il sera toujours dépeigné. Ses vêtements n’ont jamais l’air de lui faire correctement et il a tendance à se prendre les pieds dans ses lacets. Pour rire de lui, certaines filles le niaisent en lui faisant accroire qu’il a du potentiel pour les séduire… Et il les croit. Il a hâte du jour où il sera enfin grand, beau, riche et célèbre, afin que les autres regrettent de l’avoir niaisé dans sa jeunesse.
Phrase typique : « Ah ouain!? »
Dans 10 ans, il sera : au choix: Livreur de journaux, laveur de vaisselle, bédéiste, BS.
LA SALOPE VIERGE
Caractéristiques : Pourquoi salope? Parce qu’à l’entendre, elle couche avec un nouveau gars au moins une fois par semaine. Pourquoi vierge? Parce qu’on a beau chercher dans tout le cégep, impossible d’y trouver quelqu’un qui peut se vanter d’avoir couché avec. Ce ne sont pourtant pas les candidats intéressés qui manquent.
Phrase typique : « Lui, il l’avait trop p’tite pour me défoncer comme il faut, mais il savait se rattraper avec sa langue. Oh yeah! »
Dans 10 ans, elle sera : En thérapie pour se débarrasser de ses blocages sexuels qui font qu’elle n’a jamais couché qu’avec deux gars dans toute sa vie, dont un volontairement
LE POLITICIEN
Caractéristiques : La première fois qu’on le croise, on pense qu’il s’agit d’un jeune prof car il s’habille en complet chemise-veston-cravate. Ayant la personnalité d’un vendeur d’assurance, il t’approche, te serre la main et te parle comme si vous étiez les meilleurs amis du monde. Il se porte candidat à n’importe quelle élection étudiante, pourvu que ce soit à la direction. Il possède ses propres cartes d’affaire, et ce même s’il ne travaille pas.
Phrase typique : « Salut mon chum! Ça va ben? Heille, fantastique! »
Dans 10 ans, il sera : vendeur d’assurances, d’auto, d’aspirateurs ou n’importe quoi à commissions.
LA PSEUDO-LESBIENNE et/ou LA PSEUDO-BI
Caractéristiques : Elle, on ne sait pas pourquoi elle s’affiche comme étant attirée par les filles car on ne lui a jamais connu que des relations hétéro. Faut croire qu’elle essaye juste de faire son intéressante.
Phrase typique : « Je suis lesbienne! » ou « Je suis bisexuelle! », dans les premières secondes après avoir rencontré une fille.
Dans 10 ans, elle sera : La pseudo-lesbienne ne se décrira plus que comme étant hétéro, après avoir eu quelques expériences avec des filles. La pseudo-bi, elle, va continuer de se décrire comme étant bisexuelle, malgré le fait qu’elle n’a jamais oralisé autre chose que des bites.
LE GAI FRAÎCHEMENT SORTI DU PLACARD
Caractéristiques : Puisque le cégep est le lieu propice à la découverte de soi et à l’acceptation des gens pour ce qu’ils sont, il peut enfin vivre son orientation sexuelle au grand jour, ce qui le rend très gai dans les deux sens du terme. Voilà pourquoi il la manifeste verbalement au moins 20 fois par jour. C’est normal, puisqu’il est constamment à la recherche d’un partenaire avec qui explorer sa sexualité, aussi bien chez les étudiants que chez les profs.
Phrase typique : Peu importe ce qu’il dit, il ne manquera pas de glisser sa gaieté dans la conversation.
Dans 10 ans, il sera : Discret, en couple stable, et regardera avec intolérance les plus jeunes qui agissent comme lui-même le faisant une décennie plus tôt.
LE LIBIDINEUX OBSÉDÉ
Caractéristiques : il a sérieusement la libido dans le tapis, ne pense qu’au sexe et ne vit que pour le jour où il en aura enfin. Il passe le plus clair de son temps sur le net à visiter des sites pornos d’une seule main. Les personnages de dessin animés sur Télétoon lui donnent une érection, et il trouve même excitant le mouvement de pénétration d’un stylo dans son capuchon. Il voudrait bien devenir acteur de films pornos car il trouve trop génial le concept de baiser sans cesse et d’être payé pour ça. Cependant, loin d’allumer les filles, son appétit sexuel a plutôt tendance à les repousser, ce qui fait qu’il va rester vierge encore longtemps car même la grosse cochonne ne veut pas de lui. Voilà pourquoi il rêve parfois de se procurer du Rohypnol ou du GHB.
Phrase typique : « Gn… Argh… Mmmmm…. »
Dans 10 ans, il sera : en taule pour voyeurisme, attentat à la pudeur, tentative de détournement de mineures, etc.
Un autre avantage à traiter cette série de blogs comme étant un paquet de souvenirs des décennies passées, c’est que je n’ai pas à refaire les illustrations qui datent du temps où j’étais moi-même un cégépien, illustrations dans lesquelles, vous l’avez sûrement constaté, la majorité des personnages arborent des styles depuis longtemps dépassés.
À quelque chose, malheur est bon, que dit le proverbe. Et en effet, de ces trois jours merdiques, j’ai réussi à tirer du positif, sous la forme de huit leçons de vie:
LEÇON 1 : Les gens survivent à leurs traumatismes comme ils le peuvent, pas nécessairement comme ils le devraient.
Tamara se fait abuser sexuellement. Tamara devient donc une personne dont la vie tourne autour du sexe. Elle se forge elle-même une réputation justifiée de folle du sexe qui baise avec n’importe qui, n’importe comment. Par conséquent, puisque tout le monde sait qu’elle aime le sexe sous toutes ses formes, plus personne ne peut utiliser le sexe pour lui faire de mal.
D’un côté, oui, j’ai longtemps considéré Tamara comme étant pathétique de réagir ainsi. Mais d’un autre, le simple fait qu’elle ait réagi ainsi, ça prouve que son viol incestueux l’a traumatisé. Puisqu’elle n’a pas en elle le force de faire payer ses agresseurs, il ne lui reste que quatre options:
Devenir elle-même abusive sexuellement.
La dépression, les médicaments et les thérapies.
Le suicide
Se faire accroire qu’elle aime tellement le sexe, qu’il est impossible de lui faire de mal en utilisant le sexe.
D’accord, la 4e option n’est pas la meilleure ni la plus irréprochable. Mais au moins, elle lui permet de survivre. C’est l’option qui lui permet le mieux de vivre en harmonie avec son entourage et en société. Et dans le fond, c’est ça qui compte.
LEÇON 2 : Personne n’aime un chialeux.
Sérieux là, même moi en me relisant, je me trouvais chiant. Même si j’avais des raisons pertinentes de me plaindre, il reste que tout ce que je faisais, c’était de démontrer aux filles à quel point c’était des connes d’agir comme elles le faisaient. Et le fait que j’avais raison, c’était encore pire pour elles. Si j’avais exagéré ou menti, elles auraient pu s’en défendre. Mais là, elles ne pouvaient pas. Elles étaient obligées de reconnaître mes remarques rabaissantes en tant que faits indéniables.
N’oublions jamais que la majorité des gens suivent la loi du moindre effort. Si elles ne voulaient plus m’entendre leur faire la leçon sur la façon de gérer leurs relations, leurs sexualités et leurs vies, elles avaient deux choix :
Ou bien changer complètement d’attitude dans tous ces aspects, ce qui aurait demandé des efforts de tous les instants et ce pendant de nombreux mois, voire des années.
Me bannir de leurs vies. Aucun effort à faire, et arrêt immédiat de mes remarques jugementales et insultantes.
Doit-on être surpris qu’elles aient choisi cette dernière option? Raison de plus pourquoi il existe un proverbe comme qui dit que toute vérité n’est pas bonne à dire.
LEÇON 3 : Faire les choses à moitié, ça ne règle jamais rien.
Sincèrement, même aujourd’hui je trouve stupide que Tamara ait pris la peine de déménager à deux heures de route de Montréal afin de fuir son ex abusive, mais lui a tout de même laissé son numéro de téléphone et son adresse. Si elle avait complètement disparu de la carte, son ex aurait fini par être obligée de l’oublier et passer à autre chose. Mais en lui laissant toujours la possibilité de la contacter, elle prolongeait la situation. Non seulement elle continuait de la harceler, le risque qu’elle aille la rejoindre pour lui mettre une raclée existait toujours.
LEÇON 4 : Il ne faut jamais parler de viol et d’inceste à une fille que l’on vient de rencontrer.
Parce que ce n’est pas écrit dans sa face si elle a été victime de l’un, de l’autre ou des deux.
LEÇON 5 : Il faut toujours être fidèle à soi-même, au lieu de s’annoncer comme ce que l’on n’est pas.
Certaines filles feraient tout pour avoir l’air d’être des bonnes amantes. Dans ce cas-ci, Julie: Elle se forçait à apprendre à être bisexuelle alors que ce n’était pas du tout dans sa personnalité. Tout comme elle m’a proposé d’avaler alors qu’elle détestait ça. Elle n’a jamais réussi à être le premier, et n’a jamais fait le second.
Le problème lorsque l’on séduit quelqu’un en se donnant l’air de ce que l’on n’est pas vraiment, c’est qu’on ne peut pas jouer le jeu éternellement. Tôt ou tard, pour rester dans les proverbes, chassez le naturel, il revient au galop. L’autre nous reproche de ne pas être la personne qui l’a séduit. Normal, cette personne n’a jamais existé, puisque c’était un rôle que l’on s’est donné. Pas étonnant que Gainsbourg disait:
LEÇON 6 : Apprécie ce que l’on fait pour toi, au lieu d’y voir une occasion de chialer pour ce qu’on ne fait pas.
Parce que justement, se forcer à être bi même si elle ne l’est pas, vouloir essayer d’avaler même si elle n’aime pas ça, me proposer un ménage à trois alors qu’elle aurait très bien pu me garder pour elle seule, ce sont là autant d’efforts qu’elle a fait pour moi. J’aurais dû lui montrer mon appréciation en la remerciant. Mais non, à la place, je préférais me plaindre non-stop, alors que tout le long de ce weekend planifié pour être sexuel, c’est la seule à m’avoir baisé de façon satisfaisante.
LEÇON 7 : Ne perd jamais de vue quel est ton but premier.
Il y a des moments dans la vie où, avant d’agir ou bien de s’ouvrir la gueule, il faut s’arrêter et se demander « Qu’est-ce que j’essaye d’accomplir, au juste. C’est quoi mon but? Est-ce que mes gestes et paroles vont me rapprocher de ce but, ou au contraire vont-ils être contreproductifs? «
Mon but premier en allant à cette fin de semaine, c’était de baiser deux filles. un but que j’ai oublié, tellement j’étais focussé à faire la leçon à Tamara dans l’auto qui nous amenait chez elle. Un but que j’ai oublié, tellement je ressentais le besoin de me défouler verbalement de mes frustrations sur Julie. En ayant perdu de vue ce but, j’ai finit par le perdre tout court.
Et surtout, LEÇON 8 : Parfois, il vaut mieux faire semblant d’être d’accord avec son interlocuteur, surtout si c’est sur un point qui est à la fois anodin pour toi et important pour l’autre.
Après cette mésaventure, il m’est arrivé à quelques reprises de me faire poser la question par quelques filles (et un gay) au sujet de ma possible bisexualité. À chaque fois, j’ai répondu : « J’ai eu des expériences sexuelles au cégep avec des gars, ce qui m’a permis de me rendre compte que non, je n’aime pas. » Ce n’est pas un mensonge : Oui il m’est arrivé d’avoir du sexe à deux couples, donc en présence du chum de l’autre fille. Techniquement, même si l’autre gars et moi ne nous sommes jamais touchés, ça reste une expérience sexuelle, et c’est avec un gars présent. Et puisque la première fois, sa présence m’intimidait au point où je bandais mou et que j’ai horreur d’être sous-performant, il est vrai que ça m’a permis de me rendre compte que non, je n’aime pas. Comme ça, la personne est satisfaite et n’insiste pas comme quoi je ne peux pas le savoir sans jamais l’avoir fait, et la discussion s’arrête là.
C’est sûr qu’il y en a qui vont dire que puisque je joue sur les mots, ça reste malhonnête de ma part, que c’est hypocrite, que mieux vaut dire la vérité, que si l’autre n’est pas capable de le prendre c’est son problème pas le mien. Eh bien au contraire, pendant ces trois jours, ça a été mon problème, pas le sien. Parce qu’on a beau dire que c’est à elle d’accepter la vérité, personne ne peut l’en obliger. Et si elle décide que non, elle ne l’accepte pas, alors on ne peut rien faire, à part subir. Par conséquent, non, dire la vérité, ça ne vaut pas toujours mieux.
Parce que la vérité, ce n’est pas tout le monde qui est capable de la prendre.
AVERTISSEMENT: Ce chapitre contient quelques scènes de sexe, bien que décrites de façon pas tellement érotique. Non, sérieux là, pour trouver excitant ce qui suit, faut vraiment être en manque.
Chapitre 3: COÏTUS INTERRUPTUS AD NAUSEAM
Dimanche soir, 23h00. Julie et moi sommes assis à table, tandis que Tamara est au salon, au téléphone depuis une heure avec une fille nommée Nathalie.
MOI: T’es-tu sure qu’elle veut vraiment le faire, le trip à trois? JULIE: Ben oui, relaxe.
Difficile de relaxer quand ça fait une heure que j’attends pour que commence enfin le ménage à trois que l’on me promet depuis une éternité. Déjà que je suis de style tolérance zéro face à la bullshit, c’est un miracle que je n’y ai pas renoncé et reparti chez moi. Mais bon, le fait que je suis un piéton à deux heures d’auto de chez moi, en pleine campagne, par une température extérieure de -34°C, ça a aidé à prendre mon mal en patience. N’empêche que mon manque de sommeil, combiné à toutes les contrariétés qui me tombent dessus depuis deux jours pour faire obstacle à cette expérience, ça joue sur mon humeur.
MOI: Hier, elle est rentrée dans sa chambre à dix heures pour baiser avec son Justin. Avant-hier, toi pis elle, vous vous êtes enfermées dans sa chambre à dix heures pour baiser ensemble. Aujourd’hui, alors que c’est supposé être mon tour, y’é rendu onze heures, pis elle continue de jaser au téléphone. J’ai juste dormi cinq heures la nuit passée. Chus fatigué, moi! JULIE: Je l’sais ben, mais c’est pas de ma faute.
Je suis amer. Je connais trop bien ce genre de situation. Je l’ai vécu assez souvent.
MOI: J’t’ai-tu déjà raconté la fois où je me suis retrouvé chez une fille qui m’avait fait des propositions sexuelles, pis que rendus dans sa chambre, elle faisait tout pour changer le sujet? Rendu à deux heures et demi du matin, au moment où on vient pour se coucher, elle me dit qu’elle va juste aller aux toilettes pis revenir. Chus ben patient, mais quand ça a fait 30 minutes pis qu’elle n’était pas revenue, je suis sorti de la chambre pis chus allé voir. Ben elle était dans le salon à regarder une cassette des Schtroumpfs. Elle m’a dit qu’en passant devant le salon, elle a vu la cassette traîner et que ça lui a donné un coup de nostalgie irrésistible. HEILLE, AVOIR ENVIE DE REGARDER LES SCHTROUMPFS À TROIS HEURES DU MATIN, CALICE! Quand t’as ramené un gars chez vous pour baiser avec. J’veux pas faire mon chialeux, là, mais regarde: Je sais reconnaître les signes de quand une fille ça y tente pas. JULIE: À moi, en tout cas, elle m’a dit que oui. MOI: Elle t’a peut-être dit que oui, mais ça veut pas dire pour autant qu’elle n’a pas changé d’idée. S’cuse si je sonne sexiste, là, mais j’ai fréquenté assez de fille dans ma vie pour savoir que quand une fille va se refuser sexuellement, alors dans 99% des cas, elle ne va jamais le lui dire clairement. Surtout quand elle lui avait d’abord dit oui. Elle va plutôt s’empêtrer dans mille détours et excuses dans l’espoir que le gars comprenne le message et abandonne. JULIE: T’as ben raison! MOI: Ah, tout de même. C’est rafraichissant de voir au moins une fille qui l’admet. JULIE: Non: Je dis que t’as ben raison de dire que t’es sexiste. MOI: Huh?
Je ne comprends pas ce qu’elle veut dire par là. Le coup de la fille qui, après voir promis du sexe, fait tout pour s’en éclipser, c’est un fait réel et reconnu. Il y a bien assez de gars qui l’ont vécu pour le prouver.
JULIE: Tu penses-tu que les filles se font jamais faire le coup du détour pis des excuses, surtout celles qui ont un surplus de poids comme moi? Quand ils te parlent sur MSN, ah, là, c’est des t’es douce, t’es gentille, t’es attirante pis j’te veux pis gnagnagna. Mais quand tu l’rencontres en personne, même si tu lui as dit d’avance que t’étais grassette, hostie que tu l’vois dans sa face que là, c’est pu la même affaire pantoute. Là, y parle pu d’sexe ni de romance. Là, c’est le parfait gentleman, full amical, et surtout totalement asexué. Le gars qui essayes de te faire accroire que son but en te rencontrant n’a jamais été rien d’autre que amical depuis le début, pis que à la fin de la soirée il te sert des: Bon ben m’as y aller. Je travaille très tôt demain. J’ai la visite de mes enfants. Faut que j’aille faire du bénévolat au centre pour retraités de mon quartier, etc, etc. Fa que non, les filles sont ben loin d’avoir le monopole de l’hypocrisie pis de la bullshit quand vient le temps de te dire qu’ils ont changé d’idée et ne veulent plus de toi, Monsieur le Schtroumpf Sexiste.
Ouf! Moi qui me vante de toujours avoir réponse à tout et de toujours avoir raison, preuve à l’appui, elle vient de me boucher ben raide. Heureusement pour moi, Tamara, qui a enfin terminé son appel, vient nous rejoindre à ce moment-là.
TAMARA: Bon ben on passes-tu à la chambre? JULIE: Moi j’veux bien, mais chus pas sure que lui ça y tente encore. TAMARA: Ah non?
J’ai appris ce soir là que même quand il s’agit de ton amante officielle depuis quelques mois, ce n’est jamais une bonne idée de partir une argumentation avec celle avec qui t’es supposé t’en aller faire un trip de cul. J’pourrais pas fermer ma gueule, des fois? J’essaye de sauver la situation en me faisant une belle séance de patinage qui n’a rien d’artistique.
MOI: Hein? Euh… No-non! Haha. J’veux dire, OUI, ça m’tente. Évidemment. Je disais juste que j’avais pas beaucoup dormi la nuit passée, c’est tout. Ok! Bon ben on y va!?
Nous entrons dans la chambre de Tamara. La radio est allumée. Le volume est faible mais j’entends distinctement la voix de Prince qui chante1999:
Say, say, two thousand zero zero Party over, oops! Out of time. So, tonight I’m gonna party like it’s nineteen ninety nine.
Puisque nous sommes en janvier 1999 et que je m’en viens dans cette chambre pour y faire le party, la coïncidence m’amuse. J’y vois même un signe comme quoi tout va bien se passer. Ça me rassure.
Les filles portent des déshabillés semblables, sauf que celui de Tamara est bleu et celui de Julie est rouge. Aucune ne porte de petite culotte dessous. Je me déshabille tandis que Tamara ouvre son tiroir à jouets Elle possède une quantité assez impressionnante de dildos et vibrateurs de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Elle y a aussi des choses que je ne savais même pas qui existait, comme un genre de doigt de gant que l’on enfile sur l’index ou le majeur, au bout duquel il y a un mini-vibrateur, des cock-ring vibrant, ainsi qu’un truc étrange qu’elle me montre fièrement.
TAMARA: Ça, c’est le jouet favori de Julie: Le coco. JULIE: Hmmmm…. Mets-en qu’je l’aime, ton coco.
Ce qu’elles appellent un coco a la forme d’un manche de raquette de badminton, sauf que le dernier quart de la tige est recourbé et se termine par un petit oeuf vibrant. Tamara prend aussi un petit vibrateur mince, un large pénis de latex de couleur chair, et elle vient s’installer sur le lit.
TAMARA: Bon ben montre-moi ça, comment tu manges.
Puisqu’elle me demande un cunilingus si poliment, aussi bien m’exécuter. Je suppose que c’est normal que ce soit moi qui commence à lui donner du plaisir, ne serait-ce que pour la remercier de la faveur qu’elle m’accorde de me faire vivre un trip à trois. Je m’installe donc entre ses jambes et commence à me mettre au boulot.
Au début, je mettais du coeur à l’ouvrage. J’y ai mis toute ma science, toute mon expérience, j’ai tout utilisé, langue, doigt, bouche… Mais au bout de quinze minutes à la travailler de toutes les façons possible, sans la moindre réaction de sa part, je déclare forfait. Durant ce quart d’heure, elle n’a démontré aucun signe de plaisir. Pas le moindre gémissement, pas le moindre déhanchement, rien. Même la combinaison caresse du point G + broute-clito ne lui a pas arraché un soupir. Pour une fille qui baise autant avec autant de monde, je me serais attendu à autre chose. En tout cas, c’est moins l’écoeurement qui me fait arrêter, que le fait que je viens de découvrir que, comme tous les autres muscles du corps humain, la langue aussi peut être sujette aux crampes.
Et puis, il y avait un truc qui me buggait un peu: L’absence d’interaction entre Julie et Tamara. Tout le long que je faisais du langue-à-noune à Tamara, Julie se contentait de nous regarder, assise en retrait un peu plus loin sur le lit. Un peu bizarre pour des supposées amantes bisexuelles de longue date.
TAMARA: T’as fini? Bon ben, à qui le tour? MOI: J’pense qu’on peut ben s’occuper de Julie à deux. Elle a encore rien fait.
Julie s’approche de nous. Enfin, je vais vivre mon plus grand rêve sexuel. Voir deux filles se minoucher, se sucer les seins, se passer le doigt, se manger la chatte… Voire même s’embrasser! (Chose qui ne deviendra à la mode que cinq ans plus tard après que Britney Spears et Madonna l’aient fait, rendant la chose aujourd’hui banale.) J’espère qu’elles vont se faire un 69. C’est le genre de chose qui me ferait venir à répétition.
Julie vient se coucher entre nous deux. Elle écarte les jambes. Tamara empoigne son coco et vient se mettre à genoux à côté d’elle. Elle allume la vibration à la plus petite vitesse, et commence à l’utiliser sur Julie. Je me couche près de Julie de l’autre côté et je commence à l’embrasser et la cajoler. Ça y est, je commence enfin à vivre le trip de baiser avec deux filles qui se touchent. Mon excitation est à son plus fort. Ça ne prend que quelques minutes à Julie pour avoir le corps qui se tord sous son premier orgasme de la soirée.
Puis, le téléphone sonne. Tamara regarde l’afficheur.
TAMARA: Hm! Il faut que je l’prenne. Ce sera pas long.
Tamara sort de la chambre avec son téléphone sans fil.
JULIE: Pis? À date, comment tu trouves? MOI: Ah, c’est l’fun. Mais j’avoue que j’aimerais vous voir faire un peu plus d’affaires entre vous autres. JULIE: Comme? MOI: Ben, comme vous cajoler, vous embrasser, vous manger, pis toute c’que deux amantes bisexuelles sont supposées se faire. JULIE: Ben… C’est parce que moi chu pas à l’aise encore de faire ça. MOI: Comment ça? JULIE: Chus pas bi. C’est Tamara qui l’est.
Adekessé? Elle baise mensuellement avec une fille depuis presque un an et elle n’est pas bi?
JULIE: Tsé, la fois que j’ai fait un trip à trois avec elle pis Justin l’an passé? Tamara m’a convaincue c’te fois-là que même si j’étais straight, je pouvais ressentir du plaisir sexuel avec une femme, même si moi personnellement chus pas aux femmes. J’ai ben vu que c’était vrai: Que je me passe le coco ou ben que ce soit lui qui me le fasse ou ben elle, je viens tout autant.
Je comprends un peu mieux maintenant l’insistance de Tamara à essayer de me faire comprendre son point de vue sur le fait qu’on peut être bi tout en restant straight. Elle essayait probablement en douce de me prévenir à quoi m’attendre pour ce soir. Bah, un demi-gouinage est mieux que pas du tout. Au moins, je vais voir en personne de l’action girl-on-girl, même si ce sera à sens unique.
MOI: Ok. Fa que c’est Tamara qui te fais tout pis toi tu restes juste passive, c’est ça? JULIE: En fait, non! Elle connaît mes limites et elle les respecte. Quand on baise ensemble, en fait, tout ce qu’on fait, c’est se masturber l’une en face de l’autre ou l’une à côté de l’autre avec ses jouets, sans se toucher. Le seul moment où on se touche, c’est quand c’est elle qui me passe le coco. Chus pas encore assez prête pour qu’on aille plus loin ensemble. Pour te donner une idée, ça fait juste depuis vendredi que je lui permet de me toucher les seins.
Ciboire! Je suppose que je peux donc dire adieu à la majorité de mes fantasmes de voyeurisme lesbo. Y’a pas à dire, la vraie vie, c’est vraiment pas comme dans les films, surtout en matière de sexualité.
Tamara revient dans la chambre et repose son téléphone sur son socle.
JULIE: Pis? C’était qui? TAMARA: Nathalie! JULIE: Encore? TAMARA: Ouais, mais j’pense qu’à va aller se coucher, là. ‘Est saoule encore. Bon, on continue? JULIE: J’pense qu’y’é temps qu’on s’occupe de lui. Pauvre ti-pit, y’é même pas venu encore. TAMARA: On va y arranger ça!
Oh well! J’aurai pas droit à un show de lesbiennes, mais au moins j’ai deux filles qui font la queue pour s’occuper de la mienne. Ça pourrait être pire. Je me couche sur le dos tandis que Julie vient prendre place entre mes jambes.
TAMARA: Veux-tu te faire stimuler la prostate? J’ai c’qu’y faut ici.
Stimuler la prostate? Quéssé ça? J’ai beau m’y connaître en matière de sexe, c’est la première fois que j’entends parler de ça. Il faut dire que je me suis toujours exclusivement intéressé qu’aux différentes façons de faire jouir une femme. Ne m’étant jamais penché sur ce sujet en rapport aux hommes, je ne pouvais donc pas savoir de quoi elle parlait. Pour ce que j’en savais, la seule fonction de la prostate était de contrôler si c’est de l’urine ou du sperme qui sort. Sachant que, à ce niveau, la mienne fonctionne très bien, je me dis que je ne risque pas de lui pisser accidentellement sur la gueule, si c’est ça qui l’inquiète. Je n’ai que 30 ans, je suis encore loin de l’incontinence. Aussi, je réponds:
MOI: Non, ça va aller, merci. TAMARA: Comme tu voudras. Mais tsé, se le faire faire, ça ne veut pas dire qu’on est gay pour autant, si c’est ça qui te fait peur.
Être gay si que quoi? Mais de quoi elle parle? Julie jette un regard un peu agacé à Tamara.
JULIE: Tamara! On en a déjà parlé de ça. Y veut pas, ok? TAMARA: Ok, ok! Moi j’m’en sacre. C’est lui qui se prive.
Là, je suis sincèrement confus.
MOI: Me priver de quoi? JULIE: Ah, laisse faire, là. MOI: Non, j’comprends pas. C’est quoi, l’affaire de la prostate? TAMARA: R’garde, j’ai compris, là! T’as pas besoin de m’engueuler comme avant-hier dans l’char.
L’exaspération me gagne.
MOI: Mais c’est pas ça, l’problème! Je l’sais pas de quoi vous parlez.
Les deux filles me regardent d’un air interrogateur. J’élabore donc:
MOI: J’peux-tu savoir de quoi vous parlez, au juste? C’est quoi, ça, l’affaire avec la prostate?
Les deux filles me regardent toujours d’un air interrogateur.
TAMARA: Tu sais pas c’est quoi? MOI: Non!
Coudonc, c’est donc ben difficile d’avoir une réponse claire. Après quelques secondes d’hésitation, Tamara daigne enfin me dire:
TAMARA: C’est quand tu te fais rentrer un doigt ou un vibro dans l’cul, pour te faire masser la prostate. Tu t’es jamais fait faire ça? MOI: Non! C’est la première fois que j’en entends parler. TAMARA: Tu m’niaises-tu?
Sur ce, le téléphone sonne de nouveau. Tamara regarde l’afficheur.
TAMARA: Shit!
Elle reprend l’appareil et sort de la chambre. Julie se sent mal.
JULIE: Désolé pour les interruptions. MOI: T’as pas à être désolée, c’est pas toi qui téléphone.
J’ai beau épargner Julie de ma mauvaise humeur, je n’arrive pas à en faire autant pour Tamara, surtout avec ses dernières paroles.
MOI: Pis anyway, c’t’aussi ben qu’on soit interrompus. Que c’est qu’à veut dire, au juste, avec son « Tu m’niaises-tu? » Que si je ne sais vraiment pas c’est quoi son affaire de massage de prostate, alors que oui, chus un niaiseux? Pis sa remarque, là, comme quoi j’allais encore l’engueuler comme dans le char... Que c’est ça, cette insistance-là qu’elle a à me faire passer ou bien pour un cave ou bien pour un chialeux? JULIE: C’parce qu’à pense que tu la juges sur sa sexualité.
Cette accusation injustifiée me fait sauter au plafond.
MOI: Que…? Moi, la juger ELLE? Alors que c’est elle qui n’arrête pas de me chier dessus parce que chus straight!? JULIE: C’est parce que pour elle, le fait que tu lui ais dit que t’étais straight, sans vouloir essayer autre chose, c’est comme si tu lui disais que c’t’une salope d’être bi.
Je suis en totale aberration devant ces paroles.
MOI: Ben voyons donc? Comment est-ce que la sexualité de quelqu’un pourrait constituer une attaque personnelle contre la sexualité d’une autre? Ça n’a pas de bon sens, c’est…
Le téléphone sonne. Tamara regarde l’afficheur et soupire.
TAMARA: Non, à m’lâche pas!
Tamara quitte de nouveau la pièce avec le téléphone. Je pose enfin la question:
MOI: C’est qui c’te Nathalie-là? JULIE: C’est son ex. Une estie de grosse butch malade mentale, jalouse pis violente comme ça s’peut pas. Heille, pour te donner une idée, une nuit alors qu’elles dormaient ensemble, Nathalie se réveille et commence à lui varger dans face à grand coups de poing parce qu’elle venait de rêver que Tamara la trompait. MOI: Ben voyons donc? Voir si un adulte saurait pas faire la différence entre un cauchemar pis la réalité. JULIE: C’est pour ça que Tamara a déménagé icite avec ses enfants. Elle habitait à Montréal jusqu’à l’été passé. Elle est venue icite pour lui échapper.
Cette nouvelle me donne un nouvel aspect aberrant de la personnalité de Tamara.
MOI: Attends… T’es en train de me dire qu’elle n’a pas hésité à bouleverser la vie de ses quatre enfants et de toute sa famille, au lieu de mettre la police après une conjointe violente? JULIE: Elle avait pas de preuves. MOI: Pis sa face pleine de bleus? JULIE: Pas de preuve que c’était Nathalie qui avait fait ça. MOI: Ben voyons donc! Depuis quand est-ce que la police a besoin de preuves? Mon ex m’a fait sortir de la maison par la police avec de fausses accusations de violence conjugale. JULIE: Oui mais toi t’es un gars. On croit à la violence de l’homme contre la femme, on ne croit pas à l’inverse. Et surtout on n’arrive pas à imaginer que la violence physique entre femmes puisse exister. Ben m’as te dire que c’est pas mal pire que des bitcheries pis du tiraillage de cheveux.
Interruptions multiples via appels téléphoniques incessants, insistance pour me sodomiser avec des objets contondants contre mon gré, une amante bi qui n’est pas bi pantoute, et l’autre qui ne montre aucun signe orgasmique, des insultes sous-entendues, des mauvaises décisions et des histoires de violence conjugale… On nage en plein érotisme, dites donc.
AVERTISSEMENT: Ce chapitre contient des scènes de sexe, bien qu’elles soient fortement censurées.
Chapitre 2: DES HOMMES BI ET DES ZOMBIES
Pour le reste de cette première journée qui a mal commencée, je suis en mode gentleman. Je jase mais je reste bref, poli, souriant. Je n’essaye pas de faire de blagues. Je me porte même volontaire pour faire l’Everest de vaisselle dans la cuisine. Ça m’occupe et me rend utile. Et quand les filles fouillent dans le frigo en planifiant le souper, je me porte aussi volontaire pour aller braver le froid et aller à l’épicerie chercher ce qui manque, pour peu que Tamara me prête les clés de son char. Elle accepte. Ça va les libérer de ma présence pour au moins une heure et demi, ce qui devrait leur permettre de parler librement et sans malaise causé par ma présence, s’il en reste.
À mon retour, tout a l’air ok. Je ne vois plus que Julie, Tamara et ses 3 plus jeunes enfants, puisque Britney et son chum William se sont enfermés dans la chambre de ce dernier pour le reste de la soirée. Le souper se déroule bien, dans une atmosphère cool et détendue. Plus tard en soirée, tandis que Tamara est à la douche, Julie vient me parler en privé:
JULIE: Bon! J’ai eu le temps de parler à Tamara. Elle a compris que tu ne disais pas ça pour l’attaquer ni la niaiser. MOI: Eh bien tant mieux. JULIE: Mais je lui ai aussi fait comprendre qu’elle n’avait pas d’affaire à te tomber dessus comme ça avec ses questions sur le fait que t’es pas bi. MOI: Merci. Mais sérieux, là, c’était quoi son but? JULIE: Tu demandes pas à la bonne personne. Tamara est ben fine, mais des fois est difficile à comprendre. Tk, on en a jasé, pis ben, tu comprendras qu’y s’passera rien à soir. MOI: Oh!? JULIE: Essaye de la comprendre, un peu. Tu l’as quasiment traitée de violeuse alors que c’est elle qui s’est fait violer. Dire à une victime de viol qu’à vaut pas mieux que son violeur, j’pense pas qu’y’existe de remarque plus insultante ou plus rabaissante. MOI: Mais comment j’pouvais savoir!? JULIE: C’est beau, elle a compris que c’était une coïncidence. Mais pour l’instant, elle est comme pas trop à l’aise avec toi, fa que elle veut te connaître mieux avant qu’y s’passe de quoi. MOI: C’est ben correct. Anyway, je t’ai toi pour cette nuit. C’est donc toi qui aura toute mon attention et toutes mes caresses pour toi toute seule.
Julie détourne le regard, un peu gênée.
JULIE: Euh… j’aimerais ben ça, mais… MOI: Mais? JULIE: Ben, c’est parce que… Moi, je vais dormir dans le grand lit de Tamara avec elle. Pis comme je viens de te dire, elle n’est pas encore ben ben à l’aise avec toi, fa que toi tu t’installeras sur le fauteuil du salon. C’est la seule autre place qui reste dans’maison pour dormir. MOI: Ah? Euh… Ok! JULIE: Ça t’dérange pas trop?
Ayant tiré leçon de ce qui se passe lorsque j’exprime mon mécontentement, je décide d’être compréhensif et conciliant.
MOI: Oh, moi je suis un invité ici, alors je trouve tout à fait normal et acceptable de suivre les indications de la maîtresse de maison. JULIE: T’es sûr? MOI: Oui oui, pas d’trouble.
Pas de trouble, en effet, jusqu’à ce que je réalise ce que cette situation implique.
MOI: Euh… Attends minute… Vous êtes amantes, pis vous allez dormir dans le même lit… Est-ce que vous allez… JULIE: Baiser ensemble elle pis moi? Euh… Ben… On le fait une fois par mois à chaque fois qu’on se voit, pis là ça fait un mois qu’on s’est pas vu, fa que… Pis tsé, si je lui refuse parce que t’es là, c’est pas ça qui va la mettre de meilleure humeur après toi. MOI: Je vois! JULIE: Ça t’déranges-tu?
Mon amante et une autre fille, soit les 2 filles qui m’ont amenées ici expressément pour les baiser, vont passer la nuit seules toutes les deux, à baiser ensemble, dans sa chambre, la porte fermée, dans son grand lit qui est en fait 2 lits Queen collés ensemble, tandis que moi je vais être couché sur le fauteuil du salon, juste à côté de la porte ouverte de la chambre des 3 plus jeunes enfants, ce qui fait que je ne peux même pas soulager mes tensions phalliques en solo sans risquer de me faire surprendre par l’un d’eux. Je me retrouve à essayer de dormir jusqu’à 2 ou 3 heure du matin sous les gémissements orgasmiques fréquents de Tamara et de Julie, ainsi que de Britney et William provenant de la chambre de ce dernier. En quoi est-ce qu’une telle situation pourrait me déranger, voyons!? [/amèrement sarcastique]
En tout cas, j’ai appris une chose ce jour-là: Quand tu rencontres la fille avec qui tu vas faire un ménage à trois et qu’elle te demande si tu as déjà eu une relation homosexuelle, si t’es pas cave, tu vas répondre OUI!
La nuit est courte. Le réveil est brutal, et est sous la forme de la musique thème du générique de ce nouveau dessin animé que je ne connais pas encore:
Un jour je serai le meilleur dresseur ♫ Je me battrai sans répit Je ferai tout pour être vainqueur ♫ Et gagner les défis Je parcourrai la Terre entière ♫ Traquant avec espoir Les Pokemons et leurs mystères ♫ Le secret de leur pouvoir
Pokemon Attrapez-les, c’est notre histoire ♫ Ensemble pour la victoire Pokemon ♫ Rien ne nous arrêtera Notre amitié triompheraaaa… ♫
Trois enfants, un samedi matin, un salon contenant la seule TV de la maison… J’aurais dû me douter que ça se passerait ainsi.
Anyway, c’est pas comme si mon sommeil avait été réparateur, avec les rêves que j’ai fait. Dans l’un d’eux, j’étais seul dans une école que je parcourais en vain sans trouver le gym où se déroulait mon bal. Dans un autre, j’attendais éternellement un bus qui n’arrivait jamais. Dans un autre encore, j’étais coincé dans un ascenseur qui allait partout, se prenant même parfois pour une montagne russe, sans jamais me déposer là où je voulais aller. Je n’ai pas besoin d’un psy pour comprendre ce que ces rêves signifient. Ils ne sont que le reflet de mon sentiment d’être abandonné, de me faire mettre de côté, d’avoir raté le bateau. Depuis Geneviève La Coloc de l’Enfer, je m’étais juré que plus jamais je ne me tiendrais avec des gens capables de me faire sentir aussi reject et loser. Ça a bien l’air qu’on n’a aucun contrôle là-dessus. Pfff…
Je me lève, Il est 7:30 am. Je prépare mon déjeuner, et tant qu’à y être, celui des enfants. Ce n’est que quatre heures plus tard, soit à 11:30, que Tamara et Julie daignent enfin se lever. Je demande à Tamara si c’est ok que je puisse faire un somme dans son lit parce que j’ai dormi vraiment peu, et mal. Elle comprend et accepte. Je la remercie.
Je vais à la salle de bain. Je plie, roule et humecte légèrement de salive deux carrés de papier de toilette de façon à me créer des bouchons d’oreille super isolant du bruit, un truc que j’ai créé chez mon ex pour des raisons semblables. Au moment où je suis debout, à côté du lit, Julie vient me rejoindre. Elle ferme la porte et vient s’asseoir sur le bord du lit devant moi. Elle porte une robe de chambre rouge décolleté qui me cache presque rien de sa lourde poitrine. Elle me regarde en souriant. Elle pose sa main sur mon entrejambe et commence à me masser le zipper. Elle me fera une délicieuse pipe qui adoucira quelque peu mon humeur. Puis, elle me guide au lit et pose la douillette sur moi et me donne un bisou de bonne nuit. Elle repart en fermant la porte. Je ferme les yeux, satisfait et heureux.
Trois heure quinze de l’après midi. Je me réveille en pleine forme. L’avantage d’avoir dormi si tard, c’est que je suis certain que je vais pouvoir doublement performer ce soir. Je me lève donc, full positif. Je mets mes jeans, je sors de la chambre et… Je trouve la maison vide. Il y a une petite note sur la table me disant qu’ils sont tous partis faire une épicerie pour le souper de ce soir. Bah, aussi bien, ça va me permettre de prendre une douche et me raser, et pas juste la face.
Une heure plus tard, je suis tout beau et propre. Julie, Tamara et la petite famille reviennent. Tout le monde est joyeux et mes deux futures partenaires ont l’air très heureuses de me revoir. Elles sont cependant accompagnées d’un homme que je ne connais pas, mais qui se présente comme s’appelant Justin. Il est grand, il est blond, il est bronzé, il est beau, il a de belles dents blanches et il est pas mal plus athlétique que moi. Bref: je l’haïs déjà. J’espère juste qu’il n’est pas un amant de Tamara et qu’il n’est pas ici pour la baiser ce soir. Julie me donne quelques uns des sacs d’épiceries qu’elle trimbale, et elle m’entraîne avec elle à la cuisine:
JULIE: On a rencontré Justin tantôt à l’épicerie. C’t’un vieil ami à Tamara. Ça faisait ben longtemps qu’elle ne l’avait pas vue, fa qu’elle l’a invité pour souper. MOI: Bah, tant qu’elle l’a pas invité à coucher. JULIE: Euh…
Son hésitation est très éloquente.
MOI: Attends… Elle l’a invité à coucher? JULIE: Ben… Tsé, quand j’te disais que j’ai déjà participé à un ménage à trois avec elle pis un de ses amants? Ben, l’amant, c’était lui. C’était l’été passé, pis après ça il partait travailler à Sherbrooke. Il enseigne là-bas. Mais là, il est revenu pour la fin de semaine. C’est la seule occasion qu’ils vont avoir pour de baiser avant l’été prochain. MOI: Mouain! Il ne planifie pas vous rebaiser toutes les deux à soir, j’espère? Ou si oui, j’espère qu’au moins je vais pouvoir participer, au lieu d’être encore mis de côté. JULIE: Tamara l’a proposé, qu’on rebaise ensemble, elle, moi pis lui. Mais j’ai dit que si on faisait ça, je préférais que tu participes. MOI: Ah, tout de même. Merci!
Bon eh bien, je vivrai une baise à quatre au lieu d’une baise à trois. Qu’importe! L’important c’est que je vais pouvoir quand même me taper deux filles qui vont se gouiner devant moi.
JULIE: C’est là qu’elle a dit que finalement, ce serait peut-être mieux s’ils passaient la nuit ensemble, juste eux deux.
Entendre ce genre de chose, ce n’est pas ça qui aide l’estime de soi. Même moi, je peux entendre l’amertume dans ma voix lorsque je dis:
MOI: Je vois. Vouloir baiser en groupe, mais finalement préférer laisser faire si je participe. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça l’a fait chier en estie, le fait que je ne sois pas bi. JULIE: C’pas ça! C’est juste que, comme je te dis, c’est la seule nuit qu’ils vont pouvoir passer ensemble avant encore 5 mois. MOI: R’garde, j’veux pas faire mon jaloux ni mon frustré, là, mais mets-toi à ma place… C’était planifié que je vive un ménage à trois pendant trois jours avec vous deux, et là ça fait deux soirs de suite que je me fais tasser parce que chus straight, et ce par quelqu’un qui se vante d’avoir l’esprit ouvert.
Il est vrai que si elle avait l’esprit aussi ouvert que ses cuisses, ça ne se passerait pas ainsi. Le visage de Julie s’illumine.
JULIE: Oh, je comprends, là! Tu pensais qu’on avait planifié de te faire vivre ton trip à trois pendant les trois soirs. MOI: C’était pas l’cas? JULIE: No-Non! Oui, c’est vrai qu’hier c’était supposé qu’on le fasse, sauf que tu l’as refroidie ben raide avec tes remarques sur le viol et l’inceste. MOI: … JULIE: Mais ce soir, c’était prévu d’avance qu’elle couche avec Sébastien, un autre de ses amants. On avait même parlé de le faire à quatre si ça t’avais tenté. En tout cas, on en parlait avant que tu la refroidisse, fa que je ne sais pas si elle te l’aurait proposée. Mais anyway, quand elle a vue Justin à l’épicerie, elle a appelé Sébastien pour le canceller. Fa que, si y’en a un qui devrait être frustré, c’est Sébastien. Parce que c’est lui qui s’est fait canceller sa baise pour un autre gars.
Ce que je retiens de cette histoire finalement, c’est que je viens de passer à côté d’un trip à 4. Même si c’est un peu moins le fun qu’à 3, ça m’aurait quand même plu. Un autre détail me tracasse:
MOI: Ok! Fa que ça s’passe comment à soir? Y’a pas assez de place pour dormir à deux sur le fauteuil. Ça veux-tu dire que même si tu ne fait pas de ménage à trois avec eux-autres, tu vas dormir dans leur lit pendant qu’ils baisent? JULIE: Non! À soir, on couche ensemble toi pis moi dans la chambre de William. Il va passer la nuit chez Britney.
Bon, au moins, je ne serai pas tenu à l’écart de toute l’action. Je pourrai baiser mon amante, c’est au moins ça. N’empêche, c’est vraiment chiant d’apprendre, une fois que c’est raté, tout le fun que tu as failli avoir. Je suppose que mon humeur parait dans mon visage, car elle me demande:
JULIE: Ça t’fais pas plaisir? MOI: Oh, au contraire, je suis très content. Mais t’sais… J’ai toujours été un gars compréhensif et respectueux. Jamais je n’ai forcé une fille à faire quoi que ce soit sexuellement avec moi. Fa que, si ça lui tente vraiment pas de le faire, le ménage à trois avec moi, elle a juste à le dire. Moi, ça va m’éviter d’attendre après quelque chose qui n’arrivera jamais. Pis elle, elle n’aura pu à sentir de pression. Comme ça, tout le monde y gagne.
Julie fais un petit sourire. Elle se rapproche et se colle à moi.
JULIE: Ben non, rassure-toi, je te jure que ça va se passer. Demain soir, ça va être toi, moi et elle, et tu vas pouvoir nous baiser autant que tu voudras. Tu t’es-tu déjà fait sucer par deux filles en même temps? Ben demain, je te jure qu’on va le faire. Pis tu sais quoi? Quand tu vas venir, m’as pas arrêter de te sucer pour te finir à la main comme tantôt. Tu vas pouvoir venir dans ma bouche, pis j’vas avaler.
Cette proposition me surprends. Elle qui m’a déjà dit en détester le goût. Je ne voudrais surtout pas qu’elle se force, ça risque juste de lui enlever l’envie de me faire des fellations. ce serait dommage car elle est très bonne.
MOI: Wow! Mais, euh… T’es pas obligée. J’voudrais pas que… JULIE: R’garde, si j’te le propose, c’est parce que j’en ai envie. Tu ne me forces pas du tout, tu ne m’as jamais forcé à rien faire, et c’est pour ça que j’ai envie de le faire. Parce que tu le mérites. MOI: Wow! Ben, euh… Merci!
Julie pose sa main sur la bosse qui, dans mon jeans, pousse rageusement contre la fermeture éclair.
JULIE: J’espère juste que t’as assez dormi pour t’occuper de moi toute seule a’ soir? Parce que j’te préviens, j’ai autant d’appétit que deux nymphos.
Dix heure du soir. Les enfants sont couchés et dorment. William est parti chez/avec Britney coucher chez/avec elle. Tamara est dans sa chambre et se tape déjà son beau baiseur baraqué blond bien bronzé. Julie et moi, en sous-vêtements, on refait le lit de William avec ce que Tamara nous a fourni. D’abord, nous mettons un rideau de douche sur le matelas. Puis, on le recouvre de deux douillettes bien épaisses. C’est juste pour s’assurer que l’on ne tachera ni le matelas ni la literie de William. Puis, Julie s’assure que la porte est bien barrée. Je m’approche d’elle tandis qu’elle me tourne le dos. Je l’enlace et l’embrasse dans le cou.
JULIE: Hmmm… On est en manque, ce soir?
Pour faire d’une longue histoire courte, on a baisé comme des lapins sur les speeds jusqu’à 1:30 du matin. Puisque l’on a beaucoup transpiré (entre autres) on a ensuite retiré les deux douillettes full détrempées ainsi que le rideau de douche, on s’est séchés avec la serviette que j’avais pensé apporter dans mon sac et on s’est recouchés dans la literie de William qui ne risque plus rien.
Dimanche matin. Le froid me réveille. Je trouve Julie endormie à mes côtés dans un cocon composé de toutes les couvertures de lit. Je jette un oeil par terre. Les seules couvertures de libre sont celles qu’on a imbibé la veille. Pas sûr que je veux m’enrouler là-dedans.
Je regarde ma montre. 6:21 am. Je n’ai dormi qu’à peine cinq heures. Décidément, c’est pas reposant vivre ici. Je me lève et m’habille, histoire de voir si je ne pourrais pas trouver d’autres couvertures ailleurs. Je sors de la chambre et referme la porte délicatement. Je constate que, bien que le chauffage est allumé, il y a comme des courants frisquets dans la maison. On ne peut pas voir dehors tellement les vitres sont des jardins de givre. J’allume la télé et jette un oeil à Météomédia. Je constate qu’il fait en ce moment -34 Celsius dans la région. J’en ai la mâchoire pendante de surprise. Je n’ai jamais vu un tel froid de toute ma vie. Ils prévoient que ça va remonter à – 25 dans la journée, mais rebaisser à -30 en soirée. Je me demande si c’est la température qui est exceptionnelle, ou bien si c’est toujours le cas en campagne, avec tous ces grands espaces vides qui laissent passer si bien le vent et le froid.
Je trouve d’autres douillettes propres dans la salle de lavage de Tamara. Je m’en prend une et je reviens vers la chambre de William. Je pose la main sur la poignée et… Elle refuse de tourner. La porte est barrée. C’est que c’est une de ces portes avec un verrou intérieur sous forme d’un bouton au milieu de la poignée, auquel il faut faire un quart de tour pour la barrer, chose que Julie a fait hier soir. De l’intérieur, on peut librement tourner la poignée et l’ouvrir comme si de rien n’était, d’où la raison pourquoi je ne me suis pas rendu compte qu’elle était verrouillée. Mais de l’extérieur, pour l’ouvrir, ça prendrait une clé. Je n’ai pas la clé. Et si clé il y a, les chances sont bonnes qu’elle soit dans la sacoche de Tamara, dans sa chambre, là où elle et son mec ronflent derrière une porte fort probablement barrée aussi.
D’habitude, on ne retrouve ce genre de serrure que sur les portes de salle de bain. mais bon, je suppose qu’en tant qu’ado et actif sexuel, William tenait à avoir son intimité.
Je ne vais quand même pas cogner à la porte de chambre. Je risque de réveiller tout le monde avant de la réveiller elle. Et même si Julie est la seule que j’arrive à réveiller, elle pourrait ne plus être capable de se rendormir, donc être trop épuisée ce soir pour le trip à trois. Si je lui dis que c’est parce qu’elle a pris toutes les couvertes et barré la porte, donc que c’est doublement de sa faute à elle si je la réveille, elle va être insultée. Et si je ne dis rien et passe pour celui qui s’est enfermé hors de la chambre sans raison valable, elle va encore me prendre pour un cave. Donc, peu importe ce que je fais, je risque de perdre ma dernière chance de me taper deux filles.
Il me reste toujours le fauteuil du salon, mais avec trois enfants en bas âge, si je me fie à hier, je n’en ai que pour 45 minutes gros top avant qu’ils se lèvent et envahissent la place. Je n’ai donc pas le choix. Je me vois obligé de rester debout.
Lorsque, comme hier, Tamara et Julie se lèvent passé onze heure, j’ai manqué de juste assez de sommeil pour être semi-comateux, mais ça fait trop longtemps que je suis réveillé pour être capable de me rendormir. Je resterai dans cet inconfortable état de à-60%-de-mes-capacités-physiques-et-mentales toute la journée. Ça promet pour mon ménage à trois de ce soir.
Si Tamara aime les hommes bi, elle devrait apprécier les zombies puisque ça sonne pareil.
AVERTISSEMENT: Même si je ne serai pas tellement explicite, ce chapitre ainsi que les trois prochains contiennent néanmoins du langage cru ainsi que des scènes de sexe, qui ne sont en fait tellement rien comparé à ce qu’on peut voir à la télé de nos jours. Mais bon, faut bien prévenir.
Selon la rumeur populaire, il semblerait que dans 90% des cas, un fantasme est beaucoup moins génial dans la réalité que dans notre imagination. J’ai eu l’occasion de tester cette théorie moi-même, la seule et unique fois où j’ai eu la chance (?) de vivre le fantasme masculin typique et classique, j’ai nommé le ménage-à-trois deux-filles-un-gars.
Mise en contexte: Comme je l’ai déjà écrit ici par le passé, entre mes 15 et 27 ans j’étais dépendant affectif, ce qui me faisait toujours tomber en amour avec n’importe quelle fille, peu importe son style, sa mentalité, ses goûts et son univers. En fait, mon seul critère pour la trouver de mon goût, c’était qu’elle soit célibataire. C’était suffisant pour que je crois que ça puisse être la bonne. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que j’ai vécu un nombre incalculable de déboires amoureux.
C’est à l’âge de 27 ans que j’ai fini par me rendre compte de ma dépendance, ainsi que du fait que là était la source de tous mes problèmes. À partir de ce moment, j’ai complètement cessé de ressentir le désir amoureux. Je ne tombais juste plus ni accro ni en amour avec personne. Même dans les deux courtes relations de couple que j’ai eu par la suite, je ne ressentais rien de plus que de l’amitié + du désir sexuel. Et leurs mots d’amour ne faisaient que me faire ressentir du malaise. Pas étonnant que ces relations furent courtes. Bref, ne pas pouvoir donner autre chose que amitié+sexe, ce n’était pas une décision prise volontairement. C’était la reconnaissance d’un fait.
Chapitre 1: ROADTRIP À TROIS
Janvier 1999. J’ai 30 ans et je suis célibataire depuis maintenant quatre ans. Côté personnalité, je suis en pleine transition. Je suis déjà observateur et réfléchi, mais je ne peux pas encore prétendre avoir de la sagesse. Il faut dire qu’après une vie entière de compromis à être compréhensif et conciliant, j’ai fini par me rendre compte qu’il y a une raison pourquoi tous ces mots commencent par la syllabe CON: Parce c’est ce que l’on devient, à trop vouloir être bon. Aussi, maintenant, c’est tolérance zéro: Quand quelque chose ne fait pas mon affaire, je le dis. Quand je vois qu’on me sert de la bullshit, je le dis. Quand quelqu’un agit de façon incorrecte, je le dis. Et si t’es pas content(e), alors Bye!
Loin de me rendre impopulaire, mon attitude no-bullshit m’attire un nouveau genre de filles: Celles qui feraient tout pour plaire à leurs chums. Aussi, il m’arrive d’avoir des amantes car qui dit célibataire dit endurci, et ce dans plusieurs sens. Celle que j’ai à ce moment là, (Appelons-la Julie) connait et accepte ma limite amitié + sexe. On se voit une ou deux fois par semaine et le sexe est génial. Elle est la preuve vivante de la rumeur comme quoi les grosses sont les plus cochonnes: Au lit, elle fait tout et elle aime tout. Enfin, sauf avaler, mais ça je ne peux pas lui en tenir rigueur. Bref c’est une bonne amante. Tellement bonne qu’un jour, elle me demande si j’ai un fantasme inassouvi que j’aimerais vivre, et si oui, lequel. Comme je suis un gars pas compliqué, je n’ai aucun fantasme inusité ou hard. Moi, c’est juste la grande classique masculine: Baiser avec deux filles bi qui auraient autant de plaisir entre elles qu’avec moi.
Julie me révèle alors un coquin secret: Depuis bientôt un an, elle a une amante (appelons-là Tamara) qui habite à quelques heures de route de Montréal. Elles se voient environs une fois par mois pour une fin de semaine de plaisirs sapphiques. C’est ainsi que j’apprends que Julie est bisexuelle. Tamara aussi est bi et il lui est déjà arrivée d’offrir à un de ses amants le plaisir d’une baise à trois avec Julie. Julie considère donc que Tamara lui en doit une. Elle va lui parler de moi, lui envoyer de mes photos et lui faire la proposition.
Quelques jours plus tard, Julie m’annonce que Tamara a accepté. La dernière fin de semaine du mois de janvier, elle passera nous prendre en auto chez Julie et nous amènera chez elle dans sa maison de campagne, où nous passeront tout le weekend. La perspective de pouvoir vivre cette expérience me réjouit. Je n’arrive pas à croire la chance que j’ai. En tout cas, je ne me faisais pas faire de telles propositions dans le temps où j’étais un Nice Guy.
Le vendredi matin, je suis chez Julie. Tamara passe nous prendre. C’est une belle femme, un peu grassette mais quand même moins que Julie. Elle a mon âge, soit 30 ans, et elle est accompagnée d’une superbe jeune fille style Britney Spears à ses débuts. (Appelons-là Britney, tant qu’à faire). Le temps de mettre nos bagages dans le coffre et d’embarquer, nous sommes partis pour un petit 2 heures de route.
Tout le long du trajet, on jase et on apprend à se connaître. Tamara et Britney sont très sympathiques. Je crois comprendre par des bribes de conversations entres elles que Britney serait peut-être elle aussi une amante de Tamara. Je me retrouverais donc avec trois filles au lieu de deux? Trois filles dont une qui a l’air d’une pop-idol de magazines? Woah! Cette idée m’excite dans des proportions olympiques. Il faut dire que Julie contribue grandement à mon allumage depuis une quinzaine de minutes, en s’amusant à me manipuler le contenu du caleçon de sa main qu’elle a glissé dans mon jeans en cachette des deux filles assises en avant.
À mi-chemin, on s’arrête à un Ultramar pour faire le plein. Tamara et Britney entrent au dépanneur. Julie en profite pour pousser sa coquinerie un peu plus loin. Elle libère de mon pantalon mon sexe rendu rigide par la dernière heure de manipulation. Elle se penche sur moi et me fait une fellation. J’apprécie beaucoup ce geste, mais étant donné la situation, je regrette presque de ne pas être précoce.
MOI: Hmmm… Dommage qu’on va juste être seuls ici 2-3 minutes maximum. J’aurai jamais l’temps de venir. JULIE: T’en fais pas si on s’fait surprendre par Britney. Elle a vu et fait des affaires pas mal plus heavy que ça, même si elle a juste 14 ans.
Cette nouvelle me fige de surprise.
MOI: Que-QUOI!? QUATORZE? Ben voyons donc!? JULIE: Surprenant, hein? On y donnerait au moins 18. MOI: Mais-mais-mais là… C’est pas l’amante à Tamara? J’avais cru comprendre… JULIE: Han? Ha ha, non, t’as mal compris. Tamara couche des fois avec la mère de Britney. Britney, c’est la blonde de William, le fils ainé de Tamara. Lui, y’a 16 ans.
J’ai quelques difficultés à procéder ces nouvelles informations.
MOI: Attend… Tamara a un flo de 16 ans, alors qu’elle en a 30? Ça veut dire qu’elle aurait accouché à 14, donc qu’elle baisait déjà à 13!? Elle a été violée ou ben quoi? JULIE: Ben non, ‘est juste ben cochonne. Comme Britney, qui a commencé à 12. Tsé, l’monde d’la campagne, y sont précoces.
Je saisis un autre détail:
MOI: Attend minute… T’as bien dit son fils ainé? JULIE: Oui, elle a quatre enfants. Le plus vieux a 16 et la plus jeune a 7, et c’est elle qui en a la garde. Y sont ben fins, tu vas voir.
Voyant Tamara et Britney sortir du dépanneur et revenir à l’auto, je remets dans mon pantalon mon membre qui a perdu pas mal de virilité, suite à ces révélations. Que Britney soit mineure et en couple, donc doublement off limits, je n’ai aucun problème avec ça. Elle ne faisait pas partie du plan original de toutes façons. Par contre, l’idée d’avoir les enfants dans les pattes toute la journée pendant 3 jours n’a rien de réjouissant ni d’allumant. Je me demande bien à quelles autres surprises et imprévus j’aurai droit en fin de semaine. Je n’ai pas à me poser la question longtemps, j’en ai déjà un aperçu lorsque Tamara commence à me jaser alors que l’on reprend la route.
TAMARA: Pis toi, Steve, t’es tu bi? MOI: Non, straight! TAMARA: Comment tu l’sais?
En voilà une question idiote. Comme si on ne savait pas par quoi on est attiré. Franchement.
MOI: Le fait que je suis attiré par les filles et non par les gars, j’dirais que c’est un assez bon indice comme quoi chus hétéro. TAMARA: Mais t’as jamais couché avec un gars? MOI: Non. TAMARA: Comment tu l’sais que t’es pas bi d’abord? MOI: Parce que ‘me semble que c’est pas mal difficile de se prétendre bi quand on a toujours eu rien que des relations hétéros. TAMARA: Ça veut rien dire.
Huh? Où est la logique dans cette réponse?
MOI: Euh… J’comprends pas. TAMARA: Tu dis que t’as jamais couché avec un gars. MOI: Exact! TAMARA: Ben dans ce cas-là, comment tu l’sais, que t’es pas bi, si t’as pas essayé? MOI: Pour autant que je sache, la raison pourquoi on a du sexe, c’est pour répondre à nos désirs sexuels. Puisque je n’ai jamais eu de désirs sexuels pour les gars, je peux donc affirmer être straight.
C’est pourtant logique. Je ne vois pas comment on pourrait être plus clair.
TAMARA: Oui mais r’garde… Si t’as jamais couché avec un gars, tu peux pas dire que t’aimes pas ça. MOI: Ben oui! TAMARA: Ben non! Tu peux pas dire que t’aimes pas kek’chose sans l’avoir essayé. MOI: Mais oui je peux: Puisque je n’ai pas envie de le faire, alors c’est évident que je n’aimerais pas le faire.
Loin de voir mon point de vue, Tamara soupire de découragement.
TAMARA: Pffff…. Ah, moi, le monde qui ont des préjugés… MOI: Des préjugés? TAMARA: Tu juges sans savoir si t’aimerais vraiment ça ou non baiser avec un gars. Tu peux pas l’savoir sans l’avoir fait. Tsé, quand t’es dans l’noir total pis que tu te fais sucer, tu peux pas l’savoir si c’est un gars ou une fille qui te suces. Tu vas trouver ça bon pareil. Fa que c’est quoi la différence, d’abord? Y’en a pas!
Sophisme à l’état pur. Tandis que je compose mentalement une réplique pour lui expliquer où se situe l’erreur dans son jugement, elle conclut avec une phrase qui m’insulte quelque peu.
TAMARA: T’sé, on ne peut pas être épanoui sexuellement quand on n’a pas l’esprit ouvert.
…
Bon!
Jusqu’ici, j’ai été patient avec elle et je lui ai répondu avec calme et logique. Mais là, elle commence sérieusement à m’agacer avec ses prétentions comme quoi elle connaît mieux que moi ce que je suis ou non, ce que j’aime ou non, ou ce qui me motive ou non. J’ai déjà bien assez de subir ça de la part des psys et des travailleurs sociaux qui suivent mes enfants en tenant mordicus à faire de moi la source de tous leurs maux puisque c’est moi le père, je pourrais très bien me passer du jugement erronée d’une autre personne à mon sujet. Surtout sur ma sexualité, surtout pendant ce week-end dans lequel je vivrai mon tout premier trip de sexe 2-fille-1-gars.
Et si, moi aussi, je lui posais des questions à son sujet, pour voir si elle aime ça, faire mettre en doute sa crédibilité sur ce qu’elle dit être?
MOI: Puisque tu es une personne ouverte d’esprit, tu pourrais peut-être répondre à une question qui me tracasse depuis ben longtemps. TAMARA: Vas-y! MOI: Pourquoi est-ce que les personnes qui se disent être ouvertes d’esprit sont toujours celles qui ont l’esprit le plus fermé au fait que les autres puissent avoir des goûts différents des leurs?
Elle ne répond pas. Je continue:
MOI: En fait, il me semble que la première chose qu’on est supposée démontrer quand on a un esprit ouvert, c’est avoir du respect pour les gens qui sont différents de nous. Par exemple: Toi t’es bi. Donc t’es différente de moi qui suis straight. Moi, je respecte ton orientation sexuelle et je ne la questionne pas, même si elle est différente de la mienne. Pourquoi est-ce que faire pareil avec les autres, c’est si difficile pour toi?
Et VLAN dans les dents! Elle saura que quand on insiste pour m’attaquer avec des accusations qui se basent sur des faits mensongers, je contre-attaque avec des accusations qui se basent sur des faits véridiques, préférablement ceux dont nous avons tous été témoins. Réponds à ça si t’en est capable, maintenant, prétentieuse.
Malgré la satisfaction de lui avoir cloué le bec, je réalise tout de même que ce n’est peut-être pas vraiment brillant de ma part de remettre à sa place une femme qui a accepté de réaliser mon vieux rêve de trip à trois en m’hébergeant chez elle pour me baiser, et ce pendant trois jours. Même si je crois impartialement qu’elle a tort de m’attaquer sur ma sexualité et que j’ai raison de défendre mon point, tout ce que je risque de faire, c’est de jeter un froid entre nous. Je tente donc de rattraper le coup en racontant une anecdote vécue:
MOI: Tu vois, quand je suis retourné aux études il y a 3 ans et que je restais aux résidences étudiantes. Il est arrivé un soir qu’on se retrouve à 5 personnes à baiser dans ma chambre: Moi et ma blonde de l’époque, l’amie de ma blonde, son chum et une de leurs amies. Il n’y avait pas d’échange, c’était plus un trip de voyeurisme qu’autre chose. Mais je me suis rendu compte que la présence d’un autre gars tout nu dans la pièce, ça m’intimidait. C’était la première fois de ma vie que je bandais mou alors que j’étais en contexte sexuel. Si chus juste capable de la garder raide à 60% rien qu’à voir un gars tout nu, j’ose à peine imaginer ce que ça va être s’il me touche. TAMARA: Ben là, c’est parce que tu t’es pas donné la chance d’apprendre à aimer ça. Faut se forcer au début, tsé. Faut que tu te donnes le temps de t’y faire.
Est-ce qu’elle croit vraiment ce qu’elle vient de me dire là? Parce que si c’est le cas, je trouve ça plutôt aberrant.
MOI: Euh… C’parce que, me semble que le sexe, c’est laisser libre cours à ses désirs et à ses envies. Pourquoi est-ce que j’aurais du sexe avec quelqu’un pour qui je ne ressens ni désir ni envie? À partir du moment ou il faut apprendre à aimer ça, c’est parce qu’on n’aime pas ça. Quand le sexe arrête d’être quelque chose que l’on aime, ça devient quelque chose que l’on est obligé de faire. Quand c’est une obligation, c’est pu du plaisir. Pis pour être franc… Me semble que juste le principe d’être forcé à faire quelque chose sexuellement… C’est un viol. Non?
Tamara ne répond pas à ça. Je suppose qu’elle voit la logique dans mon explication. Je conclus donc mon point avec la réplique que je planifiais lui servir plus tôt, soit celle qui explique où se situe l’erreur dans son jugement,:
MOI: Pis, ben, ton histoire comme quoi je devrais aimer coucher avec un gars parce que dans le noir je ne peux pas voir la différence entre un suceur masculin ou féminin… C’est comme si je te disais que tu devrais aimer l’inceste, parce que dans le noir, tu ne saurais pas faire la différence entre un cunnilingus donné par ton chum ou un donné par ton père. C’est pas une question qu’une bouche sera pas aussi bonne que l’autre. C’en est une de désirer un partenaire plutôt que l’autre. D’être à l’aise avec un partenaire plutôt qu’un autre. C’est tout. J’veux dire, peu importe la raison pourquoi tu veux pas coucher avec quelqu’un, le simple fait que tu veux pas coucher avec, c’est une raison suffisante pour pas le faire. Non?
Tamara garde le silence. En fait, pendant près d’une minute, personne ne dis rien. J’ai comme une vague impression qu’un malaise plane dans le véhicule. Ce malaise se confirme lorsque Tamara brise son silence et demande à Britney de lui refiler le premier album des Colocs, qu’elle met dans le lecteur CD et fait aussitôt jouer à tue-tête. Je regarde Julie du coin de l’oeil. Elle me fait une face dont l’expression pourrait se traduire par: « Issh, t’as vraiment fait une gaffe! ». Je n’y comprends rien.
Arrivés à sa maison de campagne, on débarque de l’auto. Sans nous adresser un mot, Tamara et Britney se dirigent vers la demeure.
Julie et moi allons prendre nos bagages dans le coffre arrière. Elle profite que nous sommes momentanément seuls pour me dire quelques gentillesses:
JULIE: Crisse de gros cave! Veux-tu ben m’dire pourquoi t’as parlé de viol pis d’inceste? MOI: Hein? Mais… Tout ce que j’ai fait, c’est de lui expliquer pourquoi je sais que je ne suis pas bi, de façon à ce qu’elle cesse de penser que je l’affirme sans savoir de quoi je parle. J’voulais juste qu’elle arrête d’insister, c’est tout. J’m’attendais pas à ce que ça jette un froid. JULIE: C’est parce qu’elles ont déjà été violées, toutes les deux. Tamara quand elle avait 13 ans pis Britney à 12. Pis oui, dans les deux cas, c’était de l’inceste.
Tous les OUPS! du monde ne pourraient exprimer le malaise épouvantable qui m’envahit en ce moment.
MOI: Mais… Tantôt au Ultramar, tu disais… JULIE: R’garde, j’allais quand même pas te dire « Oui, elle a été violée à 13 ans, et oui son fils est le produit d’un viol incestueux. »
La gaffe à ne pas faire, et moi je l’ai faite. Je viens de jeter un malaise entre moi et les deux filles avec qui j’étais supposé vivre une fin de semaine de sexe de trois jours chez Tamara, et ce avant même qu’on arrive chez elle. Ça commence bien!
MOI:Mais comment est-ce que je pouvais deviner, moi? JULIE: Pis là, comme j’connais Tamara, elle va penser que je t’en avais parlé, pis c’est pour ça que tu l’as niaisée là-dessus, pis là a’ va m’en vouloir à mort. MOI: Ben justement, pourquoi tu me l’as pas dit? Ça m’aurait évité de faire une gaffe. JULIE: C’est pas une affaire dont une fille aime que ça se sache. On se confie entre nous autres des fois, mais ça fait partie des secrets qu’on ne dit jamais à personne. Tk, chus ben obligé de te le dire LÀ, là, mais c’est parce que je veux que tu saches qu’il vaut mieux que tu ne dises plus jamais des affaires de même devant eux-autres. MOI: Ok, ok!
Je prends mon sac et me le met sur le dos. Je soupire! Afin de ne pas être l’écoeurant de chien sale qui insulte sous son propre toit une pauvre fille traumatisée sexuellement, il aurait fallu que je me laisse rabaisser sur ma propre sexualité. Tu parles d’une situation ridicule. Je ferme le coffre de l’auto et suis Julie qui m’entraîne vers l’escalier du 2e étage.
MOI: Pourquoi on monte? JULIE: Tamara reste au 2e. MOI: Hein? Quand tu as parlé d’une maison de campagne, j’pensais que tu voulais dire que la maison était à elle. JULIE: Non, les propriétaires habitent en bas. Et je te préviens, après 9:00 pm, faut cesser de faire du bruit parce qu’ils sont ben ben chialeux.
Bon, v’là autre chose. Alors si je récapitule: En fait de fin de semaine de ménage à trois avec deux filles bi full cochonnes à l’esprit ouvert, ça va plutôt être une fin de semaine avec des enfants plein la maison durant le jour, surtout qu’on nous annonce entre -28°C et -32°C dans la région pour tout le weekend (avant facteur vent), donc qu’ils vont rester dans la maison, qu’on ne pourra rien faire avant qu’ils soient endormis tous les quatre, que ce sera fort probablement pas mal après neuf heures, ce qui signifie que la partouze risque d’être ben calme afin de ne pas déranger les proprios, et ça c’est si partouze il y aura puisque j’ai mis un froid dans le projet avant même que ça commence, tout ça parce que cette fille démontre son l’esprit supposément ouvert en insistant sur le fait que je ne suis pas assez épanoui sexuellement pour elle si je ne me fais pas copieusement enculer sur une base régulière.
Les trips à trois, c’est un peu moins compliqué que ça dans les films pornos.
Comme on a pu le voir si on a passé à travers le long chapitre précédent,c’est à l’âge de 28 ans que je me suis rendu compte que je faisais fausse route avec toutes mes règles et tous mes beaux principes moraux. Car dans un monde où personne n’est parfait et irréprochable, je croyais que m’efforcer à l’être allait faire de moi un exemple à suivre. Hélas, j’étais plutôt celui qui faisait sans cesse prendre conscience aux autres de leurs défauts. Au lieu de les aider à grandir, je les rabaissais. Dans de telles conditions, pas étonnant que je me retrouvais toujours à l’écart de la société, rejeté par mes pairs.
Et le pire, c’est que mes comportements parfaits et irréprochables, je ne les avais pas parce que c’était naturel chez moi d’agir ainsi, mais bien parce que c’était la bonne façon d’agir. Par conséquent, me voilà, à 28 ans, sans la moindre idée de ce que je suis vraiment. Je me suis menti à moi-même sur mon propre compte. Je me suis emprisonné. En m’en rendant compte, j’ai décidé qu’il était plus que temps que je découvre qui était Steve Requin. Et la seule façon d’y parvenir, c’est de laisser libre cours à mes envies, de me laisser aller à expérimenter. Bien sûr, ce ne fut pas instantané. Je me gardais tout de même une petite retenue afin de ne pas tomber dans le piège des extrêmes si bien décrit dans le proverbe trop, c’est comme pas assez. Ça a pris au moins deux ans avant que je puisse dire qu’il y a vraiment eu apprentissage, tout en me permettant de constater des changements que ça m’a apporté dans ma vie.
L’alcool J’ai commencé à en prendre dans les occasions sociales, les sorties en groupe, les soupers entre amis, et je me suis même saoulé la gueule à quelques reprises. Sur ce dernier point, je dois dire que le fait d’être resté sobre toute ma vie m’a apporté quelques avantages. D’abord, sans jamais avoir bâti de résistance à l’alcool, je saoule vite, alors ça ne coûte pas cher. Une demie bière et je commence à chanter du Elvis. Plus d’une, et tout me rend hilare et joyeux. Apparemment, comme on dit en Europe, j’ai le vin gai, dans le sens non-sexuel du terme. Et puisque l’alcool fait perdre les inhibitions et fait ressortir la vraie personnalité, alors ça m’a démontré que je suis une personne positive et heureuse de nature. C’est toujours bon à savoir.
En buvant, j’ai appris que je n’était pas tellement amateur de bière ou de vin. Trop amer pour mes papilles. Par contre, le fort, le mousseux, les liqueurs et les cocktails ont majoritairement des goûts qui me sont fort plaisants. À une époque, j’ai même acheté des bouteilles de rhum pour me faire quelques rhum & coke maison. Au bout d’un mois je me suis rendu compte que je ne suis pas confortable avec le concept de boire seul. J’ai donc cessé. Aujourd’hui, je sais ce que je suis: Un buveur social, modéré, rapide à saouler mais également vite à dégriser.
La drogue Je n’ai jamais recherché activement à en consommer, mais j’ai accepté de l’expérimenter les trois fois où j’en ai eu l’occasion:
La première fois fut lorsque l’on m’a offert de partager un joint de mari à 29 ans. Je n’aime pas fumer la cigarette, j’ai vu que j’aimais encore moins fumer du pot. Il n’y a donc pas eu de suite.
Lors d’une soirée entre amis, à 29 ans également, ma coloc de l’époque m’a offert du mush. Je n’ai pas aimé la façon dont cette drogue faussait ma perception visuelle des distances. Il n’y a pas eu de suite.
Enfin, à 43 ans, l’an dernier,j’ai essayé la cocaïne.Bien que ce fut une expérience positive à 100%, tout le monde sait très bien que son usage régulier, même à court terme, a des conséquences néfastes sur la santé, les finances et la Justice. Il n’y aura donc jamais de suite, ni pour celle-ci, ni pour quelque autre drogue. Consommer, ce n’est tout simplement pas moi.
Mon comportement avec les autres Lorsque je vois les gens faire des erreurs ou avoir un mauvais comportement, je ne leur en parle pas, et surtout je ne leur fais plus la morale. Je comprends qu’il y a mille raisons, allant de leur personnalité naturelle jusqu’à leurs expériences de vie, en passant par leur environnement familial, qui les fait agir ainsi. Si on me demande conseils et commentaires, à ce moment-là je le fais, pour peu que j’ai quelque chose de pertinent à dire sur le sujet. Sinon, je me tais et j’écoute. Au pire, je me permet de donner mon avis non-sollicité, mais seulement si je vois que la personne se dirige droit vers une catastrophe grave, ce qui ferait de moi un complice de son malheur d’avoir gardé le silence.
Cependant, ne pouvant pas nier mon naturel à prêcher le « Selon mon expérience de vie, il vaudrait mieux dans telle situation que bla bla bla » j’ai créé un blog nommé Mes Prétentions de Sagesse. 😉
Mes relations avec les autres Un truc que je n’avais pas constaté à prime abord, c’est que contrairement à ce que je pensais, je n’étais pas une personne que tout le monde fuit. Oui, d’accord, que ce soitDaniella, Isabelle, Océaneou d’innombrables autres, on m’a fuit un nombre incalculable de fois. N’empêche qu’avant de me fuir à cause de mon comportement merdique et ma personnalité jugementale, elles m’avaient d’abord trouvé assez intéressant pour m’approcher. Maintenant que j’ai cessé d’être chiant, on m’approche toujours, et non seulement je me fais des amis qui ne me fuient pas, on me voit comme un gars cool et je reçois régulièrement des invitations à sortir et/ou faire le party. C’est d’ailleurs à l’âge de 29 ans que j’ai eu droit à mon tout premier surprise-party d’anniversaire, avec plus d’une trentaine d’amis et connaissances. De toute ma vie jusque-là, jamais je n’avais été apprécié à ce point.
Ma naïveté Disons que maintenant, je ne prends plus au pied de la lettre tout ce qu’on me dit. Je comprends que les gens peuvent changer d’idée, tout comme je comprends qu’ils peuvent mentir dans le but de se protéger, tout comme je comprends que parfois ils peuvent donner une fausse raison de (ne pas) vouloir quelque chose, afin de ne pas faire d’histoires. La preuve de ce dernier cas: en 1998, soit deux ans après mon aventure avec Océane, j’ai fait ce petit dessin qui représente un moment vécu à la fin dela fameuse soirée où elle était venue chez moi.
Ça montre que j’ai fini par comprendre que quand une fille te dit « T’es pas obligé de », ça signifie souvent « Je préférerais que tu t’abstiennes de ».
Parlant de filles:
Mes relations avec les filles Fini d’être le passif qui espère dans la lâcheté. Maintenant, je suis fonceur. Lorsqu’une fille me plait, je le lui fait savoir, en gestes et/ou en paroles. Mais attention: Être fonceur ne signifie pas s’imposer de force à l’autre. Ma mentalité sur le sujet est: N’attends jamais après son OUI, mais respecte toujours son NON. Quant à celles qui me draguent, mon acceptation ou mon refus ne se base plus que sur deux choses:
Le niveau de mon désir pour elle.
Ma capacité morale d’assumer ou non les conséquences d’avoir une relation avec elle.
Tout le reste, son âge, sa race, sa religion, son statut de couple, n’entre plus du tout en ligne de compte. Parce que lorsqu’il y a attirance et amour entre deux personnes, elle sauront toutes les deux faire en sorte de modifier leurs situations, histoire d’enlever tout obstacle les empêchant de s’aimer.
Exemple concret: Moi! Vous savez que je suis célibataire depuis décembre 2011, soitdepuis la fin de ma relation avec Karinequi a duré 12½ ans. Eh bien je vous annonce que depuis le 28 juin 2013, je suis en couple avec celle que je considère comme étant mon match parfait. Lorsque je l’ai rencontrée, elle avait déjà un homme en vue depuis quelques temps. Son coeur était donc pris, ou du moins réservé. Mais voilà, nous sommes tellement semblables là où ça compte, tellement compatibles, qu’il a bien fallu se rendre à l’évidence que nous étions faits l’un pour l’autre, et ce malgré qu’elle a 25 ans et moi 44. Contrairement à mon aventure avec Océane où nos 9 ans de différence me dérangeait, cette fois je n’ai pas pris ce détail en considération: Je lui ai fait savoir qu’elle m’intéressait, que je la désirais. Car contrairement à mon aventure avec Isabelle, le fait qu’elle avait déjà quelqu’un dans son coeur et/ou dans son lit n’avait aucune importance pour moi.
Hélas, devant mes avances, elle a reculé. J’ai accepté son refus. Je suis entré dans la friendzone et nous sommes restés bons amis, continuant de nous voir et de passer de bons moments ensemble. Et vous savez quoi? J’aimais tellement l’avoir dans ma vie que je me foutais que ce soit juste en amie, pourvu qu’elle y soit.
Puis, avec le temps, elle a constaté avoir elle-même des sentiments pour moi. Elle est revenue sur sa décision, a renoncé à l’autre gars, et m’a déclaré son amour. Eh oui, comme dans mon aventure avec Daniella, j’ai été dé-friendzoné! ÇA ARRIVE! 😀 Sauf que cette fois-ci, j’ai compris et j’en ai profité.
En tout cas, une chose est sure: Elle n’aurait pas développé ces sentiments de son côté si j’avais agi avec elle comme un loser, un Nice Guy, un soi-disant bon gars, après qu’elle ait refusé mes avances. Car en effet, après son refus, je ne lui ai exprimé aucune peine, aucune déception, aucune rancoeur, aucun ressentiment face à notre statut d’amis platoniques. Normal: Je n’en ressentais pas. C’est là que j’ai compris que quand on aime sincèrement une personne, on n’a pas de sentiments négatifs à son sujet lorsque cet amour n’est pas réciproque. Si on en a, c’est parce qu’il s’agit de possessivité, de jalousie, de dépendance affective, bref, n’importe quoi sauf de l’amour. Mais là, c’en était!
Depuis, nous vivons tous les deux dans le bonheur parfait, un bonheur dont je nous aurais privé si, comme dans ma période pré-Océane, j’avais pris à sa place la décision comme quoi elle ne peut pas vraiment vouloir de moi, « parce que ça aurait été injuste pour l’autre gars », et à cause de notre différence d’âge. J’ai écouté mon coeur. J’ai écouté mes envies. Je me suis écouté moi. Et surtout, je savais qui était le véritable moi: Quelqu’un qui ne voulait pas passer à côté de l’opportunité unique de partager sa vie avec la personne qui est (par)faite pour lui.
Maintenant, je ne suis peut-être pas un Bon Gars au comportement parfait et irréprochable. Mais au moins, j’ai le mérite d’être moi. Et vous savez quoi? Ça me réussit beaucoup plus que d’essayer d’être quelque chose que je ne serai jamais et que, dans le fond, personne ne m’a jamais demandé d’être.
Affirmer que les révélations que m’a fait Geneviève m’ont fait remettre en question la façon dont j’ai si scrupuleusement géré ma vie jusque-là, c’est comme dire que l’océan contient beaucoup de litres d’eau: Vrai, mais beaucoup trop diminutif de la réalité pour décrire l’impact véritable que ça a eu en mon âme et conscience, et ce sur plusieurs sujets. Des sujets comme:
Qui suis-je? Qu’est-ce que j’en sais de ce qu’est le moi véritable? Je me suis toujours empêché de vivre toutes sortes de trucs. Ça a commencé dans mon adolescence, alors que j’ai refusé d’expérimenter les mêmes choses que tout le monde, et ce pour les mauvaises raisons. L’alcool, la cigarette, la drogue, les bars… Est-ce que je m’en privais parce que je n’aimais pas ça ? Est-ce que je m’en privais parce que ce n’était pas moi, de faire ça ? Non, je m’en privais parce que je voulais bien paraître. Parce que je voulais paraître mieux que les autres. Alors qu’est-ce que j’en sais, si j’aurais aimé ça ou non?
Pourquoi suis-je rejeté, abandonné, mis à part? Je repense à Océane, Isabelle, Daniella, et toutes ces filles que j’ai inconsciemment insultées parce qu’avec mon attitude de bon gars irréprochable, je leur montrais que je valais mieux qu’elles, en ayant une retenue qu’elles n’avaient pas. Et en y réfléchissant, je constate que ça ne s’est pas limité qu’aux filles. Depuis le début de l’adolescence, j’agis de la même façon avec tout le monde au sujet de l’alcool, de la cigarette et mille autres choses. «Bien paraître » … « Paraître mieux que les autres » … Non mais j’étais stupide ou quoi? Comment est-ce que j’ai pu penser que de montrer sans arrêt aux autres qu’ils sont des caves lorsqu’ils agissent selon leurs envies en se livrant à certains plaisirs, ça va me faire bien paraître? Pour des plaisir et des activités, somme toute, assez anodins au bout du compte. « Être un modèle pour les autres. » C’est ça, ouais! Je ne sors pas, je ne drague pas, je ne fume pas, je ne bois pas, je ne baise pas sauf si ça remplis une scrupuleuse liste de conditions… Je ne fais rien de ce qui intéresse les autres. En fait, je ne fais rien tout court. Alors moi, un modèle? Alors que j’étais le plus plate, le plus ennuyant des gars qui existait? Non mais je me prenais pour qui, au juste, de penser que de ne rien faire, ça devait faire de moi un modèle?
Comment peux-tu être un modèle à suivre quand tu ne vas nulle part?
Il y a des points sur lesquels je ne démords pas. Oui, je suis toujours convaincu que la plupart des activités que font les ados ne leur servira plus lorsqu’ils seront adultes. Mais come on, on n’était pas des adultes. On était des ados. On était en plein dans l’âge pour expérimenter. Et moi, le cave, j’ai pensé que je pouvais passer de la phase enfance à la phase adulte sans passer par la phase transitoire de l’adolescence, comme le reste du monde. Et le pire, c’est que je me trouvais super intelligent de faire ça. Bien vous savez quoi? Ça a été au contraire le geste le plus stupide de toute ma vie.
Pourquoi est-ce que je laisse un arbre me cacher la foret? J’ai toujours fait ça, que ce soit dans mon enfance, mon adolescence ou dans ma vie d’adulte. Toujours à tellement porter attention sur le moindre petit détail insignifiant que ça m’empêche de voir tout le reste, tout ce qui m’entoure. Quand mes amis m’offraient de boire de la bière ou fumer un joint, c’était juste une façon pour exprimer qu’ils m’appréciaient. Pour eux, tout comme pour le reste de la population, partager est une façon de se rapprocher, de créer des liens. Eh ben moi, j’étais encore et toujours focussé sur le détail comme quoi l’alcool et la mari étaient des intoxicants. À cause de ça, moi, ce que j’ai compris, c’était qu’ils avaient juste envie de me voir saoul ou dopé. J’ai donc gardé mes distances, parce que la seule raison que je pouvais imaginer pourquoi ils feraient ça, c’était pour m’humilier, me causer des problèmes. Pourtant, je le voyais bien que j’étais apprécié de tout le monde. Mais voilà, comme d’habitude, parce que je m’obstinais à ne regarder que le petit détail stupide, je me suis empêché de voir l’image dans son ensemble. J’ai laissé l’arbre me cacher la foret.
Pourquoi est-ce que je cherche toujours le but négatif des choses? Les gens qui fument ne font pas ça dans le but de développer un cancer. S’ils boivent, ce n’est pas dans le but de devenir alcolos. S’ils fument de la mari, ce n’est pas dans le but de devenir junkies. S’ils baisent sans condoms, ce n’est pas dans le but de pogner des ITS. S’ils font de la vitesse sur les routes, ce n’est pas dans le but de se tuer. C’est sûr que ce sont des risques qui viennent avec ces activités. Mais de là à les accuser comme quoi c’est ça leur but premier, fallait vraiment que je sois un estie de mangeux d’marde. Tant qu’à y être, pourquoi ne pas accuser tous ceux qui mangent de le faire dans le but de devenir obèses morbides? J’veux dire, si c’est si important pour moi d’essayer de faire passer tous les autres pour plus cave que moi, histoire de me faire accroire que je leur suis supérieur, inutile de faire les choses à moitié.
Avec Océane, c’était pareil: Au lieu de voir la grande image, qui était que cette fille me voulait tellement qu’elle était prête à tromper son chum pour moi, que ça aurait pu faire de nous des complices encore plus intimes, et qu’on aurait pu avoir la parfaite combinaison d’amitié et de sexualité, j’ai tout de suite choisi de voir quoi? Que c’était une fille qui voulait tromper son chum. De cette opportunité unique d’approfondir notre relation et notre complicité, j’ai préféré en faire une opportunité de prouver une fois de plus à quel point je suis parfait et irréprochable, moi, en refusant de devenir le complice d’un geste immoral.
Geste immoral… Pfff… Et puis d’abord, qu’est-ce qui me dit qu’elle n’était pas amoureuse de moi? On s’entendait tellement bien sur tout. On pouvait jaser pendant des journées complètes sans jamais manquer de sujets de conversation. On aimait faire n’importe quoi ensemble. On avait du fun, on riait, on jasais de nos vies, d’art, de littérature, de poésie, de psychologie, de musique, de cinéma, de philosophie. Elle me faisait découvrir des choses, et vice-versa. J’ai rarement eu une relation aussi harmonieuse avec qui que ce soit. Était-ce donc si difficile pour moi de croire qu’elle ait pu craquer pour moi? Qui sait, elle voulait peut-être juste me tester, voir si elle m’attirait, voir si je l’aimais, voir si on était aussi compatibles sexuellement qu’on l’était dans tous les autres aspects de notre relation, avant de décider si ça valait la peine de casser avec son chum pour sortir avec moi. Peut-être que j’étais son homme idéal, et qu’après moi elle n’aurais jamais cherché autre chose.
Mais non, moi, ce que je voyais, comme d’habitude, c’était le petit détail qui allait me mener à la conclusion la plus négative. Dans ce cas-ci : Qu’elle voulait tromper son chum, donc que c’était une salope infidèle.
Pourquoi est-ce que je vois des salopes partout? Et puis d’abord, quand on y pense, c’est quoi, au juste, une salope? C’est rien de plus qu’une fille qui décide elle-même avec qui elle baise, point final. Si ça se trouve, le mot salope a dû être inventé par des hommes frustrés et jaloux qui voulaient avoir le contrôle sur la sexualité de la femme, mais qui n’avaient aucun autre moyen d’y arriver à part en essayant de leur donner la hontede leurs propres désirs.
Voilà pourquoi ma relation avec Océane s’est terminée de la même façon que le reste de ma vie sociale : Avec moi qui est rejeté et mis à l’écart. Ne vous demandez pas pourquoi j’ai fait si longtemps carrière dans la bande dessinée. Le dessin, c’est une activité solitaire. Si j’ai eu le temps d’apprendre à dessiner si bien, ce n’est certainement pas en passant mes soirées dans les partys et autres activités qui se font socialement.
Pourquoi, à 28 ans, je n’ai encore rien appris de la vie? Que sont-ils devenus, les fumeux, les poteux, les buveux? Tous ces gens que je trouvais idiots de se livrer à des activités qui, dans le meilleur des cas, ne leur rapporteraient rien? Aux dernières nouvelles, ils ont tous réussi mieux que moi dans la vie. Jusqu’à maintenant, je réagissais toujours à ça de la même façon. J’étais frustré. J’étais révolté. Ce n’était pas de la jalousie. Non, c’était plutôt un sentiment d’injustice. Moi, qui ai toujours agi de façon intelligente et réfléchie, j’étais un loser. Et eux, qui avaient passé leur adolescence à faire des choses immorales et illégales, étaient des winners car jamais ils n’avaient eu à payer pour leurs erreurs de jeunesse.
Mais justement, le voilà, le problème: Ne dit-on pas que les gens apprennent de leurs erreurs? Et pour commettre des erreurs, il faut faire des choses, poser des gestes, expérimenter. Moi, je n’ai jamais rien fait. En ne faisant rien, je n’ai pas fait d’erreurs. Et en ne faisant pas d’erreurs, je n’ai rien pu apprendre. Pas surprenant que tous les gens de mon âge s’entendent si bien entre eux et pas moi. Juste le fait d’être des trippeux repentis, ça leur fait quelque chose en commun. Quelque chose que moi je n’ai pas avec eux.
Être? Non; ne PAS être! Qu’est-ce que j’en sais, de ce que je suis? J’ai toujours cru être un gars correct, alors qu’en réalité j’étais juste un gars qui ne fait rien d’incorrect. C’est facile de dire que tu ne fais rien de mal quand tu ne fais rien tout court. Je ne suis PAS infidèle, je ne suis PAS méchant, je ne suis PAS violent, je ne suis PAS fumeur, je ne suis PAS alcoolique, je ne suis PAS dépensier, je ne suis PAS accro au jeu… Ok, sur ces points, ce sont de bonnes choses. N’empêche que tout ce que j’ai à dire pour me décrire, ce n’est pas « Je suis ». C’est « Je ne suis PAS », et c’est tout. Fuck, je le comprends, maintenant, pourquoi les filles disent qu’un bon gars, c’est un gars plate, ennuyant. Je ne suis pas un bon gars. Je suis juste un soi-disant bon gars. En réalité, je ne suis pas plus un bon gars que Océane et Isabelle pouvaient être des salopes.
Pourquoi tant de problèmes avec les filles? Parce que je constate soudain que, tandis que je refuse de devenir intime avec des filles bien, je me suis toujours dirigé vers des filles à problèmes, ou bien des filles qui accrochaient à des gars à problèmes, ce qui en revient au même, finalement. Et quand un gars comme moi qui ne fout rien veut bien paraître, il faut que son inaction paraisse mieux que l’action d’un autre. Et pour ça, on a besoin de s’entourer de monde qui agissent mal. Parce que si on s’entoure de monde qui agissent bien, on a l’air de ce qu’on est vraiment : Un cave trop lâche pour oser faire quoi que ce soit dans la vie. C’est pour ça que j’allais toujours vers des filles dont le chum ou bien l’ex étaient des délinquants. Pour montrer à ces filles-là que moi je valais mieux que leurs chums habituels.
Je n’en reviens pas à quel point je ressentais toujours le besoin de prouver quelque chose aux autres. Et tout ça à cause du hasard stupide qui a fait que ma date de naissance faisait de moi le plus jeune à l’école, donc le plus petit, donc le moins développé, le moins bon en sports, le plus reject par les gars et par les filles. À cause de ça, je tenais à prouver aux autres, mais surtout à moi-même, que ce rejet que je subissais de part et d’autres, ce n’était pas de ma faute.
Pourquoi est-ce que je respecte les non-respectables? Normal! Comment puis-je prouver que je vaux mieux qu’une personne irrespectueuse, sinon en étant le contraire? Ce qui fait qu’au bout du compte, j’avais exactement le comportement stupide que je dénonçais chez les filles qui négligeaient les bons gars au profit des gars sans allure : Me foutre des gens bien, et respecter ceux qui ne le méritent pas.
Pourquoi ais-je un comportement aussi exagéré? Dans mon désir de paraître mieux que les autres, j’allais sans cesse dans les extrêmes. Je disais tantôt comment je ne faisais rien, de peur de faire des erreurs. Eh bien j’avais oublié un truc: Oui, pour certaines choses, je ne faisais rien. Pour d’autres, par contre, j’en faisais trop. Avec les filles, pendant mon célibat et au début de mes relations, j’étais celui qui ouvre TOUJOURS la porte à la fille, qui est TOUJOURS gentil et souriant quoi qu’il arrive, qui est TOUJOURS compréhensif, qui va TOUJOURS lui tirer sa chaise, qui va TOUJOURS tout lui payer, qui va TOUJOURS lui offrir des fleurs et des cadeaux, qui va TOUJOURS s’occuper d’elle, sans arrêt, 24/7… Tôt ou tard, à moins que la fille soit profiteuse, ça tombe sur les nerfs en calvaire.
Pourquoi est-ce que bon gars = gars hypocrite en amour? C’est comme un truc que j’ai bien dû faire mille fois avec des filles qui m’intéressaient. Pour m’en rapprocher, j’ai utilisé le truc classique des soi-disant bons gars: Je l’ai approché en tant qu’ami, dans l’espoir d’en devenir ami proche pour mieux la connaitre et sortir avec elle un jour. Mais comme tous les bons gars, je ne faisais rien pour que ça arrive. Tout le long de notre relation, je restais à l’écart, je ne lui démontrais aucun intérêt à part de la simple amitié, et quand elle me parlait de gars sur qui elle trippait, je l’encourageais à sortir avec, ou à continuer d’être en couple même si ça va mal avec son chum. Pis moi, le cave, pendant ce temps-là, je m’attendais à ce qu’elle tombe en amour avec moi alors que je lui donnais zéro raisons pour que ça puisse arriver. Je voulais que ça vienne d’elle. Il aurait fallu que ce soit elle qui fasse tous les efforts: S’intéresser à moi, m’appeler, me proposer des sorties, me draguer, me baiser, me demander d’être son chum, tout ça parce que j’étais trop passif pour lui offrir le moindre signe d’intérêt, alors que c’était pourtant moi qui était en amour avec elle. Aucune fille ne ferait ça, même pour le gars le plus beau, le plus athlétique et le plus winner qui soit. Et moi, qui n’était rien de tout ça, j’espérais recevoir un tel traitement de sa part? Non mais sérieusement, je me prenais pour qui?
Et puis, honnêtement, je me demande si nous autres, les sois-disant bons gars, on ne fais pas exprès pour faire foirer les relations parce qu’on est passif-agressifs dans le fond. Il s’agit qu’une fille nous fasse une toute petite remarque négative sur n’importe quoi pour que l’on exagère dans l’autre sens, non seulement avec elle mais aussi avec toute les autres filles. On va délibérément être trop gentil, trop compréhensif, trop esclave, jusqu’à ce qu’elle devienne exaspérée. Comme ça, on peut enfin, en toute mauvaise foi, crier haut et fort que les filles sont des folles qui ne savent pas ce qu’elles veulent, surtout celle-là à qui j’ai tout donné, pour qui j’ai tout fait. On peut se permettre de dénoncer, preuve à l’appui, qu’elles disent vouloir les bons gars, mais qu’elles vont toujours vers ceux qui ne le sont pas. Ça nous permet de dire que les filles aiment juste chialer contre leur chum, et que c’est pour ça qu’elles choisissent des gars à qui elles savent qu’elles peuvent reprocher des trucs.
Et moi, en parfait hypocrite, je chialais contre ça, mais j’agissais moi-même de cette façon. D’où Kim, la mère de mes enfants. Avant qu’elle me coince dans la relation en tombant enceinte après avoir lâché la pilule sans me le dire, je le savais parfaitement quel genre de personne elle était. J’en avais eu plusieurs échantillons, les fois où on a joué à casse-reprend-casse-reprend. Pourtant, j’y suis retourné. Ok, c’est elle qui me harcelait pour qu’on reprenne, mais fuck, là, elle ne m’a jamais mis un gun sur la tête pour m’obliger à revenir avec. Mais voilà, quand on ressent le besoin vital de se montrer parfait et irréprochable, sortir avec une fille aussi imparfaite et aussi reprochable qu’elle, ça représentait la possibilité de le prouver plusieurs fois par jour. Mon ego avait besoin de ça. Plus elle agissais sans allure, plus j’avais plaisir à lui remettre dans sa face le fait qu’elle était sans allure. Je suppose qu’en quelque part, j’essayais de la contrôler avec ça. Sauf qu’avec elle, ça ne marchait pas, de jouer avec sa culpabilité, puisque Kim n’avait pas honte de son comportement envers moi. Au contraire, elle en était fière. C’était une bitch manipulatrice qui s’assumait parfaitement en tant que telle. Elle s’en est tellement vanté! Je n’aurais jamais imaginé qu’il existait quelque part une fille qui se foutait complètement de bien paraître.
Et j’ai vécu toute cette merde, toute ma vie, dans tous les aspects de ma vie, tout ça parce que je ressentais le besoin de prouver quelque chose aux autres. À cause de ça, j’ai pris toutes mes décisions, les petites comme les grandes, en fonction des autres. Et regardez-moi aujourd’hui, un gars de 28 ans qui ne connait rien de la vie. 28 ans et je ne sais même pas ce que j’aime ou non. 28 ans et je ne sais pas ce que je suis. 28 ans et je ne sais même pas qui je suis. 28 ans et je ne l’ai jamais su.
Dès le lendemain, Océane montre des signes évident que quelque chose ne tourne plus rond entre nous. Elle qui était une voisine de pupitre si volubile en espagnol, voilà qu’elle ne m’adresse pas la parole de tout le cours. Et lorsque je risque un début de conversation, le ton de voix qu’elle prend pour ses brèves réponses exprime clairement le fait que je la dérange. Je me risque quand même à lui poser cette question :
MOI: En passant, j’espère que t’as eu le temps de faire ton devoir qui était si urgent hier. Vers quelle heure est-ce que t’es arrivée chez toi ? OCÉANE: Deux heures. MOI: DEUX HEURES DU MATIN ? Mais comment ? Même à pied ça n’aurait pas pu te prendre 4 heures pour te rendre chez toi en transférant à Angrignon. OCÉANE: Je ne suis pas allée chez moi. Je me suis promené dans le Parc Angrignon. MOI: Tout ce temps là ? OCÉANE: Oui.
Alors là je ne comprends plus rien. Et son devoir qui était si urgent, alors ? Et moi qui croyais que c’était ma présence qui l’empêchait de le faire. C’est pour ça que j’ai sacrifié le reste de la soirée. Avoir su… Non, vraiment, je ne la comprends pas.
Avec les jours et les semaines, l’écart entre nous s’élargit. Elle m’évite. Elle ne me regarde pas. Elle ne me parle que si je lui adresse la parole Et là encore ça reste bref. J’ai beau y réfléchir, je ne vois qu’une raison pour ce changement de comportement avec moi : Elle a probablement honte de ses agissements lors de sa soirée chez moi, et s’imagine sûrement que je la prends pour une fille facile. Pauvre petite. Si elle savait que je ne suis pas du genre à juger les gens, que je comprends qu’elle n’était pas dans son état normal, que rien n’a changé pour moi, qu’elle est toujours à mes yeux la même Océane d’avant. Mais je n’ose pas, de peur de la faire s’éloigner davantage.
Le dialogue ne reprendra avec nous que trois semaines plus tard lorsqu’elle verra que je fréquente Salomé en ami. Le monde cégépien étant petit, elle et Océane se connaissent depuis plus d’un an, même que c’est Salomé qui a présenté à Océane son chum actuel au printemps passé.
Sans savoir que Salomé et moi avons déjà été un couple pendant trois semaines il y a un an, Océane semble s’imaginer qu’il y a un attrait naissant entre elle et moi. Aussi, Océane recommence soudain à me téléphoner et à me parler comme si de rien n’était. Quoi qu’heureux que les choses reviennent à la normale, je déchante en me rendant compte que la raison principale de son retour vers moi est de s’assurer que je me tiens à l’écart de Salomé. Elle multiplie les conseils et les avertissements, me dit de me méfier de cette fille, et me raconte des anecdotes pas très flatteuses à son sujet. Je me demande s’il n’y a pas un peu de jalousie là-dedans. Pourtant, dans ma p’tite tête encore naïve, Océane n’a pas de raisons logiques d’être jalouse. D’abord, elle a un chum et même si on admet qu’elle ne ressent plus rien pour lui, elle ne m’aime certainement pas puisque avant qu’elle constate la présence de Salomé dans ma vie, elle ne semblait même plus vouloir qu’on reste amis.
Je vérifie certaines de ces histoires auprès des amis de Salomé, qui me confirment ce que je pensais : Le portrait de Salomé tel que dépeint par Océane n’est que mensonge, exagérations, interprétations théoriques et déformations des faits. (Ce n’est que plus tard que je me rendrai compte que, bien qu’elle était innocente de ce qu’Océane l’accusait, Salomé était tout de même une personne de qui il faut se méfier.)
Quant à Salomé, elle m’apprend qu’Océane a mystérieusement recommencé à lui parler, en lui suggérant de se méfier de moi. Elle lui a même raconté sa visite chez moi de l’autre soir, mais en inversant les rôles. Elle dit que c’est moi qui ai essayé de la séduire malgré le fait qu’elle est en couple, et que j,ai essayé de la retenir chez moi malgré le fait que je savais qu’elle devait partir tôt.
Ce n’était pas la première fois qu’une fille, frustrée que je décline ses offres amoureuses et/ou sexuelles, se venge en racontant notre histoire tout en inversant nos rôles. Et ça ne sera hélas pas la dernière non plus.
Lors d’un cours d’espagnol, Océane vient s’asseoir près de moi, toute joyeuse, et commence à me faire la conversation via petits bouts de papier. Elle me demande de lui faire sa caricature. Je lui réponds que j’en ai déjà fait une de mémoire chez moi et que je lui donnerai demain dans notre cours d’Écriture Québécoise. Elle me répond :
OCÉANE: Quel cours ? MOI: Ben, c’est mercredi demain. On a un cours d’Écriture Québécoise. OCÉANE: Non, la prof nous a dit que le cours était annulé ! Tu ne l’écoutais pas? MOI: Ben, avec Sandra assise à côté de moi qui me parle tout le temps, j’en manque souvent des bouttes…
Le lendemain, je vais à mon cours d’Anglais et, sans cours d’Écriture Québécoise à aller, je rentre chez moi. Le lendemain matin, jeudi, je rencontre Sandra par hasard au café étudiant. Elle me demande le pourquoi de mon absence au cours d’Écriture Québécoise la veille. Je réponds :
MOI: Quoi ? On avait un cours ? SANDRA: Ben oui ! MOI:Il n’était pas annulé ? SANDRA: Ben non ! MOI:La prof n’a pas dit au dernier cours que celui là était annulé ? SANDRA: Pantoute ! Où c’est qu’t’es allé chercher ça? MOI: Et… Est-ce que Océane était là ? SANDRA: Océane ? Ben oui, pourquoi ?
Alors là, c’est la goutte d’eau qui fait déborder l’Océane ! Qu’est-ce qui lui prend à cette petite bitch de me jouer des tours pareils? Qu’est-ce que je lui ai fait? Dans ma tête, c’est la tempête, la révolte. Je n’accepte pas cette situation. Elle n’a aucune raison de me faire subir ça. Je ne le mérite pas. Je l’ai toujours traité avec respect, mon comportement envers elle a toujours été irréprochable. Et elle me remercie comment ? En me méprisant par des périodiques traitements de silence, elle ment à mon sujet à Salomé, elle me fait rater des cours… C’est quoi son problème au juste?
Les jours qui suivent, Océane m’évite et ne me parle plus. Et c’est ainsi que s’est terminée notre histoire d’amitié, dans mon incompréhension la plus totale.
Quelle fut mon erreur? Mon erreur? MES erreurs, en fait, car j’en ai fait deux grosses :
ERREUR #1 : Traiter avec respect une fille qui n’en a rien à foutre, de mon respect envers elle. Et vous savez comment je l’ai appris ? C’est qu’en confiant ma colère et mon désarroi à une autre de mes amies (et ex, soit Geneviève, ma future coloc de l’enfer) elle m’a donné un petit cours sur la mentalité féminine. Ce fut une expérience aussi révélatrice que choquante :
GENEVIÈVE: Non mais qu’est-ce que tu t’imagines, ti-gars? Tu penses-tu que les filles sont toutes irréprochables ? Qu’elles ne trompent jamais leurs chums ? MOI: Ben, j’ai toujours lu dans les sondages que les filles n’étaient pas comme ça et qu’elles détestaient les gars qui le sont. Je me suis toujours fié à ça. J’ai tellement lu ce genre d’article pour être sûr de savoir ce que les filles n’aimaient pas chez les gars afin de ne pas avoir ces comportements. J’ai toujours essayé d’être le gars parfait à qui on ne pourrait jamais rien reprocher. C’est pour ça que je n’ai pas sauté sur l’occasion de coucher avec Océane, parce que ça n’aurait pas été correct d’abuser du fait qu’elle était saoule, surtout qu’elle avait un chum. GENEVIÈVE: Hostie qu’t’es innocent, man ! Laisse-moi t’apprendre une chose : Les sondages, c’est d’la bullshit ! Quand une fille se fait poser la question si elle est du genre à tromper son chum ou non, penses-tu qu’elle va vraiment l’avouer si c’est oui ? MOI: Ben, les sondages, c’est anonyme, fa que… GENEVIÈVE: Anonyme ou non, ça n’empêche pas à une fille de vouloir se mentir à elle-même. MOI: Pourquoi a’ ferait ça ? GENEVIÈVE: Quand un gars a plusieurs partenaires sexuels, on l’admire, on dit qu’y’est viril, qu’y pogne, que c’t’un séducteur, mais quand c’est une fille, on dit que c’est une salope. Alors pour ne pas avoir l’air d’une salope, que ce soit aux yeux des autres ou à ses yeux à elle, elle va dire que c’est pas son genre. Tu sauras qu’en réalité, les filles sont aussi pires que les gars. On est loin d’être parfaites. Nous autres aussi on a des tentations et nous autres aussi il nous arrive d’y céder. MOI: Je vois… Mais elle avait bu… GENEVIÈVE: Justement ! L’alcool, ça ne change pas la personnalité de quelqu’un. Ça aurait plutôt tendance à la faire ressortir, puisque sous l’effet de l’alcool tu perds tes inhibitions, ce qui fait que tu as moins de retenue. Si ta chère Océane voulait que tu la sautes quand elle était saoule, c’est parce même à jeun elle avait envie de toi.
Elle, avoir envie de moi? Malgré le fait qu’elle a déjà un chum? Avant que Geneviève me pointe cette évidence, jamais je n’aurais pu imaginer que ça puisse être possible. J’ai toujours cru que les seules filles qui pouvaient désirer un gars alors qu’elles sont en relation avec un autre, c’était les salopes éternellement célibataires qui affichent avec vulgarité et sans pudeur leur vie sexuelle où elles multiplient les partenaires. Océane était tellement une fille bien, l’idée qu’elle puisse me désirer alors qu’elle est en couple ne m’a jamais effleuré l’esprit.
MOI: Bon, admettons qu’elle me voulait. Mais alors, pourquoi est-ce qu’elle m’a dit devoir partir à neuf heures parce qu’elle avait un devoir urgent si ce n’était pas le cas ? Et ça ne devait pas être le cas si elle s’est promenée ensuite dans l’parc de dix heures le soir jusqu’à deux heures du matin. GENEVIÈVE: Peut-être que c’était vraiment le cas quand elle est arrivée chez vous, mais les filles aussi ont le droit de changer d’idée, tsé, Crois-moi que si elle avait vraiment voulu partir à neuf heure, elle serait partie à neuf heure. Pis des fois, tsé, quand on a envie d’un gars mais qu’on veut pas que ça paraisse trop, on lui annonce une limite avant de le rencontrer, pour pas qu’y s’doute de rien, ou pour pas qu’y nous dise non, avant qu’on aille eu la chance d’essayer de le séduire.
OMG! C’est comme avecDaniella. Je comprends soudainement pourquoi elle m’a dit qu’elle voulait que j’aille chez elle as a friend. Elle voulait éviter que je comprenne tout de suite qu’elle avait envie de coucher avec moi. Et ça lui assurait que je ne m’essayerais pas sur elle si jamais elle changeait d’idée en cours de route.
Shit! Quand je pense que tous les gars se plaignent que dès qu’une fille nous met dans la friendzone, c’est fini, on n’en ressort plus… J’ai vécu la chance unique de me faire DÉ-friendzoner... Et moi, comme un cave, j’ai choisi d’y rester. Tout ça parce que j’ai toujours stupidement cru que si une fille est capable de te dire clairement qu’elle te veux en tant qu’ami seulement, alors elle serait également capable de te dire tout aussi clairement qu’elle te veut en tant qu’amoureux et/ou amant.
GENEVIÈVE: Et dis-moi donc… Ça t’es-tu déjà arrivé que tu ailles chez une fille, que tu t’imagines qu’il se passerait des choses, et que tu repartes de chez elle déçu et frustré parce qu’il ne s’était rien passé ? MOI: Oui, une coupl’ de fois, pourquoi ? GENEVIÈVE: Ben dis-moi franchement… T’avais-tu vraiment envie de r’venir chez vous après ça, ou bien t’étais plutôt porté à te promener sans but pour ruminer sur ta frustration?
Cette dernière révélation me frappe comme une brique en plein visage. Je me rends soudain compte à vingt-huit ans que tout ce que je croyais avoir appris sur les filles n’étaient que pur fantasme idéaliste. Tout ce temps perdu à essayer de comprendre les filles, toutes ces années d’effort pour être le gars parfait, tout ça en pure perte.
Ce qui nous amène à ma seconde erreur:
ERREUR #2 : Trop essayer d’être parfait et irréprochable. Le gars sans défauts et sans reproches qui, hier encore, représentait le modèle social idéal suscitant l’admiration, ça n’attire plus aujourd’hui que le mépris. Et pour cause: Dans un monde ou personne n’est parfait, celui qui a un comportement irréprochable ne fait que rappeler aux autres leurs propres défauts. Dans de telles conditions, pas surprenant que je n’ai jamais vraiment eu de vie sociale. Et les rares fois où j’en ai eu, ça n’a pas duré longtemps.
Océane ne s’est pas sentie respectée par mon refus, elle s’est sentie humiliée. Humiliée comment ? La liste est longue.
En lui montrant que j’avais des principes moraux, je n’ai fait que lui montrer que je valais mieux qu’elle, qui n’en avait pas. Imaginez, c’est elle qui a un chum, et c’est moi qui refuse de le cocufier. Et ce n’est même pas par loyauté envers lui puisque je ne le connais même pas.
Admettons qu’elle pense que je l’ai bullshitée, parce que c’est rare un gars qui a un code d’honneur lui interdisant de profiter d’une fille qui s’offre à lui sexuellement… Alors la seule conclusion à laquelle elle peut arriver, c’est que je me cachais derrière ces excuses parce que je la trouvais repoussante, pas assez belle, pas assez séduisante, pas assez sexy… Pas assez bien pour moi, quoi. Après tout, c’est ce que les filles font pour repousser un gars tout en essayant de ne pas le froisser : Trouver des excuses improbables quoi que possibles.
En s’accrochant à un loser, car seul un loser va s’empêcher d’avoir du fun pour des raisons minimes et insignifiantes.
En lui faisant prendre conscience (de manière erronée en plus) que tout ce qu’elle s’imaginait qu’il y avait entre nous, ou ce qui pouvait y avoir, n’avait jamais été rien d’autre que le fruit de son imagination.
Et quoi d’autre que j’oublie, ou que je ne puisse pas imaginer?
Quand l’autre n’a pas de raison logique de te repousser, mais qu’il le fait quand même, ça peut être très humiliant. Et ça l’est encore plus pour une fille. Quand un gars se fait repousser sexuellement par une fille hétéro, célibataire, en manque, et qui n’a pas l’embarras du choix en frais de partenaires potentiels, c’est frustrant mais c’est normal. L’homme propose, la femme dispose, que dit le proverbe. C’est comme ça depuis les années 1960. Par contre, quand c’est le gars qui est hétéro, célibataire, en manque sexuel, et qui n’a pas l’embarras du choix en matière de partenaires potentielles, on ne s’attend pas du tout à ce qu’il repousse sexuellement une belle fille qui s’offre à lui. Par conséquent, une fille a de quoi se taper une sérieuse remise en question si ça lui arrive.
Et dans ce temps-là, la solution qui lui est la plus simple pour régler ce problème, c’est de s’éloigner de la source de toute cette remise en question et de ces humiliations: Moi!
C’est comme ce que j’ai vécu avecIsabelle… Si elle n’aime pas assez son chum pour lui être fidèle, c’est un problème qui ne concerne qu’elle et lui. Je n’ai pas à décider de lui servir de conscience et lui imposer mon point de vue là-dessus, et encore moins lui faire la morale.
Si j’avais couché avec l’une ou l’autre, chose qu’elles désiraient, nous serions probablement devenus les meilleurs amis du monde par la suite. Peut-être mêmes amants réguliers. Peut-être même amoureux. Est-ce que ça aurait été si terrible qu’on le fasse? Je ne dis pas, si elles ne m’avait pas attiré… Mais là, nous avions tous les deux envie l’un de l’autre. Et qui sait, peut-être qu’Océane aurait trouvé dans notre complicité la force de se libérer de ce gars négatif et manipulateur qui la force à rester dans cette relation toxique dont elle ne veut plus. Au lieu de ça, je l’ai envoyé retourner le rejoindre, la forçant à se résigner au fait qu’une fille comme elle ne pourra jamais espérer pouvoir se trouver mieux qu’un gars comme lui.
…Et je réalise soudain avec choc et incrédulité que, en faisant tout pour être un Bon Gars, j’ai trop souvent été au contraire un très mauvais gars pour un grand nombre de filles, en leur causant des problèmes dans leur boulots, leurs vies sociales, leurs vies amoureuses… Et pire encore: En les rabaissant dans leur estime de soi!
Quatre années se sont écoulées depuis ma mésaventure avecIsabelle l’infidèleet neuf depuis Daniella-l’amie-seulement. J’ai maintenant 28 ans et je suis de retour aux études au Cégep André-Laurendeau.
Cette histoire est au sujet d’une jeune étudiante de 19 ans, que je nommerai ici Océane. Pour vous donner une référence visuelle, sachez qu’elle ressemble à la fille sur cette photo, à un détail près, qui est le nez.
Jeudi 19 septembre 1996. C’est parfois curieux la façon dont deux personnes peuvent se rencontrer. Prenez Océane et moi, par exemple. Aujourd’hui, ça fait un mois que nous suivons le même cours d’espagnol dans la même classe avec le même prof dans le même cégep. Et c’est seulement aujourd’hui, presque à la fin de notre quatrième semaine de cégep, que nous nous remarquons pour la première fois.
C’est que ce jour là, Eduardo, notre prof, a décidé que dorénavant les pupitres et les étudiants seraient disposés en fer à cheval, longeant les murs de la classe, afin qu’il puisse mieux voir tout le monde. Nous déplaçons donc nos tables en les arrangeant tel que demandé. Et me voilà, comme le 3/4 des étudiants de la classe, à être assis en direction du mur opposé, tout en étant obligé de maintenir la tête dans un angle de 10 à 30 degrés en direction du prof. Évidemment, maintenir cette position non-naturelle devient rapidement inconfortable, ce qui fait que nous sommes périodiquement portés à nous remettre la tête droite durant quelques secondes.
Et c’est comme ça que, pour la première fois, Océane et moi allions nous remarquer.
Elle est là, de l’autre côté de la classe, face à moi, assise derrière son pupitre où reposent ses livres et sa petite bouteille d’eau Naya remplie de jus de pomme. Nos regards se croisent. Elle me sourit. Je lui souris en retour.
Elle est petite, environs 5’2″, mince, et a un très joli visage que deux détails distinguent des autres jolis visages anonymes cégepiens. D’abord, la forme de sa bouche, avec la lèvre supérieure un peu plus épaisse que celle inférieure, et son petit nez cassé. Ce détail, plutôt que de tout gâcher, semble rendre plus humain et plus accessible un visage qui autrement aurait été trop angélique. Ses cheveux châtain clair sont naturellement volumineux, du fait qu’ils sont légèrement bouclés, attachés en partie à l’arrière, ce qui lui fait une bouffante queue de cheval qui lui atteint à peine les épaules. Elle porte une robe paysane du plus pur style années 70.
Bref, elle a un look que mon inconscient associe spontanément à ces filles au caractère d’artistes, libres, naturelles, non-conformistes. C’est probablement la raison pourquoi elle me plaît instantanément.
Durant l’heure qui suit, il nous arrive quelques fois de se croiser de nouveau du regard et de se sourire. Et c’est tout aussi plaisant à chaque fois.
Comme à tous les jeudis, la seconde partie du cours est consacrée à l’oral. Aussi, lorsque Eduardo nous fait sortir de la classe pour que l’on se rende au labo de langues, Océane et moi nous synchronisons chacun de notre côté pour passer la porte au même moment. Et c’est le plus naturellement du monde que, côte à côte, en sortant de la classe, nous marchons ensemble et que je commence à lui parler.
« Avais-tu des cours d’Espagnol au secondaire? » « Oui, en 4e et en 5e. » « Ah! Pas moi! J’avoue que je suis un peu perdu. » « D’après ce que j’ai vu à date, on recommence par la base, donc à zéro. Tu devrais t’en tirer sans problèmes. » « Ah! Tu me rassures! Merci! »
Rendus au labo, nous nous installons l’un à côté de l’autre, à des cubicules séparés. Le reste du cours se déroule cependant sans communications entre nous, étant donné que nous avons tous des écouteurs dans lequel on nous passe une version particulièrement soporifique de la chanson Guantanamera. Notre exercice consiste à en retranscrire les paroles, sans s’endormir si possible.
À la fin du cours, nous sortons en tout derniers du lab, et tout en continuant à jaser, nous descendons au rez-de-chaussée, direction la cafétéria. Nous nous assoyons à table et continuons la conversation. Et c’est là que j’amène un sujet de base.
« Ha! Ha! Regarde-nous aller. On jase, on jase, mais on ne s’est même pas encore présentés. »
Elle me tend aussitôt la main et serre la mienne.
« Océane Labelle. Enchantée! »
« Stéphane Johnson, aussi connu sous le nom de Steve Requin. Je sais pas si tu lis le journal étudiant, mais… »
Elle se montre agréablement surprise.
« Oui! La page d’humour et bandes dessinées dans le Vox Populi. C’est toi? » « Cette année, je l’appelle La Page Requin Roll. Mais oui, c’est bien moi!« « Hey, l’an passé, j’aimais tellement tes listes… Ton Top 20. » « Oui, Le Décompte Requin Roll. » « J’ai particulièrement aimé celui des éléments que l’on retrouve au temps des fêtes. Ah, et ta liste de noms de famille composées. C’est toi qui a créé tout ça? » « Oui! J’ai écrit ça en décembre ’95, et ça a paru dans le numéro de Mars ’96. »
Nous avons ainsi parlé durant la demie-heure qui suivit, jusqu’à ce que l’arrivée du cours suivant nous sépare.
Quatre jours plus tard, lundi matin, 23 septembre. Espagnol est mon premier cour de la semaine. En m’y rendant, je croise Océane dans les escaliers. C’est la première fois que l’on se revoit depuis le dernier cours, et nos retrouvailles nous sont très agréables. Nous nous rendons en classe ensemble. À peine rentrés, Eduardo nous demande pourquoi nous ne sommes pas retournés en classe après le labo, au dernier cour, comme il avait demandé à tout le monde de faire. Océane et moi sommes sincèrement surpris. Ni elle ni moi ne l’avions entendu dire quoi que ce soit sur le sujet. Je suppose que nous étions trop distraits, chacun ayant l’esprit trop occupé par notre intérêt réciproque. Cette petite erreur commune nous donne ainsi, dès le départ, une atmosphère de complicité. Nous voilà partenaires dans le crime, même si le dit crime fut accidentel.
Au fil des jours, l’amitié entre Océane et moi grandit rapidement. Nous nous échangeons nos numéros de téléphone, pratique encore courante en cette époque de début d’internet. Nous y passons des heures à échanger sur toutes sortes de sujets. Je découvre en cette fille l’âme d’artiste que j’avais instinctivement perçu en elle. Libre, folle, sensible, passionnée… Son talent en danse et en musique égale celui que j’ai en texte et en dessin. Tout comme moi mais une année avant, elle a participé à Cégeps en Spectacle dans un numéro que les journalistes présents ne savaient pas trop comment commenter: En gros; tandis que deux gars faisaient un numéro musical, elle était là, sur scène, et pleurait. De vraies larmes. J’aurais bien aimé voir ça.
Avec elle, je me sens sur un pied d’égalité peu importe le sujet que nous abordons. Elle fait preuve d’une grande culture et d’une excellente ouverture d’esprit. Nous nous entendons si bien, c’est comme si nos neuf ans de différence d’âge n’avaient aucune importance. Elle vient même chez moi une fois ou deux, histoire de voir de quoi ont l’air les fameuses résidences étudiantes récemment construites, et dont je fais partie des tous premiers locataires. J’habite en effet aux Résidences André-Laurendeau, un mini bloc appartement de trois étages contenant soixante 1½ conçu pour les étudiants de notre cégep. Étant le dernier entré, j’occupe le logement le plus haut et le plus éloigné de la porte d’entrée.
Vu de l’extérieur.Ma chambre.
Au bout de trois semaines de fréquentations amicales, je me rend compte qu’Océane commence à m’intéresser au-delà de la simple amitié. Mais voilà, j’ai été trop déçu par les filles. Il faut dire que côté relations amoureuse, ma feuille de route n’a rien de glorieux.
Depuis 1991, j’étais dans une relation toxique avec Kim, une fille qui a lâché la pilule sans m’en parler, dans le but (réussi) de tomber enceinte, afin de me coincer dans cette relation par obligations morales et légales. Ce n’est qu’il y a un an, en septembre 1995, que j’ai réussi à m’en sortir en les quittant, elle et nos enfants. J’ai été obligé de retourner vivre chez mes parents, à 27 ans. Voilà pourquoi j’ai loué une chambre aux résidences étudiantes.
En octobre ’95, je me suis fait approcher par Salomé, cégepienne de 20 ans. Les deux premières semaines en couple avec elle, tout allait bien. Elle était gentille, câline, affectueuse. Ça me faisait du bien. J’avais besoin de ça, après Kim. La lune de miel ne dura que deux semaines. Dès le début de la 3e, elle me fit le traitement de silence, devint froide, m’ignora délibérément, me lança plein de signes de rejets. C’est qu’elle avait commencé à sortir avec un autre gars plus intéressant à ses yeux. Plutôt que de casser avec moi, et ainsi passer pour la méchante, elle a choisi d’agir de manière à m’écoeurer de la relation pour que ce soit moi qui le fasse.
Quelques semaines plus tard, en décembre ’95, j’ai accepté l’offre de Geneviève, cégépienne de 18 ans, de sortir avec elle. Elle m’a offert sa virginité, chose que je voyais comme un grand honneur, la preuve d’amour ultime. Dès le lendemain, son comportement envers moi fit un -180°C. D’ami gentille et chaleureuse, elle devint mesquine, insultante, rabaissante, carrément méchante. Ce furent trois semaines particulièrement pénibles.
Après ces cinq ans d’expériences merdiques, j’ai fini par voir le couple comme n’étant, dans le fond, rien d’autre qu’un contrat d’échanges abusifs: La fille doit accepter de te laisser le passage entre ses cuisses, et en retour tu dois accepter qu’elle te détruise moralement. Geneviève en est la preuve ultime: Tout allait bien entre nous, jusqu’à la première fois où on a couché ensemble. Après de telles expériences, je pense que l’on peut comprendre pourquoi je n’ai plus envie de m’engager. En fait, après Geneviève, je me suis rendu compte que j’avais passé ma vie à être dépendant affectif. Après avoir compris ça, j’ai totalement cessé de ressentir de l’amour. Ou du moins, de ce que je croyais qui était de l’amour. Alors même si j’ai parfois des manques sur le plan sexuel, je suis célibataire depuis presque un an et ça me convient parfaitement.
L’éventualité d’une intimité possible entre Océane et moi se trouve tuée dans l’oeuf quelques jours plus tard. Ce matin-là, je reviens de chez mon ex, d’être allé visiter mes enfants. Je prend un bus en direction du métro Angrignon. Et c’est là que, par hasard, j’y vois Océane. Elle est là, endormie, blottie contre un gars qui a son bras passé derrière elle. Au moment de débarquer, elle me voit et me salue d’un geste et sourire discret.
Plus tard au cégep alors que nous marchons vers notre cours d’Écriture Québécoise, l’autre classe que nous avons en commun, je lui demande si ce gars-là est son chum. Elle répond par l’affirmative. Je trouve étrange qu’en un mois d’amitié, de fréquentation et de discussions, elle ne m’en ait jamais parlé avant. Mais en voyant qu’elle évite de m’en dire plus sur le sujet, je n’insiste pas. Nous n’avons plus jamais parlé de lui par la suite.
Cependant, le fait de le savoir présent dans sa vie simplifiait grandement la mienne. Ça me débarrassait de la possibilité que nous puissions un jour former un couple, éventualité qui me déchirait, étant donné mon besoin de rester seul. Alors pour moi, à partir de là, c’était clair: Puisque Océane était en couple, alors j’étais dans la friendzone. Et ça me convenait parfaitement. N’ayant plus à me poser de questions au sujet de notre relation, celle-ci continue donc d’évoluer sur le chemin de la grande amitié.
Jusqu’au jour où…
Ce lundi-là, ayant mal réglé mon réveil la veille, je me lève tard et par conséquent je manque le cours d’espagnol. Aussi, avant de me rendre à mon cours suivant, je fais un détour en me rendant au casier d’Océane. Sur la porte, près du cadenas, j’écris à la mine:
« Yo, O! Comme t’as dû le remarquer, j’ai manqué le cours d’espagnol ce matin. Est-ce que tu pourrais passer chez moi ou bien me téléphoner pour me résumer le cours svp. Merci. »
J’ai signé et je suis parti.
Même jour, le soir venu, 19:00. Je n’ai pas eu de nouvelles d’Océane de la journée. Je termine de souper, je fais ma vaisselle mais je laisse refroidir sur la cuisinière la marmite contenant des raviolis. Puis, je m’installe devant la télé, l’allume et m’apprête à regarder Entertainment Tonight. Océane entre chez moi en coup de vent, sans cogner, et me dit d’un ton mi-scandalisé mi-amusé:
« Yo, O!? »
Cette entrée en fanfare a failli me donner un arrêt cardiaque, surtout qu’à l’heure qu’il est rendu, je ne m’attendait plus à sa visite. Encore heureux que je sois encore habillé, moi qui d’habitude prends mes aises en me débarrassant de mes pantalons après souper. Comme quoi je devrais verrouiller ma porte, des fois.
« Hein!? »
« Tu m’as appelé YO, O!?«
« Euh… »
Océane semble bien joyeuse et enjouée, mais je sens comme un petit je-ne-sais-quoi de différent en elle. Elle m’a l’air un peu plus joyeuse, plus bubbly que d’habitude. Elle s’assoit à table devant moi et me dit d’un ton quasi autoritaire:
« C’est pas le temps d’écouter la TV. J’ai faim. »
« Ah? Euh, d’accord! J’éteins la télé et je te sers. Tu aimes les raviolis farcis à la viande? Il m’en reste tout plein de mon souper de tantôt. »
« Parfait! Mais je te préviens, il faut que je parte à 21:00, j’ai un important devoir à remettre demain. »
« Ok! »
Je lui sers un plat de pâtes encore chaudes, arrosées de ma recette personnelle de sauce rosée. Elle décline cependant les ustensiles que je lui offre. Elle prend un ravioli entre ses doigts. Elle le porte à sa bouche. Elle en suce toute la sauce. Puis elle le mange. Elle se suce ensuite les doigts, puis elle recommence avec un autre. D’abord surpris de ses manières à table, je me dis que pourquoi pas, après tout. Avec une artiste dans l’âme comme elle, il faut s’attendre à ce qu’elle soit non-conventionnelle dans tout. Elle décline également un verre, buvant au goulot de son éternelle bouteille d’eau Naya, contenant cette fois-ci du jus de raisin.
Après le souper, elle me parle de toutes sortes de choses, me donnant des détails inédits sur des sujets tels que sa musique préférée à son cheminement artistique, de ses relations avec les autres à ses études, de sa famille à cet accident qui l’a envoyé face contre trottoir alors qu’elle était enfant, expliquant son nez cassé. Rarement a-t-elle été aussi volubile. Elle m’amuse. Je l’écoute avec délectation.
Puis, elle commence à me poser toutes sortes de questions sur des sujets jusque-là inédits entre nous: Si je fume, si je bois, si je prends de la drogue, ou si je l’ai déjà fait par le passé. Je lui répond que non. Avec un petit sourire, elle me montre sa bouteille de Naya encore pleine au ¼ de jus. En la pointant du doigt, elle me demande:
« Est-ce que tu sais ce que c’est, ça ? » « Ben… Du jus de raisin !? »
Pour toute réponse, elle me la tend en me disant de goûter. Bien que je n’aille jamais vraiment aimé le jus de raisin, je prends la bouteille, la porte à ma bouche, j’en prends une gorgée. La morsure du liquide dans ma gorge m’étouffe quasiment.
« Que… Que c’est ça ? Du vin rouge ? »
Elle me répond en souriant.
« Oui! » « Euh… Ça veux-tu dire que… Le jus de pomme dans les cours d’espagnol…? » « Vin blanc! »
Ainsi, Océane boit à l’école. Je n’en reviens pas! Je repose la bouteille.
« Et, euh… Tu fais ça souvent? »
« Quotidiennement! »
« Ok! … As-tu… Un problème d’alcoolisme, ou kek’chose du genre? »
Elle rit de mes allégations.
« Le vin à petite doses tous les jours est excellent pour le cœur et les artères, tu sais. Mais ouais, je t’accorde que j’en ai peut-être un p’tit peu abusé, avant d’arriver ici. »
Je comprends mieux son entrée en fanfare dans mon appartement. Il me semblait aussi qu’Océane était un peu plus calme que ça, d’habitude. Tandis que j’essaye d’assimiler cette nouvelle information à son sujet, elle me demande:
« Pourquoi est-ce que t’es coincé à ce point là? »
« Euh… En voilà une question. Je ne suis pas sûr de comprendre ce que tu veux dire. »
« Est-ce que tu t’es déjà regardé agir? »
« Dans le sens de…? »
« Tu es tellement froid avec les autres. »
« Ah bon!? Comment ça? »
« Depuis le temps que je te connais, jamais je ne t’ai vu toucher les gens, ou bien les prendre dans tes bras. Moi, je suis une personne pour qui le contact est important. Que ce soit avec mes amis de gars ou de fille, on n’a pas peur de se toucher, se prendre par la main, se serrer l’un contre l’autre quand vient le temps de se quitter… Pourquoi tu ne le fais jamais? »
Je suppose que je peux sembler froid aux yeux d’une personne aussi extravertie. Mais c’est toujours comme ça que je me suis comporté avec les gens. Je ne sais pas si c’est à cause que je viens de St-Hilaire, ou si c’est à cause que j’ai été élevé dans les années 70 et 80, ou si c’est une combinaison des deux… Pour être franc, je me suis toujours senti mal à l’aise de me faire toucher par une fille, sauf si c’est dans un but sexuel et /ou si la fille est ma blonde. Elle rajoute:
« Toucher, câliner, embrasser, c’est ÇA la normalité. Tu peux pas rester renfermé sur toi-même toute ta vie. Merde, il ne faut pas avoir peur comme ça de montrer ton affection aux autres. » « Ouais, d’accord, mais il y a un petit détail à ne pas négliger: Mon âge. »
« Quoi, ton âge? »
« Avec les 9, 10 ou 11 ans que j’ai de plus que mes amies cégepiennes, si j’étais un peu plus colleux avec elles, j’aurais trop l’impression d’être un genre de vieux vicieux. »
« Toi, un vicieux? Elle est bonne, celle-là! T’es trop coincé pour l’être! Ça se voit juste à ton appartement. »
« Comment ça? »
« Juste de la façon même dont c’est rangé. On le voit, que tu es un gars qui s’impose trop de discipline. Tout est TROP rangé. »
Pour une fois que j’arrive à garder un appartement propre, j’me le fais reprocher maintenant. J’aurai tout entendu.
« Ceci dit, pour ce qui est de l’âge, t’es rendu à combien, déjà? »
« 28! »
« Donc, 28 ans et jamais fumé, saoulé, drogué… Sors-tu, au moins? Vas-tu dans les bars? Est-ce que tu dragues? »
« Non, non, et non! »
Elle me regarde, l’air découragée.
« Non mais regarde-toi. T’as 28 ans pis t’as pas le moindre souvenir de trips de jeunesse. Qu’est-ce que t’attend pour commencer à vivre? »
« Ben là, rendu à mon âge… » « FUCK TON ÂGE! »
C’est la première fois qu’elle lève la voix avec moi. Ça surprend. Elle rebaisse le volume, mais garde un ton sévère.
« T’es un cégépien! Tu te tiens avec des jeunes! Et t’as pas l’air tellement plus vieux que nous autres. Sérieux là, on ne t’en donnerait jamais plus que 21-22. »
« C’est flatteur! Merci! »
« Chuis sérieuse! Y’est pas trop tard pour toi. Regarde-les, ceux qui ont ton âge… Ils ont tous une carrière et des enfants. S’ils n’ont pas pris le temps de vivre leur jeunesse, c’est trop tard pour eux-autres. Mais toi… Toi, t’as une chance unique qu’ils n’auront jamais: T’es redevenu cégépien après dix ans de vie adulte. T’as une seconde chance de tripper. T’as une deuxième opportunité de te laisser aller, de revivre la jeunesse que t’as pas eue, de vivre enfin à 100%. Tu peux pas laisser ça se perdre comme ça. »
Que dire, sinon: Touché!
Vrai, je me suis toujours empêché de vivre toute sortes de trucs dans mon adolescence, mais c’est tout simplement parce que contrairement aux autres jeunes, je réfléchissais avant d’agir. L’alcool, la cigarette, la drogue, les bars, la drague, ce sont toutes des habitudes qu’on essaie tant bien que mal de se départir lorsqu’on est adulte. Dans ce cas là, pourquoi est-ce que je commencerais ? Où serait la logique de vouloir prendre le risque de me créer délibérément une addiction ? S’il est vrai que la majorité de ceux qui ont vécu ces trips n’en sont pas restés accrochés, il y en a tout de même trop pour qui ce fut le cas. Aussi, il m’a toujours semblé logique que la meilleure façon d’arrêter, c’est encore de ne pas commencer. C’est là la façon de penser qui a régi ma vie et jusqu’à maintenant je n’ai pas eu à m’en plaindre.
Ou est-ce que je me trompe?
Qu’en était-il de ma vie sociale adolescente à chaque fois que j’ai exprimé ma façon de penser à mon entourage? La réponse se trouve dans mon talent en dessin. Si j’avais été plus populaire, si j’avais passé mes soirées dans les partys et autres activités qui se font en gang, je n’aurais certainement pas eu le temps d’apprendre à aussi bien dessiner. Et que sont devenus tous ces gens que je trouvais idiots de se livrer à des activités qui, dans le meilleur des cas, ne leur rapporteraient rien? Aux dernières nouvelles, ils ont tous réussi mieux que moi dans la vie.
Océane vient de faire quelque chose que personne n’avait réussi à faire avant: mettre le doute dans mon esprit au sujet de mes convictions. À son regard, j’ai l’impression qu’elle sait parfaitement qu’elle vient de fissurer ma cuirasse. Souriant légèrement, elle me demande:
« Est-ce que t’es gai? »
Ce n’est pas la première fois qu’une fille me la pose, celle-là, et ça m’irrite toujours autant. Je veux bien croire qu’en ayant été surtout élevé par ma mère dans une famille presque exclusivement féminine, j’ai dû prendre de leurs manières. N’empêche que je suis un peu insulté que l’on mette en doute mon hétérosexualité à chaque fois que l’on constate que je ne me jette pas comme un chien en chaleur sur chaque fille qui passe.
« Ben non! »
« Bisexuel, alors? »
« Non, 100% hétéro! »
« Comment tu l’sais? »
« Difficile de se dire bi quand on a juste eu des relations hétéros. »
À ça, Océane réplique:
« Je ne te crois pas! Nous sommes tous bisexuel à un certain degré, puisque nous avons tous eu nos premières expériences de masturbations en commun avec quelqu’un du même âge et du même sexe que nous, fut-il membre de notre famille, ami ou voisin. »
Je ricane un peu de sa théorie.
« Tu sais, en tant qu’enfant unique, seul de mon groupe d’âge dans toute la famille et ayant passé ma vie dans un quartier de St-Hilaire composé presque exclusivement de retraités, je n’ai jamais vécu de trucs semblables, Dieu merci. Les seules fois où j’ai touché un sexe d’homme dans ma vie, c’est le mien, that’s it! »
J’avoue qu’après la remise en question qu’elle vient de me faire vivre au sujet de mes règles de vie, ça me rassure de voir qu’elle puisse se fourvoyer à mon sujet.
Sauf que… Sans que je ne m’en soit rendu compte, Océane venait de donner un tournant sexuel à la conversation.
Elle enchaîne aussitôt en passant à l’étape tactile. Elle pose son coude sur la table, tenant son avant-bras bien droit, la paume de la main dirigée vers moi.
« Mets-donc ta main ici, j’aimerais voir quelque chose. »
Amusé, je m’exécute, en me demande bien ce qu’elle va m’inventer cette fois-ci. Ma paume droite est en contact avec sa gauche. Le toucher de sa main dans la mienne me semble étrange. Le manque d’habitude.
« Pour un gars, tu as une main bien douce, avec un toucher délicat. Tes doigts sont quand même courts, ils dépassent à peine les miens. »
« C’est parce qu’on est mal ajustés. Attend! »
De ma main libre, je lui saisis le poignet, histoire de pouvoir bien enligner la base de ma paume avec la sienne. Avec une voix aussi douce que son regard, elle me dit:
« Est-ce que tu réalises que depuis le temps qu’on se connaît, c’est la première fois que tu me touches? »
Avant qu’elle me dise ça, j’allais relâcher son poignet. Mais d’entendre ces paroles, ça me donne le réflexe de simplement relâcher mon étreinte, tout en gardant le contact.
« Tiens, c’est vrai! »
J’avoue que j’aime bien ce qui se passe entre nous en ce moment. Je la touche. Ce n’est pas ma blonde. Ce n’est pas dans un but sexuel. Et ce n’est pas désagréable. En fait, pour la première fois, je suis à l’aise dans cette situation. Et ceci me porte à faire une nouvelle constatation qui, là encore, bouscule un peu ce que je croyais savoir sur moi-même.
« Jusqu’à maintenant, toucher une amie-non-blonde-non-amante, ça me mettait mal à l’aise. Or, je ne ressens pas ce malaise avec Océane. La seule différence entre elle et les autres, c’est qu’elle m’a fait comprendre qu’elle aime se faire toucher par ses amis. Ça voudrait dire que contrairement à ce que j’ai toujours cru, ce n’est pas le fait de toucher une fille qui me donne du malaise. C’est la peur qu’elle ne veuille pas que je la touche. Ça veut dire qu’en réalité, j’aime toucher. J’aime le contact physique. »
Cette révélation comme quoi je ne suis ni coincé ni froid de nature, et que je ne fais que garder une distance respectueuse, ça me fait un grand bien moral. Tandis que nos mains restent en contact, je caresse délicatement son avant-bras du bout de mes doigts. Elle ferme les yeux et ouvre légèrement sa si jolie bouche. Nous sommes bien. Les minutes passent, dans le silence. Nous vivons un moment magique auquel ni elle ni moi ne semblons avoir envie de mettre fin.
Cependant, le mauvais côté d’avoir les yeux fermés, c’est de ne pas voir ce que l’on fait. Venant pour agripper sa bouteille de Naya, sa main libre l’accroche plutôt, la faisant se renverser sur la table. Par réflexe, je relâche la main et l’avant bras d’Océane. Je redresse la bouteille. Je prend ensuite un mouchoir de ma boite de Kleenex, également sur la table, avec lequel j’essuie le mini-dégât.
Histoire de détendre un peu l’atmosphère, et de minimiser l’importance de l’incident du vin, je lui dis:
« Le vin renversé, ça me rappelle un truc que j’ai vu dans un film hier… La fille renverse volontairement sa flûte de champagne, puis s’est trempé les deux doigts dedans, et les a donné à sucer à son copain. Il l’a fait, et bientôt ses baisers sont remontés le long de son bras, ils l’a embrassée, et tu devines le reste. »
Je suis moi-même surpris de cette remarque provocatrice que je viens de lui faire. Provocatrice, mais surtout mensongère. Enfin, presque. C’est que le film auquel je faisais référence était Lunes de Fiel. Et dans la scène, il s’agissait d’une bouteille de crème et non de champagne. De la crème qu’elle a bu à même le goulot de manière très cochonne dans tous les sens du terme. Et en effet, ça s’enchaîne avec du sexe.
Océane prend sa bouteille de Naya. Tout en me regardant, elle renverse du vin sur la table, délibérément, cette fois. Puis, elle y trempe sa main, et l’approche ensuite de mon visage.
… Et ceci me paralyse totalement. Physiquement et mentalement.
À l’époque, je ne m’en rendais pas compte, mais j’étais encore sous l’emprise de plusieurs années de conditionnement négatifs, abusifs, ou qui se basaient sur des mensonges ou des présomptions erronés. Et à ce moment-là, sans le savoir, Océane vient de tous me les déclencher. D’un coup!
Conditionnement 1: Fuir en panique toute fille qui se rapproche de moi. Mon ex, la mère de mes enfants, souffrait de jalousie maladive irraisonnée. Par exemple, alors que l’on travaillait au Dunkin Donuts, elle m’a lancé violemment une galette de porc gelée derrière la tête. Mon crime: Une caissière était venue me demander dans combien de temps les munchkins seraient prêt. J’ai fini par développer un monstrueux réflexe de paranoïa au sujet des éléments déclencheurs de la jalousie féminine. Et le pire de ces éléments, c’est me faire approcher directement par une fille, de façon non-sollicitée. Exactement ce qu’Océane vient de me faire, d’où blocage soudain.
Conditionnement 2: Croire dur comme fer qu’aucune fille en couple n’a envie de voir ailleurs. En fait, si! Je le savais bien que ça existait, des filles qui trompaient leur chum: Les salopes. Or, une salope, c’est une fille délurée, vulgaire dans son apparence et son vocabulaire. Une définition qui ne décrit en rien Océane. Par conséquent, les gestes d’Océane entraient en contradiction avec ce qu’elle était à mes yeux, d’où incompréhension.
Conditionnement 3:Écouter scrupuleusement tout ce que les filles disent et tout prendre au pied de la lettre. Océane vient de passer la soirée à me dire que le toucher entre amis, ça ne veut rien dire de sexuel. Or, son dernier geste est clairement un appel au sexe. Un geste contredisant toutes ses paroles, d’où incompréhension.
Conditionnement 4: Voir toute marque d’intérêt envers moi comme des moqueries, surtout lorsqu’elles sont aussi claires et fonceuses. Quand j’étais à l’école secondaire, je n’étais vraiment pas beau. Aussi, il arrivait parfois que des filles fassent semblant de s’intéresser à moi juste pour se foutre de ma gueule. L’intérêt que me porte Océane est aussi clair que fonceur, et tellement soudain, d’où incompréhension.
Conditionnement 5: Avoir été trop souvent testé hypocritement par des filles recherchant le conflit. Mon ex, la mère de mes enfants, m’a déjà offert un ménage à trois, juste pour me tester, juste pour voir si j’avais envie d’en baiser une autre. Même décliner l’offre ne l’a pas rassurée sur mon cas. Et adolescent, des amies de filles m’ont parfois demandé si je les aimais, si j’aimerais sortir avec elles. Voyant ça comme une proposition, je l’acceptais. … Pour me faire dire aussitôt que ce n’était qu’un test. Elles voulaient juste savoir si je mentais en me disant ami seulement. Ça leur donnait un prétexte pour prendre leurs distances avec moi. Or, passer brusquement d’amie à amante potentielle qui se propose, c’est exactement ce qu’Océane vient de me faire, d’où blocage soudain, trop habitué à ce que ce soit un piège sous forme de test.
Conditionnement 6: Avoir totalement perdu confiance en son instinct et en ses capacité d’interpréter les signes. Normal. À force de se faire dire qu’il a mal compris les gestes des autres à son égard, à force de vivre des tests hypocrites, un gars finit par conclure que les gestes ne veulent jamais rien dire, qu’ils ne comportent aucun message. Il cesse alors d’y porter la moindre attention. Ici, je dis à Océane que j’ai vu qu’une fille qui se trempe les doigts dans le vin, ça amène au sexe. Elle se trempe aussitôt les doigts dans le vin. N’importe qui aurait compris qu’il n’y avait pas plus clair comme message. Hélas, tant qu’existe la moindre ambiguïté, la moindre parcelle infinitésimalement minuscule comme quoi un geste ou une parole puisse avoir une signification anodine, alors c’est la facette anodine qu’il croira. Comme ici, le fait qu’elle me dise que se toucher ne veut rien dire de sexuel, ou le fait qu’elle soit déjà en couple.
Conditionnement 7: Croire que toute fille sous l’influence de l’alcool devient incapable de savoir si elle veut vraiment coucher avec un gars ou non. Par conséquent, un gars qui couche avec une fille qui a bu, c’est un violeur. Et ça, c’est la dernière chose dont je veux avoir l’air, auprès des filles, et auprès de la loi, surtout que je ne le suis pas.
Que les sept raisonnement derrière ces sept conditionnements soient pertinents ou non, ça ne change rien au fait que je suis profondément conditionné à y réagir. À y être triggered, comme on dit aujourd’hui. À 28 ans, ayant passé les quinze dernières années de ma vie à subir tout ceci à répétition, est-ce difficile à comprendre que le geste d’Océane ait pu me paralyser, me mettant dans un état d’incompréhension totale, au bord de la panique?
Aussitôt, mon cerveau passe en mode 100% Logique. Ce n’est ni une décision volontaire, ni une manière passive-agressive de faire la leçon à Océane. C’est quelque chose de totalement inconscient et instinctif. Un genre de réflexe de survie, qui permet de dissiper la panique qui m’envahit. Aussi, je n’ai plus besoin de me poser de questions. Puisque Océane est déjà en couple, et puisqu’elle vient de me convaincre que se toucher entre amis n’a rien de sexuel, mon instinct conditionné ne voit qu’une raison pour expliquer pourquoi elle me tend ses doigts avinés: Elle se fout de ma gueule. Voulant lui montrer que je ne suis pas dupe, je lui prend la main, et d’un nouveau mouchoir, je lui essuie les doigts.
« Je n’aime pas tellement qu’on se moque moi de la sorte. »
Pour toute réponse, elle se remet les doigts dans le vin et revient me les mettre à portée de la bouche. Son insistance m’irrite quelque peu.
« Océane… À quoi tu joues? » « Je ne joue pas! » Me murmure t’elle doucement.
Pendant un court instant, je suis troublé. Je n’ai que 28 ans, après tout. Je suis encore un jeune producteur de testostérone. Et celle-ci fait que je peux sentir mon envie d’elle qui monte à toute vitesse, autant dans ma tête que dans mon pantalon. A t’elle seulement idée à quel point cette façon d’agir peut être dangereuse? J’opte pour le lui faire savoir.
« Écoute Océane, arrête ça s’il te plait… Tu ne t’en rends peut-être pas compte mais je… Euh… C’est en train de m’allumer, ce que tu fais là. Si tu veux savoir la vérité, j’ai envie de toi en ce moment. Mais… J’ai vraiment pas envie de m’engager dans une relation sérieuse. J’voudrais pas t’en faire accroire. Tu sais, genre, coucher avec toi, pis te dire après coup que j’veux pas être en couple. J’ai pas envie d’abuser de ta confiance. Et puis… Et puis, t’as déjà un chum, toi, non? »
Elle soupire comme quelqu’un à qui on fait un reproche et que ça la dérange.
« C’est pas mon chum. » « Mais quand je t’ai posé la question il y a deux semaines… » « Je sais que je ne passerai pas ma vie avec lui. C’est juste un copain pour moi. » « Oui mais là, vous êtes un couple, non? » « Dans sa tête, oui, je suppose qu’on l’est encore… Mais dans ma tête, ça fait longtemps que c’est non. J’ai essayé de casser avec lui le mois passé, au téléphone. Tu sais ce qu’il a fait? Il a pris sa ceinture et il a commencé à s’étrangler à l’autre bout de la ligne en me disant que si je ne voulais plus de lui, alors c’en était fini de sa vie. Je me suis sentie obligée de rester avec lui à cause de ça. Mais pour moi, ça s’est terminé le jour là. »
Je vois! Intense, le gars. Ceci dit, l’explication d’Océane fait du sens. Avec les filles à problèmes avec qui j’ai sorti par le passé, j’ai subi plus souvent qu’à mon tour le chantage pour éviter une rupture. Ce que me raconte Océane est donc tout à fait crédible. Il reste quand même un détail qui me dérange.
« M’ouais… N’empêche que tu as bu un peu trop ce soir, je ne voudrais pas profiter de la situation pour abuser de toi. »
« Chus pas saoule! »
« Ironiquement, une personne saoule dirait ça, puisqu’elle ne serait pas en état de le savoir. » « Écoute, oui, ok, j’ai bu. Juste assez pour me détendre, d’accord. Mais c’est pas comme si j’allais tomber en dessous de la table. Il m’en faudrait bien plus que ça » « Peut-être, mais ça ne change rien au fait que pour ton chum, vous sortez ensemble. Je me met à sa place… J’aimerais pas que ma blonde se trouve en compagnie d’un gars qui se foutrait complètement du fait qu’elle ait un chum. Je n’aimerais pas qu’on me le fasse, donc je ne pourrais pas lui faire ça. »
Mes yeux aperçoivent soudain l’heure sur le micro-ondes sur le comptoir derrière elle. Surpris, je me confond en excuses.
« OH! Excuse-moi! »
« De quoi? » « Y’est déjà neuf heures et demie. Désolé! C’est de ma faute, je n’ai pas vu le temps passer. »
Pour toute réponse, elle referme les yeux et entrouvre la bouche de nouveau. Je ne comprends pas.
« Mais qu’est-ce que tu fais? Tu m’as dit que tu devais partir à neuf heures pour aller faire ton devoir, que c’est quelque chose d’urgent, à remettre demain matin… »
Elle ne bouge toujours pas.
Pour les vingt minutes qui suivent, me revoilà dans la confusion la plus totale. Je lui pose des questions. Je lui rappelle que c’est elle-même qui m’a dit qu’elle devait partir à cette heure là. Je lui demande ce qu’elle fait. Je lui demande ce qu’elle attend de moi. Rien à faire, elle reste là, sans broncher, impassible, passive, offerte.
Qu’est-ce que je peux avoir envie d’elle. Si seulement elle était célibataire et à jeun. Mais elle n’est ni l’une ni l’autre. Si je cède à la tentation, je sais que nous risquons de le regretter tous les deux un jour. Je ne veux pas que, à cause de moi, elle ne puisse pas remettre son important devoir. Je ne veux pas la forcer à commettre l’adultère. Je ne veux pas abuser d’elle, ce qui serait le cas vu son état éthylique. Je ne veux pas que notre amitié soit gâchée à cause d’une histoire de sexe irréfléchi. Son amitié compte beaucoup trop pour moi pour que je puisse courir ces risques.
Aussi, en toute bonne conscience, je ne vois qu’un seul chemin à suivre. Dans un suprême effort de volonté, je décide de mettre fin à cette situation trop nébuleuse pour mon confort moral, dans lequel chaque geste envers elle comporte un risque de commettre une erreur. Je me lève et me dirige vers le placard d’où je tire nos manteaux. J’enfile le mien. Je lui tend le sien et dit:
« Viens, je te raccompagne à l’arrêt d’autobus. »
Elle ne bronche toujours pas.
Cette fois, la situation commence à m’exaspérer. C’est vrai, quoi! Lorsqu’une fille dit NON à un gars, il faut absolument la respecter Par contre, lorsque c’est un gars qui le dit à une fille, elle ne le prend pas au sérieux, et il se fait complètement ignorer. Or, les deux choses que je déteste le plus au monde, c’est ne pas être pris au sérieux, et me faire ignorer. Aussi, c’est avec un ton légèrement exaspéré que je lui dis:
« S’il te plaît. Océane… J’ai pas envie de me fâcher après toi. »
En entendant ces paroles, c’est plutôt elle qui se fâche. Sortant enfin de son mutisme, elle ouvre les yeux, me regarde et dit avec un évident ton de colère dans la voix:
« Je ne me suis jamais imposée à personne. Si tu veux que je m’en aille, t’as juste à me le dire, je vais m’en aller. » « Hein? Euh… Mais non voyons, je n’ai jamais voulu que tu partes. Mais c’est toi qui m’a dit qu’il fallait que tu… »
Elle m’interrompt en me posant une question qui me déroute un peu:
« Pourquoi est-ce que tu m’as fait venir ici, au juste? » « Ben, pour savoir ce qui s’est passé au cour d’espagnol que j’ai manqué. Tu t’souviens pas? C’est ça que j’ai écrit sur ta case. » « C’est tout? » « C’est tout! »
On ne pourra jamais me reprocher d’avoir attiré une amie chez moi sous un faux prétexte dans le but de la sauter. Je les respecte trop pour leur tendre ce genre de piège.
Océane ne dit rien. Puis, elle se lève, marche jusqu’à son sac d’école, l’ouvre, en retire ses notes de cours et me les donne.
« Tiens, tu me les rendras au prochain cours. »
Je la remercie et lui donne son manteau. En l’enfilant, elle dit:
« T’es pas obligé de m’accompagner à l’arrêt de bus. » « Pas de problème, ça va, ça me tente. Et puis, à cette heure ci, tu pourrais l’attendre longtemps. Ça va être moins plate si t’as quelqu’un avec qui parler. »
Je la raccompagne donc à l’arrêt de bus. En chemin, je ne manque pas de la rassurer en lui disant que si elle avait été célibataire et à jeun, j’aurais été extrêmement heureux d’amener ma relation avec elle au niveau physique. Je me montre aussi compréhensif que possible.
« Tu sais, tu comptes beaucoup pour moi, et je t’estime beaucoup trop pour te permettre de faire des choses pas correctes à ton chum. Mais je veux que tu saches que je ne porte pas de jugements contre toi, ok? Tu avais un peu bu, c’est ce qui explique ton écart de conduite. Mais c’est correct, je comprends. Tu n’as pas à te sentir mal. Ce sont des choses qui arrivent. »
Elle ne répond rien. Je suppose qu’elle a honte de son comportement. Le bus arrive rapidement. Je lui donne de petits becs sur les joues, et la laisse partir. En regardant le bus s’éloigner et l’amener au métro Angrignon, je me sens fier d’avoir résisté à mes désirs charnels. En retournant chez moi, je me félicite.
« Quelle chance elle a, cette fille, d’avoir un ami aussi réfléchi et pur que moi. Ce ne sont pas tous les gars qui auraient su résister à leurs bas instincts comme je viens de le faire. Je suis heureux d’avoir réussi, par mon abstinence, à sauver notre amitié de la catastrophe dans laquelle elle a bien failli se jeter. »
Je ne faisais pas que le dire. Je le pensais. Je le croyais.