Comment j’ai appris à fermer ma gueule. Épisode 1 : L’Étoffe des Zéros.

« L’étoffe des zéros. »   Si j’utilise ce jeu de mot classique qui n’est pas de moi, c’est parce que je trouvais que c’était très à-propos avec une une série d’anecdotes que j’ai vécu à l’école secondaire, en secondaire IV en particulier, lorsque j’avais 15 ans. Cette année-là, j’ai eu le don de me ramasser trois fois la note de zéro à cause de ma grande gueule.

Je n’étais ni un délinquant ni un contestataire.  Par contre, j’essayais d’imposer ma logique aux profs afin de leur faire comprendre pourquoi je ne comprenais pas toujours le travail demandé.  Je croyais bien faire.  Hélas, il semblerait que j’avais le don de poser mes questions d’une façon qui démontre que ce n’est pas moi qui n’est pas capable de comprendre, c’est juste l’autre qui est trop con pour expliquer clairement.  Ils le prenaient mal, étrangement.

Le premier zéro.
Premier cours de français de l’année.  Le prof nous dit de prendre une feuille lignée, y inscrire notre nom et la date, et d’écrire une dissertation de deux pages, à double interligne.  Le sujet est : Qu’est-ce que vous venez apprendre dans ce cours de Français? Je lève la main.

« Euh… S’cusez, mais comment est-ce qu’on est supposé savoir ça? »

Pour toute réponse, il me regarde en silence.  Je suppose qu’il ne comprends pas ma question.  J’élabore:

« Ben oui, quoi, si je le savais déjà, j’aurais pas besoin de venir ici pour l’apprendre. Donc si je viens l’apprendre, c’est parce que je ne le sais pas. »

Après quelques autres secondes de silence, il dit:

« Donc, tu ne sais pas quoi écrire? »
« Ben là, j’le connais pas, votre plan de cour.  Comment chus supposé deviner ce que vous allez nous apprendre? »
« D’accord! »

Il s’approche de mon pupitre, il prend ma feuille, la froisse et dit:

« Zéro! » 

Il se retourne, envoie ma feuille dans la corbeille et dit au reste de la classe:

« Les autres, vous pouvez commencer. »

Je ne sais pas ce qui m’a le plus estomaqué entre le fait que le prof m’a mis zéro sans même essayer d’expliquer la logique de sa question, ou le fait que tous les autres élèves semblaient n’avoir aucun problème à écrire le contenu d’un cour qu’on ne nous avait pas encore donné.  En tout cas, on n’a qu’une seule chance de faire une première impression.  Et j’avais foiré celle-là de façon spectaculaire.

Le second zéro.
Science Religieuse, cours qui ne parlait à l’époque que de catholicisme, puisque nous avions tous été élevés là-dedans.  Je ne me souviens plus du tout du travail.  Ce que je me souviens, par contre, c’est qu’avant de le remettre à notre prof, il nous a demandé d’évaluer nous-mêmes ce que vaut notre travail. Il fallait écrire notre note, un nombre X sur 100, en haut à droite.  Je le fais et lui remet ma feuille en même temps que les autres.  Puis, il feuillette le tas.

« Ok, alors on va commencer par discuter de vos évaluations, ce qui va nous  … »

Il s’arrête sec devant ma feuille.  Après l’avoir observée quelques secondes, pour être certain qu’il a bien vu je suppose, il prend un ton sarcastique.

« Bon, bon, bon, bon, bon! Ça a l’air qu’on a quelqu’un qui se prend pour un génie, ici. Monsieur Johnson s’est donné lui-même la note de 100%. »

Sans être un cancre, mes notes avaient toujours été très moyennes, d’où l’hilarité générale de la classe à cette annonce.  Il rajoute:

« Bon eh bien, allez-y, Monsieur Johnson. Veuillez nous expliquer pour quelles raisons est-ce que vous pensez que votre travail mérite une note parfaite. »
« Ben, c’est simple : Si j’ai écrit ce que j’ai écrit, c’est parce que je crois que ce sont les bonnes réponses. Et si j’pense que toutes mes réponses sont bonnes, il est logique que je penses avoir 100%. »

La classe répond par un murmure admiratif et amusé, deux sentiments que ne partage pas le prof qui réplique:

« Ah oui? C’est logique? »
« Ben là! Pensez-vous que j’aurais délibérément saboté mon travail, en faisant exprès pour donner des réponses erronées, juste pour me donner une note plus basse, juste pour que vous la trouviez réaliste? Voyons donc! »

Il garde le silence quelques secondes, le temps de considérer ma réponse, et peut-être travailler la sienne.  Il dit:

« Je vois! …  Ce que tu viens de faire, ce n’est pas une évaluation de ton devoir. C’est une critique négative de l’exercice dans le but de le tourner au ridicule. »
« Hein? Mais non, je… »
« C’est correct! Quand on choisit de devenir prof, on le sait qu’on va être la cible de tentative pathétiques de se faire moquer de nous-autres et des travaux que l’on demande. Ça fait partie d’la game, alors je n’en ferai pas de cas! »

… *gulp*

« N’empêche qu’au final, tu n’as pas fait ce que j’ai demandé. Par conséquent, ce n’est pas 100% que ton travail se mérite, mais bien zéro. »
« Mais voyons donc! Le fait que je dise que je pense que les réponses de mon devoir sont bonnes, C’EST une évaluation de mon devoir! »
« Eh bien le fait que moi, le prof, j’affirme que C’EST le contraire, alors C’EST ça qui est ça, et C’EST final! »

C’est ça le problème avec les analyses : Ce ne sont que des opinions.  Ce n’est pas comme les mathématiques.  Ça au moins, c’est une science exacte.  Ou bien tu as raison, ou bien tu as tort.  C’est ou bien blanc, ou bien noir.  Pas d’ambiguïté.  D’ailleurs, parlant de maths…

Mon troisième zéro.
Cours de maths, matière dans laquelle je suis cancre.  La preuve, c’est que je suis en retard de deux ans.  La prof nous pose la question classique dont la réponse me dérange depuis la première fois où je l’ai entendue à l’école primaire:

« Maintenant, est-ce qu’il est possible, selon vous, de diviser par zéro? »

Tout le monde répond non.  Enfin, presque tout le monde.  Parce que moi, je m’aventure à dire:

« Je crois que c’est possible. »

La prof me regarde d’un air voulant dire Bon, de quoi j’me mêle!  Elle dit:

« Bon! On a un petit comique ici! »
« Non, je suis sérieux! Cet été j’ai trouvé le moyen de le faire, d’abord en… »

Elle réplique alors un truc sur un ton défiant et sarcastique.

« Attend! Si t’as vraiment trouvé le moyen de diviser par zéro, aussi bien en faire profiter l’humanité toute entière, en commençant par la classe. Va nous expliquer ça au tableau, si t’es capable. »

Je suis peut-être atteint de dyscalculie (un genre de dyslexie numéraire), ça ne change rien au fait que mon raisonnement logique fonctionne à la perfection. Aussi, si j’affirme que l’on peut diviser par zéro, c’est parce qu’on peut diviser par zéro.  Et puisqu’elle m’invite à le faire, je me rend au tableau.  Elle se met en retrait.  Je commence:

« Tout d’abord, entendons-nous sur le fait que, contrairement à ce qu’affirment certain, le nombre zéro ne représente pas l’infiniment petit. L’infiniment petit, ce serait, par exemple, d’avoir dix milliard de zéros suivi d’un virgule un. Tandis que zéro, lui, c’est juste zéro. Pas la moindre virgule suivie d’un chiffre à la fin. À moins qu’on s’amuse inutilement à écrire zéro virgule zéro. Mais là encore, ça ne change rien au fait que zéro, c’est juste rien du tout.  Par conséquent, diviser par zéro, ça ne donne pas « infini », comme certains le prétendent.  Cette précision étant faite, passons à la démonstration. Pour l’exemple, on va prendre le nombre mille. »

J’écris 1000 au tableau.

« Il y a trois façons de diviser par zéro et d’obtenir un résultat : La méthode mathématique, la méthode logique et la méthode graphique.  Voyons d’abord, la méthode mathématique : Admettons, pour l’exemple, que l’on divise par 2. Ce que l’on fait ici, c’est poser la question « Combien de fois est-ce que le chiffre 2 se retrouve dans le nombre 1000. » Dans ce cas-ci, la réponse est évidemment 500 fois.  Alors quand on divise par zéro, ce que l’on demande, c’est « Combien de rien est-ce qu’il y a dans 1000? » En partant du fait que 1 c’est un tout, et qu’un tout c’est le contraire de rien, alors la question que l’on pose vraiment ici, c’est « Combien de rien y a-t-il dans mille tout? »  Puisque dans un tout il ne peut pas avoir de rien, la réponse est donc zéro. »

La prof réplique aussitôt:

« Sophisme! »
« Vraiment? Pourtant, même la langue française est d’accord avec ce que je dis. »
« Et comment cela, je vous prie, Professeur Johnson? »
« Ben, comme synonyme de zéro, ne dit-on pas « Rien du tout »? »

Un murmure amusé parcours la classe.  La prof rajoute:

« Fa que finalement, ton raisonnement est simplet. Ce que tu dis, c’est que peu importe le chiffre, quand on le divise par zéro, la réponse va toujours être zéro. »
« Oui, mais seulement pour les nombres positifs. »
« Hein? »

Avec la craie, je trace un « – » devant le 1000.

« Admettons qu’au lieu de mille, notre chiffre est moins mille. On s’entend que d’avoir un chiffre dans le négatif, c’est comme avoir une dette. Donc, qu’avoir -1, c’est avoir une fois rien.  Donc, avoir -1000, c’est avoir mille fois rien. Par conséquent, moins mille divisé par zéro, ça égale mille. »

La prof reste impassible.  Je prend son manque de réaction comme une invitation à continuer.

« Donc, ça c’était la méthode mathématique.  La 2e méthode, la méthode logique, est beaucoup plus simple. Elle va comme suit : Puisque zéro égale rien, alors diviser par zéro, c’est diviser par rien.  Si tu divises par rien, alors tu ne divises pas. Si tu ne divises pas, ton nombre reste entier. Donc, dans ce cas-ci, mille divisé par zéro égale mille. »

Là encore, Madame réplique:

« C’est complètement illogique ton affaire, tes deux méthodes se contredisent. »
« Si une seule méthode se contredisait elle-même, alors là, oui, ce serait illogique. Mais que deux méthodes différentes se contredisent, c’est tout à fait normal. »
« Les mathématiques, c’est de la logique. Quand quelque chose est logique, il ne peut pas se contredire. »
« Les proverbes aussi sont logiques, non? Pourtant, d’un côté, on dit «Tel père, tel fils.», et d’un autre, on dit « Père avare, fils prodigue. » (« Dépensier », en vieux français).  D’un côté on dit « Qui se ressemblent s’assemblent », et d’un autre on dit « Les contraires s’attirent » C’est pas moi qui l’invente. C’est dans tous les dictionnaires. Donc, vous voyez bien que oui, deux aspects d’un même sujet peuvent à la fois être logique et se contredire. »

Devant son silence, je décide de poursuivre.

« Enfin, pour terminer, la 3e méthode, la plus simple de toute : La méthode graphique. »

J’efface le « – » de devant le 1000, et montre le nombre du doigt.

« Un 1000, ça n’existe pas.  Ce n’est pas un objet, c’est un concept intellectuel.  On ne peut donc pas voir un 1000.  Cependant, on peut en faire une représentation sous forme d’image.   Ce que l’on a ici au tableau, ce n’est pas un 1000.  C’est une image tracée à la craie blanche sur un tableau vert.  C’est donc une représentation graphique du chiffre mille. Et un graphique, c’est un dessin, une image. Et combien y a-t-il de zéro dans cette image? Il y en a trois. Voyez vous-mêmes: un-zéro-zéro-zéro. Donc, graphiquement parlant, mille divisé par zéro, ou « combien y a-t-il de zéro dans 1000 », égale trois. »

La prof se rapproche du tableau, l’air vraiment pas contente, et ça parait dans sa voix.

« Bon, ça suffit! Les graphiques, ça n’a aucun rapport avec les mathématiques. Fa que retourne donc t’assoir pis arrête de nous faire perdre notre temps avec tes niai… »
« Aucun rapport avec les maths? Pis les graphiques cartésiens, c’est quoi? »
« HEILLE, LÀ! J’AI DIT ÇA SUFFIT! »

Surpris, j’ai un mouvement de recul.  Je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’elle perde son calme et se mette à crier.  La classe non plus, d’ailleurs, car tout le monde est soudainement coi. Elle poursuit.

« Non mais pour qui tu t’prends, chose!?  Quand on est deux ans en retard en mathématiques, on n’a pas d’affaire à se permettre de donner des leçons de calcul aux autres. « 0 = Rien du tout! » … « Graphique! » … Des proverbes! … Heille, tu penses-tu vraiment qu’en jouant sur les mots, ça fait de toi un génie des maths? Hein, Einstein? »

Je ne sais vraiment pas quoi répondre à ça.  Elle poursuit.

« Regarde : Le jour où tu publieras un papier sur tes théories de marde dans un journal scientifique reconnu, et que ça amènera la communauté scientifique internationale à réécrire les livres de maths, alors là t’auras raison d’affirmer que mille divisé par zéro, ça donne à la fois, zéro, mille et trois. Mais en attendant, s’ils sont tous d’accord pour dire que c’est impossible de diviser par zéro, c’est parce que, officiellement, c’est impossible de diviser par zéro. Ok là!? »

Toujours sous le choc, je reste muet. Elle continue.

« Peu importe comment tu twiste les chiffres pour essayer de te donner l’air d’avoir raison, ça change rien au fait qu’à l’école, que ce soit les mathématique, le français, l’anglais ou le crossage avec une poignée de braquettes… »

Est-ce qu’elle vient vraiment de dire ça devant toute la classe!?

« … l’important, c’est pas de posséder la vérité absolue. L’important c’est d’être d’accord avec la version officielle écrite dans les livres du cours.  Fa que si tu veux pas couler tes maths encore une fois, tu… t… Ah pis d’la marde! Tu sais quoi? T’aimes ça, les zéros? Ben tu vas être content : C’est la note que j’te donne pour cette année! »
« Quoi? »
« Fa que, puisque t’as coulé mon cours, t’as pu rien à faire icite. Décrisse! »

Bon!  Une prof capable d’user de telles vulgarités en classe, mieux vaut ne pas la contrarier.  En silence, je vais jusqu’à mon pupitre et je prends mes affaires.  Puis, je sors.  Alors que je referme la porte derrière moi, je l’entends dire au reste de la classe:

« Pis? Y’en as-tu d’autres icite qui pensent connaître les maths mieux qu’un prof de maths? Non? Bon ben on va peut-être pouvoir le commencer, c’te cours-là! »

Je suis complètement abasourdi par ce qui vient de se passer.  Puisqu’on ne peut pas déambuler dans les corridors de l’école pendant les heures de classes Il a fallu que j’aille expliquer auprès de la direction ce qui s’était passé.  Je leur ai dit que j’ai pourtant fait exactement ce qu’elle m’a demandé de faire:  Elle a demandé si, selon nous, il était possible de diviser par zéro, et je lui ai répondu que selon moi, oui ça l’était.  Elle m’a demandé d’aller au tableau expliquer mes théories devant toute la classe, et c’est exactement ce que j’ai fait.  Par conséquent, je ne comprends pas du tout pourquoi elle a réagi de cette façon. 

À la demande du directeur adjoint, j’ai reproduit devant lui et deux autres membres de la faculté mes trois théories de la division par zéro.  Il s’est contenté, à la fin, de commenter « Je vois! »  Je suppose que pour des raisons de solidarité entre profs et Direction, ils ne pouvaient pas me dire que j’avais raison.  Par contre, si j’avais eu tort, ils ne se seraient pas gênés pour me le dire.

Ils ont convoqué la prof pour que l’on s’explique tous des deux devant le directeur, mais elle a catégoriquement refusé ma présence. Du coup, je ne sais pas ce qu’elle lui a dit.  Mais au bout du compte je n’ai pas été réprimandé. On m’a juste placé dans une autre classe, dans laquelle je me suis contenté, pour le reste de l’année, de simplement écouter, de fermer ma gueule, et d’être d’accord avec les enseignants. 

Surtout lorsqu’ils affirmaient qu’il était impossible de diviser par zéro.

2e partie: Savoir reconnaitre la conflictuodépendance.

Une personne qui initie un conflit n’est pas nécessairement conflictuodépendante. En fait, il y a trois raisons qui poussent les gens à initier des conflits :

Par obligation. Dans ce premier cas, la personne est mêlée à une situation qui ne peut plus durer, ou bien elle voit la situation arriver. Elle est donc obligée d’intervenir, soit pour prévenir, soit pour guérir. Cette personne a généralement des raisons pertinentes d’initier ce conflit. Ce dernier se règle donc pour peu que l’autre reconnaisse et/ou cesse ses agissements reprochables. Ce n’est pas de ce genre de personne dont il sera question dans cette série de billets.

Par plaisir personnel. Il y en a qui aiment la confrontation. Qu’ils aient tort, qu’ils aient raison, ils vont l’initier. Si l’autre se défend, on va assister pendant quelques heures, voire quelques jours, à des attaques, défenses, arguments, contre-arguments, répliques, jusqu’à ce que, à court d’arguments, l’un, l’autre ou les deux abandonne(nt), laissant le conflit dans une impasse, chacun restant sur ses positions. Là encore, ce n’est pas d’eux dont nous parlerons.

Par besoin. Comme dans le cas précédent, cette personne ira initier le conflit.  Et peu lui importe si elle a raison ou tort, puisque son but premier n’est pas de chercher la vérité mais bien de gagner le conflit.  Elle tient tellement à cette victoire que tant et aussi longtemps que l’autre ne lui dira pas ce qu’elle veut entendre pour le caler, elle insiste, persiste, s’acharne.  Mais dans ce cas-ci, elle prend toute défense comme une attaque personnelle. Dans sa tête, consciemment ou non, quand on l’empêche de rabaisser les autres plus bas qu’elle, c’est comme si on la rabaissait elle plus bas que les autres.  Il n’en faut pas plus pour qu’elle se sente attaquée, insultée et blessée. Elle réagit donc en sautant une coche, attaquant l’argumenteur plutôt que l’argument, traitant l’autre de susceptible, s’abaissant à l’accuser de mille choses rarement pertinentes. Et toute tentative pour essayer de discuter avec elle des raisons de ce comportement ne produira de sa part que fuite et/ou déni. Elle ira plutôt se victimiser en accusant les autres de chercher à la faire se sentir inférieure, l’écraser, lui faire du mal. Avec elle, il n’y a pas d’entre-deux : Ou bien elle agit de façon abusive, ou bien elle se décrit comme étant abusée. Puisque son bien-être moral dépend de sa capacité de créer et gagner des conflits, ça en fait une conflictuodépendante.  C’est de ces personnes-là dont il sera question.

Je ne m’en suis pas rendu compte sur le coup, mais j’ai plusieurs fois écrit des billets de blogs où il était question de gens conflictuodépendants. Par exemple, dans le billet 50 personnalités clichés que l’on retrouve dans les communautés virtuelles, il y en a plusieurs qui peuvent entrer dans cette catégorie.  Par exemple:

15- Le RéponDétourneur / La RéponDétourneuse
Lorsqu’on lui parle à raison des torts qu’elle a, cette personne répliquera avec une question au lieu d’adresser le sujet. Une question qui essaye nous faire passer comme ayant un problème mental ou comportemental. Une question du genre de: « Bon, t’as-tu fini, là? », « Bravo, tu as exprimé tes frustrations. Ça va mieux? » ou bien « Coudonc, t’es-tu en SPM? ». Ce qui apporte l’aberration de cette dernière phrase à l’échelon supérieur, c’est que dans 90% des cas, c’est une fille qui la pose à un homme, et que c’est le genre de fille qui ferait une révolte monstre si c’était un homme qui la poserait à une femme.

16- La MartyRisible
Cette fille se permet tous les écarts de conduites possible sur un forum et/ou un chat: Insultes déguisées en blagues, mensonges compulsifs et sans fin, humiliation d’autres membres sur un coup de tête, harcèlement, etc. Mais quand on essaye de discuter avec elle au sujet de ces comportements inacceptables, alors là elle part à brailler que son loyer est en retard, sa grand-mère vient de se faire diagnostiquer un cancer, son beau-frère est dans le coma, ses ex la battaient, sa cousine lui pique tous ses amoureux potentiels, son patron cherche juste une bonne excuse pour la mettre dehors, elle a été victime d’un viol collectif à l’age de 4 ans au mariage de sa tante par les 97 gens présent incluant le prêtre et le traiteur, elle n’arrête pas de grossir même si elle prend juste un repas à tous les 48 heures, et maintenant on l’accuse d’être la cause de tous les problèmes du forum incluant probablement ceux arrivés 7 ans avant qu’elle en devienne membre. C’EST TROP INJUSTE!!! Elle conclut alors qu’elle va quitter la place pour toujours… Ce qu’elle fera, pendant environs 36 à 48 heures, avant de revenir et de recommencer.

19- L’AutoMartyr
Celui-ci possède deux caractéristiques particulière. La première: Il se choisit un nom dans le style de Le Maudit, Martyr, Le Banni, Cursed, Reject, Paria, et autres mots pouvant signifier « Pauvre de moi, tout l’monde me haït. »  La seconde: Il se comporte de façon à mériter ce nom en faisant tout pour se faire haïr des autres. Bref, il s’agit d’un passif-agressif qui manipules les gens dans le but de faire de son nom une prophétie autoréalisatrice. Ça a un double but: D’abord pour le fun de pouvoir contrarier les autres à loisir, et ensuite  pour pouvoir blâmer les autres en les accusant d’être des bitchs qui l’attaquent par mesquineries personnelles.

20- L’HypoCritique
Elle commence par faire des critiques rabaissantes. Lorsque la personne visée par ces critiques ose lui répondre, l’HypoCritique va devenir susceptible et se mettre sur la défensive en lui répliquant hypocritement : « Hostie que t’es susceptible et/ou sur la défensive. » C’est ça l’avantage d’être attaqué par une personne HypoCritique: Tout ce dont elle t’accuse après ta première réponse s’applique d’abord à elle-même.

21- Le ManipulActeur / La ManipulActrice
Cette personne constate qu’elle ne peut pas avoir le dessus sur toi parce que tu as des arguments pertinents pour appuyer ton opinion, tandis qu’elle n’en a aucune pour justifier d’être contre. Elle essaye donc de te manipuler à te taire, en t’accusant d’être un manipulateur, donc que tes arguments ne sont que manipulations. Bref, elle te donne son rôle tout en essayant de prendre le tien.

28- L’insulTannant / L’insulTannante
Cette personne considère qu’insulter quelqu’un est une forme d’humour acceptable, alors elle ne s’en gêne pas. Et si son commentaire est suivi d’un lol ou d’un 😉 alors il faut s’attendre à ce que le dit commentaire soit particulièrement rabaissant. Si on le lui fait remarquer, l’InsulTannant va se montrer très surpris qu’on prenne son commentaire si mal, et il s’en défendra en utilisant la grande classique « J’essayais juste de détendre l’atmosphère » en rajoutant que les gens de ce forum sont vraiment susceptibles.

Dans la série Les dommages collatéraux de l’auto-importance démesurée, je raconte comment je provoquais Allen, mon supérieur immédiat au travail, afin de pouvoir ensuite me plaindre à notre patron comme quoi, pauvre de moi, Allen cherche juste à me causer des problèmes. Mon but en faisant ça était de rabaisser Allen.  Mon orgueil avait besoin de ça.  Mais quand le patron a vu clair dans mon jeu et m’a congédié, j’ai passé une partie de l’après-midi à me plaindre comme quoi la société est injuste envers les gars comme moi.  Tout est là:

  • Initie le conflit.
  • Cherche à rabaisser l’autre plus bas que moi.
  • Insiste, persiste, s’acharne. (à manipuler Allen à me chercher du trouble, à prouver au patron qu’il fait erreur de le garder à son emploi)
  • Refuse de discuter avec le patron sur les raisons de mon comportement.
  • Passe aux accusations/insultes.
  • Me victimise.

Dans le premier chapitre de la série Fantasme VS réalité: Le ménage à trois, il y a ce passage dans lequel non seulement une fille essaye de me faire passer pour ce que je ne suis pas, et ce de façon particulièrement persistante.  Et elle réagit très mal lorsque je lui explique de façon objective pourquoi elle se trompe à mon sujet:

TAMARA: Pis toi, Steve, t’es tu bi?
MOI: Non, straight!
TAMARA: Comment tu l’sais?
MOI: Le fait que je suis attiré par les filles et non par les gars, j’dirais que c’est un assez bon indice comme quoi chus hétéro.

TAMARA: Mais t’as jamais couché avec un gars?
MOI: Non.
TAMARA: Comment tu l’sais que t’es pas bi d’abord?
MOI: Parce que ‘me semble que c’est pas mal difficile de se prétendre bi quand on a toujours eu rien que des relations hétéros.
TAMARA: Ça veut rien dire.
MOI: Euh… J’comprends pas.

TAMARA: Tu dis que t’as jamais couché avec un gars.
MOI: Exact!
TAMARA: Ben dans ce cas-là, comment tu l’sais, que t’es pas bi, si t’as pas essayé?
MOI: Pour autant que je sache, la raison pourquoi on a du sexe, c’est pour répondre à nos désirs sexuels. Puisque je n’ai jamais eu de désirs sexuels pour les gars, je peux donc affirmer être straight.

C’est pourtant logique. Je ne vois pas comment on pourrait être plus clair.

TAMARA: Oui mais r’garde… Si t’as jamais couché avec un gars, tu peux pas dire que t’aimes pas ça.
MOI: Ben oui!
TAMARA: Ben non! Tu peux pas dire que t’aimes pas kek’chose sans l’avoir essayé.
MOI: Mais oui je peux: Puisque je n’ai pas envie de le faire, alors c’est évident que je n’aimerais pas le faire.

Loin de voir mon point de vue, Tamara soupire de découragement.

TAMARA: Pffff….  Ah, moi, le monde qui ont des préjugés…
MOI: Des préjugés?
TAMARA: Tu juges sans savoir si t’aimerais vraiment ça ou non baiser avec un gars. Tu peux pas l’savoir sans l’avoir fait. Tsé, quand t’es dans l’noir total pis que tu te fais sucer, tu peux pas l’savoir si c’est un gars ou une fille qui te suces.  Tu vas trouver ça bon pareil.  Fa que c’est quoi la différence, d’abord? Y’en a pas!

Sophisme à l’état pur.  Tandis que je compose mentalement une réplique pour lui expliquer où se situe l’erreur dans son jugement, elle conclut avec une phrase qui m’insulte quelque peu.

TAMARA: T’sé, on ne peut pas être épanoui sexuellement quand on n’a pas l’esprit ouvert.

[…]

MOI: Puisque tu es une personne ouverte d’esprit, tu pourrais peut-être répondre à une question qui me tracasse depuis ben longtemps.
TAMARA: Vas-y!
MOI: Pourquoi est-ce que les personnes qui se disent être ouvertes d’esprit sont toujours celles qui ont l’esprit le plus fermé au fait que les autres puissent avoir des goûts différents des leurs?

Elle ne répond pas.  Je continue:

MOI: En fait, il me semble que la première chose qu’on est supposée démontrer quand on a un esprit ouvert, c’est avoir du respect pour les gens qui sont différents de nous. Par exemple: Toi t’es bi.  Donc t’es différente de moi qui suis straight.  Moi, je respecte ton orientation sexuelle et je ne la questionne pas, même si elle est différente de la mienne.  Pourquoi est-ce que faire pareil avec les autres, c’est si difficile pour toi?

[…]

MOI: Tu vois, quand je suis retourné aux études il y a 3 ans et que je restais aux résidences étudiantes. Il est arrivé un soir qu’on se retrouve à 5 personnes à baiser dans ma chambre: Moi et ma blonde de l’époque, l’amie de ma blonde, son chum et une de leurs amies. Il n’y avait pas d’échange, c’était plus un trip de voyeurisme qu’autre chose.  Mais je me suis rendu compte que la présence d’un autre gars tout nu dans la pièce, ça m’intimidait. C’était la première fois de ma vie que je bandais mou alors que j’étais en contexte sexuel. Si chus juste capable de la garder raide à 60% rien qu’à voir un gars tout nu, j’ose à peine imaginer ce que ça va être s’il me touche.
TAMARA: Ben là, c’est parce que tu t’es pas donné la chance d’apprendre à aimer ça. Faut se forcer au début, tsé. Faut que tu te donnes le temps de t’y faire.
MOI: Euh… C’parce que, me semble que le sexe, c’est laisser libre cours à ses désirs et à ses envies. Pourquoi est-ce que j’aurais du sexe avec quelqu’un pour qui je ne ressens ni désir ni envie? À partir du moment ou il faut apprendre à aimer ça, c’est parce qu’on n’aime pas ça. Quand le sexe arrête d’être quelque chose que l’on aime, ça devient quelque chose que l’on est obligé de faire. Quand c’est une obligation, c’est pu du plaisir. Pis pour être franc… Me semble que juste le principe d’être forcé à faire quelque chose sexuellement… C’est un viol. Non?

Tamara ne répond pas à ça. Je suppose qu’elle voit la logique dans mon explication. Je conclus donc mon point avec la réplique que je planifiais lui servir plus tôt, soit celle qui explique où se situe l’erreur dans son jugement,:

MOI: Pis, ben, ton histoire comme quoi je devrais aimer coucher avec un gars parce que dans le noir je ne peux pas voir la différence entre un suceur masculin ou féminin… C’est comme si je te disais que tu devrais aimer l’inceste, parce que dans le noir, tu ne saurais pas faire la différence entre un cunnilingus donné par ton chum ou un donné par ton père. C’est pas une question qu’une bouche sera pas aussi bonne que l’autre. C’en est une de désirer un partenaire plutôt que l’autre. D’être à l’aise avec un partenaire plutôt qu’un autre. C’est tout. J’veux dire, peu importe la raison pourquoi tu veux pas coucher avec quelqu’un, le simple fait que tu veux pas coucher avec, c’est une raison suffisante pour pas le faire. Non?

Tamara garde le silence. En fait, pendant près d’une minute, personne ne dit rien. J’ai comme une vague impression qu’un malaise plane dans le véhicule. Ce malaise se confirme lorsque Tamara brise son silence et demande à Britney de lui refiler le premier album des Colocs, qu’elle met dans le lecteur CD et fait aussitôt jouer à tue-tête.

Et dans ce chapitre, son comportement m’est expliqué par une amie commune:

MOI: Pis sa remarque, là, comme quoi j’allais encore l’engueuler comme dans le char… Que c’est ça, cette insistance-là qu’elle a à me faire passer ou bien pour un cave ou bien pour un chialeux?
JULIE: C’parce qu’à pense que tu la juges sur sa sexualité.

Cette accusation injustifiée me fait sauter au plafond.

MOI: Que…?  Moi, la juger ELLE? Alors que c’est elle qui n’arrête pas de me chier dessus parce que chus straight!?
JULIE: C’est parce que pour elle, le fait que tu lui ais dit que t’étais straight, sans vouloir essayer autre chose, c’est comme si tu lui disais que c’t’une salope d’être bi.

Je suis en totale aberration devant ces paroles.

MOI: Ben voyons donc? Comment est-ce que la sexualité de quelqu’un pourrait constituer une attaque personnelle contre la sexualité d’une autre? Ça n’a pas de bon sens.

Tout est là:

  • Initie le conflit sans raison valable.
  • Insiste, persiste, s’acharne. (sur la bisexualité de l’autre)
  • Passe aux accusations/insultes (Accuser l’autre d’avoir des préjugés, d’avoir l’esprit fermé)
  • Refuse de discuter sur les raisons de son comportement.
  • Fuit le conflit (en mettant de la musique tellement fort que ça empêche de parler) lorsqu’elle est confrontée à la preuve indéniable qu’elle était dans le tort.
  • Se victimise en prenant mes explications pour des attaques personnelles.

À la fin de ce chapitre de la série Harceler Nathalie, j’ai ce joyeux exemple avec mon père :

Ce n’est pas faute d’essayer d’être conciliant.  Par exemple, un soir alors que j’ai terminé de regarder la télé au salon, mon père est assis à la table de la salle à diner adjacente. Là où il est, il peut apercevoir l’écran de télé.  Histoire de faire plaisir à ma mère, même si elle n’est pas là, j’opte pour faire en sorte de ne pas provoquer sa colère en gardant la télé allumée ou bien fermée par erreur. Il m’a déjà disputé par le passé dans les deux cas.  Mais bon, à quoi s’attendre d’autre d’un gars qui m’a engueulé sans retenue il y a 2 ans en m’accusant d’avoir détraqué la couleur de la TV sur la chaine 12, parce que les reprises de l’émission The Honeymooners (diffusée originalement en 1955-1956) qui y passaient était en noir et blanc. Voilà pourquoi je choisis d’être prudent et de poser lui la question suivante:

MOI: Est-ce que je ferme la télé ou bien tu veux l’écouter?

De son habituel ton sévère et méprisant, il me répond:

PÈRE: Rouvre tes yeux, tabarnak! Chus dans’ cuisine, je r’garde pas la TV. Pense avec ta tête, calice!

Révolté, je me lève, monte le ton et lui dit d’un air exaspéré:

MOI: Quand je ferme la TV, tu chiales parce que tu veux l’écouter.  Quand je laisse la TV allumée, tu chiales parce que personne ne l’écoute.  Pis quand je prends la peine de te poser la question justement pour pas t’entendre faire du chialage, là tu…

Pour toute réponse, mon père se lève, me tourne le dos en levant les bras et dit un très impatient « OK! OK! OK! OK! » avant de sortir de la maison. Tandis qu’il passe dehors devant la fenêtre du salon, je l’entends se parler à lui-même:

PÈRE: Christ d’enfants de cul de tabarnak, il faut toujours qu’ils aillent raison, hostie. Ça mériterait juste une bonne coupl’ de calice de coups de pieds dans l’cul.

Tout est là:

  • Initie le conflit sans raison valable. 
  • Refuse de discuter sur les raisons de son comportement.
  • Fuit le conflit lorsqu’il est confronté à la preuve indéniable qu’il n’avait aucune raison valable de l’avoir initié. 
  • Passe aux accusations/insultes. 
  • Se victimise. 

Sinon, mon billet sur La lâcheté davidienne décrit un comportement typique de gens souffrant de conflictuodépendance.   Et que dire du billet Insulter en prétendant que c’est de l’humour.  Je n’y parle que de ça. On y retrouve d’ailleurs quelques phrases dites par Geneviève la coloc de l’enfer, dont je ne cesse de promettre de remettre son histoire en ligne.

À suivre

Prochaine série / prochain billet: La conflictuodépendance

Je me suis rendu compte aujourd’hui que dans ma vie, j’ai eu à faire avec six personnes qui, sans ne jamais s’être rencontrées, avaient exactement le même comportement négatif envers moi ainsi qu’avec la majorité de leur entourage.  Faute d’un meilleur mot, j’ai nommé ce comportement la conflictuodépendance.

Qu’est-ce que la conflictuodépendance?
Il ne s’agit pas simplement de quelqu’un qui aime les situations de conflits.  C’est également quelqu’un qui en a besoin pour vivre.  Cette définition n’est ni un sarcasme ni une exagération.  De mon père à quelques une de mes ex en passant par la légendaire Geneviève la coloc de l’enfer, de quelques amis que j’ai eu aussi bien sur le net que dans la vraie vie, ils avaient tous ces quelques points en commun:

  • Recherche constamment à démontrer aux autres qu’il vaut mieux qu’eux, en sait mieux qu’eux, est plus logique qu’eux.
  • Recherche constamment à rabaisser les autres plus bas que lui.
  • Utilise la moindre opportunité de trouver une bonne raison de le faire.
  • Au besoin, s’invente des raisons: Mensonges, exagérations, déformations des faits, interprétation farfelue (et négative) des faits, gestes et paroles des autres.
  • Tant et aussi longtemps que l’autre ne lui dira pas ce qu’il veut entendre pour le caler, il insiste, persiste, s’acharne.
  • Ne réserve pas ce comportement que pour ses ennemis/rivaux.  Il s’attaque tout autant à ses amis, membres de sa famille, conjoint(e), etc.
  • Et surtout, et c’est là que se justifie la section dépendance du mot, il prend très mal la moindre contrariété dans ses efforts de démolition d’autrui.  Même si cette contrariété est aussi anodine que de lui pointer une erreur dans un aspect de son jugement de l’autre, ce sera suffisant pour qu’il entre dans une colère noire.
  • Colère qui se manifestera ironiquement en accusant/projetant sur l’autre, à tort, son propre comportement négatif.  Exemple: Accuser l’autre de vouloir rabaisser son entourage, alors que c’est lui-même qui l’a fait en attaquant l’autre pour commencer.  Accuser l’autre d’être frustré, même si l’autre reste calme. 
  • Refuse de reconnaitre qu’il a tort d’agir ainsi avec son entourage et préfère (essayer de faire) croire que l’autre a des motifs négatifs/immoraux de se défendre de ses attaques.
  • Fuit le conflit lorsqu’il réalise que celui-ci n’est pas en sa faveur car il n’a pas raison. 
  • Si on insiste à lui faire reconnaitre que ce comportement est négatif, il ira se victimiser: Accuser les autres d’essayer de la démolir, de l’humilier, de le rabaisser, jusqu’à faire semblant de sombrer dans la dépression, en accusant ceux qui n’acceptent pas sa bullshit d’être la cause de son état.
  • Cherche à rallier à sa cause les amis que sa cible et lui ont en commun.

La seconde moitié de cette liste démontre que les gens conflictuodépendants ont tellement besoin de rabaisser les autres que même si on ne les attaque pas en retour, le simple fait de les empêcher de le faire est suffisant pour les perturber.

Dans les jours et semaines qui vont suivre, je vais vous raconter mes expériences avec ces six personnes.  Et, à la demande générale (oui, on me l’a vraiment demandé plusieurs fois) je vais commencer avec Geneviève la coloc de l’enfer.

L’influence de la personnalité sur les relations et conditions de travail.

Bienvenue aux étudiants en Science de Gestion du Lycée Léonard de Vinci.  Le document qui suit présente l’analyse d’une situation professionnelle où différentes réponses fournies à l’employeur modifie sa perception de l’employé.

Il y a trois moments dans la vie où l’on montre sa véritable personnalité:

  • Lorsque enfant, alors que l’on n’a pas encore assimilé les règles de vie en société.
  • Sous l’influence de l’alcool, puisque l’alcool diminue les inhibitions et la retenue.
  • En situation conflictuelle, car rien ne vaut une situation aussi injuste que désagréable pour faire ressortir notre vrai visage.

Dans ce dernier cas, la façon dont ont réagit face à un conflit en milieu de travail aura une influence sur nos relations et conditions de travail. Par exemple :

LA SITUATION : Un concierge travaille dans un édifice à logements. Il est presque à court de sacs poubelle. Il le signale à son patron, puisque c’est ce dernier qui s’occupe de les commander. Le patron, ayant beaucoup de choses à penser dans son travail d’administrateur de building, oublie.

Quelques jours plus tard, au matin, pénurie de sacs. Impossible de faire la tournée des poubelles. Le patron n’étant pas encore arrivé, le concierge remet les poubelles à plus tard et passe à la suite de son travail. Quelques heures plus tard, le patron arrive et, faisant sa ronde matinale, constate que les poubelles n’ont pas été changées. Le patron a horreur de l’incompétence et est prompt à se fâcher.  Alors de voir que la première tâche du matin n’est pas faite, ça le met en rogne.

L’ACTION : Le patron convoque son employé et lui dit sèchement que les poubelles ont besoin d’être changées, première chose au matin, et que l’incompétence n’est pas tolérée ici.

À partir d’ici, le concierge peut avoir huit différentes réactions.

RÉACTION 1, la réponse claire : Le concierge dit d’un ton neutre : « Pas d’problème! Dès que je reçois les sacs. » Le patron se rappelle soudain qu’il a oublié d’en acheter. Il dit alors au concierge qu’il s’occupe de voir ce qui ne va pas avec la commande, et le laisse aller continuer son boulot.

Ce que le patron entend : « Pas d’problème! Dès que je reçois les sacs. »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un gars qui fait son boulot, rien de plus, rien de moins, pour peu qu’il ait ce dont il a besoin pour le faire.

La conséquence : Le patron commande les sacs, les donne au concierge, celui-ci ramasse les poubelles, voilà, on oublie tout, l’incident est clôt, tout va bien, circulez y’a rien à voir.

RÉACTION 2, la soumission : Le concierge ne dit rien. Il sait très bien que ce n’est pas de sa faute s’il n’a plus de sacs. Il ne sait pas si c’est le patron qui a oublié de faire la commande, ou si celle-ci n’est pas encore arrivée. Mais plutôt que de lui en parler, il se contente de répondre « Oui monsieur! » et repart faire son boulot, sans jamais lui en rappeler la pénurie. Le lendemain le patron constate qu’il y a le double des déchets.  Il explose et demande au concierge pourquoi il n’a toujours pas fait son boulot. Le concierge répond: « Ben, j’attends encore ma commande de sacs. » Le patron réalise qu’il est lui-même la cause du problème, d’avoir oublié de commander les sacs. Il demande au concierge pourquoi il ne lui a pas dit hier. Le concierge lui répond timidement qu’il ne le lui avait pas demandé.

Ce que le patron entend : « Je suis incapable de vous dire ce qui ne va pas dans le travail, alors c’est à vous de penser à tout. Incluant deviner quelles questions me poser, et deviner quand le faire. »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un gars qui va faire tout juste ce qu’on lui demande, rien de plus. Techniquement irréprochable, n’empêche que ça signifie qu’on ne peut pas s’y fier en cas de pépin, car il va considérer que tout ce qui est au-delà de sa définition de tâches n’est pas son problème.

La conséquence : Le patron se sent un peu humilié d’avoir insulté l’autre pour sa propre erreur. Mais il considère tout de même que c’était au concierge de le lui rappeler. Il est donc en rogne contre le concierge, qu’il voit désormais comme étant un idiot. Dans le meilleur des cas, ça ne changera rien à ses relations et conditions de travail. Dans le pire des cas, ça peut avoir des conséquences fâcheuses. Tout dépend de la personnalité du patron et à son potentiel de rancune et de mesquinerie. Une chose est certaine, l’employé lui a démontré être du genre à prendre les abus, même ceux non-mérités. Ce comportement n’attire pas le respect, et encore moins les promotions à des postes de pouvoir.

RÉACTION 3, la victimisation passive-agressive : Les choses se passent exactement comme dans la réaction précédente, c’est à dire que le patron engueule l’employé qui ne dit rien.  Mais le lendemain, au moment où le patron demande pourquoi le concierge ne lui a pas dit la veille au sujet des sacs, ce dernier répond avec un air neutre : « Si vous aviez vraiment voulu savoir pourquoi il m’était impossible de ramasser les déchets, vous m’auriez posé la question hier. Mais à ce moment-là, la seule chose qui vous intéressait, c’était de m’engueuler et me traiter d’incompétent. Et puisque ce n’est pas à moi de dire à mon patron comment faire son boulot, je vous ai écouté sans protester. C’est ce que je suis supposé faire, non? »

Ce que le patron entend : « Tu préfères rabaisser les autres sans savoir de quoi tu parles, plutôt que de t’assurer du bon rendement du travail. En plus de ne pas avoir passé la commande des sacs tels que tu étais supposé, donc tu essayes de me blâmer pour ton erreur. Alors, de nous deux, l’incompétent, c’est plutôt toi. Contrairement à moi, qui fait ce qu’il a à faire et respecte les autres. »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un passif-agressif qui va faire tout juste ce qu’on lui demande, rien de plus, en attendant chaque occasion de prouver qu’il est le seul de la boite à être compétent, parfait et irréprochable, ce qui est culotté puisqu’il n’est que simple concierge.

La conséquence : Le patron est furieux et en veut à son employé de l’avoir humilié ainsi. Il considère que ce genre d’employé ne mérite ni augmentation ni avancement, et cherchera la première bonne excuse pour le congédier.

RÉACTION 4, les accusations :  L’employé répond alors: « Je vois! Alors c’est comme ça que ça marche, ici? Vous me blâmez moi alors que c’est vous qui n’avez pas passé la commande de sacs? »

Ce que le patron entend : « Vous êtes un salaud qui cherche tellement à harceler ses employés, que vous n’hésitez pas à être malhonnête en créant vous-même le problème, afin de vous donner une excuse pour leur faire des reproches. »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un salopard qui cherche à le faire passer pour un être mesquin et abusif, qui aime descendre les autres pour son plaisir personnel.

La conséquence :  Non seulement le patron est-il humilié, il est furieux que cet employé cherche à le dépeindre pire qu’il est. Aucun patron ne peut supporter de se faire humilier de la sorte, surtout par le plus bas employé de la boite.  Aussi, il considère que ce genre d’employé ne mérite ni augmentation ni avancement, et cherchera la première bonne excuse pour le congédier.

RÉACTION 5, la plainte : Le concierge ne dit rien sur le coup.  Mais dès qu’il est sorti du bureau, il raconte à tous ses collègues comment le patron a essayé de le blâmer pour une erreur qu’il a fait lui-même.

Ce que le patron entend : Il entend, via la rumeur qui lui revient aux oreilles, ce que l’employé raconte sur lui.

Désormais, son opinion de l’employé est : Un fauteur de troubles qui cherche à monter tous les employés contre lui.  Un lâche qui préfère parler contre lui dans son dos au lieu de lui dire en face le problème qu’il a avec lui.

La conséquence : Le patron est furieux de voir que cet employé cherche à monter la boite contre lui, et puisque ça met en risque le rendement de la boite, le concierge sera aussitôt congédié.

RÉACTION 6, la colère : Le concierge ne prends pas de se faire blâmer pour l’erreur d’un autre et il ne lui fait pas envoyer dire : « Non mais dis-donc, commence par faire ton propre boulot correctement en les commandant, ces # »/$%?& de sacs. »

Ce que le patron entend : « Ta gueule, pauvre incompétent! »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un être brusque, sans manières, impoli.

La conséquence :  Le patron cessera de l’apprécier et risque de lui garder rancune, ce qui va pourrir à coup sûr l’atmosphère de travail.

RÉACTION 7, la confrontation en contre-attaque hautaine : Calmement, le concierge dit  « Bon! » , dépose ce qu’il tient, se tire une chaise et s’assoit face au patron. Puis, posément, d’un air sérieux et paternaliste, il dit :  « D’habitude, quand je passe la commande pour des sacs, ça prend trois jours avant de les recevoir.  Là, tel que supposé, je vous ai signalé la semaine dernière que j’allais bientôt en manquer. Comment se fait-il que je ne les ai pas encore reçus? Est-ce que vous avez passé la commande, tel que je vous l’ai demandé? Non? Je vois!  Comment dites-vous? Pour qui je me prends? Eh bien, je me prends pour un employé qui se fait engueuler et traiter d’incompétent par celui qui a commis l’erreur pour laquelle il se permet de m’insulter. Pourquoi? Est-ce que je devrais me prendre pour autre chose? Non, je ne vous porte pas de jugements, j’essaye juste de comprendre. »

Ce que le patron entend : « Tu es un con, un incompétent, de mauvaise foi, je vaux cent fois mieux que toi, et j’espère que tu as bien appris ta leçon. »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un prétentieux qui ne cherche qu’à l’humilier. Un snob à descendre et à écraser. Un loser qui se prend pour meilleur que tout le monde alors qu’il n’est même pas foutu de faire autre chose de sa vie que d’être simple concierge. Une personne à éliminer de son entourage le plus rapidement possible, peu importe comment.

La conséquence : Lorsque la personne devant toi a le pouvoir sur ta réussite ou ton échec, ce n’est jamais une bonne idée de lui montrer qu’elle ne vaut pas mieux que toi. Ou pire encore : Que tu vaux mieux que lui. Surtout pendant qu’il est en train d’encaisser l’humiliation de constater qu’il était dans l’erreur de te blâmer.

RÉACTION 8, la collaboration : Le concierge dit d’un ton intéressé et actif : « Oui, je ne sais pas ce que la compagnie des sacs ont fait de notre commande, mais ils ont l’air de nous avoir oubliés.  Ce serait probablement une bonne idée de les rappeler pour voir ce qui ne va pas.  Vous me direz quand on les auras, que je puisse m’y mettre au plus vite. Merci beaucoup! »

Ce que le patron entend : « J’ai tellement confiance en toi et en ta compétence, que jamais je n’ai pensé que le problème puisse venir de ton bord. Ce sont les autres qui nous posent ce problème. Je suis reconnaissant de ce que vous faites pour moi. Je ne demande qu’à faire mon boulot le mieux possible et je reste dispo pour toute urgence. »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un bon employé, un excellent collaborateur, une personne sympathique.

La conséquence : Le patron sait très bien que c’est lui-même qui a commis l’erreur, ici. Aussi, il est heureux de s’en tirer à si bon compte avec son orgueil et sa réputation intacte. Et inconsciemment, puisque cette bonne humeur est associée avec l’image de cet employé, il l’aura toujours en haute estime, surtout s’il continue d’agir ainsi. Et ça, ça attire le respect, la confiance, les avancements, les augmentations et les meilleures conditions de travail.

Il y en a qui, en lisant ceci, se seront reconnus dans l’une des sept premières situations. Ceux-là vont s’en défendre en disant qu’ils ont tout de même eu raison d’agir ainsi, puisque c’est le patron et non l’employé qui est fautif ici.  C’est vrai! En fait, les huit employés ont eu raison d’agir comme ils l’ont fait. Mais là n’est pas la question.

Un patron est un être humain, comme tout le monde, avec les mêmes travers, les mêmes défauts, le même potentiel de faire des erreurs. C’est juste qu’il occupe un poste plus élevé que nous, avec beaucoup plus de responsabilités, de choses à penser, de pression et de stress. Alors d’un côté il a un employé qui est conciliant, responsable, qui lui facilite la tâche, qui épargne son orgueil en l’aidant à corriger son erreur au lieu de l’utiliser pour l’humilier. Bref, un employé qui travaille pour lui et non contre lui. Et de l’autre côté, il en a six qui font le contraire, et un qui est irréprochable mais qui n’apporte rien de plus au boulot que ce qui lui est demandé. Dans de telles conditions, il n’est pas difficile de voir lequel des huit se rend le plus utile, a le plus de potentiel d’attirer le respect, les avancements, les augmentations et les meilleures conditions de travail.

L’harmonie et la réussite au travail, ce n’est pas une question d’avoir raison, surtout quand c’est pour démontrer clairement à la personne qui signe ton chèque de paie que c’est un con. Surtout si c’est vrai. Je n’aime pas citer les proverbes, mais il y a tout de même une raison pourquoi il en existe un qui déconseille de mordre la main qui vous nourrit. Sans pour autant être un lèche-cul, il y a moyen d’établir un respect mutuel entre le patron et l’employé.

Et cette méthode vaut aussi dans n’importe quelle autre relation interpersonnelle.

Victime ou victimisation?

Il y a des moments dans la vie où les gens sont victimes de problèmes qui sont parfois le fruit du hasard, parfois sont causés par autrui, et parfois par soi-même. Parfois ces obstacles peuvent être surmontés et contournés, et parfois il n’y a vraiment rien à faire pour arranger la situation. Or, dans ce dernier cas, la victime se retrouve exposée au jugement brutal et sans appel de trois genres de personnes qui ne savent pas faire la différence entre être victime et faire dans la victimisation :

  1. Les gens mesquins qui cherchent volontairement à rabaisser les autres. Ils profitent donc de cette opportunité pour affirmer que si l’autre est victime, c’est parce qu’elle cherche à l’être.
  2. Les gens de bonne foi, mais qui ont été trop conditionnés à croire que quand on veut, on peut, et ce dans toutes les situations.  Ceux-là ne se sont que rarement, sinon jamais, retrouvés dans la situation de la victime.  Alors même s’ils sont sincères, ils sont un peu mal placés pour juger.
  3. Les winners de naissance à qui tout réussit, même ce qu’ils n’essayent pas (comme mon ex bon copain Carl) et qui sont donc incapables de comprendre que ce n’est pas toujours le cas pour les gens normaux.

Eh bien moi, j’ai deux exemples vécus pour vous montrer la différence :

EXEMPLE DE VICTIMISATION : La fille qui cherche à se faire rabaisser.
Il y a quelques années, lorsque je me tenais encore sur des forums et sites de conversations, je me suis fait approcher par une fille de la moitié de mon âge qui était le sosie presque parfait de Kaceytron.

Vous connaissez le cliché comme quoi les jeunes filles recherchent leur père dans les hommes plus vieux? Elle ne cachait pas que c’était le cas, car elle me disait qu’elle aurait bien aimé avoir un père dans mon genre. Ainsi, notre relation est devenue amicale, et ce au-delà du net, sans qu’il soit question d’amour ou de sexe.

Un jour, alors qu’elle annonce un truc sur son mur de Facebook (je ne me souviens plus quoi), je laisse en commentaire que je suis fier d’elle. Elle m’écrit alors en privé en me demandant pourquoi. Peu importe ce que je lui répondais, elle trouvait toujours à redire, à contrarier, à contredire. Et elle a ramené le sujet les quatre jours qui ont suivi, toujours dans le même but : Me dire qu’elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi j’en étais fier. Il faut dire qu’elle avait quelques problèmes d’estime de soi, ce qui, comme il arrive trop souvent, la portait à surcompenser au niveau de son apparence.  La nature l’avait gâtée car elle avait un très joli visage, ainsi qu’une paire de seins à faire baver d’envie ceux qui sont friands de ce genre d’atouts.  Elle mettait beaucoup de travail dans son look et son sex-appeal.  Son FB avait un grand nombre d’albums photos contenant une quantité incalculable de selfies.

Avec le temps, prenant peu à peu du poids, ses photos étaient de plus en plus souvent prises de haut, truc classique pour dissimuler le double menton tout en mettant plus en évidence sa poitrine au décolleté plus que généreux.  Elle maîtrisait si bien cette technique amincissante que la dernière fois que je l’ai vu en personne, j’ai d’abord cru qu’elle m’avait envoyé sa soeur obèse. Elle avait l’air de peser un bon 25 kilos (55 lbs) de plus que sur ses photos pourtant récentes.

Quelques jours plus tard, elle poste un nouvel autoportrait particulièrement réussi.  J’y écris un commentaire.  Mon but était de la complimenter sur la qualité de la photo et sur son sens photogénique.  Hélas, écrivant sans trop réfléchir, ça a donné: « Wow!  Cette photo est vraiment superbe.  Pourquoi est-ce que tu ne parais jamais aussi bien quand on se voit? »  À peine ais-je posté mon commentaire, je constate mon erreur: Ce que je voulais être un compliment sur la photo, ça sonne plutôt comme une insulte sur son apparence véritable.  J’efface et je réécris un nouveau commentaire, celui-là plus gentil. C’est à ce moment qu’elle m’écrit, et que nous avons un court échange qui ressemble à ceci:

ELLE: WTF!??????????
MOI: Oui, mon commentaire sous la photo…  Je viens de l’effacer.
ELLE: Trop tard, j’ai fait une capture d’écran
MOI:  J’ai juste voulu complimenter la photo mais ça a mal sorti.  Je suis en train de t’en écrire un autre.
ELLE: Non! Quand on écrit des niaiseries, faut les assumer!

Sur ce, elle poste la capture d’écran sur son mur de FB.  On y voit sa plus récente photo avec mon commentaire dessous.  Et elle a écrit, pour accompagner cette image: COMMENT VOUS TROUVEZ ÇA COMME COMMENTAIRE, VOUS AUTRES?  Quelques secondes plus tard, je commence à me faire démolir par ses contacts.  J’étais en aberration devant un tel comportement.

  • Je la complimente en disant que j’en suis fier? Elle est tellement incapable de se faire à l’idée, qu’elle s’acharne pendant cinq jours à  essayer de me démentir.
  • Je l’insulte par accident? C’est tellement important pour elle qu’elle refuse de croire à une erreur, s’empresse de garder une copie de l’insulte afin qu’elle ne disparaisse jamais, expose la chose publiquement, et y attire l’attention de tous.

C’est là que j’ai compris que son but n’avait jamais été de sortir de son statut de victime.  C’était au contraire de tout faire pour y rester afin de pouvoir s’en plaindre.  Cette fille faisait dans la victimisation pure et simple. Je comprenais un peu mieux maintenant certaines choses que j’avais lu sur son mur de Facebook.  J’ai alors compris que cette fille était une cause perdue.  Tous mes efforts pour la remonter ne me rapporteraient de sa part que des obstacles et du mépris.  Je l’ai donc bloquée de partout et on ne s’est plus jamais reparlé.

EXEMPLE DE VICTIME : Le gars qui ne peut pas courir.
Oui, je parle de moi, mais il y a une raison pertinente au-delà du simple narcissisme, et c’est que j’ai été trop souvent jugé comme faisant dans la victimisation alors que ce n’était pas le cas.  Et ceci est l’exemple le plus récent et le plus parfait pour exprimer ce point.

J’ai passé toute ma jeunesse à être nul en gym.  À l’école, une fois, il y avait eu une course à pied, un petit 100 mètres, auquel participaient les élèves des quatre classes de cinquième, et je suis arrivé l’avant-dernier, devant Manon la fillette rachitique.  Trente-cinq ans plus tard, soit en décembre 2010, j’ai décidé de prouver qu’avec de la bonne volonté, il y a moyen de venir à bout de nos pires obstacles.  Je me suis mis à la course à pied dans l’espoir d’un marathon.  En un seul mois, du 4 décembre 2010 au 4 janvier 2011, j’ai grandement amélioré mon cardio et j’ai perdu 13 lbs.

Moins d’un an plus tard, comme je l’explique dans mon billet Rouler avec les coups, les efforts que j’ai mis à m’entrainer à la course m’ont fait développer une fasciite plantaire aux deux pieds, me handicapant pour la vie, m’obligeant à marcher avec des orthèses, me forçant à renoncer à la course à pied pour toujours.  Et comme je le dis dans Les trois raisons possibles de l’échec, c’est un obstacle qu’il m’est impossible de contourner.  Je n’y peux rien si je suis né avec les jambes et les pieds croches, je n’y peux rien si ça n’a jamais été diagnostiqué avant, et je n’y peux certainement rien si ça m’empêche de courir.

Si je faisais dans la victimisation, je verrais dans cette situation l’opportunité parfaite de prouver aux autres, dossier médical à l’appui, que ça ne me sert à rien de faire des efforts pour sortir des sables mouvants de mon loserisme, parce que tous mes efforts ne font que m’y enfoncer encore plus.  Ou pire encore: Histoire de faire accroire que je suis courageux et déterminé, je m’acharnerais à courir malgré mon handicap, ce qui ne ferait que l’aggraver, ce qui finirait par m’empêcher de me tenir debout, ce qui me rendrait inapte au travail.  Je passerais donc le reste de mes jours en fauteuil roulant, à vivre de prestations du BS, à me lamenter sur mon sort.  je serais néanmoins fier d’être dans une situation dans laquelle personne ne pourrait dire que mon loserisme est de ma faute car jamais je n’ai manqué de courage et de détermination dans la poursuite de mon but. J’aurais même l’excuse parfaite pour ceux qui me diraient que j’ai été stupide de m’acharner: Répondre « Ne me blâme pas, blâme ceux qui m’ont poussé à persévérer en affirmaient que mon handicap aux pieds n’était une excuse bidon pour ne pas courir. » 

Mais voilà, je n’ai jamais fait dans la victimisation.  Je suis simplement une victime. Victime d’un état physique naturel contre lequel personne ne peut rien.  Je ne peux pas courir? Soit! Mais ça ne veut pas dire que ça m’oblige à renoncer à l’entrainement cardio. Depuis mon dernier anniversaire, le 21 juillet dernier, j’utilise les moyens à ma disposition pour me remettre en forme: Un jour sur deux, je vais dans les escaliers de secours de mon building de 22 étages et je monte le plus de marches que je peux.  Puis, je profite de la piscine pour y faire le plus de longueurs qu’il m’est possible.  Contrairement à la course à pied, ce sont des exercices sans impact, et ils me travaillent le corps au complet au lieu de seulement les jambes.  Ce matin après 10 jours, j’ai plus que doublé le nombre d’étages et de longueurs que je faisais le premier jour, et j’ai déjà perdu 4 lbs.

Et la voilà la différence entre la victime et la victimisation. La victime trouve le moyen de surmonter et/ou contourner les obstacles que les gens et la vie lui impose, quitte à abandonner et repartir à zéro d’une autre manière.  La victimisation, par contre, consiste à rechercher les obstacles qui lui font échec, s’y arrêter et ne rien faire d’autre que s’en plaindre.

Pas obligé de rester loser, 14e partie: L’inutilité de la perfection

Il y a une situation qui nous fait sentir particulièrement loser en société.  C’est un grand classique qui se passe comme suit: Ce sont de bons gars ou de bonnes filles, ils ont beau tout faire pour être à la hauteur des espérances de tout le monde, ils ont beau y mettre 1000 effort pour être parfaits et irréprochables, rien à faire: Ils se font quand même rabaisser, niaiser, bafouer, calomnier, rejeter. Et comble de l’injustice, ils le sont toujours plus que les gens imparfaits et reprochable.

Pour tous ceux qui vivent cette situation frustrante, j’ai quatre leçons pour vous:

LEÇON 1: Tes efforts sont vains parce personne n’aime une personne parfaite. Peu importe ce que tu fais pour être irréprochable, tu te feras toujours reprocher quelque chose. Et s’ils ne savent pas quoi trouver à dire contre toi, justement à cause que tu es parfaite et irréprochable, alors ils vont inventer des raisons de le faire.

LEÇON 2: Dès que tu auras compris et accepté la leçon 1, tu réaliseras que, entre être toi-même ou bien être ce que les autres voudraient que tu sois, il n’y a aucune différence dans la façon dont ils vont te traiter en retour: Il y en a qui vont t’aimer, et il y en a qui vont t’haïr. Alors aussi bien rester toi-même, parce que tes efforts pour être autre chose seront toujours une inutile perte de temps

LEÇON 3: Si tu essayes sans cesse de te plier aux goûts des autres, tu ne seras jamais apprécié pour ce que tu es. Tu seras seulement apprécié pour ce que tu essayes de faire croire que tu es. Par contre, si tu restes toi-même, tu vas n’attirer que des gens qui t’aiment pour ce que tu es vraiment.

LEÇON 4: N’endure pas dans ton entourage les gens qui n’aiment pas ce que tu es. S’ils sont insatisfaits avec toi, qu’ils aillent voir ailleurs.

Ne me dites pas que vous n’avez jamais remarqué que même les gens les plus abusifs sont toujours entourés de gens qui les aiment et les respectent? Il y a deux raisons pour ça:

  • Ils sont eux-mêmes (leçon 3).
  • Et ils ne tolèrent pas ceux qui trouvent à dire contre eux (leçon 4).

Pas besoin de devenir abusif pour être aimé et respecté. Par contre, tout faire pour être à la hauteur des espérances de tout le monde, ça n’a jamais apporté amour ni respect à qui que ce soit. Bien au contraire.

Surtout que quand on fait tout pour devenir parfait et irréprochable, c’est généralement pour compenser pour le fait qu’on est loser.  On veut démontrer aussi bien aux autres qu’à soi-même qu’on leur est moralement supérieur, donc que techniquement on devrait être aussi winner qu’eux, sinon plus.  Hélas, pour le démontrer, on a le réflexe stupide de pointer sans cesse les imperfections dans le comportement d’autrui.  Ou du moins, ce que l’on juge comme tel. Mais en agissant ainsi, on devient la personne la plus chiante de notre entourage, et on se fait encore plus rejeter.

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Alors voilà, ça m’a pris quatorze billets, mais je crois que j’ai réussi à répondre à la question de Toni, qui me demandait comment est-ce que j’ai réussi à me tirer de ma situation de loser éternel, telle que décrite dans le billet Autopsie du Loser.  Ça n’a pas fait de moi un winner comme mon ex bon copain Carl, puisque le vrai winnerisme est un état qui dépend d’une combinaison de hasards naturels au niveau génétique (beau, prédestiné à être athlétique), au niveau psychologique (intelligence, confiance en soi et charisme) et au niveau social (parents riches, famille influente).  Par contre, je suis devenu un gars normal, qui parfois gagne et parfois perd, comme tous les gens normaux.

En espérant que ça puisse aider d’autres qui, comme moi, ont passé trop d’années de leurs vies dans cette situation peu enviable.

Pas obligé de rester loser, 13e partie : Se tenir loin des autres losers.

Il y a un proverbe anglais qui dit Misery loves company, ce que l’on peut plus ou moins traduire par Les gens misérables préfèrent vivre leur misère en compagnie d’autres miséreux, parce que c’est plus facile d’essayer d’attirer les autres en bas avec toi que de faire l’effort de t’élever vers eux. Et c’est vrai! Il m’est arrivé plusieurs fois d’observer ou de vivre ce phénomène.

Quelques chapitres plus tôt, je parlais de deux catégories de gens qui cherchent à te garder loser : Ceux qui le font par mesquinerie car ils veulent rester au-dessus de toi, et ceux qui le font par crainte que tu essuies un échec si tu essayes de t’en tirer. J’avais oublié qu’il existe une 3e catégorie : Les losers qui ne veulent pas être les seuls à être losers.

On a beau être loser, ça ne nous empêche pas d’avoir un peu d’orgueil et d’amour-propre.  Même qu’on en a plus que la majorité puisque le fait d’être loser nous dérange sans cesse. Voilà pourquoi, tel qu’expliqué dans plusieurs des chapitres précédents, le loser se cherche toujours une bonne raison pour expliquer et excuser son loserisme.  Généralement, en démontrant que ses échecs ne sont pas de sa faute, et que n’importe qui à sa place se serait tout autant cassé la gueule que lui. Ce besoin de se justifier va parfois l’inspirer à se lancer dans les trois étapes suivantes:

  1. Entreprendre un projet personnel dans lequel il n’a que peu de chances de réussite.
  2. Convaincre une personne de lui servir de partenaire dans ce projet.
  3. Faire en sorte pour que le projet échoue.

Ou bien, alternativement:

  1. Choisir une personne qui entreprend un projet dans lequel elle peut réussir.
  2. Convaincre cette personne de l’accepter comme partenaire dans ce projet.
  3. Faire en sorte que le projet échoue.

Dans un cas comme dans l’autre, malheur à toi si tu es la personne en partenariat avec le loser.  De son côté, en s’arrangeant pour que ça échoue pour vous deux, ça va lui donner l’illusion que le problème puisse se situer ou bien dans le projet, ou bien en toi, ou bien dans des circonstances hors de contrôle dans lequel tu joues le rôle de témoin pour confirmer que le problème ne vient pas nécessairement lui. Mais de ton côté, puisqu’il s’arrange pour que toi aussi tu échoues, cette personne fait de toi un loser. Normal: Comment être autre chose qu’un perdant quand on perd temps, argent et énergie sur quelque chose destiné à foirer?

Des gens comme ça, j’en ai vu et j’en ai subi.  En voici quatre exemples:

EXEMPLE 1: La fille qui (ne) voulait (pas) apprendre à dessiner.
Elle aime mes dessins, elle est abonnée à ma galerie sur DeviantArt, et elle me dit qu’elle aimerait savoir dessiner aussi bien que moi.  Je lui réponds que pour devenir bon en dessin, il faut d’abord aimer dessiner.  À force de le faire, la technique personnelle se développe, le talent vient peu à peu et le résultat évolue. Elle comprend, mais elle aimerait tout de même qu’on lui donne des trucs, au lieu de devoir perdre son temps à les apprendre par elle-même via essai et erreur.  Elle me demande de lui donner des cours de dessins.  J’accepte!  Les deux phrases que nous échangerons immédiatement après donnent dès le départ le ton que prendra ce projet:

MOI: Tout d’abord, je vais te faire une liste du matériel dont tu auras besoin.
ELLE: Ben oui hein, quelle longue liste: Un papier, un crayon, une efface! Wooooow! C’est vrai que c’est compliqué en hostie comme matériel.

Je peux comprendre qu’une personne qui ne travaille pas dans le dessin puisse ignorer tout ce qui a rapport au matériel.  Mais de là à prétendre s’y connaitre mieux qu’un professionnel avec 20 ans de carrière derrière lui, et le faire en montrant de façon sarcastique qu’on le prend pour un con, y’a de l’abus.  Ais-je précisé que, puisqu’on ne pouvait pas se rencontrer à cause de la distance et de nos horaires, elle voulait que je lui donne des leçons de dessin par webcam?  Et qu’à chaque chose que je lui disais, elle trouvait toujours à redire et à m’obstiner, comme quoi elle avait vu dans tel ou tel reportage, tel ou tel artiste s’y prendre différemment?  En voyant que je perdais mon temps, j’ai fini par lui donner une liste de liens de vidéos sur Youtube, dans lequel plusieurs dessinateurs donnent des leçons de dessins sous forme de clips.  Elle a refusé de les utiliser parce que « ça pouvait pas être aussi bon qu’avec un prof privé en personne. »

En tout cas, maintenant elle peut dire que si elle ne dessine pas bien, c’est parce que c’est moi qui a failli à la tâche pourtant simple de lui apprendre.  Donc, que l’échec de ce projet a démontré que nous sommes deux losers.

EXEMPLE 2: La fille qui (ne) voulait (pas) perdre du poids.
Tel que je l’explique dans Témoignage d’un ex-gros, à chaque fois que j’ai décidé d’essayer de perdre du poids, j’ai réussi. Évidemment, grosse tête que je suis, je ne pouvais m’empêcher de m’en vanter publiquement.  Arrive cette fille jolie et coquette, mais qui a un bon 50 lbs en trop.  Elle a essayé bien des régimes commerciaux dans sa vie, mais aucun n’a fonctionné. Heureuse de voir en moi quelqu’un qui a réussi à trouver une méthode qui fonctionne, elle me demande de la coacher.  J’accepte!  Je commence donc par lui donner les bases: Côté alimentation, je lui explique l’importance de ne sauter aucun repas, surtout le déjeuner, puisque ce sont les repas irrégulier qui affament le corps, ce qui fait que celui-ci, craignant une famine, a le réflexe de garder toutes les calories qu’il absorbe.  Et côté exercice, je lui recommande de commencer par quelque chose de simple, soit prendre les escaliers au lieu des escalateurs mobiles. Le lendemain, nous avons eu cet échange:

MOI:  Alors? Qu’est-ce que tu as pris à déjeuner et en snack entre-repas?
ELLE:  Rien!
MOI:  Comment ça, rien?
ELLE:  Sois logique.  Si je ne mange pas, je ne consomme pas de calories.  Et si je ne consomme pas de calories, je ne peux pas grossir.

Quand je pense que j’ai pourtant pris la peine de lui expliquer pourquoi cette méthode donne le contraire de l’effet recherché. Je ne peux pas croire qu’elle s’obstine à continuer de faire cette erreur stupide que dénoncent tous les nutritionnistes de la planète.

MOI: Et pour les exercices? Tu prends les escaliers?
ELLE: Non! Y’a rien qui m’empêche à la fois de prendre l’escalateur et d’en grimper les marches.  Comme ça j’ai mon exercice, je ne perds pas de temps et j’arrive même plus vite en haut.

Ouais, sauf que le but de l’exercice n’est pas de sauver du temps ni d’arriver en haut plus vite. C’est de brûler des calories, chose qui ne se fait pas avec sa méthode. 

En tout cas, maintenant elle peut dire que si elle n’a pas perdu de poids, c’est parce que c’est moi qui a failli à la tâche pourtant simple de lui apprendre.  Donc, que l’échec de ce projet a démontré que nous sommes deux losers.

Sérieusement, quand ta méthode personnelle ne fonctionne pas, et que la méthode de l’autre a prouvé fonctionner pour lui, où est la logique d’insister pour continuer de le faire de ta façon?

Maintenant que je vous ai parlé de gens qui m’ont embarqué dans leurs projets, passons à l’inverse: Ceux qui ont insisté pour que je les embarque dans les miens:

EXEMPLE 3: La fille qui (ne) voulait (pas) apprendre à courir.
Comme je m’en suis quelquefois vanté dans cette série, je me suis mis à la course à pieds en décembre 2010. Ma méthode était simple:

  • Courir en ligne droite jusqu’à épuisement.
  • Marcher le temps de récupérer.
  • Répéter sans cesse les deux étapes précédentes.
  • Se rendre à un point où on est trop fatigué pour courir un pas de plus. 
  • Retourner à la maison, ce qui nous oblige à marcher en sens inverse tout le chemin parcouru, ce qui nous fait brûler encore plus de calories. 
  • Répéter à tous les jours.
  • Cesser de courir lorsque l’on commence à ressentir la moindre douleur, particulièrement aux articulations, et ne plus courir tant que la douleur n’est pas disparue. Parce que le but ici est d’améliorer sa forme physique et non de se ruiner les genoux pour la vie, comme ce fut le cas pour certains participants de The Biggest Loser.

Au début, je ne pouvais faire que des segments de 200 mètres avant de tomber épuisé.  Quatre mois plus tard, en avril 2011, je pouvais courir des segments de 5 km.  Non seulement ais-je fortement amélioré mon cardio et mes muscles, cet exercice m’a fait perdre une vingtaine de lbs, ce qui me donne un corps particulièrement découpé.

Arrive cette amie qui, voyant mes progrès, décide de se mettre à la course elle aussi. Mais voilà, elle veut s’entrainer avec moi, ce que je refuse.  Non pas pour être désagréable, mais le fait est que je suis trop avancé pour elle.  Si je m’entraine à mon rythme, elle ne pourra pas me suivre. Et si je descends à son rythme, je ne me pousserai pas à bout, et ainsi je ne ferai plus de progrès.  En réponse, elle me propose une méthode trouvée dans un livre qui, m’assure t-elle, est bien meilleure que la mienne.  Car en effet, ça dit que si j’avais suivi celle-là, ce serait 15 km ininterrompus que je serais capable de courir aujourd’hui, plutôt que seulement 5 .  Autrement dit, en n’ayant obtenu qu’un tiers des résultats possible, ce que je considère stupidement comme étant un accomplissement, c’est plutôt du loserisme.

Ainsi, dès le départ, en transformant mon fier accomplissement en honteux échec, elle donne le ton de ce que sera notre association pour le mois à venir.

Je lui rappelle que de toute façon, elle porte des orthèses à cause de ses problèmes de pieds.  Il existe tellement d’exercices cardio qui font perdre du poids, pourquoi veut-elle choisir le seul dans lequel elle a un handicap qui risque de tout faire foirer?  Elle me répond que ceci est un raisonnement de loser car si on se laisse arrêter par le moindre petit obstacle, on n’arrive jamais à rien dans la vie.  Je cède donc et accepte de lui servir de partenaire de course.  Je mets ma méthode de côté pour utiliser la sienne.

Durant quatre semaines, à tous les trois jours, on doit courir de cette façon: Deux minutes de course, une minute de marche, répéter pendant 30 minutes. Au bout de quatre semaines, on est supposé être capable de courir pendant un quart d’heure non-stop.

Après un mois à suivre scrupuleusement cette méthode, arrive le moment de vérité.  On commence à courir.  Et trois minutes plus tard, elle se voit obligé d’arrêter, à bout de souffle.  Après une minute de repos, elle repart, mais malgré toute son obstination, après deux minutes, elle se voit incapable de courir un pas de plus.  Elle s’en va agripper un poteau sur lequel elle s’effondre en larmes. 

Je regarde la scène, complètement découragé. J’ai donc sacrifié tout un mois d’entrainement fonctionnel pour ça!?  Un mois à me faire dire que ma méthode personnelle était merdique.  Un mois dans lequel je n’ai pu ni me pousser à bout ni faire reculer mes limites.   Un mois à endurer de la négativité non-stop depuis le tout premier jour, et une fin sous le signe de l’échec et du loserisme.   Cette activité que j’aimais et qui, les quatre premiers mois où je l’ai faite seul, ne me rapportait que du positif autant physiquement que moralement, était devenue une épreuve pénible dont je ne tirais plus rien de bon. 

EXEMPLE 4: La fille qui (ne) voulait (pas) se sortir de la pauvreté. (N’allez pas croire que je suis misogyne si je ne parle que de femmes.  Il y a sûrement des hommes qui ont une telle attitude, il se trouve juste que je n’en ai personnellement jamais rencontré.)
Ici, il s’agit de Kim, mon ex, la mère de mes enfants, dont je parle  en tant que première relation, au chapitre 8. Nous étions tous les deux sur le BS et je considérais que ce n’était pas la situation idéale pour élever des enfants. Je planifie donc retourner aux études et finir mon secondaire, avant d’aller au cégep me prendre un diplôme en lettres, ce qui me permettra d’avoir un travail qui nous fera sortir de la misère.  Elle trouve que c’est une bonne idée et suggère d’embarquer dans mon plan de cette façon: Elle m’aide dans mes études s’il y a des matières dans lesquelles je suis faible, et elle s’occupe des enfants.  Et dès que je suis diplômé on fera l’inverse: Elle retourne aux études tandis que je m’occupe du reste. Ainsi, on sera deux diplômés capable tous les deux de trouver un bon emploi. J’accepte! 

Lors de la partie des études secondaires, tout se passe comme prévu.  Mais dès que je me rend au cégep, l’attitude de Kim change.  Elle me sort de nulle part des accusations de chercher à la tromper avec des p’tites jeunes salopes briseuses de ménage (Traduction: des cégepiennes) et voilà qu’elle fait tout pour saboter mes études: M’empêche de faire mes devoirs à la maison, me garde éveillé toute la nuit pour m’empêcher d’aller à mes examens le lendemain, vient m’agresser physiquement à coup de poing dehors à l’arrêt de bus qui devait m’amener au cégep, me fais expulser de la maison par la police sous de mensongères accusations de violence conjugale…  Alors que je faisais tous les efforts possible pour tirer ma famille de la merde, elle faisait tout son possible pour me garder dedans avec eux.  Et elle a réussi: Par sa faute, j’ai cumulé tellement d’échecs au cégep que je n’ai plus le droit de m’y réinscrire, et ce pour le reste de ma vie.

Les six ans qui ont suivi, elle a souvent répété à qui voulait l’entendre que mon échec avait prouvé qu’elle avait fait une erreur en me permettant d’aller au cégep, et que c’est plutôt elle qui aurait dû reprendre ses études en premier. La dernière fois qu’elle a osé le dire en public, je l’ai mis au défi de le faire.  Je l’ai assuré, devant tous ces témoins que j’allais m’occuper des enfants malgré le fait que je travaillais à temps plein, même si ça signifie ne jamais dormir plus que cinq heures par jour.  Elle ne pouvait pas refuser sans perdre la face. 

À la fin du mois d’aout, elle retournait au cégep.  En décembre, à force d’accumuler les absences et les retards, elle a coulé.  

En collaborant avec elle du début à la fin, sans que jamais je ne mette le moindre petit bâton dans les roues de son retour aux études, je lui ai laissé sa chance de réussir. Ça a juste prouvé que la seule responsable de l’échec de ce projet, autant de mon bord que du sien, c’était elle. Et que son insistance à me faire échouer mes études, c’était juste pour camoufler le fait qu’elle était incapable de réussir les siennes. 

En conclusion: Ce n’est pas parce que tu as réussi à trouver en toi la volonté de te sortir de ton loserisme, et le courage de faire ce qu’il faut pour y arriver, que ça signifie qu’il en est de même pour tous les autres losers.  Je suis très bien placé pour savoir que quand on est un ex-loser, on peut être porté à vouloir s’investir à aider un autre qui dit vouloir cesser de l’être.  Or, s’en sortir, c’est un cheminement personnel, un parcours que l’on ne peut faire que soi-même. Par conséquent, il est impossible de jouer au sauveur avec ces gens-là. Je vais me répéter, mais c’est quelque chose de trop important pour l’oublier: Lorsque les gens demandent ton aide pour se sortir d’une vie malheureuse, contente-toi de les renseigner sur ce qu’ils peuvent faire afin de s’en tirer eux-mêmes. À partir de là, ceux qui veulent vraiment s’en sortir vont y arriver tout seul, et ceux qui se complaisent dans leur malheur vont y rester. Dans un cas comme dans l’autre, en les aidant plus que ça, tu perdrais ton temps.

Pas obligé de rester loser, 12e partie: Être attiré par l’option la plus foireuse

Il y a des gens qui ne peuvent pas s’empêcher de poser les gestes les plus stupides. Dès qu’une occasion se présente, c’est plus fort qu’eux.

L’une de ces occasions, c’est quand ils se trouvent face à une situation dans laquelle ils ont plusieurs options. S’il y en a une qui peut leur causer des problèmes, ils seront irrésistiblement attirés vers celle-là. Et le pire, c’est que ce n’est pas un accident. Ils le savent que c’est une décision risquée. Ils le savent que les autres options sont meilleures, ou du moins sans danger. Mais voilà, pour eux, l’option dangereuse, c’est comme un défi à relever. C’est comme s’ils avaient l’impression qu’ils étaient au-dessus des règles, et qu’ils ressentaient un besoin vital de se le prouver, ou du moins de le vérifier.

J’ai ici quelques exemples réels de situations de loserisme auto-créée dont j’ai été personnellement témoin.


SITUATION #1 : Un gay est membre d’un site de rencontres.

Le choix : À tous les jours, il complimente sur son physique une ou deux jolies jeunes filles. Il choisit toujours des filles en couple.

La conséquence : Les petits copains de ces filles voient ça d’un mauvais œil.

Ce qu’il a à dire pour sa défense : Allons donc! C’est pas comme si j’allais lui voler sa copine. D’abord, chuis pédé comme un phoque. Ensuite, si je décidais de draguer quelqu’un, homme ou femme, je ne choisirais certainement pas une personne en couple.

Les questions qu’il aurait dû se poser avant de faire ça : S’il est gay, pourquoi est-ce que, sur un site de rencontre, il donne plus d’attention aux filles qu’aux gars? Et pourquoi toujours à des filles en couple?

Parce que tout ce que les autres voient, c’est: Un gay qui cherche juste à provoquer la chicane afin de pouvoir clamer haut et fort que les straight sont aussi homophobes que caves.


SITUATION #2 : Un gars sait qu’il doit passer un test de dépistage de drogues avant d’obtenir un boulot. Le matin, au resto, en regardant les différentes sortes de bagels au menu, il se rappelle avoir vu un épisode de Seinfeld dans lequel le personnage d’Elaine teste positif à un tel test car elle a mangé des bagels au pavots. Or, c’est à partir du pavot que l’on fait l’opium. Ça a donc faussé ses tests.

Le choix : Amusé par cette idée, et juste pour voir si ça marche vraiment, il prend un bagel au pavot.

La conséquence : Oui, ça marche! Il teste positif et se fait refuser l’embauche.

Ce qu’il a à dire pour sa défense : Que les tests de dépistage sont vraiment de la merde, s’ils ne savent même pas faire la différence entre manger du pavot sur un bagel ou fumer de l’opium. Et puis d’abord, on n’est pas dans Le Lotus Bleu. QUI fume de l’opium en 2014 et au Québec? 

Les questions qu’il aurait dû se poser avant de faire ça : Avec les 8624 différents items que l’on peut prendre à déjeuner le matin, pourquoi faire exprès de choisir le seul et unique qui risque de lui coûter son emploi? Il a tout le reste de sa vie pour en manger, des bagels au pavots. Pourquoi est-ce que c’est si important pour lui d’en manger le seul jour où ça pourrait lui causer des problèmes?

Parce que tout ce que les autres voient, c’est: Qu’il cherche une bonne excuse pour ne pas travailler. Ou bien qu’il cherche à se donner une bonne raison d’accuser son futur boss d’être un cave et un incompétent. Quel boss va vouloir d’un employé de ce genre-là dans son entreprise?


SITUATION #3: Un gars s’assoit sur un banc de parc. Il voit que le banc devant lui porte une pancarte Attention, peinture fraîche.

Le choix : Il se lève et quitte son banc sec. Il tâte le banc frais peint du bout des doigts. Ça semble sec. Satisfait, il s’assoit dessus.

La conséquence : Tâter du bout des doigts quelques secondes, c’est autre chose que couvrir une grande surface de tout son poids pendant plusieurs longues minutes. Ses vêtements, maintenant ornés de lignes vertes indélébiles à l’arrière, sont fichus.

Ce qu’il a à dire pour sa défense : Que ça avait pourtant l’air bien sec. N’importe qui à sa place s’y serait trompé.

Les questions qu’il aurait dû se poser avant de faire ça : Pourquoi est-ce que ce second banc n’a pas attiré son attention dès le départ?  Pourquoi ne lui est-il devenu intéressant seulement qu’à partir du moment où il a su qu’il représentait une situation à risques?  Où est la logique?

Parce que tout ce que les autres voient, c’est: Un cave! Pour décrire un gars qui quitte son banc sec pour s’en aller aller délibérément s’assoir sur un banc qu’il sait frais peint, il n’y a pas d’autres mots.


SITUATION #4 : Dans un test de Français du cégep, une des questions est Qui a écrit le conte du Petit Chaperon Rouge?

Le choix : Il sait que c’est Charles Perrault. Il sait également qu’il y a deux façons d’écrire ce nom de famille. Il répond donc : Un certain Charles Perrault, et non « Perreault » comme certains font l’erreur de l’écrire.

La conséquence : La prof a rayé le Perreault-avec-un-e à l’encre rouge, et lui a enlevé un point.

Ce qu’il a à dire pour sa défense : Qu’elle n’avait aucune bonne raison de lui enlever ce point. D’abord parce que sa phrase contient la bonne réponse.  Ensuite, puisqu’il existe deux façons d’écrire ce nom, il n’y avait techniquement aucune faute dans celui qu’elle a rayé. La raison pourquoi il a répondu cette phrase, c’était juste pour montrer à sa prof qu’il est probablement aussi cultivé et intelligent qu’elle, assez pour ne pas faire l’erreur qu’il dénonce dans sa réponse. Mais là, en lui mettant une faute, elle a juste prouvé qu’en fait, elle est moins brillante que lui.

Les questions qu’il aurait dû se poser avant de faire ça : S’il le sait, le vrai orthographe du nom de famille de l’auteur, pourquoi faire exprès de rajouter le faux? La prof a plusieurs dizaines de copies à corriger, alors pourquoi faire exprès de rendre sa tâche plus difficile en l’obligeant à réfléchir sur sa réponse? Et surtout, pourquoi créer une situation qui risque juste de lui faire perdre des points?

Parce que tout ce que la prof voit, c’est: Une mauvaise réponse.

Et s’il explique pourquoi il a répondu ça, il ne va qu’empirer son cas. Parce que quand une personne a le contrôle sur ta réussite ou ton échec, ce n’est jamais une bonne idée de lui faire savoir que tu viens de lui faire passer en douce un test qui démontre qu’elle est moins intelligente que toi.


SITUATION #5 : L’amant d’une femme vient de subir une liposuccion. Son ventre est extrêmement douloureux.

Le choix : Elle ne cesse d’y toucher ou bien de l’accrocher par accident

La conséquence : Plus elle le touche, plus elle lui cause de la douleur, et plus la patience du gars envers son amante diminue.

Ce qu’elle a à dire pour sa défense : Ben là, je l’savais pas que ça te faisait encore mal. Ou : S’cuse, c’était un accident.

Les questions qu’elle aurait dû se poser avant de faire ça : Elle qui n’a jamais ressenti le besoin particulier de poser la main sur le ventre de son amant, pourquoi est-ce qu’elle ne peut s’empêcher de le faire à répétition maintenant qu’il ne faut pas? Elle qui n’a jamais accroché accidentellement son amant en passant, pourquoi est-ce qu’elle se met sans cesse à travers son chemin?

Parce que tout ce que les autres voient, c’est: Une sadique qui prend plaisir à faire souffrir les autres, une personne qui se fout de sa vie de couple, une femme qui cherche à se faire abuser physiquement et moralement par son amant en provoquant sans cesse sa colère.


SITUATION #6 : Au travail, la direction prévient les employés de ne pas ouvrir l’attachement jesuisunvirus.exe s’il vient dans un courriel puisque, devinez quoi, c’est un virus. Un jour, une membre du personnel le reçoit.

Le choix : Elle l’ouvre.

La conséquence : Son ordi est infecté et le virus se répand dans quatre autres ordis.

Ce qu’elle a à dire pour sa défense : Je voulais juste voir de quoi ça avait l’air, un virus. Mais c’est correct, je l’ai fermé immédiatement après l’avoir ouvert.

Les questions qu’elle aurait dû se poser avant de faire ça : Quand la direction prend la peine d’avertir tout le monde qu’il ne faut pas faire quelque chose, en quoi est-ce une bonne idée de désobéir à cet ordre? Et le simple fait qu’elle voulait voir ce que fait un virus, ça prouve qu’elle n’y connait rien, donc que son « c’est correct, je l’ai fermé immédiatement après » est un argument invalide. Alors pourquoi faire le contraire de ce que lui ordonnent ceux qui savent de quoi ils parlent?

Parce que tout ce que les autres voient, c’est: Une employée à problème qui ne cherche qu’à causer du trouble à ses collèges, à l’entreprise et à la direction. Le genre de personne dont une entreprise n’a pas besoin.


SITUATION #7 : Une fille prépare un gâteau Duncan Hines.

Le choix : Après avoir lu les instructions, elle double la température du four afin de diminuer de moitié le temps de cuisson.

La conséquence : Le gâteau brûle autour et reste liquide à l’intérieur.

Ce qu’elle a à dire pour sa défense : Je ne comprends pas ce qui s’est passé. Mon raisonnement était pourtant logique.

Les questions qu’elle aurait dû se poser avant de faire ça : Qui est le plus en mesure de savoir le meilleur temps de cuisson, ici? Quelqu’un sans expérience en pâtisserie, ou ceux qui l’ont créé et testé, ce mélange?

Parce que tout ce que les autres voient, c’est: Une épaisse trop conne pour être capable de suivre des instructions qui sont pourtant très simples.

Mais bon, c’est juste Duncan Hines, hm!? Qu’est-ce qu’ils s’y connaissent en mélanges à gâteaux?


Et vous savez chez qui on retrouve le plus ce genre de comportement?

  • Chez les gens qui sont tellement habitués à avoir un comportement qui fait tout foirer que ça a envahi tous les aspects de leur vies.
  • Chez des gens qui sont tellement convaincus d’être des incapables qu’ils s’arrangent pour l’être. Parce que même si elle est négative, rien ne vaut une routine pour apporter un sentiment de stabilité.
  • Chez des gens chez qui la réussite est tellement rare, la simple possibilité de l’atteindre en devient une source d’angoisse. En s’auto-sabotant, au moins ça règle la question. Ils peuvent donc cesser de stresser en attendant de savoir si ça va marcher ou non, et peuvent passer à autre chose.
  • Mais surtout: Chez les gens tellement désespérés de leur situation de losers qu’il cherchent à prouver aux autres (ainsi qu’à eux-mêmes) que ce sont les troubles qui courent après eux et non l’inverse. Sauf que, pour pouvoir le prouver, il faut d’abord qu’il vivent une situation de loserisme. Ils vont donc provoquer eux-même cette situation pour pouvoir la montrer en exemple. Ironiquement, tout ce que ça démontre, c’est justement le fait qu’ils sont eux-mêmes la source du problème puisque ce sont eux qui le provoquent.

Une personne avec qui j’ai déjà jasé de ce comportement avait, pour défendre ces gestes idiots, l’argument suivant: Suivre aveuglément tout ce que tout le monde te dit, c’est avoir un comportement de mouton. C’est la meilleure façon de montrer que tu n’es pas capable de penser par toi-même.  Est-ce qu’on peut être d’accord pour dire que négliger des instructions claires pour choisir une autre voie afin de voir ce que ça fait parce qu’on ne le sait pas, c’est justement ça, faire quelque chose aveuglément? Et que prendre une option différente que la meilleure sans y réfléchir avant, c’est exactement ça, la meilleure façon de montrer que tu n’es pas capable de penser par toi-même?

Avant de se jeter stupidement dans une situation loser-ogène, posez-vous les questions suivantes: Pourquoi quitter une situation claire et sécure pour s’en aller dans une qui est nébuleuse et risquée? Une situation qui, dans le pire des cas, va causer des problèmes? Une situation qui, dans le meilleur des cas, ne rapportera rien?

Tu as déjà bien assez des circonstances, des gens qui t’entourent et du mauvais hasard pour te rendre loser.  Ne fais pas exprès pour t’y mettre toi aussi.

Pas obligé de rester loser, 11e partie: Connaître ses limites

Eh non, pas encore fini.  Il faut dire que j’ai négligé un aspect important du loserisme, qui est:

Dans ses projets :
Le Loser sait qu’il est destiné à un avenir fabuleux où la gloire et la richesse l’attendent. Le problème, c’est justement ça :  Peu importe le temps qui passe, c’est toujours dans l’avenir que ça l’attend.  Jamais dans le présent.
Dès le départ, la personne démontre que son focus est sur la richesse et la gloire, c’est à dire sur la récompense du travail, au lieu d’être sur le travail lui-même. Déjà là, ça signifie que cette personne va choisir un travail ni par passion ni par talent, mais bien parce que c’est la plus facile voie vers le succès. Or, à travailler sans passion ni talent, ton travail ne peut se démarquer de celui des autres.  Et sans se démarquer, il est impossible d’obtenir le succès escompté.

Le Loser a toujours des projets extraordinaires.  Il en commence beaucoup mais en finit peu. Ceux qu’il choisit de finir sont habituellement ceux qui ont le plus de chances d’être voués à l’échec.
Tout le monde connait l’adage À l’impossible, nul n’est tenu. Choisir un but impossible à atteindre, ça nous assure déjà que personne d’autre ne l’atteindra.  Ça élimine dès le départ la compétition.  Ensuite, s’il n’atteint pas ce but, il sait que personne ne lui en tiendra rigueur.  Son but était juste impossible à atteindre.  Par contre, s’il ça marche, alors là, il sera vu comme étant le plus winner de tous, d’avoir réussi là où tout le monde auraient échoués.

Sauf qu’en choisissant cette option, Le Loser prouve sa lâcheté, car ça signifie qu’il n’essaye même pas.  Il préfère se mettre tout de suite sous la protection de « C’était impossible, quoi qu’il fasse » plutôt que de prendre le risque du « Ça aurait pu marcher, s’il avait fait ce qu’il avait à faire. »

Le loser, c’est souvent celui qui est en train d’écrire un scénario de film alors qu’il n’y connaît absolument rien dans l’industrie du cinéma.  Même s’il arrive vraiment à écrire le scénario du siècle, il restera pris avec car il ne saura même pas où, à qui et comment le placer.
Et c’est ça qui est le plus triste.  Comme n’importe qui, à force de travail, le loser pourrait vraiment développer un talent dans le domaine de son choix. Mais s’il le développe dans un qui est hors de sa portée, il perd son temps.  Du temps qu’il aurait pu faire de lui une réussite, s’il avait choisi un domaine auquel il a accès. 

Il y a cette fille que j’ai rencontré il y a 15 ans, qui avait plein de projets artistiques en tête. À chaque fois qu’elle en commençait un, c’était la même chose; Elle devait l’interrompre car sa réalisation dépendait d’un détail qu’elle ne pouvait jamais obtenir.  Par exemple, reprendre un succès musical sans savoir à qui s’adresser pour en obtenir les droits.  Tout récemment, elle m’a demandé mon aide pour un projet de vidéoclip.  Alors que je commençais à voir ce que je pouvais faire avec les ressources que j’avais, elle m’a dit: « Non, pense pas petit, tu réussiras rien.  Planifie ton clip comme si ton budget était illimité, et on se débrouillera après ça pour en faire une réalité. »  Disons que j’ai compris à ce moment-là pourquoi elle a passé une décennie et demi à avoir des projets artistiques et que pas un seul n’a vu le jour.

Lorsque j’ai créé le fanzine MensuHell en 1999, je n’avais qu’un seul but: Créer une publication qui sort à tous les mois, peu importe le nombre de pages que j’ai. En décembre 1999, le premier numéro avait 16 pages photocopiées, format de poche, et nous n’étions que trois collaborateurs.  Au numéro 10, nous étions sept, format magazine, 20 pages.  Dès le numéro 14 et jusqu’à sa mort au numéro 109 en 2008, il y avait régulièrement de 12 à 20 collaborateurs pour 44 pages.  Si, dès le départ, j’avais planifié mon magazine comme si j’avais un budget illimité, deux choses auraient pu se produire: Ou bien MensuHell n’aurait jamais vu le jour parce qu’il aurait dépendu de trop d’éléments hors de ma portée. Ou bien je l’aurais fait selon mes capacités et il aurait eu la même allure que celui que j’ai vraiment publié.  Sauf que, en le comparant au plan à budget illimité, j’aurais été extrêmement déçu.  Il m’aurait donné un sentiment de loserisme au lieu d’un d’accomplissement.  Cette déception m’aurait probablement fait abandonner en cours de route.

En conclusion: Fais avec les moyens que tu as, au lieu de dépendre de choses hors de ta portée. Parce que choisir un but que l’on ne peut pas atteindre, c’est s’assurer d’échouer.  Et s’assurer d’échouer, c’est délibérément choisir de rester loser.

Pas obligé de rester loser, 10e partie: Éviter les endroits qui rendent loser

Qu’on le veuille ou non, il y a des situations qui nous font sentir plus bas qu’une merde, qui nous humilient au plus haut point. Par exemple, se faire agresser par un inconnu, soit physiquement face-à-face, ou bien de dos de manière hit-and-run en tant que cible d’un projectile, soit verbalement sous forme d’insultes. Rien ne peut nous faire plus sentir comme un loser, surtout si nous sommes impuissants à faire quoi que ce soit contre notre agresseur.

Il existe sept endroits qui attirent particulièrement les gestes négatifs des passants envers nous.  Heureusement, ce sont sept endroits qui sont très faciles à éviter.

ENDROIT 1: La proximité des flaques d’eau.
On connait tous ce grand classique : Il y a une grosse flaque dans la rue, sur le bord du trottoir sur lequel on marche. Une auto passe. On est arrosés. Nos vêtements sont maintenant imbibés d’eau, de saleté, d’huile et du jus de toutes les merdes qui stagnent sur l’asphalte. C’est pourtant simple à éviter: Bien ouvrir l’oeil pour repérer les flaques, attendre pour voir s’il y a des autos qui arrivent, passer au moment où il n’y a rien à craindre.

ENDROIT 2:  Les trottoirs dans le même sens que la circulation
Comme je le raconte dans
Ma plus étrange expérience de 2011, il m’est arrivé à quelques reprises de recevoir des projectiles de la part de passagers d’automobiles : Bouteille de Gatorade, contenu d’un verre de boisson gazeuse de McDo, ballon rempli d’eau, etc.  Or, dans tous les cas sans la moindre exception, j’ai vécu ces agressions de dos.  Le simple fait que ces gens attaquent de dos démontrent leur lâcheté.  Et un lâche, ça n’attaque jamais de face.  Depuis que je marche exclusivement sur le trottoir en sens contraire de la circulation, donc que je les vois venir, ils ne s’essayent pas, et je n’ai plus jamais vécu cette situation.

ENDROIT 3:  Les dessous de corniches
Ou, pour être plus clair, tout endroit public au dessus duquel se trouve un autre endroit public : Ponts, escaliers, paliers surélevés. Bref, tout endroit d’où quelqu’un peut vous cracher dessus ou vous envoyer quelque chose sur la tête.  Lorsque vous marchez, que vous vous arrêtez ou que vous vous assoyez, regardez au-dessus de votre tête, et posez-vous la question: D’ici, est-ce que quelqu’un peut me jeter quelque chose dessus?  Si la réponse est oui, vous courrez ce risque. Déplacez-vous!

ENDROIT 4:  Le wagon de queue du métro.
Les freaks, les gens mal dans leur peau, ceux qui n’ont aucun talent pour échanger socialement, sont tous portés à éviter le gros de la foule dans les transports en commun.  Ils se dirigent donc instinctivement là où ils peuvent avoir une vision globale du déplacement des autres tout en s’en tenant à l’écart: Le wagon de queue.  Hélas, quand une femme cherche à éviter de se faire déranger dans les lieux publics, elle aussi a le réflexe d’aller vers là où il y a le moins de monde: Le wagon de queue.  Et tel qu’expliqué dans
Lire en public = Harcelez-moi!, elle se retrouve avec les freaks, les gens mal dans leur peau, ceux qui n’ont aucun talent pour échanger socialement.  Et puisqu’elle va délibérément les rejoindre, ils croient qu’elle est l’une d’eux, alors évidemment ils vont la déranger.  Ce qui fait que, ironiquement, ce sont ses efforts pour éviter une situation qui provoquent et causent cette même situation.  Et dans le même ordre d’idées:

ENDROIT 5: Dans le wagon, juste à côté de la porte.
J’ai vu personnellement, plusieurs fois, de jeunes voyous attendre le moment où la porte du wagon va se refermer, pour voler le sac / la casquette / la tuque / les écouteurs de la personne assise juste à côté de la porte, et sauter hors du wagon tandis que les portes ferment.  La personne se retrouve donc doublement victime.  D’abord du vol, mais surtout de l’avoir subi publiquement, ce qui est fort humiliant.

ENDROIT 6: Les rues mal éclairées
C’est un réflexe aussi stupide que trop répandu : Il est tard, il fait noir, on veut avoir la paix, donc on cherche à éviter de se faire remarquer. Alors au lieu de marcher sur la grande artère bien éclairée pleine de passants, on opte plutôt pour les petites rues sombres, voire les ruelles, désertes. Hélas, en faisant ça, on augmente nos chances de se faire aborder et agresser. Normal : L’agresseur, lui aussi, cherche à éviter de se faire remarquer. Alors au lieu de marcher sur la grande artère bien éclairée pleine de passants, il opte plutôt pour les petites rues sombres, voire les ruelles, désertes.

ENDROIT 7: Les appartements demi-sous-sol ou rez-de-chaussée, dont les fenêtres donnent directement sur une ruelle.
À éviter de louer autant que possible.  Parce que si les 6 premiers endroits propices à l’agression sont des lieux publics, ici il s’agit de votre appartement, ce qui est encore plus humiliant parce que c’est supposé être l’endroit où vous devriez vous sentir le plus en sécurité, le plus à l’abri.  Hélas, ces appartement possèdent les fenêtres les mieux situées pour se faire barbouiller de graffitis, lancer des insultes ou du liquide à travers les moustiquaires, ou se faire éclater à coup de pied, de roche ou de brique. Et si en plus vous avez la malchance de tomber sur un propriétaire qui ne veut pas payer la réparation, il vous mettra la responsabilité sur le dos avec une logique tordue à la « C’est arrivé à aucun autre locataire avant toi, donc ça doit être de ta faute, tu as dû faire de quoi à quelqu’un pour t’attirer ça! » ce qui rajoute de l’injustice à l’humiliation.

Il y en a qui vont dire qu’une agression imprévisible et gratuite, ça peut arriver n’importe quand et n’importe où. C’est vrai! Mais c’est justement ça mon point: Dans un monde où trop de gens n’attendent qu’une occasion pour se montrer agressif s’ils savent qu’ils peuvent s’en tirer à bon compte, pourquoi faire exprès pour se trouver là où plus grandes sont les chances que ça arrive?