Fuckfaces gonna hate

Je me moque souvent de Facebook, ou du moins du comportement cliché de certains de ses membres. Alors aujourd’hui pour contrebalancer je vais me moquer de ceux qui ont choisi délibérément de haïr Facebook, pour rien d’autre que la très pertinente raison que C’est populaire donc c’est d’la merde, gneu-heu!

Il était une fois une comédienne du nom de Jessica Barker.  En 2007, histoire d’essayer de se démarquer du reste de l’humanité, Jessica décida de ne pas s’inscrire sur Facebook, qui venait d’atteindre 50 millions d’abonnés. Jusque là, rien à redire. À chacun ses choix personnels.  Mais voilà, ne pas aimer Facebook ne lui suffisait pas.  Elle décida de haïr Facebook.  Et pour pouvoir bien rentrer de force sa haine dans la gorge de tous les passants, elle décida d’imprimer, arborer et vendre des T-shirts Fuck Facebook.  Un peu comme les homophobes américains qui, non satisfaits de vivre leurs vies d’hétéros, manifestent avec leurs pancartes GOD HATES FAGS.  Et pour se faire de la pub, elle demanda à l’auteure Raphaële Germain et aux comédiens Guillaume Lemay-Thivierge, Vincent Bolduc et Patricia Paquin de les porter fièrement avec elle pour un photoshoot. 

Quatre ans plus tard, en 2011.  Facebook a maintenant 500 millions d’abonnés.  Guillaume Lemay-Thivierge y a même sa page officielle.  Quant à Jessica, selon cet article signé Nathalie Petrowski, elle se tient toujours en marge du populaire réseau social et continue d’affirmer que Facebook n’est qu’une mode passagère qui disparaitra de la surface de la terre d’ici quelques années.

Quatre autre années plus tard, aujourd’hui, 2015.  Facebook compte 1,35 milliards d’abonnés.  Patricia Paquin y a elle aussi sa page officielle.  Et Guillaume Lemay-Thivierge, en plus de sa page officielle, y a maintenant sa page personnelle

Quant à Jessica Fuck Facebook Barker, devinez?

En conclusion, il est fascinant de voir comment une photo arrive parfois à capturer à la perfection la personnalité de ceux que l’on y retrouve, au moment où celle-ci a été prise.


Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (5 de 5)

Pourquoi les hommes qui sont la cible de harcèlement sexuel féminin ne sont pas portés à en parler?
Les raisons sont multiples. Voici celles que j’ai personnellement vécues.

RAISON 1: Lorsqu’il y a dénonciation, la fille inverse toujours les rôles.
Dans le fond, je peux comprendre.  Il n’y a pas pire salisseur de réputation qu’une accusation de harcèlement sexuel.  Heureusement pour elles, nous vivons dans un monde où le harcèlement sexuel de l’homme envers la femme est beaucoup plus reconnu que l’inverse. Intervertir les rôles a donc le double effet de blanchir Madame et de lui permettre de se venger contre ce sale prétentieux qui se croit trop bien pour elle. Ainsi ..:

  • Dans le billet précédent, je raconte comment Manon me traite de menteur quand je dis à nos trois collègues que c’est elle qui a pris ma main pour lui mettre sur un sein.
  • Dans Sept Semaines en Appartement, je raconte à quelques reprises comment Cynthia, la blonde-par-moments d’un ami, m’a dragué. Elle a été tellement insultée de mon refus qu’elle est allé raconter que c’est moi qui l’a harcelé.
  • Dans le même roman autobio, ma nouvelle cousine par alliance m’a fait des propositions sexuelles crues et osées pendant quatre ans. Le jour où j’en ai eu assez et que je lui ai fait savoir clairement que ça n’arrivera jamais, elle est allé tout raconter à ma famille… Mais en inversant qui a harcelé qui.

RAISON 2: En matière de harcèlement sexuel, l’homme a zéro crédibilité.
La preuve, c’est que dans les exemples précédents deux choses se sont passées.  Certaines, comme ma cousine, ont été crues sur paroles.  Pour les autres, même s’il n’y avait pas de preuves, ou bien si leur histoire ne tenait pas debout, ou bien même si les gens qui me connaissaient trouvaient que ça ne semblait pas crédible étant donné ma personnalité, il vient un moment où, à force d’entendre les mêmes histoires, on finit par se dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Donc, que si je suis aussi souvent accusé de harcèlement, c’est qu’il doit bien y avoir une raison.

RAISON 3: Les gens s’attendent à ce que l’on se comporte comme une victime.
J’ai été harcelé sexuellement, donc je devrais ressentir de la peur et du traumatisme.  Sinon, je ne suis pas crédible. 

RAISON 4: Les gens s’attendent à ce que l’on ne se comporte PAS comme une victime.
Je suis un homme, donc je ne devrais pas ressentir de la peur et ni traumatisme.  Si oui, je ne suis pas crédible.

RAISON 5: C’est traité comme étant une tentative d’invalider la souffrance de la femme.
Essaye de te plaindre contre le harcèlement sexuel féminin lorsque tu es un homme, et tu te feras vite répliquer « Oh, pitié, pooOOOooovres hommes et leurs Male Tears. Que les oppresseurs cessent de se plaindre, juste pour descendre les féministes.  Ce ne sont pas eux qui ont à subir l’objectivation des femmes, la culture du viol, le plafond de verre et à la différence de salaire à travail égal.  Un homme harcelé par une femme, c’est une exception.  Une femme harcelée par un homme, c’est la norme. »  Il semblerait donc que dans ce cas-ci en particulier, si tu ne vis pas pire qu’elles, tu dois te taire.

RAISON 6: Ça sonne comme de la vantardise.
Comparez un gars qui se vante que plein de filles lui courent après et lui font des propositions sexuelles, avec un gars qui se plaint que plein de filles lui courent après et lui font des propositions sexuelles.  Où est la différence? À part pour le fait que l’un aime ça et que l’autre prétend trouver ça malvenu, ça reste quand même deux gars qui racontent que plein de filles lui courent après et lui font des propositions sexuelles. Et puisque c’est quelque chose que beaucoup de gars souhaiteraient, ben voilà, on voit le plaintif comme un vantard qui essaye hypocritement de faire dans la victimisation. Et quoi de plus pathétique et enrageant que quelqu’un qui se plaint de quelque chose que tout le monde souhaiterait avoir et/ou être.

RAISON 7: En parler, ça fait de toi un misogyne.
Il y a quelques années, j’avais mis en ligne un roman autobiographique qui racontait les grandes lignes des abus que j’ai eu à subir pendant seize ans de la part d’une fille qui avait lâché la pilule en secret afin de me coincer dans une relation.  Bien que j’ai reçu quelques témoignages de sympathie (toutes de la part de femmes me rassurant qu’elles ne sont pas toutes comme ça), la majorité des autres commentaires (à 90% des hommes) ressemblaient à ceci:

 Et ça, c’est sans compter les fois où on a dit à mon sujet qu’il fallait se méfier de moi car ce livre, rempli de rancoeur et de frustration contre la femme, c’était du  Marc Lépine tout craché.  Je ne faisais pourtant que raconter des faits réels en toute objectivité.  Donc, selon cette logique, si une fille me fait subir du harcèlement sexuel, en parler signifie que je parle contre la fille, donc que j’ai un discours antiféministe, donc que je suis potentiellement un tueur en série misogyne. Eh oui!

RAISON 8: Pourquoi moi?  Ou : Une autre raison d’être non-crédible.
Ce ne sont pas tous les gars qui subissent le harcèlement sexuel féminin. Et comme je vous l’ai déjà montré en photo à la fin de la 1e partie, j’étais loin de ressembler au mannequin mâle de la photo ci-dessus. Alors pourquoi moi en particulier?  Juste poser cette question, c’est un argument valable pour enlever toute crédibilité à mon témoignage.

… Du moins à première vue car au contraire, c’est justement l’une des raisons expliquant pourquoi je fus la cible de ce harcèlement.  J’en suis arrivé à cette conclusion il y a quelques années grâce à ma bonne amie Stéphanie.  Un jour, je lui ai demandé pourquoi elle me faisait toutes ces confidences intimes qui, dans certains cas, pouvaient être interprétées comme de la drague sous-entendue.  Sa réponse:

« Tu n’as pas un comportement intimidant.  Tu es inoffensif.  Ça met une fille à l’aise. »

Puisque je suis passif, j’attire tout naturellement des gens actifs.  Puisque je ne suis ni manipulateur ni contrôlant, je donne l’impression que je peux être manipulé et contrôlé.  Puisque je suis inoffensif, j’attire tout naturellement des gens offensant.  Et puisque je ne représente aucun danger, j’encourage tout naturellement les autres à prendre des risques avec moi.

C’est le principe de l’anneau de Gygès. À partir du moment où les gens se rendent compte que leurs gestes n’auront pas de conséquences, il y en a qui se permettent alors les pires excès, incluant certains que l’on n’aurait jamais pu imaginer de leur part. En philosophie, l’anneau de Gygès dénonce le fait que des concepts moraux tels que le respect, l’honnêteté, la bonté et la retenue ne sont pas des traits de caractères naturels chez l’être humain mais bien des règles que l’on ne suit que par peur des conséquences sociales.  Voilà pourquoi plus une personne est riche et/ou puissante, plus on tolère ses gestes immoraux, moins elle craint les conséquences, moins elle a de retenue, et plus elle commet des excès et des abus.  Comme par exemple tous ces politiciens au Québec qui font impunément du harcèlement sexuel

Pourquoi certains sont harcelés et d’autre pas?
À l’école, lequel est toujours la cible des  intimidateurs les plus violents?  C’est le plus timide des non-violents.  Donc celui de qui on s’attend le moins à subir des conséquences.  C’est pareil ici.  Mon attitude calme, passive, sans histoire, lance autour de moi un message que les gens captent au niveau de l’inconscient comme quoi on peut tout me faire subir sans risques. Voilà pourquoi j’attire autant d’abuseurs et de conflictuodépendants: Ils font l’erreur de confondre mon respect et ma patience pour de la soumission.  D’où le gros scandale qu’ils font lorsque je me défends.

Hélas, dans le cas du harcèlement sexuel de la part de femmes envers les hommes, il est très difficile de s’en défendre.  Dès qu’on parle de harcèlement sexuel, l’opinion publique va toujours déclarer l’homme coupable, même sans savoir un seul mot de l’histoire. Raison de plus pour ces femmes de se savoir à l’abri des conséquences. 

Donc, en résumé: Ces femmes sont face à un garçon calme, sans histoires, qui n’est pas intimidant, même au niveau physique car il n’est ni fort ni beau.  Aucune conséquence à craindre de sa part, et aucune conséquence à craindre non plus de la part de l’opinion publique.  Alors dans de telles conditions, s’il leur prend l’envie de lui faire subir du harcèlement sexuel, pourquoi est-ce qu’elles s’en gêneraient?

Quel est le but de ce témoignage en cinq parties?
Mon but en écrivant ceci n’était ni de m’en plaindre, ni de faire pitié.  Je voulais juste démontrer trois choses:

  1. Que contrairement à ce que l’on essaye de nous faire croire, ce comportement n’est pas exclusivement quelque chose de masculin. 
  2. Qu’il y a plusieurs raisons pourquoi les hommes gardent le silence sur le harcèlement sexuel féminin dont ils sont victimes.
  3. Que même si les hommes ne vivent pas les mêmes conséquences que les femmes suite au harcèlement, ils en subissent quand même, des conséquences.  Elles n’en sont pas moins négatives, et peuvent parfois s’avérer dévastatrices.

Voila!

Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (4 de 5)

Voici une anecdote qui m’est revenue en tête peu après avoir écrit le premier billet. Ça implique Manon, la jeune collègue de travail que j’avais au Dunkin Donuts, celle qui jouait à l’agace non-stop. Un soir, elle vient me rejoindre dans la cuisine. Elle me demande de me placer face à elle. Je le fais. Elle lève sa main et la met à plat, la paume face à moi, comme si elle me faisait stop. Elle me dit :

« Met ta main comme ça. »

Sans trop comprendre où elle veut en venir, je m’exécute : Je lève ma main et la met à plat, la paume face à elle, comme si je lui faisais stop. Aussitôt, elle m’agrippe le poignet et elle tire mon bras vers elle, envoyant ma main sur l’un de ses seins. Tout en maintenant ma main en place, elle crie aux deux caissières et à la pâtissière :

« HEILLE, REGARDEZ L’ESTIE D’COCHON QUI ME POGNE LES TOTONS!!! »

Les trois filles regardent dans notre direction, les yeux écarquillés et la bouche bée. Je tire mon bras mais elle le retient sur place à deux mains, en disant :

« Ne-non! Tu t’es fait prendre la main sans l’sac. Assume tes cochonneries! Ha! Ha! Ha! »

Les trois autres filles nous regardent sans trop y croire.  L’une rit aux éclats.  La seconde a l’air de se demander si c’est une farce ou bien si c’est vrai.  La 3e, amusée, joue le jeu en y rajoutant sa propre fausseté :

« Ça m’surprend pas de lui, l’maudit vicieux, y’é tout l’temps en train d’essayer de r’garder en d’sous d’nos jupes. »
« Pour vrai? »
demande la seconde, sérieusement surprise par cette affirmation.

En panique, j’arrive à arracher mon bras de l’étreinte de Manon.

« NON MAIS ÇA VA PAS!? C’est elle qui a pris ma main pis qui me l’a posée sur elle de force. »
« Hostie de menteur! », répond Manon, amusée.
« Ouain, prends pas tes fantasmes pour des réalités. »  dit la 3e, avant de conclure avec: « Heille, Manon, faudrait pas que ton chum apprenne ça, jaloux pis violent comme il est. »

Je retourne calmement à ma table de travail, en soupirant, disant à Manon avec un air abattu:

« T’as pas d’allure! »
« C’est toé qui m’pogne les boules pis c’est moé qui a pas d’allure? T’as du front en estie, toé. Ha! Ha! »

Je me remet au travail sous les derniers rires et commentaires des  filles, qui retournent elles aussi au boulot.  Bien que j’arrive aisément à afficher une attitude extérieure calme, je suis simultanément envahi depuis les vingt dernières secondes par plusieurs sentiments aussi négatifs que violents:

PANIQUE! je viens de me faire plonger de force dans une situation qui ne peut être que négative pour moi et mon seul réflexe est de désespérément essayer de fuir, de m’en sortir.  Mais je n’arrive pas à trouver la sortie.  

TRAHISON! J’ai fait ce que Manon m’a dit de faire, sans jamais penser qu’elle pouvait chercher à me faire du tort, lui faisant d’instinct confiance.  Elle en a profité pour me faire ce sale tour.

INJUSTICE!  C’est elle qui ne cesse de me harceler sexuellement, et c’est moi qui passe pour le harceleur. Moi qui me suis toujours fait un point d’honneur a respecter la femme, à ne jamais faire de remarques déplacées, à ne jamais poser le moindre geste malvenu.  En quelques secondes, Manon a su démolir une vie entière d’efforts à me forger une bonne réputation.  Elle a réussi à me faire passer pour ce que je ne suis pas, pour ce que je n’ai jamais été.

ANGOISSE!  Qu’est-ce qui va arriver, maintenant?  Quelles seront les conséquences de son geste?  Il est évident que nos trois collègues, amusées par la scène, vont raconter ça à d’autres.  Et si, même celles qui ont compris que c’était un piège orchestré par Manon, considèrent que ce serait plus amusant de dire que c’était vraiment moi qui lui a fait des attouchements de mon propre chef? Si ça vient aux oreilles du patron, je risque de perdre mon emploi.  Et si quelqu’un met de la pression à Manon pour qu’elle porte plainte à la police?  Si elle ne veut pas avouer avoir inventé, elle sera bien obligé de la déposer, cette plainte.

PEUR! Et même si ça ne se rend pas jusqu’à la police, il est évident que l’une de nos collègue connait assez bien le chum de Manon pour savoir qu’il est possessif et violent.  Qu’est-ce qui va m’arriver si elle lui dit?

ABERRATION!  Alors c’est ça, notre récompense, lorsque l’on respecte la femme? Se faire manquer de respect en retour?  Voir sa réputation se faire salir?  Se faire planer la menace d’un renvoi ou de voies de faits? Un prédateur avec une attitude irrespectueuse ne va jamais subir de telles choses de la part des femmes.  Normal, elles ont peur de lui alors elles n’iront surtout pas le provoquer.  Est-ce que ça signifie que pour ne pas se faire donner une réputation de salaud, il faut vraiment être un salaud?  La seule façon d’obtenir le respect des femmes, ce n’est pas en les respectant mais bien en les intimidant?  C’est aberrant!  Je ne peux pas y croire.  Pourtant, après ce que je viens de vivre…     

SESPOIR! Si je reste, je continue de subir le harcèlement de Manon, en plus de voir ma réputation se faire entacher. Si je fuis la situation en donnant ma démission, c’est comme si je donnais un aveu de culpabilité, sans compter que rien ne garantit que je me retrouverai du boulot de sitôt.   Si je tente de rétablir les faits, ce sera la parole d’une faible femme, et de trois témoins, contre un salopard d’homme. Qui va me croire?  Personne!  Qu’est-ce que je peux y faire?  Rien!

 Je disais, dans le billet précédent, que mon statut d’homme faisait que je ne ressentais pas la peur de me faire violer puisque je ne crois pas qu’il soit possible de me forcer à avoir des relations sexuelles contre mon gré.  Eh bien j’ai appris que ce n’est pas parce que seul l’homme est capable physiquement d’agression sexuelle que ça le met automatiquement à l’abri des problèmes moraux, légaux et même physiques reliées au harcèlement sexuel en milieu de travail.  Selon la réputation sociale acceptée par tous, l’homme est fort et la femme est faible.  À cause de la faiblesse de la femme, tout le monde va la croire si elle se plaint de harcèlement sexuel contre un homme.  Et parce que l’homme est trop fort pour elle, alors la loi, la police, et même d’autres hommes seront toujours là, derrière elle, prêts à l’écraser pour elle.  Ainsi, la faiblesse de la femme est sa force.  Et la force de l’homme est sa faiblesse.

Ah, mais j’oubliais: Penser ceci, même après ce que Manon m’a fait vivre, ça fait de moi… Un misogyne!  Chose de plus à rajouter à mon désespoir comme quoi dans une situation de harcèlement sexuel au travail de la part d’une femme, l’homme ne peut absolument pas s’en tirer.

À CONCLURE.

Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (3 de 5)

Comment un homme vit-il le harcèlement sexuel en milieu de travail de la part de femmes?
Je ne peux répondre au nom de tous les chromosomes Y, mais voici la chose dans mon cas personnel.

Quels ont été mes sentiments en subissant ce harcèlement?
Tout de suite, je peux dire que jamais je n’ai ressenti de la peur au niveau physique. En tant que gars, je me savais à l’abri du viol. J’avais beau être maigre et faible, j’aurais été extrêmement étonné qu’une fille arrive à me forcer physiquement au coït. Juste la façon dont j’ai bousculé Sharon lorsqu’elle m’a agrippé pour me faire des attouchements, ça l’a prouvé. C’est mon privilège masculin, je suppose.

Pour le reste, mes sentiments étaient variés. C’était du cas par cas.

  • Pour Manon (22 ans, mince, jolie malgré un gros nez, habite avec son chum) : Amusé les premières semaines.  Puis humilié.  Puis irrité pour les mois qui suivirent.
  • Pour Sharon (26 ans, grassette, habite avec son chum chez la mère de ce dernier) : Ennuyé au début.  Frappé d’horreur en la voyant prête à me faire connaitre ses intentions.  Choqué, insulté et fâché par son agression physique.
  • Pour Kim (19 ans, petite grosse laide) Insulté qu’elle répande de fausses rumeurs à mon sujet en milieu de travail.  Choqué, insulté et fâché par son agression physique.  (le pied sous la table) Humilié qu’elle me la fasse subir alors que j’étais assis à côté de ma blonde.
  • Pour Sylvie (La petite frisée timide) Amusé les premiers temps, puis dérangé après m’être rendu compte que ça ne mènerait à rien, puis humilié et fâché de voir qu’elle m’avait caché son statut de couple depuis le début.
  • Pour Hélène (21 ans, la superbe métisse) Irrité de savoir depuis le début que ce ne serait que des agaceries, dégoûté de certains de ses récits.
  • Pour Isabelle (24 ans, mince et jolie blonde à gros seins) : Déçu de recevoir sans cesse des avances inutiles de la part d’une fille qui me plait, puisque son statut de couple m’empêchait d’y répondre.  Extrêmement déçu qu’elle me dise qu’elle avait déjà trompé son chum puisque ça signifiait que, contrairement à ce que j’espérais, je n’étais pas si spécial pour elle.
  • Pour Christine (23 ans, belle, grande, athlétique) : Surpris mais ravi.  Il faut dire que dans son cas, ça n’a jamais été du harcèlement.
  • Pour Rhonda (50 ans, petite grosse laide) : Fortement ennuyé, et frustré que mon refus se mérite des conséquences.
  • Pour Gréta (Ma voisine de 50 ans qui avait l’air d’en avoir 80) : Ennuyé, dérangé, exaspéré, insulté, violé dans ma vie privée, excédé, enragé, totalement écoeuré et dégoûté, au point où elle fut un facteur important de ma démission.  C’est qu’elle m’a fait endurer ça non-stop pendant deux ans.

Comment ai-je vécu ces situations?
Avec beaucoup d’interrogations. N’ayant ni la personnalité ni les instincts d’un prédateur, il m’est à peu près impossible de me mettre à la place de ces femmes, et ainsi de pouvoir comprendre ce qui les motivait à agir ainsi.

Parfois, j’avais l’impression que ces filles avaient une curieuse idée de ce qu’un homme était supposé être. Par exemple, dans le cas de Manon et Kim, il n’y avait aucun doute dans leur tête : Si un gars ne harcèle pas sexuellement ses collègues féminines, alors il est gai. Impossible pour elles de croire qu’un gars hétéro ne puisse pas ressentir l’envie de coucher avec elles. Impossible pour elles de croire que même s’il en ressent l’envie, il soit capable d’agir en gentleman et se retenir. Et impossible pour elles de croire que s’il est en couple, il puisse être fidèle.  Dans le cas de Manon en particulier, le concept de l’homme non-harceleur lui semblait tellement étranger qu’elle cherchait d’instinct à faire de moi l’allumé qu’elle s’attendait que je sois. Sinon, pourquoi me provoquer sans cesse sexuellement alors qu’elle n’avait aucune intention d’aller jusqu’au bout? Je peux juste théoriser.

  • Théorie 1: Je suppose que dans son univers, tous les hommes étaient des prédateurs. N’ayant pas appris à dealer avec un gars respectueux, j’imagine qu’il était plus facile pour elle de tenter de me transformer en ce qu’elle connaissait déjà, plutôt que d’essayer de comprendre qu’un gars puisse ne pas être comme ça.
  • Théorie 2: Ayant trouvé en moi un gars non-intimidant, elle pouvait jouer à l’agace sans craindre de représailles, alors elle s’y donnait à fond.
  • Théorie 3: Elle avait sans cesse besoin de se rassurer sur sa capacité de séduire.
  • Théorie 4: Elle avait sans cesse besoin de se rassurer sur sa capacité d’avoir le contrôle.  Genre: Elle m’allume pour me rapprocher, elle se sert du fait qu’elle a un chum pour me repousser.  Je suis le yoyo, elle m’a à sa main.

Vous savez ce qui me surprend le plus? C’est que cinq des sept filles du Dunkin Donuts se foutaient complètement du statut de couple. Manon, Sylvie, Sharon et Isabelle avaient chacune un chum, et Kim m’a fait des attouchements sous la table tandis que moi j’étais en couple, avec ma blonde assise à côté de moi.  Au nombre de fois où on m’a conditionné à penser qu’aucune fille n’agissait ainsi, ça me donnait un choc à chaque fois.

Oui mais… N’étais-je pas supposé aimer ça?
J’étais un jeune homme de 22-23-24 ans. J’étais au sommet de la force de mes hormones. J’étais fringuant. Je ne pensais qu’au sexe. J’étais furieusement en manque. Je me plaignais de ne pas être capable de me trouver une blonde. Je n’étais ni assez beau ni assez riche pour plaire. Alors en effet, tout ce harcèlement sexuel de la part de ces filles, n’étais-je pas supposé aimer ça?

Je ne mentirai pas : Au début, mon Ego de loser chronique appréciait être la cible de ces désirs amoureux et/ou sexuel. Sauf que j’avais certains principes. Toute ma vie jusque-là, je ne voulais rien faire avec une fille déjà en couple. D’abord parce que je me mettais à la place du pauvre gars qui, par ma faute, subirait un cocufiage, chose que je n’aimerais pas vivre moi-même. Et surtout, je ne voulais pas d’une simple aventurette mais bien d’un couple stable. Ces filles déjà en couple ne pouvaient pas m’offrir ça. Et la seule fois où j’ai choisi de céder à la tentation d’être l’amant d’une fille casée, en disant à Manon que je voulais bien si elle était sérieuse, elle a refusé et a continué de tout faire pour m’allumer, sachant maintenant que ça me faisait de l’effet. Ceci m’a démontré de manière cinglante que le prix à payer pour déroger de mes principes, c’était l’humiliation.

Et comme j’en ai déjà parlé ici et surtout , les gars ont cette réputation de ne vivre que pour le sexe et de vouloir fourrer tout ce qui bouge.  Donc, à part pour Manon et Hélène qui ne faisaient ça que pour m’agacer, je suppose que dans la tête des autres, le fait de s’offrir sexuellement aurait dû me séduire automatiquement. Donc, en ne répondant pas positivement à leurs avances, c’est comme si je leur disais Je coucherais avec n’importe qui sauf toi.  Pas étonnant alors qu’elles le prenaient si mal.  Certaines se sont senties humiliées, elles ont réagi en démissionnant.  Certaines se sont senties insultées, elles ont réagi en me faisant des problèmes au travail. Certaines étaient incapable de dealer avec le rejet, alors elles continuaient de me harceler comme si de rien n’était, mais surtout comme si je ne leur avais jamais dit non.  Et il y en a même une qui a choisi de se venger en me coinçant dans une relation dans laquelle elle pourrait me faire payer non-stop dans tous les sens du terme.  (Très longue histoire, pour un autre jour.)   

Dans quelles situations peut-on vraiment parler de harcèlement?
Il y a quelques années, j’ai écrit une pensée qui, bien que cynique, n’en demeure pas moins un fait : Quelle est la différence entre flirter et être obsédé de façon malsaine et malvenue? Simple : Si ta cible apprécie tes attentions, c’est le premier. Sinon, c’est le second. En sachant que c’est la personne qui reçoit l’attention qui a le pouvoir de te coller l’étiquette de séducteur ou de harceleur, alors draguer au travail est un sacré gros risque à prendre. 

Le problème, c’est que la seule façon de savoir si cette attirance est réciproque (ou si elle peut le devenir), c’est qu’il faut d’abord que l’autre le sache. C’est ce qui m’est arrivé avec Christine. J’étais célibataire, elle était très attirante, j’étais en manque de sexe, elle m’en offrait. Je n’aurais pas fait les premiers pas vers elle puisque jamais je n’aurais pu imaginer qu’elle puisse me trouver de son goût. Mais dès que j’ai su que c’était le cas, j’ai dit oui. Puisque j’ai accepté, on ne saura jamais si elle m’aurait harcelé ou non. Mais j’en doute. La façon dont elle a planifié son approche démontrait qu’elle était bien plus sérieuse et mature que les quatre autres. Juste pour ça, je suis certain que si j’avais refusé, on n’en n’aurait plus jamais parlé et on aurait continué d’être collègues de travail sans plus.

Et c’est ça la différence! Il n’y a pas de mal à faire savoir à un/e collègue de travail qu’il/elle nous intéresse. Mais si cette personne répond négativement, ou bien ne répond pas du tout, et que l’on insiste, alors ça devient du harcèlement.

 

Prochain billet: Comment une collègue a faite elle-même les attouchements dont elle m’accuse.

Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (2 de 5)

Bon, ça a l’air que j’ai exagéré au billet précédent en disant que ça fait 25 ans que je subis le harcèlement sexuel en milieu de travail de la part de femmes. Oui, ça fait depuis 25 ans, mais ça ne fait pas 25 ans non-stop. Entre 1993 et 2010, je n’en ai pas subi, pour la simple et bonne raison que je n’ai presque pas eu de milieu de travail classique.  Durant cette période, j’ai été sur le BS, puis aux études, avant de gagner ma vie en tant qu’auteur et/ou scénariste, ce qui est un travail solitaire que l’on fait généralement à partir de chez soi.

Cette précision étant faite, continuons là où le dernier billet s’est terminé.  J’ai déjà couvert la période 1990-1992, voici la suite:

1993-1995 : Je suis sur le BS avec la mère de mes enfants. J’ai reçu des avances non-sollicitées d’une des amies de celle-ci durant cette période, mais ce n’était pas en milieu de travail. En plus, c’était juste une ruse de sa part pour essayer de nous séparer.  Longue histoire.
1995-1997 : Le cégep, de retour aux études. Beaucoup de filles m’ont fait des avances, j’ai accepté certaines, j’en ai décliné d’autres. Et bien que certaines histoires avaient un petit côté harcèlement de leur part après qu’elles furent frustrées, comme Océane de qui j’ai refusé les avances parce qu’elle était en couple, c’était à l’école et non au travail, donc ça ne compte pas.
1997-2000 : Travail pour la page web d’Air Canada. Une seule collègue femme (et récemment fiancée) de jour, et aucune de soir, donc zéro harcèlement durant cette période.
2001-2008 : Dessinateur et scénariste pour le magazine Safarir, travaillant de chez moi, donc zéro harcèlement durant cette période. Du moins, pas au travail.
2008 : Pendant Défi Diète 2008, nous devions animer un blog sur Canoë.com. Une des programmeuse/modératrice du site m’a fait des avances que j’ai refusées. Elle a détruit mon blog. Techniquement, ne compte pas comme du harcèlement sexuel au travail, mais tout de même.
2008-2010 : Travail à mon compte, donc aucun collègue.

… et c’est là, en avril 2010, que j’ai décidé de lâcher la vie d’artiste et de me remettre au travail physique. Et que presque aussitôt, le harcèlement féminin a recommencé. La meilleure, c’est que je ne pouvais pas m’imaginer qu’une telle chose puisse m’arriver puisque je travaillais dans un garage de bus. Pourtant…

Rhonda, une collègue de travail d’origine haïtienne.  Elle fait moins de 5 pieds de haut, est obèse, unilingue anglaise, crie au lieu de parler, se rase la tête, a 5 enfants et a 50 ans. Bref, ce n’est pas comme si elle avait de quoi m’intéresser.

SEMAINE 1: Elle est amicale et a un comportement normal.
SEMAINE 2: Elle veut savoir si j’ai une blonde.
SEMAINE 3: Elle commence à parler de sexe.
SEMAINE 4: Elle m’envoie de subtiles invitations à se voir hors du travail qu’elle lance ici et là au fil des conversations.
SEMAINE 5: Tandis que je suis à l’extérieur du bus à faire le plein de lave-vitres, elle est à l’intérieur pour nettoyer les fenêtres. Elle cogne pour attirer mon attention. Je la regarde. Sur la fenêtre, elle dessine un cœur transpercé d’une flèche avec sa bombonne de nettoyant en mousse. Je me facepalme mentalement.  Dès qu’elle sort du bus, je lui dis : « Je ne dirai pas à ma blonde que tu me dessine des cœurs, je ne pense pas qu’elle apprécie. » Ça lui a donné un choc.

« T’as une blonde? Bullshit! Depuis quand? »
« Deux semaines! »
« C’est quoi son nom? »
« Nadia! »
« Pourquoi tu m’en a jamais parlé? »

« Tu ne me l’as pas demandé. »
« Fuck you! »

Vrai, j’avais depuis peu une amie nommée Nadia, mais nous n’étions pas un couple.  Ce petit mensonge a néanmoins calmé Rhonda, du moins sur les avances sexuelles, pendant un bon mois. 

Puis, sans même me demander si j’étais encore en couple ou non, voilà qu’elle recommence.  D’abord en me parlant de sa vie sexuelle avec son amant.  Puis, en me posant des questions, du genre si j’avais déjà essayé une black. Puis, en me faisant des remarques sexuelles à la blague, sauf qu’il était évident que plus le temps passait et moins c’était des blagues. 

Nous prenions notre heure de pause dans de grands bus confortables. Un jour, elle me dit en y montant: « Ok, je vais faire un somme.  Profites-z-en pas pour me violer. »

Deux jours plus tard, elle me dit: « Tu sais, quand la fille est consentante, c’est pas un viol! »

La semaine suivante, elle me dit: « Si tu me laisse dormir une heure de plus, je te fais une pipe à mon réveil. » 

À force de rester impassible ou à refuser ses offres, elle a fini par comprendre.  Elle a aussi viré en mode full bitch parce que bon, c’est bien connu que l’enfer n’est rien comparé à la furie d’une femme repoussée, ou quelque chose comme ça.

Tout de suite après, c’est Enrique qui a pris la relève.  Fils gai de mon chef de quart, il refusait de s’arrêter au fait que je suis hétérosexuel.  Mais bon, dans son cas, le fait que c’était un homme, j’ai pu lui régler son cas rapidement en l’engueulant publiquement sans retenue et le menacer de plainte et poursuites, chose que je ne pouvais pas vraiment faire contre une femme.  Enfin, oui, je le pouvais, mais je n’aurais juste pas été pris au sérieux.

Bref, lorsque je suis arrivé à un point où d’un côté j’avais à subir ceci, et que de l’autre mes possibilités d’avancement dans ce boulot étaient nulles, j’ai remis ma démission. 

2012-2014: À mon boulot suivant en tant que concierge résident, j’ai eu une voisine nommée Gréta, 50 ans, petite, maigre, ridée comme si elle avait 80 ans. Elle m’a harcelé non-stop de ma première semaine là jusqu’à mon départ deux ans plus tard.  Pas une semaine ne se passait sans qu’elle vienne cogner à ma porte, tentant de s’introduire chez moi sous divers prétextes, me couvrant de cadeaux variés (généralement des plats déjà commencés), me faisait aller chez elle pour toutes sortes de boulots dont la majorité n’étaient pas relatifs à mon travail, me lançant sans cesse des invitations, et s’arrangeant toujours pour se trouver sur mon chemin puisqu’elle m’épiait assez pour connaitre mon horaire.  Par deux fois je l’ai sommé d’arrêter, allant même jusqu’à m’en plaindre à la direction en leur demandant d’envoyer désormais mon collègue à chaque fois qu’elle signalerait un problème chez elle.  Un jour, dans le corridor, elle va même me dire: « Hier, je suis allé te voir mais avant de cogner j’ai écouté et j’ai entendu des gémissements.  C’est bien, de voir que tu t’occupes de ta blonde au lit! » Ce n’était pas une collègue de travail, mais ça restait du harcèlement en milieu de travail, avec une touche sexuelle qui me hérissait.

2014-2015: Je suis concierge résident dans une tour à condos de l’Île-des-Soeurs.  Dès que j’ai vu Rita, la réceptionniste de l’immeuble, et que je l’ai entendu parler, j’ai tout de suite su son genre : 40 ans, ex-belle, désespérée de se trouver un chum, au point où elle voit chaque nouveau collègue comme un potentiel. Dès le départ je lui ai parlé de long en large de ma relation de couple.  Ça m’a permis de la tenir à distance, et de la voir s’essayer sur les nouveaux à chaque fois qu’il y en a un, et leur causer du trouble dès que ça ne marche pas.  Mon statut de couple stable coulé dans le béton ne l’a cependant pas empêché, un jour où elle me racontait sa version de ses déboires avec un collègue, de me rajouter: « Dans le fond, c’est un gars exactement dans ton genre dont j’aurais besoin. »  Une façon subtile d’insister, en me passant le message comme quoi elle me veut encore malgré mon statut de couple, et qu’elle sera mienne si j’y met fin.

LA SUITE: Quelques réflexions sur ces situations.

Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (1 de 5)

Je sais bien que généralement, je préfère mettre en ligne des photos de moi où je parais le mieux. Sauf quand je veux faire une comparaison avant-après à la « Woah p’tain, regardez comment j’me suis amélioré en passant de Quasimodo à Casanova. »  Mais bon, faut dire ce qu’il en est, je suis surtout regardable lorsque je fais des efforts pour améliorer mon apparence et qu’un appareil photo me prend dans un bon angle. Parce que sinon, dans la vie de tous les jours, au naturel, et surtout au travail,  je n’ai pas de quoi faire mouiller une éponge coincée dans l’épave du Titanic.

Et pourtant, si vous saviez le nombre de fois où j’ai pu être la cible de harcèlement sexuel au travail, de 1990 à aujourd’hui.  On entend souvent parler de ce phénomène quand il s’agit d’hommes qui harcèlent les femmes, mais jamais l’inverse.  Pourtant, ça existe. Ça fait vingt-cinq ans que je le subis.

Ayant été élevé dans un environnement presque exclusivement féminin, j’ai passé toute ma jeunesse à entendre filles et femmes parler contre les travers des hommes.  De leur comportement macho, de leur violence, et surtout de leur désir sexuel qui les pousse à commettre tous les écarts.  Je les ai entendu se plaindre comme quoi ils ont les pires comportements, les pires attitudes avec les femmes, surtout en milieu de travail.  J’ai donc été éduqué de façon à ne pas agir ainsi.  Voilà pourquoi, à chaque fois que j’ai un boulot, j’agis de façon professionnelle avec mes collègues féminines, n’étant jamais rien d’autre qu’amical, agissant d’égal à égal, gardant avec elles la même distance respectueuse que je garde envers mes patrons. 

Eh bien, curieux phénomène, depuis que je suis adulte, à chaque fois que j’ai un travail dans lequel il y a 25% de femmes et plus, ce sont elles qui finissent par initier la sexualité entre nous.  Ça va de la simple remarque osée à la proposition sexuelle, de la confidence intime à la déclaration d’amour, de l’exhibition coquine passive à l’agression violente empoigne-paquet dans un coin désert.  Eh oui!  Je ne sais pas si c’est un phénomène exclusivement québécois ou bien si ça se retrouve partout, mais laissez-moi vous dire que même si ça ne s’est jamais rendu jusqu’au viol proprement dit, je sais par expérience personnelle que les femmes sont capables du même harcèlement sexuel en milieu de travail que celui que l’on essaye de nous faire croire comme étant exclusivement masculin.  Et si ça m’est arrivé aussi souvent, je ne dois tout de même pas être le seul.

Pour le moment, je vais fouiller dans ma mémoire et vous raconter la chose au meilleur de mes souvenirs et des feuilles lignées froissées et jaunies de mes archives.  Bonne chose que depuis que j’ai 11 ans, j’écris presque tout ce qui m’arrive.

Le travail: Pâtissier dans un Dunkin Donuts.
L’époque: De 1990 à 1992
Mon âge: De mes 22 à 24 ans.

Manon est une mince et jolie petite brunette malgré un nez à la Gainsbourg.  Dès les premiers jours, elle me parle et me décrit quelque peu sa vie, me disant qu’elle a un chum avec qui elle habite. 

Une semaine plus tard, elle commence à me parler de sexe en me disant: « Mon chum a envie plus souvent que moi, mais moi chus pas tellement cochonne! »

Dans les jours qui suivent, elle me parle de plus en plus souvent de sexe. 

Un mois plus tard, elle me fera des remarques sexuelles personnelles sur une base quotidienne. 

Devant mon manque de réaction, elle finit par s’interroger.  Elle me demande si je suis gai.  Je lui répond que non, mais que puisqu’elle a déjà un chum, je considère que ses provocations ne sont que des blagues. 

La semaine suivante, elle me raconte qu’elle vient de faire un ménage à trois bisexuel avec une copine et le copain de ce dernier, dans un motel, et elle me donne tellement de détails qu’elle n’en laisse aucun à mon imagination.  Tellement que cette fois, elle réussit à m’allumer.

Étant célibataire et en manque, et voyant que son statut de couple ne semble pas l’empêcher de coucher avec qui elle veut, je me risque à lui dire que si elle est sérieuse, d’accord, je veux bien.  Ou sinon, de cesser ses agaceries, parce que ça me déplait de me faire provoquer pour rien.  Elle refuse mes deux propositions, et continuera à me harceler de remarques sexuelles. Un soir, elle va même jusqu’à lever la jupe de son uniforme devant moi en écartant les jambes, et elle me nargue en disant: « C’est ça qu’tu veux, hein?  Ben tu l’auras seulement si MOI je le veux. Ha! Ha! »  Son sexe est bien sûr caché par sa petite culotte et recouvert de ses collants blancs. N’empêche!  Et j’ai eu à endurer ça jusqu’à sa démission quelques mois plus tard.

Kim: Cinq pieds deux, les yeux bleus et blonds cheveux, elle n’avait rien d’un top modèle avec son surplus de poids, ses dents croches et jaunies par des années de tabagisme, son menton fuyant et son nez dont la courbe évoque le bec d’un vautour. Elle est tout de même d’une nature joyeuse, ce qui en fait une compagne de travail agréable. Du moins, les premières semaines car un mois après ses débuts, une collègue de travail m’apprend que Kim a commencé à répandre la rumeur comme quoi je serais gai. Elle est arrivée à cette conclusion car je ne dis jamais rien à caractère sexuel à mes collègues de travail, ni directement ni en sous-entendus ni en blagues. Et puisque toutes mes collègues de travail sont des filles, ça lui semble louche que je n’en profite pas. J’avais pourtant de bonnes raisons de ne pas agir ainsi. D’abord, parce que ce n’est pas dans ma nature, et ensuite parce que je suis maintenant en couple avec une fille nommée Marie-France.

Un matin, Marie-France est venue me chercher à la fin de mon quart de travail. Kim, surprise que Marie-France existe pour vrai, nous propose d’aller déjeuner à un resto voisin.  Nous acceptons.  Au resto, Marie-France est à mes côtés tandis que Kim est assise face à moi.  Nous jasons de choses et d’autres lorsque soudain, j’ai la surprise de sentir le pied de Kim qui, sorti de sa botte d’hiver, se glisse entre mes genoux. Je referme aussitôt mes jambes. Elle répond à mon geste en poussant plus fort avec son pied. Je sens soudain les deux pattes avant de ma chaise qui lèvent de terre. J’ai le réflexe de m’ouvrir les cuisses. Les pattes de chaise retombent par terre. Je vois le sourire triomphant de Kim. Bien calée sur sa banquette fixée au mur, elle ne pouvais pas basculer sous la poussée de sa jambe, elle. Mes cuisses lui laissant maintenant le passage, Kim envoie doucement son pied plus loin, jusqu’à pouvoir me caresser l’entrejambe. Surpris de son geste et complètement désemparé, je ne sais pas trop comment réagir. Cette situation me rend franchement mal à l’aise, surtout avec ma blonde assise à côté de moi. Je voudrais que Kim cesse, mais comment pourrais-je réagir? Si je ferme les cuisses, Kim va me faire tomber à la renverse, et comme je la connais, elle va sûrement nier y être pour quelque chose. Si je recule avec ma chaise pour me mettre hors de portée de Kim, Marie-France va me demander pourquoi je me distance de la table. Si je dénonce Kim, je créé un malaise, sans compter qu’elle va probablement tout nier. Je n’ai donc pas le choix. Tout le long du repas, il me faut endurer ses attouchements malvenus en faisant semblant de rien.

Sharon était une brunette anglophone quasi-obèse qui avait un chum.  Ils habitaient tous les deux chez la mère de ce dernier. Elle était très visiblement attirée par moi, et plus le temps passait et moins les messages qu’elle me passait à ce sujet étaient subtils. Mais bon, puisque l’on était tous les deux en couple, je passais ça sous le compte de son sens de l’humour. Il est vrai que c’était une jeune femme très enjouée.

Dès qu’elle a appris ma rupture, elle me dit que, quel hasard, elle a elle-même rompu la veille. Bon, elle habitait encore avec lui chez la mère de ce dernier en attendant de se trouver un appartement, ce qui fait qu’il ne faudrait pas qu’elle soit vue publiquement avec un autre garçon pour ne pas créer de scandale. Mais sinon ouais, elle m’assure que tout est vraiment fini entre eux. Son histoire sent la bullshit à plein nez. Mais bon, pour ce que ça change. Ce n’est pas comme si elle m’attirait.

Trois jours plus tard, un soir où je travaille tandis que Sharon a congé, cette dernière entre dans la cuisine vers deux heure du matin. Apparemment, elle revient d’un des bars du quartier parce qu’elle a visiblement une bonne douzaine de verres dans le nez, en plus de s’être habillée sexy. Elle me fait des avances qui n’ont plus rien de subtil et essaye de me faire la prise du calmar en rut. Je l’évite et je fais de mon mieux pour ignorer ses avances, en lui disant que je n’ai pas vraiment le temps de lui parler parce que je vais être en retard dans ma production. Elle me suit dans l’entrepôt arrière alors que je m’en vais chercher une poche de cinquante livres de sucre à glacer pour préparer la crème pâtissière. Elle se met devant la porte et me bloque le chemin, me disant que si je veux en sortir, il va falloir lui passer sur le corps. Elle a un chum, elle ne m’attire pas, et elle est saoule. N’importe laquelle de ces raisons est suffisante pour que je refuse de faire quoi que ce soit avec elle, alors imaginez les trois ensemble. Comme je viens pour passer, elle pose sa main directement sur mon entrejambe et essaye de m’embrasser. Je la bouscule sans considérations en passant mon chemin, mon sac de cinquante livres de sucre à glacer sur l’épaule. Elle n’insiste pas. Je suppose que le lendemain elle a eu honte de son comportement parce que dans la journée elle est revenue afin de rendre son uniforme ainsi que sa démission.

Sylvie était une petite aux cheveux bruns frisés avec taches de rousseurs et une petite voix timide.  Ce qu’elle me disait, par contre, ne contenaient aucun degré de timidité.  J’avais souvent droit à des confidences sur ses préférences sexuelles, comme par exemple: « Pour moi, la journée idéale, c’est me faire baiser au matin avant le travail, puis au retour du travail avant souper, puis après souper, puis après le bain avant de dormir », ou bien « Me faire pénétrer, je trouve ça aussi délicieux en arrière qu’en avant. », ou bien des agaceries du style de « C’est dommage qu’on ne travaille pas seuls, on pourrait aller s’enfermer dans les toilettes pour une petite vite. »  Bien sûr, si je répondais positivement à ses propositions, elle trouvait toujours un truc pour nous empêcher.  Elle a été obligée d’arrêter au bout de quelques mois.  Sa grossesse devenait trop évidente pour qu’elle puisse me cacher plus longtemps la vraie raison pourquoi ce n’était que du harcèlement vide: Elle avait un chum, avec qui elle habitait depuis deux ans.  

Hélène, 21 ans, était une superbe métisse au teint cuivré et à cheveu de corbeau, ce qui est surprenant puisque les corbeaux n’ont que des plumes.  Avec elle, c’était un peu différent.  Dès le départ, elle m’a fait comprendre que je n’aurais aucune chance car elle n’en a que pour les hommes qui ont l’âge d’être son père. Ceci précisé, elle me parlait de cul sans cesse, se décrivait comme une nympho, me taquinait, m’agaçait, m’allumait.  Bon, j’avoue que ça m’allumait moins lorsqu’elle me racontait que l’été précédent, alors qu’elle travaillait avec une équipe de rénovation, elle s’était tapée un collègue de 40 ans dans un appartement vide sur lequel ils travaillaient.  Puisque j’avais 23 ans, j’étais dégoûté à l’idée d’un gars dans la quarantaine qui se fait une fille 20 ans plus jeune.  (Je changerai d’idée en atteignant moi-même la quarantaine, étrangement.) 

Ensuite, il y a eu Isabelle l’infidèle, dont j’ai déjà parlé dans ce billet Elle aussi avait un chum, elle aussi habitait avec lui, et elle aussi ne cessait de me draguer.

Christine ressemblait à une jeune Brigitte Nielsen.  Elle m’invite, après notre quart de travail nocturne, à aller déjeuner à un resto du quartier, car elle a quelque chose d’assez important à me dire. Je trouve ça un peu étrange car nous n’avons jamais été autre chose que camarades de travail, mais bon, j’accepte.  Au resto, elle m’explique qu’elle est célibataire depuis trop longtemps à son goût, elle insiste comme quoi elle ne veut surtout pas de relation de couple stable, mais qu’elle a des manques du côté sexuel, et qu’elle n’est pas du genre à avoir des histoires d’un soir ni de coucher avec n’importe qui.  Voilà pourquoi elle me propose une relation de simple collègues de travail devant tout le monde, mais en privé on serait amants.  Je ne m’attendais certainement pas à ça.

Et tout ça durant les deux ans où j’ai travaillé à cet endroit.  De la part de minces comme de grosses, de petites comme de grandes, de belles comme de laides, de célibataires comme en couple.  Et ce n’est pas parce que j’étais exceptionnellement beau ou athlétique.  Bien au contraire. Voici une photo de moi datant d’avril 1991, pendant cette période. 
Remarquez que ce n’est pas non plus comme si toutes les femmes qui subissent le harcèlement sexuel ou même le viol étaient des top-modèles. 

Ces sept filles représentaient, au meilleur de mes souvenirs, le tiers ou le quart de celles avec qui j’ai travaillé durant cette période.  Et  ceci n’était qu’à mon premier travail.  

À SUBIR

Les femmes et le harcèlement dans la rue: J’ÉTAIS DANS L’ERREUR!

Il y a presque deux ans, j’ai écrit un billet de blog qui a été très mal reçu par certaines lectrices européennes: Lire en public = « Harcelez-moi! » . Dans celui-ci, je cite le billet d’une blogueuse américaine qui se plaint d’être victime de harcèlement lorsqu’elle utilise les transports en commun.   Et elle l’est quotidiennement, une, deux, et même trois fois par jour.  Ce qui démontre bien que les hommes sont majoritairement des néandertaliens attardés machos et harceleur.  Le fait qu’elle se fasse aussi souvent aborder contre son gré le prouve. Tant qu’il y aura des hommes en liberté, une femme ne sera en sécurité nulle part.

À ceci, j’ai émis le doute suivant:  Si c’était vraiment le cas, ça arriverait à toutes les femmes, pas seulement à elle, non?  Je veux dire, la majorité de mes amis sont des femmes, elles prennent les transports en commun quotidiennement, et là-dessus il y en a peut-être deux ou trois qui ont déjà été la cible d’un freak dans le métro ou dans le bus.  Et il y avait généralement plusieurs mois, voire plusieurs années d’écart entre chacun de ces incidents.  Jamais je n’ai entendu l’une d’elle dire que ça lui arrivait aussi souvent qu’à cette blogueuse.

Tout le long de son billet, cette femme décrit le fait qu’elle n’arrive pas à avoir la paix, malgré le fait qu’elle se replie sur elle-même, le nez dans un livre.  Bien que je sois un homme, j’ai été moi-même plusieurs fois été dérangé en public par des gens qui voulaient me faire de la conversation.  Or, les seules fois où ça m’est arrivé, c’était lorsque j’essayais de lire.  J’en suis donc arrivé à la conclusion logique et pertinente que c’est le fait de lire en public qui attire une certaine catégorie de gens à venir nous harceler.  Donc, qu’en essayant de fuir un problème, elle le créé elle-même.  Conclusion: Si elle veut arrêter de se faire harceler, elle doit cesser de lire en public.

Cette conclusion m’a valu, dans la section des commentaires d’un autre de mes billets, de la haine, des insultes, et même de me faire souhaiter de me retrouver en prison dans le but de me faire copieusement sodomiser.  Tout ça parce que j’ai commis le crime de donner, aux femmes qui se font harceler en public, un truc capable de diminuer le nombre de fois où elles se font harceler en public. 

Le problème, c’est qu’en tant que montréalais, je ne peux voir ce qui se passe qu’à Montréal.  Il a fallu que la BD-blogueuse européenne Mirion Malle vienne à Montréal et illustre les points forts de son séjour pour que je comprenne où se situait la faille dans mon raisonnement:

Les québécois respectent la femme beaucoup plus que le font les européens et les américains.  Par conséquent, oui, mes conclusions sont bonnes, et mon truc pour éviter (ou du moins diminuer) le harcèlement public fonctionne…  Mais il ne fonctionne qu’au Québec seulement.  Parce que la réalité de la femme au Québec, c’est autre chose que la réalité des femmes ailleurs sur la planète.

Il faut dire que nous, on a eu droit à La Révolution Féministe de 1993-2003.  C’est probablement ce qui fait toute la différence.

Bref, mea culpa pour mon ignorance culturelle géographique qui fait que j’avais tort à grande échelle.

La conflictuodépendance : La logique derrière l’illogisme.

Comme je l’ai déjà écrit, une personne manifeste sa personnalité  conflictuodépendante lorsqu’elle cherche querelle à autrui en passant à travers les dix étapes successives que voici:

ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant. 

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste. 

ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.

Et voilà qu’arrive le sujet du billet d’aujourd’hui :

ÉTAPE 5, et celui-ci est non seulement le plus illogique de tous, c’est à partir de ce point que l’on voit qu’il s’agit de conflictuodépendance et non d’une simple querelle banale: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.

Et en effet, avouez que c’est très illogique. S’il est important pour quelqu’un de descendre les autres plus bas que soi, pourquoi essayer le faire en se tirant dans le pied de cette façon?   Je veux dire, prenez les exemples que j’ai déjà donné dans les billets précédents :

  • Mon père. S’il avait vraiment voulu me descendre, ce n’était pas les arguments qui manquaient. Par exemple, il aurait pu m’engueuler sur le fait que je méprisais le travail physique. Il aurait pu m’accuser d’être un snob qui se croit bien meilleurs que lui.  Un ingrat, alors qu’il me fournit gite et couvert. Ça aurait eu le mérite d’être vrai. Mais non, il choisit plutôt de m’accuser mensongèrement d’être un BS, ce qui est faux dans mon cas, et vrai dans le sien. Et il le fait avec mépris.
  • Pareil pour Geneviève. Elle aurait pu me faire des remarques sur le désordre dans ma chambre, ou du fait que je ne nettoyais jamais la salle de bain après utilisation. Ça aurait eu le mérite d’être vrai. Mais non, elle choisit plutôt de m’accuser mensongèrement d’avoir besoin de soins psychiatriques, ce qui est faux dans mon cas, et vrai dans le sien. Et elle le fait avec mépris.
  • Tamara? Je ne sais pas de quoi elle aurait pu m’accuser car c’était notre première rencontre, elle ne pouvait pas connaître mes travers. N’empêche qu’elle a choisi de m’accuser mensongèrement d’avoir l’esprit fermé envers ceux dont les préférences sexuelles sont différentes des miennes, ce qui est faux dans mon cas, et vrai dans le sien. Et elle l’a fait avec mépris.

Attaquer l’autre sur un défaut qu’ils ont eux-mêmes, ce n’est que la première moitié de l’illogisme de ce comportement. La seconde moitié, c’est leur choix de victime. Car en effet…

  • Si mon père ressentait le besoin de mépriser les BS, pourquoi a t-il choisi de s’attaquer à quelqu’un qui ne l’était pas?
  • Si Geneviève ressentait le besoin de mépriser ceux qui ont besoin de soins psychiatriques, pourquoi a t-elle choisi de s’attaquer à quelqu’un qui avait toujours été sain d’esprit?
  • Si Tamara ressentait le besoin de mépriser les gens qui ont l’esprit fermé, pourquoi a t-elle choisi de s’attaquer à quelqu’un qui avait l’esprit ouvert?

Admettons que mon père s’était attaqué à un BS en le traitant de BS. Le plus qu’il risquait, c’est de se faire répondre : « Heille, t’es su’l’BS toé aussi, fa que t’es pas mieux que moi! » Par sa réponse, mon père entendrait « Toi et moi, sommes à égalité! » Par contre, s’il s’attaque à un travailleur en le traitant de BS, il est évident que ce dernier, piqué au vif par par cette accusation injuste parce que fausse, va immédiatement vouloir lui remettre les pendules à l’heure. Il va donc répliquer : « Non! Je travaille, MOI! Le BS, c’est TOI. » Et ça, aux oreilles de mon père, ça se traduit par : « Je vaux mieux que toi! »  Et c’est ÇA que le conflictuodépendant veut entendre de la part de sa cible.

ÉTAPE 6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.

Car oui, ce point faible est si honteux qu’il lui cause de terribles complexes.

  • Mon père a du mal à assumer d’être sur le BS. La preuve: C’est avec mépris qu’il lance des accusations à ce sujet.
  • Geneviève a du mal à assumer d’avoir besoin de soins psychiatriques.  La preuve: C’est avec mépris qu’elle lance des accusations à ce sujet.
  • Tamara a du mal à assumer d’être, à ses propres yeux, une salope.  Elle n’a donc pas l’esprit aussi ouvert qu’elle voudrait (se) le faire croire.  La preuve: C’est avec mépris qu’elle lance des accusations à ce sujet.

Où est la logique de chercher à se faire contre-attaquer sur un défaut que l’on a par quelqu’un qui ne l’a pas, surtout si ce défaut nous donne des complexes? Parce que s’il est impossible de fuir le sentiment de mépris lorsqu’il vient de soi-même, il est beaucoup plus facile de l’ignorer si ça vient de quelqu’un d’autre.  Surtout si on arrive à se convaincre soi-même que l’autre a des motivations cachées pour agir ainsi.

Et voilà pourquoi le conflictuodépendant a d’abord passé par l’ÉTAPE 4:  Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.  Parce qu’en combinant l’étape 4 avec la 5 (Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux) et la 6 (manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux), ça lui permet de faire ceci:

  • Mon père sous-entend que mon âge fait de moi un je-sais-tout qui croit détenir la vérité absolue: « Christ d’enfants de cul de tabarnak, il faut toujours qu’ils aillent raison, hostie. » Ainsi, ce n’est plus sa conscience qui le méprise parce qu’il est sur le BS.  C’est moi!  Et moi, il peut prétendre que si je l’attaque là-dessus, c’est à cause que je suis un p’tit christ de jeune qui pense qu’il a tout le temps raison.
  • Geneviève sous entend que je suis misogyne, avec: « Tu l’sais-tu c’est quoi ton vrai problème, toé? C’est que ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! » Elle sous-entend que je suis immature avec « Ayoye! Préférer déchirer pis flusher la lettre plutôt que de me laisser la voir. Hostie que t’es bébé, man. C’est vraiment pas la maturité qui t’étouffe. »  Enfin, elle sous-entend que je suis cruel et que j’aime rabaisser les autres, avec: « Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  […]  C’est drôle, hein? C’est drôle de niaiser une fille sur la période où elle n’a jamais été aussi bas de toute sa vie? Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? » Ainsi, ce n’est plus sa conscience qui la méprise parce qu’elle a des troubles psychiatriques.  C’est moi!  Et moi, elle peut prétendre que si je l’attaque là-dessus, c’est à cause que je suis un misogyne, un immature, un chien sale qui aime rabaisser les autres et les frapper pendant qu’ils sont par terre.
  • Et Tamara sous-entend que je la juge et que je la traite de salope.  C’est du moins ce que m’a rapporté mon amante Julie en me disant: « C’est parce que pour elle, le fait que tu lui ais dit que t’étais straight, sans vouloir essayer autre chose, c’est comme si tu lui disais que c’t’une salope d’être bi. » Ainsi, ce n’est plus sa conscience qui la méprise parce qu’elle couche avec n’importe qui.  C’est moi!  Et moi, elle peut prétendre que si je l’attaque là-dessus, c’est à cause que je suis un jugemental a l’esprit fermé qui la traite de salope.

Tant et aussi longtemps que c’était sa propre conscience qui le méprisait pour ce point honteux, le conflictuodépendant ne pouvait pas fuir ce complexe.  Mais là, en remplaçant sa conscience par un bouc émissaire extérieur, et en lui prêtant des intentions malveillantes,  il change cette réalité insupportable contre une qu’ils peut plus facilement assumer.  Et ceci, inconsciemment, était le but véritable du conflictuodépendant. Ce but étant atteint, ils vont à:

ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.

La preuve comme quoi son but était de faire semblant que son complexe est causé par une personne malveillante et non sa propre conscience: À partir du moment où il a atteint ce but, il perd brusquement intérêt au conflit, alors que jusque là il insistait non-stop pour le prolonger .  Il passe donc à:

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé.

Et il le fait à toute vitesse, car il ne faut surtout pas laisser à l’autre le temps de lui remettre la vérité en face. C’est ce qu’a fait…:

  • Mon père, qui quitte la pièce et la maison en gueulant, m’interrompant alors que je lui disais ses quatre vérités.
  • Geneviève, qui part s’enfermer dans sa chambre et hurle pour s’assurer qu’elle ne puisse plus m’entendre répliquer.
  • Tamara, qui met la musique à tue-tête dans l’auto, empêchant la conversation de continuer.

Il ne leur reste plus qu’à s’assurer que l’autre ne contamine pas leurs amis communs avec la vérité sur leur conflit. D’où:

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.

Dans ce but, la personne conflictuodépendante se montrera soudain très amicale, gentille, complice et proche avec leurs amis communs.  Elle ne manquera pas de glisser à chacun, au détour de conversations, les conclusions qu’elle a si sophistement créées à l’étape 4, comme quoi la raison du conflit est que l’autre est un prétentieux, un misogyne, un être louche au comportement narcissique, un salaud qui aime rabaisser les autres, etc. Bref, n’importe quoi sauf reconnaître son propre comportement de merde, et encore moins reconnaître qu’il est causé par ses propres complexes.  L’important, c’est de convaincre les gens que l’autre est une personne tellement méprisable que toute opinion de sa part ne devrait avoir aucune valeur.

ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Normal: L’autre est celui qui connait la vérité à son sujet.  Il faut donc l’éliminer car il en sait trop, ou du moins l’amener à prendre sur soi tous les torts en relation avec cette querelle.

Mais bon, comme tous ceux qui ont un problème de comportement, la personne conflictuodépendante ne peut s’empêcher d’être ce qu’elle est.  Tôt ou tard, elle recommencera à chercher querelle à son entourage, en commençant généralement (et illogiquement) par ceux à qui elle s’est plaint le plus de son conflit précédent.

Autrement dit, même si vous ne vous débarrassez pas de cette personne toxique parce que vous êtes patient et compréhensif, sa dépendance aux conflits l’obligera éventuellement à prendre ses distances avec vous.  Et elle le fera en vous faisant porter la responsabilité pour le conflit qu’elle ira elle-même mettre entre vous.  Malheureusement, ne croyez pas qu’elle va lâcher le morceau contre vous.  Elle est parfaitement capable de tenter de vous salir publiquement pendant les 5, 10, 20, 30 années à venir.

9 leçons de vie (tristement réalistes) que l’on retrouve dans le dessin animé Daisy Town

Je ne sais pas si c’est le cas en Europe, mais ici, au Québec, lorsque revient le temps des fêtes, la télé nous présente quelques dessins animés classiques tels Astérix le Gaulois, Astérix et Cléopâtre, Les 12 Travaux d’Astérix, ainsi que des aventures de Lucky Luke telles La Ballade des Dalton et Daisy Town. Avec les années, d’autres dessins animés de ces deux séries se sont ajoutées à la programmation. Mais pour aussi loin que je me souviens, et j’ai tout de même 46 ans, ces cinq-là ont toujours fait partie de cette tradition. Et puisque c’est une tradition, je les regarde sans faute à chaque année.

Or, en prenant de l’âge, notre perception change. Ces films que je regardais hier avec des yeux d’enfant, je les vois aujourd’hui avec des yeux d’adulte. Ça m’a permis de constater que Daisy Town contient les neuf leçons de vie suivantes:

LEÇON 1: L’intimidation et le terrorisme, ça fonctionne.
Depuis tout récemment, on peut enfin voir en version non-censurée le speech final de l’épisode 201 de South Park, sorti en 2010, dans lequel Kyle nous dit exactement çaIl ne nous apprend cependant rien puisque, presque quarante ans plus tôt, c’est ce que nous montrent les citoyens de Daisy Town face à la menace que constituent les Dalton.

LEÇON 2: La lâcheté des gens est telle qu’ils préfèrent protéger les malfaiteurs plutôt que d’aider la justice.
C’est ce que fait la population de Daisy Town en étalant généreusement les sophismes. 

D’abord ils rendent positifs les gestes négatifs des Dalton, appelant ça du progrès.  Et ensuite, ils rendent négatifs les gestes positifs de Lucky Luke, appelant ça une entrave au progrès.

LEÇON 3: On ne peut pas aider une victime consentante.
Les citoyens de Daisy Town commencent par demander à Lucky Luke de les aider car ils n’en peuvent plus de vivre sous la menace de la racaille.  Mais dès qu’il cherche à s’attaquer à la racaille qui les menace, ce qui est pourtant ce qu’ils lui ont demandé de faire, ils changent d’avis et essayent de l’en dissuader.   Ce thème avait déjà été abordé deux ans plus tôt dans l’album Jesse James, en remplaçant Daisy Town par Nothing Gulch, et les frères Dalton par les cousins James.  Et tout comme dans cet album, Lucky Luke se trouve écoeuré par tant de couardise.  De toute façon, puisqu’il est  impossible de se battre à la fois contre les agresseurs et les agressés, il ne lui restait plus qu’une seule option:

LEÇON 4: Il faut diviser pour régner.
C’est ce que font les Dalton: Par la terreur, ils divisent Lucky Luke des citoyens de Daisy Town, ce qui leur permet de régner sur la ville.  Plus tard, Lucky Luke prend sa revanche en profitant de la naïveté d’Averell en lui montant la tête contre ses frères, les divisant, ce qui lui permet d’en venir à bout.

LEÇON 5: Les bons ne valent pas toujours mieux que les méchants, même qu’ils sont parfois moins honnêtes.
Vers la fin, réalisant qu’il ne pourra pas arrêter la civilisation des hommes blancs, le chef indien leur propose un arrangement en échange de l’occupation de ses terres:

Lucky Luke, qui semble se prendre pour le porte-parole de la civilisation blanche, accepte au nom de sa race.  La paix est rétablie.  Happy end?  Pas pour les indiens, en tout cas.  On n’a qu’à ouvrir n’importe quel bouquin sur l’histoire du Far West pour voir que la réalité sur l’avenir des indiens d’Amérique, c’est plutôt Joe Dalton qui la leur donne honnêtement.

LEÇON 6: Dès qu’il est question d’argent, la loyauté fout le camp.
Quelle récompense reçoivent les Dalton de la part des indiens après avoir prévenus ceux-ci contre les méfaits futurs de l’homme blanc envers leur peuple?  Une seule chose: La trahison! 

Et alors qu’ils ont passé les premiers 9/10e du film à fonder et défendre Daisy Town, à être fiers de leur ville, comme le démontre le maire qui nous sert ce discours deux fois de suite

Il suffit qu’un vieux gâteux vienne annoncer:

.. pour que tout le monde abandonne la ville pour l’or. Et malgré son beau discours, le maire n’est pas le dernier à le faire. Au contraire, il est le tout premier.

LEÇON 7: Sois là pour les gens qui sont dans le besoin, ces gens t’abandonneront lorsque tout ira bien.
En effet, dès que la richesse arrive, tout le monde s’en va et abandonne Lucky Luke sans hésitation ni la moindre petite pensée pour lui qui a tant fait pour eux.

Cette réaction a beau être injuste, elle n’en est pas moins normale.  Car comme je l’expliquais déjà il y a quatre ans dans La malédiction du bon gars gentil et sauveteur, aux yeux des citoyens, consciemment ou non, Lucky Luke représente ce qu’il y a de pire en eux, car sa présence est étroitement reliée à … :

  • Leur faiblesse, en demandant son aide.
  • Leur lâcheté, en se retournant contre lui par peur des Dalton.
  • Leur hypocrisie, en agissant comme si le problème était Luke et non les Dalton.
  • Leur cupidité, en abandonnant tout, 0.4 secondes après avoir appris qu’il y avait de l’or dans les collines.
  • Leur manque de loyauté, en abandonnant Daisy Town, pourtant supposée si chère à leurs yeux

Inviter Luke à profiter de leur nouvelle fortune, ça leur rappellerait, à chaque fois qu’ils le verraient, à quel point ils sont faibles, lâches, hypocrites, cupides et déloyaux.  Il était alors beaucoup plus facile pour eux de le fuir, plutôt que de faire face à leurs propres travers. 

LEÇON 8: Aider les gens qui ne sont pas capables de se sortir de leurs problèmes par eux-mêmes, c’est une perte de temps.
Après que Lucky Luke ait consacré son temps et ses énergies à faire de Daisy Town un endroit où il fait bon vivre, les citoyens abandonnent la place, la laissant tomber en ruine.
Et le plus choquant, c’est que celui qui a fait le plus d’efforts pour sauver cette ville, et ce pour absolument rien, c’est celui qui était le moins concerné, puisqu’il n’y habitait même pas.  Ce qui démontre que dans le fond, les citoyens n’en avaient rien à chier de leur ville.  Sinon, ils auraient fait l’effort de régler leur problèmes eux-mêmes, au lieu de refiler cette tâche à un étranger de passage.

LEÇON 9: Plus une personne se démène gratuitement pour autrui, moins il reçoit de respect de leur part.
Si tu n’accordes aucune valeur à tes services, les gens considéreront que tes services ne valent rien.  Pas surprenant qu’ils ont tenté de lui faire obstacle au début, et qu’ils l’ont abandonné à la fin.  Il ne faut pas s’étonner après ça si ce cowboy se retrouve toujours aussi poor que lonesome à la fin de ses aventures.

Daisy Town, ce n’est pas seulement un dessin animé destiné à amuser les enfants. C’est un regard impitoyable sur la vie, sur les gens, et sur la société.  Et si ce regard n’en voit rien de bon, c’est hélas parce qu’il n’est que trop réaliste. 

La Conflictuodépendance: Barcelone, 1964.

Tout d’abord, voici une image de profil de l’acteur français Alain Delon, tirée de l’un des films qui en fit l’idole des foules en Europe  dans les années 60.

Le rapport?  Cette BD que je vous ai promis il y a quelques temps.   Elle est tirée de l’album autobiographique Les Professionnels de Carlos Gimenez, dans lequel il décrit un ex-collègue de travail qui a exactement le profil-type d’un conflictuodépendant.  Ça se passe à Barcelone, vers 1964, dans les bureaux d’un magazine de bandes dessinées.















Dans cette histoire, Cervantés passe à travers les 10 étapes, déjà décrites dans ce billet, qui démontrent sa conflictuodépendance: 

ÉTAPE 1: Cherche querelle à une personne calme et sans histoire.  Pablito cherche juste à travailler en paix.  Le fait que Cervantés le provoque dans la joie et non la haine, comme c’est souvent le cas avec les conflictuodépendants, ne change rien au fait qu’à la base, son but est d’écraser l’autre, de prouver être son supérieur.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant. Ici, c’est la beauté, les fléchettes…

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.  Il est en effet très insistant: Beauté, grandeur, fléchettes, flipper et bras de fer.

ÉTAPE  4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre. Comme quand il lui dit: « T’as peur, hein?  Tu sais que je suis bien plus fort que toi. », au lieu de simplement reconnaître que Pablito veut juste travailler en paix.

ÉTAPE  5: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.  Dans ce cas-ci, son professionnalisme.

ÉTAPE  6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.  En effet, Pablito force Cervantés à reconnaître qu’il n’est pas si professionnel qu’il le prétend.

ÉTAPE  7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.  Ici, il ne se plaint pas verbalement.  Mais son air de chien battu passe le message très bien à leurs collègues dans le studio.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé. Cervantés quitte la pièce.

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre. Deux fois.  Au début, lorsqu’il demande à leur collègue Adolfo de trancher sur qui est le plus beau.  Adolpho refuse de s’en mêler.  Alors il le fait une seconde fois, passivement, avec son air triste.  Là ça réussit, ce qui pousse Adolfo à dire à Pablito qu’il n’aurait pas dû.  Mieux encore, cette fois, Adolfo convainc Pablito à être d’accord comme quoi Cervantés est le plus beau, sujet sur lequel il avait d’abord refusé de trancher.

ÉTAPE  10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.  Pablito se sent coupable, en effet.  Et alors qu’il vient faire la paix en lui offrant une cigarette, Cervantés le punit en recommençant à le rabaisser, cette fois-ci sur leurs choix de tabacs.

Les seuls moments où Cervantés n’a pas l’air déprimé,  c’est lorsqu’il tente de rabaisser Pablito.  Ce qui démontre non seulement qu’il s’agit d’une personne qui souffre d’une basse estime de soi, son bien-être dépend des conflits, ce qui en fait un conflictuodépendant.  Puisque l’histoire se passe en Espagne dans les années 60, ça prouve que ce genre de comportement, et la personnalité qui vient avec, est universel et intemporel.  

Je dois admettre que d’essayer de lui faire accroire qu’il ressemblait à Alain Delon de profil était un coup de génie.  D’abord, parce qu’il lui serait difficile de se voir de profil dans le miroir.  Ainsi, il est obligé de croire les autres sur parole. Ensuite, parce que grâce à cette prétendue ressemblance, son Ego est gonflé en permanence.  Il n’a donc plus besoin d’emmerder ses collègues en essayant de les  rabaisser plus bas que lui.  Ce qui en revient à dire que si vous avez un conflictuodépendant dans votre entourage, le seul moyen de vous éviter ses tentatives de vous rabaisser, c’est de le complimenter faussement sur un sujet qui lui tient à coeur. 

Ironiquement, il est fort possible que Cervantés était vraiment supérieur à Pablito en beauté, grandeur, fléchettes, flipper et bras de fer. C’est juste que son insistance à aller chercher l’autre pour le rabaisser sur ces points, ça fait de lui une personne désagréable.  Personnellement, avoir été à la place de Pablito, non seulement je n’aurais jamais essayé de faire la paix avec un tel enfoiré, je n’aurais eu aucun remord à le laisser misérable, en le forçant à regarder ses travers en face.  Mais bon, quand il s’agit de quelqu’un que l’on est obligé de revoir sur une base presque quotidienne (collègue de travail, voisin, famille, colocataire), je peux comprendre que laisser ses illusions à un tel déficient social, c’est un faible prix à payer pour ne pas pourrir l’ambiance.

Ah, en passant…

C’est lui, Fernandel.

Faut avouer qu’il y avait ressemblance, en effet.  Plus qu’avec Delon en tout cas.