La Conflictuodépendance: Le réflexe compensatoire

Comme j’en ai déjà parlé dans le billet Les Raisons de la Colère, la fonction de base du cerveau est de produire l’instinct de survie. Ce n’est pas exclusif à l’être humain. Tous les animaux l’ont: Le lion qui court après la gazelle afin de manger.  La gazelle qui fuit pour ne pas l’être.  Le chaton naissant qui, malgré un cerveau totalement vierge d’expérience de vie, sait qu’il lui faut trouver la mamelle et téter   Chez l’être humain moderne, la civilisation s’occupe déjà de nous fournir tout ce dont on a besoin pour la survie de base, et ce dès la naissance : Nourriture, chaleur, logis. Ainsi, une personne peut passer sa vie entière sans que son instinct de survie ne soit sollicité. Or, sollicité ou non, cet instinct fait partie de nous. Et puisque nous n’en avons pas besoin pour survivre au niveau physique, il se manifeste alors au niveau psychologique.

Tout le monde connait le principe de la survie du plus fort. À notre époque, la survie a été remplacée par un autre concept: Le succès.  C’est sur cette base que l’on jauge la force ou la faiblesse de l’individu.  La preuve, c’est que depuis les trente dernières années, il n’est pire tare sociale que d’être étiqueté comme étant un perdant, un loser.  Pour cette raison, ce qualificatif est devenu l’insulte de choix pour rabaisser les autres.  C’est ainsi que la peur du loserisme porte certaines personnes à vivre sous la crainte des conséquences de leurs propres faiblesses.  C’est ce que l’on appelle le sentiment d’infériorité. Et puisque c’est pour eux un sentiment trop difficile à assumer, leur instinct de survie se manifeste sous une forme que j’ai nommé le réflexe compensatoire.  C’est quelque chose que le psychothérapeute Alfred Adler, père de la psychologie individuelle, avait déjà découvert.  Mais lui, il l’a tout simplement appelée la compensation.

Les hommes de cinéma Arnold Schwarzenegger et Woody Allen sont deux excellents exemples de ce phénomène. Arnold, était un adolescent chétif.  Il a compensé en devenant, à une époque, l’homme au physique le mieux développé de l’univers.  Woody y est allé autrement.  Petit, moche, maigre, faible, n’ayant rien pour séduire selon les standards de beauté, il a passé sa vie à compenser de trois façons.  La première, en se mettant en scène dans des comédies où ses carences physiques l’amènent à vivre toutes sortes de déboires qui ont pour but de lui gagner la sympathie du public, donc d’être aimé malgré son apparence.  La seconde, en se mettant en scène dans des films où il finit au lit avec une ou plusieurs belles jeunes filles.  Et dans les deux cas, il ne manque pas de passer le message comme quoi il est un excellent baiseur, ce qui est le réflexe compensatoire classique de l’homme complexé.  La troisième façon, c’est dans la vraie vie, en ayant des relations avec le genre de femmes que l’homme moyen considèrerait hors d’atteinte, comme les actrices Diane Keaton et Mia Farrow.  Dans cette optique, son ultime tour de force compensatoire fut de séduire, à 56 ans, une jeunette de 19,  Soon-Yi Previn, qui est aujourd’hui son épouse.

Le réflexe compensatoire pour une basse estime de soi est également à la base de la personnalité conflictuodépendante.

D’abord, petit rappel. Une personne conflictuodépendante manifeste cette personnalité lorsqu’elle passe à travers les dix étapes suivantes:

  • ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
  • ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
  • ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.
  • ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.
  • ÉTAPE 5: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.
  • ÉTAPE 6: Manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.
  • ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.
  • ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé.
  • ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.
  • ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Et pourquoi cette personne entre-t-elle dans l’étape 1 pour commencer?  C’est le sujet de ce billet.

Lorsque l’on souffre d’un complexe d’infériorité, notre réflexe compensatoire consiste à convaincre les autres, à commencer par se convaincre soi-même, que l’on est au contraire leur supérieur.  Tout dépendant de la façon dont on s’y prend pour atteindre ce but, on peut être classés dans l’un de ces trois différents types:

  1. Le complexé de type 1:  Il reconnait qu’il est inférieur.  Il accepte le fait qu’il doit mettre de l’effort pour devenir supérieur.  Il y travaille sérieusement. Il réussit.  Exemple: Arnold Schwarzenegger qui a passé d’adolescent chétif à Monsieur Univers.
  2. Le complexé de type 2: Il reconnait son infériorité mais refuse de la laisser l’arrêter. Il veut avoir les mêmes avantages que ceux qui lui sont supérieurs, mais sans y mettre les mêmes efforts.  Il trouve donc des moyens détournés pour y arriver. Exemple: Woody Allen qui a obtenu pouvoir de séduction, non par son physique mais via notoriété cinématographique.
  3. Le complexé de type 3: Refuse d’accepter son complexe d’infériorité, ou bien ne possède pas la force morale pour être capable de reconnaitre en avoir un.  Compense en se prétendant supérieur.  A besoin de se le prouver pour se rassurer.  Tente sans cesse de descendre les autres plus bas que lui, histoire d’être leur supérieur par défaut.  Exemple: Les conflictuodépendants.

Pour le complexé de type 3, le sentiment de supériorité est un réflexe de survie.  Voilà pourquoi son bien-être moral et mental dépend du conflit car il n’y a que ça qui puisse lui donner l’opportunité de se prouver supérieur sur une autre personne.  Dans l’ouvrage Relation of threatened egotism to violence and aggression: the dark side of high self-esteem, les auteurs décrivent la chose en ces termes (que je traduis): L’individu qui souffre de mauvaise estime de soi va avoir le réflexe de vouloir démarrer des conflits dans des situations où il croit pouvoir triompher.   Un peu plus loin, on explique le choix de sa cible en ces mots: S’en prendre à une cible puissante demanderait une grande confiance en soi.  Mais lorsque la cible est faible, les chances de succès lui semblent meilleures.  […]  Ainsi, c’est celle-ci qu’il ira attaquer.  Non pas parce que la faible estime de soi cause la violence, mais bien parce qu’elle les pousse à se chercher le genre de victime qui lui semble peu portée à se défendre.

Facebook étant le terrain de choix dans lequel les conflictuodépendants se manifestent, c’est de là que viennent les exemples qui vont suivre.  Bien que ceux-ci soient fictifs, incluant les noms et photos, ils se basent sur des faits bien réels. Voici donc l’exemple d’une complexée de type 3 qui applique ici les étapes 1 (initie le conflit avec une personne calme sans histoires) et 2 (sur un sujet anodin) :

Son statut d’adulte et son titre et de matante lui donne naturellement un sentiment  d’autorité sur le jeune homme.  Et le statut de neveu de ce dernier l’oblige à garder envers elle un certain respect.  Pour toutes ces raisons, il est donc pour elle, tel que cité plus haut, le genre de victime qui lui semble peu portée à se défendre. Voilà pourquoi elle l’a instinctivement choisi.

Il aurait pu s’agir d’une simple boutade entre membres d’une même famille, une plaisanterie entre gens proches.  Alors qu’est-ce qui  permet d’affirmer que c’est plutôt un cas de conflictuodépendante qui rabaisse les autres pour se sentir supérieure afin de compenser pour un sentiment de basse estime de soi?  Simple: Le fait qu’elle en a pris une capture d’écran afin de montrer fièrement la chose à ses amis.

Agir ainsi, c’est chercher l’approbation des autres.  C’est désirer recevoir la confirmation comme quoi elle a raison. Bref, c’est avoir besoin d’être rassurée comme quoi elle est dans son droit de se croire supérieure.  Malheureusement, lorsque notre complexe d’infériorité nous pousse à sauter sur chaque opportunité de prouver le contraire, on ne prend pas toujours la peine de vérifier la pertinence de nos arguments.  La preuve, c’est que l’argument de Maryse repose sur deux points qui ne tiennent pas la route.  Le premier est erroné, car la citation bouddhiste ne parle pas de simplicité volontaire,  Elle dit d’accepter le fait que certaines choses ne nous sont pas destinées.  Par exemple, l’amour d’une personne qui nous intéresse sans que ce soit réciproque.  Et son second point est illogique, car elle compare une chose qui ne lui serait pas destinée avec un iPhone qu’il possède.

J’ai songé à lui pointer ces deux failles dans son raisonnement.  Mais sachant à quel point elle était susceptible, j’ai plutôt choisi de lui répondre un commentaire neutre, qui ne faisait que de décrire ce qu’elle venait de faire.

… Ce qui l’a quand même mise en colère.

Là encore, j’aurais pu lui pointer les deux erreurs qu’elle faisait à comparer ses commentaires à mes billets de blog.  Mes lecteurs savent le genre de textes qu’ils vont trouver ici, alors ils me visitent volontairement, en toute connaissance de cause.  Tandis qu’elle, elle va envahir le mur Facebook des autres pour leur rentrer ses opinions négatives de force dans la gorge en public.  Et lorsque j’expose des captures d’écran, je change le nom et les photos, chose qu’elle n’avait pas fait en distribuant sa capture d’écran originale.  Mais là encore j’ai préféré m’abstenir de le lui dire.  Parce que soyons francs, pour écrire ce qu’elle a répondu à mon commentaire qui était pourtant objectif, il faut être extrêmement susceptible. 

Et justement, Alfred Adler voit dans l’extrême susceptibilité le signe révélateur d’un sentiment d’infériorité, en ce qu’elle surgit chaque fois que la personne a le vague sentiment qu’on a mis le doigt sur le défaut de sa cuirasse On ne peut pas nier que c’est exactement ce qui s’est passé ici. Cette théorie se retrouve également dans l’ouvrage The dark side of high self-esteem: Ces gens deviennent agressifs lorsqu’ils reçoivent des commentaires qui vont à l’encontre de l’image favorable qu’ils ont d’eux-mêmes.  Bref, ils deviennent frustrés dès que l’on insinue qu’ils ne sont peut-être pas aussi supérieurs qu’ils le prétendent

Ce comportement est également décrit ici en ces termes:  La peur de se trouver en état d’infériorité vis-à-vis d’autrui s’est ainsi enracinée dans le cœur des hommes et a créé le sentiment de l’amour-propre (autre nom de l’orgueil). Une offense à l’amour-propre se traduit quelquefois par la pâleur, le plus souvent par la rougeur émotive (honte dans le cas d’acceptation de l’infériorité, colère dans le cas de révolte).  […] Conserver la face vis-à-vis de l’opinion publique est donc le fondement de l’amour-propre et, par conséquent, le fondement de la morale.

Ce qui en revient à ce que je disais dans mon billet Les Raisons de la Colère: Celui que l’on empêche d’agir selon son instinct de survie réagit avec violence.  Puisque c’est son instinct de survie morale qui l’a poussé à tenter de démontrer publiquement son neveu inférieur à elle, la contrarier sur ce point, ou même refuser de prendre son parti par désir de rester neutre, ce fut instinctivement pris comme étant une menace pour sa survie. D’où sa réaction de colère.

La personnalité narcissique n’est pas toujours source de conflits.  Beaucoup de gens ont une haute estime d’eux-mêmes sans pour autant ressentir le besoin de rabaisser les autres.  Alors pourquoi certains narcisses sont-ils incapables de vivre en harmonie avec les autres, ce qui les rends conflictuodépendants? L’une des raisons est bien expliquée au point #5 de cet article de Cracked: Lorsqu’il s’agit de succès et d’estime de soi, les gens ont la fâcheuse tendance à prendre le problème à l’envers:  Au lieu de reconnaitre que c’est le succès qui apporte l’estime, la fierté et la confiance, on nous bourre le crane dès notre enfance que nous devons d’abord ressentir de l’estime de soi, de la fierté et de la confiance en nos capacités, et que c’est ça qui va nous apporter le succès.  Tu grandis donc avec l’idée erronée que même sans avoir accompli quoi que ce soit, tu vaux autant que ceux qui ont accompli quelque chose. Hélas, ça a eu comme conséquence fâcheuse de t’apporter instinctivement le sentiment que tu veux mieux que ceux qui ont été obligés de travailler fort pour atteindre la même valeur que tu crois avoir. 

Et voilà comment nous avons créé une superbe génération de douchebags auto-suffisants qui croient que tout leur est dû. Alors quand leur sentiment de supériorité se bute au fait qu’ils n’ont rien pouvant le justifier, c’est là que se manifeste leur réflexe compensatoire.

Tant qu’ils s’agit de complexés de type 1 et 2, ça va.  Mais si vous avez le malheur d’avoir un complexé du type 3 dans votre entourage, alors attendez-vous à une relation abusive.  Normal: Abuser des autres en les rabaissant sans cesse, c’est le propre des conflictuodépendants.

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Les liens internes cités dans ce texte:
Mes Prétentions de Sagesse: Les Raisons de la Colère.
Mes Prétentions de Sagesse: Autopsie du Loser.
Mes Prétentions de Sagesse: SÉRIE: La conflictuodépendance

Liens externes.  Parce que des fois, il est bon de démontrer que mes  théories sont confirmées par des recherches reconnues.
Wikipedia: Alfred Adler.
Wikipedia: La Psychologie Individuelle.
Psychologie.com: La psychologie adlérienne.
Psychologie.com: La compensation (avec l’exemple d’Arnold Schwarzenegger)
Relation of threatened egotism to violence and agression: The dark side of self-esteem  (PDF)
Encyclopédie anarchiste: L’infériorité
Cracked: 6 bullshit facts about psychology that everyone believes.
Santé Psy: Qu’est-ce que la compensation.
Psychoweb: Narcissisme et culte de la consommation.

Christine, première partie: La moitié de mon âge.

Mercredi 4 mars 2015.  Je profite de cette première journée chaude et ensoleillée de l’année pour me balader dans Hochelaga, ce quartier de Montréal dans lequel le hasard me ramène pour la première fois depuis 1991-92.  Je constate plusieurs choses. D’abord, que 90% des bâtiments et habitations de ce quartier n’ont pas changé d’un poil en vingt-trois ans.

Et ensuite, le fait qu’il a fallu passer à travers le plus froid mois de février en 115 ans pour considérer que le 1°C d’aujourd’hui puisse être chaud.  Comme quoi il est vrai que certaines choses doivent être mises en contexte pour être comprises. 

Tiens, parlant de comprises, je constate que je ne peux plus lire, entendre, dire ou penser ce mot sans que ça me rappelle cette citation d’Oscar Wilde, Les femmes sont faites pour être aimées, non pour être comprises.  Bonne chose que l’homosexualité ne soit pas un choix délibéré, sinon un cynique pourrait avancer l’hypothèse que celle de ce Monsieur Wilde serait due au fait qu’il a compris les femmes, lui.  Ou du moins, qu’il aurait connu Christine.  Christine à qui je pense en ce moment car elle habitait justement ici, chez ses parents, au coin des rues Ontario et Montgomery.  Christine qui était ma collègue de travail lorsque je travaillais au Dunkin Donuts, coin Monk et Jolicoeur à Ville-Émard.  Christine qui était mon amante.  Et c’est le genre d’amante qui pourrait pousser un homme hétéro à reconsidérer son orientation sexuelle.  Un rapide calcul me montre qu’à ce moment-là j’avais 23 ans, soit la moitié de mon âge actuel. 

Tout en parcourant ces vieilles rues, je me laisse aller à la nostalgie, à mes souvenirs, à ce que j’ai vécu, à ce que j’ai fait, à ce que j’ai dit, à ce que je pensais, et… Et c’est là que je fais ma plus grande constatation de toutes: Celui que je suis aujourd’hui n’a plus rien en commun avec celui que j’étais à l’époque.  Et c’est incroyable à quel point c’est une bonne chose.  Pour quelqu’un qui s’est toujours cru plus sage, plus réfléchi et plus intelligent que la moyenne, j’ai de la difficulté à croire que j’ai pu être aussi stupide, odieux, hypocrite, loser, et même un peu douchebag.  Bon, dans ce dernier cas, je parle de la personnalité, parce que franchement je n’avais rien pour l’être physiquement.  En tout cas, j’étais vraiment une personne désagréable.  Et le pire, c’est que je croyais sincèrement être un bon gars.  Hélas, mes souvenirs ne mentent pas.  Pour ma défense, je suppose que la vie m’avait fait évoluer de façon à pouvoir survivre dans mon environnement.

J’ai déjà glissé quelques mots sur Christine le mois dernier.  Je vais le refaire, en complétant l’histoire.  Commençons, afin de comprendre, par mettre les choses en contexte: 

Avril 1991, j’ai 22 ans. J’en aurai 23 dans trois mois.  Je viens d’adopter un petit chaton gris tigré trouvé en pleine rue sur le Boulevard Monk, un matin en revenant de travailler. Révolté par la stupidité et l’irresponsabilité de ceux qui ont laissé un si jeune chat dehors dans un coin si dangereux, je considérais qu’ils ne méritaient pas de l’avoir. Je l’ai ramené avec moi chez Marie-France et je l’ai baptisé Calvin.

Marie-France, c’est ma blonde.  Eh oui, malgré ce dont j’ai l’air, j’ai réussi à séduire une jolie jeune fille de quatre ans et demi ma cadette.  Et pas n’importe quoi. C’est une fille sérieuse, studieuse, de bonne famille.  Ça fait un an et demi que je sors avec elle, et un an que nous habitons ensemble, chez sa mère, dans un condo sur la rue Galt. 

Je devrais être heureux.  Pourtant, je ne le suis pas.  Je vis dans un état de déception et de frustration permanente.  La raison?  J’ai trop d’ambitions pour mes capacités, pour mes moyens et apparemment pour mon karma. 

L’année précédente, dès le premier janvier 1990, je m’étais juré que je ferais quelque chose de ma vie.  Bien déterminé à laisser derrière moi les situations de loser qui m’ont amené à Harceler Nathalie en 1989, j’ai multiplié les projets et sauté sur toutes les opportunités qui se sont présentées. En voici une liste, et comment ça a tourné:

  • Album de BD intitulé Les Dangers du Rock mettant en vedette Sonic Steve, un personnage que j’ai créé lorsque je travaillais au magazine Wow!  J’ai eu le temps de faire une couverture et douze pages.  En septembre, les six pages des deux seules aventures que j’ai réussi à compléter sont publiées dans le fanzine Zonar.  Ils ne m’ont jamais rendu les pages, ils les ont perdues.  Après tout l’effort que j’y ai mis, je n’avais ni le temps ni l’envie de les refaire, ce qui m’a découragé de continuer.
  • BDpub: Un dessinateur nommé Dany me contacte afin de fonder avec moi BDpub, une compagnie qui offrirait un service de publicité sous forme de bandes dessinées.  J’interromps Sonic Steve, le temps de faire plusieurs pubs non-sollicitées mettant en vedette de vraies compagnies, histoire d’avoir de quoi à montrer à nos futurs clients.  Dany a pris mes pages, les a combinées aux siennes et est parti en faire un portfolio.  Je n’ai plus jamais réentendu parler de lui.
  • Promotion Sélect.  Je répond à une petite annonce dans le journal de la part d’une boite de pub qui porte ce nom.  Je me vois déjà concepteur publicitaire.  En fait, les autres répondants et moi nous sommes faits baratiner sur le sujet de façon évasive pendant deux jours, pour apprendre au bout du compte qu’il s’agissait de faire de la vente porte-à-porte.  Je ne suis pas resté.
  • Logement et relations familiales: Une dispute de trop avec mon père s’est terminée dans la violence, et j’ai eu à quitter la maison familiale, comme un délinquant.  Encore heureux que j’avais ma blonde.  Sa mère a eu assez de compassion pour m’héberger chez elle, à Montréal.
  • Scénario de film: J’ai écrit un scénario de films que j’ai proposé à trente-deux studios.  Un seul me l’a acheté: Les Film Chouinard Inc, une division de Radio-Canada à Sept-Îles.  En sachant que le budget moyen pour un film à l’époque était entre deux et quatre million de dollars, et que le scénariste reçoit 4% de ce budget, j’allais me faire entre $80 000.00 et $160 000.00. (En argent d’aujourd’hui, puisque le salaire minimum a doublé, ça signifie de 160 à 320 mille dollars.  Un tiers de million.  À 22 ans!)  Une semaine avant la date prévue pour signer le contrat, Radio-Canada procède à d’importantes coupures de budgets dans les studios situés dans les régions éloignées de Montréal.  Chouinard fait partie des sacrifiés. De tous les revers que j’ai subi cette année-là, c’est celui qui a été le plus dur à prendre.
  • Transports: J’ai un bon vélo et un cadenas bien solide pour l’attacher.  Je me vois déjà parcourir les rues de Montréal, explorant ce nouvel univers. Trois jours après mon arrivée, je l’attache à une clôture Frost.  À mon retour, la clôture était découpée et mon vélo disparu.
  • Travail et argent: En aout, devant mes échecs à démarrer ma vie d’artiste riche et célèbre, je me suis fait embaucher au Dunkin Donuts où ma blonde travaillait.  Dans un rare accès d’intelligence et de sagesse, je décide de profiter du fait que je vis gratuitement chez ma belle-mère pour déposer systématiquement toutes mes payes sans y toucher.   Un mois et demi plus tard, en buvant trop vite un verre de Sprite trop froid tandis que j’ai trop chaud, je vis la situation trop ridicule de perdre connaissance sous le choc thermique.  Je tombe en pleine face sur le plancher de tuiles de céramique qui me brise une dent d’en avant.  L’ambulance, le dentiste et la prothèse dentaire me coûtent tout l’argent que je m’étais épargné, me laissant sans le sou en novembre après plus de trois mois de travail.

Et c’est ainsi que j’ai terminé 1990.  Je pense que vous comprendrez pourquoi, même quatre mois plus tard, mon moral a du mal à se remettre de cette année d’enfer pleine de promesses dont aucune n’a été tenue.  Une année qui ne m’a rien rapportée, et ce peu importe les efforts, le travail et la prévention que j’y ai mis.  Oui, d’un côté, je suis reconnaissant que Marie-France était dans ma vie pour me sauver. Mais de l’autre, par la force des choses, cette fille est devenue à mes yeux le symbole d’une bonne partie de ce qui n’allait pas dans ma vie. Normal!  Elle a été ma bouée de sauvetage sur plusieurs plans.  Or, si on a besoin d’une bouée de sauvetage, c’est signe que notre bateau a coulé.  Si j’habite ici avec elle, c’est à cause de la folie de mon père qui m’a expulsé.  Ce travail que j’ai au Dunkin, c’est à elle que je le dois. Un travail minable, fatiguant, ennuyant, qui n’a de disponible pour moi que l’horaire de nuit. Un travail qui m’a défiguré pour la vie.  Un travail où j’ai travaillé d’arrache-dent à salaire minimum pendant douze semaines de suite pour absolument rien.  Et comme si ça ne suffisait pas, avec la mère et le frère de Marie-France qui sont toujours ici en même temps que nous, jamais moyen d’avoir un peu d’intimité.  Surtout que, pour une raison architecturale qui m’échappe, sa chambre et celle de son frère sont séparées par deux portes coulissantes de garde-robe et que celles-ci ne ferment pas tout à fait.  Pas facile à vivre quand, comme moi, on a une libido d’enfer, multipliée à cause des saloperies sexuelles que me raconte Manon, une collègue de travail.  Rajoutons à ça le fait que mon horaire de nuit fait que Marie-France et moi ne vivons plus aux mêmes heures.  De toute façon, ce n’est pas comme si elle était sorteuse.  C’est le mauvais côté d’être en couple avec une fille sérieuse, je suppose.  Moi qui rêve d’une vie excitante faite de liberté, de richesse, d’arts et de sexe, elle m’ennuie.  Aussi, c’est avec un frisson d’horreur que je l’entends déjà me parler de mariage et de fonder une famille dès qu’elle terminera ses études d’arpenteur-géomètre dans deux ans.  La perspective de me voir ainsi condamné à vie dans un morne quotidien dans lequel j’aurai la responsabilité d’élever des enfants après avoir passé ma journée à faire le beigne, ça me déprime sans bon sens.

Ce destin de merde qui s’acharne à saboter tous les aspects de ma vie passée, présente et future, même les plus anodins, me fait sérieusement chier.  Voilà pourquoi, depuis le début de 1991, je suis éternellement insatisfait, dégoûté, frustré.

Et c’est là, dans ce contexte, qu’au printemps, arrive une nouvelle caissière-pâtissière au Dunkin.  20 ans, belle grande blonde aux épaules larges et athlétiques.  Et comme je crois l’avoir déjà dit, son look et son physique me rappellent ceux d’une jeune Brigitte Neilsen

Il s’agit là de Christine.

À SUIVRE

Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (5 de 5)

Pourquoi les hommes qui sont la cible de harcèlement sexuel féminin ne sont pas portés à en parler?
Les raisons sont multiples. Voici celles que j’ai personnellement vécues.

RAISON 1: Lorsqu’il y a dénonciation, la fille inverse toujours les rôles.
Dans le fond, je peux comprendre.  Il n’y a pas pire salisseur de réputation qu’une accusation de harcèlement sexuel.  Heureusement pour elles, nous vivons dans un monde où le harcèlement sexuel de l’homme envers la femme est beaucoup plus reconnu que l’inverse. Intervertir les rôles a donc le double effet de blanchir Madame et de lui permettre de se venger contre ce sale prétentieux qui se croit trop bien pour elle. Ainsi ..:

  • Dans le billet précédent, je raconte comment Manon me traite de menteur quand je dis à nos trois collègues que c’est elle qui a pris ma main pour lui mettre sur un sein.
  • Dans Sept Semaines en Appartement, je raconte à quelques reprises comment Cynthia, la blonde-par-moments d’un ami, m’a dragué. Elle a été tellement insultée de mon refus qu’elle est allé raconter que c’est moi qui l’a harcelé.
  • Dans le même roman autobio, ma nouvelle cousine par alliance m’a fait des propositions sexuelles crues et osées pendant quatre ans. Le jour où j’en ai eu assez et que je lui ai fait savoir clairement que ça n’arrivera jamais, elle est allé tout raconter à ma famille… Mais en inversant qui a harcelé qui.

RAISON 2: En matière de harcèlement sexuel, l’homme a zéro crédibilité.
La preuve, c’est que dans les exemples précédents deux choses se sont passées.  Certaines, comme ma cousine, ont été crues sur paroles.  Pour les autres, même s’il n’y avait pas de preuves, ou bien si leur histoire ne tenait pas debout, ou bien même si les gens qui me connaissaient trouvaient que ça ne semblait pas crédible étant donné ma personnalité, il vient un moment où, à force d’entendre les mêmes histoires, on finit par se dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Donc, que si je suis aussi souvent accusé de harcèlement, c’est qu’il doit bien y avoir une raison.

RAISON 3: Les gens s’attendent à ce que l’on se comporte comme une victime.
J’ai été harcelé sexuellement, donc je devrais ressentir de la peur et du traumatisme.  Sinon, je ne suis pas crédible. 

RAISON 4: Les gens s’attendent à ce que l’on ne se comporte PAS comme une victime.
Je suis un homme, donc je ne devrais pas ressentir de la peur et ni traumatisme.  Si oui, je ne suis pas crédible.

RAISON 5: C’est traité comme étant une tentative d’invalider la souffrance de la femme.
Essaye de te plaindre contre le harcèlement sexuel féminin lorsque tu es un homme, et tu te feras vite répliquer « Oh, pitié, pooOOOooovres hommes et leurs Male Tears. Que les oppresseurs cessent de se plaindre, juste pour descendre les féministes.  Ce ne sont pas eux qui ont à subir l’objectivation des femmes, la culture du viol, le plafond de verre et à la différence de salaire à travail égal.  Un homme harcelé par une femme, c’est une exception.  Une femme harcelée par un homme, c’est la norme. »  Il semblerait donc que dans ce cas-ci en particulier, si tu ne vis pas pire qu’elles, tu dois te taire.

RAISON 6: Ça sonne comme de la vantardise.
Comparez un gars qui se vante que plein de filles lui courent après et lui font des propositions sexuelles, avec un gars qui se plaint que plein de filles lui courent après et lui font des propositions sexuelles.  Où est la différence? À part pour le fait que l’un aime ça et que l’autre prétend trouver ça malvenu, ça reste quand même deux gars qui racontent que plein de filles lui courent après et lui font des propositions sexuelles. Et puisque c’est quelque chose que beaucoup de gars souhaiteraient, ben voilà, on voit le plaintif comme un vantard qui essaye hypocritement de faire dans la victimisation. Et quoi de plus pathétique et enrageant que quelqu’un qui se plaint de quelque chose que tout le monde souhaiterait avoir et/ou être.

RAISON 7: En parler, ça fait de toi un misogyne.
Il y a quelques années, j’avais mis en ligne un roman autobiographique qui racontait les grandes lignes des abus que j’ai eu à subir pendant seize ans de la part d’une fille qui avait lâché la pilule en secret afin de me coincer dans une relation.  Bien que j’ai reçu quelques témoignages de sympathie (toutes de la part de femmes me rassurant qu’elles ne sont pas toutes comme ça), la majorité des autres commentaires (à 90% des hommes) ressemblaient à ceci:

 Et ça, c’est sans compter les fois où on a dit à mon sujet qu’il fallait se méfier de moi car ce livre, rempli de rancoeur et de frustration contre la femme, c’était du  Marc Lépine tout craché.  Je ne faisais pourtant que raconter des faits réels en toute objectivité.  Donc, selon cette logique, si une fille me fait subir du harcèlement sexuel, en parler signifie que je parle contre la fille, donc que j’ai un discours antiféministe, donc que je suis potentiellement un tueur en série misogyne. Eh oui!

RAISON 8: Pourquoi moi?  Ou : Une autre raison d’être non-crédible.
Ce ne sont pas tous les gars qui subissent le harcèlement sexuel féminin. Et comme je vous l’ai déjà montré en photo à la fin de la 1e partie, j’étais loin de ressembler au mannequin mâle de la photo ci-dessus. Alors pourquoi moi en particulier?  Juste poser cette question, c’est un argument valable pour enlever toute crédibilité à mon témoignage.

… Du moins à première vue car au contraire, c’est justement l’une des raisons expliquant pourquoi je fus la cible de ce harcèlement.  J’en suis arrivé à cette conclusion il y a quelques années grâce à ma bonne amie Stéphanie.  Un jour, je lui ai demandé pourquoi elle me faisait toutes ces confidences intimes qui, dans certains cas, pouvaient être interprétées comme de la drague sous-entendue.  Sa réponse:

« Tu n’as pas un comportement intimidant.  Tu es inoffensif.  Ça met une fille à l’aise. »

Puisque je suis passif, j’attire tout naturellement des gens actifs.  Puisque je ne suis ni manipulateur ni contrôlant, je donne l’impression que je peux être manipulé et contrôlé.  Puisque je suis inoffensif, j’attire tout naturellement des gens offensant.  Et puisque je ne représente aucun danger, j’encourage tout naturellement les autres à prendre des risques avec moi.

C’est le principe de l’anneau de Gygès. À partir du moment où les gens se rendent compte que leurs gestes n’auront pas de conséquences, il y en a qui se permettent alors les pires excès, incluant certains que l’on n’aurait jamais pu imaginer de leur part. En philosophie, l’anneau de Gygès dénonce le fait que des concepts moraux tels que le respect, l’honnêteté, la bonté et la retenue ne sont pas des traits de caractères naturels chez l’être humain mais bien des règles que l’on ne suit que par peur des conséquences sociales.  Voilà pourquoi plus une personne est riche et/ou puissante, plus on tolère ses gestes immoraux, moins elle craint les conséquences, moins elle a de retenue, et plus elle commet des excès et des abus.  Comme par exemple tous ces politiciens au Québec qui font impunément du harcèlement sexuel

Pourquoi certains sont harcelés et d’autre pas?
À l’école, lequel est toujours la cible des  intimidateurs les plus violents?  C’est le plus timide des non-violents.  Donc celui de qui on s’attend le moins à subir des conséquences.  C’est pareil ici.  Mon attitude calme, passive, sans histoire, lance autour de moi un message que les gens captent au niveau de l’inconscient comme quoi on peut tout me faire subir sans risques. Voilà pourquoi j’attire autant d’abuseurs et de conflictuodépendants: Ils font l’erreur de confondre mon respect et ma patience pour de la soumission.  D’où le gros scandale qu’ils font lorsque je me défends.

Hélas, dans le cas du harcèlement sexuel de la part de femmes envers les hommes, il est très difficile de s’en défendre.  Dès qu’on parle de harcèlement sexuel, l’opinion publique va toujours déclarer l’homme coupable, même sans savoir un seul mot de l’histoire. Raison de plus pour ces femmes de se savoir à l’abri des conséquences. 

Donc, en résumé: Ces femmes sont face à un garçon calme, sans histoires, qui n’est pas intimidant, même au niveau physique car il n’est ni fort ni beau.  Aucune conséquence à craindre de sa part, et aucune conséquence à craindre non plus de la part de l’opinion publique.  Alors dans de telles conditions, s’il leur prend l’envie de lui faire subir du harcèlement sexuel, pourquoi est-ce qu’elles s’en gêneraient?

Quel est le but de ce témoignage en cinq parties?
Mon but en écrivant ceci n’était ni de m’en plaindre, ni de faire pitié.  Je voulais juste démontrer trois choses:

  1. Que contrairement à ce que l’on essaye de nous faire croire, ce comportement n’est pas exclusivement quelque chose de masculin. 
  2. Qu’il y a plusieurs raisons pourquoi les hommes gardent le silence sur le harcèlement sexuel féminin dont ils sont victimes.
  3. Que même si les hommes ne vivent pas les mêmes conséquences que les femmes suite au harcèlement, ils en subissent quand même, des conséquences.  Elles n’en sont pas moins négatives, et peuvent parfois s’avérer dévastatrices.

Voila!

Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (4 de 5)

Voici une anecdote qui m’est revenue en tête peu après avoir écrit le premier billet. Ça implique Manon, la jeune collègue de travail que j’avais au Dunkin Donuts, celle qui jouait à l’agace non-stop. Un soir, elle vient me rejoindre dans la cuisine. Elle me demande de me placer face à elle. Je le fais. Elle lève sa main et la met à plat, la paume face à moi, comme si elle me faisait stop. Elle me dit :

« Met ta main comme ça. »

Sans trop comprendre où elle veut en venir, je m’exécute : Je lève ma main et la met à plat, la paume face à elle, comme si je lui faisais stop. Aussitôt, elle m’agrippe le poignet et elle tire mon bras vers elle, envoyant ma main sur l’un de ses seins. Tout en maintenant ma main en place, elle crie aux deux caissières et à la pâtissière :

« HEILLE, REGARDEZ L’ESTIE D’COCHON QUI ME POGNE LES TOTONS!!! »

Les trois filles regardent dans notre direction, les yeux écarquillés et la bouche bée. Je tire mon bras mais elle le retient sur place à deux mains, en disant :

« Ne-non! Tu t’es fait prendre la main sans l’sac. Assume tes cochonneries! Ha! Ha! Ha! »

Les trois autres filles nous regardent sans trop y croire.  L’une rit aux éclats.  La seconde a l’air de se demander si c’est une farce ou bien si c’est vrai.  La 3e, amusée, joue le jeu en y rajoutant sa propre fausseté :

« Ça m’surprend pas de lui, l’maudit vicieux, y’é tout l’temps en train d’essayer de r’garder en d’sous d’nos jupes. »
« Pour vrai? »
demande la seconde, sérieusement surprise par cette affirmation.

En panique, j’arrive à arracher mon bras de l’étreinte de Manon.

« NON MAIS ÇA VA PAS!? C’est elle qui a pris ma main pis qui me l’a posée sur elle de force. »
« Hostie de menteur! », répond Manon, amusée.
« Ouain, prends pas tes fantasmes pour des réalités. »  dit la 3e, avant de conclure avec: « Heille, Manon, faudrait pas que ton chum apprenne ça, jaloux pis violent comme il est. »

Je retourne calmement à ma table de travail, en soupirant, disant à Manon avec un air abattu:

« T’as pas d’allure! »
« C’est toé qui m’pogne les boules pis c’est moé qui a pas d’allure? T’as du front en estie, toé. Ha! Ha! »

Je me remet au travail sous les derniers rires et commentaires des  filles, qui retournent elles aussi au boulot.  Bien que j’arrive aisément à afficher une attitude extérieure calme, je suis simultanément envahi depuis les vingt dernières secondes par plusieurs sentiments aussi négatifs que violents:

PANIQUE! je viens de me faire plonger de force dans une situation qui ne peut être que négative pour moi et mon seul réflexe est de désespérément essayer de fuir, de m’en sortir.  Mais je n’arrive pas à trouver la sortie.  

TRAHISON! J’ai fait ce que Manon m’a dit de faire, sans jamais penser qu’elle pouvait chercher à me faire du tort, lui faisant d’instinct confiance.  Elle en a profité pour me faire ce sale tour.

INJUSTICE!  C’est elle qui ne cesse de me harceler sexuellement, et c’est moi qui passe pour le harceleur. Moi qui me suis toujours fait un point d’honneur a respecter la femme, à ne jamais faire de remarques déplacées, à ne jamais poser le moindre geste malvenu.  En quelques secondes, Manon a su démolir une vie entière d’efforts à me forger une bonne réputation.  Elle a réussi à me faire passer pour ce que je ne suis pas, pour ce que je n’ai jamais été.

ANGOISSE!  Qu’est-ce qui va arriver, maintenant?  Quelles seront les conséquences de son geste?  Il est évident que nos trois collègues, amusées par la scène, vont raconter ça à d’autres.  Et si, même celles qui ont compris que c’était un piège orchestré par Manon, considèrent que ce serait plus amusant de dire que c’était vraiment moi qui lui a fait des attouchements de mon propre chef? Si ça vient aux oreilles du patron, je risque de perdre mon emploi.  Et si quelqu’un met de la pression à Manon pour qu’elle porte plainte à la police?  Si elle ne veut pas avouer avoir inventé, elle sera bien obligé de la déposer, cette plainte.

PEUR! Et même si ça ne se rend pas jusqu’à la police, il est évident que l’une de nos collègue connait assez bien le chum de Manon pour savoir qu’il est possessif et violent.  Qu’est-ce qui va m’arriver si elle lui dit?

ABERRATION!  Alors c’est ça, notre récompense, lorsque l’on respecte la femme? Se faire manquer de respect en retour?  Voir sa réputation se faire salir?  Se faire planer la menace d’un renvoi ou de voies de faits? Un prédateur avec une attitude irrespectueuse ne va jamais subir de telles choses de la part des femmes.  Normal, elles ont peur de lui alors elles n’iront surtout pas le provoquer.  Est-ce que ça signifie que pour ne pas se faire donner une réputation de salaud, il faut vraiment être un salaud?  La seule façon d’obtenir le respect des femmes, ce n’est pas en les respectant mais bien en les intimidant?  C’est aberrant!  Je ne peux pas y croire.  Pourtant, après ce que je viens de vivre…     

SESPOIR! Si je reste, je continue de subir le harcèlement de Manon, en plus de voir ma réputation se faire entacher. Si je fuis la situation en donnant ma démission, c’est comme si je donnais un aveu de culpabilité, sans compter que rien ne garantit que je me retrouverai du boulot de sitôt.   Si je tente de rétablir les faits, ce sera la parole d’une faible femme, et de trois témoins, contre un salopard d’homme. Qui va me croire?  Personne!  Qu’est-ce que je peux y faire?  Rien!

 Je disais, dans le billet précédent, que mon statut d’homme faisait que je ne ressentais pas la peur de me faire violer puisque je ne crois pas qu’il soit possible de me forcer à avoir des relations sexuelles contre mon gré.  Eh bien j’ai appris que ce n’est pas parce que seul l’homme est capable physiquement d’agression sexuelle que ça le met automatiquement à l’abri des problèmes moraux, légaux et même physiques reliées au harcèlement sexuel en milieu de travail.  Selon la réputation sociale acceptée par tous, l’homme est fort et la femme est faible.  À cause de la faiblesse de la femme, tout le monde va la croire si elle se plaint de harcèlement sexuel contre un homme.  Et parce que l’homme est trop fort pour elle, alors la loi, la police, et même d’autres hommes seront toujours là, derrière elle, prêts à l’écraser pour elle.  Ainsi, la faiblesse de la femme est sa force.  Et la force de l’homme est sa faiblesse.

Ah, mais j’oubliais: Penser ceci, même après ce que Manon m’a fait vivre, ça fait de moi… Un misogyne!  Chose de plus à rajouter à mon désespoir comme quoi dans une situation de harcèlement sexuel au travail de la part d’une femme, l’homme ne peut absolument pas s’en tirer.

À CONCLURE.

Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (3 de 5)

Comment un homme vit-il le harcèlement sexuel en milieu de travail de la part de femmes?
Je ne peux répondre au nom de tous les chromosomes Y, mais voici la chose dans mon cas personnel.

Quels ont été mes sentiments en subissant ce harcèlement?
Tout de suite, je peux dire que jamais je n’ai ressenti de la peur au niveau physique. En tant que gars, je me savais à l’abri du viol. J’avais beau être maigre et faible, j’aurais été extrêmement étonné qu’une fille arrive à me forcer physiquement au coït. Juste la façon dont j’ai bousculé Sharon lorsqu’elle m’a agrippé pour me faire des attouchements, ça l’a prouvé. C’est mon privilège masculin, je suppose.

Pour le reste, mes sentiments étaient variés. C’était du cas par cas.

  • Pour Manon (22 ans, mince, jolie malgré un gros nez, habite avec son chum) : Amusé les premières semaines.  Puis humilié.  Puis irrité pour les mois qui suivirent.
  • Pour Sharon (26 ans, grassette, habite avec son chum chez la mère de ce dernier) : Ennuyé au début.  Frappé d’horreur en la voyant prête à me faire connaitre ses intentions.  Choqué, insulté et fâché par son agression physique.
  • Pour Kim (19 ans, petite grosse laide) Insulté qu’elle répande de fausses rumeurs à mon sujet en milieu de travail.  Choqué, insulté et fâché par son agression physique.  (le pied sous la table) Humilié qu’elle me la fasse subir alors que j’étais assis à côté de ma blonde.
  • Pour Sylvie (La petite frisée timide) Amusé les premiers temps, puis dérangé après m’être rendu compte que ça ne mènerait à rien, puis humilié et fâché de voir qu’elle m’avait caché son statut de couple depuis le début.
  • Pour Hélène (21 ans, la superbe métisse) Irrité de savoir depuis le début que ce ne serait que des agaceries, dégoûté de certains de ses récits.
  • Pour Isabelle (24 ans, mince et jolie blonde à gros seins) : Déçu de recevoir sans cesse des avances inutiles de la part d’une fille qui me plait, puisque son statut de couple m’empêchait d’y répondre.  Extrêmement déçu qu’elle me dise qu’elle avait déjà trompé son chum puisque ça signifiait que, contrairement à ce que j’espérais, je n’étais pas si spécial pour elle.
  • Pour Christine (23 ans, belle, grande, athlétique) : Surpris mais ravi.  Il faut dire que dans son cas, ça n’a jamais été du harcèlement.
  • Pour Rhonda (50 ans, petite grosse laide) : Fortement ennuyé, et frustré que mon refus se mérite des conséquences.
  • Pour Gréta (Ma voisine de 50 ans qui avait l’air d’en avoir 80) : Ennuyé, dérangé, exaspéré, insulté, violé dans ma vie privée, excédé, enragé, totalement écoeuré et dégoûté, au point où elle fut un facteur important de ma démission.  C’est qu’elle m’a fait endurer ça non-stop pendant deux ans.

Comment ai-je vécu ces situations?
Avec beaucoup d’interrogations. N’ayant ni la personnalité ni les instincts d’un prédateur, il m’est à peu près impossible de me mettre à la place de ces femmes, et ainsi de pouvoir comprendre ce qui les motivait à agir ainsi.

Parfois, j’avais l’impression que ces filles avaient une curieuse idée de ce qu’un homme était supposé être. Par exemple, dans le cas de Manon et Kim, il n’y avait aucun doute dans leur tête : Si un gars ne harcèle pas sexuellement ses collègues féminines, alors il est gai. Impossible pour elles de croire qu’un gars hétéro ne puisse pas ressentir l’envie de coucher avec elles. Impossible pour elles de croire que même s’il en ressent l’envie, il soit capable d’agir en gentleman et se retenir. Et impossible pour elles de croire que s’il est en couple, il puisse être fidèle.  Dans le cas de Manon en particulier, le concept de l’homme non-harceleur lui semblait tellement étranger qu’elle cherchait d’instinct à faire de moi l’allumé qu’elle s’attendait que je sois. Sinon, pourquoi me provoquer sans cesse sexuellement alors qu’elle n’avait aucune intention d’aller jusqu’au bout? Je peux juste théoriser.

  • Théorie 1: Je suppose que dans son univers, tous les hommes étaient des prédateurs. N’ayant pas appris à dealer avec un gars respectueux, j’imagine qu’il était plus facile pour elle de tenter de me transformer en ce qu’elle connaissait déjà, plutôt que d’essayer de comprendre qu’un gars puisse ne pas être comme ça.
  • Théorie 2: Ayant trouvé en moi un gars non-intimidant, elle pouvait jouer à l’agace sans craindre de représailles, alors elle s’y donnait à fond.
  • Théorie 3: Elle avait sans cesse besoin de se rassurer sur sa capacité de séduire.
  • Théorie 4: Elle avait sans cesse besoin de se rassurer sur sa capacité d’avoir le contrôle.  Genre: Elle m’allume pour me rapprocher, elle se sert du fait qu’elle a un chum pour me repousser.  Je suis le yoyo, elle m’a à sa main.

Vous savez ce qui me surprend le plus? C’est que cinq des sept filles du Dunkin Donuts se foutaient complètement du statut de couple. Manon, Sylvie, Sharon et Isabelle avaient chacune un chum, et Kim m’a fait des attouchements sous la table tandis que moi j’étais en couple, avec ma blonde assise à côté de moi.  Au nombre de fois où on m’a conditionné à penser qu’aucune fille n’agissait ainsi, ça me donnait un choc à chaque fois.

Oui mais… N’étais-je pas supposé aimer ça?
J’étais un jeune homme de 22-23-24 ans. J’étais au sommet de la force de mes hormones. J’étais fringuant. Je ne pensais qu’au sexe. J’étais furieusement en manque. Je me plaignais de ne pas être capable de me trouver une blonde. Je n’étais ni assez beau ni assez riche pour plaire. Alors en effet, tout ce harcèlement sexuel de la part de ces filles, n’étais-je pas supposé aimer ça?

Je ne mentirai pas : Au début, mon Ego de loser chronique appréciait être la cible de ces désirs amoureux et/ou sexuel. Sauf que j’avais certains principes. Toute ma vie jusque-là, je ne voulais rien faire avec une fille déjà en couple. D’abord parce que je me mettais à la place du pauvre gars qui, par ma faute, subirait un cocufiage, chose que je n’aimerais pas vivre moi-même. Et surtout, je ne voulais pas d’une simple aventurette mais bien d’un couple stable. Ces filles déjà en couple ne pouvaient pas m’offrir ça. Et la seule fois où j’ai choisi de céder à la tentation d’être l’amant d’une fille casée, en disant à Manon que je voulais bien si elle était sérieuse, elle a refusé et a continué de tout faire pour m’allumer, sachant maintenant que ça me faisait de l’effet. Ceci m’a démontré de manière cinglante que le prix à payer pour déroger de mes principes, c’était l’humiliation.

Et comme j’en ai déjà parlé ici et surtout , les gars ont cette réputation de ne vivre que pour le sexe et de vouloir fourrer tout ce qui bouge.  Donc, à part pour Manon et Hélène qui ne faisaient ça que pour m’agacer, je suppose que dans la tête des autres, le fait de s’offrir sexuellement aurait dû me séduire automatiquement. Donc, en ne répondant pas positivement à leurs avances, c’est comme si je leur disais Je coucherais avec n’importe qui sauf toi.  Pas étonnant alors qu’elles le prenaient si mal.  Certaines se sont senties humiliées, elles ont réagi en démissionnant.  Certaines se sont senties insultées, elles ont réagi en me faisant des problèmes au travail. Certaines étaient incapable de dealer avec le rejet, alors elles continuaient de me harceler comme si de rien n’était, mais surtout comme si je ne leur avais jamais dit non.  Et il y en a même une qui a choisi de se venger en me coinçant dans une relation dans laquelle elle pourrait me faire payer non-stop dans tous les sens du terme.  (Très longue histoire, pour un autre jour.)   

Dans quelles situations peut-on vraiment parler de harcèlement?
Il y a quelques années, j’ai écrit une pensée qui, bien que cynique, n’en demeure pas moins un fait : Quelle est la différence entre flirter et être obsédé de façon malsaine et malvenue? Simple : Si ta cible apprécie tes attentions, c’est le premier. Sinon, c’est le second. En sachant que c’est la personne qui reçoit l’attention qui a le pouvoir de te coller l’étiquette de séducteur ou de harceleur, alors draguer au travail est un sacré gros risque à prendre. 

Le problème, c’est que la seule façon de savoir si cette attirance est réciproque (ou si elle peut le devenir), c’est qu’il faut d’abord que l’autre le sache. C’est ce qui m’est arrivé avec Christine. J’étais célibataire, elle était très attirante, j’étais en manque de sexe, elle m’en offrait. Je n’aurais pas fait les premiers pas vers elle puisque jamais je n’aurais pu imaginer qu’elle puisse me trouver de son goût. Mais dès que j’ai su que c’était le cas, j’ai dit oui. Puisque j’ai accepté, on ne saura jamais si elle m’aurait harcelé ou non. Mais j’en doute. La façon dont elle a planifié son approche démontrait qu’elle était bien plus sérieuse et mature que les quatre autres. Juste pour ça, je suis certain que si j’avais refusé, on n’en n’aurait plus jamais parlé et on aurait continué d’être collègues de travail sans plus.

Et c’est ça la différence! Il n’y a pas de mal à faire savoir à un/e collègue de travail qu’il/elle nous intéresse. Mais si cette personne répond négativement, ou bien ne répond pas du tout, et que l’on insiste, alors ça devient du harcèlement.

 

Prochain billet: Comment une collègue a faite elle-même les attouchements dont elle m’accuse.

Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (2 de 5)

Bon, ça a l’air que j’ai exagéré au billet précédent en disant que ça fait 25 ans que je subis le harcèlement sexuel en milieu de travail de la part de femmes. Oui, ça fait depuis 25 ans, mais ça ne fait pas 25 ans non-stop. Entre 1993 et 2010, je n’en ai pas subi, pour la simple et bonne raison que je n’ai presque pas eu de milieu de travail classique.  Durant cette période, j’ai été sur le BS, puis aux études, avant de gagner ma vie en tant qu’auteur et/ou scénariste, ce qui est un travail solitaire que l’on fait généralement à partir de chez soi.

Cette précision étant faite, continuons là où le dernier billet s’est terminé.  J’ai déjà couvert la période 1990-1992, voici la suite:

1993-1995 : Je suis sur le BS avec la mère de mes enfants. J’ai reçu des avances non-sollicitées d’une des amies de celle-ci durant cette période, mais ce n’était pas en milieu de travail. En plus, c’était juste une ruse de sa part pour essayer de nous séparer.  Longue histoire.
1995-1997 : Le cégep, de retour aux études. Beaucoup de filles m’ont fait des avances, j’ai accepté certaines, j’en ai décliné d’autres. Et bien que certaines histoires avaient un petit côté harcèlement de leur part après qu’elles furent frustrées, comme Océane de qui j’ai refusé les avances parce qu’elle était en couple, c’était à l’école et non au travail, donc ça ne compte pas.
1997-2000 : Travail pour la page web d’Air Canada. Une seule collègue femme (et récemment fiancée) de jour, et aucune de soir, donc zéro harcèlement durant cette période.
2001-2008 : Dessinateur et scénariste pour le magazine Safarir, travaillant de chez moi, donc zéro harcèlement durant cette période. Du moins, pas au travail.
2008 : Pendant Défi Diète 2008, nous devions animer un blog sur Canoë.com. Une des programmeuse/modératrice du site m’a fait des avances que j’ai refusées. Elle a détruit mon blog. Techniquement, ne compte pas comme du harcèlement sexuel au travail, mais tout de même.
2008-2010 : Travail à mon compte, donc aucun collègue.

… et c’est là, en avril 2010, que j’ai décidé de lâcher la vie d’artiste et de me remettre au travail physique. Et que presque aussitôt, le harcèlement féminin a recommencé. La meilleure, c’est que je ne pouvais pas m’imaginer qu’une telle chose puisse m’arriver puisque je travaillais dans un garage de bus. Pourtant…

Rhonda, une collègue de travail d’origine haïtienne.  Elle fait moins de 5 pieds de haut, est obèse, unilingue anglaise, crie au lieu de parler, se rase la tête, a 5 enfants et a 50 ans. Bref, ce n’est pas comme si elle avait de quoi m’intéresser.

SEMAINE 1: Elle est amicale et a un comportement normal.
SEMAINE 2: Elle veut savoir si j’ai une blonde.
SEMAINE 3: Elle commence à parler de sexe.
SEMAINE 4: Elle m’envoie de subtiles invitations à se voir hors du travail qu’elle lance ici et là au fil des conversations.
SEMAINE 5: Tandis que je suis à l’extérieur du bus à faire le plein de lave-vitres, elle est à l’intérieur pour nettoyer les fenêtres. Elle cogne pour attirer mon attention. Je la regarde. Sur la fenêtre, elle dessine un cœur transpercé d’une flèche avec sa bombonne de nettoyant en mousse. Je me facepalme mentalement.  Dès qu’elle sort du bus, je lui dis : « Je ne dirai pas à ma blonde que tu me dessine des cœurs, je ne pense pas qu’elle apprécie. » Ça lui a donné un choc.

« T’as une blonde? Bullshit! Depuis quand? »
« Deux semaines! »
« C’est quoi son nom? »
« Nadia! »
« Pourquoi tu m’en a jamais parlé? »

« Tu ne me l’as pas demandé. »
« Fuck you! »

Vrai, j’avais depuis peu une amie nommée Nadia, mais nous n’étions pas un couple.  Ce petit mensonge a néanmoins calmé Rhonda, du moins sur les avances sexuelles, pendant un bon mois. 

Puis, sans même me demander si j’étais encore en couple ou non, voilà qu’elle recommence.  D’abord en me parlant de sa vie sexuelle avec son amant.  Puis, en me posant des questions, du genre si j’avais déjà essayé une black. Puis, en me faisant des remarques sexuelles à la blague, sauf qu’il était évident que plus le temps passait et moins c’était des blagues. 

Nous prenions notre heure de pause dans de grands bus confortables. Un jour, elle me dit en y montant: « Ok, je vais faire un somme.  Profites-z-en pas pour me violer. »

Deux jours plus tard, elle me dit: « Tu sais, quand la fille est consentante, c’est pas un viol! »

La semaine suivante, elle me dit: « Si tu me laisse dormir une heure de plus, je te fais une pipe à mon réveil. » 

À force de rester impassible ou à refuser ses offres, elle a fini par comprendre.  Elle a aussi viré en mode full bitch parce que bon, c’est bien connu que l’enfer n’est rien comparé à la furie d’une femme repoussée, ou quelque chose comme ça.

Tout de suite après, c’est Enrique qui a pris la relève.  Fils gai de mon chef de quart, il refusait de s’arrêter au fait que je suis hétérosexuel.  Mais bon, dans son cas, le fait que c’était un homme, j’ai pu lui régler son cas rapidement en l’engueulant publiquement sans retenue et le menacer de plainte et poursuites, chose que je ne pouvais pas vraiment faire contre une femme.  Enfin, oui, je le pouvais, mais je n’aurais juste pas été pris au sérieux.

Bref, lorsque je suis arrivé à un point où d’un côté j’avais à subir ceci, et que de l’autre mes possibilités d’avancement dans ce boulot étaient nulles, j’ai remis ma démission. 

2012-2014: À mon boulot suivant en tant que concierge résident, j’ai eu une voisine nommée Gréta, 50 ans, petite, maigre, ridée comme si elle avait 80 ans. Elle m’a harcelé non-stop de ma première semaine là jusqu’à mon départ deux ans plus tard.  Pas une semaine ne se passait sans qu’elle vienne cogner à ma porte, tentant de s’introduire chez moi sous divers prétextes, me couvrant de cadeaux variés (généralement des plats déjà commencés), me faisait aller chez elle pour toutes sortes de boulots dont la majorité n’étaient pas relatifs à mon travail, me lançant sans cesse des invitations, et s’arrangeant toujours pour se trouver sur mon chemin puisqu’elle m’épiait assez pour connaitre mon horaire.  Par deux fois je l’ai sommé d’arrêter, allant même jusqu’à m’en plaindre à la direction en leur demandant d’envoyer désormais mon collègue à chaque fois qu’elle signalerait un problème chez elle.  Un jour, dans le corridor, elle va même me dire: « Hier, je suis allé te voir mais avant de cogner j’ai écouté et j’ai entendu des gémissements.  C’est bien, de voir que tu t’occupes de ta blonde au lit! » Ce n’était pas une collègue de travail, mais ça restait du harcèlement en milieu de travail, avec une touche sexuelle qui me hérissait.

2014-2015: Je suis concierge résident dans une tour à condos de l’Île-des-Soeurs.  Dès que j’ai vu Rita, la réceptionniste de l’immeuble, et que je l’ai entendu parler, j’ai tout de suite su son genre : 40 ans, ex-belle, désespérée de se trouver un chum, au point où elle voit chaque nouveau collègue comme un potentiel. Dès le départ je lui ai parlé de long en large de ma relation de couple.  Ça m’a permis de la tenir à distance, et de la voir s’essayer sur les nouveaux à chaque fois qu’il y en a un, et leur causer du trouble dès que ça ne marche pas.  Mon statut de couple stable coulé dans le béton ne l’a cependant pas empêché, un jour où elle me racontait sa version de ses déboires avec un collègue, de me rajouter: « Dans le fond, c’est un gars exactement dans ton genre dont j’aurais besoin. »  Une façon subtile d’insister, en me passant le message comme quoi elle me veut encore malgré mon statut de couple, et qu’elle sera mienne si j’y met fin.

LA SUITE: Quelques réflexions sur ces situations.

Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (1 de 5)

Je sais bien que généralement, je préfère mettre en ligne des photos de moi où je parais le mieux. Sauf quand je veux faire une comparaison avant-après à la « Woah p’tain, regardez comment j’me suis amélioré en passant de Quasimodo à Casanova. »  Mais bon, faut dire ce qu’il en est, je suis surtout regardable lorsque je fais des efforts pour améliorer mon apparence et qu’un appareil photo me prend dans un bon angle. Parce que sinon, dans la vie de tous les jours, au naturel, et surtout au travail,  je n’ai pas de quoi faire mouiller une éponge coincée dans l’épave du Titanic.

Et pourtant, si vous saviez le nombre de fois où j’ai pu être la cible de harcèlement sexuel au travail, de 1990 à aujourd’hui.  On entend souvent parler de ce phénomène quand il s’agit d’hommes qui harcèlent les femmes, mais jamais l’inverse.  Pourtant, ça existe. Ça fait vingt-cinq ans que je le subis.

Ayant été élevé dans un environnement presque exclusivement féminin, j’ai passé toute ma jeunesse à entendre filles et femmes parler contre les travers des hommes.  De leur comportement macho, de leur violence, et surtout de leur désir sexuel qui les pousse à commettre tous les écarts.  Je les ai entendu se plaindre comme quoi ils ont les pires comportements, les pires attitudes avec les femmes, surtout en milieu de travail.  J’ai donc été éduqué de façon à ne pas agir ainsi.  Voilà pourquoi, à chaque fois que j’ai un boulot, j’agis de façon professionnelle avec mes collègues féminines, n’étant jamais rien d’autre qu’amical, agissant d’égal à égal, gardant avec elles la même distance respectueuse que je garde envers mes patrons. 

Eh bien, curieux phénomène, depuis que je suis adulte, à chaque fois que j’ai un travail dans lequel il y a 25% de femmes et plus, ce sont elles qui finissent par initier la sexualité entre nous.  Ça va de la simple remarque osée à la proposition sexuelle, de la confidence intime à la déclaration d’amour, de l’exhibition coquine passive à l’agression violente empoigne-paquet dans un coin désert.  Eh oui!  Je ne sais pas si c’est un phénomène exclusivement québécois ou bien si ça se retrouve partout, mais laissez-moi vous dire que même si ça ne s’est jamais rendu jusqu’au viol proprement dit, je sais par expérience personnelle que les femmes sont capables du même harcèlement sexuel en milieu de travail que celui que l’on essaye de nous faire croire comme étant exclusivement masculin.  Et si ça m’est arrivé aussi souvent, je ne dois tout de même pas être le seul.

Pour le moment, je vais fouiller dans ma mémoire et vous raconter la chose au meilleur de mes souvenirs et des feuilles lignées froissées et jaunies de mes archives.  Bonne chose que depuis que j’ai 11 ans, j’écris presque tout ce qui m’arrive.

Le travail: Pâtissier dans un Dunkin Donuts.
L’époque: De 1990 à 1992
Mon âge: De mes 22 à 24 ans.

Manon est une mince et jolie petite brunette malgré un nez à la Gainsbourg.  Dès les premiers jours, elle me parle et me décrit quelque peu sa vie, me disant qu’elle a un chum avec qui elle habite. 

Une semaine plus tard, elle commence à me parler de sexe en me disant: « Mon chum a envie plus souvent que moi, mais moi chus pas tellement cochonne! »

Dans les jours qui suivent, elle me parle de plus en plus souvent de sexe. 

Un mois plus tard, elle me fera des remarques sexuelles personnelles sur une base quotidienne. 

Devant mon manque de réaction, elle finit par s’interroger.  Elle me demande si je suis gai.  Je lui répond que non, mais que puisqu’elle a déjà un chum, je considère que ses provocations ne sont que des blagues. 

La semaine suivante, elle me raconte qu’elle vient de faire un ménage à trois bisexuel avec une copine et le copain de ce dernier, dans un motel, et elle me donne tellement de détails qu’elle n’en laisse aucun à mon imagination.  Tellement que cette fois, elle réussit à m’allumer.

Étant célibataire et en manque, et voyant que son statut de couple ne semble pas l’empêcher de coucher avec qui elle veut, je me risque à lui dire que si elle est sérieuse, d’accord, je veux bien.  Ou sinon, de cesser ses agaceries, parce que ça me déplait de me faire provoquer pour rien.  Elle refuse mes deux propositions, et continuera à me harceler de remarques sexuelles. Un soir, elle va même jusqu’à lever la jupe de son uniforme devant moi en écartant les jambes, et elle me nargue en disant: « C’est ça qu’tu veux, hein?  Ben tu l’auras seulement si MOI je le veux. Ha! Ha! »  Son sexe est bien sûr caché par sa petite culotte et recouvert de ses collants blancs. N’empêche!  Et j’ai eu à endurer ça jusqu’à sa démission quelques mois plus tard.

Kim: Cinq pieds deux, les yeux bleus et blonds cheveux, elle n’avait rien d’un top modèle avec son surplus de poids, ses dents croches et jaunies par des années de tabagisme, son menton fuyant et son nez dont la courbe évoque le bec d’un vautour. Elle est tout de même d’une nature joyeuse, ce qui en fait une compagne de travail agréable. Du moins, les premières semaines car un mois après ses débuts, une collègue de travail m’apprend que Kim a commencé à répandre la rumeur comme quoi je serais gai. Elle est arrivée à cette conclusion car je ne dis jamais rien à caractère sexuel à mes collègues de travail, ni directement ni en sous-entendus ni en blagues. Et puisque toutes mes collègues de travail sont des filles, ça lui semble louche que je n’en profite pas. J’avais pourtant de bonnes raisons de ne pas agir ainsi. D’abord, parce que ce n’est pas dans ma nature, et ensuite parce que je suis maintenant en couple avec une fille nommée Marie-France.

Un matin, Marie-France est venue me chercher à la fin de mon quart de travail. Kim, surprise que Marie-France existe pour vrai, nous propose d’aller déjeuner à un resto voisin.  Nous acceptons.  Au resto, Marie-France est à mes côtés tandis que Kim est assise face à moi.  Nous jasons de choses et d’autres lorsque soudain, j’ai la surprise de sentir le pied de Kim qui, sorti de sa botte d’hiver, se glisse entre mes genoux. Je referme aussitôt mes jambes. Elle répond à mon geste en poussant plus fort avec son pied. Je sens soudain les deux pattes avant de ma chaise qui lèvent de terre. J’ai le réflexe de m’ouvrir les cuisses. Les pattes de chaise retombent par terre. Je vois le sourire triomphant de Kim. Bien calée sur sa banquette fixée au mur, elle ne pouvais pas basculer sous la poussée de sa jambe, elle. Mes cuisses lui laissant maintenant le passage, Kim envoie doucement son pied plus loin, jusqu’à pouvoir me caresser l’entrejambe. Surpris de son geste et complètement désemparé, je ne sais pas trop comment réagir. Cette situation me rend franchement mal à l’aise, surtout avec ma blonde assise à côté de moi. Je voudrais que Kim cesse, mais comment pourrais-je réagir? Si je ferme les cuisses, Kim va me faire tomber à la renverse, et comme je la connais, elle va sûrement nier y être pour quelque chose. Si je recule avec ma chaise pour me mettre hors de portée de Kim, Marie-France va me demander pourquoi je me distance de la table. Si je dénonce Kim, je créé un malaise, sans compter qu’elle va probablement tout nier. Je n’ai donc pas le choix. Tout le long du repas, il me faut endurer ses attouchements malvenus en faisant semblant de rien.

Sharon était une brunette anglophone quasi-obèse qui avait un chum.  Ils habitaient tous les deux chez la mère de ce dernier. Elle était très visiblement attirée par moi, et plus le temps passait et moins les messages qu’elle me passait à ce sujet étaient subtils. Mais bon, puisque l’on était tous les deux en couple, je passais ça sous le compte de son sens de l’humour. Il est vrai que c’était une jeune femme très enjouée.

Dès qu’elle a appris ma rupture, elle me dit que, quel hasard, elle a elle-même rompu la veille. Bon, elle habitait encore avec lui chez la mère de ce dernier en attendant de se trouver un appartement, ce qui fait qu’il ne faudrait pas qu’elle soit vue publiquement avec un autre garçon pour ne pas créer de scandale. Mais sinon ouais, elle m’assure que tout est vraiment fini entre eux. Son histoire sent la bullshit à plein nez. Mais bon, pour ce que ça change. Ce n’est pas comme si elle m’attirait.

Trois jours plus tard, un soir où je travaille tandis que Sharon a congé, cette dernière entre dans la cuisine vers deux heure du matin. Apparemment, elle revient d’un des bars du quartier parce qu’elle a visiblement une bonne douzaine de verres dans le nez, en plus de s’être habillée sexy. Elle me fait des avances qui n’ont plus rien de subtil et essaye de me faire la prise du calmar en rut. Je l’évite et je fais de mon mieux pour ignorer ses avances, en lui disant que je n’ai pas vraiment le temps de lui parler parce que je vais être en retard dans ma production. Elle me suit dans l’entrepôt arrière alors que je m’en vais chercher une poche de cinquante livres de sucre à glacer pour préparer la crème pâtissière. Elle se met devant la porte et me bloque le chemin, me disant que si je veux en sortir, il va falloir lui passer sur le corps. Elle a un chum, elle ne m’attire pas, et elle est saoule. N’importe laquelle de ces raisons est suffisante pour que je refuse de faire quoi que ce soit avec elle, alors imaginez les trois ensemble. Comme je viens pour passer, elle pose sa main directement sur mon entrejambe et essaye de m’embrasser. Je la bouscule sans considérations en passant mon chemin, mon sac de cinquante livres de sucre à glacer sur l’épaule. Elle n’insiste pas. Je suppose que le lendemain elle a eu honte de son comportement parce que dans la journée elle est revenue afin de rendre son uniforme ainsi que sa démission.

Sylvie était une petite aux cheveux bruns frisés avec taches de rousseurs et une petite voix timide.  Ce qu’elle me disait, par contre, ne contenaient aucun degré de timidité.  J’avais souvent droit à des confidences sur ses préférences sexuelles, comme par exemple: « Pour moi, la journée idéale, c’est me faire baiser au matin avant le travail, puis au retour du travail avant souper, puis après souper, puis après le bain avant de dormir », ou bien « Me faire pénétrer, je trouve ça aussi délicieux en arrière qu’en avant. », ou bien des agaceries du style de « C’est dommage qu’on ne travaille pas seuls, on pourrait aller s’enfermer dans les toilettes pour une petite vite. »  Bien sûr, si je répondais positivement à ses propositions, elle trouvait toujours un truc pour nous empêcher.  Elle a été obligée d’arrêter au bout de quelques mois.  Sa grossesse devenait trop évidente pour qu’elle puisse me cacher plus longtemps la vraie raison pourquoi ce n’était que du harcèlement vide: Elle avait un chum, avec qui elle habitait depuis deux ans.  

Hélène, 21 ans, était une superbe métisse au teint cuivré et à cheveu de corbeau, ce qui est surprenant puisque les corbeaux n’ont que des plumes.  Avec elle, c’était un peu différent.  Dès le départ, elle m’a fait comprendre que je n’aurais aucune chance car elle n’en a que pour les hommes qui ont l’âge d’être son père. Ceci précisé, elle me parlait de cul sans cesse, se décrivait comme une nympho, me taquinait, m’agaçait, m’allumait.  Bon, j’avoue que ça m’allumait moins lorsqu’elle me racontait que l’été précédent, alors qu’elle travaillait avec une équipe de rénovation, elle s’était tapée un collègue de 40 ans dans un appartement vide sur lequel ils travaillaient.  Puisque j’avais 23 ans, j’étais dégoûté à l’idée d’un gars dans la quarantaine qui se fait une fille 20 ans plus jeune.  (Je changerai d’idée en atteignant moi-même la quarantaine, étrangement.) 

Ensuite, il y a eu Isabelle l’infidèle, dont j’ai déjà parlé dans ce billet Elle aussi avait un chum, elle aussi habitait avec lui, et elle aussi ne cessait de me draguer.

Christine ressemblait à une jeune Brigitte Nielsen.  Elle m’invite, après notre quart de travail nocturne, à aller déjeuner à un resto du quartier, car elle a quelque chose d’assez important à me dire. Je trouve ça un peu étrange car nous n’avons jamais été autre chose que camarades de travail, mais bon, j’accepte.  Au resto, elle m’explique qu’elle est célibataire depuis trop longtemps à son goût, elle insiste comme quoi elle ne veut surtout pas de relation de couple stable, mais qu’elle a des manques du côté sexuel, et qu’elle n’est pas du genre à avoir des histoires d’un soir ni de coucher avec n’importe qui.  Voilà pourquoi elle me propose une relation de simple collègues de travail devant tout le monde, mais en privé on serait amants.  Je ne m’attendais certainement pas à ça.

Et tout ça durant les deux ans où j’ai travaillé à cet endroit.  De la part de minces comme de grosses, de petites comme de grandes, de belles comme de laides, de célibataires comme en couple.  Et ce n’est pas parce que j’étais exceptionnellement beau ou athlétique.  Bien au contraire. Voici une photo de moi datant d’avril 1991, pendant cette période. 
Remarquez que ce n’est pas non plus comme si toutes les femmes qui subissent le harcèlement sexuel ou même le viol étaient des top-modèles. 

Ces sept filles représentaient, au meilleur de mes souvenirs, le tiers ou le quart de celles avec qui j’ai travaillé durant cette période.  Et  ceci n’était qu’à mon premier travail.  

À SUBIR

La conflictuodépendance : La logique derrière l’illogisme.

Comme je l’ai déjà écrit, une personne manifeste sa personnalité  conflictuodépendante lorsqu’elle cherche querelle à autrui en passant à travers les dix étapes successives que voici:

ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant. 

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste. 

ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.

Et voilà qu’arrive le sujet du billet d’aujourd’hui :

ÉTAPE 5, et celui-ci est non seulement le plus illogique de tous, c’est à partir de ce point que l’on voit qu’il s’agit de conflictuodépendance et non d’une simple querelle banale: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.

Et en effet, avouez que c’est très illogique. S’il est important pour quelqu’un de descendre les autres plus bas que soi, pourquoi essayer le faire en se tirant dans le pied de cette façon?   Je veux dire, prenez les exemples que j’ai déjà donné dans les billets précédents :

  • Mon père. S’il avait vraiment voulu me descendre, ce n’était pas les arguments qui manquaient. Par exemple, il aurait pu m’engueuler sur le fait que je méprisais le travail physique. Il aurait pu m’accuser d’être un snob qui se croit bien meilleurs que lui.  Un ingrat, alors qu’il me fournit gite et couvert. Ça aurait eu le mérite d’être vrai. Mais non, il choisit plutôt de m’accuser mensongèrement d’être un BS, ce qui est faux dans mon cas, et vrai dans le sien. Et il le fait avec mépris.
  • Pareil pour Geneviève. Elle aurait pu me faire des remarques sur le désordre dans ma chambre, ou du fait que je ne nettoyais jamais la salle de bain après utilisation. Ça aurait eu le mérite d’être vrai. Mais non, elle choisit plutôt de m’accuser mensongèrement d’avoir besoin de soins psychiatriques, ce qui est faux dans mon cas, et vrai dans le sien. Et elle le fait avec mépris.
  • Tamara? Je ne sais pas de quoi elle aurait pu m’accuser car c’était notre première rencontre, elle ne pouvait pas connaître mes travers. N’empêche qu’elle a choisi de m’accuser mensongèrement d’avoir l’esprit fermé envers ceux dont les préférences sexuelles sont différentes des miennes, ce qui est faux dans mon cas, et vrai dans le sien. Et elle l’a fait avec mépris.

Attaquer l’autre sur un défaut qu’ils ont eux-mêmes, ce n’est que la première moitié de l’illogisme de ce comportement. La seconde moitié, c’est leur choix de victime. Car en effet…

  • Si mon père ressentait le besoin de mépriser les BS, pourquoi a t-il choisi de s’attaquer à quelqu’un qui ne l’était pas?
  • Si Geneviève ressentait le besoin de mépriser ceux qui ont besoin de soins psychiatriques, pourquoi a t-elle choisi de s’attaquer à quelqu’un qui avait toujours été sain d’esprit?
  • Si Tamara ressentait le besoin de mépriser les gens qui ont l’esprit fermé, pourquoi a t-elle choisi de s’attaquer à quelqu’un qui avait l’esprit ouvert?

Admettons que mon père s’était attaqué à un BS en le traitant de BS. Le plus qu’il risquait, c’est de se faire répondre : « Heille, t’es su’l’BS toé aussi, fa que t’es pas mieux que moi! » Par sa réponse, mon père entendrait « Toi et moi, sommes à égalité! » Par contre, s’il s’attaque à un travailleur en le traitant de BS, il est évident que ce dernier, piqué au vif par par cette accusation injuste parce que fausse, va immédiatement vouloir lui remettre les pendules à l’heure. Il va donc répliquer : « Non! Je travaille, MOI! Le BS, c’est TOI. » Et ça, aux oreilles de mon père, ça se traduit par : « Je vaux mieux que toi! »  Et c’est ÇA que le conflictuodépendant veut entendre de la part de sa cible.

ÉTAPE 6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.

Car oui, ce point faible est si honteux qu’il lui cause de terribles complexes.

  • Mon père a du mal à assumer d’être sur le BS. La preuve: C’est avec mépris qu’il lance des accusations à ce sujet.
  • Geneviève a du mal à assumer d’avoir besoin de soins psychiatriques.  La preuve: C’est avec mépris qu’elle lance des accusations à ce sujet.
  • Tamara a du mal à assumer d’être, à ses propres yeux, une salope.  Elle n’a donc pas l’esprit aussi ouvert qu’elle voudrait (se) le faire croire.  La preuve: C’est avec mépris qu’elle lance des accusations à ce sujet.

Où est la logique de chercher à se faire contre-attaquer sur un défaut que l’on a par quelqu’un qui ne l’a pas, surtout si ce défaut nous donne des complexes? Parce que s’il est impossible de fuir le sentiment de mépris lorsqu’il vient de soi-même, il est beaucoup plus facile de l’ignorer si ça vient de quelqu’un d’autre.  Surtout si on arrive à se convaincre soi-même que l’autre a des motivations cachées pour agir ainsi.

Et voilà pourquoi le conflictuodépendant a d’abord passé par l’ÉTAPE 4:  Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.  Parce qu’en combinant l’étape 4 avec la 5 (Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux) et la 6 (manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux), ça lui permet de faire ceci:

  • Mon père sous-entend que mon âge fait de moi un je-sais-tout qui croit détenir la vérité absolue: « Christ d’enfants de cul de tabarnak, il faut toujours qu’ils aillent raison, hostie. » Ainsi, ce n’est plus sa conscience qui le méprise parce qu’il est sur le BS.  C’est moi!  Et moi, il peut prétendre que si je l’attaque là-dessus, c’est à cause que je suis un p’tit christ de jeune qui pense qu’il a tout le temps raison.
  • Geneviève sous entend que je suis misogyne, avec: « Tu l’sais-tu c’est quoi ton vrai problème, toé? C’est que ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! » Elle sous-entend que je suis immature avec « Ayoye! Préférer déchirer pis flusher la lettre plutôt que de me laisser la voir. Hostie que t’es bébé, man. C’est vraiment pas la maturité qui t’étouffe. »  Enfin, elle sous-entend que je suis cruel et que j’aime rabaisser les autres, avec: « Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  […]  C’est drôle, hein? C’est drôle de niaiser une fille sur la période où elle n’a jamais été aussi bas de toute sa vie? Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? » Ainsi, ce n’est plus sa conscience qui la méprise parce qu’elle a des troubles psychiatriques.  C’est moi!  Et moi, elle peut prétendre que si je l’attaque là-dessus, c’est à cause que je suis un misogyne, un immature, un chien sale qui aime rabaisser les autres et les frapper pendant qu’ils sont par terre.
  • Et Tamara sous-entend que je la juge et que je la traite de salope.  C’est du moins ce que m’a rapporté mon amante Julie en me disant: « C’est parce que pour elle, le fait que tu lui ais dit que t’étais straight, sans vouloir essayer autre chose, c’est comme si tu lui disais que c’t’une salope d’être bi. » Ainsi, ce n’est plus sa conscience qui la méprise parce qu’elle couche avec n’importe qui.  C’est moi!  Et moi, elle peut prétendre que si je l’attaque là-dessus, c’est à cause que je suis un jugemental a l’esprit fermé qui la traite de salope.

Tant et aussi longtemps que c’était sa propre conscience qui le méprisait pour ce point honteux, le conflictuodépendant ne pouvait pas fuir ce complexe.  Mais là, en remplaçant sa conscience par un bouc émissaire extérieur, et en lui prêtant des intentions malveillantes,  il change cette réalité insupportable contre une qu’ils peut plus facilement assumer.  Et ceci, inconsciemment, était le but véritable du conflictuodépendant. Ce but étant atteint, ils vont à:

ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.

La preuve comme quoi son but était de faire semblant que son complexe est causé par une personne malveillante et non sa propre conscience: À partir du moment où il a atteint ce but, il perd brusquement intérêt au conflit, alors que jusque là il insistait non-stop pour le prolonger .  Il passe donc à:

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé.

Et il le fait à toute vitesse, car il ne faut surtout pas laisser à l’autre le temps de lui remettre la vérité en face. C’est ce qu’a fait…:

  • Mon père, qui quitte la pièce et la maison en gueulant, m’interrompant alors que je lui disais ses quatre vérités.
  • Geneviève, qui part s’enfermer dans sa chambre et hurle pour s’assurer qu’elle ne puisse plus m’entendre répliquer.
  • Tamara, qui met la musique à tue-tête dans l’auto, empêchant la conversation de continuer.

Il ne leur reste plus qu’à s’assurer que l’autre ne contamine pas leurs amis communs avec la vérité sur leur conflit. D’où:

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.

Dans ce but, la personne conflictuodépendante se montrera soudain très amicale, gentille, complice et proche avec leurs amis communs.  Elle ne manquera pas de glisser à chacun, au détour de conversations, les conclusions qu’elle a si sophistement créées à l’étape 4, comme quoi la raison du conflit est que l’autre est un prétentieux, un misogyne, un être louche au comportement narcissique, un salaud qui aime rabaisser les autres, etc. Bref, n’importe quoi sauf reconnaître son propre comportement de merde, et encore moins reconnaître qu’il est causé par ses propres complexes.  L’important, c’est de convaincre les gens que l’autre est une personne tellement méprisable que toute opinion de sa part ne devrait avoir aucune valeur.

ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Normal: L’autre est celui qui connait la vérité à son sujet.  Il faut donc l’éliminer car il en sait trop, ou du moins l’amener à prendre sur soi tous les torts en relation avec cette querelle.

Mais bon, comme tous ceux qui ont un problème de comportement, la personne conflictuodépendante ne peut s’empêcher d’être ce qu’elle est.  Tôt ou tard, elle recommencera à chercher querelle à son entourage, en commençant généralement (et illogiquement) par ceux à qui elle s’est plaint le plus de son conflit précédent.

Autrement dit, même si vous ne vous débarrassez pas de cette personne toxique parce que vous êtes patient et compréhensif, sa dépendance aux conflits l’obligera éventuellement à prendre ses distances avec vous.  Et elle le fera en vous faisant porter la responsabilité pour le conflit qu’elle ira elle-même mettre entre vous.  Malheureusement, ne croyez pas qu’elle va lâcher le morceau contre vous.  Elle est parfaitement capable de tenter de vous salir publiquement pendant les 5, 10, 20, 30 années à venir.

La Conflictuodépendance: Barcelone, 1964.

Tout d’abord, voici une image de profil de l’acteur français Alain Delon, tirée de l’un des films qui en fit l’idole des foules en Europe  dans les années 60.

Le rapport?  Cette BD que je vous ai promis il y a quelques temps.   Elle est tirée de l’album autobiographique Les Professionnels de Carlos Gimenez, dans lequel il décrit un ex-collègue de travail qui a exactement le profil-type d’un conflictuodépendant.  Ça se passe à Barcelone, vers 1964, dans les bureaux d’un magazine de bandes dessinées.















Dans cette histoire, Cervantés passe à travers les 10 étapes, déjà décrites dans ce billet, qui démontrent sa conflictuodépendance: 

ÉTAPE 1: Cherche querelle à une personne calme et sans histoire.  Pablito cherche juste à travailler en paix.  Le fait que Cervantés le provoque dans la joie et non la haine, comme c’est souvent le cas avec les conflictuodépendants, ne change rien au fait qu’à la base, son but est d’écraser l’autre, de prouver être son supérieur.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant. Ici, c’est la beauté, les fléchettes…

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.  Il est en effet très insistant: Beauté, grandeur, fléchettes, flipper et bras de fer.

ÉTAPE  4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre. Comme quand il lui dit: « T’as peur, hein?  Tu sais que je suis bien plus fort que toi. », au lieu de simplement reconnaître que Pablito veut juste travailler en paix.

ÉTAPE  5: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.  Dans ce cas-ci, son professionnalisme.

ÉTAPE  6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.  En effet, Pablito force Cervantés à reconnaître qu’il n’est pas si professionnel qu’il le prétend.

ÉTAPE  7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.  Ici, il ne se plaint pas verbalement.  Mais son air de chien battu passe le message très bien à leurs collègues dans le studio.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé. Cervantés quitte la pièce.

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre. Deux fois.  Au début, lorsqu’il demande à leur collègue Adolfo de trancher sur qui est le plus beau.  Adolpho refuse de s’en mêler.  Alors il le fait une seconde fois, passivement, avec son air triste.  Là ça réussit, ce qui pousse Adolfo à dire à Pablito qu’il n’aurait pas dû.  Mieux encore, cette fois, Adolfo convainc Pablito à être d’accord comme quoi Cervantés est le plus beau, sujet sur lequel il avait d’abord refusé de trancher.

ÉTAPE  10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.  Pablito se sent coupable, en effet.  Et alors qu’il vient faire la paix en lui offrant une cigarette, Cervantés le punit en recommençant à le rabaisser, cette fois-ci sur leurs choix de tabacs.

Les seuls moments où Cervantés n’a pas l’air déprimé,  c’est lorsqu’il tente de rabaisser Pablito.  Ce qui démontre non seulement qu’il s’agit d’une personne qui souffre d’une basse estime de soi, son bien-être dépend des conflits, ce qui en fait un conflictuodépendant.  Puisque l’histoire se passe en Espagne dans les années 60, ça prouve que ce genre de comportement, et la personnalité qui vient avec, est universel et intemporel.  

Je dois admettre que d’essayer de lui faire accroire qu’il ressemblait à Alain Delon de profil était un coup de génie.  D’abord, parce qu’il lui serait difficile de se voir de profil dans le miroir.  Ainsi, il est obligé de croire les autres sur parole. Ensuite, parce que grâce à cette prétendue ressemblance, son Ego est gonflé en permanence.  Il n’a donc plus besoin d’emmerder ses collègues en essayant de les  rabaisser plus bas que lui.  Ce qui en revient à dire que si vous avez un conflictuodépendant dans votre entourage, le seul moyen de vous éviter ses tentatives de vous rabaisser, c’est de le complimenter faussement sur un sujet qui lui tient à coeur. 

Ironiquement, il est fort possible que Cervantés était vraiment supérieur à Pablito en beauté, grandeur, fléchettes, flipper et bras de fer. C’est juste que son insistance à aller chercher l’autre pour le rabaisser sur ces points, ça fait de lui une personne désagréable.  Personnellement, avoir été à la place de Pablito, non seulement je n’aurais jamais essayé de faire la paix avec un tel enfoiré, je n’aurais eu aucun remord à le laisser misérable, en le forçant à regarder ses travers en face.  Mais bon, quand il s’agit de quelqu’un que l’on est obligé de revoir sur une base presque quotidienne (collègue de travail, voisin, famille, colocataire), je peux comprendre que laisser ses illusions à un tel déficient social, c’est un faible prix à payer pour ne pas pourrir l’ambiance.

Ah, en passant…

C’est lui, Fernandel.

Faut avouer qu’il y avait ressemblance, en effet.  Plus qu’avec Delon en tout cas.

Quelques exemples flagrants des 10 étapes de la conflictuodépendance

D’abord, offrons-nous un moment de détente et tapons-nous la version française de la page du dimanche de la série Peanuts, du 8 aout 1965.


Qu’est-ce qu’on rigole!

Bon! Passons maintenant aux choses sérieuses.  La raison pour laquelle j’ai remis sur le net, après cinq ans d’absence, une version retravaillée de Geneviève la coloc de l’enfer, c’est parce que je me suis rendu compte que cette dernière avait posé exactement les mêmes gestes que d’autres personnes conflictuodépendantes dont j’ai déjà parlé ici dans plusieurs de mes textes.  

Dans le second billet de cette série, je reproduis une scène tirée de ma série Fantasme -VS- réalité: Le ménage à trois dans laquelle une fille nommée Tamara a un tel comportement.  Dans un autre billet intitulé Un rendez-vous traumatisant, ma blind date me joue cette scène:

Et ça continue comme ça, jusqu’au moment où elle décide de donner un virage sexuel à la conversation. Elle le fait avec cette question:

ELLE: T’as-tu déjà baisé avec des gars?

Et voilà! LA conversation classique que j’ai eu à subir des dizaines de fois par le passé. Je la connais tellement par coeur que je peux prévoir exactement ce qui va se passer, à quelques variantes près.  Et c’est parti pour un autre tour:

MOI: Non, je ne suis pas gai.
ELLE: Comment tu le sais?
MOI: J’ai couché avec 20 filles, zéro gars, et j’ai 4 enfants
ELLE: Avoir des enfants, c’est pas une preuve. Tu peux être bisexuel.
MOI: Non, chu hétéro.
ELLE: Tu peux pas en être sûr à 100%.
MOI: Ben oui j’peux. Je sais que j’aime les femmes, et je sais ce que je n’aime pas les hommes. Par conséquent, je sais que chu hétéro.
ELLE: Comment tu peux savoir que t’aimes pas ça si tu l’a jamais fait?
MOI: Je le sais parce que les hommes ne m’attirent pas.
ELLE: Ça veut pas dire que t’aimerais pas ça.
MOI: J’aimerais pas ça parce que l’idée de me faire toucher par un homme dans un but sexuel, c’est suffisant pour me faire perdre ma libido. Je me souviens de la première fois où je me suis retrouvé dans une soirée orgiaque. Pour la première fois de ma vie, ce soir là, j’ai eu des problèmes d’érection. La présence d’autres gars tout nus me dérangeait.
ELLE: Je trouve que tu te défend beaucoup. Qui c’est que t’essayes de convaincre ici? Moi, ou bien toi-même?

Vous voyez le genre de mentalité? Si tu ne te défends pas, c’est parce que tu l’es. Si tu te défends, ça veut dire que tu l’es, mais essaye de le cacher. Peu importe ce que tu leur dis, à ces filles-là, rien ne leur fera changer d’idée à ton sujet.

L’expérience m’a appris une chose importante dans ce genre de situation: Quand une fille insiste à mort comme quoi tu es bi, si tu ne veux pas gâcher la soirée, alors dis-lui ce qu’elle veut entendre. La date ayant déjà assez mal commencé comme ça à mon goût, ça ne me tente pas d’en rajouter en la contrariant. Je lui donne donc ce qu’elle veut:

MOI: Oui, une fois, quand j’habit…

Elle fait immédiatement une moue de dégoût et m’interrompt en disant:

ELLE: YARK! T’es ben dégueulasse!

Eh oui, son insistance à me faire avouer une relation fifosexuelle n’était pas pour tester mon ouverture d’esprit. C’était juste dans le but de pouvoir me descendre verbalement encore une fois.  J’ai déjà subi des attaques totalement gratuites dans le passé, mais c’était la première fois qu’on prenait la peine de mettre autant d’effort pour me tendre un tel piège.

Et dans cet autre billet de la série Harceler Nathalie, mon père me joue sa version de la chose:

Comme d’habitude, dès qu’il me voit, il me tombe dessus en gueulant.  Et moi, tout en marchant vers la porte de l’escalier qui mène à ma chambre, je réponds avec calme :

PÈRE : Veux-tu ben m’dire où c’est que t’étais allé trainer, encore?
MOI : À Montréal!
PÈRE : T’as pas une crisse de cenne pis tu t’en va dépenser à Montréal?
MOI : Non, je suis allé porter mes dessins à Échec et Maths, et recevoir ma paye.
PÈRE : Tu vas jamais rien faire de bon dans’ vie avec tes p’tits crisses de dessins.
MOI : Je fais de l’argent, c’est déjà ça.
PÈRE : « J’fais d’l’argent, j’fais d’l’argent! » Han han! Toutte pour pas travailler.
MOI : Si tu le dis!
PÈRE : Je l’sais moé c’est quoi qu’tu veux faire.
MOI : Bon ben dis-moi le, comme ça moi aussi je vais le savoir.
PÈRE : TU VEUX PAS TRAVAILLER, CALICE! TU VEUX JUSTE TE FAIRE VIVRE PAR LES AUTRES EN TE POGNANT L’ CUL!

La perche qu’il me tend est beaucoup trop belle pour ne pas être attrapée à 2 mains. Je m’arrête, je me retourne et le regarde.  Puis, de façon calme, hautaine et méprisante, je lui réponds :

MOI : J’en connais un autre, moi, qui ne travaille pas, pis qui se fait vivre par les autres en étant su’l’BS.

Sur ce, je me retourne et descends l’escalier tranquillement, sans me presser.  Après quelque secondes de silence dans lequel il n’a pas l’air de croire que j’ai pu oser lui répondre de cette façon, il se met à m’engueuler d’une tirade composée majoritairement de mots d’église. Ça me passe 10 pieds par-dessus la tête.

Le soir venu, ma mère vient me rejoindre dans ma chambre alors que je travaille sur d’autres illustrations. Elle me parle doucement, timidement, voire même un peu inquiète.

MÈRE : Ton père m’a dit que tu l’avais niaisé aujourd’hui parce qu’y’é su’l’BS…
MOI : Pardon? C’est lui qui m’accuse faussement de ne pas travailler.  Tu le vois bien, je dessine, là, et je suis payé pour ça.  Si c’est pas du travail, c’est quoi?
MÈRE : Je l’sais ben! Mais tu devrais pas faire exprès pour le provoquer.

L’injustice de cette nouvelle accusation me pique au vif.

MOI : Le provoquer? Moi, le provoquer? C’est lui qui vient me chercher, qui me tombe dessus en m’accusant de pas travailler alors que c’est même pas vrai… Pis c’est moi qui le provoque LUI?
MÈRE : Tu lui as répondu!
MOI : J’ai juste dit la vérité.
MÈRE : T’aurais pu rester poli!

« Être poli! »  Une façon polie (justement) pour les parents de dire « Farme ta yeule! » quand ils sont trop orgueilleux pour être capable de reconnaître que tu as raison et qu’ils ont tort.

MOI : Pis lui, il l’est-tu, poli, avec moi? Toujours à me traiter de p’tit crisse de paresseux qui fera rien de bon dans’ vie pis qui va passer sa vie su’l’BS alors que lui-même y’a passé le trois quart de sa vie su’l’BS ou sur le chômage.
MÈRE : Je l’sais ben, mais r’garde… Tu l’sais que c’est un chialeux. Y’é d’même, y va pas l’changer à l’âge qu’y’ést rendu. C’t’à toi d’être le plus intelligent des deux pis de le laisser parler sans t’en occuper, pis y va arrêter.

Non mais c’est quoi ce raisonnement de merde? Elle est déconnectée de la réalité ou bien quoi?

MOI : Non! Toute ma vie, je me suis écrasé pis je t’ai vu t’écraser devant lui. Pis y’as-tu arrêté? Jamais! Si personne ne lui répond, si personne ne lui dit jamais « Heille, ça suffit! », il va jamais arrêter.
MÈRE : Tu vas juste empirer la situation.  Regarde, t’es pas si pire que ça.  Ça fait 21 ans que tu l’endures, alors que moi ça en fait 23.
MOI : Non : Toi tu l’as juste enduré la moitié de ta vie. Alors que moi c’est ma vie complète.  Y’a des limites, il faut que ça arrête!
MÈRE : Écoute, sois plus intelligent.  Fais-le pour moi, ok? Tu l’sais que chus pas capable de vivre dans’ chicane.

Geneviève la coloc de l’enfer contient deux exemples.  Le premier, dans la scène où nous traversons la ville en auto:

Une journée en particulier, je me suis vite rendu compte qu’elle essayait juste de me faire frustrer. Histoire de voir à quel point, j’ai décidé de faire exprès pour répondre à chacune de ses attaques par une phrase dite avec calme, zen et sans contradiction.

 « Qu’est-ce que tu fais, là? Tasse-toé, j’viens de te dire de tourner icite. »
« Je ne peux pas, c’est un sens unique, tu vois la pancarte!? »
« Ben t’es donc cave. Pourquoi t’es pas arrivé deux rues plus à gauche d’abord? »
« C’est fermé pour travaux. »
« Franchement, si tu le savais que c’était fermé, pourquoi t’allais par-là tantôt? »
« J’ai seulement appris que c’était bloqué quand j’ai vu les panneaux de détour. »
« Ben oui, pis tu nous as pognés dans le trafic. »
« Désolé, la prochaine fois je me renseignerai. »
« Hostie qu’c’est con d’passer icite. »
« Possible! Mais c’est le seul chemin que je connais pour me rendre. »

« Tu connais pas grand chose. »
« Eh non. Hélas, je n’ai pas la connaissance des rues de Montréal d’un chauffeur de taxi. »
« Pas besoin d’être chauffeur de taxi. Lucien, lui, il sait par où passer pour se rendre partout rapidement. »
« Ah ça c’est normal, Lucien conduit dans Montréal depuis des années, soit bien plus longtemps que moi. »
« Pas rapport! J’conduis pas pis moi aussi j’le sais. »
« Excellent! Comme ça, grâce à toi, on ne pourra pas se perdre. »
« Bon! Bon! Bon! Ga’ lé là si y’é frustré! »

À celle-là, bien que je continue de parler calmement avec un petit sourire, je ne peux m’empêcher de lui lancer un petit sarcasme.

« Frustré ? Hum… Oui, je suppose qu’entre toi qui ne cesse de me lancer des insultes et moi qui te réponds calmement, j’imagine qu’en effet c’est moi, le frustré, ici. Oui, tu as parfaitement raison. »

Elle hausse le ton.

« Tu l’sais-tu c’est quoi ton vrai problème, toé? C’est que ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! »

Ok, wow!  Je sais qu’il y a des gens qui ont une haute estime de leurs propres opinions.  Et moi le premier.  Par contre, qu’une personne se croit tellement dans son droit de rabaisser un autre qu’elle considère que la seule raison pourquoi il se défend, c’est parce qu’il a des préjugés contre le sexe opposé?  Je n’avais encore jamais vu ça.  Ou bien j’accepte ses insultes, ou bien je suis misogyne…

Et la seconde, dans ce qui sera notre dernière confrontation.   En résumé: Elle voit que j’ai écrit une lettre.  Elle passe douze minutes à m’empoigner et me frapper et essayer de me l’arracher des mains.  Je me réfugie dans la salle de bain.  Elle passe huit autres minutes à tenter de forcer la serrure et à défoncer la porte.  Je n’ai d’autre choix, pour faire cesser ce cirque, de déchirer la lettre et l’expédier dans la toilette. Nous avons ensuite cet échange, qui commence lorsqu’elle me dit:

« Ayoye! Préférer déchirer pis flusher la lettre plutôt que de me laisser la voir. Hostie que t’es bébé, man. C’est vraiment pas la maturité qui t’étouffe. »
« Me faire sermonner sur la maturité par quelqu’un qui a passé vingt minutes à  essayer de voir du courrier qui ne la concerne pas.  Tu peux ben parler! »
« T’es malade, man! »
« Moi, chus un malade? »
« Pour préférer déchirer pis flusher une lettre plutôt que de laisser une autre personne la voir, faut être malade mental en tabarnak. »
« S’cuse, mais
aux dernières nouvelles, c’est pas moi qu’on a été obligé d’enfermer pendant trois mois à Douglas. »

Mes paroles lui font l’effet d’une gifle. Elle ouvre la bouche en écarquillant les yeux.  Après deux où trois secondes dans lesquelles elle n’a pas l’air de croire que je viens de lui dire ça, elle se met à gueuler.

« Hostie de chien! Hostie de calice de tabarnak de chien sale!  T’as pas d’affaire à me dire des écoeuranteries de c’te genre-là.  Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  Hein?  Tu penses-tu que chus fière d’avoir perdu l’été de mes dix-huit ans, enfermée dans un hôpital psychiatrique parce que j’étais trop décrissée moralement pour être même capable de manger?  J’AI FAITE UNE DÉPRESSION, CALICE!  C’est drôle, hein? C’est drôle de niaiser une fille sur la période où elle n’a jamais été aussi bas de toute sa vie? Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? »

Elle éclate en sanglots.

« TIENS, T’ES CONTENT, LÀ?  TU M’FAIS BRAILLER, TABARNAK! »

Sur ce, elle tourne les talons et entre dans sa chambre, fermant la porte dans un vacarme, et se met à pousser des hurlements qui ne sont entrecoupés que par des sanglots qu’elle pousse avec force.  Je n’arrive pas à croire la scène surréaliste qu’elle vient de me jouer.  Pour être certain que j’ai bien saisi la situation, je me la résume à voix basse.

« Elle vient dans ma chambre, me chercher querelle, et elle réagit comme si c’était moi l’agresseur.  Elle m’a attaqué physiquement, je me suis défendu verbalement, et elle agit comme si je l’avais frappée.  Elle me traite de malade mental alors que c’est elle qui a été suivie en psychiatrie.  Elle ne se gêne pas pour me lancer un nombre incalculable d’insultes et des fausses accusations, mais quand je lui dit une seule vérité objective, ça fait de moi un écoeurant de chien sale.  Où bien j’accepte ses abus et elle me traite en loser, ou bien je ne les accepte pas et elle me traite en agresseur.  Elle vient toujours me chercher pour déclancher la confrontation, et quoi que je fasse, elle s’arrange pour me donner le mauvais rôle. »

Quels sont les points communs de ces six exemples?  Le fait qu’ils passent par les dix étapes suivantes:

ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.

Tamara: Je voyage dans l’auto, calme et silencieux.
Mon père: Je rentre chez moi du travail.
La fille du rendez-vous: On jase de choses et d’autres.

Geneviève (en auto): Je conduit une auto.
Geneviève (la lettre): J’ai écrit une lettre qui ne la concerne pas.
Lucy:  Charlie Brown fait juste se tenir là en regardant ailleurs.

Bah ouais, pourquoi croyez-vous que j’ai mis cette BD en haut de cette page? Ça a beau être un exemple fictif, il représente très bien le sujet.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant. 

Tamara: Elle me demande si je suis bi.
Mon père: Je reviens de Montréal.
La fille du rendez-vous: Elle me demande si j’ai eu une expérience homosexuelle.
Geneviève (en auto): Il y a des rues fermées pour travaux
Geneviève (la lettre): Elle veut savoir ce que j’écris et à qui.
Lucy: Charlie Brown est peut-être d’accord avec elle.

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste. 

Je pense qu’il est inutile de reproduire de nouveau les dialogues, je suis sûr que vous vous souvenez de comment ils insistaient.  Verbalement pour la plupart, mais aussi physiquement dans le cas de Geneviève avec la lettre.  Et Lucy aussi, dans l’image 4.

ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.

Tamara: « Ah, moi, le monde qui ont des préjugés! »
Mon père: « Je l’sais moé c’est quoi qu’tu veux faire.  TU VEUX PAS TRAVAILLER, CALICE! TU VEUX JUSTE TE FAIRE VIVRE PAR LES AUTRES EN TE POGNANT L’ CUL! »
La fille du rendez-vous: « Qui c’est que t’essayes de convaincre ici? Moi, ou bien toi?« 
Geneviève (en auto): « Ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! »
Geneviève (la lettre): Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles? »   « Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? »
Lucy: Prétend que Charlie Brown l’insulte.

ÉTAPE 5, et celui-ci est non seulement le plus illogique de tous, c’est à partir de ce point que l’on voit qu’il s’agit de conflictuodépendance et non d’une simple querelle banale: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.

Tamara: Elle m’accuse d’avoir l’esprit fermé aux préférences sexuelles des autres, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et elle le sait.
Mon père: Il m’accuse de ne pas travailler et d’être un BS en puissance, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et il le sait.
La fille du rendez-vous: (Dans le billet et non dans l’exemple donné ici) Elle m’accuse de vouloir la baiser, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien. 
Geneviève (en auto): Elle m’accuse de frustrer, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et elle le sait.
Geneviève (la lettre): Elle m’accuse d’avoir des troubles psychiatriques, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et elle le sait.
Lucy: Accuse Charlie Brown de provoquer les hostilités, ce qui est faux dans le cas de Charlie et vrai dans le sien. et elle le sait.

ÉTAPE 6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.

Tamara: Lorsque je lui répond: « En fait, il me semble que la première chose qu’on est supposée démontrer quand on a un esprit ouvert, c’est avoir du respect pour les gens qui sont différents de nous. Par exemple: Toi t’es bi.  Donc t’es différente de moi qui suis straight.  Moi, je respecte ton orientation sexuelle et je ne la questionne pas, même si elle est différente de la mienne.  Pourquoi est-ce que faire pareil avec les autres, c’est si difficile pour toi?  « 
Mon père: Lorsque je lui répond: « J’en connais un autre, moi, qui ne travaille pas, pis qui se fait vivre par les autres en étant su’l’BS. »
La fille du rendez-vous: Inapplicable car je ne l’ai pas confrontée sur le sujet.  par contre, dans le billet, elle commence par me dire qu’elle ne me dévoilera pas où elle reste puisque je pourrais être un violeur.  Alors quand elle m’invite à aller chez elle, je décline.
Geneviève (en auto): « Frustré ? Hum… Oui, je suppose qu’entre toi qui ne cesse de me lancer des insultes et moi qui te réponds calmement, j’imagine qu’en effet c’est moi, le frustré, ici. Oui, tu as parfaitement raison. »
Geneviève (la lettre): « S’cuse, mais aux dernières nouvelles, c’est pas moi qu’on a été obligé d’enfermer pendant trois mois à Douglas. »
Lucy: Charlie Brown la frappe.

ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux..

Tamara: Mon amante m’a dit à ce sujet: « C’est parce que pour elle, le fait que tu lui ais dit que t’étais straight, sans vouloir essayer autre chose, c’est comme si tu lui disais que c’t’une salope d’être bi. »
Mon père: Ma mère m’a dit à ce sujet: « Ton père m’a dit que tu l’avais niaisé aujourd’hui parce qu’y’é su’l’BS… »
La fille du rendez-vous: Inapplicable puisque je ne l’ai pas confrontée, ni l’ais-je revu par la suite.
Geneviève (en auto): Inapplicable ici, mais elle se rattrape au centuple dans:
Geneviève (la lettre): « T’as pas d’affaire à me dire des écoeuranteries de c’te genre-là.  Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  Hein?  Tu penses-tu que chus fière d’avoir perdu l’été de mes dix-huit ans, enfermée dans un hôpital psychiatrique parce que j’étais trop décrissée moralement pour être même capable de manger?  J’AI FAITE UNE DÉPRESSION, CALICE! »
Lucy: « Ça suffit, Charlie Brown, j’en ai assez de tes insultes! » alors que c’est elle qui a amené le sujet.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il/elle a lui/elle-même créé.

Tamara: Fuit la discussion en mettant de la musique à tue-tête.
Mon père: Pas dans cette confrontation-là puisque c’est moi qui a quitté la pièce.  Mais dans la précédente, lors de l’incident de la TV, il est parti dehors au lieu de répondre à ma réplique.
La fille du rendez-vous: Inapplicable puisque je ne l’ai pas confrontée, ni l’ais-je revu par la suite.
Geneviève (en auto): Inapplicable ici, mais elle se rattrape au dans:
Geneviève (la lettre): … en allant s’enfermer dans sa chambre.
Lucy: S’enfuit en courant.

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.

Tamara: S’en est plaint à mon amante.
Mon père: S’en est plaint à ma mère.
La fille du rendez-vous: Inapplicable car nous n’avions pas de contacts en commun.
Geneviève (en auto et au sujet de la lettre): S’était plaint à Cassandra, notre coloc.
Lucy: Peut être applicable, si on prend le fait qu’elle a l’air de se plaindre à quiconque pouvant l’entendre lorsqu’elle hurle « IL m’a frappé! », au lieu de s’adresser directement à Charlie Brown en disant « TU m’as frappé! »

ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Tamara: Ça a abouti à ma rupture avec mon amante.
Mon père: Ma mère m’a sermonné, me traitant d’indélicat, d’impoli, et me sommant de continuer à endurer les abus de mon père sans rien dire, sinon ce sera de ma faute s’il lui fait vivre de la chicane.
La fille du rendez-vous: Inapplicable puisque j’ai coupé tout contact avec elle.
Geneviève (en auto): M’accuse d’être misogyne.
Geneviève (la lettre): « TIENS, T’ES CONTENT, LÀ?  TU M’FAIS BRAILLER, TABARNAK! »
Lucy: Lui fait faire une crise de culpabilité, et lui casse la gueule en beauté.

Mais pourquoi est-ce que tous ces gens qui ne se connaissant pas et qui viennent tous de milieu différents agissent de la même façon?  C’est qu’à la base, ils ont tous Le même point commun:

POINT COMMUN DE BASE:  Toutes ces personnes semblent souffrir de basse estime de soi-même, soit de façon naturelle, soit provoquée par leur entourage. 

Tamara: Est une ex-abusée sexuelle et domestique, qui a quatre enfants de quatre pères différents.
Mon père: Était un bâtard, à une époque où ça dérangeait le village, qui l’ont donc méprisé durant toute sa jeunesse. (Les années 1940-50.)
La fille du rendez-vous: Je ne l’ai pas connu assez pour le savoir.  Cependant, il est possible qu’elle souffrait de complexes en rapport à son physique, que je décris dans le billet: « (elle avait un surplus de poids et ) était une géante de plus de six pieds avec des épaules comme un joueur de football. Je ne fais que 5’7″ et j’étais loin d’être un athlète. Et bien qu’elle était quand même trop petite pour souffrir de gigantisme, elle en avait quand même quelques caractéristiques physiques, comme le front large, le menton surdéveloppé et un sourire qui montre deux fois plus de gencives que de dents. « 
Geneviève:  Abusée et rabaissée par son entourage, a fait un séjour en hôpital psychiatrique.
Lucy: Inapplicable puisque c’est un personnage fictif.

Voilà pourquoi on dirait que leur bien-être dépend de leur capacité à rabaisser les autres plus bas qu’eux, ce qui expliquerait pourquoi ils réagissent aussi mal lorsqu’on leur en empêche.  Ils sont dépendants de ces conflits, donc conflictuodépendants.

Il y a des situations conflictuelles qui nous permettent d’en apprendre plus sur soi-même, ainsi que dans nos rapports avec les autres.  Je l’ai déjà démontré au début du second billet lorsque je liste les trois raisons qui poussent les gens à initier un conflit.  Ainsi, si l’on prétend que tous ceux qui viennent nous chercher conflit, sans exception, sont conflictuodépendants, c’est croire qu’il est impossible que l’on soit dans le tort, et c’est démontrer que l’on souffre de narcissisme.

Par contre, quand quelqu’un cherche à descendre un autre plus bas que lui-même, et qu’il le fait en passant à travers les 9 premières étapes décrites ici, alors là, il est pertinent d’affirmer que nous avons affaire à une personne qui souffre de conflictuodépendance.


PS: Pour conclure cette étude, j’aurais aimé publier une BD tirée de l’album autobiographique Les Professionnels de Carlos Gimenez, dans lequel il décrit un ex-collègue de travail qui a exactement le profil-type d’un conflictuodépendant.  Puisque l’histoire se passe en Espagne dans les années 60, ça montre que ce genre de personnalité est universel et intemporel.  Hélas, suite à mon déménagement récent, je ne ai pas encore retrouvé l’album.  Mais ça ne saurait tarder.