Reconnaître le manque d’intérêt de l’autre à ton sujet

S’il y a une catégorie de personnes avec qui il ne faut surtout pas perdre son temps, ce sont ceux qui ne ressentent aucun intérêt pour nous.  Hélas, comme le dit le cliché, c’est plus facile à dire qu’à faire.  C’est surtout à cause que peu de gens auront l’honnêteté ou le courage de nous avouer franchement leur manque d’intérêt.   

Il y a une trentaine d’années, j’ai appris à la dure à faire la différence entre une personne intéressée et une qui ne l’est pas. Et les années qui ont suivi ont confirmé mes conclusions à l’effet que le manque d’intérêt se voit dans plusieurs de leurs comportements.  L’un des signes les plus clairs, et incidemment le plus frustrant, c’est la contradiction entre leur manière d’agir avec nous, et leurs agissements avec une autre personne. Par exemple:

La personne intéressée excuse, la personne non-intéressée accuse.
C’est quelque chose que l’on voit souvent chez ceux et celles qui s’intéressent à une personne peu recommandable. Ils vont trouver toutes sortes d’excuses pour les frasques et autres mauvais comportements de cette personne.  Tout ça pour se justifier de l’aimer. Inversement, lorsque ces gens ne sont pas intéressés à une personne, ils vont lui trouver tout un tas de défauts, quitte à exagérer, et même en inventer s’ils n’ont rien de pertinent à lui reprocher. Tour ça pour se justifier de ne pas l’aimer.

La personne intéressée t’invite, la personne non-intéressée t’évite.
Ça se voit dans plusieurs situations. Par exemple, la personne qui organise une sortie dans laquelle elle invite tout le monde, sauf toi. Ou dans le couple, comme je l’ai déjà vécu autrefois, alors que ma copine a radicalement changé de comportement avec moi. Par exemple, au début de la relation, elle me disait des « NOUS irons au cinéma, NOUS irons au bar, NOUS irons à une fête » … Et quelques semaines plus tard, son discours était « JE vais aller au cinéma, JE vais aller au bar, JE vais aller à une fête. »

Il se trouve qu’elle avait rencontré un type qui lui plaisait plus que moi, et qu’elle avait commencé une relation avec lui, sans me le dire. Alors pour ne pas « être la méchante de l’histoire » en me laissant tomber pour un autre, elle a préféré me ghoster dans le couple, histoire que je m’écoeure de la situation et ce soit moi qui casse.

Évidemment, moi, trop naïf pour imaginer son manque d’honnêteté, je ne comprennais pas pourquoi elle s’éloignait. J’ai passé deux mois à souffrir moralement de la voir s’éloigner, et à tout faire pour comprendre son changement de comportement, et à tout essayer pour la faire revenir à de meilleurs sentiments. Je lui ai même offert une porte de sortie, en lui disant que si elle n’était plus intéressée à ce que l’on soit en couple, elle n’avait qu’à me le dire. Je vais comprendre et accepter, sans même lui demander de se justifier. Et le lui ai offert non pas une, mais bien deux fois. À chaque fois, elle me répondait les excuses classiques comme quoi « elle était surmenée en ce moment », et que « j’imaginais son éloignement » et que « tout était dans ma tête. » Il a fallu qu’une amie que nous avions en commun prenne pitié de moi, après m’avoir vu me me démener dans cette situation sans issue pendant deux mois, pour enfin mettre fin à ma torture morale en venant me révéler la situation réelle.

La personne intéressée suggère, la personne non-intéressée va se taire.
Tu suggères une sortie à une date précise.  L’autre personne te répond être désolée mais elle a un autre truc à son horaire ce jour-là.  Ce n’est pas nécessairement un signe de manque d’intérêt.  Les horaires conflictuels, ça arrive.  Cependant, si l’autre ne te suggère aucune autre date et/ou activité en retour, c’est parce qu’elle n’est pas intéressée.

Depuis, plus rien.

En fait, même lorsqu’elle te suggère une activité de rechange, si elle garde le silence à ce sujet jusqu’à la date où devrait se dérouler la dite activité, c’est parce qu’elle n’a toujours aucun intérêt à la faire avec toi. Elle n’a suggéré cette date ultérieuse que parce qu’elle cherchait à gagner du temps, en espérant que tu oublies.

Et ne croyez surtout pas qu’elle a simplement oublié. Une personne qui ressens de l’intérêt pour quelqu’un ne va jamais oublier une activité prévue avec cette personne.

La personne intéressée accepte, la personne non-intéressée s’objecte.
La personne qui t’intéresse a certaines préférences en matière de candidat potentiel pour le couple. Qui n’en a pas!? Mais lorsque tu réponds parfaitement à ces critères, et qu’elle ne démontre toujours aucun intérêt pour toi, il faut se rendre à l’évidence comme quoi ce n’était qu’une excuse bidon.

Il correspond pourtant au critère qu’elle lui a imposé.

Ce qui est le plus frustrant, c’est lorsque l’on voit cette même personne s’en aller ensuite dans une relation avec quelqu’un qui ne possède nullement ces critères qu’elle t’imposait. Cette situation a au moins l’avantage de te montrer clairement à quel point tu perds ton temps à tenter de poursuivre toute forme de relation avec cette personne.

La personne intéressée t’implique, la personne non-intéressée t’isole.
C’est quelque chose que l’on voit dans les couples, lorsque l’un demande à l’autre de faire une pause car il/elle « a besoin de réfléchir au sujet de nous deux. » Autant par observation que par expérience personnelle, dans 100% des cas, la personne qui donne cette raison vient de rencontrer quelqu’un qui l’intéresse plus que la personne avec qui elle est déjà en couple. Ce temps de réflexion qu’elle demande, c’est en fait du temps pour s’essayer de séduire l’autre.

Soyons réalistes : si tu es intéressé à sauver ton couple, tu va impliquer dans le processus de réflexion la personne avec qui tu sors, non? Si tu ne veux pas l’impliquer, c’est parce que tu cherches un moyen de fuir cette relation, n’est-ce pas? Ben voilà! C’est pareil pour tout le monde.

En conclusion, si la personne démontre un manque d’intérêt pour toi : Décroche! Ne confronte pas la personne. Ne lui fais pas de reproches. Ne la force pas à tenir ses promesses. Ne lui demande pas de se justifier. Ne salis pas sa réputation. N’en parle pas. Évite le sujet. Peu importe la raison pourquoi la personne n’est pas intéressés à toi, le fait demeure qu’elle n’est pas intéressée à toi. À partir de ce moment-là, tout ce que tu ferais à ce sujet te donnerait le mauvais rôle, voire une réputation entachée par accusations de harcèlement. Avoir de l’intéret ou non pour quelqu’un, ça ne se contrôle pas. Personne ne devrait se faire reprocher, et encore moins se justifier, de ne pas ressentir d’intérêt pour autrui. Alors l’option la plus pertinente dans ce cas-là, la seule en fait, c’est : Décroche!

Et n’oublie jamais cette vérité universelle : La personne intéressée va trouver des solutions, la personne non-intéressée va trouver des problèmes.

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7 raisons pourquoi il est difficile de dire « Non merci! »  explique pourquoi la majorité des gens vont prendre mille détours « dans le but que l’autre comprenne le message » plutôt que de leur dire franchement ne pas être intéressés.

Les gens attrayants ont toutes les qualités,
tandis que les gens moins attrayants ont tous les défauts. Et ce, même lorsqu’ils ont exactement le même comportement.

Quand l’autre devient soudainement déraisonnable, illogique et nébuleux, c’est un signe indéniable de la diminution de son intérêt pour toi, voire même de la disparition de cet intérêt.

Sexe: Homme, femme et autre

Avec la rentrés à nos portes, je me souviens de mes premiers jours d’école du début des années 80. L’année scolaire commençait souvent avec des questionnaires à remplir. Ceux-ci avaient tous des questions à choix multiples, qui se terminaient par l’option « autre. »

Il n’a fallu que peu de temps pour que mes amis et moi pensions à faire la même blague. Lorsque l’on recevait de ces questionnaires, et que l’une des premières cases à cocher était « SEXE: Homme. Femme », on s’amusait à dire à voix haute: « SEXE: Homme? Femme? Autre? », et on se trouvait très drôle de notre gag absurde.

Eh bien aujourd’hui, beaucoup de ces questionnaires le demandent, « Homme? Femme? Autre? », et ça n’a plus rien d’absurde.

On m’a déjà demandé mon opinion sur ce fait. Pour être franc, je n’ai pas d’opinion. Je n’ai pas à en avoir. Étant homme, donc ni femme ni autre, le sujet ne me concerne pas.

Ce que je sais, pas contre, c’est que si j’étais « autre », je crois bien que je serais heureux que le monde reconnaisse enfin mon existence en tant que personne, et non en tant que chute d’une blague parce que l’on me croit trop absurde pour exister.

La théorie de l’évolution sociale

Comme d’habitude, je vais écrire d’un point de vue masculin, puisqu’il s’agit d’une expérience personnelle. Mais ce dont je parle s’applique à tous les genres.

Il y a un problème récurrent que j’ai eu dans la majorité de mes relations de couple. À quelques rares exceptions près, mes partenaires n’étaient pas à l’aise avec l’idée que je puisse évoluer. Dans certains cas, ça allait jusqu’à les faire paniquer. Ça pouvait être pour des décisions importantes, comme perdre du poids ou réorienter ma carrière. Elles me disaient alors que je n’ai pas besoin d’être maigre ou bien riche pour être heureux. Ou alors c’était pour des choses de moindre importance, comme me teindre les cheveux ou faire arranger ma dentition. Là encore, je me faisais dire que ce que je cherchais à améliorer ne dérangeait personne d’autre que moi. Mais parfois les réactions étaient beaucoup plus violentes, comme la mère de mes enfants qui était tellement contre l’idée que je puisse améliorer ma santé et ma forme, qu’elle jetait, brisait ou donnait mon équipement de sport.

Je me suis souvent demandé quelle était la raison de ce comportement anti-évolution. Et c’était d’autant plus incompréhensible du fait que ces femmes avaient toutes des personnalités différentes. La seule chose qu’elles avaient en commun, c’était moi. Dans ce temps-là, vous connaissez le cliché : Si tu as un problème dans une seule de tes relations, le problème vient de l’autre. Mais si tu as le même problème dans toutes tes relations, alors le problème vient de toi.

Je veux bien le croire. En tant que solutionnaire, j’ai toujours été homme à faire face à mes travers, car les reconnaitre est la première étape qui permet de les corriger. N’empêche que j’avais beaucoup de difficulté à comprendre où se situait mon problème de comportement, au juste. En quoi est-ce que le fait de vouloir évoluer et d’améliorer ma situation et la majorité des aspects de ce que je suis, puisse être aussi tabou aux yeux de toutes ces femmes? Et pas seulement celles avec qui j’ai été en couple. Prenez par exemple ce bout de conversation que j’ai eu il y a dix mois, au début de l’automne dernier, avec cette femme de 46 ans contactée sur Facebook Rencontre

Certaines personnes ne verront jamais autre chose que du négatif dans tes plus beaux projets.

En quoi est-ce que le fait de vouloir rembourser mes dettes et améliorer ma forme puisse être le signe comme quoi je suis en revirement, en recherche de soi, en manque à combler et en souffrance, comme elle dit? Ces insinuations sont à la limite de l’insulte.

Je n’avais juste pas encore constaté à ce moment-là l’existence des trois règles psychosociales que voici.

  • Lorsque tu es adolescent et jeune adulte, il est normal et surtout souhaitable d’évoluer. Les gens s’attendent à ça. 
  • Lorsque tu as entre 25 et 30 ans et que tu es en évolution (en retournant aux études, par exemple), tu retardes un peu sur la majorité des gens. Mais ça demeure acceptable aux yeux de la société.
  • Lorsque tu atteint la trentaine, tu es supposé être ce que tu seras pour le reste de ta vie. Parce que si tu n’es pas stable, alors tu es un instable, ce qui est très mal vu.

Alors oui, dans de telles conditions, je suppose que quand un homme de 54 ans cherche à améliorer plusieurs aspects de sa vie, on puisse s’imaginer que quelque chose ne va pas chez lui.

Le statu quo est roi.
Lorsqu’une femme tombe en amour avec toi, elle ne craque pas pour celui que tu étais avant, ni celui que tu deviendra plus tard. Ce qui l’intéresse, c’est celui que tu es maintenant. Et si tu es un adulte de plus de 30 ans, elle s’attend instinctivement à ce que ta situation de carrière, financière et ton physique restent stable jusqu’à l’âge de ta retraite. Elle t’accepte comme tu es, elle est confortable avec ce que tu es, et elle t’aime tel que tu es. Alors lorsque tu dis vouloir évoluer, tu lui annonces que tu vas lui enlever sa confortable stabilité pour la remplacer par de l’inconnu. C’est une situation avec laquelle très peu de gens sont à l’aise.

Dans mon cas personnel, pour diverses raisons que j’ai déjà expliqué ici (Entre autres, dans la série de billets un câble d’acier ombilical) je n’ai pas pu évoluer au même rythme que le reste des gens. Oui, j’ai évolué dans le positif, mais ce fut dans la trentaine, la quarantaine, et ça continue maintenant que je suis dans la cinquantaine.

Le but de l’évolution, qu’elle soit sociale financière ou physique, c’est d’atteindre notre summum personnel. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que l’on obtient la stabilité. Ce qui signifie que tant que je n’aurai pas atteint ce plateau, il me sera inutile de chercher à me mettre en couple. Car la femme qui serait confortable avec ce que je suis maintenant ne le sera pas nécessairement avec celui que je serai demain.

On pourrait croire que la solution est simple : Je n’ai qu’à me trouver une femme qui serait elle aussi en constante évolution. Comme Flavie l’a été, en retournant aux études il y a six ans, alors que nous étions en couple. Mais ceci a eu comme conséquence de mettre de la distance entre nous, alors que nos deux vies ont pris des chemins totalement différents. Je dois donc me rendre à l’évidence : si je veux avoir une vie de couple stable je dois d’abord avoir une vie stable.

Il y a quelques billets de cela, je disais qu’après trois ans en tant que préposé aux bénéficiaire, je me sentais prêt à passer à l’échelon supérieur, en suivant une formation de quatorze mois pour devenir infirmier auxiliaire. Avant de m’y lancer, je me suis renseigné. J’ai demandé à une collègue qui a suivi cette formation de m’en parler un peu, et de me refiler ses livres et notes de cours. 

Mon principal atout dans mon évolution, c’est que je connais parfaitement mes forces et mes faiblesses. C’est ce qui m’a permis en onze ans de passer d’artiste à homme de ménage, à concierge, à surintendant, à employé de bureau pour la BAnQ, à support technique pour la banque de Montréal, et enfin à préposé aux bénéficiaires. Mais au bout d’une semaine à parcourir les documents de la formation d’infirmier auxiliaire, il a fallu que je me rende à l’évidence. Cette formation est trop compliquée pour moi. Et pas juste pour moi. Dans les chiffres officiels, 40% de ceux qui l’ont prise en même temps que ma collègue l’ont coulé.  

Ce qui signifie qu’après toutes ces années, j’ai atteint mon plein potentiel côté carrière. Je suis préposé aux bénéficiaires et je le resterai. Cette partie de ma vie est maintenant stable, et elle le restera jusqu’à ce que j’arrive à l’âge de la retraite. Et puisque je n’ai plus de dettes, mon évolution sera maintenant financière, alors que je vais pouvoir investir mes gains dans divers placements afin de m’assurer de vieux jours confortables.

Il n’y a plus que du côté du physique que je puisse encore faire preuve d’évolution, en atteignant mon plein potentiel de santé, de force et de développement musculaire. Comme je l’ai démontré dans le billet précédent, je suis sur la bonne voie. Aussi, je crois que dans une période allant de 6 à 12 mois, j’aurai là aussi atteint mon summum personnel. À ce moment-là je serai enfin à mesure d’offrir la stabilité que cherche une femme mature chez un homme de mon groupe d’âge. Ce qui fait que la prochaine femme qui tombera en amour avec moi sera assurée que je serai toujours celui qui l’aura seduit.  

Ce qui signifie que ma prochaine relation sera fort probablement la bonne.

Le négatif, le positif, l’illusionniste et le réaliste 

Lorsqu’il s’agit de faire face aux problèmes, la personnalité des gens se divise en quatre catégories. 

Le négatif va regarder les faits. Il va les accepter tel quel, en tant que fatalité. Et il ne fera aucun effort pour changer ces faits, ni pour tenter d’améliorer les choses. Pour lui, il s’agit tout simplement d’une cause perdue.

Le positif refusera de voir les faits comme étant quelque chose de négatif. Il ne fera aucun effort pour changer ces faits, ni pour tenter d’améliorer les choses. Il va tout simplement faire preuve de mauvaise foi constante en niant la problématique, affirmant plutôt qu’il s’agit de quelque chose de positif, de pertinent, voire même de nécessaire.

L’illusionniste va regarder les faits. Il refusera de les accepter. Il tentera d’améliorer les choses, mais sans pour autant y mettre l’effort requis. À la place, il va tricher, maquiller, arranger, mentir, dissimuler, prendre tous les raccourcis imaginables pour donner l’illusion aux autres, mais surtout à lui-même, que les choses s’améliorent. Ce qui va immanquablement lui ajouter de nouveaux problèmes. 

Le réaliste va regarder les faits. Il fera appel à sa logique afin de juger chaque chose avec objectivité et réalisme. Il a la capacité de voir lesquels de ces faits qui doivent être modifiés, améliorés, voire éliminés, et quels autres ne peuvent aucunement changer. Il va s’attaquer à la racine du problème. Il mettra le temps et l’effort requis afin d’atteindre ses objectifs.  

Le réaliste est la personnification vivante de cette phrase du philosophe Marcus Aurelius «Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre.»  Aussi connue en tant que prière de la sérénité : « Mon Dieu, donne moi la force d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaître la différence. »

Puisque je me considère comme étant un réaliste, cette école de pensée rejoint ma propre formule gagnante : Courage, ténacité, sagesse. Le courage d’entreprendre quelque chose. La ténacité d’y mettre un effort à long terme. Et la sagesse de voir, à tout moment, si cet objectif est toujours viable ou non. Car parfois les faits changent en cours de route, ce qui demande une capacité d’adaptation afin de modifier nos objectifs et la manière de les atteindre, si c’est encore possible. 

L’une des plus grandes sources de déception chez un réaliste, c’est de constater qu’il sera toujours entouré de gens négatifs, positifs et illusionnistes. Trois catégories de gens qui non seulement ne font rien pour améliorer leur sort, ils seront toujours là pour donner de mauvais conseils aux autres. 

Exemple de mauvais conseils : Un jour, le réaliste constate qu’en prenant de l’âge, il prend aussi du ventre et il perd du souffle et de la force. Il reconnait les faits, comme quoi il s’est négligé au niveau santé et physique. Il n’aime pas les conséquences que cette négligence lui a apporté. Pour être de nouveau bien avec lui-même, il doit perdre de la masse de gras, prendre de la masse musculaire, et travailler son système cardiovasculaire. Il s’y met donc : Gym, poids, haltères, course, vélo, meilleure alimentation et diminution des portions. À partir de là… 

  • Le négatif va lui dire que ça ne sert à rien. Que l’on est tel que la nature nous a fait. Qu’il faut s’accepter tel que l’on est.  
  • Le positif va lui dire que tout est dans sa tête. Qu’il n’est pas gros du tout. Et qu’il devrait se mettre au principe du Body Positivity en refusant de plier aux normes sociales en matière de santé, en prétendant que son corps est déjà parfait tel qu’il est. 
  • L’illusionniste lui suggérera plutôt quelques solutions alternatives parfois coûteuses: Gaine, corset, liposuccion, implants, botox, etc. Des options qui ne règlent pas du tout le problème réel (oisiveté, mauvaise alimentation) mais qui en donnent l’illusion. Encore faut-il que ça donne les résultats escomptés, ce qui n’est pas du tout garanti. En plus d’ajouter d’autres genres de problèmes. 

Le problème avec le négatif, le positif et l’illusionniste, c’est qu’ils sont incapables de faire la part des choses. Pour eux, tout va dans le même panier. Chez le négatif, chaque problème est insurmontable. Chez le positif, chaque problème est nié. Chez l’illusionniste, chaque problème est dissimulé. À l’opposé, le réaliste va trouver le problème, reconnaître son existence, et l’étudier à fond pour voir s’il y a moyen de le régler. Et si oui, il fera ce qu’il a à faire pour y parvenir.

Ce qui fait qu’au bout du compte, chez le réaliste, le problème finit par disparaitre. Tandis que chez le négatif, le positif et l’illusionniste, le problème perdure éternellement.

Mes lecteurs de longue date savent que j’ai passé la majorité de ma vie adulte à me battre contre l’embonpoint. Je sais ce que j’ai à faire pour perdre du poids, et je l’ai appliqué souvent. En général, il ne me faut que trois à quatre mois pour atteindre cet objectif. Je m’y maintiens pour une période allant de quelques mois à quelques années. Puis, peu à peu, sans trop m’en rendre compte, mon naturel revient et mon poids remonte. 

Cependant, ce que je ne crois pas vous avoir déjà avoué, c’est que toute ma vie, j’ai rêvé posséder un corps plus athlétique et musclé que la moyenne. J’ai eu à faire face à plusieurs obstacles qui m’en ont empêché ou qui ont ralenti mes progrès : La génétique qui m’a fait chétif. La râclée que m’a donnée mon père lorsque j’avais sept ans, me brisant un fémur et deux vertèbres, déformant mon physique assez pour m’handicaper au point de ne pouvoir pratiquer aucun sport dans ma jeunesse. Les conjointes qui jettent, donnent, brisent, mon équipement de gym, de peur que si je deviens plus sexy, je les quitte pour des femmes plus sexy. La pauvreté qui m’a empêché pendant de nombreuses années de me payer le gym. L’ignorance de quels exercices choisir et la bonne façon de les faire. Et surtout, mon propre découragement. Par exemple, à de nombreuses reprises, ma mise en forme était un plan en deux parties. La première partie était de perdre du gras. Et la seconde partie était d’ensuite prendre du muscle. Or, à chaque fois que j’avais atteint mon premier but au bout de trois ou quatre mois, je n’avais plus tellement envie de repartir à zéro et à donner de nouveaux efforts dans un nouveau programme, cette fois d’exercices musculaires. 

Suite à mon dernier embonpoint, j’ai regardé le problème de manière réaliste et j’ai trouvé la solution: inverser ma méthode. Cette fois, j’allais commencer par prendre du muscle. Ensuite, je ferai fondre ma graisse pour les voir.

De nos jours, pas besoin de se payer un entraineur privé pour connaitre la bonne façon de s’exercer, Youtube regorge de tutoriels gratuits. J’ai fait mes recherches et je me suis créé un nouveau programme. Depuis décembre dernier, c’est à dire depuis les sept derniers mois, je mets le focus sur le gain musculaire. Bonus inattendu : l’exercice musculaire brûle aussi du gras. Ce qui fait que dans cinq mois, lorsque je cesserai la musculation (anaérobie) pour commencer le cardio (aérobie), une bonne partie de mon travail sera déjà accompli. 

Le 21 juillet dernier, j’ai eu 55 ans. Bien que je sois encore très loin d’avoir un physique de compétition, ça ne change rien au fait que je suis en ce moment dans la meilleure forme physique de ma vie jusqu’à maintenant. 

Mon corps est encore bien imparfait puisqu’il n’est, à ce point-ci, qu’un projet en cours de réalisation. J’ai toujours du gras à la taille et je suis encore loin de mon objectif musculaire. Mais je suis sur la bonne voie et je ne compte pas m’arrêter là. Je sais ce que j’ai à faire. Et j’ai la volonté de le faire 

Deadlift / Soulevé de terre, avec un poids de 200 lb / 91 kg + la barre

Pendant ce temps, parmi les négatifs, les positifs et les illusionnistes que j’ai côtoyé durant toute ma vie, et qui eux aussi rêvaient du physique parfait, aucun d’entre eux n’a atteint mon niveau de forme, de force et de résistance. Et de ceux qui sont autour de mon âge, plus de la moitié ont maintenant des problèmes d’articulations, de cholestérol, de pression, de cœur, de diabète…  

Dans ce billet, je ne donne que la santé et le physique comme exemple. Mais lorsque l’on a une approche toute aussi réaliste pour l’éducation, le travail, les finances, les habitudes, la personnalité, les amours, etc, tout ne peut que s’améliorer. Je le sais car c’est ce que je fais, et tels sont mes résultats dans ces mêmes aspects de ma vie.  

Car c’est en étant réaliste que l’on accumule les réalisations.

Que feriez-vous à ma place?

Il y a quatre ans, lorsque je travaillais pour La Firme, mon premier contrat était de numériser des documents pour la Bibliothèque et Archives nationales du Québec.  C’est en ayant accès à ces archives que j’ai pu créer ma page Autour du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois qui a plus de 7 400 abonnés au moment où j’écris ces lignes. J’ai encore de bons contacts avec certains de mes ex-collègues de la BAnQ. 

Ce qui suit est ma conversation d’hier avec l’un d’eux.  Le tout est reproduit (et condensé) avec sa permission.  Afin d’en faciliter la compréhension, j’inclurai des images que je n’avais pas sous la main au moment de l’échange original.

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LUI: Les bibliothèques mettent à la disposition du public des postes internet.  Ça fait plusieurs années que l’on reçoit des plaintes à l’effet que des gens les utilisent dans des buts illicites.  La BAnQ a décidé d’y mettre fin.  Puisque tout ce qui se passe sur ces ordinateurs publics est enregistré, on nous a chargé d’y retracer les usagers qui en font un usage illégal et criminel.  Par exemple, si on entre « pornographie juvénile » on voit tout de suite quel usager a écrit ces mots, à quelle bibliothèque, sur quel terminal, à quel jour et à quelle heure. Il ne reste plus qu’à scruter à la loupe le backlog des activités de cette personne sur ces ordis.

MOI: D’accord.

LUI: Est-ce que tu connais un gars nommé K███ B███████ ?

MOI: Bah ouais!  C’était un collègue, du temps où je faisais de la bande dessinée.

LUI: De novembre à janvier dernier, il a vandalisé à de très nombreuses reprises ta page sur Wikipedia, la française et l’anglaise.

Cliquez pour agrandir.

MOI: Ah bon?

LUI: Il a commencé par t’accuser de violence conjugale.  Attend, je vais t’envoyer d’autres images.

LUI: Avant de changer ça pour attouchements sur des enfants.

LUI: Pour finalement prétendre que tu aurais fait de la prison en 1995 pour possession de pornographie juvénile. 

LUI: C’est justement parce qu’il a écrit ça que son nom est apparu dans nos recherches.

MOI: Je n’ai jamais fait de prison, pour la simple et bonne raison que je n’ai jamais fait de violence conjugale, ni d’attouchements sur des enfants, et je n’ai jamais possédé de porno juvénile non plus.

LUI: Voilà pourquoi il n’avait aucune preuve à apporter. Les modérateurs de Wikipedia ont effacé plusieurs fois ses modifications.  Il a écrit à l’un d’eux personnellement en lui jurant que tu avais fait ce dont il t’accuse.  Et dans le même message, il menace d’utiliser les réseaux sociaux afin de continuer de salir ta réputation le plus possible.

Cliquez pour agrandir.

MOI: Oui mais plusieurs personnes utilisent vos terminaux. Comment savez-vous que c’est bien K███ B███████ qui a fait ça?  Par sa carte de bibliothèque quand il se logue?

LUI: Ça ne suffirait pas.  Trop de gens écrivent leur NIP dessus.  Ça leur permettrait de prétendre s’être fait voler leur carte.  Mais puisqu’ils se loguent dans leur Facebook et leur courriels officiels en même temps qu’ils posent ces gestes illégaux, là ils ne peuvent plus prétendre qu’ils sont victimes d’une erreur sur la personne. 

(Sur ce, il m’envoie une capture d’écran de la page Facebook de K███ B███████, que je ne vous montrerai pas ici pour des raisons évidentes.)

LUI : C’est bien lui?

MOI : C’est son style de dessin en tout cas.  À partir de quelle bibliothèque est-ce qu’il a modifié mon Wiki?

LUI : La Grande Bibliothèque du métro Berri-UQÀM à Montréal.

MOI : Ce qui fait du sens puisqu’il habite à quelques minutes de marche de là. Qu’est-ce que vous allez faire avec ces renseignements?

LUI : On va envoyer les dossiers au département de sécurité qui va vérifier les caméras du lieu, de la date et de l’heure qui correspondent au moment où les contrevenants ont utilisé du matériel gouvernemental (les ordis de la BAnQ) à des fins criminelles (Dans son cas, harcèlement, intimidation et atteinte à la réputation), et ça leur donne un visuel des contrevenant pour compléter les dossiers.  Il ne leur reste plus qu’à envoyer le tout aux autorités. 

MOI: D’accord.  Et comment allez-vous procéder aux arrestations des contrevenants?  Ça va être chez eux?  Ou aux bibliothèques, la prochaine fois qu’ils s’y loguent?

LUI: Je n’ai pas la liberté d’en parler.  Mais toi, qu’est-ce que tu vas faire avec ça?  K███ B███████ affirme clairement qu’il répand ces mensonges partout, pas juste sur ton Wiki.

MOI: Je peux facilement m’en disculper.  Afin de pouvoir occuper un travail de haute sécurité, j’ai eu à me procurer un document produit par la GRC qui déclare que je n’ai pas de dossier judiciaire.  Je ne peux donc pas avoir fait de prison.

MOI: Remarque, je suppose qu’il y en a qui vont dire que j’aurais pu recevoir un pardon.

LUI: Non. La GRC inscrit les pédophiles sur Le Registre national des délinquants sexuels (RNDS) et ça les suit toute leurs vies. Si tu en avais été trouvé coupable, tu n’aurais jamais pu obtenir un pardon.

MOI: De plus, en 1993-94-95, j’étais de retour aux études au Centre Saint-Paul pour finir mon secondaire. Ensuite, en 1995-96-97, je poursuivais mes études au Cégep André-Laurendeau.  Et j’ai les relevés de notes du Ministère de l’Éducation avec les dates pour le prouver. 

MOI: Et de août 1997 à avril 2000, j’étais employé à CGI, ce que confirment mes rapports d’impôts. 

MOI: Alors contrairement à ce qu’il jure aux modérateurs de Wikipedia, je ne pouvais pas « être en prison pour dix-huit mois à partir de 1995 », comme il dit.

LUI: Effectivement.

MOI: De toute façon, en 1995, j’étais très actif dans le monde de la BD.  Si j’étais disparu pendant un an et demi pour faire de la prison, ça se serait su.

LUI: Mais est-ce que tu compte passer ta vie à trainer avec toi ton papier de la GRC, ton relevé de notes et tes déclarations d’impôts pour te blanchir de cette accusation à chaque fois que tu vas rencontrer quelqu’un?  Ça n’a pas de sens.

MOI : Ouais, j’avoue!

LUI : Pourquoi est-ce qu’il te fait subir ça?  Et pourquoi cette accusation-là en particulier?

MOI: Le simple fait qu’il a rédigé 2-3 accusations différentes sur Wiki avant de s’arrêter sur celle-là démontre quelque chose que mes proches ont déjà constaté depuis des années : il ne sais pas de quoi m’accuser. Il ne trouve rien de pertinent à me reprocher, alors il est obligé d’inventer: violence, obsession sexuelle, misogynie… Tu sais que Flavie a toujours été une militante féministe engagée. Je n’aurais certainement pas pu être en couple avec elle de 2013 à 2018 si j’étais tel que K███ B███████ me dépeint.

LUI: Ha! Ha! C’est vrai.

MOI : Et pourquoi cette accusation-là en particulier? Parce que nous sommes à l’époque de #DénonceTonPorc, #MoiAussi, #OnVousCroit. Face à ce genre d’accusations, pas besoin de preuves, tout le monde est porté à le croire. C’est à l’accusé de faire la preuve de son innocence. 

LUI: Et même quand il la fait, il reste toujours un doute dans la tête des gens.

MOI: Voilà! Quant à savoir pourquoi il est sur mon cas, aucune idée.  On a été amis de 1997 à 2003.  Il a décidé à ce moment-là de faire un 180 degrés en commençant à s’attaquer à ma réputation, et il n’a jamais arrêté depuis.  Je n’ai jamais su pourquoi.  Remarque, je n’ai jamais posé la question non plus.

LUI: Depuis 2003? Mais il a quel âge?

MOI: Il a deux ans de plus que moi, ça lui en fera donc 57 le mois prochain.

LUI: HEIN? T’es pas sérieux? Il agit encore comme ça à son âge?  Et ça fait 20 ans?  Pas non-stop, quand même?

MOI: Oui!  Au fil des années, sans que je ne le demande, quelques uns de nos amis en commun m’ont envoyé des captures d’écran de ce qu’il écrit à mon sujet.  J’ai pu voir que c’est quelque chose de régulier chez lui.

Contexte : J’étais à une table avec quatre amies, et je n’ai jamais bougé de là.  Tandis que lui se levait souvent de sa table pour aller déambuler autour de nous.
Contexte : Roosh V était un influenceur extrêmement misogyne.
Contexte: Il a écrit un roman à clé afin de « faire des révélations sur certains auteurs de BD« , auteurs qu’il liste ici.

MOI : Et ce n’est pas la première fois qu’il s’affiche comme étant désireux de « répandre la vérité » à mon sujet.

MOI : Ceux qui m’ont envoyé ces captures d’écran sont très amusés par les conflits.  Je suppose qu’ils s’attendaient à une réaction de ma part.  Ils ont dû être déçus.

LUI: Qu’est-ce que tu as fait?

MOI: Rien! Tu connais la méthode classique que tous les adultes recommandent à chaque enfant et ado qui est victime d’un harceleur? « Laisse-le faire, ne réagis pas, et il va finir par se lasser et s’arrêter. »  Ben voilà, depuis le début, je suis cette consigne à la lettre.

LUI: T’es pas sérieux?  Ça fait 20 ans que tu l’ignores, ET IL N’ARRÊTE PAS? Rendu à ce point-ci, on ne peut plus parler de harcèlement.  Il y a longtemps que ça a passé au stade de l’obsession malsaine et dangereuse.  Le gars a un sérieux problème mental.

MOI: Je ne crois pas que toi ou moi sommes qualifiés pour émettre ce genre de diagnostic.

LUI: Pas besoin d’être un psy pour voir que son comportement n’est pas normal, franchement. Ça se voit tout seul. Porte plainte, dénonce-le, poursuis-le.

MOI: Ça ne servirait à rien.  Le gars vit en dessous du seuil de la pauvreté.  Ce n’est pas comme s’il pouvait me payer des dommages et intérêts.

LUI: Je ne parle pas d’une poursuite au civil.  Je parle d’une poursuite au criminel.

MOI: C’est quoi la différence?

LUI: Une poursuite au civil, c’est lorsqu’un citoyen se sent lésé et poursuit une personne ou une entreprise afin d’obtenir réparation et compensation financière.  Une poursuite au criminel, c’est quand une personne a commis un crime.  À ce moment-là, cette personne est poursuivie en Justice par La Couronne (Le Gouvernement) qui se chargera de faire la preuve de sa culpabilité, et qui appliquera la sentence appropriée.

MOI: D’après ce que tu me dis, vous montez déjà un dossier sur lui pour utilisation illicite de matériel gouvernemental à des fins criminelles.  Je n’ai pas besoin d’en rajouter sur son dossier.

LUI:  Oui, mais ça va nous prendre quelques temps avant de passer à travers ça.  T’as pas idée du nombre de dossiers que l’on a accumulé depuis janvier.  Et dans son cas, à part d’être banni à vie de la BAnQ, il n’aura qu’un dossier judiciaire sans possibilité de demander pardon avant cinq ou sept ans.  

MOI: Bon ben voilà.  Il est trop pauvre pour avoir internet, alors ça règle mon problème.

LUI: Penses-tu vraiment qu’un gars qui a passé 20 ans à te harceler et à attaquer ta réputation va cesser tout geste contre toi s’il perd son accès au net?  S’il ressent à ce point-là l’impulsion de te nuire, il sera incapable de s’arrêter là.  Sauf que s’il ne peut plus le faire en virtuel, il ne lui restera plus que le réel.  Demande à n’importe quel psychologue, il te dira que tu te mets en danger, à rester passif comme tu le fais.

MOI: Qu’est-ce que tu suggères?

LUI: Avec les preuves que tu as déjà et celles que je te donne qui sont officielles car elles proviennent de la BAnQ, tu as harcèlement, atteinte à la réputation, menaces, intimidation.  Il s’agit de crimes reconnus par la loi.  Ce n’est pas une opinion, ce sont des faits.

MOI: Je ne sais pas trop…

LUI:  Une chose est sure, c’est qu’il aura droit à une évaluation psychologique.  Ça, personne ne peut nier qu’il en a besoin.  C’est anormal d’être obsédé à ce point-là sur toi.  Surtout si tu n’as jamais rien fait pour le provoquer.  Et ce, je le répète, PENDANT VINGT ANS.

MOI: M’ouais…

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Alors voilà la chose.  Comme vous le voyez, c’est un sujet assez sérieux. Et c’est la raison pour laquelle j’ai besoin de votre opinion. 

Que feriez-vous à ma place?

Une allégation mensongère vaut bien une plainte officielle

Après sept mois à mon travail comme préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD, j’ai enfin eu droit à mon premier antagoniste. Julien, mi-trentaine, est infirmier auxiliaire. Comme moi, il fait partie d’une agence qui place des travailleurs de la santé là où il y a grand manque de personnel.

Bien qu’il soit à ce poste depuis seulement deux mois, j’ai pu rapidement voir quel genre de personne est Julien: Un pervers narcissique passif-agressif doublé d’un conflictuodépendant. Le genre à toujours chercher à prendre les autres en défauts, histoire de les rabaisser plus bas que lui.

Son narcissisme se voit jusque dans sa manière de s’habiller. Au travail, nous avons la chance d’avoir un réglement très souple en matière d’uniforme: On porte ce que l’on veut, pourvu que ça soit sobre. 95% de ceux qui travaillent à ce CHSLD choisissent de s’habiller en uniforme, de manière à montrer qu’ils sont des travailleurs du milieu de la santé. Et ça inclut les employés du ménage. Tandis que Julien choisit de s’habiller en T-shirts moulants, de manière à montrer qu’il a un beau corps d’athlète. Déjà là, dans l’image qu’il choisit de projeter autour de lui dans son milieu de travail, on voit où est sa priorité.

À quelques reprises, j’ai vu Julien s’adresser à des collègues préposés en leur posant des questions pièges, dans le but de mettre le doute au sujet de leur vitesse, leur intégrité, leur professionalisme ou leur honnêteté. Et en bon manipulateur irresponsable, jamais il ne va affirmer quoi que ce soit. Toujours, il va poser des questions embêtantes qui retournent tout contre son interlocuteur. Des questions du genre de : « Qu’est-ce qui te fait affirmer que tu es à l’heure dans ton travail? Qu’est-ce que tu perçois là-dedans comme étant un travail bien fait, selon le document officiel? Est-ce que tu as consulté ce document? Qu’est-ce qu’il disait? Pourquoi, selon toi, est-ce que la version que j’ai dans les mains en ce moment diffère de ce que tu viens de me dire? »

Vous voyez le genre de chiant.

Non seulement ai-je l’habitude de ce genre de personnes, j’ai appris avec les années comment leur tenir tête. Et c’est une bonne chose, car tel que je l’avais prévu, il a fini par me prendre pour cible.

Cette lettre que j’ai écrite à la direction du CHSLD est auto-explicative. J’ai seulement changé les noms.

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Samedi le 8 avril 2023

Bonjour.

Mon nom est Stéphane et je suis préposé à ce CHSLD depuis le 1er septembre 2022. Je vous écris cette lettre uniquement parce que je ne connais pas votre emploi du temps, afin de vous permettre de nous fixer une rencontre lorsque ça vous conviendra.

Je veux déposer formellement une plainte contre l’infirmier Julien pour atteinte à ma réputation, intimidation, et harcèlement moral, bien que nous n’en sommes qu’au début dans ce dernier cas.

J’ai pris une semaine afin de consulter des gens et à bien réfléchir afin de ne pas prendre cette décision à la légère.

Alors voici les incidents dont il est question.

Le soir du 1er ou du 2 avril 2023, je travaillais au 2e étage à l’est.  Il était environ 18h30.  Ma collègue Chantal était partie souper.  J’étais dans la chambre de Monsieur Gilles que je venais tout juste de terminer de changer et de coucher.

Alors que je m’apprêtais à sortir de la chambre, l’infirmier Julien est venu m’y rejoindre.  Il m’a demandé si j’étais à l’heure dans mon travail, avec les résidents dont je devais m’occuper.

Par observation autant que par expérience, j’ai pu constater à de nombreuses reprises par le passé que Julien cherche toujours à prendre les préposés en défaut, et qu’il le fait avec des questions pièges de ce genre-là.  Voyant clair dans son jeu, je lui ai calmement répondu que le simple fait qu’il me pose cette question, ça signifie que lui, croit que je suis en retard.

Il me répond qu’en effet, depuis le temps que je travaille ici, il est inacceptable que je prenne autant de temps à faire mon travail.  Voilà une accusation qui me surprend car lorsque je travaille de soir, le dernier résident est toujours couché entre 21h30 et 22h, ce qui est dans les temps. 

Il me demande ensuite quelles sont les personnes que je dois faire après monsieur Gilles.  Je lui réponds que Chantal m’en a écrit la liste avant qu’elle parte souper, que cette liste est sur le comptoir de la cuisine, et que nous pouvons aller la consulter ensemble s’il le veut.  Plutôt que de suivre ma suggestion, il me demande si j’ai pris connaissance des nombreuses plaintes qu’il y a eu à mon sujet, en rapport à la qualité de mon travail de soir la veille.

En désignant monsieur Gilles derrière moi, je lui ai répondu, toujours aussi calme : « Ah bon?  Comme tu peux voir, monsieur est changé, il est couché, abrié, le lit est baissé, le bon nombre de ridelles sont montés, il a sa clochette d’alarme à portée de la main, les lumières sont fermées, la télé est éteinte. Et s’il y avait eu un détecteur de mouvement, je l’aurais allumé.  Alors qu’est-ce que tu perçois comme étant de la mauvaise qualité au travail ? »

Pour toute réponse, il lève la main vers moi en faisant signe de STOP et dit : « Je ressens beaucoup d’agressivité dans tes paroles. Je me vois obligé de te laisser le temps de te calmer, et on pourra poursuivre la discussion plus tard. »

J’étais abasourdi par cette accusation.  En 54 ans d’existence, je vous assure que c’est la première fois de ma vie que l’on m’accuse d’être une personne agressive.

J’insiste tout de même afin qu’il réponde à ma question.  Il me dit alors que l’on aurait observé des chaises bassines dont les roues n’étaient pas sous frein, et des résidents couchés sans jaquettes.  Je me souviens qu’en effet, la veille, au 2e étage, Madame Juliette avait elle-même enlevé sa jaquette au lit.  Mais sinon, à part ceux qui ont leurs propres pyjamas, les seuls résidents qui dorment sans jaquette le font par habitude et à leur propre demande.  Comme monsieur Albert, par exemple.   Quant aux chaises bassines sans frein dans les chambres, il est impossible que j’en sois la cause.  Par préférence personnelle, je les ai toujours déplacées en les soulevant parce que c’est plus rapide que d’enlever et remettre les freins aux quatre roues. Cette accusation de sa part est donc totalement fantaisiste.

Mon premier réflexe fut de lui faire cette précision.  Mais ne voulant pas passer pour un agressif, je suis resté silencieux.

Au retour de Chantal je vais souper. À mon retour de souper, Virginie, l’infirmière auxiliaire, me passe le message comme quoi l’infirmier Julien veut que j’aille coucher Madame Françoise. Or, cette dame, c’est l’équipe du Centre qui s’en occupe, alors que moi je suis à l’Est.  Je me renseigne auprès de Chantal qui me confirme qu’en effet, elle appartient à l’équipe du Centre.

Je vais voir Julien pour le lui dire. Il insiste comme quoi c’est à moi de faire Madame Françoise, et qu’il serait bon que je consulte le plan de travail afin que je sache bien comment faire le mien, depuis le temps que je travaille là.

Ses commentaires sont aussi rabaissants que mensongers.  Mais ne voulant pas passer encore une fois pour un agressif, je ne m’obstine pas et me dirige vers la chambre de Madame Françoise. Une fois arrivé, je vois que Rachid et Tonio, mes deux collègues de la section du Centre, y sont déjà.  Ils me confirment que ce sont bien eux qui doivent s’en occuper.

Je leur ai demandé de venir avec moi confirmer la chose auprès de Julien, ce qu’ils ont fait.  … Ce qui permet maintenant à Julien de dire que je me suis mis en gang contre lui.

Je considère que je suis une personne qui a l’esprit ouvert, en plus d’être un solutionnaire.  J’ai toujours écouté les critiques et les commentaires puisque ça me permet de m’améliorer, autant dans mon comportement que dans la qualité de mon travail.  Aussi, au lieu de rejeter les accusations de l’infirmier Julien, je me suis dit que c’était peut-être vrai, que j’ai un comportement agressif sans m’en rendre compte.  Peut-être que personne n’avait osé me le dire avant lui ?  Aussi, dès le lendemain et pour les jours qui ont suivi, je suis allé consulter, un par un, huit de mes collègues de travail.  Je leur ai demandé si je suis une personne agressive.  Ou bien si mes réponses démontrent de l’agressivité lorsqu’on me corrige dans mon travail.  En sept mois à travailler ici, si tel est le cas, ils ont bien dû le remarquer.

Ces gens sont l’infirmière Barbara, ainsi que les préposés Andréane, Brigitte, Bertrand, Raoul, Annie, Pascale, et Marie-Lise.  Ils étaient tous surpris de cette accusation. Ils m’ont au contraire rassuré que j’étais calme, doux, harmonieux, que l’on ne m’a jamais entendu protester, et que je faisais bien mon travail à partir du moment où on me disait quoi faire. 

Cependant trois d’entre eux m’ont fait réaliser quelque chose.  Lorsque Julien a vu que je ne tombais pas dans le piège de ses abus, il m’a fait miroiter un abus encore pire, en m’accusant d’être une personne agressive.

Ne pas oser protester face à ses abus (mensonges sur mon travail) sous la menace d’être victime d’un encore plus grand abus (atteinte à ma réputation), il y a un terme pour ça : intimidation. Ce qui est illégal.

Et puisqu’il me donne déjà la réputation d’être agressif : Atteinte à la réputation.  Ce qui est illégal.

Enfin son insistance à me chercher des problèmes, quitte à les inventer et à les créer lui-même, et ce à répétition, comme il l’a fait le soir du 1er ou du 2 avril, c’est du harcèlement moral au travail.  Ce qui est illégal.  D’accord, ce n’est qu’à ses débuts.  J’ai eu la chance de ne pas avoir à travailler avec lui depuis ce soir-là, alors ça ne s’est pas reproduit. N’empêche que ça vient de commencer.  Et que je crains que ça se reproduise.  Et craindre quelqu’un, c’est subir de l’intimidation.  Ce qui est illégal.

Je vous assure que ce n’est pas une question d’orgueil blessé de ma part.  Si j’ai commencé par interroger l’infirmière Barbara, c’est parce qu’elle est non seulement directe, elle est brusque. À plusieurs reprises à mes débuts, elle me disait quoi faire en me reprochant de tourner en rond.  Cependant, vous ne me verrez jamais porter plainte contre elle.  Car contrairement à Julien, lorsqu’elle a quelque chose à dire contre moi, c’est la vérité.  Elle me le dit directement au lieu de me poser des questions pièges.  Elle n’essaye pas de me faire passer pour ce que je ne suis pas. Elle ne me fait pas de menace. Elle est sévère mais honnête. C’est quelque chose que j’apprécie chez les gens, puisque ça me permet de m’améliorer. Chose qui n’est pas le cas avec le comportement de Julien envers moi.

Croyez-moi que je suis désolé d’en arriver là.  Mais les abus de Julien, tels que décrits ici, n’ont pas leur place dans ce milieu de travail.

Je suis disponible pour vous rencontrer lorsque cela vous conviendra, afin de pouvoir déposer ma plainte comme il se doit.
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Et j’ai signé. Et j’ai mis le tout dans une enveloppe. Que je suis allé déposer au bureau des ressources humaines. Les conséquences n’ont pas tardé. Le jour suivant, la directrice me dit qu’elle a pris compte de ma lettre et que ma plainte allait être traitée comme il se doit.

Comment tenir tête efficacement à un pervers narcissique en milieu de travail?
Il s’agit de faire comme dans ma lettre. À partir du moment où il commence, il faut lui montrer immédiatement que l’on voit clair dans son jeu. C’est ce que j’ai fait en lui disant « Le simple fait que tu me poses cette question, ça signifie que TOI, tu crois que je suis en retard. » Ceci le désempare car ça l’expose comme l’hypocrite qu’il est, ça lui montre que je ne suis pas dupe, et ça détruit immédiatement le plan qu’il s’était monté en tête contre moi.

Ensuite, pour lui enlever le contrôle de la situation, il ne faut ne pas répondre à ses questions. On lui donne plutôt des réponses différentes de ce qu’il cherche à nous faire dire. Comme j’ai fait lorsqu’il m’a demandé de qui est-ce que je devais m’occuper par la suite. Si je lui avais récité ma liste de noms, ça lui aurait donné l’opportunité de m’obstiner sur les gens à faire, ou sur l’ordre dans lequel je devais les faire. En lui répondant plutôt que Chantal m’avait établi une liste, et que cette liste était dans une autre pièce, je lui ai enlevé toute opportunité de me prendre en défaut. La preuve que sa question n’avait pas d’autre but que ça, c’est qu’il a décliné mon invitation d’aller la consulter ensemble.

Enfin, pour déstabiliser complètement le narcisse, on conclut en lui servant une preuve de sa bullshit. Ce que j’ai fait en lui démontrant que je fais bien toutes les étapes de mon travail. Et pour le piquer encore plus, je lui renvoie sa propre tournure de phrase embêtante qu’il aime tant utiliser, soit « Qu’est ce que TOI tu perçois comme étant…? » Pour quelqu’un qui ne veut prendre aucune responsabilité pour ses accusations bidon, être obligé de donner son opinion le place dans une inconfortable position.

Rendu là, le narcisse cherchera aussitôt à faire cesser la situation. Ce qu’il a fait, en me lançant son accusation farfelue d’agressivité. Or, cette pratique a un nom officiel : Gaslighting, une technique qui consiste à déformer la réalité en affirmant mensongèrement à son interlocuteur que ce dernier perçoit les choses de manière erronée. Dans ce cas-ci, en affirmant que je perçois que mon explication est objective, alors qu’elle est un signe d’agressivité. Le gaslighting est reconnu comme étant une tactique très prisée chez le pervers narcissique. En général, il l’utilise dans le but d’invalider la défense de son interlocuteur. Mais ici, c’était surtout dans le but de me faire taire, puisqu’il ne pouvait plus endurer de se faire remettre ses propres travers en face.

Puis, il tentera de fuir cette situation qui a échappé à son contrôle. Chose qu’il a exprimé en disant qu’il reviendra quand je serai calmé. C’est le bon moment de l’en empêcher, en lui rappelant que s’il est venu me voir, c’est parce qu’il avait quelque chose à me dire. Trop orgueilleux pour accepter d’être ainsi pris en défaut, mais désemparé et pressé de mettre fin à cette conversation qui le rend inconfortable, il dira probablement n’importe quoi avant de se replier. Exactement ce qu’il a fait, avec ses accusations de chaises aux roues non-verrouillées et de jaquettes non-mises.

À partir de ce point, la meilleure stratégie, c’est de (re)devenir passif et le laisser partir digérer cette humiliation. Pour le pervers narcissique, lui exposer que l’on voit clairement que son comportement est aussi prévisible que bidon, il n’y a pas de pire affront pour son orgueil. Il sera envahi par une impulsion incontrôlable de riposter, de se venger. Mais puisque son jugement est obscurci par sa frustration, il commettra des erreurs grossières lorsqu’il appliquera ses abus. Comme ici, alors qu’il me rajoute la tâche de m’occuper de Mme Françoise, sans avoir songé une seule seconde que tous mes autres collègues de l’étage sauraient que c’était Tonio et Rachid qui lui étaient assignés. Et que, par conséquent, ils me feraient d’excellents témoins contre lui.

Rendu à ce point, il serait tentant de continuer de lui mettre de la pression par des commentaires cinglants. Par exemple en lui retournant ses arguments favoris, comme quoi, avant de m’assigner des gens que je n’ai pas à faire, il devrait consulter le plan de travail. En ajoutant que depuis le temps qu’il est à cet emploi, il est supposé connaître son travail, en sachant quel résident est assigné à quel préposé. Or, aussi tentant que ça puisse être, il faut s’en abstenir car ça serait une erreur stratégique. Et voici pourquoi :

Ce qu’il y a de plus risible chez un pervers narcissique, c’est que dès qu’il voit que tu ne le laisse pas faire de toi la victime de ses abus, alors il inverse aussitôt la situation, en déclarant aux autres dans ton dos que c’est lui qui est la victime de tes abus. Aussi, la dernière chose à faire, c’est de lui donner de vraies raisons de se plaindre de toi. En restant passif contre lui, il sera donc obligé de mentir, d’inventer, d’exagérer et de déformer les faits, juste pour avoir quelque chose à te reprocher. Bref, de tenter de gaslighter les autres à ton sujet. Comme ici, lorsqu’il se plaint que je suis agressif et que je me ramasse des gens pour me mettre en gang pour l’intimider.

Or, en agissant ainsi, il m’a m’a donné lui-même les munitions requises pour le descendre, car il m’a permis de l’accuser avec pertinence d’atteinte à la réputation, d’intimidation et de harcèlement moral au travail. Toutes des choses qu’il n’aurait pas faites si je l’avais laissé me rabaisser avec ses questions pièges plutôt que de lui tenir tête dès le départ.

À ce point-ci, on peut quasiment dire que je l’ai influencé, voire même manipulé, à agir envers moi de manière à ce qu’il me donne des raisons pertinentes de déposer ces trois chefs d’accusations graves contre lui à la direction. Possible! Mais il ne faut juste pas oublier que s’il n’était pas un pervers narcissique, alors il n’agirait pas ainsi, peu importe la provocation. Il ne fait donc que récolter les conséquences bien mérités de ses gestes inacceptables.

Ah, et la raison pour laquelle j’ai déposé plainte par lettre plutôt qu’en prenant rendez-vous pour le faire en personne et de vive voix, c’est parce que les paroles s’envolent mais les écrits restent. En personne, j’en aurais oublié en le racontant. Et la direction en aurait oublié après m’avoir écouté. Et s’ils avaient pris des notes pour mettre à son dossier, celles-ci auraient été bien minces. Tandis que là, il s’agit d’un document clair et exhaustif, déjà imprimé, qu’ils ont simplement mis à son dossier. La Direction apprécie toujours qu’on leur facilite la tâche.

Le plus grand paradoxe du pervers narcissique, c’est qu’autant il a besoin d’un public à qui divulguer vos défauts, autant il a profondément peur que ses propres défauts soient révélés à ce même public. Ce qui signifie, second paradoxe, que plus il intimide sa victime, plus il la craint. Et c’est normal. Personne ne connait mieux le comportement abusif du pervers narcissique que sa victime. Et ceci la rend dangereuse pour lui. Car comme je le répète sans cesse: Le plus grand complice de ton agresseur, c’est ton propre silence. Et face à un tel comportement, je ne suis pas homme à garder le silence.

J’aurais donné gros pour voir sur son visage le choc que ça a dû lui faire, d’apprendre par la Direction que non seulement ai-je porté plainte contre lui, j’ai passé une semaine complète à en discuter avec huit de nos collègues. Et que aucun d’entre eux ne sont d’accord avec l’image qu’il colporte de moi. Ce qui signifie qu’au moment de cette rencontre, il devait bien se douter que les ragots ont eu le temps de faire leur chemin, donc que la majorité du personnel et de l’administration étaient fort probablement au courant de ses agissements. Et il ne peut même pas retourner la situation contre moi en m’accusant d’atteinte à sa réputation, puisqu’il y a eu des témoins pouvant corroborer le trois quart de ce que j’ai dénoncé. Sans oublier les autres préposés qui ont été sa cible, avant que ce soit à mon tour.

Pour l’instant, le CHSLD le garde car il y a grand manque de personnel. Mais puisqu’il est un employé d’une agence, et non un employé du CHSLD, il n’est pas membre du syndicat, et n’a donc personne pour le protéger. Il sait très bien qu’à la prochaine plainte qu’il y aura à son sujet, fut-elle de moi ou d’un autre, il sera renvoyé sans autre forme de procès.

Depuis ce jour, lorsque l’on se croise, il ne me parle pas et il ne me regarde pas. Et s’il arrive que nous sommes dans la même pièce en présence d’autres personnes et qu’il a à prendre la parole, son ton de voix est beaucoup plus doux qu’à son habitude.

S’il a passé de loup à agneau, c’est parce que j’ai su lui démontrer, et ce dès les premiers instants où il a tenté de m’imposer ses abus, que ce comportement ne passait pas avec moi.

C’était son choix de devenir mon agresseur. Mais c’était mon choix de ne pas devenir sa victime.

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Update. Depuis le 15 juin, il n’est plus à l’emploi du CHSLD. Je n’en connais pas les raisons. Mais ma plainte a dû y être pour quelque chose.

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Y’A LIENS LÀ

Il y a 15 ans, j’ai écrit un billet de blog intitulé Commettre l’erreur de pardonner. Celui-ci explique clairement que le principe du pardon est une mentalité de lâche, et que celle-ci ne fait qu’encourager les abus à continuer. Et je le fais en démontrant avec logique comment chaque argument pro-pardon n’a rien de pertinent.

8 réactions étranges de ton entourage lorsque tu publies ton premier livre.

Il y a quelques billets de ça, j’expliquais que j’ai profité du temps libre que m’accordait mon chômage de 2021-2022 afin d’écrire un essai intitulé Le sucre rouge de Duplessis.  Délaissant la fiction pour l’Histoire du Québec, j’y raconte la naissance, les débuts difficiles et le sabotage de l’industrie du sucre québécois de 1936 à 1960 sous le règne des Bleus, c’est-à-dire les Conservateurs de l’Union Nationale de Maurice Duplessis. Et si dans le titre le sucre est rouge, c’est justement parce que cette industrie a été créée par les Rouges, les Libéraux, le Parti Libéral d’Adélard Godbout.

Non seulement suis-je le premier à écrire un livre au sujet de l’histoire de l’industrie du sucre québécois, j’ai déterré un scandale duplessiste que l’Union Nationale avait réussi à faire oublier pendant 70 ans.  Aussi bien dire que mon livre écrit une page inédite de l’Histoire du Québec.

Une page que, à mon grand étonnement, je n’avais toujours pas réussi à placer chez un éditeur un an et demi plus tard.  J’avais pourtant tout pour qu’ils se l’arrachent : C’est de la politique. C’est de l’Histoire du Québec. C’est une biographie d’un politicien. C’est un sujet inédit. ÇA PARLE DE DUPLESSIS, BOUD’VIARGE !  Et pourtant…

Le plus difficile lorsque l’on reçoit ces lettres génériques pré-écrites des éditeurs qui nous refusent, c’est que l’on reste dans l’ignorance des raisons de ce refus.  Est-ce que mon texte est mal écrit ?  Est-ce que ce sujet ne présente aucun intérêt ? Est-ce parce que cette maison en particulier a déjà atteint son quota de publications historique / politique / biographique pour cette année-là ?  Est-ce que ces éditeurs ont un parti-pris politique que mon livre offense? Je veux bien corriger la situation. Mais pour ça, il faut d’abord que je sache où se situe le problème avec mon manuscrit.

Que je n’arrive pas à placer mes fictions, soit !  Mon style personnel, mes histoires et les thèmes que j’y aborde ne plaisent qu’à peu de gens.  Dans de telles conditions, je peux comprendre pourquoi pas un de mes récits de fiction ne fut accepté pour publications.  Mais pour celui-là ?

J’ai fini par trouver moi-même où se situait le problème.  Au lieu de ne me limiter qu’aux détails importants afin de créer un récit fluide, j’avais placé dans le livre tous les résultats de mes recherches.  Incluant la biographie quasi-complète de Louis Pasquier, gérant de la raffinerie de sucre de Mont-Saint-Hilaire de 1946 à 1951.  À cause de ça, ce n’est qu’à la 72e page que l’on arrivait enfin au sujet principal.  Tout ça pour des détails qui n’intéresseront pas le lectorat québécois.  J’ai donc fait le ménage dans mon manuscrit, élaguant 64 pages de détails inutiles.  J’ai changé le titre original trop long, L’industrie du sucre au Québec sous le règne de Maurice Duplessis, pour quelque chose de plus court, plus punché, et qui attire même la curiosité.

Je me trouvé ensuite une maison d’éditions qui existe depuis 2009, et qui a dans son catalogue des ouvrages sur l’Histoire du Québec. Je lui ai envoyé cette nouvelle version.  J’ai rapidement reçu son acceptation de me publier, et deux jours plus tard je signais le contrat. Et aujourd’hui j’ai en main des copies de mon premier livre fraîchement sorti de l’imprimerie. 

Avant même qu’il ne soit publié, il était déjà annoncé sur les sites des chaines de librairies Renaud-Bray et Archambault.  Au dire de mon éditeur, il est très difficile pour un nouvel auteur d’être accepté par ces deux chaines, à moins que celles-ci croient que le sujet du livre a le potentiel d’être un best-seller.

Donc avais-je raison de croire en mon produit ?  Puisqu’au moment d’écrire ces lignes, le livre est chez le distributeur et prend le chemin des librairies, seul le temps le dira.  En attendant, depuis que mon entourage a appris que j’avais écrit un livre qui allait être publié, j’ai eu droit aux huit réactions suivantes.

RÉACTION 1 : On te donne des conseils irréalistes, propres à tuer ta carrière dans l’œuf.
Dès le départ, on me demande des détails au sujet de mon contrat.  J’explique donc que la première édition sera de 3000 exemplaires, que je recevrai 10% du prix de vente qui sera de $29.95 pour 250 pages, et que ça montera à 15% si on doit en imprimer d’autres éditions.  Que le format sera de 9 X 6 pouces, ce qui est un format standard pour un livre à couverture souple avec un tel nombre de pages. 

Scandalisés, ces gens me disent que 10% ce n’est pas assez.  Que je mérite au moins 40% pour tout le travail que j’ai fait.  Et que si mon éditeur veut que mon livre se vende, alors il devra prendre mon œuvre au sérieux.  C’est à dire en faire un beau livre, format 8.5 X 11, et avec couverture rigide avec jacket contour. Et que je ferais mieux de prendre un avocat afin de faire valoir mes droits auprès de cet éditeur qui est, de toute évidence, un arnaqueur de première.

Bref, de bons conseils, si le but ici est de me mettre les éditeurs à dos et m’assurer que je ne serai jamais publié nulle part pour le reste de ma vie. Sans compter que si le livre était publié selon leurs suggestions, il devrait coûter $60 pour être rentable. Qui voudrait payer ça? J’ai déjà de la misère à croire qu’on voudra payer $29.95 + taxes.

Si ces gens connaissaient le monde de l’édition, ils sauraient qu’au contraire j’ai eu droit à un très bon contrat avec des avantages qui ne sont pas donnés à tous.  Surtout pour un auteur inconnu. Car oui, je signe sous mon vrai nom plutôt que Steve Requin. Et j’ai beau avoir été publié dans divers journaux et magazines pendant vingt ans ans (1988-2008), je n’ai encore jamais fait mes preuves en tant qu’auteur de livres. Et nous sommes en pleine crise de la presse écrite, alors qu’internet a contribué à faire disparaître un nombre incroyable de magazines, journaux et maisons d’éditions parce que trop de gens ont remplacé le papier par l’écran. Alors soyons réalistes : en m’acceptant comme nouvel auteur, ils prennent un risque.

RÉACTION 2 : On fait appel à ta conscience environementale.
« Est-ce que tu te rends compte du nombre d’arbres qui devront être sacrifiés pour publier ton livre ?  Et l’essence qui polluera l’atmosphère, provenant des camions de livraison des distributeurs ?  Et quand les gens l’auront lu, il ne leur servira plus à rien.  Il va se retrouver dans les poubelles.  Et même s’ils le mettent à recycler, ça se retrouvera dans les sites d’enfouissements, parce que l’industrie du recyclage est bidon. »

D’accord, celle-là date d’il y a une douzaine d’années, alors que j’écrivais un roman de fiction intitulé Les Forces Occultes du Mont-Saint-Hilaire. Mais comment oublier une telle opinion qui exprime qu’écrire un livre fait de son auteur un Hitler écologique?

RÉACTION 3 : On se prend soi-même pour un écrivain.
Parce que la nouvelle version de mon manuscrit a été acceptée du premier coup au premier éditeur à qui je l’ai envoyé, il y en a qui se sont mis en tête que ça signifie qu’il est extrêmement facile de devenir auteur : tu écris un livre, tu l’envoie, il est publié, et tu deviens plus riche et célèbre que Stephen King et JK Rowling réunis.  

Je la trouve un peu rabaissante, cette mentalité à la « si TOI tu as réussi dans cette discipline que tu as pratiqué toute ta vie adulte, alors ça signifie que tout le monde peut faire aussi bien que toi et même mieux, plus rapidement, et en improvisant.« 

Trois d’entre eux se sont aussitôt mis à l’écriture de leurs projets de roman et ils me textaient quotidiennement pour me dire le nombre de pages où ils étaient rendus.  Ils ont tous abandonnés au bout de deux semaines, après avoir écrit 26, 31 et 32 pages.

J’avais un autre ami comme ça il y a une quinzaine d’années. Il a passé quelques semaines à écrire (et s’en vanter quotidiennement sur Facebook) un roman d’horreur, qu’il a transformé à mi-chemin en scénario de film… Pour s’arrêter au bout de 50 pages, en demandant sur Facebook s’il y avait parmi ses contacts des gens qui ont eux-mêmes des contacts avec l’industrie du cinéma.  « Parce que je ne vais pas perdre mon temps à écrire un scénario de film si personne n’est intéressé à le tourner », écrivit-il.  

Ça fait ses premiers pas dans une discipline où ça ne connait rien, ça n’a pas fait ses preuves, et ça exige un traitement meilleur que ce que reçoivent les professionnels chevronnés et reconnus dans le milieu. Pas surprenant que leur reconversion en auteur ne dépasse jamais trois semaines.

RÉACTION 4 : On te demande de te sacrifier par conscience sociale.
Il y a parmi mes connaissances des gens qui ont des tendances Social Justice Warriors.  Ils m’ont expliqué que l’une des chaines où mon livre sera vendu a déjà refusé de vendre des livres écrit par des gens trans. Ce qui veut automatiquement dire que cette chaine fait la promotion de la transphobie.  Et qu’en acceptant d’être vendu chez eux, je fais partie du problème en encourageant ce régime d’oppression.

Il y a des centaines, des milliers d’auteurs, dont les livres sont vendus à cette chaine.  Mais c’est à moi que l’on demande de torpiller ma carrière naissante d’auteur, comme si ça allait régler le problème (si tel est vraiment le problème pour commencer), sous peine d’être jugé comme étant transphobe.

RÉACTION 5 : On cherche tes vraies motivations cachées.
Dialogue entre un collègue de travail et moi datant d’il y a quelques jours.

LUI : « De tous les premiers ministres du Québec, pourquoi avoir écrit sur Duplessis ? »
MOI : « Un jour, un homme nommé Michel Cormier m’a contacté pour me montrer des documents provenant de son grand-père, Louis Pasquier, qui était gérant de la raffinerie de sucre de Saint-Hilaire.  Il voulait en savoir plus sur son rôle dans l’industrie du sucre au Québec.  Mes recherches m’ont démontré que Maurice Duplessis y était étroitement lié. »
LUI : « Ouais, mais pourquoi Duplessis ?  Il y a eu plein d’autres premiers ministres au Québec.  Ce sont tes convictions politiques ?  Tu es anti-conservateurs ? »
MOI : « Je n’ai aucun parti-pris politique.  C’est juste qu’il avait rapport à la création de la raffinerie de sucre, et… »
LUI : « Oui, mais pourquoi parler de LUI en particulier ? »

Qu’est-ce qu’il y a de si difficile à comprendre dans la phrase « l’industrie du sucre québécois a été créée sous le régime de Duplessis » ?

Il y a une question qui me fait particulièrement tiquer et que j’ai reçu presque à chaque fois que j’étais en train d’écrire un projet de livre : « À qui est-ce que ton livre s’adresse? » À ça, j’ai rapidement trouvé une réponse à la mesure de cette question: « Mon livre s’adresse aux gens qui sont intéressé par le sujet sur lequel j’écris. » Cette réponse n’a jamais été appréciée par ceux qui l’ont reçue. Mais c’est normal. Personne n’aime se faire démontrer qu’il a posé une question stupide.

RÉACTION 6: On exige que tu (re)devienne artiste à temps plein.
Pendant deux décennies, j’étais en effet artiste à temps plein, publié dans de nombreux périodiques. Durant cette période, j’ai toujours vécu avec un revenu me permettant à peine de vivre seul. Et ça ne s’est pas arrangé avec l’arrivée d’internet qui a précipité la disparition de nombreux journaux et magazines. Ce qui eut comme conséquence qu’en 2010, je ne me trouvais plus de travail du tout.

Comme je m’en suis souvent vanté sur ce blog, en partant de rien, j’ai mis dix ans à grimper les échelons de carrière et de salaire. J’ai commencé à faire du ménage dans un garage de bus avant de devenir concierge dans un édifice construit en 1964, puis concierge en chef dans une tour à condos, surintendant dans une usine de portes et fenêtres, support technique pour BMO. Et enfin, préposé aux bénéficiaires, malgré une pause-chômage d’un an entre deux contrats. Et à toujours avoir cette soif de monter plus haut, je songe maintenant à poursuivre mes études pour devenir infirmier auxiliaire.

Mais voilà, maintenant que j’ai un livre publié, tout le monde tente de m’encourager à lâcher ma carrière stable qui paie très bien pour retourner exercer celle qui me laissait dans la misère et sans véhicule. Bizarrement, dans la têtes des gens, un auteur, c’est forcément riche. C’est parce que les gens pensent que si un livre se vend $20, alors ce $20 va dans la poche de son auteur. En réalité, un auteur ne touche que 10% à 15% du prix de vente avant les taxes, ce qui signifie de $2.00 à $2.50. Et si un auteur Américain ou Français peut en vivre confortablement, ce n’est pas le cas au Québec. Comparons:

  • Population des États-Unis: 316 millions. Tu vends ton livre à 0,1% de la population, ça fait 316 000 copies de vendues, ce qui te rapporte $790 000.00.
  • Population de la France: 66 millions. Tu vends ton livre à 0,1% de la population, ça fait 66 000 copies de vendues, ce qui te rapporte $165 000.00.
  • Population du Québec: 8 millions. Tu vends ton livre à 0,1% de la population, ça fait 8 000 vendus, ça te rapporte $20 000 dollars. Soit $2 720 en dessous du seuil de la pauvreté.

Et ce n’est pas non plus comme si ton livre allait vendre 8 000 nouvelles copies à chaque année.

RÉACTION 7 : On pense que tu as trouvé « un éditeur qui publie. »
Quand on a longtemps fait partie du milieu artistique, on connait beaucoup d’artistes autant professionnels qu’amateurs. Et parmi eux, beaucoup ont écrit des projets de livres qu’ils ne réussissent à placer nulle part. Aussi illogique que ça semble, on dirait que ça leur donne l’impression que les maisons d’éditions ne publient pas. Alors dès que tu arrives à placer ton premier livre, leur réaction est de te dire: « Cool! Tu as trouvé un éditeur qui publie. Donne-moi ses coordonnées, que je lui envoie le mien. »

Soyons réalistes. Toutes les maisons d’éditions publient. C’est la raison d’être d’une maison d’édition. S’ils ne publient pas ton livre, ça peut être pour une multitude de raisons. Mais les trois plus importantes sont celles-ci: Ou bien le public cible de ton sujet n’est pas assez grand. Ou bien la maison en question ne publie pas le genre que tu lui propose. Ou bien c’est ton texte lui-même qui a besoin d’être retravaillé. Ce dernier cas était le mien. Car tel que je le dis plus haut, mon sujet est sérieux, il s’agit de l’Histoire du Québec, Ça en raconte un aspect encore inédit, et c’est au sujet de Duplessis. J’ai trouvé où se situait le problème dans mon texte, je l’ai réglé, et j’ai pu être publié.

Petite confidence: J’ai écrit dix livres dans ma vie. Les neuf premiers étaient ou bien de la fiction ou bien de l’autobiographie. Pas un n’a trouvé preneur. En les relisant aujourd’hui avec du recul, je comprends pourquoi. Même que je suis extrêmement reconnaissant que certains d’entre eux n’ont jamais vu le jour, tellement les revendications de celui que j’étais à cette époque sont inacceptables aujourd’hui.

RÉACTION 8 : On te prend pour un con.
Dialogue arrivé pas plus tard qu’hier entre une madame de 81 ans et moi.

ELLE : « Combien tu le vend, ton livre ? »
MOI : « En librairies, il est $29.95 plus taxes. »
ELLE : « Hey ! Tu vas devenir riche. »
MOI : « Non ! Je reçois 10% sur chaque copie vendue, c’est-à-dire $2.99. »
ELLE : « Hein !? Comment ça ? »
MOI : « Parce qu’il faut payer l’éditeur, l’imprimeur, le distributeur et les librairies. »
ELLE : « De qué-c’est qu’y’ont d’affaire à prendre ton argent, eux-autres ?  C’est des maudits voleurs.  Laisse-toé pas faire.  Porte plainte, ma grand’foi. »
MOI : « Mais non !  Créer un livre, ce n’est pas gratuit.  Il faut donner un salaire à ceux qui ont travaillé dessus pour l’éditer, l’imprimer, le distribuer et le vendre. »
ELLE : « Pis combien de temps t’as travaillé dessus, toi ? »
MOI : « Ben, avec mes recherches pis l’écriture, ça m’a pris un bon trois ans. »
ELLE : « T’as travaillé trois ans pour que ça te rapporte trois piastres ?  Pourquoi tu perds ton temps de même ?  T’es donc ben niaiseux ! »

Alors voilà ! Nous, les auteurs, sommes tous des cons qui perdent leur temps.  Si c’est une sage madame de 81 ans qui le dit, alors ça doit être vrai. C’est fou ce que l’on peut apprendre sur soi-même lorsque l’on débute dans une nouvelle carrière.

Et c’est justement ça, la source du problème: je débute dans une nouvelle carrière. Oui, d’accord, j’ai déjà écrit quelques romans, certains que je laisse en ligne faute d’éditeurs intéressés, comme Un été à Saint-Ignace-de-Montrouge, ou bien Riverstock, le concert du siècle, et aussi Les Forces Occultes du Mont-Saint-Hilaire dont je parle plus haut. Mais à 54 ans, je suis au début de ma carrière d’auteur de livre publié par un vrai éditeur. Il est donc normal que jusqu’à ce point-ci de ma vie, je ne fréquentais nullement des gens du monde de l’édition. Et mon entourage non plus. Puisqu’ils ne connaissent rien à ce milieu, ils peuvent seulement s’imaginer comment ça marche. Or, l’imagination et la réalité, c’est deux choses bien différentes.

Les auteurs de métier, eux, ne vivent pas ce genre de situations. Et c’est parce qu’ils évoluent entre gens qui fréquentent ce milieu, donc qui se comprennent.


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Y’a liens là:

En juin 2015, j’écrivais ce billet de blog dont le titre dit tout: 20 raisons pourquoi je ne publierai jamais de livres. Bien que certains détails soient un peu dépassés aujourd’hui (le plus évident étant que j’ai fini par en publier un), ce billet décrit toujours plusieurs réalités du monde de l’édition que ne peuvent connaitre la population générale.

Un câble d’acier ombilical.  9e partie et conclusion: couper le câble pour enfin avancer

Une personne m’a demandé la raison pour laquelle j’ai écrit cette série de billets.  Il y en a plusieurs.  Et oui, la principale fut par besoin de justifier le fait que j’ai choisi de renier mes parents le 3 mai 2022.  Car soyons francs, dans la tête des gens en général, le mot parent évoque l’image de gens matures et responsables.  Tandis que le mot enfant, au contraire, évoque l’immaturité et l’irresponsabilité.  Ainsi, il est beaucoup plus acceptable socialement d’entendre que des parents ont renié leur enfant à cause des frasques de ce dernier, plutôt que l’inverse. Même si l’enfant a 53 ans.

Mais surtout, c’est qu’en me penchant sur le cas de mes parents lorsque j’ai pris cette décision, je me suis rendu compte que ce comportement n’en était pas un qui se limite exclusivement dans la relation parents-enfants.  Tout faire pour rendre et/ou garder l’autre dépendant.  L’Infantiliser.  La rabaisser aux yeux de leur entourage. Ne pas vouloir que l’autre ait une vie sociale.  Ne pas vouloir que l’autre ait une vie amoureuse.  Ne pas vouloir que l’autre ait un travail.  Ne pas vouloir que l’autre ait de l’argent.  Ne pas vouloir que l’autre habite seul(e). Toujours vouloir garder l’autre à la maison, avec soi, 24 heures, 7 jours.  Une situation dans laquelle la possessivité de l’un empêche l’autre de grandir, d’évoluer.  Bref, le genre de relation toxique que l’on retrouve surtout dans les couples.  Et si ce comportement n’est pas acceptable dans les relations de couples, pourquoi le serait-il dans les relations parents-enfants?

Cette situation insidieuse est beaucoup plus difficile à détecter.  Car, tout comme dans ma relation avec mes parents, la personne possessive ne tarit pas d’éloges et de bons soins envers sa victime.  Celle-ci ne peut donc jamais se plaindre de mauvais traitement, d’abus ou de violence de quelque façon.   Or, cette situation n’en demeure pas moins toxique.  Car à cause de l’isolation qu’elle vit sans cesse à tous les niveaux, la victime constate que toutes ses tentatives de réussir sa vie ne lui rapportent qu’échec par-dessus échec, et elle en vient à douter de sa valeur personnelle.  Elle a donc le réflexe de s’accrocher à la seule personne qui représente à la fois sa vie sociale, son toit, sa nourriture, son confort : celle-là même qui l’empêche d’obtenir ailleurs vie sociale, toit, nourriture, confort.  Et elle finit par accepter cet état de fait.

Sauf si, comme moi, la nature l’a faite furieusement indépendante.  Car j’ai beau avoir été saboté à tous les niveaux par mes parents de ma naissance jusqu’à mes 53 ans, jamais je n’ai accepté cet état de fait.  C’est la raison pour laquelle jamais je n’ai baissé les bras, et toujours je repartais à zéro, entreprenant de nouvelles carrières, dans de nouveaux logis, dans de nouvelles villes, me faisant de nouvelles vies sociales et amoureuses. Hey, j’ai même choisi de devenir itinérant plutôt que de me remettre dépendant de leur toit il y a deux ans. C’est tout dire.

C’est de ce désir d’indépendance qu’est tout naturellement venu mon obsession de l’évolution de soi. C’est la raison pour laquelle, à 33 ans, j’ai commencé à évoluer en santé et en forme en changeant mon alimentation et en allant au gym.  C’est la raison pour laquelle je suis retourné finir mon école secondaire à 25 ans en cours aux adultes.  Que je suis allé au cégep à 27 ans.  Que j’ai appris la menuiserie, l’électricité et la plomberie à 44 ans.  Et pour que jamais mon nom ne soit associé aux membres de ma famille qui ont des antécédents judiciaires, j’ai ensuite commandé à la Gendarmerie Royale du Canada ce certificat qui prouve que de toute ma vie je n’ai été le sujet d’aucune condamnation, et que je ne possède aucun dossier passé ou présent.

Ce document gouvernemental m’a ouvert toutes les portes. De concierge qui possède toutes les clés dans un édifice construit en 1964, à surintendant d’une tour à condos de luxe érigée en 2014, en y ayant libre accès partout et chez n’importe qui. Ce document m’a ensuite permis de travailler pour la Banque de Montréal, lorsque j’habitais à Sherbrooke.  Emploi pour lequel j’ai eu l’idée de suivre une autre formation me rendant très utile en milieu de travail en cas d’urgence.

Ce même document m’a permis ensuite de devenir préposé aux bénéficiaires, un métier qui demande de prendre soin de gens qui sont rendus au point le plus vulnérable de leurs vies. Une carrière que l’on n’accorde pas à quiconque ayant un passé le moindrement louche.

Oui, il y a moyen de se sortir des bas-fonds duquel on est originaire, et dans lequel les plus pathétiques personnes de ton vieil entourage préfèrent consacrer leur temps et leurs énergies à tenter de saboter ton évolution, au lieu de se concentrer sur leur propre évolution personnelle. Mais pour que ça soit possible, il faut d’abord accepter la réalité qui suit:

La majorité des gens qui nous entourent ne changeront jamais.  Surtout lorsqu’il s’agit de leurs mauvaises habitudes. Ça m’a pris 53 ans d’efforts et d’espoir, en m’accrochant à l’idée que, en tant que parents et adultes raisonnables, ils finiraient par me laisser vivre ma vie.  Mais malgré ma patience, malgré ma loyauté de fils unique envers ses vieux parents, il a fallu que je fasse face à cette triste réalité.  L’amour que mes parents me portent est égoïste et toxique.  Il l’a toujours été.  Il le sera toujours.  Ma vie entière le prouve.  Je n’ai eu aucun autre choix que de sectionner pour de bon ce câble d’acier ombilical.

Tu n’as qu’une seule vie à vivre.  Ne la sacrifie pour personne.  Pas même pour ceux qui te l’ont donnée.

Un câble d’acier ombilical. 8e partie, dépouiller pour garder pauvre

Lorsqu’il s’agit de m’isoler dans le but de me garder à eux, mes parents ont développé instinctivement le principe du travail d’équipe.  Par exemple, dans un billet précédent, tandis que ma mère s’affaire à m’infantiliser à mes propres yeux, mon père m’infantilise aux yeux des autres.  Tandis que mon père s’arrange pour me faire perdre mes emplois, ma mère s’affaire à me faire perdre mes conjointes.  Et, comme il est sujet dans ce billet, tandis que mon père me fait perdre mon argent et mes possessions, ma mère s’arrange pour me dépouiller de l’argent et des possessions qui me reviendraient de droit.

Trois ans d’économies envolées.
Je devais bien avoir six ans lorsque j’ai reçu pour la première fois de l’argent en cadeau: Un beau 5$ (à peu près $22 en argent d’aujourd’hui).  Ma mère m’a alors amené ouvrir un compte à mon nom à la Banque Canadienne Nationale, aujourd’hui Banque Nationale [du Canada] ou BNC.  Dans les années 70 au Québec, les banques n’offraient pas de compte spéciaux pour les mineurs, avec limites de retraits ni autres programmes qui existent aujourd’hui.  Quiconque ouvrait un compte comme tout le monde avait un compte comme tout le monde.  Je me souviens de la fierté que j’ai ressenti à avoir mon petit livret rectangulaire gris-pâle entre les mains.  Un feeling qui ne m’a hélas duré que jusqu’à la fois suivante où je me suis retrouvé avec de l’argent.  C’est qu’à partir du moment où j’ai eu ce compte de banque, à chaque fois que je recevais de l’argent à Noël, à mon anniversaire ou à toute autre occasion, mon père intervenait systématiquement en me disant avec un air autoritaire à la limite de la colère:

« Ça, tu va aller l’déposer, au lieu de l’gaspiller sur des p’tites crisses de cochonneries! »

Imaginez être enfant, être pauvre, ne pas recevoir de jouets, et ne pas avoir le droit de tirer plaisir de la seule chose que l’on te donne.  Voilà pourquoi ce compte est vite devenu source de frustration.  Au bout de deux ans, j’en suis même venu à espérer recevoir n’importe quelle babiole sauf de l’argent, car je savais que chaque chèque ou billet de banque reçu m’équivaudrait à une engueulade automatique de mon père, et ce sans même me laisser le temps de dire quoi que ce soit.

Un jour de Noël, je décide de montrer de la bonne volonté.  Avant même d’ouvrir l’enveloppe que me remet ma grand-mère, je dis: « Youppi, de l’argent! Je vais pouvoir le déposer. »

Ce à quoi mon père répond sur son habituel ton enragé:

« T’es mieux de le faire pour de vrai au lieu de le gaspiller, mon p’tit calice.  Parce que MOÉ m’as t’surveiller. »

Comme quoi, quoi que je dise, quoi que je fasse, il n’y avait jamais moyen de m’éviter ses insultes et ses menaces.

Il arrivait parfois qu’un ami, un cousin en visite ou toute autre enfant mette la main sur mon livret et y jette un oeil.  À chaque fois, j’avais droit à une remarque rabaissante dans le genre de:

« HEIN?  T’as juste ça?  T’es donc ben pauvre! »

Quand tu as neuf ans, et que tu as passé le dernier tiers de ta vie à te faire chier à te faire soumettre de force à une épargne radicale qui ne te laisse pas profiter du moindre sou, cette humiliation supplémentaire ne fait rien pour t’aider à voir le principe de l’économie d’un bon oeil.

À l’époque, comme beaucoup de québécois, mon père a fait partie des milliers d’hommes qui sont allés à la Baie James lors de la construction des grands barrages hydroélectriques.  Leur horaire allait comme suit: Deux mois de travail suivi de deux semaines de congés, qui était l’équivalent de leurs huit fins de semaines cumulées. Mon père fut embauché.  Il y avait juste un problème: Il n’avait pas le $60.00 requis pour prendre l’avion pour s’y rendre.  Or, dans mon compte de banque, il y avait $62.00 en argent de l’époque, fruit de trois ans de sacrifices forcés. Mes parents m’ont alors amené à la banque afin que j’en retire $60.00 et que je le remette à mon père.  Il m’a rassuré comme quoi il me le remettrait à son retour.  N’empêche qu’en attendant, je me sentais bien piteux à ne plus voir que $2.00 d’inscrit dans mon livret de banque, tandis que lui s’envolait avec mon argent.

À son premier congé, je le lui ai demandé.  Mais il m’a dit qu’il avait des dettes bien plus urgentes à payer, et qu’il me le rendrait à sa prochaine visite.

À son second congé, je le lui ai demandé.  Mais il m’a dit qu’il avait des choses bien plus importantes à régler avant de pouvoir se permettre de me le rendre, mais que je l’aurais à sa prochaine visite.

À son troisième congé, je le lui ai demandé, mais il m’a dit…

« HEILLE, TABARNAK, TU VAS-TU ARRÊTER DE M’FAIRE CHIER AVEC ÇA, CALICE!? Tu sauras que te nourrir pis t’habiller depuis que t’es né, ça m’a coûté ben plus que tes p’tits crisses de soixante piasses. Fa que farme donc ta yeule avant que j’te calisse ma main en pleine face. »

Assis sur le siège arrière du taxi qui nous ramène de l’aéroport, je reste silencieux.  Dans mon cerveau de neuf ans se bousculent de lourdes pensées, alors que j’en arrive à la conclusion que son insistance pour que je sauve mon argent n’était que dans le but de me le voler. Cette expérience m’a fait devenir dépensier compulsif, habitude que j’ai gardé pour les dix années qui allaient suivre. Évidemment, ça me rapportait des insultes et des commentaires enragés et rabaissants de la part de mon père. Mais ce n’est pas non plus comme si j’y avais échappé pendant les trois ans où j’ai été économe. Au moins, là, je profitais de mon argent.

Les héritages perdus
Lorsque j’étais adolescent, l’une de mes grands-mères et l’une des tantes de ma mère m’ont chacune pris à part lors d’événements familial.  L’une pour me dire qu’elle m’avait laissé une part d’héritage.  L’autre pour me dire que j’étais carrément son légataire universel.  À leurs morts, puisque j’étais encore mineur, mes parents ne m’ont pas permis de les accompagner au notaire.  Et ma mère a refusé en mon nom mon héritage.  Dans les deux cas, elle m’a servi comme justification que son but était de ne pas faire de chicanes dans la famille

J’ai toujours accordé une grande importance à l’histoire de la famille. Aussi, tout le long de ma vie adulte, à chaque fois qu’un ainé arrivait en fin de vie, je ne demandais rien de plus que certains souvenirs de famille, tels de vieux albums de photos, de la documentation, peut-être une babiole ou deux. Rien n’ayant vraiment de valeur marchande. À chaque fois, pendant les procédures, ma mère intervenait dans mon dos auprès du notaire et des autres héritiers en disant que nous ne voulons rien. Et quand je m’adressais aux autres héritiers pour voir s’ils voudraient bien me céder ces choses, trop tard. À leurs yeux, les dites choses n’avaient aucune valeur, alors ils les avaient jetées.

Vers 2013, j’ai surpris ma mère à dire ce qui suit à Flavie, ma conjointe de l’époque:

« Ma mère m’a laissé un coffre en cèdre. Tu l’veux-tu? Sinon, moi, j’m’as l’mettre aux vidanges, y m’sert à rien. »

Je suis aussitôt intervenu, vraiment pas content, et je lui ai fait savoir ma façon de penser en lui faisant la leçon de long en large comme quoi ce n’est un secret pour personne que j’attache une grande importance à l’histoire et les souvenirs de famille. Et que c’est une chose de ne pas vouloir faire de chicane dans la famille, mais que c’en est une toute autre de me dépouiller de tout bien d’héritage qui me revient de droit, en le donnant à des étrangers ou en le jetant. J’espérais que cette fois elle avait enfin compris.

En 2019, alors que nous habitions à Sherbrooke, ma mère me montre fièrement leurs nouvelles bagues de mariage. Elle me dit que, en vieillissant, ils maigrissent, et leurs doigts étaient devenus trop petits pour leurs alliances qu’ils portaient depuis 1966. Ils s’en sont donc rachetés de nouvelles, plus petites. Ce à quoi je réplique:

« Euh… personne ne vous a jamais dit que vous pouviez juste faire ajuster vos bagues originales? Ça aurait coûté beaucoup moins cher. »
« Non, on ne le savait pas. »
« En tout cas, à moins que vous vouliez les garder, vos premières bagues vont me faire un très beau souvenir de famille. »

On entend souvent des histoires full romantiques d’hommes qui demandent leurs copines en mariage, en leur offrant une bague de famille. Et je me suis toujours imaginer vivre ce cliché un jour. C’était sans compter l’esprit tordu de ma mère.

« Ah? Tu les voulais? Fallait le dire. On ne les a plus. Je les ai jetées. »
« QUOI? »
« Ben là! On a des nouvelles bagues. Qu’est-ce que tu voulais qu’on fasse avec les autres? »

Ma mère a cultivé depuis tellement longtemps le réflexe de me priver de tout héritage, qu’elle a préféré jeter aux poubelles pour plus de $2 600 d’or et de diamant plutôt que de me les léguer.

À CONCLURE

Un câble d’acier ombilical.  7e partie, la raclée qui m’a handicapé pour la vie

Jusqu’à maintenant, dans tous les billets de cette série, je prend la peine de préciser que je ne donne qu’un seul exemple parmi des dizaine, voire des centaines d’expériences similaires que mes parents m’ont fait vivre. Cette fois-ci, c’est l’inverse. Dans toute ma vie, je n’ai eu droit qu’à une seule raclée. Mais comme le démontre le titre de ce billet, elle fut plus que suffisante.

Mais avant ça :

Tel que raconté dans Le jour où tout a basculé (1 de 4), le matin du 15 février 2018, alors âgé de 49 ans, je fais une vilaine chute dans un escalier verglacé.  En voici un extrait :

Je pose un pied sur la première marche. Au moment où je lève l’autre pied, je glisse sur la fine couche de verglas invisible qui recouvre l’escalier. Mon corps bascule.  Mon dos percute le coin de la marche du haut avec tellement de violence que je me fracture la 5e vertèbre, juste entre les omoplates. Tandis que mon corps couché glisse les huit marches, je suis envahi d’une douleur telle que je n’ai jamais vécu avant.  Je constate avec horreur que je ne respire plus.  Ma poitrine, ma cage thoracique, mes poumons, refusent de bouger. Je sais très bien que sans respirer, j’en ai pour quelques secondes avant que le manque d’oxygène me fasse perdre conscience.  Aussi, arrivé en bas des marches, d’un suprême effort qui ne fait qu’amplifier ma douleur, je me redresse sur les genoux.  Mon hurlement de douleur n’est qu’interne, car aucun son ne sort de ma gorge. Je me laisse tomber sur le côté, sur le  banc de neige molle.  Envahi par la nausée, je tourne mon visage vers le bas, la bouche ouverte, histoire de ne pas mourir étouffé si jamais je vomis pendant que je suis inconscient. 

Ce n’est que deux jours plus tard, en voyant que la douleur ne diminuait pas, que je suis allé à l’hôpital pour me faire prendre un rayon X.  C’est là que l’on a pu voir que je m’étais fracturé la vertèbre T5.  … Entre autres. Car voici ce que je n’avais pas encore raconté:

Le docteur a constaté quelques anomalies qui l’intriguent sur mon squelette, et il aimerait en savoir davantage.  Aussi, il me donne rendez-vous dans la semaine suivante pour une radiographie corporelle intégrale.  On m’injectera un liquide légèrement radioactif qui éclaircira davantage les images qu’ils en tireront.

Quelques jours après mon scan intégral, je suis au bureau du médecin.  Il m’amène les images qu’ils en ont tiré. En les observant, il me demande :

« Avez-vous déjà été dans un accident d’auto lorsque vous étiez enfant? »
« Non! »
« Vous êtes sûr?  Si je vous demande ça, c’est parce que la radiographie nous a montré que vous avez de très vieilles blessures à la colonne vertébrale et à la cuisse droite.  Regardez ici, un peu plus bas que le milieu du dos.  Vous avez eu les vertèbres T11 et T12 écrasées.  Et étant donné la taille qu’elles ont gardée, vous deviez avoir six ou sept ans lorsque ça s’est produit.  C’est un miracle que vous ne vous êtes pas retrouvé paralysé du bas du corps à ce moment-là. » 

Je regarde l’image.  Et en effet, non seulement ai-je les deux vertèbres mentionnées minuscules, mon dos semble prendre une courbe sévère à partir de ce point.  Chose confirmée par le médecin lorsqu’il me dit :

« C’est la raison pour laquelle votre colonne a une courbe anormalement prononcée.  Avez-vous parfois de la difficulté à respirer, le souffle court, ou ressentez-vous un malaise suite à un grand repas. »
« Oui!  À tout ça. »
« En se fiant à la taille de vos autres vertèbres, on peut voir que si ces deux-là avaient pu pousser à leur taille normale, et que votre dos avait une courbe normale, plus redressée, vous auriez dû être de 3 à 4 pouces plus grand.  Vos organes internes, eux, ont grandi normalement.  Mais ils sont comprimés dans une cage thoracique trop étroite, étant donné l’état de votre colonne. »

Voilà qui explique pourquoi l’effort physique me mettait si rapidement à bout de souffle, jusqu’à ce que j’améliore grandement mon cardio en allant régulièrement au gym depuis mes 40 ans, suite à Défi Diète 2008. 

Je n’étais pas au bout de mes surprises, alors que le médecin me montre maintenant un rayon X de ma jambe.  En son milieu, l’os de ma cuisse droite est plus étroit, un peu comme un sablier.  Et il est  traversé par une ligne noire.

« De la même époque, vous avez aussi cette blessure-ci.  Votre fémur a été brisé.  Apparemment, vous n’êtes pas allé à l’hôpital et on vous a fait marcher dessus, parce que l’os s’est ressoudé croche.  C’est pour ça que votre genou droit et votre pied droit portent vers la droite, plutôt que de pointer droit devant vous, tel que supposé. »

Alors c’est pour ça que ma jambe est croche? Eh bien!  Toute ma vie, jusque-là, j’avais toujours cru que c’était la nature qui m’avait fait ainsi.  En fait, mes parents ont toujours dit que lorsque j’étais bébé, j’essayais de marcher avant mes 9 mois, et que ceci aurait déformé mes os qui auraient poussés de travers.  Il me semblait bien que cette explication ne tenait pas la route.

 « Pour avoir un fémur brisé et deux vertèbres fracturées au point d’être littéralement broyées, même si c’était des os d’enfants, ça a dû prendre un impact considérable.  Vous êtes vraiment sûr que vous n’avez pas été dans un accident d’auto?  Ou alors fait une chute violente? Dans la montagne… Sur des rochers, peut-être? »

Je ne vois vraiment pas ce qui a pu m’arriver à six ou sept ans pour mettre mes os dans un tel état.  Je sais bien que ça remonte à loin, mais il me semble qu’un événement capable de me causer un tel traumatisme physique, je m’en souviendrais. 

Rentré chez moi, j’appelle mes parents pour leur faire part des questions du médecin.  Mais ma mère n’en a pas la moindre idée non plus.

En raccrochant, je me pose la question suivante : Est-ce que j’ai déjà ressenti, au niveau du dos, une douleur aussi intense que celle que j’ai eue lorsque je me suis fendu la vertèbre dans l’escalier?

Et tout à coup, je me souviens.  Oui, j’ai déjà ressenti une telle douleur.  Et les mêmes autres effets aussi, soit la paralysie temporaire, l’incapacité de parler, la nausée. Même l’évanouissement, cette fois-là arrivée pour vrai. C’était trois ou quatre semaines avant mon 7e anniversaire, au début de l’été de 1975.

Ça faisait environs trois mois que mon père avait pris un chambreur.  Lionel, 19 ans, était chauffeur de taxi.  Ça faisait donc trois mois que je dormais sur le fauteuil du salon. Je n’avais plus de chambre ni de lit, puisqu’il les avait refilés à Lionel.

Je venais de terminer ma première année de l’école primaire.  Les vacances d’été étaient commencées depuis quelques jours.  J’étais au salon, à jouer avec mes Lego.  La veille, mon père s’était acheté un radio portatif.  Ce matin, pendant que mon père était au travail, Lionel a pris la radio et a commencé à jouer avec.  Mais il l’a échappé.  En tombant, les boutons se sont brisés et l’antenne a plié.

En fin d’après-midi, mon père revient du travail.  Il entre dans la cuisine.  Il voit ma mère et Lionel à table.  Table sur laquelle repose son radio tout neuf et déjà brisé.  Je l’entends hurler CALICE DE TABARNAK.  Mais je suis habitué à ses crises de rage, et cette fois-ci je sais que je n’en suis pas la cause. Je n’en fais donc pas de cas et je continue à jouer avec mes Lego.

Tout à coup, les murs, le plancher et le plafond basculent à une vitesse folle dans ma vision.  Une seconde plus tard, impact terrible qui me coupe le souffle.  Voile noir puis inconscience. 

Quelques années plus tard, Lionel me dira que mon père, après avoir vu l’état de sa radio, n’a pas attendu la moindre explication.  Ce qui suivit démontre qu’il a automatiquement cru que j’étais le coupable.  Il a filé à toute vitesse au salon où je jouais à genoux en lui tournant le dos.  Il m’a saisi par la jambe droite à deux mains, m’a soulevé de terre me faisant basculer.  Et, comme si j’étais une batte de baseball, il m’a frappé au mur, dans le cadre de porte de sa chambre. 

Le voilà, l’impact considérable qui a brisé mon fémur et qui m’a broyé deux vertèbres.

Je me réveille face contre l’oreiller, couché sur le ventre, dans le lit de mes parents, en ressentant une nausée terrible.  Tout mon corps, surtout mon dos, est en proie à une douleur tellement épouvantable que jamais je n’aurais pu imaginer qu’un tel seuil puisse exister.  J’essaye de bouger, mais je ne peux pas.  Je suis totalement paralysé par la douleur.  J’essaye de parler, mais aucun son ne sort de ma bouche.  À travers les cils de mes yeux qui n’arrivent pas à ouvrir complètement, j’aperçois du coin de l’œil mon père qui, à genoux à côté du lit, près de moi, pleure de façon incontrôlable.  Entre les sanglots, il ne fait que répéter :

« Stéphane!  Dis que tu l’aimes, ton papa.  Stéphane.  Dis à ton papa que tu l’aimes.  Dis-moi le!  Stéphane! Dis à ton papa que tu l’aimes. Dis-z-y qu’tu l’aimes, ton papa! »

Ces paroles me remplissent de peur.  Une peur si terrifiante qu’aujourd’hui à 54 ans je peux affirmer que n’ai jamais rien ressenti de tel, ni avant, ni depuis.  La source de cette peur, c’est parce que je suis incapable physiquement de parler. Par conséquent, je suis incapable de lui dire que je l’aime. Non pas parce que je l’aime vraiment. Bien au contraire. Mais j’ai peur que si je ne lui dis pas ce qu’il veut entendre, alors il va frustrer contre moi et me tabasser de nouveau. 

Mes parents ne m’ont jamais amené à l’hôpital.  Avec une jambe brisée et deux vertèbres broyées, il est évident que les médecins auraient signalé mon cas à la police.  Et si mon père va en prison, alors qui ira travailler pour rapporter l’argent pour faire vivre la famille?  En 1975, certainement pas ma mère.

J’ai donc passé tout l’été de mes 8 ans convalescent.  Sans recevoir de soin, pour ne pas que les gens sachent que j’étais mal en point. À marcher sur ma jambe brisée, sans savoir qu’elle l’était, et sans savoir que ça la faisait dévier.  À ne pas pouvoir dormir sur le dos, donc à dormir sur le ventre, sans savoir que cette position allait souder mes vertèbres brisées dans un angle qui faisait dévier ma colonne vertébrale.

J’étais trop jeune pour pouvoir me rappeler quelles étaient mes performances physiques dans les activités sportives à l’école avant cette raclée.  Ce dont je me rappelle par contre, c’est que j’étais devenu incompétent dans tous les sports nécessitant les jambes.  J’avais de la difficulté à courir, au point où je perdais l’équilibre si j’allais trop vite.  Alors évidemment, course à pied, soccer, baseball, kick-ball, football, basketball, hockey, tennis, etc.  Je ne tenais pas sur des skis, furent-ils alpin ou de fond.  Je ne tenais pas sur des patins. À vélo, si les pédales avaient des étriers, je devais mettre les pédales à l’envers, car si je les utilisais ça me causait de la douleur au genou. 

L’année suivante, en 1976, tout le Québec vibrait au rythme des Jeux Olympiques de Montréal.  Cet événement influençait les écoles, qui multipliaient les activités sportives bien au-delà des cours d’éducation physique.  Aussi, ce printemps-là, l’école a décidé d’organiser dix jours d’olympiades. Ils ont réuni au gymnase les 120 élèves des quatre classes de 3e année pour que l’on se divise en dix équipes. À ce moment-là, ça faisait un an que ma nullité en sports était un fait connu.

On devait se mettre au centre du gymnase, à attendre que l’on soit choisi par une équipe. Après que tous les garçons aient été pris, sauf moi, il ne restait plus que la soixantaine de filles des quatre classes. Lorsque j’ai enfin été appelé, il ne restait plus que moi et trois filles. Non seulement vivais-je une situation extrêmement humiliante pour un jeune garçon, je la vivais publiquement, devant à tous les autres enfants de mon âge et de ma ville.

Lorsque tu es le garçon le plus nul de ton école en sports, tu deviens pour les élèves la cible de ridicule et de mépris.  Et aussi de harcèlement. Puisque tu es le plus faible, ça fait de toi une cible facile. Et quand le monde te traite comme de la merde lorsqu’ils sont enfant et adolescents, c’est une habitude qu’ils ne perdent pas une fois rendus adulte. C’est comme ça qu’ils ont grandi. Alors même s’ils ne se souviennent plus de la raison pourquoi ils ont commencé, depuis le temps qu’ils agissent ainsi, ça reste profondément ancré dans leur personnalité. 

C’est sûr que je n’irais pas jusqu’à sous-entendre que cette raclée n’était qu’une manière de plus de la part de mes parents afin de s’assurer que j’allais être isolé des autres.  N’empêche que tel fut le résultat.  À cause de cette intervention parentale, jamais je n’allais être capable de faire du sport.  Jamais je n’allais faire partie d’une équipe.  Jamais je n’allais pouvoir me mettre en forme. 

Du moins, dans ce dernier cas, jusqu’à mes 42 ans, en décembre 2010. Je savais très bien que j’avais toujours été nul en course à pied. Mais je n’avais jamais su pourquoi. J’avais bien constaté que ma jambe droite portait vers la droite. Mais jamais n’avais-je fait le lien entre ça et mon incapacité sportive. Et surtout, jamais ne m’était-il venu à l’idée que ça puisse avoir un lien avec la raclée reçue dans mon enfance. Dans ma tête, j’avais juste toujours été nul en course à pied, tout simplement. Et à 42 ans, j’ai décidé d’y remédier en me mettant à l’entrainement dans cette discipline. Je tenais à me prouver qu’il n’y avait pas d’âge pour se mettre en forme.

Je m’étais mis comme défi de m’entrainer de manière à pouvoir participer au marathon de Montréal l’année suivante. Une course de 42 km..  Le premier jour de mon entrainement, je faisais 200 mètres avant de devoir m’arrêter, les poumons en feu.  Quatre mois plus tard, je faisais 5.2 km, respiration normale. Tous les espoirs m’étaient permis. 

Hélas, l’état de ma jambe droite faisait que la gauche devait compenser, ce qui mettait de la tension sur les deux. Jusqu’au point où elles ne pouvaient plus endurer la course combiné à mon travail physique debout. J’ai développé une fasciite plantaire qui m’a empêché de marcher, me laissant en arrêt de travail pendant deux mois. Ignorant la source véritable de mon problème, je blâmais mon travail.

Après huit semaines de convalescence, dont les six premières à nécessiter des béquilles, on m’a prescrit des orthèses que je dois porter dans des chaussures rigides. Jamais je ne pourrai participer au marathon. Plus jamais je ne pourrai courir. Je dois déjà me considérer chanceux de pouvoir encore marcher.

En me donnant cette raclée il y a 46 ans, mon père m’a handicapé pour la vie, autant au niveau physique qu’au niveau social.  Si seulement je l’avais mérité en lui brisant sa radio. Certes, ça ne justifierait pas ce qu’il m’a fait. N’empêche que je pourrais me dire qu’il y a eu cause à effet.  Mais puisque ce n’est pas le cas, je porterai en moi jusqu’à ma mort les séquelles physiques d’avoir été puni par mon père pour un geste que je n’ai jamais commis.

Un père qui, après cet acte insensé, pleurait.  Non pas en remords pour avoir posé un geste d’une violence inouïe contre son propre fils. Non pas par peur que son fils soit possiblement mourant. Non! Comme le démontraient ses paroles, ce qui lui faisait vraiment de la peine, c’était la possibilité de ne pas être aimé par sa victime.

À CONCLURE