Quand l’autre fait de toi la Cassandre du couple (1 de 2)

Cassandre était un personnage de la mythologie grecque. Elle habitait la ville de Troie. Apollon, voulant séduire cette femme de grande beauté, lui donna la capacité de voir dans l’avenir. Un don très utile à cette époque guerrière, avec la Grèce sans cesse attaquée de toutes parts. Malgré ce cadeau divin, Apollon ne réussit pas à charmer Cassandre. Frustré, il ajouta une clause à son don. Oui, elle verra l’avenir, les catastrophes, et tout ce qui peut arriver de mal. Mais personne ne la croira.

Elle tenta ainsi de prévenir les gens grâce à ses visions du futur, en annonçant des accidents, des meurtres, des coups d’état. Elle alla même avertir les résidents de Troie contre le cheval de bois. Mais tel qu’Apollon en avait décidé, personne ne la croyait.

Après chaque défaite, après chaque catastrophe, Cassandre leur répétait qu’elle les avait pourtant prévenus. Elle le leur rappelait, uniquement dans le but qu’on lui accorde de la crédibilité dans l’avenir, pour que les gens l’écoutent, et ainsi s’évitent de vivre des incidents fâcheux.

Ils ont choisi « merde »

Mais les gens, trop orgueilleux, voyaient ça autrement. À leurs yeux, Cassandre cherchait à les humilier, les rabaisser, les faire passer pour des imbéciles qui ne connaissent rien. Personne ne veut accorder de crédibilité à quelqu’un qui nous fait sentir comme si on était idiot. Alors en plus de ne pas l’écouter, la frustration ressentie envers elle fit que l’on en vint à l’accuser de porter malheur. Voire de causer elle-même les catastrophes qu’elle annonçait. Ces accusations avaient beau défier toute logique, on faisait le choix délibéré d’y croire. Normal! Lorsque l’on est frustré contre une personne, on va rarement s’arrêter à la logique de nos arguments contre elle.

Cassandre mourut après avoir prédit l’assassinat de sa famille complète, ainsi que les noms des meurtriers. Ce qui, comme d’habitude, n’a pas été pris au sérieux par son entourage.

Et maintenant, voici le lien entre cette histoire et le titre de ce billet.

Tout le long de ma vie, j’ai attiré un genre de femme en particulier; celle qui provient d’un environnement dans lequel elle fut toujours rabaissée. C’est quelque chose qui n’est pas évident à voir au premier coup d’oeil car ça ne parait pas nécessairement dans leur comportement ou leur personnalité. Certaines étaient, comme on le devine, très timides et renfermées. D’autres, à l’extrême opposé, étaient de très joyeuses extraverties. Et d’autres encore se situaient entre les deux. Celles-là semblaient totalement moyennes, normales, sans histoire.

Je suis de nature calme, réfléchie, compréhensive. J’ai un sens inné du respect envers autrui. Pour une femme qui a toujours vécu dans un environnement où on l’a sans cesse sous-estimée et rabaissée, ceci fait que je représente à ses yeux l’homme idéal. Et voilà comment nous avons commencé à former un couple.

Voici trois exemples dans lesquels ces femmes ont fait de moi la Cassandre du couple. Je vais prendre de vieilles anecdotes qui remontent au siècle dernier, ne serait-ce que pour montrer que cette situation ne date pas d’hier. Également, je ne citerai qu’un seul exemple par personne, bien que ce soit quelque chose que chacune d’entre elles m’a fait vivre à plusieurs reprises dans différentes situations.

Noémie.
Ses intentions étaient bonnes. Elle voulait nous préparer de la limonade citron-lime-pamplemousse-menthe. Sa recette nécessitait deux pichets. J’en avais deux. L’un en plastique, dans mon armoire. L’autre, au frigo, gardait de l’eau fraîche. Je lui demande de ne pas utiliser celui-là. J’ai de grands bols en plastique qui peuvent tout aussi bien faire l’affaire.

Pourquoi?”
“Celui du frigo est mon pichet antique, en verre.”
“Et alors?”
“La recette demande de verser de l’eau bouillante dans le pichet. Pour un pot de jus en plastique semi-souple, il n’y a pas de problème. Mais celui-là est en verre. C’est un modèle qui ne se fait plus depuis qu’on les fait en plastique. En plus, c’est l’un des derniers objets qui me reste de mon arrière-grand-père, du temps où il avait un restaurant à Saint-Hilaire, dans les années 40. Je ne veux pas prendre de risque.”


Face à mes objections, elle se met en colère, insultée. Elle se donne la peine de nous préparer une délicieuse limonade fraiche, avec de bons ingrédients, au lieu de la merde en bouteille ou en poudre que l’on retrouve à l’épicerie. Et moi, non seulement je refuse, je lui donne une liste de raisons pourquoi je trouve que ce n’est pas une bonne idée. Ce qui, à ses yeux, équivaut à lui dire que son idée est stupide, donc qu’elle n’est qu’une idiote.

J’vais y faire attention à ton pichet. Je sais ce que je fais!”

Je reste intraitable. Ce pichet est un antique souvenir de famille et j’y tiens. Aussi, je propose une solution. Le marché d’alimentation n’est qu’à dix minutes de marche d’ici. Je vais aller y acheter un nouveau pichet de plastique semi-souple. Comme ça, moi je pourrai garder mon pichet d’eau froide au frigo, et elle aura ses deux pichets pour sa limonade. Sa recette prend justement une vingtaine de minutes, donc le temps que je fasse l’aller-retour. Elle accepte.

Je pars acheter le nouveau pot de jus. À mon retour, j’entre dans l’appartement juste au bon moment pour entendre mon pichet de verre exploser dans la cuisine.

Elle tenait à me montrer que c’était elle qui avait raison. Elle ne m’a donc pas écouté. Dans sa hâte pour me faire la leçon avant mon retour, elle a pris mon pichet de verre directement du frigo, l’a vidé dans l’évier et y a aussitôt versé l’eau de la bouilloire. Le choc thermique a fracassé le verre. Aussi, c’est très exaspéré que j’entre dans la cuisine en disant:

Mais qu’est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase “N’UTILISE PAS MON PICHET EN VERRE!”, hostie!?”

Éventuellement, elle m’a laissé tomber. Elle ne pouvait plus continuer de former un couple avec un gars comme moi, qui la faisait toujours se sentir stupide.

Si seulement elle m’avait écouté lorsque je lui disais NON!

Christine.
Ses intentions étaient bonnes. Elle voulait mettre un peu de romance dans notre couple. Aussi, elle a proposé un bain chaud et relaxant, que l’on prendrait tous les deux, à la chandelle.

Je lui explique alors pourquoi ce n’est pas une bonne idée. J’habite dans un sous-sol. La salle de bain est petite, sans fenêtre. Les bains à deux, tels qu’on les voit à la télé, au cinéma, dans les magazines, sont dans de grandes baignoires, larges et profondes. Pas dans des bains standards d’étroites salles de bain de sous-sol. Et puis, je n’aurais jamais osé le lui dire, mais sans pour autant être obèse, Christine était quand même assez costaude. Ça n’allait pas être le confort avec nous deux là-dedans.

Face à mes objections, elle se met en colère, insultée. Elle prend la peine de planifier une activité romantique pour nous deux. Et moi, non seulement je refuse, mais je lui donne une liste de raisons pourquoi je trouve que ce n’est pas une bonne idée. Ce qui, à ses yeux, équivaut à lui dire que son idée est stupide, donc qu’elle n’est qu’une idiote. Une Miss Catastrophe!

Miss Catastrophe” est le qualificatif que je lui ai donné une fois alors que, pour la j’sais-plus-trop-combientième fois, l’une de ses initiatives que je lui avais décommandé avait eu des conséquences fâcheuses pour moi. Depuis, elle me remettait souvent sur le nez ce surnom rabaissant.

Ne voulant pas créer une nouvelle situation tendue entre nous deux, j’ai encore une fois cédé, espérant encore une fois que tout se passe bien, malgré le fait que tout me portait à croire que ça serait le contraire.

Elle ferme la porte de la salle de bain, allume une chandelle aromatisée, éteint la lumière, et place la chandelle sur le réservoir d’eau de la toilette. Je lui dis:

Pose-la plutôt sur le bord du lavabo s’il te plaît.”
“Pourquoi faire?”
“Ben, comme tu peux voir, au-dessus de la toilette, j’ai des tablettes en verre. La fumée, ça laisse des taches qui ne partent pas. Je voudrais éviter que la propriétaire me fasse payer pour les remplacer.”
“Panique pas, calice! C’est une chandelle qui ne fait pas de fumée, ok!? Je sais ce que je fais.”

Voyant qu’elle était à cran et qu’elle prend toute suggestion comme étant une critique dérogatoire, je soupire intérieurement et je n’insiste pas. Aussi, je ne dis rien en constatant que l’eau du bain est plus chaude que ce que je suis confortable de supporter. Je ne fais pas remarquer à quel point nous sommes trop grands et gros pour être à l’aise à deux dans mon bain. Je ne dis rien du tout alors que les robinets et le tuyau d’eau me rentrent inconfortablement dans le dos, me forçant à changer de position à toutes les 30 secondes. Je fais semblant de rien lorsque le moindre mouvement fait déborder le bain. Et je me ferme la gueule tandis que l’inconfortable humidité brûlante me fait transpirer et que la sueur de mon front me coule dans les yeux, et que les essuyer de mes mains détrempées d’eau savonneuses ne font que me rajouter de l’inconfort et de la douleur.

Sous la chaleur de la chandelle, le centre de la tablette de verre se dilate. Elle éclate dans un bruit sec. Tout ce qu’elle contient, incluant mon verre, mon porte-savon et mon porte-brosse à dents, tous en céramique, tombent et explosent sur le plancher de tuiles. Aussi, c’est très exaspéré que je me lève du bain et allume la lumière en disant:

Mais qu’est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase “NE MET PAS LA CHANDELLE SOUS LA TABLETTE DE VERRE!”, calice!?”

D’accord, moi-même je n’avais pas prévu que la chaleur de la chandelle briserait la tablette. N’empêche que je savais que c’était une mauvaise idée de la poser dessous. Si elle m’avait écouté en la plaçant près du lavabo, ça ne serait pas arrivé.

Christine regarde le dégât! Elle a au visage et dans la voix un air de surprise, de découragement et de panique. Promptement, elle se lève et sort du bain en disant:

“Non! Oh mon Dieu! C’est vrai! C’est vraiment vrai! Je SUIS une Miss Catastrophe! Non! Non! Non! My God! C’est terrible! Je fais toujours tout pour te causer du tort! Je suis vraiment méchante! Tout ce que je fais, c’est de provoquer de la merde! Je ne fais jamais rien de bon! Je suis vraiment Miss catastrophe! Je n’arrête pas de te faire du trouble. Je suis une malédiction. Miss Catastrophe! ”

Je l’ai regardé se rhabiller, ramasser ses affaires et s’en aller. Je ne ne suis pas intervenu. Je n’ai rien dit. Je n’ai rien fait. Je voyais bien que ses paroles étaient exagérées. Je devinais que, consciemment ou non, elle me les récitait dans l’espoir que je les démentisse pour la rassurer. Or, je ne pouvais pas faire ça. Pour mon propre bien, il eut été contreproductif de nier les conséquences fâcheuses qui arrivent lorsqu’elle insiste à ne pas respecter mes limites. J’espérais seulement qu’à partir de maintenant, la leçon serait apprise une bonne fois pour toutes. Je ne demande pas la lune. Je ne cherche pas à la contrôler. Je n’ai jamais voulu l’insulter ni la rabaisser. Je veux juste qu’elle m’écoute, lorsque je lui dis que ce qu’elle me propose ne me convient pas.

Hélas, cet espoir ne s’est jamais réalisé. Éventuellement, elle m’a laissé tomber. Elle ne pouvait plus continuer de former un couple avec un gars comme moi, qui la faisait toujours se sentir stupide.

Si seulement elle m’avait écouté lorsque je lui disais NON!

Camélia.
Ses intentions étaient bonnes. Elle voulait rassurer Lynn, une de mes amies. Lynn venait de se faire avorter. Elle s’est confiée à ce sujet à ses trois amis les plus proches, incluant moi.

Un jour, alors que Camélia était chez moi pendant mon absence, elle a fouillé partout dans mes tiroirs et dossiers. Elle y a trouvé un dépliant de la clinique d’avortement, avec le nom de Lynn d’écrit dessus. À mon retour, j’ai eu droit à une interrogation à ce sujet. Je n’ai eu d’autre choix que de lui expliquer la situation. Ce qui a eu pour effet de l’insulter.

Pourquoi est-ce qu’elle s’est confiée à toi et pas à moi?”
“Parce qu’elle et moi, on se connait de longue date. Notre gang remonte au cégep.”
“C’est pas une raison pour penser que j’allais la juger!”
“Hein? Elle n’a jamais pensé que tu allais la juger.”
“Pourquoi elle me l’a pas dit, d’abord?”
“Parce que c’est une expérience pénible pour elle. Le fait que c’est pénible, ça l’a poussé à se confier à quelques amis proches. Mais en même temps, puisque c’est pénible, elle ne veut pas que tout le monde le sache.”

Toute la soirée, elle n’a pas voulu changer de sujet. J’ai eu beau lui expliquer sous tous les angles, elle n’en démordait pas. À ses yeux, si notre amie ne s’était pas confiée à elle, c’est parce qu’elle croyait que Camélia allait la juger. J’ai tenté de conclure avec ce point final:

Écoute! Peu importe la raison pourquoi elle ne veut pas que les autres le sachent, si elle ne veut pas qu’on en parle, alors il ne faut pas en parler. Si on est ses amis, on doit comprendre ça. Ce sont ses limites, et on doit les respecter.”

Le lendemain, vers la fin de l’après midi, je reçois un appel de Lisa, une de celles à qui Lynn s’était confiée. Elle m’apprend que Lynn vit une grosse crise sociale et familiale en ce moment, parce que tout son entourage vient d’apprendre son avortement. Et qu’on lui a rapporté que ce serait Camélia et moi qui en avons parlé. Nous sommes désormais banni de notre bande d’amis, qui sont particulièrement dégoûtés de cette trahison de ma part.

Lorsque Camélia arrive chez moi quelques heures plus tard, c’est très exaspéré que je lui explique ce qui vient de se passer. Elle répond:

« Ben voyons donc! Ça s’peut pas, qu’elle réagisse comme tu dis. Ceux à qui j’en ai parlé ne l’ont pas jugée. Exactement ce que je te disais! Tu vois bien que je sais ce que je fais!”« 

Camélia tenait à me montrer que c’était elle qui avait raison. Elle ne m’a donc pas écouté. Et maintenant, c’est moi qui payait le prix de son obstination, sans oublier Lynn qui vit précisément l’enfer qu’elle cherchait à éviter.

Mais qu’est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase “ELLE NE VEUT PAS QUE SON ENTOURAGE LE SACHE!”, tabarnak!?”

Face à mes objections, elle se met en colère, insultée. Elle se donne la peine de contacter tout notre entourage afin de calmer les craintes de notre amie, comme quoi personne ne va la juger. Et moi, non seulement je lui dis de ne pas faire ça, je lui démontre qu’en faisant à sa tête, elle avait ruiné ma vie sociale. Ce qui, à ses yeux, équivaut à lui dire que son obstination était stupide, donc qu’elle n’est qu’une idiote.

Éventuellement, elle m’a laissé tomber. En partie à cause de l’influence que ses parents avaient sur elle contre moi. Mais aussi parce qu’elle en avait assez de continuer de former un couple avec un gars comme moi, qui la faisait toujours se sentir stupide.

Si seulement elle m’avait écouté lorsque je lui disais NON!

Ça m’a pris de nombreuses années avant que je constate qu’il y avait plusieurs constantes dans cette situation qui se répétait. Ce sera le sujet du prochain billet.

À SUIVRE

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