Un câble d’acier ombilical.  9e partie et conclusion: couper le câble pour enfin avancer

Une personne m’a demandé la raison pour laquelle j’ai écrit cette série de billets.  Il y en a plusieurs.  Et oui, la principale fut par besoin de justifier le fait que j’ai choisi de renier mes parents le 3 mai 2022.  Car soyons francs, dans la tête des gens en général, le mot parent évoque l’image de gens matures et responsables.  Tandis que le mot enfant, au contraire, évoque l’immaturité et l’irresponsabilité.  Ainsi, il est beaucoup plus acceptable socialement d’entendre que des parents ont renié leur enfant à cause des frasques de ce dernier, plutôt que l’inverse. Même si l’enfant a 53 ans.

Mais surtout, c’est qu’en me penchant sur le cas de mes parents lorsque j’ai pris cette décision, je me suis rendu compte que ce comportement n’en était pas un qui se limite exclusivement dans la relation parents-enfants.  Tout faire pour rendre et/ou garder l’autre dépendant.  L’Infantiliser.  La rabaisser aux yeux de leur entourage. Ne pas vouloir que l’autre ait une vie sociale.  Ne pas vouloir que l’autre ait une vie amoureuse.  Ne pas vouloir que l’autre ait un travail.  Ne pas vouloir que l’autre ait de l’argent.  Ne pas vouloir que l’autre habite seul(e). Toujours vouloir garder l’autre à la maison, avec soi, 24 heures, 7 jours.  Une situation dans laquelle la possessivité de l’un empêche l’autre de grandir, d’évoluer.  Bref, le genre de relation toxique que l’on retrouve surtout dans les couples.  Et si ce comportement n’est pas acceptable dans les relations de couples, pourquoi le serait-il dans les relations parents-enfants?

Cette situation insidieuse est beaucoup plus difficile à détecter.  Car, tout comme dans ma relation avec mes parents, la personne possessive ne tarit pas d’éloges et de bons soins envers sa victime.  Celle-ci ne peut donc jamais se plaindre de mauvais traitement, d’abus ou de violence de quelque façon.   Or, cette situation n’en demeure pas moins toxique.  Car à cause de l’isolation qu’elle vit sans cesse à tous les niveaux, la victime constate que toutes ses tentatives de réussir sa vie ne lui rapportent qu’échec par-dessus échec, et elle en vient à douter de sa valeur personnelle.  Elle a donc le réflexe de s’accrocher à la seule personne qui représente à la fois sa vie sociale, son toit, sa nourriture, son confort : celle-là même qui l’empêche d’obtenir ailleurs vie sociale, toit, nourriture, confort.  Et elle finit par accepter cet état de fait.

Sauf si, comme moi, la nature l’a faite furieusement indépendante.  Car j’ai beau avoir été saboté à tous les niveaux par mes parents de ma naissance jusqu’à mes 53 ans, jamais je n’ai accepté cet état de fait.  C’est la raison pour laquelle jamais je n’ai baissé les bras, et toujours je repartais à zéro, entreprenant de nouvelles carrières, dans de nouveaux logis, dans de nouvelles villes, me faisant de nouvelles vies sociales et amoureuses. Hey, j’ai même choisi de devenir itinérant plutôt que de me remettre dépendant de leur toit il y a deux ans. C’est tout dire.

C’est de ce désir d’indépendance qu’est tout naturellement venu mon obsession de l’évolution de soi. C’est la raison pour laquelle, à 33 ans, j’ai commencé à évoluer en santé et en forme en changeant mon alimentation et en allant au gym.  C’est la raison pour laquelle je suis retourné finir mon école secondaire à 25 ans en cours aux adultes.  Que je suis allé au cégep à 27 ans.  Que j’ai appris la menuiserie, l’électricité et la plomberie à 44 ans.  Et pour que jamais mon nom ne soit associé aux membres de ma famille qui ont des antécédents judiciaires, j’ai ensuite commandé à la Gendarmerie Royale du Canada ce certificat qui prouve que de toute ma vie je n’ai été le sujet d’aucune condamnation, et que je ne possède aucun dossier passé ou présent.

Ce document gouvernemental m’a ouvert toutes les portes. De concierge qui possède toutes les clés dans un édifice construit en 1964, à surintendant d’une tour à condos de luxe érigée en 2014, en y ayant libre accès partout et chez n’importe qui. Ce document m’a ensuite permis de travailler pour la Banque de Montréal, lorsque j’habitais à Sherbrooke.  Emploi pour lequel j’ai eu l’idée de suivre une autre formation me rendant très utile en milieu de travail en cas d’urgence.

Ce même document m’a permis ensuite de devenir préposé aux bénéficiaires, un métier qui demande de prendre soin de gens qui sont rendus au point le plus vulnérable de leurs vies. Une carrière que l’on n’accorde pas à quiconque ayant un passé le moindrement louche.

Oui, il y a moyen de se sortir des bas-fonds duquel on est originaire, et dans lequel les plus pathétiques personnes de ton vieil entourage préfèrent consacrer leur temps et leurs énergies à tenter de saboter ton évolution, au lieu de se concentrer sur leur propre évolution personnelle. Mais pour que ça soit possible, il faut d’abord accepter la réalité qui suit:

La majorité des gens qui nous entourent ne changeront jamais.  Surtout lorsqu’il s’agit de leurs mauvaises habitudes. Ça m’a pris 53 ans d’efforts et d’espoir, en m’accrochant à l’idée que, en tant que parents et adultes raisonnables, ils finiraient par me laisser vivre ma vie.  Mais malgré ma patience, malgré ma loyauté de fils unique envers ses vieux parents, il a fallu que je fasse face à cette triste réalité.  L’amour que mes parents me portent est égoïste et toxique.  Il l’a toujours été.  Il le sera toujours.  Ma vie entière le prouve.  Je n’ai eu aucun autre choix que de sectionner pour de bon ce câble d’acier ombilical.

Tu n’as qu’une seule vie à vivre.  Ne la sacrifie pour personne.  Pas même pour ceux qui te l’ont donnée.

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