Manipuler l’image pour manipuler la réputation

Depuis quelques années, il y a un court gif animé qui se promène sur le net. Celui-ci montre un bébé d’environs deux ans qui frappe un chat. Le chat ne s’en laisse pas imposer et le frappe en retour.

Et à chaque fois que ce gif est posté quelque part, on peut diviser les commentaires dans ces catégories:

  • 5% de rires et/ou commentaires divers.
  • 10% de commentaires comme quoi les chats sont des animaux dangereux et sournois qu’il ne faut pas avoir chez soi, surtout lorsqu’on a un enfant.
  • 85% de commentaires comme quoi cet enfant n’est qu’une petite merde qui n’a eu que ce qu’il mérite.

Est-ce que vous aussi ressentez la même chose que ce 85% en voyant cette scène? Je vous comprends.  Moi aussi, dès que je l’ai vue, c’est le premier sentiment qui m’est venu en tête. Et pourtant, quelque chose me dérangeait.  Je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus exactement, mais j’avais une vague  impression que qu’il y avait un truc de pas net dans cette scène.

Hier, en revoyant ce gif pour la première fois en deux ans, cette fois-ci sur le mur d’un ami de Facebook, j’ai immédiatement repéré la source de mon malaise. Regardez le visage de l’enfant au début.  Il est terrifié.  Il pleure.  Il regarde en direction de la personne qui tient la caméra.  Son expression est un appel à l’aide.  Une aide qui ne vient pas.  Quant au chat, replié sur lui-même, on voit très bien qu’il est à l’affut, prêt à se défendre.  Il n’a pas le comportement d’un chat agressif qui défend son territoire, mais bien celui d’un animal acculé au pied du mur, et ce malgré tout l’espace vide derrière lui.  Il pourrait fuir, mais il reste là!  Pourquoi?

J’ai vu des enfants agressifs.  Ceux-là foncent sur les chats.  Ici, l’enfant se tient à distance.  J’ai vu des enfants qui étaient amusés par la violence.  Ici, on ne peut pas dire qu’il s’amuse.  Son geste est donc un de désespoir, pour tenir le chat éloigné.  Le chat en a visiblement assez.  Il fonce sur le petit.  J’en ai eu, des chats agressifs, et croyez-moi, lorsqu’ils attaquent, ils ont la persistance du pitbull.  Lui, il a juste poussé le petit, avant de s’enfuir.  Vous savez ce que ça veut dire?  Ça signifie que le chat ET le bébé ne désiraient qu’une chose, et c’est de mettre fin à la situation.

Mais quelle est cette situation, au juste?  Une simple recherche dans la section vidéo de Google en entrant cat vs baby a répondu à ma question.  Regardez un peu ce que j’ai trouvé.  Et il y a du son :

Il manque hélas le début, nous ne pouvons donc pas voir ce qui a amené ce chat à agresser ce bébé.  Une chose est sûre, il ne l’a pas fait de son propre chef.  La preuve:

0:02 Le chat perd intérêt pour le bébé et s’en va.
0:07 le chat quitte le lit.
0:08, soit une seconde plus tard, le chat est de nouveau près de lui, ce qui ne fait aucun sens.

Un chat agressif qui attaque va prendre une position dominante.  Ici, il est replié sur lui-même.  Il démontre qu’il n’est pas dans cette situation volontairement. Donc qu’on vient de le remettre contre son gré devant l’enfant.  Et puisque la caméra est restée stable, ça ne peut pas être la personne qui filme qui l’a relancé là.  Il y a donc un second adulte présent.

Le chat est un félin donc un prédateur.  Alors pour lui, un cri de douleur, ça provoque ses instincts de chasseur.  Et comme tous les félins, il n’a pas de patience lorsqu’on l’énerve.  Alors naturellement, il griffe, il mord.  Les morsures et les griffes sont douloureuses, le petit garçon panique devant cette agression.  Il recherche l’aide et le réconfort des adultes.  Il pleure en les regardant, attendant un secours qui ne vient jamais, ni de la femme qui se contente de tenir la caméra et de rire, ni de l’homme qui excite le félin contre le bébé.  L’enfant voit qu’il ne peut pas compter sur eux pour que cesse l’agression du chat.  Alors il le frappe.  Non pas par agressivité, mais bien par défense.   Ce chat a déjà essayé de fuir le conflit, mais il s’y est fait relancer. Il voit qu’il est acculé.  Ne pouvant pas reculer, il fonce.  Une fois le bébé tombé en bas du lit, le chat semble comprendre que c’est ce qu’on attendait de lui pour lui permettre de partir, car il fuit de nouveau.

Le bébé n’est pas l’agresseur, ici.  Il est la victime.  Le chat aussi est victime.  Ils ne le sont pas l’un de l’autre.  Ils le sont des adultes irresponsables qui provoquent ce conflit et qui filment la scène en riant.  Et pour finir en beauté, quelqu’un a décidé d’en faire un court gif animé, en prenant bien soin de le couper de façon à donner l’impression que l’enfant est un petit salopard agressif qui mérite ce qui lui arrive, après avoir frappé sans provocation ce pauvre animal plus petit que lui.

Et voilà comment des gens sont capables de provoquer des conflits, pour ensuite prendre des gestes hors de leur contexte, dans le but de manipuler l’opinion publique contre la victime, en lui collant hypocritement le rôle de l’agresseur.  La victime reçoit hostilité, coups, blessures, avant de voir sa réputation se faire injustement salir.  Et les provocateurs s’en tirent blanc comme neige, car ils réussissent tellement bien à monter notre opinion contre l’enfant, on devient automatiquement aveugle à ceux qui, bien cachés derrière la caméra, sont les véritables responsables, qui tirent les ficelles et manipulent les événements.

Il suffit pourtant de peu de choses pour connaitre la vérité.  Il n’y a qu’à s’ouvrir les yeux, comme je l’ai fait, pour voir que quelque chose ne colle pas.  Il n’y a qu’à constater ce qui se passe vraiment.  Et au besoin, faire une simple petite recherche.

Hélas, lorsque les manipulateurs arrivent à provoquer des sentiments négatif du public contre une personne, ça enlève automatiquement à ce public l’envie d’apprendre quoi que ce soit qui puisse l’innocenter.  C’est le cas avec ce gif, et c’est le cas à toutes les fois où quelqu’un utilise une situation hors de son contexte dans le but d’entacher la réputation d’autrui.

La Conflictuodépendance: Provoquer la haine comme excuse préventive.

AVERTISSEMENT : Ce billet fait référence à beaucoup de trucs que j’ai déjà écrit.  Alors si vous me lisez depuis peu, ou si vous ne vous souvenez plus de quoi je parle, j’ai mis plein de liens.

Je ne sais pas si vous êtes familiers avec l’émission Un Souper Presque Parfait.  Sinon, je vous en explique le concept: Pendant cinq jours, nous suivons un groupe de cinq personnes.  À chaque jour, l’un d’eux reçoit les quatre autres chez lui et leur prépare un repas: L’entrée, le plat principal, un vin, le dessert et un digestif.  À la fin de chaque repas, les quatre invités lui donnent une note de 1 à 10, ce qui détermine le grand gagnant à la fin de la semaine.

Lors d’une ce ces semaines, il y avait un homme, appelons-le Pierre, qui s’est montré particulièrement odieux avec les quatre autres participants.  Gras, mal rasé, les cheveux en bataille, juste au niveau visuel il dégage un message que l’on capte dans notre inconscient comme quoi ce n’est pas le genre de personne qui devrait se permettre de descendre les autres.  Pourtant, il le faisait.  Presque à chaque fois qu’il ouvrait la bouche, il avait toujours une remarque acide et une critique à faire.  Sur la nourriture, sur la boisson, sur le look et la personnalité de l’hôte du jour, sur comment était décoré son logis, et il le faisait avec snobisme et condescendance. À la fin du souper de mardi, il était déjà détesté de tous.  Rendu à jeudi soir, alors qu’il annonçait que le lendemain ce serait son tour, l’un des autres participants lui a répondu: « Bien!  Ça va faire changement, de voir la merde entrer dans ta bouche plutôt que d’en sortir. »

Car oui, le hasard avait voulu que Pierre passe vendredi, donc que ce soit lui qui soit le dernier à cuisiner pour les quatre autres.  Aussi, lors des interviews individuelles qui clôturent l’émission du jeudi, Pierre nous révèle son métier: Grand Chef Cuisinier à l’Institut de Tourisme et d’Hôtellerie du Québec.

« Fa que », conclut-il, « Si c’est pas moi l’gagnant cette semaine, ce sera certainement pas à cause de mon repas.  Ça va être à cause de ma grande gueule, comme la dernière fois que j’ai participé à l’émission. »

En entendant ça, j’ai tout de suite compris la raison de son comportement de troll tout le long de la semaine: En tant que chef cuisinier de carrière pour le plus prestigieux employeur dans le domaine de la restauration au Québec, il se trouve dans une situation délicate.  Imaginez s’il perd contre l’un de ces quatre amateurs, en pleine télévision.  C’est improbable, mais ça demeure possible.  Aussi, il a trouvé le moyen parfait pour sauver la face: Provoquer la haine comme excuse préventive.  Comme ça, s’il perd, alors sa nourriture ne sera pas à blâmer, ce sera juste à cause que les autres participants sont frustrés et mesquins.  Et s’il gagne, encore mieux: Ça prouve qu’il est tellement un excellent cuisinier qu’il a réussi à se faire élire par quatre personnes malgré le fait qu’ils le haïssent.  Bref, ou bien il gagne, ou bien il créé un doute raisonnable comme quoi il aurait dû gagner.

Et puisque le bien-être de Pierre dépend du conflit, ça fait de lui un conflictuodépendant.

Je dois avouer que tout le long de ma vie, j’ai trop souvent agi ainsi.  Sauf que dans mon cas, non seulement était-ce inconscient, c’était beaucoup plus subtil.  Malgré tout, le concept restait le même: M’arranger pour que les gens autour de moi aient des sentiments négatifs à mon sujet, tout en restant le plus irréprochable possible.  Je m’y prenais de deux façons:

FAÇON 1: En pointant les côtés négatifs de leur travail, de leurs décisions, de leur personnalités.  Et toujours, prenais-je la peine de m’attaquer à un fait véridique et vérifiable, de façon à ce que personne ne puisse affirmer que mon commentaire n’était qu’une opinion sans fondement.  Quiconque l’affirmait se dépeignait automatiquement lui-même comme une personne de mauvaise foi.  Et puisque personne n’est parfait, je trouvais toujours un sujet à attaquer.

Une des choses qui m’appuyait, c’était que parallèlement à cela, je me faisais un point d’honneur à toujours répondre à la critique avec grâce, les remerciant de ces commentaires constructifs.  Ceci me permettait, si jamais ma cible frustrait, de me donner en exemple afin de me comparer favorablement à eux : « À chaque fois qu’on m’a fait une critique, je l’ai toujours prise comme étant constructive. Pourquoi t’es pas capable d’en faire autant? » 

FAÇON 2: L’attaque miroir.  Alors que les humoristes, les chroniqueurs, les bédéistes, les auteurs, se moquent des travers de la société, moi je me moquais des travers des humoristes, des chroniqueurs, des bédéistes et des auteurs. Et dans chaque cas, si jamais ils iraient me manifester du mécontentement, je pouvais éviter le débat en servant la seule et unique réplique dont j’avais besoin pour prouver leur mauvaise foi : « Ben quoi? Je te fais exactement ce que tu fais subir aux autres.  Ce n’est pas ma faute à moi si tu n’es pas capable d’en prendre aussi facilement que t’en donnes. »  Et le plus beau, c’est qu’en attaquant les méchants, ça me mettait en position de bon, de courageux, de héros.  Et quiconque aurait osé m’en critiquer se serait automatiquement étiqueté d’hypocrite à deux faces (« Ah bon? Quand lui se permet de critiquer les autres c’est acceptable, mais quand les autres le critiquent lui ça ne l’est pas? »), de mauvaise foi (« Toutes les preuves sont là, regarde toi-même, c’est pas moi qui l’invente! ») ou de méchant lui-même. (« Sérieux, là? Tu préfères défendre celui qui attaque, et attaquer celui qui défend?  C’est vraiment ce genre de personne-là que tu es? »)

D’une façon comme de l’autre, si ces gens s’objectaient à moi de quelque façon que ce soit, je pouvais toujours dire que c’était seulement parce qu’ils m’en voulaient personnellement, à cause que c’était des frustrés, à cause que leur ego est trop démesuré pour être capable de prendre la critique, et surtout la vérité. 

Quelques exemples:

  • Lorsque je publiais MensuHell, j’y ai parodié d’autres bédéistes en faisant ressortir les pires côtés de leurs séries.
  • Toujours dans MensuHell, en 2000, ma parodie du film X-Men se moque, le temps d’une image, des parodies du film X-Men parues plus tôt dans Cracked et Safarir.
  • Avec Picouille, je me moque du style de dessin de certaines femmes bédéistes, de ceux qui les publient, de ceux qui les aiment.
  • Il y a eu ma série Les Plagiats de la BD où je dénonce des gens que pourtant j’admire et avec qui j’aimerais bien travailler un jour.
  • À l’époque où je voulais devenir humoriste, ma cible première était les autres humoristes.
  • En passant une audition devant la directrice de l’École Nationale de l’Humour, le choix de mon sujet de monologue était une attaque contre la directrice de l’École Nationale de l’Humour.
  • La seule fois où j’ai pu faire un monologue en public, c’était lors d’un spectacle de Noël donné par un organisme catholique charitable, dans un sous-sol d’église. Personne ne riait, et on m’a même coupé le micro avant la fin. La raison? Le public, tout comme l’organisme, n’était constitué que de vieux catholiques pour qui Noël et les valeurs de famille sont très importantes. Et devinez de quels sujets mon monologue se moquait du début à la fin? Je pense que ça a dû être la dernière fois qu’ils acceptaient une contribution sans d’abord faire passer une audition.
  • L’un de mes premiers projets de blogs s’appelait Et ça se permet de critiquer!  L’Idée était d’y reproduire quotidiennement une ou plusieurs chroniques de critiques professionnels publiés dans les journaux du Québec (De Pierre Foglia, Franco Nuovo, Nathalie Petrovski, Jean Barbe, etc) et de les critiquer eux sur leur travail de critique. Le projet n’a pas pu démarrer puisque je ne pouvais pas me permettre de m’abonner à tous les journaux qu’il m’eut fallu lire.
  • Lorsque je fréquentais les forums, ma logique et ma discipline m’ont parfois rapporté un poste de modérateur. Poste que je ne gardais pas longtemps, puisque j’utilisais ma logique et ma discipline pour critiquer le travail des autres modos et des administrateurs.
  • Lorsque j’étais étudiant au Cégep André Laurendeau, de qui est-ce que je me moquais dans ma chronique publiée dans le journal étudiant? Des profs? De la société? Non: Des autres étudiants.
  • J’ai même déjà écrit une parodie de When I Was your Age de Weird Al Yankovic, qui est une de ses chanson originale et non l’une de ses nombreuses parodies.  Ma version qui s’appelait I Will Exploit Them racontait comment un gars, réalisant qu’il n’avait ni la voix ni le look pour devenir chanteur populaire, a décidé de se faire une carrière en parodiant les plus grands succès musicaux de l’heure, ce qui lui assure une carrière et un succès éternel puisqu’il ne fait que surfer sur le travail, le talent et la popularité des vrais artistes qui se succèdent au top des palmarès.  Oui, vous avez bien lu, j’ai parodié Weird Al Yankovic en attaquant son physique, sa voix, son look, son art et sa carrière.  Et pourtant, c’était mon idole.

Mais peu importe le sujet, il reste que pour faire une parodie de bande dessinée, il fallait que je sois moi-même bédéiste.  Pour critiquer les critiques, il fallait que je devienne moi-même critique.  Pour parodier un chanteur parodique, il fallait que je devienne moi-même chanteur parodique.  Pour rire des humoriste, il fallait que je deviennes moi-même humoriste.  Or, à partir du moment où on choisit de travailler dans un milieu, on ne peux plus se permettre de s’en moquer et/ou de le critiquer.  Du moins, pas si on veut réussir dans le métier.

Mais ce comportement, au fond, n’est rien d’autre que la manifestation subconsciente d’un complexe d’infériorité.  Car en agissant ainsi, je m’assure de me fournir une excuse en cas d’échec: Si je ne réussis pas à me tailler une place dans le milieu où j’évolue, ce n’est pas parce que je suis incompétent.  Non; c’est à cause que les autres me bloquent, me sabotent, m’empêchent d’avancer, pour des raisons personnelles.  Comme ça, je n’ai pas à me remettre en question, ni dans ce que je suis ni dans la qualité de mon travail. 

Mais pour ça, je dois d’abord les provoquer à avoir du ressentiment envers moi, de façon à les rendre susceptibles, frustrés, mesquins.  Exactement comme Pierre qui, après s’être mis à dos les quatre autres candidats, ne pouvait plus qu’offrir un souper presque parfait car si la nourriture était irréprochable, en revanche l’ambiance était pourrie.

L’exemple le plus flagrant dans lequel j’ai eu ce comportement est dans ce billet, lorsque je raconte dans le paragraphe Le troisième zéro comment j’ai été expulsé du cours de maths.  J’étais un cancre en mathématique, la preuve est que j’étais deux ans en retard dans ce cours.  Au lieu de reconnaitre ma faiblesse et mettre l’effort à étudier et à comprendre cette matière, j’ai préféré passer l’été à m’attaquer à une règle de mathématique qui dit qu’il est impossible de diviser par zéro. À la rentrée, j’ai attendu qu’un prof me provoque en posant lui-même la question sur le sujet (chose qui arrive au moins une fois par année) afin de lui mettre sur le dos la responsabilité de ce qui allait suivre. En prouvant en classe que j’avais trouvé non pas une mais bien trois méthodes montrant que la division par zéro était possible, je me plaçais au-dessus de la communauté scientifique internationale des mathématiciens qui affirmaient le contraire.  Par conséquent, je prouvais trois choses:

  1. J’étais un génie des maths, du moins j’étais le supérieur logique et intellectuel de mes profs.
  2. Les profs avaient mauvaise foi de refuser de l’admettre, malgré les preuves que j’étalais  devant leurs yeux.
  3. Sans raison pertinente pour me faire échouer, ils utilisaient mesquinement leur position d’autorité pour le faire, juste parce qu’ils étaient frustrés que je me prouve supérieur.

Et tout ça avec toute la classe comme témoin.  Avec quelques variantes, cette méthode s’adapte très bien à toutes les relations et à tous les milieux.  C’est ce comportement qui m’a amené à faire subir à un de mes anciens employeurs les dommage collatéraux de l’auto-importance démesurée.

D’accord, ça fonctionne, en ce sens que ça permet de toujours pouvoir accuser avec raisons la mauvaise foi des autres en cas d’échec.  Hélas, puisque ce comportement fait pourrir toutes les relations avec autrui, autant interpersonnelles que professionnelles. elle assure surtout que peu importe la qualité de ce que l’on fait, ça se terminera toujours par ça: Un échec!  Un échec qui, ironiquement, empêche un succès qui aurait peut-être été vraiment mérité.  Mais quand on souffre de complexe d’infériorité, ce n’est pas au succès que l’on s’attend.  C’est à l’échec!  Alors si en plus on a un ego démesuré, au lieu de remettre en question la qualité de son travail, on met ses efforts à justifier d’avance ces futurs échecs.  On provoque la haine comme excuse préventive.  On se comporte de manière à ce que notre sentiment d’infériorité fasse de notre crainte une prophétie autoréalisatrice.  En fait, rendu là, ce n’est même plus une crainte pour nous, c’est une fatalité, une conclusion évidente.  On ne se pose même pas la question si ce sera une réussite ou un échec, on sait que ce sera un échec.  Voilà pourquoi notre premier réflexe est de préparer le terrain de façon à pouvoir expliquer et/ou l’excuser, cet échec. Or, en se comportant ainsi, on provoque nous-même l’échec. 

Bref, se comporter ainsi, c’est une très mauvaise habitude qu’il faut perdre au plus vite, autant pour notre propre bien que pour celui des gens qui nous entourent. Encore faut-il commencer par se rendre compte qu’on l’a, ce comportement.

 

Abandonner: Lâcheté ou sagesse?

Depuis quelques jours, il se ballade sur Facebook une image dangereuse qui s’intitule:

POURQUOI LES GENS ABANDONNENT-ILS?


Pourquoi est-ce que je dis que c’est une image dangereuse?  Parce qu’elle colporte l’idée que tout abandon est un signe de lâcheté, de personnalité faible, et autres traits de caractères honteux.  Elle est dangereuse parce qu’elle fait stupidement croire que tout est à notre portée, pourvu que l’on s’acharne.

Or, s’acharner et refuser d’abandonner, il y a un terme légal pour ça lorsque ça s’applique aux relations: Harcèlement!  Si je n’avais pas passé mon enfance et mon adolescence à être endoctriné par l’école de pensée que colporte si bien cette image que les gens se partagent comme si c’était la sagesse pure, je n’aurais pas passé tout l’été de mes 21 ans à Surveiller Nathalie.

Et il n’y a pas que dans nos relations avec les autres que l’acharnement puisse être une perte de temps.  Ça peut l’être dans un projet qui est hors de notre portée, un travail sans opportunité d’avancement, le fait que nous sommes bloqués par un hasard, une chose ou une personne qui nous fait obstacle.  Hélas, à partir du moment où l’on écoute ceux qui disent que l’abandon est toujours une décision lâche et honteuse, on oublie alors de voir les faits et d’écouter notre gros bon sens.  Aussi, il est évident qu’il manque un pictogramme important à cette image.  Celui-ci :

Voilà vingt ans que ma vie est régie par trois principes: Courage, persévérance et sagesse.

  • Courage d’entreprendre un projet.
  • Persévérance pour atteindre ce but.
  • Sagesse de savoir faire la différence entre un objectif réalisable et une cause perdue.

Il serait temps que les gens se rendent compte que l’école de pensée qui dit qu’il ne faut jamais abandonner est rétrograde, dépassée, et n’a de toute façon jamais été vraie.  Il y a une raison pourquoi, depuis sa sortie en 2013, Let it go est devenue la chanson de Disney la plus populaire de tous les temps.  C’est que parfois, aussi bien dans nos relations que dans tous les autres aspects de notre vie, lâcher prise est la meilleure décision que l’on puisse prendre afin d’avancer.

La logique amoureuse des Nice Guys.

Je vous ai déjà fait quelques billets sous forme de bande dessinées par le passé (Voir le tag « BD Blog« ) mais ceci est la première page de BD que je dessine depuis 2009.  Inutile de dire que ces six ans sans jouer du crayon ont quelque peu rouillé mon art. Après un mois de pratique, le verdict: Je dessine moins bien qu’il y a vingt ans, mais je dessine déjà mieux qu’il y a un mois. C’est encourageant.

Cette histoire met en scène un personnage nommé Daniel Comte, dit Comte Dany Hell, un pur Nice Guy doublé d’un Fedora Neckbeard










Je ne me souviens plus si je vous l’ai déjà dit, mais il ne faut pas s’étonner que beaucoup de soi-disant bons gars deviennent dessinateurs.  Le dessin est un art qui se pratique dans la solitude.  Et lorsque l’on manque de popularité et de vie sociale, en revanche on ne manque pas de temps libre.

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Pour me suivre: twitter.com/steverequin, ou bien sur Facebook à  https://www.facebook.com/MesPretentionsDeSagesse.

Si l’homme est un loup pour l’homme, la femme est une chienne pour la femme.

Laissez-moi vous parler de American Reflexxx, un petit film de 14 minutes. Un soir de 2013, une femme du nom de Alli Coates exécute une performance artistique publique dans laquelle elle se promène dehors un soir pendant une heure, vêtue d’une robe bleue, de souliers plateforme et d’un masque miroir qui lui couvre le visage en entier.

Les premières minutes, ça attire la curiosité des passants qui font des commentaires étonnés. Dès le départ, on se questionne sur son sexe. Est-ce une femme? Un homme? Un travesti? Un transsexuel?

Évidemment, à peine l’expérience est-elle en court qu’un homme se baladant torse nu y va d’un commentaire sexuel.

Sinon, les mots qui lui sont adressés restent courtois.

À mesure que le temps passe, les commentaires deviennent moqueurs, puis haineux.

À 06:10, une femme l’approche de dos en courant, lui lance de l’eau et poursuit sa course.

Moins de vingt secondes plus tard, une autre fille, probablement influencée par l’exemple de la première, l’arrose également.

De 07:28 à 07:32, un jeune homme, lui aussi torse nu, tente de voir sous sa robe, mais ses amis sont là pour l’en dissuader.

Il revient quelques secondes plus tard pour lui lancer quelque chose de dos, mais il se contente de faire semblant, pour rigoler, avant de repartir pour de bon.

À 09:19, on commence à lui envoyer des projectiles, des bouteilles d’eau. la foule réagit en huant le-la-les auteur(s) de ce geste.

À 10:10, une fille essaye de lui faire perdre l’équilibre avec un croche-pied, sans toutefois réussir.

17 secondes plus tard, une femme bouscule le caméraman et fonce de dos sur Alli, la poussant sauvagement, la faisant percuter le trottoir avec violence.

La réaction des gens?

Un seul lui vient en aide.

Puis, elle se relève et repart. Et c’est là que la caméra montre que le nombre de gens qui la suit est devenue assez impressionnant. Ceci, en plus de l’agression sauvage dont elle a été victime, l’a probablement poussé à mettre fin à l’expérience.

… Non sans se retourner une dernière fois sur la foule qui s’enfuit aussitôt en hurlant, manifestant automatiquement le sentiment de base profond qu’ils partagent maintenant à son sujet: LA PEUR!

The End!

Toute ma vie, j’ai vu des féministes enragées (à ne pas confondre avec les féministes tout court) mettre beaucoup d’effort à me démontrer à quel point, en tant qu’homme, je représente tout ce qu’il y a de plus mauvais, de plus agressif, de plus dangereux pour la femme.  Oui, elle a reçu quelques commentaires sexuels de la part d’hommes.  Mais qui sont les personnes qui sont allées l’agresser physiquement?  Des femmes.  Quatre femmes.  En une heure.  Et qui est la seule personne à lui être venue en aide?  Un homme!

Je suppose que l’on peut se dire, pour expliquer et/ou excuser les comportements agressifs de ces femmes, qu’Alli « l’a bien cherché, de la façon qu’elle s’était habillée / arrangée / comportée. »  Pourtant, quand un homme dit ça pour expliquer son comportement négatif auprès d’une femme, c’est inacceptable et inexcusable.  Étrange, non?

Peut-être qu’il faudrait juste cesser de faire semblant que le monde se divise en hommes et en femmes lorsqu’il s’agit d’agression dans la rue, et que l’on voit la chose pour ce que c’est vraiment: Des agresseurs et des victimes.

Ce n’est pas parce que l’on dit UN agresseur et UNE victime que ça signifie automatiquement que l’un est toujours masculin et l’autre toujours féminin.


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Le vidéo American Reflexxx complet

Quand la basse estime de soi rend aveugle à la réalité.

Je pourrais vous offrir un autre blog long d’un kilomètre, mais j’ai mieux: Cette petite BD est une version franco-québécoise d’un strip tiré de mon ancien webcomic anglophone  Artiztech College.

MORALE: S’il est exagéré de croire qu’il suffit de penser positif pour que tout aille bien dans notre vie, il est par contre très vrai que la pensée négative a le pouvoir de tout faire foirer. C’est que la mauvaise estime de soi, ça nous aveugle face à notre potentiel de réussite, et nous fait choisir délibérément la voie de l’échec.

Surtout si tu prétends savoir mieux que l’autre personne si elle te veux ou non, et que tu choisis de décider à sa place que c’est non!

La poupée qui dit non mais qui fait oui.

Cette fois-ci, je vais vous ramener  dans la première moitié des années 80 avec une tranche de vie d’adolescents du Québec. Le texte contient des liens pour nos amis d’Europe qui auraient de la difficulté avec certaines références locales et/ou de l’époque, ainsi que divers lexiques du Français québécois pour les dialogues en joual.

Printemps 1984.  J’ai 15 ans.  J’habite Mont-Saint-Hilaire et je suis en secondaire IV. J’ai un camarade de classe nommé Bruno avec qui je n’ai rien en commun. Il a les cheveux longs, boit de la bière, fume, s’habille en jeans, T-shirts noir à motif Iron Maiden, veston de jeans, n’écoute que du rock, heavy metal, Plume Latraverse, et utilise le terme ma plotte pour parler de ses petites amies, quand il en a.

Moi, j’ai les cheveux frisés, court, ou du moins ce qui passe pour court à l’époque. Je ne fume pas et ne bois pas d’alcool car je suis sage et réfléchi.  Je m’habille comme dans la page 257 du Catalogue Eaton, j’écoute la musique de CKOI 97 Le Son de Montréal ainsi que CKBS 1240 AM, Radio Saint-Hyacinthe, et j’utilise le terme la folle pour parler de l’unique blonde que j’ai eu à date. À part ça, je suis galant et romantique, je suis un bon gars, un vrai nice guy, donc évidemment célibataire.

Bruno et moi avons commencé à nous fréquenter dans notre cours de français lors d’un travail d’équipe, alors que le prof nous avais tous amené à la bibliothèque. Nous étions les deux seuls gars de cette classe, il était donc tout naturel que nous fassions équipe malgré nos différences de style et de personnalité.  Parmi mon stock qui traîne pêle-mêle sur la table où nous faisons notre travail de recherche, il voit une photo qui dépasse des pages de mon agenda scolaire. Il s’en empare et dit:

« Ayoye, Man! C’est qui c’te fille-là? »
« Elle? C’est Nancy, la soeur de mon ami Yan. Elle m’a demandé de lui dessiner son portrait.  C’est pour ça, la photo. »
« C’t’une calice de belle plotte, ça!  Faut qu’tu m’la présente au plus christ. »

Pourquoi pas!? J’accepte!  Ceci dit, ce n’est pas comme si j’avais le choix.  C’était ça où bien il ne me rendrait jamais la photo.

La fin de semaine suivante, je vais chez mon ami Yan avec qui je fais souvent de la bande dessinée en amateur. J’amène Bruno avec moi. Coup de chance, Nancy y est aussi. Il y a une raison pourquoi Bruno a si vite accroché à elle via sa photo, et c’est qu’ils sont du même style. Elle fume, boit, s’habille en jeans et T-shirts, n’écoute que du Kiss, Mötley Crüe et autres trucs qui nous semblaient si hard à l’époque. 

Je les présente.  Malgré mon jeune âge et mon peu d’expérience, je vois tout de suite dans le regard de Nancy son intérêt pour Bruno.  Nous descendons tous les quatre au sous-sol, dans la grande chambre de Yan.  On y jase de choses et d’autres pendant une bonne heure.  Il me semble évident qu’il y a une certaine attirance entre  Nancy et Bruno.  Petit malin que je suis, je décide de prendre le contrôle de la situation.  Je me lève et fais signe à Yan de me suivre, et je dis à la blague aux deux autres :

« Bon ben, Yan pis moi on s’en va faire du dessin, fa que vous pouvez toujours frencher en attendant. »

C’était comme si je leur avait fourni l’excuse qu’ils attendaient. Ils se sont aussitôt enlacés et ont commencés à s’embrasser passionnément. Bien que je m’y attendais, je suis tout de même un peu surpris que ça se produise de manière aussi instantanée.

Bruno ne fréquentera Nancy que les deux dernières semaines du mois de mars.  Il me fut cependant très reconnaissant de lui avoir présenté, et surtout d’avoir brisé la glace avec ma suggestion.

« Heille, toé t’es un vrai tchum, man! J’m’as te revaudrer ça. »
« Bonne idée!  Après un an de célibat, chus pas mal en manque, là! »

Ce n’était rien de sexuel. J’étais juste dépendant affectif.  Quoi qu’à quinze ans, nous l’étions pas mal tous un peu.

Vendredi le 13 avril 1984. Voilà deux semaines que la neige a totalement disparue et que nous avons droit à de confortables températures printanières qui sentent l’été qui s’approche.  Peu après 17:00, Bruno me téléphone de chez lui.  

« Hey, salut man! Ça te tentes-tu de v’nir à un party chez nous à’ soir à sept heures? On va être en sérieux en manque de gars icitte. »
« QUOI? Un party plein de filles pis tu me demandes si j’veux y aller? Que c’est qu’t’attends pour me donner ton adresse? »

Bruno habite à Sainte-Madeleine, de l’autre côté du Mont Saint-Hilaire.  Ça prend environs un quart d’heure en auto pour s’y rendre à partir de la maison de mes parents.  Je convainc sans mal ces derniers d’aller m’y reconduire.  Tel que prévu, je descends de l’auto à 19:00 devant la maison des parents de Bruno, tandis que le soleil couchant nous colore l’horizon en orange de ses derniers rayons.  Ma mère me demande:

« À quelle heure tu veux qu’on revienne te chercher? »
« Pas besoin!  Un des gars va venir me reconduire en char.  Bonne soirée! »

En réalité, je n’avais pas la moindre idée si l’un des invités avait son permis de conduire, et encore moins s’il avait un véhicule à sa disposition.  Il y a que ceci était le second party d’ados où j’ai eu la chance d’être invité et que je ne tenais pas à ce que ça se termine comme le premier, c’est à dire avec mes parents qui viennent m’y chercher à 22:00 juste au moment où ça commence à devenir vraiment trippant.  Alors pour revenir, si personne ne peut me ramener, je n’aurai qu’à prendre le bus 200 Rive Sud qui passe aux heures jusqu’à 01:00, voilà tout.  Au pire, si je la rate, marcher deux heures, ça ne me fait pas peur.

C’est la sœur de Bruno, Julie, 13 ans, qui m’ouvre.  Longs cheveux en bataille, jeans, veston jeans, T-shirt noir à l’effigie de Metallica, bouteille de bière à la main et cigarette au bec.  C’est fou comme elle a un style semblable à celui de Bruno. Elle m’entraîne au sous-sol où attendent les autres. À mesure que je descends les marches, j’entends la voix de Phil Collins qui chante Mama (Cliquez pour l’ambiance)

Je m’attendais à quelque chose de très gros, mais en fait ils ne sont que neuf, assis en cercle sur des chaises, par terre ou sur un vieux divan, à jaser, fumer et boire. Bruno me les présente.

« Steve, j’te présente Gaëtan qui vient à notre polyvalente, pis sa soeur Claudia. Elles, c’est les jumelles Caroline pis Sylvie. Pis en passant, Caroline c’est ma blonde, fa que essaye pas de la crouzer à soir, mon estie. Ha! ha! . »
« Me v’là prévenu! »
« Elle c’est Valérie la cousine des jumelles.  Pis v’là Sophie, pis Pierre, pis c’est toute. »

Je salue tout ce beau monde. La place est typique des sous-sols non-finis des vieilles maisons. Le plancher en béton gris et rugueux est partiellement recouvert de vieux tapis. Il y a un divan à trois places où sont assises quatre personnes, mais bon, on est minces à cet âge-là. Le plafond est composé de vieux bois et de poutres poussiéreuse ornées de vestiges de plusieurs générations de toiles d’araignées. L’éclairage tamisé est fourni par une vieille lampe style bouteille de Chianti ornée de faux rubis en verre et d’un énorme abat-jour rouge vin. L’air est imprégné de boucane de cigarette qui se mêle à celle de l’humidité des sous-sols. Les hauts-parleurs de 3e ordre du vieux radio-cassettes continuent de diffuser du Genesis.  Je me joins aux gens et aux conversations, pigeant comme tout le monde dans les sacs de chips BBQ, nature et sel & vinaigre.

Après une vingtaine de minutes, Bruno décide qu’il est temps de sérieusement commencer le party. Il change la cassette de Genesis pour une autre où il n’a enregistré que des slows, et aussitôt commence Stairway to Heaven de Led Zeppelin. Je suis d’abord amusé par le manque total de subtilité de Bruno.  D’habitude, dans les partys, les slows ne viennent que dispersés ici et là entre les hits rock et dance, ou bien vers la fin de la soirée.  Mais bon, nous savons tous que nous faisons ces soirées surtout dans le but de se rapprocher des membres du sexe opposé, alors pourquoi perdre son temps à faire semblant? Bruno semble désireux de repayer sa dette envers moi car me prend par le bras et m’envoie quasiment voler dans les bras de Sophie, une mignonne petite rouquine (teinte) de 14 ans.  Sans pour autant que ce soit de l’embonpoint, son corps a déjà de superbes courbes.  Son visage ressemble à une version plus jeune de celui de l’actrice porno italienne Ilona Staller alias La Cicciolona.

« Tiens, danses donc avec elle. »

Pris par surprise et au dépourvu puisque je n’ai pas encore adressé un mot à cette fille jusque-là, je lui demande:

« Euh… Tu veux-tu? »
« Oui! »

Sur ce, elle passe ses bras autour de mon cou et se colle à moi.  Bientôt, la chanson fait place à Hotel California des Eagles, suivi par Babe de Styx. Durant tous ces slows, Sophie se colle à moi très serré, ce qui, dans mon cas, est une toute nouvelle expérience. Je sens ses seins fermes et déjà très volumineux pour une fille de son âge qui s’écrasent contre ma poitrine. Bruno qui danse avec sa Caroline, me lance:

« Que c’est qu’t’attends pour y mettre les mains su’é fesses? »

Je suis surpris, presque scandalisé par cette suggestion.  Jamais je n’aurais osé faire un truc pareil.  D’ailleurs, j’imaginais mal que des jeunes de notre âge puissent déjà aller aussi loin avec quelqu’un que l’on ne connait qu’à peine.  Aussi, j’ai vite pris ses paroles pour des blagues.  D’une voix démontrant aplomb et assurance, je profite de la situation pour me donner des airs de bon gars respectueux de la gent féminine:

« Voyons, mon cher Bruno! Tu sais ben que c’est pas mon genre d’aller si vite en affaires. »

En entendant ça, Sophie se détache sa tête de moi afin de me regarder dans les yeux.  L’air ravie, elle me dit:

« Tant mieux! Moi, les gars trop vite en affaire, je leur pète la yeule. »

Puis, elle revient se coller à moi encore plus fort. La joie m’inonde. Elle n’aime pas les gars vite en affaire, et je lui ai montré que je n’en suis pas un. Je lui ai fait bonne impression. C’est génial.

Un peu plus d’une heure plus tard, constatant que nous manquons de chips, boissons gazeuses, bières et cigarettes, on décide d’aller s’en racheter au dépanneur du quartier. Car oui, dans le Québec de 1984, il n’y a encore aucune loi qui interdit aux mineurs d’acheter bière et cigarette, et encore moins d’en consommer. C’était le bon temps! 

Et nous voilà tous dehors dans les sombres rues de ce village.  Nous sommes un vendredi 13, c’est un soir de pleine lune, et je marche à côté d’une belle fille qui vient de danser une dizaine de slows en ligne avec moi. Tous ces détails font que dans mon âme d’adolescent, cette nuit a quelque chose de magique.

« Ben, qu’est-ce t’attends? Donnes-y la main! »

Cette suggestion que me fait Bruno arrive à point. Ce n’est pas que je n’y avais pas pensé.  C’est juste que j’étais trop timide pour oser le faire. Je donne donc la main à Sophie. Elle me la prend, tire mon bras et me le passe autour de sa taille. En même temps, elle met son bras autour de mon cou.  Sophie étant plus petite que moi, il aurait été plus logique que nous inversions la position de nos bras parce que là, j’avance tout droit, tout en étant penché sur le côté.  Bien que cette pose de tour de Pise est inconfortable pour moi, j’aime tellement le fait que cette fille me tient serré contre elle que je n’ose pas lui suggérer de changer quoi que ce soit.

De retour au sous-sol avec les intoxiquants requis, on mange, on bois, on parle, on rit, bref on s’amuse de la façon typique des jeunes de notre région, de notre époque et de notre âge.  Profitant qu’aucune musique ne joue en ce moment, Sophie tire de sa sacoche une cassette du groupe Culture Club.  Bruno réagit aussitôt en disant:

« Heille! Que c’est ça? J’veux pas de tounes de tapettes icite. »

Restant sourd aux protestations de Bruno, je bondis à côté de Sophie et lui demande:

« Comment? T’aimes Culture Club toi aussi? »
« Ben oui! Toi avec? »
« Mets-en! J’ai leurs deux albums pis je découpe tous les articles de journaux à leur sujet.« 
« C’est comme moi! Tu devrais voir ma chambre, je collectionne tout sur eux-autres. »

Puisque nous sommes deux à manifester vouloir de cette musique, Bruno consent à ce qu’on en joue, mais une seule.  Sophie accepte.  Elle appuie sur Play, et aussitôt commence Time, Clock of the Heart. Avec un sourire béat aux lèvres et la tête sur un nuage, je contemple cette si jolie Sophie. Le fait que nous avons des goûts en commun et qu’elle semble s’intéresser à moi me met en extase. J’écoute Boy George qui dit And time makes the lovers feel like they’ve got something real, et je réalise que c’est fou comme les chansons ont le don d’être souvent appropriées au moment présent.

La chanson se termine, Bruno change de cassette. Envahi par une irrésistible envie de démontrer mon attirance à Sophie, je m’approche derrière elle. Je me colle à son dos et l’enlace. Mes mains se rejoignent sur son ventre. Je lui demande:

« Dis-moi… Si je te fais ceci… »

Et je lui donne un p’tit bisou sur la joue.

« …est-ce que tu vas me casser la gueule pour ça? »

Elle tourne sa tête en ma direction et me regarde du coin de l’oeil avec un petit sourire. Elle semble ravie. Elle me répond:

« Hmmm… Mais non! »

Sophie pose alors ses mains sur les miennes. Tout en tenant doucement mais fermement mes mains, elle les fait remonter… Remonter jusque sur ses seins. J’en reste figé de surprise.  Je ne me serais jamais attendu à ça.  Complètement pris au dépourvu, je ne sais absolument pas comment réagir. En fait, je n’arrive tout bonnement pas à croire que c’est en train de se produire.  Je n’ai que 15 ans après tout.  Jamais je n’étais allé aussi loin avec une fille. Tout en me tenant les mains bien en place, elle m’entraîne vers un fauteuil dans un coin sombre du sous-sol. Je n’ai d’autres choix que de la suivre.  Tout ce qui me vient en tête, c’est:

« Non? C’est pas possible? Je dois rêver!? »

Elle me lâche, me fait asseoir et s’assoit sur mes cuisses en me passant les bras autour du cou. Je lui tiens la taille, mais à part ça ne sais absolument pas comment réagir. Ce n’est pas par timidité ni par stupidité.  C’est juste que ses gestes entrent en contradiction flagrante avec ce qu’elle m’avait affirmé plus tôt: Ne pas aimer les gars trop vite en affaire. Or, autant j’avais envie de l’embrasser et la cajoler, autant je ne voulais pas commettre un geste déplacé qui pourrait tout gâcher. Aussi, je me hasarde à lui demander:

« Comme ça… Euh… T’aimes pas les gars vite en affaires, tu disais? »

J’espérais, par cette question, qu’elle me guide un peu, qu’elle me dise où se situent ses limites, si limites il y a.  Je ne voulais tellement pas prendre le risque de la choquer. 

« C’est vrai, j’haïs ça, les gars d’même.  Y’a deux mois, dans un autre party, je m’en allais aux bécosses, pis y’a un gars qui me crouzait qui est venu me rejoindre.  Y’insistait pour m’embrasser.  J’y ai remis les idées en place avec un bon coup de genoux dins schnolles. »

Je reste silencieux, mais dans ma tête, c’est la confusion la plus totale :

« Euh…  Elle a posé elle-même mes mains sur ses totons, mais en même temps elle trouve que quand un gars dans un party essaye de l’embrasser, c’est aller trop loin!? »

Pour les vingt minutes qui suivent, je reste là, sans bouger, mes bras autour de sa taille, à espérer  un nouveau signe de sa part, une parole, un geste, quelque chose qui puisse me guider. Hélas, ce geste ne viendra jamais. Il est vrai qu’elle en avait fait pas mal déjà.  Mais bon, quand on n’a pas l’habitude de ces choses là… La seule chose qui est arrivé fut Bruno pour me dire:

« Tes parents! »
« De quessé? »
« Tes parents sont là!  Ils sont venus te chercher. »

Mais qu’est-ce qu’ils foutent là, bout d’bonyeu? Je ne leur ai pourtant dit que je me débrouillerais pour revenir.  Sophie débarque de moi.  Je monte au rez-de-chaussée où m’attendent mes deux parents. 

« Quessé qu’vous faites là? »

Ma mère me répond:

« C’parce qu’on y a pensé, ton père pis moi, pis on s’est dit qu’il valait mieux venir te chercher plutôt que tu prennes le risque de te faire reconduire par un gars pendant qu’il est chaud. »
« Ben voyons! J’ai de l’argent pour prendre l’autobus. »
« Ben là, fallait le dire!  Ben coudonc, puisqu’on est déjà là, on se sera pas déplacés pour rien. Enwèye, déguidine!« 

Ils ne me laissent pas le choix.  Sur le chemin du retour, boudant sur le siège arrière du Buick Apollo 1974 de mon père, je suis frustré contre eux pour cette soirée qui se termine en queue de poisson.  Non mais c’est vrai, quoi, 21h50, c’est beaucoup trop tôt pour partir d’un party. Surtout que ça ne m’a jamais laissé le temps d’oser faire quoi que ce soit avec Sophie. En attendant, au sujet de cette dernière, je ne sais pas si j’ai bien agi, je ne sais pas si j’ai mal agi. Tout ce que je sais, c’est que je brûle d’envie de la revoir et ainsi de nous donner une seconde chance.

Je revois enfin Sophie lors d’un autre party de fin avril, celui-là donné à la résidence de la copine à Bruno et de sa jumelle. Cette fois-ci, je n’ai absolument pas besoin de mes parents pour y aller car elles habitent à Beloeil, pratiquement en face de chez moi, de l’autre côté de la rivière Richelieu.

Le père des jumelles est médecin, aussi il a une sacrément grosse maison avec piscine intérieure. Et contrairement à chez Bruno, le sous-sol est grand, haut et terminé, et le système de son quadraphonique rivalise avec la grosse TV moderne à écran géant. Une vingtaine de jeunes dansent et sautent en l’air tandis que sur l’écran y’a David Lee Roth de Van Halen qui gueule JUMP!

Je repère rapidement Sophie et vais lui faire la conversation. Mes yeux parcourent ses jambes durant Legs de ZZ Top. Lorsque commence à jouer Careless Whispers du duo Wham, je m’en empare et l’entraîne sur la piste de danse. Bien qu’elle reste amicale, je sens que quelque chose ne va plus. Elle semble un peu plus froide. Un peu plus distante. D’ailleurs, elle ne me serre pas contre elle comme l’autre fois. Au slow suivant, elle me quitte rapidement et va se jeter dans les bras de Pierre. La musique est trop forte pour que je puisse entendre ce qu’elle lui dit, mais Bruno me rapportera plus tard ses paroles qui furent:

« Danse avec moi! J’veux pas rester pris avec lui toute la soirée. »

Je passe le reste de la soirée à m’emmerder tout seul dans mon coin parce que d’autres gars arrivent mais aucune nouvelle fille. Même si j’essaye bien fort de me faire accroire le contraire, je sais trop bien qu’avec ce dont j’ai l’air, tant que les filles ne sont pas en avantage numérique, je n’ai aucune chance de m’en accrocher une autre.

Plus tard dans la soirée en remontant au rez-de-chaussée dans le but d’aller aux toilettes, je passe devant l’entrée du salon. J’ai la surprise d’y apercevoir Sophie et Pierre sur le fauteuil, en train de s’enlacer, s’embrasser et se faire des attouchements sous les vêtements. Extrêmement surpris de l’attitude de Sophie, je pense:

« Mais…!?  LA SALOPE! »

C’est la frustration qui m’étouffe, et ce beaucoup plus que la jalousie.  Si Sophie ne m’avait pas lancé des signaux contradictoires en me mettant les mains sur ses seins, tout en affirmant simultanément qu’elle n’aime pas les gars vite en affaire, alors ce qu’elle fait avec Pierre en ce moment, ça aurait pu être avec moi il y a deux semaines.  Cette constatation me fait l’effet d’un laxatif industriel concentré.

De toute façon, ça ne change rien au fait que mes parents ont décidé de ne pas tenir compte du fait que j’avais pris la peine de leur préciser que j’allais revenir à la maison par mes propres moyens.  Je n’aurais donc pas tellement eu le temps de me rendre jusque-là avec elle.  Je ne suis allé qu’à deux partys dans ma vie (trois si on compte celui-ci), et les deux fois ils sont venus me chercher contre mon gré, interrompant mon rapprochement avec une fille, me rendant ridicule aux yeux de mes amis.  À un âge où on commence à s’affirmer en tant qu’individu indépendant, ça faisait bien rire les autres, de me voir ainsi encore materné par pôpa-môman.  Et ce que je vois dans ce party, le 3e de ma vie, ne fait rien pour calmer mes frustrations.

Je n’ai plus eu l’occasion de revoir Sophie par la suite. Je ne le savais pas encore à l’époque, mais il n’y a rien de plus instable que les relations entre adolescents. Les amitiés, les couples, les bandes d’amis, tout ça évolue et change à une vitesse folle, et j’allais vivre bien d’autres émois avec bien d’autres gens avant que mon secondaire ne soit fini.  Et aussi d’autres frustrations nées de l’intervention de mes parents dans mes tentatives de vie sociale et amoureuses, mais ça sera un sujet pour une autre fois.

Ce qui est amusant lorsque j’y repense aujourd’hui, c’est de constater que cette expérience entre parfaitement dans ma série Comment le fait d’être un bon gars a ruiné ma vie amoureuse, sociale et sexuelle.  En fait, elle précède de quatre ans la première partie dans lequel j’explique le fait que les soi-disant bons gars ont tellement peur de mal paraitre en brusquant les filles qu’ils sont trop à leur écoute, trop respectueux du moindre signe de leurs limites.  J’avais hélas trop peu d’expérience à l’époque pour savoir que l’on n’a plus besoin de s’accrocher à un NON qu’elle aurait dit dans le passé, si maintenant ses gestes et paroles disaient maintenant clairement un OUI.

Pourquoi aller vers l’incompatibilité?

Je parle souvent de gens qui ont de la difficulté dans leurs relations interpersonnelles. Plusieurs facteurs peuvent causer ces problèmes. L’un d’eux est trop souvent le fait qu’ils insistent pour entretenir des relations amicales et amoureuses avec des gens avec qui ils sont très clairement incompatibles. Laissez-moi vous raconter une expérience personnelle qui remonte à l’automne 2003, et dont le dénouement va probablement vous surprendre.

J’avais alors 35 ans. J’étais allé à un petit party entre amis. Par petit, je parle ici d’environs dix personnes. Parmi les invités, il y avait cette fille de 19 ans. Elle venait de terminer le cégep et commençait l’université. Ses sujets favoris étaient le cinéma classique, la littérature et la philosophie. Elle était belle, grande, mince, portait plusieurs couches de vêtements longs et ajustés avec un foulard au cou.  Elle avait de beaux grands yeux bleus et de courts cheveux blonds avec une longue mèche rose qui lui passait en diagonale sur le front. Juste par son regard et sa façon de se tenir, elle dégageait une aura qui exprimait un aplomb, une certaine classe et un inébranlable sentiment de confiance en soi. On voyait que c’était le genre de fille qui a une personnalité forte, qui sait s’exprimer et qui n’hésite jamais à le faire. Le genre que, quand tu la regardes, il te vient généralement un mot en tête: Snob!

Sur ce dernier point, je faisais probablement erreur. La preuve : C’est elle qui est venue me parler. Quoique… c’est peut-être justement le fait qu’elle est venue me parler à moi plutôt qu’aux gars de son âge présent au party qui démontrait son snobisme. Après tout, j’étais de 16 ans son ainé, cinéaste amateur, dessinateur et auteur régulièrement publié. Et même si ce n’était que dans Summum et Safarir, j’étais quelqu’un qui vit de son art. Chez les étudiants-artistes, ça inspire une certaine crédibilité. Mais bon, là n’est pas le sujet du billet.

Elle vient donc briser la glace en me demandant depuis combien de temps je connaissais les hôtes du party et dans quelles circonstances je les avait rencontrés. Je lui raconte que c’était à la première d’un film au Cinéma du Parc, lors de la réception post-projection. Je lui parle de mes propres expériences dans ces domaines: Films underground au New Jersey, acting et scénarisation, et le fait que j’étais moi-même auteur. Elle me dit qu’elle sait que je travaille pour Safarir. Je suppose que ce sont nos amis communs qui le lui ont dit. Et c’est là qu’elle commence à me donner son avis au sujet du Safarir d’octobre 2002, un spécial Halloween avec Ozzy Osbourne en couverture, qui se trouve à être le numéro dans lequel j’ai écrit et/ou réalisé le plus de pages durant mes sept ans à leur emploi.

Depuis le temps, je ne me souviens plus trop en détail de ce qu’elle m’a dit ce soir-là. Ce dont je me rappelle cependant, c’est que tous ses commentaires avaient une chose en commun : Aucun n’était positif. Et chaque commentaire venait avec une longue explication du comment et du pourquoi que mes écrits suçaient des bites de cheval. J’étais malgré tout très ouvert à ses commentaires. Mes réponses le montraient bien. Elles étaient toutes dites avec calme et politesse, et allaient dans le style de :

  • Vraiment ?
  • Hum, c’est possible.
  • Tiens!? C’est pourtant vrai!
  • Ah, ben tu vois, au départ, la seule vision que j’avais de la chose, c’était que…
  • Je n’avais pas vu ça sous cet angle-là. Ça se tient!

Je ne faisais pas que répondre. J’alimentais la conversation. Au bout d’une heure à discuter ainsi, son visage originalement sévère se détend et elle me sourit de plus en plus. Elle me confesse qu’elle me trouve désarmant. En fait, elle est agréablement surprise. Elle se serait attendue à l’une de ces trois réactions de ma part :

  1. Que je sois sur la défensive en me sentant personnellement attaqué.
  2. Que je sois renfermé en disant Ben oui, ben oui!, sans pour autant lui accorder de la crédibilité.
  3. Que je sois sur la justificative, c’est à dire me justifier contre tous les points qu’elle apportait au lieu d’y voir de la pertinence.

Je lui explique donc que j’ai réalisé il y a longtemps que quand j’ai une idée très claire en tête et que je la traduis en texte, il m’est difficile de voir si cette idée est aussi claire pour ceux qui en prennent connaissance pour la première fois en le lisant. Et c’est la raison pour laquelle je suis ouvert aux commentaires, quels qu’ils soient. Parce que si le lecteur n’a pas compris mon message, je considère que ce n’est pas le lecteur qui est cave, mais plutôt que c’est moi qui n’a pas été capable de m’exprimer clairement. Ça signifie que je n’ai pas fait mon travail correctement. Et ça, je n’arriverai jamais à l’améliorer si je n’écoute pas ce que les autres ont à en dire. Elle m’a trouvé admirable d’être aussi ouvert d’esprit.

Au fil de la soirée, nous avons été quelquefois interrompus et séparés lorsque d’autres personnes sont venues nous faire la conversation. Puis, quand vint le temps pour elle de partir, l’un des gars présent lui a demandé son adresse courriel Hotmail / MSN. (En 2003 il n’y avait ni Facebook ni Skype ni texto via cellulaire.) Elle le lui a écrit sur un bout de papier. Puis, se tournant vers moi, papier et crayon à la main, elle me demande :

« Le veux-tu? »
« Non! »

À ma réponse, elle a littéralement figé sous la surprise. Que dis-je ; sous le choc! Je suppose que jamais un gars ne lui avait dit non avant. Et elle devait s’en attendre encore moins de la part d’un homme qui a passé la soirée à se montrer ouvert à sa vision des choses.

Or, l’ouverture d’esprit n’exclut pas la capacité de faire la différence entre un commentaire constructif et une critique sans pertinence. D’accord, ses arguments ne manquaient pas d’une certaine logique qui apportait une justification à ses points. Le problème, c’est que cette justification se basait sur la conviction que son opinion personnelle était le reflet de l’opinion de la population universelle. Ou plus clairement : Il ne lui est jamais venu en tête que des textes et des bandes dessinées traitant de sujets actuels et populaires chez les adolescents ne s’adressaient pas nécessairement à une universitaire de 19 ans fervente de cinéma vintage, de littérature classique et de philosophie. Elle n’a jamais compris que Safarir s’adressait à ses lecteurs et non à ses propres auteurs, donc que ce serait idiot que moi, un homme cultivé dans la mi-trentaine, j’aille y traiter de sujets ne pouvant plaire qu’aux hommes cultivés dans la mi-trentaine. Elle avait pourtant l’intelligence et la logique requise pour s’en rendre compte. Hélas, son premier réflexe a plutôt été d’utiliser son intelligence et sa logique afin de déprécier mon travail plutôt que de le mettre en contexte. Juste sur ce point, ça en dit long sur sa personnalité. Et ça n’en dit rien de bon.

J’ai appris il y a longtemps que des personnes de ce genre-là, tu ne peux rien leur apprendre. Autant ils prétendent que tous ceux qui refusent de les écouter font preuve de mauvaise foi, autant ils refusent de reconnaître qu’ils puissent être eux-mêmes dans l’erreur. Ça fait ses premiers pas dans l’âge adulte et ça croit avoir tout vu, tout vécu, et ça se pense imprégné de sagesse infaillible. Voilà pourquoi, au lieu de perdre mon temps à lui expliquer les points du paragraphe précédent, points qui auraient dû lui être évidents si elle avait eu la sagesse qu’elle prétendait détenir, j’ai préféré ne pas m’obstiner, ne pas la frustrer, et ainsi ne pas apporter une mauvaise ambiance dans le party. Mais de là à vouloir garder le contact au-delà de cette soirée, la marge est large. Voilà pourquoi j’ai décliné son offre.

Après 2-3 secondes de silence dans lequel elle me regarde avec de grands yeux incrédules démontrant qu’elle n’arrive pas à comprendre ce qui se passe, elle me dit :

« Sérieux? »
« Ben là, r’garde… T’as passé la soirée à m’expliquer pourquoi tu n’aimes rien de ce que je fais. Pourquoi est-ce que tu voudrais garder le contact avec un gars comme ça? »
« J’t’ai-tu frustré? »
« Non! Chuis pas fâché, j’t’haïs pas, j’ai rien contre toi. C’est juste qu’on ne vit pas dans le même monde, toi et moi. Je ne dis pas que l’un de nos monde est meilleur ou pire que l’autre. Je dis juste qu’on n’a rien en commun, voilà tout. »

Plus haut dans ce texte, je disais que vous alliez être surpris du dénouement de cette anecdote. Vous vous attendiez probablement à ce que je vous raconte que j’avais dit oui, et que j’avais ensuite vécu une relation misérable avec elle par la suite. Eh bien non! Parce que je n’ai pas eu besoin de la vivre, cette relation, pour savoir que ça allait s’enligner dans cette voie. C’était l’évidence-même. Parlant d’évidence: Sérieux là, tu ne peux pas passer la soirée à démolir tout ce que fait un gars et t’attendre ensuite à ce qu’il en redemande. À moins que le gars soit désespéré. Dans ce temps là, il peut être motivé à garder le contact parce que…

A) Il n’a pas d’amis. C’est pas mon cas, j’en ai. Ce sont ou bien des amis avec qui j’ai plein de points en commun, ou bien des amis totalement différents de moi mais avec qui il y a un respect mutuel, et ce même si nos points de vues divergent sur certains sujets.
B) Il n’a pas de blonde. J’ai ai déjà une. Et même si j’étais célibataire, jamais je n’irais vers le genre de fille qui passe sa première rencontre avec moi à se donner comme mission de prouver systématiquement mon inaptitude.
C) Il n’a pas de vie sexuelle. J’ai ai une. Et même si elle s’était limités à des séances de pilotage manuel, une fille qui exprime clairement qu’elle n’aime rien de ce que je fais, personnellement je ne vois rien de bandant là-dedans.

Alors pourquoi est-ce que j’irais m’accrocher à quelqu’un avec qui je suis clairement incompatible? Pourquoi est-ce que je voudrais me soumettre à une relation qui ne s’enlignait à n’être rien d’autre qu’abusive. Une relation dans laquelle elle n’aurait jamais été satisfaite. Une relation dans lequel elle aurait sans cesse tenté de détruire tout ce qui me constituait afin de le remplacer par des choses qui n’auraient pas été moi.

Il n’y a pas qu’en amour que s’applique le proverbe mieux vaut être seul que mal accompagné.  Personne n’a besoin d’une relation de ce genre-là dans sa vie. Ni en amitié, ni en amour.

Le potentiel de violence domestique des conflictuodépendants

L’an dernier, j’ai posté ici ce que j’appelle Le Questionnaire Landru, qui est une liste de trente comportements servant à déterminer si vous êtes en couple avec une personne vous faisant subir manipulation et violence domestique.  C’est en allant le relire aujourd’hui que j’ai constaté quelque chose qui m’avait d’abord échappé:  Plus de la moitié des situations de ce questionnaire décrivent avec précision ce que j’ai déjà observé/vécu/subi de la part des gens conflictuodépendants que j’ai connu. 

Voici donc ces seize comportements, qui les a eu, à quelle occasion, exemples et liens à l’appui si ça s’applique.

Votre conjoint(e) vous discrédite-t-il/elle au sujet de questions qui vous sont chères ou qui touchent votre identité? (travail, enfants, habillement, loisirs, etc.)
Mon père s’en prend sans cesse à mon choix de carrière, affirmant que ça prouve que je ne suis qu’un paresseux qui ne fera jamais rien de sa vie.
Geneviève, dès notre premier jour en couple: Mes verres de contacts prouvent que je n’ai pas de cerveau, mon resto favori que je n’ai pas de goût, ma cuisine que je suis sans talent…

Dominique affirme que mon choix de repas au resto fait de moi un quétaine, mes études un loser, mon choix de cégep un cave, mon sexe un violeur potentiel...
Tamara me discrédite pour mon identité sexuelle, comme quoi mon hétérosexualité fais de moi un être à l’esprit fermé plein de préjugés.
Maryse, pour le nombre incalculable de fois en quatre ans où elle a sous-entendu sinon carrément affirmé que ma tendance à me sentir blessé de ses insultes fait de moi un susceptible, un frustré, un misogyne…

Votre conjoint(e) vous a-t-il/elle déjà frappé, tenté ou menacé de le faire avec ou sans objet contondant?
Mon père et Geneviève m’en ont menacés, et l’ont fait.

Vos conversations avec votre conjoint(e) sont-elles laborieuses, insatisfaisantes et stériles?
Si c’est dans le sens où on perd son temps à discuter avec quelqu’un qui a décidé de rester fermement sur ses positions négatives, alors:
Mon père: Lui dire que je travaille et gagne de l’argent n’a servi à rien. Il a continué de m’accuser d’être un paresseux sans emploi qui se fait vivre par les autres.
Geneviève: Tenter de lui demander pourquoi elle agissait ainsi n’a mené à rien.  Elle a continué de me descendre sans jamais s’expliquer autrement qu’en disant que je le méritais.
Dominique: Peu importe ce que je lui explique au sujet de mes études, elle trouve toujours le moyen de tordre la chose pour en faire une preuve de mon loserisme.
Tamara: Peu importe comment je lui expliquais en quoi j’étais sécure et affirmatif de mon hétérosexualité, elle continuait d’affirmer que j’étais un bisexuel en déni pour cause d’esprit fermé.
Maryse: Tenter de discuter avec elle de son comportement désagréable n’a mené à rien.  Elle l’a nié, m’en a responsabilisé et l’a continué.

Votre conjoint(e) vous pose-t-il/elle des questions sans vous laisser le loisir d’y répondre, sans s’intéresser à votre réponse, ou sans en tenir compte?
Il n’y a qu’à voir l’exemple précédent pour comprendre qu’en effet ils refusaient de tenir compte de ce que je disais.

Avez-vous l’impression qu’avec votre conjoint(e), vous n’avez jamais raison?
Ce n’est pas qu’une impression.
Mon père a démontré que j’ai tort de laisser la télé allumée sans lui demander, que j’ai tort de l’éteindre sans lui demander, et que j’ai tort de lui demander si je dois la laisser allumée ou bien l’éteindre.
Geneviève a passé l’heure de notre diner à me multiplier les raisons pourquoi j’avais tort d’aimer ce resto.
Dominique a démontré que j’avais tort d’être allé au Cégep du Vieux Montréal, pour ensuite dire que j’avais tort de ne pas y être allé.
Tamara a passé une partie du voyage en auto à enligner les raisons comme quoi j’avais tort de m’affirmer hétéro.
Maryse s’est acharné pendant une heure et douze minutes à tenter de prouver que j’avais tort d’utiliser « Face de cadavre à la Tim Burton » pour décrire le maquillage d’Halloween de quelques amies.

Votre conjoint(e) vous reproche-t-il/elle de vous plaindre de lui auprès de tiers? Vous rapporte-t-il/elle des propos défavorables d’autrui à votre endroit?
Mon père nous faisait subir une colère noire dès qu’il apprenait que ma mère ou moi avions parlé à quiconque de ce qu’il nous faisait subir.
Geneviève a fait les deux.  Et elle m’a rapporté des propos défavorables et surtout faux de la part de Kathleen à mon endroit.
 Puis, l
ors de la soirée retrouvailles des anciens du cégep, elle s’est plaint à Lucien que j’avais écrit sur ma première page web un texte décrivant ses agissements datant de lorsque nous étions colocs.
Maryse
dénonce actuellement que je reproduis nos disputes ici malgré le fait que je lui donne l’anonymat et que je change les situations assez pour qu’elle ne puisse être reconnue.  Ironie; ce sont ces mêmes disputes qu’elle n’avait pourtant aucun problème à déclencher elle-même publiquement sur Facebook sous nos vrais noms.  Et que dire de nos conversations privées, qu’elle allait ensuite étaler elle-même auprès de nos amis.

Votre conjoint(e) entretient-il/elle directement ou indirectement des menaces […] qu’il/elle pourrait vous discréditer auprès de votre famille, vos enfants, votre employeur, vos amis, votre thérapeute?
Ils ne l’ont pas formulé sous forme de menaces, ils l’ont fait.
Mon père, en me discréditant auprès de ma mère.
Geneviève,
en me discréditant auprès de nos amis communs.
Tamara, en me discréditant auprès de mon amante.
Maryse
, en me discréditant auprès de nos amis communs.

Avez-vous l’impression qu’une crise menace d’éclater, que vous pourriez, sans le savoir, dire ou faire quelque-chose qui pourrait provoquer une crise, ou que votre vie est une suite de crises?
Ce n’est pas qu’une impression.  Ce fut le cas maintes fois.
Mon père, alors que je lui demande s’il veut ou non que je laisse la télé allumée, afin d’éviter de faire une erreur sans le savoir.  Peine perdue, le simple fait de le lui demander a provoqué une crise.
Geneviève: Notre première journée en tant que couple était en elle-même une suite de crises.
Dominique: Il est arrivé un moment où je ne savais plus quoi dire.  J’ai donc passé le reste du repas à juste acquiescer poliment.
Tamara: Au milieu de ce chapitre, je décris la longue suite de crises qui se sont succedées par effet domino durant les trois jours de ce weekend, gâchant celui-ci du début à la fin.
Maryse, alors que j’ai passé une heure et douze minutes à choisir précautionneusement mes mots afin d’éviter qu’elle m’insulte de ses commentaires rabaissants.  Peine perdue, elle a quand même trouvé le moyen de le faire.

Votre conjoint(e) a-t-il/elle l’habitude de quitter ou de menacer de quitter la pièce au moment où vous tentez d’avoir une conversation avec lui?
Mon père, alors que j’étais en train de lui étaler l’injustice et l’hypocrisie de son comportement au sujet de la télé, est sorti de la maison.
Geneviève
, dès qu’elle n’avait plus le choix de reconnaitre que c’était elle et non moi qui était coupable de ce dont elle m’accusait, a couru s’enfermer dans sa chambre en hurlant.
Tamara
, qui conduisait l’auto en pleine autoroute, ne pouvait pas fuir physiquement lorsque je lui ai fait comprendre que contrairement à ce qu’elle affirmait, c’était elle et non moi qui faisait preuve d’étroitesse d’esprit.  Elle a donc mis la musique à tue-tête afin d’empêcher la discussion de continuer.
Maryse, a quitté la conversation plutôt que de reconnaitre ses mensonges dans la conversation privée, et a fui la discussion publique plutôt que de reconnaitre ses torts.
Bref, ils ont tous appliqué la 8e des dix étapes de la conflictuodépendanse: Fuir le conflit qu’ils ont eux-même causé.

Est-ce que vos conversations aboutissent souvent en dispute?
Ça dépend.  Avec Tamara et Maryse, j’avais le choix entre me laisser rabaisser sans rien dire afin de garder la paix, ou bien me défendre et ainsi créer la dispute.   Avec mon père et Geneviève, par contre, ça aboutissait en dispute même quand je ne répliquais pas.  Quant à Dominique, de la façon aussi insultante que brusque qu’elle me répondait, si j’avais répliqué au lieu de garder le silence, ça aurait viré en dispute.

Est-ce que votre conjoint(e) vous « fait la leçon? »
Mon père me faisait la leçon comme quoi j’étais un futur assisté social.
Geneviève me faisait la leçon comme quoi j’avais mauvais goût.
Dominique m’a fait la leçon comme quoi je n’ai rien pour impressionner personne
Tamara me faisait la leçon comme quoi je n’avais pas le droit de m’affirmer hétéro.
Maryse m’a fait la leçon sur la définition de visage de cadavre a la Tim Burton.

Est-ce que votre conjoint(e) vous insulte?
Mon père me qualifie de BS, de paresseux.
Geneviève:
Pas de tête, pas de goût, frustré, misogyne, attardé, malade mental…
Dominique
dit que je suis quétaine, loser, fif, cave, idiot, BS,  violeur potentiel…
Tamara
dit que j’ai l’esprit fermé.
Maryse
me qualifie aussi bien directement qu’en sous-entendus de susceptible, frustré, méchant, pas bien dans sa tête, misogyne…

Avez-vous l’impression qu’avec votre conjoint(e), il y a de nombreux sujets qu’il vaut mieux ne pas aborder?
De nombreux sujets?  Je dirais plutôt TOUS les sujets.  Dans leur désir de rabaisser autrui, n’importe quel sujet était prétexte à la médisance, l’insulte et à la dispute:
Mon père: Que la télé soit allumée ou éteinte.
Geneviève: Porter des verres de contact, acheter des tomates,

Dominique: Manger un club sandwich, avoir étudié en Lettres, être allé au Cégep du Vieux Montréal, NE PAS être allé au Cégep du Vieux Montréal…
Tamara:
Être hétérosexuel.
Maryse: Dire « Tim Burton ».

Votre conjoint(e) refuse-t-il/t-elle de respecter votre volonté quand vous demandez de mettre fin à une conversation qui ne mène nulle-part?
Mon père: Je n’avais pas encore la cran de lui demander clairement de cesser.  Cependant, les réponses que je donnais à chacune de ses questions auraient dû terminer la conversation là.
Geneviève: Si on remplace conversation par harcèlement et voies de faits non-stop qui durent plus d’un quart d’heure afin de s’emparer de mon courrier personnel qui ne la concernait en rien malgré toutes mes demandes pour qu’elle arrête.
Dominique: J’ai fait quelques tentatives de détourner la conversation vers elle, histoire qu’elle me lâche un peu.  Rien à faire.
Tamara:  Tout comme avec mon père, je ne lui ai pas demandé directement de cesser.  Mais chaque réponse que je lui donnait au sujet de mes raisons d’affirmer mon hétérosexualité aurait dû être suffisante pour régler la question.
Maryse relance sans cesse la conversation privée à chaque fois que je tente d’en finir. (Pour ensuite m’accuser d’être celui qui en rajoute, of course.)

Votre conjoint(e) vous accuse-t-il/elle injustement d’avoir des comportements que vous n’avez pas, d’avoir des défauts que vous ne reconnaissez pas, d’avoir des intentions que vous n’avez pas?
Mon père m’accuse d’être un BS, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien.
Geneviève m’accuse d’avoir des troubles mentaux, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien.
Tamara m’accuse d’avoir l’esprit fermé, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien.
Dominique: M’accuse de vouloir la baiser, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien.
Maryse: M’accuse de chercher à la descendre pour me sentir supérieur, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien.

Avez-vous l’impression qu’au moment de prendre une décision (le choix des activités de vacances, l’aménagement de la maison, le menu d’un repas,) votre suggestion ne vaut que si elle convient à votre conjoint(e) et que la réciproque ne vaut pas?
Je n’en avais jamais parlé en ligne avant de celle-là, mais lors de mon anniversaire en juillet 2013 alors que j’exposais à mes invités les activités que je nous avais planifiées pour la journée, Maryse m’a fait tout annuler afin que nous puissions tous aller à un concert qu’elle voulait assister.

Si vous avez coché quatre situations ou plus, alors vous êtes victime de violence domestique. Vous devriez considérer la possibilité d’obtenir de l’aide, ou du moins de quitter cette personne abusive.
Quatre, vous dites?
Mon père: 15 situations.
Geneviève: 15 situations.
Dominique: 11 situations.  En une seule rencontre.
Tamara:
13 situations. 
Maryse:
15 situations.

Même si on en enlève la moitié en prétendant que j’exagère, ça dépasse tout de même largement la limite de quatre.  Ça démontre de manière incontestable qu’il y a un lien étroit entre la personnalité conflictuodépendante et le tempérament abusif.  Que cette personne soit notre conjointe ou non, ça ne change rien au fait qu’il vaut mieux s’en tenir très loin. 

J’ai déjà entendu un argument comme quoi il est possible que ce genre de personne n’agirait pas ainsi avec celui/celle qu’elle aime.  À ça je répond: Attendez seulement qu’arrivent les premières disputes inévitables dans le couple.  Vous verrez que dans une situation de conflits, il n’y a pas de naturel qui revient plus vite au galop que celui des gens conflictuodépendants.

La conflictuodépendance se voit dès l’enfance

À chaque fois que je pense avoir fait le tour du sujet, il me revient en tête un autre aspect négligé jusqu’ici.

Il n’y a que deux moments dans lesquels nous sommes assurés que quelqu’un montre sa véritable personnalité.   Lorsqu’il est ivre puisque l’alcool lui a enlevé ses inhibitions.  Et lorsqu’il est enfant, avant qu’il ait appris à se restreindre selon les règles sociales de la politesse et de la retenue.

Jusqu’au tout dernier billet sur le sujet, j’ai affirmé avoir eu à faire avec six personnes conflictuodépendantes dans ma vie.  Je faisais erreur.  Je viens de me rendre compte que c’était plutôt sept.  Et que ce dernier, c’est mon propre fils.  Cette anecdote remonte à il y a environs une décennie et demie.

Je suis père de quatre enfants.  Par un bel avant-midi de juillet, j’attends au coin de la rue à un arrêt de bus.  Je suis avec l’un de mes fils, qui a sept ans.  Aujourd’hui, je l’amène à La Ronde, un parc d’attractions de 591 000 m2 (146 acres) situé sur l’île Sainte-Hélène, à Montréal.  C’est une activité fort coûteuse, ce qui fait que je ne peux pas me permettre de les y amener tous en même temps, alors leur mère et moi nous divisons la tâche en deux visites chacun réparties durant l’été.  Les minutes passent et d’autres gens viennent se mettre derrière nous à la queue.  Comme tout petit garçon normal, il a hâte d’arriver alors attendre le bus l’impatiente.  En regardant une auto passer, il me dit:

« Pourquoi t’as pas d’auto? »
« Parce que ça coûte trop cher. »
« Papi et Mamie y’en ont, une auto. »
« Oui! C’est parce qu’ils ont plus d’argent que moi. »
« Pourquoi y’ont plus d’argent que toi? »

Oh boy!

« Parce que moi je paye une pension alimentaire à ta mère pour quatre enfants. »
« Qu’est-ce que ça change? »
« Chacun de tes grands-parents gagne deux fois plus d’argent que moi. À eux deux, ils gagnent donc quatre fois mon revenu.  Puisqu’ils habitent ensemble, ils payent chacun la moitié des coûts reliés à un appartement, contrairement à moi qui paye le plein prix en vivant tout seul.  Donc, une fois tout payé, ils leur reste huit fois plus que moi.  Enfin, puisque je donne la moitié de mes avoirs à ta mère en guise de pension alimentaire, j’ai donc seize fois moins d’argent qu’eux autres.  Et c’est pour ça qu’ils peuvent se permettre d’avoir une auto, et pas moi. »

Je n’aime pas tellement devoir parler de l’état de mes finances alors que je fais la queue entouré d’étrangers.  Mais je ne tiens pas non plus à me faire juger publiquement comme étant mauvais père si je lui dis de cesser de poser des questions sur des sujets qui ne le concernent pas.  J’espère que ma réponse lui suffira et qu’il n’insistera pas.

« T’as-tu un permis de conduire? »

Pourquoi est-ce qu’il me pose cette question?  Au nombre de fois où il a été passager lorsque j’ai conduit l’auto de mes parents, de ma belle-mère ou d’un véhicule loué, il sait très bien que j’en ai un. 

« Oui, tu le sais! »
« Pourquoi t’as un permis de conduire si t’as pas d’auto? »

Oh boy!

« Parce que quand on est adulte, c’est important d’en avoir un. »
« Pourquoi? »
« Pour les fois quand j’emprunte l’auto de mes parents ou de ceux des parents de ta mère.  Et parce que des fois, avoir un travail demande de conduire un des véhicules de la compagnie.  En plus, quand il faut donner notre identité et notre adresse, c’est toujours ça qu’on nous demande comme preuve. »

Voilà qui devrait répondre à sa question.  Du moins, le crois-je.  Je me trompe.

« Tu peux pas montrer ta carte d’assurance maladie? »
« Non, c’est juste sur le permis de conduire qu’il y a l’adresse. »
« Ben oui mais c’est con. »

Je garde le silence malgré cette marque d’impolitesse.  Il rajoute: 

« Quand t’as pas d’auto, c’est pas un permis de conduire, que t’as.  C’est un permis de rien. »

Il commence à pousser le bouchon un peu loin à mon goût.  Devant mon silence, il insiste.

« Hein papa? Tu trouves pas ça con, toi, d’avoir un permis pour conduire une auto quand t’as pas d’auto? »

Je suis patient. Je suis conciliant.  Je ne cherche pas la confrontation et encore moins faire une scène.  Mais là, il est carrément en train d’essayer de m’humilier publiquement.  Et il n’arrête pas:

« Tu trouves pas que ce serait moins con de ne pas payer de permis si t’es pas capable de te payer une auto? »

Très bien!  Tu me cherches? Tu viens de me trouver!  D’une voix calme, néanmoins assez forte pour que tous ceux qui l’ont entendu me lancer ces affronts répétitifs entendent également ma réplique, je dis:

« Non! Moi, ce que je trouve con, c’est de dépenser une fortune pour t’amener passer une journée à La Ronde, alors que tu trouves rien de mieux à faire que d’essayer de m’insulter en public.  Ben tu sais quoi?  T’as raison, j’vais arrêter de faire le con.  Y’en n’auras pas de La Ronde pour toi cette année.  Je te ramène chez ta mère. »

Sur ce, je lui prends la main et on quitte la queue.  Sous le choc, réalisant ce qu’il vient de perdre, il crie, il hurle, il résiste.  Rien à faire, je tiens bon et continue de l’amener d’un pas calme mais ferme.  C’est en hurlant et en se lançant lui-même par terre qu’il entre chez sa mère, qui me demande aussitôt ce qui se passe.  Je lui explique.  Nous avons beau être ex, il y a des points sur lesquels nous nous entendons parfaitement.  La discipline, le respect et les conséquences en font partie.  En le relevant, elle lui dit:

« Tu trouves pas ça con, d’insulter ton père alors qu’il allait t’amener à La Ronde? Hein?  Tu trouves pas que c’est con, ce que t’as fait, de faire exprès pour perdre ta chance d’aller à La Ronde cette année? »

Pour toute réponse, il hurle deux fois plus et court s’enfermer dans sa chambre où il passera sa rage sur ses jouets en criant que je suis un menteur qui ne tient pas ses promesses.  Elle devra le mettre en punition alors qu’il pètera ses tiroirs de commode dans sa rage, punition, du reste, qu’il passera à crier à l’injustice, en disant que c’est de ma faute s’il a vandalisé ses meubles, j’avais juste à l’amener à La Ronde.

Et one more time, Les dix étapes de la conflictuodépendance.  

ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
Je ne fais qu’attendre le bus avec lui.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
La possession d’une auto.

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.
Mon refus de répondre à son premier commentaire comme quoi c’est con l’a fait insister sur le sujet trois autres fois.

ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.
Si j’ai un permis mais pas d’auto, ce n’est pas à cause de mes finances et de la pension alimentaire.  C’est à cause que je suis con.

ÉTAPE 5, et celui-ci est non seulement le plus illogique de tous, c’est à partir de ce point que l’on voit qu’il s’agit de conflictuodépendance et non d’une simple querelle banale: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.
C’est plutôt lui qui n’est pas tellement brillant d’insister pour me faire perdre la face en public alors que je m’apprête à lui faire une coûteuse faveur.

ÉTAPE 6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.
En lui expliquant, devant ce même public, pourquoi c’est plutôt lui le con dans cette histoire.

ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.
Se victimise, oui, en hurlant, pleurant, disant que c’est pas juste.  Le reste n’est pas vraiment applicable ici.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il/elle a lui/elle-même créé.
Dès que sa mère se montre d’accord avec moi, il part s’enfermer dans sa chambre.

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.
En hurlant à qui veut l’entendre que je suis un menteur qui ne tient pas ses promesses.  A tenté auprès de sa mère de me faire porter la responsabilité pour avoir lui-même brisé les tiroirs de ses meubles.

ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.
A tenté auprès de sa mère de me faire porter la responsabilité pour avoir lui-même brisé les tiroirs de ses meubles.

Et aujourd’hui encore, à l’âge adulte, il n’a pas changé.  Je l’ai vu plusieurs fois chercher ainsi querelle à d’autres, arrangeant ses tournures de phrases de façon à ce que l’autre ait le choix entre reconnaître être con, ou bien passer comme étant de mauvaise foi.  Pas étonnant qu’avec une personnalité aussi toxique, il soit rejeté et abandonné de tous.

Et il n’est pas le seul.  Vous vous rappelez Geneviève la coloc de l’enfer?  Vingt ans après notre première rencontre, elle non plus n’a pas changé.  Voici les dernières nouvelles que j’avais eu à son sujet, telles que relatées dans un billet précédent:

Une heure plus tôt, pendant le repas, en discussion avec le gars à côté d’elle, elle a dit quelque chose que j’ai trouvé plutôt aberrant:

« Oui, mon bébé, c’est mon 3e enfant.  Ce qui me fait chier, c’est que j’ai toujours voulu avoir un garçon, pis que j’ai eu rien que des filles. Mais là, mon chum, y trouve que trois, c’est ben suffisant, y’en veut pu d’autres. »
« Fa que tu va y renoncer. »

« Ben là, j’va pas me sacrifier pour lui.  Non, je vais m’essayer une dernière fois. »
« Pis ton chum? Comment tu vas le convaincre d’en avoir un autre? »
« Y’é pas obligé de l’savoir.  J’va juste lâcher la pilule sans lui dire. »

Je viens d’aller jeter un oeil à son Facebook, auquel j’ai accès même si nous n’y sommes pas amis car il est ouvert à tous.  Ça m’a permis de voir qu’elle a vraiment mis son plan à exécution.  Elle l’a eu, son 4e enfant.  Pas de chance, elle qui voulait tant avoir un garçon, c’est encore une fille.  Je ne sais pas si ça l’a déçu ni à quel point.  Tout ce que je sais, c’est que l’on peut voir ceci sur son mur:



Avec les déboires que j’ai eu avec la mère de mes enfants lors de notre séparation, je suis très bien placé pour savoir que peu importe les agissements de la mère, la loi lui accorde toujours la garde des enfants.  Dans de telles conditions, je n’ose imaginer ce que Geneviève a bien pu faire pour perdre la garde de sa cadette.  Mais bon, comme toute bonne conflictuodépendante qui se respecte à défaut de respecter autrui, elle ne supporte aucune critique au sujet de ses agissements

Qui sommes-nous pour vous juger, chers conflictuodépendants? Vos victimes! Voilà qui nous sommes.  Ça fait de nous, en quelque sorte, des experts en ce qui vous concerne.