L’inutilité de laisser sa chance à une conflictuodépendante

Sérieusement, si vous avez une personne conflictuodépendante dans votre vie, éloignez vous-en au plus vite.  Ne croyez pas que vous êtes à l’abri de ses attaques.  Tôt ou tard, elle vous prendra pour cible.  Vous y laisserez votre amour-propre, votre respect de soi, et fort probablement votre vie sociale.  Depuis Geneviève la coloc de l’enfer, j’ai stupidement cru qu’une telle personne ne pouvait nous affecter que si on avait commis l’erreur de s’être mis en couple avec.  J’ai hélas appris à la dure que même une relation d’amitié pouvait nous exposer aux conséquences désagréables de ceux qui ont une telle personnalité.

D’actualité? Depuis quand est-ce que les gens se limitent à ne se déguiser qu’en ce qui est actuel? Dracula est-il actuel? Un clown est-il actuel? Pourtant il y a toujours plein de gens déguisés en Dracula et en clown à chaque année. Je ne vois pas la pertinence de son commentaire.

Pourtant, d’habitude, Maryse utilise des arguments logiques. En fait, les seuls moments où elle dit n’importe quoi publiquement sur le mur de Facebook de quelqu’un, c’est lorsque son besoin de se prouver supérieure à autrui est si grand qu’elle se fout de la logique de ses arguments, pourvu que ça puisse l’amener à descendre son interlocuteur. C’est ce qu’elle avait fait avec son neveu, si vous vous rappelez.

Est-ce qu’elle aurait décidé ce jour-là de me prendre pour cible dans ce but?  J’espère sincèrement que non.

Vous qui lisez ceci en ce moment, Je pense ne pas me tromper en affirmant que si quelqu’un vous dit « Visage de cadavre à la Tim Burton », à moins que vous proveniez d’une culture très différente de la mienne, les deux premières images qui vont vous venir en tête seront Monsieur Jack de L’Étrange Noël de Monsieur Jack et la mariée cadavérique du film du même nom au Québec, connu en Europe sous Les Noces Funèbres.

Euh… Une fille comme elle, grande fan de tout ce qui est Tim Burton, prétendre ne pas comprendre ce que je veux dire? C’est impossible! Je ne veux pas sauter aux conclusions mais je pense qu’elle cherche vraiment à m’humilier publiquement. C’est la seule raison logique pourquoi elle ferait semblant de ne pas comprendre. Je vais essayer de lui dire un truc démontrant qu’il m’est impossible de répondre à sa question. Avec un peu de chance, ça finira sur cette impasse et on pourra passer à autre chose.

Oh shit! Elle veut comprendre MA définition de Tim Burton. Voilà une phrase qui ressemble beaucoup trop à « Je cherche à t’amener à me donner une opportunité de démontrer publiquement que tu dis n’importe quoi. »  C’est le genre de piège grossier que les gens réservent pour ceux qu’ils méprisent.

Et elle insiste. 😦 Très bien alors!  Une seule façon de connaître ses intentions véritables : Étirer la sauce en faisant semblant moi aussi de ne pas comprendre. Si elle s’explique clairement, alors je me trompe sur son compte et c’est tant mieux. Mais si j’ai raison, alors elle va insister pour rester vague jusqu’à ce que je lui donne ce qu’elle veut de moi, c’est à dire une excuse pour me descendre publiquement. Passons-lui le test : Je vais lui demander pourquoi elle me pose cette question.

Bon! Ça ne peut pas être plus clair. Si ses intentions étaient de me rendre service en me renseignant, elle le ferait. Mais là, de son propre aveu, elle cherche à me faire passer un test, pour ensuite me juger sur ma réponse. Et puisqu’elle garde le silence sur ce qu’elle considère être la bonne réponse, ça signifie qu’elle attend de savoir ce que je vais dire pour être sûre de pouvoir trouver à contredire. D’un côté je veux éviter la confrontation. Mais d’un autre, je ne veux pas non plus accepter passivement de me faire humilier publiquement, surtout par quelqu’un qui se prétend mon amie.

Si je garde le silence, elle va revenir me harceler pour celui-ci. Si je lui réponds que je vois clair dans son jeu, elle va me traiter de susceptible. Et quoi que je réponde, elle aura une réplique qui aura comme but de démontrer que je suis dans l’erreur. Ce n’est pas de la parano, je l’ai vu faire ça tellement souvent par le passé avec d’autres. C’est la raison pour laquelle ça fait plus d’un an que je me suis désabonné de son fil de nouvelles et que je ne commente plus rien de ce qu’elle écrit. J’en avais marre de la voir sans cesse provoquer la dispute avec tout le monde, incluant d’autres membres de sa propre famille.

Je suppose que je n’ai pas le choix. Histoire de ne pas avoir à lui donner « MA définition de Tim Burton », je vais aller chercher patiemment les images requises sur les albums photos de l’année dernière de mes amies FB qui arboraient de tels maquillages, et en faire un montage.

Alors c’est ça, son argument? Que le seul moment où on a le droit d’utiliser « face de cadavre à la Tim Burton » pour décrire un maquillage, c’est lorsque la personne investit un nombre incalculable de temps et d’argent dans un cosplay? Mais à part les fanatiques qui se transforment ainsi lors de conventions, qui donc, parmi le commun des mortels avec un horaire chargé, un travail, de l’école, des enfants, et surtout qui n’a pas toujours le physique approprié pour être le sosie parfait d’un personnage fictif, va vouloir/pouvoir y consacrer le temps que ça prendrait?  Et tout ça pourquoi, pour accompagner ses enfants pendant deux heures pendant leur tournée de bonbons, ou pour passer quatre heures maximum dans un party entre amis?  Personne ne s’investirait à ce point pour si peu.

Je pourrais lui faire part de cet argument, mais à quoi bon!?  Elle a eu de moi ce qu’elle voulait.  Elle s’est prouvé ce qu’elle avait à se prouver.  Elle est satisfaite.  Il ne me reste plus qu’à y mettre de la bonne volonté et de conclure avec grâce.

Et voilà, c’est terminé. Nous pouvons maintenant passer à autre cho-

Elle insiste!

Ok, là, je craque!  Cette manifestation supplémentaire de son mépris dépasse les bornes.

Pour mes lecteurs qui ne sont pas calés en culture américaine, ceci est le logo de The More You Know, une série éducative destinée aux enfants.  Voilà donc une superbement condescendante claque sur ma gueule de sa part malgré tous les efforts que j’ai mis pour l’éviter.  J’ai essayé de détourner le sujet! J’ai été patient! J’ai été raisonnable! J’ai collaboré! Je me suis plié de bonne grâce! Mais là, il y a des limites à se faire chier dessus.

Et voilà! C’était inévitable. Bon ben maintenant qu’elle a officiellement établi que je ne sais pas de quoi je parle, que j’ai l’âge mental d’un enfant et que je suis un susceptible, est-ce qu’il me reste encore quelque chose à perdre?


Ok, wow! Ou bien j’accepte ses insultes, ou bien je suis misogyne. Je sais qu’il y a des gens qui ont une haute estime de leurs propres opinions. Et moi le premier. Par contre, qu’une fille se croit tellement dans son droit de rabaisser un autre qu’elle considère que la seule raison pourquoi il se défend, c’est parce qu’il a des préjugés contre le sexe opposé? Je n’avais encore jamais vu ça.

Euh… En fait, je me trompe. J’ai déjà vécu ça avant, de la part de Geneviève la coloc de l’enfer. Je suis renversé de voir que deux personnes qui ne se sont jamais rencontrées ont pu, à quinze ans d’intervalle, me servir la même réplique sans pertinence.  À personnalités semblables, arguments sophistes semblables, faut croire. (C’est cet élément qui m’amènera à me pencher sur les raisons de ce comportement, ce qui m’amènera une semaine plus tard à découvrir le phénomène que je baptiserai conflictuodépendance.)

Et encore un argument accusateur à base de n’importe quoi. Elle sait parfaitement que tout ce qui est envoyé via Facebook reste archivé par Facebook. Je n’ai donc pas d’obsession à tout garder, contrairement à ce qu’elle prétend.  En tout cas, on reconnait bien là l’hypocrisie propre aux trolls: Faire tout pour frustrer autrui, pour ensuite le blâmer d’être frustré.

Mon premier réflexe en lisant ceci fut de vouloir lui demander pourquoi, lorsqu’elle attaque autrui, personne ne lui dit rien. Mais dès que l’une de ses victimes ose exposer son comportement désagréable, alors là, scandale! Puis je me suis ravisé. C’est que j’ai réalisé qu’avec ce commentaire qu’il m’a écrit, Dérek m’offrait l’opportunité de décrire le problème tel qu’il est :

« Et le combat cessa, faute de combattants. » (Pierre Corneille, Le Cid, Acte IV, Scène 3, Rodrigue.)  Je n’ai cependant pas pu résister à l’envie de conclure comme il se doit, en lui rendant son…:

J’avais à peine posté ce dernier commentaire qu’un message apparut dans ma boite, de la part d’une amie commune.  Je me serais attendu à des réprimandes.  Mais non:

S’en suivirent deux autres messages en provenance d’autres amis communs:

Cette dernière phrase me fait réfléchir.  Je me demande en quoi est-ce que ce serait une bonne chose qu’elle me pardonne?  Elle provoque le conflit, elle est condescendante, elle cherche toujours à descendre tout le monde. Il y a un an et demi, j’ai tenté d’en discuter avec elle en privé, sans succès. Elle ne peut donc pas se cacher derrière l’excuse comme quoi elle ignorait que ce comportement de sa part me déplait. Pourtant, elle vient de récidiver.  En quoi est-ce que quelqu’un qui agit de la sorte puisse être digne du titre d’ami?  C’est cette question qui m’a décidé, deux jours plus tard, à faire cette petite (?) modification à mon dernier commentaire:


Deux mois s’écoulent.  Ma conjointe décide de profiter de ses semaines de congé de l’université pour planifier la pendaison de crémaillère de notre condo à l’Ile-des-Soeurs.  On se choisit une date entre Noël et le jour de l’an, histoire de ne pas entrer en conflit d’horaire avec ceux qui fêtent en famille.  Je me charge de créer l’événement sur Facebook.  Notre dispute étant déjà de l’histoire ancienne dans ma tête, je cherche Maryse dans ma liste d’amis pour l’inviter.

… Pour réaliser qu’elle n’y est plus.  Elle m’a enlevé de ses contacts.

J’en parle à ma conjointe, et nous arrivons à la conclusion que nous voilà dans un vilain dilemme.  Si nous invitons tous nos amis communs incluant son Jules, il est évident qu’elle va le prendre furieusement personnel.  Quant à nos amis, à qui elle s’est tous plaint de notre dispute, ça va les mettre dans la très inconfortable position de devoir choisir entre accepter notre invitation à un party où elle ne sera pas, ou s’en abstenir pour ne pas la choquer.  Ce n’est pas ce que nous souhaitons leur faire.  Il a donc fallu se résigner à n’inviter que la poignée d’amis non-communs que nous avions.  Ce qui devait être une fête de vingt à trente personnes est devenu un simple souper à cinq.   Sa conflictuodépendance avait gâché notre soirée en particulier, et notre vie sociale en général.  Elle s’en lavera les mains, disant que c’était de notre responsabilité de se faire de nouveaux amis durant les deux mois dans lesquels nous ignorions qu’elle m’avait banni.

Les dix étapes de la conflictuodépendance.  Encore une fois, tout comme les autres personnes dont il a été question jusqu’ici dans cette série de billets, elle les a, elle aussi, toutes franchies:

ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
Je ne fais qu’écrire un statut anodin sans rapport à elle.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
La définition de ce que devrait être « visage de cadavre à la Tim Burton ».

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.
Mon refus de m’y prêter et son insistance sont ici très clairs.

ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.
Selon elle, si je n’aime pas me faire humilier publiquement, c’est parce que je suis un misogyne.

ÉTAPE 5, et celui-ci est non seulement le plus illogique de tous, c’est à partir de ce point que l’on voit qu’il s’agit de conflictuodépendance et non d’une simple querelle banale: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.
Elle dit que j’attaque les autres dans le but de me donner une impression de supériorité, alors que c’est elle seule qui venait de passer une heure et douze minutes sur mon statut à ne faire que ça.

ÉTAPE 6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.
Ce que je fis, deux fois: D’abord en exposant la fois où elle avait eu un comportement semblable avec son neveu.  Et ensuite dans la révision de mon dernier commentaire.

ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.
Elle se présente en victime de ma susceptibilité, de ma frustration, de ma misogynie, du fait que je garde tout en archives pour faire des hosties de comeback…  Car en effet, puisqu’elle ne peut nier l’évidence publique de ses comportements désagréables, alors elle se plaint que je les expose.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il/elle a lui/elle-même créé.
« Ok, ça suffit, j’me casse! »

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.
Encore une fois, quelques uns de nos amis communs nous ont en effet rapportés des plaintes qu’elle  leur faisait à mon sujet.

ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.
Les problèmes que ça cause au niveau de notre vie sociale, comme le démontre le gâchis de notre soirée planifiée.

Je conclus donc en vous rappelant de vous tenir aussi loin que possible de ces gens.  Parce qu’une fois que cette personne sentira qu’elle s’est incrustée assez dans votre vie pour vous laisser le choix entre accepter ses insultes ou bien ruiner votre réputation et votre vie sociale, elle le fera.  C’était vrai avec Geneviève la Coloc de l’Enfer il y a seize ans, et c’était encore vrai avec Maryse l’an dernier. 

Il n’y a pas que la charité bien ordonnée qui commence par soi-même. Le respect aussi.  Vous vous devez bien ça.

L’inutilité du dialogue avec une personne conflictuodépendante.

Il arrive parfois que les gens me disent « Si une personne X a un comportement aussi désagréable que tu le décris, pourquoi est-ce que tu ne lui en parles pas en privé, au lieu d’étaler ça sur ton blog? » Il est vrai que le dialogue est l’option la plus logique afin de régler un conflit. La preuve: Voici une capture d’écran non-retouchée d’un tel échange dans une situation où c’était moi le fautif.

Le contexte : Je fais partie d’un groupe privé facebookien nommé The Incorrect Humour Group, dans lequel on se permet de rire de sujets de mauvais goût. J’y ai posté une image dont l’humour douteux est à base de redhead shaming (humiliation des rouquins), une pratique popularisée par l’épisode 11 de la 9e saison de South Park. Une minute plus tard, je reçois un message privé de l’un des autres membres :


À quelques fautes de frappe près, vous venez d’assister à un excellent exemple de résolution de conflit tel que c’est supposé se passer :

  • Il me dit que j’ai fait un truc avec lequel il n’est pas à l’aise.
  • Je comprends son point.
  • Je vois que j’ai fait une erreur.
  • Je lui fais mes excuses.
  • Je me rétracte.
  • Il voit ma bonne foi et en est satisfait.
  • J’en tire une leçon grâce à laquelle je ne referai pas cette erreur dans l’avenir.

Et voilà! Tout le monde est poli, tout le monde comprends le point de vue de l’autre, tout le monde collabore, le tout se fait en privé, et le problème est réglé maintenant et jusqu’à l’heure de notre mort, amen!   Et regardez l’heure de nos échanges.  De 21:55 à 22:03.  Le tout a été résolu en huit minutes.

Si la situation s’est réglée aussi facilement, c’est que ni lui ni moi ne sommes des personnes conflictuodépendantes. Parce qu’à partir du moment où l’un des deux l’est, c’est plus long, c’est plus pénible, et ça ne résout rien. Ce qui suit se base sur une discussion réelle dans laquelle j’ai tenté d’ouvrir le dialogue avec une conflictuodépendante au sujet de son comportement pénible.  Pour l’afficher ici, j’ai non seulement changé l’identité de la personne, j’ai dû fortement tronquer le texte sinon on y passait la journée.




M’ouais…

  • Je lui dis qu’elle fait un truc avec lequel je ne suis pas à l’aise.
  • Elle nie, me blâme et se victimise.
  • J’explique plus clairement.
  • Elle nie et me blâme.
  • Voyant que ça ne mène à rien, je lui fais mes excuses et termine la conversation.
  • Elle me blâme.
  • Je lui fais mes excuses et termine la conversation.
  • Elle insiste pour continuer à me blâmer.
  • Je me réexplique.
  • Elle me blâme, se victimise et ment.
  • Je lui pointe comme quoi elle ment.
  • Elle me blâme d’en rajouter alors que c’est elle qui ne cesse d’insister après que je lui ai dit par deux fois que c’était terminé, se victimise, et fuit.

Ainsi, le problème reste non-réglé et se reproduira dans l’avenir. Et ça ne parait pas ici puisque c’est une reproduction et qu’elle est très abrégée, mais cet échange a commencé un peu avant minuit et s’est terminé à 7:22 le matin suivant.  On est loin du huit minutes de mon premier exemple.  Et dans les quarante-huit heures qui suivirent, quatre personnes m’ont fait savoir qu’elle avait partagé notre échange avec eux.  Voilà pour le côté « on règle ça en privé ».  Mais bon, ce n’est pas pour rien que la 9e des dix étape de la conflictuodépendance est: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.

Une conflictuodépendante n’agit pas comme telle qu’avec une seule personne.  Tôt ou tard, tous les gens constituant son entourage font les frais de sa personnalité.  Aussi, il est inévitable qu’avec le temps, elle reçoive de plus en plus de commentaires au sujet de son comportement désagréable et/ou que le nombre de gens avec qui elle se met en froid augmente.   Éventuellement, même si elle continue d’essayer de se le nier à elle-même, il est impossible qu’elle ne s’en rende pas compte. Dans ce temps-là, il se produit parfois un miracle: Elle donne l’impression qu’elle puisse être prête à avoir l’esprit ouvert sur le sujet :


Et voilà pourquoi je dis qu’elle ne fait que donner l’impression d’avoir l’esprit ouvert.  Ce que la personne conflictuodépendante cherche vraiment à faire, ce n’est pas d’apprendre si son comportement est fautif. Et c’est encore moins de le corriger puisque le faire équivaudrait à s’admettre qu’il l’est, chose qu’elle refuse de s’avouer. Non, son but est plutôt de le nier car la réalité lui est trop difficile à accepter. C’est de blâmer la victime afin de s’innocenter elle-même.  C’est d’inverser les rôles agresseur/victime afin de s’approprier elle-même le statut de victime.  Tel que j’en ai déjà parlé dans le billet au sujet de sa tentative d’humilier son neveu, mettre la chose publique comme elle le fait, c’est chercher l’approbation des autres.  C’est désirer recevoir la confirmation comme quoi elle a raison. Bref, c’est avoir besoin d’être rassurée comme quoi elle est dans son droit de se croire supérieure. Ainsi, même si dix, cent ou mille personnes lui disent qu’elle est dans le tort, elle va les ignorer, en ne portant son attention que sur la seule et unique qui ne lui dira que ce qu’elle désire entendre.

Voilà pourquoi on peut classer les gens de son entourage en quatre catégories :

  1. Ceux qui la connaissent depuis peu et qui sont patient, croyant qu’elle ne fait que traverser une phase, en espérant qu’elle finisse par se calmer.
  2. Les victimes consentantes qui savent qu’elle est comme ça et qui acceptent son manque de respect et ses abus.
  3. Les lèche-cul qui ne sont là que pour lui dire qu’elle est belle, gentille et parfaite et que ce sont tous les autres qui sont dans le tort.
  4. Les membres de sa famille qui, à cause du statut familial, ont une obligation de l’endurer.

La conflictuodépendante bannira promptement de son cercle de fréquentations tous ceux qui n’entrent pas dans ces catégories.  Et ça, c’est s’ils ne s’en sont pas déjà éloignés de leur propre chef par écoeurement.

Je reviens à mon premier exemple, tout en haut de cet article, lorsque Louis-Sébastien m’a expliqué pourquoi il ne se sentait pas à l’aise avec mon gag de mauvais goût.  Je ne me suis pas caché derrière l’excuse comme quoi il est normal que ce genre de choses soit posté dans un groupe nommé Incorrect Humour, Je ne lui ai pas fait remarquer que si ça le dérange, personne ne l’oblige à rester.  Je ne l’ai pas attaqué en le qualifiant de susceptible. Et ne n’ai pas non plus été moi-même un susceptible insulté que l’on ose trouver à redire contre l’un de mes gestes. Quant à lui, après ma rétraction et mes excuses, il n’a pas non plus insisté comme quoi j’étais une personne irréfléchie.  Il s’est encore moins acharné à utiliser des arguments mensongers, et a encore moins conclus en se faisant passer pour pauvre victime de mon épouvantable méchanceté, contrairement à « Maryse Aubry ».

Essayer d’engager le dialogue avec une personne conflictuodépendante dans le but de régler un conflit, c’est une perte de temps. Parce que, comme le dit le mot, sa basse estime d’elle-même fait qu’elle est dépendante des conflits. Le conflit lui permet de rabaisser les autres plus bas qu’elle, ce qui est le seul moyen que son subconscient a trouvé pour lui procurer temporairement le sentiment de supériorité dont elle a tant besoin moralement pour (sur)vivre.  Dans de telles conditions, la dernière chose qu’elle veut entendre et surtout reconnaitre, c’est qu’en faisant ceci, elle a un comportement fautif.

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La capture d’écran du neveu humilié.
Wikipedia: Denialism.
Wikipedia: Blâmer la victime.
Journal du Net: Stop au processus d’auto-victimisation.
Les autres articles classés sous « La Conflictuodépendance ».

Se souvenir afin de pouvoir oublier

Lorsqu’il est question de consulter un psychologue, voici la première chose qui nous vient en tête :  Un vieux barbu binoclard et chauve dans son complet trois pièces de couleur brune, assis sur une chaise, les yeux vers le calepin sur lequel il prend des notes.  Un patient couché sur le dos sur un divan de cuir redressé à la tête, fixant vaguement le plafond.  Des bibliothèques pleines d’épais bouquins.  Les murs où sont encadrés des diplômes.  Une fenêtre, les rideaux tirés.  Et, pour compléter le tout, la phrase « Parlez-moi de votre enfance. »  

C’est à l’âge de vingt-trois ans, sans connaitre rien d’autre de la profession que ce cliché, que je m’y suis attaqué.  Je ne me souviens plus quel était le contexte au juste (c’était tout de même en 1991) mais mon amie, amante et collègue Christine m’avait suggéré de consulter un psy.  Ça m’avait profondément insulté. Non pas qu’elle insinue que je puisse avoir des trouble de personnalité, chose que je reconnaissais déjà volontiers depuis 1987.  Mais plutôt qu’elle s’imagine que je suis con au point de me laisser frauder de la sorte. Je lui ai donc expliqué les cinq arnaques que je percevais dans la pratique de cette profession:

  1. L’arnaque derrière la mise en scène: Le divan confortable, la lumière tamisée, regarder en l’air, c’est juste pour recréer la sensation de détente et de confort similaire à être seul au lit dans sa chambre, afin de t’amener à baisser ta garde, à te croire en situation de confiance.
  2. L’arnaque derrière la règle de regarder dans le vide: C’est pour ne pas regarder le psy en face, et ainsi être moins intimidé, et ainsi être plus facilement porté à se confier.  Comme si on se parlait tout haut en étant seul.
  3. L’arnaque derrière la demande de raconter l’enfance: Peu importe ton problème, le psy va toujours aller vers la solution facile, affirmant que tes problèmes viennent de ta jeunesse.  Eh bien moi j’ai connu des jumeaux identiques qui ont vécu la même enfance.  Or, l’un était un fonceur winner intéressant, et l’autre un timide loser ennuyant.  Bref, ce n’est pas l’enfance, le problème.  C’est la personnalité.
  4. L’arnaque derrière la prise de notes: Le psy n’en a rien à chier de toi.  Il n’a pas que toi comme client.  S’il prend des notes, ce n’est pas pour faire, plus tard, des recherches sur ton problème.  C’est pour les relire avant chaque rendez-vous, pour se souvenir de quoi tu lui as parlé.  Ainsi, il peut commencer chaque séance en te rappelant les sujets de la dernière fois, afin te donner l’impression erronée qu’il est à ton écoute. Oui, tu es cher à ses yeux, mais c’est uniquement parce que tu représentes un revenu de $100.00 à $400.00 de l’heure.
  5. L’arnaque derrière les psychologues eux-mêmes: Tu payes pour rien! Ces gens sont incapables de t’aider.  La preuve, c’est que si tu leur demande la solution, ils vont répondre que leur but n’est pas de te la donner mais bien te permettre de la trouver toi-même car [cliché insignifiant] « La réponse est en toi! » [/cliché insignifiant]  Bref, c’est toi qui paye, et c’est toi qui fait tout le travail.

Aussi, ai-je conclu mon massacre de la profession en disant: « Ben dans ce cas, si la solution est en moi, je peux la trouver tout seul sans être obligé de payer de $100.00 à $400.00 de l’heure à une personne qui va m’avouer elle-même être complètement inutile dans mon processus de guérison.  De toutes façons, on l’sait bien: Pour eux-autres, peu importe ton problème, c’est toujours relié aux mères et aux gros totons! »  Une conclusion qui m’inspira plus tard à créer cette charte:


Aujourd’hui, avec deux décennies supplémentaire de vie adulte derrière moi, ma mentalité n’a presque pas changé à leur sujet.  Je n’ai toujours pas consulté de psy, par contre j’ai eu à faire avec ceux de mes enfants pendant de nombreuses années.  Ça a confirmé beaucoup de mes théories, ce qui m’a permis de mieux comprendre et d’expliquer l’incompétence des travailleurs sociaux

Par contre, je dois admettre qu’il y a un point sur lequel je me suis trompé en beauté, et c’est en sous-estimant le bien fondé de repasser en profondeur à travers une expérience traumatisante du passée afin d’en guérir.  Ou, comme le dit le titre de ce blog, de se souvenir afin de pouvoir oublier.  Pour ma défense, il faut reconnaitre que la chose a vraiment l’air illogique.  Comment peut-on oublier quelque chose si on se force à y repenser?  Ça n’a pas de sens.  Et pourtant, ça marche.  Je peux le confirmer.  C’est quelque chose que j’ai découvert par accident.

Mise en contexte: Il y a quelques années, je rencontre une jeune femme qui, bien que majeure, n’a tout de même que la moitié de mon âge.  C’est le coup de foudre mutuel d’une intensité que je n’avais encore jamais vécue jusque-là.  On passe l’été à se rencontrer à la dérobée car nous vivons le genre de situation pour laquelle « C’est compliqué » existe en tant que statut Facebook.  À chaque fois, c’est un trois jours de bonheur moral doublé du meilleur sexe au monde dont nous sommes tous les deux, contre toute logique, aussi satisfaits et comblés qu’insatiables et affamés.

Or, toute bonne chose a une fin, surtout lorsque tant d’obstacles nous séparent.  Il a bien fallu se faire une raison. L’automne arrivé, nous avons cessé de nous revoir et avons passé à autre chose.  Je savais que je n’oublierai jamais cet été qu’on a passé.  C’est le genre de moments qui inspire les plus belles chansons d’amour.

Mais pas nécessairement celle-là.

Pendant trois ans, il n’y a pas eu un jour sans que je ne pense à nos moments ensemble.  Et pas un jour n’a passé sans que je regrette que ça ce soit terminé.  Elle me hantait, mais puisqu’elle était maintenant en couple, elle était hors d’accès.  Réalisant que j’étais aux prises avec le genre d’obsession qui devient trop souvent malsain et destructeur, j’ai décidé d’utiliser la chose de façon positive afin d’avancer dans la vie.  J’étais plus vieux qu’elle, alors je me suis rajeuni en m’alimentant mieux et en m’exerçant.  À un âge où les hommes commencent à décliner en look, en santé, en force et en résistance, je ne faisais au contraire que m’améliorer dans tous ces domaines.  Dans mes notes de l’époque, j’ai décrit la chose en ces termes:

Lorsque les gens ressentent un amour non-partagé par l’objet de leur désir, ils se morfondent et posent des gestes négatifs. Moi, au contraire, je fais travailler cette obsession pour mon plus grand bien. Elle est ce qui me donne la volonté de me pousser toujours plus loin, pour évoluer, pour aller chercher le meilleur de moi-même. Parce que, même si je n’ai aucune chance pour que ça arrive, ça me plait de vivre dans l’espoir que nous puissions être un jour de nouveau possible. Ça me plaît de croire tous ces efforts que je fais dans le but de devenir digne d’elle, de la mériter, puissent un jour porter fruit.

Je croyais qu’utiliser ainsi mon obsession comme fuel allait finir par la consumer.  Hélas, à l’instar de l’énergie atomique, mon obsession s’est avérée inépuisable.  Et tout comme l’énergie atomique lorsque l’on n’arrive pas à la contrôler, elle était en train de m’empoisonner.  C’est ainsi que, en allant à l’encontre de mes propres conseils, je lui ai écrit une déclaration d’amour.  Celle-ci ayant trois ans de retard, elle ne fut pas reçue positivement.  Je m’en doutais bien.  Mais peu m’importais, rendu à ce point-ci.  Je n’en pouvais juste plus de vivre dans un espoir quotidien qui ne menait à rien. D‘une façon comme d’une autre, il fallait que ça prenne fin.  En ceci au moins, mon geste pathétiquement retardé a eu du bon.

« Très bien, me voilà fixé! »  Me suis-je alors dit.  « Puisque je me vois obligé de mettre tout ça derrière moi, aussi bien le faire de la façon qui m’est propre: En écrivant notre histoire dans tous les détails. »  Et j’ai en effet tout écrit: Ce que j’étais à l’époque, ce que j’ai vécu, comment je l’ai vécu, quels étaient mes sentiments, quelles furent mes décisions, ce que j’ai dit, ce que j’ai fait et pourquoi…  La totale! 

Au début, j’écrivais sous un grand sentiment de nostalgie.  Peu à peu, au fil des jours, plus j’écrivais et plus ça m’apportait des révélations.  Je comprenais des choses, non seulement sur cette relation, mais également à mon propre sujet.  J’ai surtout constaté que les choses n’étaient pas toujours aussi parfaites que dans mes souvenirs.  Enfin, en écrivant tout, mes souvenirs objectifs ont peu à peu remplacé les souvenirs émotifs.  Ça m’a permis de voir les raisons véritables de mon attachement envers notre relation.  Il y avait sa jeunesse, ce qui était flatteur pour mon orgueil de gars du double de son âge.  Le fait qu’elle me traitait comme un dieu, ce qui était flatteur pour mon orgueil d’ex-loser.  Tout ce sexe qu’elle m’offrait, ce ce qui était flatteur pour mon orgueil d’ex-désespéré incapable de se trouver une partenaire.  Son excitant niveau de désir qui me redonnait une performance sexuelle que je n’avais pas eu depuis mon adolescence, ce qui était flatteur pour mon orgueil de mâle qui prenait de l’âge.  … Et c’est là que j’ai vu qu’il y avait un pattern dans tout ceci.

« Alors au final, si j’étais si bien avec elle, c’est parce qu’à ses yeux, j’étais beau, j’étais désirable, j’étais un dieu du sexe, j’étais un winner.  Et être tout ça aux yeux d’une si belle et jeune fille, surtout à mon âge, c’était extrêmement gratifiant.  Bref, je n’ai jamais été en amour avec elle.  J’étais juste en amour avec ce que j’étais pour elle.  Donc… J’étais juste en amour avec moi. »

Autant cette révélation m’a donné un choc, autant je me devais d’admettre que c’était vrai.  Nous n’avions absolument rien en commun. Il n’y avait qu’au lit que nous avions passion et harmonie.  Et encore, elle suggérait parfois certaines pratiques avec lesquelles je n’étais pas à 100% à l’aise, alors pour ce qui est de l’harmonie…  Ce qui signifie qu’il nous aurait été impossible d’avoir une relation de couple, même à court terme.  Ça n’a jamais été une histoire d’amour.  Ce n’était qu’une histoire de cul!  Non pas une histoire vulgaire et sordide puisque nous avions tout de même chacun envers l’autre une amitié et un respect mutuel qui perdure jusqu’à ce jour.  N’empêche, ce n’était quand même qu’une histoire de cul, rien de plus.

Suite à cette ultime révélation, j’ai tout simplement cessé d’écrire notre histoire.  Non seulement n’en avais-je plus envie, je n’en ressentais plus le besoin.  Cet exercice, qui avait d’abord comme but de commémorer une relation que je croyais la plus extraordinaire de ma vie, a plutôt réussi ce que j’ai tenté en vain de faire pendant trois ans: Elle a exorcisé mon obsession pour cette fille, et ce pour de bon.

Aujourd’hui, plusieurs années plus tard, ce texte est toujours inachevé, et je ne vois même pas intérêt à le relire.  C’est ce que j’ai constaté en retombant dessus par hasard ce matin.  Et c’est là que j’ai compris que dans le fond, les psychologues ne sont pas aussi bullshitteurs que je l’ai toujours cru avec leurs histoires de « Parlez-moi de votre enfance. »  Beaucoup de gens vont dire que, lorsque l’on est obsédé par quelque chose au point où ça dérange notre vie, la meilleure solution est d’oublier ça.  Y repenser n’est rien de moins que malsain.  Et bien en réalité, c’est tout le contraire.  C’est en y repensant, du début à la fin, dans les moindres détails, en repassant à travers les faits, les émotions, les décisions, les actions et les réactions, que vient la compréhension.  De la compréhension vient l’acceptation, et de l’acceptation vient la conclusion, et de la conclusion vient l’oubli.

Et voilà pourquoi la meilleure façon d’oublier, c’est d’abord en mettant de l’effort à se souvenir.

N’IMPORTE QUOI: Quelques réflexions en vrac.

Il y a des gens qui disent que Mes prétentions de Sagesse, c’est n’importe quoi.  Pourquoi s’obstiner alors qu’il est plus amusant de leur donner raison?  Voici donc une collection de réflexions de mon cru qui n’avaient pas nécessairement la pertinence requise pour faire le 7e billet de ma série Ma philosophie.

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Il devrait y avoir une loi contre les gens qui s’expriment juste assez pour passer un message en sous-entendu tout en restant assez flou pour pouvoir le nier ensuite.

Tout le monde préfère la force brute à l’intelligence. La preuve: Dans les séries de fictions, si le grade du personnage est Capitaine, alors c’est un héros.  par contre, s’il est Docteur, c’est un méchant. Et même chez ceux qui sont bons, au moins 50% ont une personnalité désagréable.

Les gens sont tellement déficients de l’orthographe ces temps-ci que quand j’écris un jeu de mots, ils ne s’en rendent pas toujours compte.

Mieux vaut mettre de l’effort et se retrouver avec rien au bout du compte que de s’en abstenir et avoir moins que rien.

Lorsque les signes démontrent que quelqu’un pourrait avoir commis un geste répréhensible, demande-lui s’il l’a vraiment fait. S’il attaque l’accusation avec des arguments, il est probablement innocent. S’il t’attaque toi en te traitant de parano, d’amer ou de malade mental, il est fort probablement coupable. Surtout s’il le fait publiquement.

Un grand sage a un jour écrit « Gd kg ifdejypoj mdgr djst kg oxmptlk ». N’eut été de sa dyslexie, l’histoire aurait peut-être retenu son nom.

Manger du yogourt avec une louche m’a appris quelque chose à mon propre sujet aujourd’hui: Il n’y a que sur mon blog que j’ai une grande gueule!

Les siestes, c’est ennuyant. J’ai essayé. J’ai dormi tout le long.

Celui qui va apporter des explications logiques pour exprimer son désaccord va appeler ça « Apporter un point de vue différent dans une discussion. » Celui qui va dire n’importe quoi juste pour contrarier va appeler ça « Exercer sa liberté d’expression. » Le premier est pertinent. Le second, une perte de temps.

Quand tu écris un polar et que l’un de tes personnage s’appelle Saddam Ben Hitler, ça enlève quelque peu le suspense à trouver le coupable.

Lorsqu’un couple t’annonce fièrement qu’ils attendent un enfant, il n’est pas de bon ton de les regarder de la tête au pieds en disant « Le pauvre, il va être laid en tabarnak! »

Toute personne possède en elle au moins une grande vertu. Hélas, chez les gens de mauvaise foi, c’est la persévérance.

Je n’ai jamais compris la logique derrière le fait de provoquer quelqu’un, pour ensuite se moquer du fait qu’il serait supposément susceptible.  Si tu cherches à faire fâcher autrui, ça démontre juste que tu as une personnalité désagréable. En quoi est-ce que tu devrais être fier de ça?

99% des fois où quelqu’un commence sa réponse « Alors, si je comprends bien… », le reste de sa phrase démontre qu’il n’a rien compris. Généralement en faisant exprès.

 Quand je regarde les gens avoir honte de leur photos et agissements d’il y a 10 ans et plus, je m’amuse à penser que je suis le témoin actuel de tout ce qui leur fera honte en 2025.

Apple, c’est pomme.  Pine, c’est pin.  Alors pourquoi est-ce que pineapple  c’est ananas au lieu d’être pomme de pin?  FOQUIGNE BLOKES!!!

Il a travaillé très fort afin de devenir le genre d’individu dont personne n’apprécie la présence, alors laissons-le savourer en paix les fruits de son labeur.

J’ai commencé à me méfier des gens qui prétendaient vouloir mon bien quand je me suis rendu compte que « mon bien », c’est une autre façon de dire « ce que je possède ».

Truc dont la société aurait dû se débarrasser il y a longtemps, #8624: Les cartes de fête humoristiques plus insultante que drôle, qui se conclut par les mots « Bonne fête quand même! »

Recevoir un appel à l’aide, c’est comme recevoir une pièce de puzzle: Si on n’en fait rien, ce n’est pas nécessairement parce qu’on a choisi de l’ignorer. C’est trop souvent parce qu’on ne sait pas quoi en faire.

Il ne faut jamais cesser d’avoir des buts, sinon on finit par se faire imposer les buts des autres.

Détruire les murs qui nous empêchent d’avancer, ce n’est que la moitié du travail. L’autre moitié, c’est d’éviter de se laisser arrêter par les murs des autres.

Certains des gestes les plus stupides commencent par la question « Est-ce que c’est solide ça? »

Sans y mettre une touche de réalisme, rien ne distingue l’espoir de la fantaisie.

Phénomène étrange chez beaucoup de soi-disant créateurs: Plus une personne a peur qu’on lui vole ses idées, moins elle démontre être capable de pouvoir en produire. Pouvoir se renouveler, passer aisément d’un sujet à l’autre, avoir la capacité de s’adapter, c’est ce qui fait la différence entre un vrai créateur et un poseur qui s’accroche à sa seule et unique idée qu’il croit bonne.

Dans vos textes, arrêtez donc de remplacer la ponctuation par des LOL. Surtout quand c’est une question. Et encore plus quand c’est pour demander quelque chose d’aussi banal que la température du jour, chose que personne ne trouverait drôle même en fumant un hectare de marijuana.

Tu achètes une cannette de Coke dans une distributrice, c’est $2.50.  Tu achètes un litre de Coke au dépanneur, c’est $2.50.  Tu achètes 2 litres de Coke au marché d’alimentation, c’est 99¢.  On s’fait fourrer en kek’part.

La Conflictuodépendance: Le réflexe compensatoire

Comme j’en ai déjà parlé dans le billet Les Raisons de la Colère, la fonction de base du cerveau est de produire l’instinct de survie. Ce n’est pas exclusif à l’être humain. Tous les animaux l’ont: Le lion qui court après la gazelle afin de manger.  La gazelle qui fuit pour ne pas l’être.  Le chaton naissant qui, malgré un cerveau totalement vierge d’expérience de vie, sait qu’il lui faut trouver la mamelle et téter   Chez l’être humain moderne, la civilisation s’occupe déjà de nous fournir tout ce dont on a besoin pour la survie de base, et ce dès la naissance : Nourriture, chaleur, logis. Ainsi, une personne peut passer sa vie entière sans que son instinct de survie ne soit sollicité. Or, sollicité ou non, cet instinct fait partie de nous. Et puisque nous n’en avons pas besoin pour survivre au niveau physique, il se manifeste alors au niveau psychologique.

Tout le monde connait le principe de la survie du plus fort. À notre époque, la survie a été remplacée par un autre concept: Le succès.  C’est sur cette base que l’on jauge la force ou la faiblesse de l’individu.  La preuve, c’est que depuis les trente dernières années, il n’est pire tare sociale que d’être étiqueté comme étant un perdant, un loser.  Pour cette raison, ce qualificatif est devenu l’insulte de choix pour rabaisser les autres.  C’est ainsi que la peur du loserisme porte certaines personnes à vivre sous la crainte des conséquences de leurs propres faiblesses.  C’est ce que l’on appelle le sentiment d’infériorité. Et puisque c’est pour eux un sentiment trop difficile à assumer, leur instinct de survie se manifeste sous une forme que j’ai nommé le réflexe compensatoire.  C’est quelque chose que le psychothérapeute Alfred Adler, père de la psychologie individuelle, avait déjà découvert.  Mais lui, il l’a tout simplement appelée la compensation.

Les hommes de cinéma Arnold Schwarzenegger et Woody Allen sont deux excellents exemples de ce phénomène. Arnold, était un adolescent chétif.  Il a compensé en devenant, à une époque, l’homme au physique le mieux développé de l’univers.  Woody y est allé autrement.  Petit, moche, maigre, faible, n’ayant rien pour séduire selon les standards de beauté, il a passé sa vie à compenser de trois façons.  La première, en se mettant en scène dans des comédies où ses carences physiques l’amènent à vivre toutes sortes de déboires qui ont pour but de lui gagner la sympathie du public, donc d’être aimé malgré son apparence.  La seconde, en se mettant en scène dans des films où il finit au lit avec une ou plusieurs belles jeunes filles.  Et dans les deux cas, il ne manque pas de passer le message comme quoi il est un excellent baiseur, ce qui est le réflexe compensatoire classique de l’homme complexé.  La troisième façon, c’est dans la vraie vie, en ayant des relations avec le genre de femmes que l’homme moyen considèrerait hors d’atteinte, comme les actrices Diane Keaton et Mia Farrow.  Dans cette optique, son ultime tour de force compensatoire fut de séduire, à 56 ans, une jeunette de 19,  Soon-Yi Previn, qui est aujourd’hui son épouse.

Le réflexe compensatoire pour une basse estime de soi est également à la base de la personnalité conflictuodépendante.

D’abord, petit rappel. Une personne conflictuodépendante manifeste cette personnalité lorsqu’elle passe à travers les dix étapes suivantes:

  • ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
  • ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
  • ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.
  • ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.
  • ÉTAPE 5: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.
  • ÉTAPE 6: Manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.
  • ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.
  • ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé.
  • ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.
  • ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Et pourquoi cette personne entre-t-elle dans l’étape 1 pour commencer?  C’est le sujet de ce billet.

Lorsque l’on souffre d’un complexe d’infériorité, notre réflexe compensatoire consiste à convaincre les autres, à commencer par se convaincre soi-même, que l’on est au contraire leur supérieur.  Tout dépendant de la façon dont on s’y prend pour atteindre ce but, on peut être classés dans l’un de ces trois différents types:

  1. Le complexé de type 1:  Il reconnait qu’il est inférieur.  Il accepte le fait qu’il doit mettre de l’effort pour devenir supérieur.  Il y travaille sérieusement. Il réussit.  Exemple: Arnold Schwarzenegger qui a passé d’adolescent chétif à Monsieur Univers.
  2. Le complexé de type 2: Il reconnait son infériorité mais refuse de la laisser l’arrêter. Il veut avoir les mêmes avantages que ceux qui lui sont supérieurs, mais sans y mettre les mêmes efforts.  Il trouve donc des moyens détournés pour y arriver. Exemple: Woody Allen qui a obtenu pouvoir de séduction, non par son physique mais via notoriété cinématographique.
  3. Le complexé de type 3: Refuse d’accepter son complexe d’infériorité, ou bien ne possède pas la force morale pour être capable de reconnaitre en avoir un.  Compense en se prétendant supérieur.  A besoin de se le prouver pour se rassurer.  Tente sans cesse de descendre les autres plus bas que lui, histoire d’être leur supérieur par défaut.  Exemple: Les conflictuodépendants.

Pour le complexé de type 3, le sentiment de supériorité est un réflexe de survie.  Voilà pourquoi son bien-être moral et mental dépend du conflit car il n’y a que ça qui puisse lui donner l’opportunité de se prouver supérieur sur une autre personne.  Dans l’ouvrage Relation of threatened egotism to violence and aggression: the dark side of high self-esteem, les auteurs décrivent la chose en ces termes (que je traduis): L’individu qui souffre de mauvaise estime de soi va avoir le réflexe de vouloir démarrer des conflits dans des situations où il croit pouvoir triompher.   Un peu plus loin, on explique le choix de sa cible en ces mots: S’en prendre à une cible puissante demanderait une grande confiance en soi.  Mais lorsque la cible est faible, les chances de succès lui semblent meilleures.  […]  Ainsi, c’est celle-ci qu’il ira attaquer.  Non pas parce que la faible estime de soi cause la violence, mais bien parce qu’elle les pousse à se chercher le genre de victime qui lui semble peu portée à se défendre.

Facebook étant le terrain de choix dans lequel les conflictuodépendants se manifestent, c’est de là que viennent les exemples qui vont suivre.  Bien que ceux-ci soient fictifs, incluant les noms et photos, ils se basent sur des faits bien réels. Voici donc l’exemple d’une complexée de type 3 qui applique ici les étapes 1 (initie le conflit avec une personne calme sans histoires) et 2 (sur un sujet anodin) :

Son statut d’adulte et son titre et de matante lui donne naturellement un sentiment  d’autorité sur le jeune homme.  Et le statut de neveu de ce dernier l’oblige à garder envers elle un certain respect.  Pour toutes ces raisons, il est donc pour elle, tel que cité plus haut, le genre de victime qui lui semble peu portée à se défendre. Voilà pourquoi elle l’a instinctivement choisi.

Il aurait pu s’agir d’une simple boutade entre membres d’une même famille, une plaisanterie entre gens proches.  Alors qu’est-ce qui  permet d’affirmer que c’est plutôt un cas de conflictuodépendante qui rabaisse les autres pour se sentir supérieure afin de compenser pour un sentiment de basse estime de soi?  Simple: Le fait qu’elle en a pris une capture d’écran afin de montrer fièrement la chose à ses amis.

Agir ainsi, c’est chercher l’approbation des autres.  C’est désirer recevoir la confirmation comme quoi elle a raison. Bref, c’est avoir besoin d’être rassurée comme quoi elle est dans son droit de se croire supérieure.  Malheureusement, lorsque notre complexe d’infériorité nous pousse à sauter sur chaque opportunité de prouver le contraire, on ne prend pas toujours la peine de vérifier la pertinence de nos arguments.  La preuve, c’est que l’argument de Maryse repose sur deux points qui ne tiennent pas la route.  Le premier est erroné, car la citation bouddhiste ne parle pas de simplicité volontaire,  Elle dit d’accepter le fait que certaines choses ne nous sont pas destinées.  Par exemple, l’amour d’une personne qui nous intéresse sans que ce soit réciproque.  Et son second point est illogique, car elle compare une chose qui ne lui serait pas destinée avec un iPhone qu’il possède.

J’ai songé à lui pointer ces deux failles dans son raisonnement.  Mais sachant à quel point elle était susceptible, j’ai plutôt choisi de lui répondre un commentaire neutre, qui ne faisait que de décrire ce qu’elle venait de faire.

… Ce qui l’a quand même mise en colère.

Là encore, j’aurais pu lui pointer les deux erreurs qu’elle faisait à comparer ses commentaires à mes billets de blog.  Mes lecteurs savent le genre de textes qu’ils vont trouver ici, alors ils me visitent volontairement, en toute connaissance de cause.  Tandis qu’elle, elle va envahir le mur Facebook des autres pour leur rentrer ses opinions négatives de force dans la gorge en public.  Et lorsque j’expose des captures d’écran, je change le nom et les photos, chose qu’elle n’avait pas fait en distribuant sa capture d’écran originale.  Mais là encore j’ai préféré m’abstenir de le lui dire.  Parce que soyons francs, pour écrire ce qu’elle a répondu à mon commentaire qui était pourtant objectif, il faut être extrêmement susceptible. 

Et justement, Alfred Adler voit dans l’extrême susceptibilité le signe révélateur d’un sentiment d’infériorité, en ce qu’elle surgit chaque fois que la personne a le vague sentiment qu’on a mis le doigt sur le défaut de sa cuirasse On ne peut pas nier que c’est exactement ce qui s’est passé ici. Cette théorie se retrouve également dans l’ouvrage The dark side of high self-esteem: Ces gens deviennent agressifs lorsqu’ils reçoivent des commentaires qui vont à l’encontre de l’image favorable qu’ils ont d’eux-mêmes.  Bref, ils deviennent frustrés dès que l’on insinue qu’ils ne sont peut-être pas aussi supérieurs qu’ils le prétendent

Ce comportement est également décrit ici en ces termes:  La peur de se trouver en état d’infériorité vis-à-vis d’autrui s’est ainsi enracinée dans le cœur des hommes et a créé le sentiment de l’amour-propre (autre nom de l’orgueil). Une offense à l’amour-propre se traduit quelquefois par la pâleur, le plus souvent par la rougeur émotive (honte dans le cas d’acceptation de l’infériorité, colère dans le cas de révolte).  […] Conserver la face vis-à-vis de l’opinion publique est donc le fondement de l’amour-propre et, par conséquent, le fondement de la morale.

Ce qui en revient à ce que je disais dans mon billet Les Raisons de la Colère: Celui que l’on empêche d’agir selon son instinct de survie réagit avec violence.  Puisque c’est son instinct de survie morale qui l’a poussé à tenter de démontrer publiquement son neveu inférieur à elle, la contrarier sur ce point, ou même refuser de prendre son parti par désir de rester neutre, ce fut instinctivement pris comme étant une menace pour sa survie. D’où sa réaction de colère.

La personnalité narcissique n’est pas toujours source de conflits.  Beaucoup de gens ont une haute estime d’eux-mêmes sans pour autant ressentir le besoin de rabaisser les autres.  Alors pourquoi certains narcisses sont-ils incapables de vivre en harmonie avec les autres, ce qui les rends conflictuodépendants? L’une des raisons est bien expliquée au point #5 de cet article de Cracked: Lorsqu’il s’agit de succès et d’estime de soi, les gens ont la fâcheuse tendance à prendre le problème à l’envers:  Au lieu de reconnaitre que c’est le succès qui apporte l’estime, la fierté et la confiance, on nous bourre le crane dès notre enfance que nous devons d’abord ressentir de l’estime de soi, de la fierté et de la confiance en nos capacités, et que c’est ça qui va nous apporter le succès.  Tu grandis donc avec l’idée erronée que même sans avoir accompli quoi que ce soit, tu vaux autant que ceux qui ont accompli quelque chose. Hélas, ça a eu comme conséquence fâcheuse de t’apporter instinctivement le sentiment que tu veux mieux que ceux qui ont été obligés de travailler fort pour atteindre la même valeur que tu crois avoir. 

Et voilà comment nous avons créé une superbe génération de douchebags auto-suffisants qui croient que tout leur est dû. Alors quand leur sentiment de supériorité se bute au fait qu’ils n’ont rien pouvant le justifier, c’est là que se manifeste leur réflexe compensatoire.

Tant qu’ils s’agit de complexés de type 1 et 2, ça va.  Mais si vous avez le malheur d’avoir un complexé du type 3 dans votre entourage, alors attendez-vous à une relation abusive.  Normal: Abuser des autres en les rabaissant sans cesse, c’est le propre des conflictuodépendants.

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Les liens internes cités dans ce texte:
Mes Prétentions de Sagesse: Les Raisons de la Colère.
Mes Prétentions de Sagesse: Autopsie du Loser.
Mes Prétentions de Sagesse: SÉRIE: La conflictuodépendance

Liens externes.  Parce que des fois, il est bon de démontrer que mes  théories sont confirmées par des recherches reconnues.
Wikipedia: Alfred Adler.
Wikipedia: La Psychologie Individuelle.
Psychologie.com: La psychologie adlérienne.
Psychologie.com: La compensation (avec l’exemple d’Arnold Schwarzenegger)
Relation of threatened egotism to violence and agression: The dark side of self-esteem  (PDF)
Encyclopédie anarchiste: L’infériorité
Cracked: 6 bullshit facts about psychology that everyone believes.
Santé Psy: Qu’est-ce que la compensation.
Psychoweb: Narcissisme et culte de la consommation.

Comment j’ai appris que je n’étais pas un humoriste

Le texte qui suit est écrit sous la forme d’un court sketch théâtral.  Il s’inspire cependant d’une anecdote réelle vécue en 1995.

TITRE: L’audition.

PERSONNAGES:

  • LE CANDIDAT. Homme, 26 ans. Candidat à l’audition.
  • LISE RITCHIE: Femme. 40 ans. Directrice du Collège de Comédie du Québec.  Juge de l’audition.
  • DANNY LEMAIRE.  Homme, 45 ans.  Humoriste avec 15 ans de carrière. Juge de l’audition.
  • LE PSYCHOLOGUE. Homme. 50 ans. Psychologue.  Juge de l’audition.

MISE EN SCÈNE:  Sur scène, LE CANDIDAT se tient debout.  À quelques mètres devant lui, il y a une longue table.  Derrière celle-ci sont assis les trois juges, LISE RITCHIE, DANNY LEMAIRE et LE PSYCHOLOGUE.  En arrière plan, il y a le logo et le nom de l’école, COLLÈGE DE COMÉDIE DU QUÉBEC.

La lumière s’allume.  Nous assistons à la fin de l’audition.

LISE RITCHIE
(fade in) … Et dans l’ensemble il y avait effectivement quelques bon punchs.  Mais malheureusement, ce n’est pas le genre de sujet qui est apprécié du public.  Donc, désolé mais on ne peut pas accepter ta candidature pour cette année.

LE CANDIDAT
Je vois!

Le candidat garde le silence quelques secondes.  Il reste là, debout, sans bouger.

LISE RITCHIE
Voilà, c’est tout!  Merci!

LE CANDIDAT
Excusez-moi, mais…  Ben, tant qu’à avoir payé trente dollars pour passer une audition, et l’avoir coulée, j’aurais quelques question, si ça ne vous dérange pas.

LISE RITCHIE
Vas-y!  Mais prends pas trop de temps, t’es pas le seul qu’on doit passer en audition aujourd’hui.

LE CANDIDAT
Ce n’est pas la première fois que je passe une audition. En fait, depuis novembre dernier, celle-ci est la 5e.

DANNY LEMAIRE
Ça fait pas cinq fois que tu passes devant nous autres?

LE CANDIDAT
Non, les fois d’avant, c’était pour des shows amateurs, pour des émissions de télé ou des shows dans des bars-spectacles.

DANNY LEMAIRE
Ah, ok!

LE CANDIDAT
À chaque fois, quand je récite mon monologue, les juges rient, comme vous l’avez fait deux-trois fois tantôt.  Et à chaque fois, comme vous venez de le faire, ma candidature est quand même rejetée. Des fois, on prend le temps de me dire ce que je ne devrais pas faire. Comme vous, qui venez de me dire que mon sujet n’était pas approprié. Sauf que, est-ce que ce ne serait pas beaucoup plus logique, et surtout plus productif, de me dire quoi faire, au lieu de juste vous contenter de me dire quoi ne pas faire? De me dire quel sujet est approprié, ou lieu de juste me dire que mon sujet de l’est pas?

LISE RITCHIE
C’est parce que, ce que tu nous demandes-là, c’est des choses que l’on enseigne à notre école. Pourquoi est-ce que le monde paierait $5 500.00 pour suivre nos cours si on donne tous les trucs gratuitement à ceux qui viennent passer une audition?

DANNY LEMAIRE
Oui, surtout s’ils la coulent. Tsé, on peut pas apprendre à quelqu’un à être drôle. Il l’est ou il l’est pas, point!

LE PSYCHOLOGUE
Notre école a été créée pour aider ceux qui ont le potentiel pour réussir dans ce métier.  Mais si t’en a pas…

LE CANDIDAT
Justement! Je vous ai fait rire, tantôt, oui ou non? Donc en quelque part, je dois bien avoir du potentiel, non? Et si j’en ai, est-ce que c’est pas stupide de le laisser se gâcher, juste parce que j’ignore un truc ou deux?  Par contre, si vous me dites quoi faire, alors je vais m’écrire un numéro convenable, je vais revenir passer une audition, je vais être accepté à votre école.  Et je vais pouvoir vous le donner, votre $5 500.00.  Comme ça, tout le monde y gagnerait. Vous trouvez pas que ce serait plus logique?

Les trois juges restent silencieux.  Ils se regardent durant quelques secondes.  Après un moment de réflexions où elle regarde tour à tour le candidat et ses deux collègues, Lise Ritchie, finit par leur montrer qu’elle approuve, d’un signe de tête.

LISE RITCHIE
Bon! Qu’est-ce que tu veux savoir?

LE CANDIDAT
Pourquoi est-ce qu’on m’interdit, à moi, de parler d’un sujet que plusieurs humoristes abordent sans problème?

LISE RITCHIE
Précise ta pensée.

LE CANDIDAT
Il y a huit ans, en 1987, avant qu’existe votre école, j’ai passé en entrevue au Club Soda devant Madame Ritchie ici présente, avec un autre monologue au sujet des condoms. Elle m’a dit que le public n’était pas très intéressé par ce sujet, donc qu’il fallait l’éviter.

LISE RITCHIE
En effet!

LE CANDIDAT
Pourtant, à chaque année, je vois toujours au moins un humoriste faire un numéro là-dessus : Claude Meunier, Michel Barrette, Jean-Marc Parent… Même Yvon Deschamps.

LISE RITCHIE
Et c’est pour ça que, huit ans plus tard, tu reviens me présenter un autre monologue qui parle de condoms? Pour venir insinuer que je dis n’importe quoi?

LE CANDIDAT
Euh… Mais non, voyons. C’est juste que, puisque tous les autres humoristes déjà établis en parlent, ça m’a donné l’impression que c’était devenu un sujet acceptable.

LISE RITCHIE
Vraiment!?

LE CANDIDAT
Come on, chus su’l’BS. J’ai pas payé trente dollars l’audition juste pour le fun de venir vous confronter là-dessus. J’essaye juste de comprendre.

LISE RICHIE
Tu l’as dit toi-même : « Humoristes déjà établis ». Quand les gens vont voir un show d’Yvon Deschamps, ils ne vont pas là pour le texte. Ils vont là pour voir Yvon Deschamps, point.

DANNY LEMAIRE
C’est ça! Ils veulent pas le savoir, ils veulent le voir.  Yvon Deschamps, c’est une vedette! Il pourrait passer deux heures à lire sa liste d’épicerie que le monde paierait quand même pour aller à ses shows.  Et justement, il a deux heures à remplir, lui. Il peut se permettre de parler de plusieurs sujets, dont celui-là.

LE PSYCHOLOGUE :
Toi, par contre, personne ne te connait, donc personne n’est intéressé à te voir. Voilà pourquoi, dans ton cas, ce qui est important, c’est de savoir quel public cibler, quels sujets aborder. En arrivant ici tantôt, t’avais pas deux heures à remplir pour un public qui te connais et que t’as déjà conquis. T’avais dix minutes pour te faire valoir à trois personnes qui ne te connaissaient pas. C’était pas le moment de faire un monologue sur ce sujet-là.

LISE RITCHIE
Surtout que toi en plus, ça fait huit ans que tu le sais, que c’est pas un bon sujet pour une audition.

LE PSYCHOLOGUE
Oui, d’ailleurs j’aurais une question.  Deux, en fait.  Parce que ça m’intrigue, cette insistance que tu as à parler des condoms. À qui est-ce que tes numéros s’adressent?

LE CANDIDAT
Mes numéros s’adressent à ceux qui sont intéressés par le genre de sujets dont je parle.

DANNY LEMAIRE
… Ok, wow!

LE PSYCHOLOGUE
En terme de public cible, ça veut dire quoi?  Les retraités? les femmes? Les immigrants?

LE CANDIDAT
Les jeunes.

LE PSYCHOLOGUE
Définis « jeunes ».

LE CANDIDAT
Les adolescents, 14-18 ans.

LE PSYCHOLOGUE
Pourquoi as-tu choisi ce public-là?

LE CANDIDAT
Parce que quand j’étais ado, j’ai toujours déploré le fait que nous étions un public totalement ignoré des humoristes.  Enfin, quand je dis ignorés, c’est relatif.  On nous ignorais, sauf quand c’était le temps de nous insulter.  Je pense, par exemple, à Lise Dion et son monologue dans lequel elle fait passer son chum pour un cave et son fils pour un primate. Et aussi Yvon Deschamps, qui utilise les termes mon tarla ou mon grand cave pour parler de son fils.  Aucun humoriste ne s’adresse aux ados.  Pourtant, les ados s’intéressent beaucoup aux humoristes, et ce beaucoup plus que les adultes. C’était peut-être pas l’cas dans votre temps, mais ça l’est maintenant. Je le sais parce que j’en étais un moi-même y’a pas si longtemps.  C’est un public qui a énormément de potentiel, et je trouve ça bête de ne pas l’exploiter. C’est pour ça que je vous ai présenté un numéro sur les angoisses d’aller se procurer des condoms pour la première fois.  Même les adultes peuvent apprécier, puisque l’on est tous un peu nostalgique de nos expériences de jeunesse.

DANNY LEMAIRE
Ah!  Ça explique tout!  Eh bien bravo! Je constate que tu fais exactement tout ce que tu as à faire. … Si ton but est d’être sûr de ne jamais réussir dans le métier.

LE CANDIDAT
Huh?

LISE RITCHIE
Non, ce n’est pas d’hier que les ados s’intéressent au shows d’humour, tu sauras. Ils ont toujours aimé ça et on l’a toujours su.

LE CANDIDAT
Mais alors, pourquoi négliger un si grand public?

DANNY LEMAIRE
Dans la vie, on est ado de 12 à 18 ans.  Sept ans seulement. Avec une population qui meurt en moyenne vers l’âge de 78, ça fait qu’on est adulte pendant cinquante ans. Cinquante divisé par sept, ça donne quelque chose comme sept point un.  Ça veut dire que dans la population, il y a sept fois plus d’adultes que d’ados. Alors même si le pourcentage des ados qui aiment l’humour est plus grand que le pourcentage des adultes, ça ne change rien au fait que dans les chiffres réels, il y a trois ou quatre fois plus de fans chez les adultes que chez les ados.

LISE RITCHIE
Ensuite, c’est qui, d’après toi, ceux qui payent des billets pour aller à un show d’humour? Les ados qui n’ont jamais d’argent?  Ou les adultes qui ont un revenu?

DANNY LEMAIRE
Un petit public sans le sou qui se contente de regarder les shows gratis à la télé, c’est ça que t’appelles « un potentiel à exploiter »?

LE CANDIDAT
Euh…

LISE RITCHIE
Désolé mais c’est pas avec eux autres qu’on va générer des profits. L’humour au Québec, c’est sérieux.  C’est une business de près d’un milliard de dollars. Y’a une raison pour ça! On sait à quel public s’adresser, et on sait ce qui l’intéresse.

DANNY LEMAIRE
R’garde, m’as te proposer un truc: Tu dois te dire que c’est facile pour nous autres de sortir des chiffres que tu ne peux pas vérifier. Alors oublie ce que Lise vient de te dire et regardons ensemble la chose sous un autre angle : Admettons, un instant que nous n’y connaissons rien. Admettons que c’est toi qui a raison, et que oui, les ados sont un public rentable. Et admettons que tu fais une carrière à être leurs voix…

LE CANDIDAT
Oui?

DANNY LEMAIRE
Ton public de 14-18, tu vas l’avoir pendant cinq ans.  Tandis que l’humoriste qui  s’adresse aux adultes, son public va le suivre fidèlement pendant cinquante ans.

LE CANDIDAT
Qu’est-ce que ça change, que les ados vieillissent et deviennent adultes? Les enfants aussi vieillissent, et ils deviennent des ados.  Comme ça, ils prennent la place de la portion du public que je perds.  J’veux dire, à la TV, l’émission Passe-Partout existe depuis 1977, et ça a toujours été une émission pour enfants.  Ils sont pas devenus une émission pour ado puis pour adultes à mesure que leur public vieillissait.

LE PSYCHOLOGUE
Ton argument a une logique fallacieuse. Tu n’es pas une émission de télé subventionnée par le ministère de l’éducation du Québec.  Tu es un aspirant humoriste.

LISE RITCHIE
L’affaire, c’est qu’il n’y a pas que le public qui vieillit. T’as quel âge en ce moment?

LE CANDIDAT
26 ans, 27 dans deux semaines!

DANNY LEMAIRE
27…  Ça prend en moyenne trois ou quatre ans à un humoriste talentueux pour se faire remarquer du grand public. À ce moment-là, tu vas être rendu dans la trentaine. Penses-tu vraiment que les ados vont encore se reconnaître en toi?

LE CANDIDAT
Euh…

LE PSYCHOLOGUE
Petite questions comme ça…  Tu disais tantôt que c’était ta  5e entrevue depuis novembre… C’était où et quand, la dernière?

LE CANDIDAT
En avril dernier, au Café Noir, dans le cadre des MardHilarants.

LE PSYCHOLOGUE
Est-ce que c’était le même monologue?

LE CANDIDAT
Non, c’était au sujet des choses que l’on remarque quand on va faire l’épicerie.

LE PSYCHOLOGUE
Rien sur les condoms?

LE CANDIDAT
Non!

LE PSYCHOLOGUE
Et c’était un monologue juste pour les ados?

LE CANDIDAT
Non, c’était grand public.

LE PSYCHOLOGUE
Sans me le réciter, donne-moi donc une idée des sujets que tu y abordais.

LE CANDIDAT
Ben…  Le fait que quand on prends un panier d’épicerie, on pogne toujours celui avec la roue qui tourne mal. La vieille mémère devant toi à la caisse qui insiste pour payer $97.00 d’épicerie avec sa petite monnaie.  La caissière qui pose des questions niaiseuses comme « C’tu pour emporter? »  Les nouveaux sacs d’épicerie plus minces qui pètent dès qu’on met deux boites de conserves dedans.

LE PSYCHOLOGUE
Et ils ne t’ont pas pris?

LE CANDIDAT
Non!

LE PSYCHOLOGUE
Est-ce qu’ils t’ont dit pourquoi?

LE CANDIDAT
Non, il ne m’ont juste pas rappelé.

LISE RITCHIE
Si, à tes autres auditions, tu leurs a servis un monologue grand-public, non-sexuel, sans parler de condoms, et qu’ils ne t’ont quand même pas pris, je pense que ça démontre que ton problème, ça ne se limite pas aux sujet de ton monologue.  Tantôt quand tu nous nous le récitais, on a pu voir que tes problèmes se situaient sur trois niveaux.  Le premier niveau, c’est dans ta présence. T’as pas l’air à l’aise sur scène. Tu es nerveux, tu ne sais pas si tu dois bouger ou rester planté là.  T’as vraiment pas l’air d’être à ta place.  Le second problème est au niveau de ta voix. Tu as un ton de voix qui est bas, monotone.

LE PSYCHOLOGUE
Mais attention; quand on dit « Monotone », c’est dans le sens anglais, mono tone : un seul ton.

LE CANDIDAT
Ah! Je vois!

DANNY LEMAIRE
Est-ce que tu es immigrant, ou est-ce que tes parents le sont?

LE CANDIDAT
Hein? Ben non!

DANNY LEMAIRE
Ok, c’est parce que des fois, on dirait que tu as un accent. T’as pas l’air naturel quand tu parles. Et pas juste quand tu récites ton monologue.  Quand on te pose une question, tes réponses ont l’air d’être des textes récités.  Ou tiens, ton « Ah! Je vois! », que tu viens de me répondre. N’importe qui d’autre aurait juste dit « Ok! » … Toi, je sais pas…  On dirait que tu cherches à faire littéraire

LISE RITCHIE
C’est vrai!  Tu parles comme un livre.

LE PSYCHOLOGUE
Autrement dit, ça parait que dans ta vie, t’as passé plus de temps seul avec des livres qu’avec les autres à faire du social.  Et ça, ça veut dire que tu cherches à devenir humoriste par compensation, parce que tu cherches à avoir l’attention que t’as pas eu plus jeune, et non parce que t’es fait pour ce métier.  La preuve, c’est justement le malaise que tu as à être sur scène. 

LISE RITCHIE
Et le 3e problème, c’est au niveau du contenu de ton texte. Tout ce que ton monologue colporte, ce sont des sentiments négatifs.  Je veux bien croire que, comme tu disais, les gens sont portés à être nostalgiques de leur jeunesse. Sauf que j’ai jamais vu quelqu’un être nostalgique des moments comme ceux que tu décris dans ton monologue.  Sortir avec une blonde qui a des intentions pas claire.  Se faire menacer par un gardien de sécurité.  Accidenter son vélo à en faire une perte totale.  Abimer le char de son beau-père.

DANNY LEMAIRE
Et surtout, tu décris avec tellement de détails l’épreuve angoissante d’aller acheter des condoms pour la première fois. Y’a personne qui aime se rappeler de ça. À la limite, tout ce que ce bout-là de ton monologue apporte, c’est un sentiment de malaise.

LE PSYCHOLOGUE
D’ailleurs, si Lise le permet, moi je vois un 4e problème, celui-là au niveau de ton attitude et de ta personnalité. Non seulement tu te montres négatif dans ton texte, tu as un côté manipulateur et passif-agressif en personne.

LE CANDIDAT
Hein?  Moi, ça?  Voyons donc!

LE PSYCHOLOGUE
D’abord, tu veux qu’on te dise quoi faire, en nous demandant « Vous ne trouvez pas que ce serait plus logique et plus productif? »  En nous posant cette question-là, tu nous laisses deux choix : Ou bien on est d’accord avec toi, ou bien on est illogiques et improductifs.

DANNY LEMAIRE
Exactement! Ou bien on te donne ce que tu veux, même si on t’a dit pourquoi ça nous posait un problème. Ou bien on est des caves incompétents.

LE CANDIDAT
Mais… Mais je faisais juste démontrer la logique de mon argument.

LE PSYCHOLOGUE
Non! Si tu avais dit « Je pense que ce serait plus logique et plus productif», tu nous aurais donné un argument en nous laissant libre d’y réfléchir, puis d’être d’accord ou non. Mais en nous demandant « Vous ne pensez pas que ce serait plus logique et plus productif? », tu nous force à être d’accord tout de suite sans nous laisser le temps de réfléchir.

LISE RITCHIE
C’est de la manipulation, ça!

LE PSYCHOLOGUE
Enfin, tu prétends que tu veux qu’on te dise la marche à suivre pour faire un numéro convenable. Pourtant, c’est quoi la toute première question que tu nous as posée? Est-ce que c’était « Qu’est-ce que je peux faire pour écrire un numéro convenable? » Non, c’était : « Pourquoi est-ce que vous prétendez que mon numéro n’est pas convenable? » Ce n’est pas l’attitude de quelqu’un qui veut s’améliorer. C’est plutôt celle de quelqu’un qui se croit déjà parfait, et qui a du mal à endurer que les autres ne pensent pas la même chose à son sujet.  Tu n’es pas un humoriste. Tu es juste quelqu’un rempli de frustrations contre la société, et qui cherche rien qu’à lui jeter des blâmes. Tu déguises ça en humour, mais ce n’est pas de l’humour, c’est juste de la moquerie. Du sarcasme. Ton but c’est juste de démolir les autres avec l’approbation et l’appui du public. Tu ne veux pas faire rire ton auditoire. Tu veux qu’il t’appuie, qu’il te dise « Ouais, t’as raison, le monde que tu dénonces, c’est rien que des caves pis des incompétents. » Bref, tu prends ta revanche.

DANNY LEMAIRE
À la limite, ça pourrait passer. Il y en a qui sont capables de faire ça avec adresse. Mais toi…  Prends juste ta réponse passive-agressive de tantôt, quand on t’a demandé à qui s’adressaient tes monologues: « Mes numéros s’adressent à ceux qui sont intéressés par le genre de sujets dont je parle. »  Belle façon de sous-entendre que tu trouves qu’on pose des questions niaiseuses.

LE PSYCHOLOGUE
Exactement! En passant devant nous-autres, tu le sais, que ton avenir en tant qu’humoriste dépend de l’impression que l’on va avoir de toi.  Mais malgré ça, ton désir de confrontation est tellement grand qu’au lieu de t’arranger pour mettre ton public de ton bord, tu le prends pour cible. Prends juste tantôt : Au lieu de dire à Lise que tu as passé devant elle avec un autre monologue sur les condoms il y a huit ans, tu t’es adressé à Danny et moi en disant « J’ai passé en entrevue au Club Soda devant Madame Richie ici présente. »  Tu essayais de nous prendre à témoin contre elle. 

DANNY LEMAIRE
C’est vrai que ça sonnait comme: « La madame a’ m’a dit y’a huit ans que ça s’faisait pas, de parler de condoms, mais des vrais grands professionnels de l’humour le font, fa que n’est-ce pas, messieurs, qu’elle ne connait rien au métier? »

LISE RITCHIE
« Pour qui qu’à s’prend, elle, d’occuper le poste de directrice d’une école d’humour quand à’ sait même pas ce qui se fait en humour!? »

LE CANDIDAT
Mais je… Ça… Jamais je n’ai…

LE PSYCHOLOGUE
Tu aurais pu nous présenter un numéro sur mille autres sujets. Tu l’as dit toi-même: À ton audition au Café Noir, tu avais un sujet grand public.  Mais quand tu as su qu’ici, tu allais repasser devant celle qui t’a refusé un monologue sur les condoms il y a huit ans, quel sujet est-ce que tu as choisi de lui présenter?  Le seul que tu savais, par expérience, qui n’allait pas lui plaire.

DANNY LEMAIRE
C’était le seul sujet qui te donnait l’opportunité de pouvoir prendre ta revanche, en lui donnant une leçon, comme quoi c’était toi et non elle qui avait raison ces huit dernières années.

LISE RITCHIE
Voilà!

LE CANDIDAT
Mais voyons, je… Mes intentions n’étaient pas de… Bon, écoutez… Je comprends bien ce que vous me dites, et je comprends pourquoi ça peut avoir l’air de ça.  Mais c’est un hasard.  C’est pas quelque chose que j’ai fait délibérément.

LE PSYCHOLOGUE
Il est tout à fait possible que tu ne te rendes pas compte que tu agis ainsi. Sauf que, tu agis ainsi quand même.  ça veut dire que ça se passe dans ton subconscient. Donc, que ça fait partie de ta personnalité.  Et si c’est ça, ta personnalité naturelle, alors tu perds ton temps à passer des auditions en humour.

DANNY LEMAIRE
Que ce soit acheter des condoms ou faire l’épicerie, tu mets le focus sur tout ce qui peut y avoir de négatif là-dedans.  J’ai l’impression que si on te demandais d’écrire un monologue sur le Jardin Botanique de Montréal, au lieu de trouver un angle comique sur les couleurs des fleurs, leurs formes ou leur noms, tu parlerais de l’odeur du fumier.  C’est pas de l’humour, ça! C’est du chialage. Le public va voir des shows d’humour pour oublier leur tracas quotidien.  Pas pour se faire rappeler avec insistance que chaque facette de la vie possède un côté merdique. 

LE PSYCHOLOGUE
Ce que tu es, ce n’est pas un humoriste. C’est un revanchard.  Ça fait dix ans que t’es pu un ado que t’es encore obsédé par l’idée de dénoncer le fait que deux humoristes se sont déjà moqués des jeunes.  Ça fait huit ans que Lise a osé te dire que tu faisais erreur en parlant de condoms, que t’es encore obsédé par l’idée de lui prouver qu’elle a tort. Alors quand tu dis « Pensez-vous que j’irais payer trente dollars pour vous confronter alors que je suis sur le BS? », eh bien…

LISE RITCHIE
Oui!

DANNY LEMAIRE
Oui!

LE PSYCHOLOGUE
Oui!  Définitivement!  Tout, dans ton attitude, le démontre. 

LISE RITCHIE
Non mais sérieusement, là… Est-ce qu’un gars qui aurait vraiment ce qu’il faut pour devenir humoriste passerait huit ans à couler ses auditions, peu importe devant qui il se présente, et peu importe le sujet de son monologue? 

LE PSYCHOLOGUE
Et ça, tu le sais très bien au fond.  C’est probablement pour ça que, inconsciemment, tu es porté à choisir les ados comme public, même si plus le temps passe et moins c’est logique pour toi de le faire.  Puisque aucun autre humoriste ne va s’adresser à eux, tu le sais bien que tu n’aurais pas de compétition.  Mais voilà, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

LISE RITCHIE
Autrement dit, tu deviendrais leur idole non pas par mérite, mais bien par facilité.  

DANNY LEMAIRE
Par monopole.  Parce qu’ils n’auraient aucun autre choix.

LE PSYCHOLOGUE
Et c’est ça qui te rassure.  Mais voilà, puisque nous autres, les gros méchants qui contrôlent la business de l’humour, on ne veut pas te permettre de t’adresser à un public qui représente un cul-de-sac financier, tu te mets en position de jouer au Messie: Tu es venu ici pour sauver les ados.  On ne te le permet pas.  On te crucifie.  Et on va même le faire, non pas en payant trente deniers, mais en te les chargeant alors que tu ne travaille même pas.  Ça te donne le statut de martyr.  Ça te rend noble. 

LISE RITCHIE
Mais surtout, ça te permet de nous blâmer pour tes huit ans d’échecs.  Ça te permet de te faire accroire que si tu n’as pas encore percé dans le milieu, c’est à cause qu’on a mauvaise foi.  Et par conséquent, ça te permet de pouvoir te nier à toi-même le fait que tu n’as pas ce qu’il faut pour devenir un humoriste.  Et que, franchement, tu ne l’as jamais eu.

Pendant quelques secondes, tout le monde est silencieux.  Puis, la mine basse, le candidat soupire.  Il tourne doucement les talons et se dirige vers la porte de sortie.  Il s’arrête en entendant les juges s’adresser à lui.

LISE RITCHIE
Excuse notre franchise. Mais comme comme tu l’as dit si bien, tu as payé trente dollars pour avoir des réponses. Et bien voilà!  J’espère que t’en as eu pour ton argent.

LE PSYCHOLOGUE
Écoute… Rentre chez toi, fais le ménage dans ta vie, règle tes problèmes.  Après ça, tu verras si tu as vraiment le goût de la scène et de l’humour.

LISE RITCHIE
Si c’est oui, écris un autre monologue et reviens nous voir aux prochaines auditions dans un an.

DANNY LEMAIRE
Sinon, si c’était vraiment rien qu’une façon pour toi de tenter de prendre ta revanche sur les injustices que tu as vécues, ou que ton ego te fais croire que tu as vécues…

LE PSYCHOLOGUE
Ou si c’est juste une tentative pour devenir riche et célèbre et adulé sans y mettre d’efforts et sans l’avoir mérité…

DANNY LEMAIRE
Alors cesse de perdre ton argent.  Et cesse de nous faire perdre notre temps.

Le candidat reste silencieux.  Puis, il hoche la tête, semblant démontrer qu’il a compris.  Puis il quitte la pièce.

LISE RITCHIE
Suivant!

Lumière fade-out.

RIDEAU!

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Et voilà comment une simple audition à trente dollars a su m’en apprendre plus sur moi-même que n’aurait pu le faire une série de rencontres thérapeutiques.  Ne serait-ce que pour la simple et bonne raison que pour aller suivre une thérapie, il aurait d’abord fallu que je sache que j’avais un problème de personnalité et de comportement.  Et avant cette rencontre, je l’ignorais.  Bref, cette expérience est l’une des nombreuses raisons pourquoi je considère que 1995 fut l’année de ma seconde naissance.  Ce qui me donnerait vingt ans d’âge cette année, chose qui n’est pas pour me déplaire.

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Post Scrotum: Non pas que ça ait une importance dans l’histoire que vous venez de lire, mais si vous êtes curieux, voici mon monologue au sujet des condoms, ou du moins une version réécrite en récit.

Christine, 7e partie: La résignation.

Le vent frais du matin me caresse le visage et agite mes cheveux.  Comme cinq fois semaine, c’est sous le soleil levant que je parcours la distance qui sépare le Dunkin Donuts du condo de ma belle-mère.  D’habitude, j’apprécie ce moment entre la fin de mon quart de travail et mon retour à la maison, ne serait-ce que parce l’air sent encore bon en ces heures pré-circulation automobile.  Mais ce matin, je suis morose.  Christine et moi ne nous sommes pas adressés la parole de la nuit. Dire que tout allait si bien entre nous, avant qu’elle décide de me faire cette offre.  Une offre qui n’a jamais vu le jour.  Mais bon, c’est loin d’être la première fois que je suis victime de promesses non-tenues.

« Mon père qui me promet des cours de conduite et me fait attendre pendant deux ans, pour ensuite revenir sur sa parole.  Julie qui sort avec moi pendant deux ans et demi sans que ça vire sexuel.  La boutique Shoe-Claques qui me fait déménager de Saint-Hilaire à Montréal en me promettant un poste qu’ils n’avaient même pas.  Normand, le boss du Laboratoire Prothèses Nobel, qui m’engage en me disant qu’il va m’entrainer pour devenir patron à sa place, qui me renvoie après trois semaines. Wow! qui était en train de faire de moi un journaliste, qui ferme pour une raison complètement absurde. Nathalie qui dit qu’elle sera à moi jusqu’à la fin de l’été mais qui me laisse tomber une semaine plus tard, le jour de mon anniversaire. Dany, BD Pubs et mes dessins qui disparaissent dans la brume.  Les deux seules BD de mon projet d’album de Sonic Steve qui se font perdre.  Les Films Chouinard qui ferment au moment où ils devaient me rendre riche et célèbre. Enfin, Christine, qui m’offre une relation amitié + sexe, dans lequel l’amitié s’est terminée avant même que le sexe ait commencé. Et pourquoi?  Parce que la vieille Christ qui m’a offert la chambre de son appartement a changé d’idée et m’a empêché de l’avoir.  Ouais!  Depuis les sept dernières années, soit depuis que j’ai seize ans, ma vie n’a jamais été rien d’autre que ça: Une longue série de promesses non-respectées.  Chus un gars patient, mais là je commence à en avoir plein le cul en tabarnak de ces situations-là. »

Lorsque je parle de promesse non-tenue par Christine, je ne me limite pas que sur le plan sexuel.  C’est juste que, de la façon dont notre relation évoluait, il me semble que j’étais en droit de m’attendre à vivre certaines choses avec elle à partir du moment où nous sommes devenus amants. Comme être complices, aller au cinéma, assister à des spectacles, sortir dans les bars…  Bref, avoir une relation intéressante et excitante.  À date, notre seule sortie, si on ne compte pas notre visite fiasco-esque au motel hier, c’est la fois de mon changement de look.  Deux heures dans lesquelles j’ai eu à dépenser le deux-tiers de ma paye tout en devant subir des remarques rabaissantes quasiment non-stop, avant, pendant et après mes achats.

« Est-ce que c’est si difficile que ça pour les filles, de rester respectueuses avec un gars, à partir du moment où elles ont une relation plus qu’amicale avec lui?  Ou bien est-ce qu’elles considèrent toutes que c’est normal de le traiter comme de la merde dès qu’elles lui mettent le grappin dessus en lui promettant leur entrecuisse?  Parce qu’à date, c’est pas mal ça que j’ai subi de toutes mes blondes. »

Bon, j’exagère.  Marie-France n’est pas comme ça et ne l’a jamais été.  Le problème, c’est que vivre une relation avec elle, c’est aussi excitant que de regarder du gazon pousser.
Quant au sexe avec elle, c’est assez moyen.  De plus, on n’a tellement rien en commun que parfois je me demande ce que je fais avec elle.  Je ne me pose jamais la question bien longtemps.

« Tu le sais bien ce que tu fais avec elle, allez!  Tu es en couple avec elle parce que tu ne trouveras jamais mieux. C’est une bonne fille, avec une tête sur les épaules, promise à un avenir brillant et prospère.  Elle est gentille, compréhensive, respectueuse, et en plus elle est très jolie. Alors trouver mieux?  Fuck, ce serait déjà un miracle que t’arrives à retrouver aussi bien pour commencer. »

Je passe en revue tout ce qui ne va pas dans ma vie jusqu’à maintenant.  Et le bilan est loin d’être joyeux.

« L’échec d’avoir une vie de couple excitante avec une fille intéressante, les promesses non-tenues qui m’ont privées de ce que l’on me devait, les boulots bien payés d’où on m’a expulsé, mes carrières artistiques avec Wow!, Sonic Steve et Les Films Chouinard qui furent tuées dans l’oeuf à cause de hasards hors de mon contrôle…  Je suppose qu’on va me dire « Au lieu de perdre ton temps sur des projets extraordinaires, tiens-toi-z-en à des choses qui sont à ta portée. »  Mais même quand je fais quelque chose d’aussi simple et banal que de sauver mes payes, le destin vient me chier dessus en me cassant une dent, ce qui a mangé tout l’argent que je m’étais accumulé pendant les trois premiers mois où j’ai travaillé au Dunkin. Et d’habitude, quand un gars se fait casser une dent d’en avant, c’est à cause d’une bagarre, d’un accident de sport, d’auto, de moto, de vélo.  Mais juste parce que c’est moi, je me casse une dent comment?  En buvant un Sprite!  JE PERDS CONNAISSANCE PARCE QUE J’AI BU UN SPRITE, CALICE!  Ce qui fait que quand on me demande comment j’ai perdu ma dent et que je le dis, on ne me croit pas.  On pense que je niaise, que je mens, que je suis con.  Au lieu de sympathies, je m’attire les sarcasmes, les railleries.  Et quand on me croit, on prend ses distances avec moi.  Normal: Personne ne veut prendre le risque de garder près de lui un loser pareil.  Ou, comme on m’a déjà dit: « Si tu te casses une dent rien qu’à boire un Sprite, y’arrive quoi quand tu manges une sandwich? Tes cheveux prennent feu? »  

Je dois me rendre à l’évidence: Je suis né loser et je vais rester loser.  Toute tentative pour essayer d’améliorer mon sort, tous les efforts que je ferai dans le but d’y remédier, ne fera jamais rien d’autre que de rendre ma situation encore plus pénible.  Je dois me résigner au fait que ma vie professionnelle et monétaire ne sera jamais plus qu’une petite job minable au salaire minimum dont l’argent va s’évaporer, et ce que je le dépense moi-même ou non Et je dois également me résigner à devoir passer ma vie en couple avec une fille ennuyante, avec qui je serai coincé à vie lorsque je lui ferai 2,3 enfants.

« De la façon dont ma vie se déroule, je suppose que je devrais être reconnaissant d’avoir une job et une blonde pour commencer. »

Déprimé comme je ne crois pas l’avoir déjà été jusque là, je grimpe les cinq marches qui mènent à la porte avant.  Je sors ma clé, ouvre la porte et entre.

« Bonjour mon chéri! »

Ah, tiens?  D’habitude, Marie-France dort à cette heure-là.  Vêtue de son peignoir, elle s’approche et m’embrasse. Je dis:

« Tu es matinale aujourd’hui. »
« J’ai fait des rêves, hum… disons un peu spéciaux, ce matin.  Ça a contribué à me réveiller et à m’éveiller, si tu vois ce que je veux dire. »

Je comprends parfaitement.  Hélas, avec la tempête émotionnelle que je vis présentement, je n’ai pas vraiment la tête à ça.  Je me distance de ses câlins et avance vers l’escalier qui mène aux chambres à l’étage, là où dorment encore sa mère et son frère.

« Chuis désolé, Marie-France, mais je suis vraiment très fatigué en ce moment. »

Elle est déçue, mais surtout surprise.  Il y a de quoi.  Depuis qu’elle me connait, j’ai toujours eu une libido beaucoup plus forte que la sienne.  Si j’en crois ma propre mémoire, c’est bien la première fois que je refuse du sexe.

« Ben là!  Pour une fois que c’est moi qui en a envie. »

Je me suis peut-être résigné à passer ma vie avec elle, ça ne me plait pas pour autant.  Aussi, ma mauvaise humeur prend sa phrase comme une attaque personnelle qui m’insulte et me révolte. Je m’arrête, je me retourne vers elle, et je lui dis:

« Comment ça s’fait que quand une fille dit non, c’est normal et il faut respecter son refus sans protester…  Mais que quand c’est un gars qui dit non, c’est anormal et ça dérange? Hm? »

Sur ce, je monte les escaliers sans un regard vers Marie-France qui, sous le choc de ma cinglante réplique, garde le silence.  Je suppose que mes paroles démontrent que je suis plus frustré que je le croyais du comportement de Christine au motel la veille.  Je n’aurais pas dû lui répondre ça, et encore moins sur ce ton.  Mais tant pis!  Premièrement, il y a le fait qu’en principe, j’ai raison.  Et ensuite, je suis bien désolé mais j’ai juste envie d’aller me coucher, histoire que cette journée de merde finisse au plus sacrant.

Je me déshabille promptement et je me couche.  Quand je pense à Christine… Quelle amante elle fut. On ne s’est jamais touchés. On ne s’est même jamais embrassés. C’était vraiment n’importe quoi.  Avant de fermer les yeux, j’ai cette dernière pensée:

« Je dois bien être le seul gars au monde qui a réussi le tour de force d’avoir une amante pendant trois semaines, tout en restant fidèle à ma blonde. »

FIN

Christine, 6e partie: In rosam veritas

Au Dunkin où je travaille, une journée de vingt-quatre heures est divisée en trois quart de travail de huit heures pour les pâtissiers, et de quatre quarts de six heures pour les caissières.  Aussi, durant les deux premières heures de mon shift, c’est avec une certaine appréhension que je vois minuit arriver, ce qui est l’heure à laquelle Christine commence à travailler.  Avec ce que l’on a vécu au motel douze heures plus tôt, il faut s’attendre à ce que les choses soient, disons, gênantes entre nous.

« Remarque, ça doit être cent fois pire pour elle.  Car après tout, elle aurait beau faire semblant, elle ne peut pas nier que c’est elle et non moi qui suis dans le tort dans cette histoire-là.  Avec elle, j’ai toujours eu un comportement irréprochable, elle ne peut pas dire le contraire. »

C’est à ce moment que Christine fait son entrée dans la cuisine.  Elle est toute souriante et a à la main une rose blanche à laquelle est attachée une carte avec un petit ruban rouge.  En me voyant, elle dit:

« Bonjour, Monsieur. »

Je suis surpris et ravi de son attitude.  Je lui répond:

« Bonjour à toi aussi, et pour une fois ce n’est pas sarcastique. »
« Tiens, c’est pour toi, en toute sincérité. »

Elle me tend la rose tout en souriant.  Voilà un geste auquel je ne m’attendais pas.  Ça m’a tout l’air qu’elle cherche à se faire pardonner pour son comportement de ce matin.  J’apprécie!  Mais encore quelque peu frustré de son attitude au motel, j’aimerais quand même l’entendre de sa bouche.  Un caprice comme ça.

« Wow!  Une rose blanche, symbole de pureté.  Merci!  En c’est quel honneur, cette rose? »
« Lis la carte! »

Soit!  Elle y a mis du temps et de l’effort, jouons son jeu selon ses règles.  J’ouvre la carte. Je lis.

« En l’honneur de la plus belle menterie que l’on m’ait fait gober de toute ma vie.  Sincèrement! Christine. »

La face me tombe.  Je la redresse légèrement en regardant le visage souriant de Christine, sans être sûr de comprendre.  Elle dit:

« Durant l’après-midi, j’ai voulu t’appeler chez vous.  Sauf que tu m’as jamais donné ton numéro de téléphone.  Fa que j’ai appelé ici pour que Stéphane me le donne.  Il ne savait même pas que t’avais déménagé, mais il m’a donné le numéro de chez Marie-France.  Je l’ai appelé pour lui demander ton nouveau numéro. »

Oh shit!

« C’est un jeune gars qui m’a répondu qu’il ne comprenait pas ce que je voulais dire, parce que non seulement t’avais jamais déménagé, il m’a dit que t’étais là et que tu dormais. »

Oh shit!

« Alors, félicitations!  Tu m’as vraiment eue sur toute la ligne, avec ton histoire de p’tite madame brigadière.  T’es vraiment un maître dans l’art de savoir quoi dire pour rendre crédible les menteries les plus grossières. Moi qui suis la plus méfiante des filles, chus tombée dans le panneau à 100%.  Ça mérite mon plus sincère Bravo! »

Sur ce, elle me salue bien bas avec une courbette.  Puis, elle tourne les talons et part s’enfermer aux toilettes pour enfiler son uniforme de travail.  Dès que j’entends la poignée se verrouiller, je ne peux m’empêcher de murmurer:

« Bon eh bien voilà!  Si j’avais encore un doute sur la fin de notre statut d’amants, ceci vient de me les enlever pour de bon.  Maintenant, Christine sait que je sors encore avec Marie-France et que je n’ai jamais… »

Attend une minute!  Christine ne m’a jamais dit qu’elle savait que j’étais encore AVEC elle.  Elle a seulement dit qu’elle savait que j’étais encore CHEZ elle. Et à voir comment Christine réagit, si elle avait su que j’étais toujours en couple avec Marie-France, elle m’aurait certainement apostrophé sur le sujet. Voilà qui fait toute la différence.  Parce que s’il me serait impossible de justifier ma tentative de bigamie, je peux néanmoins me défendre de m’être abstenu de déménager.  Je retourne travailler à mes beignes tandis que mon cerveau travaille à toute vitesse à une défense contre l’attaque que Christine ne manquera certainement pas de me lancer à son retour.

Comme de fait, trois minutes plus tard, voilà une Christine dans son uniforme et son tablier à motifs d’arbres à beignes qui vient me rejoindre.  Penché comme je le suis à ma table de travail, je lui tourne le dos.  Elle s’approche de moi. Toujours aussi ironique et sarcastique, elle revient à la charge.

« Quand je pense à ton « J’aimerais ça que tu viennes visiter l’appartement avec moi! » pour endormir mes soupçons…  Méchant beau coup de bluff, ça!  Sinon, est-ce que t’as d’autres belles menteries de ce genre-là à me raconter? »
« Certainement! »
« Comme quoi, par exemple? »
« Vite de même, je dirais… « Oh, Steve, je manque tellement de sexe en ce moment, est-ce que tu voudrais être mon amant? »

Je me retourne lentement vers elle, en précisant:

« Oups, non, s’cuse!  Elle n’était pas de moi, celle-là! »
« Pense pas que tu peux détourner la conversation en… »
« Tout ce que je veux, c’est un gars avec qui avoir une relation d’amitié, avec du sexe à l’occasion. »… Ah non, s’cuse, celle-là aussi venait de toi. »
« Bon, t’as-tu fini, là? »
« Tu veux baiser? On va baiser … Tu peux me pénétrer! … MERCI POUR LA BAISE! »  Veux-tu que j’en cite d’autres, des menteries qui se sont dites entre nous deux depuis le tout premier jour? Ou bien est-ce que je peux m’arrêter là? »

Christine pousse un soupir, détournant légèrement la tête et le regard.  Je poursuis:

« Ouais! T’as raison! J’ai menti!  Mais moi, au moins, ma menterie, c’était pas dans le but de te niaiser en te faisant faussement accroire pendant trois semaines que j’avais envie de toi.  C’était pour me protéger. »
« Te protéger? »
« Y’a deux semaines, tu m’as fait dépenser deux-cent piasses de linge.  Je pensais que tu serais satisfaite.  Ben non, après ça tu disais que j’avais l’air d’un poseur.  Et tout de suite après ça, tu exiges que je parte en appartement, sous des promesses vides de relations sexuelles.  Heille, j’ai un salaire de Dunkin, moi.  Chus pas riche.  T’es bien placée pour le savoir, ce qu’on gagne.  Si t’étais même pas satisfaite après que j’ai dépensé pour toi deux cent piasses de linge, je ne voyais pas en quoi me ruiner à payer un appartement, l’électricité et le téléphone, ça allait améliorer les choses.  Et aujourd’hui, deux semaines après mon supposé déménagement, on n’a pas plus de sexe qu’avant que tu me demande d’être ton amant.  Alors, est-ce que j’ai eu raison, oui ou non, de penser que ce serait une dépense inutile, l’appartement, hm? »

Christine ne dit rien.  Je continue.

« Demander!  Exiger!  Depuis qu’on est supposément amant, c’est tout ce que tu sais faire: « Coupe-toi les cheveux!  Change de linge! Achète un sac à dos!  Ne le porte pas à ton dos! Écoute de la musique punk! Porte des bottes! Va friper ton linge! Va maganer tes bottes!  Déménage!  Paye ci! Paye ça! »  Pis moi là-dedans, depuis qu’on se connait, est-ce que je t’ai déjà demandé quoi que ce soit?  Est-ce que j’ai déjà eu la moindre exigence envers toi? Hm?  Au contraire, je n’en ai eu aucune.  Zéro!  Heille, je ne t’ai même pas demandé le sexe que tu me promets depuis trois semaines.  La preuve, c’est que c’est toi-même, hier, qui a amené le sujet, en me demandant si j’étais frustré de ne pas t’avoir baisé.  Si t’as été obligé de me poser la question pour le savoir, c’est bien la preuve que je ne t’ai jamais rien demandé, non? »

Son regard revient vers moi.  Je peux voir comme un air de regret sur son visage.  Calmement, elle me répond:

« Ben là, c’est parce que tout le monde sait qu’un gars ça frustre quand ça n’a pas son nanane… »
« JUSTEMENT!  T’avais la chance de fréquenter un gars qu’y’é pas d’même! Moi je prends ça avec calme, tout en étant patient et compréhensif.  ‘Me semble que tu devrais être reconnaissante que j’sois pas l’genre de gars à te mettre de la pression pour fourrer.  Mais non, tu fais quoi, toi, à la place?  Tu CHERCHES à me frustrer.  Tu M’ACCUSES d’être frustré.  Autrement dit, tu VEUX que je sois frustré.  Ben tu sais quoi?  T’as réussi!  Je SUIS frustré.  Pas à cause que j’ai jamais couché avec toi.  Mais bien parce que, peu importe ce que je te dis pour te rassurer comme quoi je suis tolérant et compréhensif, tu me crie FRUSTRE PAS, ESTIE!  Tu mets tellement d’efforts à décider toi-même de ce que je devrais être, que t’en a rien à chier de ce que je suis vraiment. »

Je me retourne vers ma table de travail en concluant:

« Je ne connais rien de tes relations avec les gars que tu as connu avant moi, mais de la façon dont tu te comportes en matière d’intimité, ça n’a pas dû être rose.  Sauf que t’as beau essayer de faire comme si j’étais comme eux-autres, je ne suis pas eux et je ne le serai jamais.  Je suis MOI!  Et MOI, je n’ai pas d’affaire à payer pour ce que EUX t’ont fait subir. »

À peine ais-je terminé ma harangue qu’une des filles à la caisse entre dans la cuisine et rappelle Christine à l’ordre.

« Christine? Tu viens-tu? »
« J’arrive! »

Et elle part à l’avant, rejoindre les autres caissières.  Aussi bien.  Je ne vois pas ce que l’on aurait pu se dire de plus après ça.  Pendant un instant, je regrette de l’avoir humilié ainsi, en lui remettant ses travers en pleine face.  Puis, je regarde la rose et la carte qui trainent sur ma table de travail.  Une rose et une carte achetées dans le but de m’humilier en me remettant mes travers en pleine face.  Ceci dissout instantanément tout sentiment de regret que j’ai pu avoir.

« Fuck it! Elle l’a bien cherché! »

Il n’y a rien comme trouver une bonne raison de remettre quelqu’un à sa place pour oublier nos propres travers.

À SUIVRE

Christine, 5e partie: Motel California (Légèrement NSFW)

Lundi 1er juillet 1991.  Voilà trois semaines aujourd’hui que j’ai accepté l’offre de Christine d’être son amant.   Comme je m’en suis douté en lui faisant faussement accroire que j’avais déménagé chez une retraitée il y a deux semaines, Christine pense que la madame est toujours dans l’appartement, donc qu’il nous est impossible d’y avoir de l’intimité.  Quant à aller chez elle, même problème, avec sa mère et son demi-frère.  Voilà pourquoi, trois semaines plus tard, nous n’avons toujours rien fait de ce côté-là.

Vers quatre heure du matin, tandis que nous faisons notre shift de nuit au Dunkin Donuts, Christine m’approche, un peu moqueuse.

« Pis? Pas trop frustré, de ne pas m’avoir encore baisée? »

Frustré?  Pas tellement! En fait, j’avoue que ça m’arrange.  Pour être franc, je me sens mal de tromper Marie-France, même si techniquement je ne l’ai pas encore fait.  Et puis, de la façon dont je vois Christine agir, j’en suis arrivé à une conclusion.  Et cette conclusion, puisqu’elle me pose la question, je vais la partager avec elle.

« Meuh non, voyons.  Je ne me fais pas d’illusions. »
« Qu’est-ce que tu veux dire? »
« Je veux dire que je sais très bien qu’il ne se passera jamais rien entre nous deux.  Oh, mais t’inquiètes, je ne t’en tiens pas rigueur.  C’est quelque chose que j’ai accepté depuis le début. »
« Comment ça, « Depuis le début? »
« R’garde, si t’étais vraiment en manque au point où tu m’as dit que tu l’étais il y a trois semaines, ça ferait longtemps qu’on aurait passé au lit.  Tu ne te cacherais pas tout le temps derrière l’excuse bidon de la présence de ta famille ou de ma coloc. »
« C’est pas des excuses bidon, c’est des faits. »
« Peut-être, mais on n’est quand même pas les seules personnes au monde à être des amants qui habitent avec d’autres gens.  Ils trouvent quand même le moyen de baiser, eux.  Mais bon, regarde, j’ai connu assez de filles dans ma vie pour avoir constaté que plus une fille a peur du sexe, plus elle ressent le
besoin de crier haut et fort le contraire.  Et c’est d’autant plus vrai pour celles qui savent qu’elles auront toujours des situations hors de leur contrôle pour leur empêcher d’en avoir.  Comme ça, elles peuvent dire vouloir du sexe, tout en se cachant derrière cette excuse pour ne pas en avoir. »

Je m’empare d’un plateau de muffins fraichement cuits, je me retourne, je regarde Christine et lui dis:

« Fa que, pour répondre à ta question si je suis frustré de ne pas avoir baisé avec toi, la réponse est non.  Comment est-ce que je pourrais frustrer de ne pas avoir vécu quelque chose, quand j’ai toujours su que ça n’arrivera jamais? »

Sur ce, je la plante là et m’en vais porter le plateau de muffins en avant, à la caissière. 

S’il y a une chose que les filles détestent, c’est bien la psychanalyse non-sollicitée, surtout si c’est pour se faire dire ce qui ne va pas chez elle.  C’est bien fait pour elle, selon moi.  Quand une fille promet de la baise à un gars et qu’elle n’a rien fait pour que ça arrive après trois semaines, c’est signe qu’elle niaise le gars.  Alors si en plus elle amène le sujet en lui demandant s’il est frufru, c’est qu’elle tient à établir clairement auprès de lui le fait qu’elle le niaise.  Et c’est ça, mille fois plus que le fait que notre relation est toujours platonique, qui me fait frustrer.

Nous passons les deux heures suivantes à travailler sans s’adresser la parole.  Il ne faut pas y voir là un signe de bouderie.  C’est juste que l’on a du travail à faire.  Mais à six heure du matin, au moment de partir, Christine me dit.

« Non! Tu pars pas chez vous.  Tu viens avec moi! »
« Ah? Où ça? »
« Au motel!  Tu veux baiser?  On va baiser! »
« Attend…  Après m’avoir fait dépenser pour partir en appartement, là tu veux me faire dépenser pour une chambre de motel? »
« C’est moi qui paye! Pas d’excuses! »

Bon!  Je suppose qu’il n’y a pas moyen de m’en tirer.  Je ne m’attendais pas à ce qu’elle voit un défi dans mes paroles, et encore moins qu’elle le relève.  Ne voulant quand même pas rentrer trop tard chez Marie-France, je suggère le plus près motel que je connais.

« Ok, ben y’a un motel pas loin sur la rue De l’Église. »
« Non!  Je paye, je choisis! »
« Ah? Euh, ok! »

Il est 7:15 lorsque j’entre au bureau du motel.  De tous ceux qu’il peut y avoir à Montréal, elle a choisi le Motel California, qui est situé à dix stations de métro de chez elle, et à dix-sept de chez moi.  Y’a pas à dire, elle tenait vraiment à ce que l’on ne tombe pas par hasard sur quelqu’un que l’on connait. 

Christine, qui a préféré rester dehors, m’a refilé l’argent nécessaire.  Je paie, prends les clés et je sors.  On se dirige vers la chambre en question. On y entre et referme la porte. On prend chacun une douche.  Je m’attendais à ce que ce soit ensemble, mais elle refuse.  Non seulement dois-je me laver seul, elle me fait quitter la chambre, le temps qu’elle prenne la sienne.  Debout, dehors, devant la porte, je marmonne:

« Me faire quitter la chambre en disant qu’elle se sentirait intimidée que je la vois nue. C’est elle qui m’a amené ici dans le but de la baiser, et Madame est « intimidée que je la vois nue ».  C’est tellement n’importe quoi! »

La porte s’entrouvre.  Christine me dit:

« Compte jusqu’à trente, pis viens me rejoindre. »

Puis elle referme la porte.  Roulant des yeux, je me met ensuite à compter trente secondes.  Puis j’entre, referme la porte et la verrouille.  Malgré le fait que les stores sont fermés, ça reste assez éclairé à cause du soleil du matin qui plombe directement sur la vitrine. Elle est déjà au lit sous les couvertures.  Je commence à me déshabiller.  Elle dit:

« Chus pas tout-nue, j’ai garde mes sous-vêtements. »

Oh well, j’imagine que la déshabiller moi-même fait partie du jeu.  Je garde mes petits caleçons et je vais la rejoindre sous les draps.  Je commence à lui caresser le ventre et je remonte ma main sur ses volumineux seins.  Elle grimace, prend ma main et la retire.

« S’cuse, j’aime pas qu’on me touche là.  Depuis que j’ai eu ma poussée de croissance à treize ans, j’ai toujours eu des gros seins, pis ça a toujours attiré l’attention, les vieux cochons, les regards lubriques et les remarques déplacées.  C’est pour ça que je ne me sens pas très à l’aise avec cette partie de mon anatomie. »

Je vois!  Bon ben je n’insiste pas.  Je fais glisser ma main vers le bas et commence à lui toucher l’entrejambe, par dessus sa petite culotte.  Mon doigt glisse délicatement sur le tissus.  Elle grimace.  Je demande:

« Y’a què’que chose qui va pas? »
« Ben…  J’ai eu un accident de vélo dans ma jeunesse.  J’avais pris le bécique de mon frère, un bécique de gars beaucoup trop grand pour moi, pis je suis tombée raide, la vulve sur la barre.  Ça m’a laissé les petites lèvres avec des taches noires, pis c’est resté très très sensible. »

Bon!  Ça commence bien.  Heureusement que je suis un gars d’expérience.

« Pas de problème.  Je peux te faire de l’oral.  C’est beaucoup plus délicat que le digital. »
« Non!  Je ne veux pas être obligé de te rendre la pareille après. »
« Hein? Comment ça? »
« La fellation, c’est un symbole de la soumission de la femme envers l’homme.  Je refuse d’être une femme soumise. »

Bon, v’la autre chose! Je suis tombé sur une féministe radicale qui politise la relation en laissant ses convictions envahir sa vie, jusque dans la chambre à coucher.  Je fais quoi, maintenant?

« Bon ben c’est pas grave.  Je vais te le faire quand même, et je ne te demande rien en retour, voilà tout. »
« Ah non!  J’peux pas accepter ça!  Ça me ferait sentir comme si j’étais une profiteuse égoïste! »
« En quoi tu serais profiteuse?  C’est toi qui a payé la chambre. »
« Non, là, de la façon dont tu dis ça, c’est comme si je payais pour avoir du sexe.  Chus pas désespérée à ce point-là. »

Je vois!  Je n’insiste pas.  Je pose ma tête sur l’oreiller et reste silencieux, sans bouger.  Au bout d’une minute de silence, elle demande:

« T’es-tu frustré? »
« Non, je m’interroge.  J’peux pas te toucher les seins, j’peux pas te toucher la vulve, j’peux pas te cunnilinguer, tu suces pas, pis de toute façon ça a l’air qu’il faut garder nos sous-vêtements.  Fa que, je commence à me demander qu’est-ce qu’on est venu faire ici, au juste. »
« Ben… Baiser!? »
« Euh…  Pis tes douleurs aux petites lèvres? »
« Si j’ai les jambes assez écartées, tu vas pouvoir rentrer sans y toucher. »

Bon! Tout un défi, ça!  Elle semble vouloir y mettre de la bonne volonté car, sous les couvertes, elle retire sa petite culotte.  Je fais de même avec mon caleçon.  Je me place entre ses jambes, ce qui est difficile puisqu’elle tient à déplacer les draps à mesure que je bouge de façon à toujours être couverte, car elle ne tient pas à ce que je lui vois le sexe.  Alors que je baisse ma main pour empoigner le mien, histoire de me le diriger, elle dit:

« Attend!  T’as-tu des condoms? »
« Euh… Tu m’as pas déjà dit que tu prenais la pilule? »
« Oui, mais c’est juste que…  T’sais, dans l’fond, on ne se connait pas tellement.  Ça m’tente pas de prendre le risque de pogner une MTS. »

Voila une insinuation qui m’insulte.  Il faut dire que, lorsqu’un jeune homme est au sommet de son appétit sexuel, le sexe est beaucoup plus excitant sans condoms.  Et à ce moment-là, à l’âge de 22 ans, je ne fais pas exception.  Aussi, savoir que je dois quand même en mettre un alors qu’elle prend la pilule, ça me frustre.  Je plaide ma cause:

« Une MTS? Moi?  Tu sauras qu’il n’y a que deux filles avec qui j’ai baisé sans condoms dans ma vie, et c’était dans des relations de couple stables: Laurie, ma première, et elle était vierge.  Et Marie-France, qui n’a eu qu’un seul chum avant moi. »
« Oui, mais son ex-chum l’a peut-être trompée.  On l’sait pas, ça.  Il aurait pu lui refiler une maladie sans le savoir.  Ça se pourrait. »

Devant cette nouvelle manifestation de sa mauvaise foi, j’ai beaucoup de difficulté à garder un ton de voix calme lorsque je lui réponds:

« Non, je n’en ai pas, de condoms!  Est-ce que tu veux que j’aille en acheter à la pharmacie que j’ai vu à côté du métro, ou bien est-ce que tu préfères qu’on arrête tout? »

À ce point-ci, je commence à me foutre de baiser ou non.  Tout ce que je veux, c’est de savoir d’avance si ça va être oui ou non, que je cesse de perdre mon temps.  Elle répond:

« C’est beau, j’en ai dans ma sacoche. »

J’avoue qu’avec toutes les objections qu’elle m’enfile en chaine depuis que nous sommes ici, je ne m’y attendais pas.  Je me faufile hors des couvertes et je vais chercher sa sacoche sur la chaise au coin de la pièce.  Elle l’ouvre et en sort un condom de marque Kimono, ainsi qu’un petit tube de lubrifiant soluble K-Y.

« Ça s’peut que je sois sèche, fa que tu t’en mettras. »

J’enfile le condom, j’ouvre le tube de K-Y et je commence à me lubrifier le Kimono.  Au moment où je me retourne vers elle, elle dit:

« Oh! Non! Attend! »
« Attendre quoi? »
« Regarde au plafond. »

Je lève la tête.  Je vois qu’il y a un miroir au plafond, juste au dessus du lit.

« J’ai pas envie de me regarder en train de baiser.  Chus quand même pas cochonne à ce point-là! »
« Pas de problème!  Lève-toi, je vais déplacer le lit. »

Elle se lève, tout en se gardant bien enroulée avec les couvertures.  Je déplace le lit loin du miroir.  On rembarque sur le lit pour se réinstaller, mais…

« Shit! »
« Quoi, encore? »
« Regarde au plafond. Y’a une araignée! »

Ah ça, je me doute bien qu’en effet elle a une araignée dans le plafond, cette fille.  Je ne dis rien.  Je prend mon soulier et je grimpe sur le lit.

« Qu’est-ce tu fais? »
« M’as l’écraser! »
« Non! »
« Pourquoi non? »
« Parce que si tu la rates, elle va tomber sur le lit »
« Ok alors, déplaçons le lit de nouveau, je la tuerai après en montant sur la chaise. »
« Oui mais là elle pourrait tomber par terre et filer n’importe où.  Je ne pourrais pas rester ici en sachant qu’il y a une araignée qui se balade dans la pièce. »

Heureusement que je n’ai que 22 ans.  Ça doit être la seule chose qui me permet d’avoir encore la pine d’acier malgré cette atmosphère qui dégage autant d’érotisme qu’une poignée de clous rouillés.

N’empêche que, érection ou pas, je déclare forfait parce que là, moralement, j’ai atteint ma limite.  Ce n’est pas de la frustration.  Je le dis souvent: 75% de mon excitation sexuelle provient du fait que je vois que la fille a envie de moi, a envie de sexe, aime ce que l’on fait.   Et je ne reconnais Christine dans aucun de ces trois cas.  Il me semble évident que malgré tous les beaux discours pro-sexuels qu’elle me sert depuis trois semaines, elle n’est pas encore prête à passer cette étape avec moi.  Il est temps que j’aille une discussion sérieuse avec elle à ce sujet.

Je débarque du lit, lui demande de s’enlever, que je puisse le remettre à sa place originale.  Elle se lève, toujours bien emballée avec les couvertures.  Une fois le lit replacé, je me tourne vers elle.  Avec calme et douceur, je lui dis:

« Tu sais Christine, j’ai toujours été un gars compréhensif.  Regarde,  si tu ne te sens pas encore prête à passer à l’acte avec moi, t’as juste à le dire.  Je n’insisterai pas.  Comme ça, toi tu ne subiras pas de pression, et moi j… »
« FRUSTRE PAS, ESTIE! »

Ironiquement, LÀ, elle me fait frustrer.  Et en tabarnak à part ça.  Il n’y a rien qui me fasse plus chier que de me faire accuser de quelque chose de négatif.  Surtout quand c’est faux.  Surtout en me criant après.  Surtout quand c’est pour m’accuser de frustrer.  Et surtout quand c’est de la part de la personne qui fait exprès de tout faire pour me frustrer.  Refusant de lui accorder cette victoire, et histoire de lui démontrer de façon passive que de nous deux, c’est plutôt elle qui a le problème de comportement ici, je reste d’un stoïcisme spartiate.  Toujours d’une voix douce et compréhensive, je lui demande:

« Allons, arrête de crier des menteries et répond-moi franchement.  Est-ce que tu veux baiser avec moi en ce moment, oui ou non? »
« Oui, mais l’idéal serait dans le noir total.  Chus juste mal à l’aise de voir ça.  Tu sais, j’ai été élevé dans un environnement très religieux, fa que… »

M’ouain…  Nous sommes en plein jour, ce qui fait que même avec les rideaux tirés, la chambre est très éclairée. Je lui propose un dernier truc, même si je n’y crois vraiment pas.

« Tu pourrais te mettre à genoux par terre, devant le lit, le reste du corps couché sur le lit, en te mettant une couverte par-dessus la tête.  Comme ça je pourrai te prendre en levrette, tu verrais rien, et tout le monde sera content. »
« À quatre pattes comme des chiens?  Oh, YARK, non! »

Évidemment!

« Bon! Eh bien si tu veux vraiment baiser, est-ce que t’as une solution à apporter?  Parce que sinon, je vais repartir chez moi.  Non pas par frustration, comme tu as l’air d’insister pour m’accuser sans arrêt de l’être, aujourd’hui… »

Je ne pouvais pas m’empêcher de la lui souligner, celle-là.

« … mais bien parce que je suis très fatigué, rapport que habituellement je dors à cette heure-ci.  Et je ne peux pas dormir ici parce que je porte mes verres de contact et que je n’ai pas mon kit pour les enlever. »

Pour toute réponse, elle se jette dans le lit.  Elle se couvre entièrement, tête comprise, avec les couvertures et ne bouge plus. Je la regarde là, masse immobile sous les draps, pendant une dizaine de secondes, ne comprenant rien à son comportement.

« Euh…!? Tu nous fais quoi, là? »

Elle ne me répond pas.

« Christine? »

Elle reste muette.  Je lui parle, je lui pose des questions.  Mais peu importe ce que je lui dis, elle n’a aucune réacrion.  Silence total.  

D’un profond soupir de découragement, je déclare forfait. Je retire le condom et le jette dans la corbeille avant de me rhabiller. 

Me voilà prêt à partir, mon sac à l’épaule et la main sur la poignée de porte.  Je regarde en direction du lit pendant quelques secondes.  Toujours rien de sa part, ni mouvement ni son.  En haussant les épaules, j’ouvre la porte et je sors, croisant un couple qui se dirige vers leur propre chambre.  C’est là que Christine hurle :

« MERCI POUR LA BAISE! »

Je soupire.  Avec ce qu’elle vient de me faire vivre, j’aurais pu me passer de cette humiliation publique.

Mais pourquoi agit-elle comme ça?  Sérieusement là, pourquoi est-ce qu’une fille prendrait la peine d’inviter un gars au motel, d’insister, allant même jusqu’à payer elle-même la chambre, pour ensuite lui faire subir ce traitement-là?  Je rentrerais bien lui demander de s’expliquer, mais puisqu’elle vient de me faire le coup du traitement de silence alors que j’ai tenté d’ouvrir le dialogue, je vois bien que je perdrais mon temps.  Tout ce qu’elle a fait aujourd’hui fut de me contrarier à répétition.

  • Je suis son amant.  Elle ne me baise pas.
  • Je lui dis que je ne ressens pas le besoin de baiser avec elle.  Elle insiste pour qu’on aille au motel le faire.
  • J’essaye de la baiser.  Elle m’arrête.
  • J’arrête.  Elle me demande de continuer.
  • Je trouve des solutions.  Elle trouve de nouveaux problèmes.
  • Je viens pour appliquer la solution. (Exemple, écraser l’araignée) Elle m’empêche de le faire.
  • Je suis calme et compréhensif.  Elle m’accuse de frustrer.
  • J’essaye d’ouvrir le dialogue.  Elle me donne le traitement de silence.
  • Je respecte son manque de désir sexuel.  Elle me hurle un sarcasme en reproche.

Aussi, je ne dis rien, je referme doucement la porte et je repars. En quittant le parking du motel, je soupire, découragé.

« Alors c’est ça que ça donne, de respecter les filles?  Se faire niaiser d’aplomb pendant des heures? C’est ça que ça nous rapporte, d’être patient et compréhensif?  Se faire quand même accuser d’être impatient et frustré?  À quoi ça sert de respecter leurs limites si c’est pour se faire chier dessus?  C’était quoi, son but, de me faire accroire qu’elle voulait baiser au point de payer elle-même le motel?  J’y ai rien demandé, moi! C’est quoi la logique de me dire sans arrêt OUI en paroles mais NON en gestes?  Elle voulait quoi?  Que je la viole? Chus sûr que n’importe quel autre gars à ma place l’aurait fait.  Pis elle, au lieu d’apprécier mon comportement, ma retenue, mon respect, elle frustre, me fait chier, m’insulte.  Voyons donc! » 

Mes réflexions sur la situation continuent alors que je suis dans le métro en direction de chez Marie-France.

« Une sulfureuse relation adultère qui a pris fin au bout de trois semaines, et ce avant même d’avoir commencée.  Au bout du compte, non seulement je n’aurai jamais trompé ma blonde, j’ai même très bien fait de n’être jamais parti de chez elle.  J’ai investi deux-cent piasses à me faire un look que Christine était supposé trouver irrésistible. À voir ce que ça a donné jusqu’ici, payer un appartement en plus aurait été du gaspillage pur et simple. »

En tout cas, ça a l’air que j’avais raison beaucoup plus que je le croyais, en arrivant à la conclusion que cette fille-là avait peur du sexe.  Je ne comprends juste pas pourquoi elle s’acharne à affirmer le contraire.

À SUIVRE

Christine, 4e partie: Les préjugés anti-jeunesse

Dimanche, fin d’après-midi.  Je suis seul, assis à table de la salle à diner du condo de belle-maman.  Marie-France, sa mère et son frère sont partis souper chez des membres de leur famille.  Je ne les ai pas suivi car je travaille ce soir, de 22:00 à 6:00 am.  En attendant, tout en caressant un petit Calvin couché et ronronnant sur mes cuisses, je parcours la section Appartements des petites annonces du Journal de Montréal que je viens d’acheter. 

Comme je le savais déjà, nous sommes à l’époque du 100$ la pièce.  C’est à dire que la moyenne des prix pour un appartement, c’est un 6½ pour 600$, un 5½ 500$, un 4½ pour 400$, un 3½ 300$…  Étant donné que je ne veux pas consacrer la moitié de mon revenu mensuel à me loger, je cherche moins cher.  J’ai très peu de meubles et de possessions, alors si en plus c’est seulement pour me servir de dortoir-baisodrôme, aussi bien rester économique.  Je déchante en constatant que contre toute attente, les prix cessent de diminuer à partir d’un certain point.  Un 3½ est 300$.  Un 2½ est également 300$.  Quant aux 1½, ça varie entre 250$ et 300$! C’est fou!  C’est illogique.  Et surtout, c’est frustrant!

« Quand je pense que ma mère m’a toujours dit « Pour arriver dans ton budget, tu dois gagner ton loyer en une semaine. »  C’était peut-être faisable quand ils se sont mariés il y a vingt-cinq ans dans les années 60.  Mais là, pour que ça arrive, il faudrait que j’aille deux jobs à temps plein.  Ça n’a pas d’allure. »

Deux annonces attirent mon attention.  La première est pour un 2½ à Verdun pour 160$, ce qui est même moins cher que la moyenne du marché.  À ce prix-là, ça doit être un taudis, je suppose.  L’autre dit 1½ 2½ 3½ 4½ les meilleurs prix en ville. Je l’appelle.

« Allo? »
« Bonsoir! J’aimerais connaître les prix de vos appartements à louer. »
« Ça part de 350 en montant. »
« Ah?  Vous n’avez plus de 1½ ou de 2½? »
« Oui! C’est les 1½ qui sont 350. »
« Hein? C’est plus cher que tous les autres 1½ dans le journal. Pourquoi vous dites que c’est les plus bas prix en ville? »
« Va donc chier, tabarnak! »

Et il me raccroche au nez. Je suis choqué!  Autant dans le sens français que dans le sens québécois, c’est à dire un mélange d’insulté et de furieux. C’est lui qui ment dans son annonce, et c’est moi qui se fait sacrer après.  Je ne le prends pas!  Mais bon, que je le prenne ou non, ça ne changera rien à rien.  Avec un soupir résigné qui n’en est pas moins frustré, je passe à un autre appel.  Je compose le numéro.

« Oui allo? »

Une voix de vieille dame.  La propriétaire, je suppose.  D’instinct, et surtout par réflexe acquis puisque j’ai été élevé à m’exprimer ainsi lorsque je m’adresse à des vieux, je parle clair en soignant mon vocabulaire.

« Oui bonjour. J’appelle au sujet du 2½ à cent-soixante dollars.  Est-ce qu’il est encore disponible? »
« En fait, oui, c’est un 2½, mais ce n’est pas pour louer, c’est pour partager. »
« Ah bon? Avec qui? »
« Avec moi. »
« Avec vous? »

Je ne suis pas sûr de comprendre.  Je demande:

« Êtes-vous la propriétaire de l’endroit? »
« Non, je suis la locataire. »
« Ah, d’accord, je comprends: C’est une sous-location. »
« Non, je reste ici.  Ce que je loue, c’est la chambre.  Moi je dors dans le salon, sur le divan. »
« … »

Ok!  Je ne m’attendais pas à ça.  Voilà qui est bizarre comme arrangement.  Je ne suis pas sûr que ça convient vraiment à mes besoins car si comme je le pense c’est une retraitée, elle sera toujours chez elle.  Ce n’est donc pas là que je pourrai avoir l’intimité requise pour baiser Christine.  Surtout que je constate que là encore, j’ai été victime d’une petite annonce mensongère.  Ou du moins, puisque techniquement elle ne ment pas, elle n’en est pas moins trompeuse puisqu’elle est dans la section à louer et non à partager.  N’empêche… Ça reste dans mes prix, et il reste que ça me permettrait enfin de sortir d’ici.  Je décide que mieux vaut voir, je déciderai ensuite.  Je lui demande :

« D’accord!  Est-ce qu’il y a moyen de le visiter?  Disons demain, si ça vous convient? »
« Oui, est-ce qu’à une heure dans l’après-midi ça vous va? »

Ça signifierait me coucher tout de suite en arrivant de travailler demain matin et me lever à midi.  Ça ne me laisse que cinq heures de sommeil, soit trois de moins que ce que j’ai besoin.  Mais tant pis, faut c’qu’y faut.  Je lui confirme que ça me va.  Elle me donne son adresse, que je prend en note.  Mais avant de conclure, elle me demande:

« Je trouve que vous avez une voix très jeune pour votre vocabulaire.  Vous avez quel âge? »
« Moi? Vingt-deux ans! »
« Vingt-deux? »
« Oui!  Vingt-trois dans un mois, le 21 juillet. »
« Oh! »

Je souris.  C’est toujours agréable de voir que mon vocabulaire démontre que je fais plus mature, plus sérieux que mon âge.  Normal: Je suis plus mature et plus sérieux.  Pas étonnant que de tous les hommes qu’elle aurait pu choisir, ce soit moi que Christine ait élu.  Je souhaite bonne soirée à la dame et je raccroche.

Le soir venu, dès que Christine entre dans la cuisine du Dunkin, elle me demande:

« Pis? Tu t’es-tu trouvé un appartement? »
« Bonsoir à toi aussi. »

Je m’en rapproche tout en tirant une feuille de papier journal de ma poche arrière. Je la déplie.  C’est la section des petites annonces du journal.  Je lui montre celle que j’ai entourée au stylo, et lui raconte ma conversation avec la Madame.

« Comme ça, tu vas être coloc avec une p’tite mémé? »
« Oui mais c’est correct.  On devrait bien s’entendre, elle trouve que mon vocabulaire démontre que je fais plus mature que mon âge. »
« On voit bien qu’elle ne te connais pas. »
« Fa que, j’ai rendez-vous pour aller visiter la place à une heure de l’après-midi.  Ça te tenterais-tu de m’accompagner? »
« Pourquoi faire? »
« Ben, j’aimerais ça! Je fais ça pour toi, après tout. »
« Non, visiter un appartement ensemble, ça fait trop comme si on serait un couple. »

Hum!  Drôle de raison de refuser mon offre, mais bah!  Je me remet au travail.  Quelques heures plus tard, à la fin de mon shift, je rentre chez Marie-France et je la tire du lit.  Comme d’habitude, elle se lève, va déjeuner et part au travail tandis que j’occupe le lit et dors.

Midi, le réveil sonne.  Je me lève et me précipite à la douche, me refaisant une beauté en un temps record, avant de partir attendre le bus.  Je porte mes vêtements normaux propres et irréprochables, et non ceux que Christine m’a fait acheter.  Bonne chose que j’ai maintenant les cheveux courts.  Verdun est le quartier voisin de Ville-Émard alors un seul bus suffit, et celui-ci m’amène rapidement à une rue de ma destination.  Puisque c’est près d’une école et que l’heure du diner est presque terminée, je traverse la rue pendant que la brigadière, une vieille madame, arrête la circulation avec son veston jaune-orange fluo et sa pancarte arrêt-stop.

J’arrive devant un bloc de trois étages à 13:00 pile. Je vérifie sur mon papier si c’est bien la bonne adresse.  Ça l’est!  J’entre et je grimpe l’escalier intérieur jusqu’au numéro de l’appartement.  Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.

« Hum! Peut-être qu’elle dort encore. »

Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.
Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.
Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.

« Peut-être qu’elle est dans la salle de bain. »

Je m’assois sur les marches et j’attends dix minutes. Puis, je me lève.
Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.
Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.
Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.

« M’ouain… Peut-être qu’elle est allée faire une commission ou què’que chose. »

Je me rassois sur les marches. J’attends dix minutes.
Je me relève.
Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.
Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.
Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.

« Ben voyons! »

Je me rassois sur les marches.
J’attends dix minutes.
Je me relève.
Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.
Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.
Je cogne.  J’attends.  Aucune réponse.

Je ne comprends vraiment pas ce qui se passe.  Je décide d’attendre un dernier dix minutes.  Lorsque 13:40 apparait à ma montre, j’essaye un dernier coup.
Je me relève.
Je cogne.
J’attends.
Aucune réponse.

« Mais voyons donc! Pourquoi est-ce qu’elle ne répond pas?  J’étais pourtant à la bonne heure, au bon endroit. »

Je relis le bout de papier sur lequel j’ai noté l’adresse et l’heure, ce qui confirme mes dires.  Sans trop comprendre, je repasse machinalement notre conversation téléphonique de la veille dans ma tête, et…  Et je me souviens tout à coup comment le ton de voix de la madame avait changé, en apprenant que je n’avais que vingt-deux ans.  Et je réalise tout à coup que ceci est la seule raison pouvant expliquer pourquoi elle ne me répond pas et/ou n’est pas là.  Parce que je suis un jeune.

« Alors c’est pour ça qu’elle ne me répond pas?  C’est pour ça qu’elle a changé d’idée à mon sujet?  Une minute, mon vocabulaire démontre que je suis mature et instruit. Et la minute d’après, mon âge démontre que je suis un délinquant sans allure? »

Je n’arrive pas à y croire.  Et pourtant, c’est la seule explication possible.  Je n’en reviens pas.  Ça m’insulte!  Après avoir passé toute mon enfance et mon adolescence à être victime de préjugés anti-jeunesse, je me serais attendu à ne plus avoir à subir ça maintenant que je suis un homme de presque 23 ans, occupant un travail stable à temps plein.  C’est révoltant!

« Mais bon, à quoi m’attendre d’autre d’une vieille tabarnak de crosseuse qui fait accroire qu’elle a un 2½ à louer alors qu’il s’agit en réalité d’une simple chambre. »

C’est avec la rage au coeur et un sentiment de frustration sans borne que je redescends les escaliers.  Moi qui ai pris la peine de ne dormir que cinq heures aujourd’hui. Moi qui ai fait l’effort de faire ce que j’avais à faire.  Voilà ma récompense.  Être viré pour avoir commis le crime de n’être pas né plus tôt.  Cette injustice me fait chier sans bon sens.

Le soir venu, dès que Christine entre dans la cuisine du Dunkin, elle me demande:

« Pis? Ton appartement? »
« Bonsoir à toi aussi. »

La façon cavalière qu’a Christine de m’aborder lorsqu’elle me voit m’irrite toujours un peu, chose que je souligne subtilement à chaque fois en lui répondant bonjour de cette manière.  Hélas, c’est une subtilité qu’elle ne semble pas saisir.  Ceci ne met pas tellement mon humeur en de bonnes dispositions pour lui expliquer ce qui s’est passé.  C’est que de la façon dont son comportement envers moi a changé depuis que j’ai accepté d’être son amant, j’ai la désagréable impression que si je lui raconte, ou bien elle ne me croira pas, ou bien elle trouvera le moyen de dire que c’est de ma faute, ou bien elle va se moquer.  Et pour être franc, avec ce que j’ai vécu en début d’après-midi, je n’ai vraiment pas le goût de subir ses commentaires chiants.  Aussi, je décide tout de go de lui improviser un mensonge.  En prenant un air joyeux et satisfait, je lui dis:

« Tout est beau!  J’ai dit à la madame que je travaillais de nuit.  Comme ça, elle peut continuer d’utiliser sa chambre la nuit.  Et le jour, puisque je dors de huit heure le matin à quatre heure de l’après-midi, ma présence ne la dérangera pas. »
« Pis si elle se lève tard? »
« Non, justement!  Même si elle est à la retraite, il faut qu’elle se lève tôt parce que trois fois par jour, elle met son veston jaune-orange fluo, elle prend sa petite pancarte arrêt-stop, et elle va faire la brigadière pour l’école qui est au coin de la rue.  C’est l’arrangement parfait! »

Je me surprends moi-même de la facilité avec laquelle j’ai réussi à lui pondre une histoire aussi crédible.  C’est avec un sourire satisfait qu’elle se dirige vers la toilette des employés et s’y embarre pour se changer.

Bon, d’accord, je lui ai menti.  Mais tant pis!  Ce n’est pas de ma faute à moi si je ne l’ai pas eue, cette chambre dans cet appartement.  J’ai fait tout ce que j’avais à faire.  Par conséquent, je refuse d’être celui qui subit les conséquences des menteries et des préjugés anti-jeunesse que cette vieille bitch a décidé de ressentir injustement à mon sujet.

« Et puis… » me dis-je, « C’est pas comme si Christine allait me suggérer que l’on aille baiser chez moi, avec une vieille à la retraite qui sera toujours là pendant nos congés la fin de semaine.  Fa que dans l’fond, ça me servirait à quoi, de déménager, à part perdre de l’argent pour rien, hm!? »

À SUIVRE