L’art de se faire rouler

((Désolé pour mes lecteurs européens, cette fois-ci je parle d’une réalité surtout québécoise, d’où le vocabulaire local et les devises en dollar canadien), 

Après plusieurs longues années d’études et/ou de boulots peu payants, tu as enfin trouvé l’idéal : Une job qui te rapporte $30 000.00 par année.  Clair, ça signifie un chèque de $850.00 à toutes les deux semaines..  Puisque tu n’as pas vraiment d’idées de grandeur, tu as un appartement dans tes moyens.  En fait, le loyer, l’électricité, le net, le téléphone et l’épicerie ne te prends qu’un seul de tes chèques par mois.  Tu n’as pas de dettes, et pour la première fois de ta vie, tu peux te mettre de l’argent de côté. 

Et puis, comme ça, il te prend une petite fantaisie : Celle d’avoir une auto.  Avec ton second chèque du mois de $850.00, tu pourrais certainement te la permettre.  Surtout que, là encore, aucune idée de grandeur.  Un p’tit char d’occasion te suffira amplement.  Tu pourras l’utiliser pour aller au travail, ce sera parfait pour les jours de pluie et de neige.  Et pour l’épicerie, rien de mieux.  Et que dire des road-trips de fin de semaine.  Qu’est-ce qui représente mieux la liberté que de voyager au volant de son propre véhicule.  Tu as passé de pauvre à prospère, tu mérites bien ce symbole de ton nouveau statut.

Une rapide recherche sur Google te permet de trouver le deal du siècle.

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Malgré ce si bas prix, tu te doutes bien que cette auto va te coûter une coupl’ de milliers de dollars.  Le problème, c’est que tu n’as aucun dossier de crédit.  Ou alors si, tu en as un, mais il est mauvais.  Dans de telles conditions, tu sais bien que ta banque ne t’accordera jamais un prêt.  Eh bien, seconde bonne surprise, le concessionnaire est prêt à t’en accorder un, lui. 

Puisque plus rien ne se met entre ton rêve et toi, tu appelles le concessionnaire et tu lui fixes rendez-vous.  Tu te vois déjà au volant de ta p’tite bagnole économique, jouissant de ta liberté.

Mais ça, c’est le rêve.  La réalité, la voici:

Le vendeur te fait visiter la cour, il y a plein d’autos seconde-main ici, vieilles de un an à six ans.  Tu portes ton choix sur un petit bijou qui n’a qu’un an et demi d’âge. Pour apprendre aussitôt que celui-là est à 220$, et non à 75$. 

Mais alors, où sont les autos à 75$ telles qu’annoncées?  Ah, ben, vois-tu, à ce prix-là, faut comprendre qu’elles se sont rapidement envolées.  Regardons ce qu’il y a d’autre dans l’inventaire.

Sans le savoir, tu viens d’être victime de l’une des arnaques les plus répandues qui soient: la technique du Bait & Switch. Ça consiste à attirer le client avec un appât (bait) pour ensuite lui proposer autre chose (switch) qui n’est jamais aussi bien que ce qui avait été promis.  Il ne te reste plus qu’à te laisser rouler davantage en prenant un véhicule qui coûtera au moins le double, ou bien laisser tomber.

Mais admettons, pour l’exemple, qu’il a vraiment des véhicules à 75$.
Celui qu’il te propose est vieux de six ans. Mais bon, à ce prix-là, faut pas se montrer trop exigeant.  Tu le prends.

Première surprise: le 75$ n’est pas par mois. C’est par semaine. Les paiements, par contre, sont mensuels. Tu crois que ça signifie 300$ par mois?  Erreur!  Il y a 52 semaines dans une année. Donc, 75 X 52 = $3 900.00, divisé par 12 = 325$ par mois.

Ensuite, il n’est à ce prix-là que si tu prends les paiements étalés sur sept ans.  Donc, $3 900.00 par année multiplié par sept ans, ça donne  $27 300.00.

Maintenant, il ne faut pas oublier les taxes.
Au Québec, nous avons deux taxes : La fédérale (TPS) qui est de 5%, et la provinciale (TVQ) qui est de 9.975%.  J’ai trouvé en ligne ce calculateur automatique des deux taxes.

Donc, après t’avoir ajouté $10 334.43 en intérêts et en taxes:
Total: $31 388.18 
Ou, par année, $4484,02
Ou, par mois, $373.28

Ce montant dépasse ton salaire annuel de quelques milliers de dollars. Pas le salaire clair. La salaire BRUT! Devant ce montant, tu hésites.  Le vendeur se fait compréhensif en te disant que, que veux-tu, c’est comme ça, hm?  Tout l’monde doit payer les taxes.  Et lui aussi il en paye.  Et pas juste sur son véhicule : Il a des taxes sur sa maison, sur son commerce, sur ses ventes, sur le terrain où il a son commerce…  T’es chanceux, toi, tu en payes seulement sur ton véhicule.  Et puis, c’est pas comme si ce paiement allait gober ton 850$ au complet.  Une fois ton paiement fait, il te reste 476,72$ par mois.  C’est un beau gros $5 720.64 par année pour t’amuser, ça.  Et puis tiens, pour t’encourager, en cadeau, il te fait les plaques d’immatriculation et l’enregistrement gratuitement.  (Il se garde bien de te préciser que ce généreux cadeau vaut à peu près 15$.) Rassuré, tu signes le contrat d’achat.

Et maintenant, pour payer, il te faut du crédit.
Si une telle somme avait été empruntée à la banque, elle aurait eu un taux d’intérêt annuel aux environs de 7.9%  Mais puisque personne ne te l’a jamais dit, l’idée d’aller faire un prêt auto à la banque de te vient pas en tête. Il est d’ailleurs possible qu’ils te refuseraient, puisque ça ne fait pas si longtemps que tu as ton travail. Tu acceptes donc l’offre de financement du concessionnaire à 19.9% d’intérêts.

19.9% d’intérêts sur $31 388,18, c’est $6 246.25, pour un total de $37 634,43.
Ou, par année, $5 376,35
Ou, par mois, $448,03

On est rendu pas mal loin du $75 auquel tu t’attendais en lisant la pub. Mais là, tu n’as pas le choix d’accepter, puisque tu as déjà signé le contrat d’achat.

Ça y est, tous les papiers sont en ordre.  Tu es maintenant le légitime propriétaire d’un véhicule de six ans d’âge, ou du moins tu le seras lorsque tu auras terminé tes paiements dans sept ans.

Et c’est là que, avec le sourire, le vendeur te montre les clés de ton auto…  Mais il ne te les remet pas.  C’est que, explique-t-il, légalement, il n’a pas le droit de te laisser partir avec un véhicule qui n’est pas couvert par une police d’assurances.  Pourquoi il n’en a pas glissé mot avant?  Mais parce que ce n’est pas dans sa définition de tâches. Il n’est pas agent d’assurance, lui.  Et puis de toute façon, c’était à toi d’y penser.  Conduire sans assurances, c’est illégal.  Tout le monde sait ça, voyons!

Heureusement, il connait un bon assureur.  Il l’appelle sur le champs et te passe le téléphone.

Premières assurances pour premier véhicule, ça va dans les $1 400.00 par année.
Bien sûr, il faut rajouter les taxes, pour un total de $1 609,65.
Divisé par douze mois = $134,14 par mois.

Donc, auto + assurances = paiements de $582.17 par mois.

Ça y est, c’est terminé, tu peux quitter cet endroit au volant de ton nouveau véhicule. Ça a coûté un peu(?) plus cher que prévu, mais bon, tu te consoles avec la sensation de liberté que te procure le fait d’être mobile.

Le lendemain, tu le prends pour aller travailler.  Tu apprends ainsi les réalités de l’heure de pointe et des embouteillages, qui te font arriver en retard.  Tu viens pour te stationner dans le parking de la compagnie.  Mais voilà, ça prend la vignette de stationnement de la compagnie, qui est $110.00 par mois, soit 30$ de plus qu’une passe autobus-métro.  Ou bien, c’est 10$ pour la journée.  Refusant de payer ça, tu te dis que tu en seras quitte pour te stationner dans la rue.  Tu parcours ainsi en rond toutes les rues du quartier.  Or, les seules places de libres sont dans des rues résidentielles qui demandent des vignettes de résidents.  Tu finis par trouver une place libre et gratuite à huit coins de rues du travail. 

Quand tu reviens le soir, surprise, tu as une jolie contravention.  Car en effet, comme on peut le voir sur les pancartes, sur ce côté de la rue, il est interdit de stationner de midi trente à treize heures.  Tu as beau t’interroger sur la chose, tu ne vois aucune explication logique justifiant pourquoi un côté de rue doit être dégagé de 12 :30 à 13 :00.  Il n’y a juste aucune raison valable.  Mais bon, la loi, c’est la loi.  Bilan du jour : Une heure et demie de salaire en moins pour cause de retard + la contravention.  Ce sera la dernière fois que tu utiliseras l’auto pour aller travailler. 

Maintenant que tu as un véhicule, ton entourage te bombarde de toutes parts avec les deux questions suivantes :
« Combien que l’char te coûte? »
« Combien qu’tu payes d’assurances? »

Et dans 100% des cas, après y avoir répondu, arrive le commentaire suivant :
« Haaan?  Tu payes donc ben cher!  Moé ça m’coute la moitié / le tiers / le quart de ça. »

Car en effet, à les entendre, tout le monde paye moins cher que toi.  Et, dans plusieurs des cas, pour des véhicules neufs.  Voilà qui gâche le peu de plaisir qu’il te restait à posséder un véhicule.

Ceci dit, un char, ça ne roule pas à l’oxygène. Avec le prix de l’essence qui fluctue sur une base quotidienne, il serait impossible de calculer avec précision son coût par semaine. Mais même si tu ne l’utilises pas beaucoup, tu ne t’en tires pas à moins de 50$. Donc, 200$ par mois.  Par conséquent, ton char te coûte maintenant $782.17 par mois.  Pas surprenant que tu ne tiennes pas à y ajouter le coût du stationnement.

Autres réalités de l’automobile.
Une auto neuve, en général, ça commence à avoir des problèmes techniques et mécaniques après cinq ans, et il faut le changer après dix ans. Le tiens a déjà six ans. Et tu viens de te mettre sur le dos un contrat de sept ans. Ce qui signifie que, quand tu auras fini de le payer, ce sera une épave de treize ans.

Mais entretemps, tu vas devoir te taper entretien, révisions, pannes, réparations… Tu contemples à peu près $4 000 de frais annuels de garagiste, une moyenne de $333.33 par mois. Et ça c’est juste la première année, car à l’âge où est rendu ton char, ça va aller en empirant à mesure que les années vont passer.

Ce qui fait que, en moyenne, ton auto te coûte maintenant $1 116.50 par mois. … soit 266.50 de plus que ton second chèque de paie du mois.

Oh, détail important : Au Québec, il est illégal de rouler sans pneus d’hiver du 15 décembre au 15 mars. En moyenne, avec les taxes et tout, quatre pneus d’hiver = 600$. Rajoute 200$ pour les faire installer, pour un total de $800.00.  Mais ce n’est pas comme si tu pouvais te les payer puisque tu es déjà en déficit. La seule façon pour toi de t’en tirer est de couper dans les dépenses inutiles. Malheureusement, il n’y a que dans le budget de nourriture que tu puisses piger. Tu songes à devenir herbivore.

Il ne te reste plus qu’à espérer que pour les sept prochaines années, tu n’ailles pas besoin de souliers, bottes, vêtements, lunettes, soins dentaires ou médicaments, parce que tu ne pourras jamais te les payer.  Les sorties, la vie sociale?  Oublie ça!  Et si tu es célibataire, visionne encore sept années d’abstinence, car y’a pas une fille assez désespérée pour vouloir d’un gars qui gère si mal son budget.  Surtout pour un véhicule qui est, dans ton cas particulier, un luxe inutile.

Et c’est là que tu réalises à quel point tu t’es mis dans la merde.  Vois-tu, contrairement à ce que l’on en dit, les banques ne sont pas là pour mettre les gens dans la rue.  Bien au contraire, elles sont là pour protéger les intérêts de leurs clients.  Et un conseiller financier aurait pu voir, d’un simple calcul, que tu ne pouvais pas te permettre l’achat d’un véhicule dans les conditions imposées par ce vendeur.  Parce que verser 65% de tes paies claires sur un véhicule, c’est vraiment beaucoup trop. Surtout sur sept ans. Surtout pour un véhicule usagé. 

Et c’est pour ça que les vendeurs d’autos d’occasion offrent des prêts aux étudiants, gens endettés, sans crédit, sans travail, en faillite.  Parce qu’ils savent bien que si tu es étudiant, endetté, sans crédit, sans travail ou en faillite, c’est parce que tu ne sais pas gérer ton argent.   Ça fait de toi le genre de poire qu’on peut aisément manipuler à signer un contrat de paiements abusifs.  Tu en es une preuve de plus.

Ta richesse assure ta pauvreté.
Puisque ton véhicule s’empare de ton budget d’épicerie, tu risque de crever de faim. Tu songes alors à t’inscrire à une banque alimentaire pour gens dans le besoin.  Mais voilà, quand on gagne $30 000.00 par année, on n’est pas qualifié comme étant « dans le besoin ».  Et si tu essayes de leur expliquer que tu es pauvre parce que tu t’es embarqué des paiements de char sur le dos, on va te rire au nez en te disant que quand on peut se payer un char, on peut se payer une épicerie.

Tu voudrais poursuivre le concessionnaire pour fraude et/ou abus de confiance?  Ça prend un avocat.  Et quand on gagne $30 000.00 par année, on n’a pas droit à l’aide juridique gratuite.  Il faut donc se payer un avocat à 200$ de l’heure. Et s’il est un métier qui pratique l’art de plumer le client encore mieux que concessionnaire, c’est bien avocat.  Ce dernier va faire durer la cause aussi longtemps qu’il le pourra afin de te faire payer un maximum.  Du moins, il le ferait, si tu pouvais te le payer.

Tu songes à déclarer faillite?  Premièrement, ce n’est pas avec $30 000.00 de revenus que tu pourras faire ça.  Ensuite, depuis le début des années 90, la déclaration de faillite qui efface toutes tes dettes, ce n’est plus qu’un mythe.  Le syndic de faillite va juste consolider tes dettes et s’arranger avec tes créditeurs pour que tu puisses leur rembourser à tant par mois.  Et ça, c’est quelque chose que tu fais déjà.

En regardant les centaines d’autos qui passent dans la rue, tu as de plus en plus souvent d’amères pensées du style de : « Vous m’ferez pas accroire que tout c’te monde-là sont obligés de payer $1 116.50 par mois pendant sept ans pour avoir leu’ chars!?  Comment ça s’fait que chus obligé de payer autant, MOI?  Et pour un char usagé, en plus. »  C’est avec irritation et mépris que désormais tu regardes ton véhicule qui, plutôt que d’être le symbole de l’amélioration de tes conditions de vies, est maintenant la raison de ton loserisme.

Dans ton précaire équilibre financier actuel, tu es à la merci du moindre imprévu.  Et s’il y a un truc de prévisible dans les finances, c’est bien le fait qu’il arrive toujours des imprévus.  Par conséquent …

Tu manques un paiement? Tu vas payer des intérêts pour ton retard.
Tu manques deux paiement? Ton dossier de crédit est entaché.
Tu manques trois paiements?  Le concessionnaire saisis l’auto.

Et si, justement, tu ne gardes pas le véhicule?
Il y a deux façons de t’en débarrasser, soit en le perdant comme dans l’exemple précédent, soit en le rendant de ton propre chef parce que tu ne peux vraiment plus continuer comme ça.  Tu fais donc résilier le contrat après six mois.  Dans les deux cas, le vendeur t’offre une intéressante porte de sortie:  Puisque tu ne peux pas payer, on va faire payer quelqu’un d’autre.  D’abord, récapitulons :

L’auto elle-même, sans les assurances et autres trucs, coûte $37 634.43. 
Tu as fait six paiements mensuels de $448.03. pour un total de $2 688.18.
Donc, tu leur dois encore $34 946.25.

Il va donc reprendre l’auto et le revendre à un encan. Si le nouvel acheteur couvre les frais restants, ok, tu ne leur devras plus rien. Mais s’il l’achète pour moins cher, alors tu devras payer la balance. Tu acceptes, trop heureux de t’en tirer à si bon compte.

Mais voilà, qui donc serait assez cave pour acheter un char de six ans… Pardon, de maintenant sept ans, à $34 946.25?  Personne!

Il trouve preneur pour $8 000.

Tu te retrouves donc avec une dette de $26 946.25 à payer, pour un char que tu ne possèdes plus.  Et, puisque tu as rompu ton contrat d’achat d’auto, te voilà avec un dossier de mauvais crédit pour les sept prochaines années.

Oh, un instant… Ai-je dit $26 946.25?  Non, en fait, ça, c’était le montant à payer AVANT, c’est à dire quand vous vous étiez entendus à payer une fois par mois pendant sept ans pour acheter le char. Cette entente de paiement-là est annulée. Il vous en faut une nouvelle.

Est-ce que tu peux payer la balance d’un coup?  Non?  Bon ben alors pas de problème, on va se refaire une entente de paiements, encore sur sept ans, toujours à 19.9% d’intérêts.

$26 946.25 de dette + $5 362.30 30 d’intérêts = $32 326.55.
+ $1 616.33 de TPS et $3 224.57 de TVQ, ce qui te fait une dette totale de $ 37 167.45
…Soit juste 466.98 de moins que le prix initial de l’auto, que tu avais à payer au début. 

Rajoute à ça les $2 688.18, que tu as déjà versé, et dans sept ans tu auras payé $ 39 855.63 pour un char que tu n’auras pu utiliser que six mois.  Et encore, pas aussi souvent que tu l’aurais voulu.

Tu essayes de te consoler en te disant que, au moins, tu n’as plus à payer d’assurances, d’essence, de réparations, de pneus.  N’empêche que tu vas quand même passer les sept prochaines années de ta vie à payer $442.47 par mois pour un char que tu ne possèdes plus, qui ne t’a jamais appartenu et qui ne t’appartiendra jamais. 

Tout en sachant que son nouveau propriétaire n’a eu qu’à payer 8000$ pour qu’il lui appartienne, lui. 

Et qu’il roule avec, tandis que toi tu le lui payes.

Et que tu continueras à le payer encore quelques années après qu’il aura cessé de rouler.

Et comme si ce n’était pas assez humiliant, voilà que tout ton entourage te demande où est ton char.  Tu as le choix : Tu peux inventer une explication qui, à tous les coups, sonnera bidon.  Ou bien tu dis la vérité et tu passes pour un hostie de cave de t’être laissé fourrer à ce point-là. 

Surtout quand on t’apprendra que, dans ton second contrat, le vendeur n’avait pas à te charger de nouveau les intérêts, ni la TPS ni la TVQ.  Même légèrement diminuée par tes paiements initiaux, il s’agissait de la même dette.  Donc, tu t’es fait entuber de $12 909.38 supplémentaire  –L’équivalent de deux ans et quatre mois de paiements—  sans raison valable. 

Mais bon, trop tard.  Quand tu signes un contrat, tu déclares aux yeux de la loi que tu es d’accord avec les conditions proposées.  Et tu ne peux pas te payer l’avocat qui pourrait t’en tirer.

Il te reste quoi?  Les dénoncer sur le net?  Pas de problèmes, si tu es prêt à t’exposer à une poursuite judiciaire pour atteinte à la réputation, par un concessionnaire assez riche pour se payer les meilleurs avocats.

Félicitations, cher client, pour avoir profité de l’offre de « Cette voiture peut être à vous pour aussi peu que 75$ »

Choisir entre SOINS PRIVÉS ou PRIVÉS DE SOINS.

Cette histoire s’est passée en 2006. J’espère que les choses se sont améliorées depuis.

Ça faisait un an que je voyais ces commerciaux à la TV disant Get tested for aids.  Je me suis finalement décidé à le faire.

La dernière fois que j’ai passé un test de dépistage, c’était en 1993.  (À l’époque on parlait de MTS plutôt que d’ITS.) Depuis ce temps là, il m’est arrivé de prendre des risques en 1995-96-97 avec des cégépiennes ayant peu ou pas d’expérience sexuelle. Mais depuis, je pratique le sexe sécuritaire. Et, après tout ce temps, j’imagine que si j’avais attrapé quelque chose, ça se serait manifesté. N’empêche, il parait que parfois, une personne peut être porteuse de certaines maladies sans jamais en démontrer le moindre symptôme.  J’ai donc toujours eu ce petit doute énervant derrière la tête.

Ce jour-là, je me rend donc à l’Hôpital de Verdun.  Après une heure et demie dans la salle d’attente, je passe au triage:

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Avez-vous eu des relations sexuelles non-protégées durant ces cinq dernières années?
MOI: Non!
INTERNE: Alors ce n’est pas une urgence. Vous devriez aller à la Clinique de Médecine Familiale, l’édifice d’à côté.

Je sors de l’hôpital et je me rend au bloc à côté. Malheureusement, la Clinique de Médecine Familiale ne prend que 24 personnes par jour, et leur quota est rempli pour la journée.

Le lendemain, je me rend à la Clinique de Médecine Familiale, et donne mon nom au comptoir. Après deux heures, on m’appelle.

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Qui est votre médecin de famille?
MOI: Euh… Aucune idée!
INTERNE: Vous n’avez pas de médecin de famille?
MOI: Pas que je sache.
INTERNE: Malheureusement, les tests de dépistages doivent nous être demandés par un médecin de famille. Bonne journée.

J’appelle ma mère. S’il y a quelqu’un qui peut me dire si on a un médecin de famille, c’est bien elle. En effet, nous en avions un, mais il ne pourra pas m’aider, rapport qu’il a pris sa retraite il y a 12 ans, et est décédé trois ans plus tard.

Mon amie Carol me dit que je devrais aller à son CLSC. Justement, elle y a rendez-vous pour la semaine prochaine.  Je n’aurai qu’à l’accompagner. Bonne idée!

La semaine suivante, me v’là à son CLSC:

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Très bien! Quelle est votre adresse?
MOI: 624 Régina, Verdun, H4G…
INTERNE: Verdun, vous dites?
MOI: Oui!
INTERNE: Oh, dans ce cas je suis désolé, mais vous devrez aller au CLSC de Verdun. Ici, nous ne prenons que des patients de notre quartier.

Devant ma déception, Carol propose d’aller m’y reconduire en auto, dès qu’elle aura terminé avec son médecin. J’accepte!  Deux heures plus tard, on se rend au CLSC de Verdun. … CLSC qui a fermé, le temps que l’on s’y rende.

Le lendemain, je vais au CLSC de Verdun. … CLSC qui est fermé.  Nous sommes samedi.  C’est fermé les fins de semaines.

Lundi, je vais au CLSC de Verdun.

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Très bien! Quelle est votre adresse?
MOI: 624 Régina, Verdun, H4G…
INTERNE: Très bien, remplissez ces formulaires dans la salle d’attente, nous vous appellerons.

Je vais dans la salle d’attente et je remplis quatre pages de documents. C’est que c’est la première fois que je vais là, alors ils ont besoin de me faire un dossier.

On m’appelle.

INTERNE: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
INTERNE: Très bien! Voyons ces documents.
MOI: Voilà!
INTERNE: Verdun… Rue Régina… Vous habitez près du parc ou du PFK?
MOI: Le parc!
INTERNE: Oups, petit problème ici… Vous avez vraiment 37 ans?
MOI: Euh… Bah oui!
INTERNE: C’est parce que quand il s’agit de tests de dépistage de MTS, les CLSC le font afin de diminuer l’engorgement des hôpitaux, sauf que l’âge limite de nos patients pour ces tests en particulier est de 25 ans. À votre âge, si vous voulez passer un test, vous avez deux options: Vous pouvez aller à l’Hôpital de Verdun, ou bien voir votre médecin de famille.

Ça commence à devenir ridicule. Comment est-ce qu’on peut faire pour avoir un médecin de famille si on n’en a pas déjà un? Come on!

C’est là que je me souviens d’un truc. Le docteur de la clinique de mon ancien quartier, Dr Lanski, qui a mis au monde certains de mes enfants. Il est leur médecin de famille.  Logiquement, puisque ce sont mes enfants, si le mot famille est utilisé au sens propre, alors ça devrait être le mien aussi. D’ailleurs, si je me souviens bien, c’est même lui qui m’a testé pour des MTS en 1993. J’aurais dû y penser avant.

Je me rend à sa clinique.  Je donne mon nom au comptoir et attend une heure et demie dans la salle d’attente.  Il m’appelle.

Dr LANSKI: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
Dr LANSKI: Qui est votre médecin de famille?
MOI: Euh…!? C’est pas vous?
Dr LANSKI: Non!
MOI: Mais voyons donc! Vous vous occupez de mes enfants depuis qu’ils sont nés.
Dr LANSKI: Oui, je suis le médecin de famille de vos enfants, mais je ne suis pas le votre.

Pourquoi est-ce qu’on les appelle médecins de famille s’ils ne soignent pas tous les membres d’une même famille? Tu parles d’une idiotie.

Dr LANSKI:Vous n’avez jamais pris de rendez-vous avec moi, vous êtes toujours venu à l’urgence.  Voilà pourquoi des fois c’est ma femme (médecin également) qui vous traitait.
MOI: Bon, d’accord, vous n’êtes pas mon médecin de famille.  Mais vous m’avez pourtant fait passer un test de dépistage en 1993.  Pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas maintenant?
Dr LANSKI: Quel âge aviez-vous en 1993?
MOI:
Euh… 24 ans, 25 après le 21 juillet. 
Dr LANSKI: Et bien voilà! Quand il s’agit de tests de dépistage de MTS, les cliniques le font afin de diminuer l’engorgement des hôpitaux. Sauf que l’âge limite est 25 ans. À votre âge, si vous voulez passer un test, vous avez deux options: Vous pouvez aller à l’Hôpital de Verdun, ou bien voir votre médecin de famille.

Incroyable!

La maison des fous, ce n’est rien à côté de tout ça.

MOI: Bon, d’accord, mais dites-moi au moins ceci: Comment est-ce que je pourrais obtenir un médecin de famille. Genre, vous, par exemple?
Dr LANSKI: Il me faudrait un mot de recommandation de votre médecin de famille actuel.
MOI: Il est mort!
Dr LANSKI: Alors c’est bien regrettable, je ne peux rien faire.

Bon!

Je ne suis pas homme à lâcher prise facilement, surtout si c’est dans le but d’obtenir quelque chose que, apparemment, tout le monde arrive à avoir sans problème. De retour chez moi, je vais sur Google et je cherche des cliniques à Montréal qui font des tests de dépistages de MTS. J’en trouve une près de chez moi, sur l’avenue Verdun. J’y vais. Après deux heures d’attente, on m’appelle.

DOCTEUR: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: J’aimerais passer un test de dépistage de MTS.
DOCTEUR: Très bien, donnez-moi un moment pour remplir ce document. Une fois rempli, allez juste le porter au centre de prélèvements de l’Hôpital de Verdun. Vous leur donnez, ils vous font des prélèvements, et ils feront les tests.
MOI: Wow! Merci beaucoup!

Eh ben! Avec tout ce que j’ai traversé, je suis étonné de la facilité de la chose.  Je me rend au centre de prélèvements de l’Hôpital de Verdun.  Celui-ci est fermé depuis quelques minutes.

Le lendemain, j’y retourne aux heures de bureau. La salle d’attente est presque vide. Je me présente au comptoir, donne le document, répond à quelques questions, et vais m’asseoir. On m’appelle en dix minutes.  Une interne me remet deux petites fioles.

INTERNE:  Allez à la salle de bain et remplissez d’urine ces deux contenants, puis revenez les porter ici.
MOI: Euh… C’est tout? C’est bien pour un test de dépistage de MTS, oui?
INTERNE: Oui.

Eh ben! Je suppose que de nos jours, la médecine est tellement avancée qu’un simple échantillon d’urine est suffisant pour trouver toute trace de ce qu’on pourrait avoir.  Et moi qui m’imaginais devoir y laisser 3 litres de sang et me faire ramoner l’urètre avec une brosse à bécosses.  Oh well, je ne me plaindrai pas.

Je ramène les contenants remplis à l’interne. Elle me dit que j’aurai les résultats dans une semaine. C’est tout heureux que je reviens chez moi.  Ça a pris du temps. Mais là, au moins, je vais enfin savoir. Plus qu’une semaine avant la tranquillité d’esprit.

Une semaine passe. Pas de nouvelles.

Deux semaines. Toujours pas de nouvelles.

Je retourne au centre de prélèvements et demande au sujet de mes résultats.

INTERNE: Oh, nous ne pouvons pas donner ces informations confidentielles aux patients. Ça a été envoyé directement au docteur qui les a demandé.

Ok!  C’est MOI qui a demandé ces tests.  C’est MOI qui s’est fait tester.  Ce sont des tests sur MON état de santé.  Mais ils n’ont pas le droit de m’en donner les résultats?  Mais c’est quoi cette logique de marde?

Très bien alors, je retourne à la dernière clinique. J’attends. On m’appelle, mais je ne revois pas le même docteur que la dernière fois

DOCTEUR: Bonjour. Comment puis-je vous aider?
MOI: Je suis venu pour passer un test de dépistage de MTS il y a deux semaines. J’ai été envoyé à l’hôpital de Verdun pour les prélèvements et ils m’ont dit que les résultats avaient été envoyés ici.
DOCTEUR: Le docteur qui vous a envoyé à Verdun, c’est votre médecin de famille?
MOI: Non!
DOCTEUR: Alors je suis désolé, mais la loi ne lui permet pas de vous donner les résultats de ces tests. Seul un médecin de famille à le droit de le faire. Et à votre place, je le contacterais sans tarder pour qu’il communique avec nous. Parce que si au bout de trois semaines, les renseignements sont non-réclamés, ils sont aussitôt détruits.
MOI: Et si je n’ai pas de médecin de famille?
DOCTEUR: Alors vous pouvez toujours vous présenter à l’urgence de l’hôpital de Verdun.

…Urgence de l’hôpital de Verdun qui, au tout début de cette histoire, a refusé de me traiter parce que je n’ai pas baisé sans condoms durant ces 5 dernières années.

Il semblerait donc que la meilleure façon pour moi de savoir si j’ai une MTS serait de coucher sans protection avec une vierge de moins de 25 ans, et que ce soit elle  qui aille passer un test de dépistage au CLSC.

Devant le manque de volontaires, je me suis donc dirigé au privé quelques années plus tard.  Pour 620$, j’ai été testé sur toutes les ITS imaginables.  J’ai reçu certains résultats immédiatement, d’autres plus tard par courriel.  Ils furent tous négatifs. 

Et depuis, pas une fois depuis n’ais-je fait awing-ahan sans porter le condom.  La tranquillité d’esprit vaut bien cette petite discipline.

12 faits sur les conjoints qui choisissent de te juger négativement

L’une des leçons de couple les plus pénibles que j’ai eu à apprendre, surtout parce que c’est l’une de celles qui m’a pris le plus de temps à comprendre, c’est que tu ne peux pas changer la mentalité de l’autre au sujet de la vision qu’elle a choisi d’avoir de toi. 

Surtout si cette vision est aussi erronée que négative.  

Il y a quelques temps, je parlais des prophètes auto-réalisateurs.  Il s’agit de gens qui, justement, choisissent d’avoir une vision de toi aussi fausse que négative, pour ensuite  mettre tout en œuvre pour prouver qu’ils ont raison à ton sujet.  Et ça inclut créer eux-mêmes le problème, dans le but de provoquer en toi ce comportement qu’ils cherchent sans cesse à te reprocher.

Tout le long de ma vie, j’ai plusieurs fois été confronté à ce genre de personnes.  C’est déjà assez pénible d’en avoir dans notre entourage, imaginez quand en plus il s’agit de la personne avec qui vous êtes en couple. 

Ce dernier cas m’est arrivé à trois reprises.

D’abord, La mère de mes enfants, qui s’attendait à ce que je sois infidèle.  Tout le long de notre relation, elle m’accusait de l’être, en se basant sur les indices les plus anodins et illogiques pour appuyer ses soupçons.  Mais puisqu’elle n’a jamais trouvé de véritables preuves (assez difficile en effet de prouver quelque chose qui ne s’est jamais produit) alors elle s’est arrangée avec son amie Linda pour tenter de créer elle-même cette situation jusque-là inexistante : Elles m’ont offert un ménage-à-trois.  Même en déclinant leur offre, ça ne lui a jamais enlevée l’idée que je voulais en baiser une autre.  Ça lui a juste fait croire que je voulais en baiser une autre, sans sa présence.

Puis il y a eu Christine, qui s’attendait à ce que je sois un frustré sexuel.  Alors tout le long de notre relation, elle m’accusait d’en être un, et s’arrangeait toujours pour trouver des indices anodins et ridicules pour appuyer ses soupçons.  Et puisqu’elle n’en trouvait pas, alors elle s’arrangeait pour créer elle-même des situations pouvant provoquer ce genre de frustrations. 

Enfin, il y a eu Geneviève la coloc de l’enfer, qui tenait à prouver que j’étais un frustré tout court.  Mais dans son cas, c’est compréhensif, puisqu’elle est conflictuodépendante.  Alors évidemment, elle créait le conflit non-stop.

À chaque fois que tu es confronté à cette personne, c’est la même chose :  Ça ne sert à rien de lui répéter que tu n’es pas comme ça.  Ça ne sert à rien de lui démontrer que tu n’es pas comme ça. Le mieux que tu puisses faire suite à ses accusations mensongères, c’est de lui prouver qu’elle se trompait à ton sujet. 

Or, peu importe le nombre de fois où tu le lui prouve, ça ne la décourage pas de t’en accuser.  Bien au contraire.  Elle continuera toujours à chercher à te prendre en défaut.  Des défauts qu’elle est la seule à voir en toi. 

Un jour, j’ai compris douze vérités de base toutes simples à ce sujet : 

  1. Les gens normaux te jugent d’après tes faits, gestes et paroles.
  2. Au-delà de ça, tu n’as pas à prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. 
  3. S’ils te jugent d’après des faits, gestes et paroles qui n’existent que dans leur imagination, alors ce n’est pas avec toi qu’ils ont une relation.  C’est avec leur imagination.  En fait, c’est avec eux-mêmes.   
  4. Si l’autre s’acharne à avoir une image erronée de toi, bien que cette image ait été mille fois prouvée fausse, c’est parce que c’est avec ce genre de personne qu’elle veut vraiment être.
  5. Autrement dit, cette personne n’en a rien à foutre de ce que tu es vraiment.  Pour elle, seule compte l’image qu’elle a choisi d’avoir de toi.
  6. C’est parce qu’elle s’est conditionnée à d’être confrontée à ça.
  7. C’est parce que ça lui convient, d’être confrontée à ça.
  8. C’est parce qu’elle a besoin d’être confrontée à ça.
  9. C’est parce qu’une personne qui s’est conditionnée à survivre dans la discorde est incapable de vivre dans l’harmonie.
  10. C’est parce qu’elle a beaucoup de ressentiment envers le genre de personne qu’elle voudrait que tu sois.  Et tant et aussi longtemps que tu lui prouves que tu n’es pas comme ça, alors tu l’empêches d’obtenir la satisfaction morale de confronter cette personne imaginaire qu’elle projette en toi.  Donc plus tu lui donnes des preuves comme quoi elle n’a aucune raison de t’en vouloir, et plus ça lui donne des raisons de t’en vouloir.
  11. Par conséquent, avec cette personne, inutile d’être franc, droit et irréprochable, elle refusera toujours de croire que tu l’es.
  12. Et surtout, inutile d’être patient et inutile d’être compréhensif, car c’est inutile de croire qu’elle va finir par entendre raison.  Avec une personne qui ne voit en toi que ce qu’elle veut voir, tu perds ton temps.

À l’époque où j’étais un Nice Guy / White Knight, je croyais bêtement que ces filles étaient du matériel de choix pour fonder un couple. Tu prends une fille qui a toujours sorti avec des trous d’cul, tu lui montres que tu n’es pas comme ça, et voilà : Ayant vécu le pire, elle trouve que tu es une extraordinaire amélioration, en comparaison avec le reste de la population masculine.  Heureuse d’avoir enfin trouvé l’homme idéal, elle t’aime sans retenue et vous vivez dans l’amour et l’harmonie jusqu’à la fin des temps.  

… Du moins, ça me semblait logique. 

Malheureusement, j’ai appris à la dure que quand une personne se plaint d’avoir toujours eu le même problème dans toutes ses relations, ça veut généralement dire que (au choix) :

A ) Elle n’est attirée que par ce genre de personne.
B ) Elle est convaincue que tous les hommes sont ce genre de personne.

C ) 
Elle les accuse tous (à tort ou à raison) d’être ce genre de personne.
D ) 
Elle tient à prouver que tous les hommes sont ce genre de personne.
E ) Elle les provoque tous à devenir ce genre de personne.
F ) 
Toutes ces réponses.

Au mois d’avril dernier, alors que je testais les rencontres sur Tinder, il y avait cette femme avec qui le courant passait bien.  Cependant, elle se méfiait des hommes qui étaient encore amis avec leurs ex.  Selon elle, l’amitié entre ex, ça n’existe pas.  Il faut toujours qu’il y en ait un des deux qui continue de désirer l’autre.   

Lors de notre seconde et dernière rencontre dans un café, elle me demande :

 « Depuis combien de temps que t’es pu avec ton ex? »
« Quatorze mois, soit depuis le 16 février 2017. »

Elle allume alors son téléphone et me montre cette photo de moi, tirée de mon Facebook. 

« Le 16 février 2017, tu dis?  Eh bien ton ex a posté cette photo de toi sur ton mur de Facebook le 5 août 2017. »
« Ok! »
« Je suppose que c’est elle qui a pris la photo? »
« Exact! »

Et là, avec un ton de voix où se mêlent le reproche et la condescendance, elle me brandit son cell au visage.

« Tu t’es-tu vu la face?  Tu vois-tu comment tu la regardes?  C’est pas le regard d’un gars qui n’est plus amoureux de son ex, ça!   Un gars qui regarde son ex de-même, c’est parce qu’il est toujours accro à elle. »

Eh boy!

J’aurais pu lui expliquer que mon expression faciale venait tout simplement du fait que l’on sortait de table et que j’étais repu d’une délicieuse et bourrative soupe Ramen maison, et que j’étais maintenant assis devant mon émission télé favorite en compagnie de mes deux minets ronronnants.  Et c’est en me voyant dans ce moment de bien-être total que Flavie s’était amusée à m’immortaliser. 

J’aurais pu également lui montrer d’autres photos de mon Facebook, prises par aucune de mes ex, dans lequel j’ai le même air de béatitude, démontrant que je n’ai pas besoin d’être amoureux pour faire cette face d’ahuri.

En fait, j’aurais même pu tordre la vérité pour à la fois lui donner raison, histoire de la satisfaire, tout en me disculpant de manière logique de ses accusations : Je n’aurais eu qu’à lui dire que même si j’avais encore été amoureux lorsque Flavie a pris cette photo, il s’était écoulé huit mois depuis.  Et, tel que je venais de lui dire, ça faisait quatorze mois depuis notre séparation.  Donc que même si j’avais encore eu quelques restants de sentiments amoureux pour mon ex au moment de cette photo, ceux-ci auraient eu largement le temps de disparaître.  D’où mon inscription sur Tinder le mois précédent, d’où notre rencontre.   

Mais voilà, face à une attitude soupçonneuse et accusatrice comme la sienne, j’ai compris immédiatement que ça ne me servirait rien de me justifier sur quoi que ce soit.  Cette femme était convaincue que l’amitié post-couple n’existait pas, et elle était à l’affût du moindre indice qui pourrait lui prouver son point contre moi.  Même si j’effaçais toutes mes photos de toutes mes ex, même si je coupais tout contact avec elles, même si je mettais aux poubelles tous mes meubles et toutes mes possessions du temps où j’étais avec elles, ça ne lui suffirait jamais.  Elle continuerait toujours de me faire vivre ses soupçons.  Je le sais, c’est exactement ce que j’ai vécu avec la mère de mes enfants.

Je me suis donc épargné un avenir négatif, frustrant et moralement énergivore, en lui disant ce qu’elle voulait entendre :

« Ouais, tu as raison!  Si je suis sur Tinder, c’est pour l’oublier en me jetant dans une nouvelle relation.  Si ça ne te convient pas, je comprendrai. »

Ça ne lui convenait pas.  Elle m’a dit de rentrer chez moi, d’aller régler mes problèmes personnels, au besoin d’aller suivre une thérapie, au lieu de faire perdre leur temps aux autres en prétendant mensongèrement être guéri de mon obsession pour mon ex.

En étant faussement d’accord avec elle, j’ai donné à cette femme quelque chose qu’elle aurait pu gâcher le reste de nos deux vie à chercher en vain : Une preuve comme quoi elle avait raison de croire que j’étais aussi pire qu’elle m’imaginait.  En lui accordant ça dès le départ, tout le monde gagne :  Elle est satisfaite d’avoir eu raison à mon sujet, et moi je suis satisfait de m’être évité une relation de couple merdique.  Un couple dans lequel elle n’aurait pas été en relation avec moi, mais plutôt avec la version imaginaire qu’elle s’était créée pour prendre la place de celui que je suis vraiment.

Il y a une raison pourquoi il est inutile de perdre son temps avec ces gens-là. C’est que quand une personne prétend savoir d’avance ce que tu es et ce que tu fais, c’est qu’elle est aussi prétentieuse qu’orgueilleuse.  Les personnes de ce genre-là ne sont pas reconnues pour admettre leurs erreurs.  Et surtout pas face à ceux qu’ils préjugent de façon négative et méprisante.

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Y’A LIENS LÀ:

La saga du casino, 3 de 3: De pire en pire.

Premier avril 1994. Maintenant que Kim a joué et perdu notre budget du mois au casino la veille, nous voilà incapables de payer le loyer, le téléphone, l’électricité, l’épicerie.  Le  prochain chèque de chômage arrivera dans deux semaines.  Non seulement celui-ci ne sera pas suffisant pour payer le loyer, de quoi vivra t’on pour les quatorze prochains jours?   

Le lendemain, Kim me propose une solution.  Elle a parlé de notre situation à sa mère.  Influencée par sa chance au jeu, la belle-mère se montre généreuse.  Aussi, elle consent à nous laisser habiter dans sa propriété.  Tandis que les parents de Kim vont continuer d’occuper tout le rez de chaussée, tout le sous-sol et la cour arrière, nous aurons l’un des appartement de l’étage au-dessus.  Et mieux encore: Nous pourrons y loger gratuitement.  Tout ce qu’elle nous demande en retour, c’est de rénover l’appartement, le nettoyer, le remettre en état. 

Je trouve cette proximité fort déplaisante.  Mais dans notre situation, on ne peut pas se permettre de cracher sur un loyer gratis.  N’empêche qu’en acceptant ce marché, je deviendrai dépendant de Kim et de sa mère, soit celles qui ont causé notre ruine financière pour commencer.  Et puisque la belle-mère refuse de me faire signer un bail, elle pourrait m’expulser n’importe quand et je n’aurais aucun recours devant la loi.  Bref, j’aurai intérêt à accepter ses abus présents et futurs si je ne veux pas me retrouver dans la rue.  Sans argent pour survivre par moi-même, est-ce que j’ai autre choix que d’accepter cet odieux marché?  

De mon appartement de Verdun, nous avons amené avec nous le peu de nourriture qu’il nous restait. Une fois le frigo bien vidé et nettoyé, j’ai coupé le courant. Inutile de laisser, le frigo et le réservoir d’eau chaude fonctionner pour rien. Puis, je vais voir le propriétaire pour le rassurer comme quoi je vais le payer éventuellement, c’est juste que je serai en retard.  (Dans les faits, je n’arriverai jamais à rattraper ce retard.  Quand je remettrai les clés de mon appartement de Verdun à la fin de juin, ce sera toujours en leur devant un mois.) 

Ainsi, durant tout le mois d’avril, je déménage mes choses au compte-goutte d’un appartement à l’autre, tout en nettoyant, réparant et repeignant.  

Pendant ce temps-là, la belle-mère maintient son infernal rythme de vie, séparant sa journée entre son travail et le casino, ne prenant que deux heures de sommeil sur vingt-quatre, et ce de façon quasi quotidienne.

Je réalise que ça commence à ne plus aller trop bien sous sa coiffure quand un soir, avant de partir, elle me dit:

« Bon ben soyez sages, les enfants, j’m’en va à ma deuxième job. »
« Quelle deuxième job? »
« Au casino. »
« C’est quoi comme job? »
« Chu payée pour m’asseoir aux machines. J’en joue pis j’gagne. »

Je reste intrigué. Je ne comprends pas pourquoi le casino l’aurait embauchée pour jouer. J’en parle à Kim qui me confirme qu’en effet, la belle-mère dit n’importe quoi. Elle n’est pas à l’emploi du casino. Elle ne fait qu’aller y jouer.  C’est juste qu’elle a décidé d’appeler ça son second emploi, probablement pour soulager sa conscience d’être devenue irraisonnablement accro au jeu.

Nous dormons toujours lorsque la belle-mère revient du casino aux petites heures du matin. Par contre, à tous les soirs lorsqu’elle revient de sa journée de travail de livreuse, c’est là qu’elle se vante à nous du montant qu’elle a gagné au casino la veille. Comme la fois où elle entre fièrement en disant à Kim :

« Devinez quoi? J’ai gagné six cent piasses hier. »
« Au oui? Pis où c’est qu’y’est, c’t’argent-là? »
« Ben là, je l’ai rejoué, qu’est-ce tu penses? M’as pas me contenter de gagner d’un p’tit montant d’même, franchement. »

Ses pertes d’argent par centaines de dollars par jour ne l’empêchent pas de me faire la morale au sujet de mes propres dépenses. Le lendemain de l’annonciation de son gain de six cent dollars rejoué et perdu, j’achète une petite poussette pliante usagée pour bébé William dans une vente de charité, au prix extrêmement dérisoire de deux dollars. La belle-mère passe un bon cinq minutes complet à gueuler comme quoi c’est niaiseux de ma part d’avoir gaspillé de l’argent pour une telle scrap.

Me faire ainsi rabaisser à répétition par quelqu’un qui est très mal placé pour me faire la morale sur mes dépenses, ça finit par me faire perdre ma patience et ma politesse.  Je sais bien qu’on ne doit pas insulter quelqu’un sous son propre toit, surtout quand la personne est ta propriétaire et qu’elle peut t’expulser à la moindre saute d’humeur.  Mais il y a quand même bien des limites à se faire chier dessus.  Surtout quand le sujet de dispute est un achat nécessaire qui a si peu coûté.  Aussi, même si nous sommes devant son mari et sa fille, je me permet de lui répondre:

« Dépenser deux piasses au sous-sol d’église et revenir avec une poussette, ou dépenser six cent piasses au casino et revenir avec rien…  C’est quoi le plus niaiseux? »
« C’est toé! »

Qu’est-ce que vous voulez répliquer face à une mauvaise foi pareille?

Mai 1994. Au bout de ces deux mois à deux heures de sommeil par jour, le bilan n’a rien de brillant. En plus de jouer au casino tout l’argent cash qu’elle reçoit quotidiennement lors de ses livraisons de lait, elle a vidé ses comptes de banques incluant celui de son mari. Par conséquent, elle n’a plus rien pour payer ses factures mensuelles.  Comme Kim et moi le mois dernier.  À ceci près que la belle-mère possède plusieurs biens de valeur, ce qui lui permet de s’en tirer. 

Et ce premier bien de valeur dont elle se voit obligée de se départir, c’est la belle Lincoln Continental dont elle était si fière. Elle n’en tire qu’un peu plus de la moitié de sa valeur réelle. Elle n’a pas le choix, la banque menace de reprendre la maison. L’argent obtenu de la vente de l’auto lui permet de remettre ses états de comptes à zéro. Elle ira jouer le reste au Casino.

N’empêche que si elle a appris sa leçon et qu’elle arrête maintenant, sa vie peut encore reprendre son cours normal d’antan, sans pertes à essuyer.

Juin 1994. Elle insiste. Ses pertes et ses dettes sont telles qu’elle vend ses placements, ses assurances vie et sa collection de monnaie rare. Je ne sais pas si elle utilise cet argent pour jouer ou bien pour payer ses dettes, mais à la fin de ce mois, soit lundi le 27, alors que je suis au logement d’en haut dans lequel nous avons enfin fini de nous installer, je reçois la visite d’une jeune femme qui se dit huissier.  Ça augure mal.

Juillet 1994. Incapable d’honorer ses paiements mensuels, la belle-mère en est réduite à vendre les seules choses de valeur qui lui reste, soit son camion réfrigéré et son permis d’exclusivité sur son territoire de livraison. De toute façon, elle n’a même plus l’argent nécessaire pour payer à Québon le lait qu’elle revend. En désespoir de cause, elle s’obstine à aller au casino, en jouant les miettes qui lui restent dans une dernière tentative de se refaire.

Août 1994. La belle-mère est incapable de faire les paiements de la maison.  Et cette fois, il ne lui reste plus rien à vendre.  Par conséquent, la banque en reprend possession.  Ceci m’affectera personnellement de deux répercussions aussi inattendues que fâcheuses et injustes. 

La première répercussion : Je reçois une facture par la poste, à mon nom, dans laquelle la banque me réclame le plein montant du loyer selon l’estimation de la ville, qui est de trois cent cinquante dollars par mois.   Mieux encore: Puisque la belle-mère ne rembourse plus la banque depuis juin (Car oui, elle a préféré jouer cet argent, chose qu’elle nous avait jusque-là cachée) ils me réclament trois mois de loyer, pour un total de $1050.00.
(À l’époque, un appartement coûtait environs 100$ par pièce.  Puisque c’était un 3½, ça explique le 350$ mensuel réclamé par la banque.  De nos jours (2018) c’est le double. Multiplié par trois mois, la banque me réclamait l’équivalent de $2 100.00)

Et pourquoi est-ce que la facture est à mon nom?  Parce que Kim, étant la fille de la propriétaire, elle y échappe, puisque la loi permet de loger gratuitement des membres de la famille.  Étrangement, le fait que je sois le père de son fils, ce n’est pas suffisant pour me considérer légalement comme étant de la famille. 

Refusant de payer pour les conneries de la belle-mère, je décide de tirer avantage de son refus de me faire signer un bail.  J’appelle la banque au numéro fourni avec la facture.  Je discute avec une représentante de la banque au téléphone, qui me demande:

« Écoutez monsieur, si vous n’habitez pas à cette adresse, comment ça se fait que nous avons votre nom sur le document du huissier en date du vingt-sept juin dernier? »
« 
Parce que oui, c’est moi qui lui ai ouvert la porte. Mais la fille m’a juste dit qu’elle était huissier, qu’elle travaillait pour la banque, et qu’elle voulait savoir mon nom. Elle m’a jamais dit ce qu’elle venait constater au juste.  Et surtout, elle ne m’a jamais demandé si j’habitais là. »
« 
Qu’est-ce que vous faisiez dans ce logement, d’abord? »
« 
Je suis le chum de Kim Sinclair, qui se trouve à être la fille de la propriétaire, fa que je la visitais, c’est tout. »
« Et vous répondez toujours à la porte à sa place quand vous la visitez? »
« Oui, quand elle est au sous-sol à faire du lavage, comme c’était le cas cette fois-là.  Et si vous voulez une preuve, je vais vous envoyer une copie de mon bail attestant que j’habite au 5855 avenue Verdun à Verdun. Chu su’l’BS, j’peux quand même pas me payer deux logements. »

Elle n’insiste pas et ma facture est annulée. Encore heureux qu’elle ait marché dans mon bluff, car si j’habitais vraiment au 5855 avenue Verdun à Verdun le jour ou madame la huissière est passé, ce n’est plus le cas maintenant.  De tous les problèmes que me causeront la famille Sinclair depuis que j’ai eu le malheur de commencer à fréquenter Kim, ça demeurera le seul et unique duquel j’arriverai à me tirer.  Au bout du compte, le fait que je n’ai jamais signé de bail à la belle-mère, ça aura contribué à me tirer de cette situation, puisque la banque n’aura aucune preuve que j’y habitais.  Et après ça, on dira encore que deux négatifs ne font pas un positif.   

Quant à la belle-mère, la banque lui a faite une offre: Elle peut continuer d’occuper tout le rez de chaussée, le sous-sol et le terrain, mais à condition quelle puisse leur payer un loyer, toujours calculé selon l’évaluation municipale.  Combien?  Oh, une bagatelle: $900.00 par mois ($1 800.00 en argent de 2018) Et dans son cas aussi, multiplié par trois ($5 400.00) pour cause d’arrérages.  Évidemment, après s’être ruinée au casino, elle ne le pouvait pas.  Elle a donc été priée de vider les lieux.  

Cinq mois après avoir gagné son véhicule de luxe, la belle-mère a tout perdu.  Vingt longues années de dur labeur, de sacrifices et d’économies, évaporés en vingt petites semaines de jeu.  Pendant ce temps-là, j’utilise toujours la poussette usagée pour bébé William que j’ai achetée pour deux dollars.  Voilà qui démontre clairement c’est laquelle de nous deux, finalement, la personne la plus niaiseuse.

Ce qui m’amène à la seconde répercussion: Il me faut de nouveau déménager, alors que l’on vient à peine de finir de s’installer, après que j’aille passé deux mois à tout rénover de fonds en combles.  

Les beaux parents déménageront dans un appartement misérable de Lachine.  La belle-mère ne travaillera plus jamais par la suite. Elle vivra de la pension de son mari pour qui cette aventure marquera le début de la retraite. Au moins, avec lui qui contrôle les finances, il pouvait s’assurer que les frais mensuels (Loyer, électricité, téléphone, etc.) soient payés en premier. Elle continuera de jouer le peu qu’il leur reste, tout en refusant obstinément de reconnaître qu’elle a un problème de jeu.  Et elle continua de vivre ainsi jusqu’à sa mort en 2011, dû à un cancer causé par quarante ans de tabagisme intense.  Elle est donc morte comme elle a vécu: Victime de ses mauvaises décisions.

La saga du casino m’aura appris quelque chose à la dure: Pas besoin d’être soi-même accro au jeu pour voir sa vie ruinée par celui-ci.  Il suffit que quelqu’un de notre proche entourage le soit.

La saga du casino, 2 de 3: Pour le pire…

Début de mars 1994. Le lendemain de sa soirée au Casino où ils lui ont remis les clés de la Lincoln Continental, la belle-mère n’a de cesse d’admirer son véhicule. Puis, en soirée, après avoir soupé, elle se change et repart au casino en disant:

« Bon ben à c’t’heure que j’ai gagné le char, m’as aller gagner l’argent pour les plaques, les assurances pis l’enregistrement. »

Et devinez quoi?  C’EST ARRIVÉ!   Le hasard a voulu qu’elle en revienne ce soir-là avec plusieurs milliers de dollars, soit de quoi couvrir toutes les dépenses relatives à l’auto. Après ce coup-là, la belle-mère deviendra totalement accro au casino, voyant la chose comme le juste retour de karma d’une longue vie de misère, de travail acharné et de sacrifices.

Petit historique de la famille Sinclair (D’après ce que Kim m’en a dit.)
Les Sinclair viennent de Charlevoix.  Vers la fin des années 1970, sans consulter son mari, la (future) belle-mère a pris la décision de vendre la maison et d’installer la petite famille à Montréal. Elle se foutait bien du fait que son mari et leurs filles Kim et Muriel se retrouvaient brusquement déracinés. Elle voyait la grande ville comme étant une terre d’opportunité, l’équivalent du American Dream, capable de faire sa fortune. Après divers emplois, elle a pu s’en mettre assez de côté pour se payer un camion réfrigérant et est devenue livreuse de produits laitiers pour Québon.

A force de temps, de travail et de sacrifices, elle a réussi à devenir propriétaire d’une maison à revenus, soit le triplex dans lequel ils vivent en ce moment. Or, elle fit son achat avant de le faire inspecter par la ville.  Par conséquent, elle s’était bien faite avoir. La maison lui avait été vendue en tant que quadruplex.   Lorsqu’un inspecteur passa, il lui signala que l’appartement du sous-sol était illégal, puisqu’il n’y a qu’une seule sortie, ce qui enfreint toutes les règles de sécurité.

Ensuite, un des logements du haut était loué à un BS.  Un an après l’achat de la maison, il est parti en devant plusieurs mois de loyer. La belle-mère a dépensé beaucoup en frais légaux pour le retracer et le traîner en cour. Elle y a appris, à son grand désarroi, que quand tu poursuis une personne qui est sans le sou, le plus que la Cour peut faire, c’est lui donner l’ordre de rembourser à coup de quelques dizaines de dollars par mois, montant dérisoire quand le loyer en retard et les dépenses légales montent à plusieurs milliers de dollars. Le locataire n’a payé ce montant dérisoire qu’une seule fois, avant de disparaître de nouveau. La belle-mère ayant perdu assez d’argent dans cette aventure comme ça, elle n’a eu d’autre choix que de laisser tomber.

Enfin, la vieille dame qui habitait au logement restant est partie vivre en foyer pour personnes âgées.  Et c’est ainsi que cette maison qui devait générer un revenu de trois loyers, qui aurait pu payer l’hypothèque et bien plus, s’est transformée en gouffre financier.

Suite à son expérience avec le locataire BS, la belle-mère considère qu’on ne peut pas se fier aux jeunes.  Aussi, elle ne veut louer qu’à des personnes âgées.  Mais voilà, quand ces gens cherchent un appartement, ils essayent d’éviter les escaliers autant que possible. Les deux logements du 2e étage ne trouvent donc pas preneurs et sont vacants depuis des années.

Malgré tout, à force de travail, d’épargne et à mener une vie bien rangée, elle accumulait peu à peu: Des véhicules, des placements, une collection de monnaie rare, etc…  Son seul excès, c’était le tabagisme, fumant un ou deux paquets par jour.

Le travail de livreuse de la belle-mère lui prend 14 heures par jour, 6 jours par semaine. Son horaire de la journée s’établit ainsi: Lever à 5:30, départ à 6:00 vers l’entrepôt de Québon. Le temps d’y arriver et de remplir le camion de sa commande de lait de la journée, elle repart à 7:30 pour commencer ses livraisons à 8:00, et les terminer à 17:00. Puis, après le souper, elle fait sa comptabilité de la journée jusqu’à 22:00. Puis, elle va se coucher et dort jusqu’au lendemain matin, 5:30.

À partir du moment où la belle-mère devient accro au casino en cette fin d’hiver 1994, son horaire de la journée reste inchangé de 5:30 à 17:00. Cependant, une fois revenue à la maison, elle mange maintenant à toute vitesse, fait sa comptabilité, puis se change et part au volant de sa Lincoln Continental en direction du casino. De nos jours, le casino opère 24/7.  Mais à ses débuts, il était fermé de 3:00 à 6:00 am.  Elle y reste donc jusqu’à la fermeture, à trois heures du matin. Elle revient à la maison et dort de 3:30 à 5:30, puis elle se lève et repart travailler. Elle maintiendra ce rythme infernal à deux heures de sommeil par jour de façon quasi quotidienne pendant au moins deux mois.

Mais entre-temps …

Dernier jour de mars 1994. Voilà un mois et demi que Kim et moi sommes allés au casino pour la première et dernière fois.  Et nous subissons encore les conséquences de son excès de dépenses.   Attablés à notre appartement de Verdun, nous faisons nos comptes. En comptant l’argent que Kim a en banque dans notre compte conjoint et en l’ajoutant à celui du chèque de chômage qu’elle va recevoir demain chez sa mère, et en soustrayant nos factures mensuelles, on constate qu’il va nous manquer cinquante dollars pour pouvoir payer les quatre cent du loyer à remettre demain.

Il me vient alors une idée. Un plan logique, à risque minime.  Je l’expose à Kim:

« On pourrait prendre un risque calculé. »
« C’est à dire? »
« On pourrait aller au casino, mais en limitant nos dépenses à cinquante piasses. Si on gagne, notre problème est réglé. Si on perd, on va être dans le trou de cent piasses au lieu de cinquante, mais ça ne va pas nous mettre dans l’trouble tant que ça. Dans un cas comme dans l’autre, ça va pouvoir se régler à ton prochain chèque de chômage dans deux semaines. »
« Ouais! Ça a ben d’l’allure. Ok, let’s go! »

Nous passons à un guichet automatique. Kim retire cinquante dollars (On pouvait retirer des multiples de 10 à l’époque), et on se rend au casino. Une fois arrivés, on se le sépare en vingt-cinq pièces de un dollar chacun, et on part chacun de notre côté.

Probablement influencé par le gain de la belle-mère, je m’assois aux machines qui entourent une Lincoln Continental.  Pour gagner l’auto, il faudrait que je joue la mise maximale de trois dollars et que les trois chiffres 7 apparaissent sur mon écran. Je joue en alternant au hasard la mise, mettant parfois un dollar, parfois deux, parfois trois.

Et là, tout juste après avoir mis trois dollars, J’AI LE TRIPLE SEPT!

Pendant deux secondes, je crois avoir gagné l’auto, mais la machine commence à me verser une chute de pièces de un dollar. Je déchante un peu en réalisant que pour que je puisse gagner l’auto, il aurait fallu que sortent dans l’ordre le 7 bleu, le 7 blanc et le 7 rouge. Dans mon cas, les couleurs étaient dans le désordre. Cependant, je ne m’en plains pas car cette combinaison me rapporte deux cent quarante dollars. Satisfait et heureux que mon plan ait fonctionné, je remercie le ciel d’être venu me donner ce très apprécié coup de pouce. Je ramasse mes gains, me lève et viens pour partir.  Mais Kim, qui avait déjà perdu sa part, arrive et ne l’entend pas de la même façon.

« Tu vas quand même pas sacrer l’camp juste comme tu commences à être chanceux? »
« Pourquoi rester? On a gagné l’argent qui nous manque pour le loyer, on a récupéré notre mise de départ, pis on se retrouve en plus avec cent quarante piasses en bonus. Ça va nous permettre de faire une bonne épicerie.  Ou même, tiens, de te permettre de rembourser ce qui reste de ta dette à la Caisse Populaire.   J’trouve qu’on est déjà assez chanceux comme ça. »
« Come on!  Tu serais vraiment un estie d’cave d’abandonner une machine qui commence à cracher. »
« Ça c’est le genre de mentalité qui perd son homme.  C’est exactement en pensant comme ça que tu t’es endettée ici le mois dernier. »
« C’est pas pareil.  Là, c’est pas de l’argent qui provient de mon compte de banque.  C’est d’l’argent du Casino. »
« Faut savoir quand s’arrêter si on veut pas toute perdre. J’aime ben mieux être reconnaissant de ce que j’ai eu plutôt que d’être frustré de ce que j’ai pas. »

Je viens pour partir vers le guichet dans le but d’échanger mes pièces contre de l’argent en papier, mais elle m’empoigne par la chemise pour me retenir et continue de m’insulter de plus belle  pour mon manque d’ambition.  Craignant qu’elle me fasse une scène en plein casino, je lui refile une vingtaine de dollars pour qu’elle puisse continuer à jouer. Elle les perd en trois minutes et m’en réclame davantage.

Comme je la connais, je sais trop bien que je n’aurai pas fini d’en entendre parler si j’insiste pour que l’on parte tout de suite. Je lui suggère donc un compromis: Moi je rentre à la maison avec les cent dollars qui manquent à notre budget, et je lui laisse le reste qu’elle pourra continuer de jouer. Elle accepte.

Je rentre à la maison, satisfait d’avoir sauvé la situation et fier d’avoir su jouer de façon intelligente. C’est dommage pour l’épicerie, quand même. Bah! Si c’est ce que ça prend pour qu’elle ait sa leçon et que ça lui fasse perdre ses envies de jouer, ça aura valu le coût.  En comparant ma manière de jouer avec la sienne, elle verra bien qu’il n’y a pas plus vrai que le proverbe qui dit « Qui ne risque rien n’a rien, qui risque tout perd tout. »

Le lendemain matin, j’appelle Kim afin de lui demander si elle a reçu et déposé son chèque de chômage, afin que je puisse aller payer mon loyer. (En cette époque pré-tout-l’monde-a-un-cell, ça signifie que j’appelle la ligne de maison, chez ses parents)  Ça ne répond pas.

Je sens que ça augure mal.

Je la rappelle en vain à toutes les heures, de dix heures du matin jusqu’à dix-sept heures trente, soit au moment où ses parents reviennent de travailler. Son père me répond qu’elle n’est pas là, mais qu’il lui fera le message de me rappeler.

Le soir venu, c’est passé vingt-trois heures que Kim me rappelle enfin. Elle est en pleurs, dans un état de grande déprime. Elle m’explique qu’hier elle a perdu tout ce que je lui ai refilé au casino.  Alors ce matin, dès qu’elle a reçu son chèque de chômage par la poste, elle n’a pas accepté de rester sur cet échec. Elle est tout de suite allé l’échanger pour ensuite filer au casino pour le jouer.

Après l’avoir tout perdu, refusant toujours l’échec, elle a continué sur sa lancée. Elle a retiré de notre compte commun l’argent de l’électricité, l’argent du téléphone, l’argent des produits pour bébé William, le reste de l’argent du loyer, et elle a terminé sa lancée en jouant toute la monnaie dans ses poches, jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus que quinze sous, soit trop peu pour la moindre machine.  Elle n’a même pas mangé de la journée, pour ne pas « perdre » au restaurant du Casino de l’argent qui aurait pu la faire gagner.

Je regarde sur la table de cuisine, contemplant les cent dollars que j’ai ramené du casino hier, et je me sens m’effondrer moralement. Hier, il me manquait cinquante dollars pour payer mon loyer. Aujourd’hui, à cause de la stupidité et de l’hypocrisie de Kim, il m’en manque trois cent. Et je ne parle que du loyer, car je n’ai maintenant plus rien non plus pour payer les factures de téléphone et d’électricité.

Plus je fais des efforts pour me sortir de la merde, et plus les agissements de Kim m’y renfoncent encore plus profondément. Au moins, mon cent dollars permettra d’acheter des produits de première nécessité pour bébé William. Mais à part ça, nous sommes totalement ruinés.  

À quoi ça sert d’agir de façon intelligente et réfléchie quand notre sort dépend de gens qui se comportent de façon imbécile?

 

À CONCLURE

La Saga du Casino, 1 de 3: Pour le meilleur…

Cette histoire se passe lorsque j’avais 25 ans, à l’époque où j’étais jeune père de mon premier fils, vivant avec Kim, ma conjointe.

Février 1994. La tante de Kim, une des sœur de ma belle-mère, vient leur rendre visite lors d’un matin enneigé. Elle est descendue exprès de Charlevoix dans son beau char sport de luxe pour aller faire un tour au Casino de Montréal nouvellement construit. Elle nous invite à l’y accompagner.

Au début, Kim ne tient pas à ce que je vienne avec elles car, me dit-elle, il s’agit d’une sortie entre membres de sa famille. Je n’ai absolument rien contre ça, et je me porte volontaire pour rester à la maison et garder William. Je n’ai jamais mis les pieds dans un casino, mais je considère que je suis trop pauvre pour aller risquer le peu d’argent que j’ai dans des jeux de hasard. Sans compter que je n’ai jamais eu la fièvre du jeu et je tiens à ce que ça reste ainsi.

Kim change alors d’avis et insiste pour que je les accompagne. Je refuse en lui expliquant mon point de vue, mais ça ne la rend que plus insistante. Le père de Kim n’aime pas non plus l’idée d’y aller. Problème réglé: C’est lui qui gardera William. Je me vois donc obligé de les accompagner. J’ai appris ce jour-là que les sièges arrières d’une auto sport de luxe, c’est très étroit et inconfortable. Payer si cher pour un véhicule si peu pratique. Décidément, je ne comprendrai jamais les riches.

Et nous voilà au Casino, ancien pavillon de la France de l’Expo 67.

Kim me fournit quarante dollars. J’en échange la moitié en pièces de un dollar et l’autre moitié en pièces de vingt-cinq sous. On se sépare.

Je joue environs une heure et demi avec mes vingt-cinq sous, mais je finis par tout perdre, à trois pièces près. Je décide donc d’arrêter les frais et d’aller me faire ré-échanger mes vingt pièces de un dollar contre un billet de vingt. Je me rends au comptoir d’échange et leur donne les pièces. La fille au comptoir les met sur un compteur automatique qui affiche $20.00. La fille dépose sur le comptoir devant moi un billet de dix, un billet de cinq, deux billets de deux, et quatre pièces vingt-cinq sous.

« Que c’est ça? »
« Votre argent monsieur. »
« C’est parce que si j’ai pris la peine de vous donner vingt pièces de une piasse, c’est pour avoir un billet de vingt. Est-ce que je pourrais en avoir un s’il vous plaît? »
« J’m’excuse. C’est le règlement. Chu obligé de donner un peu de monnaie aux clients sur leur départ. »

Je mets ma main dans ma poche, j’en ressors trois pièces de vingt-cinq sous et je les lui montre.

« J’en ai déjà, des vingt-cinq cennes. Si j’avais voulu de la monnaie, je vous aurais demandé de la monnaie. »

Le client a toujours raison, surtout s’il refuse de se laisser marcher sur les pieds. La fille reprend l’argent et me remet un billet de vingt. Je la remercie et pars en me demandant bien c’est quoi la logique de ce règlement stupide.

Je déambule en cherchant machinalement la sortie. Et c’est là que je constate un truc qui ne m’avait pas frappé à mon arrivée. L’intérieur du casino est fait en cercle. L’entrée est à une extrémité, le comptoir de change est à l’autre bout complètement, et il n’a a pas de chemin qui mène directement de l’un à l’autre. Le client qui vient d’échanger ses pièces contre des billets doit passer à travers un compliqué dédale de machines avant de trouver la sortie, et puisque nous sommes dans un cercle, même un gars comme moi qui a un très bon sens de l’orientation peut facilement se perdre. Dans ce temps-là, tant qu’à avoir encore un peu de monnaie en main, on a le réflexe de céder à la tentation de les jouer dans une machine, ne serait-ce que pour s’en débarrasser. C’est ce que je fais avec mes soixante-quinze sous. La machine m’entretient ainsi un bon quart d’heure avant de finir par tout me gober.

Pendant une seconde, je ressens l’envie d’aller ré-échanger mon billet de vingt contre de la monnaie pour continuer à jouer. Je me ressaisis aussitôt parce que c’est là que je réalise l’arnaque.

Ainsi, le règlement obligeant les caissières à toujours rendre un peu de monnaie avec les billets, le fait que le comptoir de change se situe à l’extrême opposé de la sortie, le fait qu’il faut repasser dans un labyrinthe désorientant pour aller de l’un à l’autre, la structure en cercle sans points de repères, tout ça a été créé de manière à inciter les gens à dépenser encore plus. Cet endroit n’est rien d’autre qu’un immense piège à cons. Je trouve ça révoltant. Je viens de passer moins de deux heures au Casino de Montréal, et ça m’a suffi pour m’en dégoûter à tout jamais.

Je retrouve Kim et lui fait part de mes constatations en lui exprimant mon désir de partir d’ici. Les affaires ont l’air de rouler mieux pour elles car ni Kim ni sa mère ni sa tante n’ont envie de partir pour le moment. Bah, au rythme où l’endroit dépouille les gens, je me dis que ce n’est qu’une question de temps.

N’ayant rien d’autre à faire, je me promène dans la place et observe, ce qui me permet de constater certaines choses qui ne font que renforcer mes principes contre ce genre d’endroit. D’abord, l’heure n’est affichée nulle part ici. Même les employés ne portent pas de montre. Je m’en rends compte parce que je commence à avoir faim, ce qui me porte à croire qu’il doit être près de midi, mais je ne peux pas le vérifier car j’ai oublié ma montre chez Kim. La seule raison logique que je vois pour que le casino ne donne pas l’heure à ses clients, c’est pour qu’ils ne voient pas le temps passer, et ainsi jouent plus longtemps. Cette théorie se confirme lorsque je vois que plusieurs dizaines de serveurs vont et viennent sans cesse dans la place en distribuant gratuitement des boissons non-alcoolisées. Alors que j’en demande une, je me fais répondre :

« Désolé monsieur, les boissons ne sont offertes qu’aux gens qui sont assis à une machine. »

Je comprends aussitôt le principe : Avec l’estomac toujours plein, les joueurs ne ressentent pas la faim, ce qui fait qu’ils perdent encore plus toute notion du temps.

Et je n’ai pas encore parlé de toutes ces lumières à couleurs vives qui clignotent sans cesse, gardant les gens dans un état de frénésie. Moi-même, une personne calme de nature, je n’arrive que difficilement à me mettre en état de tranquillité devant ces flashs incessants. Et il n’y a pas que les lumières: Depuis que je suis entré ici, tout ce que j’entends, ce sont les centaines de ♫ DING-DING-DING-DING ♫ et des ♫ TOUNG-TOUNG-TOUNG-TOUNG ♫ incessant des machines, souvent entrecoupés des ♫DRIIIIIING♫ de celles qui sont gagnantes. Non seulement ça remplit l’air d’un sentiment éternel de possibilité de gagner, mais à la longue ça nous abrutit. Lorsque j’ai joué tout à l’heure, j’ai pu constater par moi-même que quand on est assis en face d’une machine et que l’on fixe l’écran, le son et les lumières nous empêchent d’avoir des pensées cohérentes pendant qu’on y joue, ce qui nous met dans un état de quasi hypnose. Mettre de l’argent dans la machine devient alors un réflexe, et on joue en ne pensant plus à rien. Je constaterai plus tard que quand on passe la journée à entendre ces cloches, on continue de les entendre lorsque l’on revient chez soi, en particulier quand on se couche le soir. Ça fait que le casino nous reste en tête plusieurs heures après que l’on en soit partis, ce qui ne peut que nous inciter à y retourner.

Je n’en reviens pas de comment tout dans l’organisation de cet endroit semble avoir été pensé de façon à pouvoir influencer les gens, au point où ça en devient quasiment du contrôle mental de masse. Les organisateurs du casino savent comment le cerveau humain réagit selon tel ou tel stimulus, et ils s’arrangent pour provoquer ceux qui vont dans le meilleur de leurs intérêts. Pour être franc, je ne sais pas si je dois en être révolté ou bien si je dois admirer une telle ingéniosité. Ça prend une grande compréhension de la psychologie humaine pour pouvoir mettre sur pied un tel concept.

Je perdrai cependant toute admiration que j’ai pour leur ingéniosité en constatant que le guichet automatique de la Caisse Populaire situé au casino est réglé de façon à avoir deux fonctions qui, si elles sont encore légales en 1994, n’en sont pas moins immorales. Primo, ce guichet ne te dis jamais la balance de l’argent qu’il reste dans ton compte, ni à l’écran ni sur reçu imprimé. Il t’est donc impossible de savoir jusqu’à quel point tu peux dépenser. Secundo, et celle-là me répugne particulièrement, c’est que la machine te permet de retirer plus d’argent que ce que tu as dans ton compte.  C’est ainsi que Kim verra son compte de la Caisse Pop se retrouver dans le rouge de plusieurs centaines de dollars qu’elle a eu à rembourser à la caisse, et ce avec intérêts. Encore heureux que j’ai décidé de garder mon vingt dollars.

Suite à cette mauvaise expérience, ni Kim ni moi ne retournons au casino. Sa mère, par contre, y retourne souvent, et elle a assez de chance pour presque toujours en revenir avec quelques petits gains.

Un soir cependant, c’est plus qu’un simple petit gain qu’elle ramène. Elle a remporté une voiture. Et pas n’importe laquelle: Une Ford Lincoln Continental de l’année. Le genre de véhicule tellement luxueux que tu as quasiment besoin d’un brevet de pilote pour conduire, tellement le tableau de bord est complexe. C’est Kim qui m’annonce la chose au téléphone avec une voix très déprimée.

« Moé j’y va une seule fois pis j’m’endette par-dessus à’ tête avec la Caisse Pop. Pis elle, à y va pis à gagne un char. Fuck, là, à’ pas besoins d’un autre char, à’ l’a déjà une Audi. Pourquoi c’est tout l’temps ceux qui le méritent moins qui ont toujours toute? Hostie qu’c’est pas juste. »

Bien que je ressente moi-même un peu de frustration du fait que ce prix ait été remporté par une personne aussi mesquine, je peux honnêtement dire que mon problème principal avec ça n’a rien à voir avec la jalousie. C’est juste que je sens que ça augure mal.  Avec la personnalité des femmes de la famille Sinclair, c’est le genre d’événement qui risque d’avoir des répercussions qui peuvent nous mettre dans de gros ennuis.

Le lendemain soir, c’est en grandes pompes que la belle-mère ira prendre possession de son véhicule. D’abord, une grosse limousine blanche passera la prendre et l’amènera au casino. Ensuite… Et bien ensuite je ne sais pas, parce que je désapprouve ce qui est en train de se passer, alors je refuse d’y aller. Kim, sa sœur et son père accompagneront la belle-mère, mais moi je prétexterai avoir à m’occuper de William pour rester à la maison. De toute façon, dans la journée, elle me passe le message de manière non-subtile comme quoi il n’y aurait pas assez de place pour tout le monde dans la limousine. Ce qui est totalement faux, démontrant une fois de plus la personnalité mesquine de la belle-mère.

En tenant bébé William dans mes bras pendant que je lui donne le biberon, je regarde la belle-famille entrer dans le long véhicule de luxe qui détonne particulièrement dans cette rue de Saint-Henri, réputé quartier pauvre. Je suppose que ça explique la présence de quelques curieux sur les trottoirs. Le chauffeur en uniforme leur tient la porte ouverte et la referme derrière eux. Puis il retourne au volant et ils partent. Je regarde l’impressionnante voiture disparaître au coin.

« Mon p’tit Will, t’es mieux d’ben attacher ta tuque. Parce que de la façon que je connais ta mère pis ta grand-mère, j’ai bien peur qu’on est en train d’assister au début de la fin. »

Cette impression se révélera prophétique.

À SUIVRE

Comment j’ai appris à fermer ma gueule. Épisode 2 : Un jugement de cave.

Quatre ans se sont écoulés depuis le premier billet de la série Comment j’ai appris à fermer ma gueule.  Voici donc la suite que personne n’a jamais demandée.

Au début de l’année 2002, la montée de la popularité de l’internet combinée avec celle du manga en tant que style de dessin, fit exploser le phénomène du webcomic avec des séries populaires maintenant disparues comme Mac HallChugworth AcademySexy Losers (de qui on doit le mot FAP comme onomatopée de masturbation), et quelques autres qui existent encore aujourd’hui comme Something PositivePenny Arcade, et Sinfest

Considérant que telle serait la voie de l’avenir dans la BD, j’ai (possiblement) créé le premier webcomic québécois avec Collège Artiztech, sur la plateforme gratuite Geocities.  Sans pour autant prétendre que la série se qualifie en tant que manga, le style graphique de plusieurs personnages emprunte à différents degrés à l’école japonaise de la BD. 

Pour le personnage du directeur du collège, je tenais surtout à m’éloigner le plus possible du cliché que l’on voit trop souvent dans les mangas lorsqu’il s’agit d’une personne dans un poste d’autorité, c’est à dire un monsieur petit, vieux, chauve et obsédé sexuel.  J’ai juste gardé le côté obsédé et j’ai changé le reste.  Voici sa fiche de personnage:

FICHE DE PERSONNAGE: Ayant fait fortune au milieu des années 80 en tant que chanteur populaire, Richard Dicaire eut envie d’aider les jeunes artistes amateurs à faire connaître leurs talents.  Voilà pourquoi il a fondé le Collège Artiztech, une école qui se spécialise dans tous les domaines des arts.  Directeur du collège, il est surnommé Le Dic par les étudiant.  Comme on peut le voir au premier coup d’oeil, Richard n’a pas l’air de s’être rendu compte que la mode a évoluée depuis qu’il était adolescent.  Voilà pourquoi il porte encore le même style de vêtements et de coiffure que dans les années 80, en croyant toujours que ça lui donne l’air jeune et branché.
Richard a également une forte libido qui le pousse encore et toujours à tester ses charmes chez tout ce qui bouge, est jeune et féminin, en particulier les étudiantes.  Il est l’archétype du playboy qui vieillit mal.

Alors que je travaillais sur la série, je l’ai annoncée d’avance sur un forum de BD québécoise.  Dans ce sujet, on parlait de nos projets de BD personnels. Après avoir donné un bref résumé de la série, je décris le personnage du directeur du collège comme étant « Un cave qui ne s’est pas rendu compte que la mode avait changé en 20 ans, voilà pourquoi il se coiffe et s’habille encore comme lorsqu’il était ado dans les années 80: Parce qu’il croit stupidement que ça lui donne encore l’air jeune. »   Personnellement, je ne connaissais personne qui était comme ça. N’empêche que c’était un phénomène que j’avais déjà observé quelquefois chez les gens de mon âge.

Environs une semaine plus tard, je poste fièrement sur le forum le premier strip de Collège Artiztech.

À l’époque, je travaillais pour Safarir.  Et il se trouve que le rédacteur en chef était membre du forum.  En voyant ça, il commente: « Pas mal! Mais pourquoi est-ce que le directeur est un adolescent? »

Avant que j’aille eu le temps de voir son message, un autre membre du forum a répondu en me citant.  Comme ça, tout le monde a pu voir que je considérais que mon rédac-chef était « Un cave qui ne s’est pas rendu compte que la mode avait changé en 20 ans », car, comme le démontre son commentaire, « il croit stupidement que [ce look dépassé] lui donne encore l’air jeune. »  

Et voilà qui a jeté un froid dans notre relation.  Puisque j’avais écrit ça quelques jours avant son commentaire, c’est évident que je ne le visais pas LUI particulièrement.  Je n’avais aucune idée que lui aussi, comme trop de gens, ne se rendait pas compte que la mode des jeunes avait évoluée en vingt ans.  Mais d’un autre côté, en traitant ces gens-là de cave, ça voulait aussi dire que je le trouvais cave lui aussi.  S‘en est suivi un malaise qui fit que notre relation garda un froid pour le reste du temps où il occupa ce poste à Safarir.  Même que pendant ses deux ou trois derniers mois à ce poste, il a tout simplement cessé de me passer des commandes.  

Ce n’est que l’un des nombreux faux pas que j’ai commis dans le milieu de la BD québécoise, jusqu’à ce que je le quitte pendant sept ans à la fin de l’été 2008.  Celui-là n’a pas été le dernier et surtout pas le pire.  Mais j’en ai tiré une bonne leçon: Ce n’est jamais une bonne idée de se moquer des travers des gens, et encore moins de passer de sévères jugements à leur sujet, sans savoir si notre entourage inclut des gens qui peuvent s’en sentir visés.

Surtout si l’une de ces personnes est celui qui signe ton chèque de paie.

 

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Si vous voules voir les 50 gags suivants de Collège Artiztech, c’est ici.

Être bidon par réflexe de survie.

Face à une même situation, plusieurs personnes réagiront de manières différentes, selon leur personnalité. Imaginons, par exemple, différents hommes qui manifestent de l’intérêt envers une femme, mais que ce n’est pas réciproque.

  • Un gars réagira en étant frustré et entrera dans une terrible colère.
  • Un autre ressentira de la tristesse.
  • Un autre se sentira humilié.
  • Un autre se fera une raison, haussera les épaule et passera à autre chose.
  • Un autre tirera des leçons de cette expérience et en ressortira grandi et/ou plus sage.
  • Un autre décidera de mettre des efforts afin de devenir un jour le genre d’homme qui aura ce qu’il faut pour plaire au genre de femme qu’elle est.
  • Et un autre aura comme réflexe de manifester un méprisant déni de la situation.

Et c’est là le sujet de ce billet.  

Cette personne (se) dira alors des trucs du genre de : « Pfff… Je n’en voulais pas, de toute façon! Je faisais juste la tester parce qu’elle avait l’air de s’intéresser à moi. Je voulais juste lui remettre les pendules à l’heure afin de lui éviter de languir pour rien, puisque je n’en ai rien eu à foutre. Mais bon, je vois bien qu’elle ne m’aime pas. Ou du moins, qu’elle PRÉTEND ne pas m’aimer. Comme si elle avait ce qu’il faut pour me plaire. Pauvre conne! »

Par le passé, j’ai plusieurs fois parlé de ce que j’appelle le réflexe de survie. En gros, c’est une méthode qu’utilise l’ego afin de diminuer chez certaines personnes l’impact de se trouver face à une situation qui est, pour elle, trop décevante. C’est le réflexe d’essayer de se convaincre soi-même que non seulement la situation que l’on vit n’est pas quelque chose de négatif, c’est une situation volontaire, une que l’on contrôle.

Tant que la personne se limite à essayer de s’en convaincre soi-même, ça reste un choix personnel qui ne regarde qu’elle. Mais voilà, on a beau essayer de se convaincre, on ne peut se cacher à soi-même la vérité. Dans ce temps-là, deux choses peuvent arriver :

  • Ou bien la personne décide de faire face à la vérité. Ensuite, elle agit selon ses capacités morales et/ou physiques et/ou financières. 
  • Ou alors, cette personne n’a pas la capacité morale de faire face à la vérité, et elle pousse le bouchon plus loin: Pour mieux se convaincre elle-même, elle va d’abord commencer par en convaincre son entourage.

Vous connaissez la classique « Qui est-ce que vous essayez de convaincre ici? Les autres, ou bien vous-mêmes »  Eh bien voilà, c’est ce genre de cas :  Ceux qui se créent une personnalité bidon par réflexe compensatoire.

 En général, il est assez facile de repérer ces gens.  Il y a quatre signes qui ne trompent pas :

Premier signe comme quoi c’est une personnalité bidon : Il insiste toujours pour se présenter en tant que personne respectueuse, honnête, droite et irréprochable.  En général, il se vante de suivre un code de conduite et d’avoir de belles valeurs de morale, de vertu, et surtout, DE RESPECT!  Il en tire fierté et orgueil, et il ne s’en cache pas.

Second signe comme quoi c’est une personnalité bidon : On constate que ce code de conduite, il l’exige sans cesse chez les autres.  Mais on n’a que rarement, sinon jamais, l’opportunité de le voir l’appliquer lui-même.

Troisième signe comme quoi c’est une personnalité bidon :  Il utilise très souvent ce code afin de rabaisser les autres.  Or, rabaisser les autres, c’est à l’extrême opposé de la plus grande vertu qu’il prétend posséder : le respect.

Quatrième signe comme quoi c’est une personnalité bidon :  À la première opportunité qu’il a de montrer qu’il pratique ce qu’il prêche, il échoue de façon aussi lamentable que spectaculaire.

Le 4e signe met parfois des années à se manifester.  Mais tôt ou tard, cette personne sera confrontée au genre de situation qui lui demandera d’appliquer sur elle-même son code de conduite.  Et si je dis qu’elle échouera, c’est pour une raison bien simple:  Quand quelqu’un a besoin de suivre un code de conduite pour être respectueux, honnête, droit et irréprochable, tout ce que ça veut dire, c’est que ce n’est pas dans sa nature d’être respectueux, honnête, droit et irréprochable.  Et si je dis que c’est spectaculaire, c’est que quand on ne cesse d’attirer l’attention du public sur nos prétendues vertus, alors on a toute l’attention du public, donc on se donne en spectacle, lorsque l’on démontre que tout ça c’était bidon.

Dans ma vie, j’ai connu au moins cinq personnes qui agissaient ainsi.  Toutes les raconter prendrait une éternité.  Aussi, j’ai décidé de prendre un exemple au hasard.  Ça va comme suit:

La situation négative : La nature n’a pas été généreuse avec Armand. N’ayons pas peur des mots : Il est laid. Et il le sait. De ses 14 à 26 ans, il a vu tous les membres de son entourage expérimenter le couple et le sexe.  Tandis que lui, aucune fille ne l’a jamais regardé.

Le réflexe de survie : Faire comme si son célibat et sa chasteté étaient quelque chose de volontaire.  Il a commencé à s’afficher comme étant l’apôtre des belles vieilles valeurs en matière de couple et de sexualité. 

Pour convaincre les autres :  Il porta ainsi son jugement sur les relations des autres, étalant l’erreur qu’ils font de croire qu’ils sont compatibles, pointant leurs trop grandes différences sur les points qui comptent vraiment, démontrant qu’ils ne sont pas en couple pour les bonnes raisons.  Il les jugea comme dépendants affectifs ou sexuels, sinon comme des désespérés au point de prendre n’importe qui.  Quant aux gens infidèles, (quant aux gars infidèles, devrai-je dire, car là-dessus il ne juge que les hommes) il roulait des yeux, déplorant que 99.999999% des hommes sont tellement contrôlés par leurs hormones que pour eux, les filles ne sont rien que des vide-couilles, et sont totalement interchangeables. 

Lui, par contre, est capable de se contrôler.  Lui, il respecte la femme.  Lui, il a de belles valeurs sociales.  Lui, ne sortira pas avec n’importe qui.  Lui, saura trouver LA bonne, celle qui lui convient vraiment.  Et quand on a trouvé celle qui nous convient, la fidélité ne demande aucun effort, puisque l’on n’a nul besoin d’aller voir ailleurs.   

Un jour, il a choisi une fille belle et populaire de son entourage, et a décidé que ce serait celle-là, la sienne.  Il est devenu son bon ami proche, son confident.  Pendant les huit années qui suivirent, il était toujours là pour elle.  Il l’encourageait dans son désir d’avoir une relation de couple avec tel ou tel gars, alors qu’il savait bien qu’ils ne lui conviendraient pas.  Et lorsque ça se terminait inévitablement en catastrophe, il était toujours là pour la comprendre, la soutenir, la consoler.  Il était doux, câlin, affectueux.  Il la prenait dans ses bras, toujours en contact physique avec elle.  Mais attention, toujours de manière platonique.  

Au bout de ces huit ans, lasse, découragée et moralement démolie par tous ses échecs amoureux répétitifs, elle lui a enfin dit la phrase classique qu’il attendait depuis si longtemps : 

« Au fond, c’est un gars comme toi qu’il me faudrait! » 

Il n’a pas attendu qu’elle reprenne ses esprits, il l’a prise au mot.  Il l’a embrassé.  Confuse, en moment de faiblesse, déjà habituée au contact physique avec lui, et ayant quand même provoqué cette réaction par ses paroles, elle s’est laissée faire.

Le soir-même, après avoir couché avec elle pour la première fois, il l’a demandé en mariage.  Elle était surprise de la rapidité de cette proposition.  Mais il a su la convaincre avec les arguments logiques qu’il avait soigneusement préparé pour ce jour depuis plusieurs années : Elle l’a dit elle-même, c’est un gars comme lui qu’il lui faut.  Quant à lui, il l’a toujours aimé.  Et ça fait presque une décennie qu’ils sont bons amis proches, alors ce n’est pas comme s’ils avaient encore besoin d’apprendre à se connaître.  Alors si elle décline sa proposition de mariage, ça peux juste vouloir dire qu’elle ne voulait pas vraiment vivre dans un couple solide et harmonieux.  Sinon, pourquoi hésiter à rendre la chose officielle avec lui?  Ce n’est pas comme si elle n’avait pas perdu les huit dernières années de sa vie à essayer de trouver mieux que lui.  En vain! 

Confuse devant un tel étalage d’arguments logiques, elle s’est laissée manipuler à croire que lui seul pouvait lui offrir le couple harmonieux qu’elle n’a jamais réussi à obtenir lorsqu’elle choisissait elle-même ses partenaires.  Et puis, maintenant que leur relation de profonde amitié vient de passer à l’étape sexuelle, qu’elle le veuille ou non, voilà, c’est fait, ils sont intimes maintenant.  Ça ne sera plus jamais pareil entre eux.  Veut-elle risquer de perdre une amitié si chère en s’obstinant à chercher ailleurs, alors qu’elle a huit ans d’échecs amoureux derrière elle pour lui prouver que ce sera lui ou personne?  Elle s’y est donc résignée.

Quelques mois plus tard, ils s’épousaient.  Et ceci n’a fait que lui confirmer qu’il avait toujours eu raison de penser et d’agir comme il l’a fait. 

Mais voilà, il a beau s’en faire accroire, il reste que si sa femme était vraiment celle qui lui était destinée, elle aurait voulu de lui dès le départ, et non par découragement après avoir été manipulée stratégiquement pendant huit ans.  Il n’en est que trop conscient.  Et ça, c’est une autre chose que son ego a de la difficulté à assumer.  Aussi, par réflexe compensatoire, il cherche à prouver, aux autres autant qu’à lui-même, que son couple repose sur des bases supérieures à celles des autres. 

Aussi, il fallait toujours qu’il fasse la leçon à son entourage, sermonnant ceux dont la vie amoureuse n’était pas aussi droite et harmonieuse que la sienne semblait l’être.  J’ai personnellement eu droit de sa part un commentaire plein de mépris.  En m’entendant décrire à un ami commun un problème que j’avais avec la mère de mes enfants, il vient se mêler à la conversation pour me dire: « Ben là, pourquoi tu fais des enfants à une femme de qui tu n’as rien à chier? »

C’est ça, le réflêxe compensatoire: Quand on n’arrive pas à s’élever au-dessus des autres, on compense en rabaissant les autres plus bas que soi.

Mais voilà, tôt ou tard, la personne vit une situation qui teste les convictions qu’elle prétend avoir. Et c’est là qu’elle se montre sous son vrai jour, qui se trouve à l’extrême opposé de tout ce qu’elle prétend être.

La situation qui l’a testé: Il était marié depuis environs trois ans.  Une jeune femme, vague connaissance à lui, vient un jour frapper à sa porte.  Je ne sais pas sous quel prétexte elle s’était rendu là.  Mais une chose est certaine: Elle s’est offerte à lui. Sexuellement!

Sa réaction : Il l’a baisée!

Eh oui! Lui! L’apôtre de la fidélité. Celui qui a toujours répété qu’il était contre le sexe sans amour. Celui qui a toujours prétendu être l’homme d’une seule femme. Lui, l’homme marié.  Celui qui a toujours prétendu que l’homme qui est en couple avec la bonne n’a pas besoin d’aller voir ailleurs.  Celui qui se dit en parfait contrôle de ses impulsions sexuelles. Celui qui s’est toujours permis de rabaisser quiconque étant dans une relation qui n’entrait pas dans ses étroits standards moraux. 

À la première opportunité qu’il a eu de démontrer qu’il pratique ce qu’il prêche, il a plutôt démontré à quel point il n’a jamais été rien d’autre que totalement bidon.

Mais bon, quand on ne croit pas avoir ce qu’il faut pour plaire à une femme, on s’attend encore moins à pouvoir plaire à deux femmes en même temps.  C’est facile de se prétendre fidèle, dans ce temps-là.

Constater qu’il ne valait pas mieux que tous ceux qu’il rabaissait, ce fut difficile à avaler pour son ego.  Aussi, histoire de rattraper le coup, il décida d’utiliser la situation afin de pouvoir encore se montrer meilleur que tout le monde:  Les autres hommes caupables d’adultères essayent toujours de s’en tirer?  Ils essayent de passer la chose sous silence?  Ils essayent de se justifier?  Ils sont irresponsables et cherchent à ne subir aucune conséquences de leur transgressions?  Eh bien il ne sera pas comme ça, lui.  Il fera la chose noble, lui.  Aussi, il a décidé qu’il ne méritait pas son épouse.  Il a décidé de faire son mea culpa.  Il a décidé d’avouer publiquement son adultère.  Il a décidé de quitter le logement commun et de divorcer.  Et il a décidé d’annoncer tout ça sur Facebook.

Mais voilà…

Est-ce qu’il a consulté sa femme avant de la tromper?  Non!
Est-ce qu’il a consulté sa femme avant de décider à sa place qu’elle ne voudrait plus de lui?  Non!
Est-ce qu’il a consulté sa femme avant de décider de quitter leur appartement commun?  Non!
Est-ce qu’il a consulté sa femme avant de décider de divorcer?  Non!
Est-ce qu’il a consulté sa femme avant de l’afficher comme étant cocue à tous leurs parents et amis sur Facebook?  Non! 

Ce qui prouve que dans le fond, tout le respect qu’il a toujours prétendu accorder à la femme en général, et à la sienne en particulier, ça n’a jamais existé. Toutes ses belles paroles, toutes ses belles valeurs morales, ça n’a jamais été que du vent.  Rien d’autre qu’un Viagra pour son ego.

En tout cas, tout le long où j’étais avec la mère de mes enfants, je ne l’ai jamais trompée.  Ce qui démontre clairement c’est lequel de nous deux qui n’en avait vraiment rien à chier de sa conjointe, finalement. 

Si votre réflexe de survie vous oblige à vous faire croire que vous êtes autre chose que la réalité, c’est votre affaire. Mais si vous imposez votre moralité bidon autour de vous, sachez que tôt ou tard, les circonstances vous amèneront à vivre publiquement le genre de situation contre lequel vous sermonnez les autres. C’est inévitable. Et là, tout le monde verra ce que vous êtes vraiment. Par conséquent…

  • Ceux qui vous appuient vont se sentir stupides, de voir que tout ce temps-là ils n’appuyaient que du vent.
  • Ceux qui comptent sur vous vont se sentir choqués, déçus, abandonnés, que vous les laissiez si brusquement tomber.
  • Ceux qui vous ont subi se sentiront humiliés et frustrés de voir que vous leurs avez imposé un code moral que vous n’êtes même pas fichu de suivre vous-même.

En fait, les seules personnes qui vont voir du positif dans tout ceci, ce sont vos détracteurs. Détracteurs qui, m’en doutez pas, existent en grande partie à cause de votre attitude sermonneuse chiante dont ils ont étés la cible. Ceux-là n’ont pas fini de se réjouir de vos déboires, d’en rire et de les raconter à la moindre occasion.

Et voilà pourquoi personne n’a de pitié ni de respect pour ceux qui se font passer pour ce qu’il ne sont pas, n’ont jamais été et ne seront probablement jamais.

 

Les commentaires sensuels et/ou sexuels et/ou pervers.

Une fille vient de changer de photo de profil sur Facebook.  Elle est mince, dans la mi-vingtaine, et a les cheveux noirs attachés en deux queues de cheval de chaque côtés de la tête.  Sur sa photo, on la voit en chemise blanche à manches courtes.  La chemise, très serrée, est ouverte et contourne ses volumineux seins, qui sont eux-mêmes dans un soutien-gorge rouge ouvert en V, le tout bordé de dentelles.  Le visage légèrement penché par en avant, elle regarde directement la caméra par-dessus ses lunettes, tout en suçant un popsicle. 

 Les commentaires sous la photo se divisent en cinq catégories :

  • CATÉGORIE 1 : Ses ami-e-s qui lui disent des trucs anodins du style de « Jolie photo! »
  • CATÉGORIE 2 : Des hommes qui lui font des commentaires sensuels et/ou sexuels et/ou pervers.
  • CATÉGORIE 3 : La fille de la photo qui se plaint de recevoir des commentaires sensuels et/ou sexuels et/ou pervers.
  • CATÉGORIE 4 : Les gens qui lui disent que si elle ne veut pas recevoir des commentaires sensuels et/ou sexuels et/ou pervers, alors elle a juste à ne pas poster une telle photo.
  • CATÉGORIE 5 : Les gens qui répliquent que rien ne justifie de tels commentaires, et que c’est son droit de choisir son look sans devoir subir des commentaires déplacés.

 Il y a quelques jours, on a attiré mon attention sur cette photo et sur les commentaires, histoire de me demander mon avis.  Je me suis trouvé un peu désemparé.  C’est que je dois admettre que c’est un sujet sur lequel je refuse de me pencher depuis un bon dix ans.  Mais j’avais une bonne raison pour ça.  Et la voici:

Durant les quinze années où les forums étaient populaires (1998-2012) je me suis vite rendu compte que lorsque le sujet de discussion est sur le thème de la relation agresseur/victime, l’un des premiers commentaire amène la notion de la responsabilité.  Et ça, comme le veut le cliché, c’est la gazoline sur le feu, et personne ne sera à court de bidons (pleins) à y lancer.  Peu importe ton opinion, peu importe la logique de tes arguments, peu importe que tu responsabilises l’un, l’autre, les deux, aucun des deux, les circonstances, le hasard ou rien du tout, tu vas te faire massacrer par tous ceux qui ont une opinion différente de la tienne.  Car sur ce genre de sujet,  les gens ne vont pas attaquer tes arguments, ils vont t’attaquer TOI!  Et la confrontation va continuer comme ça pendant plusieurs jours, sans jamais que personne ne recule d’un pouce.  À la fin, lorsque les gens en auront marre de cette dispute qui ne mène nulle-part, le sujet mourra par lui-même.  Mais rendu là, le mal sera fait.  L’opinion des gens à ton sujet sera négative, et ce pour de bon.  Et au nombre de gens qui ont vu leurs vies se faire ruiner suite à quelque chose qu’ils avaient écrit en ligne, plus personne n’est assez idiot pour encore affirmer que « internet, c’est pas la vraie vie! »  Et c’est pour ça que je me tiens loin de ce genre de truc.

Mais aujourd’hui, je me rends compte que oui, je peux avoir une opinion là-dessus sans pour autant me faire scalper à coup de marteau.  Et c’est parce que je vais m’adresser aux hommes de la catégorie 2, ceux qui lui font des commentaires sensuels et/ou sexuels et/ou pervers.  Et je m’adresserai à eux, non pas pour leur taper dessus, non pas pour leur faire la leçon, mais pour leur donner quelques trucs à retenir, afin qu’ils puissent se protéger des désagréments décrits dans le paragraphe précédent.  Ça va comme suit :

Truc à retenir 1. Est-ce que la fille t’a envoyé cette photo à toi, personnellement, tout seul, en privé?  Non? Alors ça veut dire que tout le côté sexy de cette image ne s’adressait pas à toi personnellement.  Par conséquent, elle ne veut rien savoir de l’effet qu’elle te fait.  Est-ce que tu veux te subir un incessant barrage d’insultes de toutes part pour lui avoir envoyé ce que tu croyais qu’elle voulait recevoir?

Truc à retenir 2. Depuis #MoiAussi #MeToo, c’est la mode de dénoncer tout comportement qui puisse être vu comme étant inapproprié de la part d’un homme envers une femme.  Ça inclut les commentaires sensuels et/ou sexuels et/ou pervers.  Dans cette optique, une photo de profil telle que décrite plus haut, ça sert aussi à repérer les gars qui font ce genre de commentaires.  Une fois qu’ils se sont fait prendre, ils se font dénoncer et crucifier publiquement.  Voulez-vous être victime de la mode? 

Truc à retenir 3. Parfois, une victime aura trop peur de son agresseur pour le confronter.  Alors pour se défouler, elle va provoquer des gens, jusque-là innocents, à faire ou dire un truc qui puisse sonner similaire à ce que disait/faisait son agresseur.  Ça lui donne une excuse pour se venger sur vous, sans avoir peur de subir de représailles.   Avez-vous envie de payer pour ce qu’un autre lui a fait?

Truc à retenir 4. Certaines personnes ont besoin d’exorciser quelques frustrations de jeunesse.  Alors elles, leur truc, c’est de provoquer les autres, pour ensuite les confronter, pour ensuite se faire passer mensongèrement comme pauvres victimes, afin de monter l’opinion des autres contre vous, afin de les manipuler à se battre à leur place contre vous, tandis qu’elles restent bien à l’abri, lâchement, derrière eux.  Et elles se donnent comme mission sacrée d’entacher votre réputation dans tous les aspects de votre vie : Cercle social pour vous faire abandonner, famille pour vous faire renier, conjointe pour vous faire jeter, travail pour vous faire renvoyer…  Vous ne trouvez pas que prendre le risque de ruiner votre vie pour avoir écrit un commentaire sous une photo, c’est un peu cher payer?

Truc à retenir 5. Ces temps-ci, la société considère que la chasse est ouverte contre les gars dans votre genre.  Vous agissez de façon qu’ils jugent réprimandables?  Ils vont vous le faire payer cher.  Vous dites des paroles qu’ils jugent réprimandables? Ils vont vous le faire payer cher.  Vous vous plaignez de ce fait? Ils vont vous le faire payer cher.  Vous vous rebellez contre ce fait? Ils vont vous le faire payer encore plus cher.  Sérieusement, là, c’est vous contre la planète.  Non seulement vous ne gagnerez jamais, vous allez juste vous enfoncer de plus en plus profond.  Et tout ça pourquoi, hm?  Pour envoyer un commentaire à une fille qui va vous mépriser de l’avoir écrit?  Est-ce que ça vaut tous ces emmerdements?

J’en vois déjà qui vont désapprouver les arguments que j’utilise ici, puisque nulle-part je ne suggère à ces homme d’avoir du respect envers les femmes.  C’est parce que si vous pensez ça, ça signifie qu’il y a deux petites choses que vous n’avez jamais comprises. 

  1. Dire aux hommes de respecter les femmes, ça ne sert à rien.  Les hommes respectueux le font déjà, alors dans leur cas c’est inutile.  Et les irrespectueux ne vont pas changer parce que vous le leur demandez, alors dans leur cas c’est également inutile. 
  2. Si un gars est irrespectueux, c’est qu’il est égoïste.  Et un égoïste, ça ne songe qu’à ses propres intérêts.  Aussi, mes cinq trucs à retenir leur montrent qu’il est à l’encontre leurs propres intérêts de leur manquer de respect. 

On demande souvent « Pourquoi est-ce que l’on dit aux filles de ne pas se faire agresser au lieu de dire aux gars de ne pas agresser? »  Eh bien voilà, c’est fait, je viens de dire à l’homme de ne pas agresser la femme, en lui donnant cinq raisons de s’en abstenir.  Alors peu importe la raison pourquoi il la respecte, l’important c’est qu’il la respecte.

 

Parfois, c’est juste la faute des autres.

Il y a deux ans, j’écrivais un long statut sur Facebook que je comptais recycler en billet de blog.  Je l’ai ensuite oublié.  Puis, il m’est revenu il y a quelques jours, grâce à leur fonction Vos souvenirs / On this day.  Voici donc la chose dans son intégralité:

Steve Requin
19 août 2016 
Voilà un an que je suis en chômage, soit depuis la fin de mon dernier contrat à long terme.  Cependant, je ne chôme pas (si je puis dire) puisque je me cherche du travail, faisant de 8 à 14 applications par semaine via la page d’Emploi Québec.

Tout ce que j’ai trouvé en un an, ce furent deux jobs temporaires, pour remplacer des travailleurs absents pour vacances. Au moins, la dernière m’a rapporté une belle lettre de recommandation vantant mes mérites.

N’empêche que jamais je n’ai eu autant de difficulté à me trouver un emploi. Depuis que j’ai enlevé toute activité artistique sur mon CV, Je n’ai jamais pris plus que trois semaines pour trouver un emploi. Et maintenant que j’ai full d’expérience, personne ne veut m’embaucher?  Ça n’a aucun sens! »

Mon père n’a jamais aimé la femme rude qui fut mon patron du 21 septembre 2012 au 21 septembre 2014 .  Aussi, il m’a dit: « Ça doit être c’te (mot d’église) de vieille sacoche-là qui t’mets des bâtons dins roues. À’ t’a jamais apprécié malgré toutte c’que t’as faite pour elle, la vieille (mot d’église). » Mon père a toujours été prompt à soupçonner n’importe qui pour n’importe quoi, alors je m’y attendais de sa part. Mais bon, ce n’est pas ça qui va expliquer mon problème, et encore moins le régler.

Il y a deux semaines, le jour-même où je terminais mon contrat de cinq semaines à la clinique, on m’offre du travail. Un vieux couple italien sont propriétaires d’un édifice à logements et se cherchent un concierge. Ils ont reçu mon CV. La Signora m’appelle. En fait, elle m’appelle « Stéphane Gauthier », ce qui n’est pas du tout mon nom de famille. Je le lui dis. Elle vérifie auprès de son mari, et en effet, son mari lui avait dit d’appeler un autre Stéphane, c’est juste qu’elle a mélangé nos CV.

Et c’est là que son ton change. La Signora me dit, d’une voix sévère et méprisante que les gens comme moi, ça ne se trouve pas de travail. Je lui ai demandé de s’expliquer. Elle me dit que son mari a appelé mes anciens patrons. Et que celle pour qui j’ai travaillé en 2012-2014 lui a dit que j’étais un employé incompétent, pas fiable, paresseux, sans-coeur… Totalement le contraire de l’homme dépeint dans la lettre de recommandation que j’ai eue de la clinique à mon départ.

Je n’en revenais pas. Je ne sais pas ce qui m’a donné le plus grand choc. Le fait que, depuis un an, cette mégère ment à mon sujet dans le but de saboter mes chances de me trouver un emploi auprès de tous ceux à qui j’ai soumis ma candidature. Ou bien le fait que, pour une fois, malgré le fait que son jugement était hâtif et irréfléchi, mon père avait raison.

J’ai réécris mon CV. J’ai enlevé cet emploi. Je suis retourné sur Emploi-Québec. J’ai fait 10 applications avec ce nouveau CV.

… Et à ce jour, j’ai reçu 7 retours d’appels sur ces 10.

SEPT!
EN UNE SEMAINE!!!

La morale de cette histoire: Je sais bien qu’il ne faut pas voir nos problèmes comme étant toujours de la faute des autres. Et en effet, toute personne responsable commence par chercher en soi la source du problème, afin de faire en sorte d’y remédier. N’empêche que ouais, parfois, ça peut vraiment être de la faute des autres.

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Rien à rajouter, sinon que j’ai été chanceux sur deux points.  Tout d’abord, que la Signora se trompe de CV.  Et ensuite qu’elle ait possédé le genre de personnalité condescendante qui la pousse à faire la leçon aux autres, ce qui fit qu’elle n’était que trop heureuse de me rapporter les paroles de mon ex-patronne.  Sans ça, qui sait, je serais peut-être encore à me rechercher un emploi aujourd’hui, et à me demander (en vain) qu’est-ce qui ne va pas chez moi.

Et après ça, on dira encore que deux négatifs ne font pas un positif.  Comme quoi la vie n’est pas une équation mathématique.