C’est à toi de choisir

Rien n’est tout noir, rien n’est tout blanc.  Il y a des bons et des mauvais côtés à tout.  Et c’est la raison pour laquelle deux opinions peuvent être totalement différentes sur un même sujet, et pourtant dire toutes les deux la vérité.  Une fois que l’on prend connaissance de ce fait, c’est là que l’on réalise à quel point un succès ou un échec dépend principalement de soi-même.  Parce que la seule et unique chose qui décide si tu mérites ou non de réussir, c’est ta volonté d’y mettre les efforts pour y arriver.  Ainsi…

Si tu crois que tu mérites mieux que ton sort actuel, alors tu as raison!
Si tu crois que tu ne mérites pas mieux que ton sort actuel, alors tu as raison!
Maintenant, choisis!

Si tu crois qu’il vaut mieux prendre le risque, quitte à se tromper, alors tu as raison!
Si tu crois qu’il vaut mieux s’abstenir que d’essuyer un échec, alors tu as raison!
Maintenant, choisis!

Si tu crois qu’il vaut mieux foncer qu’être trop prudent, alors tu as raison!
Si tu crois qu’il vaut mieux être trop prudent que de foncer, alors tu as raison!
Maintenant, choisis!

Si tu utilises ton intelligence et ta logique pour prouver que c’est possible, alors tu as raison!
Si tu utilises ton intelligence et ta logique pour prouver que c’est impossible, alors tu as raison!
Maintenant, choisis!

Si tu crois qu’il vaut mieux exprimer ses désirs, alors tu as raison!
Si tu crois qu’il vaut mieux espérer en silence, alors tu as raison!
Maintenant, choisis!

Si tu crois qu’il faut prendre, alors tu as raison!
Si tu crois qu’il faut demander, alors tu as raison!
Maintenant, choisis!

Si tu préfères y aller, alors tu as raison !
Si tu préfères attendre, alors tu as raison !
Maintenant, choisis !

Si tu crois que tu seras admiré, alors tu as raison!
Si tu crois que tu seras ridicule, alors tu as raison!
Maintenant, choisis!

Si tu crois aux paroles qui vont t’aider à avancer, alors tu as raison!
Si tu n’y crois pas et démontre pourquoi ça ne peut pas t’aider à avancer, alors tu as raison!
Maintenant, choisis !

Si tu crois que tu peux, alors tu as raison!
Si tu crois que tu en est incapable, alors tu as raison!
Maintenant, choisis!

Si tu penses que ça vaut la peine, alors tu as raison!
Si tu penses que ça ne vaut pas la peine, alors tu as raison!
Maintenant, choisis!

Si tu crois que tu seras apprécié, alors tu as raison!
Si tu crois que tu seras détesté, alors tu as raison!
Maintenant, choisis!

Si tu sais que tu es un winner, alors tu as raison!
Si tu sais que tu es un loser, alors tu as raison!
MAINTENANT, CHOISIS !

Lorsque l’on désire quelque chose, il ne faut pas se contenter de le vouloir.  Il faut agir.  Et si essayer ne garantit pas notre réussite, ne pas essayer garantit notre échec.

La Conflictuodépendance: Provoquer la haine comme excuse préventive.

AVERTISSEMENT : Ce billet fait référence à beaucoup de trucs que j’ai déjà écrit.  Alors si vous me lisez depuis peu, ou si vous ne vous souvenez plus de quoi je parle, j’ai mis plein de liens.

Je ne sais pas si vous êtes familiers avec l’émission Un Souper Presque Parfait.  Sinon, je vous en explique le concept: Pendant cinq jours, nous suivons un groupe de cinq personnes.  À chaque jour, l’un d’eux reçoit les quatre autres chez lui et leur prépare un repas: L’entrée, le plat principal, un vin, le dessert et un digestif.  À la fin de chaque repas, les quatre invités lui donnent une note de 1 à 10, ce qui détermine le grand gagnant à la fin de la semaine.

Lors d’une ce ces semaines, il y avait un homme, appelons-le Pierre, qui s’est montré particulièrement odieux avec les quatre autres participants.  Gras, mal rasé, les cheveux en bataille, juste au niveau visuel il dégage un message que l’on capte dans notre inconscient comme quoi ce n’est pas le genre de personne qui devrait se permettre de descendre les autres.  Pourtant, il le faisait.  Presque à chaque fois qu’il ouvrait la bouche, il avait toujours une remarque acide et une critique à faire.  Sur la nourriture, sur la boisson, sur le look et la personnalité de l’hôte du jour, sur comment était décoré son logis, et il le faisait avec snobisme et condescendance. À la fin du souper de mardi, il était déjà détesté de tous.  Rendu à jeudi soir, alors qu’il annonçait que le lendemain ce serait son tour, l’un des autres participants lui a répondu: « Bien!  Ça va faire changement, de voir la merde entrer dans ta bouche plutôt que d’en sortir. »

Car oui, le hasard avait voulu que Pierre passe vendredi, donc que ce soit lui qui soit le dernier à cuisiner pour les quatre autres.  Aussi, lors des interviews individuelles qui clôturent l’émission du jeudi, Pierre nous révèle son métier: Grand Chef Cuisinier à l’Institut de Tourisme et d’Hôtellerie du Québec.

« Fa que », conclut-il, « Si c’est pas moi l’gagnant cette semaine, ce sera certainement pas à cause de mon repas.  Ça va être à cause de ma grande gueule, comme la dernière fois que j’ai participé à l’émission. »

En entendant ça, j’ai tout de suite compris la raison de son comportement de troll tout le long de la semaine: En tant que chef cuisinier de carrière pour le plus prestigieux employeur dans le domaine de la restauration au Québec, il se trouve dans une situation délicate.  Imaginez s’il perd contre l’un de ces quatre amateurs, en pleine télévision.  C’est improbable, mais ça demeure possible.  Aussi, il a trouvé le moyen parfait pour sauver la face: Provoquer la haine comme excuse préventive.  Comme ça, s’il perd, alors sa nourriture ne sera pas à blâmer, ce sera juste à cause que les autres participants sont frustrés et mesquins.  Et s’il gagne, encore mieux: Ça prouve qu’il est tellement un excellent cuisinier qu’il a réussi à se faire élire par quatre personnes malgré le fait qu’ils le haïssent.  Bref, ou bien il gagne, ou bien il créé un doute raisonnable comme quoi il aurait dû gagner.

Et puisque le bien-être de Pierre dépend du conflit, ça fait de lui un conflictuodépendant.

Je dois avouer que tout le long de ma vie, j’ai trop souvent agi ainsi.  Sauf que dans mon cas, non seulement était-ce inconscient, c’était beaucoup plus subtil.  Malgré tout, le concept restait le même: M’arranger pour que les gens autour de moi aient des sentiments négatifs à mon sujet, tout en restant le plus irréprochable possible.  Je m’y prenais de deux façons:

FAÇON 1: En pointant les côtés négatifs de leur travail, de leurs décisions, de leur personnalités.  Et toujours, prenais-je la peine de m’attaquer à un fait véridique et vérifiable, de façon à ce que personne ne puisse affirmer que mon commentaire n’était qu’une opinion sans fondement.  Quiconque l’affirmait se dépeignait automatiquement lui-même comme une personne de mauvaise foi.  Et puisque personne n’est parfait, je trouvais toujours un sujet à attaquer.

Une des choses qui m’appuyait, c’était que parallèlement à cela, je me faisais un point d’honneur à toujours répondre à la critique avec grâce, les remerciant de ces commentaires constructifs.  Ceci me permettait, si jamais ma cible frustrait, de me donner en exemple afin de me comparer favorablement à eux : « À chaque fois qu’on m’a fait une critique, je l’ai toujours prise comme étant constructive. Pourquoi t’es pas capable d’en faire autant? » 

FAÇON 2: L’attaque miroir.  Alors que les humoristes, les chroniqueurs, les bédéistes, les auteurs, se moquent des travers de la société, moi je me moquais des travers des humoristes, des chroniqueurs, des bédéistes et des auteurs. Et dans chaque cas, si jamais ils iraient me manifester du mécontentement, je pouvais éviter le débat en servant la seule et unique réplique dont j’avais besoin pour prouver leur mauvaise foi : « Ben quoi? Je te fais exactement ce que tu fais subir aux autres.  Ce n’est pas ma faute à moi si tu n’es pas capable d’en prendre aussi facilement que t’en donnes. »  Et le plus beau, c’est qu’en attaquant les méchants, ça me mettait en position de bon, de courageux, de héros.  Et quiconque aurait osé m’en critiquer se serait automatiquement étiqueté d’hypocrite à deux faces (« Ah bon? Quand lui se permet de critiquer les autres c’est acceptable, mais quand les autres le critiquent lui ça ne l’est pas? »), de mauvaise foi (« Toutes les preuves sont là, regarde toi-même, c’est pas moi qui l’invente! ») ou de méchant lui-même. (« Sérieux, là? Tu préfères défendre celui qui attaque, et attaquer celui qui défend?  C’est vraiment ce genre de personne-là que tu es? »)

D’une façon comme de l’autre, si ces gens s’objectaient à moi de quelque façon que ce soit, je pouvais toujours dire que c’était seulement parce qu’ils m’en voulaient personnellement, à cause que c’était des frustrés, à cause que leur ego est trop démesuré pour être capable de prendre la critique, et surtout la vérité. 

Quelques exemples:

  • Lorsque je publiais MensuHell, j’y ai parodié d’autres bédéistes en faisant ressortir les pires côtés de leurs séries.
  • Toujours dans MensuHell, en 2000, ma parodie du film X-Men se moque, le temps d’une image, des parodies du film X-Men parues plus tôt dans Cracked et Safarir.
  • Avec Picouille, je me moque du style de dessin de certaines femmes bédéistes, de ceux qui les publient, de ceux qui les aiment.
  • Il y a eu ma série Les Plagiats de la BD où je dénonce des gens que pourtant j’admire et avec qui j’aimerais bien travailler un jour.
  • À l’époque où je voulais devenir humoriste, ma cible première était les autres humoristes.
  • En passant une audition devant la directrice de l’École Nationale de l’Humour, le choix de mon sujet de monologue était une attaque contre la directrice de l’École Nationale de l’Humour.
  • La seule fois où j’ai pu faire un monologue en public, c’était lors d’un spectacle de Noël donné par un organisme catholique charitable, dans un sous-sol d’église. Personne ne riait, et on m’a même coupé le micro avant la fin. La raison? Le public, tout comme l’organisme, n’était constitué que de vieux catholiques pour qui Noël et les valeurs de famille sont très importantes. Et devinez de quels sujets mon monologue se moquait du début à la fin? Je pense que ça a dû être la dernière fois qu’ils acceptaient une contribution sans d’abord faire passer une audition.
  • L’un de mes premiers projets de blogs s’appelait Et ça se permet de critiquer!  L’Idée était d’y reproduire quotidiennement une ou plusieurs chroniques de critiques professionnels publiés dans les journaux du Québec (De Pierre Foglia, Franco Nuovo, Nathalie Petrovski, Jean Barbe, etc) et de les critiquer eux sur leur travail de critique. Le projet n’a pas pu démarrer puisque je ne pouvais pas me permettre de m’abonner à tous les journaux qu’il m’eut fallu lire.
  • Lorsque je fréquentais les forums, ma logique et ma discipline m’ont parfois rapporté un poste de modérateur. Poste que je ne gardais pas longtemps, puisque j’utilisais ma logique et ma discipline pour critiquer le travail des autres modos et des administrateurs.
  • Lorsque j’étais étudiant au Cégep André Laurendeau, de qui est-ce que je me moquais dans ma chronique publiée dans le journal étudiant? Des profs? De la société? Non: Des autres étudiants.
  • J’ai même déjà écrit une parodie de When I Was your Age de Weird Al Yankovic, qui est une de ses chanson originale et non l’une de ses nombreuses parodies.  Ma version qui s’appelait I Will Exploit Them racontait comment un gars, réalisant qu’il n’avait ni la voix ni le look pour devenir chanteur populaire, a décidé de se faire une carrière en parodiant les plus grands succès musicaux de l’heure, ce qui lui assure une carrière et un succès éternel puisqu’il ne fait que surfer sur le travail, le talent et la popularité des vrais artistes qui se succèdent au top des palmarès.  Oui, vous avez bien lu, j’ai parodié Weird Al Yankovic en attaquant son physique, sa voix, son look, son art et sa carrière.  Et pourtant, c’était mon idole.

Mais peu importe le sujet, il reste que pour faire une parodie de bande dessinée, il fallait que je sois moi-même bédéiste.  Pour critiquer les critiques, il fallait que je devienne moi-même critique.  Pour parodier un chanteur parodique, il fallait que je devienne moi-même chanteur parodique.  Pour rire des humoriste, il fallait que je deviennes moi-même humoriste.  Or, à partir du moment où on choisit de travailler dans un milieu, on ne peux plus se permettre de s’en moquer et/ou de le critiquer.  Du moins, pas si on veut réussir dans le métier.

Mais ce comportement, au fond, n’est rien d’autre que la manifestation subconsciente d’un complexe d’infériorité.  Car en agissant ainsi, je m’assure de me fournir une excuse en cas d’échec: Si je ne réussis pas à me tailler une place dans le milieu où j’évolue, ce n’est pas parce que je suis incompétent.  Non; c’est à cause que les autres me bloquent, me sabotent, m’empêchent d’avancer, pour des raisons personnelles.  Comme ça, je n’ai pas à me remettre en question, ni dans ce que je suis ni dans la qualité de mon travail. 

Mais pour ça, je dois d’abord les provoquer à avoir du ressentiment envers moi, de façon à les rendre susceptibles, frustrés, mesquins.  Exactement comme Pierre qui, après s’être mis à dos les quatre autres candidats, ne pouvait plus qu’offrir un souper presque parfait car si la nourriture était irréprochable, en revanche l’ambiance était pourrie.

L’exemple le plus flagrant dans lequel j’ai eu ce comportement est dans ce billet, lorsque je raconte dans le paragraphe Le troisième zéro comment j’ai été expulsé du cours de maths.  J’étais un cancre en mathématique, la preuve est que j’étais deux ans en retard dans ce cours.  Au lieu de reconnaitre ma faiblesse et mettre l’effort à étudier et à comprendre cette matière, j’ai préféré passer l’été à m’attaquer à une règle de mathématique qui dit qu’il est impossible de diviser par zéro. À la rentrée, j’ai attendu qu’un prof me provoque en posant lui-même la question sur le sujet (chose qui arrive au moins une fois par année) afin de lui mettre sur le dos la responsabilité de ce qui allait suivre. En prouvant en classe que j’avais trouvé non pas une mais bien trois méthodes montrant que la division par zéro était possible, je me plaçais au-dessus de la communauté scientifique internationale des mathématiciens qui affirmaient le contraire.  Par conséquent, je prouvais trois choses:

  1. J’étais un génie des maths, du moins j’étais le supérieur logique et intellectuel de mes profs.
  2. Les profs avaient mauvaise foi de refuser de l’admettre, malgré les preuves que j’étalais  devant leurs yeux.
  3. Sans raison pertinente pour me faire échouer, ils utilisaient mesquinement leur position d’autorité pour le faire, juste parce qu’ils étaient frustrés que je me prouve supérieur.

Et tout ça avec toute la classe comme témoin.  Avec quelques variantes, cette méthode s’adapte très bien à toutes les relations et à tous les milieux.  C’est ce comportement qui m’a amené à faire subir à un de mes anciens employeurs les dommage collatéraux de l’auto-importance démesurée.

D’accord, ça fonctionne, en ce sens que ça permet de toujours pouvoir accuser avec raisons la mauvaise foi des autres en cas d’échec.  Hélas, puisque ce comportement fait pourrir toutes les relations avec autrui, autant interpersonnelles que professionnelles. elle assure surtout que peu importe la qualité de ce que l’on fait, ça se terminera toujours par ça: Un échec!  Un échec qui, ironiquement, empêche un succès qui aurait peut-être été vraiment mérité.  Mais quand on souffre de complexe d’infériorité, ce n’est pas au succès que l’on s’attend.  C’est à l’échec!  Alors si en plus on a un ego démesuré, au lieu de remettre en question la qualité de son travail, on met ses efforts à justifier d’avance ces futurs échecs.  On provoque la haine comme excuse préventive.  On se comporte de manière à ce que notre sentiment d’infériorité fasse de notre crainte une prophétie autoréalisatrice.  En fait, rendu là, ce n’est même plus une crainte pour nous, c’est une fatalité, une conclusion évidente.  On ne se pose même pas la question si ce sera une réussite ou un échec, on sait que ce sera un échec.  Voilà pourquoi notre premier réflexe est de préparer le terrain de façon à pouvoir expliquer et/ou l’excuser, cet échec. Or, en se comportant ainsi, on provoque nous-même l’échec. 

Bref, se comporter ainsi, c’est une très mauvaise habitude qu’il faut perdre au plus vite, autant pour notre propre bien que pour celui des gens qui nous entourent. Encore faut-il commencer par se rendre compte qu’on l’a, ce comportement.

 

Abandonner: Lâcheté ou sagesse?

Depuis quelques jours, il se ballade sur Facebook une image dangereuse qui s’intitule:

POURQUOI LES GENS ABANDONNENT-ILS?


Pourquoi est-ce que je dis que c’est une image dangereuse?  Parce qu’elle colporte l’idée que tout abandon est un signe de lâcheté, de personnalité faible, et autres traits de caractères honteux.  Elle est dangereuse parce qu’elle fait stupidement croire que tout est à notre portée, pourvu que l’on s’acharne.

Or, s’acharner et refuser d’abandonner, il y a un terme légal pour ça lorsque ça s’applique aux relations: Harcèlement!  Si je n’avais pas passé mon enfance et mon adolescence à être endoctriné par l’école de pensée que colporte si bien cette image que les gens se partagent comme si c’était la sagesse pure, je n’aurais pas passé tout l’été de mes 21 ans à Surveiller Nathalie.

Et il n’y a pas que dans nos relations avec les autres que l’acharnement puisse être une perte de temps.  Ça peut l’être dans un projet qui est hors de notre portée, un travail sans opportunité d’avancement, le fait que nous sommes bloqués par un hasard, une chose ou une personne qui nous fait obstacle.  Hélas, à partir du moment où l’on écoute ceux qui disent que l’abandon est toujours une décision lâche et honteuse, on oublie alors de voir les faits et d’écouter notre gros bon sens.  Aussi, il est évident qu’il manque un pictogramme important à cette image.  Celui-ci :

Voilà vingt ans que ma vie est régie par trois principes: Courage, persévérance et sagesse.

  • Courage d’entreprendre un projet.
  • Persévérance pour atteindre ce but.
  • Sagesse de savoir faire la différence entre un objectif réalisable et une cause perdue.

Il serait temps que les gens se rendent compte que l’école de pensée qui dit qu’il ne faut jamais abandonner est rétrograde, dépassée, et n’a de toute façon jamais été vraie.  Il y a une raison pourquoi, depuis sa sortie en 2013, Let it go est devenue la chanson de Disney la plus populaire de tous les temps.  C’est que parfois, aussi bien dans nos relations que dans tous les autres aspects de notre vie, lâcher prise est la meilleure décision que l’on puisse prendre afin d’avancer.

Les résolutions masculines de l’été.

C’est le printemps. Le beau temps arrive et vous voulez séduire cet été. Sauf qu’en vous regardant dans le miroir, vous comprenez pourquoi qu’à part le rhume, vous n’avez pas attiré grand chose depuis le début de l’année. Le bel Adonis de 18 ans que vous étiez jadis a aujourd’hui le double de son âge, mais aussi de son poids. Vous décidez alors de changer radicalement votre style de vie. Ça suffit, le niaisage! On se reprend en main.

Vous achetez un kit d’entraînement maison, vous vous inscrivez à un gym, vous suivez un régime végétarien, vous commencez à vous mettre au jogging, vous vous inscrivez à un salon de bronzage, vous achetez tout plein de supplément alimentaires en poudre pour smooties qu’utilisent les athlètes, vous achetez des rollerblades, toute une garde robe de sportif incluant short de cycliste, casque, protège coudes, protège genoux, gants, camisole Nike, et vous vous vantez d’avance à tous vos amis comment vous deviendrez une masse de muscles digne d’un dieu de l’Olympe en un rien de temps.

Premier mai
Vous vous exercez à fond. La vie est belle, la perspective de devenir Mr Univers est attirante, le moral est bon, rien ne vous semble impossible. Vous y allez fort.

2, 3 et 4 mai
Vous ne pouvez faire aucun exercice tellement vos muscles sont endoloris par les exercices du 1er mai.

5 mai
En attendant que vos muscles finissent de récupérer, vous décidez de vous mettre à la course à pieds. Vous sortez de la maison, vous virez à gauche au trottoir, vous allez droit devant vous et vous courez allègrement. Quatre minutes et deux rues plus loin, vous êtes obligé d’arrêter tellement vous n’en pouvez plus. Vous revenez à la maison en marchant tout en restant essoufflé tout le long du trajet.

Une fois reposé, vous décidez de ne pas rester sur cet échec et vous repartez de plus belle, cette fois en rollerblades. Vous partez, et revenez à la maison au bout de deux heures après avoir successivement failli tomber dans les escaliers en sortant, vous être accroché à presque tous les murs, piquets et poteaux de chez vous jusqu’à la rue, avoir foncé sur quatre personnes, deux autos stationnées et un mur parce que vous n’avez pas la moindre idée de comment est-ce qu’on freine sur ces engins de mort, être tombé sept fois dont quatre en essayant de tourner un coin de rue et enfin vous vous êtes étendu de tous votre long dans les escaliers alors que vous les escaladiez pour rentrer chez vous lorsque les roues se sont traîtreusement dérobées sous vos pieds. En plus de vous être meurtri et égratigné sur toutes les parties de votre corps non protégées, vous aurez mal au mollet pour les deux prochains jours.

7 mai
Vous allez à votre première séance de gym et vous vous sentez déjà humilié d’être le plus maigre de la place. Des bras, en tout cas, parce qu’au niveau du ventre, c’est l’inverse. Les appareils que vous voulez utiliser sont toujours pris et vous n’osez pas demander à ceux qui les utilisent de vous céder la place. Par contre, les autres ne se gênent pas pour vous dire que vous occupez un appareil qu’ils doivent utiliser maintenant. Vous sentant complètement hors de votre élément, vous ramassez vos affaires et quittez le gym sans même prendre de douche pour ne plus jamais y revenir. Dommage pour votre abonnement d’un an payé d’avance et non remboursable dans le cadre de leur spécial Abonnez-vous-pour-six-mois-et-obtenez-six-autres-mois-pour-la-moitié-du-prix-d’un-abonnement-d’un-an.

8 mai
Vous faites des exercices à la maison mais le cœur n’y est pas. De plus, votre régime végétarien vous laisse sur votre faim, ce qui joue sur votre humeur. Le soir venu, vous trichez pour la première fois votre régime végétarien.

9 mai
Quel régime végétarien?

10 mai
Ça y est, vous avez recommencé à manger comme avant. La seule chose qui change, c’est votre milk-shake aux suppléments alimentaire que vous continuez de vous faire 5 jours par semaine. Au prix que ça coûte, ce serait bête de gaspiller ça.

12 mai
Vous décidez de ne plus vous exercer avec votre gym maison que deux fois par semaines. Ayant l’habitude de charger vos haltères à la limite de ce que vous pouvez soulever, vous ne pouvez faire que des séances de 5 à 10 minutes avant épuisement total. Vous pourriez réduire le poids de vos appareils afin de vous exercer plus longuement mais votre orgueil vous l’interdit. Vous faites plutôt des efforts supplémentaires pour les soulever, en vous disant que vous finirez bien par vous adapter.

13 mai
Vos maux de dos, dus aux trop grands efforts de la veille que vous avez mis pour soulever vos haltères, vous forcent à cesser vos exercices pour les dix prochains jours.

23 mai
Vous constatez avec déception que douze séances de salon de bronzage plus tard, votre teint n’est toujours pas plus brun. Juste un peu plus rouge.

30 mai
Laitue, tofu, soja et autres légumes achetés en grande quantité au début du mois se retrouvent à la poubelle après avoir pourris dans votre frigo parce que intouchés durant les trois dernières semaines.

7 juin
Vous terminez vos vingt séances initiales de bronzage sans avoir bruni d’un poil, si ce n’est ce curieux hâle légèrement orangé que vous semblez avoir autour des yeux. L’employée du salon vous encourage à renouveler votre abonnement car, dit-elle, maintenant que votre épiderme s’est habitué aux rayons UV, vous devriez commencer à bronzer sous peu. Avec la désagréable impression que vous vous êtes fait arnaquer solide, vous lui répondez gentiment que vous repasserez vous réabonner dans la semaine. Vous ne le ferez jamais.

9 juin
Vous vous regardez dans le miroir de la salle de bain. Vous n’avez pas bronzé. Vos muscles n’ont pas grossis. Par contre les milk-shakes aux suppléments alimentaire combinés à votre régime normal vous ont fait prendre du ventre.

10 juin
Vous faites vos exercices pour la dernière fois ce mois-ci.

1er juillet
Votre déménagement vous montre une chose: Ces trois dernières semaines de paresse vous ont remis au niveau complètement-pas-en-forme dans lequel vous étiez avant le premier mai.

17 juillet
Maintenant que vous avez enfin fini de vous installer dans votre nouveau logis, vous vous accordez une pause en vous jurant de recommencer les exercices dès le premier aout.

Du 1er aout de cette année jusqu’au 1er juin de l’année prochaine
Vous refaites trois ou quatre tentatives de reprise des exercices dont la plus longue ne dépasse pas deux semaines.

14 juin l’an prochain
Vous faites une vente de garage où vous tentez de vendre votre kit d’entraînement maison, vos rollerblades, et votre garde robe de sportif incluant short de cycliste, casque, protège coudes et genoux, gants et camisole Nike. Vous arrivez à vendre le quart de votre matériel et vous récupérez ainsi le 3/100e de l’argent que vous avez investi dans votre forme il y a un an. Vous êtes obligé d’emporter ce qui reste de votre équipement lors de votre déménagement. Ça ira encombrer vos placards pour les années à venir, ce qui vous rappellera votre échec à faire de l’exercice à chaque fois que vous mettrez les yeux dessus

Quand la basse estime de soi rend aveugle à la réalité.

Je pourrais vous offrir un autre blog long d’un kilomètre, mais j’ai mieux: Cette petite BD est une version franco-québécoise d’un strip tiré de mon ancien webcomic anglophone  Artiztech College.

MORALE: S’il est exagéré de croire qu’il suffit de penser positif pour que tout aille bien dans notre vie, il est par contre très vrai que la pensée négative a le pouvoir de tout faire foirer. C’est que la mauvaise estime de soi, ça nous aveugle face à notre potentiel de réussite, et nous fait choisir délibérément la voie de l’échec.

Surtout si tu prétends savoir mieux que l’autre personne si elle te veux ou non, et que tu choisis de décider à sa place que c’est non!

La Conflictuodépendance: Le réflexe compensatoire

Comme j’en ai déjà parlé dans le billet Les Raisons de la Colère, la fonction de base du cerveau est de produire l’instinct de survie. Ce n’est pas exclusif à l’être humain. Tous les animaux l’ont: Le lion qui court après la gazelle afin de manger.  La gazelle qui fuit pour ne pas l’être.  Le chaton naissant qui, malgré un cerveau totalement vierge d’expérience de vie, sait qu’il lui faut trouver la mamelle et téter   Chez l’être humain moderne, la civilisation s’occupe déjà de nous fournir tout ce dont on a besoin pour la survie de base, et ce dès la naissance : Nourriture, chaleur, logis. Ainsi, une personne peut passer sa vie entière sans que son instinct de survie ne soit sollicité. Or, sollicité ou non, cet instinct fait partie de nous. Et puisque nous n’en avons pas besoin pour survivre au niveau physique, il se manifeste alors au niveau psychologique.

Tout le monde connait le principe de la survie du plus fort. À notre époque, la survie a été remplacée par un autre concept: Le succès.  C’est sur cette base que l’on jauge la force ou la faiblesse de l’individu.  La preuve, c’est que depuis les trente dernières années, il n’est pire tare sociale que d’être étiqueté comme étant un perdant, un loser.  Pour cette raison, ce qualificatif est devenu l’insulte de choix pour rabaisser les autres.  C’est ainsi que la peur du loserisme porte certaines personnes à vivre sous la crainte des conséquences de leurs propres faiblesses.  C’est ce que l’on appelle le sentiment d’infériorité. Et puisque c’est pour eux un sentiment trop difficile à assumer, leur instinct de survie se manifeste sous une forme que j’ai nommé le réflexe compensatoire.  C’est quelque chose que le psychothérapeute Alfred Adler, père de la psychologie individuelle, avait déjà découvert.  Mais lui, il l’a tout simplement appelée la compensation.

Les hommes de cinéma Arnold Schwarzenegger et Woody Allen sont deux excellents exemples de ce phénomène. Arnold, était un adolescent chétif.  Il a compensé en devenant, à une époque, l’homme au physique le mieux développé de l’univers.  Woody y est allé autrement.  Petit, moche, maigre, faible, n’ayant rien pour séduire selon les standards de beauté, il a passé sa vie à compenser de trois façons.  La première, en se mettant en scène dans des comédies où ses carences physiques l’amènent à vivre toutes sortes de déboires qui ont pour but de lui gagner la sympathie du public, donc d’être aimé malgré son apparence.  La seconde, en se mettant en scène dans des films où il finit au lit avec une ou plusieurs belles jeunes filles.  Et dans les deux cas, il ne manque pas de passer le message comme quoi il est un excellent baiseur, ce qui est le réflexe compensatoire classique de l’homme complexé.  La troisième façon, c’est dans la vraie vie, en ayant des relations avec le genre de femmes que l’homme moyen considèrerait hors d’atteinte, comme les actrices Diane Keaton et Mia Farrow.  Dans cette optique, son ultime tour de force compensatoire fut de séduire, à 56 ans, une jeunette de 19,  Soon-Yi Previn, qui est aujourd’hui son épouse.

Le réflexe compensatoire pour une basse estime de soi est également à la base de la personnalité conflictuodépendante.

D’abord, petit rappel. Une personne conflictuodépendante manifeste cette personnalité lorsqu’elle passe à travers les dix étapes suivantes:

  • ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
  • ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
  • ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.
  • ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.
  • ÉTAPE 5: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.
  • ÉTAPE 6: Manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.
  • ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.
  • ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé.
  • ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.
  • ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Et pourquoi cette personne entre-t-elle dans l’étape 1 pour commencer?  C’est le sujet de ce billet.

Lorsque l’on souffre d’un complexe d’infériorité, notre réflexe compensatoire consiste à convaincre les autres, à commencer par se convaincre soi-même, que l’on est au contraire leur supérieur.  Tout dépendant de la façon dont on s’y prend pour atteindre ce but, on peut être classés dans l’un de ces trois différents types:

  1. Le complexé de type 1:  Il reconnait qu’il est inférieur.  Il accepte le fait qu’il doit mettre de l’effort pour devenir supérieur.  Il y travaille sérieusement. Il réussit.  Exemple: Arnold Schwarzenegger qui a passé d’adolescent chétif à Monsieur Univers.
  2. Le complexé de type 2: Il reconnait son infériorité mais refuse de la laisser l’arrêter. Il veut avoir les mêmes avantages que ceux qui lui sont supérieurs, mais sans y mettre les mêmes efforts.  Il trouve donc des moyens détournés pour y arriver. Exemple: Woody Allen qui a obtenu pouvoir de séduction, non par son physique mais via notoriété cinématographique.
  3. Le complexé de type 3: Refuse d’accepter son complexe d’infériorité, ou bien ne possède pas la force morale pour être capable de reconnaitre en avoir un.  Compense en se prétendant supérieur.  A besoin de se le prouver pour se rassurer.  Tente sans cesse de descendre les autres plus bas que lui, histoire d’être leur supérieur par défaut.  Exemple: Les conflictuodépendants.

Pour le complexé de type 3, le sentiment de supériorité est un réflexe de survie.  Voilà pourquoi son bien-être moral et mental dépend du conflit car il n’y a que ça qui puisse lui donner l’opportunité de se prouver supérieur sur une autre personne.  Dans l’ouvrage Relation of threatened egotism to violence and aggression: the dark side of high self-esteem, les auteurs décrivent la chose en ces termes (que je traduis): L’individu qui souffre de mauvaise estime de soi va avoir le réflexe de vouloir démarrer des conflits dans des situations où il croit pouvoir triompher.   Un peu plus loin, on explique le choix de sa cible en ces mots: S’en prendre à une cible puissante demanderait une grande confiance en soi.  Mais lorsque la cible est faible, les chances de succès lui semblent meilleures.  […]  Ainsi, c’est celle-ci qu’il ira attaquer.  Non pas parce que la faible estime de soi cause la violence, mais bien parce qu’elle les pousse à se chercher le genre de victime qui lui semble peu portée à se défendre.

Facebook étant le terrain de choix dans lequel les conflictuodépendants se manifestent, c’est de là que viennent les exemples qui vont suivre.  Bien que ceux-ci soient fictifs, incluant les noms et photos, ils se basent sur des faits bien réels. Voici donc l’exemple d’une complexée de type 3 qui applique ici les étapes 1 (initie le conflit avec une personne calme sans histoires) et 2 (sur un sujet anodin) :

Son statut d’adulte et son titre et de matante lui donne naturellement un sentiment  d’autorité sur le jeune homme.  Et le statut de neveu de ce dernier l’oblige à garder envers elle un certain respect.  Pour toutes ces raisons, il est donc pour elle, tel que cité plus haut, le genre de victime qui lui semble peu portée à se défendre. Voilà pourquoi elle l’a instinctivement choisi.

Il aurait pu s’agir d’une simple boutade entre membres d’une même famille, une plaisanterie entre gens proches.  Alors qu’est-ce qui  permet d’affirmer que c’est plutôt un cas de conflictuodépendante qui rabaisse les autres pour se sentir supérieure afin de compenser pour un sentiment de basse estime de soi?  Simple: Le fait qu’elle en a pris une capture d’écran afin de montrer fièrement la chose à ses amis.

Agir ainsi, c’est chercher l’approbation des autres.  C’est désirer recevoir la confirmation comme quoi elle a raison. Bref, c’est avoir besoin d’être rassurée comme quoi elle est dans son droit de se croire supérieure.  Malheureusement, lorsque notre complexe d’infériorité nous pousse à sauter sur chaque opportunité de prouver le contraire, on ne prend pas toujours la peine de vérifier la pertinence de nos arguments.  La preuve, c’est que l’argument de Maryse repose sur deux points qui ne tiennent pas la route.  Le premier est erroné, car la citation bouddhiste ne parle pas de simplicité volontaire,  Elle dit d’accepter le fait que certaines choses ne nous sont pas destinées.  Par exemple, l’amour d’une personne qui nous intéresse sans que ce soit réciproque.  Et son second point est illogique, car elle compare une chose qui ne lui serait pas destinée avec un iPhone qu’il possède.

J’ai songé à lui pointer ces deux failles dans son raisonnement.  Mais sachant à quel point elle était susceptible, j’ai plutôt choisi de lui répondre un commentaire neutre, qui ne faisait que de décrire ce qu’elle venait de faire.

… Ce qui l’a quand même mise en colère.

Là encore, j’aurais pu lui pointer les deux erreurs qu’elle faisait à comparer ses commentaires à mes billets de blog.  Mes lecteurs savent le genre de textes qu’ils vont trouver ici, alors ils me visitent volontairement, en toute connaissance de cause.  Tandis qu’elle, elle va envahir le mur Facebook des autres pour leur rentrer ses opinions négatives de force dans la gorge en public.  Et lorsque j’expose des captures d’écran, je change le nom et les photos, chose qu’elle n’avait pas fait en distribuant sa capture d’écran originale.  Mais là encore j’ai préféré m’abstenir de le lui dire.  Parce que soyons francs, pour écrire ce qu’elle a répondu à mon commentaire qui était pourtant objectif, il faut être extrêmement susceptible. 

Et justement, Alfred Adler voit dans l’extrême susceptibilité le signe révélateur d’un sentiment d’infériorité, en ce qu’elle surgit chaque fois que la personne a le vague sentiment qu’on a mis le doigt sur le défaut de sa cuirasse On ne peut pas nier que c’est exactement ce qui s’est passé ici. Cette théorie se retrouve également dans l’ouvrage The dark side of high self-esteem: Ces gens deviennent agressifs lorsqu’ils reçoivent des commentaires qui vont à l’encontre de l’image favorable qu’ils ont d’eux-mêmes.  Bref, ils deviennent frustrés dès que l’on insinue qu’ils ne sont peut-être pas aussi supérieurs qu’ils le prétendent

Ce comportement est également décrit ici en ces termes:  La peur de se trouver en état d’infériorité vis-à-vis d’autrui s’est ainsi enracinée dans le cœur des hommes et a créé le sentiment de l’amour-propre (autre nom de l’orgueil). Une offense à l’amour-propre se traduit quelquefois par la pâleur, le plus souvent par la rougeur émotive (honte dans le cas d’acceptation de l’infériorité, colère dans le cas de révolte).  […] Conserver la face vis-à-vis de l’opinion publique est donc le fondement de l’amour-propre et, par conséquent, le fondement de la morale.

Ce qui en revient à ce que je disais dans mon billet Les Raisons de la Colère: Celui que l’on empêche d’agir selon son instinct de survie réagit avec violence.  Puisque c’est son instinct de survie morale qui l’a poussé à tenter de démontrer publiquement son neveu inférieur à elle, la contrarier sur ce point, ou même refuser de prendre son parti par désir de rester neutre, ce fut instinctivement pris comme étant une menace pour sa survie. D’où sa réaction de colère.

La personnalité narcissique n’est pas toujours source de conflits.  Beaucoup de gens ont une haute estime d’eux-mêmes sans pour autant ressentir le besoin de rabaisser les autres.  Alors pourquoi certains narcisses sont-ils incapables de vivre en harmonie avec les autres, ce qui les rends conflictuodépendants? L’une des raisons est bien expliquée au point #5 de cet article de Cracked: Lorsqu’il s’agit de succès et d’estime de soi, les gens ont la fâcheuse tendance à prendre le problème à l’envers:  Au lieu de reconnaitre que c’est le succès qui apporte l’estime, la fierté et la confiance, on nous bourre le crane dès notre enfance que nous devons d’abord ressentir de l’estime de soi, de la fierté et de la confiance en nos capacités, et que c’est ça qui va nous apporter le succès.  Tu grandis donc avec l’idée erronée que même sans avoir accompli quoi que ce soit, tu vaux autant que ceux qui ont accompli quelque chose. Hélas, ça a eu comme conséquence fâcheuse de t’apporter instinctivement le sentiment que tu veux mieux que ceux qui ont été obligés de travailler fort pour atteindre la même valeur que tu crois avoir. 

Et voilà comment nous avons créé une superbe génération de douchebags auto-suffisants qui croient que tout leur est dû. Alors quand leur sentiment de supériorité se bute au fait qu’ils n’ont rien pouvant le justifier, c’est là que se manifeste leur réflexe compensatoire.

Tant qu’ils s’agit de complexés de type 1 et 2, ça va.  Mais si vous avez le malheur d’avoir un complexé du type 3 dans votre entourage, alors attendez-vous à une relation abusive.  Normal: Abuser des autres en les rabaissant sans cesse, c’est le propre des conflictuodépendants.

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Les liens internes cités dans ce texte:
Mes Prétentions de Sagesse: Les Raisons de la Colère.
Mes Prétentions de Sagesse: Autopsie du Loser.
Mes Prétentions de Sagesse: SÉRIE: La conflictuodépendance

Liens externes.  Parce que des fois, il est bon de démontrer que mes  théories sont confirmées par des recherches reconnues.
Wikipedia: Alfred Adler.
Wikipedia: La Psychologie Individuelle.
Psychologie.com: La psychologie adlérienne.
Psychologie.com: La compensation (avec l’exemple d’Arnold Schwarzenegger)
Relation of threatened egotism to violence and agression: The dark side of self-esteem  (PDF)
Encyclopédie anarchiste: L’infériorité
Cracked: 6 bullshit facts about psychology that everyone believes.
Santé Psy: Qu’est-ce que la compensation.
Psychoweb: Narcissisme et culte de la consommation.

Comment j’ai appris que je n’étais pas un humoriste

Le texte qui suit est écrit sous la forme d’un court sketch théâtral.  Il s’inspire cependant d’une anecdote réelle vécue en 1995.

TITRE: L’audition.

PERSONNAGES:

  • LE CANDIDAT. Homme, 26 ans. Candidat à l’audition.
  • LISE RITCHIE: Femme. 40 ans. Directrice du Collège de Comédie du Québec.  Juge de l’audition.
  • DANNY LEMAIRE.  Homme, 45 ans.  Humoriste avec 15 ans de carrière. Juge de l’audition.
  • LE PSYCHOLOGUE. Homme. 50 ans. Psychologue.  Juge de l’audition.

MISE EN SCÈNE:  Sur scène, LE CANDIDAT se tient debout.  À quelques mètres devant lui, il y a une longue table.  Derrière celle-ci sont assis les trois juges, LISE RITCHIE, DANNY LEMAIRE et LE PSYCHOLOGUE.  En arrière plan, il y a le logo et le nom de l’école, COLLÈGE DE COMÉDIE DU QUÉBEC.

La lumière s’allume.  Nous assistons à la fin de l’audition.

LISE RITCHIE
(fade in) … Et dans l’ensemble il y avait effectivement quelques bon punchs.  Mais malheureusement, ce n’est pas le genre de sujet qui est apprécié du public.  Donc, désolé mais on ne peut pas accepter ta candidature pour cette année.

LE CANDIDAT
Je vois!

Le candidat garde le silence quelques secondes.  Il reste là, debout, sans bouger.

LISE RITCHIE
Voilà, c’est tout!  Merci!

LE CANDIDAT
Excusez-moi, mais…  Ben, tant qu’à avoir payé trente dollars pour passer une audition, et l’avoir coulée, j’aurais quelques question, si ça ne vous dérange pas.

LISE RITCHIE
Vas-y!  Mais prends pas trop de temps, t’es pas le seul qu’on doit passer en audition aujourd’hui.

LE CANDIDAT
Ce n’est pas la première fois que je passe une audition. En fait, depuis novembre dernier, celle-ci est la 5e.

DANNY LEMAIRE
Ça fait pas cinq fois que tu passes devant nous autres?

LE CANDIDAT
Non, les fois d’avant, c’était pour des shows amateurs, pour des émissions de télé ou des shows dans des bars-spectacles.

DANNY LEMAIRE
Ah, ok!

LE CANDIDAT
À chaque fois, quand je récite mon monologue, les juges rient, comme vous l’avez fait deux-trois fois tantôt.  Et à chaque fois, comme vous venez de le faire, ma candidature est quand même rejetée. Des fois, on prend le temps de me dire ce que je ne devrais pas faire. Comme vous, qui venez de me dire que mon sujet n’était pas approprié. Sauf que, est-ce que ce ne serait pas beaucoup plus logique, et surtout plus productif, de me dire quoi faire, au lieu de juste vous contenter de me dire quoi ne pas faire? De me dire quel sujet est approprié, ou lieu de juste me dire que mon sujet de l’est pas?

LISE RITCHIE
C’est parce que, ce que tu nous demandes-là, c’est des choses que l’on enseigne à notre école. Pourquoi est-ce que le monde paierait $5 500.00 pour suivre nos cours si on donne tous les trucs gratuitement à ceux qui viennent passer une audition?

DANNY LEMAIRE
Oui, surtout s’ils la coulent. Tsé, on peut pas apprendre à quelqu’un à être drôle. Il l’est ou il l’est pas, point!

LE PSYCHOLOGUE
Notre école a été créée pour aider ceux qui ont le potentiel pour réussir dans ce métier.  Mais si t’en a pas…

LE CANDIDAT
Justement! Je vous ai fait rire, tantôt, oui ou non? Donc en quelque part, je dois bien avoir du potentiel, non? Et si j’en ai, est-ce que c’est pas stupide de le laisser se gâcher, juste parce que j’ignore un truc ou deux?  Par contre, si vous me dites quoi faire, alors je vais m’écrire un numéro convenable, je vais revenir passer une audition, je vais être accepté à votre école.  Et je vais pouvoir vous le donner, votre $5 500.00.  Comme ça, tout le monde y gagnerait. Vous trouvez pas que ce serait plus logique?

Les trois juges restent silencieux.  Ils se regardent durant quelques secondes.  Après un moment de réflexions où elle regarde tour à tour le candidat et ses deux collègues, Lise Ritchie, finit par leur montrer qu’elle approuve, d’un signe de tête.

LISE RITCHIE
Bon! Qu’est-ce que tu veux savoir?

LE CANDIDAT
Pourquoi est-ce qu’on m’interdit, à moi, de parler d’un sujet que plusieurs humoristes abordent sans problème?

LISE RITCHIE
Précise ta pensée.

LE CANDIDAT
Il y a huit ans, en 1987, avant qu’existe votre école, j’ai passé en entrevue au Club Soda devant Madame Ritchie ici présente, avec un autre monologue au sujet des condoms. Elle m’a dit que le public n’était pas très intéressé par ce sujet, donc qu’il fallait l’éviter.

LISE RITCHIE
En effet!

LE CANDIDAT
Pourtant, à chaque année, je vois toujours au moins un humoriste faire un numéro là-dessus : Claude Meunier, Michel Barrette, Jean-Marc Parent… Même Yvon Deschamps.

LISE RITCHIE
Et c’est pour ça que, huit ans plus tard, tu reviens me présenter un autre monologue qui parle de condoms? Pour venir insinuer que je dis n’importe quoi?

LE CANDIDAT
Euh… Mais non, voyons. C’est juste que, puisque tous les autres humoristes déjà établis en parlent, ça m’a donné l’impression que c’était devenu un sujet acceptable.

LISE RITCHIE
Vraiment!?

LE CANDIDAT
Come on, chus su’l’BS. J’ai pas payé trente dollars l’audition juste pour le fun de venir vous confronter là-dessus. J’essaye juste de comprendre.

LISE RICHIE
Tu l’as dit toi-même : « Humoristes déjà établis ». Quand les gens vont voir un show d’Yvon Deschamps, ils ne vont pas là pour le texte. Ils vont là pour voir Yvon Deschamps, point.

DANNY LEMAIRE
C’est ça! Ils veulent pas le savoir, ils veulent le voir.  Yvon Deschamps, c’est une vedette! Il pourrait passer deux heures à lire sa liste d’épicerie que le monde paierait quand même pour aller à ses shows.  Et justement, il a deux heures à remplir, lui. Il peut se permettre de parler de plusieurs sujets, dont celui-là.

LE PSYCHOLOGUE :
Toi, par contre, personne ne te connait, donc personne n’est intéressé à te voir. Voilà pourquoi, dans ton cas, ce qui est important, c’est de savoir quel public cibler, quels sujets aborder. En arrivant ici tantôt, t’avais pas deux heures à remplir pour un public qui te connais et que t’as déjà conquis. T’avais dix minutes pour te faire valoir à trois personnes qui ne te connaissaient pas. C’était pas le moment de faire un monologue sur ce sujet-là.

LISE RITCHIE
Surtout que toi en plus, ça fait huit ans que tu le sais, que c’est pas un bon sujet pour une audition.

LE PSYCHOLOGUE
Oui, d’ailleurs j’aurais une question.  Deux, en fait.  Parce que ça m’intrigue, cette insistance que tu as à parler des condoms. À qui est-ce que tes numéros s’adressent?

LE CANDIDAT
Mes numéros s’adressent à ceux qui sont intéressés par le genre de sujets dont je parle.

DANNY LEMAIRE
… Ok, wow!

LE PSYCHOLOGUE
En terme de public cible, ça veut dire quoi?  Les retraités? les femmes? Les immigrants?

LE CANDIDAT
Les jeunes.

LE PSYCHOLOGUE
Définis « jeunes ».

LE CANDIDAT
Les adolescents, 14-18 ans.

LE PSYCHOLOGUE
Pourquoi as-tu choisi ce public-là?

LE CANDIDAT
Parce que quand j’étais ado, j’ai toujours déploré le fait que nous étions un public totalement ignoré des humoristes.  Enfin, quand je dis ignorés, c’est relatif.  On nous ignorais, sauf quand c’était le temps de nous insulter.  Je pense, par exemple, à Lise Dion et son monologue dans lequel elle fait passer son chum pour un cave et son fils pour un primate. Et aussi Yvon Deschamps, qui utilise les termes mon tarla ou mon grand cave pour parler de son fils.  Aucun humoriste ne s’adresse aux ados.  Pourtant, les ados s’intéressent beaucoup aux humoristes, et ce beaucoup plus que les adultes. C’était peut-être pas l’cas dans votre temps, mais ça l’est maintenant. Je le sais parce que j’en étais un moi-même y’a pas si longtemps.  C’est un public qui a énormément de potentiel, et je trouve ça bête de ne pas l’exploiter. C’est pour ça que je vous ai présenté un numéro sur les angoisses d’aller se procurer des condoms pour la première fois.  Même les adultes peuvent apprécier, puisque l’on est tous un peu nostalgique de nos expériences de jeunesse.

DANNY LEMAIRE
Ah!  Ça explique tout!  Eh bien bravo! Je constate que tu fais exactement tout ce que tu as à faire. … Si ton but est d’être sûr de ne jamais réussir dans le métier.

LE CANDIDAT
Huh?

LISE RITCHIE
Non, ce n’est pas d’hier que les ados s’intéressent au shows d’humour, tu sauras. Ils ont toujours aimé ça et on l’a toujours su.

LE CANDIDAT
Mais alors, pourquoi négliger un si grand public?

DANNY LEMAIRE
Dans la vie, on est ado de 12 à 18 ans.  Sept ans seulement. Avec une population qui meurt en moyenne vers l’âge de 78, ça fait qu’on est adulte pendant cinquante ans. Cinquante divisé par sept, ça donne quelque chose comme sept point un.  Ça veut dire que dans la population, il y a sept fois plus d’adultes que d’ados. Alors même si le pourcentage des ados qui aiment l’humour est plus grand que le pourcentage des adultes, ça ne change rien au fait que dans les chiffres réels, il y a trois ou quatre fois plus de fans chez les adultes que chez les ados.

LISE RITCHIE
Ensuite, c’est qui, d’après toi, ceux qui payent des billets pour aller à un show d’humour? Les ados qui n’ont jamais d’argent?  Ou les adultes qui ont un revenu?

DANNY LEMAIRE
Un petit public sans le sou qui se contente de regarder les shows gratis à la télé, c’est ça que t’appelles « un potentiel à exploiter »?

LE CANDIDAT
Euh…

LISE RITCHIE
Désolé mais c’est pas avec eux autres qu’on va générer des profits. L’humour au Québec, c’est sérieux.  C’est une business de près d’un milliard de dollars. Y’a une raison pour ça! On sait à quel public s’adresser, et on sait ce qui l’intéresse.

DANNY LEMAIRE
R’garde, m’as te proposer un truc: Tu dois te dire que c’est facile pour nous autres de sortir des chiffres que tu ne peux pas vérifier. Alors oublie ce que Lise vient de te dire et regardons ensemble la chose sous un autre angle : Admettons, un instant que nous n’y connaissons rien. Admettons que c’est toi qui a raison, et que oui, les ados sont un public rentable. Et admettons que tu fais une carrière à être leurs voix…

LE CANDIDAT
Oui?

DANNY LEMAIRE
Ton public de 14-18, tu vas l’avoir pendant cinq ans.  Tandis que l’humoriste qui  s’adresse aux adultes, son public va le suivre fidèlement pendant cinquante ans.

LE CANDIDAT
Qu’est-ce que ça change, que les ados vieillissent et deviennent adultes? Les enfants aussi vieillissent, et ils deviennent des ados.  Comme ça, ils prennent la place de la portion du public que je perds.  J’veux dire, à la TV, l’émission Passe-Partout existe depuis 1977, et ça a toujours été une émission pour enfants.  Ils sont pas devenus une émission pour ado puis pour adultes à mesure que leur public vieillissait.

LE PSYCHOLOGUE
Ton argument a une logique fallacieuse. Tu n’es pas une émission de télé subventionnée par le ministère de l’éducation du Québec.  Tu es un aspirant humoriste.

LISE RITCHIE
L’affaire, c’est qu’il n’y a pas que le public qui vieillit. T’as quel âge en ce moment?

LE CANDIDAT
26 ans, 27 dans deux semaines!

DANNY LEMAIRE
27…  Ça prend en moyenne trois ou quatre ans à un humoriste talentueux pour se faire remarquer du grand public. À ce moment-là, tu vas être rendu dans la trentaine. Penses-tu vraiment que les ados vont encore se reconnaître en toi?

LE CANDIDAT
Euh…

LE PSYCHOLOGUE
Petite questions comme ça…  Tu disais tantôt que c’était ta  5e entrevue depuis novembre… C’était où et quand, la dernière?

LE CANDIDAT
En avril dernier, au Café Noir, dans le cadre des MardHilarants.

LE PSYCHOLOGUE
Est-ce que c’était le même monologue?

LE CANDIDAT
Non, c’était au sujet des choses que l’on remarque quand on va faire l’épicerie.

LE PSYCHOLOGUE
Rien sur les condoms?

LE CANDIDAT
Non!

LE PSYCHOLOGUE
Et c’était un monologue juste pour les ados?

LE CANDIDAT
Non, c’était grand public.

LE PSYCHOLOGUE
Sans me le réciter, donne-moi donc une idée des sujets que tu y abordais.

LE CANDIDAT
Ben…  Le fait que quand on prends un panier d’épicerie, on pogne toujours celui avec la roue qui tourne mal. La vieille mémère devant toi à la caisse qui insiste pour payer $97.00 d’épicerie avec sa petite monnaie.  La caissière qui pose des questions niaiseuses comme « C’tu pour emporter? »  Les nouveaux sacs d’épicerie plus minces qui pètent dès qu’on met deux boites de conserves dedans.

LE PSYCHOLOGUE
Et ils ne t’ont pas pris?

LE CANDIDAT
Non!

LE PSYCHOLOGUE
Est-ce qu’ils t’ont dit pourquoi?

LE CANDIDAT
Non, il ne m’ont juste pas rappelé.

LISE RITCHIE
Si, à tes autres auditions, tu leurs a servis un monologue grand-public, non-sexuel, sans parler de condoms, et qu’ils ne t’ont quand même pas pris, je pense que ça démontre que ton problème, ça ne se limite pas aux sujet de ton monologue.  Tantôt quand tu nous nous le récitais, on a pu voir que tes problèmes se situaient sur trois niveaux.  Le premier niveau, c’est dans ta présence. T’as pas l’air à l’aise sur scène. Tu es nerveux, tu ne sais pas si tu dois bouger ou rester planté là.  T’as vraiment pas l’air d’être à ta place.  Le second problème est au niveau de ta voix. Tu as un ton de voix qui est bas, monotone.

LE PSYCHOLOGUE
Mais attention; quand on dit « Monotone », c’est dans le sens anglais, mono tone : un seul ton.

LE CANDIDAT
Ah! Je vois!

DANNY LEMAIRE
Est-ce que tu es immigrant, ou est-ce que tes parents le sont?

LE CANDIDAT
Hein? Ben non!

DANNY LEMAIRE
Ok, c’est parce que des fois, on dirait que tu as un accent. T’as pas l’air naturel quand tu parles. Et pas juste quand tu récites ton monologue.  Quand on te pose une question, tes réponses ont l’air d’être des textes récités.  Ou tiens, ton « Ah! Je vois! », que tu viens de me répondre. N’importe qui d’autre aurait juste dit « Ok! » … Toi, je sais pas…  On dirait que tu cherches à faire littéraire

LISE RITCHIE
C’est vrai!  Tu parles comme un livre.

LE PSYCHOLOGUE
Autrement dit, ça parait que dans ta vie, t’as passé plus de temps seul avec des livres qu’avec les autres à faire du social.  Et ça, ça veut dire que tu cherches à devenir humoriste par compensation, parce que tu cherches à avoir l’attention que t’as pas eu plus jeune, et non parce que t’es fait pour ce métier.  La preuve, c’est justement le malaise que tu as à être sur scène. 

LISE RITCHIE
Et le 3e problème, c’est au niveau du contenu de ton texte. Tout ce que ton monologue colporte, ce sont des sentiments négatifs.  Je veux bien croire que, comme tu disais, les gens sont portés à être nostalgiques de leur jeunesse. Sauf que j’ai jamais vu quelqu’un être nostalgique des moments comme ceux que tu décris dans ton monologue.  Sortir avec une blonde qui a des intentions pas claire.  Se faire menacer par un gardien de sécurité.  Accidenter son vélo à en faire une perte totale.  Abimer le char de son beau-père.

DANNY LEMAIRE
Et surtout, tu décris avec tellement de détails l’épreuve angoissante d’aller acheter des condoms pour la première fois. Y’a personne qui aime se rappeler de ça. À la limite, tout ce que ce bout-là de ton monologue apporte, c’est un sentiment de malaise.

LE PSYCHOLOGUE
D’ailleurs, si Lise le permet, moi je vois un 4e problème, celui-là au niveau de ton attitude et de ta personnalité. Non seulement tu te montres négatif dans ton texte, tu as un côté manipulateur et passif-agressif en personne.

LE CANDIDAT
Hein?  Moi, ça?  Voyons donc!

LE PSYCHOLOGUE
D’abord, tu veux qu’on te dise quoi faire, en nous demandant « Vous ne trouvez pas que ce serait plus logique et plus productif? »  En nous posant cette question-là, tu nous laisses deux choix : Ou bien on est d’accord avec toi, ou bien on est illogiques et improductifs.

DANNY LEMAIRE
Exactement! Ou bien on te donne ce que tu veux, même si on t’a dit pourquoi ça nous posait un problème. Ou bien on est des caves incompétents.

LE CANDIDAT
Mais… Mais je faisais juste démontrer la logique de mon argument.

LE PSYCHOLOGUE
Non! Si tu avais dit « Je pense que ce serait plus logique et plus productif», tu nous aurais donné un argument en nous laissant libre d’y réfléchir, puis d’être d’accord ou non. Mais en nous demandant « Vous ne pensez pas que ce serait plus logique et plus productif? », tu nous force à être d’accord tout de suite sans nous laisser le temps de réfléchir.

LISE RITCHIE
C’est de la manipulation, ça!

LE PSYCHOLOGUE
Enfin, tu prétends que tu veux qu’on te dise la marche à suivre pour faire un numéro convenable. Pourtant, c’est quoi la toute première question que tu nous as posée? Est-ce que c’était « Qu’est-ce que je peux faire pour écrire un numéro convenable? » Non, c’était : « Pourquoi est-ce que vous prétendez que mon numéro n’est pas convenable? » Ce n’est pas l’attitude de quelqu’un qui veut s’améliorer. C’est plutôt celle de quelqu’un qui se croit déjà parfait, et qui a du mal à endurer que les autres ne pensent pas la même chose à son sujet.  Tu n’es pas un humoriste. Tu es juste quelqu’un rempli de frustrations contre la société, et qui cherche rien qu’à lui jeter des blâmes. Tu déguises ça en humour, mais ce n’est pas de l’humour, c’est juste de la moquerie. Du sarcasme. Ton but c’est juste de démolir les autres avec l’approbation et l’appui du public. Tu ne veux pas faire rire ton auditoire. Tu veux qu’il t’appuie, qu’il te dise « Ouais, t’as raison, le monde que tu dénonces, c’est rien que des caves pis des incompétents. » Bref, tu prends ta revanche.

DANNY LEMAIRE
À la limite, ça pourrait passer. Il y en a qui sont capables de faire ça avec adresse. Mais toi…  Prends juste ta réponse passive-agressive de tantôt, quand on t’a demandé à qui s’adressaient tes monologues: « Mes numéros s’adressent à ceux qui sont intéressés par le genre de sujets dont je parle. »  Belle façon de sous-entendre que tu trouves qu’on pose des questions niaiseuses.

LE PSYCHOLOGUE
Exactement! En passant devant nous-autres, tu le sais, que ton avenir en tant qu’humoriste dépend de l’impression que l’on va avoir de toi.  Mais malgré ça, ton désir de confrontation est tellement grand qu’au lieu de t’arranger pour mettre ton public de ton bord, tu le prends pour cible. Prends juste tantôt : Au lieu de dire à Lise que tu as passé devant elle avec un autre monologue sur les condoms il y a huit ans, tu t’es adressé à Danny et moi en disant « J’ai passé en entrevue au Club Soda devant Madame Richie ici présente. »  Tu essayais de nous prendre à témoin contre elle. 

DANNY LEMAIRE
C’est vrai que ça sonnait comme: « La madame a’ m’a dit y’a huit ans que ça s’faisait pas, de parler de condoms, mais des vrais grands professionnels de l’humour le font, fa que n’est-ce pas, messieurs, qu’elle ne connait rien au métier? »

LISE RITCHIE
« Pour qui qu’à s’prend, elle, d’occuper le poste de directrice d’une école d’humour quand à’ sait même pas ce qui se fait en humour!? »

LE CANDIDAT
Mais je… Ça… Jamais je n’ai…

LE PSYCHOLOGUE
Tu aurais pu nous présenter un numéro sur mille autres sujets. Tu l’as dit toi-même: À ton audition au Café Noir, tu avais un sujet grand public.  Mais quand tu as su qu’ici, tu allais repasser devant celle qui t’a refusé un monologue sur les condoms il y a huit ans, quel sujet est-ce que tu as choisi de lui présenter?  Le seul que tu savais, par expérience, qui n’allait pas lui plaire.

DANNY LEMAIRE
C’était le seul sujet qui te donnait l’opportunité de pouvoir prendre ta revanche, en lui donnant une leçon, comme quoi c’était toi et non elle qui avait raison ces huit dernières années.

LISE RITCHIE
Voilà!

LE CANDIDAT
Mais voyons, je… Mes intentions n’étaient pas de… Bon, écoutez… Je comprends bien ce que vous me dites, et je comprends pourquoi ça peut avoir l’air de ça.  Mais c’est un hasard.  C’est pas quelque chose que j’ai fait délibérément.

LE PSYCHOLOGUE
Il est tout à fait possible que tu ne te rendes pas compte que tu agis ainsi. Sauf que, tu agis ainsi quand même.  ça veut dire que ça se passe dans ton subconscient. Donc, que ça fait partie de ta personnalité.  Et si c’est ça, ta personnalité naturelle, alors tu perds ton temps à passer des auditions en humour.

DANNY LEMAIRE
Que ce soit acheter des condoms ou faire l’épicerie, tu mets le focus sur tout ce qui peut y avoir de négatif là-dedans.  J’ai l’impression que si on te demandais d’écrire un monologue sur le Jardin Botanique de Montréal, au lieu de trouver un angle comique sur les couleurs des fleurs, leurs formes ou leur noms, tu parlerais de l’odeur du fumier.  C’est pas de l’humour, ça! C’est du chialage. Le public va voir des shows d’humour pour oublier leur tracas quotidien.  Pas pour se faire rappeler avec insistance que chaque facette de la vie possède un côté merdique. 

LE PSYCHOLOGUE
Ce que tu es, ce n’est pas un humoriste. C’est un revanchard.  Ça fait dix ans que t’es pu un ado que t’es encore obsédé par l’idée de dénoncer le fait que deux humoristes se sont déjà moqués des jeunes.  Ça fait huit ans que Lise a osé te dire que tu faisais erreur en parlant de condoms, que t’es encore obsédé par l’idée de lui prouver qu’elle a tort. Alors quand tu dis « Pensez-vous que j’irais payer trente dollars pour vous confronter alors que je suis sur le BS? », eh bien…

LISE RITCHIE
Oui!

DANNY LEMAIRE
Oui!

LE PSYCHOLOGUE
Oui!  Définitivement!  Tout, dans ton attitude, le démontre. 

LISE RITCHIE
Non mais sérieusement, là… Est-ce qu’un gars qui aurait vraiment ce qu’il faut pour devenir humoriste passerait huit ans à couler ses auditions, peu importe devant qui il se présente, et peu importe le sujet de son monologue? 

LE PSYCHOLOGUE
Et ça, tu le sais très bien au fond.  C’est probablement pour ça que, inconsciemment, tu es porté à choisir les ados comme public, même si plus le temps passe et moins c’est logique pour toi de le faire.  Puisque aucun autre humoriste ne va s’adresser à eux, tu le sais bien que tu n’aurais pas de compétition.  Mais voilà, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

LISE RITCHIE
Autrement dit, tu deviendrais leur idole non pas par mérite, mais bien par facilité.  

DANNY LEMAIRE
Par monopole.  Parce qu’ils n’auraient aucun autre choix.

LE PSYCHOLOGUE
Et c’est ça qui te rassure.  Mais voilà, puisque nous autres, les gros méchants qui contrôlent la business de l’humour, on ne veut pas te permettre de t’adresser à un public qui représente un cul-de-sac financier, tu te mets en position de jouer au Messie: Tu es venu ici pour sauver les ados.  On ne te le permet pas.  On te crucifie.  Et on va même le faire, non pas en payant trente deniers, mais en te les chargeant alors que tu ne travaille même pas.  Ça te donne le statut de martyr.  Ça te rend noble. 

LISE RITCHIE
Mais surtout, ça te permet de nous blâmer pour tes huit ans d’échecs.  Ça te permet de te faire accroire que si tu n’as pas encore percé dans le milieu, c’est à cause qu’on a mauvaise foi.  Et par conséquent, ça te permet de pouvoir te nier à toi-même le fait que tu n’as pas ce qu’il faut pour devenir un humoriste.  Et que, franchement, tu ne l’as jamais eu.

Pendant quelques secondes, tout le monde est silencieux.  Puis, la mine basse, le candidat soupire.  Il tourne doucement les talons et se dirige vers la porte de sortie.  Il s’arrête en entendant les juges s’adresser à lui.

LISE RITCHIE
Excuse notre franchise. Mais comme comme tu l’as dit si bien, tu as payé trente dollars pour avoir des réponses. Et bien voilà!  J’espère que t’en as eu pour ton argent.

LE PSYCHOLOGUE
Écoute… Rentre chez toi, fais le ménage dans ta vie, règle tes problèmes.  Après ça, tu verras si tu as vraiment le goût de la scène et de l’humour.

LISE RITCHIE
Si c’est oui, écris un autre monologue et reviens nous voir aux prochaines auditions dans un an.

DANNY LEMAIRE
Sinon, si c’était vraiment rien qu’une façon pour toi de tenter de prendre ta revanche sur les injustices que tu as vécues, ou que ton ego te fais croire que tu as vécues…

LE PSYCHOLOGUE
Ou si c’est juste une tentative pour devenir riche et célèbre et adulé sans y mettre d’efforts et sans l’avoir mérité…

DANNY LEMAIRE
Alors cesse de perdre ton argent.  Et cesse de nous faire perdre notre temps.

Le candidat reste silencieux.  Puis, il hoche la tête, semblant démontrer qu’il a compris.  Puis il quitte la pièce.

LISE RITCHIE
Suivant!

Lumière fade-out.

RIDEAU!

_______________

Et voilà comment une simple audition à trente dollars a su m’en apprendre plus sur moi-même que n’aurait pu le faire une série de rencontres thérapeutiques.  Ne serait-ce que pour la simple et bonne raison que pour aller suivre une thérapie, il aurait d’abord fallu que je sache que j’avais un problème de personnalité et de comportement.  Et avant cette rencontre, je l’ignorais.  Bref, cette expérience est l’une des nombreuses raisons pourquoi je considère que 1995 fut l’année de ma seconde naissance.  Ce qui me donnerait vingt ans d’âge cette année, chose qui n’est pas pour me déplaire.

_____

Post Scrotum: Non pas que ça ait une importance dans l’histoire que vous venez de lire, mais si vous êtes curieux, voici mon monologue au sujet des condoms, ou du moins une version réécrite en récit.

Comment j’ai appris à fermer ma gueule. Épisode 1 : L’Étoffe des Zéros.

« L’étoffe des zéros. »   Si j’utilise ce jeu de mot classique qui n’est pas de moi, c’est parce que je trouvais que c’était très à-propos avec une une série d’anecdotes que j’ai vécu à l’école secondaire, en secondaire IV en particulier, lorsque j’avais 15 ans. Cette année-là, j’ai eu le don de me ramasser trois fois la note de zéro à cause de ma grande gueule.

Je n’étais ni un délinquant ni un contestataire.  Par contre, j’essayais d’imposer ma logique aux profs afin de leur faire comprendre pourquoi je ne comprenais pas toujours le travail demandé.  Je croyais bien faire.  Hélas, il semblerait que j’avais le don de poser mes questions d’une façon qui démontre que ce n’est pas moi qui n’est pas capable de comprendre, c’est juste l’autre qui est trop con pour expliquer clairement.  Ils le prenaient mal, étrangement.

Le premier zéro.
Premier cours de français de l’année.  Le prof nous dit de prendre une feuille lignée, y inscrire notre nom et la date, et d’écrire une dissertation de deux pages, à double interligne.  Le sujet est : Qu’est-ce que vous venez apprendre dans ce cours de Français? Je lève la main.

« Euh… S’cusez, mais comment est-ce qu’on est supposé savoir ça? »

Pour toute réponse, il me regarde en silence.  Je suppose qu’il ne comprends pas ma question.  J’élabore:

« Ben oui, quoi, si je le savais déjà, j’aurais pas besoin de venir ici pour l’apprendre. Donc si je viens l’apprendre, c’est parce que je ne le sais pas. »

Après quelques autres secondes de silence, il dit:

« Donc, tu ne sais pas quoi écrire? »
« Ben là, j’le connais pas, votre plan de cour.  Comment chus supposé deviner ce que vous allez nous apprendre? »
« D’accord! »

Il s’approche de mon pupitre, il prend ma feuille, la froisse et dit:

« Zéro! » 

Il se retourne, envoie ma feuille dans la corbeille et dit au reste de la classe:

« Les autres, vous pouvez commencer. »

Je ne sais pas ce qui m’a le plus estomaqué entre le fait que le prof m’a mis zéro sans même essayer d’expliquer la logique de sa question, ou le fait que tous les autres élèves semblaient n’avoir aucun problème à écrire le contenu d’un cour qu’on ne nous avait pas encore donné.  En tout cas, on n’a qu’une seule chance de faire une première impression.  Et j’avais foiré celle-là de façon spectaculaire.

Le second zéro.
Science Religieuse, cours qui ne parlait à l’époque que de catholicisme, puisque nous avions tous été élevés là-dedans.  Je ne me souviens plus du tout du travail.  Ce que je me souviens, par contre, c’est qu’avant de le remettre à notre prof, il nous a demandé d’évaluer nous-mêmes ce que vaut notre travail. Il fallait écrire notre note, un nombre X sur 100, en haut à droite.  Je le fais et lui remet ma feuille en même temps que les autres.  Puis, il feuillette le tas.

« Ok, alors on va commencer par discuter de vos évaluations, ce qui va nous  … »

Il s’arrête sec devant ma feuille.  Après l’avoir observée quelques secondes, pour être certain qu’il a bien vu je suppose, il prend un ton sarcastique.

« Bon, bon, bon, bon, bon! Ça a l’air qu’on a quelqu’un qui se prend pour un génie, ici. Monsieur Johnson s’est donné lui-même la note de 100%. »

Sans être un cancre, mes notes avaient toujours été très moyennes, d’où l’hilarité générale de la classe à cette annonce.  Il rajoute:

« Bon eh bien, allez-y, Monsieur Johnson. Veuillez nous expliquer pour quelles raisons est-ce que vous pensez que votre travail mérite une note parfaite. »
« Ben, c’est simple : Si j’ai écrit ce que j’ai écrit, c’est parce que je crois que ce sont les bonnes réponses. Et si j’pense que toutes mes réponses sont bonnes, il est logique que je penses avoir 100%. »

La classe répond par un murmure admiratif et amusé, deux sentiments que ne partage pas le prof qui réplique:

« Ah oui? C’est logique? »
« Ben là! Pensez-vous que j’aurais délibérément saboté mon travail, en faisant exprès pour donner des réponses erronées, juste pour me donner une note plus basse, juste pour que vous la trouviez réaliste? Voyons donc! »

Il garde le silence quelques secondes, le temps de considérer ma réponse, et peut-être travailler la sienne.  Il dit:

« Je vois! …  Ce que tu viens de faire, ce n’est pas une évaluation de ton devoir. C’est une critique négative de l’exercice dans le but de le tourner au ridicule. »
« Hein? Mais non, je… »
« C’est correct! Quand on choisit de devenir prof, on le sait qu’on va être la cible de tentative pathétiques de se faire moquer de nous-autres et des travaux que l’on demande. Ça fait partie d’la game, alors je n’en ferai pas de cas! »

… *gulp*

« N’empêche qu’au final, tu n’as pas fait ce que j’ai demandé. Par conséquent, ce n’est pas 100% que ton travail se mérite, mais bien zéro. »
« Mais voyons donc! Le fait que je dise que je pense que les réponses de mon devoir sont bonnes, C’EST une évaluation de mon devoir! »
« Eh bien le fait que moi, le prof, j’affirme que C’EST le contraire, alors C’EST ça qui est ça, et C’EST final! »

C’est ça le problème avec les analyses : Ce ne sont que des opinions.  Ce n’est pas comme les mathématiques.  Ça au moins, c’est une science exacte.  Ou bien tu as raison, ou bien tu as tort.  C’est ou bien blanc, ou bien noir.  Pas d’ambiguïté.  D’ailleurs, parlant de maths…

Mon troisième zéro.
Cours de maths, matière dans laquelle je suis cancre.  La preuve, c’est que je suis en retard de deux ans.  La prof nous pose la question classique dont la réponse me dérange depuis la première fois où je l’ai entendue à l’école primaire:

« Maintenant, est-ce qu’il est possible, selon vous, de diviser par zéro? »

Tout le monde répond non.  Enfin, presque tout le monde.  Parce que moi, je m’aventure à dire:

« Je crois que c’est possible. »

La prof me regarde d’un air voulant dire Bon, de quoi j’me mêle!  Elle dit:

« Bon! On a un petit comique ici! »
« Non, je suis sérieux! Cet été j’ai trouvé le moyen de le faire, d’abord en… »

Elle réplique alors un truc sur un ton défiant et sarcastique.

« Attend! Si t’as vraiment trouvé le moyen de diviser par zéro, aussi bien en faire profiter l’humanité toute entière, en commençant par la classe. Va nous expliquer ça au tableau, si t’es capable. »

Je suis peut-être atteint de dyscalculie (un genre de dyslexie numéraire), ça ne change rien au fait que mon raisonnement logique fonctionne à la perfection. Aussi, si j’affirme que l’on peut diviser par zéro, c’est parce qu’on peut diviser par zéro.  Et puisqu’elle m’invite à le faire, je me rend au tableau.  Elle se met en retrait.  Je commence:

« Tout d’abord, entendons-nous sur le fait que, contrairement à ce qu’affirment certain, le nombre zéro ne représente pas l’infiniment petit. L’infiniment petit, ce serait, par exemple, d’avoir dix milliard de zéros suivi d’un virgule un. Tandis que zéro, lui, c’est juste zéro. Pas la moindre virgule suivie d’un chiffre à la fin. À moins qu’on s’amuse inutilement à écrire zéro virgule zéro. Mais là encore, ça ne change rien au fait que zéro, c’est juste rien du tout.  Par conséquent, diviser par zéro, ça ne donne pas « infini », comme certains le prétendent.  Cette précision étant faite, passons à la démonstration. Pour l’exemple, on va prendre le nombre mille. »

J’écris 1000 au tableau.

« Il y a trois façons de diviser par zéro et d’obtenir un résultat : La méthode mathématique, la méthode logique et la méthode graphique.  Voyons d’abord, la méthode mathématique : Admettons, pour l’exemple, que l’on divise par 2. Ce que l’on fait ici, c’est poser la question « Combien de fois est-ce que le chiffre 2 se retrouve dans le nombre 1000. » Dans ce cas-ci, la réponse est évidemment 500 fois.  Alors quand on divise par zéro, ce que l’on demande, c’est « Combien de rien est-ce qu’il y a dans 1000? » En partant du fait que 1 c’est un tout, et qu’un tout c’est le contraire de rien, alors la question que l’on pose vraiment ici, c’est « Combien de rien y a-t-il dans mille tout? »  Puisque dans un tout il ne peut pas avoir de rien, la réponse est donc zéro. »

La prof réplique aussitôt:

« Sophisme! »
« Vraiment? Pourtant, même la langue française est d’accord avec ce que je dis. »
« Et comment cela, je vous prie, Professeur Johnson? »
« Ben, comme synonyme de zéro, ne dit-on pas « Rien du tout »? »

Un murmure amusé parcours la classe.  La prof rajoute:

« Fa que finalement, ton raisonnement est simplet. Ce que tu dis, c’est que peu importe le chiffre, quand on le divise par zéro, la réponse va toujours être zéro. »
« Oui, mais seulement pour les nombres positifs. »
« Hein? »

Avec la craie, je trace un « – » devant le 1000.

« Admettons qu’au lieu de mille, notre chiffre est moins mille. On s’entend que d’avoir un chiffre dans le négatif, c’est comme avoir une dette. Donc, qu’avoir -1, c’est avoir une fois rien.  Donc, avoir -1000, c’est avoir mille fois rien. Par conséquent, moins mille divisé par zéro, ça égale mille. »

La prof reste impassible.  Je prend son manque de réaction comme une invitation à continuer.

« Donc, ça c’était la méthode mathématique.  La 2e méthode, la méthode logique, est beaucoup plus simple. Elle va comme suit : Puisque zéro égale rien, alors diviser par zéro, c’est diviser par rien.  Si tu divises par rien, alors tu ne divises pas. Si tu ne divises pas, ton nombre reste entier. Donc, dans ce cas-ci, mille divisé par zéro égale mille. »

Là encore, Madame réplique:

« C’est complètement illogique ton affaire, tes deux méthodes se contredisent. »
« Si une seule méthode se contredisait elle-même, alors là, oui, ce serait illogique. Mais que deux méthodes différentes se contredisent, c’est tout à fait normal. »
« Les mathématiques, c’est de la logique. Quand quelque chose est logique, il ne peut pas se contredire. »
« Les proverbes aussi sont logiques, non? Pourtant, d’un côté, on dit «Tel père, tel fils.», et d’un autre, on dit « Père avare, fils prodigue. » (« Dépensier », en vieux français).  D’un côté on dit « Qui se ressemblent s’assemblent », et d’un autre on dit « Les contraires s’attirent » C’est pas moi qui l’invente. C’est dans tous les dictionnaires. Donc, vous voyez bien que oui, deux aspects d’un même sujet peuvent à la fois être logique et se contredire. »

Devant son silence, je décide de poursuivre.

« Enfin, pour terminer, la 3e méthode, la plus simple de toute : La méthode graphique. »

J’efface le « – » de devant le 1000, et montre le nombre du doigt.

« Un 1000, ça n’existe pas.  Ce n’est pas un objet, c’est un concept intellectuel.  On ne peut donc pas voir un 1000.  Cependant, on peut en faire une représentation sous forme d’image.   Ce que l’on a ici au tableau, ce n’est pas un 1000.  C’est une image tracée à la craie blanche sur un tableau vert.  C’est donc une représentation graphique du chiffre mille. Et un graphique, c’est un dessin, une image. Et combien y a-t-il de zéro dans cette image? Il y en a trois. Voyez vous-mêmes: un-zéro-zéro-zéro. Donc, graphiquement parlant, mille divisé par zéro, ou « combien y a-t-il de zéro dans 1000 », égale trois. »

La prof se rapproche du tableau, l’air vraiment pas contente, et ça parait dans sa voix.

« Bon, ça suffit! Les graphiques, ça n’a aucun rapport avec les mathématiques. Fa que retourne donc t’assoir pis arrête de nous faire perdre notre temps avec tes niai… »
« Aucun rapport avec les maths? Pis les graphiques cartésiens, c’est quoi? »
« HEILLE, LÀ! J’AI DIT ÇA SUFFIT! »

Surpris, j’ai un mouvement de recul.  Je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’elle perde son calme et se mette à crier.  La classe non plus, d’ailleurs, car tout le monde est soudainement coi. Elle poursuit.

« Non mais pour qui tu t’prends, chose!?  Quand on est deux ans en retard en mathématiques, on n’a pas d’affaire à se permettre de donner des leçons de calcul aux autres. « 0 = Rien du tout! » … « Graphique! » … Des proverbes! … Heille, tu penses-tu vraiment qu’en jouant sur les mots, ça fait de toi un génie des maths? Hein, Einstein? »

Je ne sais vraiment pas quoi répondre à ça.  Elle poursuit.

« Regarde : Le jour où tu publieras un papier sur tes théories de marde dans un journal scientifique reconnu, et que ça amènera la communauté scientifique internationale à réécrire les livres de maths, alors là t’auras raison d’affirmer que mille divisé par zéro, ça donne à la fois, zéro, mille et trois. Mais en attendant, s’ils sont tous d’accord pour dire que c’est impossible de diviser par zéro, c’est parce que, officiellement, c’est impossible de diviser par zéro. Ok là!? »

Toujours sous le choc, je reste muet. Elle continue.

« Peu importe comment tu twiste les chiffres pour essayer de te donner l’air d’avoir raison, ça change rien au fait qu’à l’école, que ce soit les mathématique, le français, l’anglais ou le crossage avec une poignée de braquettes… »

Est-ce qu’elle vient vraiment de dire ça devant toute la classe!?

« … l’important, c’est pas de posséder la vérité absolue. L’important c’est d’être d’accord avec la version officielle écrite dans les livres du cours.  Fa que si tu veux pas couler tes maths encore une fois, tu… t… Ah pis d’la marde! Tu sais quoi? T’aimes ça, les zéros? Ben tu vas être content : C’est la note que j’te donne pour cette année! »
« Quoi? »
« Fa que, puisque t’as coulé mon cours, t’as pu rien à faire icite. Décrisse! »

Bon!  Une prof capable d’user de telles vulgarités en classe, mieux vaut ne pas la contrarier.  En silence, je vais jusqu’à mon pupitre et je prends mes affaires.  Puis, je sors.  Alors que je referme la porte derrière moi, je l’entends dire au reste de la classe:

« Pis? Y’en as-tu d’autres icite qui pensent connaître les maths mieux qu’un prof de maths? Non? Bon ben on va peut-être pouvoir le commencer, c’te cours-là! »

Je suis complètement abasourdi par ce qui vient de se passer.  Puisqu’on ne peut pas déambuler dans les corridors de l’école pendant les heures de classes Il a fallu que j’aille expliquer auprès de la direction ce qui s’était passé.  Je leur ai dit que j’ai pourtant fait exactement ce qu’elle m’a demandé de faire:  Elle a demandé si, selon nous, il était possible de diviser par zéro, et je lui ai répondu que selon moi, oui ça l’était.  Elle m’a demandé d’aller au tableau expliquer mes théories devant toute la classe, et c’est exactement ce que j’ai fait.  Par conséquent, je ne comprends pas du tout pourquoi elle a réagi de cette façon. 

À la demande du directeur adjoint, j’ai reproduit devant lui et deux autres membres de la faculté mes trois théories de la division par zéro.  Il s’est contenté, à la fin, de commenter « Je vois! »  Je suppose que pour des raisons de solidarité entre profs et Direction, ils ne pouvaient pas me dire que j’avais raison.  Par contre, si j’avais eu tort, ils ne se seraient pas gênés pour me le dire.

Ils ont convoqué la prof pour que l’on s’explique tous des deux devant le directeur, mais elle a catégoriquement refusé ma présence. Du coup, je ne sais pas ce qu’elle lui a dit.  Mais au bout du compte je n’ai pas été réprimandé. On m’a juste placé dans une autre classe, dans laquelle je me suis contenté, pour le reste de l’année, de simplement écouter, de fermer ma gueule, et d’être d’accord avec les enseignants. 

Surtout lorsqu’ils affirmaient qu’il était impossible de diviser par zéro.

L’influence de la personnalité sur les relations et conditions de travail.

Bienvenue aux étudiants en Science de Gestion du Lycée Léonard de Vinci.  Le document qui suit présente l’analyse d’une situation professionnelle où différentes réponses fournies à l’employeur modifie sa perception de l’employé.

Il y a trois moments dans la vie où l’on montre sa véritable personnalité:

  • Lorsque enfant, alors que l’on n’a pas encore assimilé les règles de vie en société.
  • Sous l’influence de l’alcool, puisque l’alcool diminue les inhibitions et la retenue.
  • En situation conflictuelle, car rien ne vaut une situation aussi injuste que désagréable pour faire ressortir notre vrai visage.

Dans ce dernier cas, la façon dont ont réagit face à un conflit en milieu de travail aura une influence sur nos relations et conditions de travail. Par exemple :

LA SITUATION : Un concierge travaille dans un édifice à logements. Il est presque à court de sacs poubelle. Il le signale à son patron, puisque c’est ce dernier qui s’occupe de les commander. Le patron, ayant beaucoup de choses à penser dans son travail d’administrateur de building, oublie.

Quelques jours plus tard, au matin, pénurie de sacs. Impossible de faire la tournée des poubelles. Le patron n’étant pas encore arrivé, le concierge remet les poubelles à plus tard et passe à la suite de son travail. Quelques heures plus tard, le patron arrive et, faisant sa ronde matinale, constate que les poubelles n’ont pas été changées. Le patron a horreur de l’incompétence et est prompt à se fâcher.  Alors de voir que la première tâche du matin n’est pas faite, ça le met en rogne.

L’ACTION : Le patron convoque son employé et lui dit sèchement que les poubelles ont besoin d’être changées, première chose au matin, et que l’incompétence n’est pas tolérée ici.

À partir d’ici, le concierge peut avoir huit différentes réactions.

RÉACTION 1, la réponse claire : Le concierge dit d’un ton neutre : « Pas d’problème! Dès que je reçois les sacs. » Le patron se rappelle soudain qu’il a oublié d’en acheter. Il dit alors au concierge qu’il s’occupe de voir ce qui ne va pas avec la commande, et le laisse aller continuer son boulot.

Ce que le patron entend : « Pas d’problème! Dès que je reçois les sacs. »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un gars qui fait son boulot, rien de plus, rien de moins, pour peu qu’il ait ce dont il a besoin pour le faire.

La conséquence : Le patron commande les sacs, les donne au concierge, celui-ci ramasse les poubelles, voilà, on oublie tout, l’incident est clôt, tout va bien, circulez y’a rien à voir.

RÉACTION 2, la soumission : Le concierge ne dit rien. Il sait très bien que ce n’est pas de sa faute s’il n’a plus de sacs. Il ne sait pas si c’est le patron qui a oublié de faire la commande, ou si celle-ci n’est pas encore arrivée. Mais plutôt que de lui en parler, il se contente de répondre « Oui monsieur! » et repart faire son boulot, sans jamais lui en rappeler la pénurie. Le lendemain le patron constate qu’il y a le double des déchets.  Il explose et demande au concierge pourquoi il n’a toujours pas fait son boulot. Le concierge répond: « Ben, j’attends encore ma commande de sacs. » Le patron réalise qu’il est lui-même la cause du problème, d’avoir oublié de commander les sacs. Il demande au concierge pourquoi il ne lui a pas dit hier. Le concierge lui répond timidement qu’il ne le lui avait pas demandé.

Ce que le patron entend : « Je suis incapable de vous dire ce qui ne va pas dans le travail, alors c’est à vous de penser à tout. Incluant deviner quelles questions me poser, et deviner quand le faire. »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un gars qui va faire tout juste ce qu’on lui demande, rien de plus. Techniquement irréprochable, n’empêche que ça signifie qu’on ne peut pas s’y fier en cas de pépin, car il va considérer que tout ce qui est au-delà de sa définition de tâches n’est pas son problème.

La conséquence : Le patron se sent un peu humilié d’avoir insulté l’autre pour sa propre erreur. Mais il considère tout de même que c’était au concierge de le lui rappeler. Il est donc en rogne contre le concierge, qu’il voit désormais comme étant un idiot. Dans le meilleur des cas, ça ne changera rien à ses relations et conditions de travail. Dans le pire des cas, ça peut avoir des conséquences fâcheuses. Tout dépend de la personnalité du patron et à son potentiel de rancune et de mesquinerie. Une chose est certaine, l’employé lui a démontré être du genre à prendre les abus, même ceux non-mérités. Ce comportement n’attire pas le respect, et encore moins les promotions à des postes de pouvoir.

RÉACTION 3, la victimisation passive-agressive : Les choses se passent exactement comme dans la réaction précédente, c’est à dire que le patron engueule l’employé qui ne dit rien.  Mais le lendemain, au moment où le patron demande pourquoi le concierge ne lui a pas dit la veille au sujet des sacs, ce dernier répond avec un air neutre : « Si vous aviez vraiment voulu savoir pourquoi il m’était impossible de ramasser les déchets, vous m’auriez posé la question hier. Mais à ce moment-là, la seule chose qui vous intéressait, c’était de m’engueuler et me traiter d’incompétent. Et puisque ce n’est pas à moi de dire à mon patron comment faire son boulot, je vous ai écouté sans protester. C’est ce que je suis supposé faire, non? »

Ce que le patron entend : « Tu préfères rabaisser les autres sans savoir de quoi tu parles, plutôt que de t’assurer du bon rendement du travail. En plus de ne pas avoir passé la commande des sacs tels que tu étais supposé, donc tu essayes de me blâmer pour ton erreur. Alors, de nous deux, l’incompétent, c’est plutôt toi. Contrairement à moi, qui fait ce qu’il a à faire et respecte les autres. »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un passif-agressif qui va faire tout juste ce qu’on lui demande, rien de plus, en attendant chaque occasion de prouver qu’il est le seul de la boite à être compétent, parfait et irréprochable, ce qui est culotté puisqu’il n’est que simple concierge.

La conséquence : Le patron est furieux et en veut à son employé de l’avoir humilié ainsi. Il considère que ce genre d’employé ne mérite ni augmentation ni avancement, et cherchera la première bonne excuse pour le congédier.

RÉACTION 4, les accusations :  L’employé répond alors: « Je vois! Alors c’est comme ça que ça marche, ici? Vous me blâmez moi alors que c’est vous qui n’avez pas passé la commande de sacs? »

Ce que le patron entend : « Vous êtes un salaud qui cherche tellement à harceler ses employés, que vous n’hésitez pas à être malhonnête en créant vous-même le problème, afin de vous donner une excuse pour leur faire des reproches. »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un salopard qui cherche à le faire passer pour un être mesquin et abusif, qui aime descendre les autres pour son plaisir personnel.

La conséquence :  Non seulement le patron est-il humilié, il est furieux que cet employé cherche à le dépeindre pire qu’il est. Aucun patron ne peut supporter de se faire humilier de la sorte, surtout par le plus bas employé de la boite.  Aussi, il considère que ce genre d’employé ne mérite ni augmentation ni avancement, et cherchera la première bonne excuse pour le congédier.

RÉACTION 5, la plainte : Le concierge ne dit rien sur le coup.  Mais dès qu’il est sorti du bureau, il raconte à tous ses collègues comment le patron a essayé de le blâmer pour une erreur qu’il a fait lui-même.

Ce que le patron entend : Il entend, via la rumeur qui lui revient aux oreilles, ce que l’employé raconte sur lui.

Désormais, son opinion de l’employé est : Un fauteur de troubles qui cherche à monter tous les employés contre lui.  Un lâche qui préfère parler contre lui dans son dos au lieu de lui dire en face le problème qu’il a avec lui.

La conséquence : Le patron est furieux de voir que cet employé cherche à monter la boite contre lui, et puisque ça met en risque le rendement de la boite, le concierge sera aussitôt congédié.

RÉACTION 6, la colère : Le concierge ne prends pas de se faire blâmer pour l’erreur d’un autre et il ne lui fait pas envoyer dire : « Non mais dis-donc, commence par faire ton propre boulot correctement en les commandant, ces # »/$%?& de sacs. »

Ce que le patron entend : « Ta gueule, pauvre incompétent! »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un être brusque, sans manières, impoli.

La conséquence :  Le patron cessera de l’apprécier et risque de lui garder rancune, ce qui va pourrir à coup sûr l’atmosphère de travail.

RÉACTION 7, la confrontation en contre-attaque hautaine : Calmement, le concierge dit  « Bon! » , dépose ce qu’il tient, se tire une chaise et s’assoit face au patron. Puis, posément, d’un air sérieux et paternaliste, il dit :  « D’habitude, quand je passe la commande pour des sacs, ça prend trois jours avant de les recevoir.  Là, tel que supposé, je vous ai signalé la semaine dernière que j’allais bientôt en manquer. Comment se fait-il que je ne les ai pas encore reçus? Est-ce que vous avez passé la commande, tel que je vous l’ai demandé? Non? Je vois!  Comment dites-vous? Pour qui je me prends? Eh bien, je me prends pour un employé qui se fait engueuler et traiter d’incompétent par celui qui a commis l’erreur pour laquelle il se permet de m’insulter. Pourquoi? Est-ce que je devrais me prendre pour autre chose? Non, je ne vous porte pas de jugements, j’essaye juste de comprendre. »

Ce que le patron entend : « Tu es un con, un incompétent, de mauvaise foi, je vaux cent fois mieux que toi, et j’espère que tu as bien appris ta leçon. »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un prétentieux qui ne cherche qu’à l’humilier. Un snob à descendre et à écraser. Un loser qui se prend pour meilleur que tout le monde alors qu’il n’est même pas foutu de faire autre chose de sa vie que d’être simple concierge. Une personne à éliminer de son entourage le plus rapidement possible, peu importe comment.

La conséquence : Lorsque la personne devant toi a le pouvoir sur ta réussite ou ton échec, ce n’est jamais une bonne idée de lui montrer qu’elle ne vaut pas mieux que toi. Ou pire encore : Que tu vaux mieux que lui. Surtout pendant qu’il est en train d’encaisser l’humiliation de constater qu’il était dans l’erreur de te blâmer.

RÉACTION 8, la collaboration : Le concierge dit d’un ton intéressé et actif : « Oui, je ne sais pas ce que la compagnie des sacs ont fait de notre commande, mais ils ont l’air de nous avoir oubliés.  Ce serait probablement une bonne idée de les rappeler pour voir ce qui ne va pas.  Vous me direz quand on les auras, que je puisse m’y mettre au plus vite. Merci beaucoup! »

Ce que le patron entend : « J’ai tellement confiance en toi et en ta compétence, que jamais je n’ai pensé que le problème puisse venir de ton bord. Ce sont les autres qui nous posent ce problème. Je suis reconnaissant de ce que vous faites pour moi. Je ne demande qu’à faire mon boulot le mieux possible et je reste dispo pour toute urgence. »

Désormais, son opinion de l’employé est : Un bon employé, un excellent collaborateur, une personne sympathique.

La conséquence : Le patron sait très bien que c’est lui-même qui a commis l’erreur, ici. Aussi, il est heureux de s’en tirer à si bon compte avec son orgueil et sa réputation intacte. Et inconsciemment, puisque cette bonne humeur est associée avec l’image de cet employé, il l’aura toujours en haute estime, surtout s’il continue d’agir ainsi. Et ça, ça attire le respect, la confiance, les avancements, les augmentations et les meilleures conditions de travail.

Il y en a qui, en lisant ceci, se seront reconnus dans l’une des sept premières situations. Ceux-là vont s’en défendre en disant qu’ils ont tout de même eu raison d’agir ainsi, puisque c’est le patron et non l’employé qui est fautif ici.  C’est vrai! En fait, les huit employés ont eu raison d’agir comme ils l’ont fait. Mais là n’est pas la question.

Un patron est un être humain, comme tout le monde, avec les mêmes travers, les mêmes défauts, le même potentiel de faire des erreurs. C’est juste qu’il occupe un poste plus élevé que nous, avec beaucoup plus de responsabilités, de choses à penser, de pression et de stress. Alors d’un côté il a un employé qui est conciliant, responsable, qui lui facilite la tâche, qui épargne son orgueil en l’aidant à corriger son erreur au lieu de l’utiliser pour l’humilier. Bref, un employé qui travaille pour lui et non contre lui. Et de l’autre côté, il en a six qui font le contraire, et un qui est irréprochable mais qui n’apporte rien de plus au boulot que ce qui lui est demandé. Dans de telles conditions, il n’est pas difficile de voir lequel des huit se rend le plus utile, a le plus de potentiel d’attirer le respect, les avancements, les augmentations et les meilleures conditions de travail.

L’harmonie et la réussite au travail, ce n’est pas une question d’avoir raison, surtout quand c’est pour démontrer clairement à la personne qui signe ton chèque de paie que c’est un con. Surtout si c’est vrai. Je n’aime pas citer les proverbes, mais il y a tout de même une raison pourquoi il en existe un qui déconseille de mordre la main qui vous nourrit. Sans pour autant être un lèche-cul, il y a moyen d’établir un respect mutuel entre le patron et l’employé.

Et cette méthode vaut aussi dans n’importe quelle autre relation interpersonnelle.

Victime ou victimisation?

Il y a des moments dans la vie où les gens sont victimes de problèmes qui sont parfois le fruit du hasard, parfois sont causés par autrui, et parfois par soi-même. Parfois ces obstacles peuvent être surmontés et contournés, et parfois il n’y a vraiment rien à faire pour arranger la situation. Or, dans ce dernier cas, la victime se retrouve exposée au jugement brutal et sans appel de trois genres de personnes qui ne savent pas faire la différence entre être victime et faire dans la victimisation :

  1. Les gens mesquins qui cherchent volontairement à rabaisser les autres. Ils profitent donc de cette opportunité pour affirmer que si l’autre est victime, c’est parce qu’elle cherche à l’être.
  2. Les gens de bonne foi, mais qui ont été trop conditionnés à croire que quand on veut, on peut, et ce dans toutes les situations.  Ceux-là ne se sont que rarement, sinon jamais, retrouvés dans la situation de la victime.  Alors même s’ils sont sincères, ils sont un peu mal placés pour juger.
  3. Les winners de naissance à qui tout réussit, même ce qu’ils n’essayent pas (comme mon ex bon copain Carl) et qui sont donc incapables de comprendre que ce n’est pas toujours le cas pour les gens normaux.

Eh bien moi, j’ai deux exemples vécus pour vous montrer la différence :

EXEMPLE DE VICTIMISATION : La fille qui cherche à se faire rabaisser.
Il y a quelques années, lorsque je me tenais encore sur des forums et sites de conversations, je me suis fait approcher par une fille de la moitié de mon âge qui était le sosie presque parfait de Kaceytron.

Vous connaissez le cliché comme quoi les jeunes filles recherchent leur père dans les hommes plus vieux? Elle ne cachait pas que c’était le cas, car elle me disait qu’elle aurait bien aimé avoir un père dans mon genre. Ainsi, notre relation est devenue amicale, et ce au-delà du net, sans qu’il soit question d’amour ou de sexe.

Un jour, alors qu’elle annonce un truc sur son mur de Facebook (je ne me souviens plus quoi), je laisse en commentaire que je suis fier d’elle. Elle m’écrit alors en privé en me demandant pourquoi. Peu importe ce que je lui répondais, elle trouvait toujours à redire, à contrarier, à contredire. Et elle a ramené le sujet les quatre jours qui ont suivi, toujours dans le même but : Me dire qu’elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi j’en étais fier. Il faut dire qu’elle avait quelques problèmes d’estime de soi, ce qui, comme il arrive trop souvent, la portait à surcompenser au niveau de son apparence.  La nature l’avait gâtée car elle avait un très joli visage, ainsi qu’une paire de seins à faire baver d’envie ceux qui sont friands de ce genre d’atouts.  Elle mettait beaucoup de travail dans son look et son sex-appeal.  Son FB avait un grand nombre d’albums photos contenant une quantité incalculable de selfies.

Avec le temps, prenant peu à peu du poids, ses photos étaient de plus en plus souvent prises de haut, truc classique pour dissimuler le double menton tout en mettant plus en évidence sa poitrine au décolleté plus que généreux.  Elle maîtrisait si bien cette technique amincissante que la dernière fois que je l’ai vu en personne, j’ai d’abord cru qu’elle m’avait envoyé sa soeur obèse. Elle avait l’air de peser un bon 25 kilos (55 lbs) de plus que sur ses photos pourtant récentes.

Quelques jours plus tard, elle poste un nouvel autoportrait particulièrement réussi.  J’y écris un commentaire.  Mon but était de la complimenter sur la qualité de la photo et sur son sens photogénique.  Hélas, écrivant sans trop réfléchir, ça a donné: « Wow!  Cette photo est vraiment superbe.  Pourquoi est-ce que tu ne parais jamais aussi bien quand on se voit? »  À peine ais-je posté mon commentaire, je constate mon erreur: Ce que je voulais être un compliment sur la photo, ça sonne plutôt comme une insulte sur son apparence véritable.  J’efface et je réécris un nouveau commentaire, celui-là plus gentil. C’est à ce moment qu’elle m’écrit, et que nous avons un court échange qui ressemble à ceci:

ELLE: WTF!??????????
MOI: Oui, mon commentaire sous la photo…  Je viens de l’effacer.
ELLE: Trop tard, j’ai fait une capture d’écran
MOI:  J’ai juste voulu complimenter la photo mais ça a mal sorti.  Je suis en train de t’en écrire un autre.
ELLE: Non! Quand on écrit des niaiseries, faut les assumer!

Sur ce, elle poste la capture d’écran sur son mur de FB.  On y voit sa plus récente photo avec mon commentaire dessous.  Et elle a écrit, pour accompagner cette image: COMMENT VOUS TROUVEZ ÇA COMME COMMENTAIRE, VOUS AUTRES?  Quelques secondes plus tard, je commence à me faire démolir par ses contacts.  J’étais en aberration devant un tel comportement.

  • Je la complimente en disant que j’en suis fier? Elle est tellement incapable de se faire à l’idée, qu’elle s’acharne pendant cinq jours à  essayer de me démentir.
  • Je l’insulte par accident? C’est tellement important pour elle qu’elle refuse de croire à une erreur, s’empresse de garder une copie de l’insulte afin qu’elle ne disparaisse jamais, expose la chose publiquement, et y attire l’attention de tous.

C’est là que j’ai compris que son but n’avait jamais été de sortir de son statut de victime.  C’était au contraire de tout faire pour y rester afin de pouvoir s’en plaindre.  Cette fille faisait dans la victimisation pure et simple. Je comprenais un peu mieux maintenant certaines choses que j’avais lu sur son mur de Facebook.  J’ai alors compris que cette fille était une cause perdue.  Tous mes efforts pour la remonter ne me rapporteraient de sa part que des obstacles et du mépris.  Je l’ai donc bloquée de partout et on ne s’est plus jamais reparlé.

EXEMPLE DE VICTIME : Le gars qui ne peut pas courir.
Oui, je parle de moi, mais il y a une raison pertinente au-delà du simple narcissisme, et c’est que j’ai été trop souvent jugé comme faisant dans la victimisation alors que ce n’était pas le cas.  Et ceci est l’exemple le plus récent et le plus parfait pour exprimer ce point.

J’ai passé toute ma jeunesse à être nul en gym.  À l’école, une fois, il y avait eu une course à pied, un petit 100 mètres, auquel participaient les élèves des quatre classes de cinquième, et je suis arrivé l’avant-dernier, devant Manon la fillette rachitique.  Trente-cinq ans plus tard, soit en décembre 2010, j’ai décidé de prouver qu’avec de la bonne volonté, il y a moyen de venir à bout de nos pires obstacles.  Je me suis mis à la course à pied dans l’espoir d’un marathon.  En un seul mois, du 4 décembre 2010 au 4 janvier 2011, j’ai grandement amélioré mon cardio et j’ai perdu 13 lbs.

Moins d’un an plus tard, comme je l’explique dans mon billet Rouler avec les coups, les efforts que j’ai mis à m’entrainer à la course m’ont fait développer une fasciite plantaire aux deux pieds, me handicapant pour la vie, m’obligeant à marcher avec des orthèses, me forçant à renoncer à la course à pied pour toujours.  Et comme je le dis dans Les trois raisons possibles de l’échec, c’est un obstacle qu’il m’est impossible de contourner.  Je n’y peux rien si je suis né avec les jambes et les pieds croches, je n’y peux rien si ça n’a jamais été diagnostiqué avant, et je n’y peux certainement rien si ça m’empêche de courir.

Si je faisais dans la victimisation, je verrais dans cette situation l’opportunité parfaite de prouver aux autres, dossier médical à l’appui, que ça ne me sert à rien de faire des efforts pour sortir des sables mouvants de mon loserisme, parce que tous mes efforts ne font que m’y enfoncer encore plus.  Ou pire encore: Histoire de faire accroire que je suis courageux et déterminé, je m’acharnerais à courir malgré mon handicap, ce qui ne ferait que l’aggraver, ce qui finirait par m’empêcher de me tenir debout, ce qui me rendrait inapte au travail.  Je passerais donc le reste de mes jours en fauteuil roulant, à vivre de prestations du BS, à me lamenter sur mon sort.  je serais néanmoins fier d’être dans une situation dans laquelle personne ne pourrait dire que mon loserisme est de ma faute car jamais je n’ai manqué de courage et de détermination dans la poursuite de mon but. J’aurais même l’excuse parfaite pour ceux qui me diraient que j’ai été stupide de m’acharner: Répondre « Ne me blâme pas, blâme ceux qui m’ont poussé à persévérer en affirmaient que mon handicap aux pieds n’était une excuse bidon pour ne pas courir. » 

Mais voilà, je n’ai jamais fait dans la victimisation.  Je suis simplement une victime. Victime d’un état physique naturel contre lequel personne ne peut rien.  Je ne peux pas courir? Soit! Mais ça ne veut pas dire que ça m’oblige à renoncer à l’entrainement cardio. Depuis mon dernier anniversaire, le 21 juillet dernier, j’utilise les moyens à ma disposition pour me remettre en forme: Un jour sur deux, je vais dans les escaliers de secours de mon building de 22 étages et je monte le plus de marches que je peux.  Puis, je profite de la piscine pour y faire le plus de longueurs qu’il m’est possible.  Contrairement à la course à pied, ce sont des exercices sans impact, et ils me travaillent le corps au complet au lieu de seulement les jambes.  Ce matin après 10 jours, j’ai plus que doublé le nombre d’étages et de longueurs que je faisais le premier jour, et j’ai déjà perdu 4 lbs.

Et la voilà la différence entre la victime et la victimisation. La victime trouve le moyen de surmonter et/ou contourner les obstacles que les gens et la vie lui impose, quitte à abandonner et repartir à zéro d’une autre manière.  La victimisation, par contre, consiste à rechercher les obstacles qui lui font échec, s’y arrêter et ne rien faire d’autre que s’en plaindre.