6 raisons pourquoi je ne suis pas nostalgique de mes 18 ans.

Cette année, le 21 juillet, j’aurai quarante-huit ans.  Puisque c’est à dix-huit ans que l’on devient légalement adulte, je fêterai cette année le trentième anniversaire de ma majorité.

En général, lorsque l’on est adolescent, on a très hâte d’arriver à dix-huit ans pour être enfin un homme et avoir droit à tout ce qui nous était interdit jusque-là, soit la liberté, l’argent, le respect, et tout ce qui est relié au sexe, sans que l’on puisse nous réprimander.  L’anecdote que je vous offre aujourd’hui raconte la façon dont j’ai passé cette journée.  C’est une fidèle reproduction d’un texte que j’ai écrit dans un cahier Canada le jour suivant, puisque j’ai toujours eu comme habitude d’écrire ce qui m’arrivait.  Le texte original est rouge vin italique, mes commentaires sont en texte noir normal. C’est parti:

22 JUILLET 1986

Hier comme cadeau de fête, je me suis offert une sortie à l’Expo Agricole de St-Hyacinthe. Pour l’occasion, une grande partie du terrain du centre culturel est transformée en parc d’attraction genre La Ronde, en plus cheap côté manèges et en plus cher côté prix d’entrée. Je suis seul car Carl et le reste de mes amis sont trop snobs pour s’abaisser à une sortie aussi quétaine, comme il dit.

Il fait chaud. Le soleil tape fort. J’ai soif. J’ai envie d’aller me prendre un coke à 2$ (le double du prix hors-expo), mais mon attention est attirée par un stand en forme de citron géant où il est écrit: « Limonade à l’ancienne: $4.00 » ($4.00, c’était également le salaire minimum de l’heure à ce moment-là, ce qui vous donne une idée du prix aujourd’hui.) C’est cher, mais à force d’entendre dire que les choses étaient tellement mieux faites dans l’ancien temps, on finit par y croire. Je me dis donc que cette limonade vaut probablement un tel prix.

Je me rend au stand, et demande une limonade à la madame.  La madame prend un citron, le coupe en 2, dépose une moitié de ce citron dans un gros verre en carton, y met une cuillerée de sucre, remplis le reste du verre à ras bord de glace, puis remplis le peu d’espace vide qui reste avec de l’eau. Elle y sacre une paille et me tend le tout en réclamant mon argent.  J’étais atterré par la cheap-esse de la chose.  Comme je me l’imaginais, ça ne m’a pas pris plus que 4 gorgées pour le finir. Et peu importe la température, plus tu as soif, moins les glaçons fondent vite. J’abandonnais mon verre glace/citron dans la première poubelle, une poubelle remplie à déborder de verres de limonade à l’ancienne achetés par d’autres qui se sont faits avoir avant moi. Je me sens humilié de ne pas avoir remarqué ce détail plus tôt. Si j’avais été plus attentif, j’aurais compris l’arnaque et je n’y aurais pas laissé mon cash. Je me jure que désormais, lorsque j’aurai vraiment soif, je vais m’en tenir aux choses que je connais. (Une leçon que je pratique encore aujourd’hui, incluant avec la nourriture.)

Tout en déambulant entre les allées, mon oeil est attiré par un manège nommé Le Zipper. J’sais pas trop comment le décrire… L’important c’est de savoir que chaque cabine est une sorte de siège-cage dans lequel on se fait enfermer deux par deux.

Je regarde la courte file d’attente. Il y a un groupe de 4 gars, suivi d’un groupe de 3 filles. Je vois bien qu’ils ne se connaissent pas car les gars parlent ensemble, les filles parlent ensemble, et il y a une distance entre les deux groupes. J’ai soudain une idée géniale. Je cours me mettre en file derrière elles, en me disant que puisqu’il faut embarquer deux par deux, il y en a forcément une des trois qui sera avec moi. Je suis arrivé juste à temps d’ailleurs, une dizaine de personnes arrivent derrière moi et attendent leur tour.

Puis arrive le moment tant attendu: Le manège s’arrête et l’employé de l’expo en fait descendre les gens pour les remplacer par ceux de la file d’attente.

À ce moment là, surgi de nulle part, arrive un ti-cul de 10-11 ans qui court vers moi. Il s’arrête et me demande:

– T’es-tu tout seul ?

Fuck ! Qu’est-ce que vous vouliez que je réponde à ça ? Je ne pouvais tout de même pas répondre « Non, je suis avec elles ! », je ne voulais pas prendre le risque que ces filles se retournent vers moi et me démentent ou pire encore: Qu’elles rajoutent: « Toi ? avec nu-z’autres ? Ah ouache! Ça va pas? » C’est que les filles entre 15 et 20 ans peuvent être très cruelles, vous savez. J’ai donc pas le choix de lui dire que oui, chus tout seul. Il me dit:

– Cool! J’monte avec toi!

Tabarnak! Un si bon plan, si génial, si parfait, que j’ai réussi à monter en quelques secondes, démoli par ce jeune crétin qui voulait juste s’éviter de faire la file. Je vois les 2 premières filles monter ensemble, la 3e monter seule, et je me suis retrouvé enfermé dans la cage avec ce p’tit casseux d’party. Pour la première fois de ma vie, j’avais hâte de débarquer d’un manège avant même d’avoir embarqué dedans.

Et on se retrouve à monter, à tournoyer, à tourbillonner durant quelques minutes. Et puis, ça s’arrête tandis que nous sommes tout en haut. On s’imagine qu’en bas l’employé est en train de changer les clients. J’ai très hâte que ce soit mon tour, parce que cette petite merde assise a mes côtés n’arrête pas de me parler. Et malgré le fait que je ne lui répond qu’à peine, il me parle comme si nous étions en grande conversation.

Les minutes s’étirent et on ne bouge toujours pas. Nous sommes mal situé pour voir ce qui se passe en bas, mais j’entend ce que dis l’un des occupants d’une nacelle voisine, qui eux peuvent voir tout:

– Oops… Quelqu’un a été malade, en bas. Va faloir attendre qu’ils nettoyent !

FUCK!!! On a été pogné en haut comme ça pendant vingt minutes. Et tout ce temps là, je n’avais qu’une envie et c’était d’étrangler le sale trouble-fête à mes côtés. S’il n’était pas venu me gâcher mon plan, c’est avec une jolie fille que j’aurais été enfermé ici, 25-30 minutes en tout.

Le pire là dedans, c’est qu’après avoir débarqué, le p’tit sacrament avait décidé de me coller au cul. Il m’a demandé quel manège ON allait faire ensuite. Je n’avais certainement pas envie de passer la journée en compagnie d’un enfant, et encore moins de ce p’tit crisse qui m’a cassé mes plans de drague. J’ai essayé de m’en débarrasser en allant aux toilettes et de m’enfuir lorsqu’il entrerait dans un cabinet, mais rien à faire. Il n’est pas entré, il m’a juste attendu devant la seule porte d’entrée.

Histoire de m’en débarrasser, j’ai voulu lui faire accroire que je m’en allais. Je n’ai pas eu d’autre choix que de le faire pour de vrai, car il m’a raccompagné jusqu’à la sortie.

Ma sortie snobbée par mes chums, mon argent arnaqué, ma soif non-épanchée, mon plan de drague ruiné, ma paix troublée, mon séjour écourté… Joyeux dix-huitiemme anniversaire, kâlisse!

FIN

À l’époque, mon but en écrivant ce texte était de démontrer à quel point j’ai été malchanceux ce jour-là.  Mais en le relisant aujourd’hui, je vois bien que ce n’était pas la malchance, mon problème.  J’avais beau être devenu légalement un homme, dans les faits j’étais loin d’en être un.  C’était ça, mon vrai problème.  Un manque de couilles total!  Et c’est à cause de ça, que…

RAISON 1)  J’étais infidèle par frustration, et fidèle par désespoir.  
Car oui, je me suis bien gardé de l’écrire dans mon texte original, mais ça faisait trois mois que je sortais avec Julie, âgée de quinze ans, habitant chez ses parents à Saint-Hyacinthe, d’où ma présence en cette ville ce jour-là. J’avais planifié que l’on se voit et que l’on passe la journée à l’expo agricole ensemble.  Mais voilà, deux obstacle se dressaient entre mes plans et moi.  Le premier: Julie travaillait à temps plein chez un opticien aux Galeries Saint-Hyacinthe.  Elle ne peut donc pas faire cette sortie avec moi le jour.  Quant au soir, impossible également.  Le temps qu’elle finisse de travailler, se rendre chez elle, soupe en famille et finisse d’aider à la vaisselle, il sera déjà 19:00. Et là se dresse le second obstacle: Ses parents.  Ceux-ci n’ont aucune confiance de laisser leur fille de quinze ans avec un gars de dix-sept ans, maintenant dis-huit, seuls, le soir, à l’extérieur.  Tous mes amis avaient le droit d’avoir une blonde qu’ils peuvent voir quand ils veulent, de faire ce qu’ils veulent.  Mais moi? Non! Interdit! 

Et ce qui ajoutait à ma frustration, c’est qu’avant Julie, j’ai eu une relation d’un an avec une fille de Montréal-Nord dans lequel j’étais sexuellement actif, et ce dès la première semaine.  Julie, par contre, n’avait pas l’air de vouloir amener la relation à l’étape sexuelle.  Et en effet, lorsqu’elle cassera avec moi, ce sera au bout d’un an et demi d’une relation platonique.  Et voilà ce qui me frustrait: Ne pas avoir le droit de faire des activités normales, et même d’avoir une une relation normale. Mettre de la pression sur l’autre pour la forcer à avoir du sexe, ça n’a jamais été dans ma nature.  Alors de telles conditions, on peut comprendre pourquoi je cherchais mieux ailleurs.  On peut désapprouver, mais au moins on peut comprendre. 

Aussi, à l’époque, je n’avais pas ce qu’il faut pour que la majorité des employeurs veulent de moi.  Alors ou bien on ne m’embauchait pas, ou alors on me casait dans des horaires de merde, de soir, de nuit, majoritairement seul, avec des jours de congés qui ne tombaient jamais les fins de semaines.  Comme cet été-là, où je travaille à laver de la vaisselle le soir, cinq jours semaine, avec congé lundi et mardi, soirs où personne avec horaire de travail normal n’a envie de sortir.  Mon horaire ne correspondant pas avec ceux de ma blonde ni de mes amis, ça mettait obstacle à ma vie sociale.  

Et voilà ce que je veux dire par infidèle par frustration, fidèle par désespoir: Infidèle par frustration, parce que tout le long où j’étais avec elle, je cherchais mieux.  Et fidèle par désespoir, parce que si j’ai continué de sortir avec elle tout ce temps, c’est parce que j’étais incapable de trouver mieux.  Et c’est un comportement que j’avais aussi avec mon employeur.

Ce qui a changé: Avec les années, en devenant plus vaillant et plus athlétique, j’ai commencé à être intéressant, autant pour les employeurs que pour les filles.  Alors depuis que j’ai vingt-sept ans, il arrive que l’un ou l’autre s’offre sans que j’aille à le demander.  Et dans les deux cas, je ne suis plus désespéré au point de rester dans une relation de travail ou de couple si celle-ci ne me convient pas, puisque je suis maintenant capable de trouver mieux.  

RAISON 2)  J’étais un Fedora-Neckbeard.
Bon, je ne portais pas la barbe en collier. N’empêche que j’étais un loser, et que  j’en portais fièrement l’uniforme officiel. Il est vrai que la nature ne m’a pas gâté.  Je suis frêle, peu attrayant, rien pour attirer les regards admiratifs. J’aurais pu faire des efforts; aller au gym, faire du sport, avoir un travail physique afin de me renforcer.  Mais non; j’essayais plutôt de camoufler mon physique non-remarquable sous des vêtements qui l’étaient.  J‘essayais de compenser par mon look, en cherchant à montrer que j’avais de la classe, moi! 

Habillé de la sorte un 21 juillet, j’avais chaud.  J’endurais parce que j’étais convaincu que j’avais une classe folle.  Et soyons franc, en 1986, oui, ce look faisait à la fois artiste et classe.  Mais il l’aurait fait dans une soirée de gala en automne.  Par contre, de jour, à l’extérieur, par un bel après-midi chaud et ensoleillé du milieu de l’été, à l’expo agricole de Saint-Hyacinthe, j’avais l’air d’un clown.  Pas surprenant que la seule personne qui s’est trouvée attirée par mon allure, c’était un enfant. 

Ce qui a changé: C’est à l’automne de l’année suivante, en 1987, à dix-neuf ans, lors de ma rupture avec Julie, toujours ma blonde et toujours platonique, quelle me fera comprendre que mon look était ridicule, en plus de me révéler ce que les gens pensaient de moi dès qu’ils me voyaient. Je considère que j’ai eu de la chance de l’avoir appris à ce moment-là, donc assez tôt pour que ça ne puisse avoir le temps de ruiner ma vie davantage. J’ai alors commencé à m’habiller de façon plus masculine, et surtout plus normale. 

RAISON 3: J’étais désespéré.
À cette époque et jusqu’à mes 25 ans, mon ambition première était d’être en couple. N’importe qui, pourvu que ce soit une fille. Et puisque j’étais timide, je saisissais chaque opportunité dans laquelle il y en ait une qui n’ait pas le choix de me parler, faisant ainsi les premiers pas. Tel que je l’ai déjà mentionné dans mon roman autobio Surveiller Nathalie, voici ce qu’était ma mentalité à ce sujet:   « Oui, j’ai de la misère à me trouver une blonde.  Oui, je m’essaye après toutes les filles célibataires que je peux trouver.  Et à cause de ça, on pense que je suis un fou des filles, un maniaque de la conquête, un obsédé sexuel.  Mais dans les faits, tout ce que je cherche vraiment, c’est avoir une relation amoureuse et sexuelle normale, sérieuse, saine et monogame. Je ne veux pas toutes les filles.  J’en veux une!  Je cherche la bonne, celle avec qui je serai compatible sur tous les points.  Sauf que, si je veux la trouver un jour, je n’ai pas le choix d’être constamment en chasse aux filles célibataires, au cas où l’une d’elle soit celle-là. »   C’est bien plus tard que j’ai réalisé que courir après toutes les filles en étant célibataire, et rechercher mieux lorsque j’étais en couple, c’était exactement l’attitude d’un gars désespéré.

Ce qui a changé: Mon physique. Je suis allé au gym, j’ai fait du sport, j’ai choisi du travail physique afin de me renforcer. Je sais bien que le message que je passe en disant ceci n’est pas politically correct en cette époque où le body shaming est tabou. N’empêche que c’est un fait: En développant mes muscles et en prenant juste assez de gras pour transformer mon visage de laideron squelettique en quelque chose que les filles sont capables de regarder sans avoir de nausées, je suis devenu attrayant. 

Et à partir du moment où je suis devenu attrayant, j’ai commencé à attirer beaucoup plus d’amoureuses potentielles, et ainsi je n’avais plus besoin de désespérément m’accrocher à toute fille célibataire qui passait.

RAISON 4:  J’étais un nice guy, donc un passif.
Comme la majorité des soi-disant bons gars, je considérais que ne rien faire du tout, c’était la meilleure façon de ne rien faire de reprochable. Les filles se plaignent souvent de s’être fait approcher et/ou draguer par des inconnus.  Aussi, histoire d’éviter de mal paraître, le nice guy ne draguera jamais.  Oh, il veut séduire, mais sans prendre le risque de faire les premiers pas. Il a tellement peur du rejet qu’au lieu d’approcher les filles en tant qu’amoureux potentiel, il espère que les circonstances vont les rapprocher. Voilà pourquoi je me suis précipité dans la queue en voyant qu’il y avait un nombre impair de filles qui attendaient leur tour. Quand on est verrouillés dans une cage métallique et isolés à plusieurs mètres d’altitude, quoi de plus normal d’échanger quelques mots avec la personne qui partage notre nacelle?  Je pourrais donc lui parler sans qu’elle pense que c’est pour la draguer.  Ça me laisserait le temps de me montrer intéressant, d’abord via mon look démontrant que j’avais de la classe, et ensuite en lui démontrant mon intelligence par mes paroles.  Il ne me resterait plus qu’à espérer qu’elle m’invite ensuite à les accompagner.

Ce qui a changé: D’abord, tel qu’expliqué au point précédent, j’ai commencé à plaire vers 1995.  Donc, je savais que je pouvais aisément me mettre en couple si je voulais.  Donc, être rejeté n’était plus pour moi un signe que je passerais ma vie célibataire.  Donc, j’ai cessé d’avoir peur du rejet.  Donc, j’ai commencé à choisir celles qui me convenaient le mieux. Et donc, je me suis permis de leur exprimer mon intérêt pour elles.  Ma relation à long terme actuelle, ainsi que la précédente qui a duré 12½ ans, c’est moi qui les ai draguées.  Le simple fait que ce furent mes plus sérieuses relations démontre qu’en effet, choisir activement vaut bien mieux que se laisser choisir passivement.

RAISON 5: J’étais une victime volontaire.
J’ai préféré écourter ma journée et ainsi la laisser se gâcher, plutôt que de dire à ce petit garçon d’arrêter de me suivre. 

Ce qui a changé: J’ai cessé d’être un lâche. Car en effet:

RAISON 6:  J’étais un lâche.
Sérieux, là! Je venais d’avoir 18 ans, et j’ai fui devant un enfant de 10 ou 11 ans, comme une jeune fille qui fuit devant un potentiel agresseur sexuel.

Ce qui a changé:  Ça a pris du temps, mais j’ai fini par apprendre à m’affirmer. Depuis l’âge de 30 ans, je n’ai aucun scrupule à exprimer mon désaccord si une situation me dérange.  Bon, j’avoue que j’ai eu une période dans laquelle j’ai perdu le contrôle de mon franc-parler, et que certaines personnes que j’ai humiliées de cette façon sont devenues de rancuniers ennemis.  Ça m’a pris un autre 10 ans afin d’apprendre à faire la différence entre un désaccord contre lequel il est important de protester, et un que l’on peut très bien laisser passer.

N’empêche que si aujourd’hui je verrais par sa préparation à quel point un verre de limonade est cheap, je n’hésiterais pas à annuler ma commande et épargner $10.75. (Le salaire minimum au moment où j’écrit cet article.) Et si un inconnu venait me demander si je suis seul dans un file d’attente, je lui pointerais la fin de la file en répondant calmement mais fermement: « Tu ne m’utiliseras pas pour passer avant tout l’monde. »

Beaucoup d’hommes prennent de l’âge en regrettant leurs 18 ans.  Je ne serai jamais de ceux-là.  Car comme je le fais depuis plus de vingt-cinq ans, je continue à travailler sur moi-même, aussi bien de corps et d’esprit, pour toujours évoluer positivement en améliorant ce que je suis.

Parce que notre passé ne devrait jamais être meilleur que notre présent, et encore moins notre avenir.

Il ne suffit pas que d’être gentil.

Eh oui, encore un billet au sujet des Nice Guys / Soi-Disant Bon Gars.  En fait, ceci est la suite de mon avant-dernier billet Heureux d’être friendzoné.  Je l’écris parce que j’ai reçu deux messages privés sur la page Facebook de fans de Mes Prétentions de Sagesse.  Leurs auteurs semblaient croire que le message que je passe dans ce billet est qu’il suffit d’être gentil lorsqu’on se fait friendzoner pour que la fille change d’idée et nous dé-friendzone.  Eh bien non, les gars, c’est un peu plus compliqué que ça.  Voici tous les éléments qui ont joué en ma faveur pour faire de cette amie ma conjointe et fiancée :

1) Aucun des deux n’a essayé de plaire à l’autre.
Combien de fois ais-je vu ça, une personne qui cherche à s’adapter aux goûts et aux idées de l’autre, dans l’espoir de lui plaire en lui faisant accroire qu’ils sont semblables?  Très mauvaise idée, et ce pour quatre raisons:

  1. Si tu as à changer pour lui plaire, ça signifie que tu ne lui plais pas.  Déjà-là, ça démontre que vous n’avez même pas la base requise pour une relation amoureuse.  
  2. Ensuite, ça démontre à quel point tu es désespéré, puisque tu choisis n’importe qui, au lieu d’une personne qui t’es compatible.
  3. Tu n’as aucun amour-propre, puisque tu es prêt à nier complètement tes opinions, tes goûts, tes besoins et tout ce que tu es, afin te créer une identité complètement bidon.
  4. Agir ainsi pour la tromper sur ton compte démontre que tu es menteur, hypocrite, manipulateur…  C’est ça que tu appelles être un bon gars? 

Agir ainsi n’était pas dans notre nature, ni à elle ni à moi.  Et même si ça l’avait été, nous n’aurions pas eu besoin de tels stratagèmes parce que… 

2) Nous avons beaucoup en commun.
Nous dessinons, nous écrivons, nous aimons les bandes dessinées, les dessins animés, les objets et affiches vintage rétro, les films de Bardot, les chansons de Gainsbourg et l’Histoire en général.  Nous avons l’esprit ouvert et les mêmes convictions sur l’égalité, le féminisme, la communication, les relations interpersonnelles en société et dans le couple.  Et nous étions déjà comme ça avant de se rencontrer.  

Toute ma vie, on a essayé de me bourrer le crane avec le fallacieux concept comme quoi on n’avait pas besoin d’être semblables pour être en couple car en amour, nos différences n’ont aucune importance.  Je veux bien le croire, mais il faut quand même avoir un bon lot de trucs en commun pour ne pas que nos différences se mettent entre nous.  Parce que sinon, on ne peut pas avoir le point suivant qui est:

3) Nous sommes devenus tout naturellement amis.
C’est normal, car quand on a beaucoup en commun, alors on a beaucoup de sujet pour parler, échanger, discuter.  Et quand il y a beaucoup de communication et que celle-ci est intéressante autant pour l’un que pour l’autre, on cherche à revoir l’autre, partager des activités, faire des projets.  

Faites le test: Imaginez si la fille qui vous intéresse était un gars.  À supposer que vous n’êtes pas bisexuel, aimeriez-vous encore passer du temps en sa compagnie?  Seriez-vous amis?  Auriez-vous seulement des sujets de conversations qui vous intéressent sincèrement tous les deux?  Si la réponse est non, ça veut dire que vous n’avez aucune affinité, donc aucune amitié possible, donc aucune base pour l’amour.  Tout ce que vous voulez de cette fille, c’est une relation de couple juste pour ne pas être seul, et/ou pour avoir du sexe régulier.  Voilà pourquoi tant de garçons cessent automatiquement d’être amis dès qu’ils comprennent que ça n’ira pas plus loin.

4) Je fais quelque chose de ma vie / j’ai de l’ambition.
Il n’y a qu’à voir comment j’ai évolué au cours des six dernières années.

  • 2010: Ma carrière artistique stagne.  Comme tant d’autres dans ce milieu, je pourrais me contenter de chialer contre les injustices de la vie et du métier.  Mais je suis un homme d’action. Donc…
  • 2011: Je change de métier et je repars à zéro.  Je me trouve du travail d’homme à tout faire dans un garage de bus.  J’y apprends le ménage, une base de mécanique, la conduite de lourds véhicules.  J’accepte tous les remplacements et toutes les heures supplémentaires.  Ça démontre à mes patrons mon sérieux et ma vaillance, ils apprécient que je leur sauve la mise, et ça améliore mon budget.
  • 2012: L’expérience et la bonne réputation requise au garage me permet de devenir concierge résident dans un vieil édifice à logements.  J’y apprends la menuiserie, la plomberie, l’électricité.
  • 2014: L’expérience et la bonne réputation requise en tant que concierge me permet de devenir superviseur résident d’une tour à condos toute neuve.
  • 2015: … que je quitte pour mettre sur pied l’étape suivante de mon projet de carrière (que je ne pourrai révéler publiquement que le lendemain de mon 50e anniversaire en 2018)

Bref, je démontre que je suis fonceur, capable d’apprendre, que je sais m’adapter, que j’ai su grimper les échelons au lieu de me contenter de mon niveau, et surtout que je suis travaillant.  Les filles trouvent ça respectable et sécurisant chez un amoureux potentiel.  Leurs parents aussi.

5) Je lui ai fait savoir qu’elle m’intéressait.
Come on, les gars!  Quand on veut être en couple avec une fille, le lui faire savoir, C’EST! LA! BASE!  Je ne peux pas croire le nombre de gars qui optent pour avoir une attitude platonique et asexuée envers la fille qu’ils désirent, et qui ne font qu’attendre en espérant stupidement qu’elle tombe spontanément en amour avec eux.  Je dénonçais déjà cette attitude de loser il y a quatre ans et demi dans le billet dans lequel je massacre le fameux texte « Hommage aux Bons Gars » :

Comment est-ce que tu peux penser que ton attitude va séduire la fille? Tout le long de votre relation, tu restes à l’écart, tu ne lui démontres jamais d’intérêt à part la simple amitié, et tu l’encourages à sortir avec d’autres gars et/ou à continuer d’être en couple même si ça va mal avec son chum. Dans de telles conditions, comment est-ce que la fille pourrait imaginer que tu puisses t’intéresser à elle?

Pis toi, pendant ce temps-là, tu t’attends à ce qu’elle tombe en amour avec toi alors que tu lui donnes zéro raisons pour que ça puisse arriver.  Tu penses que c’est elle qui devrait, de son propre chef, faire l’effort de s’intéresser à toi,  d’aller vers toi, de te découvrir… Il faudrait que ce soit elle qui prenne toutes les décisions en ce qui vous concerne. Tu exiges que ce soit elle qui t’appelle, qui te sorte, qui te drague, qui te baise et qui te demande d’être son chum, tout ça parce que tu es trop passif pour lui offrir le moindre signe d’intérêt alors que c’est pourtant toi qui est en amour avec elle.

Non mais sérieusement, tu te prends pour qui? Aucune fille n’agirait comme ça, à part peut-être envers le gars le plus beau, le plus athlétique et le plus winner qui soit.  Et toi qui n’est rien de tout ça, tu espères un tel traitement de sa part? Tu dérailles!

6) J’ai compris et respecté son refus.
J’ai essayé.  J’ai failli.  Soit!  On n’en meurt pas.  Au moins, j’étais fixé.  Et l’important, c’est que nous sommes toujours restés amis après ça.  Car comme je l’ai écrit dans Heureux d’être friendzoné, nous avions tellement de choses en commun, je passais tellement de bons moments en sa compagnie, jamais je n’aurais voulu cesser de la fréquenter.  Voilà pourquoi j’étais sincèrement heureux d’être encore son ami.  

7) La relation n’est pas devenue pénible.
Il arrive trop souvent que le gars qui essuie un refus réagit en prenant ses distances, en étant moins amical, en étant moins joyeux.  Pas moi!  Suite à son refus, notre relation amicale n’a nullement perdue de notre belle complicité pré-déclaration.  Rien n’avait changé.  Et ça, si ça n’avait pas été le cas, jamais elle n’aurait développé des sentiments amoureux pour moi par la suite.

ATTENTION: N’allez pas croire que les sept points précédents garantissent qu’une fille qui vous friendzone va automatiquement vous dé-friendzoner.
Parce que, croyez-le ou non, il arrive des fois que la fille ne soit nullement attirée amoureusement et/ou sexuellement par un gars, même s’ils sont tous les deux célibataires et hétéros.  Et rien au monde ne pourra la faire changer d’idée, puisque ce n’est pas une question de choix volontaire mais bien d’attirance naturelle. 

Exemple concret: Je parle souvent ici de mon amie, ma BFF, Stéphanie.  Ça fait treize ans cette année que nous nous fréquentons.  Avec elle aussi, nous avons les trois premiers points, qui sont:  

  1. Aucun des deux n’a essayé de plaire à l’autre.
  2. Nous avons beaucoup de choses en commun.
  3. nous sommes tout naturellement devenus amis.

Mais voilà, à part ça, nous n’avons jamais été attirés l’un envers l’autre. Ironiquement, depuis le tout début, tout ceux qui nous voient ensemble pour la première fois s’imaginent que nous formons un couple.  Pourtant, rien dans notre attitude le démontre.  On ne se touche pas, on ne se dit pas des mots doux, on n’échange même pas des regards complices.  Nous sommes pareils que deux amis du même sexe et hétéros.  En tout cas, si nos points commun et notre amitié font automatiquement croire aux autres que nous sommes amoureux, ça prouve bien qu’une relation amoureuse doit avoir à la base les points communs et l’amitié.  Voilà pourquoi ça fait dix ans qu’on leur répond que nous sommes frère et soeur.  Parce que oui, étrangement, les gens ont plus de facilité à croire à ça, plutôt qu’en une amitié platonique entre homme et femme hétéros.

Ma fiancée, par contre, avait en elle le potentiel d’être attirée par moi.  Je le répète: Ça aurait pu ne jamais arriver.  Mais ça l’a fait.   Et au moment où elle s’est déclarée…

8) Je n’ai pas joué à Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis.
Sérieux, là, pourquoi aurais-je fait ça?  Par vengeance? Pour lui donner une leçon?  Pour la faire passer pour une folle qui ne sait pas ce qu’elle veut?  Parce que mon orgueil est plus grand que mes sentiments pour elle?  Non!  Quand on aime sincèrement quelqu’un, jouer à ça ne nous vient même pas en tête car on n’a aucun orgueil mal placé, aucun désir de se vengeance, aucune envie de lui faire la leçon, aucun besoin de la rabaisser.  Et surtout pas au moment où elle éprouve enfin pour nous l’amour que l’on espérait avoir de sa part.

Donc, non, il ne suffit pas que d’être gentil.  Ça aide, mais il n’y a pas que ça.  

______________
Y’A LIENS LÀ:

Le billet Heureux d’être friendzoné.
Le billet Le fameux « Hommage aux Bons Gars » … Et ce que j’en dis.
Autres billets au sujet des Nice Guys / Soi-Disant Bon Gars.

Avez-vous des questions?  Des commentaires?  Venez en discuter ici, ou bien sur Mes Prétentions de Sagesse sur Facebook.

 

 

Heureux d’être friendzoné.

Mai 2013.  Je suis à un party entre amis.  Je suis célibataire.  J’ai bien une amante, mais elle a refusé de m’accompagner.  Elle a une espèce d’allergie aux situations dans lesquelles on pourrait nous prendre pour un couple officiel.  Bizarre, mais bon, si c’est ce qu’elle préfère, je respecte ça.  

Arrive une demoiselle que l’on me présente.   Il s’agit d’une gamine de 24 ans.  Un peu timide, elle me dit:

« Allo! Euh… Je lis ton blog! »

Elle est un jour tombée sur Mes Prétentions de Sagesse en suivant un lien sur le Facebook d’un ami commun.  Elle aime beaucoup mes billets qui lui font dire « Enfin un gars qui dit les vraies choses! » Au début, on ne fait que s’échanger quelques mots.  Pas trop, car elle a aussi à socialiser avec tous ceux qu’elle connait dans la place.  

Tout le long de la soirée, on se jase sporadiquement, s’échangeant quelques mots pour ensuite jaser avec d’autres.  Je la trouve bien gentille et agréable.  Lors de nos plus longues conversations, j’apprends qu’elle est illustratrice, chroniqueuse pour un blog de mode, et parfois mannequin.  Elle me dit qu’elle aimerait bien faire de la BD, il lui faudrait juste un scénariste.  Je ne saute pas tout de suite sur l’opportunité de proposer mes services.  Ce n’est pas la première fois que je m’associe avec des amateurs, pour me rendre compte ensuite qu’ils n’étaient pas sérieux.  Alors avant de perdre mon temps, je préfère apprendre à connaitre la personne.  En attendant, plus je vois que nous avons des choses en commun et plus j’en suis charmé.

En me parlant de ses expériences de scène, elle me raconte une fois où elle a chanté comme Bardot les onomatopées de la chanson Comic Strip de Serge Gainsbourg tandis qu’un de ses amis chantait le reste. Et voilà qu’elle me parle de ses compositions favorites de Gainsbourg, dont quelques une que je ne connaissais pas.  Je suis surpris.  J’ai 44 ans, je suis fan de cet artiste depuis 1988, et jamais je n’ai trouvé quelqu’un de ma génération pour qui c’était le cas.  Je ne m’attendais certainement pas à en rencontrer une de vingt ans ma cadette.  

À la fin de la soirée, je songe à un truc que je ne fais jamais d’habitude, soit la demander en contact Facebook.  Elle me bat de vitesse en me le demandant en premier. 

Dans le métro, sur le chemin du retour, seul en compagnie de ma BFF Stéphanie, je dis à cette dernière:

« Tu sais quoi?  C’est une fille comme ÇA, que je veux dans ma vie.  Artiste, fonceuse, positive, qui prend soin d’elle, sans complexes…  À l’âge que je suis rendu, je n’ai plus envie de faire des compromis.  Dès que j’arrive à la maison, j’écris à mon amante pour lui dire que c’est fini. »
« Sérieux? »
« Totalement! Je suis tanné de me contenter de relations dont la qualité ne vont que de médiocres à passables.   Au stade où j’en suis dans ma vie, je trouve l’idée du célibat éternel plus attrayante que de continuer de sortir avec des filles avec qui je n’ai rien en commun. »
« Wow! T’es déterminé! »
« Absolument. Je retrouve en elle tout ce que j’ai toujours cherché chez une fille.  Ce sera ou bien elle, ou alors une fille dans son genre s’il en existe d’autres, ou bien personne. »

Si Stéphanie a approuvé, elle n’en était pas moins surprise du côté radical de ma décision.  Et moi donc, pensez-vous.  Jamais, depuis mon adolescence, je n’avais ressenti un tel coup de foudre.  Quoique, coup de foudre était-il le bon terme?  Voilà au moins vingt ans que je suis guéri de ma dépendance affective.  Je ne suis donc plus du genre à tomber amoureux en un claquement de doigts, surtout d’une gamine que je ne connaissais même pas il y a cinq heures.  Donc non, ce n’est pas pas être tombé amoureux.  C’est seulement être tombé sur mon idéal féminin, voilà tout.  En fait, c’est surtout apprendre que cet idéal existait.

Arrivé chez moi, un message m’attend sur Facebook.  C’est cette gamine que je viens de rencontrer.  Ça ne fait que renforcer ma décision de terminer ma relation avec mon amante, ce que je fais avec un message privé.  Je lui offre l’opportunité d’aller la voir une dernière fois afin de lui expliquer ma décision en personne, mais elle préfère me bloquer et couper tout contact.  Bizarre, mais bon, si c’est ce qu’elle préfère, je respecte ça.  

J’échange plusieurs messages par jour avec ma nouvelle amie.  Puis, dans un statut Facebook, elle demande si quelqu’un aurait des cadres à lui refiler pour ses sérigraphies.  Quelle coïncidence, voilà depuis 1995 que j’achête des magazines des années 40-50-60 pour en encadrer de vieilles pubs.  Je lui propose quelques cadres qui ne me servent pas.  Et voilà comment elle vient chez moi pour la première fois.  Ce ne sera pas la dernière.

Plus on passe de temps ensemble, plus on se trouve des choses en commun.  On parle, on échange, on rit, on a du plaisir.  On commence à planifier un webcomic.  Il n’y a jamais de temps mort dans nos conversations, jamais de moment ennuyants.  C’est toujours avec surprise qu’on se rend compte, le soir venu, à quel point le temps a passé vite.

Quinze jours après notre première rencontre, je décide qu’il faut que je passe à l’attaque.  Cette fille me plaît de plus en plus.  Or, comme je l’ai déjà expliqué dans je ne sais plus trop quel billet, j’ai constaté à maintes reprises par le passé qu’au début d’une relation amicale entre deux personnes hétéro de sexe opposé, il y a une période d’ambiguité qui dure trois semaines.  Vingt et un jours dans lesquels on ne sais pas trop si on est ou non attiré et/ou attirant.  C’est le bon moment de prendre une chance tandis que l’autre a encore l’esprit ouvert à ton sujet à cause du charme de la nouveauté.  Parce que sinon, une fois passé ce délais, le charme s’estompe, l’autre croit que tu n’est pas intéressé, elle a eu le temps de s’habituer à ce que votre relation ne soit que platonique, son intérêt se perd, et tu entres dans la friendzone.  

La suite?  Cette conversation FB que j’ai eue avec une amie de longue date explique la chose en détail:

Steve Requin
Elle est venue chez moi hier

Jenny Colorado
Alors?  Tu t’es essayé ou bien t’as pas osé comme une épave amorphe?

Steve Requin
Après avoir passé une très bonne soirée, je voyais bien le temps passer, minuit approchait, et elle qui continuait à jaser joyeusement.  Je me suis dit qu’elle essaye peut-être de me faire le coup du « Oops, j’ai manqué le dernier bus, faut kj’passe la nuite icite ».  Je me trompais. À un moment donné, elle demande l’heure, elle constate avec surprise qu’il est presque minuit.  Elle essaye de voir les horaires de bus sur son iPhone mais ici je n’ai pas internet sans fil

Elle dépose son iPhone a côté d’elle.  Je me dis alors que c’est maintenant ou jamais.  Je viens pour m’assoir à côté d’elle pour l’embrasser, mais je dois d’abord prendre son iPhone pour ne pas m’assoir dessus.

Je trouve ça un peu difficile de faire des avances. D’habitude, j’ai des amantes.  On sait qu’on s’est rencontrés dans un possible but sexuel.  Mais ici, c’est différent.  Démontrer mon attirance profonde à une fille avec qui je n’étais qu’ami jusque-là, c’est une toute autre chose.  Je ne peux m’empêcher de baisser un peu la tête sur son iPhone que je tiens, en disant « hm… chuis pas très bon avec ces affaires-là ».  Je parlais de mon idée de tenter de l’approcher pour l’embrasser.

Je me retourne vers elle, je m’en rapproche… Et elle a un mouvement de recul.  J’improvise aussitôt en regardant son iPhone que j’avais toujours en main: « Non, j’vois pas comment ca marche, je vais consulter les horaires de bus sur mon ordi. »

Ce que je fis.

Donc, si elle croit vraiment que j’essayais de voir l’horaire de bus sur son iPhone, elle pensera avoir peut-être mal compris mon geste de rapprochement

Quant à moi, j’ai compris le message comme quoi elle ne me désire pas.  Et en même temps mon honneur est sauf, puisque c’est comme si je n’avais pas essayé

Qui sait, peut-être a t’elle vraiment compris, mais fait semblant de rien pour ne pas mettre du malaise.

En tout cas, le timing était pourtant parfait, et tout dans son langage corporel me montrait que j’avais le feu vert. Donc, si elle m’avait trouvé attirant, ça aurait marché. Fa que, ben coudonc, j’aurai essayé.

Jenny Colorado
Aww. *calin*

Steve Requin
Merci.

Dommage!  Ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une forte attirance pour quelqu’un. Mais bon, un petit haussement d’épaules, me dire « Oh well! », et apprécier la relation telle qu’elle est. Ça ne va pas me demander grand effort, on s’entend super bien.

 

Le lendemain, la conversation continue:

Jenny Colorado
J’ai vu que tu as fait un dessin montrant que tu es sorti en gang et qu’elle y était aussi.  Tu l’as vue hier soir? C’était cool?

Steve Requin
Oui, y’a eu zéro malaise, elle revient même mardi

Hier on a eu ben du fun, on a ri, et on dérangeait tout l’monde à se chanter des duos Gainbourg-Bardot.

Jenny Colorado 
Ahah good!

Steve Requin
Toujours est-il que rien n’est changé entre nous, on a toujours autant de fun et on aime toujours passer full de temps ensemble

Jenny Colorado
Bon ben en tout cas, si elle veut te revoir, C’EST QUE TU L’ÉCOEURES PAS!

Le soir venu, après qu’elle soit venue chez moi et repartie chez elle, je continue mon compte-rendu:

Steve Requin
Bon ben là, ELLE SAIT TOUT.  Je ne serai jamais son chum, mais c’est pas grave, parce que ça nous a full rapproché, pis chus épouvantablement heureux.

Fallait j’te l’dise .

Jenny Colorado
Ah oui?
T’es épouvantablement heureux de te faire friendzoner d’aussi proche par une fille qui t’intéresse?

Steve Requin
Hum…
Tu sais quoi?
OUI 😀

Steve Requin
Autant, quand j’étais jeune et pas beau et dans ma période « soi-disant bon gars », je frustrais que des filles disent « Je ne veux pas sortir avec toi, je ne veux pas prendre le risque de gâcher notre amitié » parce que je considérais que c’était une excuse bullshit, autant aujourd’hui j’ai VRAIMENT peur de gâcher l’amitié si j’exprime une attirance qui ne sera pas partagée. Parce que je m’entend super bien avec elle et qu’on a une tonne de trucs en commun. Voilà pourquoi je suis aussi content qu’elle l’ait pris aussi bien. Ça nous a amené à nous dire tout ce qu’on pensait l’un de l’autre, fa que voilà pkoi je dis que ça nous a rapproché, pis que chuis super content que l’on va continuer de se voir en ami et d’avoir du fun comme avant.

Steve Requin
Et anyway, même si je n’en fait pas mon but dans la vie (contrairement à beaucoup de Bon Gars), je garde espoir qu’elle craquera pour moi un jour. C’est parce que le Bon Gars va essayer de se conformer à la fille en tout points, tandis que nous, avant même de se rencontrer, on aimait Gainsbourg, on faisait du dessin, on expérimentait des recettes non-conformistes (Elle fait une délicieuse limonade aux concombres), on aimait les objets et trucs vintage, on collectionnait de la BD, on passait des heures dans les bibliothèques à lire n’importe quoi… Même si je ne deviens jamais son amoureux et son amant, comment puis-je me passer d’une fille comme ça?

Steve Requin
Être intime avec aurait été la cerise su’l’sundae. Tandis que là, j’ai quand même le sundae complet. Je n’ai pas à me plaindre. 

Jenny Colorado
Je peux comprendre ça!

Le temps passe, on continue de se fréquenter en ami seulement et tout va bien.  Malgré que je m’étais résigné à n’être qu’un ami pour elle, je ne peux pas honnêtement appeler ça de la résignation.   Être résigné, ça sonne comme s’obliger à accepter une sitation désagréable.  Mais notre relation n’a rien de désagréable, bien au contraire.  C’est sûr que je trouvais dommage qu’elle ne serait jamais mienne.  Malgré tout, être en sa compagnie ne me torturait nullement.  Nous devenions de plus en plus complice.

24 juin 2013, jour de la Saint-Jean Baptiste.  Je fais un petit party chez moi.  Je constate que Flavie me tient bien plus compagnie que les autres fois où nous étions en groupe.  Une semaine plus tard, elle revient chez moi et…

Steve Requin
… Et ça a l’air que ça fait une semaine, soit depuis le party de la St-Jean qu’elle est sûre de ses sentiments pour moi.  Elle a décidé de se déclarer.

Elle se doutait bien que je ne comprendrais jamais les signes si elle la jouait subtilement avec moi.  Parce qu’à partir du moment où on me friendzone, je me le tiens pour dit.

Jenny Colorado 
Ça c’est awesome. Elle a de l’estime pour toi.

Steve Requin
Fa que, elle a commencé par me dire « J’ai rencontré un gars avec qui je suis tombé en amour. On se voit souvent et je n’arrête pas de penser à lui »

Et moi, le cave, quand j’entends ça, je pense: « Eh bout d’barnak!  Elle vient d’en rencontrer un autre! Ça a bien l’air qu’elle et moi, ça n’arrivera jamais! »

Jenny Colorado 
AHAHAH GNIOCHON!!!!11!!!!

Steve Requin
Mais là, plus elle récite son histoire et plus j’ai des doutes…  Elle dit « Un gars que j’ai rencontré il y a un mois dans un party »…  « On se voit 2-3 fois par semaine » …  « On a plein de projets artistiques » …  Plus elle en rajoute, plus je vois que ça correspond avec moi.

Mais là, tout le monde sait que quand un gars est mis dans la friendzone, il n’en ressort plus jamais. Alors je n’arrive pas à y croire.

Finalement, incapable d’endurer le suspense, je lui demande « C’est de moi que tu parles? ».  Tu peux pas imaginer à quel point j’avais peur du ridicule si je me trompais.  Mais après 2-3 secondes de pause, elle a dit « Oui, Steve.  Je t’aime! »

Jenny Colorado 
Et elle t’aimait encore, même alors que tu lui paradais ta gnochonnerie. How fucking cute!

Steve Requin
Sa nervosité était due au fait qu’elle avait peur d’essuyer un revers, sous forme de moi qui frustre en lui disant : « Pfff, trop tard, le moment est passé! »

Jenny Colorado 
ou « Foutez-moi la paix, toi et ta jeune poitrine fraiche! »

Steve Requin
Moi, lui dire ça?  PAS FOU, NON!!!

Et c’est ainsi que nous sommes devenus un couple.  Et une des choses qui y a contribué, c’est que je n’ai pas réagi comme le font trop souvent les gars qui se font friendzoner:

  • Ils frustrent!  
  • Ils dépriment!  
  • Ils boudent!
  • Ils se victimisent!
  • Ils insistent!
  • Ils tentent de la culpabiliser.
  • Ils s’éloignent en disant que ça leur ferait trop mal, de ne voir que comme amie celle dont ils sont amoureux.
  • Ils disent « Être amis? Pourquoi faire? Des amis, j’en ai déjà! »
  • « C’est pas une amie que je cherche, c’est une amoureuse. »

Sérieux là, comment est-ce qu’on peut prétendre être amoureux d’une personne si on n’est même pas capable d’être son ami?  Ça n’a pas de sens!

Je ne dis pas que c’est le fait que j’étais heureux d’être friendzoné qui l’a rendue amoureuse de moi.  Par contre, si j’avais réagi en frustré, jamais elle n’aurait développé de sentiments amoureux envers moi.  C’est parce qu’en étant heureux d’être son ami, je lui ai montré que l’affection que je lui portais était sincère.  Et ça, même si la relation ne dépasse jamais le stade de l’amitié, c’est la base de toute bonne relation.

Et vous savez quoi?  Je suis encore plus heureux qu’elle n’ait pas cédé à mes avances tandis que j’étais encore dans la période charme de la nouveauté.  Parce qu’en profitant d’un moment dans lequel elle n’était pas certaine de ses sentiments envers moi, je n’aurais jamais su si elle m’aimait vraiment ou si je l’avais manipulée à le croire.  Tandis que là, en tombant en amour avec moi alors que j’étais ami seulement, nous sommes tous les deux certains que ses sentiments sont réels.

Raison de plus pour être heureux d’avoir été friendzoné.

Les 15 genres d’amitié entre hommes et femmes

(Dans le texte qui suit, l’utilisation des termes hommes et femmes sont à titre d’exemple et sont parfaitement interchangeables.)

Il y a des gens qui colportent l’idée comme quoi l’amitié entre hommes et femmes n’existe pas car tous les hommes qu’une fille va rencontrer dans sa vie vont la désirer sexuellement. Apparemment, pour ces gens, l’homosexualité n’existe pas.  Ceci dit, oui, l’amitié homme-femme existe et n’a aucun rapport avec l’orientation sexuelle de l’un ou de l’autre.  Je me suis penché sur le sujet depuis quelques années, et j’ai découvert que cette amitié pouvait se diviser en quinze genres :

GENRE 1: L’amitié pour se rapprocher
Le gars va désirer une fille de façon romantique. Il est timide et à peur de se faire virer s’il lui parle de ses sentiments. Il va donc l’approcher en lui démontrant qu’il ne veut d’elle que de l’amitié, rien de plus. Dans sa tête à lui, c’est une brillante stratégie car en étant ami avec elle, ça va lui permettre de mieux connaître ce qu’elle est, et surtout ce qu’elle aime. Il pourra ainsi mieux s’ajuster à ses goûts à elle.

GENRE 2: L’amitié en attendant
Souvent la suite de la précédente. Voici comment ça se passe :

  • Le gars devient ami avec la fille.
  • Le gars attend que la fille constate qu’ils vont tellement bien ensemble qu’elle tombera en amour avec lui.
  • La fille se trouve un autre amoureux.
  • Le gars attend que la relation finisse.
  • La relation finit.
  • Le gars n’ose pas s’essayer tout de suite, afin de laisser à la fille le temps de se remettre de sa relation précédente.
  • Le gars attend trop, ce qui fait que la fille se refait un autre amoureux.
  • Le gars attend que la relation finisse.
  • Répéter ad nauseam pendant 5, 10, 15, 20 ans.

Ce qui nous amène à

GENRE 3: L’amitié de la Friendzone
La friendzone est un terme que les hommes utilisent lorsqu’ils désirent une femme amoureusement et/ou sexuellement, qu’ils le lui ont fait savoir de façon plus ou moins directe, mais que celle-ci ne lui a pas répondu positivement.  Cet homme est justement l’un de ceux qui croient que l’amitié homme-femme est impossible.  Il croit donc que toutes les femmes sont à sa portée, pourvu qu’elle finisse par cesser de refuser de lui donner sa chance.  Il reste donc en retrait dans la zone amie en attendant que la fille change d’idée à son sujet, ne serait-ce qu’à l’usure.

Il ne s’agit donc pas d’amitié véritable de la part du gars.  La preuve, c’est que lorsqu’elle va lui dire « On peut toujours rester amis. »  s’il n’a pas la patience d’aller attendre dans la friendzone, il lui répondra avec amertume et frustration un truc dans le genre de: « Non merci! Des amis, j’en ai déjà! »

GENRE 4: L’amitié congélateur
Tel que décrit dans le billet Être Mis au Congélateur, c’est lorsque le gars constate que la fille est en amour avec lui. Il n’est pas vraiment contre l’idée de sortir avec elle, mais il aimerait quand même trouver mieux qu’elle. Il la garde donc en tant qu’amie tandis qu’il s’essaye ailleurs, et finira par consentir à sortir avec elle en dernier recours s’il ne trouve pas mieux à long terme.

GENRE 5: L’amitié post-charme de la nouveauté
Lorsque deux personnes de sexe opposé se rencontrent, les trois premières semaines sont souvent ambigües. On se demande si on est attiré et/ou attirant pour l’autre. À ce stade-ci, l’attirance est surtout causée par la curiosité, le désir de découvrir l’autre. Voilà pourquoi, généralement, une fois que l’on a eu le temps de bien connaître l’autre, le désir disparaît, ne laissant plus que l’amitié simple.

GENRE 6: L’amitié post-désir
Dès la rencontre, ce fut le coup de foudre, l’attirance mutuelle. Ils sont rapidement passés au lit. À ce moment-là, deux choses peuvent se passer:

  • Ils se rendent compte immédiatement qu’ils ne sont pas compatibles sexuellement.
  • Ou bien: La baise était Ok, mais c’est en apprenant à se connaitre par la suite qu’ils se sont rendus compte qu’ils ne sont pas faits l’un pour l’autre.

Alors s’ils continuent de se fréquenter en amis après ça, c’est qu’il s’agit bien d’amitié post-désir.

GENRE 7: L’amitié post-relation
C’est quand un gars et une fille sont ex. Leur relation a duré juste assez longtemps pour qu’ils se rendent compte qu’ils ne sont pas faits pour former un couple. Ils reviennent donc à la case amitié et n’auront plus jamais le désir de pousser la chose plus loin.

GENRE 8: L’amitié qui sert de limite
Lorsque la fille craint qu’un gars veuille d’elle comme blonde ou amante, elle met tout de suite la limite amitié seulement de façon claire et précise, et le lui fait comprendre souvent de façon plus ou moins subtile dans la conversation. Le gars a donc le choix entre rester ami ou bien cesser de la fréquenter. Dans un cas comme dans l’autre, la fille sera soulagée de ne pas subir cette pression.  Ce qui nous amène à:

GENRE 9: L’amitié désespérée
Il arrive hélas parfois qu’une fille est désespérément amoureuse d’un gars qui ne voudra jamais d’elle. Ça peut être parce qu’il est gai, ça peut être parce qu’il est marié, ça peut être parce qu’il y a trop grande différence d’âge entre eux. Peu importe la raison, le fait demeure qu’ils ne pourront jamais être ensemble. Elle se contente donc d’amitié avec lui parce que c’est mieux que rien, et elle fait tout en son possible pour que leur amitié soit la plus profonde et la plus intime possible. Elle trouve consolation en se disant que l’amour, ça vient et ça part, mais au moins l’amitié c’est pour la vie.

GENRE 10: L’amitié de jeunesse
Ils se sont connus à une époque où l’un, l’autre ou les deux n’avai(en)t pas l’âge de ressentir du désir.  Ce qui fait qu’en grandissant, aucun des deux n’a ressenti d’attrait amoureux et/ou sexuel pour l’autre. Ce n’est pas une décision qu’ils ont pris volontairement. C’est juste arrivé comme ça, tout naturellement.

GENRE 11: L’amitié pseudo-fraternelle
Quand une fille veut tenir à distance un gars de qui elle apprécie l’amitié mais qu’il lui semble évident qu’il voudrait plus que ça, alors elle l’adopte officieusement comme frère. C’est sa façon à elle de lui dire qu’elle trouve l’idée romance et/ou sexe avec lui aussi repoussante que le serait une relation incestueuse.

GENRE 12: L’amitié par obligation environnementale
C’est quand deux personnes de sexe opposés sont obligées de se fréquenter : Voisin, coloc, chum d’une amie, conjointe d’un membre de la famille, collègue de travail, camarade de classe… Ces personnes ne se détesteraient pas nécessairement si l’amitié n’était pas requise pour l’harmonie du milieu. Mais sans cette obligation de se voir, elles se laisseraient totalement indifférentes.

GENRE 13: L’amitié internet
Quand on se lie d’amitié avec une personne de sexe opposé que l’on ne rencontrera jamais à cause de la distance, l’amitié n’a pas le choix d’être platonique

GENRE 14: Les amitiés avec bénéfices
Mauvaises traduction de friends with benefits, on utilise surtout le terme fuck friends pour les décrire. Ceux-ci se divisent en quatre sous-catégories :

  • Catégorie A : Ils se fréquentent en amis, et parfois ils ont du sexe ensemble. Leur amitié est réelle, ce qui signifie qu’ils peuvent passer du temps ensemble en ayant des activités non-sexuelles et tout de même l’apprécier sincèrement. C’est juste que ni l’un ni l’autre ne veulent d’une relation stable officielle.
  • Catégorie B : Ce sont des ex. Ils se sont vite rendus compte qu’à part sexuellement, ils ne sont pas fait pour former un couple. Ils continuent donc de se fréquenter en amis et de coucher ensemble, jusqu’à ce que l’un des deux se trouve un chum/une blonde.
  • Catégorie C : Comme catégorie A ou B, sauf qu’ils couchent ensemble même si l’un, l’autre ou les deux sont en couple avec d’autres.
  • Catégorie D : Il est difficile de parler ici d’une amitié car il est rare que ces gens-là se fréquentent autrement qu’à cause de leur lien de désir sexuel. Généralement, leur statut amical est comparable avec l’amitié par obligation environnementale : Si on enlève ce qui rend leur amitié obligatoire, dans ce cas-ci le sexe, alors l’amitié n’existe plus.

GENRE 15: L’amitié platonique depuis le début sans envie de plus que ça de part ou d’autre.
Ben oui, ça existe. Parce que s’ils sont bons amis proches mais que leur amitié ne tombe dans aucune des catégories précédentes, alors il s’agit automatiquement de celle-ci.

Et le plus ironique, c’est que lorsqu’ils sont vus ensemble en public, ils ont beau ne pas être collés ni se toucher ni faire quoi que ce soit pour faire croire le contraire, il y a toujours quelqu’un pour penser qu’ils sont en couple.  On ne compte plus le nombre de fois où ça nous est arrivé, à ma BFF Stéphanie et moi, depuis qu’on a commencé à se fréquenter en 2002.  Ce qui démontre que la croyance comme quoi l’amitié homme-femme n’existe pas, c’est hélas encore trop répandu.


Tenez-vous au courant de mes nouveautés en joignant la page de Mes Prétentions de Sagesse sur Facebook à https://www.facebook.com/MesPretentionsDeSagesse.

La logique amoureuse des Nice Guys.

Je vous ai déjà fait quelques billets sous forme de bande dessinées par le passé (Voir le tag « BD Blog« ) mais ceci est la première page de BD que je dessine depuis 2009.  Inutile de dire que ces six ans sans jouer du crayon ont quelque peu rouillé mon art. Après un mois de pratique, le verdict: Je dessine moins bien qu’il y a vingt ans, mais je dessine déjà mieux qu’il y a un mois. C’est encourageant.

Cette histoire met en scène un personnage nommé Daniel Comte, dit Comte Dany Hell, un pur Nice Guy doublé d’un Fedora Neckbeard










Je ne me souviens plus si je vous l’ai déjà dit, mais il ne faut pas s’étonner que beaucoup de soi-disant bons gars deviennent dessinateurs.  Le dessin est un art qui se pratique dans la solitude.  Et lorsque l’on manque de popularité et de vie sociale, en revanche on ne manque pas de temps libre.

———-

Pour me suivre: twitter.com/steverequin, ou bien sur Facebook à  https://www.facebook.com/MesPretentionsDeSagesse.

Sophie, la poupée qui dit non mais fait oui.

Cette fois-ci, je vais vous ramener trente ans dans le passé, avec une tranche de vie d’adolescents du Québec au milieu des années 80. Le texte contient des liens pour nos amis d’Europe qui auraient de la difficulté avec certaines références locales et/ou de l’époque, ainsi que divers lexiques du Français québécois pour les dialogues en joual.

Printemps 1984. (Bon, d’accord, 31 ans dans le passé en fait.) J’ai 15 ans et je suis en secondaire IV. J’ai un camarade de classe nommé Bruno avec qui je n’ai rien en commun. Il a les cheveux longs, boit de la bière, fume, s’habille en jeans, T-shirts noir à motif Iron Maiden, veston de jeans, n’écoute que du rock, heavy metal, Plume Latraverse, et utilise le terme ma plotte pour parler de ses petites amies, quand il en a.

Moi, j’ai les cheveux frisés, court, ou du moins ce qui passe pour court à l’époque. Je ni ne fume ni ne bois car je suis sage et réfléchi, je m’habille comme dans la page 257 du Catalogue Eaton, j’écoute la musique de CKOI 97 Le Son de Montréal ainsi que CKBS 1240 AM, Radio Saint-Hyacinthe, et j’utilise le terme la folle pour parler de l’unique blonde que j’ai eu à date. À part ça, je suis galant et romantique, je suis un bon gars, un vrai nice guy, donc évidemment célibataire.

Bruno et moi avons commencé à nous fréquenter dans notre cours de français lors d’un travail d’équipe, alors que le prof nous avais tous amené à la bibliothèque. Nous étions les deux seuls gars de cette classe, il était donc tout naturels que nous fassions équipe malgré nos différences.  Parmi mon stock qui traîne pêle-mêle sur la table où nous faisons notre travail de recherche, il voit une photo qui dépasse des pages de mon agenda scolaire. Il s’en empare et dit:

« Ayoye, Man! C’est qui c’te fille-là? »
« Elle? C’est Nancy, la soeur de mon ami Yan. Elle m’a demandé de lui dessiner son portrait.  C’est pour ça, la photo. »
« C’t’une calice de belle plotte, ça!  Faut qu’tu m’la présente au plus christ. »

Pourquoi pas!? J’accepte!  Ceci dit, ce n’est pas comme si j’avais le choix.  C’était ça où bien il ne me rendrait jamais la photo.

La fin de semaine suivante, je vais chez mon ami Yan avec qui je fais souvent de la bande dessinée en amateur. J’amène Bruno avec moi. Coup de chance, Nancy y est aussi. Il y a une raison pourquoi Bruno a si vite accroché à elle via sa photo, et c’est qu’ils sont du même style. Elle fume, boit, s’habille en jeans et T-shirts, n’écoute que du Kiss, Mötley Crüe et autres trucs qui nous semblaient si hard à l’époque.  Je les présente.  Malgré mon jeune âge et mon peu d’expérience, je vois tout de suite dans le regard de Nancy son intérêt pour Bruno.  Nous descendons tous les quatre au sous-sol, dans la grande chambre de Yan.  On y jase de choses et d’autres pendant une bonne heure.  Il me semble évident qu’il y a une tension d’attirance entre  Nancy et Bruno.  Petit malin que je suis, je décide de prendre le contrôle de la situation.  Je me lève et fais signe à Yan de me suivre, et je dis à la blague aux deux autres :

« Bon ben, Yan pis moi on s’en va faire du dessin, fa que vous pouvez toujours frencher en attendant. »

C’était comme si je leur avait fourni l’excuse qu’ils attendaient. Ils se sont aussitôt enlacés et ont commencés à s’embrasser passionnément. Bien que je m’y attendais, je suis tout de même un peu surpris que ce soit aussi instantané.

Bruno ne fréquentera Nancy que les deux dernière semaines du mois de mars.  Il me fut cependant très reconnaissant de lui avoir présenté, et surtout d’avoir brisé la glace avec ma suggestion.

« Heille, toé t’es un vrai tchum, man! J’m’as te revaudrer ça. »
« Bonne idée!  Après un an de célibat, chus pas mal en manque, là! »

Ce n’était rien de sexuel. J’étais juste dépendant affectif.  Quoi qu’à quinze ans, nous l’étions pas mal tous un peu.

Vendredi le 13 avril 1984. Voilà deux semaines que la neige a totalement disparue et que nous avons droit à de confortables températures printanières qui sentent l’été qui s’approche.  Peu après 17:00, Bruno me téléphone de chez lui.

« Hey, salut man! Ça te tentes-tu de v’nir à un party chez nous à’ soir à sept heures? On va être en sérieux en manque de gars icitte. »
« QUOI? Un party plein de filles pis tu me demandes si j’veux y aller? Que c’est qu’t’attends pour me donner ton adresse? »

Bruno habite à Sainte-Madeleine, soit à un quart d’heure en auto de la maison de mes parents à Saint-Hilaire.  Je convainc sans mal ces derniers d’aller m’y reconduire.  Tel que prévu, je descends de l’auto à 19:00 devant la maison des parents de Bruno, tandis que le soleil couchant nous colore l’horizon en orange de ses derniers rayons.  Ma mère me demande:

« À quelle heure tu veux qu’on revienne te chercher? »
« Pas besoin!  Un des gars va venir me reconduire en char.  Bonne soirée! »

En réalité, je n’avais pas la moindre idée si l’un des invités avait son permis de conduire, et encore moins s’il avait un véhicule à sa disposition.  Il y a que ceci était le second party d’ados où j’ai eu la chance d’être invité et que je ne tenais pas à ce que ça se termine comme le premier, c’est à dire avec mes parents qui viennent m’y chercher à 22:00 juste au moment où ça commence à devenir vraiment trippant.  Alors pour revenir, si personne ne peut me ramener, je n’aurai qu’à prendre le bus 200 Rive Sud qui passe aux heures jusqu’à 01:00, voilà tout.  Au pire, si je la rate, marcher deux heures, ça ne me fait pas peur.

C’est la sœur de Bruno, Julie, 13 ans, qui m’ouvre, bouteille de bière à la main et cigarette à la gueule.  C’est fou comme elle a un style semblable à celui de Bruno. Elle m’entraîne au sous-sol où attendent les autres. À mesure que je descends les marches, j’entends la voix de Phil Collins qui chante Mama (Cliquez pour l’ambiance)

Je m’attendais à quelque chose de très gros, mais en fait ils ne sont que neuf, assis en cercle sur des chaises, par terre ou sur un vieux divan, à jaser, fumer et boire. Bruno me les présente.

« Steve, j’te présente Gaëtan qui vient à notre polyvalente, pis sa soeur Claudia. Elles, c’est les jumelles Caroline pis Sylvie. Pis en passant, Caroline c’est ma blonde, fa que essaye pas de la crouzer à soir, mon estie. Ha! ha! . »
« Me v’là prévenu! »
« Elle c’est Valérie la cousine des jumelles.  Pis v’là Sophie, pis Pierre, pis c’est toute. »

Je salue tout ce beau monde. La place est typique des sous-sols non-finis des vieilles maisons. Le plancher en béton gris et rugueux est partiellement recouvert de vieux tapis. Il y a un divan à trois places où sont assises quatre personnes, mais bon, on est minces à cet âge-là. Le plafond est composé de vieux bois et de poutres poussiéreuse ornées de vestiges de plusieurs générations de toiles d’araignées. L’éclairage tamisé est fourni par une vieille lampe style bouteille de Chianti ornée de faux rubis en verre et d’un énorme abat-jour rouge vin. L’air est imprégné de boucane de cigarette qui se mêle à celle de l’humidité des sous-sols. Les hauts-parleurs de 3e ordre du vieux radio-cassettes continuent de diffuser du Genesis.  Je me joins aux gens et aux conversations, pigeant comme tout le monde dans les sacs de chips BBQ, nature et sel & vinaigre.

Après une vingtaine de minutes, Bruno décide qu’il est temps de sérieusement commencer le party. Il change la cassette de Genesis pour une autre où il n’a enregistré que des slows, et aussitôt commence Stairway to Heaven de Led Zeppelin. Je suis d’abord amusé par le manque total de subtilité de Bruno.  D’habitude, dans les partys, les slows ne viennent que dispersés ici et là entre les hits rock et dance, ou bien vers la fin de la soirée.  Mais bon, nous savons tous que nous faisons ces soirées surtout dans le but de se rapprocher des membres du sexe opposé, alors pourquoi perdre son temps à faire semblant? Bruno semble désireux de repayer sa dette envers moi car me prend par le bras et m’envoie quasiment voler dans les bras de Sophie, une mignonne petite rouquine (teinte) de 14 ans.  Sans pour autant que ce soit de l’embonpoint, son corps a déjà de superbes courbes.  Son visage ressemble à une version plus jeune de celui de l’actrice porno italienne Ilona Staller alias La Cicciolona.

« Tiens, danses donc avec elle. »

Pris par surprise et au dépourvu puisque je n’ai pas encore adressé un mot à cette fille jusque-là, je lui demande:

« Euh… Tu veux-tu? »
« Oui! »

Sur ce, elle passe ses bras autour de mon cou et se colle à moi.  Bientôt, la chanson fait place à Hotel California des Eagles, suivi par Babe de Styx. Durant tous ces slows, Sophie se colle à moi très serré, ce qui, dans mon cas, est une toute nouvelle expérience. Je sens ses seins fermes et déjà très volumineux pour une fille de son âge qui s’écrasent contre ma poitrine. Bruno qui danse avec sa Caroline, me lance:

« Que c’est qu’t’attends pour y mettre les mains su’é fesses? »

Je suis surpris, presque scandalisé par cette suggestion.  Jamais je n’aurais osé faire un truc pareil.  D’ailleurs, j’imaginais mal que des jeunes de notre âge puissent déjà aller aussi loin avec quelqu’un que l’on ne connait qu’à peine.  Aussi, j’ai vite pris ses paroles pour des blagues.  D’une voix démontrant aplomb et assurance, je profite de la situation pour me donner des airs de bon gars respectueux de la gent féminine:

« Voyons, mon cher Bruno! Tu sais ben que c’est pas mon genre d’aller si vite en affaires. »

En entendant ça, Sophie se détache sa tête de moi afin de me regarder dans les yeux.  L’air ravie, elle me dit:

« Tant mieux! Moi, les gars trop vite en affaire, je leur pète la yeule. »

Puis, elle revient se coller à moi encore plus fort. La joie m’inonde. Elle n’aime pas les gars vite en affaire, et je lui ai montré que je n’en suis pas un. Je lui ai fait bonne impression. C’est génial.

Un peu plus d’une heure plus tard, constatant que nous manquons de chips, boissons gazeuses, bières et cigarettes, on décide d’aller s’en racheter au dépanneur du quartier. Car oui, dans le Québec de 1984, il n’y a encore aucune loi qui interdit aux mineurs d’acheter bière et cigarette, et encore moins d’en consommer. C’était le bon temps!  Et nous voilà tous dehors dans les sombres rues de ce village.  Nous sommes un vendredi 13, c’est un soir de pleine lune, et je marche à côté d’une belle fille qui vient de danser une dizaine de slows en ligne avec moi. Tous ces détails font que dans mon âme d’adolescent, cette nuit a quelque chose de magique.

« Ben, qu’est-ce t’attends? Donnes-y la main! »

Cette suggestion que me fait Bruno arrive à point. Ce n’est pas que je n’y avait pas pensé, c’est juste que j’étais trop timide pour oser le faire. Je donne donc la main à Sophie. Elle me la prend, tire mon bras et me le passe autour de sa taille. En même temps, elle met son bras autour de mon cou.  Sophie étant plus petite que moi, il aurait été plus logique que nous inversions la position de nos bras parce que là, j’avance tout droit, tout en étant penché sur le côté.  Bien que cette pose de tour de Pise est inconfortable pour moi, j’aime tellement le fait que cette fille me tient serré contre elle que je n’ose pas lui suggérer de changer quoi que ce soit.

De retour au sous-sol avec les intoxiquants requis, on mange, on bois, on parle, on rit, bref on s’amuse de la façon typique des jeunes de notre région, de notre époque et de notre âge.  Profitant qu’aucune musique ne joue en ce moment, Sophie tire de sa sacoche une cassette du groupe Culture Club.  Bruno réagit aussitôt en disant:

« Heille! Que c’est ça? J’veux pas de tounes de tapettes icite. »

Restant sourd aux protestations de Bruno, je bondis à côté de Sophie et lui demande:

« Comment? T’aimes Culture Club toi aussi? »
« Ben oui! Toi avec? »
« Mets-en! J’ai leurs deux albums pis je découpe tous les articles de journaux à leur sujet.« 
« C’est comme moi! Tu devrais voir ma chambre, je collectionne tout sur eux-autres. »

Puisque nous sommes deux à manifester vouloir de cette musique, Bruno consent à ce qu’on en joue, mais une seule.  Sophie accepte.  Elle appuie sur Play, et aussitôt commence Time, Clock of the Heart. Avec un sourire béat aux lèvres et la tête sur un nuage, je contemple cette si jolie Sophie. Le fait que nous avons des goûts en commun et qu’elle semble s’intéresser à moi me met en extase. J’écoute Boy George qui dit And time makes the lovers feel like they’ve got something real, et je réalise que c’est fou comme les chansons ont le don d’être souvent appropriées au moment présent.

La chanson se termine, Bruno change de cassette. Envahi par une irrésistible envie de démontrer mon attirance à Sophie, je m’approche derrière elle. Je me colle à son dos et l’enlace. Mes mains se rejoignent sur son ventre. Je lui demande:

« Dis-moi… Si je te fais ceci… »

Et je lui donne un p’tit bisou sur la joue.

« …est-ce que tu vas me casser la gueule pour ça? »

Elle tourne sa tête en ma direction et me regarde du coin de l’oeil avec un petit sourire. Elle semble ravie. Elle me répond:

« Hmmm… Mais non! »

Sophie pose alors ses mains sur les miennes. Tout en tenant doucement mais fermement mes mains, elle les fait remonter… Remonter jusque sur ses seins. J’en reste figé de surprise.  Je ne me serais jamais attendu à ça.  Complètement pris au dépourvu, je ne sais absolument pas comment réagir. En fait, je n’arrive tout bonnement pas à croire que c’est en train de se produire.  Je n’ai que 15 ans après tout.  Jamais je n’étais allé aussi loin avec une fille. Tout en me tenant les mains bien en place, elle m’entraîne vers un fauteuil dans un coin sombre du sous-sol. Je n’ai d’autres choix que de la suivre.  Tout ce qui me vient en tête, c’est:

« Non? C’est pas possible? Je dois rêver!? »

Elle me lâche, me fait asseoir et s’assoit sur mes cuisses en me passant les bras autour du cou. Je lui tiens la taille, mais à part ça ne sais absolument pas comment réagir. Ce n’est pas par timidité ni par stupidité.  C’est juste que ses gestes entrent en contradiction flagrante avec ce qu’elle m’avait affirmé plus tôt: Ne pas aimer les gars trop vite en affaire. Or, autant j’avais envie de l’embrasser et la cajoler, autant je ne voulais pas commettre un geste déplacé qui pourrait tout gâcher. Aussi, je me hasarde à lui demander:

« Comme ça… Euh… T’aimes pas les gars vite en affaires, tu disais? »

J’espérais, par cette question, qu’elle me guide un peu, qu’elle me dise où se situent ses limites, si limites il y a.  Je ne voulais tellement pas prendre le risque de la choquer. 

« C’est vrai, j’haïs ça, les gars d’même.  Y’a deux mois, dans un autre party, je m’en allais aux bécosses, pis y’a un gars qui me crouzait qui est venu me rejoindre.  Y’insistait pour m’embrasser.  J’y ai remis les idées en place avec un bon coup de genoux dins schnolles. »

Je reste silencieux, mais dans ma tête, c’est la confusion la plus totale :

« Euh…  Elle a posé elle-même mes mains sur ses totons, mais en même temps elle trouve que quand un gars dans un party essaye de l’embrasser, c’est aller trop loin!? »

Pour les vingt minutes qui suivent, je reste là, sans bouger, mes bras autour de sa taille, à espérer  un nouveau signe de sa part, une parole, un geste, quelque chose qui puisse me guider. Hélas, ce geste ne viendra jamais. Il est vrai qu’elle en avait fait pas mal déjà.  Mais bon, quand on n’a pas l’habitude de ces choses là… La seule chose qui est arrivé fut Bruno pour me dire:

« Tes parents! »
« De quessé? »
« Tes parents sont là!  Ils sont venus te chercher. »

Mais qu’est-ce qu’ils foutent là, bout d’bonyeu? Je ne leur ai pourtant dit que je me débrouillerais pour revenir.  Sophie débarque de moi.  Je monte au rez-de-chaussée où m’attendent mes deux parents. 

« Quessé qu’vous faites là? »

Ma mère me répond:

« C’parce qu’on y a pensé, ton père pis moi, pis on s’est dit qu’il valait mieux venir te chercher plutôt que tu prennes le risque de te faire reconduire par un gars pendant qu’il est chaud. »
« Ben voyons! J’ai de l’argent pour prendre l’autobus. »
« Ben là, fallait le dire!  Ben coudonc, puisqu’on est déjà là, on se sera pas déplacés pour rien. Enwèye, déguidine!« 

Ils ne me laissent pas le choix.  Sur le chemin du retour, boudant sur le siège arrière du Buick Apollo 1974 de mon père, je suis frustré contre eux pour cette soirée qui se termine en queue de poisson.  Non mais c’est vrai, quoi, 22:30, c’est beaucoup trop tôt pour partir d’un party. Surtout que ça ne m’a jamais laissé le temps d’oser faire quoi que ce soit avec Sophie. En attendant, au sujet de cette dernière, je ne sais pas si j’ai bien agi, je ne sais pas si j’ai mal agi. Tout ce que je sais, c’est que je brûle d’envie de la revoir et ainsi de nous donner une seconde chance.

Je revois enfin Sophie lors d’un autre party de fin avril, celui-là donné à la résidence de la copine à Bruno et de sa jumelle. Cette fois-ci, je n’ai absolument pas besoin de mes parents pour y aller car elles habitent à Beloeil, pratiquement en face de chez moi, de l’autre côté de la rivière Richelieu.

Le père des jumelles est médecin, aussi il a une sacrément grosse maison avec piscine intérieure. Et contrairement à chez Bruno, le sous-sol est grand, haut et terminé, et le système de son quadraphonique rivalise avec la grosse TV moderne à écran géant. Une vingtaine de jeunes dansent et sautent en l’air tandis que sur l’écran y’a David Lee Roth de Van Halen qui gueule JUMP!

Je repère rapidement Sophie et vais lui faire la conversation. Mes yeux parcourent ses jambes durant Legs de ZZ Top. Lorsque commence à jouer Careless Whispers du duo Wham, je m’en empare et l’entraîne sur la piste de danse. Bien qu’elle reste amicale, je sens que quelque chose ne va plus. Elle semble un peu plus froide. Un peu plus distante. D’ailleurs, elle ne me serre pas contre elle comme l’autre fois. Au slow suivant, elle me quitte rapidement et va se jeter dans les bras de Pierre. La musique est trop forte pour que je puisse entendre ce qu’elle lui dit, mais Bruno me rapportera plus tard ses paroles qui furent:

« Danse avec moi! J’veux pas rester pris avec lui toute la soirée. »

Je passe le reste de la soirée à m’emmerder tout seul dans mon coin parce que d’autres gars arrivent mais aucune nouvelle fille. Même si j’essaye bien fort de me faire accroire le contraire, je sais trop bien qu’avec ce dont j’ai l’air, tant que les filles ne sont pas en avantage numérique, je n’ai aucune chance de m’en accrocher une autre.

Plus tard dans la soirée en remontant au rez-de-chaussée dans le but d’aller aux toilettes, je passe devant l’entrée du salon. J’ai la surprise d’y apercevoir Sophie et Pierre sur le fauteuil, en train de s’enlacer, s’embrasser et se faire des attouchements sous les vêtements. Extrêmement surpris de l’attitude de Sophie, je pense:

« Mais…!? LA SALOPE! »

C’est la frustration qui m’étouffe, et ce beaucoup plus que la jalousie. Le fait de savoir que ce qu’elle fait là, ça aurait pu être avec moi il y a deux semaines, ça me fait l’effet d’un laxatif industriel concentré. Je suis retourné chez moi à une heure du matin (02:00 en fait, rapport à l’heure qui passait cette nuit là à l’horaire d’été), en ruminant sur ma frustration et sur le fait qu’elle m’avait fait faussement accroire qu’elle n’aimait pas les gars vites en affaire.

Je n’ai plus eu l’occasion de revoir Sophie par la suite. Je ne le savais pas encore à l’époque, mais il n’y a rien de plus instable que les relations entre adolescents. Les amitiés, les couples, les bandes d’amis, tout ça évolue et change à une vitesse folle, et j’allais vivre bien d’autres émois avec bien d’autres gens avant que mon secondaire ne soit fini.

Ce qui est amusant lorsque j’y repense aujourd’hui, c’est de constater que cette expérience entre parfaitement dans ma série Comment le fait d’être un bon gars a ruiné ma vie amoureuse, sociale et sexuelle.  En fait, elle précède de quatre ans la première partie dans lequel j’explique le fait que les soi-disant bons gars ont tellement peur de mal paraitre en brusquant les filles qu’ils sont trop à leur écoute, trop respectueux du moindre signe de leurs limites.  J’avais hélas trop peu d’expérience à l’époque pour savoir que l’on n’a plus besoin de s’accrocher à un NON qu’elle aurait dit dans le passé si maintenant ses gestes et paroles disent OUI.

La réputation injustifiée des soi-disant bons gars

Pour une fois, c’est dans le but de les défendre que je vais parler des soi-disant bons gars. Parce que, peu importe qui on est et ce que l’on est, personne ne mérite d’être affligé d’une réputation trompeuse, surtout si elle est négative. Et il se trouve que le soi-disant bon gars en a toute une, de réputation négative, qui est à l’extrême opposé de la vérité.

Situation classique : Le soi-disant bon gars aime une fille en secret. Il se comporte avec elle de façon totalement asexuée, il se prétend être son ami le plus proche, et la couvre de gentillesse et de cadeaux. Puis, la fille rencontre un mec qui, aux yeux du soi-disant bon gars, est un néandertalien plein de défauts qui ne la mérite pas, et il réagit en chialant que « Les filles disent vouloir un bon gars, mais dès qu’il y en a un qui la maltraite, elle va le récompenser en lui donnant du sexe! »
Conclusion logique : Les soi-disant bons gars sont des hypocrites qui se disent romantiques, alors qu’ils considèrent que les filles devraient leur donner du sexe en récompense d’être gentil avec elles.

L’image suivante provient de l’excellent blog BD de Mirion Malle qui dénonce exactement ça:


Je comprends pourquoi la majorité des filles en arrivent à cette conclusion. Mais voilà: Et si je vous disais que cette conclusion est erronée?  Si je vous disais qu’au contraire, le sexe n’est pas ce que les soi-disant bons gars désirent en premier dans la relation? Si je vous disais qu’ils ont plutôt tendance à s’auto-castrer? Enfin, si je vous disais en plus que c’est dans l’espoir de plaire aux filles qu’ils le font, me croiriez-vous? Probablement pas! Voilà pourquoi, comme d’habitude, je vais piger autant dans mes observations des autres que dans mes expériences personnelles afin de vous expliquer ce curieux phénomène.

Pourquoi le soi-disant bon gars chercherait-il à s’auto-castrer? Parce qu’à chaque fois qu’il entend des femmes parler du désir sexuel des hommes, c’est toujours pour s’en plaindre.  On en dit que  « La libido masculine fait de tout homme un obsédé, un pervers, un adultère.  La libido masculine fait de lui un gars qui ne pense qu’avec sa queue, qui ne voit les femmes que comme un orifice dans lequel se vider, et qui refuse de porter le condom, ce qui fait de lui un distributeur de maladies transmises sexuellement et/ou un irresponsable qui met une femme enceinte pour ensuite la planter là et fuir ses responsabilités.  La libido masculine est la raison pourquoi les femmes se font exploiter dans la porno, les bars de danseuses, la prostitution.  La libido masculine est à l’origine de tous les crimes contre les femmes et les enfants:  Les agressions verbales, la violence, le viol, l’exploitation et l’esclavagisme sexuel, la pédophilie. »  Devant un tel constat accusateur, le soi-disant bon gars ne peut qu’arriver à une conclusion: Toutes les femmes ont horreur du désir sexuel en général et de la libido masculine en particulier.  Donc, s’il veut plaire aux femmes, il doit réprimer en lui-même tout désir sexuel.

Les hommes ont donc cette réputation de ne vivre que pour le sexe.  Alors quand un gars déclare à une fille une flamme non-sollicitée et surtout non-réciproque, un des trucs qui vient en tête à la fille pour le repousser, c’est de lui  faire croire qu’elle n’aime pas du tout le sexe.  

Face à ceci, un gars normal va en arriver à l’une de ces deux conclusions :

  1. Ou bien elle lui raconte des conneries car elle n’ose pas lui dire clairement qu’il ne lui plait pas.
  2. Ou bien elle dit la vérité et il en sera quitte pour continuer à avoir une vie sexuelle constituée de séances solitaires de passe-poignet, même s’il est en couple avec elle, ce qui serait quelque peu ridicule.

D’une façon comme d’une autre, il est évident que la fille ne veut pas de lui. C’est suffisant pour qu’il laisse tomber.

Le soi-disant bon gars, par contre, ne va pas abandonner aussi facilement.  Ce n’est pas de l’obstination.  C’est juste que, pour les raisons citées plus haut, il croit sincèrement qu’aucune fille n’aime le sexe.  Alors même si la frigidité prétendue de la fille n’est qu’une excuse mensongère, il va y croire.  Et voilà pourquoi il arrivera à la conclusion que pour plaire aux filles, il faut être asexué.

On ne peut pas blâmer la fille de prétendre être frigide au lieu de lui dire les raisons réelles pourquoi il ne lui plait pas.  Comme je le dis dans un de mes vieux billets intitulé La difficulté de dire « Non merci! », il est beaucoup plus simple de servir une excuse bidon qui nous déresponsabilise, que de dire la vérité et mal paraître.  Alors si le soi-disant bon gars se fait juste servir l’excuse mensongère du dégoût du sexe par les filles qui ne veulent pas de lui, pourquoi croirait-il que c’est faux? Il pense donc que, pour les filles, les choses doivent se dérouler dans cet ordre: 

  1. Se rencontrer.
  2. Devenir amis.
  3. Devenir amis très proches.
  4. Devenir amoureux.
  5. Être en couple.
  6. Se désirer sexuellement.
  7. Faire l’amour parce qu’on est en amour.

Comme vous voyez, le soi-disant bon gars n’est pas assez cave pour croire que les filles vont détester le sexe pour toujours.  C’est juste qu’il pense que ce processus demande à la fille entre quelques mois et quelques années.  Il voit la sexualité comme étant l’accomplissement final logique de la relation qu’il a amorcé avec elle.  Une relation qui y aboutira éventuellement, pour peu qu’il réussisse à dépasser l’étape 3.

Et c’est comme ça que, quand la fille finit par avoir une relation normale avec un gars normal, le soi-disant bon gars ne comprends pas. Il la voit s’intéresser à un gars, sortir avec et/ou coucher avec lui alors que ça ne fait même pas un mois qu’ils se connaissent.  Évidemment, une fois la période « charme de la nouveauté / je suis conciliant dans le but de séduire » est passée, le naturel de la fille et de son nouveau mec remontent à la surface.  Ils commencent à se connaître vraiment, et c’est là que les incompatibilités surgissent.  Mais bon, la relation est déjà amorcée, alors ils continuent d’être en couple et de coucher ensemble.  Pendant ce temps-là, la fille se plaint de tel ou tel truc en espérant que son mec change pour le mieux, ce qui n’arrive pas toujours.  Le soi-disant bon  gars s’étant taillé une place auprès de la fille en tant qu’ami proche et confident, c’est donc à lui qu’elle se confie de ses déceptions de couple. 

Et voilà ce qui amène le soi-disant bon gars à frustrer.  Le fait qu’elle sorte avec un gars sans qu’ils aient d’abord eu à apprendre à se connaître à fond, le fait qu’elle couche avec sans qu’il ait eu à attendre des mois ou des années, le fait qu’elle se plaint de lui mais continue à l’aimer / être en couple /coucher avec lui, ça dépasse l’entendement du soi-disant bon gars.  Et voilà pourquoi, dans son incompréhension, il ne peut qu’en arriver qu’à la conclusion suivante: « Alors c’est ÇA que ça prend pour qu’une fille ait envie de sexe?  Il faut la maltraiter?  Sois gentil avec elle et elle te friendzone, mais agis en salaud et elle te récompense avec du sexe? »

Pourquoi est-ce que le soi-disant bon gars associe t-il sexe avec récompense?  C’est tout simple:  Aux yeux du bon gars…

  • Un gars qui est salaud avec les filles mérite d’être puni pour son comportement.  Et la punition appropriée dans ce cas-ci, c’est: Ne recevoir ni amour ni sexe de la part des filles.
  • Si la fille se plaint du gars, alors le gars est un salaud.
  • Malgré le fait qu’elle s’en plaint, elle continue de sortir et coucher avec lui.
  • Recevoir de l’amour et du sexe est-il une punition pour un gars? Bien au contraire.
  • Donc, techniquement, si c’est le contraire d’une punition, alors c’est une récompense.  

Si le soi-disant bon gars s’en plaint, ce n’est pas parce que son but dès le départ était de recevoir du sexe en récompense pour sa gentillesseC’est plutôt parce qu’il est sous le choc de voir que le comportement de la fille entre en contradiction totale avec tout ce qu’elle a toujours prétendu être, ce qui le fait passer par toute une gamme d’émotions négatives: Sentiment de trahison, d’avoir été trompé, colère,  révolte … Et en constatant que la majorité des filles vivent leurs amours et leur sexualité de la même façon que son amie avec son mec, il en vient à la conclusion que  « Les femmes, c’est toutes des salopes! »  Non pas parce qu’elles le sont vraiment, mais bien parce qu’il a commis l’erreur de mettre les femmes sur un piédestal de sainteté et de pureté trop irréaliste pour être vrai.

Et voilà!  Ceci n’excuse évidemment pas le comportement négatif des soi-disant bons gars envers les filles.  Mais ça l’explique.

 


Quelques exemples antérieurs des comportements dont je parle dans ce billet:

Filles utilisant la fausse frigidité comme excuse pour tenir le gars à l’écart:

Dans Salomé, portrait d’une sociopathe, le 18e paragraphe raconte comment elle m’a fait accroire être peu portée sur le sexe.  Un mois plus tard, et pour les années à venir, elle s’est au contraire montré très active sexuellement avec les autres hommes, ne ressentant avec eux aucun des blocages qu’elle me disait avoir.

Dans le paragraphe On ne peut pas l’être et le faire situé au milieu de mon billet Mieux vaut se taire que de dire des niaiseries, je parle de cette fille avec qui j’ai eu une relation de couple platonique pendant plus de deux ans, car elle considérait que la sexualité allait prendre la place des sentiments et de l’amitié.  Elle a fini par m’expliquer, après la rupture, qu’en réalité, tout ce temps-là, elle espérait que le manque de sexe me pousse à mettre fin à la relation.  Dans sa relation suivante, ils sont rapidement passés au lit et leur couple a duré trois an et demi.

Gars qui s’auto-castre en croyant sincèrement que tel est ce que recherchent les filles:

Dans le premier billet de la série Comment le fait d’être un bon gars a ruiné ma vie sociale, amoureuse et sexuelle, je raconte comment je suis resté totalement asexué dans le lit d’une fille qui m’avait invité chez elle « en tant qu’ami seulement », et ce peu importe les signes qu’elle me donnait par la suite comme quoi elle voulait plus que ça.

Dans le second billet, une fille m’intéresse, mais dès que j’apprends qu’elle a couché avec un autre, elle est automatiquement devenue une salope à mes yeux et je n’en voulais plus dans ma vie, même pas en tant qu’amie.

Et dans le 3e billet, je suis très bon ami avec une fille qui m’intéresse mais qui est en couple, bien qu’elle m’ait dit qu’elle ne l’aime plus.  Lorsqu’elle s’est offerte à moi, je n’ai vu la chose que comme un écart de conduite de sa part, et j’ai très sincèrement cru qu’elle me serait reconnaissant plus tard que je lui dise non.

Le sexe en guise de récompense:

Dans le billet Un rendez-vous traumatisant, je raconte comment la fille n’a pas cessé de m’insulter et de me rabaisser tout le long de notre rencontre. À la fin de la soirée, elle m’invite chez elle.  Refusant de récompenser son attitude de merde en lui donnant du sexe, je décline.  Sa réaction de frustrée renforce ma conviction comme quoi j’ai bien fait.