On ne veut pas connaitre la vérité. On veut juste avoir raison.

Fin des années 90, résidences étudiantes de mon cégep.  Ça frappe à la porte.  J’ouvre.  Deux résidents me donnent une liste de signatures et un stylo.

« Ouais, c’est une pétition pour que le propriétaire baisse le prix d’la laveuse pis d’la sécheuse.  C’est ben qu’trop cher! »

Face à pareille ignorance, je décide de leur expliquer quelques petits faits de la vie :

« Ok, je vois!  Je suppose que les résidences étudiantes, c’est votre premier appartement?  Vous êtes habitués à avoir votre lavage gratis chez vos parents, c’est ça?  Vous n’avez jamais eu à faire votre lavage dans une buanderie publique, hm?   Eux-autres, ils chargent  $1.75 par lavage alors qu’ici c’est $1.25.  Et c’est $1.25 par séchage contre 1$ ici.  Et savez-vous seulement combien ça coûte, trois laveuses et trois sécheuses?  Ça va de 400$ à 600$ par appareil.  Ça veut dire que le propriétaire a payé environs $3 000.00 pour que l’on aille ces machines-là à notre disposition.  Et c’est pas comme si ça fonctionnait gratuitement.  L’électricité pour faire marcher le moteur de la laveuse, pour l’eau chaude, et surtout pour la sécheuse… Hydro Québec, c’est pas gratuit.  C’est pas comme si le propriétaire faisait du profit en nous chargeant $2.25 par brassée.  En fait, il est probablement en déficit.  Fa que non, désolé, mais le prix qu’il nous charge, c’est pas cher pantoute.  Au contraire, on a probablement la buanderie la moins chère en ville. »

Les deux gars restent silencieux quelques secondes, ayant l’air de peser mes paroles.  Puis, ils reprennent leur liste et leur stylo en disant :

« Ouais, ok!  Bonne journée!”

Et ils repartent.  Alors que je referme la porte, je les entends cogner à celle d’en face.  J’ouvre la porte et je vois les mêmes deux gars devant le voisin qui leur ouvre. Ils lui donnent la liste de signatures et le stylo.

« Ouais, c’est une pétition pour que le propriétaire baisse le prix d’la laveuse pis d’la sécheuse.  C’est ben qu’trop cher! »

Ils n’ont même pas pris une seconde pour remettre en question leur démarche. Je referme la porte, en aberration devant ce qui vient de se passer.  

Mais pourquoi est-ce qu’ils continuent de faire ça, alors que je viens tout juste de leur expliquer clairement qu’ils sont dans l’erreur?  Qu’est-ce qu’ils n’ont pas compris dans mon explication?  Tout ce que je leur ai dit est pourtant la plus stricte vérité.  Pourquoi font-ils comme si ce n’était pas le cas?

Comment peut-on faire preuve d’une telle mauvaise foi?

C’est que certaines personnes sont tellement orgueilleuses qu’elle supportent très mal l’idée de faire erreur.  Dans ce temps-là, savoir que quelqu’un d’autre sache qu’elle fait erreur, ça leur est insupportablement humiliant. Juste en m’ignorant dès que je fermais ma porte, ça réglait mon cas.  N’empêche qu’à partir de ce moment-là, ils connaissaient la vérité.  Ils ont délibérément choisi de l’ignorer pour faire comme s’ils avaient toujours raison.

Dès le départ, je comprends, leur cause était noble.  Ils croyaient que le proprio était un exploiteur.  Ils ont décidé de prendre les choses en main.  De devenir les chevaliers sauveteurs des résidences étudiantes.  Ça leur donnait une cause sociale, une fonction.  Ils avaient enfin l’occasion d’améliorer la société en combattant les injustices et les abus.  Ils sont heureux et fiers, car même s’ils n’ont pas pris le temps de vérifier les faits, ils croient très fort avoir raison.   

… Et dès qu’ils cognent à ma porte, je leur apprends qu’ils sont dans l’erreur, qu’ils ne connaissent rien sur le sujet, que leur cause n’a aucune raison d’être.  Bref, qu’ils sont aussi ignorants qu’insignifiants.  Et en exigeant que le proprio diminue le coût des appareils, alors qu’il a tant dépensé pour eux, ça fait d’eux les abuseurs, et ça fait du proprio l’abusé.  Bref, ça fait d’eux exactement ce qu’ils prétendent combattre.  Ça inverse les rôles, leur donnant celui du méchant.

 Il y a des vérités que l’orgueil est incapable de reconnaître.  Ceci, pour eux, en était une.  Ils ont donc fait comme si je n’avais rien dit, pour continuer de vivre leur illusion de justiciers sociaux.

Ceci dit, ce n’était pas la première fois que j’étais témoin de ce genre de situation.  Par exemple, dans les années 90 et dans la première moitié des années 2000, lorsque j’habitais encore à Montréal, j’ai vécu par trois fois le genre de situation qui m’a inspiré pour mon récent billet Les 12 risques d’avoir une relation en milieu de travail. 

J’occupe un emploi.  Je ne drague jamais au travail, mais il m’arrive de devenir bon ami avec une collègue.  En général, elle est déjà en couple, alors il n’y a pas d’ambiguïté entre nous.   Et le gars n’a aucun problème avec notre relation d’amitié.   On se voit en dehors des heures de bureau, on s’appelle, on fait des activités sociales avec des amis et des collègues.

Puis, il y a rupture, son couple prend fin.  Et c’est là que je me rend compte que c’est le genre de fille qui prendrait n’importe qui, tellement elle est incapable de vivre sans avoir de relation, car pour les trois semaines suivante, elle enchaîne les relations courtes les unes après les autres.  Jusqu’au jour où elle me confie qu’elle a l’oeil sur un de nos collègues.

D’habitude, je ne me mêle pas de ses relations.  Mais pour celle-là, je lui fait la liste des risques auquel elle s’expose:  Le fait que c’est impossible de garder ça secret, les collègues jaloux, le fait que ça ne durera pas (Normal, quand on prend n’importe qui plutôt qu’une personne avec qui on est vraiment compatibles), et, à la fin de la relation, les problèmes que ça lui causera au travail, d’être obligé de revoir son ex cinq jours par semaine, etc.

À chaque fois, la fille n’en faisait qu’à sa tête, en me disant qu’elle sait ce qu’elle fait.  Alors elle commence à sortir avec lui.  Dès le départ, le gars n’aime pas trop voir que sa nouvelle blonde a un ami masculin proche, surtout au travail.  Inévitablement, elle lui dit que je l’ai mise en garde de sortir avec lui.  Il la convainc alors qu’il vaut mieux s’éloigner de moi car je suis «  celui qui qui essaye de l’empêcher d’être heureuse ».  À partir de là, je ne suis plus invité à rien.  Ni sorties ni party ni la moindre activité en groupe.  Et puisque mes amis sont ses amis, ça détruit totalement ma vie sociale.

Éventuellement, les problèmes que j’avais prédit (tels que listés ici) commencent à arriver.  Plutôt de reconnaître que j’avais raison, ces filles faisaient exprès pour faire tout le contraire de ce que je leur conseillais.  Parce que pour elles, tout faire pour essayer de prouver que je me trompais, c’était plus important que de s’épargner des ennuis en entendant raison. 

Je peux comprendre pourquoi elles ne voulaient pas m’écouter: Lorsqu’elles m’ont annoncé leurs futures relations, ces filles étaient joyeuses, sur un nuage.  Alors quand je leur faisait mes avertissements, en soulignant bien que je parlais par expérience et observation, elle ne voyaient pas que je voulais les aider.  Elle voyaient juste que… :

  • Je pète leurs bulles, je gâche leurs joies, je détruis leurs rêves.  Bref, je leur dis quelque chose qu’elle n’avaient vraiment pas envie d’entendre.

  • Lorsque je leur disais qu’agir ainsi, c’était faire erreur, elle prenaient ça comme une insulte.  Comme si j’affirmais qu’elles étaient irréfléchies, ignorantes, stupides…  Vont-elle vouloir écouter une personne qui les fait sentir comme ça?  Oh que non!  Elles vont donc faire tout le contraire.
  • Et à chaque fois qu’arrivait l’un des problèmes que je leurs avais prédit, ça les enrageaient.  Car elles ne voulaient PAS que j’aille raison.
  • Alors elles se forçaient à rester dans cette relation catastrophique, pour me pas m’accorder la victoire.  Mais en faisant ça, elle prolongeaient leurs problèmes.  Des problèmes qu’elles ne subiraient plus si elle mettaient fin à la relation.  

Eh oui, elles me jugeaient en m’accusant mensongèrement de les juger.  Ça avait beau n’être que dans leurs imaginations, elles réagissaient tout de même envers moi comme si ça avait été le cas pour de vrai.   

À partir de ce point, peu importe l’issue de leurs relations, une chose était certaine :  Pour avoir commis le crime d’avoir voulu les aider à éviter tous ces ennuis, j’avais transformé de bonnes amies proches en ennemies acharnées qui ont tout fait pour me rabaisser aux yeux de notre entourage, détruisant du même coup ma vie sociale.  Et, dans un cas, ma carrière, car il a fallu que je démissionne, tellement je n’en pouvais plus du harcèlement constant dont j’étais victime.

Pour sauver leur orgueil, ces filles pouvaient faire semblant d’ignorer la vérité.  Elles pouvaient cacher la vérité aux autres.  Mais moi, je la savais, la vérité, depuis le tout début.  Voilà pourquoi j’étais pour elles l’homme à abattre.  Car comme le dit le cliché : J’en savais trop. 

 Allez, un dernier exemple: 

 Il y a quelques années, j’avais écrit une série de billets au sujet des gens conflictuodépendants, soit ceux qui ne peuvent s’empêcher de rechercher le conflit.  Et je citais souvent en exemple une certaine Maryse Aubry, nom fictif, qui représentait parfaitement ce genre de personnalité.  Tôt ou tard, tous les gens constituant son entourage font les frais de sa personnalité.  Aussi, il est inévitable qu’avec le temps, elle reçoive de plus en plus de commentaires au sujet de son comportement désagréable et/ou que le nombre de gens avec qui elle se met en froid augmente.   Éventuellement, même si elle continue d’essayer de se le nier à elle-même, il est impossible qu’elle ne s’en rende pas compte. Dans ce temps-là, il se produit parfois un miracle: Elle donne l’impression qu’elle puisse être prête à avoir l’esprit ouvert sur le sujet :


… Mais ce n’était qu’une illusion.

Tous ces gens-là ne voulaient pas connaitre la vérité.  Ils voulaient juste avoir raison.  Et à défaut d’avoir raison, leur orgueil les a poussé à tout faire pour au moins se maintenir dans l’illusion qu’ils étaient dans le vrai.  C’est le genre de situation pour laquelle existe la question « Qui est-ce que vous essayez de convaincre ici, les autres ou bien vous-mêmes? »

Pour beaucoup trop de gens, la seule vérité qui importe, c’est celle qui va dans le sens de leurs intérêts.  Parce que sinon, la vérité, ils n’en ont rien à faire.  Et dans ce temps-là, malheur à celui qui, dans leur entourage, la connait, la vérité.

Les 12 risques d’avoir une relation en milieu de travail

De tous les endroits où l’on puisse rencontrer son partenaire amoureux et/ou sexuel, le plus risqué reste le milieu de travail. Autant par observation que par expérience personnelle, j’ai pu répertorier les douze risques les plus communs dans cette situation.

Comme d’habitude, les sexes sont interchangeables.

RISQUE 1 : Ça peut être vu/traité comme étant du harcèlement.
À moins que les deux personnes impliquées vivent un moment magique dans lequel, simultanément, ils se regardent, réalisent soudain qu’ils sont attirés l’un par l’autre et s’embrassent passionnément, ça va plutôt se passer de manière un peu plus normale : L’un va faire savoir à l’autre son attirance, et attendre sa réaction.

Or, il arrive trop souvent que, pour toutes sortes de raisons, la personne sollicitée ne réagisse pas, en espérant que l’autre comprenne que son manque de réaction équivaut à un NON. Pendant ce temps-là, la personne intéressée considère que son manque de réaction peut être dû à l’une de ces raisons :

  • Elle n’a pas compris qu’elle se fait draguer.
  • Elle croit que ce sont des blagues.
  • Elle est trop timide pour dire oui.
  • Elle a oublié qu’il l’a draguée.
  • Elle attend qu’il continue, car qui ne dit mot consent.
  • Elle ne lui oppose qu’une résistance passive de principe.
  • Elle n’est pas intéressée.

Mais puisque cette dernière option ne représente que 14.3% des possibilités, il y a donc 85.7% de chance qu’il soit dans l’erreur. Il se sent donc obligé de revenir à la charge, ne serait-ce que pour la pousser à lui dire franchement si oui ou non elle est intéressée. Et si elle ne l’est pas, mais espère qu’en restant silencieuse « il finisse par comprendre », alors son insistance devient malaisant pour elle. Elle confie donc son désarroi à une collègue, qui lui tord le bras aussitôt pour qu’elle dépose plainte contre lui pour harcèlement en milieu de travail. Par conséquent :

RISQUE 2 : Ça détruit vos réputations.
À partir de maintenant, le gars est vu comme étant un harceleur de qui il faut se tenir loin. Et la fille ne s’en tire pas tout-à-fait blanche comme neige non plus. Il y aura quelques personnes médisantes qui vont lui en vouloir d’avoir causé des problèmes au gars, et/ou qui n’hésiteront pas à l’accuser d’être une allumeuse, une agace qui a couru après.

Mais admettons que ça se passe bien, que l’attirance est mutuelle et que vous formez un couple. Alors :

RISQUE 3 : Ça rend envieux et jaloux les collègues.
À moins d’avoir un physique particulièrement disgracieux et/ou avoir un certain âge, chaque femme au boulot est le sujet des fantaisies amoureuses et/ou sexuelle d’un ou plusieurs de ses collègues. Alors de savoir qu’elle est maintenant en couple, avec un collègue en plus, c’est difficile pour eux à accepter. Aussi… :

RISQUE 4 : Ça créé la médisance.
Ça va du « Qu’est-ce qu’il a de plus que moi, lui? » au « Mais qu’est-ce qu’elle fait avec un con pareil? », sans oublier la classique « Quelle pute, il lui les faut tous! », votre relation est le sujet des conversations des commères de bureau.  Sans oublier ceux et celles qui vont oser venir vous avertir de vous méfier de l’autre, à cause de son passé.

Afin d’éviter ça, certains nouveaux couples de bureau décident de garder leur relation secrète. Cependant :

RISQUE 5 : Il est impossible de garder ça secret.
Dans un couple, il arrive que celui qui se fait suggérer le secret par l’autre ne le prenne pas très bien.  La première pensée qui lui vient en tête est « Pourquoi?  A-tu honte de moi? Veux-tu continuer de te faire passer pour libre pour pouvoir me tromper? »   Avec ou sans l’accord de l’autre, cette personne insécure révélera alors leur relation dans les 48 heures. 

Autre scénario: L’un de vous se confie à une personne de confiance qui, quel hasard, est un(e) de vos collègue.  Or, une personne de confiance ne l’est jamais tout-à-fait. Elle va en parler à une amie qui travaille ailleurs, et ce sans retenue puisque ce n’est pas une collègue. Celle-ci en parlera à tout son entourage. Entourage qui inclut une personne proche d’un de vos collègues, à qui il se fera un plaisir de tout raconter.  Et bientôt, tout le monde au travail le sait et les ennuis commencent.

RISQUE 6 : En général, ça ne dure pas.
Le problème le plus fréquent en matière de drague, c’est que l’on se met ensemble avant de se connaître vraiment.  Alors quand on se rends compte que nous ne sommes pas compatibles, la relation est déjà commencée, il faut donc y mettre fin.  Au moins, chez les couples qui se sont rencontrés n’importe où, c’est simple: Quand on cesse d’être un couple, on cesse de se voir.  Mais vous deux, vous travaillez ensemble.  Ainsi… :

RISQUE 7 : Les choses deviennent malaisantes pour l’un, pour l’autre ou pour les deux.
Il est rare qu’une rupture soit une décision mutuelle et harmonieuse. Aussi, après la relation, il est souvent difficile d’être obligé de côtoyer l’autre huit heures par jour, cinq jours par semaine. Surtout si l’un est encore un peu accro à l’autre.  Par conséquent… :

RISQUE 8 : Ça affecte le rendement et la performance.
Difficile de se consacrer à notre travail quand on ne pense qu’à l’autre.  En plus, on ressent le besoin d’en parler au lieu de travailler.  Et le/la collègue à qui vous vous confiez vous écoute au lieu de travailler.  Et si l’un harcèle l’autre, ça en fait une de plus qui ne travaille pas.  Ni le patron ni les collègues ne risquent d’apprécier. 

RISQUE 9 : Ça détruit la vie sociale.
Pendant la planification d’un 5 à 7, il suffit qu’elle leur dise qu’elle se sentirait mal à l’aise à cause de votre présence, puisque vous êtes son ex. Il n’en faut pas plus que vous vous retrouviez persona non grata sans autre forme de procès. Vous êtes désormais exclus de toute activité entre collègues et amis.

RISQUE 10 : Tout le monde connait vos secrets les plus intimes.
Quand la relation finit mal –Que dis-je : Même quand tout se passe bien— il est quasiment inévitable que l’un ou l’autre raconte tout au sujet de votre vie sexuelle : Elle demande la fessée, il a besoin de se faire sodomiser pendant l’acte, elle exige d’uriner sur son partenaire, il est pédosadozoophile, etc.

Vous vous rappelez ce que je disais plus haut, au sujet de la personne de confiance?  Ben voilà! En un rien de temps, tout le monde sait tout, et plus personne ne vous regarde du même oeil.

RISQUE 11 : On est à la merci des désirs de vengeance.
À partir du moment où l’autre te fait connaitre son intérêt pour toi, tu es à risque.

  • Tu étais en relation avec cette personne et ça a mal tourné? Elle peut te faire la vie dure au travail pour se venger.
  • Tu n’as jamais été en relation avec cette personne car tu as décliné ses avances? Elle peut te faire la vie dure au travail pour se venger.
  • Et même si l’autre ne te cause pas de misère, aux yeux de collègues jaloux, tu as commis le crime de lui plaire?  Ils peuvent te faire la vie dure au travail pour se venger.

RISQUE 12 : Vous perdez votre emploi.
Ou bien vous êtes renvoyé, ou bien vous démissionnez parce que c’est la seule option qui puisse mettre fin à tous ces problèmes.

En fin de compte, le seul moyen d’être en couple avec un(e) collègue de travail, sans que ça cause de problèmes, c’est d’être déjà en couple ensemble avant de vous faire tous les deux embaucher.

C’est sûr que comme dans toutes les situations il y a des exceptions.  Mais pour ma part, je considère que de risquer ma vie professionnelle, financière et sociale en échange de quelques orgasmes, ça n’en vaut vraiment pas la peine.

 

Quand l’autre devient soudainement déraisonnable, illogique et nébuleux.

Dans ce texte, les sexes sont interchangeables puisque j’ai pu observer ce comportement autant chez les hommes que chez les femmes.

Tu es en couple. Ça peut être depuis cinq semaines, cinq mois ou cinq ans, peu importe.   Vous avez du plaisir ensemble.  Il te complimente.  Il est attentif. Il veut passer le reste de sa vie avec toi.  Il n’y a jamais de temps mort dans la discussion.  Vous faites des plans, des projets à deux.  Votre quotidien est harmonieux et la communication entre vous passe comme un savon huileux sur de la glace mouillée.

Puis, du jour au lendemain, sans qu’il y ait le moindre signe avant-coureur, son attitude change.  Il multiplie les comportements nouveaux, étranges et inexplicables. 

Par exemple :

COMPORTEMENT 1 : Il est soudainement distant physiquement.
Il entre dans l’appartement, tu lui sautes au cou et l’embrasse.  C’est à peine s’il bouge ou te rend ton signe d’affection. 

COMPORTEMENT 2 : Il est soudainement distant en regard et en paroles.
Tu lui parles, il répond avec une voix basse, fatiguée, tout en ayant le regard fuyant.  Mentalement, il n’a pas l’air d’être là avec toi.

COMPORTEMENT 3 : Il cesse avec toi toute interaction.
Au fil des heures et des jours, tu constates que tu es maintenant la seule personne du couple qui entame une conversation avec l’autre, qui embrasse l’autre, qui touche l’autre.

COMPORTEMENT 4 : Il ne te donne pas signe de vie pour un temps exceptionnellement long, comparé à vos habitudes.
Celle-là arrive si vous n’habitez pas ensemble :  Pas de conversation, pas un mail, rien, pendant des jours.  Ou alors un court message évoquant une situation surprise/exceptionnelle qui réclame son attention et sa présence.

COMPORTEMENT 5 : Il est « un peu fatigué en ce moment! »
Tu lui demandes si quelque chose ne va pas.  Il répond de manière évasive que non, ça va, tu n’as pas à t’inquiéter, c’est juste qu’il est un peu fatigué en ce moment.  Si tu insistes, il va évoquer un problème au travail / avec la famille / avec des amis, toujours de manière vague. 

COMPORTEMENT 6 : Son supposé « moment de fatigue » n’a pas l’air de vouloir prendre fin.
Les jours passent, les semaines, mais rien ne change.  Il garde sa nouvelle attitude évasive et silencieuse 24/7.

COMPORTEMENT 7 : Il est sur la défensive.
Tu lui demandes encore ce qui ne va pas.  Mais au lieu de te répondre, il te reproche de lui poser cette question.  Tu l’énerves.  Aussi, tu n’oses plus ramener le sujet, et tu continues de subir son attitude distante.

COMPORTEMENT 8 : Il a soudain des amis que tu n’as jamais vu et dont il ne t’a jamais parlé avant, et qui l’invitent, SEUL.
Des sorties, des réunions pour un projet spécial, des réservations avec liste hermétique d’invités, une fin de semaine en gang dans le chalet du père d’une des personnes du groupe, pour participer à des événements pour lequel il n’avait jamais démontré le moindre intérêt avant. Ses absences se multiplient.

COMPORTEMENT 9 : Il a soudainement un horaire super-rempli…
… dans lequel il n’y a plus de temps libre pour faire quoi que ce soit avec toi.   Mais bon, il te rassure que ce n’est que temporaire.  Il te demande juste un peu de patience.

COMPORTEMENT 10 : Il t’exclut de toutes ses activités, mêmes lorsqu’il est seul.
Alors qu’avant, vous alliez au cinéma, maintenant il va au cinéma.  Alors qu’avant, vous alliez prendre un café, maintenant il va prendre un café.  Alors qu’avant, vous sortiez prendre un verre, maintenant il sort prendre un verre.   

COMPORTEMENT 11 : Il reste neutre à tes demandes/suggestions de l’accompagner à tel ou tel truc.
Ses réponses manquent d’enthousiasmes.  Il te sert du « T’es pas obligée! », « Si tu veux! », « Si tu y tiens vraiment. »

COMPORTEMENT 12 : (Suite du précédent) Il annule le truc où tu l’as convaincu de te laisser l’accompagner.
Ça ne lui tente plus.  Il a la migraine.  C’est annulé.  Il vient de réaliser que son budget ne le lui permet pas. Etc. 

COMPORTEMENT 13 : Il te fait part de son admiration sur certaines choses que l’on retrouve chez plusieurs autres filles.
Et ce sont toutes des choses que tu n’as pas et que tu ne pourrais jamais avoir : Sa grandeur, sa voix, son origine ethnique, son emploi, ses diplômes, sa famille, ses connexions, son talent artistique / musical / athlétique…  Tout pour te faire sentir inadéquate.

COMPORTEMENT 14 : Il te compare défavorablement à d’autres gens.
Tu as réussi dans la vie?  Alors il ne peut pas te respecter.  Une personne privilégiée comme toi ne sais pas ce que c’est que la misère.  Tu as de la misère?  Alors il ne peut pas te respecter, car tu ne sais pas ce c’est que d’être capable de réussir dans la vie.

COMPORTEMENT 15 : Il te trouve plein de défauts que tu ignorais avoir.
Et mieux encore : À l’entendre, tout le monde les voit, ces défauts.  C’est juste qu’il est « la seule personne assez honnête pour oser te le dire en face. »

COMPORTEMENT 16 : Il prétend maintenant être énervé par des choses qui ne le dérangeaient pas jusque-là.
La façon dont tu ris.  La manière dont tu prononces son nom.  La façon dont tu cuisines.  Tes vêtements.  Tes moindres habitudes de vie.  Et elles ont toutes ceci en commun : Ce sont toutes des petites choses insignifiantes.

COMPORTEMENT 17 : Il te pose des questions pièges « pour te tester ».
Il te demande ton opinion sur divers sujets.  Dès que tu as répondu, il te révèle que c’était juste un test,  « pour voir le genre de personne que tu es vraiment. »  Et il se montre déçu, blessé, scandalisé, désapprobateur, de ce qu’il entend.

COMPORTEMENT 18 : Il commence à évoquer la possibilité d’aller vivre seul.
En se justifiant avec d’étranges raisons.  Comme par exemple en disant qu’il ne se sent pas vraiment chez lui, avec ta présence constante dans cet appartement. « Avant toi, je vivais avec mes parents et/ou avec mon ex. Je n’ai jamais eu droit à un vrai chez-moi. J’ai besoin d’avoir MA place. »

COMPORTEMENT 19 : Il dit les phrases qui, peu importe comment on les retourne, évoquent une rupture.
« Je ne suis plus vraiment sûr de ce que je veux dans la vie! » « Je suis mêlé dans ma tête en ce moment! »  « J’ai besoin de temps pour réfléchir sur nous deux! »  « Une séparation temporaire ne peut que nous faire du bien. »  

COMPORTEMENT 20 : Bizarrement, « réfléchir sur vous deux pour le bien de votre couple », ça exclut toute intervention de ta part.
Vous avez beau être deux dans le couple, il n’y a que lui qui a le droit de « réfléchir sur vous deux. »  Pourtant, avec tout ce qu’il te reproche, logiquement ce serait vous deux qui auraient besoin d’y réfléchir ensemble et d’en discuter.

COMPORTEMENT 21 : Il devient impatient.
Depuis quelques temps, il faut marcher sur des œufs en sa présence.  Non seulement il perd patience à la moindre petite chose imparfaite que tu fais, on dirait que tu ne sais plus rien faire correctement. 

COMPORTEMENT 22 : Il n’a pas l’air de vouloir entendre les solutions à votre problème
Elles sont pourtant simples, ces solutions.  Il suffirait de vous en parler pour lui faire entendre raison.  Mais voilà, il n’a pas l’air de vouloir trouver de solution, ni les entendre, et encore moins les appliquer.

COMPORTEMENT 23 : Il te dit que si tu veux casser, il respecterait ta décision.
Tout en affirmant qu’il ne veut PAS casser.  En fait, il te rassure que non, au contraire, il veut que vous restiez ensemble.  Il t’aime encore.  La preuve : Est-ce qu’il perdrait son temps à réfléchir sur votre couple, si son but était de casser?  Tu le vois bien, qu’il fait des efforts pour sauver la relation.  Mais bon, casser, si c’est ce que tu veux…

COMPORTEMENT 24 : Quoi que tu fasses, c’est de ta faute s’il s’éloigne.
Tu t’accroches?  Il dit que tu l’étouffes, voilà pourquoi il prend ses distances.  Tu lui laisses son espace?  Il dit que tu lui donnes l’impression de t’en foutre, voilà pourquoi il prend ses distances.  

Quand on est dans cette situation, on vit un véritable enfer.  Et on a beau chercher la source du problème, on ne trouve rien.  Par conséquent, on a beau tout faire pour essayer de sauver la situation, rien ne fonctionne.  Ce mélange de frustration et de désespoir occupe nos pensées à chaque moment du jour et de la nuit.  C’en est rendu insoutenable.  C’est à vous rendre fou. Si seulement on pouvait savoir où se situe le problème, au juste.

Il est où le problème?  Je vais te le dire, moi : Il a rencontré quelqu’un qui lui plaît plus que toi.  Et si ça se trouve, leur relation est déjà commencée.  Ce qui fait que dans sa tête, vous deux, c’est terminé.

Ce n’est pas un préjugé, ni un jugement facile.  Tout le long de ma vie, une bonne vingtaine de fois, j’ai vu et/ou vécu cette situation.  Et je peux vous affirmer que dans 100% des cas, à chaque fois qu’une personne avait cette attitude, c’était toujours ça. Il y a une autre personne dans sa vie amoureuse.

Maintenant que tu le sais, repense à ses nombreux comportements étranges, tu verras que ça explique tout.

Mais pourquoi agir ainsi au lieu de le dire franchement et mettre fin à la relation de façon claire, nette et rapide?  Ça peut être parce qu’il est lâche, et/ou irresponsable, et/ou honteux, et/ou parce qu’il ne veut pas avoir le mauvais rôle en étant celui qui détruit le couple.  Hey, c’est peut-être même parce qu’il veut juste te mettre au congélateur, pour revenir vers toi si ça ne marche pas avec l’autre.  Mais que ce soit l’une ou plusieurs de ces raisons, ça explique le fait qu’il s’éloigne.  Ça explique le fait qu’il ne veut mettre aucun effort pour sauver la relation.  Ça explique toutes ces sorties / événements / absences, tout ce qu’il fait maintenant sans toi.  Et surtout, ça explique pourquoi ses raisons de se plaindre de toi sonnent bidon.  Normal : Ce SONT des raisons bidons.  Et c’est pour ça qu’il a un comportement aussi illogique, aussi impossible à comprendre.

Et puisque c’est un lâche irresponsable, il rend la relation de plus en plus pénible pour toi, dans le but que tu finisses par en avoir ras-le-bol, de façon à ce que ce soit TOI  qui y mette fin.  Comme ça, il pourrait reprendre sa liberté tout en se gardant le beau rôle.  Ce ne serait pas lui qui te laisse tomber pour une autre.  Ce serait toi qui le repousse car tu es « incapable de faire face à la vérité sur ton propre sujet, vérité qu’il est le seul à oser te dire. »

Ceci dit, il y a un autre avantage à prétendre d’avoir besoin de temps pour réfléchir au sujet de nous deux:  Si ça me marche pas avec l’autre, eh bien il pourra toujours revenir vers toi en prétendant que voilà, son processus de réflexion est terminé. 

Se faire rejeter d’une manière aussi irresponsable, ça peut avoir des conséquences terrible sur l’estime de soi.  Parce que dans son besoin de faire semblant que tu étais la personne fautive, il a eu à mettre beaucoup d’effort pour te faire croire que tu étais inadéquate dans ta personnalité, dans tes manies, dans ta façon de vivre, dans ton travail, dans tes décisions, en tant qu’être humain, et surtout en tant que moitié d’un couple. 

Tout ceci fait que tu te remets en question.  Mais puisqu’en réalité, tu ne fais rien de mal, tu ne peux pas trouver où se situe ton problème.  Mais puisqu’il t’a convaincu du contraire, le fait de ne pas le trouver t’enlève tout espoir de le régler.  

Alors tu n’oses plus croire en toi, en tes capacités, en tes valeurs.  Et c’est quelque chose qui va affecter négativement ton travail et tes relations pour les prochaines années à venir.

POUR RIEN!

Tout ça parce que l’autre était trop lâche pour assumer sa décision de te laisser tomber pour quelqu’un d’autre.

La résistance de principe, et la nécessité de la respecter.

Lors du dernier temps des fêtes, il y a eu un scandale d’internet au sujet d’une chanson de Noël, un classique (que je n’avais encore jamais entendu), Baby it’s Cold Outside.  Chanté en duo par un homme et une femme, l’homme insiste pour que la femme passe la nuit chez lui car il fait trop froid dehors pour la laisser partir. Tout le long de la chanson, elle émet des objections.  Aucune ne venant d’elle-même, cependant.  Ce n’est que du : Ma mère va s’inquiéter, mon père va rager, mes tantes vont me juger, qu’est-ce que les voisins vont penser, etc.  Et lui, à chaque argument, il insiste pour qu’elle reste. 

Il faut comprendre que la chanson a été écrite en 1944, une époque à laquelle, comme le démontrent les paroles, une femme devait toujours cacher ses désirs sexuels pour ne pas faire de scandale social.  Elle devait donc offrir une résistance de principe, et c’était à l’homme d’insister.  Et afin de démontrer que c’est bien le cas ici, elle ne dit jamais que ça ne lui tente pas.  Elle propose elle-même de rester encore un peu pour une dernière cigarette, un dernier drink…  D’où la ligne qui a parti le scandale, « Hey, what’s in that drink? », ce qui, de nos jours, a vite été interprété comme étant un hymne à la drogue de viol.  Aussi, quelques articles sur le sujet ont plutôt démontré que blâmer l’alcool était l’excuse classique qu’utilisait la femme pour sauver la face à l’époque dans cette situation.

Si cette chanson a causé un scandale, la raison est bien simple : À notre époque moderne, insister auprès d’une femme qui dit non, c’est légalement du harcèlement.  Et c’est une très bonne chose.  Car entre une fille qui veut mais qui oppose une résistance de principe, et une fille qui ne veut vraiment pas mais qui est trop timide/craintive pour oser trop résister, la différence peut être imperceptible. 

En fait, la différence ne se voit qu’après l’acte, alors que la première va s’en vanter et l’autre s’en plaindre.

Comment  faire la différence entre une résistance de principe et une résistance sincère?
Même à notre époque moderne, il y a encore des filles qui s’amusent à utiliser la résistance de principe.  Je ne peux plus compter le nombre de fois où, depuis mon adolescence, j’ai respecté le NON d’une fille, pour qu’elle se moque aussitôt de moi pour mon manque de persévérance.  Ce genre de comportement ne fait que convaincre encore plus les hommes que le NON féminin est juste un OUI qui a besoin d’insistance. 

L’extrait qui suit est tiré de mon roman autobiographique en ligne 52 jours à Montréal, aussi connu sous son titre original Sept semaines en appartement.   Dans ce chapitre, une ex m’explique que durant toute l’année et demie que nous sommes sortis ensemble, (alors que j’avais de 17 à 19 ans, et elle de 15 à 17), elle m’avait opposé une résistance sexuelle de principe.  Et elle me révèle que si j’avais insisté, alors elle aurait cédé et nous l’aurions fait. 

(Début de l’extrait)_____________________________
Je ne suis pas très cool face à ces aveux de sa part.  En fait, j’en suis extrêmement frustré.

« J’ai passé ma vie à entendre les femmes et les filles affirmer que quand elles disent non, ça veut dire non! Pourtant, je ne peux même plus compter l’estie de Christ de calice de tabarnak de nombre de fois où une fille m’a dit que pour obtenir ce qu’on veut avec elle, il faut juste insister. D’un côté vous dites toutes que non c’est non. De l’autre, vous nous montrez que non, ça veut dire oui. Pis après ça, vous vous plaignez quand vous vous faites violer. Pis pendant ce temps-là, nous autres les gars, on a le choix entre vous forcer, ce qui fait de nous des agresseurs, ou bien vous respecter, ce qui fait de nous des imbéciles. À QUOI ÇA SERT DE VOUS RESPECTER SI TOUT CE QUE ÇA NOUS RAPPORTE, C’EST D’ÊTRE LOSERS, HEIN? »  

Julie semble avoir des regrets de m’en avoir dit autant.

« Je l’savais que t’allais réagir comme ça. »
« Ah oui? Félicitations, Sherlock! Ça prend du génie pour deviner que j’allais être frustré, d’apprendre que non seulement tu m’as menti tout ce temps-là au sujet de tes désirs sexuels, tu aurais été correcte avec l’idée que je ne respecte pas tes limites. »

Nous restons silencieux quelques secondes. Ça me laisse le temps de me calmer. C’est avec une voix beaucoup moins frustrée, que je reprends la parole.

« Désolé! Je sais bien que je t’ai juré de ne pas me fâcher. Mais d’apprendre ça, après tous les efforts que j’ai mis pour me contrôler et pour te respecter… »
« Ben… Comme je te l’ai dit, je ne suis pas une sainte. Moi aussi j’ai des envies.  Et à cause de ça, je n’ai peut-être pas toujours agi comme j’aurais dû le faire. »

Peut-être pas, qu’elle dit! Je soupire.  Je me sens tellement découragé en ce moment.  Je ne sais plus où j’en suis.

« S’il te plait, éclaire-moi : Comment est-ce que je suis supposé savoir la différence entre une fille qui oppose une résistance de principe, et une qui oppose une résistance sincère? Comment est-ce qu’un gars peut savoir quand est-ce que c’est correct d’insister, et quand est-ce que ça ne l’est pas?»

Je ne suis pas le premier gars à me poser cette question et je ne serai certainement pas le dernier. Julie comprend mon désarroi et essaye de m’éclairer du mieux qu’elle peut.

« Ben, je ne prétends pas parler au nom de toutes les filles, là, mais… Tsé, des fois, pour toutes sortes de raisons, comme la religion, l’éducation, ou comme moi les principes moraux, il arrive qu’une fille soit coincée entre ses valeurs et ses désirs. Elles veulent vraiment céder à leurs envies, mais si elles le font, c’est comme si elles se résignaient à reconnaitre qu’elles sont des hypocrites, des filles sans morale, voire des salopes. Dans ce temps-là, elles ont besoin d’un gars qui va les forcer. Ben, techniquement, il ne la forcera pas pour de vrai, puisque qu’il lui fera faire quelque chose qu’elle a vraiment envie. N’empêche que c’est lui qui va prendre la décision à sa place. Comme ça, la fille peut avoir ce qu’elle veut, et toujours avoir la conscience tranquille en se disant que ce n’est pas de sa faute à elle, puisque c’est lui qui a décidé. Tu comprends? »

Je comprends. Ça fait du sens. Ça explique pourquoi ma colocataire se cache derrière l’excuse du « J’ai pas eu le choix, il a insisté! » pour justifier le fait qu’elle couche encore avec Hans malgré le fait qu’elle ne cesse de dire du mal de lui.

« Maintenant, quant à savoir qui veut se faire forcer et qui ne le veut pas… Je ne pourrais pas le dire parce que ça va toujours dépendre de la fille, donc que c’est du cas par cas.  Mais dans mon cas personnel, t’étais bien placé pour voir que j’en avais envie. Quand tu me caressais là, je te laissais toujours faire sans résister, pendant une heure ou deux, et je mouillais à chaque coup.  Si tu avais été attentif aux signes, tu aurais compris que j’en avais vraiment envie, même si je disais non. »

Ah, les filles et leurs maudite manie de ne jamais être claires.  « Montrer des signes » … « Espérer que le gars comprenne le message »… Elles restent tellement vagues que quoi que l’on fasse, on risque de faire erreur.
___________________________________(Fin de l’extrait)

Cette explication que m’a donné Julie avait beau être éclairante sur les raisons pourquoi certaines filles sont excitées à l’idée de se faire forcer, ça ne permet pas plus à l’homme de savoir faire la différence entre une résistance sincère et une résistance de principe. Et puisqu’il est impossible de faire la différence, j’ai compris que je ne serais jamais à l’abri de faire erreur.  J’ai donc cessé de perdre mon temps sur la question.  J’ai plutôt porté mon attention sur l’autre aspect du sujet : Les conséquences de la faire, cette erreur.

Si la fille offre une résistance sincère, mais que je fais erreur en insistant :

  • Je commet du harcèlement.
  • Je commet un viol.
  • Je ruine ma réputation.
  • Je m’expose à des ennuis judiciaires.
  • Et à de la prison.
  • Et à un casier judiciaire qui me suivra toute ma vie

Si la fille offre une résistance de principe, mais que je fais erreur en la respectant :

  • Elle se moque de ma naïveté, et je passe pour un cave.

… Et c’est tout!

C’est pour ce genre de situation qu’a été créé le dicton disant que « De deux maux, il faut choisir le moindre. »  J’ai donc fait mon choix.  J’ai toujours respecté le NON d’une fille. 

Et quelques années plus tard, j’ai compris qu’à ce sujet, « Qui ne dit mot consent! » , ce n’est qu’un mythe.  Aussi, j’ai ajusté ma façon de penser, et c’est devenu : « Si ce n’est pas un OUI explicite en gestes et/ou paroles, alors c’est un NON. »  

Lorsque je faisais face à une résistance de principe (souvent sans me rendre compte que ce n’était pas une résistance sincère) et que j’arrêtais aussitôt sans insister, voici ce qui se passait, selon la fille :

  • La fille, croyant/voyant que je n’avais pas compris, me faisait alors savoir clairement son intérêt.  C’était positif, car aucun risque de faire erreur.
  • La fille, croyant/voyant que je n’étais pas intéressé, n’insistait pas.  C’était positif, car qu’est-ce que vous voulez que je fasse d’une fille qui n’est même pas capable de me montrer son intérêt? Désolé mais dans un couple / chez les amants / dans un one-night, une personne ne peut pas être la seule des deux à montrer de l’intérêt à l’autre.
  • La fille, croyant/voyant que je n’avais pas compris, me traitait de cave.  C’était positif car ça me montrait dès le départ à quel point sa personnalité était désagréable. Ça me permettait de l’éviter, et ainsi de m’épargner une relation toxique.
  • La fille, croyant qu’il était impossible qu’un homme ne veuille pas d’elle, m’accusait d’être gai.  C’était positif car ça me montrait dès le départ qu’elle croit que tout homme hétéro désire baiser n’importe quelle femme.  Ça me permettait d’éviter une relation cahoteuse faite de crises de jalousie non-méritées.

Je ne vous cacherai pas que ça peut parfois être très frustrant quand la fille nous montre qu’il aurait pu y avoir quelque chose entre nous si on avait réagi correctement à ses attentes.  Mais il ne faut jamais oublier que face à la Loi, lorsqu’il s’agit de sexe, quand la fille s’obstine à rester floue dans ses attentes et ses désirs, la seule réaction correcte, c’est de s’abstenir.  De toute façon, être cave ou être gai, ça a le mérite d’être légal.  Ce n’est pas le cas quand on est harceleur, et encore moins violeur.  Juste pour ça, ça vaut la peine de ne jamais prendre de risques face à une fille qui oppose de la résistance.

À notre époque moderne où le refus sexuel doit toujours être pris au sérieux, toute résistance doit être vue comme étant sincère. Il n’y a plus de place dans la société pour la résistance de principe.  Si les hommes sont capables de comprendre ça, les femmes le devraient aussi.

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Y’A LIENS LÀ, tous en rapport au sujet:

Motel California.  Après trois semaines de relation platonique, Christine m’invite au motel en me disant clairement que c’est dans le but de baiser, allant jusqu’à payer la chambre elle-même.  Dès que nous y sommes, elle ne cesse de me mettre des obstacles pour m’en empêcher, pour aussitôt m’inciter à continuer à chaque fois que je m’arrête. 

La convention sociale du « Si tu viens, tu couches! » Il s’agit de la règle sociale non-écrite qui dit qu’inviter chez soi une personne compatible avec notre orientation sexuelle, c’est une invitation au sexe.  Et accepter l’invitation, c’est dire oui au sexe.  

Daniella l’amie seulement.  Une fille m’invite à passer la nuit chez elle, en précisant que ça sera en amis.  Je me le tiens pour dit, même lorsqu’elle a un comportement qui pourrait faire croire qu’elle a changé d’idée.

Océane.  Elle vient chez moi, me dit qu’elle doit partir tôt, est en couple, me dit que se toucher entre amis n’est rien d’autre pour elle que signe d’amitié… Et passe le reste de la soirée à me provoquer et s’offrir à moi, rester plus tard que prévu, pour ensuite mettre un terme à notre amitié car je refusais de me jeter dans cette situation trop floue. 

Elle a dit OUI par peur des conséquences de dire NON.  La raison pourquoi j’ai cessé de croire à « Qui ne dit mot consent! »

Les beautés étrangères: Pourquoi tombe-t-on dans le panneau?

Comme probablement tout le monde, il m’arrive parfois de recevoir des demandes de contacts sur Facebook de la part d’une beauté étrangère qui semble s’intéresser à moi. J’ai beau être célibataire, j’ai de la difficulté à me faire à l’idée d’avoir une relation avec une femme qui habiterait à plus de 5 km de chez moi. Alors d’un autre continent, imaginez! Par conséquent, lorsque ça arrive, j’expédie ça aussi sec:

Comme vous voyez, quand je reçois une réponse négative à « On se connait », j’arrête la conversation là. Mais ces derniers temps, j’ai vu tellement de mes compatriotes féminines québécoises s’amuser à se foutre de la gueule de leurs prétendants étrangers, tout en faisant exprès de leur parler en québécois, que j’ai décidé de prendre exemple sur elles pour m’amuser un peu.

Le résultat: Cet amusant échange avec cette superbe jeune fille de 20 ans du Maroc. Il y aura un lexique entre chaque partie de la conversation, pour faciliter la compréhension à mes lecteurs-z’et-lectrices non-québécois.

Saint-Ciboire-du-bout-de-Christ: La majorité des villes et villages du Québec sont des noms de saints. Or, nos jurons sont aussi composés de mots d’église. Ce (faux) nom de patelin est donc un long juron.
Moose Jaw: Littéralement Mâchoire d’Élan / Mâchoire d’Orignal. Véritable ville canadienne, mais en Saskatchewan et non au Québec.
Où que tu sois, qui que tu sois, que la force soit avec toi: Référence à La Guerre des Étoiles, certes, mais c’est surtout la phrase d’introduction du quiz télévisé pour enfants, Les Satellipopettes, très populaire au Québec au début des années 80.

Mes bas: Mes chaussettes
Une brassée: Un paquet de linge qui vient d’être lavé
La sécheuse: Le sèche-linge.
Manger ses bas: Expression québécoise, l’équivalent de péter un câble.
Isabelle Huot: Populaire nutritionniste québécoise.
Beau Dommage: Populaire groupe musical québécois des années 70, toujours actif de nos jours.
La Complainte du Phoque en Alaska: Chanson de Beau Dommage, leur plus grand succès.

Chus pas regardant: « Je ne me soucie pas de ces détails. »
Icite: Ici.

Je me suis inspiré d’une amie qui avait eu un désopilant échange semblable, quoique plus long, avec un homme Tunisie. Conversation qui est vite devenue virale.

Hier, j’ai posté ma conversation avec ma marocaine sur mon Facebook. Et parmi les commentaires, j’ai reçu celui-ci, qui est la raison de l’existence de ce billet de blog: « Je ne comprends pas comment ces gens peuvent se croire crédibles. « 

Eh bien la réponse à ça est: Parce que, malheureusement, ça fonctionne trop souvent.

Il y a quelques années, j’étais membre d’un forum (apparemment sérieux) de rencontres. Après deux mois discussion, à ne recevoir que des demandes de contacts de femmes de mon groupe d’âge, pour la plupart assez abîmées par la vie, voilà que m’arrive cette jeune beauté ukrainienne qui me sert du « Je amour toi et please envoyer numéro Visa (la carte de crédit) pour mon visa (le passeport) que moi rejoigne tu, so we love & couchette », et ça venait avec une adresse courriel. (Bon, c’était un peu plus articulé que ça, mais c’était en 2012 et je n’en ai pas gardé copie.)

Premier réflexe: Googler l’adresse de courriel de mademoiselle. Je suis tombé sur plein de témoignages d’hommes de partout dans le monde qui se sont fait avoir de plusieurs centaines de milliers de dollars par ce barbu obèse russe.

Quand tu n’arrives même pas à plaire à une femme moyenne de ton propre pays, qu’est-ce qui te fais croire que tu as pu séduire, SANS EFFORTS, une déesse d’un autre continent? C’est pourtant évident, qu’il s’agit d’une arnaque. Alors pourquoi est-ce que ça fonctionne?

La triste réponse à cette question est: Parce que pour ces pauvres hommes seuls, cette fille, ce personnage devrais-je dire, leur vend du rêve. Elle leur donne un espoir comme quoi, malgré leurs 40-70 ans, ils peuvent encore plaire à une jeune beauté, donc qu’ils n’ont rien perdu de leurs attraits.

Quant à ceux qui n’ont jamais eu d’attraits pour commencer, le fait de se commander une beauté étrangère, ça rassure. Son subconscient comprend qu’il est la seule personne qu’elle connait ici, donc qu’il sera sa seule vie sociale si elle vient au pays. Pour les hommes qui ont une faible estime de soi, savoir que cette fille dépendra de lui pour survivre, et surtout que par conséquent il n’aura aucun rival, ça lui procure un sentiment de sécurité.

En conclusion: Le problème, ce n’est pas que ces « femmes » sont crédibles. C’est plutôt que beaucoup d’hommes ressentent le besoin qu’elles le soient. Parce que la réalité est trop difficile à accepter pour eux.

Est-ce que vous vous souvenez du Best Seller de la décennie dernière, Le Secret? La raison pourquoi ce livre a rendu multimillionnaire son auteur, c’est parce qu’il fonctionne sur ce même principe. Par exemple, lisez juste ce passage:

Eh oui! Ce livre (ou du moins cette Lisa Nichols) affirme que si vous recevez des factures d’électricité, de téléphone, de câble, d’internet, de loyer et de carte de crédit, ce n’est pas parce que vous avez l’électricité, le téléphone, le câble, l’internet, un loyer et une carte de crédit, mais bien parce que votre imagination fait surgir ces factures de nulle part. 

Pourquoi tant de gens ont cru à de telles inepties? Parce que beaucoup trop d’entre eux sont pris dans une vie décevante et sont impuissants à y changer quoi que ce soit. Pour ces gens-là, la pensée magique est leur seul refuge. Car d’un côté, ils ont une triste réalité qui est sans issue. Et de l’autre, il y a ce livre qui leur offre un espoir comme quoi les choses peuvent s’arranger. C’était juste ça, le secret derrière Le Secret.

Et c’est sur ce même principe, en donnant l’espoir qui fait rêver, que le piège grossier de la beauté étrangère arrive à attirer autant de gens qui vont aller s’y jeter délibérément.

Quant à moi, ça ne risque pas de m’arriver. Je suis parfaitement au courant que j’ai 50 ans et que je ne suis plus de première fraîcheur. Le jour où je vais me faire draguer par une matante ridée de Ste-Antoinette-du-Ouaouaron, je vais déjà trouver ça plus crédible qu’un top modèle marocain de 20 ans.

General Menteurs, le post scriptum: L’allergie aux changements

Printemps 1979.  J’ai 10 ans.  Hier, ma mère m’a remis une casquette que lui a donnée une voisine pour moi.  C’est ma toute première casquette.  Je la porte fièrement sur le chemin de l’école. 

Ce matin-là, dans la cour d’école avant d’entrer en classes, deux élèves différents m’enlèveront la casquette de la tête en courant.  On me refera le coup une fois ensuite à la récré du matin.  Deux autres fois à l’heure du dîner.  Une fois à la récré d’après-midi.  Et enfin, à la sortie des cours, où cette fois on me la lancera par-dessus la clôture qui délimite le terrain de la cour d’école.  J’ai donc été agressé pour un total de sept fois, de la même manière, le même jour, de la part de six enfants différents, dont deux que je ne connais que de vue.  Et tout ça pour le crime d’avoir porté une casquette.

Sur le chemin du retour, frustré d’avoir été la cible de toutes ces manifestations d’hostilité, surtout pour une raison aussi insignifiante, je m’interroge :

« Mario Lussier, y porte ben sa casquette tout l’temps, lui.  Pis j’ai jamais vu personne lui enlever.  Pourquoi est-ce que quand c’est moi qui en porte une, tout l’monde me l’enlève? »

Juste en me disant ça, je vois tout de suite où se situe la différence entre lui et moi.  Mario porte sa casquette depuis le tout premier jour de l’école.  Alors aux yeux des autres, depuis le tout début, Mario Lussier, c’est le gars à la casquette.  Ils sont habitués à le voir avec ça sur la tête.  Mais moi?  Non!  Voilà pourquoi ça a attiré leur attention.  Parce que c’était nouveau. 

En fait, je constate que cette situation est similaire à ce que mes camarade de classe ou moi subissons à l’école après une coupe de cheveux : On passe la journée à être sujet de moqueries non-stop.  Et ça dure parfois deux, voire même trois jours, avant qu’ils finissent par s’habituer à nous voir avec les cheveux raccourcis, et que ça cesse d’attirer leur attention.

Pour la première fois de ma vie, à l’âge de dix ans, je réalise que certains stimulus peuvent provoquer certaines réaction chez les gens.  N’étant âgé que de 10 ans, je n’aurais pas su expliquer le comment du pourquoi de ce comportement.  Mais une chose était sure : Le changement, ça dérange.  Alors quand on essaye d’être autre chose que l’image que les gens ont de nous, on les dérange.  Et puisque ce sont des enfants, il est plus facile pour eux de tenter de remettre les choses comme elles l’étaient, plutôt que de se faire à l’idée que les choses aient pu changer.  D’où le vol répété de ma casquette. 

Chez un adulte, on s’attend à ce que ça soit différent.  Mais dans le fond, un adulte, ce n’est qu’un enfant qui a accepté de se faire imposer des règles pour pouvoir vivre en société.  Ça ne veut pas dire pour autant que sa personnalité ait vraiment changé.  Car comme je le répète souvent, il y a trois moment dans la vie où on voit la vraie personnalité d’autrui :

  1. Lorsqu’il est ivre, et…
  2. Lorsqu’il est frustré.  Deux moments qui lui redonnent la personnalité qu’il avait… :
  3. Lorsqu’il était enfant.  Et un enfant, ça n’accepte pas le changement. 

En fait, le principe du changement créé un curieux paradoxe dans la personnalité de l’être humain : On accueille à bras ouvert tout changement positif dans notre vie.  On veut s’améliorer.  On veut évoluer.  Par contre, on accepte mal le changement lorsqu’il arrive autour de nous.  On ne veut pas perdre nos points de repères. 

Pourquoi est-ce que je prends la peine de vous expliquer tout ça?  Parce que tous les ennuis financiers, sociaux et juridiques que j’ai subi de mes 24 à 48 ans, tel que raconté dans les 10 chapitres de la saga Général Menteurs,  sont dues à deux personnes qui, comme les enfants décrits plus haut, refusaient que je change.  Ni la mère de mes enfants ni le père de Camélia n’acceptaient de me voir m’élever au-dessus de la ma pauvreté d’origine.

Quand on part de rien, on est entouré de gens de rien.  Et dans mon cas, partir de rien, c’était avoir un travail au salaire minimum qui ne demandait pas d’expérience.  Je suis devenu pâtissier dans un Dunkin Donuts.  Pendant les deux ans et demi où j’ai exercé ce métier, j’ai constaté que 80% de mes collègues de travail n’avaient même pas leur secondaire III, et parmi eux la moitié avaient un dossier judiciaire.  Pour eux, travailler au Dunkin, c’était le maximum qu’ils pouvaient atteindre.

Et c’était le cas de Kim.  Alors quand on a commencé à sortir ensemble, elle s’attendait à ce que je sois un gars sans avenir, comme la majorité de nos collègues.  Mais en voyant que j’avais de l’ambition, elle craignait que je m’élève au-dessus d’elle.  Ne pouvant pas elle-même s’élever au-dessus de sa classe d’origine, il lui était donc logique que si je m’élève, je la quitte.  Elle a donc lâché la pilule sans m’en parler, pour me forcer par responsabilité paternelle à rester avec elle, dans les bas-fonds.  Parce que, comme un enfant, il était plus facile pour elle de faire en sorte que les choses restent comme elles le sont, plutôt que d’accepter que ça puisse changer. Même si ce changement était une amélioration. 

Et lorsque je suis retourné aux études, histoire de ne pas élever nos enfants dans la pauvreté, même chose.  Maintenant diplômé, je pouvais aspirer à de meilleurs emplois, donc un meilleur salaire.  Mais au lieu d’accepter que je puisse changer notre vie pour le mieux, elle a préféré tout saboter pour que les choses restent comme elles sont.  Elle aurait pu m’aider à nous construire, elle a préféré me détruire. Et elle l’a fait en me laissant le choix entre cesser les études, ou me faire expulser de la maison par la police sous des accusations mensongères.  J’ai choisi d’évoluer. 

Ne l’acceptant pas, elle passera les deux décennies suivantes à utiliser les enfants et la pension alimentaire pour toujours m’empêcher de m’élever au-dessus des conditions de vie d’un pauvre.  Ce qui fait que même lorsque je gagnais le double du salaire minimum, j’avais encore moins d’argent pour vivre que lorsque j’étais au Dunkin.  Quant à elle, étant sur le BS, son chèque était amputé du montant de ma pension, par conséquent elle continuait de vivre dans la pauvreté à laquelle elle était habituée. 

Il y a six ans, on lui a proposé un travail dans un casino dans une région du Québec à la fois rurale et touristique.  Le genre d’endroit où on ne trouve pas le moindre anglophone à des kilomètres à la ronde.  Ayant passé sa vie à Montréal, elle était bilingue.  Il ne lui en fallait pas plus pour y être embauchée, au salaire faramineux de $49 000.00 par année.  Est-ce que ça a changé sa vie pour le mieux?  Non, car si j’en crois ce que notre cadette m’a rapporté, elle s’est endettée d’au-dessus de $30 000.00.  Aujourd’hui, à 45 ans, elle est obligée de retourner vivre chez son père.  Son salaire a beau être d’environs 30% plus élevé que le miens, elle demeure beaucoup plus pauvre que je le suis.  Bref, elle n’a pas changé et ne changera jamais.  Peu importe son revenu, elle vivra toujours dans les conditions de vie de sa classe pauvre d’origine. Et elle continuera d’entraîner dans la pauvreté tous ceux qui ont le malheur de faire partie de son entourage.

Les parents de Camélia avaient une mentalité similaire.  Dans le sens que pour eux, une personne qui provient de la classe pauvre, ça reste toujours pauvre. (Et de la manière que la mère de mes enfants gère son budget, on peut comprendre pourquoi ce préjugé existe.)  Or, je venais juste de me trouver un emploi à La Boite, à près du double du salaire minimum.  Au lieu d’accepter le fait que je puisse changer pour le mieux et m’élever au-dessus de la classe pauvre, ils ont fait en sorte pour que je reste à ma place.  Son père, haut placé dans la hiérarchie de GM a recherché qui, dans les employés de GM, pouvait avoir un lien avec mon emploi.  Le hasard a voulu qu’un de leurs employés soit le grand-frère de mon PDG.  Voilà pourquoi le beau-père m’a envoyé à ce concessionnaire-là si loin de chez moi, et à ce vendeur-là en particulier.  Ainsi, après avoir détruit mes finances avec un contrat de location abusif, ils ont pu étendre leur influence jusqu’à mon travail pour détruire ma carrière, s’assurant ainsi que je ne sorte jamais de la classe pauvre. 

Bon, « jamais », c’est relatif.  Ces responsabilités imposées ne pouvaient pas durer éternellement.  N’empêche qu’à cause de leurs manigances combinées, la mère de mes enfants et le père de Camélia m’ont quand même volé 24 ans de ma vie adulte. Et puisque ça ne leur a rien rapporté financièrement, ça veut dire que leur motivation n’était pas le profit personnel. C’était juste pour satisfaire leur désir de ruiner la vie d’autrui.    

Ce qui démontre, comme je disais plus haut, que le changement, ça dérange.  Alors quand on essaye d’être autre chose que l’image que les gens ont de nous, ils ne l’acceptent pas.  Et comme pour les enfants, leur premier réflexe est de tenter de remettre les choses telles qu’elles les ont toujours connues, plutôt que de se faire à l’idée que les choses aient pu changer. 

Ils ne pouvaient pas supporter de me voir avec une nouvelle casquette.  Il fallait qu’ils me l’enlèvent.  C’était juste plus fort qu’eux. 

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Y’A LIENS LÀ:

J’ai déjà étudié le phénomène démontrant que tout changement majeur de notre vie doit malheureusement s’accompagner d’un changement de notre entourage.  Ces trois billets en particulier décrivent bien la chose :

Pas obligé de rester loser, 4e partie : La nécessité de changer d’amis.

Pas obligé de rester loser, 7e partie: Les revoir? Pourquoi pas! Les re-fréquenter? Surtout pas!

Pas obligé de rester loser, 13e partie : Se tenir loin des autres losers.

Et tant qu’à faire, voici tous les billets de la série Pas obligé de rester loser

General Menteurs, 10e partie: 21 ans plus tard, l’exorcisme.

Le 14 décembre dernier, je publiais ici un billet de blog intitulé L’art de se faire rouler, dans lequel j’imagine le pire scénario catastrophe qui puisse arriver lorsque l’on succombe à une offre alléchante en rapport à l’achat d’une automobile.

À chaque fois que j’écris un nouveau billet, je mets un lien sur mon Facebook. Et c’est sur celui-ci que l’on m’a posé la question qui allait changer ma vie.  Une question composée de deux simples petits mots :

Le début de la fin

Pour la première fois depuis ces événements, j’en ai parlé, là, sur le net. Non sans une certaine appréhension, car comme vous pouvez le voir, je prends la peine de prévenir à quel point ma mésaventure est invraisemblable. J’écris néanmoins trois longs commentaires qui résument les 9 chapitres précédents.

Après avoir tout lu, Louis-Sébastien me pose le genre de question que l’on ne m’a posée que trop de fois déjà:

Louis-Sébastien
Wow toute une histoire! Est-ce que tu t’es questionné et compris pourquoi tu t’étais ramassé dans ce type d’histoire abracadabrante? Genre, pourquoi c’est arrivé à toi et pas à d’autres personnes?

« Et voilà! », me suis-je dit. « Encore une fois, je vais me faire juger comme quoi si ce genre de truc n’arrive qu’à moi, c’est qu’il doit bien y avoir une raison. Traduction: c’est de ma faute, j’ai fait exprès, j’ai couru après, etc. J’aurais dû continuer comme je le fais depuis quinze ans, et juste ne pas en parler. »

Je lui réponds cependant.

Steve Requin
Oh que oui, et c’est justement ça, le problème. J’ai beau réfléchir là-dessus depuis 20 ans, je ne trouve rien, car tout ça a l’air d’être une série de malheureux hasards. 

La fille du boss de GM, je l’ai rencontré au Journal étudiant, car c’était à ce moment-là la blonde d’un journaliste, et c’est elle qui m’a dragué. L’amie qui m’a trouvé ma job payante n’avait aucune connexion de près ou de loin à tout ceci. Le hasard a voulu que le père de ma nouvelle blonde soit le boss d’un gars dont le frère était le président de ma job.

Tu vois à quel point c’est aussi fucké que peu crédible, tellement c’est une série de hasards et coïncidences incroyables. Ben c’est ça !

Comme je m’y attendais, Louis-Sébastien n’y a pas vu là une série de hasards. (Bon, à part peut-être le lien de parenté entre mon PDG et le vendeur chez GM) Il a tout de même une théorie à ce sujet, et me demande si je voudrais la connaître.

Là encore, j’appréhende un sermon sur le fait de se regarder soi-même et de prendre mes responsabilités pour les malheurs que l’on attire soi-même sur soi, et toutes cette sorte de choses. Mais bon, puisque je ne peux pas juger un commentaire que je n’ai pas encore lu parce qu’il n’est même pas encore écrit, je lui ai donné mon Ok.

Trente minutes plus tard, il me poste ceci:

Louis-Sébastien
La première chose problématique qui me saute aux yeux, c’est la nature même de la relation que tu avais avec cette fille. Elle avait 20 ans, tu en avais 29. Juste cette question a plusieurs répercussions conscientes et inconscientes. Tu ne pars pas sur un pied d’égalité avec la fille. Ça peut être un avantage comme ça peut être un désavantage.

Ça sûrement été un avantage au début dans la phase de séduction, parce que c’est probablement ce qui l’attirait, un gars plus vieux qui représente la maturité, la sécurité et même une sorte de rébellion. Mais ce rôle vient avec des responsabilités que tu n’étais finalement pas en état de remplir sur le long terme (surtout à cause de ta situation financière)… que ce soit dans ses yeux à elle ou dans ceux de ses parents. Ta première erreur a été de ne pas t’en rendre compte.

Cette première erreur a menée à toutes les autres. En sachant que tu n’étais plus le bienvenu dans la vie de cette enfant de 20 ans (parce que soudainement tu ne représentante plus la maturité ni la sécurité), ton réflexe a été d’investir dans la relation au lieu de t’en éloigner comme tu aurais dû. 

En sachant que tu n’étais plus le bienvenu dans la vie de la famille, tu es resté. Tu t’es soumis au désir de son père de te procurer une auto, et juste là tu perds de la valeur face à sa fille. Son geste de rébellion qui est de fréquenter un homme plus vieux s’éteint au moment où cet homme plus vieux ce soumet à son puissant père.

Soudainement t’es pu excitant, t’es pu mature et t’es pu sécurisant.

T’es juste la marionnette de son père, qui a bel et bien décidé que tu sortirais de la vie de son enfant parce que t’as rien à lui apporté d’un point de vue rationnel. À partir de là tu contrôle pu rien, tu récoltes les émotions négatives liées à ta défaite contre son père (qui est pas un cadre haut placé dans une multinationale pour rien.. oui il avait tout manigancé). Tu prends des décisions irrationnelles, et ça fais juste empirer les choses à chaque fois.

Tout ça a découlé d’une mauvaise lecture de ce qui était attendu et possible pour toi dans la relation avec cette fille. Mauvaise lecture qui a menée à un gros investissement irréfléchie et irrationnel.

Est-ce que ça fais du sens ce que je dis?

J’avoue que, au sujet des raisons qui ont poussé Camélia à d’abord aller vers moi et ensuite me repousser, ouais, ça avait un certain sens. Mais la chose qui m’a le plus frappée dans son analyse fut:

« Son père [n’]est pas un cadre haut placé dans une multinationale pour rien. Oui, il avait tout manigancé. »

Après 21 ans, l’évidence de la situation me frappe comme une retentissante claque sur la gueule.

Les vendeurs d’auto sont des arnaqueurs. C’est comme ça partout. Toute la planète le sait. Et pour que ce soit l’un des plus vieux clichés du monde moderne depuis que nous sommes entrés dans l’ère de l’industrialisation, c’est bien parce qu’il y a du vrai là-dedans. Pour monter aussi haut au sein de General Motors, cet homme se doit donc d’être un arnaqueur de classe supérieure. D’être un fin stratège exceptionnel. Un homme d’une intelligence froide, calculée, manipulatrice et logique, et qui n’hésite pas à l’utiliser pour arriver à ses fins.

Et soudain, tout fait du sens. Ça explique tellement de choses.

Tout d’abord, comme je l’ai déjà dit, La Boite où je travaillais avait des milliers d’employés dispersés dans plusieurs bureaux parsemés dans tout Montréal et les environs. General Motors, même chose avec ses 14 concessionnaires dispersés dans le Grand Montréal. Alors statistiquement parlant, les probabilités que les employés de l’un aient des contacts parmi les employés de l’autre étaient assez bonnes. Et le hasard a justement voulu que le PDG et fondateur de La Boite ait un frère chez GM.

Pourquoi est-ce que je ne me suis jamais posé de questions sur le fait que, de tous les concessionnaires où il aurait pu m’envoyer, il ma pris rendez-vous à celui de l’Île-des-Soeurs? Pas un près d’où il travaille. Pas un près de chez moi. Même pas un dans l’île de Montréal.

Une seule réponse possible: Ce n’était pas un hasard. Ce qui voudrait dire que le beau-père a vraiment fait des recherches parmi les employés de GM pour voir s’il y en a un avec des connexions à La Boite. Et en y trouvant le frère de mon PDG, il est tombé sur le jackpot. Il est donc allé le voir et il a tout manigancé avec lui.

Toi qui me lis, imagine que tu sois vendeur de [peu importe]. Un client te dit qu’il travaille pour la compagnie que ton frère a fondé. Tu réagis comment? Comme une personne normale: Tu es amusé(e) par la coïncidence et tu lui dis: « Hey, mais je connais ça, c’t’endroit là! C’est mon frère qui en est le fondateur et le PDG actuel. »

Mais mon vendeur de GM, quand je lui ai dit? Aucune réaction. Pas un mot sur le sujet. Comme s’il savait qu’il devait stratégiquement me cacher cette information jusqu’au moment où il pourrait l’utiliser contre moi.

Quoi de plus facile pour lui que d’aller voir son frère, le PDG de La Boite, et de lui dire qu’un de ses employés veut lui acheter une auto, et qu’il désire avoir des renseignements à son sujet. C’est son frère, il ne lui fera donc pas subir tout le protocole de la protection sur les renseignements privés. Il va tout lui révéler: Mon statut d’employé temporaire à contrats, combien je gagne, le retrait direct que m’y fait Revenu Québec Pensions Alimentaires sur mon chèque de paie pour la mère de mes enfants… La totale.

À partir de ça, le vendeur a tout ce qu’il lui faut pour me monter un beau plan: Me faire signer une déclaration comme quoi je suis employé permanent, demander ensuite une preuve comme quoi je le suis, me menacer de poursuite et congédiement si je ne lui falsifie pas une preuve d’employé permanent, etc.

Et comment ai-je pu croire son histoire de la Golf à $150 qui tombe en panne justement le matin où il devait me la livrer? Tout était planifié d’avance. Je ne peux (supposément) pas acheter d’auto, mais puisque j’ai déjà signé un contrat avec lui, je suis forcé de l’honorer, ce qui m’oblige donc à accepter que la vente devienne une location, ce qui entraîne plein de frais imprévus qui me dépouillent, ne me laissant que 15$ pour manger au bout du mois.

Attend un peu…!? $15? Mais c’est le montant que j’ai sauvé en me fâchant lorsqu’il multipliait les frais cachés, ça. C’est le montant que j’aurais eu à payer pour les plaques, s’il ne m’avait pas amadoué en me les offrant.

Ça veut dire que sans ce rabais imprévu, l’auto m’aurait coûté tout l’argent qu’il me restait, au dollar près? ET JE SUIS ENCORE SUPPOSÉ CROIRE QUE C’ÉTAIT UNE COïNCIDENCE? Non, il fallait que ce gars-là connaisse mon salaire. C’est la seule explication qui tienne la route.

Et quand je tente de faire casser le contrat, et que je vendeur me répond que je n’ai pas à me défouler sur lui du fait que Camélia vient de me larguer? Ça ne faisait même pas 48 heures que c’était arrivé, et c’était arrivé au début du weekend. Comment pouvait il le savoir? Une seule explication logique: Le beau-père le lui a dit. Il a dû l’appeler, personnellement, chez lui, immédiatement après la rupture, pour le féliciter pour son travail bien fait. Preuve de plus comme quoi le tout avait été manigancé depuis le début.

Ah, et aussi le fait que l’auto ait été vendue au prix dérisoire de $15 500.00, ce qui fait que je devais à GM le reste de sa valeur, soit $27 000.00… Ce qui est le montant exact que j’aurais eu à payer si je n’avais pas cassé le contrat de location. Je suis supposé croire que c’est juste une autre coïncidence, peut-être?

Dès le départ en tant que travailleur à La Boite, mon statut de temporaire ne m’a pas empêché d’avoir droit au bonus de 50¢ l’heure pour ceux qui travaillent de soir. Mais à partir du moment où j’ai signé avec GM, là, soudainement, mon statut d’employé temporaire m’empêchait d’avoir le bonus de Noël, la double paie de la crise du verglas, l’augmentation des six mois, le contrat de travail après un an, la permanence… Bizarre, comme coïncidence, non?

Et moins d’une semaine après que j’aille rendu l’auto, ma chef d’équipe a droit à une promotion surprise, et on met Le Nazi à sa place, qui me prend aussitôt en grippe sans aucune raison logique de le faire.

Eh, ça explique même pourquoi, de nulle part, Camélia a affirmé devant le vendeur que je n’allais pas garder mon travail longtemps parce que c’est du travail de bureau et je suis un artiste. Ce sont ses parents qui lui ont mis ça en tête. Elle me l’a dit elle-même, que ça faisait des mois qu’ils la prévenaient contre moi. Et avec ses connexions à GM et à mon travail, le beau-père avait tout ce dont il avait besoin pour faire de ses médisances contre moi une prophétie auto-réalisatrice.

Et tout ce temps-là, j’ai cru que ce n’était qu’une suite de hasards malheureux. J’ai cru que c’était le destin qui s’acharnait sur moi. Que j’avais la malchance extrême qui me collait au cul. Mais maintenant que Louis-Sébastien m’avait pointé l’évidence comme quoi c’était mon beau-père qui avait tout manigancé, je réalise enfin la vérité: Je n’ai jamais été l’homme le plus malchanceux du monde! La preuve, c’est au nombre de fois où au contraire j’ai eu des chances durant cette période. Le fait d’avoir gagné des billets d’avion. Le fait que j’ai pu travailler pendant les trois semaines de panne, sinon j’aurais été trois semaines sans revenus. Le fait que le bureau de financement de GM ait perdu ma trace et, au bout d’un an, ait vendu ma dette à une agence de collecte. Ma ruine qui a effacé ma dette de GM à l’agence, et qui a fait cesser la pension. Mon retour d’impôts qui a effacé ma dette de pension.

Tout ce que j’ai subi de négatif durant cette période, ce n’était pas de la malchance. Ce n’était pas du hasard. C’était planifié. C’était juste un père qui tenait à ce que je me tienne loin de sa fille, c’est tout. C’est juste que, avec ses connexions qui s’étendaient jusqu’à mon travail, il pouvait s’assurer que jamais je ne serai assez riche pour qu’elle veuille de moi de nouveau.

Je ne saurais vous exprimer à quel point cette révélation m’a libéré d’un grand poids qui me pesait dessus depuis deux décennies. Cet indescriptible sentiment de soulagement. Tous ces murs qui s’écroulent dans ma tête. Tous ces engrenages libérés des bâtons qui les coinçaient. Je pleurais et je riais en même temps, tellement j’en étais chamboulé. Mais ce fut un chamboulement positif. Car enfin, depuis le temps que je me répétais qu’il était impossible que le sort s’acharne sur quelqu’un à ce point-là en lui balançant des coïncidences aussi extraordinairement négatives, j’ai enfin la preuve comme quoi j’avais raison.

Si j’avais su que le fait d’en parler sur le net allait me donner l’explication qui irait me libérer de ce poids moral, je l’aurais fait bien avant.

Techniquement, j’aurais toutes les raisons d’en vouloir à mon ex-beau-père, mon ex-vendeur de GM, mon ex-PDG… Mais vous savez quoi? Je ne ressens rien de tel. Je suis juste trop envahi par le sentiment de soulagement que m’a apporté le fait de pouvoir enfin comprendre ce qui s’est passé, que je ne suis même pas capable de ressentir de rancune envers qui que ce soit. Pendant deux décennies, j’ai vécu sous l’impression d’être un loser avec la poisse qui lui colle à la peau. En réalisant enfin que je me trompais tout ce temps-là, puisqu’en réalité je n’avais jamais été plus malchanceux que n’importe qui, je ne ressens rien d’autre qu’une profonde paix intérieure.

Et quiconque ne ressens que paix n’a pas de place dans son âme pour la haine.

General menteurs, 9e partie: Les séquelles.

On ne passe pas à travers ce que vous avez lu dans les huit chapitres précédents sans que ça laisse des séquelles, qui à leur tour apportent leur lot de conséquences sociales.

Certaines sont mineures, voire même positives. Par exemple, maintenant, dans mon choix de femmes, on ne me verra plus jamais approcher une fille bourrée de complexes, ni une avec qui j’ai zéro en commun en dehors du lit, ni une qui ne sait pas utiliser un ouvre-boite manuel, et encore moins une qui habite encore chez ses parents. Au moins, dans ce dernier cas, puisque je suis âgé de 50 ans, ça ne risque plus d’arriver. Mon âge me met également à l’abri d’un autre truc: Maintenant que tous mes enfants sont adultes, plus personne ne va me questionner sur le fait que je ne vis pas avec eux.

Par contre, il y a un truc sur lequel je n’ai jamais décroché: La malchance infernale qui a empoisonné mon existence durant cette période de ma vie. La pire étant la coïncidence extraordinaire que non seulement je tombe sur le vendeur d’auto le plus arnaqueur qui soit, il est le frère de mon PDG, ce qui lui permet d’utiliser ça pour me faire de l’intimidation et me forcer à respecter son contrat abusif.

Et comme je l’écris, deux chapitres plus tôt, j’ai moi-même du mal à y croire alors que je l’ai vécu. Alors vous pouvez imaginer à quel point c’est difficile pour quelqu’un d’autre d’accepter que ceci puisse être la réalité. Car sans pour autant me traiter de menteur, il reste que c’est le genre de choses que la majorité de la population n’a jamais vu et ne verra jamais. Alors ils trouvent ça bizarre.

En fait, non, ils ne trouvent pas ça bizarre. Ils me trouvent bizarre. Et ça, c’est quelque chose qui perdure jusqu’à ce jour. Littéralement! Car au moment où j’écris ces lignes, voilà quelques heures à peine que j’ai eue la conversation suivante.

(Pssst! C’est pas pour te faire un blâme, mec! Ça collait juste trop bien.)

Ceci est l’exemple parfait de la réaction de la population générale face à cette période de ma vie. Face au genre d’événements qui ne se produirait jamais dans leur univers, le premier réflexe des gens n’est pas de mettre en cause les événements, mais plutôt la personne qui subit les événements.

En 2003, ça faisait six ans, que j’avais rencontré Camélia, ce qui fut le départ de tous les hasards malheureux GM-esques qui en ont découlé. Je continuais à en vivre avec les conséquences légales et financières, et je continuais encore à faire face à l’incompréhension et à l’incrédulité de ceux qui me questionnaient sur le comment du pourquoi de mon sort.

À force de vivre ça, c’est probablement ce qui a fait naître chez moi le besoin que les gens me trouvent crédible dans ma malchance. Et puisqu’il était impossible que les gens croient à mes problèmes Camélia-belle-famille-GM-Travail, alors j’irais raconter d’autres mésaventures qui me sont arrivées, celles-là plus crédibles. Certaines causées par ma propre faute, certaines causées par la faute des autres, et certaines causées par de simples faits du hasard. Qui sait, peut-être que j’essayais inconsciemment de mettre en tête aux gens que si j’ai pu vivre tous ces petits désagréments, alors il est possible que j’ai subi tous ceux relatifs à GM.

Et c’est comme ça que, au printemps de 2003, est née La Zone Requin.

De 2003, et jusqu’à ce que Geocities ferme boutique en 2009, les gens ont pu lire mes mésaventures. Au début, lorsque j’avais une dizaine de textes, la réaction des gens était positive. Et c’est normal. Qui n’aime pas entendre une bonne vieille histoire foireuse vécue? Les gens étaient amusés. Ça ne pouvait que m’encourager à en rajouter. Ainsi, au fil des années, j’ai peu à peu rajouté plusieurs histoires, certaines anciennes, et d’autres venant tout juste de m’arriver. Vers sa fin de vie, mon site avait une quarantaine de textes.

Mais voilà, il y a un truc que je n’avais pas prévu: Si une personne raconte un malheur qui lui est arrivé, ça peut être drôle. Il en raconte une autre, c’est drôle encore. Mais plus il en raconte, et plus ça passe de “J’ai de petits malheurs occasionnels comme tout le monde” pour devenir “Tous les aspects de ma vie sont merdiques.” Et plus il en rajoute, moins c’est drôle, et plus ça devient malaisant.

En 2007, je m’amuse à rechercher “Zone Requin” sur Google. Voyez ce que dit le dernier exemple de cette capture d’écran de l’époque:

Pathétique! Voilà ce que j’étais devenu aux yeux du public.

Et c’est normal, après tout. Quand une personne subit un petit malheur une fois de temps en temps, les gens ressentent de la sympathie pour lui. Mais quand sa vie n’est que revers par-dessus malheurs par dessus malchances? Non, rendu là, ça ne sert à rien d’avoir de la sympathie pour ce gars-là. Il est juste une cause perdue. Un loser!

Et les losers, ça n’attire qu’un seul genre de personnes: Ceux qui ont besoin d’avoir un loser dans leur entourage. Parce qu’ils sont intimidateurs dans l’âme et veulent une cible facile. Parce qu’ils veulent un punching bag à rabaisser. Parce qu’ils veulent quelqu’un à exploiter. Parce qu’ils sont eux-mêmes losers et ont besoin de chier sur quelqu’un pour se sentir supérieur à au moins une personne dans leur vie. Leur besoin d’avoir un loser avec qui se comparer positivement était telle qu’ils n’hésitaient pas à s’arranger eux-même pour me saboter afin que s’assurer que j’en sois bien un.  Alors vous pouvez imaginer le gros scandale quand je ne me laissais pas faire et que je les remettais à leur place.

Je me suis fait quelques ennemis de cette manière-là. Et leur hargne persiste à ce jour, plus de quinze ans plus tard. Parce qu’il est plus acceptable pour eux de continuer de colporter cette image erronée qu’ils veulent avoir de moi, que de regarder les faits, d’accepter qu’ils font erreur à mon sujet, et passer à autre chose. C’est dire à quel point il est vitalement important pour certaines personnes d’avoir dans leur entourage un loser désigné, et que celui-ci reste loser.

Ça me prendra une autre décennie avant que je constate la seconde erreur que j’ai commise en créant cette page web. En observant les gens autour de moi, j’ai réalisé qu’à eux aussi, il arrivait deux, quatre, huit anecdotes malheureuses tout le long de l’année. Mais voilà, une fois le problème passé, ils n’y pensaient plus. Et leur entourage non plus. Moi? En les écrivant toutes, je les gardais vivantes dans ma tête, et dans celle des autres, pour toujours. Contrairement aux gens normaux, j’oubliais les bons cotés de ma vie pour ne garder vivant que le négatif. Ce qui fait que non seulement je conditionnais la population à me voir comme rien d’autre qu’un loser, je m’hypnotisais moi-même à le croire.

Et c’est là que, en 2009, j’ai constaté que j’avais passé mes douze dernières années sur une cause perdue. Non seulement personne ne croira jamais toutes les malchances extraordinaires qui ont parsemé ma saga avec GM, non seulement je n’aurai jamais droit à la sympathie du public, j’ai créé moi-même l’image de loser qui me colle maintenant à la peau. N’ayant plus rien de bon à tirer de La Zone Requin, je l’ai laissé disparaître en même temps que Geocities.

Et je n’ai plus jamais reparlé de ma saga GM à personne.

À partir de ce moment-là, ma manière de réagir à mes malheurs a complètement changée. Si j’ai un problème, je le règle. S’il m’arrive un malheur, je continue comme toujours de me regarder en premier pour voir si j’en suis la cause ou non. Si oui, j’agis comme il se doit pour régler la situation. S’il y a une leçon à en tirer de mon malheur, je l’apprend. S’il n’y en a pas, tant pis, je l’oublie et je passe à autre chose. Mais surtout, maintenant, quand la vie m’envoie de la merde, j’en fais du fumier, puisque le fumier nourrit et fait grandir. Bon, à condition d’être végétal, mais vous comprenez le symbolisme. Le meilleur exemple de cette mentalité, je vous l’ai démontré en février dernier. J’étais concierge. J’ai glissé sur un escalier verglacé. Je me suis brisé une vertèbre. Je ne pouvais plus exercer la conciergerie. Alors je suis devenu employé de bureau, et tous les aspects de ma vie se sont améliorés sur tous les niveaux.

N’empêche que je n’ai jamais cessé de penser que ma période GM a été extraordinairement malchanceuse. C’est quand même inouï, toutes ces coïncidences et hasards malheureux.

À CONCLURE 

General Menteurs, 8e partie : Dépression salvatrice.

Lorsque l’on a atteint le fond, que l’on réalise que l’on n’a pas d’issue, qu’il n’y a rien que l’on puisse faire pour s’en tirer, et que personne ne peut nous aider, et que rien ne fera cesser le harcèlement et les problèmes constants, et que tu ne peux compter sur la sympathie de personne car ta condition ne fait que t’attirer le mépris de tous, alors quatre différentes choses peuvent arriver, selon ta personnalité.

  • La dépression majeure.  On ne répond plus de rien, on ne s’exprime plus qu’en pleurs et en idées noires, on est pris en charge par l’état et on passe le reste de notre vie dans un institut psychiatrique à se faire bourrer de pilules.
  • La destruction.  On se jette dans une crise de rage et on passe quelques heures à commettre une série de meurtres, jusqu’à intervention policière.
  • L’autodestruction. C’est-à-dire le suicide. Se combine parfois avec l’option précédente.
  • La résignation.  Tu baisses les bras et tu fais juste prendre les coups qui t’arrivent sur la gueule sans répliquer.  Parce que, à quoi bon, hm!?

Ce quatrième cas est le mien.  J’en suis juste rendu à un point où, ayant tout subi et tout perdu, plus rien ne peut encore m’ébranler.  Et c’est dans cet état d’esprit que je reçois un appel d’un monsieur qui dit représenter les intérêts de GM.  Il me parle de la facture de plus de $30 000.00.  Et en gros, tout en restant poli, me répète les mêmes menaces déjà décrites dans les lettres qu’il m’a envoyé.

« Parce que vous savez, monsieur Johnson, si on n’arrive pas à trouver d’arrangements, je serai malheureusement obligé de remettre votre dossier aux avocats de GM, qui eux n’hésiteront pas vous trainer en Cour. »
« M’ouais!  Je comprends ce que vous dites.  Malheureusement, voilà six mois que je ne travaille pas, je n’ai pas droit au chômage ni au BS.  Je dois six mois de loyer, six mois de pension alimentaire, six mois à Hydro, six mois à Bell, six mois de prêt étudiant.  Je suis en train de tout perdre.  Donc, je vous remercie pour votre offre.  Malheureusement, on n’aura pas le choix, il va falloir que vous remettiez mon dossier aux avocats de GM.  Je suis vraiment désolé. »

Il me laisse son numéro en me demandant de le rappeler d’ici 48 heures si jamais je change d’idée. Trop aimable, mais je ne le note même pas. Même si je voulais payer, je ne le pourrais pas. Alors faites ce que vous avez à faire, je n’ai rien à vous offrir, même pas de la résistance.

D’accord, j’ai menti, puisque pour l’instant, mes paiements importants comme le loyer et Hydro sont pris en charge par mes parents pour ne pas que je me retrouve dans la rue.  Mais ce n’est pas le genre de chose que j’ai envie de dire à un parfait étranger.  Déjà que je ressens la honte d’être encore pris en charge par papa-maman à 31 ans.  Et puis, ces six dernières années, j’ai appris à la dure que tout ce que je dis de positif à mon sujet, financièrement parlant, pourrait, et sera certainement, retenu contre moi.  Alors pourquoi faire exprès?

Une semaine passe et il me rappelle.

« Monsieur, j’ai une bonne nouvelle pour vous.  J’ai parlé de vos problèmes à GM.  Ils se sont montrés compréhensif, et ils ont accepté de vous faire une très généreuse offre. Pour $5 000.00, ils sont prêt à tout oublier et à fermer le dossier.» 

C’est très généreux, en effet.  Trop généreux, même.  GM a toujours tout fait pour gonfler mes paiements : Les taxes, les intérêts sur prêt, les intérêts sur le retard…  Et ils se sont toujours foutus du fait qu’ils me ruinaient les finances et la vie.  Et là, je suis supposé croire qu’au lieu de continuer à me pénaliser pour mon retard, ils sont prêt à diviser ma dette par six?  Alors qu’ils affirment depuis le début qu’ils peuvent me traîner en Cour pour me forcer à payer le plein tarif?  En plus des frais de Cour? Je ne sais pas ce qui se passe ici, mais je n’ai pas l’impression que j’ai vraiment affaire avec un représentant de GM.  Aussi, je m’en tiens à ma version de vie apocalyptique.

« C’est très généreux en effet, et je vous remercie de ce que vous avez fait pour moi.  Malheureusement, même si c’était $500, même si c’était $50, je ne pourrais pas plus vous le payer.  En ce moment, pendant que je vous parle, j’attends le huissier et ses déménageurs pour être saisi, et je suis expulsé de l’appartement dans deux jours.  J’ai vraiment pu rien.  Fa que, je suis vraiment désolé, mais va falloir remettre mon dossier aux avocats de GM, comme vous m’avez dit.  Désolé de vous avoir fait perdre votre temps sur mon cas. »

Oui, c’est un mensonge, mais qu’est-ce que ça change?  De un, c’est ce qui arriverait si je n’avais pas mes parents pour subvenir à mes besoins immédiats.  Et ensuite, c’est vrai que je ne peux pas la payer, cette dette.

Contre toute attente, la poursuite de GM que j’appréhendais ne se manifestera jamais.  Une personne à qui je raconterai la chose comprend immédiatement ce qui s’est passé.

« Tu as déménagé peu après avoir rendu l’auto.  Le loyer et le téléphone étaient ceux de tes ex-colocs.  Alors GM a perdu ta trace.  C’est pour ça que t’en a pas entendu parler pendant plus d’un an.  Ta facture est allé dans le dossier des comptes éternellement en souffrance.  Une agence de collecte a racheté ta dette à GM, probablement $5 000.00.  Les agences de collecte utilisent des méthodes pas toujours légales pour retracer les gens, d’où le fait que tu as eu ta facture au travail. Ils utilisent l’intimidation, les menaces, etc.  Mais ce sont des menaces vides.  C’est pour ça que, en voyant que tu ne pouvais pas payer même si tu l’aurais voulu, ils n’ont pas insisté.  Et c’est pour ça que tu n’as eue aucune des conséquence légales dont ils t’ont menacé : C’est parce que légalement, ils ne pouvaient plus rien faire.  C’était à GM que tu as signé ce contrat, pas à l’agence de collecte.  Ils ne pouvaient donc ni te trainer en Cour, ni même vérifier si tu disais vrai quand tu affirmais avoir tout perdu.»

Ah bon!?  Alors ça signifie que, tant et aussi longtemps qu’un gars est droit et vaillant, il va se faire harceler, exploiter, frauder, et il ne pourra jamais se sauver de ses paiements automobiles frauduleux ou de sa pension alimentaire abusive?  Mais s’il est dépressif et sur le BS, alors LÀ on lui fout la paix!?  Sois fort, vaillant et honnête, et tu seras puni, mais sois faible et lâche en vivant aux crochets de la société, et on te récompensera en effaçant tes dettes!?  C’est aberrant! 

Oui, mais…  En même temps, devrais-je m’en plaindre, puisque c’est ce qui m’a sauvé?  Je n’en suis pas fier, mais il n’y avait vraiment pas d’autres solutions.  Je le sais, j’ai tout essayé.  Et rien ne marchait, je ne faisais qu’empirer mon cas. D’où ma dépression, justement.

C’est donc la dépression qui m’a sauvé!?  Je n’en reviens pas!

Ceci dit, ce n’est pas la fin de mes ennuis, il me reste encore beaucoup de choses à régler.  Ici encore, je vais me contenter de résumer, car chaque cas était long et compliqué, et dans certains cas ça s’étalait sur plusieurs années.  On va y aller par sujets :

L’hôpital psychiatrique et la dépression.
Être dépressif, ce n’est pas dans mon état naturel.  Si je le suis devenu, c’est dû à une cause extérieure, soit les dix mois de harcèlement moral et psychologique du Nazi.  Or, la seule chose que l’hôpital et les psychiatres pouvaient faire pour moi à ce sujet, c’était d’augmenter ma dose de médication afin que je puisse retourner au travail.  Traduction : Me droguer pour pouvoir accepter les abus avec le sourire.  Me rebellant contre cette situation inacceptable, j’ai jeté ma médication aux poubelles, j’ai cessé de consulter, et j’ai pris action contre :

La Boite.
Puisque j’étais en chômage pour maladie, je n’avais plus à craindre qu’on me refuse le chômage pour départ volontaire.  J’ai remis ma démission, ce qui m’a permis d’intenter… :

La poursuite judiciaire contre La Boite.
Très longue histoire raccourcie au max :  Je les ai poursuivis pour harcèlement psychologique ayant causé dépression.   Comme il fallait s’y attendre, mon avocate a prolongé le cas au max, puisqu’elle était payée de l’heure.  En sept ans, j’avais déboursé $40 000.00.  (Toujours en équivalent d’argent d’aujourd’hui) Avec tout mon dossier des psys de l’hôpital, j’ai pu prouver mon cas et j’ai obtenu gain de cause. Le juge m’a octroyé $336 000.00.  L’avocate de La Boite a alors joué sa dernière carte, une que j’ai l’impression qu’elle préparait depuis longtemps: Ma poursuite a été déposée il y a sept ans.  Or, ça fait six ans qu’il existe des lois contre le harcèlement psychologique, avec barèmes fixes pour les amendes. Par conséquent, ça fait six ans que je poursuis La Boite au civil, au lieu de déposer plainte comme il se doit aux normes du travail.  Elle exige donc l’annulation du procès.  Annulation acceptée.  Je pourrais reprendre ma poursuite à zéro, ce qui signifie probablement sept ans de plus.  Mais voilà, avec la nouvelle loi, non seulement on ne m’octroierait jamais un tel montant, La Boite n’aura pas à me rembourser les frais d’avocat du premier procès annulé.

Je décide alors que, tant pis pour moi, mais La Boite ne s’en tirera pas ainsi. Malgré le fait que ma cause est financièrement perdue d’avance, j’opte pour l’option kamikaze. Oui, je vais reprendre la poursuite à zéro. Je me ruinerai, mais au moins, j’aurai la satisfaction de pouvoir prouver publiquement mes dires, ce qui va entacher une bonne fois pour toute la réputation de La Boite, les exposant au grand public pour ce qu’ils sont. Mon avocate transmet donc à celle de La Boite ma décision de continuer. 

La Boite me propose alors un arrangement hors-Cour :  Si je m’engage à cesser toute poursuite et à signer une entente de confidentialité, alors ils vont me rembourser mes frais d’avocats.  Ils précisent que ceci n’est en aucun cas une admission de culpabilité.  C’est juste leur manière d’être généreux.  Car, après sept ans, ils voient bien que je me suis vraiment convaincu d’avoir été lésé. Un nouveau déni, une claque de plus sur ma gueule.

Il est vrai que, de guerre lasse, après sept ans de combat aussi acharné qu’inutile, et réalisant qu’en effet rien ne les oblige à me proposer ça, j’en ai juste ultra-ras-le-bol et je ne pense plus qu’à en finir pour de bon.  J’ai accepté.  Ainsi, pour La Boite qui fait un chiffre d’affaire de deux milliards par année, ils ont payé ce qui est pour eux l’équivalent d’une poignée de monnaie.  Mon avocate s’est enrichie de $40 000.00.  Et moi, qui ai tout subi, harcèlement, dépression, ruine, je me retrouve avec rien.  Cette expérience m’a définitivement écoeuré du système judiciaire.

Le Nazi
Dès le départ du procès, l’avocate de La Boite a eu à révéler que « il n’est plus à l’emploi de La Boite. » Quand les agissements d’un employé amènent l’employeur à subir un procès, je comprends parfaitement qu’on lui ait montré la porte. Bonne chance pour te trouver un nouvel emploi dans le milieu avec ça sur ton CV. Ce sera bien la seule satisfaction que je tirerai de toute cette histoire. 

Le prêt étudiant.
Une étudiante en comptabilité m’a donné le truc parfait pour faire les paiements sans rien débourser :  Tu appelles la banque, tu demandes à modifier tes modalités de paiements, de manière à payer le montant minimum à chaque mois.  Or, le minimum, ce sont les intérêts sur ta dette, donc ce que tu dois verser à la banque et non au Ministère de l’Éducation.  Tu paies donc tes intérêts mois après mois.  Au bout de l’année, lorsque tu fais ta déclaration d’impôts, les intérêts sur prêt étudiant sont remboursables.  Tu passes donc pour un bon payeur puisque tu fais tes versements mensuels, la banque est heureuse puisque tu leur donnes du ca$h, et tu récupères ton argent au bout de l’année, pour le réutiliser pour tes paiements de l’année suivante.  J’ai utilisé cette méthode pendant trois ans, le temps que mes finances se redressent assez pour pouvoir vraiment rembourser.  (Aujourd’hui, le gouvernement connait le truc, alors ça ne passe plus.)

Ma dette de six mois de pension.
Pour une fois, le hasard m’est venu en aide :  L’année pré-dépression, mon faramineux salaire fit que j’ai eu à payer des impôts.  Mais l’année suivante, les quelques mois que j’ai travaillé + mon congé de maladie m’ont rapporté un généreux retour d’impôts… Dans lequel Revenu Québec Pensions Alimentaire s’est servi pour se rembourser avant de m’envoyer le reste, ce qui me laissa un beau 34$ pour célébrer la fin de mes ennuis financiers.

La mère de mes enfants et la pension alimentaire
Quand on a une personnalité comme la sienne et que malgré tout la Cour nous accorde la garde des enfants, on les élève à devenir des agresseurs ou bien on les rend suicidaire.  Ce fut les deux cas.  Aussi, elle les a envoyés au Centre Jeunesse de Québec.  Puisqu’elle était sur le BS, elle ne pouvait pas payer, alors c’est à moi que les factures du Centre furent envoyées, et ce même si je n’ai jamais signé la moindre entente avec eux.  Par conséquent :

Ma carrière et mes finances.
Le paragraphe précédent, tout comme mon expérience de très-bon-salarié à La Boite, me démontrent que tant et aussi longtemps que mes revenus restent en-dessous du seuil de la pauvreté, on ne peut pas me réclamer un sou.  Mais si par malheur je dépasse ce montant, alors là le BS de mon ex me collera de nouveau une pension alimentaire.  Pension qui, tel qu’expliqué quelques chapitres plus tôt, ne rapportera pas un sou à mon ex, puisque Revenu Québec amputera de son chèque de prestations le montant exact que je lui verserai.  Et ensuite, le Centre Jeunesse de Québec me collera des factures mensuelles dont le montant dépasse celui mon propre loyer.  Et ce, je le répète, pour un service que je ne leur ai jamais demandé et pour lequel je n’ai jamais rien signé

À l’époque de mes problèmes avec GM, je pouvais toujours me dire que je l’avais mérité, puisque j’avais délibérément signé le contrat.  C’était une responsabilité que j’avais prise.  Mais là?  Non!  Aucune entente ni verbale ni rien. Ici, c’est: C’est toi le père?  C’est toi qui paye! C’est peut-être légal de me coller ces frais, ça n’en demeure pas moins une injustice et un abus. 

Je n’ai donc pas eu le choix : Tant et aussi longtemps que mes enfants n’étaient pas tous majeurs, je devrai renoncer à toute carrière pouvant faire de moi un homme prospère, sous peine d’être de nouveau victime d’abus financiers, et du harcèlement qui vient avec.  Dans de telles conditions, choisir moi-même de rester pauvre, ce n’est pas de la fraude, c’est de la stratégie.  C’est une question de survie.  Et surtout, c’est parfaitement légal.  De toute façon, que je paye ou non le centre jeunesse et la pension, ça ne changera rien du tout aux finances de mon ex, ni aux soins reçus par mes enfants.  Je serais juste puni pour avoir commis le crime d’avoir eu une ex qui a lâché la pilule sans m’en parler.

Ah! C’est vrai!  Je n’ai pas le droit de le dire!  Ça fait de moi un potentiel meurtrier misogyne antiféministe.  Désolé!

Oui, je suis amer.  Après tout ce qui m’est arrivé, et surtout pourquoi ça m’est arrivé, est-ce si incompréhensible?

Et c’est comme ça que j’ai été obligé de renoncer à une vie adulte normale rapportant le revenu normal d’un travail normal. Je suis devenu artiste, gagnant tout juste de quoi survivre. C’est ce qui m’a amené à travailler pendant sept ans à Safarir.  Ainsi, année après année, que ce soit lorsque le BS de mon ex me traînait en Cour pour me fixer une pension, ou quand le Centre Jeunesse de Québec m’envoyait leur facture annuelle, je leur montrais ma déclaration d’impôts prouvant que je vivais en dessous du seuil de pauvreté, et j’avais la paix pour une autre année.

Ironiquement, ça signifie que lorsque Camélia m’a dit que je ne resterais pas longtemps à La Boite, que je travaillerais dans le dessin parce que c’est ce que j’aime, et que je n’aurais jamais d’argent à cause de mon ex, c’était à 100% prophétique.  . 

Éventuellement, la mère de mes enfants s’est trouvé un travail à $49 000.00 par année.  Ceci, et le fait que mes enfants devinrent bientôt tous majeurs, firent qu’enfin, en 2016, à 48 ans, j’étais enfin libéré de toute obligation imposée, financière ou autre.  En prenant fin, cette situation ne pourra plus jamais saboter mes relations, furent-elles de travail ou bien de couple. J’ai enfin pu reprendre ma vie d’adulte là où elle s’était interrompue à 24 ans.

J’avais perdu la moitié de ma vie. Presque toute ma vie adulte.

Aujourd’hui, je suis de nouveau employé de bureau, cette fois pour La Firme, à avoir un travail assez semblable à celui que je faisais pour La Boite.  Le salaire n’est peut-être pas à la hauteur de (l’équivalent de) ce que je recevais à l’époque, mais je n’ai pas à me plaindre. Parce que cette fois-ci, je n’ai qu’une seule personne à faire vivre: Moi! C’est plus que suffisant. Surtout que je vis enfin la véritable richesse: Celle de ne pas avoir de dettes. 

Oh! Ce qui m’amène à cette autre chose à régler, dont je n’avais pas encore parlé:

Mon mauvais dossier de crédit.
Celui-ci a éventuellement pris fin. Je n’ai pas cherché à obtenir le moindre crédit après ça. Puis, en 2012, alors que je me suis inscrit à ma banque en ligne, il y avait une offre promotionnelle pour obtenir une Visa avec eux. J’y ai vu une opportunité de me faire un bon dossier de crédit et je l’ai prise. Le principe est simple: Ne jamais y mettre plus que ce que j’ai en banque, et la rembourser en totalité avant la fin du mois, chose facile puisque j’ai maintenant accès à mon compte en ligne, aussi bien pour consulter mon solde que pour faire des virements. Ainsi, me voyant bon payeur, ils m’ont offert d’augmenter ma marge, la faisant passer de $500 à $1000, $1 500, $2 000, $3 500… Je les ai toutes acceptées l’une après l’autre, sans jamais changer ma stratégie de charge et de paiements. Je suppose que ça irait à l’encontre du tabou social, de vous dire à quelle marge j’ai droit aujourd’hui. Mais disons que si je le voulais, je pourrais me payer à crédit, et en un seul versement, une auto d’occasion.

Chose qui ne risque pas d’arriver, bien sûr. J’ai eu ma leçon.

Mais j’ai maintenant la tranquillité d’esprit de savoir que, grâce à mon excellent dossier de crédit, je suis couvert quoi qu’il arrive. Plus jamais je ne me retrouverai dans une situation dans laquelle je risque de tout perdre.  Même si aujourd’hui un incendie m’enlèverait logement et possessions, je pourrais me procurer le lendemain un nouvel appartement et de quoi le meubler.

À SUIVRE
Dans la prochaine partie, je parlerai des séquelles psychologique et sociales que j’ai gardé pendant 21 ans, suite à toute la série de malheurs que j’ai subies découlant de mon contrat avec GM.  Et comment une simple conversation avec un ami il y a dix jours m’en a enfin libéré.

General Menteurs, partie 7: Pas d’issue et pas de pitié

RÉSUMÉ: À 29 ans, j’ai commencé à sortir avec Camélia, 19 ans, chose qui ne plaisait pas à son père, cadre haut placé chez GM.  Il m’a influencé à acheter une auto, mais je suis victime d’une longue série d’arnaques, ce qui fait que les paiements de celle-ci ont tôt fait de me ruiner.  Ayant perdu l’auto et Camélia, c’est la fin des ennuis.  Du moins, de ceux relatifs à GM. Presque aussitôt, au travail, je change de chef d’équipe. Il passe les dix mois suivants à me faire subir du harcèlement moral et psychologique. Alors quand en plus GM me retrace et me réclame $28 000.00, harcelé de toutes parts, je deviens dépressif.  

Couché dans ce lit d’hôpital, je contemple les cinq dernières années de ma vie.  Je regarde tous les efforts que j’ai fait, en volonté, en temps, en travail, pour passer de sans-emploi-ni-éducation à diplômé et travailleur prospère.  Et le bilan est aberrant!

Comment est-ce possible que mon ancienne vie de BS, alors que j’étais à zéro, puisse être meilleure que ma vie actuelle?  D’accord, je n’avais aucun diplôme, mais je n’avais pas non plus de prêt étudiant à rembourser. J’étais dans une relation abusive, mais je n’avais pas à donner la moitié de mon salaire clair en pension alimentaire.  J’étais sans emploi, mais je n’avais pas à subir le harcèlement psychologique au travail. La famille de la mère de mes enfants me rabaissait, mais c’était pour que je reste avec eux, à leur niveau. Tandis que la famille de Camélia me rabaissait pour que je ne puisse pas monter avec eux, à leur niveau.  Je n’avais pas d’argent mais c’est normal, j’étais sur le BS. Tandis que là, je n’ai pas d’argent malgré le fait que je travaille à près du double du salaire minimum.

Comment est-ce possible que, peu importe ce que je fais, les choses se passent toujours de manière à ce que je retombe toujours à zéro?  Pire, pour que le seul choix qui s’offre à moi soit ou bien de n’être rien, ou bien devenir moins que rien?

J’ai toujours été une personne réaliste. Je n’ai jamais cru à ces conneries de destin tout tracé, d’être né sous une mauvaise étoile, d’être frappé de malchance chronique. J’ai toujours été convaincu que la vie est composée de 80% de ce que l’on en fait, et 20% des faits du hasard. Certains hasards se trouvent à aller dans notre direction, et d’autres iront à contresens.  C’est la vie, et ce pour tout le monde. Et il est impossible, statistiquement, dans les probabilités, et de façon mathématique, que les hasards aillent toujours dans un seul sens. Et encore moins toujours à contresens, à sans cesse tout mettre en oeuvre pour te barrer la route.

Pourtant…

Lorsque mes projets échouent, mon premier réflexe a toujours été de me regarder en premier.  De trouver où se situait mon erreur de jugement. De voir ce que j’ai bien pu dire ou faire pour m’attirer tel ou tel problème.  Car s’il est une personne qui a passé sa vie à apprendre de ses erreurs, c’est bien moi.

Mais qu’est-ce que je suis supposé apprendre lorsque je n’ai fait aucune erreur?  Lorsque j’ai fait tout ce que j’avais à faire? Lorsque tout s’est écroulé à cause de hasards aussi imprévisibles qu’incontrôlables?

Regardez les faits:

  • Carl et sa femme Gina, je les ai connus dans ma jeunesse, à St-Hilaire, au début des années 80.
  • Camélia, je l’ai connue au Cégep André Laurendeau de Ville-Lasalle, à la fin des années 90.
  • Carl et Gina habitent Ahuntsic.
  • Camélia et son père habitent Kirkland.
  • Gina me trouve un travail à La Boite où elle travaille, à Saint-Léonard.
  • Le père de camélia est patron de GM

Qu’est-ce qui relie tous ces gens-là de près ou de loin?  RIEN!

Quelles sont les chances pour qu’un vendeur de chez GM ait de la famille à La Boite?
Et que, des milliers de personnes qui travaillent à La Boite, celui qui a un frère vendeur à GM, ce soit mon PDG?
Et que parmi les centaines de vendeurs de tous les concessionnaires GM du Grand Montréal, pourquoi a-t-il fallu que je tombe justement sur lui?

Il y a un million sept-cent cinquante mille habitants dans toute l’Île de Montréal. POURQUOI UNE TELLE COÏNCIDENCE?

Et pourquoi est-ce que, le jour-même où on devait me livrer la Golf, elle est tombée en panne?
Et pourquoi est-ce que la seule auto disponible ensuite coûtait le double?
Et pourquoi est-ce que mon statut d’emploi ne me permettait pas de l’acheter, seulement de la louer, ce qui multipliait à ce point les frais?
Et que, de tous les employés de GM, pourquoi suis-je tombé sur celui qui représente le mieux le cliché comme quoi les vendeurs de char sont des crosseurs?
J’étais pourtant le gendre de son patron.  Pourquoi est-ce que ça ne m’a pas protégé de ses arnaques?

La Boite a de nombreuses branches partout à Montréal, au Canada, aux États-Unis, et même en Europe. Pourquoi est-ce que je travaille justement dans celle où mon PDG a son bureau, ce qui fait que je suis exactement là où il faut pour subir des représailles si j’essaye d’obtenir justice contre le vendeur?

Et juste comme la situation avec GM commençait à se redresser, pourquoi a-t-il fallu que presque aussitôt, les choses prennent un tournant pour le pire au travail?

Des milliers de personnes qui travaillent à La Boite, pourquoi a-t-il fallu que ce soit Le Nazi qui devienne mon chef d’équipe?
Et que, de tous les membres de l’équipe, ce soit moi qu’il ait pris en grippe?
Je ne le connaissais pas, ce gars-là!  On ne se voit qu’une heure par jour. Qu’est-ce que j’ai donc bien pu faire pour m’attirer ses mesquineries?
Que ce soit Rolande ou les gens des Ressources Humaines, ils voient bien qu’à chaque fois que Le Nazi essaye de faire officiellement quelque chose contre moi, c’est lui l’incompétent et non moi.  Pourquoi est-ce qu’ils se rangent de son bord?
Pourquoi suis-je le seul employé de La Boite qui n’est ni à contrat, ni temporaire, ni permanent?  Comment me déclarent-ils fiscalement alors? Ça n’a aucun sens.

Et pourquoi est-ce que le destin ne cesse de me narguer, comme par exemple en me faisant gagner ces billets d’avions, juste quand je ne suis pas là pour recevoir le prix?  Pourquoi Le Nazi est-il intervenu? Pourquoi est-ce que ceux qui ont gagné mes billets au re-tirage, ce sont justement les complices du Nazi?

Quelles sont les probabilités pour que tous ces malheureux hasards me tombent dessus, comme ça, non-stop?

Il est impossible, IMPOSSIBLE, que la vie puisse s’acharner sur quelqu’un pour lui gâcher l’existence à chaque tournant.  Et pourtant, il faudrait faire preuve de mauvaise foi en béton pour nier que c’est exactement ce qui m’arrive.  Le destin et le hasard font tout pour se liguer contre moi, en m’envoyant une série de coïncidences inouïes qui ruinent ma vie à chaque tournant.

C’est tellement illogique! Tellement peu crédible.  
Et pourtant, c’est ce que je vis en ce moment.
Et pourtant, c’est impossible d’être aussi malchanceux.
Et pourtant, je le suis.
Et pourtant c’est irréel.
ET POURTANT C’EST LA RÉALITÉ!

C’est à vous rendre fou.

Et si moi, qui l’ai vécu, je trouve ça trop irréel pour être crédible, imaginez la réaction des autres face à mon histoire. Histoire, du reste, que je dois au début écrire au stylo sur des bouts de papier lors de mes consultations, puisque je suis maintenant muet.  Cette tuile supplémentaire n’a rien fait pour aider les choses. C’est un obstacle de plus qui se dresse entre moi et la compréhension de mon entourage, incluant les médecins et psys qui me suivent. Dont une qui n’a pas hésité à me crier d’arrêter de faire semblant d’être muet, malgré le diagnostic officiel des deux neuropsychologues qui m’ont traités.  

Je mettrai trois mois à progressivement réapprendre à parler. J’ai quand même gardé, à ce jour, un débit un peu lent et un ton monotone.

La situation qui a mené à ma dépression m’attire les jugements aussi négatifs et sans appel de la part de tous.  Par exemple, il y en a qui me répètent sans cesse que la chance ou le malheur, ça n’existe pas.  Tu te crées toi-même ta chance en étant vaillant, ou tu crées toi-même ton malheur avec tes mauvais choix de vie.  Je veux bien! Mais il est où, mon mauvais choix de vie, là-dedans? Elle est où, mon erreur de jugement? Être sorti avec Camélia?  Quand une fille jeune, belle, gentille, sérieuse face à son avenir, de bonne famille, tombe en amour avec toi, et que l’attirance est mutuelle, en quoi est-ce une erreur de former un couple avec elle?

Mais voilà, essaye de leur faire comprendre raison, à ces gens-là, et ils vont réagir en exagérant dans l’autre sens :

« Ok d’abord! T’as jamais rien fait de mal, ce sont toujours les autres qui se sont donnés le mot pour te faire chier, pis t’es le gars le plus malchanceux au monde. C’est ça que tu veux entendre? »

Évidemment que non, ce n’est pas ça que je veux entendre. Je veux juste qu’ils reconnaissent les faits. Je veux juste qu’ils voient que leur belle réponse préfabriquée, classique et cliché comme quoi chacun est toujours l’unique responsable de ses propres malheurs, ça ne convient pas à toutes les situations. Est-ce que c’est si difficile que ça de vous ouvrir les yeux pour regarder les faits? Une exaspération de plus à rajouter à la tempête émotionnelle qui rage non-stop dans ma tête.

Non mais c’est vrai, quoi! Ma faute! Ma faute! C’est facile à dire, ça, ma faute! Si je me suis rendu au Cégep, était-ce une faute, ou était-ce au contraire parce que je prenais mon avenir au sérieux? Si j’étais rédacteur en chef du journal étudiant où j’ai rencontré Camélia, était-ce une faute, ou était-ce parce que j’avais ce qu’il faut pour occuper ce poste? Si Camélia est tombée en amour avec moi, était-ce une faute, ou était-ce parce que j’avais les qualités qu’elle recherchait chez un homme? Si Gina m’a offert un poste dans La Boite, était-ce une faute, ou était-ce parce que j’étais qualifié pour ce travail?

Et quand on me dit en plus que c’était à moi de ne pas courir après les problèmes, en allant délibérément vers les situations foireuses, je ne peux m’empêcher de répondre:

Pour « courir après les problèmes », comme tu dis, il aurait fallu que je sache d’avance qu’en devenant rédacteur en chef, j’allais y rencontrer Camélia un an plus tard. Et qu’elle allait tomber en amour avec moi. Et que son père allait me passer une arnaque huit mois plus tard avec la complicité d’un de ses vendeurs. Vendeur dont le frère avait fondé une compagnie. Compagnie dont je n’apprendrai l’existence que lorsqu’une amie d’enfance m’y offrira un travail quelques mois plus tard. Alors tu t’imagines quoi, en disant que j’ai couru après le problème? Que je suis devin, clairvoyant et télépathe? ”  

L’affaire, c’est que quand une personne est convaincue qu’elle sait mieux que toi quel est ton problème, surtout si elle préjuge sans savoir de quoi il s’agit, ça démontre que cette personne est orgueilleuse.  Elle ne dit pas ça pour t’aider. Elle dit ça pour avoir raison. Son focus n’est pas sur toi mais bien sur elle-même. Alors si tu lui démontres qu’elle se trompe, tu démolis ce qu’elle utilisait pour s’élever au-dessus de toi.  Par conséquent, tu la rabaisses. Un ami ne la rabaisserait pas. Alors très bien, si elle ne peut pas être ton amie, elle sera ton ennemie. Tu as maintenant une personne de plus pour médire contre toi à tout le monde et à te mettre des bâtons dans les roues autant qu’elle le pourra.

Bien que je ne travaillais plus, la mère de mes enfants continuait à recevoir la pension, et moi je recevais, à chaque mois, une facture auquel s’ajoutaient des frais de retards, auquel se sont ensuite rajoutées mise en demeure et menace de poursuite judiciaire.

Je ne m’expliquais pas cette situation illogique. Je veux dire, d’où est-ce que Revenu Québec Pensions Alimentaires prenait l’argent à lui verser, puisque sans travail, donc sans revenus, j’avais cessé de faire mes versements? Ça a été très difficile d’avoir leur collaboration à ce sujet, ne serait-ce que pour me renseigner. D’abord, parce que, les trois premiers mois, étant muet, je ne pouvais leur parler, et ils refusaient de discuter de mon dossier à une tierce personne. Et dès que je pouvais de nouveau parler, eh bien en tant que père mauvais payeur, je n’avais droit qu’à rudesse, mépris et irrespect. Ça a pris beaucoup de patience et d’explications de ma situation avant qu’une des fonctionnaire comprenne, adoucisse son ton de voix et m’explique à la fois ce qui se passe, et comment y mettre fin :

C’est que depuis la fin des années 80, pour éviter les cas beaucoup trop nombreux de pères mauvais payeurs, Revenu Québec Pensions Alimentaire verse à Madame le montant fixé par la Cour. (J’en profite en passant pour vous préciser qu’à l’époque, il n’y avait pas de barèmes à taux fixes calculés sur le nombre d’enfants et les revenus de Monsieur. La pension, c’était un montant X exigé par Madame, réclamé par l’avocate et accordé par la juge. C’est pour ça que je payais autant.) Comme ça, Madame reçoit toujours son argent, et si Monsieur est mauvais payeur, eh bien voilà, ce n’est pas madame qu’il lèse, c’est le Gouvernement. Donc, c’est le Gouvernement, avec toutes ses ressources, qui le traînera en cour, fera de lui un criminel, et l’obligera à cracher l’argent. Avec intérêts. Sous peine de devenir un criminel.

Je comprends, et je ne peux qu’approuver une telle loi. Sauf que dans mon cas personnel, elle est abusive, étant donné ma situation. Elle me dit alors que j’aurai besoin de prouver que je ne puisse plus payer, en envoyant à Revenu Québec mes preuves comme quoi je suis en chômage ou sur le BS.

Mais voilà, je ne peux pas faire ça. Pourquoi? Parce que, techniquement, puisque je suis toujours à l’emploi de La Boite, je n’ai droit ni au chômage ni au BS. Et si je leur donne ma démission, ce sera un départ volontaire, ce qui fait que là encore, je n’aurai droit ni au chômage ni au BS. Sur quoi est-ce que je vis en ce moment, alors? Je m’endette auprès de mes pauvres parents. Parents, du reste, qui m’apportent une solution : Ce qui m’est arrivé, c’est à la fois au travail et à cause du travail. C’est donc un accident de travail. Je peux donc utiliser ça pour avoir droit à quelques mois de chômage.

Ça a pris deux autres mois de discussions avec les psys avant que ma dépression puisse être considérée comme entrant dans la catégorie des accidents de travail. Et encore, c’est bien parce que je suis tombé sur un docteur généreux qui me l’a accordé, en voyant bien que ma situation était sans issue et que plus le temps passait, plus je m’enfonçais. Parce que techniquement il aurait fallu avoir une preuve légale, comme quoi ma dépression a été causée par le travail. À l’époque le harcèlement moral au travail n’était encore illégal. Il aurait fallu faire la preuve de cause à effet par une poursuite judiciaire, en espérant que le jugement soit en ma faveur.

Lorsque j’aurai enfin mon chômage de maladie, et que j’ai enfin pu faire cesser la pension, je devais six mois de paiements. Une dette impossible à effacer, car bien que le document dit que je suis tombé en dépression il y a six mois, ce n’est que maintenant qu’ils ont reçu ce papier, ce n’est donc qu’à partir de maintenant que je n’ai plus à payer. Mais ce n’est pas rétroactif. Bref, que ce soit GM ou Revenu Québec, quand les règlements sont faits par ceux qui veulent ton argent, tu n’as aucun recours, tu payes.

Tout cela me montrait que, à partir du moment où mon ex a lâché la pilule pour me manipuler à rester avec elle avec cette paternité imposée, ma vie n’a plus été qu’un sable mouvant : Ou bien je me résigne à mon sort et me laisse couler sans rien faire comme un con, ou bien je me débats et je m’enfonces encore plus vite.

Mal m’en pris de dire ça autour de moi, ça m’a valu un nouveau qualificatif : Misogyne. Normal! Car lorsque je raconte ça, qu’est-ce que je dis réellement, hm? Je dis que si une femme est déterminée à causer du tort à un homme, alors elle a droit à la complicité de la loi pour le faire. Or, la seule opinion socialement acceptable au sujet du triangle homme-femme-loi, c’est que l’homme viole la femme, la femme dénonce l’homme, et la loi se fout de la femme et blanchit l’homme. Dans cette situation,. seule la femme a le droit d’être la victime de l’homme. Si tu oses raconter l’inverse, même avec preuves à l’appui, alors tu es un Marc Lépine en puissance qu’il faut surveiller, ou au besoin faire enfermer pour raisons préventives.

À tous ces revers moraux et financiers se rajoutent maintenant la facture de GM qui a trouvé son chemin par la poste, jusque chez moi. Celle-ci est à la fois un revers financier car, à son montant initial, se rajoutent des intérêts de retards qui montent la facture à plus de $30 000.00. Et un revers moral, puisque moi, on ne m’a jamais permis de l’acheter, seulement de la louer, à prix exorbitant. Mais l’autre gars a eu le droit de l’acheter, et ce au montant ridicule de $15 500.00, lui. Et pendant qu’il roule dans son char, sans limite kilométrique, je dois vivre l’humiliation de devoir payer à GM le double ce qu’il a eu à débourser, comme me l’expriment si bien la facture, la mise en demeure et la menace de poursuites judiciaires.

Toute cette pression morale ne fait que s’accumuler de toutes parts, dans un rythme infernal qui ne veux juste pas prendre fin.

J’ai un jour lu dans un comic book une phrase qui décrit parfaitement ce genre de situation: There is no ground floor in Hell. À chaque fois que la vie te décroche un coup de pied en pleine gueule et que tu t’écrases, tu te dis que voilà, ça y est, tu ne peux pas tomber plus bas. La vie t’en décroche alors un autre, te faisant tomber un autre niveau plus bas. Et ça se répète encore, et encore, et encore. Et tu continues de descendre, car peu importe combien bas tu es tombé, il y a toujours un niveau plus bas qui t’attend.

Preacher no.64, DC Comics

À SUIVRE