General menteurs, 9e partie: Les séquelles.

On ne passe pas à travers ce que vous avez lu dans les huit chapitres précédents sans que ça laisse des séquelles, qui à leur tour apportent leur lot de conséquences sociales.

Certaines sont mineures, voire même positives. Par exemple, maintenant, dans mon choix de femmes, on ne me verra plus jamais approcher une fille bourrée de complexes, ni une avec qui j’ai zéro en commun en dehors du lit, ni une qui ne sait pas utiliser un ouvre-boite manuel, et encore moins une qui habite encore chez ses parents. Au moins, dans ce dernier cas, puisque je suis âgé de 50 ans, ça ne risque plus d’arriver. Mon âge me met également à l’abri d’un autre truc: Maintenant que tous mes enfants sont adultes, plus personne ne va me questionner sur le fait que je ne vis pas avec eux.

Par contre, il y a un truc sur lequel je n’ai jamais décroché: La malchance infernale qui a empoisonné mon existence durant cette période de ma vie. La pire étant la coïncidence extraordinaire que non seulement je tombe sur le vendeur d’auto le plus arnaqueur qui soit, il est le frère de mon PDG, ce qui lui permet d’utiliser ça pour me faire de l’intimidation et me forcer à respecter son contrat abusif.

Et comme je l’écris, deux chapitres plus tôt, j’ai moi-même du mal à y croire alors que je l’ai vécu. Alors vous pouvez imaginer à quel point c’est difficile pour quelqu’un d’autre d’accepter que ceci puisse être la réalité. Car sans pour autant me traiter de menteur, il reste que c’est le genre de choses que la majorité de la population n’a jamais vu et ne verra jamais. Alors ils trouvent ça bizarre.

En fait, non, ils ne trouvent pas ça bizarre. Ils me trouvent bizarre. Et ça, c’est quelque chose qui perdure jusqu’à ce jour. Littéralement! Car au moment où j’écris ces lignes, voilà quelques heures à peine que j’ai eue la conversation suivante.

(Pssst! C’est pas pour te faire un blâme, mec! Ça collait juste trop bien.)

Ceci est l’exemple parfait de la réaction de la population générale face à cette période de ma vie. Face au genre d’événements qui ne se produirait jamais dans leur univers, le premier réflexe des gens n’est pas de mettre en cause les événements, mais plutôt la personne qui subit les événements.

En 2003, ça faisait six ans, que j’avais rencontré Camélia, ce qui fut le départ de tous les hasards malheureux GM-esques qui en ont découlés. Je continuais à en vivre avec les conséquences légales et financières, et je continuais encore à faire face à l’incompréhension et à l’incrédulité de ceux qui me questionnaient sur le comment du pourquoi de mon sort.

À force de vivre ça, c’est probablement ce qui a fait naître chez moi le désir que les gens me trouvent crédible dans ma malchance. Et puisqu’il était impossible que les gens croient à mes problèmes Camélia-belle-famille-GM-Travail, alors j’irais raconter d’autres mésaventures qui me sont arrivées, celles-là plus crédibles. Certaines causées par ma propre faute, certaines causées par la faute des autres, et certaines causées par de simples faits du hasard. Qui sait, peut-être que j’essayais inconsciemment de mettre en tête aux gens que si j’ai pu vivre tous ces petits désagréments, alors il est possible que j’ai subi tous ceux relatifs à GM.

Et c’est comme ça que, au printemps de 2003, est née La Zone Requin.

De 2003, et jusqu’à ce que Geocities ferme boutique en 2009, les gens ont pu lire mes mésaventures. Au début, lorsque j’avais une dizaine de textes, la réaction des gens était positive. Et c’est normal. Qui n’aime pas entendre une bonne vieille histoire foireuse vécue? Les gens étaient amusés. Ça ne pouvait que m’encourager à en rajouter. Ainsi, au fil des années, j’ai peu à peu rajouté plusieurs histoires, certaines anciennes, et d’autres venant tout juste de m’arriver. Vers sa fin de vie, mon site avait une quarantaine de textes.

Mais voilà, il y a un truc que je n’avais pas prévu: Si une personne raconte un malheur qui lui est arrivé, ça peut être drôle. Il en raconte une autre, c’est drôle encore. Mais plus il en raconte, et plus ça passe de “J’ai de petits malheurs occasionnels comme tout le monde” pour devenir “Tous les aspects de ma vie sont merdiques.” Et plus il en rajoute, moins c’est drôle, et plus ça devient malaisant.

En 2007, je m’amuse à rechercher “Zone Requin” sur Google. Voyez ce que dit le dernier exemple de cette capture d’écran de l’époque:

Pathétique! Voilà ce que j’étais devenu aux yeux du public.

Et c’est normal, après tout. Quand une personne subit un petit malheur une fois de temps en temps, les gens ressentent de la sympathie pour lui. Mais quand sa vie n’est que revers par-dessus malheurs par dessus malchances? Non, rendu là, ça ne sert à rien d’avoir de la sympathie pour ce gars-là. Il est juste une cause perdue. Un loser!

Et les losers, ça n’attire qu’un seul genre de personnes: Ceux qui ont besoin d’avoir un loser dans leur entourage. Parce qu’ils sont intimidateurs dans l’âme et veulent une cible facile. Parce qu’ils veulent un punching bag à rabaisser. Parce qu’ils veulent quelqu’un à exploiter. Parce qu’ils sont eux-mêmes losers et ont besoin de chier sur quelqu’un pour se sentir supérieur à au moins une personne dans leur vie. Leur besoin d’avoir un loser avec qui se comparer positivement était telle qu’ils n’hésitaient pas à s’arranger eux-même pour me saboter afin que s’assurer que j’en sois bien un. Alors vous pouvez imaginer le gros scandale quand je ne me laissais pas faire et que je les remettais à leur place.

Je me suis fait quelques ennemis de cette manière-là. Et leur hargne persiste à ce jour, plus de quinze ans plus tard. Parce qu’il est plus acceptable pour eux de continuer de colporter cette image erronée qu’ils veulent avoir de moi, que de regarder les faits, d’accepter qu’ils font erreur à mon sujet, et passer à autre chose. C’est dire à quel point il est vitalement important pour certaines personnes d’avoir dans leur entourage un loser désigné, et que celui-ci reste loser.

Ça me prendra une autre décennie avant que je constate la seconde erreur que j’ai commise en créant cette page web. En observant les gens autour de moi, j’ai réalisé qu’à eux aussi, il arrivait deux, quatre, huit anecdotes malheureuses tout le long de l’année. Mais voilà, une fois le problème passé, ils n’y pensaient plus. Et leur entourage non plus. Moi? En les écrivant toutes, je les gardait vivantes dans ma tête, et dans celle des autres, pour toujours. Contrairement aux gens normaux, j’oubliais les bons cotés de ma vie pour ne garder vivant que le négatif. Ce qui fait que non seulement je conditionnais la population à me voir comme rien d’autre qu’un loser, je m’hypnotisais moi-même à le croire.

Et c’est là que, en 2009, j’ai constaté que j’avais passé mes douze dernières années sur une cause perdue. Non seulement personne ne croira jamais toutes les malchances extraordinaires qui ont parsemé ma saga avec GM, non seulement je n’aurai jamais droit à la sympathie du public, j’ai créé moi-même l’image de loser qui me colle maintenant à la peau. N’ayant plus rien de bon à tirer de La Zone Requin, je l’ai laissé disparaître en même temps que Geocities.

Et je n’ai plus jamais reparlé de ma saga GM à personne.

À partir de ce moment-là, ma manière de réagir à mes malheurs a complètement changée. Si j’ai un problème, je le règle. S’il m’arrive un malheur, je continue comme toujours de me regarder en premier pour voir si j’en suis la cause ou non. Si oui, j’agis comme il se doit pour régler la situation. S’il y a une leçon à en tirer de mon malheur, je l’apprend. S’il n’y en a pas, tant pis, je l’oublie et je passe à autre chose. Mais surtout, maintenant, quand la vie m’envoie de la merde, j’en fais du fumier, puisque le fumier nourrit et fait grandir. Bon, à condition d’être végétal, mais vous comprenez le symbolisme. Le meilleur exemple de cette mentalité, je vous l’ai démontré en février dernier. J’étais concierge. J’ai glissé sur un escalier verglacé. Je me suis brisé une vertèbre. Je ne pouvais plus exercer mon métier. Alors je suis devenu employé de bureau, et tous les aspects de ma vie se sont améliorés sur tous les niveaux.

N’empêche que je n’ai jamais cessé de penser que ma période GM a été extraordinairement malchanceuse. C’est quand même inouï, toutes ces coïncidences et hasards malheureux.

À CONCLURE (Pour de vrai, cette fois)

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