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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et obsédé textuel.

La saga du casino, 2 de 3: Pour le pire…

Début de mars 1994. Le lendemain de sa soirée au Casino où ils lui ont remis les clés de la Lincoln Continental, la belle-mère n’a de cesse d’admirer son véhicule. Puis, en soirée, après avoir soupé, elle se change et repart au casino en disant:

« Bon ben à c’t’heure que j’ai gagné le char, m’as aller gagner l’argent pour les plaques, les assurances pis l’enregistrement. »

Et devinez quoi?  C’EST ARRIVÉ!   Le hasard a voulu qu’elle en revienne ce soir-là avec plusieurs milliers de dollars, soit de quoi couvrir toutes les dépenses relatives à l’auto. Après ce coup-là, la belle-mère deviendra totalement accro au casino, voyant la chose comme le juste retour de karma d’une longue vie de misère, de travail acharné et de sacrifices.

Petit historique de la famille Sinclair (D’après ce que Kim m’en a dit.)
Les Sinclair viennent de Charlevoix.  Vers la fin des années 1970, sans consulter son mari, la (future) belle-mère a pris la décision de vendre la maison et d’installer la petite famille à Montréal. Elle se foutait bien du fait que son mari et leurs filles Kim et Muriel se retrouvaient brusquement déracinés. Elle voyait la grande ville comme étant une terre d’opportunité, l’équivalent du American Dream, capable de faire sa fortune. Après divers emplois, elle a pu s’en mettre assez de côté pour se payer un camion réfrigérant et est devenue livreuse de produits laitiers pour Québon.

A force de temps, de travail et de sacrifices, elle a réussi à devenir propriétaire d’une maison à revenus, soit le triplex dans lequel ils vivent en ce moment. Or, elle fit son achat avant de le faire inspecter par la ville.  Par conséquent, elle s’était bien faite avoir. La maison lui avait été vendue en tant que quadruplex.   Lorsqu’un inspecteur passa, il lui signala que l’appartement du sous-sol était illégal, puisqu’il n’y a qu’une seule sortie, ce qui enfreint toutes les règles de sécurité.

Ensuite, un des logements du haut était loué à un BS.  Un an après l’achat de la maison, il est parti en devant plusieurs mois de loyer. La belle-mère a dépensé beaucoup en frais légaux pour le retracer et le traîner en cour. Elle y a appris, à son grand désarroi, que quand tu poursuis une personne qui est sans le sou, le plus que la Cour peut faire, c’est lui donner l’ordre de rembourser à coup de quelques dizaines de dollars par mois, montant dérisoire quand le loyer en retard et les dépenses légales montent à plusieurs milliers de dollars. Le locataire n’a payé ce montant dérisoire qu’une seule fois, avant de disparaître de nouveau. La belle-mère ayant perdu assez d’argent dans cette aventure comme ça, elle n’a eu d’autre choix que de laisser tomber.

Enfin, la vieille dame qui habitait au logement restant est partie vivre en foyer pour personnes âgées.  Et c’est ainsi que cette maison qui devait générer un revenu de trois loyers, qui aurait pu payer l’hypothèque et bien plus, s’est transformée en gouffre financier.

Suite à son expérience avec le locataire BS, la belle-mère considère qu’on ne peut pas se fier aux jeunes.  Aussi, elle ne veut louer qu’à des personnes âgées.  Mais voilà, quand ces gens cherchent un appartement, ils essayent d’éviter les escaliers autant que possible. Les deux logements du 2e étage ne trouvent donc pas preneurs et sont vacants depuis des années.

Malgré tout, à force de travail, d’épargne et à mener une vie bien rangée, elle accumulait peu à peu: Des véhicules, des placements, une collection de monnaie rare, etc…  Son seul excès, c’était le tabagisme, fumant un ou deux paquets par jour.

Le travail de livreuse de la belle-mère lui prend 14 heures par jour, 6 jours par semaine. Son horaire de la journée s’établit ainsi: Lever à 5:30, départ à 6:00 vers l’entrepôt de Québon. Le temps d’y arriver et de remplir le camion de sa commande de lait de la journée, elle repart à 7:30 pour commencer ses livraisons à 8:00, et les terminer à 17:00. Puis, après le souper, elle fait sa comptabilité de la journée jusqu’à 22:00. Puis, elle va se coucher et dort jusqu’au lendemain matin, 5:30.

À partir du moment où la belle-mère devient accro au casino en cette fin d’hiver 1994, son horaire de la journée reste inchangé de 5:30 à 17:00. Cependant, une fois revenue à la maison, elle mange maintenant à toute vitesse, fait sa comptabilité, puis se change et part au volant de sa Lincoln Continental en direction du casino. De nos jours, le casino opère 24/7.  Mais à ses débuts, il était fermé de 3:00 à 6:00 am.  Elle y reste donc jusqu’à la fermeture, à trois heures du matin. Elle revient à la maison et dort de 3:30 à 5:30, puis elle se lève et repart travailler. Elle maintiendra ce rythme infernal à deux heures de sommeil par jour de façon quasi quotidienne pendant au moins deux mois.

Mais entre-temps …

Dernier jour de mars 1994. Voilà un mois et demi que Kim et moi sommes allés au casino pour la première et dernière fois.  Et nous subissons encore les conséquences de son excès de dépenses.   Attablés à notre appartement de Verdun, nous faisons nos comptes. En comptant l’argent que Kim a en banque dans notre compte conjoint et en l’ajoutant à celui du chèque de chômage qu’elle va recevoir demain chez sa mère, et en soustrayant nos factures mensuelles, on constate qu’il va nous manquer cinquante dollars pour pouvoir payer les quatre cent du loyer à remettre demain.

Il me vient alors une idée. Un plan logique, à risque minime.  Je l’expose à Kim:

« On pourrait prendre un risque calculé. »
« C’est à dire? »
« On pourrait aller au casino, mais en limitant nos dépenses à cinquante piasses. Si on gagne, notre problème est réglé. Si on perd, on va être dans le trou de cent piasses au lieu de cinquante, mais ça ne va pas nous mettre dans l’trouble tant que ça. Dans un cas comme dans l’autre, ça va pouvoir se régler à ton prochain chèque de chômage dans deux semaines. »
« Ouais! Ça a ben d’l’allure. Ok, let’s go! »

Nous passons à un guichet automatique. Kim retire cinquante dollars (On pouvait retirer des multiples de 10 à l’époque), et on se rend au casino. Une fois arrivés, on se le sépare en vingt-cinq pièces de un dollar chacun, et on part chacun de notre côté.

Probablement influencé par le gain de la belle-mère, je m’assois aux machines qui entourent une Lincoln Continental.  Pour gagner l’auto, il faudrait que je joue la mise maximale de trois dollars et que les trois chiffres 7 apparaissent sur mon écran. Je joue en alternant au hasard la mise, mettant parfois un dollar, parfois deux, parfois trois.

Et là, tout juste après avoir mis trois dollars, J’AI LE TRIPLE SEPT!

Pendant deux secondes, je crois avoir gagné l’auto, mais la machine commence à me verser une chute de pièces de un dollar. Je déchante un peu en réalisant que pour que je puisse gagner l’auto, il aurait fallu que sortent dans l’ordre le 7 bleu, le 7 blanc et le 7 rouge. Dans mon cas, les couleurs étaient dans le désordre. Cependant, je ne m’en plains pas car cette combinaison me rapporte deux cent quarante dollars. Satisfait et heureux que mon plan ait fonctionné, je remercie le ciel d’être venu me donner ce très apprécié coup de pouce. Je ramasse mes gains, me lève et viens pour partir.  Mais Kim, qui avait déjà perdu sa part, arrive et ne l’entend pas de la même façon.

« Tu vas quand même pas sacrer l’camp juste comme tu commences à être chanceux? »
« Pourquoi rester? On a gagné l’argent qui nous manque pour le loyer, on a récupéré notre mise de départ, pis on se retrouve en plus avec cent quarante piasses en bonus. Ça va nous permettre de faire une bonne épicerie.  Ou même, tiens, de te permettre de rembourser ce qui reste de ta dette à la Caisse Populaire.   J’trouve qu’on est déjà assez chanceux comme ça. »
« Come on!  Tu serais vraiment un estie d’cave d’abandonner une machine qui commence à cracher. »
« Ça c’est le genre de mentalité qui perd son homme.  C’est exactement en pensant comme ça que tu t’es endettée ici le mois dernier. »
« C’est pas pareil.  Là, c’est pas de l’argent qui provient de mon compte de banque.  C’est d’l’argent du Casino. »
« Faut savoir quand s’arrêter si on veut pas toute perdre. J’aime ben mieux être reconnaissant de ce que j’ai eu plutôt que d’être frustré de ce que j’ai pas. »

Je viens pour partir vers le guichet dans le but d’échanger mes pièces contre de l’argent en papier, mais elle m’empoigne par la chemise pour me retenir et continue de m’insulter de plus belle  pour mon manque d’ambition.  Craignant qu’elle me fasse une scène en plein casino, je lui refile une vingtaine de dollars pour qu’elle puisse continuer à jouer. Elle les perd en trois minutes et m’en réclame davantage.

Comme je la connais, je sais trop bien que je n’aurai pas fini d’en entendre parler si j’insiste pour que l’on parte tout de suite. Je lui suggère donc un compromis: Moi je rentre à la maison avec les cent dollars qui manquent à notre budget, et je lui laisse le reste qu’elle pourra continuer de jouer. Elle accepte.

Je rentre à la maison, satisfait d’avoir sauvé la situation et fier d’avoir su jouer de façon intelligente. C’est dommage pour l’épicerie, quand même. Bah! Si c’est ce que ça prend pour qu’elle ait sa leçon et que ça lui fasse perdre ses envies de jouer, ça aura valu le coût.  En comparant ma manière de jouer avec la sienne, elle verra bien qu’il n’y a pas plus vrai que le proverbe qui dit « Qui ne risque rien n’a rien, qui risque tout perd tout. »

Le lendemain matin, j’appelle Kim afin de lui demander si elle a reçu et déposé son chèque de chômage, afin que je puisse aller payer mon loyer. (En cette époque pré-tout-l’monde-a-un-cell, ça signifie que j’appelle la ligne de maison, chez ses parents)  Ça ne répond pas.

Je sens que ça augure mal.

Je la rappelle en vain à toutes les heures, de dix heures du matin jusqu’à dix-sept heures trente, soit au moment où ses parents reviennent de travailler. Son père me répond qu’elle n’est pas là, mais qu’il lui fera le message de me rappeler.

Le soir venu, c’est passé vingt-trois heures que Kim me rappelle enfin. Elle est en pleurs, dans un état de grande déprime. Elle m’explique qu’hier elle a perdu tout ce que je lui ai refilé au casino.  Alors ce matin, dès qu’elle a reçu son chèque de chômage par la poste, elle n’a pas accepté de rester sur cet échec. Elle est tout de suite allé l’échanger pour ensuite filer au casino pour le jouer.

Après l’avoir tout perdu, refusant toujours l’échec, elle a continué sur sa lancée. Elle a retiré de notre compte commun l’argent de l’électricité, l’argent du téléphone, l’argent des produits pour bébé William, le reste de l’argent du loyer, et elle a terminé sa lancée en jouant toute la monnaie dans ses poches, jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus que quinze sous, soit trop peu pour la moindre machine.  Elle n’a même pas mangé de la journée, pour ne pas « perdre » au restaurant du Casino de l’argent qui aurait pu la faire gagner.

Je regarde sur la table de cuisine, contemplant les cent dollars que j’ai ramené du casino hier, et je me sens m’effondrer moralement. Hier, il me manquait cinquante dollars pour payer mon loyer. Aujourd’hui, à cause de la stupidité et de l’hypocrisie de Kim, il m’en manque trois cent. Et je ne parle que du loyer, car je n’ai maintenant plus rien non plus pour payer les factures de téléphone et d’électricité.

Plus je fais des efforts pour me sortir de la merde, et plus les agissements de Kim m’y renfoncent encore plus profondément. Au moins, mon cent dollars permettra d’acheter des produits de première nécessité pour bébé William. Mais à part ça, nous sommes totalement ruinés.  

À quoi ça sert d’agir de façon intelligente et réfléchie quand notre sort dépend de gens qui se comportent de façon imbécile?

 

À CONCLURE

La Saga du Casino, 1 de 3: Pour le meilleur…

Cette histoire se passe lorsque j’avais 25 ans, à l’époque où j’étais jeune père de mon premier fils, vivant avec Kim, ma conjointe.

Février 1994. La tante de Kim, une des sœur de ma belle-mère, vient leur rendre visite lors d’un matin enneigé. Elle est descendue exprès de Charlevoix dans son beau char sport de luxe pour aller faire un tour au Casino de Montréal nouvellement construit. Elle nous invite à l’y accompagner.

Au début, Kim ne tient pas à ce que je vienne avec elles car, me dit-elle, il s’agit d’une sortie entre membres de sa famille. Je n’ai absolument rien contre ça, et je me porte volontaire pour rester à la maison et garder William. Je n’ai jamais mis les pieds dans un casino, mais je considère que je suis trop pauvre pour aller risquer le peu d’argent que j’ai dans des jeux de hasard. Sans compter que je n’ai jamais eu la fièvre du jeu et je tiens à ce que ça reste ainsi.

Kim change alors d’avis et insiste pour que je les accompagne. Je refuse en lui expliquant mon point de vue, mais ça ne la rend que plus insistante. Le père de Kim n’aime pas non plus l’idée d’y aller. Problème réglé: C’est lui qui gardera William. Je me vois donc obligé de les accompagner. J’ai appris ce jour-là que les sièges arrières d’une auto sport de luxe, c’est très étroit et inconfortable. Payer si cher pour un véhicule si peu pratique. Décidément, je ne comprendrai jamais les riches.

Et nous voilà au Casino, ancien pavillon de la France de l’Expo 67.

Kim me fournit quarante dollars. J’en échange la moitié en pièces de un dollar et l’autre moitié en pièces de vingt-cinq sous. On se sépare.

Je joue environs une heure et demi avec mes vingt-cinq sous, mais je finis par tout perdre, à trois pièces près. Je décide donc d’arrêter les frais et d’aller me faire ré-échanger mes vingt pièces de un dollar contre un billet de vingt. Je me rends au comptoir d’échange et leur donne les pièces. La fille au comptoir les met sur un compteur automatique qui affiche $20.00. La fille dépose sur le comptoir devant moi un billet de dix, un billet de cinq, deux billets de deux, et quatre pièces vingt-cinq sous.

« Que c’est ça? »
« Votre argent monsieur. »
« C’est parce que si j’ai pris la peine de vous donner vingt pièces de une piasse, c’est pour avoir un billet de vingt. Est-ce que je pourrais en avoir un s’il vous plaît? »
« J’m’excuse. C’est le règlement. Chu obligé de donner un peu de monnaie aux clients sur leur départ. »

Je mets ma main dans ma poche, j’en ressors trois pièces de vingt-cinq sous et je les lui montre.

« J’en ai déjà, des vingt-cinq cennes. Si j’avais voulu de la monnaie, je vous aurais demandé de la monnaie. »

Le client a toujours raison, surtout s’il refuse de se laisser marcher sur les pieds. La fille reprend l’argent et me remet un billet de vingt. Je la remercie et pars en me demandant bien c’est quoi la logique de ce règlement stupide.

Je déambule en cherchant machinalement la sortie. Et c’est là que je constate un truc qui ne m’avait pas frappé à mon arrivée. L’intérieur du casino est fait en cercle. L’entrée est à une extrémité, le comptoir de change est à l’autre bout complètement, et il n’a a pas de chemin qui mène directement de l’un à l’autre. Le client qui vient d’échanger ses pièces contre des billets doit passer à travers un compliqué dédale de machines avant de trouver la sortie, et puisque nous sommes dans un cercle, même un gars comme moi qui a un très bon sens de l’orientation peut facilement se perdre. Dans ce temps-là, tant qu’à avoir encore un peu de monnaie en main, on a le réflexe de céder à la tentation de les jouer dans une machine, ne serait-ce que pour s’en débarrasser. C’est ce que je fais avec mes soixante-quinze sous. La machine m’entretient ainsi un bon quart d’heure avant de finir par tout me gober.

Pendant une seconde, je ressens l’envie d’aller ré-échanger mon billet de vingt contre de la monnaie pour continuer à jouer. Je me ressaisis aussitôt parce que c’est là que je réalise l’arnaque.

Ainsi, le règlement obligeant les caissières à toujours rendre un peu de monnaie avec les billets, le fait que le comptoir de change se situe à l’extrême opposé de la sortie, le fait qu’il faut repasser dans un labyrinthe désorientant pour aller de l’un à l’autre, la structure en cercle sans points de repères, tout ça a été créé de manière à inciter les gens à dépenser encore plus. Cet endroit n’est rien d’autre qu’un immense piège à cons. Je trouve ça révoltant. Je viens de passer moins de deux heures au Casino de Montréal, et ça m’a suffi pour m’en dégoûter à tout jamais.

Je retrouve Kim et lui fait part de mes constatations en lui exprimant mon désir de partir d’ici. Les affaires ont l’air de rouler mieux pour elles car ni Kim ni sa mère ni sa tante n’ont envie de partir pour le moment. Bah, au rythme où l’endroit dépouille les gens, je me dis que ce n’est qu’une question de temps.

N’ayant rien d’autre à faire, je me promène dans la place et observe, ce qui me permet de constater certaines choses qui ne font que renforcer mes principes contre ce genre d’endroit. D’abord, l’heure n’est affichée nulle part ici. Même les employés ne portent pas de montre. Je m’en rends compte parce que je commence à avoir faim, ce qui me porte à croire qu’il doit être près de midi, mais je ne peux pas le vérifier car j’ai oublié ma montre chez Kim. La seule raison logique que je vois pour que le casino ne donne pas l’heure à ses clients, c’est pour qu’ils ne voient pas le temps passer, et ainsi jouent plus longtemps. Cette théorie se confirme lorsque je vois que plusieurs dizaines de serveurs vont et viennent sans cesse dans la place en distribuant gratuitement des boissons non-alcoolisées. Alors que j’en demande une, je me fais répondre :

« Désolé monsieur, les boissons ne sont offertes qu’aux gens qui sont assis à une machine. »

Je comprends aussitôt le principe : Avec l’estomac toujours plein, les joueurs ne ressentent pas la faim, ce qui fait qu’ils perdent encore plus toute notion du temps.

Et je n’ai pas encore parlé de toutes ces lumières à couleurs vives qui clignotent sans cesse, gardant les gens dans un état de frénésie. Moi-même, une personne calme de nature, je n’arrive que difficilement à me mettre en état de tranquillité devant ces flashs incessants. Et il n’y a pas que les lumières: Depuis que je suis entré ici, tout ce que j’entends, ce sont les centaines de ♫ DING-DING-DING-DING ♫ et des ♫ TOUNG-TOUNG-TOUNG-TOUNG ♫ incessant des machines, souvent entrecoupés des ♫DRIIIIIING♫ de celles qui sont gagnantes. Non seulement ça remplit l’air d’un sentiment éternel de possibilité de gagner, mais à la longue ça nous abrutit. Lorsque j’ai joué tout à l’heure, j’ai pu constater par moi-même que quand on est assis en face d’une machine et que l’on fixe l’écran, le son et les lumières nous empêchent d’avoir des pensées cohérentes pendant qu’on y joue, ce qui nous met dans un état de quasi hypnose. Mettre de l’argent dans la machine devient alors un réflexe, et on joue en ne pensant plus à rien. Je constaterai plus tard que quand on passe la journée à entendre ces cloches, on continue de les entendre lorsque l’on revient chez soi, en particulier quand on se couche le soir. Ça fait que le casino nous reste en tête plusieurs heures après que l’on en soit partis, ce qui ne peut que nous inciter à y retourner.

Je n’en reviens pas de comment tout dans l’organisation de cet endroit semble avoir été pensé de façon à pouvoir influencer les gens, au point où ça en devient quasiment du contrôle mental de masse. Les organisateurs du casino savent comment le cerveau humain réagit selon tel ou tel stimulus, et ils s’arrangent pour provoquer ceux qui vont dans le meilleur de leurs intérêts. Pour être franc, je ne sais pas si je dois en être révolté ou bien si je dois admirer une telle ingéniosité. Ça prend une grande compréhension de la psychologie humaine pour pouvoir mettre sur pied un tel concept.

Je perdrai cependant toute admiration que j’ai pour leur ingéniosité en constatant que le guichet automatique de la Caisse Populaire situé au casino est réglé de façon à avoir deux fonctions qui, si elles sont encore légales en 1994, n’en sont pas moins immorales. Primo, ce guichet ne te dis jamais la balance de l’argent qu’il reste dans ton compte, ni à l’écran ni sur reçu imprimé. Il t’est donc impossible de savoir jusqu’à quel point tu peux dépenser. Secundo, et celle-là me répugne particulièrement, c’est que la machine te permet de retirer plus d’argent que ce que tu as dans ton compte.  C’est ainsi que Kim verra son compte de la Caisse Pop se retrouver dans le rouge de plusieurs centaines de dollars qu’elle a eu à rembourser à la caisse, et ce avec intérêts. Encore heureux que j’ai décidé de garder mon vingt dollars.

Suite à cette mauvaise expérience, ni Kim ni moi ne retournons au casino. Sa mère, par contre, y retourne souvent, et elle a assez de chance pour presque toujours en revenir avec quelques petits gains.

Un soir cependant, c’est plus qu’un simple petit gain qu’elle ramène. Elle a remporté une voiture. Et pas n’importe laquelle: Une Ford Lincoln Continental de l’année. Le genre de véhicule tellement luxueux que tu as quasiment besoin d’un brevet de pilote pour conduire, tellement le tableau de bord est complexe. C’est Kim qui m’annonce la chose au téléphone avec une voix très déprimée.

« Moé j’y va une seule fois pis j’m’endette par-dessus à’ tête avec la Caisse Pop. Pis elle, à y va pis à gagne un char. Fuck, là, à’ pas besoins d’un autre char, à’ l’a déjà une Audi. Pourquoi c’est tout l’temps ceux qui le méritent moins qui ont toujours toute? Hostie qu’c’est pas juste. »

Bien que je ressente moi-même un peu de frustration du fait que ce prix ait été remporté par une personne aussi mesquine, je peux honnêtement dire que mon problème principal avec ça n’a rien à voir avec la jalousie. C’est juste que je sens que ça augure mal.  Avec la personnalité des femmes de la famille Sinclair, c’est le genre d’événement qui risque d’avoir des répercussions qui peuvent nous mettre dans de gros ennuis.

Le lendemain soir, c’est en grandes pompes que la belle-mère ira prendre possession de son véhicule. D’abord, une grosse limousine blanche passera la prendre et l’amènera au casino. Ensuite… Et bien ensuite je ne sais pas, parce que je désapprouve ce qui est en train de se passer, alors je refuse d’y aller. Kim, sa sœur et son père accompagneront la belle-mère, mais moi je prétexterai avoir à m’occuper de William pour rester à la maison. De toute façon, dans la journée, elle me passe le message de manière non-subtile comme quoi il n’y aurait pas assez de place pour tout le monde dans la limousine. Ce qui est totalement faux, démontrant une fois de plus la personnalité mesquine de la belle-mère.

En tenant bébé William dans mes bras pendant que je lui donne le biberon, je regarde la belle-famille entrer dans le long véhicule de luxe qui détonne particulièrement dans cette rue de Saint-Henri, réputé quartier pauvre. Je suppose que ça explique la présence de quelques curieux sur les trottoirs. Le chauffeur en uniforme leur tient la porte ouverte et la referme derrière eux. Puis il retourne au volant et ils partent. Je regarde l’impressionnante voiture disparaître au coin.

« Mon p’tit Will, t’es mieux d’ben attacher ta tuque. Parce que de la façon que je connais ta mère pis ta grand-mère, j’ai bien peur qu’on est en train d’assister au début de la fin. »

Cette impression se révélera prophétique.

À SUIVRE

Comment j’ai appris à fermer ma gueule. Épisode 2 : Un jugement de cave.

Quatre ans se sont écoulés depuis le premier billet de la série Comment j’ai appris à fermer ma gueule.  Voici donc la suite que personne n’a jamais demandée.

Au début de l’année 2002, la montée de la popularité de l’internet combinée avec celle du manga en tant que style de dessin, fit exploser le phénomène du webcomic avec des séries populaires maintenant disparues comme Mac HallChugworth AcademySexy Losers (de qui on doit le mot FAP comme onomatopée de masturbation), et quelques autres qui existent encore aujourd’hui comme Something PositivePenny Arcade, et Sinfest

Considérant que telle serait la voie de l’avenir dans la BD, j’ai (possiblement) créé le premier webcomic québécois avec Collège Artiztech, sur la plateforme gratuite Geocities.  Sans pour autant prétendre que la série se qualifie en tant que manga, le style graphique de plusieurs personnages emprunte à différents degrés à l’école japonaise de la BD. 

Pour le personnage du directeur du collège, je tenais surtout à m’éloigner le plus possible du cliché que l’on voit trop souvent dans les mangas lorsqu’il s’agit d’une personne dans un poste d’autorité, c’est à dire un monsieur petit, vieux, chauve et obsédé sexuel.  J’ai juste gardé le côté obsédé et j’ai changé le reste.  Voici sa fiche de personnage:

FICHE DE PERSONNAGE: Ayant fait fortune au milieu des années 80 en tant que chanteur populaire, Richard Dicaire eut envie d’aider les jeunes artistes amateurs à faire connaître leurs talents.  Voilà pourquoi il a fondé le Collège Artiztech, une école qui se spécialise dans tous les domaines des arts.  Directeur du collège, il est surnommé Le Dic par les étudiant.  Comme on peut le voir au premier coup d’oeil, Richard n’a pas l’air de s’être rendu compte que la mode a évoluée depuis qu’il était adolescent.  Voilà pourquoi il porte encore le même style de vêtements et de coiffure que dans les années 80, en croyant toujours que ça lui donne l’air jeune et branché.
Richard a également une forte libido qui le pousse encore et toujours à tester ses charmes chez tout ce qui bouge, est jeune et féminin, en particulier les étudiantes.  Il est l’archétype du playboy qui vieillit mal.

Alors que je travaillais sur la série, je l’ai annoncée d’avance sur un forum de BD québécoise.  Dans ce sujet, on parlait de nos projets de BD personnels. Après avoir donné un bref résumé de la série, je décris le personnage du directeur du collège comme étant « Un cave qui ne s’est pas rendu compte que la mode avait changé en 20 ans, voilà pourquoi il se coiffe et s’habille encore comme lorsqu’il était ado dans les années 80: Parce qu’il croit stupidement que ça lui donne encore l’air jeune. »   Personnellement, je ne connaissais personne qui était comme ça. N’empêche que c’était un phénomène que j’avais déjà observé quelquefois chez les gens de mon âge.

Environs une semaine plus tard, je poste fièrement sur le forum le premier strip de Collège Artiztech.

À l’époque, je travaillais pour Safarir.  Et il se trouve que le rédacteur en chef était membre du forum.  En voyant ça, il commente: « Pas mal! Mais pourquoi est-ce que le directeur est un adolescent? »

Avant que j’aille eu le temps de voir son message, un autre membre du forum a répondu en me citant.  Comme ça, tout le monde a pu voir que je considérais que mon rédac-chef était « Un cave qui ne s’est pas rendu compte que la mode avait changé en 20 ans », car, comme le démontre son commentaire, « il croit stupidement que [ce look dépassé] lui donne encore l’air jeune. »  

Et voilà qui a jeté un froid dans notre relation.  Puisque j’avais écrit ça quelques jours avant son commentaire, c’est évident que je ne le visais pas LUI particulièrement.  Je n’avais aucune idée que lui aussi, comme trop de gens, ne se rendait pas compte que la mode des jeunes avait évoluée en vingt ans.  Mais d’un autre côté, en traitant ces gens-là de cave, ça voulait aussi dire que je le trouvais cave lui aussi.  S‘en est suivi un malaise qui fit que notre relation garda un froid pour le reste du temps où il occupa ce poste à Safarir.  Même que pendant ses deux ou trois derniers mois à ce poste, il a tout simplement cessé de me passer des commandes.  

Ce n’est que l’un des nombreux faux pas que j’ai commis dans le milieu de la BD québécoise, jusqu’à ce que je le quitte pendant sept ans à la fin de l’été 2008.  Celui-là n’a pas été le dernier et surtout pas le pire.  Mais j’en ai tiré une bonne leçon: Ce n’est jamais une bonne idée de se moquer des travers des gens, et encore moins de passer de sévères jugements à leur sujet, sans savoir si notre entourage inclut des gens qui peuvent s’en sentir visés.

Surtout si l’une de ces personnes est celui qui signe ton chèque de paie.

 

___________
Si vous voules voir les 50 gags suivants de Collège Artiztech, c’est ici.

Être bidon par réflexe de survie.

Face à une même situation, plusieurs personnes réagiront de manières différentes, selon leur personnalité. Imaginons, par exemple, différents hommes qui manifestent de l’intérêt envers une femme, mais que ce n’est pas réciproque.

  • Un gars réagira en étant frustré et entrera dans une terrible colère.
  • Un autre ressentira de la tristesse.
  • Un autre se sentira humilié.
  • Un autre se fera une raison, haussera les épaule et passera à autre chose.
  • Un autre tirera des leçons de cette expérience et en ressortira grandi et/ou plus sage.
  • Un autre décidera de mettre des efforts afin de devenir un jour le genre d’homme qui aura ce qu’il faut pour plaire au genre de femme qu’elle est.
  • Et un autre aura comme réflexe de manifester un méprisant déni de la situation.

Et c’est là le sujet de ce billet.  

Cette personne (se) dira alors des trucs du genre de : « Pfff… Je n’en voulais pas, de toute façon! Je faisais juste la tester parce qu’elle avait l’air de s’intéresser à moi. Je voulais juste lui remettre les pendules à l’heure afin de lui éviter de languir pour rien, puisque je n’en ai rien eu à foutre. Mais bon, je vois bien qu’elle ne m’aime pas. Ou du moins, qu’elle PRÉTEND ne pas m’aimer. Comme si elle avait ce qu’il faut pour me plaire. Pauvre conne! »

Par le passé, j’ai plusieurs fois parlé de ce que j’appelle le réflexe de survie. En gros, c’est une méthode qu’utilise l’ego afin de diminuer chez certaines personnes l’impact de se trouver face à une situation qui est, pour elle, trop décevante. C’est le réflexe d’essayer de se convaincre soi-même que non seulement la situation que l’on vit n’est pas quelque chose de négatif, c’est une situation volontaire, une que l’on contrôle.

Tant que la personne se limite à essayer de s’en convaincre soi-même, ça reste un choix personnel qui ne regarde qu’elle. Mais voilà, on a beau essayer de se convaincre, on ne peut se cacher à soi-même la vérité. Dans ce temps-là, deux choses peuvent arriver :

  • Ou bien la personne décide de faire face à la vérité. Ensuite, elle agit selon ses capacités morales et/ou physiques et/ou financières. 
  • Ou alors, cette personne n’a pas la capacité morale de faire face à la vérité, et elle pousse le bouchon plus loin: Pour mieux se convaincre elle-même, elle va d’abord commencer par en convaincre son entourage.

Vous connaissez la classique « Qui est-ce que vous essayez de convaincre ici? Les autres, ou bien vous-mêmes »  Eh bien voilà, c’est ce genre de cas :  Ceux qui se créent une personnalité bidon par réflexe compensatoire.

 En général, il est assez facile de repérer ces gens.  Il y a quatre signes qui ne trompent pas :

Premier signe comme quoi c’est une personnalité bidon : Il insiste toujours pour se présenter en tant que personne respectueuse, honnête, droite et irréprochable.  En général, il se vante de suivre un code de conduite et d’avoir de belles valeurs de morale, de vertu, et surtout, DE RESPECT!  Il en tire fierté et orgueil, et il ne s’en cache pas.

Second signe comme quoi c’est une personnalité bidon : On constate que ce code de conduite, il l’exige sans cesse chez les autres.  Mais on n’a que rarement, sinon jamais, l’opportunité de le voir l’appliquer lui-même.

Troisième signe comme quoi c’est une personnalité bidon :  Il utilise très souvent ce code afin de rabaisser les autres.  Or, rabaisser les autres, c’est à l’extrême opposé de la plus grande vertu qu’il prétend posséder : le respect.

Quatrième signe comme quoi c’est une personnalité bidon :  À la première opportunité qu’il a de montrer qu’il pratique ce qu’il prêche, il échoue de façon aussi lamentable que spectaculaire.

Le 4e signe met parfois des années à se manifester.  Mais tôt ou tard, cette personne sera confrontée au genre de situation qui lui demandera d’appliquer sur elle-même son code de conduite.  Et si je dis qu’elle échouera, c’est pour une raison bien simple:  Quand quelqu’un a besoin de suivre un code de conduite pour être respectueux, honnête, droit et irréprochable, tout ce que ça veut dire, c’est que ce n’est pas dans sa nature d’être respectueux, honnête, droit et irréprochable.  Et si je dis que c’est spectaculaire, c’est que quand on ne cesse d’attirer l’attention du public sur nos prétendues vertus, alors on a toute l’attention du public, donc on se donne en spectacle, lorsque l’on démontre que tout ça c’était bidon.

Dans ma vie, j’ai connu au moins cinq personnes qui agissaient ainsi.  Toutes les raconter prendrait une éternité.  Aussi, j’ai décidé de prendre un exemple au hasard.  Ça va comme suit:

La situation négative : La nature n’a pas été généreuse avec Armand. N’ayons pas peur des mots : Il est laid. Et il le sait. De ses 14 à 26 ans, il a vu tous les membres de son entourage expérimenter le couple et le sexe.  Tandis que lui, aucune fille ne l’a jamais regardé.

Le réflexe de survie : Faire comme si son célibat et sa chasteté étaient quelque chose de volontaire.  Il a commencé à s’afficher comme étant l’apôtre des belles vieilles valeurs en matière de couple et de sexualité. 

Pour convaincre les autres :  Il porta ainsi son jugement sur les relations des autres, étalant l’erreur qu’ils font de croire qu’ils sont compatibles, pointant leurs trop grandes différences sur les points qui comptent vraiment, démontrant qu’ils ne sont pas en couple pour les bonnes raisons.  Il les jugea comme dépendants affectifs ou sexuels, sinon comme des désespérés au point de prendre n’importe qui.  Quant aux gens infidèles, (quant aux gars infidèles, devrai-je dire, car là-dessus il ne juge que les hommes) il roulait des yeux, déplorant que 99.999999% des hommes sont tellement contrôlés par leurs hormones que pour eux, les filles ne sont rien que des vide-couilles, et sont totalement interchangeables. 

Lui, par contre, est capable de se contrôler.  Lui, il respecte la femme.  Lui, il a de belles valeurs sociales.  Lui, ne sortira pas avec n’importe qui.  Lui, saura trouver LA bonne, celle qui lui convient vraiment.  Et quand on a trouvé celle qui nous convient, la fidélité ne demande aucun effort, puisque l’on n’a nul besoin d’aller voir ailleurs.   

Un jour, il a choisi une fille belle et populaire de son entourage, et a décidé que ce serait celle-là, la sienne.  Il est devenu son bon ami proche, son confident.  Pendant les huit années qui suivirent, il était toujours là pour elle.  Il l’encourageait dans son désir d’avoir une relation de couple avec tel ou tel gars, alors qu’il savait bien qu’ils ne lui conviendraient pas.  Et lorsque ça se terminait inévitablement en catastrophe, il était toujours là pour la comprendre, la soutenir, la consoler.  Il était doux, câlin, affectueux.  Il la prenait dans ses bras, toujours en contact physique avec elle.  Mais attention, toujours de manière platonique.  

Au bout de ces huit ans, lasse, découragée et moralement démolie par tous ses échecs amoureux répétitifs, elle lui a enfin dit la phrase classique qu’il attendait depuis si longtemps : 

« Au fond, c’est un gars comme toi qu’il me faudrait! » 

Il n’a pas attendu qu’elle reprenne ses esprits, il l’a prise au mot.  Il l’a embrassé.  Confuse, en moment de faiblesse, déjà habituée au contact physique avec lui, et ayant quand même provoqué cette réaction par ses paroles, elle s’est laissée faire.

Le soir-même, après avoir couché avec elle pour la première fois, il l’a demandé en mariage.  Elle était surprise de la rapidité de cette proposition.  Mais il a su la convaincre avec les arguments logiques qu’il avait soigneusement préparé pour ce jour depuis plusieurs années : Elle l’a dit elle-même, c’est un gars comme lui qu’il lui faut.  Quant à lui, il l’a toujours aimé.  Et ça fait presque une décennie qu’ils sont bons amis proches, alors ce n’est pas comme s’ils avaient encore besoin d’apprendre à se connaître.  Alors si elle décline sa proposition de mariage, ça peux juste vouloir dire qu’elle ne voulait pas vraiment vivre dans un couple solide et harmonieux.  Sinon, pourquoi hésiter à rendre la chose officielle avec lui?  Ce n’est pas comme si elle n’avait pas perdu les huit dernières années de sa vie à essayer de trouver mieux que lui.  En vain! 

Confuse devant un tel étalage d’arguments logiques, elle s’est laissée manipuler à croire que lui seul pouvait lui offrir le couple harmonieux qu’elle n’a jamais réussi à obtenir lorsqu’elle choisissait elle-même ses partenaires.  Et puis, maintenant que leur relation de profonde amitié vient de passer à l’étape sexuelle, qu’elle le veuille ou non, voilà, c’est fait, ils sont intimes maintenant.  Ça ne sera plus jamais pareil entre eux.  Veut-elle risquer de perdre une amitié si chère en s’obstinant à chercher ailleurs, alors qu’elle a huit ans d’échecs amoureux derrière elle pour lui prouver que ce sera lui ou personne?  Elle s’y est donc résignée.

Quelques mois plus tard, ils s’épousaient.  Et ceci n’a fait que lui confirmer qu’il avait toujours eu raison de penser et d’agir comme il l’a fait. 

Mais voilà, il a beau s’en faire accroire, il reste que si sa femme était vraiment celle qui lui était destinée, elle aurait voulu de lui dès le départ, et non par découragement après avoir été manipulée stratégiquement pendant huit ans.  Il n’en est que trop conscient.  Et ça, c’est une autre chose que son ego a de la difficulté à assumer.  Aussi, par réflexe compensatoire, il cherche à prouver, aux autres autant qu’à lui-même, que son couple repose sur des bases supérieures à celles des autres. 

Aussi, il fallait toujours qu’il fasse la leçon à son entourage, sermonnant ceux dont la vie amoureuse n’était pas aussi droite et harmonieuse que la sienne semblait l’être.  J’ai personnellement eu droit de sa part un commentaire plein de mépris.  En m’entendant décrire à un ami commun un problème que j’avais avec la mère de mes enfants, il vient se mêler à la conversation pour me dire: « Ben là, pourquoi tu fais des enfants à une femme de qui tu n’as rien à chier? »

C’est ça, le réflêxe compensatoire: Quand on n’arrive pas à s’élever au-dessus des autres, on compense en rabaissant les autres plus bas que soi.

Mais voilà, tôt ou tard, la personne vit une situation qui teste les convictions qu’elle prétend avoir. Et c’est là qu’elle se montre sous son vrai jour, qui se trouve à l’extrême opposé de tout ce qu’elle prétend être.

La situation qui l’a testé: Il était marié depuis environs trois ans.  Une jeune femme, vague connaissance à lui, vient un jour frapper à sa porte.  Je ne sais pas sous quel prétexte elle s’était rendu là.  Mais une chose est certaine: Elle s’est offerte à lui. Sexuellement!

Sa réaction : Il l’a baisée!

Eh oui! Lui! L’apôtre de la fidélité. Celui qui a toujours répété qu’il était contre le sexe sans amour. Celui qui a toujours prétendu être l’homme d’une seule femme. Lui, l’homme marié.  Celui qui a toujours prétendu que l’homme qui est en couple avec la bonne n’a pas besoin d’aller voir ailleurs.  Celui qui se dit en parfait contrôle de ses impulsions sexuelles. Celui qui s’est toujours permis de rabaisser quiconque étant dans une relation qui n’entrait pas dans ses étroits standards moraux. 

À la première opportunité qu’il a eu de démontrer qu’il pratique ce qu’il prêche, il a plutôt démontré à quel point il n’a jamais été rien d’autre que totalement bidon.

Mais bon, quand on ne croit pas avoir ce qu’il faut pour plaire à une femme, on s’attend encore moins à pouvoir plaire à deux femmes en même temps.  C’est facile de se prétendre fidèle, dans ce temps-là.

Constater qu’il ne valait pas mieux que tous ceux qu’il rabaissait, ce fut difficile à avaler pour son ego.  Aussi, histoire de rattraper le coup, il décida d’utiliser la situation afin de pouvoir encore se montrer meilleur que tout le monde:  Les autres hommes caupables d’adultères essayent toujours de s’en tirer?  Ils essayent de passer la chose sous silence?  Ils essayent de se justifier?  Ils sont irresponsables et cherchent à ne subir aucune conséquences de leur transgressions?  Eh bien il ne sera pas comme ça, lui.  Il fera la chose noble, lui.  Aussi, il a décidé qu’il ne méritait pas son épouse.  Il a décidé de faire son mea culpa.  Il a décidé d’avouer publiquement son adultère.  Il a décidé de quitter le logement commun et de divorcer.  Et il a décidé d’annoncer tout ça sur Facebook.

Mais voilà…

Est-ce qu’il a consulté sa femme avant de la tromper?  Non!
Est-ce qu’il a consulté sa femme avant de décider à sa place qu’elle ne voudrait plus de lui?  Non!
Est-ce qu’il a consulté sa femme avant de décider de quitter leur appartement commun?  Non!
Est-ce qu’il a consulté sa femme avant de décider de divorcer?  Non!
Est-ce qu’il a consulté sa femme avant de l’afficher comme étant cocue à tous leurs parents et amis sur Facebook?  Non! 

Ce qui prouve que dans le fond, tout le respect qu’il a toujours prétendu accorder à la femme en général, et à la sienne en particulier, ça n’a jamais existé. Toutes ses belles paroles, toutes ses belles valeurs morales, ça n’a jamais été que du vent.  Rien d’autre qu’un Viagra pour son ego.

En tout cas, tout le long où j’étais avec la mère de mes enfants, je ne l’ai jamais trompée.  Ce qui démontre clairement c’est lequel de nous deux qui n’en avait vraiment rien à chier de sa conjointe, finalement. 

Si votre réflexe de survie vous oblige à vous faire croire que vous êtes autre chose que la réalité, c’est votre affaire. Mais si vous imposez votre moralité bidon autour de vous, sachez que tôt ou tard, les circonstances vous amèneront à vivre publiquement le genre de situation contre lequel vous sermonnez les autres. C’est inévitable. Et là, tout le monde verra ce que vous êtes vraiment. Par conséquent…

  • Ceux qui vous appuient vont se sentir stupides, de voir que tout ce temps-là ils n’appuyaient que du vent.
  • Ceux qui comptent sur vous vont se sentir choqués, déçus, abandonnés, que vous les laissiez si brusquement tomber.
  • Ceux qui vous ont subi se sentiront humiliés et frustrés de voir que vous leurs avez imposé un code moral que vous n’êtes même pas fichu de suivre vous-même.

En fait, les seules personnes qui vont voir du positif dans tout ceci, ce sont vos détracteurs. Détracteurs qui, m’en doutez pas, existent en grande partie à cause de votre attitude sermonneuse chiante dont ils ont étés la cible. Ceux-là n’ont pas fini de se réjouir de vos déboires, d’en rire et de les raconter à la moindre occasion.

Et voilà pourquoi personne n’a de pitié ni de respect pour ceux qui se font passer pour ce qu’il ne sont pas, n’ont jamais été et ne seront probablement jamais.

 

Les commentaires sensuels et/ou sexuels et/ou pervers.

Une fille vient de changer de photo de profil sur Facebook.  Elle est mince, dans la mi-vingtaine, et a les cheveux noirs attachés en deux queues de cheval de chaque côtés de la tête.  Sur sa photo, on la voit en chemise blanche à manches courtes.  La chemise, très serrée, est ouverte et contourne ses volumineux seins, qui sont eux-mêmes dans un soutien-gorge rouge ouvert en V, le tout bordé de dentelles.  Le visage légèrement penché par en avant, elle regarde directement la caméra par-dessus ses lunettes, tout en suçant un popsicle. 

 Les commentaires sous la photo se divisent en cinq catégories :

  • CATÉGORIE 1 : Ses ami-e-s qui lui disent des trucs anodins du style de « Jolie photo! »
  • CATÉGORIE 2 : Des hommes qui lui font des commentaires sensuels et/ou sexuels et/ou pervers.
  • CATÉGORIE 3 : La fille de la photo qui se plaint de recevoir des commentaires sensuels et/ou sexuels et/ou pervers.
  • CATÉGORIE 4 : Les gens qui lui disent que si elle ne veut pas recevoir des commentaires sensuels et/ou sexuels et/ou pervers, alors elle a juste à ne pas poster une telle photo.
  • CATÉGORIE 5 : Les gens qui répliquent que rien ne justifie de tels commentaires, et que c’est son droit de choisir son look sans devoir subir des commentaires déplacés.

 Il y a quelques jours, on a attiré mon attention sur cette photo et sur les commentaires, histoire de me demander mon avis.  Je me suis trouvé un peu désemparé.  C’est que je dois admettre que c’est un sujet sur lequel je refuse de me pencher depuis un bon dix ans.  Mais j’avais une bonne raison pour ça.  Et la voici:

Durant les quinze années où les forums étaient populaires (1998-2012) je me suis vite rendu compte que lorsque le sujet de discussion est sur le thème de la relation agresseur/victime, l’un des premiers commentaire amène la notion de la responsabilité.  Et ça, comme le veut le cliché, c’est la gazoline sur le feu, et personne ne sera à court de bidons (pleins) à y lancer.  Peu importe ton opinion, peu importe la logique de tes arguments, peu importe que tu responsabilises l’un, l’autre, les deux, aucun des deux, les circonstances, le hasard ou rien du tout, tu vas te faire massacrer par tous ceux qui ont une opinion différente de la tienne.  Car sur ce genre de sujet,  les gens ne vont pas attaquer tes arguments, ils vont t’attaquer TOI!  Et la confrontation va continuer comme ça pendant plusieurs jours, sans jamais que personne ne recule d’un pouce.  À la fin, lorsque les gens en auront marre de cette dispute qui ne mène nulle-part, le sujet mourra par lui-même.  Mais rendu là, le mal sera fait.  L’opinion des gens à ton sujet sera négative, et ce pour de bon.  Et au nombre de gens qui ont vu leurs vies se faire ruiner suite à quelque chose qu’ils avaient écrit en ligne, plus personne n’est assez idiot pour encore affirmer que « internet, c’est pas la vraie vie! »  Et c’est pour ça que je me tiens loin de ce genre de truc.

Mais aujourd’hui, je me rends compte que oui, je peux avoir une opinion là-dessus sans pour autant me faire scalper à coup de marteau.  Et c’est parce que je vais m’adresser aux hommes de la catégorie 2, ceux qui lui font des commentaires sensuels et/ou sexuels et/ou pervers.  Et je m’adresserai à eux, non pas pour leur taper dessus, non pas pour leur faire la leçon, mais pour leur donner quelques trucs à retenir, afin qu’ils puissent se protéger des désagréments décrits dans le paragraphe précédent.  Ça va comme suit :

Truc à retenir 1. Est-ce que la fille t’a envoyé cette photo à toi, personnellement, tout seul, en privé?  Non? Alors ça veut dire que tout le côté sexy de cette image ne s’adressait pas à toi personnellement.  Par conséquent, elle ne veut rien savoir de l’effet qu’elle te fait.  Est-ce que tu veux te subir un incessant barrage d’insultes de toutes part pour lui avoir envoyé ce que tu croyais qu’elle voulait recevoir?

Truc à retenir 2. Depuis #MoiAussi #MeToo, c’est la mode de dénoncer tout comportement qui puisse être vu comme étant inapproprié de la part d’un homme envers une femme.  Ça inclut les commentaires sensuels et/ou sexuels et/ou pervers.  Dans cette optique, une photo de profil telle que décrite plus haut, ça sert aussi à repérer les gars qui font ce genre de commentaires.  Une fois qu’ils se sont fait prendre, ils se font dénoncer et crucifier publiquement.  Voulez-vous être victime de la mode? 

Truc à retenir 3. Parfois, une victime aura trop peur de son agresseur pour le confronter.  Alors pour se défouler, elle va provoquer des gens, jusque-là innocents, à faire ou dire un truc qui puisse sonner similaire à ce que disait/faisait son agresseur.  Ça lui donne une excuse pour se venger sur vous, sans avoir peur de subir de représailles.   Avez-vous envie de payer pour ce qu’un autre lui a fait?

Truc à retenir 4. Certaines personnes ont besoin d’exorciser quelques frustrations de jeunesse.  Alors elles, leur truc, c’est de provoquer les autres, pour ensuite les confronter, pour ensuite se faire passer mensongèrement comme pauvres victimes, afin de monter l’opinion des autres contre vous, afin de les manipuler à se battre à leur place contre vous, tandis qu’elles restent bien à l’abri, lâchement, derrière eux.  Et elles se donnent comme mission sacrée d’entacher votre réputation dans tous les aspects de votre vie : Cercle social pour vous faire abandonner, famille pour vous faire renier, conjointe pour vous faire jeter, travail pour vous faire renvoyer…  Vous ne trouvez pas que prendre le risque de ruiner votre vie pour avoir écrit un commentaire sous une photo, c’est un peu cher payer?

Truc à retenir 5. Ces temps-ci, la société considère que la chasse est ouverte contre les gars dans votre genre.  Vous agissez de façon qu’ils jugent réprimandables?  Ils vont vous le faire payer cher.  Vous dites des paroles qu’ils jugent réprimandables? Ils vont vous le faire payer cher.  Vous vous plaignez de ce fait? Ils vont vous le faire payer cher.  Vous vous rebellez contre ce fait? Ils vont vous le faire payer encore plus cher.  Sérieusement, là, c’est vous contre la planète.  Non seulement vous ne gagnerez jamais, vous allez juste vous enfoncer de plus en plus profond.  Et tout ça pourquoi, hm?  Pour envoyer un commentaire à une fille qui va vous mépriser de l’avoir écrit?  Est-ce que ça vaut tous ces emmerdements?

J’en vois déjà qui vont désapprouver les arguments que j’utilise ici, puisque nulle-part je ne suggère à ces homme d’avoir du respect envers les femmes.  C’est parce que si vous pensez ça, ça signifie qu’il y a deux petites choses que vous n’avez jamais comprises. 

  1. Dire aux hommes de respecter les femmes, ça ne sert à rien.  Les hommes respectueux le font déjà, alors dans leur cas c’est inutile.  Et les irrespectueux ne vont pas changer parce que vous le leur demandez, alors dans leur cas c’est également inutile. 
  2. Si un gars est irrespectueux, c’est qu’il est égoïste.  Et un égoïste, ça ne songe qu’à ses propres intérêts.  Aussi, mes cinq trucs à retenir leur montrent qu’il est à l’encontre leurs propres intérêts de leur manquer de respect. 

On demande souvent « Pourquoi est-ce que l’on dit aux filles de ne pas se faire agresser au lieu de dire aux gars de ne pas agresser? »  Eh bien voilà, c’est fait, je viens de dire à l’homme de ne pas agresser la femme, en lui donnant cinq raisons de s’en abstenir.  Alors peu importe la raison pourquoi il la respecte, l’important c’est qu’il la respecte.

 

Parfois, c’est juste la faute des autres.

Il y a deux ans, j’écrivais un long statut sur Facebook que je comptais recycler en billet de blog.  Je l’ai ensuite oublié.  Puis, il m’est revenu il y a quelques jours, grâce à leur fonction Vos souvenirs / On this day.  Voici donc la chose dans son intégralité:

Steve Requin
19 août 2016 
Voilà un an que je suis en chômage, soit depuis la fin de mon dernier contrat à long terme.  Cependant, je ne chôme pas (si je puis dire) puisque je me cherche du travail, faisant de 8 à 14 applications par semaine via la page d’Emploi Québec.

Tout ce que j’ai trouvé en un an, ce furent deux jobs temporaires, pour remplacer des travailleurs absents pour vacances. Au moins, la dernière m’a rapporté une belle lettre de recommandation vantant mes mérites.

N’empêche que jamais je n’ai eu autant de difficulté à me trouver un emploi. Depuis que j’ai enlevé toute activité artistique sur mon CV, Je n’ai jamais pris plus que trois semaines pour trouver un emploi. Et maintenant que j’ai full d’expérience, personne ne veut m’embaucher?  Ça n’a aucun sens! »

Mon père n’a jamais aimé la femme rude qui fut mon patron du 21 septembre 2012 au 21 septembre 2014 .  Aussi, il m’a dit: « Ça doit être c’te (mot d’église) de vieille sacoche-là qui t’mets des bâtons dins roues. À’ t’a jamais apprécié malgré toutte c’que t’as faite pour elle, la vieille (mot d’église). » Mon père a toujours été prompt à soupçonner n’importe qui pour n’importe quoi, alors je m’y attendais de sa part. Mais bon, ce n’est pas ça qui va expliquer mon problème, et encore moins le régler.

Il y a deux semaines, le jour-même où je terminais mon contrat de cinq semaines à la clinique, on m’offre du travail. Un vieux couple italien sont propriétaires d’un édifice à logements et se cherchent un concierge. Ils ont reçu mon CV. La Signora m’appelle. En fait, elle m’appelle « Stéphane Gauthier », ce qui n’est pas du tout mon nom de famille. Je le lui dis. Elle vérifie auprès de son mari, et en effet, son mari lui avait dit d’appeler un autre Stéphane, c’est juste qu’elle a mélangé nos CV.

Et c’est là que son ton change. La Signora me dit, d’une voix sévère et méprisante que les gens comme moi, ça ne se trouve pas de travail. Je lui ai demandé de s’expliquer. Elle me dit que son mari a appelé mes anciens patrons. Et que celle pour qui j’ai travaillé en 2012-2014 lui a dit que j’étais un employé incompétent, pas fiable, paresseux, sans-coeur… Totalement le contraire de l’homme dépeint dans la lettre de recommandation que j’ai eue de la clinique à mon départ.

Je n’en revenais pas. Je ne sais pas ce qui m’a donné le plus grand choc. Le fait que, depuis un an, cette mégère ment à mon sujet dans le but de saboter mes chances de me trouver un emploi auprès de tous ceux à qui j’ai soumis ma candidature. Ou bien le fait que, pour une fois, malgré le fait que son jugement était hâtif et irréfléchi, mon père avait raison.

J’ai réécris mon CV. J’ai enlevé cet emploi. Je suis retourné sur Emploi-Québec. J’ai fait 10 applications avec ce nouveau CV.

… Et à ce jour, j’ai reçu 7 retours d’appels sur ces 10.

SEPT!
EN UNE SEMAINE!!!

La morale de cette histoire: Je sais bien qu’il ne faut pas voir nos problèmes comme étant toujours de la faute des autres. Et en effet, toute personne responsable commence par chercher en soi la source du problème, afin de faire en sorte d’y remédier. N’empêche que ouais, parfois, ça peut vraiment être de la faute des autres.

__________
Rien à rajouter, sinon que j’ai été chanceux sur deux points.  Tout d’abord, que la Signora se trompe de CV.  Et ensuite qu’elle ait possédé le genre de personnalité condescendante qui la pousse à faire la leçon aux autres, ce qui fit qu’elle n’était que trop heureuse de me rapporter les paroles de mon ex-patronne.  Sans ça, qui sait, je serais peut-être encore à me rechercher un emploi aujourd’hui, et à me demander (en vain) qu’est-ce qui ne va pas chez moi.

Et après ça, on dira encore que deux négatifs ne font pas un positif.  Comme quoi la vie n’est pas une équation mathématique.

L’évolution du point de vue (3 de 3)

Lorsque je regarde celui que j’étais dans la jeune vingtaine, je constate que je ne suis plus du tout la même personne.  En particulier de la façon dont je vois les choses.

 Par exemple :

Détermination romantique hier, harcèlement malvenu aujourd’hui.
De mes 14 à 27 ans, j’avais beaucoup de difficulté à me mettre en couple.  Du moins, avec des filles qui en valaient la peine.  

Ma mentalité à l’époque :En matière de couple, les filles ne sont que des menteuses, des hypocrites et des connes.  Non mais c’est vrai, quoi!  Regardez-les agir : 

  • Elles disent que c’est l’intérieur qui compte, mais elles ne s’intéressent qu’aux beaux gars. 
  • Elles disent vouloir des Nice Guys mais choisissent des Bad Boys. 
  • Elles disent qu’elles cherchent un gars avec qui elles ont beaucoup en commun, mais quand on a une amie avec qui on est full semblables, elle refuse en nous servant des excuses bidons du genre de « Je ne veux pas gâcher notre amitié. » , ou bien « Ça ne pourrait pas marcher entre nous car nous sommes trop semblables. »

NON MAIS C’EST QUOI, CETTE LOGIQUE DE MERDE?  De un, en me refusant, et en pensant que je suis con au point de gober des excuses aussi tartes, c’est toi qui la gâches, notre amitié.  De deux, tu préfères quoi?  Un gars avec qui tu n’as rien en commun?  Ça explique bien des choses, alors.  Pas surprenant que tu me casses toujours les oreilles à te plaindre de tes différentes relations de couple. 

En tout cas, c’est de deux choses l’une : Ou bien les filles sont juste trop connes pour être capable de faire le bon choix en matière de couple, ce qui signifie que c’est une décision qu’il faut prendre à leur place.  Ou bien elles nous mentent, ce qui fait que nous avons le droit de leur mentir en retour pour les manipuler à sortir avec nous, ou du moins à coucher.  

De toute façon, c’est comme ça que ça marche, hein!?  L’homme ment à la femme pour s’en rapprocher, la femme ment à l’homme pour s’en éloigner.  Je l’ai assez souvent observé pour voir que c’est vrai.

Et avant de nous juger, constatez vous-mêmes : ON N’A PAS LE CHOIX!  C’est ou bien ça, ou bien passer notre vie célibataire.  Au moins, pendant qu’elles sont avec nous, elles ne sont pas avec ceux qu’elles choisissent elles-mêmes, c’est à dire les salauds qui les maltraitent et dont elles se plaignent tant.

Et si ça ne marche toujours pas, alors qu’elle aille se faire foutre, avec ses « On peut toujours rester amis. »  Des amis, j’en ai déjà.  Ce n’est pas une amie que je cherche, c’est une amoureuse ou une amante.

Ma mentalité maintenant :  Si la fille ne s’intéresse pas à moi, peu importe la raison, peu importe si cette raison me semble logique ou non, ça ne change rien au fait qu’elle ne s’intéresse pas à moi.  C’est suffisant pour lâcher prise, oublier et passer à autre chose.  Et il n’y a aucune raison d’être peiné, frustré, ou de ne plus en vouloir en tant qu’amie.

Qu’est-ce qui a changé en moi?  Jusqu’à mes 27 ans, comme bien des incels (célibataires involontaires), je croyais, à force de l’avoir souvent observé, que « Pour séduire les filles, il faut les maltraiter! » 

… Sauf que je ne pouvais pas y croire vraiment.  Parce que, soyons francs, il n’y a aucune logique dans cette affirmation.  Pourtant, je ne pouvais pas nier que c’était exactement ce dont ça avait l’air.  Du moins, à la surface.  Donc, logiquement, si les filles « préfèrent sortir avec ces salauds plutôt qu’avec un bon gars comme moi » il devait bien y avoir une raison.  Il ne me restait plus qu’à trouver laquelle

J’ai donc commencé à observer les gars qui avaient la cote auprès des filles, et je me suis comparé à eux.  Ça m’a permis de constater plusieurs choses sur trois sujets importants:

  1.  La beauté :  Je n’étais pas beau, mais le problème véritable était plus profond que ça. C’est que la beauté physique peut être séparée en deux catégories:  La naturelle, et la travaillée.  J’ai connu des gars qui étaient laids du visage, mais que les femmes considéraient néanmoins comme étant beaux.  La raison?  Ces hommes prenaient soin d’eux, étaient sportifs, développaient leur physique.  Bref, juste en les regardant, on voyait qu’ils démontraient de la discipline, de la détermination, du courage face à l’effort, de la confiance en soi.  Et ce genre de comportement, eh bien, c’est sexy.  Moi?  Je n’étais pas beau du visage, et mon physique maigre et négligé ne démontrait aucune vaillance. 
  2. L’argent. Je n’en avais pas, mais le problème véritable était plus profond que ça. D’abord, je n’avais pas ce qu’il faut pour décrocher plus qu’un boulot minable au salaire minimum.  Ensuite, tel que je l’expliquais dans le billet précédent, non seulement je m’arrangeais toujours pour vivre à la limite de mes moyens, je dépensais stupidement, débalançant du coup mon budget, parfois pour des mois.  Je n’étais donc pas le genre de personne avec qui une fille pouvait se sentir en sécurité financière.  Je donnais plutôt l’impression que j’allais être une charge pour elle. 
  3. La carrière / l’avenir / l’ambition.  Mes attentes face à l’avenir étaient quelque peu fantaisistes, puisque je voulais devenir riche et célèbre, à la radio, à la télé, au cinéma, en humour, en théâtre, en publicité…  Mais le problème véritable était plus profond que ça.  Mon focus était sur la récompense de l’effort, plutôt que sur l’effort lui-même.  Je n’avais ni les études ni les connexions pour faire partie de ces univers, je n’avais pas la moindre idée de comment y parvenir, et je savais encore moins comment, où et à qui m’adresser pour l’apprendre.  Un gars de ce genre-là, qui a des attentes irréalistes face à son avenir, ça n’a pas l’air d’avoir les pieds sur terre, ce qui ne sécurise pas une femme.

Constater tout ceci m’a permis de comprendre une chose très importante : Oui, une femme peut avoir une relation avec un gars qui a certains défauts.  Sauf qu’elle ne va jamais choisir un homme à cause de ses défauts.  Elle va le choisir malgré ceux-ci.  Et ça, ça veut dire que ce gars-là possède des qualités qui pèsent beaucoup plus sur la balance que ses défauts.

Et voilà pourquoi aucune fille (sensée) ne voulait de moi.  Je n’avais peut-être aucun des défauts de ces gars-là, mais je n’avais aucune de leurs qualités pour me rattraper non plus.  Ça m’enlevait tout espoir de plaire, ce qui faisait de moi un gars désespéré.  Dans de telles conditions, un gars se croit justifié d’utiliser mensonges et manipulations pour avoir la fille.  Parce que dans sa vision étroite, telles sont les relations entre hommes et femmes : La femme n’est qu’une proie qui s’amuse à fuir l’homme, et c’est à l’homme de la capturer.

Pour la défense du gars que j’étais à l’époque, et de ceux qui pensent comme ça aujourd’hui, il ne faut pas s’étonner de cette mentalité.  C’est à cause que l’on passe notre vie à être bombardés de messages de ce genre.  Par exemple :

  • Dans les contes pour enfants tels La Belle au Bois Dormant ou bien Blanche-Neige, le gars arrive vers la fin, dit à la fille qu’il l’aime, et voilà, elle lui dit oui.  Déjà là, on nous montre que la fille n’a aucune raison, voire aucun droit, de dire non à un gars qui se déclare.  Elle est juste disponible en attendant d’être choisie, voilà tout. 
  • Et dans les deux cas, ces gars ont commencé à être physiques avec elles sans leur demander leur avis, en les embrassant (et peut-être plus, selon versions) alors qu’elles étaient inconscientes. Aussi bien dire qu’elles n’ont aucun droit sur leurs propres corps.
  • Dans les chansons, combien de centaines de milliers d’entre elles ont comme thème « Un jour tu seras mienne »?  Et que dire de ce grand classique des années 80, Every Breath you Take, qui n’est rien de moins qu’un hymne au harcèlement.
  • Dans les films, prenez par exemple ce grand classique de mon adolescence, The Breakfast Club.  Tout le long du film, le voyou insulte la p’tite snob riche, la déprécie, la harcèle sexuellement.  À la fin, tandis qu’il est en isolation, elle va le rejoindre et s’offre à lui de son plein gré.  Dans le même film, le sportif n’adresse pas un mot à la fuckée.  Mais dès que celle-ci change de look et devient belle (Selon le scénario, car peu de spectateurs sont d’accord là-dessus, mais passons) alors là, le sportif la drague.  Et elle aime ça et se laisse faire, malgré le fait qu’ils n’ont rien en commun.
  • Dans les séries télé, si le personnage masculin moche insiste assez longtemps, il finira avec la belle.  Peu importe le nombre de saisons que ça lui prendra, elle sera sienne.  On s’en fout qu’il n’aient rien en commun, ELLE EST BELLE!  C’est tout ce qui compte.  C’était vrai il y a 25 ans dans Family Matters, et c’est encore vrai à notre époque avec The Big Bang Theory.  

C’est ça que la société nous apprend : Pour avoir une fille, il faut insister, voire même se servir sans lui demander son avis.  L’important, c’est se montrer assez déterminé jusqu’à ce que l’on arrive à la faire craquer.

À 27 ans, j’ai réalisé que ce comportement, c’était du harcèlement.  Et que trop souvent, quand une fille dit oui, ce n’est pas parce qu’elle est séduite.  C’est parce qu’elle a peur des conséquences de dire non.  Et avoir une relation sous la contrainte, c’est une agression.  

Puisque je ne voulais pas devenir un harceleur ni un agresseur sexuel, il fallait que j’arrête de leur courir après.  Mais voilà, je ne voulais pas passer le reste de ma vie seul.  Il fallait donc qu’elles arrêtent de me fuir.  Et pour ça, je devais devenir attirant, autant de l’extérieur que de l’intérieur.

Je me suis mis à la musculation pour améliorer mon physique.  Je me suis mis au cardio pour améliorer mon endurance, ma résistance et ma production d’énergie.  Je suis retourné aux études.  J’ai obtenu les connaissances dans divers domaines pour obtenir des emplois.  J’ai eu des emplois successifs, chacun meilleur que le précédent.  J’ai amélioré mon revenu.  J’ai appris à faire un budget et à dépenser intelligemment.  Et voilà comment j’ai commencé à être intéressant aux yeux des femmes.  Ce qui m’a montré que durant tout le temps où elles me fuyaient, le problème n’était pas elles.  C’était moi!

Mieux encore: Avec mes études, mes connaissances, mon expérience grandissante,  j’étais capable de faire quelque chose (voire plusieurs choses) de ma vie.  Par conséquent être en couple a cessé d’avoir une importance démesurée dans ma vie.  Je pouvais trouver ma valeur ailleurs que dans ma capacité de séduire.

J’ai cessé de voir chaque fille qui m’entoure comme étant une conjointe potentielle.  J‘ai cessé de ne les voir que comme des accessoires amoureux/sexuel à la disposition des hommes, à jeter comme un objet brisé lorsqu’elles refusaient de remplir cette fonction avec moi.  Ce qui fait que j’ai commencé à les voir vraiment comme des êtres humains, des égales.  Par conséquent, je n’ai plus jamais ressenti de problème à les avoir dans ma vie comme amies platoniques, puisque j’ai cessé de voir leur amitié comme étant le symbole de mon échec amoureux/sexuel.  

Mieux encore:  Maintenant que j’étais apprécié des femmes, je pouvais arrêter de m’essayer avec n’importe qui, et ne me rapprocher que de celles avec qui j’avais beaucoup en commun.  Celles-là se divisaient en deux catégories: Celles avec qui il n’y avait aucune attirance romantique/sexuelle réciproque, qui devinrent d’excellentes relations d’amitié.  Et celles avec qui il y avait attirance romantique/sexuelle réciproque, qui devinrent d’excellentes relations de couple… Pour (re)devenir d’excellentes relations d’amitié si le couple prenait fin.

Et ce à quoi je ne m’attendais pas: Aux yeux de celles qui furent déçues de ne pas être choisies, c’était maintenant moi  le salaud qui leur faisait de la peine. 

Comme quoi ce que l’on qualifie de bad boy, ça peut être très relatif, finalement.

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Y’A LIENS LÀ:
Sur le même thème et/ou mentionné plus haut: 
Le jour où j’ai réalisé qu’Elle a dit OUI par peur des conséquences de dire NON
Une fille qui se plaint que son mec ne pense qu’au sexe, c’est ça qui arrive Quand la libido est notre seul point en commun.
Pour exploiter votre ignorance des femmes, voici  12 illusions fallacieuses qu’essayent de vous vendre les guides de séduction.
J’ai vécu ça, la drague malvenue de la part d’un homme, alors qu’Il se croyait irrésistible.
Bonne chose que j’étais un homme, ce qui fait que je n’ai pas eu à démissionner, contrairement à Ingrid: Cinq jours parmi les loups.
Enfin, si vous avez deux heures à tuer, et que vous êtes curieux de savoir ce qui se passe dans la têtes de certains incels qui mettent une importance démesurée à réussir à être en couple afin de compenser pour une vie de loser sous tous ses aspects, alors voici un petit roman autobio en ligne, dans lequel je raconte l’été de mes 21 ans: Surveiller Nathalie; voyage dans la tête d’un harceleur.

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Et cet article qui conclut cette trilogie est le 400ième de ce blog en 9 ans et trois mois d’existence. 

L’évolution du point de vue (2ème partie)

Lorsque je regarde celui que j’étais dans la jeune vingtaine, je constate que je ne suis plus du tout la même personne.  En particulier de la façon dont je vois les choses.

 Par exemple 

Généreux altruiste à l’époque, dépensier irresponsable aujourd’hui.
Il y a quelques temps, j’ai vu une image-texte qui se promenait sur Facebook.  J’aurais aimé la retrouver pour la montrer dans cet article, mais je n’ai pas réussi.  En gros, ça disait quelque chose dans le sens de :

« Une personne donne 20$ à un itinérant, alors que la seconde donne 10$.  Tout le monde va trouver que le premier est bien plus généreux que le second.  Or, ce que les gens ignorent, c’est que le premier gagne $100 000.00 par année et avait plus de $3000.00 dans son portefeuille, alors que le second est sans emploi, et ce 10$ qu’il a donné, c’est tout ce qu’il avait pour passer sa semaine.  Maintenant que vous savez ça, lequel d’entre eux est VRAIMENT généreux et admirable, hm?  L’homme riche qui ne donne qu’une minuscule partie de son excédent, ou l’homme pauvre qui est prêt à sacrifier son nécessaire pour autrui? Comme quoi il est facile de juger les gens lorsque l’on ne connait rien à leur sujet. »

Ma mentalité à l’époque :  J’étais tout à fait d’accord avec ce texte.  Et pour cause : Il m’était arrivé de mettre la chose en pratique. 

Je ne me souviens plus exactement si j’en ai déjà parlé, mais lorsque j’étais dans la jeune vingtaine, au début des années 90, et que je travaillais au Dunkin Donuts, dès que j’avais payé les dépenses mensuelles incontournables (Loyer, électricité, téléphone et nourriture), il ne me restait que 9$ par mois.  Et malgré tout, si je me faisais aborder par un itinérant, je lui donnais de l’argent.  Il y en a même un qui m’a carrément demandé 40$, pour je ne sais plus quelle raison.  Je suis allé au guichet automatique et je le lui ai donné.  En sachant très bien que ça signifiait que mon chèque de loyer allait rebondir, ce qui m’occasionnerait des frais de 15$.  30$, en fait, lorsque le propriétaire m’exigerait le remboursement de ses propres frais pour ce chèque à fonds insuffisants.  Mais bon, peu m’importait ce don de 40 qui allait m’en coûter 70.  Au moins, j’avais un travail et un toit, et je pouvais manger à ma faim (moins 70$ pour la prochaine épicerie, tout de même), contrairement à ce pauvre homme. Je tirais grande vanité d’être généreux au point d’être capable de me sacrifier de la sorte.

Ma mentalité maintenant :  Je trouve irresponsable, voire carrément imbécile, le gars que j’étais, et la mentalité qui venait avec. 

Qu’est-ce qui a changé en moi?  J’ai commencé à voir les choses avec logique, plutôt qu’avec orgueil. 

Je n’aime pas citer des proverbes, mais il y a une raison pour laquelle on dit que charité bien ordonnée commence par soi-même.   À l’époque du Dunkin, je travaillais fort à un boulot qui était chiant et mal payé.  Je savais que ma survie mensuelle de base me gobait tous mes revenus, sauf 9$.  Et ce 9$ était largement insuffisant pour avoir une vie sociale normale avec des activités normales demandant des dépenses normales.  En quelque part, ça me donnait des complexes d’infériorité.  Ainsi, en me montrant mille fois plus généreux que mes amis qui, eux, avaient un bon travail et de bons revenus, je pouvais au moins m’enfler l’orgueil en me disant que du côté de la générosité en tout cas, j’étais leur supérieur.  Et que moi, au moins, mes dépenses étaient pour aider autrui, et non pour des choses frivoles tels bar, resto ou cinéma.

Autre chose : À l’époque, j’avais des idées de grandeur.  Surtout en matière de logement.  À chaque année, au travail, j’avais une augmentation.  Et à chaque année, je déménageais dans un appartement plus grand, donc plus cher.  C’est que dans ma vision, un grand appartement était un signe de prospérité, de réussite.  Par conséquent, je vivais toujours à la limite de mes moyens.  Déjà là, je démontrais que ma priorité était dans les apparences, plutôt qu’à avoir un budget balancé.  

Par conséquent, lorsque j’avais besoin de lunettes, de bottes pour l’hiver, de médicaments ou de toute autre dépense imprévue néanmoins nécessaire, alors là mon budget était débalancé pendant des mois.  Bonne chose que je travaillais dans un Dunkin Donuts.  Ça me permettait de me nourrir sur place deux fois par jour, cinq jours semaine, et même d’amener chez moi les restants de soupe qui devaient être jetées à toutes les huit heures.  Pas vraiment le comportement d’un homme prospère qui a réussi.

Surtout qu’avoir des appartements de plus en plus grand fit que je me suis éventuellement retrouvé avec une pièce vide et inutile, ce qui fait que je payais 100$ par mois en pure perte. (C’était l’époque où les appartements à Montréal étaient encore à 100$ la pièce.)  C’est là que j’ai compris que finalement, non seulement je vivais au-dessus de mes moyens, je vivais au-dessus de mes besoins. 

Je me suis ajusté par la suite, vivant en simplicité ou en colocation.  J’ai même passé plusieurs années à vivre dans des appartements sans avoir de chambre, dormant sur le divan.  Et si aujourd’hui je vis seul dans un 5½ (cette fois avec chambre et lit), c’est que non seulement je peux me le permettre, toutes les pièces ont une fonction.

Pour en revenir au texte au sujet de la générosité du riche contre celle du pauvre : Aujourd’hui, je regarde les faits.  Et les faits sont : Lequel des deux est le plus intelligent, le plus logique et surtout le plus responsable?  Celui qui donne ce qu’il peut se permettre?  Ou celui qui donne ce qu’il ne peut pas se permettre, causant des problèmes à sa survie, occasionnant en plus des frais bancaires à son proprio?  Ce n’est pas le geste d’une personne généreuse, ça.  Ce sont les agissements de celui qui est prêt à poser des gestes irréfléchis juste pour bien paraître, ne serait-ce qu’à ses propres yeux.  Bref, ce sont les gestes d’un loser qui a quelque chose à (se) prouver.

Il y a trois semaines, deux de mes amis ont démarré une campagne de socio-financement.  La raison est qu’ils avaient été victime d’un accident de lessiveuse qui avait inondé leur appartement, occasionnant pour $3000.00 dollars de dégâts à rembourser au propriétaire, chose que leur budget d’artiste ne pouvait pas leur fournir. 

Je n’ai pas une telle somme en banque pour le moment puisque je travaille depuis peu à mon nouveau boulot.  Mais j’ai une assez grande marge de crédit sur ma Visa, que j’aurais pu leur payer la totale d’un seul coup.  J’aurais mis trois mois à la rembourser, et ça n’aurait nullement affecté ma qualité de vie.  Mais voilà, aujourd’hui, je n’ai plus rien à prouver aux autres, et encore moins à moi-même. 

Et surtout, personne ne m’a jamais demandé de prendre sur moi la facture complète.    D’ailleurs, si on me l’avait suggeré, j’aurais refusé.  Alors pourquoi me porterais-je volontaire pour le faire?

J’ai donc fait un don, correspondant à la moyenne des montants fournis par leurs autres donateurs.  Ils ont atteint leur objectif dans les temps voulus.  Ils ont pu rembourser le propriétaire.   Je suis content d’avoir pu aider.  Je n’en tire aucune vanité.  Parce que mon but était d’aider mes amis, et non de me montrer plus généreux que les autres.  Et c’est parfait comme ça pour tout le monde!

Dans la situation actuelle, un grand nombre de personnes ont été heureuses de les aider.  Et dans le cas de mes amis, ça leur a fait un bien fou de voir autant de témoignages d’amour et de solidarité envers eux.  Si j’avais tout payé moi-même, j’aurais empêché ces gens de poser un geste décent, j’aurais empêché mes amis de se savoir autant apprécié par tous, et j’aurais gardé pour moi seul leur reconnaissance.  En fait, ils auraient été obligés d’être reconnaissants, ils n’auraient pas eu le choix. 

Autrement dit, ce geste aurait peut-être été généreux sur le plan monétaire.  Mais sur le plan social et moral, il aurait été fortement égoïste.

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Bientôt: Détermination romantique hier, harcèlement malvenu aujourd’hui.

L’évolution du point de vue (1ère partie)

Lorsque je regarde celui que j’étais dans la jeune vingtaine, je constate que je ne suis plus du tout la même personne.  En particulier de la façon dont je vois les choses.

 Par exemple :

Héros à l’époque, pitoyable aujourd’hui.
Jetez un oeil à cette vidéo d’une course de cinq kilomètres, dans laquelle un homme s’écroule d’épuisement à dix mètres de la ligne d’arrivée, distance qu’il met ensuite trois minutes à franchir. 

Cette vidéo n’existait pas lorsque j’étais dans la vingtaine, mais j’ai déjà été témoin d’une scène semblable.

Ma mentalité à l’époque :   Le fait qu’il a déployé un effort physique surhumain qui l’a vidé de toutes ses forces, et qu’il trouvait malgré tout assez de volonté pour se traîner jusqu’à la ligne d’arrivée par ses propres moyens, en refusant toute aide.  Quelle détermination.  Quel courage. Ce gars-là était mon héros.  Un modèle à suivre.

Ma mentalité maintenant :  Je trouve ce gars stupide, voire carrément pitoyable. 

Qu’est-ce qui a changé en moi? Plusieurs choses.  Avant, je n’étais nullement athlétique.  Tout le long de mon école primaire et secondaire, j’étais toujours le dernier en gym.  Alors pour moi, le fait que tout le reste de la population était plus en forme que moi, c’était mon quotidien.  C’était une fatalité que, même si je détestais, j’avais toujours acceptée.  Voilà pourquoi j’étais porté d’instinct à me reconnaître en ce gars-là, pour qui c’est cent fois plus difficile que pour tout le monde de réussir.  

Il y a huit ans, plutôt que d’avoir du ressentiment envers les bons coureurs, j’ai décidé d’en devenir un.  Je me suis renseigné sur la façon de commencer à m’entraîner.  J’ai investi l’effort physique et mental requis.  Je me suis mis à la course de façon intelligente, de manière à me renforcer, plutôt que de m’endommager.  Et, peu à peu, je suis devenu capable de courir sur de plus en plus longues distances sans mettre ma santé en jeu.  En trois mois et demi d’entrainement, ma distance de course non-stop a passé de 200 mètres à 5.2 km.     

Ce qui fait que maintenant, lorsque je visionne cette vidéo, au lieu de ne regarder que lui, je regarde les 86 autres personnes qui le dépassent (je ne blague pas, je les ai vraiment comptés) et qui terminent leur cross-country sans pour autant être incommodés.  Si tous ces gens sont capables de le faire en étant à peine essoufflés, alors pourquoi est-que lui est sur le bord de crever?  Tout ce que cette situation démontre, c’est que contrairement à eux, il ne s’est pas préparé adéquatement. 

Lorsque j’ai découvert cette vidéo il y a dix ans, j’avais une curieuse sensation en regardant cette scène.  Quelque chose me dérangeait.  Je n’aurais pas pu dire quoi exactement, mais j’avais la vague impression que quelque chose ne collait pas.  Comme s’il y avait un illogisme en quelque part.  Il faut dire qu’à ce moment-là, ça prendra encore deux ans avant que je me mette moi-même à la course.

Aujourd’hui, avec l’expérience que j’ai en course, lorsque je regarde de nouveau cette scène, je vois immédiatement d’où me venait cette impression :  S’il avait été le dernier à arriver, je ne me serait pas posé de question.  Sa position parmi les coureurs aurait concordé avec sa piètre condition physique.

Mais LÀ, il se fait dépasser par 86 personne au final, et il y en a encore plein d’autres qui passent la ligne d’arrivée après lui.  Si ce gars-là est aussi faible, vous ne trouvez pas ça étrange que, tout le long de la course, il se trouvait devant tous ces gens-là? 

Ça ne peut vouloir dire qu’une seule chose : Tandis qu’eux courraient à rythme modéré afin de conserver leur énergie, lui a dû sprinter tout le long pour tous les dépasser.  Ça explique pourquoi il était devant eux, ça explique son état d’épuisement total, et ça confirme que comme bien des gens qui ne connaissent rien au sport dans lequel ils ont décidé de se démarquer, il croyait probablement qu’il lui suffirait juste de se pousser à fond non-stop avec volonté et détermination pour montrer à tous qu’il est capable de faire bien mieux qu’eux.  Il était convaincu que les préparatifs et l’entrainement n’étaient qu’une stupide et inutile perte de temps. Je suppose que le fait que quelques personnes aient franchis la ligne d’arrivée après lui, ça lui a permis de se vanter qu’il a tout de même eu raison de le penser. 

S’il s’était préparé correctement, s’il avait couru de la bonne manière, il n’aurait pas fini cette course au bout du rouleau.  Ce qui en revient à dire que les problèmes qu’il a subi durant cette course, c’est lui-même qui se les ai causés.  Ce gars-là a été lui-même son propre obstacle. 

Hier, quand j’étais encore ignorant, ce gars-là était mon héros.  Aujourd’hui, un gars qui a besoin de se pousser à l’épuisement physique total  pour faire égal ou mieux qu’une personne qui ne sera que légèrement fatiguée d’avoir accompli la même tâche, je n’appelle plus ça un modèle à suivre.  C’est plutôt le modèle parfait de tout ce qu’il ne faut pas faire. C’est le parfait exemple du loser qui a quelque chose à (se) prouver.

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Bientôt: Généreux altruiste à l’époque, dépensier irresponsable aujourd’hui.  

 

Mieux vaut la parano temporaire que le regret éternel

Tel que décrit dans les billets de la série Le jour où tout a basculé, en particulier le 5e et dernier, depuis que j’ai accepté de changer d’emploi et de ville, ma vie a pris un tournant positif à tous les niveaux.

 … Enfin, à presque tous les niveaux.  Car me voilà de nouveau célibataire.  Et puisque ça fait dix semaines que j’habite dans cette ville dans laquelle je ne connais personne, alors ce serait bien d’avoir quelqu’un avec qui partager ma nouvelle vie.

Bon, j’exagère un peu.  Je connais déjà une vingtaine de personnes, le deux-tiers étant des femmes.  Mais voilà, s’agit de collègues de travail.  Il y a 25 ans, avec Christine, j’ai appris à la dure qu’il valait mieux garder ma vie privée séparée de mon travail.  Parce que d’abord, si la relation se ternit, ça peut affecter négativement l’atmosphère.  Ensuite, même si tout va bien entre nous, certains collègues peuvent prendre la relation en ombrage.  Et là encore, ça peut affecter négativement le travail.  Je tiens à éviter ça.

Je me suis donc réinscrit sur Ok Cupid.  Une fois mes informations et critères entrés, déception : Seuls deux profils féminins de ma région y correspondent.  Et pour être franc, en les lisant, à part le célibat et l’hétérosexualité,  je ne vois pas ce que nous pouvons avoir en commun.  Il fut une époque où, influencé par une forte libido, ça m’aurait suffi comme critères.  Hélas, ça donne la situation classique dans laquelle la femme se plaint que son mec ne pense qu’au sexe.  Déplorable mais normal, si la sexualité est tout ce qu’ils ont en commun.  Ça aussi, je tiens à l’éviter.

Délaissant Ok Stupid, je me suis ouvert un compte sur Tinder vendredi soir dernier.  Sous un pseudo, of course, car on n’est jamais trop prudent.  Une fois que mes photos, ma description  et mes critères d’âge et de distance furent entrés, j’y suis resté inactif toute la soirée et toute la nuit, histoire de laisser à mon profil le temps d’aller se faire voir chez les célibataires féminines du site.

Le lendemain matin, je m’y rebranche.  Les profils que Tinder nous suggèrent se divisent en deux catégories : Ceux qui entrent dans nos critères d’âge et de distance, et les membres qui nous ont choisis.  Je suis donc allé dans mon profil, j’ai fait passer la distance de 10 à 2 km, et je suis retourné voir les profils proposés.  Tel que prévu, tous les profils situés à plus de 2 km de distance étaient de femmes qui m’avaient choisis.  Il ne me restait plus qu’à les choisir en retour.  En quelques minutes, j’avais 33 matchs sur les 36 femmes qui m’avaient choisi. 

 Il ne me restait plus qu’à faire le tri : J’ai enlevé celles sans photos de visage, celles sans texte de présentation, celles situées à plus de 5 km parce que je n’ai pas envie d’une relation à longue distance, celles dont le look / le style ne me plaisait vraiment pas, les miss bière-vin-taverne, les globetrotter avec assez de temps et d’argent pour visiter 27 pays par année, et les mères à marmailles parce que maintenant que mes enfants sont adultes je n’ai plus envie de repasser par là.  Au bout du compte, il restait trois candidates. 

 Ce qui me décevait un peu, c’est qu’aucune d’entre elles ne semblait avoir un côté créatif artistique.  Ce point en commun avec moi est la raison pour laquelle mes deux plus récentes relations, avec Karine puis Flavie, ont duré aussi longtemps.  Je crois même que c’est ce qui nous a permis de continuer à cohabiter en harmonie pendant quelques mois suite à notre rupture, et que nous sommes encore en bons termes aujourd’hui.  Je sais que je me répète ici, mais il faut bien plus que «nous sommes tous les deux hétéros et célibataires » pour avoir une relation durable. 

Mais en même temps, je me suis demandé si je n’étais pas un peu trop intransigeant.  Après tout, bien que je fasse encore de la BD dans mes temps libres, les arts ne constituent plus mon activité principale.  Peut-être qu’il me serait possible de connecter avec quelqu’un sur un autre aspect que celui-là.

J’ai donc commencé à jaser avec la première candidate.  Elle est sympathique et on s’entend bien.  Elle me suggère même de son propre chef de me faire visiter la région le lendemain.  Or, le matin suivant, elle annule, pour une raison qui me semble fort bidon.  Je me montre compréhensif et n’insiste pas davantage. 

La seconde, même scénario, à ceci près qu’au lieu de canceller, elle a juste disparu de mes connexions. 

La 3e, appelons-là Louise, fut la plus prometteuse.  Seulement 5 ans de moins que moi, jolie, en forme, sans enfants et n’en veut pas non plus, elle occupe le poste de préposée au crédit chez l’un des nombreux concessionnaires du coin, donc sérieuse et indépendante financièrement.  Elle a un grand sens de l’humour et apprécie le mien qu’elle a vu dans mes photos et mon texte de présentation.  Puis, vint le moment où je lui dis que je travaille pour La Firme.  Elle me répond:

« Ah oui?  Est-ce que tu connais Constantina Peloza? »
« Non!  Elle travaille pour La Firme? »
« Oui, à la branche mère, sur Bissette. »
« Ah, d’accord, c’est pour ça alors.  Je suis au bureau qui vient d’ouvrir, sur Cartier.  C’est une amie à toi? »
« Oui, c’est ma meilleure amie.  C’est l’une des vice-présidentes. »
« Ah?  Ok!  Je serai sage alors. »
« HAHAHA, je savais que tu répondrais ça. »

Sur ce, puisqu’il se faisait tard, nous nous sommes souhaités bonne nuit en nous promettant de continuer de jaser le lendemain. 

Je savais parfaitement que je n’allais jamais tenir cette promesse.  À partir du moment où elle m’a dit que sa bonne amie était une de mes vice-présidentes, j’ai immédiatement compris qu’il valait mieux que je me tienne loin de cette femme.  Je l’ai d’abord retiré de mes contacts, avant de détruire mon compte sur Tinder en me félicitant de ne jamais y avoir mis mon vrai nom.

Parano?  Peut-être!  Mais voyons les choses avec logique.  Tout d’abord, bien que nous avions du plaisir à jaser, il reste que nous avions peu de choses en commun.  Et une relation de couple sans points communs, ça ne risque pas de durer éternellement.

Dans le cas de Karine et Flavie, comme je dis plus tôt, bien que nous ayons eu à rompre, c’est probablement nos passions artistiques communes qui faisaient que nous sommes restés colocataires harmonieux et bons amis par la suite.  Mais dans le cas de Louise, si on casse, on n’a plus rien en commun.  Et quand on casse avec quelqu’un avec qui nous n’avons aucune raison d’être amis pour commencer, en général, ça donne des ruptures négatives pleines de ressentiments.

Et je sais de quoi je parle.  C’est exactement ce que j’ai vécu avec la mère de mes enfants, une femme avec qui je n’avais en commun que l’hétérosexualité et la forte libido. Des 28 ans où j’ai vécu à Montréal, il y en a eu 24 qu’elle a réussi à détourner et ruiner, en utilisant les enfants.

Autre chose : Il y a 21 ans, je me suis procuré une automobile.  Vous savez, cette rumeur comme quoi les concessionnaires ne sont que des arnaqueurs?  Je suis tombé sur le genre de vendeur qui contribue fortement à cette réputation.  Le jour où j’en ai eu assez de ses magouille et que j’ai pris action contre lui, il m’a appris un petit détail que j’ignorais :  Le président directeur général et fondateur de la compagnie pour laquelle je travaillais à ce moment-là, eh bien… C’était son petit frère.  Eh ouais!  Le monde est petit, des fois.  À partir de ce moment-là, non seulement ai-je commencé à subir du harcèlement moral au travail, toutes mes plaintes à ce sujet aux ressources humaines et aux différents supérieurs que j’avais ne faisait qu’empirer mon cas.  J’ai eu à démissionner.   Et n’ayant que cette compagnie à mettre sur mon CV en guise de référence, inutile de dire qu’ils ne m’ont pas aidé.  Ma carrière était brisée.

À la lueur de tout ceci, est-ce que je veux me lancer dans une relation amoureuse avec une personne avec qui j’ai si peu en commun que l’on ne pourrait même pas avoir une relation d’amitié platonique durable pour commencer?  Donc une relation de couple qui a tout le potentiel pour mal finir?  Avec une personne dont la meilleure amie est très bien placée pour détruire ma carrière, si tel est son bon plaisir?  Je viens tout juste de refaire ma vie, et celle-ci est la plus positive que j’ai eue à date, et ce sous tous ses aspects.  Est-ce que je veux vraiment risquer de perdre tout ça?  En échange de quelques orgasmes?

La réponse est non!   !/$%?&* que non!  

Il y en a qui, en lisant ceci, vont penser que plutôt que de disparaître sauvagement, j’aurais dû avoir la décence de lui expliquer pourquoi je préférais en rester là.  Je comprends.  Et dans une autre situation, j’aurais été d’accord.  Mais voilà, on parle ici d’une personne que je ne connaissais que depuis trois heures.  Je n’ai pas la moindre idée si elle aurait bien pris mon désir de cesser tout contact.  Surtout si je lui explique que je veux prendre mes distances parce que je considère qu’elle serait capable de ruiner ma carrière et gâcher ma vie.  C’est le genre de déclaration qui risque de l’insulter.  Et si je l’insulte, je prend le risque qu’elle veuille me le faire payer, en utilisant son amie pour faire de mes craintes une réalité.   

Donc, dommage pour Louise.   Il est fort possible que c’était une personne bien qui ne m’aurait jamais causé le moindre problème, mais ce n’est pas quelque chose que j’ai envie d’apprendre à la dure.  Parce que j’ai trop à perdre si tel n’est pas le cas.  Éventuellement, je trouverai bien quelqu’un qui me convient mieux, avec qui j’aurai des choses en commun, et qui n’aura aucun lien de près ou de loin avec mon boulot.  Mais en attendant, je préfère être prudent.

Il y a des moments dans la vie où il vaut mieux prendre le risque de passer pour parano en croyant qu’une situation est dangereuse, que de faire aveuglément confiance et de prouver qu’elle l’était vraiment.  Ceci est l’un de ces moments.

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Y’a liens là:
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