Tout d’abord, rappel important. Le but premier de ce billet n’est pas de vénérer la manipulation. C’est d’en dénoncer les techniques.
Le lendemain, je reçois une réponse. Et celle-ci est tout ce que j’espérais. Tout d’abord, elle admet ses torts et me présente ses excuses.
Ensuite, comme je m’en doutais, lui dire que FB Rencontre ne me propose que des gens peu éduqués dans le coin, ça résonne avec sa propre expérience.
Je comprends que la précision qu’elle me fait entre parenthèse est née de sa peur de passer pour étant prétentieuse. Je ne crois pas qu’elle l’est. Elle ne fait que dire les choses telles qu’elles le sont. Mais le fait qu’elle me fasse cette précision, ça démontre qu’elle veut éviter de mal paraître à mes yeux. Ce qui augure bien pour notre potentielle relation future.
Ho! Ho! Je vois dans cette dernière phrase la manifestation de son orgueil. Puisque je lui ai dit que j’en étais arrivé à la conclusion que nous sommes incompatibles, il faut qu’elle sauve la face en me disant un truc semblable. Mais attention, elle ne nous ferme pas la porte. Elle n’a pas confirmé que nous sommes incompatibles. Elle dit juste que l’on ne communique pas si bien ensemble. Ça laisse la porte ouverte à quelque chose, si on arrive à mieux communiquer.
Pardon?
J’éclate de rire. Incroyable ! Elle m’a fait la leçon, défendant la valeur de cette oeuvre littéraire… alors qu’elle ne l’a même pas lue. Je ne peux qu’apprécier son humilité et son honnêteté, de me l’avoir avoué.
Alors voilà, ça y est. Le dialogue est établi entre nous. Et c’est un beau dialogue. Amusant. Honnête. Positif. Qui nous permet de voir nos points en commun. Bref, mon but recherché depuis la toute première fois où je suis tombé sur sa fiche au printemps dernier. C’est quand même dommage de constater que pour avoir enfin obtenu ce résultat, il m’a fallu opter pour l’approche négative, puisque mes deux premières tentatives de rapprochement, qui étaient positives n’avaient rien donné. Mais maintenant que j’ai obtenu le résultat escompté, je n’ai plus besoin d’user de négativité ni de negging.
En un paragraphe, j’arrive simultanément a me vanter et à la complimenter.
Vingt-quatre heures passent. Aucune réponse de sa part. Voilà qui me déçoit quelque peu. Je ne dois pas oublier que nous sommes sur une app de rencontre. Et puisque Lyne est une belle femme, j’ai certainement pas mal de compétition. Aussi, je décide de passser à l’étape suivante : la proposition de rencontre.
Pour ce faire, je commence par appliquer un petit gaslighting de rien du tout : je fais de la projection en inversant nos rôles. Afin de cacher le fait que je l’ai mise dans une position où elle a eu à se défendre, je vais prétendre que c’est le contraire qui est arrivé. Et de la manière dont j’en parle, ça se tient.
J’enchaine avec le parfait argument pour l’influenser à accepter l’invitation qui suivra.
Enfin, il est toujours de bon ton de montrer à une femme que l’on écoute ce qu’elle dit. Chose que je fais en concluant avec :
La seule raison pour laquelle j’ai utilisé l’approche négative, le negging, le gaslighting, c’était uniquement dans le but de la rencontrer. Tout ce que je veux depuis le début, c’est une chance de voir si nous pouvons être compatibles. Et pour ça, ça prend au moins une rencontre en personne. Maintenant que ce but est pratiquement atteint, je n’aurai plus jamais besoin d’utiliser ces méthodes. Elles ont beau fonctionner mieux que l’approche positive et sincère, il reste que je n’ai pas vraiment apprécié de devoir m’y abaisser.
Sa réponse m’arrive quelques heures plus tard.
Oui, bon, elle a une vie en dehors des réseaux sociaux. Je m’y attendais. C’est nornal, et même très sain.
Oh?
Bon ! Eh bien… Il n’y a qu’une chose que je puisse répondre à ça.
Bon ben voilà. C’est terminé. Il n’y aura jamais rien entre elle et moi. Les deux premières fois que j’ai tenté de la contacter, je pouvais encore espérer. Mais cette fois, c’est officiel.
Cette expérience m’a donnée une bonne leçon. En fait, elle a surtout confirmé ce qui était pour moi une théorie à laquelle je souscris depuis mon adolescence : en amour, la manipulation, ça ne sert à rien au bout du compte. Sûr, j’ai pu la manipuler à communiquer avec moi. J’ai pu la manipuler à m’attaquer. J’ai pu la manipuler à admettre ses torts. J’ai pu la manipuler à me faire ses excuses. Mais je ne pouvais pas la manipuler à ressentir de l’attrait pour moi. Elle n’en avait pas les deux premières fois. Elle ne pouvait donc pas en avoir à la troisième.
Intro 1 :Le but premier de ce billet n’est pas de vénérer la manipulation. C’est d’en dénoncer les techniques.
Intro 2: Il existe une organisation sportive américaine nommée Special Olympics réservée aux enfants et adultes ayant une déficience intellectuelle. En 2017, il y a eu cet échange sur le mur du Facebook d’Arnold Schwarzenegger. Je vous l’ai traduit.
Cette capture d’écran, ou du moins sa version originale Anglaise, se promène sur Internet depuis mars 2017. Et ceci démontre plusieurs choses, La première, c’est que contrairement à ce qu’affirme Arnold, grâce au contenu négatif de son message, personne ne l’oubliera jamais.
Et ceci m’a fait réaliser que c’est justement grâce au contenu négatif de son commentaire que ce type a su attirer sur lui l’attention d’Arnold Schwarzenegger. Il doit bien y avoir des centaines, des milliers de personnes qui lui ont écrit des commentaires positifs. Arnold n’a répondu à aucun d’entre eux. Par contre, il suffit qu’une personne lui écrive un commentaire teinté d’ignorance et de négativité, alors LÀ, il ne peut s’empêcher de répondre.
Ce qui signifie que si, quelques temps plus tard, ce même troll était revenu lui dire qu’il a réfléchi, qu’il a suivi sa suggestion, et qu’il avait réalisé ses torts, alors sûrement qu’Arnold lui répondrait quelque chose de positif, ce qui amorcerait le dialogue entre eux.
En conclusion, la négativité d’un troll est potentiellement plus efficace pour se rapprocher d’une vedette internationalle, que le positif de la part d’un fan. Mais bon, ce n’est pas d’hier que je connais ce navrant principe. J’en parle pratiquement depuis la création de ce blog. Un exemple au hasard: mon billet 40 gars typiques de sites de rencontres.
Intro 3 : Comme je crois l’avoir déjà écrit ici dans un billet précédent, depuis deux ans, je vais régulièrement me faire un compte sur Facebook rencontre. En général, au bout de quelques semaines à quelques mois, je perds intérêt et je le ferme. Par conséquent, à chaque fois que j’en ouvre un autre, je revois beaucoup des mêmes candidates que j’avais vu lors de mes tentatives précédentes.
Intro 4 : Tout le long de ma vie, j’ai souvent été exposé aux manigances de gens qui voulaient me contrôler et/ou tirer un quelconque profit à mes dépends. Par conséquent, je connais toutes les techniques de manipulation. C’est juste qu’avant cette semaine-là, il ne m’était jamais venu en tête de les utiliser moi-même dans un contexte de rencontres.
Ainsi, ai-je eu l’envie de me livrer à une petite expérience. Ce qui nous amène au sujet de ce billet : L’approche négative et la manipulation.
À chaque fois que je suis sur Facebook Rencontres, l’app me montre ce profil qui me plaît à tout coup.
Afin de protéger son identité, sa photo a été remplacée par une image créée par intelligence artificielle.
Cette femme me plait pour trois raisons. Les voici par ordre d’importance:
Elle est professeure de littérature. On ne se mentira pas, en région éloignée, pour la majorité de la population, « culture » est un mot qui évoque surtout les champs de maïs et de patates. Aussi, l’idée de rencontrer une femme encore plus cultivée que moi n’est pas pour me déplaire.
Elle a onze ans de moins que moi. J’ai 56 ans. Je ne les fais pas car je me tiens en forme et en santé. Ce n’est malheureusement pas le cas de la majorité des femmes célibataires de ma génération, qui ont passé leur jeunesse à se négliger et se soumettre à des abus de toutes sortes. En fait, même pour ses 45 ans, elle parait très bien.
Elle habite dans la même ville que moi. Ma dernière relation sérieuse habitait à une heure trente de route. Je trouvais ça plutôt long. Et si j’avais sauté sur l’opportunité d’avoir une relation avec Noémie au printemps dernier, c’eut été deux heures quinze. Alors un aller-retour la même journée, c’est toute une perte de temps.
La première fois que j’ai vu son profil,je me suis contenté d’appuyer sur le coeur. Elle n’a pas répondu.
La seconde fois que je suis tombé sur son profil, je suis allé modifier la photo principale sur le mien. J’en ai mis une sur laquelle je tiens fièrement un exemplaire de mon livre, Le sucre rouge de Duplessis. Puis, je suis allé mettre un commentaire sur une de ses photos, ce qui déclanche un LIKE automatiquement. J’ai écrit « Tu es prof de littérature. Je suis auteur. Nous sommes faits pour nous entendre. » Mais là encore, aucune réponse de sa part.
La troisième fois que FB Rencontres m’a montré son profil, j’y étais revenu avec un nouveau compte avec de nouvelles photos. Cette fois, je décide d’y aller avec une stratégie totalement différente : l’approche négative. On verra bien si celle-la aura plus de succès que mes précédentes. Mais attention, je le fais dans la subtilité. J’écris ce commentaire sur sa photo principale.
Je m’arrange de façon à ce que l’intention de ce premier message ne soit pas clair. Ainsi, tout dépendant de son humeur, elle pourrait le prendre à la négative.
Comme de fait :
Et voilà ! Elle l’a pris comme une attaque personnelle. Elle ne pouvait pas laisser passer ça sans répliquer. Et elle le fait en beauté. Exactement comme Arnold avec son troll.
Maintenant que le dialogue est ouvert, il ne me reste plus qu’à jouer habilement de mes cartes. Pour ce faire, pas question pour moi d’être sur la défensive. Un homme qui se montre offensé est un faible et un irritant. Je ne dois pas non plus adopter une attitude condescendante. Ça dépeint comme étant un orgueilleux et un fake. Et je ne dois surtout pas me confondre en excuses et implorer son pardon. Ça ferait de moi un minable. La meilleure attitude à avoir face à son commentaire, c’est la compréhension et l’ouverture d’esprit.
Je n’essaye pas de l’éblouir en parlant comme un dictionnaire, mais le simple fait que j’utilise le terme question réthorique lui démontre que j’ai une certaine éducation. Je ne prétend pas être à son niveau littéraire, mais si j’ai eu à lire ce roman au cégep, ça signifie que j’ai moi-même étudié en Lettres, ce qui sera perçu par son inconscient comme un bon point en commun entre nous. Sinon, mes paroles sont celles d’un homme poli, raisonnable, qui reconnait ses torts. À côté de ça, elle fait piètre figure, avec sa réponse brusque dans laquelle elle démontre n’avoir rien compris de mon approche.
Ma conclusion à ce message, « Merci d’avoir répondu et bonne journée » , indique que je m’attends à ce que la discussion se termine là. Ce qui lui passe en sous-entendu l’idée que je suis prêt à mettre fin à nos communications avec cette image négative que j’ai à son sujet. Si elle a le moindre orgueil, elle ne voudra pas me laisser sur cette impression.
Et effectivement…
Voyez vous ça. Malgré le fait qu’elle reconnait ses torts, elle s’en justifie en étant vraiment bloquée sur l’idée que mon message était une attaque. Voilà qui va me servir au-delà de mes espérances.
Vous connaissez la technique du negging? C’est démontrer à l’autre qu’elle pourrait bien nous plaire, sauf qu’elle n’a pas tout à fait ce qu’il faut pour y arriver. Lorsque c’est fait de façon habile, le negging provoque chez l’autre le réflexe de vouloir nous prouver qu’au contraire, elle a ce qu’il faut. Autrement dit, c’est manipuler l’autre de manière à lui donner l’envie de vouloir nous plaire.
Avec son accusation d’avoir attaqué son travail et sa discipline (qui la passionne), elle me donne la plus pertinente des raisons de la soumettre au negging. Le défi ici est de faire ça sans lui donner l’impression que je lui porte un jugement.
Laisse-moi te traiter de bitch sans clairement te traiter de bitch.
Cette subtilité est atteinte ici juste en choisissant bien mes mots. Si j’avais écrit « Tu as perçu ça comme étant attaquer ton travail », ça aurait été un reproche. Mais en optant pour dire « C’est perçu comme étant attaquer ton travail », j’expose seulement un fait.
Et pour bien m’assurer qu’elle ne le prenne pas comme un reproche, j’ajoute ceci:
Le sentiment qui passe en douce dans ce message est « Tu ne mérites pas d’être en couple car tu es du genre à avoir des soupçons négatifs contre autrui sans raisons valables. » Et ça, c’est quelque chose qu’elle voudra certainement me prouver comme étant faux. Il n’en tient qu’à moi de lui en donner l’opportunité.
Une technique que maîtrisent les plus grands manipulateurs, c’est de reconstruire l’orgueil de la femme tout juste après l’avoir détruit. Ainsi, en ayant compris qu’elle tire fierté de son éducation et de sa culture, c’est sur ces points que je la valorise.
Les hommes ont tous cette réputation d’obsédés sexuels, surtout les célibataires d’apps de rencontres. Alors lorsqu’un homme fait comprendre à une femme que même sexuellement il n’en veut pas, elle a de quoi se taper une sérieuse remise en question. En lui laissant la porte ouverte avec mon offre d’amitié, je lui donne l’opportunité de se racheter. De plus, en tant que femme éduquée, il est évident qu’elle a eu droit à plus que sa part d’ignorants qui l’ont approchée. En lui disant que c’est moi-même ce que j’ai vécu ici, je lui démontre que nous avons ça en commun.
Enfin, je conclus humblement, sans lui mettre de pression, et en lui faisant même des excuses.
Comment réagira-t-elle ? Est-ce qu’elle verra clair dans mon jeu ? Ou bien se laissera-t-elle manipuler aussi docilement que je me l’imagine ?
Il y a au moins une personne parmi vous qui correspond à la description suivante. C’est une personne aimable, gentille, pleine de bonne volonté, qui fait ce qu’elle a à faire. Une personne capable de reconnaître la différence entre quand c’est le temps d’être réfléchi et quand c’est le temps d’être impulsif. Son naturel la porte à être généreuse, donnant du temps pour écouter ou aider autrui. Mais pas trop, quand même, car il faut bien se protéger de ceux qui pousseraient la chose trop loin. Elle sait prendre la bonne décision, ou du moins la solution qui lui semblait la plus logique à ce moment-là, selon ce qu’elle savait. Mais puisqu’il est rare que l’on connaisse toutes les facettes d’une situation, et encore moins l’avenir, cette personne regrette parfois sa décision en se disant « Ah, si j’avais su! » Bien sûr, il lui arrive une fois de temps en temps de commettre une vraie erreur de jugement. Mais bon, qui n’en a jamais fait ? Cette personne a un entourage composé de gens, somme toute, assez sympathiques. N’empêche que personne n’est parfait. Ainsi, certains sont ennuyeux. Certains sont maladroits. Certains sont indélicats, impolis, irrespectueux. Et ils le démontrent en lui servant des paroles offensives, blessantes, en déguisant parfois la chose en tentative de faire de l’humour. D’autres sont carrément des exploiteurs qui cherchent à obtenir de cette personne le maximum qu’ils puissent en tirer. Même parmi celles qui aiment le plus cette personne, il y en a qui démontrent par leur comportement qu’ils sont parfois insensibles et qu’ils ne l’apprécient pas à sa juste valeur. Et le pire, c’est qu’on dirait qu’ils ne s’en rendent pas compte. Sauf dans le cas de certains dont les faits et gestes prouvent hors de tout doute qu’ils ont une personnalité négative, une nature perverse, voire carrément méchante. Et c’est hélas avec ce genre d’entourage que cette personne doit tant bien que mal composer.
Avouez-le, vous vous êtes reconnus dans le paragraphe précédent. Normal ! C’est que nous vivons tous, comme le dit le titre de ce billet, dans notre illusion de la neutralité. Être réfléchi et majoritairement irréprochable, tout en subissant les autres, leurs paroles, leurs gestes et les conséquences de leurs stupidité, c’est comme ça que nous nous percevons tous, sans exception.
Et moi le premier. La preuve : la majorité des 563 articles de ce blog tombent dans la catégorie « Voyez tout ce que l’on a à subir injustement de la part des autres. » L’exemple le plus flagrant est ce vieux billet de 2012, 30 comportements qu’il faudrait cesser d’avoir sur Facebook. On y reconnait plein de gens… SAUF soi-même. (Ou alors si peu). Pas étonnant que ce billet fut le plus populaire de ce blog, m’ayant rapporté plus d’un demi-million de visites cette année-là.
Et pourtant, je suis probablement moi-même coupable de plusieurs comportements qui dérangent autrui, aussi bien sur le net que dans la vraie vie. Mais voilà, comme le démontre mon utilisation du mot « probablement », mes défauts personnels, je ne les vois pas. Je ne vois que ceux des autres. Sans le savoir, je pourrais être l’exemple parfait décrit dans le proverbe On voit la paille dans l’oeil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien. Je ne sais plus qui a dit la phrase suivante mais elle décrit bien la situation: Nos défauts sont comme nos odeurs corporelles : On ne les sent pas soi-même, elles ne dérangent que les autres.
« Je ne fais rien subir aux autres, je ne fais que subir les autres. » Ou: Le principe de la Mary Sue. Dans les créations de beaucoup d’auteurs, aussi bien amateurs que professionnels, on retrouve ce que l’on appelle une Mary Sue. Il s’agit d’un personnage qui, volontairement ou inconsciemment, est la représentation de son auteur. Bien qu’il existe plusieurs genres de Mary Sue (ou Marty Stu / Gary Stu s’il s’agit d’un homme), la majorité possèdent les mêmes particularités. En voici une courte liste:
Peu ou pas de personnalité qui se démarque.
Irréprochable dans son comportement.
Aucun défaut physique particulier.
Tout tourne autour de ce personnage.
Les bonnes choses, tout comme les mauvaises, lui arrivent par elles-mêmes, sans que ce personnage ne les aient provoquées.
Dans les années 90, le personnage titre de l’émissionSeinfeldétait le parfait Marty Stu. La preuve: Demandez à ceux qui s’en souviennent encore (ou bien qui en regardent les reprises) de vous décrire les différents protagonistes de la série, et ils vous diront ceci: George est un loser complexé incapable de trouver une femme ou bien de la garder. Kramer est un excentrique sans-gène irréfléchi. Elaine est une égocentrique. Newman est un méchant et un lâche. Les parents de Jerry sont des moralisateurs à tort. Les parents de George sont contrôlants et envahissants. Oncle Léo est un arnaqueur et un profiteur.
Et Seinfeld lui-même? Eh bien…
Peu ou pas de personnalité qui se démarque.
Irréprochable dans son comportement.
Aucun défaut physique particulier.
Tout tourne autour de ce personnage.
Les bonnes choses, tout comme les mauvaises, lui arrivent par elles-mêmes, sans que ce personnage ne les aient provoquées.
À quoi s’attendre d’autre d’une comédie nommée Seinfeld écrite par le comédien Jerry Seinfeld dans lequel le comédien Jerry Seinfeld tient le rôle du comédien Jerry Seinfeld?
En littérature, un exemple flagrant de la Mary Sue classiqueest le personnage de Bella dans Twilight. En ne faisant aucun autre effort que d’exister, elle provoque chez un vampire centenaire, jusque-là aromantique et asexué, l’envie de connaître l’amour sous toutes ses formes. Juste en étant passive, elle amène deux peuples surnaturels à lui graviter autour, faisant d’elle tour à tour source de désirs et de conflits. En ne faisant rien du tout, à part être aussi bella que son prénom, elle est l’influence qui marquera à jamais l’histoire de ces deux grandes puissances occultes.
Seinfeld ou Twilight, pourquoi croyez-vous que ces séries sont si populaires? C’est justement à cause de la nature Mary-Sue-esque des personnages principaux: Parce qu’il est très facile pour le spectateur de se reconnaitre dans un personnage principal neutre. Parce que dans nos têtes, nous sommes exactement comme eux: Nous ne faisons rien de mal. Nous sommes irréprochables. Le monde tourne autour de nous. Nous ne faisons que subir les faits, gestes et paroles des autres. Exactement la perception que Jerry Seinfeld a de lui-même, chose qu’il projette dans son avatar télévisuel. Exactement la perception que Stephenie Meyer a d’elle-même, chose qu’elle projette dans son avatar littéraire.
Et c’est exactement la perception que chacun de nous avons de nous-même. Parce que nous vivons tous dans notre illusion de neutralité.
Printemps 1997. Afin de fêter le 100e anniversaire de la sortie de Dracula par Bram Stoker, le bédéiste Marc Jetté avait comme projet de sortir une publication au sujet des vampires. André Poliquin devait faire la couverture avant. Et Marc m’a offert la couverture arrière. J’ai accepté.
À l’époque, j’étais encore plus procrastinateur qu’aujourd’hui. Aussi, à force de toujours remettre ça au lendemain, j’ai fini par arriver au matin de la date de tombée. Je devais rencontrer Marc et André le soir-même, vers 20h. Je m’installe donc à ma table à dessin au matin à 08:00, en me disant que je n’en aurais que pour trois heures, peut-être quatre, à faire ce dessin.
Pour faire original, je décide d’éviter le cliché de la vampiresse en robe de soirée gothique / médiévale / BDSM d’une famille noble et richissime habitant un château. Ma vampiresse sera une jeune fille moderne, style gang de rues, en jeans et en veste de cuir. D’ailleurs, pour gagner du temps, je vais calquer une version miroir d’un autre de mes dessins intitulé Catherine.
Celui-ci.
Quand à sa victime, comme modèle, je me prends en photo dans la pose requise. Je n’aurai qu’à m’y ajouter le genre de barbe qui était à la mode à ce moment-là pour dissimuler que c’est mon visage. (peine perdue, on me reconnaîtra à tout coup.)
Puisque c’était au début du digital et que je ne possédais pas encore d’appareil photo numérique, et que les téléphones de l’époque n’avaient pour toute fonction que de téléphoner, j’ai eu à me payer un petit aller-retour à la plus proche boite publique de photos.
Pour mon dessin, pas besoin de gribouiller un brouillon. J’ai confiance en mon talent, je suis convaincu que le premier jet sera parfait. Ça devrait donc se faire en un rien de temps.
J’avais surestimé mon talent et sousestimé ma vitesse. Ça m’a pris huit heures pour dessiner les personnages, le muret de briques, et les colorer. Au crayons Prismacolor et aux feutres Steadler. Parce que tout artiste que je prétendais être, je ne me suis jamais soucié de m’acheter de l’équipement de pros.
Je n’avais pas l’habitude de planifier d’avance mes mises en page. Ça se voit clairement ici, alors que ma signature, encrée dès le départ, m’empêche de placer la main droite de la fille là où elle aurait dû naturellement être. J’ai donc eu à « briser » le muret de briques pour l’y poser. Mais ce n’était rien à côté du problème suivant: C’est une vampiresse. Je dois donc faire un décor de nuit. Je réalise que de faire un ciel noir allait poser un problème avec le manteau de cuir qui allait se fondre dans le décor. Et je n’ai vraiment plus le temps de l’habiller autrement, ni de remplir le fond complet de briques pour en faire un mur. Je n’avais pas de scanner, pas d’ordi, et du reste je ne pense pas que Photoshop existait. Dommage, ça m’aurait permis de réduire sa main gauche qui est beaucoup trop grande.
La solution qui me vient en tête pour le décor, c’est de faire un collage sur une image déjà existante, et de bon format. Mais laquelle?
Je fouille fébrilement ma collection de vieilles BD, et je tombe sur cet album d’une série belge obscure des années 80: Serge Morand, détective. La page de garde est une peinture d’une scène de nuit d’extérieur. Exactement ce qu’il me faut. De plus, la série est si peu connue au Québec que le risque que l’on découvre mon repiquage est mince.
Je découpe donc la page et j’y colle mon dessin. Je n’aime pas être obligé d’avoir recours à cette technique. Mais pour cause de manque de temps, je n’ai aucun autre choix. Et puis, c’est juste pour la couverture arrière. Ce n’est pas comme si ça allait passer à la postérité.
Afin d’aider à dissimuler mon vol, je décide de donner à ce décor un cachet local. Avec mon crayon de liquid paper et une règle, j’y ajoute la croix du Mont Royal. Mais le seul endroit où je pouvais la dessiner donne l’impression que la croix surgit de la tête de la victime. Au moins, ça a l’air peint, comme le reste du décor.
Quant au lettrage, c’est du fait main, découpé, collé… et mal centré. Le mot porte trop vers la gauche. Pour éviter de devoir tout décoller et recentrer, je tente de camoufler la chose en y ajoutant trois petits points. Et voilà le résutat.
La colle n’est même pas encore sèche que c’est le temps de partir. J’apporte le tout à Marc et André. Et c’est là qu’ils ont une réaction à laquelle je ne m’attendais pas. Ils aiment tellement le résultat qu’ils décident d’en faire la couverture avant. André, à qui devait revenir cet honneur, ne fait pas que me céder sa place. Il me la donne volontairement.
Cette situation me cause un grand malaise. Mais surtout un grand étonnement. Ne voient-ils pas l’énorme différence de style entre mon dessin et le décor? Sont-ils incapable de voir que mon décor est une image imprimée, contrairement au reste de mon dessin?
Eh bien, apparemment, non, ils ne constatent rien de tout ça. Ma croix du Mont Royal y est peut-être pour quelque chose.
Refuser cet honneur m’aurait obligé de leur en expliquer les raisons. Et je ne voulais pas. J’avais commis un vol d’image, chose déjà réprimandable à mes propres yeux, je ne voulais certainement pas l’avouer à d’autres. J’ai donc accepté leur offre, signant ainsi la couverture avant de ce recueil de BD. Et pour les quelques années qui viendront, je vivrai dans l’angoisse que quelqu’un finisse par se rendre compte de mon vol.
… Ce qui n’est jamais arrivé. Serge Morand n’avait pas grands fans au Québec.
J’ai quand même tiré deux leçons profitables de cette expérience. la première, c’est de ne plus jamais procrastiner, surtout pour quelque chose qui doit être fait pour une date déterminée. Et la seconde, c’est de prendre d’abord le temps de bien planifier. Deux leçons que je continue d’appliquer à divers aspects de ma vie.
Il ne me reste plus qu’à avouer la chose à Marc et André, en espérant qu’ils me pardonnent 27 ans plus tard pour cette supercherie, la seule du genre de toute ma carrière d’artiste.
Il y a trente ans ce mois-ci, en octobre 1994, j’ai adopté Steve Requin comme nom de plume. Aujourd’hui, ce nom ne me sert plus que comme adresse pour mon blog, mon Twitter et mon Facebook. Voilà bien des années que je n’ai plus rien signé ainsi.
Il est vrai que je n’ai plus rien en commun avec celui que j’étais lorsque j’ai pris cette identité. À 26 ans, j’étais sans travail, sans salaire, sur l’assistance sociale (BS), sans diplôme d’école secondaire, pauvre, envieux, coincé dans une relation extrêmement toxique par paternité imposée, et convaincu que je n’avais aucun avenir. En typique homme faible de corps, d’esprit, de volonté et de personnalité, j’étais impuissant à y changer quoi que ce soit. J’étais cependant désireux de pouvoir exprimer mes revendications nées des frustrations quotidiennes qu’apportent une série de mauvaises décisions de vie de ce genre-là.
En 2013, j’avais chroniqué ma génèse requinesque sous forme de BD.
Afin d’alléger, je ne posterai pas ici les pages suivantes, qui racontent que pendant mon enfance, mon père avait mauvaise réputation dans mon village d’origine. Par conséquent, porter son nom m’a toujours porté préjudice. En plus d’être un nom de marque de commerce associé aux produits pour bébés, c’est à dire Johnson & Johnson.
En 1994, période pré-internet, la seule façon de pouvoir s’exprimer publiquement sans censure, c’est par auto-publication. Par textes, par bandes dessinées. Donc…
Quelques jours plus tard, j’en refis une version en couleur.
Pas mal, pour un truc fait avec de la mine de plomb, des feutres et des crayons Prismacolor.
À partir de ce jour, et pendant une quinzaine d’années, j’ai produit une grande quantité de textes et BD. À ceci s’est ajouté Internet, avec de nombreuses pages dans lesquelles j’étalais mes revendications sans la moindre retenue.
Aujourd’hui, lorsque je relis ma production requinesque, de mon premier fanzine Requin Roll de 1994 jusqu’à ma dernière BD dans Safarir en 2008… Ouf! Je constate que c’est du gros n’importe quoi, pourvu que ça choque et attire l’attention par la controverse. Le tout enrobé d’un humour forcé qui n’était qu’un réflexe de survie morale. La seule chose tirée de cette époque dont je suis vraiment fier, c’est d’avoir créé le premier texte viral québécois francophone d’internet.
… que vous connaissez probablement mieux sous cette forme:
Durant ma période Requin, j’ai également produit dix manuscrits. De la fiction, de l’autobiographie, des essais d’analyse de société. Mais ces textes étaient tous influencés par mes frustrations personnelles. Aucun éditeur n’en a voulu. Aujourd’hui, je suis soulagé que pas un de ces projets de livres n’ait vu le jour. Seul mon 11e manuscrit, Le Sucre Rouge de Duplessis, a trouvé preneur en 2023. Et avec raison : il s’agit d’une recherche historique sérieuse qui ajoute des pages inédites sur le règne de l’Union Nationale de 1936 à 1960. C’est le seul que j’ai signé sous mon vrai nom. Et je suis fier de savoir qu’on le lira encore dans 100 ans, ce qui est normal lorsqu’il s’agit d’une publication sur l’Histoire du Québec.
Sinon, de toutes les publications signées Steve Requin, il n’y a plus que mes quatres dernières années de production, de 2015 à 2018, que je revendique encore. C’est à dire :
Mes deux numéros de L’Héritage Comique.
Mes trois BD du recueil annuel Crémage.
Mon album de La Clique Vidéo.
Et ces publications ont été réalisées après que l’on m’ait tiré de sept ans de retraite, alors que je ne produisais plus rien depuis ma démission de Safarir en automne 2008. Autrement dit, j’avais déjà mis ma vie artistique et créative derrière moi. Ce n’était que par habitude que je continuais de signer Steve Requin.
Donc, après 30 ans, maintenant que ma vie et moi ne ressemblons plus en rien à ce que nous étions lorsque je me suis créé cette identité, il est temps pour moi de tourner pour de bon cette page personnelle. Désormais, ce nom ne me servira plus que comme adresse de blog, Twitter et Facebook.
Tel que j’en ai déjà parlé dans quelques billets passés, ce n’est que dans la mi-cinquantaine, que j’ai eu l’opportunité de pouvoir enfin vivre la vie normale d’un adulte normal. Et ça inclut me décrocher un excellent travail avec un excellent salaire. Le 1er septembre dernier, j’y ai d’ailleurs fêté mes deux ans.
Le problème, c’est qu’on dirait que les gens sont allergique avec l’idée de faire de l’argent. Il y a un genre de tabou social qui nous impose cette mentalité comme quoi on doit se résigner à être pauvre. Cette même mentalité porte les gens à croire qu’aucun de nos efforts pour s’en sortir ne peut réussir. Voire même que personne n’a la volonté ni la retenue requise pour y arriver. J’ai cumulé ici pour vous les huit inepties que j’entends le plus souvent à ce sujet depuis ces deux dernières années.
À préciser que tout ce que je dis ici s’applique au Québec. Pour ailleurs, je ne sais pas.
INEPTIE 1 :« On perd la moitié de notre salaire en retenues à la source. » LA RÉALITÉ. Lorsque je travaillais au salaire minimum, on ne m’amputait qu’un maximum de 20%. Aujourd’hui, j’en gagne le triple. Et je suis payé à taux-et-demi après 40h. Et il n’est pas rare que je fasse 80h par semaine. Ma plus grosse paie représentait 168 heures de travail pour deux semaines. Elle avait été imposée de 33%. On est encore bien loin du 50%.
Une simple recherche sur Google m’a amené sur cette page, qui démontre qu’il faut gagner entre $165 430 et $235 675 par année pour être imposé de 49.87% sur son revenu. Même avec tout mon temps supplémentaire qui parfois double mes heures, je suis encore bien loin de ça.
INEPTIE 2 :« Tu vas devoir payer des milliers de dollars lors de ta déclaration d’impôts. » LA RÉALITÉ. Lors de ma dernière déclaration d’impôts, j’ai au contraire été remboursé de l’équivalent d’un mois de salaire. Il faut dire que je me paie un excellent comptable.
INEPTIE 3 :« Quand tu as une augmentation de salaire, ton pourcentage d’impôts augmente. Par conséquent, tu reçois encore moins d’argent sur ton chèque qu’avant ton augmentation. » LA RÉALITÉ. Je me suis attaqué à cette croyance particulière il y a quelques mois sur Facebook, avec le statut suivant :
Il y a un mythe qui m’intrigue depuis plusieurs années, celui de l’augmentation qui appauvrit. Le fameux « J’ai reçu une augmentation, je tombe maintenant dans un autre bracket d’impôts, donc je paye beaucoup plus d’impôts, donc je ramène moins d’argent clair. »
Je pense que l’on a tous déjà entendu parler de cette histoire. Mais est-ce que ça vous est déjà arrivé personnellement, d’avoir une augmentation qui diminue votre revenu ?
Je dis que c’est un mythe parce que c’est quelque chose que j’ai souvent entendu, mais je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui l’a vécu. De plus, il me semble que si cette situation existait vraiment, il y a longtemps que les travailleurs ce serait plaint et auraient renversé le gouvernement pour une telle injustice.
Pas un seul des répondant n’a pu confirmer la réalité de cette rumeur. Vrai, en gagnant plus d’argent, on paie plus d’impôts. Mais on reçoit également plus d’argent sur notre chèque de paie. Cette rumeur n’est donc qu’un mythe.
INEPTIE 4 :« Est-ce que tu peux sérieusement affirmer que tu es plus heureux avec de l’argent. » LA RÉALITÉ. Oui ! Je le suis. Vraiment !
Beaucoup de gens vont nous servir la formule classique comme quoi l’argent ne fait pas le bonheur. Car le bonheur se trouve dans tes relations avec les gens, la nature, la famille, l’amour, la vie. Eh bien justement, en ayant passé ma vie pauvre, ce ne sont que dans les choses gratuites que j’ai trouvé mon bonheur : Les arts, la nature, le vélo, les longues marches dans les vieux quartiers pré-huppés de Ville Émard et Verdun, mes retours aux études (Gratuits jusqu’à six mois après la fin de celles-ci alors qu’il faut rembourser, mais quand même.), l’exercice, le jogging, l’exploration urbaine de lieux abandonnés, ma passion pour l’histoire de ma région d’origine, etc. Hey, je considère encore que mes 40 jours d’itinérance de l’été de 2020 ont été l’une des plus formidables expériences de ma vie.
Quant au côté amour et/ou sexe, ma pauvreté ne m’a jamais empêché d’obtenir l’un et/ou l’autre. J’ai également eu quatre enfants, aujourd’hui tous adultes et partis fonder leurs propres familles.
Cependant, sans argent, je ne pouvais pas aller bien loin. Le logis, l’électricité, la nourriture, le téléphone, les vêtements, les soins dentaires, le transport, les soins des yeux… Tout le long de ma vie, chacune de ces dépenses nécessaires m’ont été problématiques, venant ternir mon quotidien. Maintenant que je gagne bien ma vie, je n’ai plus ces soucis.
L’argent améliore même ma santé, puisqu’il me permet de recevoir promptement les soins qui me sont nécessaires. Alors oui, maintenant que je n’ai plus de soucis d’argent, j’affirme sincèrement que suis beaucoup plus heureux que lorsque je n’en avais pas.
Comme si le fait d’avoir de l’argent équivalait à perdre tout le reste. Ce qui est sérieusement l’une des façon de penser les plus stupides qui soient.
INEPTIE 5 :« Un plus gros salaire nous porte à faire de plus grosses dépenses. Alors peu importe ce que l’on gagne, on finit quand même avec rien au bout du mois. » LA RÉALITÉ. Pour les dépensiers compulsifs, je suppose que c’est la réalité. Mais contrairement à eux, recevoir de l’argent ne me donne pas le réflexe stupide d’aller visiter les boutiques réelles et/ou en ligne en me disant « Qu’est-ce que je pourrais bien m’acheter? »
Mais attention, je ne suis pas abstenu de faire de grosses dépenses. J’ai commencé par le remboursement de mes dettes. Je n’en ai plus une seule depuis mai dernier. Et aujourd’hui, quatre mois plus tard, j’ai $9 157 en banque, que je ne sais pas quoi faire avec. Et ça continue de monter, bien que je me sois payé optométriste, podiatre, orthésiste, dentiste, dermatologue, et autres cliniques, toutes privées, qui ont réglées tous mes problèmes de santé, vite fait, bien fait.
Dépenser intelligemment, c’est savoir mettre ses priorités à la bonne place.
INEPTIE 6 : « Ça sert à rien de faire du temps supplémentaire parce que plus je travaille et plus on m’enlève d’argent sur ma paie. » LA RÉALITÉ. Oui, ça sert à quelque chose, de faire du temps supplémentaire. Parce que plus je travaille et plus on m’ajoute de l’argent sur ma paie. Mais voilà, lorsqu’ils reçoivent leur paie, la majorité des gens vont immédiatement consulter leur relevé, afin de voir combien d’argent ils ont vraiment gagné, avant les retenues à la source. Ils mettent donc leur focus sur l’argent imaginaire, celui qu’ils n’ont pas reçu. Et ils se frustrent tellement sur ce 25% qu’ils n’ont pas, qu’ils s’empêchent d’apprécier le 75% qu’ils reçoivent.
Jusqu’au mois de juillet dernier, alors que ça faisait un an et dix mois que je travaillais au CHSLD, je n’avais encore jamais consulté mon relevé de paie. Pourquoi l’aurais-je fait? Je suis pleinement satisfait du montant qui est déposé dans mon compte de banque à toutes les deux semaines. Alors à quoi est-ce que ça me servirait, de savoir combien d’argent je ne recevrai jamais? À part frustrer, et ce inutilement puisque c’est un problème pour lequel il n’y a pas de solution.
Les inepties suivantes ont rapport au crédit. Les gens sont épouvantés lorsqu’ils apprennent que je possède une marge de crédit de $30 000 avec ma banque, ainsi que trois cartes de crédit actives, ce qui fait que je vaux au total $80 000 en crédit. Ce qui nous amène à :
INEPTIE 6 :« Tu dois crouler sous les dettes. » LA RÉALITÉ. Du tout ! Tel que je l’ai déjà montré lors d’un précédent billet, voici ce que je dois sur chacune de ces marges.
Mon secret? Je gère aussi mon crédit de manière intelligente. C’est-à-dire que je paie tout avec mes cartes de crédit. Puis, dans un laps de temps allant de 1h à 48h, je me branche sur le site de ma banque et je les rembourse au complet. Par conséquent, je ne paie pas un sou d’intérêt lorsqu’arrive l’échéance mensuelle.
Vous vous demandez probablement pourquoi est-ce que je perd mon temps à tout payer à crédit si j’ai déjà cet argent en banque. Ce qui nous amène à … :
INEPTIE 7 :« C’est bien mieux de tout payer comptant (ou par interac). » LA RÉALITÉ. Au contraire ! Il y a deux raisons pour ça.
Raison 1: À chaque fois que tu utilises ta carte bancaire, tu paies des frais de service. La carte de crédit, par contre, ne charge rien si on la rembourse avant échéance.
Raison 2: Tout payer à crédit me rapporte gros.Voici mes trois cartes de crédit et ce que j’en fais.
Visa Récompense, pour mes achats en ligne. Chaque achat me rapporte des points récompense. Ce qui me rapporte entre $100 et $200 par année, que je mets en remboursement de cette même carte.
Visa MOI, pour l’épicerie et la pharmacie. Déjà que j’accumule des points MOI avec ma carte MOI, l’avoir liée à une carte de crédit MOI double mes points bonus. Ce qui me rapporte en moyenne de $25 à $100 par mois d’épicerie gratuite.
Visa Élite Avion Récompenses. Sur celle-ci, j’y ai souscrit une assurance voyage et une assurance invalidité. Et puisqu’elle est liée à mes autres Visa, j’y ai accumulé tellement de points Avion que j’ai reçu le courriel suivant il y a quelques semaines.
Bon, pour l’instant, je ne sais pas où aller ni avec qui. Mais lorsque le moment (et la personne) arrivera, on pourra aller encore plus loin. Et ce gratuitement.
Sans oublier que mes Visa sont également liées avec ma carte Pétro Canada, ce qui me rapporte encore plus de rabais à la pompe, et encore plus de Pétro Points. Au bout de l’année, ça équivaut à trois ou quatre plein d’essence gratuit. Avec l’économie actuelle, ça se prend bien. Alors quand on additionne tout ce que le crédit me rapporte, et ce sans me coûter un sou en intérêts puisque je rembourse toujours avant échéance, je serais fou de m’en passer.
Par contre, savez-vous ce qui ne rapporte rien et coûte de l’argent ? Je vais vous le dire, moi : Un compte de banque. Eh oui ! À cause des frais de tenue de compte, la banque se sert directement dans vos économies sur une base mensuelle, diminuant ainsi le montant d’argent que vous possédez, et ce non-stop.
Ce qui fait que contrairement à la croyance populaire, les cartes de crédit rapportent des intérêts. Tandis que garder de l’argent en banque, c’est le gaspiller.
INEPTIE 8 :« Les cartes de crédit, ça sert à rien, à part de s’endetter. Si tu peux pas payer tes achats cash, c’est parce que t’as pas à te le payer. » LA RÉALITÉ. Dites, vous en connaissez beaucoup, des gens qui ont payé leur automobile en un seul versement d’argent comptant ? Pas moi, en tout cas. Et loin d’être un signe de prospérité, cette pratique déclenche aussitôt une enquête auprès des autorités. Car en général, lorsqu’un achat aussi onéreux est payé en argent comptant, c’est qu’il s’agit d’argent non déclaré, trop souvent produit d’activités criminelles.
La première fois que j’ai voulu acheter une automobile, celle-ci m’a été refusée. Puisque je n’avais jamais payé quoi que ce soit à crédit, je n’avais aucun dossier de crédit à mon nom. Par conséquent, je n’avais rien pour leur prouver que j’étais un bon payeur.
La solution pouvait sembler simple : faire la demande pour une carte de crédit. Je l’ai fait. Trois fois. À Visa, Mastercard et American Express. Elles m’ont toutes été refusées. Puisque je n’avais jamais eu de carte de crédit, je n’avais aucune preuve comme quoi je pouvais payer une carte de crédit. Donc, puisque ça prend du crédit pour avoir du crédit, sans avoir de crédit je ne pouvais pas avoir de crédit.
Ce n’est qu’en 2012 que j’ai vu, sur le site de ma banque, que celle-ci offrait une carte de crédit Visa liée aux comptes de ses clients. J’ai sauté sur l’occasion et je me suis peu à peu construit un crédit, en la remboursant toujours avant échéance, et en acceptant toutes les offres d’en augmenter la limite. Ceci m’a été très utile quelques années plus tard, alors que je traversais un mauvais moment financier, dans lequel le coût de la vie dépassait de beaucoup mes revenus. À ce moment-là, j’avais atteint $6 000 de dette sur ma Visa.
Puisque ma Visa provenait de ma banque, la banque savait combien je devais sur ma Visa. Aussi, elle m’a fait une offre. Elle me donne une marge de crédit de $10 000 à 3,9% d’intérêt, en me suggérant de l’utiliser pour payer ma Visa qui est à 21.9%. J’ai accepté. Ainsi, tout le monde y a trouvé son compte : Ma banque a fait du profit avec les intérêts. Visa m’a vu comme étant un bon payeur à qui on peut faire confiance avec une plus grande limite de crédit. Et j’ai épargné 18% sur ce $6 000, c’est à dire $1 080.
Au fil des années, tout comme je le fais avec mes cartes de crédit, j’ai accepté les offres d’augmentation de ma marge de crédit bancaire. Ce qui fait que j’ai maintenant un excellent dossier de crédit. Même si un incendie détruisait tout ce que je possède, je ne me retrouverai plus jamais dans la rue. En moins de 24h, je peux me re-loger, me re-meubler et racheter tout ce que j’aurai perdu. Et si, pour une raison X, l’une de mes cartes cesse de fonctionner, j’en ai deux autres + une marge de crédit bancaire. Peu importe ce qui peut m’arriver, je suis couvert. Cette sécurité a fait disparaitre tous mes soucis face à l’avenir.
Tous ces exemples démontrent que non seulement le crédit est utile, il est nécéssaire.
La morale de cette histoire, c’est qu’il ne faut jamais écouter les conseils financiers de ceux qui ne savent pas gérer leur budget, qui n’ont jamais eu d’argent, et qui agissent de manière à ne jamais en avoir.
AVERTISSEMENT. Puisque la réalité n’a que faire de la rectitude sociale, certains termes utilisés dans ce texte vont probablement choquer certaines âmes sensibles.
Comme on dit au Québec, cette année, je pogne! J’ai d’abord plu à Noémie, jeune femme de 25 ans. Puis à une seconde Noémie, au gym, dans la mi-trentaine. Parallèlement, une de mes collègues de travail a eu un sérieux coup de foudre pour moi. Mais celle-là, Pierrette, en avait 60.
Il suffirait de presque rien ♫ 25 à 35 ans de moins … ♫ Pour être honnête, malgré son âge, Pierrette n’était pas si mal fichue. Elle avait gardé un corps mince et en forme. Si on lui mettait un sac de papier sur la tête, on pourrait certainement croire qu’elle a 20 ans. Mais comme vous l’avez compris en lisant la phrase précédente, c’est au niveau du visage que son âge est évident. Et aussi dans sa voix, rauque comme si elle avait fumé toute sa vie. Ceci, et le fait que je ne connais rien à son sujet, explique qu’elle ne fait naitre en moi aucun intérêt pour elle.
Pierrette a commencé à travailler à la résidence en avril, tout de suite après le fiasco de ma relation avec Noémie, celle de 25 ans. Ce matin-là, nous allions lever, laver, habiller et installer un résident. Alors que l’on commençait nos soins, celui-ci m’a demandé :
« C’est-y ta femme? »
Amusée, Pierrette lui répond :
« Ben oui! Stéphane et moi, on vient de se marier, même si ça fait juste deux heures qu’on se connait. »
J’entre dans la blague en ajoutant :
« Ouais, et j’ai dû abuser du champagne, parce que je ne me souviens pas du tout de la nuit de noces. »
Pour le reste de la journée, à chaque fois que l’on croisait un collègue, et à chaque résident assez éveillé cognitivement pour comprendre, Pierrette répétait :
« Hey ! Savais-tu que Stéphane et moi, on est mariés ? »
Rendu à midi, je commençais à être un peu moins à l’aise avec cette blague qui, selon moi, n’aurait pas dû sortir de la chambre du résident qui m’avait posé la question. Voilà pourquoi j’ai cessé d’ajouter ma remarque au sujet de la nuit de noces. J’expliquais plutôt que c’était un résident qui avait présumé ce matin que nous étions mariés.
Au bout de deux semaines elle continuait de répéter ça à qui voulait ou non l’entendre. je commençais à trouver ça lourd. Il y a une raison pourquoi on dit que les blagues les plus courtes sont les meilleures. C’est là que j’ai eu l’impression que l’idée que nous soyons en couple ne devait pas lui déplaire.
Un soir, elle arrive derrière moi, agrippe l’arrière du col de mon uniforme en en vérifie l’étiquette. Elle s’explique en disant qu’elle me verrait bien dans un gilet de marque Polo jaune moutarde. Et là, devant moi, sur son téléphone, elle le commande sur Amazon. Surpris, je proteste. Et c’est là qu’elle m’exprime le second indice de son intérêt pour moi :
« Je suis comme ça. J’ai toujours aimé habiller mes hommes. »
C’est mieux que de me déshabiller, je suppose. J’insiste quand même pour le lui rembourser sur livraison.
Dans les jours qui suivent, nous ne nous voyons presque plus. Nos horaires cessent de correspondre, alors que nos heures et sections assignées divergent. Mais un début d’après-midi, alors qu’elle travaillait dans une autre section de la résidence, elle vient me rejoindre.
« Est-ce que tu voudrais m’accompagner à un mariage? » « Pas le nôtre, j’espère !? » « Ha! Ha! Non! T’sais, la préposée, Danyka ? C’est ma nièce. Elle va se marier le 31 août avec son chum, notre collègue, Jasmin. Lison aussi va venir, c’est sa demoiselle d’honneur. » « Attend un peu. Je vais consulter mon horaire. »
Je prends mon agenda. Et comme je me souvenais, ce jour-là, je travaillerai à temps double, de 7 :00 le matin jusqu’à 23 :00. Heureux d’avoir une bonne excuse pour décliner, je le lui montre.
Pour moi, l’affaire est réglée. Mais pas pour elle. Elle insiste. Elle me dit que je devrais demander congé, et que de toute façon je travaille déjà trop. Mais je refuse. Mon horaire de travail, c’est sacré. Surtout que, payé à temps et demi, un double équivaut pour moi à $500 clair sur mon chèque de paie. Je ne cracherai certainement pas là-dessus pour accompagner une femme qui ne m’intéresse pas à un événement dont je n’ai rien à cirer. J’ai toujours gardé ma vie sociale et ma vie professionnelle séparée, et ce n’est pas pour elle que je vais déroger de cette règle.
Après qu’elle insiste une fois de trop, je lui dit sèchement :
« Et c’est toi qui va me la rembourser, ma paie à temps-et-demi que je vais perdre cette journée-là? »
Avec un petit sourire, elle se contente de rouler des yeux avant de retourner dans sa section.
Deux jours plus tard, elle me rejoint pour me demander :
« Et puis ? Est-ce que tu as demandé congé pour le mariage ? »
Étant donné que je lui ai déjà dit non plusieurs fois l’avant-veille, je commence à trouver qu’elle insiste lourdement. Je trouve cependant l’excuse parfaite.
« C’est impossible ! Ce jour-là, Ta nièce va être absente, son fiancé va être absent, sa demoiselle d’honneur va être absente, et toi tu seras absente. On manque déjà de personnel, c’est la raison pour laquelle je fais régulièrement des 64 à 80 heures par semaine. Avec vous quatre qui seront absent, je ne peux certainement pas m’absenter aussi. Surtout sur deux quarts de travail. »
Et je la laisse sur place, allant m’occuper d’un résident dans sa chambre.
Le lendemain, elle revient me voir.
« Je viens d’aller voir Marie-Jeanne. »
Marie-Jeanne, c’est ma patronne immédiate, ma chef de département. C’est elle qui s’occupe, entre autres, de mon horaire.
« Je suis allé lui demander de te donner congé pour le 31 août. Mais elle m’a dit que si tu veux avoir ton congé, il va falloir que tu ailles le lui demander toi-même. »
Ces paroles me frappent comme une gifle. Là, elle va trop loin. L’une des nombreuses raisons pourquoi j’ai renié mes parents il y a plus de deux ans, c’est parce qu’ils ont toujours fait en sorte de me faire perdre mes emplois en venant y foutre la merde. Alors je ne vais certainement pas accepter ça de la part d’une vieille peau désespérée qui n’a aucun respect de mes limites, au point où c’en est devenu du harcèlement.
Je file droit vers le bureau de Marie-Jeanne, à qui je me confonds en excuse, en lui disant que Pierrette avait mal compris mes intentions, et que dans les faits je ne demande aucun congé. Évidemment, ma patronne veut comprendre la situation. Je me vois donc obligé de lui raconter l’invitation de Pierrette, et son insistance face à mon refus. Ce qui me contrarie sans bon sens, puisque je déteste mêler vie privée avec vie professionnelle. C’est en fulminant que je ressors du bureau et retourne dans ma section. Pour constater que Pierrette est retournée dans la sienne. Ce qui lui évite de recevoir ma façon de penser.
Pour les deux semaines qui suivent, je ne revois plus Pierrette. Pas même sur les horaires des différentes sections. Ce qui me porte à croire qu’elle ne travaille plus pour la résidence. Tant mieux si c’est le cas. Je m’abstiens de poser des questions à ce sujet à sa nièce Danyka, au cas où ça puisse être interprété comme étant un signe d’intérêt de ma part. Étant donné la négativité des sentiments que j’ai pour elle, ça serait extrêmement contreproductif.
Pierrette II, le retour. Cette fois, c’est personnel. Un début d’après-midi, voilà Pierrette qui réapparait dans ma section.
« Allo Stéphane. J’ai quelque chose pour toi. »
Elle me remet un colis. C’est le chandail Polo jaune moutarde qui a fini par arriver. Tandis que j’ouvre le paquet, Pierrette me caresse doucement les cheveux et me susurre :
« Je suis contente de te revoir. Tu m’as beaucoup manqué, tu sais! » « Euh… Ça doit bien faire deux semaines que je ne te voyais plus ici. Je pensais que tu ne travaillais plus. » « Je ne suis plus préposée. Mais je viens de me faire réembaucher, cette fois en service privé. »
Le service privé consiste à faire de la surveillance, assis dans le corridor, devant la chambre des résidents qui peuvent avoir un comportement dangereux envers les autres et/ou eux-mêmes. Je ne le savais pas à ce moment-là, mais peu après que j’ai été obligé de raconter mes ennuis à ma patronne, Pierrette a été convoqué au bureau de la direction. La piètre qualité de son travail a été évoquée pour mettre fin à son contrat. Et j’ai l’impression que se mêler de mes affaires n’a pas dû aider sa cause. On pourrait croire qu’elle en aurait tiré une leçon. Malheureusement…
« Et puis ? Est-ce que t’as réussi à avoir congé le 31 août ? »
Ironiquement, oui, entretemps, j’ai obtenu congé pour cette date. Mais c’est pour pouvoir participer à l’exposition Couples Artistes qui va se dérouler les 30 et 31 août ainsi que le 1er septembre, au Manoir Rouville-Campbell de Mont-Saint-Hilaire. Aussi, sans lui préciser le comment du pourquoi, je lui montre mon agenda.
« Comme tu vois, j’ai pris toute la semaine, trois jours avant cette date et trois jours après. »
Décidant qu’il était temps d’en finir pour de bon avec elle, j’ajoute :
« Étant donné que nos horaires ne correspondent pas, donne-moi donc ton numéro de téléphone. Ça va faciliter les choses pour la planification. »
C’est toute heureuse qu’elle me le donne, avant de repartir faire sa surveillance.
15 :00, je termine mon quart de travail. 15 :14, j’entre chez moi. 15 :16, j’ouvre mon ordi. 15 :17, j’ouvre Word et je lui prépare un texte court, droit au but. 15 :41, je le lui copie-colle, un paragraphe à la fois.
Eh oui ! J’ai utilisé la ruse toute féminine de m’inventer une relation afin de la décourager pour de bon de m’approcher. Étant donné qu’elle n’a accepté aucun de mes refus, ce n’est pas comme si elle m’avait laissé le choix.
Alors voilà, problème réglé. Au moment d’écrire ces lignes, je ne l’ai pas revue depuis à la résidence. Je suppose que si, comme je l’imagine, elle ne s’était fait réembaucher que dans le but de se rapprocher de moi, alors ma réponse fit qu’elle n’avait plus aucune raison d’y rester.
De cette mésaventure, j’aurai au moins tiré un joli gilet jaune moutarde. Dommage que ce ne soit, au bout du compte, qu’une imitation de Polo.
En avril dernier, je publiais une série de trois billets intitulés L’intérêt d’une femme vient avec une date d’expiration. Je racontais qu’à six reprises dans ma vie, je n’avais pas répondu à temps aux avances de jeunes femmes qui pourtant m’intéressaient. Par conséquent, leur intérêt pour moi a disparu pour de bon.
Or, dans mon dernier billet, celui qui précède celui que vous lisez en ce moment, je parle de Nathalie. À 50 ans, elle m’a démontré s’intéresser à moi. Et moi, dans l’espoir qu’elle comprenne que ce n’était pas réciproque, j’ai passé deux ou trois mois à jouer au nigaud trop cave pour comprendre. Tout en ne démontrant moi-même aucun intérêt autre qu’amical pour elle. Mais tout comme avec Pierrette, j’espérais pour rien, puisque l’intérêt de Nathalie envers moi n’avait PAS de date d’expiration.
Pourquoi l’intérêt de certaines femmes vient avec une date d’expiration et d’autres non? Je pense que l’indice principal se trouve dans leurs descriptions physiques.
Océane. 18 ans. Très belle. Daniella. 19 ans. Très belle. Noémie. 25 ans. Très belle
Tandis que…
Pierrette. 60 ans, avec le visage qui le démontre. Nathalie. 50 ans. Obèse. Divers problèmes de santé. Le corps et le visage ravagé par une vie d’abus d’alcool, drogues, cigarettes, et accident de la route.
Le premier groupe est constitué de belles jeunes femmes. Quand un gars n’en veut pas, elles peuvent aisément passer au candidat suivant. Grâce à leur jeunesse et leur beauté, elles ont des options. Ce qui n’est malheureusement pas le cas du second groupe.
C’est triste pour elles, mais c’est ça quand même.
Je vais essayer de résumer autant que possible, parce que si je me perds dans les détails, ça n’en finira plus.
Décembre 2018. J’ai 50 ans et j’habite à Sherbrooke. Je reçois le message suivant sur Facebook : « Bonjour Stéphane. Tu te souviens de moi? Nathalie ███████ . On allait à l’école ensemble à Saint-Hilaire. Je me demandais ce que tu devenais. Bonne journée. »
Ma première réaction a été de me dire : « Ah bon ? Durant les onze ans où nous avons fréquentés les mêmes écoles, et parfois les mêmes classes, nous n’avons même pas échangés un #/$%?& de mot. Et là, trente-trois ans plus tard, tu me parles comme si nous étions de vieux amis d’enfance qui s’étaient retrouvés ? » Je m’astiens cependant de lui faire cette réflexion en lui répondant.
Au fil des semaines, après avoir échangé des banalités sur ce que nous sommes devenus, voilà qu’elle commence à devenir de plus en plus flirt avec moi. Au début, je ne réagis pas, espérant que mon manque de réaction sera suffisant pour qu’elle comprenne le message. C’est que physiquement, Nathalie ne me plaisait pas. Dans ma jeunesse, j’étais laid avec un physique mal foutu. Mais là, rendu à 50 ans, je suis fort attrayant en ayant l’air d’avoir quinze ans de moins. Dans le cas de Nathalie, tout comme pour la majorité des gens de ma génération, c’est l’inverse. Je terminais justement mon programme Diesel Ego de remise en forme. Et mon orgueil me disait qu’après tous les efforts que j’y ai mis, je méritais mieux que ça.
Il y a cependant quelque chose dans mes échanges avec Nathalie que je n’ai jamais retrouvé avec toutes les autres filles que j’ai fréquenté dans ma vie : un passé commun. Nous avons été élevés dans la même ville. Nous avons fréquenté les mêmes écoles, les mêmes élèves, les mêmes profs, pendant les mêmes années. Nous avons assisté aux mêmes événements, avons marché les mêmes rues, visité les mêmes commerces, lu à tous les mercredis le même journal régional livré à la porte.
Jusque-là, j’avais toujours été en relation avec des filles de la région de Montréal, dont la majorité n’avaient jamais mis les pieds à St-Hilaire. Alors si je voulais leur raconter une anecdote au sujet d’André Boileau-Desmarais, par exemple, je devais leur expliquer qui était André, le fait que c’était un camarade d’école, faire un survol de sa personnalité, avant de raconter l’anecdote elle-même. Tandis qu’avec Nathalie, j’avais juste à dire « Ça me rappelle la fois où André Boileau-Desmarais a [insérer anecdote quelconque]», et elle partait à rire en disant « Ha! Ha! C’est bien lui, ça ! » Alors même si l’on ne s’était jamais parlé avant nos 50 ans, nous avions cette forme de complicité que jamais je n’avais vécu dans mes relations précédentes.
Aussi, lorsqu’elle a vu que son approche subtile ne fonctionnait pas avec moi et qu’elle a décidé de me faire part de ses sentiments franchement et directement, je devais faire un choix. Perdre cette relation que j’appréciais beaucoup. Ou bien me résigner à adopter la doctrine disant que c’est l’intérieur qui compte.
J’étais loin de me douter que cette relation allait changer le cours de mon existence.
Quelques années plus tôt, en 2013, j’avais créé un groupe sur Facebook. Je l’avais appelé Le Saint-Hilaire / Beloeil / St-Hyacinthe d’hier. J’y avais mis vingt cartes postales de ces villes, datant des années 1950-60-70. La majorité montraient des commerces qui n’existaient plus, ou des endroits qui avaient bien changé depuis les trente dernières années. Histoire d’évoquer notre passé commun en montrant ces images à Nathalie, je lui ai envoyé l’adresse. Elle a tellement aimé, qu’elle a partagé mon groupe sur son mur de Facebook. Ayant toujours habité à St-Hilaire et étant prof de musique, Nathalie avait énormément de contacts de la région. Lors de ses sept premières années d’existence, mon groupe n’avait que six membres. Après une semaine sur le Facebook de Nathalie, ce nombre a monté à 600.
À l’époque, la compagnie d’informatique pour laquelle je travaillais m’avait mis sur le contrat de la BAnQ, la Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Je numérisais des documents et photos en provenance de bibliothèques et d’archives de différentes municipalités. Alors à chaque fois que je tombais sur des images de Saint-Hilaire ou de l’une des villes avoisinantes, je les mettais aussitôt sur ma page. J’en ai changé le nom pour Autour du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois, et j’ai classé les photos dans différents albums. Certains aux noms des villes : St-Hilaire, Beloeil, Otterburn Park, etc. Et d’autres plus spécifiques : La Montagne et son Lac, le Manoir Campbell, la Raffinerie de Sucre, Le Centre d’achats, etc.
L’album de la raffinerie de sucre a attiré l’attention de Michel Cormier, petit-fils de l’un des premiers gérants de la raffinerie. De son grand-père, il tenait une impressionnante quantité d’archives qui prouvaient que le gouvernement de Maurice Duplessis avait saboté l’implantation de l’industrie du sucre au Québec, au profit du trust du sucre ontarien qui lui versaient en retour des millions pour ses campagnes électorales. Un sujet qui n’avait encore jamais été étudié dans toutes les biographies de Maurice Duplessis. Et ceci m’a permis de rédiger mon premier livre, publié en 2023, Le sucre rouge de Duplessis.
Mon album au sujet du Manoir Campbell a attiré l’attention de Sonia et Laurent Bonet, enfants de Jordi Bonet (1932-1979), un sculpteur de réputation internationale, qui habita au ce manoir de 1969 jusqu’à son décès. Mes connections avec la BAnQ et mon talent pour trouver des trésors d’archives m’ont permis de retrouver une impressionnante quantité de documents au sujet de leur père, dont la majorité dont ils ignoraient l’existence. Et puisque dans ces vieux villages, tout le monde connaissait tout le monde, il se trouve que mon père a déjà été à l’emploi de la famille Bonet. Il m’a donc raconté plusieurs anecdotes, dont certaines qui ont adouci les derniers jours de leur mère, Huguette Bouchard Bonet, avant qu’elle nous quitte à l’été de 2019. À ce jour, j’occupe toujours la fonction de recherchiste-archiviste pour les Bonet, entre autres pour l’exposition Couples Artistes, qu’ils organisent au Manoir Campbell les 30, 31 août et 1er septembre prochain.
Lorsque mes parents m’ont fait perdre mon emploi à Sherbrooke en janvier 2020, Nathalie m’a hébergé chez elle à St-Hilaire. Un mois plus tard, la pandémie commençait. Alors lorsque le Gouvernement Legault a annoncé que l’on recherchait à former 10 000 préposés aux bénéficiaires pour répondre au manque de personnel dans le système hospitalier, c’est au centre de formation le plus près de là que je suis allé, celui de Sainte-Julie.
Depuis quelques mois, la relation que j’avais avec Nathalie avait pris un tournant négatif. Il se trouve qu’elle aussi, se disait qu’avec mon physique, je pourrais certainement me trouver mieux qu’elle. Par conséquent, elle se montrait de plus en plus possessive, et s’arrangeait toujours pour m’isoler, me mettre dépendant d’elle. Une situation toxique que je vivais déjà depuis toujours avec mes parents. Ces derniers ont dû s’en rendre compte, car ils sont venus saboter ma relation avec Nathalie, en plus de traumatiser son fils à mon sujet, en leur racontant toutes sortes de merde à mon sujet. Ce qui a résulté à mon expulsion de chez Nathalie, amorçant ainsi mes 40 jours d’itinérance de l’été de 2020. Car j’ai préféré la rue plutôt que de retourner vivre chez mes parents à Sherbrooke, ce qui m’aurait obligé à abandonner ma formation de préposé aux bénéficiaires.
Formation où j’ai rencontré Mégane, qui tomba en amour avec moi. C’est elle qui m’a trouvé le logement que je loue toujours aujourd’hui, un 3½ à $512, un prix déjà bas à l’époque, introuvable ailleurs aujourd’hui.
C’est également Mégane qui m’aida à m’acheter une automobile. Ne voulant pas prendre le risque de me faire arnaquer comme en 1997, j’ai fait appel à son expérience dans le domaine de l’automobile. Ceci lui a permis de m’aider à faire un bon choix économique et satisfaisant.
Enfin, lorsque Mégane m’a laissé tomber pour un gars de Québec, je me suis inscrit sur Facebook Rencontres. Parmi mes photos, j’en ai mis une de moi en uniforme de préposé. Ça a attiré l’attention d’une préposée qui m’a aussitôt contacté. Son intérêt envers moi n’était que monétaire, puisque chaque personne qui recrute un nouveau travailleur pour son agence de placement en santé reçoit une prime de $200. N’empêche que maintenant, j’ai un travail qui me permet de voyager partout au Québec, avec un salaire plus élevé que si j’étais à l’emploi du système de santé gouvernemental, avec mon essence payée, une prime de déplacement, en prenant autant de jours de congés que bon me semble, ou au contraire acceptant tout le temps supplémentaire qui me convient, ce qui monte régulièrement mes heures de travail à 80 par semaine, payées à temps et demi après 40.
Aujourd’hui, j’occupe un travail qui me plait, dans lequel ma compétence est reconnue et appréciée. Je possède une automobile, ce que jamais je n’ai pu obtenir avant. Je suis prospère, au point où je ne dois plus un sou à personne, avec des dollars qui s’engrangent par milliers dans mon compte de banque. Mon appartement à St-Jean-Baptiste, où je loge mon ex-beau-frère qui m’en paie le loyer, ne me coûte plus rien. Si bon me semble, à la fin de chacun de mes contrats de trois mois, je peux décider d’aller travailler à Trois-Rivières, Gaspé, Percé, la Baie James, Rimouski, et vingt autres villes, vivant ainsi en touriste payé jusqu’à l’âge de la retraite. Car je possède aujourd’hui le bien le plus précieux qui soit: la liberté.
Où est-ce que je veux en venir, avec cette récapitulation de mes cinq dernières années de vie? Au fait que si je m’étais écouté, j’aurais dit non à Nathalie. Et par conséquent…
Il n’y aurait pas eu de Autour du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois, avec ses 9 156 abonnés au moment où j’écris ces lignes.
Sans l’existence d’Autour du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois, je n’aurais eu aucun contact avec la famille Bonet. Je n’aurais pas pu apaiser les derniers jours de leur mère. Et je ne collaborerais pas avec leurs projets encore aujourd’hui
Et pas de livre Le sucre rouge de Duplessis non plus.
Lorsque mes parents m’ont fait perdre mon emploi, je me suis retrouvé sans revenus. Sans Nathalie chez qui aller me réfugier, je ne serais jamais parti de Sherbrooke pour St-Hilaire. Et lorsque la pandémie est arrivée un mois plus tard, jamais je n’aurais pu me trouver un emploi. J’aurais perdu mon logement, me retrouvant dans l’obligation de retourner vivre chez mes parents.
Lorsque le gouvernement Legaut a fait son appel de candidature, j’aurais suivi ma formation à Sherbrooke. Pas de Mégane, donc pas de loyer économique à Saint-Jean-Baptiste et pas d’auto. Et pas non plus de célibat surprise qui m’amène à m’inscrire sur Facebook Rencontre juste au bon moment pour me faire remarquer par une employée de l’agence de placements en santé.
Et avec mes parents qui me collent au cul 24/7, pour m’empêcher toute vie sociale et amoureuse, et qui s’arrangent toujours pour me faire perdre mes emplois afin de me garder dépendant d’eux, ils m’auraient gardé dans une misère telle que jamais je n’aurais pu les renier sans que je me retrouve itinérant. Mais cette fois sans avenir, dans une ville où, à part eux, je ne connaîtrais personne.
Là encore, où est-ce que je veux en venir? Est-ce que je dis qu’il faut accepter d’être en couple avec toutes les personnes qui nous déplaisent physiquement ? Non! Tout ce que je dis, c’est que dans cette situation comme tant d’autres, on a souvent à faire un choix. Dire non, et ainsi rester dans une routine pas toujours confortable, mais que l’on connait bien. Routine qui, dans la majorité des cas, ne va jamais en s’améliorant, puisqu’il arrive toujours quelque chose pour la déranger. Ou bien dire oui, ce qui va changer le cours de notre existence en nous faisant vivre des choses insoupçonnées.
Le tout dépend de notre capacité à faire face aux changements, et à s’y adapter.
_______ Quelques liens
L’exposition Couples Artistes, de la Fondation Jordi-Bonet, qui se déroulera au Manoir Rouville-Campbell les 30 et 31 août et le 1er septembre.
Depuis quelques années, cette image est partagée sur Facebook et autres médias sociaux.
C’est le genre de trucs que partagent les Nice Guys pour exprimer leur désarroi face à la connerie des femmes. Et j’avoue qu’il fut un temps où j’aurais moi-même diffusé une telle image dans ce même but. Mais voilà, à l’aube de mes 56 ans, il se trouve que dans ma vie, j’ai été tour à tour chacun de ces trois personnages.
Comme la fille, j’ai désiré une personne qui ne voulait pas de moi. Lorsqu’on a quelqu’un dans la peau, on l’a. C’est comme ça. On a l’impression que c’est lui/elle qui est la bonne, et personne d’autre. Alors on prend chaque opportunité qui se présente pour essayer et réessayer de faire naître l’intérêt chez l’autre.
Avec le temps, j’ai vu la chose avec logique. Il y a huit milliards d’humains sur terre. Ça signifie quatre milliards de femmes. Même en enlevant les moins de 25 ans et les plus de 50, les lesbiennes, les asexuelles, les aromantiques, celles en couple, celles qui ne parlent ni français ni anglais, et celles avec qui il n’y a aucune compatibilité dans la personnalité ni les goûts, il reste tout de même quelques millions de potentielles chez qui je peux trouver exactement ce qui m’attirait chez l’autre. Dès que j’ai eu cette révélation, j’ai cessé de perdre mon temps sur des causes perdues.
Comme le Nice Guy, j’étais instinctivement porté à me proposer comme le sauveur de ces filles en détresse. Même si mes intentions étaient pures, à mes yeux du moins, j’ai fini par réaliser que ce comportement était une conséquence de la faible estime que j’avais envers moi-même. Aller vers une femme bien portante, c’eut été m’exposer au risque qu’elle ne me trouve pas à la hauteur. Tandis que si une femme vient d’être blessée par un homme, je peux lui démontrer que je vaux mieux que lui, moi. C’est à cause que, inconsciemment, je croyais que la seule façon pour moi de me démarquer en bien des autres gars, c’était uniquement en me comparant à pire que moi.
Bien que ne m’en rendais pas compte moi-même, il y a un côté passif-manipulateur à ceci. Car même si on ne le dis pas dans ces mots, il reste que par nos agissements, on tente de passer à la fille le message suivant: « Ou bien tu m’aimes, moi, celui qui te traite bien. Ou bien tu aimes l’autre, celui qui te traite mal. Est-ce que tu aimes être maltraitée? Ou bien as-tu l’intelligence de faire le bon choix? »
Enfin, comme le Bad Boy, j’ai… En fait, pourquoi le dépeindre comme un Bad Boy? C’est juste un gars qui se fait approcher par une fille qui ne l’intéresse pas, et qui le lui fait savoir. J’ai vécu ça. Et comme lui, je lui ai fait comprendre que non, désolé, je ne ressens pas ça pour elle. Depuis quand est-ce un crime, de ne pas resentir d’attirance pour une personne en particulier? Si on inversait les sexes, tout le monde condamnerait la personne qui insiste en l’accusant de harcèlement.
En partageant cette image, le sentiment que l’on essaie de transmettre ici est :
La fille est conne.
Les bons gars finissent dernier.
Le bel homme est un salaud qui ne mérite pas l’attention que les femmes lui portent.
Alors que la réalité est :
La fille est victime d’un désir qui l’aveugle à la réalité.
Le soi-disant bon gars est, à sa manière, un prédateur puisqu’il ne se rabat que sur celles qui sont blessées, dans l’espoir de les manipuler.
Le bel homme n’a rien demandé. Il est la cible d’un désir non-sollicité et non partagé. Et plutôt que de jouer avec les sentiments de la fille, il lui démontre clairement qu’elle ne doit rien s’attendre de lui. Ce qui fait que de ces trois personnages, il est le seul à être irréprochable.
Lorsque l’on comprend le point de vue de chacun, ceci change totalement la perspective.
La fonction première du corps humain est d’assurer sa propre survie. Pour se faire, il s’adapte de manière à pouvoir survivre à un environnement hostile. Ceci est vrai autant pour l’aspect physique que pour l’aspect psychologique.
L’ASPECT PHYSIQUE Prenons, par exemple, une personne sédentaire qui décide de se mettre au sport. Ça tombe bien, ça a déjà été mon cas. Je parlerai donc par expérience.
L’exercice ; le cardio. À l’hiver de 2010-2011, je m’étais mis à la course à pied dans le but de pouvoir éventuellement courir un marathon. Le premier mois, j’avais le souffle court, les poumons en feu, le cœur qui battait à tout rompre. Ces réactions démontrent que je soumettais mon corps à un nouvel environnement qui lui était hostile. Mon corps a donc évolué de manière à pouvoir y survivre. Au fil des semaines, mon cœur s’est renforcé, mes poumons sont devenus plus performants, les muscles de mes cuisses ont pris du volume et de la force. Après quatre mois, je pouvais courir pendant une heure sans être essoufflé.
L’exercice : la perte de poids. À devoir soutenir un tel effort sur une base quotidienne, mon corps a commencé à utiliser sa réserve de graisse pour la convertir en énergie dont elle avait besoin pour survivre à ce nouveau régime de vie. La perte de poids qui en a résulté fut spectaculaire, mais seulement lors du premier mois. Car plus le temps passait, plus mon corps devenait performant, et moins il avait besoin d’énergie. Voici le poids que j’ai perdu durant les quatre mois de mon entrainement :
1er mois : 13 lb. (5.90 kg) 2e mois : 7 lb. (3.18 kg) 3e mois : 2 lb. (0.90 kg) 4e mois : 0 lb. (0 kg)
Un truc semblable m’est arrivé en 2022. En mai et juin, le vélo m’a fait perdre beaucoup de poids. Et lèa encore, mon corps a évolué au point de devenir si performant que je ne perdais plus rien.
L’exercice ; la musculation. Le principe même de la musculation repose sur l’évolution du corps en milieu hostile. Pour pouvoir survivre à une vie d’effort physique intense, les muscles grossissent et deviennent de plus en plus forts. D’où l’importance d’augmenter sans cesse la charge de poids et de varier les exercices. Sinon, le corps va s’habituer et il cessera son évolution. C’est d’ailleurs un fait reconnu dans le milieu du culturisme que c’est dans la première année d’entrainement que les gains musculaires sont les plus grands, pour peu que cet entrainement soit fait correctement. Ensuite, le corps s’habituant de plus en plus, sa progression ralentit.
Si le culturiste n’accepte pas ses limites naturelles, il prendra des suppléments de testostérone. Ou pire encore, des stéroïdes anabolisants. Ce qui nous amène au point suivant :
La testostérone. Lorsque l’on prend des suppléments de testostérone, ou pire encore des stéroïdes anabolisants, le corps constate qu’il est saturé de beaucoup plus de testo que supposé. Dans une tentative de remettre les choses à la normale, le corps évolue : il en diminue sa production naturelle. Malheureusement, lorsque les couilles sont vexées de voir qu’on leur a volé leur boulot, elles se mettent en grève illimitée. À partir de ce point, plus jamais le corps n’en produira. Ce qui obligera l’usager à continuer d’en prendre pour le reste de ses jours, avec les problèmes de santé que ça comporte. Ou à se voir dégonfler et démasculiniser.
La peau. Chez l’homme, lorsqu’il est adolescent, le rasage est un exercice pénible et douloureux. D’où le besoin de ramollir le poil avec de l’eau et de la mousse. Rendu adulte, la peau de son visage est si renforcée qu’il s’y passe le rasoir électrique à sec sans sourciller. Chez la femme, même chose avec les aisselles.
Nous avons tous vécu la douloureuse expérience des plaies au pieds causées par des chaussures neuves. Quelques jours plus tard, les plaies disparaissent. Ensuite, la peau épaissit. En général, à partir de trente ans, la peau des pieds est rendue tellement solide que ce problème ne se manifeste plus.
La drogue. Tel que décrit dans ce vieux billet, jeudi le 19 avril 2012, j’ai consommé de la cocaïne pour la première et la dernière fois de ma vie. Ce jour-là, j’étais dans la pire journée d’un rhume. J’en ai donc pris un gramme, par voie orale, dans un smoothie. Puisque je n’étais nullement habitué à la chose, ça m’a fait effet pendant trois heures et demie. En vingt minutes, tous les symptômes de mon rhume ont disparu. J’avais de l’énergie comme jamais. Mon cerveau fonctionnait si vite que j’avais l’impression que tout marchait au ralenti. Et, chose étrange, mon appétit avait disparu. Tellement, que j’ai dû faire un grand effort de volonté pour manger une salade de fruits. Puisque l’on mange dans le but d’avoir de l’énergie, je suppose que mon corps ultra-énergisé par la coke considérait qu’il n’avait pas besoin d’être nourri.
Si cette expérience a été aussi formidable, pourquoi ne suis-je pas tombé dans le piège de la dépendance? Parce que, comme tout le monde, je n’ai pas eu besoin de le vivre moi-même pour savoir ce qui se passe lorsque l’on prend l’habitude de consommer des drogues dures. Au tout début, comme je l’ai vécu, c’est une expérience extraordinaire. Il est donc tentant de vouloir la revivre. Plus souvent on en prend, plus le corps s’y adapte, et plus il en annule les effets. Jusqu’au jour où en consommer n’apporte plus aucun bénéfice.
Je n’en connais pas les raisons puisque je n’ai pas étudié la chose, mais tout comme pour la testostérone, la coke semble remplacer quelque chose produit par l’organisme. Car rendu à ce point, le corps réclame de la cocaïne afin de pouvoir fonctionner normalement. On commence par en prendre car ça nous fait sentir plus-que-tout, et on se retrouve obligé d’en prendre pour ne pas se sentir moins-que-rien. Et on y laisse nos revenus et notre santé.
Et c’est la raison pour laquelle je n’ai jamais renouvelé l’expérience au-delà de cette unique fois. Je suis peut-être un incorrigible optimiste. Mais je ne suis pas assez fou pour croire que je suis spécial au point où ça se passerait différemment pour moi.
Certains poisons. Je n’ai jamais su si c’était un fait historique ou une légende. Mais j’ai déjà entendu une histoire qui racontait à peu près ceci : Un empereur de Chine était un tyran qui faisait la vie dure à ses citoyens. Il était craint, respecté, et c’était également un grand parano qui faisait goûter tous ses plats une heure avant de les consommer lui-même, par crainte d’un assassinat par empoisonnement. Sa plus grande faiblesse était son amour pour les jeunes filles.
C’est ainsi que des villageois, apprenant que l’empereur passera bientôt avec son armée sur leur village, ont préparé une jeune fille pour lui. Le premier jour, ils ont mis une goutte de cyanure dans le repas de cette dernière. Au repas suivant, ce fut deux gouttes. Le repas suivant, trois. Et ainsi de suite, jusqu’au jour où la jeune fille put avaler une grande quantité de ce poison sans risque pour sa santé. Elle fut ensuite offerte à l’empereur. Le soir-même, ils eurent des relations sexuelles. Et l’empereur mourut empoisonné pendant l’acte, car tous les fluides corporels de cette jeune fille étaient hautement toxiques.
Que cette histoire soit véridique ou non, c’est un fait reconnu depuis plusieurs siècles que le corps humain peut s’adapter afin de résister à certains poisons, s’il y est soumis à faible dose. Les vaccins fonctionnent sur un principe similaire.
Et maintenant, passons à l’évolution dans :
L’ASPECT PSYCHOLOGIQUE La conscience a beau être immatérielle, il reste que celle-ci réside dans le cerveau. Et puisque le cerveau est un organe du corps humain, celui-ci est forcément affecté par le principe de l’évolution pour s’adapter en milieu dérangeant. On peut le constater aisément sur nos cinq sens,
L’ouïe. Tandis que vous lisez ceci, prenez un moment pour être attentif aux bruits qui vous entourent. La climatisation. Le moteur du frigo. Le tic-tac de l’horloge. Le murmure des appareils électriques. La première fois que vous vous êtes retrouvés dans cette pièce, vous entendiez clairement tout ça. Mais votre cerveau a évolué de manière à bloquer les bruits constants et sans importance. Ainsi, ils ne vous dérangent plus, et votre esprit reste clair.
La vue. Fin novembre / début décembre. Vous décorez l’intérieur de la maison pour Noël. Les premiers jours, tous ces éléments détonnent de votre décor habituel, et vous vivez pleinement l’émerveillement de la magie du temps des fêtes. Puis, au bout de la troisième semaine, la magie s’est estompée, et vous ne remarquez même plus la déco. Puisqu’il n’est pas dans la nature de l’humain d’être constamment émerveillé, le cerveau s’est adapté de manière à ne plus se laisser distraire par la nouveauté de ces éléments.
Le goût. Lorsque j’ai suivi mon premier régime alimentaire il y a 21 ans, j’ai constaté que le goût pouvait évoluer de manière à aimer des aliments qui, autrefois, me laissaient indifférent, ou bien que je n’aimais pas. Par exemple, le thé. À mon goût, il n’y avait pire boisson dans toute l’histoire de l’humanité. Mais à force de consommer du thé vert pour ma santé, j’ai fini par y prendre goût, qu’il soit chaud, tiède ou froid du frigo. Et ce, nature.
Il y a quelques années, j’ai vu à la télé un reportage au sujet d’un homme qui a survécu à un naufrage, dans un canot gonflable. Pendant trois semaines, il ne se nourrissait que des poissons qu’il arrivait à capturer. Ce manque de variété dans son menu lui créait des carences alimentaires. Après quelques jours, il a constaté qu’il était particulièrement friand des yeux de ces poissons. Il semblerait que ces yeux contenaient un élément nutritif important pour sa survie. Son corps et son cerveau ont donc évolué de manière à lui donner un grand appétit pour ceux-ci.
L’odorat. Vous mettez un parfum. Au bout d’une quinzaine de minutes, vous ne le sentez plus. Est-ce qu’il s’est estompé ? Du tout ! Les gens qui vous croisent le sentent. C’est juste que votre cerveau s’est adapté de manière à ne plus se laisser distraire par la présence de cette odeur nouvelle.
Ça marche également avec les mauvaises odeurs. J’avais une ex qui fumait, et cela empestait la maison. Lorsque je passais quelques heures chez elle, je ne le sentais plus. Mais lorsque je partais, particulièrement en auto ou en bus, au bout de 30 minutes, je constatais peu à peu que mes vêtements puaient la cigarette. Mais pendant que j’étais chez elle, mon cerveau s’est adapté de manière à ne plus se laisser distraire par cette odeur désagréable.
Le toucher. Prenez un moment pour constater le contact de vos lunettes sur votre nez et vos oreilles. Les vêtements sur votre peau. Les bracelets sur votre poignet. La langue dans votre bouche qui touche vos dents et votre palais. Avant que je vous le dise, vous ne sentiez rien de tout ça. Votre cerveau s’était adapté de manière à ne plus se laisser distraire par ces sensations. Maintenant, à cause de moi, vous en êtes conscients.
Il n’y a pas que dans les expériences hostiles ou dérangeantes que le cerveau s’adapte de manière à ne plus ressentir. Il le fait également avec les expériences positives. Par exemple, le rire. Il y a quelques années, j’avais écrit un recueil de courtes histoires et anecdotes humoristiques. Mon ami Loïc a commencé à lire le manuscrit. Ses réactions allaient du sourire amusé, au petit rire, et parfois jusqu’aux éclats. Au bout d’une heure, rendu aux trois quarts de sa lecture, il me rend mon manuscrit en me disant. « Tiens, je vais reprendre la lecture plus tard. J’ai trop ri, ça ne me fait plus effet. » Et c’est normal. Le cerveau n’est pas fait pour être en état d’hilarité constante. Alors il s’adapte de manière à revenir à la normale.
Pour la nourriture, même principe. Je crois que nous avons tous déjà vécu la situation suivante : Un jour, on découvre une boisson ou une nourriture quelconque. Et on ressent l’envie d’en reprendre. Et encore. Et encore. Alors sur une période pouvant aller de deux semaines à six mois, on en consomme une forte quantité sur une base régulière. Puis, un jour, l’envie n’y est plus, on arrête brusquement d’en consommer, et on le laisse périmer au frigo ou au garde-manger. Là encore, le corps a évolué de manière à estomper ce besoin qui était hors de son ordinaire.
Quand le charme de la nouveauté créé la dépendance psychologique. Le charme de la nouveauté est une sensation très agréable. Et ceci donne parfois lieu à de la dépendance lorsque l’habitude la fait s’estomper. Plus haut, je parlais de la cocaïne. C’est bien connu que cette drogue créé une dépendance physique. Mais la sensation qu’elle apporte, d’être au summum de nos capacités physique et intellectuelle, créé également une dépendance psychologique. Il en va de même pour certaines expériences plus anodines. Par exemple :
Sorties de bar. 1996, j’avais 28 ans et j’étais de retour aux études. Une camarade de classe a organisé une sortie dans un bar-spectacle du centre-ville de Montréal. Ne consommant d’alcool que très modérément, et ne supportant pas l’odeur de la cigarette, je n’avais jamais été un gars de bars. Mais c’est cette année-là qu’est entrée en vigueur au Québec l’interdiction de fumer à l’intérieur des commerces et autres endroits publics. J’ai donc accepté l’invitation. Et j’ai vécu une expérience extrêmement positive. La camaraderie, l’ambiance, le spectacle, la musique, les rires. Toutes ces découvertes, ces nouvelles expériences, firent qu’à mes yeux, cette soirée était magique.
La semaine suivante, nous y sommes retournés. C’était bien, mais pas autant que la première fois. Normal, je n’avais plus rien à y découvrir. Le charme de la nouveauté n’était plus là. Une semaine plus tard, la soirée n’avait plus rien d’extraordinaire. Je me souviens d’avoir eu le réflexe de vouloir sortir ailleurs, découvrir d’autres bars, et de le faire plus souvent. Et j’ai constaté que je ne me reconnaissais pas dans ce comportement. Je n’ai jamais été du genre à sortir le soir pour la danse et la drague. Et de l’alcool, je n’aime ni le goût ni les effets ni le prix. Alors pourquoi est-ce que je suis soudainement porté à vouloir me soumettre à des habitudes qui ne me conviennent pas? J’ai alors compris que je cherchais à recapturer le moment magique de ma première sortie.
Romance et sexualité. Ça, c’est quelque chose que j’ai vu chez beaucoup de femmes. Je vais donner comme exemple l’une de mes ex. Lorsque j’ai rencontré Mégane, ça faisait vingt ans qu’elle était en couple avec le père de son enfant. Elle s’est tout de suite intéressé à moi. Quant à moi, constatant que j’avais beaucoup d’atomes crochus avec cette jolie femme plus jeune que moi, je lui ai démontré mon intérêt. C’était la première fois depuis une éternité qu’un homme la faisait se sentir désirée. L’excitation qu’elle ressentait pour moi était énorme. Et le sexe n’en était que meilleur. Cette excitation se trouvait décuplée par le fait que, après vingt ans à être une fidèle épouse et bonne mère rangée, elle jouait maintenant à la vilaine fille. Elle développa sa sexualité en découvrant avec moi des pratiques qui allaient bien au delà du missionnaire-vient-retire-dodo de son mari.
Au bout de quelques mois, le charme de la nouveauté a bien fini par s’estomper. Alors lorsqu’un ex de son adolescence l’a retracée sur Facebook et qu’il lui a fait le baratin du Tu es toujours aussi belle qu’avant et voilà trente ans que je ne pense qu’à toi car tu es la femme de ma vie, elle retrouva avec lui cette excitation de nos débuts. Elle me lâcha pour devenir son amante régulière, et alla avec lui beaucoup plus loin dans sa sexualité qu’elle ne l’avait fait avec moi.
Avec le temps, elle découvrit de plus en plus que le baratin de son beau parleur n’était que du vent. Il la décevait de plus en plus souvent. Elle s’est tout de même accroché à lui pendant un an, dans l’espoir de retrouver éventuellement la passion de leurs débuts. Jusqu’au jour où il lui causa une profonde blessure émotionnelle qui causa leur rupture. Et depuis, elle multiplie les conquêtes, toujours à la recherche de cette excitation de se sentir désirée, prenant de plus en plus de risques pour sa santé. Tout en étant de plus en plus malheureuse. Tout ça parce que son cerveau s’est habitué aux nouvelles conquêtes sexuelles, et il s’est adapté de manière à ne plus y ressentir le charme de la nouveauté.
Où est-ce que je veux en venir, avec ces multiples exemples d’évolution et d’adaptations du corps humain et du cerveau ? Au fait que tout ceci est étroitement relié au sujet d’une série de billets que j’ai écrit il y a quelques semaines, intitulé L’intérêt d’une femme vient avec une date d’expiration. La femme rencontre l’homme. La femme découvre l’homme. La femme se trouve sous le charme de la nouveauté au sujet de cet homme. Son corps a des réactions physiques d’intérêt pour cet homme : excitation, pupilles dilatées, augmentation du rythme cardiaque, hausse de température. Puis, à mesure que le temps passe, si l’homme ne fait rien pour prolonger l’intérêt de la femme, la nouveauté s’estompe, le charme s’évapore et son intérêt pour l’homme disparait.
Il ne faut pas y voir un caprice d’orgueil féminin. Tout ce procédé n’est que la réaction normale du corps humain, dont fait partie le cerveau, qui évolue de manière à s’adapter à une nouvelle situation. L’intérêt est un virus qui dérègle la routine du corps et de l’esprit. Alors le corps et l’esprit s’y habituent afin de s’en immuniser.
Et c’est la raison pour laquelle il est impossible pour un homme de faire renaitre en une femme l’attrait qu’elle ressentait pour lui, dès que celui-ci s’est estompé. C’est parce que cet homme est un virus contre lequel elle est désormais immunisée.