10 choses que j’ai apprises en tant que gars hétéro qui a couché avec une lesbienne (3 de 3)

Voici la première partie de ce récit.
Et voici la seconde.

Quelques années se sont écoulées.  Ma relation de couple d’alors s’est terminée en bons termes.  Elle a pris fin pour des raisons qui n’ont aucun rapport avec Vanessa.  Je n’ai plus revu cette dernière, ni tous nos autres amis et contacts impliqués dans 1 Gay, 1 Hétéro depuis que la série a pris fin.  J’ai déménagé.  J’ai changé d’emploi.  On peut dire que j’ai complètement changé de vie.  J’ai réappris à vivre en célibataire, ayant quelques aventures ici et là.  J’ai même eu une amante régulière pendant quelques mois.  Puis, après un an et demi, j’ai rencontré Flavie, qui deviendra ma blonde, puis ma conjointe, et enfin ma fiancée.

L’été dernier, peu après avoir fêté nos trois ans en tant que couple, nous étions au salon, à relaxer tout en jasant.  Je lui parlais de l’invitation que j’avais reçue en mars dernier, pour faire partie du troisième recueil annuel de BD nommé Crémage. Crémage, dont la mission est de parler de sexualité autrement, suggère à leurs auteurs de raconter leurs expériences sexuelles inusitées.

FLAVIE: Ça fait déjà trois mois.  Nous sommes presque à la date de tombée. As-tu pensé à ton récit?
MOI: Ouais! J’en ai un!  Mais j’hésite.  Je ne crois pas t’en avoir déjà parlé avant.  C’est un truc que j’ai vécu à l’époque où je jouais l’hétéro dans la série de photowebcomic 1 Gay, 1 Hétéro. 

Et voilà que je lui raconte mon histoire avec Vanessa, dans tous les détails.  Puis, je lui parle de toutes les réactions que ce récit avait suscitées sur le forum.

MOI: Et c’est pour ça que j’hésite.  Si les commentaires que j’ai reçu à ce moment-là sont le reflet de la mentalité collective, alors j’ai de bonnes raisons pour penser que si j’en fais une BD, ça ne sera vraiment pas bien reçu.
FLAVIE: Mais chéri…  Est-ce que tu te rends compte que l’histoire que tu viens de me raconter…  C’est un viol?

Je soupire, roulant les yeux au ciel.  Flavie étant féministe et plutôt militante, ça m’aurait surpris qu’elle n’arrive pas à cette conclusion elle aussi.

MOI: Je sais, je sais!  Puisqu’elle était saoule, ça signifie que j’ai abusé d’elle.  Parce que même si c’était elle qui me harcelait non-stop pour baiser, l’alcool faisait qu’elle n’avait pas toute sa tête.  Donc, en lui disant oui, j’ai profité de la situation, ce qui en fait un viol.  Je sais, on me l’a déjà dit.
FLAVIE: Non! C’est pas ça que je dis. Bien au contraire.  Oui, c’était un viol…

LEÇON 9: … Mais c’est moi qui l’a subi.

Surpris par cette affirmation, je reste silencieux quelques secondes.

MOI: … Euh… Comment ça?
FLAVIE: La définition d’un viol, c’est d’avoir une relation sexuelle avec une personne non-consentante, ou bien qui n’est pas en état d’être capable de donner un consentement.
MOI: Bah ouais, je sais! Mais c’est pas pareil.  J’ai consenti!
FLAVIE: Oui, tu as consenti.  Mais seulement après qu’elle t’ait harcelé. Après qu’elle ait insisté de multiples fois.  Après qu’elle se soit arrangée pour ne pas te laisser le choix.  En refusant de te dire où elle habitait, pour te manipuler à l’héberger.  En t’embrassant malgré le fait que tu lui avait dit non une demie-douzaine de fois.
MOI: Ben…  Avoir vraiment voulu refuser, je n’aurais jamais changé d’idée.  Je suppose donc qu’au fond de moi, je le voulais.
FLAVIE: Vraiment? Tu me l’as dit tantôt, qu’elle t’avait manipulé de façon à te donner l’impression que si tu refuses de coucher avec elle, ça la mettrait dans un état de déprime épouvantable.  Elle t’a mis en tête que tu étais son dernier recours, pour ne pas se croire laide ou imbaisable.  Et puisque tu l’avais déjà vécu avant, tu savais qu’une fille qui se fait dire non pour du sexe, des fois, ça peut se venger en détruisant ta réputation, ta vie sociale, ton couple.   Alors je te repose la question: Le voulais-tu vraiment? Ou bien est-ce que tu avais peur des conséquences de lui dire non?

Je reste coi.

FLAVIE: Parce que, si tu lui as dit oui par peur des conséquences de lui dire non, alors ce n’est pas du consentement.  La preuve, c’est que tu n’as pas arrêté de lui dire non, ou d’essayer de trouver une façon d’y échapper, jusqu’à ce que tu te rendes compte qu’elle pourrait te faire payer cher ton refus.  Ce n’est pas du consentement, c’est de la peur.  Dire oui par peur, c’est baiser contre son gré.  Et baiser contre son gré, c’est un viol.

Je ne sais pas quoi répondre à ça.  je suis sous le choc de ces révélations.  

MOI:  Mais, je…  Me semble que… Avoir vraiment voulu, j’aurais pu trouver une solution.  Je me souviens très bien m’être dit, dans la salle de bain, avant d’aller la rejoindre, que dans le fond, coucher avec une lesbienne, ce serait un grand honneur.  Une chance unique à ne pas laisser passer.
FLAVIE: Oui, mais tu t’es dit ça quand? Au début, la première fois qu’elle te l’a proposé?  Non! Tu t’es dit ça, seulement une fois que tu t’es senti acculé au pied du mur.  Et ce n’était même pas ta pensée, tu ne faisais que répéter ce qu’elle t’avais dit. 
Tu sais, c’est une situation classique, ça, quand une fille vit une situation semblable.  Plutôt que de s’avouer elle-même qu’elle est en train de se faire manipuler à avoir du sexe contre son gré, elle se convainc elle-même que dans le fond, elle le voulait.

Et voilà! Après toutes ces années, je comprends enfin quel était ce curieux malaise qui m’a habité durant plusieurs semaines, suite à mon aventure avec Vanessa.  C’était un mélange de tout ça.  Peur. Culpabilité. Humiliation. Remords. Regrets. Honte.

FLAVIE: Une autre preuve comme quoi c’était un viol…  Tu sais, les commentaires que tu as reçu?  Eh bien…

LEÇON 10:  Ces réactions à 100% négatives en mon endroit, que j’ai eues suite à mon témoignage, c’est exactement ce que subit toute femme victime d’une agression sexuelle.
C’est ce que Flavie m’a fait constater, en reprenant point par point chaque commentaire que j’ai reçu.

  • On ne me croit pas?  C’est ce qu’elles subissent.
  • On trouve des raisons logiques pour démolir la crédibilité d’une telle anecdote? C’est ce qu’elles subissent.
  • On me dit que je prends mes rêves pour des réalités? C’est ce qu’elles subissent.
  • On évoque le fait que j’ai menti au moins une fois dans ma vie, pour mettre un doute raisonnable sur mon récit? C’est ce qu’elles subissent.
  • On me dit que si j’avais vraiment voulu m’en tirer, ce ne sont pas les options qui manquent: Quitter l’appartement en courant, appeler la police, etc? C’est ce qu’elles subissent.
  • On me dit que dans le fond, être forcé à avoir une relation avec elle, c’est ce que je voulais, puisque je suis juste incapable d’assumer mes désirs? C’est ce qu’elles subissent.
  • On cherche à me convaincre que dans le fond, je le voulais vraiment? C’est ce qu’elles subissent.
  • On inverse les rôles, disant que c’est moi qui est coupable? C’est ce qu’elles subissent.
  • On cherche à ruiner ma vie de couple, pour avoir commis un adultère, même s’il était forcé? C’est ce qu’elles subissent.
  • On évoque le fait que je n’ai pas toujours été fidèle, pour rendre non-crédible le fait que je ne voulais pas tromper ma blonde? C’est ce qu’elles subissent.
  • On dit qu’en fait, je me vante? C’est ce qu’elles subissent.
  • On dit que je ne suis pas assez attrayant pour avoir subi un viol?  Eh oui, là encore, croyez-le ou non, c’est ce qu’elles subissent.


Je n’en reviens pas!

MOI: Alors comme ça… J’aurais vécu un viol!  Eh bien! 

Flavie se rapproche, passant ses bras autour de moi, réconfortante.

FLAVIE: Comment tu te sens, face à tout ça?
MOI: Ben…  Je sais pas trop.  Je suis pas traumatisé, si ça peut te rassurer.  Je veux dire, avant que tu me fasses prendre conscience de ça, c’était déjà une expérience pas trop agréable, sans plus.  Je ne peux pas dire que ça a empiré depuis. C’est juste que ça me permet de comprendre beaucoup plus ce que j’ai subi, et ce que j’ai ressenti.
FLAVIE: Eh bien maintenant, j’espère que tu y penseras à deux fois, avant de rajouter du désagrément à une fille qui te dit avoir déjà subi une agression sexuelle.
MOI: Qu’est-ce que tu veux dire?
FLAVIE: Tu es d’accord avec moi comme quoi tu as subi un viol.  Et on s’entend que le viol est un crime.  Est-ce que tu vas dénoncer Vanessa à la police?
MOI: Euh…  Bah, non!
FLAVIE: Pourquoi?
MOI: Ben là!  Ça fait tellement longtemps.  Et puis, elle va certainement le nier.  Et ça, c’est si elle s’en rappelle pour commencer.  Et puis, je sais pas trop… J’ai vécu avec cette histoire jusqu’à maintenant et ça ne m’a pas affecté outre-mesure.  C’était désagréable,  d’accord, mais pas traumatisant.  Et puis, bon, c’est du passé.  J’ai tiré les leçons que j’avais à en tirer pour ne pas que ça se reproduise.  Je ne vois pas quel bien il y aurait à en tirer, de ramener cette histoire-là, surtout devant les tribunaux.  En plus, ça apprendrait à mon ex que je l’ai faite cocue une fois de plus, alors qu’elle me refaisait confiance.  Sans compter tout le bordel que ça va faire à tous nos entourages respectifs.  En plus qu’il va falloir que je repasse à travers les mêmes commentaires déjà reçus sur le forum.
FLAVIE: Bon ben pourquoi tu m’en a parlé, alors?  Tu voulais te victimiser, en t’en plaignant, sans rien faire, alors qu’il y a tellement de lois et d’organismes à ta disposition?

Je me rends soudain compte de ce qu’elle est en train de faire.

MOI: Je reconnais ces arguments.  Ce sont les miens, lorsque j’en vois qui se plaignent d’agression sexuelle, mais qui laissent leurs agresseurs s’en tirer.
FLAVIE: Eh oui!  Se faire mettre de la pression pour poursuivre un violeur en justice malgré le fait que l’on n’y tient pas pour des raisons personnelles, sous peine de se faire qualifier de victimes volontaires, de lâches, de chialeuses qui font dans la victimisation, d’hypocrites qui font semblant qu’il n’y a pas de solutions, d’irresponsables qui contribuent au crime en laissant aux criminels tout le loisir de recommencer…  Ça aussi, c’est ce qu’elles subissent.  Et ça aussi, c’est aussi désagréable à vivre que tout le reste. Sinon plus!

Jusqu’à ce moment-là, j’avais toujours cru être une personne bien intentionnée.  Ça me semblait tout ce qu’il y a de plus logique, de mettre de la pression sur une victime afin de faire arrêter son agresseur.  J’avais comme arguments que si l’agresseur ne subit aucune conséquences de ses gestes, alors il n’aura aucune raison de cesser de les commettre.  Ainsi, les prochaines victimes qu’il fera, ce sera autant de la faute de l’agresseur, que de ses victimes précédentes qui auraient pu le faire arrêter, mais ont choisi délibérément de ne pas le faire.  

Il m’aura fallu vivre un viol, moi aussi, pour enfin comprendre que dans ce genre de situations, les faits ne sont pas toujours du tout-noir-ou-tout-blanc.  Dans la réalité, c’est du cas par cas, et chacun est beaucoup plus compliqué que ça.

En conclusion, je réalise que je dois beaucoup d’excuses à beaucoup de personnes.

10 choses que j’ai apprises en tant que gars hétéro qui a couché avec une lesbienne (2 de 3)

Ceci est la suite du billet précédent.

Quatre jours plus tard.  Ma blonde est revenue de Suisse.  Elle termine de vider et ranger le contenu de ses bagages tout en me racontant ses anecdotes de voyage.  Ça cogne à la porte de balcon.  C’est Vanessa, tenant mon oreiller et ma douillette.  Je lui ouvre.  Voyant ma blonde, elle lui dit:.

VANESSA: Hey! Hello! T’es revenue d’Europe.
MA BLONDE: Oui, je suis arrivée ce matin.  Chuis encore sous le décalage.  Sept heures de différence.
VANESSA: Fa que ouais, je reviens porter la douillette et l’oreiller de ton chum.
MA BLONDE: Oui, il m’a dit ça tantôt, que t’avais dormi ici parce que t’avais trop bu pour conduire.
VANESSA: Oui oui, mais rassure-toi, j’ai dormi dans ma van. On n’a pas couché ensemble!
MA BLONDE: Ben là, j’pense pas que t’étais saoule au point de le prendre pour une fille. Ha! Ha! Ha!

Je ris aussi, mais jaune.  Je ne peux pas croire que Vanessa vient vraiment de lui dire ça.  C’est une chose de garder le secret sur notre séance de sexe illicite, c’en est une autre de délibérément amener le sujet à ma blonde dans le but unique de lui mentir en face.

Tard en soirée, tandis que ma blonde dort afin de se remettre au fuseau horaire du Québec, je parcours le net.  J’ai essayé de ne pas trop y penser ces derniers jours, mais depuis la visite surprise de Vanessa cet après-midi, je dois reconnaître que je suis un peu troublé par le souvenir de notre expérience intime.  Je ne saurais cependant dire pourquoi.  Aussi, un peu par réflexe inconscient, je google à la recherche de témoignages d’autres personnes ayant vécu une histoire d’un soir gars hétéro / fille lesbo. 

Je finis par trouver un forum dans lequel il y a justement un tel sujet.  Je lis l’histoire du gars qui l’a démarré.  Je trouve que son récit tient un peu de la romance fantaisiste, surtout le bout où il écrit que la fille l’a remerciée de l’avoir aidée à découvrir son propre corps.  Parce qu’il me semble que s’il y a un genre de fille qui connait bien tous les recoins et fonctions de son corps, c’est bien une lesbienne.  Mais qu’importe!  Je  m’y inscris.  Puis, je passe l’heure suivante à écrire ce que vous avez lu dans le billet précédent.  J’attends ensuite les réactions.  Pour le moment, il n’y en a pas.  Je décide donc d’aller me coucher.

Le lendemain et les semaines suivantes, par contre, les réactions se succèdent.  Bientôt, il y a plusieurs pages de commentaires à la suite de mon histoire.  Et c’est en les lisant que je constate quelques points troublants sur la façon dont les gens perçoivent les histoires comme la mienne.  J’en ai tiré dix leçons:

LEÇON 1:  Pour plusieurs raisons, personne ne trouve la chose crédible.
Une grande partie des répondants qualifient mon histoire de fantaisie de loser puceau qui prend des rêves pour des réalités.  Quelques raisons:

  • Une lesbienne, désirer un gars?  Déjà là, c’est peu crédible.  Alors une butch en plus…
  • Une lesbienne, désirer un gars, alors que sa seule expérience avec des gars était un viol? À d’autres!
  • Pour qu’une lesbienne ait envie d’un gars, il faudrait que ce dernier soit exceptionnellement beau. On parle, mannequin Hollywood-style beau.  J’ai beau m’être amélioré physiquement depuis mon adolescence, je suis loin d’avoir leur look.
  • De toute façon, l’alcool ne change pas la personnalité et encore moins l’orientation sexuelle.  Au contraire, en enlevant les inhibitions, elle ne fait que la raffirmer.
  • Et même si on admet qu’un jour, une lesbienne puisse avoir envie de sortir de sa routine sexuelle afin d’expérimenter la baise avec un gars.  Eh bien, comme elle le dit, c’est le fantasme de tous les gars.  Elle aurait donc l’embarras du choix, les candidats se bousculeraient au portillon.  Elle en choisirait donc un beaucoup mieux foutu que moi. 
  • Certains vont tout de même me qualifier de rafraîchissant, d’avoir utilisé une butch dans mon récit plutôt que la classique belle & jeune lipstick lesbian.  Ce qui fait que certains autres en arrivent à la conclusion que, si j’ai choisi comme personnage une fille avec des traits plus masculins, alors mon récit serait la manifestation d’une homosexualité refoulée que je cherche à nier.
  • Autre chose que les gens trouvent peu crédible: Mon manque d’enthousiasme. Un gars hétéro, hésiter quand une lesbienne lui propose du sexe? Lui refuser? Ne pas avoir envie de jouir?  Dis-donc, nous ne sommes pas nés de la dernière mouille, hein!
  • Et puis d’abord, tout le monde a menti au moins une fois dans sa vie.  Si, à l’âge de huit ans, j’ai menti en disant à mes parents que ce n’est pas moi qui a vidé le pot de beurre d’arachide dans le grille-pain, voici donc la preuve comme quoi je suis un menteur. Et si j’ai menti pour ça, alors il y a un doute raisonnable comme quoi je mens certainement, trente-cinq ans plus tard, en disant m’être tapé une lesbo.  

LEÇON 2: Techniquement, il est impossible pour un homme de coucher avec une lesbienne. 
C’est exactement ce que plusieurs personnes répondent: « Il est impossible pour un homme de coucher avec une lesbienne, car à partir du moment où elle couche avec un gars, elle n’est plus lesbienne mais bien bisexuelle. »   Mais d’autres démentent cette théorie en disant qu’en fait, il existe un moyen pour une lesbienne de baiser avec un gars tout en restant lesbienne: Subir un viol!  Et justement…  

LEÇON 3:  Selon l’opinion générale, je serais coupable d’avoir commis un viol.
Je suis un homme. C’est une femme.  Elle était saoule.  Donc, en couchant avec elle, j’ai profité du fait qu’elle n’avait pas toute sa tête.  Parce que sinon, si elle avait vraiment voulu de moi, disent-ils, elle n’aurait pas hésité à me le dire lorsque à-jeun.  La preuve: Après le sexe, elle m’a fui pour aller se verrouiller dans sa minivan.  Et au matin, réalisant toute l’horreur de ce que je lui ai fait subir la veille, elle a fui sans revenir me donner signe de vie.  TOUTES LES PREUVES SONT LÀ! 

D’ailleurs, il y a une campagne américaine de prévention du viol qui dit exactement ça:

LEÇON 4: Au nom de « Faire ce qui est Juste », tout le monde s’attend à ce que tu n’hésites pas à mettre toutes tes relations en jeu.
Et c’est quoi, faire ce qui est juste, selon eux? C’eut été lui servir un NON! catégorique, et ne jamais céder.  Et si c’eut été la plonger dans une déprime?  Et si ça l’aurait mené à une dépression, vu son très bas état moral?  Et si, comme il m’est arrivé maintes fois par le passé, elle aurait frustré et tenté de se venger en détruisant ma vie sociale et professionnelle en racontant notre soirée, mais en inversant les rôles?  DES EXCUSES QUE TOUT CELA!  Je ne cherche qu’à me justifier d’avoir commis un adultère, voilà tout!

LEÇON 5: Pour deux raisons, ce n’est vu que comme étant de la vantardise.
Raison 1: Ben oui! Relisez le texte, vous verrez:

  • Je dis qu’elle me trouve beau.
  • Je confirme qu’en effet, je suis un ex-laideron devenu beau.
  • Je raconte que la fille insiste pour coucher avec moi, et insiste, et insiste, et insiste.
  • Je rajoute même que j’ai tellement eu d’offres de sexe par le passé que j’ai eu, à maintes reprises, à leur dire non.
  • ET ÇA LES AVAIS TELLEMENT FRUSTRÉES!!!!!!!11!!!!!

Si ce n’est pas de la vantardise, c’est quoi?

Et la raison 2; Ça part du point comme quoi le lesbianisme de Vanessa n’avait aucune importance dans mon récit.  La preuve: Enlevez-en toute mention et l’histoire ne change pas d’un poil.  Ça reste l’histoire d’un gars qui se fait proposer du sexe, refuse pour ne pas tromper sa blonde, puis finit par céder.  Donc, si je prends la peine de préciser son orientation sexuelle, c’est juste par envie de me vanter au monde entier comme quoi j’ai eu l’extrêmement rare honneur d’avoir pu faire du pine-gouine.

LEÇON 6:  Certaines personnes cherchent tellement à nuire à autrui, qu’ils mettent un temps fou et des efforts inouïs à ce but, même s’ils ne connaissent même pas leur cible.
Une semaine après avoir publié mon article sur le forum, ma blonde revient de travailler, toute hilare.

ELLE: Hey, tu devineras jamais quoi?  Y’a un gars tantôt qui m’a envoyé un message sur Facebook comme quoi tu me trompais avec Vanessa.
MOI: Hein? Qui ça? 
MA BLONDE: Je sais pas! Dès que le gars m’a envoyé son message, son nom a changé pour « Utilisateur Facebook », et je ne pouvais même pas lui répondre.  Dommage! J’ai pas eu la chance de lui dire: « Heille, Chose, ton récit serait déjà plus crédible si t’avais pas choisi notre seule amie lesbienne butch. Ha! Ha! Ha! »

Finalement, je me ravise: Ça m’arrange beaucoup, que cette histoire ne soit pas vraiment crédible.  Soulagé, je me penche sur la question suivante: Qui a donc bien pu me dénoncer? 

Premièrement, je ne crois pas que Vanessa se serait vantée de ça auprès de nos amis.  Ensuite, si elle s’était confiée, ça aurait été à son meilleur ami, soit Daniel.  Et agir de cette façon, ce n’est pas son genre.  Il tient trop à notre amitié et à nos projets pour tenter de saboter mon couple. Il ne reste donc que trois suspects possibles: L’un des trois administrateurs du forum.  Pour s’inscrire à un forum, il faut entrer une adresse de courriel.  L’administrateur du forum, après avoir lu mon récit, serait donc allé voir mon profil.  En tant qu’admin, il aurait eu accès à mon adresse de courriel.  Il serait ensuite allé sur Facebook et l’aurait entré dans l’engin de recherche, ce qui l’aurait amené à mon compte.  À l’époque, il y avait moins d’options de sécurité.  Il y aurait donc vu que j’étais en couple, et avec qui.  Enfin, il aurait parcouru la liste de mes amis, aurait visité les profils de toutes les filles, et y aurait trouvé la seule lesbienne célibataire que j’y avais dans le lot. À partir de là, il aurait pris le temps de se créer un faux compte Facebook, juste pour le temps de me dénoncer à ma blonde, avant de le fermer.

Je n’ose même pas imaginer le temps que ça a dû lui prendre.

Eh oui!  Il existe des gens, comme ça, qui sont prêts à tout pour tenter de nuire à autrui, sans même les connaître.  Ça ne devrait pas me surprendre.  Quelques années plus tard, après avoir lu mon très fameux article 30 comportements qu’il faudrait cesser d’avoir sur Facebook, un lecteur anonyme a cru que les fausses captures d’écran que j’y expose étaient vraies.  Ainsi, il a écrit au « mari » (homosexuel dans la vraie vie) de cette fille pour l’avertir qu’elle le faisait cocu avec moi:

… Et là encore, le délateur a détruit son compte une fois son message envoyé.

LEÇON 7: On est confus!  On se demande si nos sentiments, suite à une telle expérience, sont bien normaux, ou bien si c’est nous qui sonnes anormaux. 
Parce que, autant de la part de Vanessa que de la part ce la majorité des répondants sur le forum, parce que c’est une lesbienne et parce que je suis un gars hétéro, j’aurais dû aimer ça.  J’aurais dû être super excité.  J’aurais dû profiter de la chose en venant 7-8 fois en ligne. Ce n’était pas mon cas.  Suis-je normal, docteur?

LEÇON 8: Entendre ce genre d’expérience ne suscite en général que des sentiments négatifs. 
J’ai pu le voir de la part de tous les répondants: Incrédulité, envie, mépris, jalousie, colère, condescendance, désir de me nuire et ruiner mon couple, et j’en passe.  

Alors pourquoi est-ce que je décide d’en parler de nouveau?  C’est à cause des deux dernières leçons, les plus importantes de toutes.

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La suite: Les deux dernières leçons, les plus importantes de toutes.

Ce que vivent les femmes sur les sites de rencontres (sur l’air de « Je l’aime à mourir »)

Tout le monde connait le grand classique Je l’Aime à Mourir de Francis Cabrel. En m’inspirant de quelques malheureux témoignages de mes amies, je me suis amusé à en faire une version qui décrit ce qu’une fille vit généralement lorsqu’elle fréquente un site de rencontres. Ça va comme suit:

(allumez musique pour l’ambiance)

Chuis célibataire
et je me suis inscrit
À un site dans lequel
Il y a plein de gars qui
Essayent de séduire

Ils peuvent bien m’écrire
tout ce qui leur plaira
Si leurs profils n’a rien
qu’des pics de leur gros bras
Je n’vais pas mentir :
Ça va me faire fuir
Oui je vais m’enfuir

Il y a ceux qui disent
Vouloir de l’amitié
Et dès la troisième phrase
Ils parlent de me baiser
Qu’est-ce qu’ils me font rire

Il y a les gars casés
Mais ne les trouvent pas belles
Et qui espèrent trouver
Sur ce site, bien mieux qu’elles
Alors qu’eux mêmes ils
Alors qu’eux mêmes ils
Sont laids à vomir

Au lieu d’se taire
Ces gens vulgaires
S’imaginent que c’est comme ça qu’il
Faut agir pour
Pouvoir nous plaire
Et trouver… de l’amour ainsi.

Il y a aussi les cons
Qui croient que pour séduire,
En baissant leur caleçon
Ça va leur réussir
C’est loin de m’faire jouir

Il y a ces fiches qu’on
Ne peut pas déchiffrer
Aucune ponctuation
Et des fautes par milliers
C’est trop dur à lire
C’est trop dur à lire
Ils savent pas écrire

Enfin, il y a ceux qui
Se disent « des bons gars »
Qui voudraient me séduire
Mais ne font rien pour ça
C’est ceux-là les pires

Eux, ils restant à l’écart
Et s’permettent de juger
Mon envie de vouloir
Un gars déterminé
Qui va me choisir
Qui va réussir
Lui, à me ravir

Au lieu d’se taire
Ces gens vulgaires
S’imaginent que c’est comme ça qu’y
Faut agir pour
Pouvoir nous plaire
Et trouver… de l’amour ainsi

Chuis célibataire
et je me suis inscrit
À un site dans lequel
Il y a plein de gars qui
M’ennuient à mourir

Après tellement de temps
Perdu sur ces sites-là
Voilà que finalement
J’apprécie l’célibat
Je vais m’désinscrire
Et je vais partir
Ne plus revenir.

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Le sexisme et la misogynie existent… Mais peut-être pas de la façon que l’on croit.

Bien que je sois un homme, j’ai déjà vécu le harcèlement sexuel intense au travail.  C’était de la part d’un jeune gai qui se croyait tellement irrésistible qu’il s’imaginait être capable de convertir n’importe quel homme à la gaieté.  On peut en lire l’histoire juste ici, c’est le billet précédent.  Voici en gros ce à quoi j’ai eu droit de sa part: 

  • Il commence par me faire des compliments.
  • Commence à me faire des commentaires grivois.
  • Augmente de plus en plus la fréquence et la quantité de ces commentaires.
  • Me drague en sous-entendus.
  • Devant mon manque de réaction, me fait des avances directes, que je décline.
  • Commence à exprimer qu’il met en doute mon intelligence.
  • Vole mon talon de paie.
  • Se présente chez moi sans y avoir jamais été invité, pour me le rendre.
  • Vole mon savon dans les douches au travail. Se présente chez moi sans y avoir jamais été invité, pour me le rendre.
  • Me fait des commentaires gratuits de plus en plus rabaissants.
  • Trouve mon numéro de téléphone et appelle sans cesse.
  • Me dérange constamment dans mon travail afin de mettre ma compétence en doute
  • Commence à m’humilier publiquement au travail en tentant de planter le doute sur ma compétence dans l’esprit de nos collègues.

 Le comportement qu’il avait envers moi avait trois facettes:

1) L’infantilisation:  Tout le long, il a agi non pas comme si j’étais un adulte responsable mais bien un enfant qu’il avait décidé de prendre en charge: Il s’impose dans ma vie, et se comporte envers mes possessions avec la même liberté qu’un adulte, en se permettant de confisquer mon bordereau de chèque de paie, en se permettant d’enlever mon savon des douches au travail pour le ramener chez moi, comme un parent qui ramène dans la chambre de son enfant un jouet oublié dans une autre pièce en lui disant de ramasser ses affaires. De plus, il n’accordait aucune crédibilité à mes paroles.  Je lui dis non?  C’est comme si je n’avais rien dit.  J’affirme être hétérosexuel?  C’est comme s’il savait mieux que moi si je l’étais ou non.  Ce qui nous amène au point suivant qui est:

2) La sexualisation: Au travail, les seules paroles positives à mon sujet qui sortaient de sa bouche, c’était l’expression de son désir pour moi.  Tout le reste était dénigré. Ce qui signifie qu’à ses yeux, la seule valeur que j’avais était sexuelle. Et puisque je refusais de lui donner ce qu’il voulait de moi, c’est comme si j’étais un enfant indiscipliné qui refuse d’obéir: Il faut le punir.  Ce qui va de pair avec… :

3) La dévalorisation:  D’où sa tentative de m’humilier publiquement.  D’où sa tentative pour saboter ma réputation, voire ma carrière, en plantant le doute sur ma compétence dans l’esprit de nos collègues.  Mais cette attitude, il l’avait bien avant ça.  Lorsqu’il a commencé à travailler, non seulement avais-je déjà un an d’expérience dans la place, c’est moi qui lui ai appris le boulot.  En fait, ça faisait au moins neuf mois que j’entraînais chaque nouveau qui entrait.   Il se permettait pourtant de me corriger, me réprimander, me rabaisser.  Comme si, à ses yeux, mes compétences, mon expérience, mes connaissances, n’avaient aucune valeur.  

C’est en relisant ce texte pour correction que j’ai constaté quelque chose qui ne m’avait pas frappé jusque-là: Tout ce que ce gars-là m’a fait subir, c’est exactement le genre d’attitude et de comportement sexiste et misogyne dont les femmes se plaignent de la part des hommes.  

Mais voilà, dans mon cas particulier, c’était un homme envers un autre homme.  Ça ne pouvait donc être ni du sexisme ni de la misogynie.  On ne peut pourtant pas nier que c’était exactement le même comportement.

Et c’est là que j’ai eu une illumination: Le sexisme et la misogynie, ça n’existe pas.  Ou du moins, peut-être pas de la façon que l’on croit.  Parce que toute cette attitude, tous ces comportements, ce n’est que la façon instinctive d’agir envers une personne que l’on désire, ou du moins toute personne qui fait partie du groupe visé par notre orientation sexuelle.  C’est la seule explication pourquoi un homosexuel aurait envers un homme exactement la même attitude misogyne et déplorable qu’un homme hétéro envers les femmes.

Oui, je sais, hétéro ou homo, « Ils ne sont pas tous comme ça! »   Ça ne change rien au fait que, tous sexes et orientations confondus, il y a un assez grand nombre de gens  qui sont portés à rabaisser ceux qu’ils désirent sexuellement pour que ça pose un problème de société. 

Mais pourquoi sont-ils portés à rabaisser ceux qu’ils désirent sexuellement?  C’est que de tous les temps, le désir sexuel n’a jamais été relié à la notion d’égalité.  Bien au contraire, il l’est avec la notion de propriété via domination.  L‘homme parle de conquérir une femme, d’en prendre possession.  Et c’est ce sentiment possessif qui conduit aux abus.

Ça fait longtemps que la société le sait, que le sexe, la possession et l’abus ne font trop souvent qu’un.  Juste dans notre langage, lorsque l’on a été victime d’une arnaque, qu’est-ce qu’on dit?  « Il m’a bien possédé.  je me suis fait baiser. »   Variante québécoise: « Il m’a bien eu!  Je me suis fait fourrer. »   Vous voyez le parallèle?  Mon collègue voulait me baiser.  Il voulait quelque chose de moi que je ne voulais pas lui donner.  Il a donc tenté de se l’approprier contre mon gré.  Comme le fait un arnaqueur.  Il s’emparait de mes possessions.  Il niait mon identité.  Non pas mon nom, mais mon identité sexuelle d’hétéro.  Et comme un conquérant qui envahit un pays, il a tenté de me conquérir en envahissant mon logement.  Bref, il ne me traitait pas en égal mais bien en inférieur.  Lui en vainqueur, moi en (futur) vaincu.

Parce qu’à la base, le sexe, ça reste une personne qui manifeste sa supériorité et son contrôle sur l’autre.  Même entre deux partenaires sexuels hétéros qui se respectent et se voient en égaux, il reste que la nature oblige que pendant l’acte sexuel, l’un a une position dominante sur l’autre.  Quand on parle de faire l’amour, quelles sont les deux premières positions qui nous viennent en tête? Le missionnaire et la levrette.  L’homme est en position supérieure donc dominante, la femme est dessous, couchée ou penchée, position dominée.  L’homme pénètre, la femme se fait pénétrer.  L’homme est actif, la femme est passive.  Et s’il s’agit de leur première fois, l’homme doit défoncer la barrière qu’est l’hymen. Bref s’introduire de force.  Alors qu’on le veuille ou non, la nature fait en sorte de donner aux hommes l’impression que lorsqu’ils désirent sexuellement une personne, il doit la conquérir et ne pas se laisser arrêter par les obstacles.  Bref, comme on dit en bon français, lui rentrer dedans, dans tous les sens du terme.

Et c’est normal.  Le but premier de la nature étant la survie, il n’est pas difficile d’imaginer qu’à l’aube de l’humanité, on ne pouvait pas toujours se permettre d’attendre le consentement sexuel de l’autre.  Aussi, chez certains hommes, le cerveau était programmé avec une forte libido, mais sans la capacité de ressentir du respect et de l’empathie.  Aujourd’hui, lorsque nait un tel homme, son désir sexuel combiné à ce manque de respect peut aller de la simple frustration jusqu’au viol.  Dans mon cas, mon harceleur n’aurait pas pu se rendre jusque-là car j’avais la capacité physique de lui résister s’il avait osé me toucher.  N’empêche que tous les autres comportements que les femmes étiquettent comme sexiste et misogyne lorsque c’est un homme qui l’a envers une femme, lui les avait envers moi.  Ça démontre que si une grande partie des femmes reçoivent un tel traitement de la part des hommes, ce n’est pas parce que ce sont des femmes.  C’est tout simplement parce que… :

  1. Le désir sexuel est relié à la testostérone. 
  2. Les hommes produisent plus de testostérone que les femmes.
  3. Les hommes ont donc une plus grande libido que les femmes.
  4. La population est majoritairement hétérosexuelle.
  5. Par conséquent, ce sont majoritairement les femmes qui sont victimes de cette attitude de la part des hommes. 

Et comme je l’ai constaté personnellement, ça n’empêche pas les non-hétéros d’avoir exactement les mêmes comportement envers ceux qu’ils désirent sexuellement.  Et voilà pourquoi je dis que la misogynie et le sexisme n’existent (peut-être) pas. Si certains hommes agissent ainsi envers les femme, ce n’est pas parce que c’est une femme. C’est parce que la nature a programmé l’être humain de manière à ce qu’il se croit instinctivement supérieur aux gens visés par ses pulsions sexuelles.  Et personne n’est porté à accorder de respect, de crédibilité ou de pertinence à quelqu’un qu’il croit dominer.  

Même en anglais, qu’est-ce que l’on dit d’une personne ou d’une chose que l’on veut dévaloriser?  Fuck him! Fuck that! Fuck you!  N’avoir aucune valeur du tout = n’avoir qu’une utilité sexuelle.

Ça pourrait même donner deux raisons pourquoi, à compétences égales, un candidat homme est favorisé à l’embauche plutôt qu’une femme:
Raison 1) Le recruteur est un homme hétéro. Il se croit donc d’instinct supérieur à la candidate femme, tout en se voyant sur un pied d’égalité avec le candidat homme.  L’homme commence donc avec une longueur d’avance.
Raison 2) Le recruteur peut très bien ne pas être influencé personnellement par le sexe de la candidate. Cependant, il sait que la présence de cette dernière au sein de l’entreprise pourrait ralentir la performance des employés mâles qui dirigeraient leur attention sur elle plutôt que sur leur travail.  Ce n’est pas farfelu comme croyance, car comme je le raconte dans le billet, tout ce que faisait mon harceleur pour attirer mon attention au travail nous faisait perdre de une à deux heures quotidiennement.  Pour un employeur, ces pertes de temps, ça équivaut annuellement à arrêter le travail pendant un mois et demi.  On parle de centaines de milliers de dollars perdus pour l’entreprise, pour un problème qu’il peut éviter facilement s’il embauche un homme hétéro plutôt qu’une femme qui deviendrait aussitôt objet de convoitise par les employés hétéros masculins. 

Alors entre investir temps et argent dans les ateliers de prévention dans le but d’éduquer, ou juste s’abstenir d’embaucher une femme, beaucoup d’employeurs iront vers la solution facile.

Puisque l’attitude dominante et méprisante envers la cible de nos désirs est reliée au désir sexuel, donc au sexe, je suppose qu’on peut toujours parler de sexisme.  Et tant qu’à faire, misogynie peut continuer de  décrire les cas particulier dans lequel ce sont des hommes hétéros qui font subir ça aux femmes.  Mais je tenais quand même à faire prendre conscience que cette attitude n’est pas une question de discrimination volontaire contre un sexe en particulier.  C’est une question de désirs sexuels naturels, et des comportements que ceux-ci engendrent chez ceux qui les ressentent.  

Ceci étant dit, la raison pourquoi j’explique la logique derrière ce comportement, ce n’est pas dans le but de l’approuver.   C’est pour comprendre pourquoi il existe, de façon à mieux pouvoir le contrer, tout simplement.  Parce que même si un tel comportement est voulu par la nature, nous ne sommes pas dans la nature, nous sommes dans une civilisation.  Et dans la civilisation, il n’y a pas de place pour un tel comportement.  Par conséquent, cette attitude est, et sera toujours, inacceptable.

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Y’a liens là:

La même situation, mais plus classique, où c’est la femme qui subit ça au travail: Ingrid; Cinq jours parmi les loups.
Dans Comment nait la culture du viol, j’explique comment, dès son plus jeune âge, le garçon est conditionnés à se croire supérieur aux filles, ce qui l’amène plus tard à ne les voir que comme un sexe à posséder, sans plus.
Dans 11 illusions fallacieuses qu’essaient de nous vendre les guides de séduction, on peut voir comment ces bouquins contribuent à garder vivante l’idée que toute femme peut être conquise, pour peu que l’on possède les couilles d’aller s’en emparer.

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Il se croyait irrésistible.

Ceci est un témoignage de fait vécu de harcèlement masculin en milieu de travail.

Subir le harcèlement sexuel d’un collègue de travail, ça m’est arrivé à moi aussi.  Je n’oublierai jamais ma première fois. Il était jeune.  Il était beau.  Il se croyait irrésistible.  Il était le fils de mon supérieur immédiat. Et dès qu’il a commencé à travailler, il a eu l’œil sur moi, chose qui n’était pas réciproque.  Tous les éléments étaient en place pour une belle catastrophe.

Les premières semaines, il restait à distance respectueuse.  Puis, ça a commencé doucement.  Un compliment anodin par-ci.  Une remarque coquine isolée par-là.  Je n’en faisais pas de cas.  Ça semblait juste être son humour particulier.  

Au fil des semaines, ses commentaires devinrent libidineux.  Ceux-ci devinrent ensuite de plus en plus nombreux.  Il prenait bien soin de toujours les dire à la blague, pour que ça passe mieux.  Je les ignorais délibérément.  J’espérais qu’en ne me voyant pas embarquer dans son jeu, il finisse par se lasser.  En attendant, je devais juste faire preuve de patience.  

Est-ce que ça a fonctionné?  Eh non!  

Ne pouvant concevoir que je ne succombe point à ses avances, il en arriva à la conclusion que mon manque de réaction signifiait que j’étais juste trop stupide pour me rendre compte que l’on me drague.  Il a donc opté pour me déclarer sa flamme de façon directe, en m’expliquant que quand un homme agit comme lui l’a fait envers moi, c’est parce qu’on l’intéresse.  Alors c’est ça, le mansplaining?  Je l’ai trouvée bien malvenue, cette façon condescendante de mettre en doute mon intelligence.

Ceci dit, j’avais quelques raisons de décliner ses avances.  D’abord, nous n’avions pas la même orientation sexuelle. Déjà là, c’est un obstacle assez incontournable.  Et ensuite, il était déjà en couple, imaginez.  Et même s’il n’y avait pas eu ces deux faits, ce n’est pas avec une personnalité aussi désagréable que la sienne qu’il aurait réussi à me séduire.  Je lui ai fait part des deux premières raisons.  Pas de la troisième.  Il faut bien garder une ambiance harmonieuse en milieu de travail.  Mais qu’importe, mon message était passé.  Nous pouvions maintenant tourner la page et passer à autre chose.  

Deux fois par mois, tandis que nos chèques étaient envoyés automatiquement à la banque, on nous distribuait nos bordereaux de paie (aussi appelés talons de chèque) personnellement. Ce jour-là, je n’ai pas reçu le mien.  J’ai compris pourquoi, quelques heures plus tard, lorsque l’on frappa à la porte chez moi.  J’ai regardé par le judas de porte.  Surprise!  C’était lui, mon collègue dragueur, avec mon bordereau en main.  Il l’avait volé au bureau afin d’y trouver mon adresse.  Je n’en croyais pas mon œil.  J’ai reculé doucement pour éviter que le plancher craque et trahisse ainsi ma présence.  Après dix minutes à cogner périodiquement sans que j’ouvre, il abandonna.

Bien que ressentant du soulagement de le voir partir, je trouvais aberrant qu’il ait osé poser de tels gestes.  J’osais espérer qu’il ne s’agirait que d’un incident isolé.

À cette époque, j’étais dans une situation économique précaire dans laquelle chaque sou comptait. Un jour, après le boulot, j’ai décidé d’utiliser la cabine de douche disponible au travail, une option dont aucun autre employé ne se prévalait.  Ceci fait, plutôt que de remettre mon savon humide dans mon sac, je l’ai laissé sur place.  De retour chez moi, j’ai pu éteindre mon réservoir d’eau chaude.

Quelques heures plus tard, il frappait encore à ma porte.  Cette fois, c’est mon savon qu’il avait en main.  Je n’ai pas répondu.  Après ce coup-là, je n’ai plus osé utiliser la douche au travail.

Avoir été à sa place, si j’avais essuyé deux échecs après m’être présenté deux fois chez une personne sans invitations, j’aurais compris le message et laissé tomber.  Surtout si elle m’aurait dit clairement ne pas être intéressée.  Mais voilà, je ne suis pas le genre de personne qui va aller s’imposer chez autrui.  Aussi, l’idée qu’il puisse persévérer n’a pas pu m’effleurer l’esprit.  

Un soir, il a commencé à me téléphoner.  Je suppose qu’il a trouvé mon numéro sur le cellulaire de son père. Je n’ai pas répondu.  Il a rappelé à toutes les quinze à vingt minutes.  J’ai laissé sonner, en espérant qu’il finisse par se lasser.  J’ai attendu en vain. À une heure du matin, il a fallu que je déconnecte le téléphone afin de pouvoir dormir.  C’est que je n’avais pas de cellulaire.  Mon budget ne me le permettait pas.  Je n’avais qu’une ligne de terre classique.  Une où je ne pouvais pas bloquer un numéro entrant.

Il m’empêchait d’épargner sur l’eau chaude.  Je risquais de manquer un appel important si je laissais le téléphone débranché.  Je ne pouvais plus sortir sans craindre qu’il passe « par hasard » sur ma rue au même moment.  Endurer le harcèlement au travail, c’est une chose.  Mais me faire perturber ma vie privée à répétition dans mon propre logement, ça, non. 

Il existe une option légale recommandée dans ces cas-là.  C’est de prendre un collègue de travail comme témoin, aller voir la personne fautive, lui demander de cesser son comportement harcelant, et conclure par un avertissement comme quoi toute insistance de sa part lui vaudra plainte et poursuite.

En théorie c’est bien joli, mais c’est plus facile à dire qu’à faire.  De un, ça m’étonnerait qu’un collègue accepte d’être témoin d’une situation qui causera un malaise entre eux.  Ensuite, en étant dans l’obligation d’expliquer à chaque témoin potentiel pourquoi j’en ai besoin, plus j’essuierais de refus, plus de collègues sauraient l’histoire, et plus grand serait le risque qu’on m’accuse de porter atteinte à la réputation du fils de notre supérieur immédiat.  Bref, aucune issue qui ne me donnait pas le mauvais rôle.  Il valait mieux y renoncer.

J’ai décidé de lui accorder le bénéfice du doute.   Il sait qu’il ne m’intéresse pas.  Il a bien vu qu’aucune de ses tentatives pour se rapprocher de moi ne fonctionne. C’est une cause qu’il sait perdue d’avance.  Le gars n’est sûrement pas idiot. Selon le bon sens, il devrait arrêter.

Mais voilà, je lui créditais trop de bon sens.  C’était un idiot.  Il n’a pas arrêté. 

Puis, un jour, devant nos collègues, il me lança un reproche sarcastique au sujet d’une erreur sans importance dans mon travail.  En un éclair, j’ai compris ce qui était en train de se passer.  Probablement frustré par ses échecs à me séduire, il allait désormais tenter de m’humilier publiquement, voire de saboter ma carrière, en commençant à sous-entendre mon incompétence à nos collègues. 

Je me doutais qu’il ne s’agirait pas d’un incident isolé. 
Je connaissais trop bien sa persistance. 
Je savais qu’il ne s’arrêterait pas là.   

Trop c’est trop.  C’était la proverbiale goutte d’eau.  J’ai craqué.

De tels récits, vous en avez déjà entendu par dizaines, de la part de filles et de femmes qui se font harceler de cette manière depuis qu’elles sont en âge de travailler.  Cependant, mon histoire à moi se démarque sur un point important.

Ce point est : Je suis un homme.  

Homme, blanc, hétéro, de quarante-deux ans, catholique, cisgenre, et d’environ 35 kg de plus massif que mon harceleur.  Je n’ai pas eu à fuir.  Je n’ai pas eu à donner ma démission.  Je n’ai pas eu à me terrer chez moi sans plus jamais oser sortir jusqu’à ce que je sois obligé de changer d’adresse et de numéro de téléphone. 

Oh que non!  

Je l’ai confronté!  Là!  Immédiatement!  Debout!  Face à lui!  Je l’ai engueulé sans retenue, avec comme témoin nos collègues, ces mêmes collègues devant qui il venait d’essayer de me discréditer.  J’ai dénoncé son harcèlement au travail, son harcèlement chez moi, son harcèlement téléphonique.  Ses commentaires, ses avances, ses insistances, ses  sarcasmes, son vol de mon bordereau de chèque de paie, ses visites, ses appels.  J’ai tout étalé, là, en public.  Et j’ai conclu en lui lançant cet ultimatum devant tous ces témoins: Ou bien il arrête, ou bien je le fais arrêter.  

Il n’a pas répliqué.  Il a juste baissé le regard, tourné les talons, et il a calmement quitté la pièce.  Comme le veut le cliché, j’avais mis le malaise dans la place, et le silence qui suivit était à trancher au couteau.  Il fut cependant rompu par un collègue qui, autant admiratif que fier de moi, m’a mis la main sur l’épaule, m’a fait un sourire, et d’un signe du pouce en l’air m’a dit: « Like a boss! »

J’entends parfois des femmes raconter comment, après en avoir eu assez, elles ont réagi exactement comme je l’ai fait.  Mais la suite de leurs histoires me montre à chaque fois que le fait d’être un homme, ça ne m’a pas seulement servi qu’à intimider physiquement mon harceleur.  Ça m’a aussi évité de me faire dire que je l’avais peut-être provoqué.  Ça m’a épargné les théories comme quoi je m’habillais possiblement trop sexy.  En racontant cette histoire, personne n’a utilisé de termes comme hystérique, mal baisé ou SPM pour expliquer ma réaction.  Mieux encore, je n’ai même pas eu à aller me plaindre aux patrons, ni à être convoqué aux ressources humaines.  La nouvelle de notre confrontation leur est juste parvenue aux oreilles.  Ce fut suffisant pour qu’ils prennent la chose au sérieux.  Ils l’ont aussitôt déplacé vers un autre quart de travail.  Oui, ils l’ont déplacé LUI et non moi, et je ne l’ai plus jamais revu.  Et bien qu’il soit le fils de mon supérieur immédiat, je n’en ai subi aucune conséquence. 

Avoir été une femme, ça ne se serait certainement pas aussi bien passé. Mais voilà; Je suis un homme, moi!   N’empêche que cette expérience fut l’une des plus désagréables, des plus malaisantes et des plus angoissantes que j’ai vécues de toute ma vie.  

Puisque je suis un homme, je sais que ne repasserai probablement plus jamais à travers ça.  Ça me permet de comprendre que je ne vivrai jamais ce qu’est l’ambiance au travail pour une femme.  Je comprends qu’on ne me fera jamais vivre les choses de la même façon que si j’étais une femme  Donc, je comprends que je ne pourrai jamais comprendre à 100% le quotidien d’une femme en milieu de travail.

Mais pendant une courte période, j’en ai eu un aperçu.  Et cet aperçu, je l’ai trouvé terrifiant.   

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Y’a liens là:

Ici, il y a la première fois que j’ai écrit au sujet de ce gars-là.
Notre relation de travail m’a amené à croire que Le sexisme et la misogynie (n’)existent (peut-être) pas de la façon dont que l’on croit.

Plus classique, la femme victime de harcèlement au travail: Ingrid; 5 jours parmi les loups.
Sans oublier comment, sur une période de 25 ans, j’ai subi Le harcèlement sexuel au travail… Au féminin.

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12 raisons pour ne pas occuper trop longtemps un emploi en bas de l’échelle.

Il y a dix-huit ans, en 1999, je travaillais au centre d’appel du service à la clientèle pour Air Canada.  À une époque où le salaire minimum au Québec était $6.90, j’y gagnais $14.00 de l’heure.  C’était un bon moment pour songer à faire des investissements.

Me voici donc à la banque, au bureau de mon conseiller financier.  Après m’avoir posé quelques questions au sujet de mon travail, mon revenu et mes dépenses, celui-ci me demande combien je veux placer par mois.  Je lui donne le montant, qui était le maximum que je pouvais y mettre à ce moment-là.  Celui-ci me répond alors quelque chose je ne m’attendais vraiment pas: « Je vous le déconseille, parce que vous ne garderez pas votre travail longtemps.« 

J’étais choqué.  J’étais insulté.  Moi qui étais fier de lui avoir raconté que, dix ans plus tôt, je travaillais à laver de la vaisselle au resto Le Commensal, travail que j’ai continué tout en retournant aux études, avant de décrocher cet emploi où j’ai commencé à $10.00 de l’heure, et que j’occupe toujours ce poste deux ans plus tard à $14.00.  Moi qui me suis fait un point à lui montrer que je suis travaillant, sérieux, avec la débrouillardise pour m’élever d’un minable travail manuel au salaire minimum à un travail de bureau qui me rapporte plus du double.  Qu’est-ce que c’est, que ces préjugés totalement gratuits à mon égard, comme quoi je serais incapable de garder ma place? Ses insinuations étaient insultantes et injustifiées.  

Il a alors précisé sa pensée en ces termes: « Vous savez, le marché de l’emploi, ce n’est plus comme dans le temps de nos parents.  Eux autres, pouvaient passer toute leur vie au même travail et c’était normal.  Dans ce temps-là, les employés autant que les patrons recherchaient surtout la stabilité, la loyauté.  Ou bien tu restais toujours à la même position, ou bien tu grimpais l’échelle, mais toujours au même endroit.  Mon père a commencé à l’âge de quinze ans à balayer le plancher à la Banque Royale du Canada.  Après ça, la banque lui a donné la formation pour devenir caissier.  Ensuite il est devenu leur comptable.  Vingt ans plus tard, il était gérant, une position qu’il a occupé jusqu’à sa retraite. »

Son histoire était crédible.  Moi-même, ma mère a décroché un travail de caissière à la Banque Canadienne Nationale à l’âge de dix-neuf ans ans, en finissant l’école, malgré le fait qu’elle avait redoublé deux ou trois années.  Et à elle aussi on lui avait éventuellement offert une promotion avec de plus grandes responsabilités.  Par manque de confiance en elle-même, et parce qu’elle ressentait de la sécurité dans son travail routinier, elle a décliné.  Ils l’ont donc laissée à son poste, qu’elle a gardé jusqu’à ce qu’elle se marie et fonde une famille, comme il était coutume à l’époque.     

« Mais de nos jours, ça ne se passe plus comme ça.  Pour chaque position, quand on n’a pas les études, oublie ça, rien à faire pour grimper les échelons.  Soyons francs, téléphoniste, dans une grosse compagnie comme Air Canada, c’est un poste en bas de l’échelle.  Les gens qui y sont engagés, c’est généralement pour avoir un pied dans la place, en attendant que le poste qu’ils convoitent se libère.  Un poste plus haut placé, pour lequel ils sont diplômés. »

Le reste de son explication, ainsi que ce que j’ai pu moi-même observer depuis, lui a donné raison.  Depuis les années 90, non seulement la stabilité n’est plus une qualité recherchée dans le milieu de travail, c’est même un handicap.  Surtout si c’est pour occuper le genre de poste qui entre dans la catégorie Premier travail d’une personne sans expérience.  c’est à dire téléphoniste, plongeur dans un resto, caissière dans un supermarché, et plusieurs autres petite boulots du genre.  Et non seulement est-ce un handicap de carrière, c’en est un social et moral.  Voici les douze raisons:

RAISON 1: Tu es la seule personne stable dans un environnement créé pour être instable.
C’est fou comment, sans pour autant le penser consciemment, on a toujours l’impression que notre nouvel environnement de travail a toujours été le statu quo de la place. Tu es embauché.  Tu apprends à connaitre tes collègues de travail.  Vous vous entendez bien.  Pour toi, ceci est l’univers stable où tu vas passer le reste de tes jours.  Puis, un collègue part occuper de plus hautes fonctions.  Arrive donc le petit nouveau, que tu perçois comme étant l’ovni de la place.  Et étrangement, tu n’es pas vraiment porté à développer d’affinités avec celui-là.  Mais bien vite, tu constates que, un à un, tes premiers collègues font places à de nouveaux.  Un an plus tard, il ne reste plus personne du temps où tu as été embauché.  Tu te sens encore comme le petit nouveau, mais c’est toi qui est l’ancien.  C’est toi, maintenant, l’ovni de la place, car… 

RAISON 2: Tu as de moins en moins d’affinités avec tes collègues.
Au début, le courant passe toujours avec les nouveaux.  Mais après cinq ans sur le marché du travail, le temps a assez passé pour que tu sois totalement décroché des modes, expressions et tendances actuelles que suivent les jeunes qui sortent de l’école.  Ils ont maintenant plus d’affinités entre eux qu’avec toi.  Ce qui fait que plus le temps passe, et plus c’est toi, le vieux con que l’on met de côté.

RAISON 3: Plus tu prends de l’ancienneté, plus ça engendre le mépris.
Normal: De quoi est-ce que ça a l’air, de passer sa vie au bas de l’échelle, à occuper le genre de poste qu’un étudiant occupe  -et quitte-  avant ses vingt ans?  On se fait donc coller l’étiquette de « Pas capable de trouver mieux que ça. »  On a beau se défendre en répliquant « Moi, au moins, je travaille! », cet argument confirme que ta position est tout juste au-dessus des chômeurs, des BS, des parasites et des sans-abris.  Autrement dit, au plus bas du marché du travail, ce qui porte les gens à te juger.  Et même quand ils sont positifs envers toi, c’est encore pire car…  

RAISON 4: Même les encouragements sont décourageants.
Il y a des gens pleins de bonnes intentions, qui vont justement te dire ça:  « Bah, au moins, tu travailles, hein!?  C’est l’important! »   Ils veulent juste t’encourager.  Malheureusement, en disant ça, ils expriment justement le fait qu’à leurs yeux, occuper un tel emploi, c’est quelque chose considéré comme étant décourageant.  C’est suffisant pour donner des complexes.  Et voilà pourquoi… 

RAISON 5: La clientèle fidèle te déprime.
Une cliente régulière a quinze ans, est à l’école secondaire, est célibataire, habite chez ses parents.  Tu as vingt ans, caissière, célibataire, habite seule dans un 3½.
Dix ans plus tard, cette même cliente régulière a vingt-cinq ans, est à l’université et habite un 3½ avec son chum. Tu as trente ans, caissière, célibataire, habite seule dans un 3½.
Encore dix ans plus tard, cette même cliente régulière a trente-cinq ans, est partenaire senior dans un important bureau d’avocats et habite sa propre maison avec son mari et ses deux enfants. Tu as quarante ans, caissière, célibataire, habite seule dans un 3½.
Par conséquent…

RAISON 6: Tu n’as pas l’impression d’évoluer.
C’est un constat qui peut être très déprimant.  Heureusement, ton salaire évolue, lui.  Car plus longtemps tu travailles au même endroit, plus tu accumules les augmentations.  C’est la loi.  Et c’est justement ça le problème suivant, car…

RAISON 7: Tu finis par coûter trop cher.
Admettons qu’une caissière de supermarché occupe ce poste pendant vingt ans.  En 1997, le salaire était $6.80. Tout dépendant de ton employeur, tu as droit à 50¢ d’augmentation à tous les 6 ou 12 mois.  Faisons donc la moyenne, et disons que notre caissière a eu droit à 75¢ annuellement.  Au bout de vingt ans, ça fait $15.00, qui se rajoute à son salaire initial de $6.80, pour un total de $21.80 de l’heure.  Ça représente plus du double du salaire minimum actuel qui est $10.75.  Ça en fait donc l’employée la mieux payée de la place, tout de suite après le gérant (possiblement même au-dessus du gérant), alors qu’elle occupe pourtant le poste le plus en bas de l’échelle.  Et à cause de ça…

RAISON 8: Ta simple présence dérange tout le monde.
Plus tu travailles longtemps à un endroit, plus il est difficile de garder le secret sur ton salaire.  Surtout s’il est aussi élevé pour un poste si bas.  C’est le genre de chose qui choque le gérant et/ou son comptable, qui en parle à un collègue, qui le répète à d’autres, et c’est ainsi que chaque nouvel employé apprends tôt ou tard que tu gagnes si cher pour faire si peu.  Dans le cas d’une caissière dans un marché d’alimentation, ça t’apportes le ressentiment du boulanger, du boucher, des emballeurs, des étalagistes, des concierges, et bien évidemment des autres caissières qui prennent mal que tu puisses gagner double salaire pour travail égal.  Par conséquent, tout le monde te déteste.  Incluant le gérant qui sait très bien que, pour ce qu’il te paye, il pourrait embaucher deux nouvelles, plus jeunes et plus jolies, qui feront aussi bien que toi après une ou deux semaines d’entrainement.   Ce qui n’aide pas ton cas, c’est que souvent, l’ancienneté te pousse à avoir des comportements qui dérangent.  Par exemple: …

RAISON 9: Tu développes une familiarité qui engendre de mauvaises habitudes.
Parfois, le fait d’occuper un poste depuis très longtemps, ça nous porte à agir comme si la place nous appartenait, et on se permet des gestes et des paroles qui ne sont pas appropriés.  Par exemple, l’été dernier, j’ai eu un contrat temporaire dans une clinique de physiothérapie où je remplaçais les concierges employés permanents pendant leurs semaines de vacances.  Durant mes cinq semaines à cet emploi, 80% du staff et des clients m’ont parlé contre l’un des concierges, qui occupait ce poste depuis dix-neuf ans.  Depuis le temps, non seulement connait-il tout le monde, docteurs autant que patients, il est celui qui a le plus d’ancienneté dans la bâtisse.  Aussi, il se permet de cinq à dix pauses-cigarettes par jour, ce qui représente entre une heure et une heure et demie à être payé sans travailler, il se mêle de toutes les conversations entre réceptionnistes, docteurs et patients, et il va même jusqu’à ouvrir le rideau pour entrer dans les isoloirs pour aller jaser avec les patients pendant leur séance de physio.  Totalement sans-gêne, le gars.  Voilà pourquoi, depuis le début de l’année, il avait reçu deux avertissements de la part de la direction, précisant qu’à la troisième offense, il serait renvoyé.   Bref…

RAISON 10: On cherche la première excuse valable pour te congédier.
Vous vous souvenez de cette caissière de Provigo qui a été congédiée pour avoir dit à un client qu’un fromage était en spécial au Wal Mart? Ça faisait dix-huit ans qu’elle occupait ce poste.  Il y a aussi celle-ci, qui a été congédiée du Mc Donald’s, après avoir payé de sa poche le repas de pompiers qui venaient de combattre un incendie. Mère de deux enfants, qui occupait deux emplois, elle n’avait pas le profil typique d’une caissière de McDo.

Il est vrai que c’est le genre de travail où, si on veut être accepté lorsque l’on n’entre pas dans les critères, il faut s’en démarquer de manière extrême.  Comme madame Go Gwek Eng qui, à 92 ans, est la plus vieille employée de Mc Donald’s au monde.  Juste pour ça, elle est assurée d’occuper cet emploi tout en étant respectée jusqu’à la fin de ses jours.

Ceci dit, quand je parle de première excuse valable pour se débarrasser de toi, j’ai un excellent exemple: Je ne sais pas si ça existe en Europe, mais ici au Québec, il y a des dépliants publicitaires gratuits qui sont accrochés aux boites à lettres, dans un sac en plastique.  Ça s’appelle un Publisac.  En général, ils traînent là, sans que personne ne les ouvre, et se retrouvent aux poubelles ou au recyclage lors du passage suivant du camion de ces derniers.  Bref, c’est plus dérangeant qu’utile.  C’est dire à quel point ça n’a aucune valeur aux yeux des gens.  La raison pourquoi j’en parle?  Parce que j’ai connu une femme dont la familiarité au travail la poussait à faire de plus en plus de commentaires chiants à ses collègues.  La direction a donc sauté à pieds joints sur la première excuse pour s’en débarrasser: Avoir volé un Publisac.  Sûr, c’est une excuse ridicule.  Mais techniquement, le Publisac n’avait pas été livré chez elle, donc techniquement il ne lui appartenait pas, donc techniquement c’était un vol, donc techniquement ça en faisait une excuse valable pour s’en débarrasser.

Et à la lumière de tout ceci, tu constates que… 

RAISON 11:  Plus grand est ton passé, plus angoissant est ton présent, car plus incertain est ton avenir.
Résumons la situation: Tu occupes un travail que n’importe qui pourrait faire, tu gagnes trop cher au goût de tous, tu n’as rien en commun avec tes collègues, tu es méprisé, mis de côté, tu déranges, et tu dois sans cesse marcher sur des oeufs car, pour toutes ces raisons, tu sais trop bien que l’on cherche la moindre excuse pour te congédier.  Tu vis donc dans une angoisse constante, dans un environnement à atmosphère négative.  Et il faut que tu l’endures.  Tu n’as pas le choix, car…

RAISON 12: Il te serait impossible de retrouver un tel emploi, et encore moins à tel salaire.
Trop vieux, payé trop cher, et n’a que ce travail-là à mettre dans son CV.  Quel employeur voudrait de ça?  Et bonne chance pour avoir du chômage si la raison du congédiement donnée par l’employeur tombe dans l’une des catégories qui n’y donnent pas droit.  Et même là, les chèques de chômage ne sont pas éternels.

Et même si, exceptionnellement, on arrive à garder notre poste en évitant tous ces problèmes avec nos collègues et patrons…  Vous en connaissez beaucoup, des commerces qui arrivent à exister pendant plus de vingt ans?  C’est sûr qu’il y en a.  Mais tôt ou tard, parmi ceux qui prennent la place des anciens à la présidence, il y en aura un qui n’aura pas le talent de son prédécesseur pour garder la compagnie prospère.  Ou pire encore: Oui, il l’a…  Mais le marché change, et le produit et service n’a plus sa place, et la compagnie finit par fermer.   

Et c’est ainsi que, pour avoir eu la fierté d’être une personne stable, on se peinture dans un coin, s’écrasant de plus en plus dans le mur du fond du cul-de-sac de notre emploi.  Jusqu’à ce que quelque chose cède: le mur, ou nous.

C’est bien beau d’avoir de vieilles valeurs, telles la stabilité en emploi.  Mais si ces valeurs sont qualifiées de vieilles, c’est généralement parce qu’elles n’ont plus leur place à notre époque moderne où, ce qui était hier décrié comme étant instabilité, est aujourd’hui louangé comme étant évolution

Se remettre en question n’est pas toujours la solution.

Comme dans la majorité de mes textes, les citations sont en rouge vin, le reste est noir.

_____

Été 1988. J’ai 20 ans. Je commence à être publié dans un magazine de musique-jeunesse nommé Wow! à raison d’une page de BD par mois. Je ne porte plus sur terre, je considère que mon talent exceptionnel va faire de moi un millionnaire avant mes 25 ans. En attendant, je ne manque aucune occasion de faire valoir mon talent et ma tête enflée.

Les villes de St-Hilaire, Beloeil, Otterburn Park et McMasterville sont toutes couvertes par le même journal : L’Oeil Régional qui parait une fois par semaine et est distribué gratuitement à toutes les portes.  En le feuilletant, j’y trouve une capsule annonçant un concours organisé par le Comité de Protection du Voisinage de Beloeil. 

Créer quelque chose qui sera officiellement utilisé dans la région?  Par la Ville de Beloeil?  Pendant des années?  En plus du boulot que j’ai déjà à Wow!?  Voilà qui ne peut qu’enrichir mon CV de manière à démontrer à quel point je suis talentueux et professionnel.  Je décide de participer.  

Je n’ai peut-être que vingt-ans-dans-trois-semaines-moins-deux-jours, je suis familier avec le concept du lieu commun.  Puisque les cambriolages et le vandalisme se font surtout la nuit, je devine que la plupart des participants vont leur suggérer un hibou comme mascotte.  Normal; cet animal est nocturne et possède une vision et une ouïe qui sont ultra-performantes.  Et son nom sera probablement un jeu de mots qui ressemble à hibou, dans le style de Hiédebou. (« Il est debout » avec accent québécois.) Bref, il s’agit d’un cliché, d’une réponse commune que vont donner les gens sans imagination.

Généralement, dans un concours ou bien un tirage, il y a une grande part de chance qui influence la victoire.  Dans ce cas-ci, si plusieurs personnes suggèrent un hibou, et que le comité n’a rien reçu de mieux comme concept, alors ils vont faire un tirage au sort entre ceux-là.  À partir de là, le gagnant ne sera pas celui qui aura pondu le meilleur concept, mais bien celui qui aura le plus de chance. Or, j’ai passé ma vie à entendre les gens dire que « La chance, c’est quelque chose que l’on se fait soi-même! »   Aussi, histoire de faire en sorte de mettre toutes les chances de mon côté, je cherche une idée qui va se démarquer par son originalité, tout en étant malgré tout étroitement liée au thème du concours et de l’organisme.  

Au bout d’une heure, je trouve le concept le plus songé et le plus pertinent qui soit : Un castor nommé Jéloeil.  Je prends une feuille blanche et je le dessine.

J’écris ensuite une lettre de présentation dans laquelle j’explique, en trois points, pourquoi mon concept est le meilleur :

  • Son nom est un jeu de mot. Non seulement c’est Beloeil avec un J à la place du B, ça ce prononce «J’ai l’oeil», ce qui signifie qu’il surveille, ce qui cadre très bien avec le programme du Comité de Protection du Voisinage de Beloeil. 
  • Comme les beloeillois, les castors habitent près d’un cours d’eau.  Dans ce cas-ci, la rivière Richelieu. 
  • Les castors comptent toujours au moins un surveillant dans leur communauté. À l’approche d’un danger, le castor martèle le sol de sa queue afin de donner l’alerte aux autres. Là encore, cette attitude correspond avec le programme du Comité de Protection du Voisinage.

Je me retiens très fort de faire un commentaire comme quoi ça pourrait être amusant de voir un résident de Beloeil donner l’alerte en martelant le sol de sa queue.  Je signe ma lettre, j’y joins le dessin, et je poste le tout à l’adresse fournie dans le journal.  Il ne me reste plus qu’à attendre patiemment des nouvelles de ce qui ne peut être que ma victoire.

Trois semaines plus tard, le téléphone sonne. Je réponds. C’est un membre du Comité de Protection du Voisinage de Beloeil, qui me dit:

« Monsieur Johnson?  Nous avons bien reçu votre soumission, et de toutes celles que nous avons eues, elle nous a semblé être la plus intéressante. »
« Euh… Vous voulez-tu dire que j’ai gagné ? C’est moi qui a gagné le concours de mascotte ? »
« Exactement ! Toutes mes félicitations. »

Et voilà!  Je le savais bien qu’aucun autre participant ne pouvait faire compétition contre un concept aussi génial que le mien.  Je manque peut-être de modestie, il reste que c’est ça quand même.

« Avec votre soumission, vous avez juste mis votre nom et votre numéro de téléphone.  J’aurais besoin de votre adresse.  C’est pour vous envoyer les documents officiels concernant votre victoire, ainsi que le contrat au sujet des droits pour le nom et l’image de la mascotte, sans oublier bien sûr votre prix d’une valeur de cinq-cent dollars. »

En 1988, le salaire minimum est de $4.75 de l’heure.  En argent d’aujourd’hui, où il est rendu à $10.75, ce premier prix équivaut à $1 131.58.  Ça vous donne une idée de ce que ça représente comme somme, lorsque l’on a vingt ans et que l’on vit gratuitement chez nos parents.

« WOW!  Je ne me souviens pas qu’il y avait mention de ça dans l’article de l’Oeil Régional. »
« Un oubli!  Ça arrive!  Alors, votre adresse? »
« Bien sûr ! C’est : 14 rue St-Charles, St-Hilaire, J3H 2Z8. »
« D’accord!  Euh… Un instant s’il vous plait, je dois vérifier quelque chose. »

Et il me met en attente.  J’en profite pour aller m’asseoir à ma table de travail.  J’ouvre le premier tiroir et j’en tire la découpure de journal annonçant le concours.  Je la relis, tout fier de moi.  Je rêvasse déjà sur ce que je vais faire de cet argent.   Les possibilités semblent infinies. Ça fait cinq ans que je rêve de me payer un vrai bon système de son pour remplacer le vieux meuble pick-up des années 60 qui prend tant de place dans ma chambre. Ou peut-être pourrais-je me payer des cours de conduite? Il y a justement un voisin qui vend son vieux bazou pour $300.00, il m’en resterait assez pour me payer mon permis de conduire.  Le monsieur du comité revient en ligne.

« Monsieur Johnson? »
« Oui ? »
« Bon, euh… Je suis allé vérifier, et c’est comme je le pensais…  Le concours s’adressait seulement aux résidents de Beloeil. »

Je sens comme un gouffre immense qui s’ouvre sous mes pieds. Je tente de m’accrocher à quelque chose.

« Mais… Mais c’était pas précisé dans l’Oeil Régional, ça. »
« C’est possible, mais je ne pourrais pas le dire. »
« Ben MOI je peux vous le dire, j’ai la découpure de l’article drette sous mes yeux en ce moment-même.  Ça dit que LA POPULATION est invitée à participer.   Nulle-part c’est précisé la population de quelle ville. »
« Un oubli!  Ça arrive!  Je suis désolé. »
« Mais… Mais vous l’avez dit vous-même, que c’est mon concept qui est le meilleur.  Vous ne voulez pas que votre comité soit représenté par le meilleur concept? »
« Ben, comprenez… Le prix est offert par la Ville de Beloeil pour un organisme censé protéger les résidents de Beloeil. On peut pas faire gagner quelqu’un qui n’habite pas à Beloeil. »

En désespoir de cause, je pense vite en cherchant quelqu’un dans mon entourage qui habite Beloeil.  Je songe aussitôt à Gina, la blonde de mon bon copain Carl.  Je propose donc à mon interlocuteur le premier truc qui me passe en tête.

« Écoutez! Si c’est ça le problème, j’ai une solution: J’ai une amie, Gina Desbiens, qui habite Beloeil.  Je peux m’arranger avec elle pour faire passer que c’est son concept, comme ça je… »
« Gina Desbiens?  Vous parlez de la fille de Jacques Desbiens? »
« Euh, oui!  Vous la connaissez? »
« C’est la fille de mon boss!  Jacques Desbiens, c’est le président du Comité de Protection du Voisinage de Beloeil. »   

La mâchoire m’en tombe. Je savais déjà que le père de Gina travaillait pour la Ville de Beloeil.  N’empêche, quelle coïncidence extraordinaire, pour ne pas dire extraordinairement chiante, qu’il dirige justement le comité qui organise ce concours.  Et comme dans tous les concours, la Loi interdit aux employés  de ceux qui l’organisent, ainsi que les membres de leurs familles, d’y participer.  Alors la fille du président du comité, pensez-donc.  

Me voilà donc à court d’options.  Impossible pour moi de rattraper le coup.  Le monsieur me salue et raccroche. Après m’être fait miroiter gloire et richesse, je n’aurai pas de mascotte à mon nom, rien à ajouter à mon CV.  Quant au chèque de $500.00, il m’est passé sous le nez tellement vite que je n’ai même pas eu le temps de le voir, encore moins de le toucher.

Je songe un instant à avoir recours aux services d’un avocat.  Techniquement, puisqu’il n’était fait mention nulle-part que le concours était fermé pour les non-résidents de Beloeil, ils n’avaient aucune raison légale de revenir sur leur décision et me refuser mon prix.  Aussi, il y a de grandes chances que la Cour les force à se rétracter, afin qu’ils me redonnent la victoire et les prix qui me reviennent de droit.  

Mais voilà, est-ce que je veux me brouiller avec mes amis?  Parce que ça m’étonnerait que Carl, Gina et le reste de la gang approuvent que je poursuive en Justice le père de Gina.  Et puisque, pour se défendre, le père de Gina va évoquer que la faute est à l’Oeil Régional pour avoir négligé de préciser cette information, alors les dirigeants de ce journal vont évidemment être contacté.  Ils vont certainement prendre en ombrage le fait que, à cause de moi, ils passent comme étant responsables de cette poursuite.  Je vais donc me mettre ce journal à dos.  Ils ne manqueront certainement pas d’en parler dans leurs pages en me donnant le mauvais rôle.  Est-ce que je veux vraiment prendre le risque qu’ils gâchent ma réputation dans ma propre ville ainsi que dans toutes les villes de la région?  Que je gagne ou que je perds, ce sont eux qui en contrôleront l’information.  Alors aux yeux du public, je resterai un loser.  

Et surtout:  Pour qu’un juge me donne raison, encore faut-il que je puisse prouver que je suis bien le gagnant original.  Elle est où, ma preuve?  Ce n’est pas comme si j’avais enregistré la conversation téléphonique.  S’ils nient, ça finit là, j’ai zéro recours.

Et puis d’abord, où est-ce que je vais le prendre, l’argent pour me le payer, l’avocat?  Il va certainement me coûter les $500.00 que je cherche à récupérer, sinon plus.  Bon, si je gagne, je suppose que la partie perdante va payer mes frais de cour.  Mais sans preuve, comment puis-je gagner?

Là encore, me voilà à court d’options.  Là encore, impossible pour moi de rattraper le coup.  Aussi injuste que soit la situation, je n’ai pas le choix.  Je suis obligé de l’accepter et de fermer ma gueule.

Un mois et demi plus tard, en lisant l’Oeil Régional, j’y vois un article au sujet du Comité de Protection du Voisinage de la Ville de Beloeil.   Le gagnant du concours, un résident de Beloeil, y pose fièrement auprès d’un poster de sa mascotte… Un hibou nommé Yvoitou.

Hum!?  Aucune mention d’un chèque de $500.00?  Et c’est quoi, ce premier prix sous forme d’un système d’alarme?  Je réalise que ça voudrait dire qu’il n’avait jamais été question d’un prix en argent.  Lorsque le monsieur m’a dit que j’avais remporté le premier prix d’une valeur de $500.00, il voulait dire que le système d’alarme coûtait $500.00.  Raison de plus de ne pas insister pour faire valoir mes droits.  N’empêche, c’est chiant quand même. 

Le lendemain, un lundi, tel qu’annoncé dans cet article, je reçois une lettre me disant que pour ma participation au concours, je me suis mérité un T-Shirt Yvoitou, ainsi qu’une promenade dans les rues de Beloeil en tant que passager dans une auto de police. (Faut pas s’étonner de ce prix de rednecks.  C’était Beloeil dans les années 80.)  Je ne pense pas surprendre grand’ monde en disant que je ne suis jamais allé réclamer mes prix.  C’est déjà bien assez frustrant de m’être fait enlever ma victoire, je ne vais certainement pas m’humilier davantage en arborant ce T-shirt qui ne serait pour moi que le symbole de mon loserisme.

J’ai mis vingt ans à tirer une leçon profitable de cette mésaventure.  Et cette leçon,  je la disais déjà en 2010 dans mon billet Les Trois Raisons Possibles de l’Échec:

Désolé pour tous les bien-pensants qui nous font la morale avec leur réponse universelle comme quoi tout est de notre responsabilité.  Mais non, les échecs ne s’expliquent pas tous par une seule et unique raison. La réalité, c’est que l’échec peut être dû à une, deux ou bien les trois raisons suivantes.

  • Ta propre faute: Un abandon, de mauvaise décisions, de la négligence, une gaffe, créer des tensions, avoir choisi un projet irréaliste ou hors de sa portée, etc. Consciemment ou non, beaucoup de gens se sabotent eux-mêmes.
  • La faute des autres: Il est très rare que l’on n’ait à compter sur personne d’autre que nous-mêmes pour réussir. Et quand celui qui a le pouvoir d’en faire une réussite ou un échec décide que ce sera un échec, alors rien à faire, ce sera un échec. Et ça, c’est sans compter ceux qui vont délibérément te saboter.
  • Le hasard. Il arrive que des hasards malheureux et imprévus se produisent et ont comme conséquence de saboter ton projet. Une panne. Un problème de santé. Un accident. Ce sont des choses qui arrivent sans que rien ni personne ne puissent les prévenir, les contrôler ou les contourner.

Parce que quand on commence à croire que tout ce qui nous arrive, sans aucune exception, est toujours de notre faute, on finit par perdre contact avec la réalité.

Lorsque c’est le hasard qui te sabote, comme ce fut le cas avec mon concours de mascotte, ça ne sert à rien d’essayer de se remettre en question.  J’avais tout ce qu’il fallait pour gagner.  La preuve, j’avais gagné.  Le fait que je n’habitais pas la bonne ville, et le fait que ma seule amie de Beloeil était la fille de l’organisateur du concours, ça n’avait rien à voir avec mes faits, gestes, talents, décisions ou autre.  C’était juste le hasard.  Ce qui démontre que ceux qui affirment que « La chance, c’est quelque chose que l’on se fait soi-même! » ne savent pas, et n’ont jamais su, de quoi ils parlent.

La seule leçon que l’on puisse tirer d’un fait du hasard, c’est qu’il n’y a aucune leçon à tirer d’un fait du hasard.  

6 raisons pourquoi je ne suis pas nostalgique de mes 18 ans.

Cette année, le 21 juillet, j’aurai quarante-huit ans.  Puisque c’est à dix-huit ans que l’on devient légalement adulte, je fêterai cette année le trentième anniversaire de ma majorité.

En général, lorsque l’on est adolescent, on a très hâte d’arriver à dix-huit ans pour être enfin un homme et avoir droit à tout ce qui nous était interdit jusque-là, soit la liberté, l’argent, le respect, et tout ce qui est relié au sexe, sans que l’on puisse nous réprimander.  L’anecdote que je vous offre aujourd’hui raconte la façon dont j’ai passé cette journée.  C’est une fidèle reproduction d’un texte que j’ai écrit dans un cahier Canada le jour suivant, puisque j’ai toujours eu comme habitude d’écrire ce qui m’arrivait.  Le texte original est rouge vin italique, mes commentaires sont en texte noir normal. C’est parti:

22 JUILLET 1986

Hier comme cadeau de fête, je me suis offert une sortie à l’Expo Agricole de St-Hyacinthe. Pour l’occasion, une grande partie du terrain du centre culturel est transformée en parc d’attraction genre La Ronde, en plus cheap côté manèges et en plus cher côté prix d’entrée. Je suis seul car Carl et le reste de mes amis sont trop snobs pour s’abaisser à une sortie aussi quétaine, comme il dit.

Il fait chaud. Le soleil tape fort. J’ai soif. J’ai envie d’aller me prendre un coke à 2$ (le double du prix hors-expo), mais mon attention est attirée par un stand en forme de citron géant où il est écrit: « Limonade à l’ancienne: $4.00 » ($4.00, c’était également le salaire minimum de l’heure à ce moment-là, ce qui vous donne une idée du prix aujourd’hui.) C’est cher, mais à force d’entendre dire que les choses étaient tellement mieux faites dans l’ancien temps, on finit par y croire. Je me dis donc que cette limonade vaut probablement un tel prix.

Je me rend au stand, et demande une limonade à la madame.  La madame prend un citron, le coupe en 2, dépose une moitié de ce citron dans un gros verre en carton, y met une cuillerée de sucre, remplis le reste du verre à ras bord de glace, puis remplis le peu d’espace vide qui reste avec de l’eau. Elle y sacre une paille et me tend le tout en réclamant mon argent.  J’étais atterré par la cheap-esse de la chose.  Comme je me l’imaginais, ça ne m’a pas pris plus que 4 gorgées pour le finir. Et peu importe la température, plus tu as soif, moins les glaçons fondent vite. J’abandonnais mon verre glace/citron dans la première poubelle, une poubelle remplie à déborder de verres de limonade à l’ancienne achetés par d’autres qui se sont faits avoir avant moi. Je me sens humilié de ne pas avoir remarqué ce détail plus tôt. Si j’avais été plus attentif, j’aurais compris l’arnaque et je n’y aurais pas laissé mon cash. Je me jure que désormais, lorsque j’aurai vraiment soif, je vais m’en tenir aux choses que je connais. (Une leçon que je pratique encore aujourd’hui, incluant avec la nourriture.)

Tout en déambulant entre les allées, mon oeil est attiré par un manège nommé Le Zipper. J’sais pas trop comment le décrire… L’important c’est de savoir que chaque cabine est une sorte de siège-cage dans lequel on se fait enfermer deux par deux.

Je regarde la courte file d’attente. Il y a un groupe de 4 gars, suivi d’un groupe de 3 filles. Je vois bien qu’ils ne se connaissent pas car les gars parlent ensemble, les filles parlent ensemble, et il y a une distance entre les deux groupes. J’ai soudain une idée géniale. Je cours me mettre en file derrière elles, en me disant que puisqu’il faut embarquer deux par deux, il y en a forcément une des trois qui sera avec moi. Je suis arrivé juste à temps d’ailleurs, une dizaine de personnes arrivent derrière moi et attendent leur tour.

Puis arrive le moment tant attendu: Le manège s’arrête et l’employé de l’expo en fait descendre les gens pour les remplacer par ceux de la file d’attente.

À ce moment là, surgi de nulle part, arrive un ti-cul de 10-11 ans qui court vers moi. Il s’arrête et me demande:

– T’es-tu tout seul ?

Fuck ! Qu’est-ce que vous vouliez que je réponde à ça ? Je ne pouvais tout de même pas répondre « Non, je suis avec elles ! », je ne voulais pas prendre le risque que ces filles se retournent vers moi et me démentent ou pire encore: Qu’elles rajoutent: « Toi ? avec nu-z’autres ? Ah ouache! Ça va pas? » C’est que les filles entre 15 et 20 ans peuvent être très cruelles, vous savez. J’ai donc pas le choix de lui dire que oui, chus tout seul. Il me dit:

– Cool! J’monte avec toi!

Tabarnak! Un si bon plan, si génial, si parfait, que j’ai réussi à monter en quelques secondes, démoli par ce jeune crétin qui voulait juste s’éviter de faire la file. Je vois les 2 premières filles monter ensemble, la 3e monter seule, et je me suis retrouvé enfermé dans la cage avec ce p’tit casseux d’party. Pour la première fois de ma vie, j’avais hâte de débarquer d’un manège avant même d’avoir embarqué dedans.

Et on se retrouve à monter, à tournoyer, à tourbillonner durant quelques minutes. Et puis, ça s’arrête tandis que nous sommes tout en haut. On s’imagine qu’en bas l’employé est en train de changer les clients. J’ai très hâte que ce soit mon tour, parce que cette petite merde assise a mes côtés n’arrête pas de me parler. Et malgré le fait que je ne lui répond qu’à peine, il me parle comme si nous étions en grande conversation.

Les minutes s’étirent et on ne bouge toujours pas. Nous sommes mal situé pour voir ce qui se passe en bas, mais j’entend ce que dis l’un des occupants d’une nacelle voisine, qui eux peuvent voir tout:

– Oops… Quelqu’un a été malade, en bas. Va faloir attendre qu’ils nettoyent !

FUCK!!! On a été pogné en haut comme ça pendant vingt minutes. Et tout ce temps là, je n’avais qu’une envie et c’était d’étrangler le sale trouble-fête à mes côtés. S’il n’était pas venu me gâcher mon plan, c’est avec une jolie fille que j’aurais été enfermé ici, 25-30 minutes en tout.

Le pire là dedans, c’est qu’après avoir débarqué, le p’tit sacrament avait décidé de me coller au cul. Il m’a demandé quel manège ON allait faire ensuite. Je n’avais certainement pas envie de passer la journée en compagnie d’un enfant, et encore moins de ce p’tit crisse qui m’a cassé mes plans de drague. J’ai essayé de m’en débarrasser en allant aux toilettes et de m’enfuir lorsqu’il entrerait dans un cabinet, mais rien à faire. Il n’est pas entré, il m’a juste attendu devant la seule porte d’entrée.

Histoire de m’en débarrasser, j’ai voulu lui faire accroire que je m’en allais. Je n’ai pas eu d’autre choix que de le faire pour de vrai, car il m’a raccompagné jusqu’à la sortie.

Ma sortie snobbée par mes chums, mon argent arnaqué, ma soif non-épanchée, mon plan de drague ruiné, ma paix troublée, mon séjour écourté… Joyeux dix-huitiemme anniversaire, kâlisse!

FIN

À l’époque, mon but en écrivant ce texte était de démontrer à quel point j’ai été malchanceux ce jour-là.  Mais en le relisant aujourd’hui, je vois bien que ce n’était pas la malchance, mon problème.  J’avais beau être devenu légalement un homme, dans les faits j’étais loin d’en être un.  C’était ça, mon vrai problème.  Un manque de couilles total!  Et c’est à cause de ça, que…

RAISON 1)  J’étais infidèle par frustration, et fidèle par désespoir.  
Car oui, je me suis bien gardé de l’écrire dans mon texte original, mais ça faisait trois mois que je sortais avec Julie, âgée de quinze ans, habitant chez ses parents à Saint-Hyacinthe, d’où ma présence en cette ville ce jour-là. J’avais planifié que l’on se voit et que l’on passe la journée à l’expo agricole ensemble.  Mais voilà, deux obstacle se dressaient entre mes plans et moi.  Le premier: Julie travaillait à temps plein chez un opticien aux Galeries Saint-Hyacinthe.  Elle ne peut donc pas faire cette sortie avec moi le jour.  Quant au soir, impossible également.  Le temps qu’elle finisse de travailler, se rendre chez elle, soupe en famille et finisse d’aider à la vaisselle, il sera déjà 19:00. Et là se dresse le second obstacle: Ses parents.  Ceux-ci n’ont aucune confiance de laisser leur fille de quinze ans avec un gars de dix-sept ans, maintenant dis-huit, seuls, le soir, à l’extérieur.  Tous mes amis avaient le droit d’avoir une blonde qu’ils peuvent voir quand ils veulent, de faire ce qu’ils veulent.  Mais moi? Non! Interdit! 

Et ce qui ajoutait à ma frustration, c’est qu’avant Julie, j’ai eu une relation d’un an avec une fille de Montréal-Nord dans lequel j’étais sexuellement actif, et ce dès la première semaine.  Julie, par contre, n’avait pas l’air de vouloir amener la relation à l’étape sexuelle.  Et en effet, lorsqu’elle cassera avec moi, ce sera au bout d’un an et demi d’une relation platonique.  Et voilà ce qui me frustrait: Ne pas avoir le droit de faire des activités normales, et même d’avoir une une relation normale. Mettre de la pression sur l’autre pour la forcer à avoir du sexe, ça n’a jamais été dans ma nature.  Alors de telles conditions, on peut comprendre pourquoi je cherchais mieux ailleurs.  On peut désapprouver, mais au moins on peut comprendre. 

Aussi, à l’époque, je n’avais pas ce qu’il faut pour que la majorité des employeurs veulent de moi.  Alors ou bien on ne m’embauchait pas, ou alors on me casait dans des horaires de merde, de soir, de nuit, majoritairement seul, avec des jours de congés qui ne tombaient jamais les fins de semaines.  Comme cet été-là, où je travaille à laver de la vaisselle le soir, cinq jours semaine, avec congé lundi et mardi, soirs où personne avec horaire de travail normal n’a envie de sortir.  Mon horaire ne correspondant pas avec ceux de ma blonde ni de mes amis, ça mettait obstacle à ma vie sociale.  

Et voilà ce que je veux dire par infidèle par frustration, fidèle par désespoir: Infidèle par frustration, parce que tout le long où j’étais avec elle, je cherchais mieux.  Et fidèle par désespoir, parce que si j’ai continué de sortir avec elle tout ce temps, c’est parce que j’étais incapable de trouver mieux.  Et c’est un comportement que j’avais aussi avec mon employeur.

Ce qui a changé: Avec les années, en devenant plus vaillant et plus athlétique, j’ai commencé à être intéressant, autant pour les employeurs que pour les filles.  Alors depuis que j’ai vingt-sept ans, il arrive que l’un ou l’autre s’offre sans que j’aille à le demander.  Et dans les deux cas, je ne suis plus désespéré au point de rester dans une relation de travail ou de couple si celle-ci ne me convient pas, puisque je suis maintenant capable de trouver mieux.  

RAISON 2)  J’étais un Fedora-Neckbeard.
Bon, je ne portais pas la barbe en collier. N’empêche que j’étais un loser, et que  j’en portais fièrement l’uniforme officiel. Il est vrai que la nature ne m’a pas gâté.  Je suis frêle, peu attrayant, rien pour attirer les regards admiratifs. J’aurais pu faire des efforts; aller au gym, faire du sport, avoir un travail physique afin de me renforcer.  Mais non; j’essayais plutôt de camoufler mon physique non-remarquable sous des vêtements qui l’étaient.  J‘essayais de compenser par mon look, en cherchant à montrer que j’avais de la classe, moi! 

Habillé de la sorte un 21 juillet, j’avais chaud.  J’endurais parce que j’étais convaincu que j’avais une classe folle.  Et soyons franc, en 1986, oui, ce look faisait à la fois artiste et classe.  Mais il l’aurait fait dans une soirée de gala en automne.  Par contre, de jour, à l’extérieur, par un bel après-midi chaud et ensoleillé du milieu de l’été, à l’expo agricole de Saint-Hyacinthe, j’avais l’air d’un clown.  Pas surprenant que la seule personne qui s’est trouvée attirée par mon allure, c’était un enfant. 

Ce qui a changé: C’est à l’automne de l’année suivante, en 1987, à dix-neuf ans, lors de ma rupture avec Julie, toujours ma blonde et toujours platonique, quelle me fera comprendre que mon look était ridicule, en plus de me révéler ce que les gens pensaient de moi dès qu’ils me voyaient. Je considère que j’ai eu de la chance de l’avoir appris à ce moment-là, donc assez tôt pour que ça ne puisse avoir le temps de ruiner ma vie davantage. J’ai alors commencé à m’habiller de façon plus masculine, et surtout plus normale. 

RAISON 3: J’étais désespéré.
À cette époque et jusqu’à mes 25 ans, mon ambition première était d’être en couple. N’importe qui, pourvu que ce soit une fille. Et puisque j’étais timide, je saisissais chaque opportunité dans laquelle il y en ait une qui n’ait pas le choix de me parler, faisant ainsi les premiers pas. Tel que je l’ai déjà mentionné dans mon roman autobio Surveiller Nathalie, voici ce qu’était ma mentalité à ce sujet:   « Oui, j’ai de la misère à me trouver une blonde.  Oui, je m’essaye après toutes les filles célibataires que je peux trouver.  Et à cause de ça, on pense que je suis un fou des filles, un maniaque de la conquête, un obsédé sexuel.  Mais dans les faits, tout ce que je cherche vraiment, c’est avoir une relation amoureuse et sexuelle normale, sérieuse, saine et monogame. Je ne veux pas toutes les filles.  J’en veux une!  Je cherche la bonne, celle avec qui je serai compatible sur tous les points.  Sauf que, si je veux la trouver un jour, je n’ai pas le choix d’être constamment en chasse aux filles célibataires, au cas où l’une d’elle soit celle-là. »   C’est bien plus tard que j’ai réalisé que courir après toutes les filles en étant célibataire, et rechercher mieux lorsque j’étais en couple, c’était exactement l’attitude d’un gars désespéré.

Ce qui a changé: Mon physique. Je suis allé au gym, j’ai fait du sport, j’ai choisi du travail physique afin de me renforcer. Je sais bien que le message que je passe en disant ceci n’est pas politically correct en cette époque où le body shaming est tabou. N’empêche que c’est un fait: En développant mes muscles et en prenant juste assez de gras pour transformer mon visage de laideron squelettique en quelque chose que les filles sont capables de regarder sans avoir de nausées, je suis devenu attrayant. 

Et à partir du moment où je suis devenu attrayant, j’ai commencé à attirer beaucoup plus d’amoureuses potentielles, et ainsi je n’avais plus besoin de désespérément m’accrocher à toute fille célibataire qui passait.

RAISON 4:  J’étais un nice guy, donc un passif.
Comme la majorité des soi-disant bons gars, je considérais que ne rien faire du tout, c’était la meilleure façon de ne rien faire de reprochable. Les filles se plaignent souvent de s’être fait approcher et/ou draguer par des inconnus.  Aussi, histoire d’éviter de mal paraître, le nice guy ne draguera jamais.  Oh, il veut séduire, mais sans prendre le risque de faire les premiers pas. Il a tellement peur du rejet qu’au lieu d’approcher les filles en tant qu’amoureux potentiel, il espère que les circonstances vont les rapprocher. Voilà pourquoi je me suis précipité dans la queue en voyant qu’il y avait un nombre impair de filles qui attendaient leur tour. Quand on est verrouillés dans une cage métallique et isolés à plusieurs mètres d’altitude, quoi de plus normal d’échanger quelques mots avec la personne qui partage notre nacelle?  Je pourrais donc lui parler sans qu’elle pense que c’est pour la draguer.  Ça me laisserait le temps de me montrer intéressant, d’abord via mon look démontrant que j’avais de la classe, et ensuite en lui démontrant mon intelligence par mes paroles.  Il ne me resterait plus qu’à espérer qu’elle m’invite ensuite à les accompagner.

Ce qui a changé: D’abord, tel qu’expliqué au point précédent, j’ai commencé à plaire vers 1995.  Donc, je savais que je pouvais aisément me mettre en couple si je voulais.  Donc, être rejeté n’était plus pour moi un signe que je passerais ma vie célibataire.  Donc, j’ai cessé d’avoir peur du rejet.  Donc, j’ai commencé à choisir celles qui me convenaient le mieux. Et donc, je me suis permis de leur exprimer mon intérêt pour elles.  Ma relation à long terme actuelle, ainsi que la précédente qui a duré 12½ ans, c’est moi qui les ai draguées.  Le simple fait que ce furent mes plus sérieuses relations démontre qu’en effet, choisir activement vaut bien mieux que se laisser choisir passivement.

RAISON 5: J’étais une victime volontaire.
J’ai préféré écourter ma journée et ainsi la laisser se gâcher, plutôt que de dire à ce petit garçon d’arrêter de me suivre. 

Ce qui a changé: J’ai cessé d’être un lâche. Car en effet:

RAISON 6:  J’étais un lâche.
Sérieux, là! Je venais d’avoir 18 ans, et j’ai fui devant un enfant de 10 ou 11 ans, comme une jeune fille qui fuit devant un potentiel agresseur sexuel.

Ce qui a changé:  Ça a pris du temps, mais j’ai fini par apprendre à m’affirmer. Depuis l’âge de 30 ans, je n’ai aucun scrupule à exprimer mon désaccord si une situation me dérange.  Bon, j’avoue que j’ai eu une période dans laquelle j’ai perdu le contrôle de mon franc-parler, et que certaines personnes que j’ai humiliées de cette façon sont devenues de rancuniers ennemis.  Ça m’a pris un autre 10 ans afin d’apprendre à faire la différence entre un désaccord contre lequel il est important de protester, et un que l’on peut très bien laisser passer.

N’empêche que si aujourd’hui je verrais par sa préparation à quel point un verre de limonade est cheap, je n’hésiterais pas à annuler ma commande et épargner $10.75. (Le salaire minimum au moment où j’écrit cet article.) Et si un inconnu venait me demander si je suis seul dans un file d’attente, je lui pointerais la fin de la file en répondant calmement mais fermement: « Tu ne m’utiliseras pas pour passer avant tout l’monde. »

Beaucoup d’hommes prennent de l’âge en regrettant leurs 18 ans.  Je ne serai jamais de ceux-là.  Car comme je le fais depuis plus de vingt-cinq ans, je continue à travailler sur moi-même, aussi bien de corps et d’esprit, pour toujours évoluer positivement en améliorant ce que je suis.

Parce que notre passé ne devrait jamais être meilleur que notre présent, et encore moins notre avenir.

Opportunité d’insulter, ou opportunité d’affaires.

Il y a quelques jours, j’ai reçu sur Facebook la proposition suivante:

Cette proposition me rappelait de bien mauvais souvenirs, comme le démontre cet extrait de mon billet Les 12 malédictions de l’Halloween, alors que j’étais le sujet d’un reportage.

L’émission est tournée dans un bar sur St-Denis. En attendant que tout soit prêt, je jase avec quelques personnes présentes. C’est là que j’en apprends une bonne: À cause de la loi qui interdit de filmer les gens sans leur accord, tous les clients du bar sont des figurants fournis par une agence de casting. Et non seulement ils mangent et boivent gratos, ils sont payés pour être là. Alors entre les figurants payés à ne rien foutre, et l’équipe de Canal D qui sont évidemment tous salariés, je suis le seul à recevoir zéro dollar et zéro sou pour ma participation, malgré le fait que sans moi il n’y aurait pas de reportage, donc aucune raison pour eux d’être ici, et encore moins d’être payés.

Je pense inutile de préciser que je ne voulais pas revivre cette injuste situation.

L’an dernier, j’ai écrit un billet intitulé Être artiste professionnel, sauf en attitude.  Dans celui-ci, je raconte qu’il n’est pas rare que l’on se fasse proposer de travailler gratuitement, ce qui est d’autant plus désagréable, quand on sait que le fruit de notre travail est destiné à amener des revenus à notre employeur potentiel.  Je déplorais également que la première option qui vient en tête à beaucoup de mes collègues, c’est de répondre avec sarcasme, mépris, insulte, pour conclure avec un refus catégorique. 

Surtout que beaucoup d’entre eux mettent ensuite en ligne une reproduction de la discussion, histoire de bien salir publiquement la réputation de l’employeur potentiel.  Aussi, j’avais conclu ce billet en disant ceci:  

Mais quand on est un artiste qui vit d’accumulations de ce genre de petits contrats, on ne peut pas se permettre d’agir de façon à se fermer des portes.  Si, comme lui, le Huffington Post m’avait proposé de reproduire un de mes billets de blog, je leur aurais envoyé mes tarifs. Comme ça, plus tard, s’ils avaient vraiment voulu de mes textes, ils m’auraient recontactés pour négocier une entente de paiement.  Pareil pour le restaurateur qui se cherche un photographe.   Normal, puisqu’à leurs yeux je serais « celui qui accepte sous certaines conditions » et non pas « celui qui lui a dit NON, qui l’a insulté et qui tente de l’humilier publiquement en salissant sa réputation. »

Pratiquant ce que je prêche, voici quelle fut ma réponse à Urbania :

C’est normal d’être à l’affût de toute arnaque et de se méfier au début.  Cependant, on ne peut pas mettre tout le monde dans le même panier.  La personne d’Urbania qui m’a fait cette proposition ne me connait pas.  Elle m’a donc proposée une entrevue, comme si j’étais un citoyen non-auteur.  Elle ne sait pas que je suis capable d’écrire moi-même ce texte.  Elle n’a aucune idée que je charge pour mes textes, mes dessins, mes photos.  Comment aurait-elle pu le savoir avant que je lui dise?  

Ils m’ont fait une proposition.  Je leur ai fait une contre-proposition.  L’Échange fut professionnel et courtois.  Après trente minutes, voici quelle fut leur réponse:

Et voilà!  Plutôt que d’accepter la première proposition pour ensuite chialer que tout le monde a été payé sauf moi alors que sans moi il n’y aurait pas eu d’article, plutôt que de les insulter et m’assurer de me fermer des portes, j’ai transformé cette proposition inacceptable en opportunité d’être publié, d’être payé, et de me faire un bon nom dans le milieu.

Dans le milieu du journalisme, je parle.  Parce que dans le milieu de la conciergerie, je ne suis pas sûr si ça aura le même effet, avec le gif animé qu’ils ont choisi pour me représenter:

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Y’A LIENS LÀ:

Urbania.ca
Mon article sur Urbania.  Puisqu’il s’agit d’un article sponsorisé, le défi était de terminer mon texte de façon à le mettre en rapport avec une publicité pour un site de recherche de logements.  Je pense m’en être bien tiré.

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Ingrid; Cinq jours parmi les loups.

J’ai beau être un gars, je ne comprendrai jamais comment certain d’entre nous sont capables de ressentir un coup de foudre pour une fille juste en la regardant pour la première fois.  Jamais ne me suis-je dit « Woah! Qu’elle est belle! » en croisant une passante.  Jamais ne me suis-je retourné sur son sillage pour l’admirer.  Bref, jamais n’ai-je ressenti de crush pour une inconnue.  

J’ai beau être un homme hétéro, la beauté féminine n’a jamais eu ce genre d’emprise sur moi. Par conséquent, les inconnues m’ont toujours laissé indifférent.  C’est ce qui m’a permis d’observer, non sans un certain sentiment d’aberration, l’anecdote qui va suivre.  Elle se passe à l’époque où je travaillais au centre d’appel d’une compagnie que je suis probablement mieux de ne pas nommer, histoire que leur réputation ne se fasse pas entacher par le comportement des employés que je vais décrire.

Nous sommes une vingtaine de techniciens dans le bureau où je travaille.  Tous sont propres et bien mis, chemise, cravate, coiffure soignée.  Ils sont programmeurs, analystes, répartiteurs, et démontrent en général avoir du sérieux et une certaine classe.  Parmi nous, il n’y a que trois femmes. Elles sont jeunes, jolies, charmantes. Deux d’entre elles sont célibataires, mais aucune des trois n’a jamais subi le moindre harcèlement à notre bureau.  Ceci est mon premier travail, disons, haut de gamme, si on le compare à mes anciens emplois de pâtisserie au Dunkin Donuts ou dans la plonge de resto.  Aussi, à voir combien ces hommes-ci sont bien éduqués, il me semble normal qu’ils sachent se tenir.

Du moins, c’était le cas, jusqu’à cette étrange semaine-là.

LUNDI.
Je suis à ma table de travail, à entrer des données dans l’ordinateur.  Arrive notre patronne avec une nouvelle employée.  Appelons-là Ingrid.  Mon regard se pose machinalement dessus, avant de retourner sur mon travail.  La patronne lui fait faire le tour du bureau, lui expliquant chaque fonction de chaque section, la présentant à chaque chef de département.  Je remarque tout à coup que le volume ambiant des voix diminue rapidement alors qu’une bonne partie de celles-ci se taisent.  Je lève les yeux et constate que plusieurs de nos collègues regardent silencieusement dans la direction de la patronne et de la nouvelle venue.  Histoire de comprendre leur réaction, je l’observe plus attentivement.

Ingrid doit bien être dans le début de la vingtaine.  Elle est grande, mince, blonde, a de courts cheveux bouclés coiffés à la perfection, retenus de chaque côtés de son visage par des barrettes.  Elle se déplace avec la délicatesse du chat.  Elle a une expression au visage qui, aujourd’hui, me fait penser à Bella de la série Twilight, avec la bouche et les yeux mi-clos en permanence.  Elle porte une chemise blanche à manches courtes qui, comme le veut la mode à ce moment-là, s’arrête entre les seins et le nombril, lui dénudant le ventre et la taille.  Elle porte un jeans impeccable et bien ajusté de taille basse.  Ce qui fait que, lorsqu’elle nous tourne le dos, on peut voir le tatouage de papillon entouré de deux roses sur sa chute de reins, chose que l’on n’appelait pas encore un tramp stamp à l’époque.  Et bien que maquillée sobrement, il reste que son visage est couvert d’une base qui en cache la moindre imperfection, si elle en a.  Bref, elle a le physique et le look de ces jeunes femmes que l’on retrouve dans les magazines, dans les films, à la télé.  Le genre que l’on ne croise presque jamais au quotidien, et qu’on s’attend encore moins à voir comme téléphoniste en centre d’appel.

« Coudonc!  Y’ont jamais rien vu! », me dis-je en roulant des yeux, en remettant mon attention à mon travail.  Elle est belle, d’accord!  Mais je ne vois pas en quoi ça mérite la paralysie spontanée de la moitié de nos effectifs.

Quelques minutes plus tard, après avoir fait le tour, la patronne et Ingrid quittent la pièce.  Vincent, programmeur-analyste dans le début de la trentaine, toujours le regard fixé vers la porte où Ingrid a disparu depuis quelques secondes, fait une confidence à mon voisin de bureau :

« Hostie que j’la mettrais dans l’cul, elle! »

Je suis sous le choc.  Jamais je n’aurais imaginé qu’un gars qui s’est toujours montré classy à la limite du snob puisse dire pareille énormité.

MARDI.
Ingrid commence son travail.  Aujourd’hui et les jours qui vont suivre, elle est habillée plus sobrement, comme il sied à une employée de bureau.  N’empêche que son tatouage est resté dans la mémoire et l’imaginaire de nos collègues masculins.  Dans le cours de la journée, j’entendrai trois différents gars en parler.  Et deux d’entre eux ne se gênent pas pour dire qu’ils aimeraient bien le revoir, ce tatoo, mais dans un contexte bien plus intime.  Genre, en levrette.

Dans l’avant-midi, c’est la patronne qui se charge de la formation d’Ingrid.  Et au retour de la pause de midi, elle en sait assez pour travailler seule.  Elle n’en a cependant pas tellement l’occasion alors qu’à plusieurs reprises, l’un ou l’autre de nos collègues vont la voir pour lui offrir leur aide, au cas où il y aurait quelque aspect de son travail avec lequel elle aurait de la difficulté.

MERCREDI.
L’Ingrid-fest bat son plein alors que toute la journée, elle a du mal à faire son travail, tellement elle est interrompue souvent par des collègues qui vont lui jaser.  Collègues qui, par conséquent, ne travaillent pas non plus.  Ayant pris soin de mettre leur téléphone sur la touche occupé, leurs appels sont tous détournés vers mon poste, et j’ai bien du mal à fournir.  

Au milieu de l’après-midi, la patronne vient me demander des comptes sur le fait que mon téléphone ne dérougit pas.  Beaucoup d’appelants abandonnent car l’attente est trop longue, ce qui nuit à la performance du service.  Loin de moi le désir de créer le conflit au bureau, il reste que je suis bien obligé de lui expliquer la situation.  Au début, elle me regarde avec un mélange de choc et d’incrédulité.  Elle va même me demander si je la niaise, tellement mon explication lui semble farfelue.  Surtout qu’en voyant la patronne entrer, mes collègues sont soudainement tous bien à leur affaire.  Après être allé vérifier mes dires sur l’ordinateur qui enregistre le volume d’appels et leur répartition, elle a bien vu que je disais vrai.  Un par un, elle a invité mes cinq collègues fautifs dans son bureau afin de leur faire la leçon comme quoi ils ont été embauchés pour travailler et non pour se mettre en pause prolongée, et encore moins pour draguer.

JEUDI.
Aujourd’hui, Ingrid a pu travailler sans être interrompue.  N’empêche que tout le long de la journée, les commentaires à son sujet parviennent à mes oreilles.  Le plus aberrant fut le collègue qui a carrément raconté à son voisin de table qu’il fantasmait à l’idée de sa femme et d’Ingrid qui s’embrasseraient, et qu’il aimerait se branler pour leur venir simultanément au visage, alors qu’elles continueraient de se frencher dans sa décharge.  Je ne pouvais sérieusement pas croire que j’entendais des trucs pareils.  Ça faisait près d’un an que je travaillais là, et jamais je n’y ai entendu autant de vulgarités que lors de ces quatre derniers jours.

À 17h00, alors que tous quittent le bureau et qu’arrive la squelettique équipe de soir pour le service d’appel 24h, George se terre dans la salle de bain.  Il en ressort à 18h00, rassuré qu’à cette heure-ci, tous les patrons et chefs d’équipe ont quitté l’endroit.  Il s’installe alors au bureau de la secrétaire-réceptionniste.  Après un quart d’heure, il trouve ce qu’il cherchait.

21 :30, chez Ingrid.  Ça cogne à la porte.  Elle ouvre.  La surprise qu’elle ressent en voyant George est sincère.  Celle de George, par contre, est totalement feinte.

« Hein?  Ingrid?  Tu restes ici?  Wow!  Tu parles d’une coïncidence!  Chus allé cogner à une porte au hasard pass’que mon char vient de tomber en panne.  Est-ce que je pourrais utiliser ton téléphone pour appeler mon… »

Ingrid l’interrompt et pointe du doigt vers la petite épicerie au coin de la rue.

« Non! Il y a un téléphone public au dépanneur, juste là. »

Sur ce, elle lui ferme la porte au nez et la verrouille.

VENDREDI.
Pendant les deux premières heures, mes collègues s’interrogent de l’absence d’Ingrid.  Puis, la patronne entre dans la salle, suivie par un homme, puis par Ingrid, et enfin autre homme, qui tient une boite de carton vide.  Il s’agit du père et de l’oncle d’Ingrid.  Ils sont grands, ils sont gros, ils sont imposants, et ils nous balayent d’un regard meurtrier qui démontre clairement qu’il vaut mieux se tenir à distance.  Ils escortent Ingrid jusqu’à son poste de travail.  Elle ramasse ses affaires, les met dans la boite, et ils ressortent tous les quatre sous nos regards médusés et silencieux. 

On ne la reverra plus jamais.

Ce n’est que la semaine suivante, au fil des dires et rumeurs, que j’ai fini par apprendre toute l’histoire: Jeudi soir, immédiatement après la visite de George, Ingrid a téléphoné à la patronne pour expliquer ce qui venait de se passer.  Ce qui fait que vendredi matin, la patronne a consulté les caméras de surveillances de la veille, ainsi que le log des activités du poste de la secrétaire-réceptionniste, pour voir comment George s’y était pris.  Voilà pourquoi Ingrid a remis sa démission, et voilà pourquoi elle était accompagnée de gardes du corps.  Les loups se ruent toujours sur une proie qui s’enfuit.  Il fallait la protéger, le temps qu’elle récupère ses affaires.

À l’époque, il n’y avait pas d’atelier préventifs au sujet du comportement acceptable ou non au bureau, ni de mesures disciplinaires au sujet du harcèlement, qu’il soit moral, sexuel ou autre.  Ainsi, George a juste passé devant la patronne et une représentante des ressources humaines.  Pour avoir utilisé un ordinateur qui n’était pas celui qui lui était assigné, et pour avoir cherché des informations qui n’avaient rien à voir avec son travail, il s’est fait taper sur les doigts pour usage abusif du matériel corporatif.  Mais il a pu conserver son emploi et son poste.

J’ai beau être un gars, je ne comprendrai jamais comment certain d’entre nous sont capable de désirer une fille sans rien connaitre d’elle que son allure.  Ni comment ce désir est capable de transformer un gars pourtant brillant en con, au point qu’il puisse s’imaginer que son histoire de « quelle coïncidence totale que je tombe en panne devant chez toi » puisse être crédible.  Et je m’explique encore moins comment les autres ont pu  régresser mentalement à l’état d’animal, laissant leur libido contrôler leurs gestes et paroles, les poussant à dire les pires vulgarités, les faisant totalement oublier l’environnement dans lequel ils se trouvent.  Je veux dire, avoir des fantasmes sexuels sur une collègue de travail, passe encore.  Mais les exprimer de vive voix, sans retenue, aux autres collègues, sur le lieu de travail, pendant que la fille est dans la même pièce à quelques mètres de là?  Voyons donc!

Et pourtant, aux dires de plusieurs, ce comportement masculin est supposé être typique et normal.  Je ne sais pas si ça signifie que mon ADN manque de testostérone, ou s’il y a une connexion dans mon cerveau qui ne se fait pas.  Qui sait, ça vient peut-être du fait que j’ai été élevé dans un environnement presque exclusivement féminin.  Par conséquent, même si je suis un homme hétéro, j’ai toujours vu les filles comme des égales et non des proies.

Loin de moi l’idée de blâmer la victime, puisque jamais Ingrid n’a posé le moindre geste ou langage provocateur.  N’empêche qu’il y avait quelque chose en elle qui réveillait l’animal chez ces hommes.  Une chose que l’on ne retrouvait pas chez nos trois autres collègues féminines, qui étaient pourtant très jolies.  Puisque le charme d’Ingrid ne fonctionnait pas sur moi, je ne sais pas trop quoi en dire.  En repensant à son allure, ses gestes, ses paroles, je peux juste émettre la théorie comme quoi la chose se passait en deux temps: Dans un premier temps, son look de déesse de magazines attirait l’attention de ces hommes.  Et dans un second temps, son langage corporel timide et délicat lançait probablement un message dans l’inconscient de mes collègues comme quoi elle se comportais en proie, réveillant ainsi en eux le côté prédateur que, dit-on, tout homme possède.

Je suis bien placé pour savoir que non, nous ne sommes pas tous comme ça.   N’empêche que, sur les dix-sept hommes de ce bureau, il y en a six qui se sont comportés comme des chiens en chaleur, n’ayant plus aucune retenue, oubliant où ils étaient, ce qu’ils faisaient, ce qu’ils étaient.  Ça représente plus d’un tiers de la masse masculine présente.

J’espère que notre bureau n’était qu’un cas isolé qui ne représente en rien le reste de la population. Parce que j’ai beau ne pas être une fille, je trouve ça inquiétant.

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